Racontez-moi vos plus beaux moments thailandais.....(drôle, ...triste...euphorique...incroyable...émouvant...)
L'envie d'une bière bien fraîche me passe par l'esprit. Drôle d'idée, moi qui ne bois presque jamais et qui n'aime pas du tout la bière ! Je repère un bar où il n'y a personne, excepté une dame d'âge moyen occupée à un tricot
(...)
Aussitôt, la dame s'adresse à moi en anglais et me pose les questions habituelles : d'où je viens, combien de fois suis-je déjà venue en Thailande, qu'est-ce que je pense du pays et de l'île, du climat, etc.
Elle se présente, Ooy, 48 ans, patronne du bar et également propriétaire d'un ghest house ici à Kata. Elle a vécu plusieurs années en Angleterre avec un "farang" et a déjà visité la Belgique. Le courant passe directement entre nous, nous échangeons nos impressions sur l'Europe et la Thailande, sur Phuket et Kata, le commerce, les touristes, la vie quotidienne.
A propos du tsunami :
- Tu as perdu de la famille ou des amis?
- Non, ici, il n'y a pas eu beaucoup de victimes, heureusement. Des blessés, des dégâts matériels, mais dans mes proches, personne n'a perdu la vie. Par contre, nous avons tous des connaissances qui ont perdu des proches.
- C'est triste, en effet. Par contre, je suis impressionnée de voir la vitesse à laquelle tout se reconstruit.
- Bizness is bizness, me répond-elle. Nous vivons du tourisme et il était impératif que nous laissions nos angoisses et nos peines de côté pour reconstruire et reprendre la vie normale. Tu comprends, mon bar, par exemple, le soir, mes clients sont des hommes qui viennent pour les filles. Ils sont en vacances et veulent s'amuser, il n'est pas question que nous soyons tristes ou de mauvaise humeur, ce ne serait pas bon pour le commerce. Alors, quand une de mes filles a le cafard, je la prends sur le côté, je discute avec elle et lui remonte le moral de mon mieux et c'est reparti. Je sais que mon boulot n'est pas apprécié par tous ici, mais j'ai commencé comme elles et je suis plus une mère pour mes filles qu'une patronne. D'ailleurs, la plupart des clients me prennent pour la femme d'ouvrage. Regarde comme je m'habille, dit-elle en riant, j'ai plus l'air d'une domestique que d'une tenancière de bar ! (...)
Subitement, elle prend son gsm et passe un coup de fil. Elle m'explique qu'elle a appelé son fils qui va nous apporter un magazine qu'elle a gardé et qui contient tout un reportage sur la catastrophe. Je suis impressionnée par la gentillesse de Ooy, nous nous connaissons depuis moins d'une heure et elle se met en quatre pour me faire plaisir et me renseigner.
(...)
Dix minutes plus tard, un jeune homme arrive en scooter, me salue et lui tend un magazine. Ooy me le présente comme son fils et nous passerons un long moment à contempler et commenter les photographies de la catastrophe. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet, la vue de ces photographies est très émouvante, bien plus encore que ce que nous avons pu voir à l'époque dans les media européens. Villes ravagées, corps par centaines, végétation complètement détruite, personnes en larmes, blessées, visages désemparés, enfants en pleurs, parfois avec une expression d'infinie douleur, couchés sur des brancards, la liste pourraît ne pas s'arrêter. Je suis très émue de partager ce moment avec Ooy, plusieurs fois, je lève les yeux vers elle et je vois la douleur dans son regard, pourtant, quand elle croise le mien, elle fait l'effort de sourire à nouveau.
- Tu vois, me dit-elle, la vie continue. Ici en Thailande, on fait toujours de notre mieux pour laisser le passé derrière et l'avenir loin devant, il viendra de toute manière. L'important est de vivre ici et maintenant, hier n'existe plus et demain pas encore. Cela peut vous paraître incongru à vous, européens, mais après avoir vécu ceci - elle pointe le doigt vers une photographie particulièrement dure - je suis d'autant plus persuadée que nous avons la bonne philosophie. Peut-être que demain je ne serai plus là, alors autant profiter de cette journée au maximum; ne sommes-nous pas bien, ici, toutes les deux, à bavarder tranquillement de nos vies ?
- Oui, Ooy, je suis entièrement d'accord avec toi et, comme tu le dis, en Europe, ce genre de philosophie n'est pas courante. (...)
Nous rions de bon coeur et continuons à philosopher sur la vie, les aléas et les joies de l'existence. Le soleil va bientôt se coucher et je prends congé de Ooy en lui promettant de revenir voir les photographies personnelles qu'elle m'a gentiment proposé de me montrer.
Le ciel est dégagé, avec un peu de chance je pourrai capturer de belles images du coucher de soleil sur la mer. Je reprends donc la route de la plage, aujourd'hui, je n'aurai pas réussi à atteindre le centre ville... décidément, la vie à Kata Beach est pleine d'agréables surprises.
Je n'oublierai jamais Ooy, j'espère la retrouver bientôt en pleine forme...