Avec un peu de retard ... et suite à des demandes ... voilà notre compte rendu plus détaillé.
Périple au cœur de l’Asie
EUROPE
2208 km – 3 jours
12h30 ce mercredi 03/07. Le téléphone sonne ; nos demandes de visas ont obtenu une réponse favorable. Nous finissons de manger, remplissons le frigo de la voiture et partons. Nous arrivons à la mission locale du Turkménistan à Genève juste avant la fermeture. Une heure plus tard, les visas sont collés dans les passeports. Nous prenons les autoroutes italiennes, slovènes, croates et serbes en nous acquittant des péages et vignettes et en arrivant en Bulgarie, nous faisons un petit crochet par le magnifique monastère de Rila.
TURQUIE
2275 km – 6 jours
Cappadoce - Nemrut-Dagi - Lac de Van
Après 250 kilomètres en Turquie, nous traversons le détroit du Bosphore à Istanbul qui marque la limite géographique entre l’Europe
et l’Asie. L’aventure peut commencer !
La Turquie est un pays en pleine croissance et nous sommes impressionnés par ce peuple qui travaille à la force de ses bras. Nous apprécions leur goût des finitions. D’ouest en est, nous voyons des immeubles qui sortent de terre comme des champignons et des routes qui se transforment en immenses 4 voies.
Sur l’une d’elle en cours de revêtement, nous crépissons la disco de goudron. Ça dégouline de partout et c’est dégoutant … après un gros nettoyage par des ‘pros’, la voiture est moins sale mais rayée. Pendant une semaine, Daniel s’efforcera chaque soir de finir de nettoyer avec de l’essence.
Nous faisons trois belles escales : La Cappadoce et ses formations rocheuses que nous survolons en montgolfière puis explorons à pied. Le sanctuaire d’Antioche Ier au Nemrut-Dagi avec son tumulus et ses statues des dieux grecs propice à un bivouac contemplatif. Le lac de Van où des enfants nous apportent puis nous cuisinent du poisson.
IRAN
2575 km – 9 jours
Lac d’Orumyech - Mont Damavand - Kordkuy
Avant de passer la frontière, nous lavons la voiture au bord d’un ruisseau. Daniel tient à ce que la disco et ses occupants soient propres aux passages de frontière. Nous avons lu et entendu beaucoup de témoignages enthousiastes de voyageurs sur l'Iran et les iraniens, mais c'est avec le ventre un peu noué que nous nous approchons du poste frontière. La forte présence militaire côté turc renforce notre impression.
Pour notre première grosse frontière, c’est un enfant qui nous guide vers les bons bureaux nous permettant de quitter la Turquie. Agnès enfile alors un pantalon et un gilet, se couvre d’un foulard et nous entamons ensemble les formalités de passage pour la voiture, le chauffeur et la passagère. Des formulaires à remplir, à faire viser, tamponner, signer par des douaniers sans uniforme dans des bureaux ou disséminées dans toute la douane … un véritable balai de signatures entre les uns et les autres … heureusement qu’un homme s’est proposé pour nous aider ! Il nous propose aussi du change mais nous lui expliquons que nous avons déjà une liasse de billets iraniens. Il n’insiste pas, ne nous demande rien … premier contact sympathique avec ce peuple que nous méconnaissons complètement
Nous avons passé 1h20 à cette frontière et n’avons payé aucune taxe. Juste un ‘Welcome to Iran - Bon voyage’. Certes nous avions tous les papiers en règle (Visas et Carnet de Passage en Douane), mais de là à traverser si facilement … Nous pensons à Eve et Louis que nous devions retrouver pour faire un bout de chemin ensemble et qui n’ont pas pu passer la frontière il y a quelques jours faute de CPD ... Ce 11 juillet 2012 (21 tir 1391 selon le calendrier persan), nous entrons en Orient et partons seuls à la découverte de l’Asie.
Les difficultés ne vont par tarder à arriver : nous ne comprenons rien au farsi, n’arrivons pas à lire les panneaux et la circulation est extrêmement dense et anarchique en ville. On souhaitait aujourd’hui traverser Orumyech d’ouest en est, nous en sortons épuisés par le sud ouest et bivouaquons au bord d’un rucher. Le lendemain la traversée de la ville est toute aussi difficile et malgré l’aide de plusieurs iraniens, nous sortons par une route au nord. Tant pis, nous contournerons le lac au lieu de le traverser … nous trouvons cependant un endroit pour nous aventurer et rouler sur ce lac salé. Instants uniques immortalisés par une belle série de photos.
La traversée de la ville de Tabriz est tout aussi stressante même si nous réussissons à en sortir du bon coté. Nous empruntons l’autoroute payante et nous nous arrêtons pour une pause repas. Des iraniens s’installent sous le gros arbre, nous allons un peu plus loin, sortons table, chaises et réchaud. Peu après, faisant mine de chercher du bois, ils viennent nous saluer et nous échangeons quelques mots en anglais. Je fais cuire des pates quand je les vois revenir vers nous avec le caméscope. Nous discutons plus longuement avec les hommes pendant que la femme prend des photos. Ils repartent avant de revenir une troisième fois nous proposer de partager leur repas. Nous rangeons tout et les rejoignons sous le gros arbre pour un succulent barbecue. Malheureusement, mes demandes pour faire une photo reçoivent des réponses négatives. Nous bavardons de la France et de l’Iran et ils nous conseillent d’aller au sud visiter les villes d’Hamedan et Ispahan. Nous leur offrons une bouteille d’eau de toilette et une petite Tour Eiffel et reprenons la route ensemble. L’autoroute traverse des paysages déserts splendides composés de collines stratifiées de roches multicolores se déclinant à l'infini. Une centaine de kilomètres plus loin, nous nous séparons et à ma grande surprise, Habib me propose de faire une photo devant notre voiture. Il nous donne son numéro de téléphone ; nous sommes attendus chez eux d’ici quelques jours. Nous traversons la petite ville de Soltaynieh, fameuse pour son immense dôme bâti comme une forteresse mais n’arriverons pas à suivre leurs conseils. Notre première expérience des villes Iraniennes a été trop difficile et à l’approche d’Hamedan, nous décidons de changer de cap pour rejoindre les montagnes.
Au nord de Téhéran, la plaine désertique fait place aux montagnes de l’Alborz. La route grimpe en lacets et passe un col à 2100m. La silhouette conique du Damavand, plus haut volcan du Moyen Orient, apparait devant nous. Nous trouvons un peu par hasard la piste qui nous mène en voiture à 3000m où se trouve le camp 1 composé de baraques et d’une mosquée. Il y a foule. Chacun y va de ses conseils et devant l’enthousiasme général, nous décidons de tenter l’aventure. Après avoir rempli nos petits sacs et fait une sieste, nous partons pour le camp 2. Il s’agit d’un refuge en pierre installé à 4200m. Nous sommes les derniers à arriver et prenons les lits superposés à l’entrée du dortoir qui est mixte. Pour le repas, nous devons attendre une heure et le 2ième service. Alors que nous cherchons une carte détaillée pour visualiser l’itinéraire, un guide iranien nous propose de le suivre le lendemain et nous informe que la météo se dégrade avec de la neige, du froid et du vent au programme. Nous nous faisons prêter des guêtres et des gants, payons la taxe correspondant au permis d’ascension, avalons le diner composé d’un thé et d’un bol de soupe puis montons nous coucher. En l’absence de matelas, nous nous allongeons tout habillés sur les planches et nous couvrons avec l’unique couverture … nous comprenons pourquoi ils avaient tous des sacs énormes ! S’ensuit un va et vient incessant, chacun ayant une bonne raison de sortir puis rentrer, la prière dans le couloir semblant prédominée. Après un petit déjeuner copieux servit par le guide, nous suivons un sentier puis l’arête en mixte. Le temps est variable ; la neige remplace rapidement la pluie et le vent qui permet quelques éclaircies est glacial. En tête, nous nous relayons avec le guide pour faire la trace ; Toru, son client japonais suit. Sur la centaine d’iraniens partis ce matin du refuge, il n’en reste que 3 derrière nous. A l’approche du sommet, l’orage menace et les vapeurs de souffre d’une fumerolle asphyxient Daniel qui ne veut plus avancer. Il concède un mètre, bientôt dix … les autres s’éloignent inexorablement et lorsque nous arrivons enfin au sommet à 5671m, ils sont sur le point d’en repartir. Il fait froid, le tonnerre gronde, le brouillard est très dense et Daniel a toujours un comportement étrange du à l’altitude ou au souffre. Nous décidons de descendre tous ensemble. Le guide galère avant de trouver le passage car nos traces de montée ont disparues. Heureusement, en perdant de l’altitude, Daniel retrouve ses esprits et le brouillard se dissipe un peu. 10h après l’avoir quitté, nous retrouvons le refuge où nous sommes accueillis en héros. Ce jour-là, seul notre groupe de sept personnes est arrivé au sommet.
L’orage violent sévit toute la nuit et au matin, les routes sont jonchées de cailloux. L’un d’eux déchire notre pneu arrière droit sur le flanc. Nous changeons péniblement la roue et fatigués par notre ascension de la veille décidons de rejoindre la mer Caspienne et Kordkuy où nous sommes attendus dans la famille d’Habib.
Nous passons trois jours chez eux et partageons leur quotidien. Assis sur les tapis et bercés par les images islamistes et pro-iraniennes de la télévision allumée en permanence, nous dégustons les succulents repas préparés par Fatemeh. Nous discutons beaucoup ; ils sont très fiers de leur pays mais peinés de l'image "extrémiste terroriste" que leur collent globalement les occidentaux… Virée nocturne à Gorgan, visite des tours de briques de Radkan et Gonbad-e-Kavus vieilles de 1000 ans et qui servaient de phare pour les caravanes, cascade d’AliAbad. La sortie baignade va bouleverser Agnès. Voilà une semaine que nous sommes dans cette république islamique aux codes vestimentaires stricts et elle ne sait que penser de cette proposition. Aller nager … Nous prenons nos maillots de bain et grimpons dans la Peugeot 405 qui nous emmène au bord de la Caspienne à Bandar-e-Gaz. Sur la plage, à gauche, c’est le coin des hommes délimité par un rideau et à droite celui des femmes. Le rideau forme là un cercle entier de 3 mètres de haut et se prolonge dans l’eau. Entre les deux, un poste de police. ‘Mon maillot dans la main, je suis fébrilement Fatemeh. Nous entrons dans ‘l’enclos’ par une chicane puis avançons jusqu’à l’eau. Nous nous changeons juste protégées par nos serviette et hop à l’eau. J’ai l’impression d’être dans une … piscine … très chaude et … très bruyante. Toutes ces femmes que je voyais à peine, timides et cachées sous leurs voiles sautaient, criaient, riaient … tout simplement incroyable … puis nous nous ré-habillons. J’ai le sentiment que le visage de Fatemeh se fige avec le tchador…. et que je viens de vivre un moment unique qui vaut largement la visite de la ville d’Ispahan que nous n’avons pas faite.’
Puis nous reprenons la route sous la protection des portraits géants des Ayatollah Khomeiny et Khamenei, les deux guides de la révolution islamique et faisons un dernier plein de gasoil à 7 centimes d’€uros le litre.
Bien qu’enfermés dans leur pays comme des moines dans un monastère, les iraniens nous ont étonnés par leur accueil désintéressé et leur gout des loisirs et de la culture. Nous avons passé avec eux des moments inoubliables.
TURKMENISTAN
608 km – 2 jours ½
Achgabat – Cratère de gaz de Darvaza – Konya Urgench
Le portail fermé par un cadenas s’ouvre. Nous venons de quitter le poste frontière iranien. Les douaniers ont fait leur travail, les formalités ont duré deux heures et il faut déjà tout recommencer coté turkmène… Alors que nous sommes dans la file d’attente en compagnie de nombreuses femmes turkmènes chargées de tapis et gamelles, le préposé à l’enregistrement des passeports tire le rideau - pause repas ! Nous en profitons également pour grignoter puis retrouvons notre place dans la file. Nous nous acquittons de la taxe passager avant d’obtenir les précieux tampons. Vient alors le tour du véhicule : nous passons de bureaux en bureaux, devons détailler le parcours que nous comptons faire puis payer une taxe de compensation sur le prix du gasoil. Les douaniers contrôlent la disco, nous questionnent ‘cigarettes, alcool, drugs, bombs’, regardent sans véritablement fouiller le contenu des caisses les plus accessibles et les boites à gants et finissent toujours par quelques mots en français (nom d’acteur, de président, de ville ou formule de politesse) avant de nous signifier que tout est ok et que nous pouvons y aller. 2h15 ont été nécessaire soit 4h15 pour passer la frontière Iran/Turkménistan. Notre record pendant tout le voyage !
L'arrivée à Achgabat est un éblouissement après dix jours en Iran. Ici la différence est nette et frappante et ce n’est pas pour nous déplaire. Fini les embouteillages et les klaxons des voitures, le fourmillement des piétons, les ombres noires et la saleté …
Agnès est ravie de jouir à nouveau de sa liberté personnelle ; elle enlève son foulard et sort prendre des photos. Achgabat est une ville faite de bâtiments en marbre blanc, de larges boulevards à quatre ou six voies, de monuments et de statues dorées de toutes formes et de toutes tailles dont le point commun est la gloire du Turkmenbaçi ou du Turkménistan. Il faut s'y rendre pour réaliser l'ampleur mégalomane des projets architecturaux sur lesquels travaillent toujours des ingénieurs français et turcs.
Nous traversons ensuite le désert du Karakoum par une route médiocre. Le thermomètre affiche 41°. Nous rencontrons des dromadaires, quelques troupeaux de moutons et des check-points où les policiers nous accueillent en souriant, regardent nos passeports et notre feuille de route et nous font signe de passer en nous saluant amicalement. Après un bivouac dans le sable fin, nous partons à la recherche d’un cratère de gaz situé au beau milieu du désert. Nous nous engageons sur une des multiples pistes … les jumelles nous confirment qu’il y a du monde sur la colline au loin… en nous approchant, nous découvrons le cratère et une vingtaine de jeunes …des grenoblois qui travaillent pour Bouygues à Achgabat. Le cratère artificiel de gaz d'environ 60 mètres de diamètre est en feu depuis une cinquantaine d’années et dégage une odeur puissante et beaucoup de chaleur. Le spectacle est ahurissant même en plein jour. Cette première traversée de désert nous enchante et nous nous promettons de renouveler l’expérience.
Nous faisons une dernière halte sur les ruines de l'antique Konya Urgench où les mausolées attirent de nombreux pèlerins turkmènes.
OUZBEKISTAN
1730 km – 5 jours ½
Mer d’Aral – Ayaz-Qala – Khiva - Boukara
La frontière se passe en 1h45. Coté Ouzbek, nous passons séparément. Agnès subit avec les piétons un contrôle déplaisant au milieu de femmes turkmènes refoulées de manière arbitraire et désagréable. A l’inverse, Daniel et la voiture profite de la bonne humeur des douaniers qui mettent à contribution le lecteur CD de la disco pour travailler dans une ambiance musicale et détendue.
Nous pénétrons en Ouzbékistan par la région défavorisée de la Karakalpakie et prenons la direction de Moynaq. La route semble à l’abandon, le village désert et le magasin que nous trouvons presque vide. Nous achetons l’unique pain auquel nous avons droit. Ici, la mer d’Aral s’est retirée suite au détournement de l’eau des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour l’irrigation de la culture intensive du coton. Le port de pêche se trouve maintenant à plus de 150km du rivage et le spectacle des bateaux échoués sur le sable avec le désert à perte de vue est poignant. Daniel descend en disco près des carcasses pour une photo souvenir. Le sable est mou en cette fin de journée et la disco s’ensable. Nous dégageons à la pelle et à la main les roues pour poser les plaques. La voiture se déplace un peu, on récupère les plaques enfouies dans le sable et on recommence. Au bout de 45 minutes, la disco trouve un petit espace plus dur et prend de l’élan pour remonter jusqu’au goudron. Le soleil est couché et nous bivouaquons sur place en compagnie des moustiques.
Le lendemain demi tour direction Elliq-Qala. Nous trouvons non sans peine l’ancienne citadelle d’Ayaz et dormons au camp de yourte tout proche. Nous partageons le petit déjeuner très copieux avec deux suisses francophones, leur chauffeur et leur guide avant de nous diriger vers Khiva. L’après midi est consacré à la visite du centre historique. Nous grimpons par des marches raides, étroites et irrégulières au sommet du minaret de la mosquée Juma d’où la vue est spectaculaire sur l'ensemble des monuments de la ville. Nous profitons de cette étape touristique pour envoyer des cartes postales.
La route pour rejoindre Boukhara est éprouvante et le trafic est dense avec beaucoup de camions locaux et internationaux. Certains tronçons sont épouvantables (80km en 4h) … au bord de la route, le désert, des camions en panne, des pneus explosés et des véhicules calcinés.
La place centrale du Lyab-i-Haouz nous accueille dans son oasis de fraîcheur. Nous décidons de passer 2 nuits à l’hôtel pour faire un peu de lessive et prendre du repos. Le centre ancien de la ville est encore entièrement habité et compte un grand nombre de medersas et de mosquées. Les monuments sont vivants grâce à la présence des marchands qui envahissent tous les espaces pour présenter leurs pièces d'artisanat. Le charme de Boukhara agit sur nous. Nous nous offrons en souvenir un magnifique tapis en laine de chameau.
Notre préoccupation est maintenant le gasoil car nous avons parcouru 1300km depuis le dernier plein sans voir la moindre pompe. Nous savons que d’autres voyageurs ont rencontré ce problème avant nous et remarquons que tous ici roulent au gaz sauf les camions TIR. Nous profitons d’un arrêt ‘achat de melon’ pour discuter avec des chauffeurs polonais. Nous comprenons que nous n’en trouverons pas et gentiment ils proposent de nous en transférer depuis leurs réservoirs …et hop, 50 litres dans le notre.
Cet épisode carburant nous a un peu perturbés et la chaleur commence à nous étouffer. Heureusement, les montagnes ne sont plus très loin ….
TADJIKISTAN
658 km – 7 jours
Douchanbé - Jirgatol
La nouvelle des émeutes autour de Khorog s’est répandue dans le petit monde des voyageurs. Les deux cyclistes avec qui nous passons la frontière ont le même souci que nous : la route M41 du Pamir.
D’abord, nous devons sortir d’Ouzbékistan et remplir ces satanés formulaires. Puis rebelote coté Tadjike, avec en plus une visite médicale et des taxes, tout cela dans des vieilles baraques de chantier aménagées. Les douaniers nous certifiant que la route du Pamir est ré-ouverte, nous partons l’esprit plus léger en quête de gasoil. Nous en trouvons à Douchanbé mais nous n’avons pas de monnaie Tadjik et les banques sont fermées le dimanche. Une fois encore un chauffeur vient nous rendre service en nous échangeant 50$. Et hop, 37 litres dans le réservoir !
Nous traversons les villages doucement car en plus des contrôles de police, la route est en Asie Centrale un lieu de vie. Il y a les enfants qui jouent dans les petits canaux situés entre la voie et les habitations, les femmes qui vont chercher l’eau à la fontaine ou qui lavent leurs tapis sur la chaussée, les hommes accroupis qui attendent on ne sait quoi, les babouchkas qui vendent les produits du jardin ou qui promènent leur unique vache, les ânes surchargés qui transportent du foin …
Lors d'un xième contrôle à Labijar, nous sommes obligés de prendre à gauche en direction de Jirgatol. Nous avons pourtant insisté ... impossible de poursuivre vers la route du Pamir.
Nous réalisons alors que nous avons 5 jours pour parcourir 200km alors que notre moyenne jusqu’à présent est de 350km/jour ! Pour la première fois depuis notre départ nous avons du temps, beaucoup de temps …
Une fois la déception retombée, nous profitons de notre carte du Pamir au 1:500.000 pour nous engager à droite-à gauche sur les pistes. Bilan, cinq journées absolument extraordinaires faites de rencontres merveilleuses. Nous nous disons même que la fermeture de la route est peut-être une chance.
Les Tadjiks se rapprochent des iraniens par leur culture et sont très religieux. Ils nous invitent facilement et nous regrettons de ne pouvoir partager le repas avec eux en cette période de Ramadan. Sous une yourte et autour d’un bol de lait, nous avons ce jeudi 02 août une discussion irréelle avec trois femmes sur la beauté, la peau, les rides et les crèmes. C’est incroyable tout ce qu’on peut se dire avec les mains, un papier-crayon et le guide assimil ‘le russe de poche’. Elles ont 28, 35 et 49 ans, passent 4 mois ici sur les alpages à 3000m et leur peau et celle des enfants sont burinées par le soleil. Après avoir été cherché notre tube dans la voiture, Agnès étale un peu crème solaire sur la peau d’une fillette puis chacune en étale sur son visage. Quand Zybaïro nous tend le tube pour nous le rendre, Agnès lui dit 'cadeau'. Elle hoche la tête de gauche à droite par timidité sans doute tandis que Kymguz attrape le tube et le serre contre son cœur, un sourire radieux illuminant son visage. Nous comprenons que nous leur faisons là le plus beau des cadeaux. D’autres rencontrent suivent … les enfants montent dans la disco et jouent avec le lecteur CD … regardent leurs troupeaux avec les jumelles … nous rechargeons leurs téléphones portables … offrons des petites Tour Eiffel, du parfum ou du cognac.
Mais nous avons à nouveau le souci du gasoil. Nous en avions certes trouvé à la capitale mais depuis plus rien. Devant notre désarroi, un policier nous conduit vers un militaire qui nous emmène chez un particulier. Et hop, 5 seaux de 10 litres dans le réservoir et une Tour-Eiffel pour le militaire.
Dans ce pays, nous avons découvert que pour faire de belles rencontres, il faut être disponible dans sa tête et avoir beaucoup de temps. Petit à petit, ce voyage devient le notre.
KIRGHIZSTAN
1780 km – 9 jours ½
Och - Naryn - lac d’Issyk-köl - lac de Song-Köl - Talas
Nous arrivons à la frontière de Karamyk avec un peu d’appréhension car elle est normalement fermée aux étrangers. Finalement, à part le petit chien renifleur tadjik aux pattes poussiéreuses qui se promène sur la couette et les sièges en cuir, tout se passe comme d’habitude. Dix kilomètres plus loin, nous entrons au Kirghizstan en quelques minutes. Pas de paperasse, pas de tampons, pas de fouille de voiture … et en prime, une route magnifique et de nombreuses pompes à gasoil. Quel agréable changement !
Ici comme au Tadjikistan, la chine investit dans les réseaux routiers afin d’augmenter le rythme de ses échanges avec l’Asie Centrale. Itinéraire autrefois emprunté par les chameaux pour transporter soie, épices et pierres précieuses, il l’est aujourd’hui par les camions chinois pour acheminer réfrigérateurs, postes de télévision, produits industriels et tissus. Les caravansérails sont remplacés par les baraquements de la main d’œuvre chinoise. KITAÏ, KITAÏ, comme ils disent ici.
Nous faisons une halte ravitaillement au bazar d’Och puis mangeons des chachliks au restaurant avant d’attaquer la traversée des montagnes. Nous franchissons 2 cols à plus de 2800m matérialisés par des statues d’aigle et de chevaux. L’animal occupe une place très importante dans la culture kirghize et cela se voit. La disco se régale sur les 213km de route non revêtue et grâce à la météo orageuse, nous profitons d’un double arc en ciel au coucher de soleil. Absolument extraordinaire.
A Naryn, nous avons rendez vous avec les responsables du ski local. Depuis trois ans, notre ski club s’organise pour envoyer au Kirghizstan du matériel de ski de compétition d’occasion. Après un repas copieux pendant lequel nous faisons connaissance et discutons du fonctionnement du ski local, nous vidons la voiture pour atteindre les skis blottis bien au fond. Il y en a de partout dans le jardin … nous montons les fixations … et voilà 9 paires de skis récentes qui viennent compléter le matériel offert les années passées et permettre à près de 70 enfants de skier l’hiver prochain. Nous écrivons ensemble des cartes postales pour remercier la société Dynastar (skis), le magasin Star Ski (fixations), et le ski club (tenues et gants).
La disco s’est allégée et reprend la route pour rallier le lac d’Issyk-Köl par le col de Tosor. Celle-ci a été progressivement abandonnée et n’est plus utilisée par les locaux. La piste, correcte jusqu’au dernier hameau d’Archali se dégrade progressivement. La plupart des tuyaux en béton servant au franchissement des ruisseaux sont déboités et cassés ou ont été emportés par une crue. Des éboulements se sont produits et des blocs de pierre parfois énormes sont tombés. Nous redoublons de prudence depuis notre mésaventure iranienne et passons plus de temps dehors à enlever des cailloux et à tester les passages à gué que dans la voiture. Nous traversons des paysages montagneux somptueux, croisons quelques randonneurs à pied, rencontrons nos premiers yacks, bivouaquons au col à 3800m puis montons à pied faire un sommet à 4200m.
En descendant du col, nous retrouvons des campements. Peuple d'origine nomade, les Kirghizes ont conservé un attachement très fort à leur mode vie ancestral rythmé par les saisons. L’été, ils montent avec les bêtes (moutons, vaches, chevaux, et en altitude yacks) dans les jailoos (alpages) entre 2500m et 3200m où ils installent les yourtes.
Au détour d’un virage, on nous invite à boire du Koumis. D’abord réticents, nous acceptons et waouh, celui-ci est délicieux. Pendant que nous nous délectons, Nourzat s’active. Après avoir lavé et fait sécher le tonneau en bois, il le beurre et l’enfume. Il reverse ensuite le lait de jument fermenté dedans, le stocke sous la yourte et y plonge le bishkek en bois qui sert à le brasser. Puis, il nous entraine à l’écart pour la traite des juments. Agnès s’essaye mais sans aucun succès ! De retour à la yourte, nous versons le lait frais (2l par jument 3 fois par jour) dans le tonneau, brassons un peu et nous asseyons autour de la table basse. Nurgul a préparé sur le poêle alimenté par des bouses de vache séchées un Kuudark à base de pommes de terre et de foie. Nous nous régalons et finissons le festin par un nouveau bol de koumis puisé dans le tonneau. Aujourd’hui, nous en aurons bu presque un litre !
L’arrivée au lac d’Issyk-Köl marque pour nous le point le plus à l’est de notre périple. Désormais, notre cap général sera orienté vers l’ouest. Après une halte au camp de yourte de Tyz-Kol, nous achetons quelques souvenirs en feutre à Kochkor et montons au lac de Song-Köl situé à 3000m. Devant nous s'ouvre une vaste étendue encerclée de montagnes où des chevaux s'ébrouent au milieu des yourtes. La piste rive sud du lac est excellente et Daniel s’en donne à cœur joie. Tout simplement majestueux pour deux bivouacs. Nous ouvrons le champagne !
Nous nous arrêtons encore à Talas voir le mausolée de Manas, le héros kirghize qui a unifié les 40 tribus et les a amené sur leur territoire actuel.
Nous venons de parcourir pendant plus de 15 jours des centaines de kilomètres sur des pistes en montagne. Un vrai régal pour nous, amateurs de 4x4 trop souvent frustrés par les interdictions françaises. Par contre, nous avons été surpris de voir une population attentiste ; alors qu’il est évident par exemple qu’il y a un déficit d’entretien des routes et habitations dans les villages, les habitants ne semblent pas s’en soucier et s’en accommodent. Ils ne se plaignent pas, ils attendent, accroupis … c’est un peu désolant … et à l’opposé de ce que nous avons vu en Turquie.
KAZAKHSTAN
1784 km – 8 jours ½
Turkistan - Mer d’Aral - Atyrau
Nous avions pris l’habitude plutôt agréable d’être le seul véhicule au milieu des piétons ou des camions. Aujourd’hui, c’est raté ; il y a une file de voitures à la frontière. Nous sortons du Kirghizistan aussi simplement que nous y sommes entrés mais ce n'est pas le cas du Kazakhstan où nous nous heurtons à un premier agent distant et tatillon. Personne n’étant disposé à nous aider, nous remplissons des formulaires au mieux et attendons qu’il s’intéresse à nous. Comme souvent, le calme et la patience payent ; il finit par prendre les documents et malgré l’absence du numéro de moteur se résout à les tamponner et les signer. Ouf, on peut avancer … un deuxième agent vérifie le contenu de notre pochette, un troisième reprend tous les papiers, un quatrième fouille la voiture … Quand nous arrivons à l’ultime contrôle, surprise, nos visas ne sont pas tamponnés. Nous n’avons plus qu’à retourner voir le troisième agent !
Le Kazakhstan est le neuvième pays du monde par sa taille et les distances à parcourir à travers le désert ou la steppe sont monstrueuses.
La route M32 est en construction sur 1000km : des tronçons en béton, d’autres en goudrons, d’autres en tout venant ou en sable qui serpentent autour des innombrables chantiers… nous découvrons en temps réel toutes les étapes de la construction d’une route… exténuant … Nous nous octroyons des pauses au mausolée de Turkistan et à Baïkonour.
A Aralsk, nous quittons la route principale pour rejoindre le village de Tastoubek. Nous pensons voir la mer à de multiples reprises mais ce ne sont que des mirages, des illusions d'optique qui se forment sur le sable plat et surchauffé ! Puis enfin, l’eau est là, à quelques encablures du village. C’est magique de voir cette mer et d’entendre tous ces oiseaux au milieu du désert et de ses chameaux. Agnès tient absolument à faire trempette ; c’est vaseux et il faut aller loin pour pouvoir faire quelques brasses mais elle est enchantée. Au petit matin, nous avons la chance de trouver le port et ses pécheurs. Nous discutons un peu et ils nous montrent au loin les barques qui pêchent. Elles reviennent chargées de poissons, d’autres partent ; ce sont de grosses barques de 6 mètres de long embarquant chacune trois ou quatre pécheurs. Ils sont très fiers de nous présenter leurs plus belles prises. Les efforts kazakhs pour refaire vivre la petite mer d’Aral portent leurs fruits ; le port de pèche d’Aralsk abandonné il y a 40 ans pourrait revivre dans quelques années.
Nous profitons ensuite du résultat des travaux car la M32 est finie sur 600 km et le chaos devient un billard sur lequel nous pouvons écouter la musique de Pink-Floyd.
Mais pour la première fois depuis notre départ, nous avons un problème aux contrôles de police ; les vitres sur teintées à l’avant de la voiture sont interdites ici et nous ne pouvons quitter le 3ième contrôle sans laisser 2000 Tenge (11€) à l’agent. Dorénavant, nous suivrons son conseil et traverserons les villes vitres ouvertes.
Pour rejoindre Atyrau et la mer Caspienne, la route, médiocre sur les 250 premiers kilomètres devient ensuite épouvantable. 250 kilomètres d’enfer à zigzaguer entre les nids de dinosaures sur la route et les pistes parallèles poussiéreuses jonchées de pneus éclatés et de bouts de ferraille …. On avait été prévenu mais la réalité dépasse notre imagination. Deux bivouacs sont nécessaires pour rejoindre la ville où Daniel offre une vidange moteur à la disco.
La région de la mer Caspienne est riche en pétrole et de nombreux puits bordent la route. Nous réussissons difficilement à atteindre le rivage envahi par les roseaux et profitons des derniers chameaux.
Les immenses espaces du Kazakhstan nous ont envoutés. Nous y avons trouvé très facilement de merveilleux emplacements transformés en bivouac 5 étoiles grâce à l’aménagement du véhicule. La douche a vraiment été un plus. Et quand on dort bien, tout va bien !
Nous quittons l’Asie Centrale et ses habitants avec lesquels nous avons eu de très bons contacts. Partout, les enfants comme les adultes se sont montrés curieux et généreux, très respectueux mais jamais envahissants ; cela nous a permis de les laisser monter dans la voiture sans aucune appréhension et de partager avec eux des très bons moments.
RUSSIE
1451 km – 3 jours
La Volga – Volgograd – Kursk
Nous voici à nouveau confronté à l’administration kazakhe pour sortir du territoire. Pour le véhicule et son chauffeur, pas de soucis. Mais du coté piéton, la douanière est tatillonne et inefficace. Quand Agnès a enfin réussi à passer, nous sommes bloqués au contrôle suivant car le tampon n’est pas correct. S’ensuit quelques allées- venues entre différents bureaux jusqu’à l’apposition sur le visa du bon tampon au bon endroit. Les formalités russes sont simples et nous nous retrouvons rapidement plongés dans le plus grand pays du monde au bord de la Volga.
Nous longeons le fleuve et faisons plusieurs haltes pour profiter de la verdure et de l’eau.
Nous nous arrêtons à Volgograd où s’est déroulée la bataille de Stalingrad. Sur la colline de Mamaï, un ensemble de monuments dont la statue de la Mère-Patrie haute de 82m commémore cette étape charnière de la seconde guerre mondiale.
Les routes sont maintenant bordées de grands arbres qui cachent des champs immenses. Les églises aux bulbes dorées et les centres commerciaux remplacent les mosquées et les petits magasins mais les statues de Lénine trônent toujours, nous rappelant que pendant plus de 70 ans, la Russie et l’Asie Centrale ont été gouverné ensemble au sein de l’URSS.
UKRAINE
1383 km – 4 jours ½
Kiev – Tchernobyl – les Carpates
Nous passons la frontière en compagnie de deux 4x4 polonais de retour comme nous d’un raid en Asie Centrale. Coté russe, c’est un peu la confusion. Les douaniers ont du mal à comprendre que nous ne sommes pas ensemble. Il semble manquer un document mais nous ne savons ni lequel ni si cela nous concerne. Ils téléphonent, font venir des gradés qui nous demandent de vider les véhicules. Des caisses, des sacs, des gamelles, des matelas, des duvets, des sangles, des outils s’amoncellent … un chien vient renifler tout ça et se promener dans les véhicules …. C’est parfois dommage que l’on ne puisse pas faire une photo … Finalement on nous fait signe que tout est en règle et que nous pouvons ranger. Le manège a duré 1h30. Heureusement que 10 minutes suffisent à entrer en Ukraine car la nuit approche.
Nous passons deux nuits à Kiev chez Colombe. Il y a là des cartons et des meubles appartenant à Vio et que nous sommes chargés, si possible de ramener en France. Après une ballade en ville et une pause au restaurant où nous mangeons des varenikis, nous vidons la disco pour mettre les affaires de Vio dans les espaces libérés par le matériel de ski déposé au Kirghizstan. 1, 2, 3 … 6 cartons sont vidés et répartis dans la voiture comme si de rien n’était. Le banc, la table et le coffre prennent place à l’intérieur, puis encore 2 immenses tapis, 6 cadres et tout un tas de choses qui trainent. Nous pouvons tout juste glisser nos matelas, couette et oreillers. Presque tout y est.
Chargés jusqu’au toit, nous partons en direction d’Ovruch. La route passe par la ville de Poliske qui était la deuxième plus grande agglomération de la zone interdite de Tchernobyl après Pripiat et qui a été évacué en 1992, six ans après la catastrophe. C'est vraiment étrange de se retrouver dans cette ville déserte au milieu des immeubles abandonnés où les pilleurs ont pris tout ce qu’ils pouvaient. Nous sommes partagés entre curiosité et recueillement.
Une longue traversée nous amène dans les Carpates où les paysages nous rappellent ceux de la Roumanie toute proche que nous avons parcourue en 2008.
RETOUR
1709 km – 3 jours
Nous comptons sur notre bonne étoile qui jusqu'à présent nous a permis de traverser toutes les frontières sans tracas pour entrer en Europe avec notre voiture archi pleine. Les douaniers nous questionnent à propos de notre chargement. Nous expliquons avec nos quelques mots de russe que nous aidons une sœur à déménager. Ils font la moue mais nous pouvons sortir d’Ukraine. Un dernier petit effort … expliquer à nouveau ce que nous transportons … garer la voiture sur la fosse pour un contrôle d’½ h sérieux mais pas pénible … et la petite phrase ‘Ok, Go’ qui met fin à nos dernières appréhensions. ça y est, nous sommes en Europe.
Nos yeux peuvent enfin papillonner et quitter la route. Nous rentrons par les superbes routes et autoroutes hongroises puis par les montagnes autrichiennes. Nous faisons un bivouac insolite dans une grange à cause de la pluie, quelques escales dans des stations de ski réputées avant de traverser la Suisse et d’arriver à la maison comme prévu le dimanche 02 septembre à 15h30.