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Rencontre VF à deux mille mètres d'altitude, dans un refuge des Alpes, près de Grenoble les 19 et 20 septembre 2009
bonjour VF

Que diriez vous d'une rencontre de VF-istes à 2100m d'altitude, au refuge de la Pra, les 19 et 20 septembre?

photo http://www.altituderando.com

Ce refuge a de multiples avantages pour une rencontre: on peut soit camper, soit dormir au refuge il est facile d'accès, proche de Grenoble 2h30 de montée depuis Freydière, refuge facile à trouver donc on n'est pas obligés d'y aller en "troupeau", les retardataires peuvent nous rejoindre...

-- AU PROGRAMME

Montée au refuge le samedi, ceux qui seront montés au refuge le matin auront tout l'après-midi pour causer voyages ou profiter d'être "à la montagne" pour aller voir les lacs autour, y'en a un paquet: http://www.refuge-pra.com/taxonomy/term/30

Repas du samedi soir tous ensemble au refuge (qu'on soit sous tente ou en refuge) - ATTENTION TOUT LE MONDE DOIT ETRE ARRIVE POUR 18h30 MAXI - dans un refuge les repas sont servis tôt, ce n'est pas un resto !!

Idem dimanche, avec pour ceux qui veulent montée à la Grande Lance de Domène (alt. 2800m)

2 FORMULES DE PARTICIPATION - TENTE OU REFUGE

Soit vous venez avec votre tente, l'aire de camping étant dans une prairie en contrebas du refuge. Prévoir 15€ pour le repas du soir au refuge. Soit vous préférez un hébergement dans le refuge, ça coûte 41, 30€ (comprenant nuitée + repas du soir + petit déjeuner), auquel cas il faut réserver auprès des gardiens du refuge 04 76 89 94 60 / 06 16 59 33 86 (il faudra alors keur envoyer un acompte de 10€ par personne - coordonnées http://www.refuge-pra.com/taxonomy/term/22)

Dans les 2 cas, prévoir des pique-nique pour le midi (+ petit dej pour les campeurs).

POUR S'INSCRIRE

Les personnes en formule hébergement refuge s'inscrivent aussi dans le discussion, mais après avoir réservé AU NOM DU GROUPE VOYAGEFORUM auprès des gardiens. Il est bien entendu conseillé de ne pas s'y prendre à la dernière minute. (La réservation du refuge est à faire vous-même, je ne veux plus m'occuper des réservations de groupe comme par le passé, afin d'éviter d'avoir à gérer les désistements, c'est pas bon pour mes p'tits nerfs )

Les campeurs s'inscrivent en répondant tout simplement dans le fil de la discussion, date limite 10 septembre, ce qui me permettra de communiquer au gardien le nombre de repas à préparer (sachant que les ingrédients sont montés quelques jours avant à dos d'homme par le gardien, là aussi les désistements de dernière minute ça fout les boules ).

NB: pour faciliter les covoiturages, bien me préciser (quand vous le saurez) à combien vous venez, votre moyen de locomotion (si vous avez des places à proposer ou si au contraire vous recherchez un moyen de locomotion), et d'où vous venez.

Réservez votre week end... et vos billets de train... 19-20 septembre prochains !

PS: et le restant de l'année ça se passe sur Randos-Alpes

Le lac Claret devant le refuge de La Pra et La Grande Lauzière (http://montagne.plisson.org)
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Un petit tour de chauffe à vélo dans les Alpes françaises et italiennes
Les grands projets se préparent, et souvent bien en avance. Plus le temps du départ approche, plus les doutes se font prégnants. Est-ce possible, est-ce que je ne tire pas trop sur la ficelle ? Mais d’expérience on sait que lorsque l’action est engagée, l’esprit se libère quelque peu, et les incertitudes reléguées au second plan, fournissent le piment de l’aventure.

Dans un premier temps, quelques semaines avant de se lancer dans une nouvelle virée lointaine, nous décidons d’un tour de chauffe avec André, l’un de mes deux camarades engagés dans ce beau projet, plein d’incertitudes, 3000 km et 3 sommets dont deux 6000 en autonomie à vélo à travers le désert d’Atacama entre Argentine et Chili, que nous prévoyons de débuter fin septembre.

Volcan Tuzgle Volcan San Francisco Volcan Socompa

Cette expérience préparatoire va consister en un tour dans les Alpes, entre France et Italie, sur une distance de 600 km et 13 000 m de dénivelé en 9 jours, mais en configuration « lourde ». C’est-à-dire avec pas mal de matériel pour tester et voir ce que l’on peut améliorer avant le départ pour un séjour de longue durée dans les déserts andins. Nous voulons aussi éprouver les sensations en étant très chargés sur des montées longues. Je dois dire que je n’ai jamais voyagé si lourdement lesté en Europe !

Itinéraire de ces 9 jours

Dans toute entreprise humaine, le plus important est incontestablement le facteur humain. « Il n’y a de richesse que d’hommes », cette fameuse formule de Jean Bodin, philosophe du XVIème siècle, s’accorde bien, je pense, avec le voyage engagé à vélo. De la cohésion d’un groupe on est en mesure d’espérer la réussite, alors que chacun des éléments seul pourrait être amené à renoncer.

Mais il est nécessaire que se crée une cohésion, une vraie dynamique d’équipe. Cette courte équipée a aussi pour vocation à favoriser cette symbiose. De l’importance de l’entente dans les aventures risquées, outre le fait que l’on n’y arriverait pas sans participation active de chacun, lorsque cette symbiose s’est effectivement réalisée, on rentre avec des amis pour la vie. Et là, à mon sens c’est le plus beau des cadeaux que le voyage apporte.

Autant le contact avec les populations locales, même dans les coins reculés, où il n’y a pas grand monde, reste superficiel pour une multitude de raisons, autant la relation avec vos compagnons dans l’adversité se renforce et crée de vrais liens forts et durables. Donc, après une première phase de connaissance statique de trois jours en mars, où nous avons préparé notre voyage, bien qu’ayant gravi quelques cols des Vosges sous la neige, nous nous lançons dans une seconde dynamique, où chacun pourra évaluer le fonctionnement de l’autre, sans attendre de se retrouver dans le milieu hostile du désert et des hautes altitudes des Andes.

Nous voilà donc sur le départ pour 9 jours dans cette pré-aventure. Nous itinéraire enchaîne une succession de belles côtes bien raides, avec quelques portions de pistes, où il faudra pousser les vélos sur des kilomètres, et même quelques passages dans les prairies d’altitude du Queyras.

Sans l’avoir fait exprès, la période coïncide avec un créneau de canicule, où les 35 voire 40 degrés seront atteints tous les jours. Cela tombe bien, car ces conditions sur la « ruta 40 » en Argentine et dans la partie chilienne de l’itinéraire nous les connaîtrons. Ce qui va me permettre d’apprendre d’André quelques astuces pour lutter contre ces conditions difficiles, afin de se protéger la tête de la surchauffe. Je me méfie de ces chaleurs terribles, car j’étais passé près du coup du chaleur dans une traversée torride il y a 5 ans. Et cela peut s’abattre sur vous presque sans préavis, en particulier lorsqu’il est impossible de trouver un peu d’ombre.

Premier jour : Orpierre jusqu’aux environs de Corps : 96 km 1759 m de dénivelé à travers le Dévoluy, col de Festre et col du Noyer Départ matinal de ce magnifique village d’Orpierre, dominé de son impressionnant Quiquillon, piton calcaire de 200 m de haut, haut-lieu de l’escalade, rendez-vous de toute l’Europe en dehors de la saison chaude.

Quiquillon d'Orpierre

A 6 heures du matin nous roulons. L’air est frais. Une légère humidité, résultant du rafraîchissement très relatif de la nuit, avive les senteurs des plantes de Provence, toujours très odoriférantes. Le trafic est quasi nul. Nous chercherons tout au long de notre parcours à éviter les routes passantes, cependant sans toujours y arriver. Certaines jonctions de fond de vallée ne seront pas très agréables. Mais en ce premier matin, nous nous débrouillons assez bien. Les 30 kilomètres, en direction du pied du col de Festre, nous conduisent par des routes détournées et désertes, qui évitent l’axe très passant de la vallée du Buëch, puis celui qui mène à Veynes.

La première difficulté, le col de Festre offre une montée d’une quinzaine de km et 800 m de dénivelé. Cette entrée dans le massif du Dévoluy est magnifique. Sur notre droite les majestueuses parois du pic de Bure et de la crête des Bergers prennent de l’ampleur au fur et à mesure de notre progression.

Chaque fois que je les contemple, je pense à deux très grands alpinistes qui ont fréquenté ces lieux, et y ont tracé des itinéraires de haut vol. Tout d’abord René Desmaison universellement connu pour les très nombreuses escalades extrêmes qu’il effectua, mais aussi Jean Couzy, grimpeur talentueux, parmi les meilleurs, en outre polytechnicien. Mais hélas, en 1958 il fut victime d‘une chute de pierre dans cette magnifique face étincelante de la crête des Bergers, ce qui mit fin à une carrière qui promettait encore beaucoup de beaux exploits intellectuels et sportifs.

Pic de Bure

Crête des Bergers

Avec un vélo lourdement chargé et un entraînement presque nul, ayant préféré aller à la pêche à la truite depuis le 15 mars, je me traîne, j’ai même des débuts de crampe, ce qui m’arrive très rarement, très mauvais signe dans un col somme toute pas très difficile. Mon compagnon, par contre, caracole tranquillement devant. J’espère seulement qu’il ne va pas trop s’ennuyer à m’attendre dans ces débuts laborieux. Je sais par expérience que la forme vient assez rapidement au fil du temps, mais 9 jours c’est court, trop court. On verra bien, pour le moment, simplement chercher à appuyer au maximum sur les pédales en évitant l’explosion.

mon vélo pour pays "civilisés"

Enfin, le col est atteint. Nous y faisons une halte dans le restaurant qui matérialise le lieu. Une entrecôte grillée requinque son homme. Bien qu’ayant demandé une cuisson « bleue », elle m’est servie pour le moins bien cuite. Mais ne faisons pas le difficile.

Dévoluy, massif calcaire

Nous reprenons notre chevauchée en direction de Super-Dévoluy et du col du Noyer. Pour y parvenir, il faut au préalable franchir le col de Roupes à 1430 m d’altitude. Une fois au sommet, une descente assez courte mène au pied du col du Noyer.

Col de Rioupes

Dans un village nous faisons le plein de nos bidons. Deux jeunes grimpeurs belges en font de même. Nous engageons la conversation et parlons des escalades marquantes des environs, et puis aussi du Verdon et de ses « lignes » mythiques, ULA, la Demande, les Ecureuils… Aïe cela me rappelle des souvenirs qui remontent maintenant à 40 ans, voire un peu plus ! Nous avons une vue de toute beauté sur les montagnes de cet impressionnant massif calcaire du Dévoluy, en particulier sur le pilier Desmaison au pic de Bure, qui de profil s’impose à nous sur 600 m de hauteur, deux tours Eiffel empilées !

Pilier Desmaison Pic de Bure

Un signe du passé

L’effet fatigue commence à se faire sentir sérieusement en cette première journée, au cours de la montée du col du Noyer. Il culmine à 1664 m.



Nous y sommes

Une descente vertigineuse nous conduit dans la vallée du Drac, rivière impétueuse qui charrie en permanence ou presque des eaux boueuses.

Le Drac

Nous allons bivouaquer à l’orée d’un champ. Le paysan propriétaire du terrain, nous ayant gentiment donné l’autorisation de nous installer. Il va même rester un bon moment à discuter avec nous. Une pluie d’orage généreuse aura la politesse d’attendre, avant de s’abattre, que nos tentes soient montées et que notre riz ait eu le temps de cuire et d’être mangé. Elle sera assez violente, présage d’un lendemain sans nuages.

Premier bivouac
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Drôme provençale


Bonjour à tous, Voici le petit carnet consacré à qq jours de randonnée dans la Drôme il y a 1 semaine.

Le texte en images est ici : sibellelaterre

Bonne lecture! Marie

Texte seul :

Trop de neige encore dans les Vosges pour une petite randonnée/bivouac printanière, envisagée pour la 1ère fois avec un chien. Higloo n'a pas encore 6 mois aussi je cherche une randonnée tranquille sans trop de distance ni de dénivelé, avec une météo aussi douce que possible. L'hiver 2012/2013 n'en finit pas et me contraint à choisir une destination au sud et pas trop en altitude. La Drôme Provençale me semble parfaite pour ce projet ! A l'aide de Google Earth , j'affine l'itinéraire, et me rends compte qu' Annie et André Molinet (que je connaissais « virtuellement » sur voyageforum) sont les auteurs d'un grand nombre de topos sur Wikiloc (dans la colonne de G nommée « calques » sur Google Earth, cocher « base de données primaires », puis « galerie » puis « wikiloc » et on voit apparaître plein de tracés GPS de randos avec photos, distances et dénivelés!) Ils connaissent parfaitement la région et me confirment la validité de mon itinéraire. On décide de se retrouver pour parcourir ensemble la dernière étape de notre balade de 4 jours, et nous invitent ensuite à passer la nuit chez eux avant la route du retour. Très sympa ! Quelques jours avant le départ, ma plus jeune fille Marion, 17 ans, décide de m'accompagner pour partager cette petite aventure exclusive avec le chien... La carte IGN 3239 OT suffit pour toute la rando : départ col de Perty, montagne de l'Arsuc, col de Chauvac par les crêtes, La Clavelière, bivouac pas de Corbières, puis descente sur St Auban sur l'Ouvèze et bivouac un peu au sud, puis plein est via le Serre de Rioms, le pas de Bouvrège et bivouac entre le col de la Trappe et le col d'Izon, enfin montagne de Chamouse et retour au col de Perty. Pour de bons marcheurs, cette rando peut se faire en 2 ou 3 jours. Attention à bien gérer l'eau.

21 avril 2013 Nous avons très bien dormi (et mangé!) dans la petite auberge des Aiguiers à Pierrelongue (qui accepte les animaux) En attendant l'heure du petit déjeuner, nous faisons un petit tour aux alentours, sous un grand ciel bleu : ici c'est vraiment le printemps et ça nous réjouit ! Puis le ciel se couvre un peu mais le temps reste au beau. Nous roulons jusqu'à Saint-Auban sur l'Ouvèze : nous prévoyons de bivouaquer près du village le 2ème jour et en profitons pour déposer qq vivres et croquettes dans un buisson épineux bien caché : les sacs n'en seront que plus légers ! Puis nous remontons la vallée vers les sources de l'Ouvèze et découvrons avec étonnement la montagne de Chamouse enneigée ! Nous laissons la voiture au col de Perty et un randonneur du coin nous rassure : ça devrait fondre très vite. Higloo est tout content d'avoir encore un peu de neige ! Depuis qu'il est né il n'a connu que l'hiver et il aime ça ! Il enfile de bonne grâce son petit sac de bât (500 g à vide et chargé au maximum de 800 g de croquettes pour cette rando, compte-tenu du dépôt organisé à St Auban) Nous arrivons bien mouillées au sommet de l'Arsuc : la neige a fondu sur les buis entre lesquels se faufile l'étroit sentier. Nous finissons par enfiler nos pantalons de pluie et mettons à sécher les pantalons (Marion a oublié son pantalon de rando et se contente de son jeans, heureusement qu'il fait beau!) Joli petit passage dans une forêt multicolore... Pause pic-nic, Higloo frise avec l'humidité ! L'atmosphère est assez brumeuse car la pluie tombée ces derniers jours s'évapore sous les rayons du soleil. A G la montagne de Chamouse, dernière étape de notre circuit. En bas, la vallée de Somecure avec les sources de l'Ouvèze. Higloo est irrésistiblement attiré par les précipices et du fait du volume du sac, nous craignons qu'il soit déséquilibré en passant trop près d'un obstacle. La grand majorité du parcours se déroule en crêtes et il nous arrivera parfois dans les endroits les plus escarpés de lui ôter son sac tellement il nous stresse à raser les bords (je le soupçonne de faire exprès!) Nous apercevons le village de St Auban, tout là-bas. Le sentier disparaît souvent mais l'orientation est facile, il suffit de suivre les crêtes. 1 ou 2 passages scabreux dans de petites forêts denses avec de nombreux arbres couchés par le vent du nord, mais rien de vraiment compliqué. Nous croisons un groupe de randonneurs à la journée au col de Chauvac. Petit cafouillage d'ailleurs à ce col : il faut prendre sur une vingtaine de mètres le raidillon rébarbatif qui monte au pylône puis bifurquer à G sur un joli sentier signalé par un cairn. NE PAS prendre le large sentier encombré de ronces qui part à 30 m en contrebas du col, versant Somecure, vers l'ouest : cul de sac ! La Clavelière approche, survolée par quelques vautours qui intriguent le chien. Nous aurons été inspectés plusieurs fois par ces groupes de vautours qui surgissent de nulle part, font qq tours au-dessus de nos têtes...et puis s'en vont... Pas vu d'autres animaux sur cette rando...à part quelques oiseaux (perdrix, choucas, coucou)

Petite pause à la croix de Roussieux, juste avant la Clavelière.

Higloo, chien de berger ne supporte pas que nous ne marchions pas groupées (Marion marche beaucoup plus vite que moi!) Il pleurniche quand l'écart est trop grand, trop mignon ! Au loin la neige a fondu sur Chamouse... Au Nord, la vallée de Chauvac. Ce bel arbre situé un peu avant le sommet de la Clavelière doit avoir un succès fou en été ! Après la Clavelière, nous descendons abruptement vers le col de Corbières où nous allons bivouaquer. Il y a une source marquée sur la carte IGN un peu avant d'y arriver (Font. Froide) : impossible de la louper ! La résurgence est à côté du sentier. Bien que nous soyons à la confluence de plusieurs sentiers, il n'y a pas un chat ! Higloo apprécie la présence de pommes de pins ! Nous avons parcourus une douzaine de km et il a encore des forces pour jouer...un peu ! Après un dîner raffiné (hum!), nous profitons des derniers rayons du soleil, tandis qu'Higloo a déjà commencé sa nuit. Nous nous endormons aussi de bonne heure et le chien nous réveille vers 22h, les oreilles aux aguets, les narines dilatées, tremblotant, tout excité ! Gloups ! On a du mal à le calmer...il finit même par nous fiche la trouille ! Visiblement avec ses grandes oreilles il entend plein de trucs qui nous échappent. Finalement, nous entendons un chien ? grogner et aboyer par très loin. J'ai vu sur la carte qu'il y a une bergerie dans le coin.. bref, tout le monde finit par se rendormir ! Quel gros Nigloo ! Qui a peur du grand méchant loup !

22 avril 2013 On a tout notre temps, l'étape d'aujourd'hui est vraiment très courte, pas plus de 8 km. En effet, sur ces montagnes calcaires l'eau est rare et il faut en tenir compte... Comme Higloo adore l'eau nous prévoyons une après-midi récréative près du Charuis, affluent de l'Ouvèze. En voiture, nous avons repéré l'Aire de la Motte, un peu au sud de St Auban : verte prairie et petit ruisseau, le coktail idéal pour un chien lorrain ! Le ravitaillement a été caché juste en haut de la prairie... Nous prenons le temps de faire sécher la tente, tandis qu'Higloo joue avec les pommes de pins. Au loin le Mont Ventoux est pour une fois libre de nuages. Un peu plus bas nous croisons un autre bon coin de bivouac, à 50 m du ruisseau. Nous passons quelques marnes, on adore ! Ouest américain ? Mais non, nous sommes bien en Provence : Tiens une belle flaque pour Higloo ! Descente bien raide vers St Auban. Derrière le village on aperçoit la verte prairie où nous allons camper. On recroise le petit ruisseau franchi en haut du raidillon et l'endroit est si charmant qu'on en profite pour y faire une bonne pause. Nous quittons les montagnes et arrivons dans la campagne, charmante. St Auban est tout proche. Un regard en arrière vers les crêtes que nous avons suivies hier. Nous croisons 2 randonneuses avec de gros sacs, sinon personne en dehors du village. Après le pont sur l'Ouvèze, Higloo se rafraîchit avant la petite montée vers le village. Et se rafraîchit encore une fois au lavoir situé à l'entrée du village (il y a une fontaine avec de l'eau potable un peu plus haut) C'est bien calme... Nous traversons le village et continuons vers le sud par la route (peu fréquentée) sur 1 km environ, puis la quittons pour retrouver notre sac de bouffe (intact!), la prairie, et la rivière. Tiens un castor est passé par là ! Pas dans la tente tout mouillé ! Heureusement il fait beau et il sera sec avant le soir ! Pas assez fatigué aujourd'hui ce p'tit chien ! Voilà qu'il nous fait son claustro quand on ferme la tente ! Ça ne dure pas heureusement et la nuit est tranquille.

23 avril 2013 En fond de vallée, il a gelé ! Phénomène d'inversion thermique ou un truc comme ça sans doute. On a dormi hier 600 m plus haut sans gel... Après avoir fait sécher la tente, nous repassons par St Auban acheter qq fruits et cochonneries à la petite épicerie (fermée dimanche et lundi) et faire le plein d'eau. Puis nous quittons le village par un joli sentier (direction le Serre de Rioms. Il y a sans doute un sentier moins raide, que nous avons loupé) Arrivées sur la crête, nous faisons une petite pause « graines ». Nous rejoignons ensuite un chemin, sans aucune voiture et à flanc, agréable, qui nous fait passer devant une minuscule source au lieu dit le Terron (elle figure sur la carte IGN mais m'avait échappé) Nous en profitons pour refaire nos stocks d'eau (6l en tout pour nous 3) et du coup décidons de modifier un peu notre itinéraire. Nous avions d'abord envisagé de bivouaquer près de l'étang de Louye afin de refaire de l'eau en passant à Pelleret. Mais avec ces 6 litres, ce ravitaillement n'est plus nécessaire et nous allons éviter ce détour, en restant tout le temps sur les crêtes. Nous passons donc au-dessus du hameau de Pelleret. Derrière les « badlands » la montagne de Lure, à l'est. Au sud ouest, le fort de Mévouillon et la montagne de Buc. Petite pause au pas de Bouvrège. A l'est la montagne de Chamouse, où nous irons demain. Nous traversons un champ de lavandes, à peine sorties de l'hiver et trouvons un peu plus haut un bivouac panoramique ! Higloo va bien dormir cette nuit ! Au loin la montagne penchée de Buc. Nous profitons de la chaleur du soleil jusqu'au dernier moment. Le sentier de demain... Le Mont Ventoux à contre-jour. Pas vu l'ombre d'un autre randonneur aujourd'hui...

24 avril 2013 Très bonne nuit sous la surveillance de la montagne de Buc. Au SO le fort de Mévouillon et le Mont Ventoux, mieux éclairés qu'hier mais ça reste brumeux. Après à peine une heure de marche nous arrivons au col d'Izon où nous retrouvons Annie, André et leur amie Betty. Devant nous les falaises de Chamouse, à contre-jour. Nous grimpons tranquillement, et l'ensemble du parcours de ces 4 derniers jours apparaît : nous avons longé les crêtes à droite de l'image, traversé vers la G et longé les crêtes côté G. Un beau parcours aérien comme je les aime. De plus nous sommes loin des gros axes routiers, aucun bruit de voiture ! Cette dernière journée est la plus dégagée et on voit bien la chaîne des Alpes. Pause-croquettes au sommet ou presque. Rencontre au sommet, ici il y a un peu plus de monde... André et Marion trottent en tête, tandis que Betty, Annie et moi, cherchons les rares fleurs de ce printemps tardif. Le soleil tourne doucement et les Alpes sont de mieux en mieux éclairées. Le coin, escarpé, devrait plaire aux chamois mais nous n'en verrons pas un seul. Sont-ils chassés ? Au loin, la montagne de Lure me fait de l’œil pour une autre rando (?) Même mort, un arbre reste beau encore longtemps... Ultime petite pause près d'une cabane joliment restaurée et nous retrouvons la voiture au col de Perty. Tout le monde embarque pour récupérer celle d'André et Annie laissée au village d'Izon. Encore une dizaine de km et nous découvrons leur sympathique maison, la chaleur de leur accueil, la passion d'André pour les gaufres, et le confort d'un lit douillet après une bonne douche ! Merci à vous Annie et André !
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Picnic à Lyon et randonnée dans les Alpes les 22, 23 et 24 juin 2007
Que diriez-vous de nous retrouver, le vendredi 22 juin au soir, autour d'un pique-nique dans Lyon, puis, pour ceux qui le souhaitent, de poursuivre le samedi et le dimanche par une rando en montagne, au dessus de Grenoble? 🙂

Vendredi 22 juin à partir de 19h Rendez-vous au Parc Naturel de la Feyssine, au dessus du campus de la Doua. Amenez votre pique-nique et tout ce que vous voulez: photos, dessins, projets, musique, ... et n'oubliez pas de vous inscrire par message public à la suite de cette discussion (ainsi on sait qui vient!).

Accès facile depuis le centre de Lyon: tramway: arrêt IUT Feyssine vélo: plusieurs bornes Velov autour du campus voiture: stationnement facile à l'entrée du parc ou dans le campus. train: gare Part Dieu puis tramway direct direction IUT Feyssine

Lieu de Rendez-vous au bord de l'eau, à côté de l'Ile aux Castors:



(plan univ-lyon1.fr)

Samedi 23 juin et dimanche 24 juin

Prenez votre tente (tente de rando, donc légère, si vous en avez une), vos chaussures de rando, votre duvet, votre bouffe pour le samedi midi, samedi soir, dimanche matin et dimanche midi, direction le massif de Belledonne. Nous monterons samedi après-midi au Lac de la Coche (600m de dénivelé, voir le topo de la rando) et nous camperons au bord du lac le soir.

(photo montagne.plisson.org)

Le lendemain, certains pourront causer au bord du lac, d'autres rayonner autour (plusieurs randos possibles dans le coin, suggestions bienvenues), puis redescendre dans l'après-midi.

Vu qu'on se sera certainement couchés un peu tard le vendredi 😉 RDV le samedi à 9h45 sur le parking de Décathlon St Priest. Pour ceux qui ne partiraient pas de Lyon, RDV à Prabert (38) en fin de matinée. Je pense qu'on prendra le repas de midi avant de s'attaquer à la montée.

Pour s'inscrire, il suffit d'envoyer un message public à la suite de cette discussion, en précisant le cas échéant si vous avez une tente de rando (combien de places) et une voiture (combien de places).

Espérons que nous ayons le même temps que l'an dernier à Dieulefit, même sans piscine... mais y'a le lac 😛
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La vallée de la Clarée: notre baptême des Alpes
Eh bien voilà, après l'an dernier un voyage dans les Lofoten où on s'est bien rendus compte qu'on était des novices assez boulets sur les bords, nous revoilà mon frère et moi repartis, sur les conseils de Marie31, cette fois moins loin : à Névache, dans la vallée de la Clarée. On est pas encore des oufs, on se fait doubler par des enfants et des personnes agées, mais on a bien mieux géré que l'an dernier !

Un petit récap en photos :-)

Je suis visiblement obligée de faire un post / jour parce qu'on peut pas insérer d'images dans le texte et si je les mets toutes à la fin ça n'a aucun sens... Ils auraient pu virer le petit bouton "insérer une image" plutôt que de dire ça une fois que t'as fini d'écrire ton truc 😠

Note bis : pour ceux que ça intéresse ci joint des cartes répères ^^, et pour ceux qui préfèrent lire en PDF v'la le lien mais c'est bien gros (ya déjà les cartes à la fin). CARNET ENTIER

14.07.2013 Après un repas en famille, nous prenons la route en début d'après midi pour Paris, où un train de nuit nous attend à 21h23 à Austerlitz. La gare est bien vide depuis l'accident de Brétigny il y a deux jours, mais par "chance" pour nous (si on peut dire...) seuls les trains de nuit vers le Sud-Est partent car ils ne passent pas par cette gare. Il fait chaud dans la capitale en ce jour de fête nationale et mon sandwich au camembert embaume la gare. Moyen bien placés dans le train, surtout pour Seb. Parfois c'est bien d'être naine...
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Été 2009, petite virée en Oisans et Queyras
Semaine Oisans Queyras

Cette année pour la deuxième fois non décidons de faire une semaine d'escalade difficile. Mais l'âge aidant, le plaisir étant notre première motivation et non la trouille de la chute accrochés à des grattons, nous partons avec un guide. Cette année encore le temps sera favorable, mais un peu moins que l'an dernier . En effet les prévisions orageuses de fin de journée ne nous permettront pas d'envisager des voies de très grande ampleur. Nous effectuerons cependant quatre belles escalades entre deux cents et quatre cents mètres, cotées aux environs de TD ( très difficile dans le jargon alpinistique), précédées d'un petit échauffement d'une soirée sur le Quiquillon d'Orpierre.

C'est avec beaucoup de plaisir que je me retrouve à Orpierre dans ce magnifique petit village des Hautes Alpes, chargé d'histoire. En effet, il y a plusieurs siècles il se trouvait sur un axe important, maintenant totalement secondaire. Sa flamme de pierre blanche éclatante est un pur bijou pour le varappeur. Demain nous devons nous rendre au refuge de l'Olan où nous attend notre camarade et guide.

La remontée de la vallée du Valgaudemar en voiture se fait religieusement. Nous pénétrons dans un sanctuaire. L'Oisans et ses montagnes dégagent une atmosphère bien particulière. De grands versants dépouillés tombant dans des vallées profondes. Des sommets à l'aspect austère et sauvage dominent du haut de leurs pentes neigeuses et rocailleuses. Le roi de la vallée, l'Olan, trône du haut de ses trois mille six cents et quelques mètres. Nous faisons un arrêt à la Chapelle, joli village, qui à cette époque, fin juin est presque désert. La vue des spécialités locales réveille l'appétit, en particulier les tourtons, savoureux beignets fourrés. Notre choix se porte sur ceux aux épinards et à la framboise, un régal. Nous en profitons pour envoyer quelques cartes postales, aux enveloppes magnifiques, des edelweiss ou de grosses marmottes.

Vers les quatorze heures la montée au refuge de l'Olan débute. Des fleurs, constellant la pente, nous accompagnent une grande partie de la montée, les plus voyantes, de superbes lys martagons à la couleur orange. Le printemps ou le tout début de l'été, c'est vraiment le moment idéal pour se promener en montagne. A plusieurs reprises de magnifiques cascades apportent une touche de fraîcheur. Que cette montée est longue! Le chemin vers l'amont ne se découvre jamais sur une grande distance du fait des ruptures de pente. Le refuge n'apparait qu'au dernier moment. Notre guide, Christophe nous attend. Ce soir il y a peu de monde et le gardien nous attribue un grand dortoir pour nous seuls. Venir en refuge dans ces conditions est un vrai plaisir.

Le lever n'est pas trop matinal, car ce soir nous resterons ici. De plus le temps sera assez stable pour la journée, les orages possibles et très localisés ne devraient pas se manifester avant la soirée. L'objectif de la journée est une escalade de 370 mètres cotée TD inf, qui se situe au beau milieu de la Rouye, belle paroi orientée à l'ouest qui se dresse au-dessus du refuge. Une heure de marche d'approche en empruntant la voie normale de la pointe du Vallon est nécessaire pour en atteindre le pied . Cette montée nécessite pour le confort les crampons sur une neige assez raide et dure. Les derniers mètres avant le point de départ de la voie d'escalade sont plus pentus , tantôt neigeux tantôt rocheux. Sur le rocher en crampons sans être encore encordés, bien que la difficulté ne soit pas importante, nécessite de l'attention. Et notre guide nous connaissant bien , considère que nous n'avons pas besoin de corde. Le rituel de la préparation à l'encordement terminé, la première longueur est attaquée par Christophe. Le rocher est un peu humide mais il est tellement adhérent que cela n'augmente pas vraiment la difficulté. Le toucher de ce joli granit de l'Oisans au grain franc et très adhérent est un véritable plaisir. La paroi est quasiment verticale sur les deux premières longueurs, puis sur une soixantaine de mètres l'inclinaison est moindre sur un terrain beaucoup plus facile. Ensuite, la verticalité redonne tout son attrait à l'escalade sur quelques trois cents mètres. Ce n'est jamais facile, mais se présente toujours une possibilité de mettre un pied en adhérence ou sur un gratton et les doigts peuvent généralement se nicher sur une petite réglette bien franche. Dans certains passages, toutefois, il est nécessaire de tirer sur des prises indirectes en opposition, c'est un peu athlétique. La difficulté raisonnable, entre quatre sup et six a, laisse tout loisir au plaisir de s'exprimer pleinement. L'escalade, c'est un peu comme le vélo, la technique reste, en particulier la technique de pied, la plus importante pour soulager l'effort des bras, ce qui est d'autant plus important, lorsqu'on n'a plus trop d'entraînement. Au cours de cette ascension on a vraiment le sentiment de se trouver en pleine montagne. Le cirque de l'Olan est magnifique, et l'ambiance est d'autant plus impressionnante que quelques nuages commencent à envahir l'espace à nos pieds. Tout de suite la montagne prend un air plus austère et plus mystérieux. Être pendu au-dessus du vide avec les nuages sous les pieds me rappelle les grandes escalades que je faisais il y a bien longtemps et j'ai l'impression de rajeunir. Sans incident nous arrivons au sommet. Nous sommes seuls, comme quoi, même en France on peut encore être dans des montagnes désertes. Assis au sommet nous profitons de ce spectacle sublime, des parois qui jouent à cache-cache avec les nuages. L'effet loupe du soleil nous distille une douce chaleur. Vient le moment, après une petite demi-heure de contemplation, d'envoyer la corde pour le premier rappel. Moment toujours impressionnant lorsqu'on se jette dans un vide de quatre cents mètres suspendu à une simple corde. Mais la technique est bien rodée et même à trois nous ne mettrons pas longtemps pour retrouver le pied de la paroi. Notre guide qui nous prend pour des bons, ne trouve pas utile de mettre un rappel le long du socle suspendu de soixante mètres et donc me voilà lancé dans une déescalade sans assurance. Bien que ce ne soit pas difficile techniquement, les prises de main sont fuyantes et parfois des mottes de terre peuvent rendre les chaussons d'escalade gras avec des conséquences funestes, en effet la chute ne pardonnerait pas. De temps à autre, je sens dans mon dos une main salvatrice prête à me coller contre le rocher en cas de dérapage. Mais il avait raison nous maîtrisons sans incident ce passage sans assurance, cela donne même un peu de piquant à une escalade certes difficile mais dénuée de danger pour le second de cordée . Encore un rappel de cinquante mètres et nos touchons la neige. Au cours du retour au refuge une averse orageuse nous rafraîchit. Soirée agréable, toujours peu de monde, le gardien nous raconte la vie et l'histoire du refuge et sa passion pour le para-pente. Il faut dire que l'implantation du site est idéale. En effet on voit le village 1200 mètres plus bas et d'un coup d'aile on peut s'y rendre. Mais comme toujours il faut faire très attention à l'aérologie locale.

Après une bonne nuit, lever matinal, non que l'escalade sera longue, mais nous descendrons dans la foulée dans la vallée. L'objectif pour ce matin se trouve juste au-dessus du pas de l'Olan. Belle paroi granitique bien verticale s'élevant d'un jet de deux cents mètres. Après une marche d'approche d'une heure nous attaquons ce joli rocher. L'escalade est athlétique, parfois surplombante. De splendides fleurs colorent les fissures, certaines d'un bleu lumineux. De temps à autre de belles touffes de genépi bien mûres sont tentantes, et un peu à la manière de l'oncle Picsou qui voit danser les dollars, nous voyons danser les bouteilles bien remplies de cette herbe miraculeuse!!!. Sur notre gauche un panorama magnifique s'étend jusqu'au Dévoluy, et nous pouvons en admirer tous les sommets. Je connais peu de sensations aussi agréables que celle de se trouver dans une belle paroi chauffée par le soleil. On voudrait que l'escalade ne finisse pas, ne pas quitter ce monde pour lequel l'homme, dit-on, n'est pas adapté. Mais tout a une fin, et aujourd'hui elle arrive trop vite. Sans incident nous gravissons cette jolie voie, cotée très difficile et en quatre rappels de 50 mètre nous nous retrouvons au pied. Nous prenons le temps de savourer notre pic-nique profitant de ce site magnifique et de cette ambiance calme, sous la bienveillance du soleil. Le refuge est rejoint en trente minutes, et rapidement nous plongeons vers la vallée. Il fait chaud et cela me semble long. Surtout que j'ai commis la faute de garder mes grosses chaussures et qu'une ampoule commence à me titiller le talon droit. Il y a très longtemps que ce genre de maux ne m'était plus arrivé. A notre arrivée à la voiture, la pluie nous accueille, elle est drue mais elle arrive un peu tard, nous sommes déjà au sec. Ce vallon de l'Olan, nous y avons passé deux jours sans voir grand monde. Tout à loisir j'ai pu dans le calme penser à mes expériences passées, en particulier la face nord que j'ai gravie il y a maintenant trente ans. C'était une belle face, terrain haute montagne de 1100 mètres. Cette escalade m'a laissé des souvenirs forts par la sauvagerie du lieu. L'équipement en pitons était pratiquement inexistant, et le cheminement se devinait plus à l'intuition qu'à la lecture du topo. Les grandes voies de l'Oisans présentent toutes les mêmes caractéristiques. Assez peu de grandes zones de fissures matérialisant clairement l'itinéraire, mais une succession de dalles qui se perdent vers le haut, dans lesquelles le sens du rocher est plus important que la description de l'itinéraire . Il y a quelques années cette imposante face nord de l'Olan s'est écroulée. La voie Devies Gervasutti ne doit plus exister. Même les itinéraires d'escalade meurent. A côté de la voiture un gros rocher sur lequel sont fixées des plaques commémoratives, en particulier en souvenir de cordées tombées à l'Olan. Si attrayante que soit l'ascension de ces belles montagnes, ces plaques nous rappellent que ce sport reste dangereux.

Demain et les jours à venir l'activité orageuse devrait se développer. Nous avons à notre programme deux ascensions du côté du Viso. Il sera toujours temps demain soir au col Agnel de faire le point.

Nous arrivons au refuge Agnel qui a la particularité d'être au bord de la route. Le temps ne semble pas très beau, orage de milieu d'après-midi. Sur le côté italien dans le coin du Viso, ça accroche sérieusement. Nous décidons donc de rester sur le versant français et de grimper dans les environs. Certes les voies sont de moindre développement, mais il y a quand même de quoi s'amuser. Nous montons au col Agnel. Il y passe beaucoup de monde, touristes en voiture, motards beaucoup d'Allemands et des cyclistes. En particulier arrive un cycliste italien, qui doit avoir dans les soixante dix ans passés. Une grande, vraiment très grande, Hollandaise, manifestement folle de joie, descend de son vélo. Elle dégaine son portable et se lance avec un enthousiasme évident dans la narration de son exploit. Nous discutons avec les uns et les autres, de vélo et de motos. À ce col de toute évidence il y du plaisir de s'y trouver. Après être redescendus, nous passons une soirée sympathique au refuge, qui n'est toujours pas surpeuplé, après-demain soir ce ne sera plus le cas, ils attendent 78 personnes.

Ce matin encore le lever n'est pas trop matinal. Nous laissons la voiture au col Agnel et prenons la direction d'un petit sommet dans le prolongement du Pain de Sucre. Il s 'agit d'une belle arête en calcaire de trois cents mètres. Une marche d'approche d'une bonne heure sur neige dure nous mène au départ de la voie. La première longueur est la plus difficile, six A+. A froid il faut vraiment se défoncer, et ça fait mal. Par la suite, l'escalade devient plus facile. L'adhérence de ce rocher est très importante. Alors que nous sommes en plein milieu de la voie, nous croisons un bouquetin. Cela paraît invraisemblable que ces animaux soient capables de se déplacer sur des terrains de cette raideur, et comme toujours dans ces moments exceptionnels, j'ai des petits problèmes techniques et ne peux prendre qu'une seule photo. Nous poursuivons notre montée et arrivons sur la vire où nous l'avons vu démarrer. Il paraît tout à fait impossible qu'il ait pu venir de plus haut. En effet tout est vertical voir surplombant. Même la traversée conduisant vers la droite à un pan incliné me semble impossible à franchir. D'où venait-il? Nous terminons cette arête par de magnifiques dalles très raides mais fournies en petites prises sur lesquelles on se hisse à la force des doigts. Encore une belle matinée d'effort où nous sommes seuls. C'est un grand plaisir. L'escalade est un sport qui lorsqu'on l'a aimé, toute sa vie on l'a dans la peau. Je retrouve exactement les sensations et les émotions que j'éprouvais à dix huit ans. On pourrait penser que l'expérience et la pratique entraînent une diminution de l'intérêt, eh bien il n'en est rien. Le plaisir du contact de la petite prise que l'on découvre sans la voir, la sensation du pied qui adhère, le miracle de l'équilibre sur pratiquement rien, sont des sources de satisfaction intense. L'escalade permet de découvrir une multitude de muscles que l'on n'utilise pas dans la vie courante, et l'on sent son corps vivre. Avec l'âge et le manque de pratique, on pèche du côté de la souplesse, mais la joie demeure. Il faut dire aussi que ces ascensions à trois avec des personnes que l'on apprécie, avec lesquelles tout se passe dans le calme et la sérénité sont un véritable bain de jouvence. Nous prenons le temps de casser la croûte au sommet de notre montagne dans un décor de rêve et nous redescendons au col à travers de grands champs de neige.

La soirée au refuge est très agréable. Nous dînons avec deux couples et la discussion est animée. Il faut dire que le vin n'est pas mauvais, cependant nous n'en abusons pas.

Déjà le dernier jour, comme cette semaine passe vite. La voie de ce jour se trouve dans un coin désert, le Rognon, gros rocher caché sur la crête de la vallée qui donne sur Saint Veran, le fameux plus haut village d'Europe. L'itinéraire d'accès nous conduit d'abord au col de Chamoussière. Cela me rappelle de vieux souvenirs d'il y a trente ans et plus. Après une marche à flanc nous atteignons le pied de notre itinéraire. Que cet endroit est austère. Le rocher est un granit sans grain donc glissant, de couleur sombre, très raide et sans prises franches et pour couronner le tout, le lichen règne en maître. La nuit dernière il a beaucoup plu, de ce fait les lichens sont gorgés d'eau. L'escalade s'avère délicate et très athlétique. Il faut vraiment se défoncer pour avancer et sans vergogne Robert et moi, nous nous jetons sans état d'âme sur les mousquetons mis en place par Christophe. L'escalade est très différente de celles que nous avons connues les jours précédents. C'est cela aussi le charme de ce sport, d'un massif à l'autre le rocher n'est pas le même et, les sensations et les efforts différents, jusqu'au toucher du rocher qui entraîne des réactions particulières. Un joli granit à gros grains ou un calcaire adhérent à prises franches, on les prend à pleines mains de façon sensuelle, on en lit la texture, par contre ce rocher froid et fuyant qui donne le strict minimum sans chercher à retenir la peau des doigts, nécessite de gros efforts et c'est presque à contre-cœur qu'on y exerce des pressions indirectes en opposition pour essayer de ne pas glisser. Après quelques heures d'efforts violents sur cette roche hostile peu adhérente et parfois surplombante, le sommet est atteint. Christophe décide malgré notre peu d'enthousiasme d'aller encore escalader un magnifique doigt rocheux. L'escalade est de toute beauté, certes très difficile, mais le rocher se montre beaucoup plus franc. C'est donc sur cette magnifique petite aiguille de cinquante mètres que notre semaine d'escalade arrive à son terme. Nous repartirons la tête pleine de merveilleuses images en attendant les prochaines escapades. Est-ce que à plus cinquante ans on est trop vieux pour aller faire la face nord-ouest d'Ailfroide? Cette magnifique et très austère face sombre, qui s'élève sur plus de mille mètres et culmine à près de quatre mille mètres, est cotée extrêmement difficile. Je la contemple depuis que j'ai douze ans et je n'ai jamais eu l'occasion de la gravir, une ou deux fois le projet ayant avorté. Peut-être faut-il que nous nous entraînions, on ne sait jamais?
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Saint-Gervais Briançon par le GR5 (France)
Saint-Gervais Briançon par le GR5

Une fois de plus je me retrouve au départ d'une grande randonnée en solitaire. Le train s'est arrêté en gare de Saint Gervais, plus exactement au Fayet, quelques kilomètres plus bas. Nous sommes en septembre, le temps présente toutes les caractéristiques d’une promesse de tempête de ciel bleu pour la semaine. Les grandes vacances sont terminées, je m’imagine que la montagne est délaissée pour le plus grand plaisir des privilégiés comme moi. En effet, à ces moments j’ai la sensation qu’elle révèle ses beautés et trésors pour moi seul, de toute évidence illusion orgueilleuse. Mais cela ne fait rien, lui le plaisir de la solitude en montagne est bien réel. Mais non dans cette première demi-journée de mon périple, la montagne n'est pas désertée, loin s’en faut. En effet nous sommes en début de week-end et de plus le commencement de mon parcours coïncide avec le tour du Mont Blanc, chemin fréquenté à toutes les époques de l'année lorsqu'il n'y a plus de neige.

Dès que je saute du train je me mets en route en ce début d'après-midi. Comme d'habitude, mon but, lors d’une première étape d’une demi-journée, est de monter le plus haut possible. Dans le cas présent il s’agit de se rapprocher du col du Bonhomme. Le premier jour, il est souvent délicat de faire un planning, car la mise en train n'est jamais la même. Parfois le démarrage est pénible, et puis il arrive que je parte comme une flèche. Je ne sais jamais à l'avance quelle va être la forme. Et je n'ai jamais pu élaborer de théorie me permettant de savoir comment j'allais vivre une première étape.

Tout commence au mieux. Je longe la voie ferrée du train à crémaillère quelques centaines de mètres, puis je traverse Saint-Gervais. Joli village aux grands chalets cossus derrière lesquels les immenses pentes éclatantes du Mont Blanc se découpent. Vision magnifique, on se croirait sur la carte postale type de la région de Chamonix. Les pentes glacées de Bionnassay hérissées de séracs dévalent de quatre mille mètres. Le soleil darde ses rayons sur ce versant et le fait resplendir d’un éclat presque irréel dans cet après-midi d’automne. Ma randonnée commence sous de bons auspices. Je marche d’un pas alerte en remontant cette magnifique et riante vallée des Contamines-Monjoie. Je réussis à ne pas rester sur la route goudronnée, en empruntant un chemin rive gauche. Les dix kilomètres qui conduisent à la chapelle de la Gorge sont abattus rapidement et sans fatigue. De toute évidence la forme est là dès le premier jour. Ce nom résulte de la géographie des lieux. En effet à proximité un torrent impétueux saute tout en écume un grand ressaut dans une gorge resserrée. Je m’y arrête pour le contempler et l’air frais qu’il déclenche dans son impétuosité apporte une fraîcheur agréable.

Je visite cette charmante église entretenue avec soin. Beaucoup de monde en fait de même. Les décors intérieurs et extérieurs sont de toute beauté. Elle est ornée jusque sous la partie boisée de son avant-toit. Je reprends ma route, et immédiatement le goudron prend fin, et de ce fait les voitures ne peuvent aller plus loin. Le chemin est raide. Sur la gauche un panneau indique le refuge des Conscrits. Me reviennent en mémoire une multitude de souvenirs. Lorsque j’étais jeune je pratiquais volontiers le ski de randonnée avec mon père, je dois même dire que c’était mon compagnon préféré. Je nous revois le long de cet immense glacier de Tré-la-Tête, un jour bas au ciel gris. Dans ces conditions la montagne est impressionnante et menaçante. Elle ne cache pas son hostilité, et en guise de mise en garde vous dévoile dans une atmosphère trouble quelques grosses crevasses insondables. Je me souviens aussi d’une tentative aux Dômes de Miage avec un camarade, qui s’était terminée par une débâcle due à une grosse tendinite à cause d’une chaussure mal adaptée. Et puis plus récemment, cela fait sans doute bien quinze ans, j’emmenai deux amis non montagnards pour les Dômes de Miage. Au lieu de monter aux Conscrits j’avais fait l’erreur de rester au refuge de Tré-la-Tête, pensant que cela ne nous empêcherait pas d’aller au sommet le lendemain. C’était compter sans la vitesse lente de notre caravane. Lorsque nous sommes arrivés au refuge des Conscrits bien sûr, il n’y avait que le gardien. Et il nous a accueilli avec ces paroles « arriver ici à neuf heures du matin soit vous êtes terriblement en avance pour demain ou excessivement en retard pour aujourd’hui ».Et voilà comment une fois de plus je n’ai pas atteint ce sommet si attirant.

Revenons à notre occupation du moment, prendre la direction du col du Bonhomme. Je m’élève rapidement. La vallée que je viens de parcourir se révèle dans toute sa beauté, grandes forêts de sapins sombres qui montent à l’assaut de pentes raides. Je rejoins le refuge hôtel de la Balme. Il est complet, pas possible d’avoir une place, même pour le solitaire que je suis. De la cuisine émane un effluve prometteur quant au dîner du soir. Cela me donne l’eau à la bouche, mais ce ne sera pas pour moi. Avec je recul je m’en réjouis. Heureusement que les circonstances ne m’ont pas permis de succomber à la tentation de la facilité car je vais vivre l’une des plus intenses émotions de ma vie au cours de la nuit à venir au grand air.

Je reprends donc mon chemin en direction du col du Bonhomme avec l’intention de trouver un petit replat afin d’installer ma tente. Après quelque distance, dans une petite dépression au niveau du chalet du Lavet, je découvre un endroit qui devrait convenir. Il me faut l’aménager en poussant quelques cailloux, et me voilà installé à proximité d’une petite mare à l’eau courante qui me permettra tout le confort. Que je suis bien sur ce replat à regarder la nuit venir dans un décor féerique, alors que ma platée de pâtes mijote tranquillement. Une fois mon repas pris et comblé de ce spectacle de la nuit qui prend possession de la montagne, je me glisse dans ma tente et attaque le livre que j’ai toujours avec moi. Il s’agit cette fois de « cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, quel foisonnement !

La fatigue aidant, il est temps de dormir. Mais hélas, n’ayant pas le sommeil profond, comme souvent à deux heures du matin, je m’éveille, et reprends ma lecture. Mais bien que réveillé, la fatigue est présente. L’activité intellectuelle dans ces conditions demande une concentration difficile, et la simple lumière de ma frontale n’est pas pour faciliter l’exercice. Après quelques pages toujours aussi époustouflantes, je pose mon livre et sors la tête de la tente afin de contempler le ciel étoilé dans un air immobile. Cinq cents mètres au-dessus de moi les aiguilles acérées de la Penaz culminent à presque deux mille sept cents mètres. Derrière ces pics la lune monte, mais je reste dans la partie ombrée. Sur l’autre versant de la vallée une lumière diffuse commence à révéler les différents reliefs. Mais face à moi seule cette face impressionnante qui se découpe en ombre chinoise, se déploie. Juste au sommet pointu, une étoile filante apparait, je la suis du regard. Elle semble tomber vers la terre. L’illusion de la perspective aidant, je la vois surfer l’arête tranchante et inclinée qui me domine de profil. Spectacle fantastique, cette crête de pierre et l’étoile filante se sont donné un rendez-vous merveilleux le temps d’un frôlement improbable pour le plus grand plaisir de l’œil qui n’arrivait pas à se fermer. Des instants comme celui-là, si brefs soient-ils, laissent une trace indélébile par l’émotion qu’ils suscitent. On est alors comme frappé d’une étincelle de bonheur fulgurant. Je me dis que si j’avais dormi au refuge, cette nuit se serait perdue dans le long fleuve des nuits ordinaires en montagne. Tandis que là, l’expérience vécue a exacerbé l’envie de parcourir la montagne au plus proche de sa nature secrète et a fait naître une curiosité toujours plus vive à la recherche de l’éphémère et fugace mais grandiose spectacle que la nature sait distiller par instants brefs à ceux qui prennent le temps de la contempler.

Au matin, un temps magnifique me permet dès les prémices de l’aube de profiter d’un spectacle toujours renouvelé mais toujours différent de la clarté qui reprend ses droits dans ces lieux d’altitude. Dans ma prairie l’herbe est mouillée et ma tente mono paroi dans ce contexte de forte hygrométrie a favorisé la condensation. Ce type de tente est pratique du fait de son poids, mais le confort s’en ressent du fait de l’eau qui ruisselle systématiquement sur les parois, malgré le petit filet sensé jouer un modérateur.

Mes affaires sont vite repliées et en quelques vingt minutes j’atteins le col du Bonhomme. Le sol est mouillé, la grande vallée que j’ai remontée la veille est encore plongée dans l’ombre alors que les cimes qui s’élèvent au dessus du col sont déjà baignées d’une lumière vive. A cette heure encore personne sur le chemin, je m’octroie une courte pose, afin de profiter de ce moment magique, où le soleil, encore bas sur l’horizon, produit une multitude de jeux d’ombre et de lumière, qui évoluent de seconde en seconde. L’heure après le lever du soleil, ainsi que celle qui précède son coucher, sont des moments magiques, particulièrement mis en valeur par le bivouac. Au col, un grand cairn, un peu à la manière d’un chorten, est couvert de morceaux de tissus qui rappellent les cinq couleurs de la religion bouddhiste.

La descente sur le refuge du col de la Croix du Bonhomme est courte. Je le distingue et constate qu’il est en effervescence. Eh oui, j’avais presque oublié que sur ce premier tronçon de mon parcours je me trouve sur la fameuse randonnée « le Tour du Mont Blanc ». Un groupe de Japonais débute l’étape de la journée. Ils sont accompagnés de mules qui portent leurs bagages. J’ai l’impression de me retrouver dans une ambiance de treks lointains, quelque part au Maroc ou dans des massifs d’autres continents. Mais mon chemin dès le refuge va piquer plein sud et je vais à nouveau me retrouver seul le long d’une crête très curieuse, acérée mais au milieu d’une prairie, où les vaches me regardent passer. Par endroits elles colonisent de petits pics tout en broutant. L’altitude est de deux mille cinq cents mètres. De grandes vallées partent de toutes parts, et leurs fonds sont encore emplis des mystères de l’ombre alors que les doux rayons du soleil me réchauffent déjà.

Par d’immenses zones herbeuses, je descends vers le lac de Roselend. Je croise un randonneur seul, nous échangeons quelques mots et reprenons notre cheminement. Dans ces marches solitaires, il est toujours agréable de communiquer de cette façon, brièvement au cours d’une rencontre éphémère. Rapidement je rejoins la route goudronnée et le refuge du plan de la Lei. J’y effectue une petite halte et me restaure. La gardienne vend de jolies cartes. J’en écris quelques-unes. Elle n’a pas de timbre, mais me promet d’en mettre lors de son prochain ravitaillement dans la vallée. Elle tiendra parole, mais il m’est déjà arrivé à plusieurs reprises que ce type de promesses ne soit pas tenues, toujours à l’étranger et particulièrement dans un pays dont j’adore les montagnes, raison pour laquelle je ne le dénoncerai pas.

Une fois reparti j’évolue au-dessus du lac, immense ruban vert émeraude enchâssé dans un écrin de prairie au ton plus clair, mais piqueté de sapins sombres. J’imagine quelques pêcheurs de truites s’en donnant à cœur joie dans cette matinée sans un souffle d’air. De grandes cascades ruissèlent dans des pentes d’herbe et de mousse. Là encore les tons de vert rivalisent, tout en se mesurant au blanc éclatant de l’écume de l’eau qui s’étale en larges traînées de faible épaisseur. Ce matin, les conditions météorologiques associées à ce décor grandiose donnent à la montagne un aspect particulièrement accueillant. Dans ces moments, on sait pourquoi on part seul pour ces voyages au long cours. Lorsqu’on se remémore ses différents voyages en solitaires, certains épisodes comme celui-là, resurgissent et laissent leur trace profondément ancrée en vous pour des années. En me retournant, je peux contempler le Mont Blanc dans toute sa majesté. L’air est si pur que j’ai l’impression de pouvoir le toucher.

Au-dessus de moi le col de Bresson dominé par la Grande Parei, qui mille mètres de dénivelé au-dessus du lac affiche une belle silhouette. Cette montagne, sous un certain angle, rappelle le Mont Aiguille, sans cependant en avoir l’ampleur. Le chemin se fait plus raide, et la chaleur arrive. Après un dernier raidillon dans la caillasse, enfin le col est rejoint. Le point de vue est superbe de tous côtés. Au sud le regard embrasse un vaste panorama en direction de la Vanoise. Je m’adonne à l’un de mes grands plaisirs, essayer de mettre des noms sur les montagnes. Même lorsqu’on les a déjà gravies, elles restent souvent rebelles à vous révéler au premier coup d’œil leur identité. En face de moi, très vraisemblablement le Mont Pourri, mais je le connais sous des perspectives plus élancées et puis aussi cette grosse masse de belle altitude, il doit s’agir du Dôme de la Sache. Mais je n’ai aucune certitude, car la perspective est nouvelle pour moi, n’étant jamais passé par ce col. En ce lieu l’herbe est grasse et de nombreux moutons broutent paisiblement. Après un petit arrêt au cours duquel j’ai cherché à visualiser mon chemin à venir à travers la Vanoise je rejoins le refuge de la Balme. Quelques personnes assises au soleil dégustent bières et autres boissons. Il ne m’en faut pas plus, réflexe de Pavlov aidant, à mon tour je m’attable et commande un coca-cola. Alors que je savoure ma boisson bien fraîche, un bruit familier emplit la vallée. Je lève les yeux et distingue la silhouette caractéristique d’un mirage 2000, qui quelques centaines de mètres au-dessus engage un virage serré, ce qui permet au pilote durant quelques secondes de contempler ce refuge, niché au centre d’un foisonnement de montagnes bien individualisées et qui jaillissent vers le ciel.

Depuis ce matin la distance parcourue est déjà longue, mais je ne compte pas en rester là. Pourtant je m’y trouve bien dans ce refuge perché en pleine pente, il y fait bon et le décor est somptueux. Mais voilà, pour satisfaire au sacro-saint moral et faire en sorte qu’il ne chute pas, tant que je peux avancer, je me fais un devoir de le faire. J’aimerais pouvoir me satisfaire d’une marche lente, agrémentée d’arrêts aux endroits qui me plaisent. En effet, quel est l’intérêt de foncer à la recherche de je ne sais quel exploit. Mais voilà, même si parfois je trouve ma démarche incompréhensible, voire stupide, le mouvement est le plus fort. Je me lance donc dans une immense descente jusqu’au fond de la vallée de la Tarentaise, où coule l’Isère. Du refuge cela fait un dénivelé de quelques mille deux cents mètres. La distance jusqu’à l’Isère me semble infinie. Je me mets à courir en prenant un petit rythme. Mon sac est bien rivé à mon dos, ce qui évite tout à-coup. Dans mes chaussures souples, je prends toujours la précaution de mettre des semelles thermo-moulées, ce qui constitue un bon amortisseur. Sans souffrir, cela me permet de maintenir une très bonne cadence sur ce type de terrain en descente.

Bien que je sois sur un GR, je vais perdre mon chemin. Sans doute emporté par ma vitesse, je ne vais pas rester assez à flanc en altitude. Je vais me retrouver à dévaler de grandes prairies entrecoupées de haies pas toujours faciles à franchir. Le bouquet consiste en une petite forêt inextricable et très raide qui me permettra de déboucher à même la route très passante du fond de vallée. Etant descendu trop à l’ouest il me faut suivre la route sur plusieurs kilomètres. Il fait une chaleur torride. Pas un brin d’air, des bouffées étouffantes montent du macadam. De gros camions lancés à toute allure me frôlent. Par endroits dans les virages, les murs de soutènement laissent un espace tellement restreint au marcheur, qu’il me faut me plaquer à la pierre, pour ne pas être fauché par un mastodonte lancé à pleine vitesse, dont le chauffeur n’a qu’une visibilité restreinte à l’avant. Un petit renfoncement, un arbre y dispense son ombre. Je m’assois à son pied à la limite du coup de chaleur.

A quelques kilomètres, sur le versant gauche de la vallée le petit village de Landry marque l’entrée de la vallée qui me permettra demain de m’enfoncer dans le massif de la Vanoise. Si j’y trouvais un hôtel, je me laisserais tenter. Autant le bivouac en pleine montagne est un vrai plaisir, autant le camping en fond de vallée constitue à mon sens un calvaire.

La chance est avec moi, un bar tabac restaurant propose quelques chambres. Il ne m’en faut pas plus. J’adore les vieilles chambres au parquet en bois qui craque, cela leur donne un air d’ancien authentique et original, alors que nos chambres modernes aseptisées et standardisées sont trop dépersonnalisées et me laissent un sentiment de déprime. Dans le cas présent, l’ancienneté ne rime pas avec ménage négligé. Non, tout est bien propre, le lit fait avec les draps et couvertures tirés avec minutie. Il se dégage de ces pièces anciennes où le bois prédomine une véritable hospitalité, et immédiatement on se sent le bienvenu. Le repas du soir sera copieux dans une salle agréable. Cette deuxième étape aura été de belle taille, et les conditions de chaleur des dernières heures, particulièrement éprouvantes. Mon corps a surmonté l’épreuve sans trop de difficulté, et le soir après de telles épreuves, je ressens une grande satisfaction. L’effort physique lorsqu’il est intense et soutenu déclenche sans doute des sécrétions d’endomorphines et cela procure cet état de félicité. Cela crée une addiction, qui vous pousse vers des étapes toujours plus longues et difficiles. D’autre part, le soir dans mon lit avant de plonger dans le sommeil, le bonheur procuré par l’examen sur la carte du cheminement de la journée, de vallées en cols, constitue une motivation supplémentaire au voyage à pied. Je me prends à douter de la réalité d’une telle chevauchée accomplie à travers ces grands reliefs des Alpes, montagnes redoutables.

Demain je vais rentrer dans le sanctuaire de l’un des plus beaux parcs nationaux français, la Vanoise. Je le traverserai dans sa grande longueur du nord au sud. Je sais que je pars sur les traces de mes joies d’enfant, lorsqu’avec mon père j’arpentais ces magnifiques montagnes en ski de randonnée. Dès l’âge de treize ans, j’ai eu la chance de faire de belles montagnes, telles que la Pointe de la Galise, la Tsanteleina, le Mont Pourri et bien d’autres. Tous ces souvenirs de jeunesse, vieux maintenant de quarante ans sont très présents dans ma mémoire. Je me revois avec mes yeux émerveillés sur ces sommets de plus de trois mille mètres au côté de mon père tout fier de son fils, et pourtant il était assez avare de compliments. Il faisait partie de ces êtres d’exception qui réussissent toujours devant les autres tout ce qu’ils entreprennent, en affichant un profond désintérêt pour les apparences et l’enrichissement matériel. Ce sentiment de joie et de nouveauté face à la montagne ne m’a pas quitté, et au lieu de s’altérer avec le temps, il s’est au contraire renforcé. Ce plaisir spontané est resté intact. La vie et ses turpitudes n’ont apporté aucun voile à ce plaisir simple d’être en montagne. Je me rappelle les dernières années de la vie de mon père. Homme de grande sagesse, qui ne se plaignait jamais de rien, il me disait seulement que de ne plus pouvoir aller en montagne lui manquait beaucoup. Donc durant les quelques jours à venir, cette traversée de la Vanoise, je vais l’accomplir comme un pèlerinage à la mémoire de ce père, qui a su me donner le goût de l’effort et m’a appris à jouir des beautés de la nature.

Après un petit déjeuner copieux et quelques achats, jambon, pain et fruits je quitte ce village de fond de vallée. Suite à quelques hésitations, un chemin très agréable bien que raide me conduit à travers une forêt de grands sapins en direction du lointain col du Palet qui se situe deux mille mètres de dénivelé plus haut. La distance est importante, mais les différents plans qu’offre ce vallon sont superbes, et les kilomètres semblent plus courts. Je croise un jeune marcheur autrichien, en train d’accomplir le tour de la Vanoise. Après la zone arborée, les versants de la combe deviennent plus abrupts. De hautes falaises barrent les pentes. Des cascades à fort débit se succèdent et toutes avec la même impétuosité s’élancent dans le vide sur plusieurs centaines de mètres. La marche dans ces conditions n’est jamais difficile. La curiosité avivée, on cherche à accélérer le pas pour découvrir impatiemment ce qui se cache au détour du prochain accident du terrain. Je dépasse le chalet refuge du Rosuel.

Le vallon se transforme, les versants deviennent plus arrondis, les à-pics rocheux le bordant ont disparu. Les sommets se sont rapprochés, les glaciers et leurs crevasses sont très nettement discernables. La Grande Motte trône impériale en imposant ses magnifiques formes arrondies devant moi. À ma gauche et à ma droite de beaux sommets aux noms réputés, sommet de Bellecôte et dôme de la Sache affichent leur altitude respectable. Je pénètre bien dans le domaine de la haute montagne. Durant la trentaine de kilomètres à venir je ne redescendrai pas en dessous des deux mille mètres. J’effectue une halte au niveau d’un lac aux formes rectangulaires. Bien assis dans l’herbe, je profite du lieu tout en consommant mes tranches de jambon et mon pain à la croûte épaisse et croustillante. Je suis seul. Le GR 5 à cette époque, début septembre est déserté. Quelques nuages et une légère brise font chuter la température. Il est temps de me remettre en route. Un dernier coup de collier et le col du Palet est atteint. A mes pieds Super Tignes étale ses installations, elles aussi désertées à cette période. Une station de ski sans neige et sans activité est toujours laide. En effet les pistes apparaissent comme de larges cicatrices qui entaillent la montagne. Mais des marmottes peu farouches donnent une touche de gaité à cette nature quelque peu bouleversée par l’homme.

Je m’engage dans la descente en jetant un dernier regard d’ensemble sur Super-Tignes. Le panorama d’ensemble, malgré les pistes déneigées, est de toute beauté. Le lac prend une couleur turquoise. En arrière plan La Grande Sassière, magnifique pointe acérée, qui jaillit jusqu’à plus de 3700 mètres, d’un jet au-dessus du lac du Chevril, rehausse le tableau d’une belle touche. Rapidement je rejoins, le quartier sud de la station, appelé le Val Claret. A la première personne rencontrée, je demande si elle peut m’indiquer un lieu où passer la nuit. Du tac au tac elle me répond « pas de problème, l’hôtel en face j’en suis la propriétaire ». J’adore lorsque les choses se passent rapidement pour trouver un hébergement. Cela pourrait paraître contradictoire avec ma démarche. En effet l’une de mes grandes motivations, justement c’est de ne pas savoir où je vais dormir à la fin de l’étape de la journée.

Durant cette soirée beaucoup de souvenirs me reviennent en mémoire. Les plus forts sont les suivants :

Il y a bien longtemps j’avais à l’époque une quinzaine d’années, nous passions avec mes frères les vacances de Pâques au ski. Nous étions hébergés dans l’ancien chalet du Club Alpin Français de Super Tignes. Les conditions d’enneigement étaient exceptionnellement imporantes. Un après-midi la gendarmerie est venue nous évacuer pour des raisons de sécurité et nous a relogés en face sur l’autre versant de la station. Le lendemain matin auréveil, en jetant un coup d’œil par la fenêtre de notre appartement, nous constatons avec stupéfaction que notre chalet, que nous venions d’habiter une semaine, avait tout simplement disparu, emporté par une avalanche. Merci les gendarmes ! Et dire que jeunes et rebelles, nous avions failli nous cacher pour ne pas évacuer ! Donc nous sommes restés plusieurs jours bloqués dans notre appartement. Bien sûr les pistes étaient fermées et ils nous étaient même interdit de sortir dans les rues, car les avalanches menaçaient jusqu’au cœur du village. Nous n’étions pas du style à rester tranquillement à lire. Etant habitués aux sauts et plongeons de grande hauteur en mer, l’un de mes frères eut l’idée d’essayer de sauter du troisième étage, l’épaisseur de neige devant servir d’amortisseur. Par sécurité deux d’entre nous se mettent à proximité du lieu d’arrivée du sauteur, et c’est parti. Effectivement la neige rendait le choc très doux. Mais le sauteur disparaissait complètement et il fallait venir l’extirper, car même sa tête avait disparu. L’un de nos camardes saute, et il ne s’enfonce pas et tombe sur le côté, assez gravement atteint aux vertèbres. Il avait atterri sur une protubérance de béton, recouverte seulement d’un cinquantaine de centimètres de neige !

Quelques années plus tard étant à l’école de l’air, avec un groupe de camarades nous faisions un stage de montagne, encadrés par un moniteur des chasseurs alpins. Après plusieurs jours de randonnée et de montagne, en particulier la jolie face nord de la Tsanteleina qui culmine à plus de 3600 mètres, ce matin nous devons partir faire une escalade dans le coin de la Grande Motte. L’instructeur manifestement n’est pas chaud, mais je ne vois pas pourquoi nous n’irions pas. Entre lui et moi le désaccord est consommé. Je lui dis que je n’ai pas besoin de lui et que je suis à même d’emmener mes camarades. Ceci dit, deux de mes copains se joignent à moi et nous voilà partis pour l’aiguille Noire de Pramécou. Mais dès notre départ, l’instructeur a rendu compte de la situation au colonel de l’armée de l’air qui nous encadrait. Lors de notre retour, ça a été ma fête ! Rien ne m’a été épargné, j’avais été l’instigateur à la désobéissance de notre groupe. Je me suis bien gardé de dire, que j’avais failli tuer l’un de mes deux camarades en faisant tomber une énorme pierre dans notre tentative d’escalade. Eh oui, il me fallait bien apprendre le respect de la discipline, même quand le chef justifiait par une mauvaise raisons le fait de ne rien faire. Mais l’armée de l’air n’est pas rancunière et j’y ai passé 30 années de grande intensité, que je ne regrette vraiment pas!

Revenons à ma randonnée. Aujourd’hui l’étape doit me conduire à Pralognan la Vanoise, en restant pratiquement toujours au-dessus des deux mille mètres. Le temps est magnifique, pas un nuage. La calotte neigeuse de la Grande Motte très esthétique et élancée se découpe sur le bleu du ciel. Elle est bordée d’éperons rocheux qui mettent en valeur ce glacier aux courbes harmonieuses. Ce premier spectacle donne le ton de la journée, qui sera axé sur l’esthétique des sommets de la Vanoise.

D’un pas alerte je m’engage dans le petit vallon qui mène au col de la Leisse, 750 mètres plus haut, presque à deux mille huit mètres d’altitude. Les différentes couches géologiques, que traverse le chemin, donnent à la montagne des allures de tableaux aux touches de couleurs. De grands bancs de pierre érodés, que l’usure a coloré en blanc sont juxtaposés à des couches de grès à la teinte mauve mat. Cette haute vallée pelée, à l’herbe rase, qui cède rapidement la place aux pierriers qui à leur tour capitulent devant les barres rocheuses, la glace et la neige, est symbole de haute montagne dans toute son austérité. Je suis seul, ce qui ajoute à l’atmosphère du lieu.

En me retournant, je constate que le Mont Blanc jaillit et occupe une grande partie du panorama. Pourtant il est à quarante kilomètres à vol d’oiseau. Je suis stupéfait de le voir aussi imposant. Une fois parvenu au col, le versant sud de la Grande Motte se développe sur plus de mille mètres, de pierre de glace et de neige. Les montagnes françaises, même si elles n’atteignent pas des altitudes comme dans d’autres massifs en Asie ou ne Amérique, elles affichent une nature rude et farouche. Je longe sur plusieurs kilomètres ce chaos minéral. Puis, perdu au beau milieu de cette immense vallée d’altitude, une petite silhouette perchée sur un mouvement de terrain, le refuge de la Leisse se dévoile. Dans ce décor, il apparait minuscule, comme l’une des pièces d’un jeu de mécano. On réalise par ce type de contraste l’immensité du décor. En m’approchant, aucun mouvement, une porte est ouverte. Le gardien passe, je le salue mais ne m’arrête pas, trop content du rythme qui est le mien.

La vallée s’incurve en prenant la direction du sud. Ce changement de cap de quatre vingt dix degrés s’accomplit en deux kilomètres, en un gigantesque quart de cercle autour d’un impressionnant sommet conique. De l’autre côté de la vallée, au-dessus de moi la Grande Motte a cédé la place à la Grande Casse. Cette dernière constitue le point culminant de la Vanoise. Sa cime s’élève à plus de trois mille huit cents mètres. Devant moi, un peu en amont du chemin une grosse tache blanche. Non, il ne s’agit pas de neige mais d’un troupeau de moutons conséquent. Alors que je m’en rapproche, sortant de la masse un animal de belle taille, mais dissimulé jusqu’à présent du fait de sa couleur blanche, vient à ma rencontre. Il s’agit de l’un de ces fameux patous. Ce sont de redoutables gardiens qui ont pour première vocation d’éloigner les loups et de les mettre en déroute s’ils se montrent trop entreprenants. Gare aux hommes qui sans méfiance pénètrent dans un troupeau, ils s’exposent à un réel danger. C’est pour cela que je ne m’en approche jamais trop près, sauf si je vois le berger. Mais dans le cas présent, bien que je sois en train de me rapprocher de l’objet de toute son attention, mon chemin passe une centaine de mètres en dessous du troupeau. Le patou arrive à ma rencontre sans se presser et sans animosité dans le cadre d’une action de prévention. Il vient à mon contact à un mètre tout au plus, me regarde. Il se met à mon côté tout le temps que mon chemin reste en rapprochement du troupeau, mais en s’interposant, pour me signifier que je ne dois pas aller plus près mais bien passer ma route. Il a un pelage touffu et brillant, j’aurais envie de le caresser mais je me retiens, car je ne dois pas oublier que c’est une espèce d’arme de guerre, et avec ces engins on ne s’amuse pas. Puis, une fois que je suis en éloignement du troupeau, il m’accompagne encore quelques dizaines de mètres et s’étant assuré que je m’éloignais définitivement, il est reparti garder ses ouailles. Mais si j’avais pris l’initiative de me diriger directement sur les moutons, là je pense qu’il aurait manifesté de l’agressivité, et ce genre de chien doit bien faire quarante kilos!

Je quitte la vallée principale que je suivais depuis Super-Tignes et je m’engage sur un sentier qui semble monter directement dans le ciel en direction du col de la Vanoise. La pente est si raide que la section du sentier se découpe sur le ciel. J’ai rarement eu une telle perspective sur un chemin. Je dépasse un groupe important, ces personnes sont arrêtées et cassent la croûte dans la bonne humeur. Je me dis qu’à mon tour il serait temps que je m’alimente. Mais les conditions si favorables ce jour et la beauté des montagnes qui m’entourent associées à mon excellente forme physique me font presque oublier ces contingences du corps. Autant à vélo je suis sensible au défaut d��alimentation, autant à pied je peux me déplacer une journée sans éprouver le besoin de me sustenter. Quelle est la raison de cette différence de fonctionnement de mon organisme ? Je n’en sais fichtre rien !

Je suis en train de tourner autour de la Grande Casse. Cela me rappelle mon père. Alors que j’étais très jeune treize ans, nous y avions fait une tentative un peu kamikaze, à mon point de vue. Quant à lui, tout lui était apparu comme normal et sans difficulté. Mais me retrouver avec des crampons de mauvaise qualité sur une glace noire très dure ne m’avait pas vraiment plu. La tête en l’air, tous ces souvenirs vieux de quarante ans défilent devant mes yeux. Mais la physionomie du glacier a complètement changé. L’endroit où nous passions à cette époque n’est plus praticable, la glace s’étant retiré laissant la place à une paroi lisse.

Ce vallon qui conduit au col de la Vanoise est jalonné de grands poteaux hauts de plusieurs mètres. A quoi pouvaient-ils servir? Tout simplement à baliser la route aux caravanes qui aux siècles passés voyageaient par ces chemins d’altitude. Eh oui à ces époques, il était beaucoup plus court de passer directement à travers les zones montagneuses, que d’en faire le tour, ce qui impliquait des contours considérables. Aujourd’hui nous n’avons plus la même approche car ces longs contournements nous les effectuons sur grande route voire autoroute. A certaines époques, par exemple à la période du petit âge glaciaire, qui dura trois siècles de 1550 à 1850, le glacier de la Grande Casse s’était terriblement développé, et les caravanes avaient des difficultés à passer des zones de séracs. Par ce col étaient acheminés des produits qui venaient d’Italie, il s’agissait de l’un des itinéraires qui reliaient Chambéry à des grandes villes italiennes comme Turin, Gênes ou Venise.

Derrière le col, je tombe rapidement sur le refuge du même nom. Là encore de nombreux souvenirs me reviennent en mémoire. Le temps évolue, va-t-il pleuvoir avant que je rejoigne Pralognan? Je m’engage promptement dans la descente. Une autre montagne prestigieuse me domine, l’aiguille de la Vanoise. Selon les perspectives, elle a l’allure d’une flamme de pierre de quatre cents mètres de haut, en quelque sorte une Aiguille Dibona de la Vanoise.

Une fois dans la vallée, je rejoins le camping et m’installe. L’étape de ce jour aura été exceptionnelle par son parcours en altitude. Une fois douché, d’ailleurs en gardant mes habits techniques pour les laver, je pars me promener dans cette jolie station de ski. Il n’est pas très tard et le soleil se maintient. De ce fait mes habits sèchent rapidement. Non seulement j’ai pris ma douche mais j’ai accompli ma lessive pour les trois jours à venir. Vivent les habits techniques ! Il ne me reste plus qu’à aller boire une bière bien fraîche, écrire quelques cartes postales et attendre l’heure de me trouver un restaurant sympathique. Au cours de ces voyages à pied à travers les montagnes, à l’étape après un effort soutenu de plusieurs heures, je ressens un grand bien-être. C’est peut-être un peu cela le bonheur?

La nuit a été bonne, elle m’a apporté le repos, je me prépare à accomplir une étape longue jusqu’à Modane en passant par le col de Chavière, culminant à 2801 mètres. Après quelques hésitations dans un bois à la recherche d’un raccourci, je prends un rythme rapide pour remonter ce très long vallon orienté plein sud. La lumière rasante du matin, laisse apparaître en ombres chinoises un foisonnement de pics acérés à ma gauche. Ce massif recèle une multitude de montagnes qui ne cessent de me surprendre par leurs dimensions et leur esthétique. Je suis un large chemin utilisé par les voitures, et la circulation n’est pas négligeable. C’est la première fois depuis mon départ hormis la première étape, il y a maintenant cinq jours que je vois du monde sur mon chemin. Mais cela ne va pas durer. Quelques kilomètres plus loin, un parking bien rempli et de nombreuses personnes attablées sur la terrasse d’un chalet bar restaurant. Je ne m’arrête pas et rapidement je me retrouve seul sur le chemin qui conduit à un col perdu.

Tout au long de ce parcours les marmottes m’accompagnent et ne sont pas farouches du tout. Je les approche à quelques mètres seulement. Sur la droite le dôme de Polset prend de l’ampleur. Je passe à quelques encablures du refuge du même nom. Il a l’air neuf, au moins repeint, mais je ne m’approche pas. Le sol change d’aspect. L’herbe a disparu et la roche est noire. Quelle austérité dégage ce col qui se dresse devant moi. Une zone plate couverte de cairns de petite taille donne une atmosphère étrange au lieu. Un dernier raidillon particulièrement marqué dans la caillasse donne accès au point de basculement vers la Maurienne.

Sur le versant sud qui s’ouvre à moi, la lumière du soleil rend le paysage plus riant que dans l’austère versant nord qui était déjà à l’ombre. Une longue descente de près de 1800 mètres m’attend. Je ne vais rencontrer qu’un couple de personnes d’un âge respectable, plus de soixante dis ans, qui veulent aller jusqu’au col. Je croise une source. L’eau y est très bonne, car elle s’appelle « source du vin ». Plus je descends et plus l’air est étouffant. Arrivé à Modane, à nouveau le macadam et ses bouffées d’air chaud. Je rejoins le camping, installé dans un endroit peu bucolique, au creux d’une épingle de la route. Mais la fatigue aidant, je suis pressé de monter ma tente et de me décharger de mon sac bien qu’il ne dépasse pas les dix kilos. Je pars faire un petit tour en ville. Que ces fonds de vallée industrielle sont tristes. Tout est gris du fait entre autre de la pollution automobile. J’ai un petit coup au moral. Sans doute cela est dû à la présence de la gare et je me dis qu’en quelques heures je pourrais rentrer chez moi, où mon fils qui est venu en stage à Lyon m’attend. Mais il faut résister. Ce soir pas moyen de trouver de ravitaillement. Au camping, je réussis à me faire réchauffer une pizza congelée, puis je m’enfonce dans ma tente sous une pluie d’orage.

Au lever tout est trempé, et avec ma tente mono-paroi ça n’arrange pas les choses. Mais ce matin le temps est à peu près au beau et il ne fait pas froid. Mon petit coup au moral persiste et la gare me fait des grands clins d’œil. Après avoir hésité je décide de prendre la direction du col de la vallée étroite quelques mille quatre cents mètres plus haut. Ayant quitté le GR5 pour rejoindre le camping, il me faut maintenant retrouver le chemin qui passe cinq cent mètres de dénivelé plus haut. Aux grands maux les grands moyens, je me lance dans la remontée de la route goudronnée qui zigzague dans la forêt. Après une vingtaine d’épingles à cheveux j’identifie enfin les fameuses traces rouges et blanches. Que cette montée était monotone, bien que le regard donne sur des ouvrages de fortifications militaires très intéressants datant probablement de Vauban. Je suis aussi passé devant l’entré monumentale du tunnel ferroviaire du Mont Cenis. Une magnifique micheline d’une époque révolue témoigne de l’activité plus que centenaire de cet ouvrage. Il a été inauguré en 1871. A mes pieds, la ville de Modane, enserrée par des parois rocheuses aux teintes sombres, et dont on ne voit que son énorme alignement de voies ferrées ne donne pas envie de venir y habiter, bien qu’elle se trouve au carrefour de magnifiques massifs alpins.

Le chemin s’insinue dans une gorge étroite au fond de laquelle un torrent tout en écume ajoute une touche vive, qui tranche sur le vert des arbres, qui s’accrochent par touffes là où les faiblesses de la paroi le permettent. De l’autre côté de ce vallon étroit une très ancienne église s’agrippe à la falaise, reliée au chemin sur l’autre versant par un pont d’époque, dont la pierre est dans les tons de celle qui constitue la construction.

Une fois encore la seconde guerre mondiale se rappelle à moi. Dans cette vallée bien nommée, les ouvrages défensifs du type ligne Maginot ont fleuri et sont encore visibles, probablement pour des siècles. La gorge donne en finale accès à des zones de grandes pelouses qui s’ouvrent sur de magnifiques sommets comme le Mont Thabor. Cette région tampon entre deux célèbres parcs nationaux que sont la Vanoise et les Ecrins n’a rien à leur envier. Ses sommets sont sauvages et arides, et pour y accéder souvent on passe auprès d’une multitude de lacs aux couleurs multiples et aux noms mystérieux, comme par exemple le lac du Serpent. Une grande croix et une petite mare matérialisent le col. Que ce chemin était long depuis Modane, mais combien divers étaient les paysages rencontrés, d’abord l’austérité du goudron et de la ville industrielle, puis le secret et la pénombre de la gorge qui se cache entre les précipices et enfin cette arrivée dans la lumière des grands espaces qui donnent accès aux cimes. Pour apporter une touche supplémentaire au charme de cette longue montée, je n’y ai rencontré qu’une seule personne.

Par une descente de sept cents mètres de dénivelé je rejoins le fond de la vallée étroite. Cet endroit est français mais ne débouche que sur l’Italie, un peu à la manière du Val d’Aran qui ne donne que sur la France mais qui est espagnol. Dans ce dernier cas, les Espagnols ont creusé un tunnel pour éviter qu’en hiver le val d’Aran ne soit coupé de l’Espagne. Pour cette petite vallée qui donne sur Bardonecchia, pas de tunnel. Le refuge appartient au club alpin italien, alors que nous sommes sur territoire français, étrange !

Il y a beaucoup de monde attablé, et manifestement il y a de la joie dans l’air. Je ne m’attarde pas. Un raidillon sévère de quelques quatre cents mètres de dénivelé me sépare de la crête qui donne sur la vallée de Névache. Il ne me faut pas longtemps pour les franchir, je me sens une forme de marathonien. Après être sorti des zones de forêt, de grandes pâtures conduisent à un lac, plutôt une grande mare à peu près circulaire. Un immense troupeau de moutons s’y abreuve. Je m’arrêt pour en faire quelques photos, ces animaux en cercle donnent une touche très esthétique au panorama. J’engage la conversation avec le berger, je me régale de ce qu’il me raconte sur son métier, qui manifestement n’est pas facile. Par exemple cette année il a subi sept attaques de loup, ce qui l’oblige à redescendre son troupeau tout les soirs, travail qui nécessite plusieurs heures. Mais pourquoi n’a-t-il pas un ou deux patous pour monter la garde ? Tout simplement parce qu’il y a beaucoup de promeneurs, et que les accidents seraient fréquents. Dans la Vanoise ce ne semblait pas être le cas?

Je me remets en route, et par un magnifique sentier qui traverse des couches géologiques vives et multicolores je rejoins le fond de la vallée de Névache. Pour moi c’est une vieille connaissance, où les souvenirs affluent.

Je vais vous relater le plus significatif. Un jour, étant parti me promener au lac des Béraudes, alors que j’en redescendais j’entendis un bruit d’avion à réaction. Devant moi, un mirage F1 remontait la vallée principale à très basse altitude et effectua à vive allure un virage impressionnant à angle droit pour passer à la verticale de ce joyau qu’est le lac des Béraudes. J’ai justement un camarde pilote de F1 et amoureux de ce coin. Avouez que c’est une drôle de coïncidence. Le temps qu’il rentre à Strasbourg, lieu d’implantation de son escadre, je lui téléphone et lui annonce que je l’ai vu cet après-midi. Tout surpris il comprend vite et éclate de rire, lorsque je lui annonce que je me baladais au lac des Béraudes. Le plus cocasse, lorsque je me suis retrouvé sur la large piste menant au village de Névache, tous les gamins que je croisais couraient en ayant les bras étendus en mimant le bruit d’un réacteur! L’armée de l’air avait des futurs candidats en herbe, dont ce jour-là les vocations ont sans doute étaient suscitées. Mais cette anecdote remonte à bien longtemps, du temps de notre jeunesse. Je prends cette précaution afin de calmer toute revendication éventuelle d’un écologiste intransigeant, me faisant remarquer la nuisance scandaleuse d’un avion de combat « s’amusant » dans ce havre de tranquillité. Oui cela fait 25 ans et il y prescription.

Je m’installe au camping, et comme nous sommes en septembre, j’y suis seul. La montagne à cette époque de l’année présente bien des avantages, car outre le fait que les vacances sont terminées et que le monde a déserté ces lieux très connus, le soleil et les températures clémentes jouent les prolongations. Pour ceux qui ont la chance de pouvoir choisir, je leur conseillerai cependant le printemps fin mai. En effet à cette période la neige est un peu plus présente sur les montagnes et surtout les fleurs déroulent un tapis multicolore qui se renouvèle à l’infini et cela jusque haut en altitude, c’est à dire 2800 mètres voire plus. Alors qu’il n’y a pratiquement plus de végétation certaines fleurs s’accrochent encore dans ces sols hostiles. Mais l’automne reste aussi une saison merveilleuse, où le temps est d’une grande stabilité après les orages de fin août.

Les conditions météorologiques en ce dernier jour de ma randonnée sont encore excellentes. Je compte rejoindre Briançon en passant par la crête de Peyrolle. Il me faut dans un premier temps rejoindre le col des Cibières, huit cents mètres au-dessus de cette splendide vallée de Névache. La montée est agréable, elle se déroule au début dans une forêt clairsemée puis dans un monde plus minéral où de maigres pâturages disputent l’espace à de vastes pierriers, aux blocs massifs et aux formes géométriques. Une fois au col le massif de l’Oisans apparaît dans toute sa grandeur. Par un parcours rapide le chemin me conduit au col du Granon, parcouru d’une route goudronnée. De là, la crête de Peyrolle étale ses hauteurs effilées. Rarement parcours ne m’est apparu aussi tentant. Je ne vais pas être déçu. Un incroyable chemin suspendu au beau milieu d’un immense pierrier d’une raideur étonnante, à se demander comment les pierres tiennent. Cette sente étroite se trouve un peu en contre bas de la crête. Cette traversée me donne la sensation d’un funambule en plein ciel, ce qui procure un grand moment de plaisir. Puis le point culminant est atteint. Amas de grosses pierres blanches sur lesquelles se dresse une croix en bois vernis. Tout là-bas mille quatre cents mètres plus bas, la ville de Briançon apparait comme du hublot d’un avion. J’y distingue la gare que je compte rejoindre avant que le dernier train de la journée ne parte. Des montagnes à l’aspect débonnaire, qui de plus n’affichent pas une altitude sensationnelle, peuvent cependant présenter des points de vue époustouflants. C’est bien le cas de ce sommet qui domine la ville de Briançon. Après avoir contemplé ce spectacle extraordinaire qui se déroule à trois cents soixante degrés, je plonge dans la descente, qui est très aérienne. On a vraiment la sensation de partir directement à la rencontre des toits de la cité. Au fur et à mesure le chemin permet de découvrir des ouvrages militaires. Je prends le temps d’en visiter quelques uns. Il y avait la place pour héberger une véritable armée. Que cette descente est surprenante ! J’arrive aux premières maisons, la terre cède la place au goudron. Je me mets à courir et j’arrive avec dix minutes d’avance sur l’horaire du dernier train de la journée qui part vers les quinze heures.

Je ne pensais pas qu’en empruntant un chemin de grande randonnée comme le GR5, je serais souvent seul et que de telles émotions puissent naître d’une grande classique. Tout n’est que question de circonstances. On peut avoir l’impression d’être très loin partout, lorsque l’ambiance du lieu s’y prête. Les grandes randonnées classiques, maintenant je ne les envisagerai plus avec le même regard, mais bien comme des projets très intéressants.

Paradoxe ou clin d’œil de la nature, qui rappelle qu’elle reste la plus forte et qu’en montagne il faut garder des ressources en cas de nécessité. Une fois arrivée à Lyon tard le soir, je prends le tram pour rentrer chez moi. Lorsque j’en descends la nuit est noire, sol et ciel se confondent dans cette absence totale de clarté. Cette ambiance sauvage m’agresse littéralement. Plus une personne dehors. Je n’ai que sept cents mètres à parcourir pour arriver chez moi. Un orage d’une violence inouïe éclate. Des éclairs zèbrent la rue devant moi, plus une lumière. La peur me subjugue. Je me sens en danger et me mets à courir, après avoir hésité à la recherche d’un hall ouvert. Pour abréger cette expérience très angoissante je cours au maximum de ce que je peux, la peur au ventre d’être foudroyé au prochain éclair. Lorsque j’ouvre ma porte je suis complètement trempé, mais vivement soulagé, seul moment à part un soir à Modane, où il a plu !

Après un tel voyage dans les montagnes, se retrouver terrorisé en pleine ville, on extrapole facilement en imaginant un tel déchaînement en pleine montagne loin de tout. La nature me dit simplement de ne pas me montrer présomptueux, en me croyant fort d’une certaine expérience acquise.

Je relate cette randonné que j’ai faite il y a déjà pas mal de temps, c’était je crois en septembre 2007, ou 2006. Tout étonné, je constate qu’en regardant quelques photos, les souvenirs et les émotions ressurgissent à flots serrés. De toute évidence la grande randonnée en solitaire met en situation psychologique de s’imprégner de façon durable des beautés du chemin, des sensations du corps et des pensées et méditations que cette activité seul face à la montagne suscite.
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Oisans sauvage, passion d'une vie
Oisans Sauvage Passion d’une vie

Le massif de l’Oisans restera pour moi cette région montagneuse privilégiée, que j’ai appris à connaître dès mon plus jeune âge, grâce à mon père, qui nourrissait une passion pour cette terre sauvage du Haut Dauphiné. Cependant, cette préférence ne tient pas à cette précocité de ma découverte, mais bien aux caractéristiques extraordinaires de ce territoire. Sans vouloir les énumérer, je me contenterai de laisser courir l’écriture au fil des émotions, que fait naître cette région chez l’amoureux de la nature, de la montagne et des grands espaces.

Sa diversité liée à son immensité, en fait un massif aux multiples visages, du nord au sud, forts différents. Pour s’en convaincre deux points d’observation, l’un au nord le plateau d’Emparis, et l’autre au sud à partir de Champoléon, vous révèlent deux aspects opposés. Du premier endroit, le regard embrasse les extraordinaires faces nord de la Meije et du Râteau, parois sombres, auréolées de neige même au cœur de l’été, s’élevant majestueusement par delà de vastes glaciers chaotiques, bardés d’impressionnantes crevasses. Du sud, au contraire vous découvrez une immense vallée sèche qui vient buter sur le Sirac et son interminable crête en dents de scie qui approche les 3500 mètres d’altitude. Là, au cœur de l’été tout n’est que roches arides, écrasées de chaleur. On pourrait s’imaginer dans un désert, bien loin de nos régions tempérées. Ces deux caractères d’une même région m’ont toujours fasciné. Le long de la Durance qui borde ces montagnes à l’est on est déjà dans le midi, presque en Provence. Le thym et d’autres herbes aromatiques embaument les chemins et les pierriers. Par contre, lorsque vous descendez du col du Lautaret, les prairies et les austères parois vous rappellent que vous êtes dans les Alpes du nord, où règne une climatologie différente. Pourtant, il s’agit d’une même et unique région montagneuse, le massif des Ecrins ou de l’Oisans. Deux noms pour un même espace. Les Ecrins, car il s’agit du sommet culminant, et qui de plus dépasse les 4000 mètres. On l’appelait aussi, il y a fort longtemps le massif du Pelvoux, à l’époque on pensait, à tort, que ce sommet plus visible que les Ecrins était le point culminant. L’origine du nom Oisans, quant à lui, se réfère à la peuplade qui vivait dans ces contrées avant la conquête romaine. Deux dénominations pour une même région aux deux visages, rien de plus naturel !

Après avoir regardé ces montagnes de leur périphérie, rentrons en leur cœur. Deux vallées grandioses nous conduisent au centre de ce sanctuaire. D’un côté la vallée de la Bérarde et de l’autre celle de Vallouise. Tout en cheminant le long de chacune de ces routes remontant ces vallées, lentement les points de vue s’affinent et les grands sommets deviennent toujours plus imposants. Pêle-mêle, apparaissent la Meije, la Barre des Ecrins, l’Ailefroide, le Pelvoux, et de nombreuses autres éminences rocheuses ou neigeuses. Ces deux axes d’entrée sont en été très fréquentés. Mais, dès que vous vous éloignez des routes, des chemins et des rares escalades à la mode vous vous retrouvez seuls ou presque face à ces immensités de roche et de glace.

En matière d’escalade les usages et les pratiques ont évolué. Avec le développement d’une multitude de voies de varappe à proximité des routes en fond de vallée aussi bien à la Bérarde qu’à Vallouise, les grimpeurs désertent les grandes voies d’alpinisme. En effet, le jeu n’est pas le même. D’un côté un excellent rocher avec de très courtes marches d’approche, de l’autre de grandes parois austères aux approches interminables, souvent défendues par des glaciers particulièrement hostiles en été, lorsque la glace dure et dénudée de toute trace de neige barre l’accès au rocher. Pour se confronter aux premières, un lever tardif suffit, par contre pour aller à la rencontre des secondes, un réveil très matinal s’impose, suivi d’une gigantesque marche que l’on commence de nuit dans la caillasse. Ce départ aux aurores constitue un préalable indispensable, car l’expédition sera longue. Dans le premier cas, on est plus à la recherche du joli parcours technique, et dans le second plus à la quête d’une confrontation à la nature sauvage, par définition hostile à l’homme. Là, un jugement sûr et le sens de la lecture du rocher sont indispensables, afin de mettre de son côté de bonnes chances de réussite. Mais, il n’est pas question de juger une pratique à l’aune de l’autre. Cela me rappelle un débat sur le classement des sociétés humaines. La grand question étant : y-a-t-il des sociétés supérieures à d’autres ? Par définition la question est stupide, car chaque société se juge, et par conséquent classe les autres, en fonction de ses propres critères. On se mord très vite la queue dans ce genre de débat. Bien évidemment, la confrontation entre les sociétés et leurs modes de vie différents crée des mésententes voire des ruptures, mais je ne vais pas aborder ce sujet qui nous emmènerait très loin des montagnes.

Je reviens au cœur du massif de l’Oisans et tout particulièrement vers un groupe de montagnes que j’ai regardé depuis ma plus tendre enfance et dont je n’avais gravi jusqu’à ce jour aucun des sommets. Il s’agit de cette immense arête qui s’étire sur plusieurs kilomètres, dont les pointements frisent les 4000 mètres sans toutefois les atteindre. Tout au long de cette dentelle de pierre, on égrène des noms qui font rêver : Pelvoux avec ses deux cimes, Puiseux et Durand, le Pic Sans Nom (qui a quand même un nom !), le Coup de Sabre et la longue arête des Ailfroides avec leur terrible et sombre face nord-ouest, qui s’élève d’un jet sur 1,2 kilomètre de roche à pic. Cette immense vague de pierre domine le glacier noir, ainsi nommé car en été il est entièrement recouvert de débris morainiques, qui lui donnent cette couleur noire. Je l’ai à plusieurs reprises remonté les yeux levés vers ces pics acérés, presque inaccessibles, en songeant aux récits épiques des alpinistes qui les premiers se sont lancés à l’assaut de ces faces.

Sur l’autre bord de ce glacier j’avais, il a déjà longtemps, gravi deux montagnes célèbres, tout d’abord le pilier sud des Ecrins, jaillissement de pierre de plus de mille mètres de haut culminant à 4102 mètres, et le Pic Coolidge plus modeste avec ses 3775 mètres, mais qui constitue un belvédère de tout premier plan pour admirer les grands sommets qui l’entourent. Cela m’avait laissé, au cours de longues marches, tout le loisir de contempler ce décor extraordinaire.

Cet été, Christophe me propose d’aller escalader la face sud du pic du Coup de Sabre. Cela fait déjà très longtemps que je n’ai pas fait une voie de cette ampleur en haute montagne. Certes, au cours de ces dernières années nous avons gravi ensemble des voies techniquement aussi difficiles, mais qui ne nécessitaient pas une telle marche d’approche de plus de 1700 mètres et qui atteignaient une altitude plus modeste. Je me suis empressé d’accepter la proposition, et voilà comment nous nous retrouvons au village d’Ailefroide en partance pour le refuge du Sélé, lieu d’où nous partirons demain matin pour notre ascension.

Tout au long de ce parcours sur sentier en ce début d’après-midi de chaleur, des souvenirs anciens me reviennent en mémoire au fur et à mesure de notre progression. Je me souviens d’une magnifique course à ski de randonnée en direction de la pointe des Bœufs Rouges, par des conditions de neige fabuleuses, qui nous permettaient une progression rapide. Je me remémore aussi l’ascension du très étroit couloir du Pelas-Vernet, qui se cache au fond d’une faille profonde. Tout cela remonte à plus de trente ans, cependant les souvenirs sont très présents et précis. Certaines expériences vous marquent de façon indélébile au-delà des jours qui s’écoulent. Une vie est balisée un peu à la manière d’une côte dans le brouillard, ponctuée de phares afin de permettre la poursuite de sa route vers un futur peuplé d’incertitudes. Le temps passe vite !

Voilà aussi ce que je viens chercher en acceptant la proposition de mon guide. Je suis à la recherche du souvenir, faisant revivre des sensations fortes éprouvées dans ce massif montagneux, il y a déjà bien longtemps. Tout à ma réflexion, nous avançons rapidement et en deux heures et demie nous atteignons le refuge du Sélé. C’est la première fois que je m’y rends. Ces dernières années, je ne fréquentais plus trop les refuges, de peur de la surpopulation, entraînant des nuits très inconfortables, dans la chaleur des dortoirs et dans le bruit des ronfleurs. Mais les modifications des habitudes des randonneurs et des grimpeurs, ainsi que des conditions d’enneigement ont amené à une fréquentation beaucoup moins importante de nombre de refuges de haute montagne. Cela n’est pas pour me déplaire, bien que ce soit fort triste pour les gardiens de ces refuges, qui exercent ce métier avec conviction, un peu à la manière d’un sacerdoce.

Ce soir, nous sommes une petite dizaine, ce qui est très peu en pleine saison estivale. Une cordée part pour la traversée du col du Sélé. Etant donné le faible enneigement et la longue distance sur glace vive cette randonnée représente à mon sens un véritable calvaire. Très logiquement les candidats ne se bousculent pas. Deux grimpeurs envisagent une escalade dans la face sud de Sialouze, réputée pour son rocher de grande qualité, ce qui est tout à fait remarquable pour l’Oisans, dont la réputation est plutôt liée au rocher incertain. Un guide et son client ont jeté leur dévolu sur la voie normale d’Ailefroide. Avec ces derniers, à cinq heures du matin nous partirons ensemble, nos chemins étant communs les premières heures. Cela ne fait pas grand monde pour cette bâtisse à large capacité. Demain soir, au grand désespoir du gardien, ils ne seront que trois, alors que nous sommes presque au week-end du 15 août, traditionnellement l’un des plus fréquentés.

Le repas du soir sera animé, discussion intéressante sur la montagne et autres sujets à connotation plus professionnelle. Nous aurons droit à du chamois en sauce, je ne sais pas s’il a été braconné dans le coin ? A la fin du repas le gardien, fort sympathique, nous fera un sérieux appel pour nous offrir un génépi maison. Mais nous résisterons et ignorerons son invitation. En effet, il détient une fameuse réputation, dont certains grimpeurs ne se sont pas relevés, étant redescendus du refuge avec une sérieuse gueule de bois, en oubliant jusqu’à la paroi pour laquelle ils étaient venus !

4heures30 lever, petit déjeuner sans entrain avec du pain pour le moins plus très frais, agrémenté d’un peu de beurre et d’une minuscule portion de confiture. A ces moments très matinaux, la faim n’est pour le moins pas très forte. Je me force donc à engloutir quelques tranches de pain. Dans le refuge nous nous équipons de nos baudriers dans un léger cliquetis métallique, dû aux mousquetons qui s’entrechoquent.

Nous attaquons la marche d’approche de nuit. Très vite le chemin conduit dans de petites barres rocheuses. Seul le halo de la lampe frontale permet de discerner les quelques mètres qui nous entourent. Ces marches sur terrain raide de nuit, alors que l’on vient juste de se réveiller, que les muscles sont encore froids et les mouvements mal assurés, sont impressionnantes et pas toujours très agréables. Dans une nuit opaque on s’imagine se promener au-dessus de vides abyssaux, toujours un peu tendu à l’idée de faire un faux pas, qui vous précipiterait vers une mort probable. Il n’en faut pas plus pour que le cerveau se réveille franchement et que la vigilance devienne extrême, à la recherche de prises de pied et de main au milieu des ténèbres. Cependant ces marches de nuit, un peu à tâtons, entouré d’immenses parois dont on ne distingue que les gigantesques silhouettes noir d’encre, qui se dessinent sur les étoiles, font partie intégrante des émotions que l’on vient chercher dans ces quêtes de sommets de haute montagne. On avance dans sa minuscule bulle de lumière, un peu à l’aveugle au milieu de ce décor d’immenses parois peuplées d’à-pics que l’on côtoie, à la manière d’un funambule qui ne distinguerait pas toujours très bien le filin sur lequel il est en équilibre. Ces absences de références précises, au milieu d’ombres qui migrent et se modifient au fil de vos pas font naître des illusions qui peuvent procurer de vrais vertiges, les informations fournies par les yeux et celles fournies par l’oreille interne pouvant différer. Voilà ce que représentent pour moi ces départs nocturnes, sur ce qui n’est plus des chemins et pas encore de l’escalade à proprement parler.

Heureusement, le jour ne tarde pas à se lever et cela rend la progression plus agréable. Les montagnes révèlent enfin leurs formes véritables. Éperons, faces et étendues glaciaires se différencient lentement dans une pénombre de moins en moins intense. Le ciel passe du noir profond au bleu, et enfin une teinte rouge sombre prend le dessus. Ce rouge devient de plus en plus vif, et cède à son tour devant le jaune, annonce imminente de l’apparition du soleil. Les faces rocheuses, par leurs teintes, en commençant par le sommet et avec un certain décalage dans le temps, suivent l’éclairement amorcé dans le ciel. De noires, elles virent au gris puis le rouge à son tour passe par tous les dégradés, pour enfin déboucher sur la véritable couleur de ce gneiss de l’Oisans, qui révèle une multitude de couleurs de l’ocre au vert pâle dû à certains lichens, sans oublier le rouge couleur rouille généré par certains oxydes de fer. Les glaciers dévoilent leurs véritables conditions. Ayant pris de l’altitude nous pouvons les observer du haut. Très nettement les parties de glace vive tranchent par leur froide couleur métallique bleutée sur les parties enneigées, plus blanches, quoique saupoudrées de débris de poussière dus à l’érosion très active dans ces zones de fortes amplitudes thermiques.

Après avoir contourné un vaste éperon, nous dépassons l’ancien refuge. Cette apparition d’une époque révolue nous plonge une centaine d’années dans le passé. Nous nous attendrions presque à voir sortir quelques alpinistes à chapeau, chaussés de chaussures à clous et portant des cordes en chanvre. Mais non, rien ne bouge, seuls peut-être les esprits des premiers ascensionnistes de ces cimes de l’Oisans se cachent encore parmi ce décor fantastique ? Un vaste vallon se découvre, et devant nous se dressent l’Ailefroide, le Coup de Sabre, le Pic sans Nom et son avant-poste l’aiguille de Sialouze. Le lieu est étrangement calme, Alors que 1500 mètres plus bas la vallée grouille de touristes, nous sommes seuls à contempler ce spectacle de la montagne qu’incendie le soleil. Il fait bon, pas un brin d’air. D’un pas alerte nous franchissons les quelques centaines de mètres qui nous séparent du glacier. Lorsque nous l’atteignons, nous chaussons les crampons pour parcourir une glace dure mais heureusement peu raide. Rapidement elle cède la place à la neige, ce qui rend notre progression plus confortable. Plus nous approchons du pied de la paroi, plus elle nous semble immense du haut de ses 400 mètres. La neige se redresse en finale, alors que nous touchons au rocher.

Le départ de notre escalade n’est pas évident à trouver. En effet, on recherche toujours le premier piton qui indique le démarrage. Dans le cas présent il se situe à une quinzaine de mètres du sol et ne se distingue pas très bien. Christophe l’identifie cependant assez rapidement, après quelques tâtonnements dans une pente de neige raide. Nous soufflons, car le gardien nous a dit que la veille une cordée d’Anglais n’avait pas réussi à localiser le départ.

Nous enlevons nos crampons et nos chaussures de montagne, et enfilons nos chaussons d’escalade L’opération est assez aisée, car la neige fait un replat juste avant le rocher. Ce n’est pas toujours le cas, et parfois il faut faire tout un tas d’acrobaties dans une pente raide, en faisant attention de ne pas tomber et de ne pas laisser filer crampons ou chaussures dans la pente ou pire dans une crevasse. Rien de tel aujourd’hui, et c’est sans stress particulier que je me prépare.

Christophe attaque la première longueur et arrive à bout de corde sans avoir trouvé de vrai relais pour me faire venir. Assuré sur un seul piton il me demande de démarrer. Dans cette première longueur le rocher est constitué d’un granit sans grain assez glissant. La sensation est désagréable aux pieds, car justement ces derniers manquent d’adhérence. Mais l’escalade n’est pas trop difficile et le passage n’oppose pas de vraies difficultés. Après une vingtaine de mètres, je marque l’arrêt à mon tour, pour que Christophe reprenne sa progression à la recherche d’un véritable relais. Après une longue dalle à faible inclinaison, il trouve enfin ce qu’il cherche. Et tout au long de notre escalade, nous n’aurons plus de mauvaise surprise et les points d’arrêts sécurisés par au moins deux pitons se succéderont régulièrement. Après les cent premiers mètres, le granit glissant laisse soudainement la place à un joli gneiss coloré, au gros grain sur lequel les chaussons d’escalade font merveille.

La paroi est toujours très raide, pas très loin de la verticale, même par petites sections surplombante. L’itinéraire reste bien balisé par les pitons en place. Cependant ce rocher demande de la recherche dans le positionnement, car les prises bien souvent ne sont pas directes. Il faut alors recourir à des tractions en opposition sur des fissures que l’on prend latéralement ou par en dessous. Cela demande des efforts importants dans les doigts et les avant-bras. Pour moi qui n’ai pas un gros entraînement cela va virer dans la onzième et dernière longueur à la « bagarre de rue» et c’est à la limite des crampes dans les doigts que je vais me hisser sur ce sommet qui frôle les 3700 mètres d’altitude à un mètre près.

La vue y est saisissante de toutes parts. Là-bas au nord dans le lointain le Mont Blanc affiche sa silhouette, toute de blancheur, si caractéristique. Juste à nos pieds l’immense glacier noir déroule sa surface de cailloux. Juste en face la gigantesque face sud des Ecrins nous domine de plus de 400 mètres. Nous sommes encadrés le long de notre arête, d’un côté par le Pic sans Nom et de l’autre par l’Ailefroide. Loin au sud, le Sirac déploie sa grande crête, telle un râteau aux dents émoussées, si particulière. Je suis tout content de me trouver perché en ce lieu aérien. La fatigue fait son effet. J’ai du mal à m’alimenter. Cependant, je dois me forcer à ingurgiter quelques aliments énergétiques, comme des fruits secs, car une longue descente en rappel nous attend. Bien souvent, les accidents arrivent au cours de ces manœuvres du fait du relâchement de la vigilance due à la fatigue.

Christophe se lance dans le premier rappel, puis vient mon tour. Un dernier regard circulaire du haut de ce pic et je me laisse glisser le long de la corde. Ces opérations de descente sur un vide de plusieurs centaines de mètres sont toujours impressionnantes, bien que généralement techniquement faciles. D’où l’importance de ne pas se laisser gagner par la routine qui peut conduire à l’erreur, que l’on croirait impossible, et qui malheureusement se produit, même au détriment des plus forts. Et c’est ainsi que l’on se retrouve précipité dans le vide pour un dernier grand vol. Nos onze rappels se passent sans incident, si ce n’est une corde bloquée au cours du premier, et une petite manœuvre à quinze mètres du glacier, du fait de notre corde trop courte de cinquante centimètres pour rejoindre le dernier piton, ce qui a impliqué un petit pas d’équilibriste sans assurance.

Enfin nous voilà de retour sur la neige. Durant notre escalade la glace sous-jacente a bougé, et l’une de mes chaussures posée à même le sol s’est déplacée, enfoncée dans une petite dépression. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour qu’elle soit précipitée dans la rimaye, profonde crevasse à la séparation de la glace et du rocher. Je n’ose imaginer comment j’aurais pu redescendre ce glacier avec une seule chaussure de montagne, les chaussons d’escalade, n’étant pas du tout, mais alors pas du tout prévus à cet effet. Mais la montagne s’est montrée encore une fois clémente à mon égard.

Il ne nous reste plus qu’à nous lancer dans une immense descente de 1700 mètres de dénivelé, en passant par le refuge, afin de retrouver la voiture tout en bas dans la vallée. A 19 heures nous atteignons le refuge. Plus que 1000mètres de dénivelé à descendre. Ils vont me sembler très longs. La montagne a été désertée par les randonneurs, montés pour la journée au refuge. Les chamois ont repris possession des lieux et ils ne sont pas farouches du tout. Nous les approchons à quelques dizaines de mètres et ils continuent sans trop d’inquiétude à brouter herbe et feuillage. Une mère et son petit, juchés sur une légère crête juste au-dessus du chemin nous regardent passer avec curiosité. La nuit nous surprend dans la descente, que nous finissons par trouver interminable. Dans les passages en forêt, la pénombre se fait bien réelle. Enfin, entre les troncs d’arbres, nous voyons apparaître les lumières du camping. Ça y est nous en avons fini, la voiture nous attend bien sagement. Il est 21heure30. Depuis cinq heures du matin, nous ne nous sommes pratiquement pas arrêtés et c’est avec plaisir que je m’assois dans mon véhicule. Il ne nous reste plus qu’à retourner à Gap qui est distante de 80 kilomètres. La nuit est particulièrement limpide et nous sommes le 11 août, période des pluies d’étoiles filantes. J’en vois une belle zébrer le ciel au-dessus du lac de Serre-Ponçon, alors que je conduis. Dernier petit clin d’œil de la nature au cours de cette journée bien remplie.

Je suis rentré chez moi depuis deux jours, je prends le (vieux) guide du massif des Ecrins de Lucien Devies et Maurice Laloue. Pour moi ce livre de couleur rouge, édité en 1946, représente une véritable bible du massif. A le lire, c’est toute l’histoire de la découverte de ces montagnes que l’on suit. Les dessins des parois à l’encre sont très précis. Page 61, sur une demi-feuille le Pic Sans Nom, entouré de la Pointe Puiseux et du Pic du Coup de Sabre, affiche sa grandiose face nord. Le Pic du Coup de Sabre est dénommé Petit Pic Sans Nom. Une correction à l’encre bleue rectifie cette erreur d’appellation. Je reconnais cette écriture, c’est celle de mon père qui avait acheté ce livre en 1956. Je sais que son esprit est encore là-haut. Il m’avait demandé d’aller répandre ses cendres sur un sommet de la région. Il avait finalement changé d’avis, de peur que je prenne des risques en accomplissant ses dernières volontés. Cette rectification à l’encre bleue, d’une écriture ferme et droite, est la preuve, qu’au cours de cette plongée de ces deux derniers jours au cœur de ce sanctuaire qu’il aimait tant, il était là, et qu’il participait à mon plaisir, bien que ma pratique de l’escalade difficile ait toujours provoqué chez lui une certaine crainte pour mon intégrité physique.
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GR5 fin septembre-début octobre?
Chers amis randonneurs,

Est-il raisonnablement trop tard cette annee pour faire le gr5 du lac Leman a Menton en partant le 22 septembre?

Si oui, est-ce plus raisonnable en demarrant apres le Mont Blanc?

Merci d'avance Lionel
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GR5 GTA: Lac Léman - Briançon, en famille, quatre semaines à pied avec un enfant de 7 ans
Récit d’une rando de 26 jours, dont 2 de repos, du lac Léman à Briançon.

Rando effectuée de mi juillet à mi août 2010, avec ma femme et mon fils de 7 ans.

On a fait un bout de route avec des amis en Vanoise, sur 4 jours.

Une grosse moitié des nuits sous tente, le reste en refuge ou gites d’étapes.

On n’a pas hésité à faire quelques portions en stop, en télécabine, train ou car. Essentiellement pour éviter des portions de route sous la pluie, la très grosse chaleur, et écourter une étape lors d’une journée ininterrompue de pluie début août.

Première partie : Massif du Chablais. Lac Léman, Refuge de Bise, Chapelle d’Abondance, col des Bassachaux, lac Vert, Col de Coux, de la Golèse, Samoens

Plutôt que de Saint Gingolph, on est partie du Bouveret, en Suisse pour aller au Swiss Vapor Parc avant de commencer la rando. Comme quoi randonner avec un enfant, ça fait réfléchir autrement sur le choix de l’itinéraire…

Il faisait très chaud au début, avec des paysages d’alpage. Les taons se sont régalés. Malheureusement, le passage en Suisse pour admirer les Dents Blanches et Dents du Midi n’a pas correspondu à la période la plus propice pour la météo et la visibilité.

Alpages suisses, Lac de Tanay au fond :

Cornettes de Bise :



2ème partie : Fiz, Mont Blanc, Beaufortain. Sixt, Col d’Anterne, col du Brévent, Chamonix. Les Houches via le train, col de Tricot (avec télécabine de Bellevue), GR5 – TMB jusqu’au col de la Croix du Bonhome, Crêtes des Gittes, Plan de la Lai, Col de Bresson et refuge de Presset, Valezan.

Rochers des Fiz et refuge d’Anterne:

Mont Blanc le soir, au bivouac, sous le col d’Anterne : la journée avait été froide et maussade, et vers 20h-21h, le mont Blanc s’est dégagé, histoire d’aller se coucher sur une belle image :

Le lendemain, c’est l’inverse : la journée se couvre de plus en plus. On apercevra tout de même la Verte et les Drus

Finalement, plutôt que de rejoindre Bel Lachat dans le brouillard, on descend sur Chamonix ou « Doudou » rend visite à Saussure, enfin à sa statue :

Aiguille de Bionnassay : A partir de là, on côtoie pendant 3 jours les randonneurs sur le Tour du Mont Blanc. La hausse de la fréquentation sur ce sentier est assez impressionnante ! Pas facile d’aller tranquillement au petit coin.

Col de Tricot :

Au refuge du Truc, où on est super bien accueilli, mon fils ira voir la traite et câliner les veaux nés la semaine passée…pendant près de 2 heures :

Le lendemain, on sera réveillé le matin, à 6h, par le tracteur venu vider la fosse septique juste devant la porte du dortoir. Comme dirait un ancien président, « le bruit et l’odeur ».

Bivouac plus tranquille et fleuri le lendemain, vers les Chalets de Jovet :

Dolomites ? Non, Beaufortain :

Le Tumulus du plan des Dames, sur le tour du Mont Blanc... comme l’atteste la fréquentation :

La crête des Gittes, au sud du refuge de la Croix du bonhomme. On quitte le tour du Mont Blanc, et retrouvons tout de suite une fréquentation raisonnable. Belle crête, malgré le vent très fort et froid qui nous accompagnait. De là, descente sur le Beaufortain.

Il a plu une partie de la nuit et de la matinée, on est parti tard, vers 10 ou 11h. Il semble faire beau, mais ce sera notre journée à orages, qui plus est avec du vent frais et des températures plutôt basses.

On ira ce soir au refuge de Presset, vers 2500m, juste au dessous de la limite « pluie / neige»

Baromètre du refuge, pour connaître la météo…passée :

Le lac, juste derrière le refuge. L’ambiance n’est pas vraiment ensoleillée, avec un vent très fort en plus. Par contre à l’intérieur du refuge, l’ambiance et l’accueil sont bien plus chaleureux :

Le lendemain, la journée va devenir de plus en plus belle.

En descendant sur Valezan. Les paysages plats et très ouverts changent par rapport aux journées passées. Au fond, la Vanoise.

3ème partie : la Vanoise : après 2 jours de repos, on franchit le col du Plan Sery pour rejoindre des amis à Champagny en Vanoise. On se quittera à l’aplomb de Modane après avoir franchi le col de Chavière

Vue du camping de Nancroix, où nous passerons une journée de repos. Bon, 2 finalement, car le lendemain c’était une journée de pluie.

En montant au col du plan Sery :

Où on trouve une harde de bouquetins :



Vue du refuge de Plaisance, le lendemain matin : Grand Bec de Pralognan

Vallée de Champagny le haut, où nous retrouvons nos amis pour 4 jours de rando ensemble.

Montée au refuge de Peclet Polset, en croisant un troupeau de vaches se rendant à la traite :

Vu du refuge, avec le col de Chavière au fond que nous allons passer ce matin :

En montant au col de Chavière : le grand Bec de Pralognan, et le massif du Mont Blanc au fond à gauche. Ce fut une superbe journée, la plus belle de ces 4 semaines de rando. Pas de vent, pas un nuage, des paysages superbes. Ça m'a changé des 3 dernières fois où j’ai franchi ce col, dans le brouillard.

La plaine des cairns, sous le col, avec la neige de la mauvaise météo 2 jours auparavant :

Notre petite troupe qui monte au col :

Le lac de la Partie, de l’autre côté du col, où nous ferons bronzette :

Dernière partie : le sud des alpes du nord… Vallée étroite, vallée de la Clarée, Briançon

Montée au col de la vallée étroite, au pied du Mont Thabor : C’est à partir de cet endroit que nous aurons vraiment l’impression de quitter les Alpes du Nord pour randonner dans un paysage sentant le sud.

Descente du col. Ici, les vaches sont devenues blanches. Délavées par le soleil ?



La remontée sous la chaleur, depuis les Granges de la Vallée étroite vers le Col des Thures :

… et le lac Chavillon :

Le lendemain, montée au col de Dormillouse :

Puis descente sur Val des Près…

Dernier jour, arrivée à Briançon défendue par sa ceinture de forts :

Pour conclure :

Le découpage en « parties » ci avant correspond à des ressentis, des « étapes » qui nous ont semblées différentes les unes des autres, mais pas à un découpage lié à des topos

C’était la première fois qu’on randonnait aussi longtemps à pied, qui plus est avec un enfant. Et on a bien apprécié… Rythme cool, impression de pouvoir prendre notre temps.

Le fait de pouvoir bivouaquer ou dormir en refuges, selon l’envie et la météo, était bien adapté à notre manière de marcher. Toutefois, lorsque la météo était bonne et que les refuges présentaient de gros dortoirs, on a opté pour le bivouac afin que notre fils puisse passer une bonne nuit et se réveiller à son aise le matin.

On a parfois été un peu déçu par les nombreuses pistes carrossables dont on a l’impression que le nombre va croissant.

L’année prochaine, on ira à la mer ? Par le GR5 depuis Briançon, sans doute, même si on hésite un peu, craignant d’avoir trop chaud : on n’aime pas vraiment les grosses chaleurs, et avec le petiot, c’est pas facile de partir à la fraiche. A suivre…

En espérant que ce récit donnera envie à des parents de partir randonner avec leurs enfants, à leur rythme.

On croise si peu de randonneurs en herbe en randonnée itinérante, alors que de telles vacances en famille sont vraiment plaisantes.

A bientôt sur les sentiers
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Idées de voyage organisé en autocar au départ de Lyon à Noël?
Bonjour à tous,

J'ai beaucoup de mal à trouver une compagnie d'autocars en partance de Lyon qui organise des voyages à Noël.

L'idée, c'est que ma maman et moi, nous cherchons à passer notre premier Noël sans mon père, loin de chez nous. Ni en Provence, où mes parents vivaient ensemble, ni en Alsace, notre région natale... dur dur!

Et donc, on aimerait trouver un voyage organisé de 3-4 jours, histoire de ne pas passer Noël toutes les deux à pleurer voyez-vous!

Si quelqu'un a un bon plan, dans un budget de 200 € par personne, je suis ouverte à toute proposition. Départ de Lyon (où j'habite) ou de Provence.

Merci pour vos idées.

La veuve et l'orpheline!
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Petit restaurant sympathique pour le réveillon de la Saint Sylvestre à Lyon
Bonjour à tous,

Nous partons découvrir Lyon du 28/12 au 1/1 prochains et logerons dans un studio où le propriétaire nous signale qu'il y a beaucoup de restos dans les alentours (1 er et 4 eme) mais ne peut nous conseiller car il n'en a jamais 'testé' (sic) le 31/12. Auriez-vous un chouette coin à nous suggérer ? Nous ne recherchons nullement un restaurant guindé, que du contraire ! juste un petit endroit où bien manger sans vider son portefeuille et où l'ambiance cotillon serpentin n'est pas de mise 😉

Merci d'avance
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Nouvel An 2017 - 2018 à Lyon
Bonjour tout le monde! Je vais passer les fête de fin d'année à Lyon avec 4 amis. Nous aimerions profiter du 31 Décembre pour sortir et faire quelque chose de différent cette année. Si vous avez des idées n'hésitez pas à me les faire parvenir. MERCI😄
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Cherche personne pour transporter des colis à Cluses
je m'occupe d'une association "ESSOR BA BURKINA". j'ai une dizaine de colis, contenant principalement des machines à coudre, qui sont destinées au Burkina Faso. je cherche quelqu'un qui pourrait les transporter depuis Bar-le-Duc (Meuse) jusqu'à l'entraide internationale des scouts de Cluses, (haute Savoie) qui envoie des conteneurs deux fois par an au Burkina. merci d'avance
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Quelle station de ski choisir près de Lyon?
Bonjour

Je souhaite faire une réservation dans une station de ski proche de lyon, en decembre-janvier pendant les vacances... Je voudrais un endroit ou ce n'est pas cher car je sais pas skier, je pense prendre des cours de ski donc je cherche une ecole pas chere, un logement pas cher non plus... Quelle station vous me conseiller?

Deuxièment, Est-ce qu'il y a un endroit ou je peux passer la nuit de nouvel an dans une station de ski ou ça sera sympa et la plus interessante meme si c'est cher, car je peux y rester une seule nuit! pour passer un nouvel an inoubliable... courchevel ou megeve? ou autre endroit?

Donc ce que je cherche 1-une station de ski pas cher pour le logement et l'ecole de ski 2-la meilleure station de ski pour passer le reveillon de nouvel an, meme si c'est cher!

Je vous remercie d'avance!
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Sicily to France by bike via Puglia to the Lyon area
Hi there, We’d like to take our bikes to Sicily in early April for Easter, then cycle back home via Puglia to the Lyon area. Has anyone got any tips? 1: How to get there? Train or ferry? 2: Camping or other options in big cities? Is it true that campsites are really expensive? 3: Recommended route We’re open to all suggestions. Thanks, and happy holidays!
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Rencontre en Tarentaise (Savoie) le 31 décembre 2008
Pour ceux qui fuient la ville, un 31 décembre enneigé sur le plateau de la Sassière au dessus- de Ste Foy en Tarentaise, dans un paysage magnifique entouré des cimes frontalières avec l'Italie, chapeautées des glaciers du Ruitor: Refuge du Ruitor, confortable à 2000m, spacieux, eau lumière chauffage. Accès en ski ou raquettes 3h de montée sur route enneigée en pente douce, ambiance refuge ( le refuge est pour nous !) cuisine collective et possibilités de balades ski raquettes autour les jours suivants et de hors-piste à Ste Foy. Des VF, des randonneurs et des montagnards ! Récupération SNCF à Lyon/ Moutiers/ Bourg St Maurice SEUL IMPERATIF: savoir utiliser un ARVA ! ( il vous reste 2 W.E. !) Alors n'hésitez pas, rejoignez-nous ! Je vous donne TOUS les renseignements nécéssaires sur demande ! Rinka
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Voyage de Lyon au Mont Saint-Michel
Bonsoir a tous! je voudrais faire un petit tour en France et l'un de mes buts (premier) - c'est Mont Saint-Michel. j'ai des billets d'avion avec l'arrivee a Lyon (la premiere place en France). J'ai besoin de votre aide/ informations/ conseils:

1/ comment on peut plus directement atteindre Mont Saint-Michel de Lyon (sans Paris)? 2/ y-a-t-il des tours de Rennes au MSM pour quelque heures/une journee? 3/ comment on peut plus directement atteindre Rouen de Lyon (sans Paris)? 4/ y-a-t-il des trains de Rouen au MSM (Rennes, Saint-Malo ou d'autres)? 5/ y-a-t-il des tours de Rouen au MSM? quels compagnies de tourisme connassez-vous a Rouen? 6/ si vous etes a ma place comment vous partirez de Lyon pour voir MSM?

en attendant vos reponses...merci par avance...
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Ardèche à vélo avec bivouac en 2014
Bonjour,

Je vais, par ce récit, vous présenter ma pratique du vélo.

Je ne suis pas sportif et ne prétends pas apprendre quoi que ce soit à qui conque. Je n'ai pas le bon matériel ni les bons gestes et en général, je ne me prends pas au sérieux.

Courant 2013, avec mon ami et beau-frère Mathieu, nous décidons de mettre sur pied une semaine de vélo avec bivouac. Mathieu est bien plus sportif que moi et nos capacités ne sont pas comparables. Je lui laisse le soin de l'itinéraire en lui rappelant mes lacunes. Il est habitué aux grandes randonnées avec bivouac et aimerait faire du triathlon.

Vu mon faible niveau en sport, plusieurs mois avant la date fatidique, je décide de m’entraîner modérément. Pompes, abdos et vélo sont au programme. Je roulerais avec un VTT Rockrider Five Zero, sur lequel j'ai changé la roue avant par une roue avec moyeu dynamo, mis des garde-boue, un porte-bagages, lumière avant et arrière, sacoches et changé la selle.

Pour votre information, l'envie de faire ce fil de discussion m'est venu en lisant le blog de Lumpini, un cycliste chevronné aux pouvoirs surnaturel ! :)

Voici le parcours total.



Durée : 6j

Distance : ~ 300 km

Dénivelé : ~ 5700 m (en + et en - c'est identique car le point de départ et d'arrivée sont au même endroit soit Sain Félicien)
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Venise - Thonon-les-Bains à vélo juin 2012
Encore un périple à vélo, avec l’habitude les voyages finissent par se ressembler, c’est tout du moins la première impression. On part, on pédale, tendu vers le but à atteindre, déjà rompu à la manœuvre par l’habitude de milliers de kilomètres parcourus à deux roues. Mais en fait, il n’en est rien, l’aventure est à chaque fois différente pour de multiples raisons. Je n’en citerai que quelques unes, des plus évidentes: la météorologie, variable majeure, déterminant le niveau de plaisir ou de souffrance, les compagnons qui sont différents d’une fois à l’autre d’où entente ou non, la forme physique du moment qui conditionne totalement l’expérience, les pays traversés qui par leur diversité impriment chacun une trace particulière sur le voyage.

Rentrant tout juste des Pyrénées où nous avons effectué une merveilleuse chevauchée à huit sur un certain nombre de cols mythiques comme le Tourmalet, l’Aubisque, l'Aspin, Marie Blanque et bien d’autres me voilà de retour à Lyon pour un bref repos de deux jours. Gérard me rejoint et nous préparons nos vélos pour un embarquement très matinal en direction de Venise, point de départ de ce nouveau circuit à deux roues à travers les montagnes alpines. Emballer son vélo, dans un carton aux dimensions réglementaires, semble au premier coup d’œil mission impossible. Mais pas de panique, une fois les roues démontées, la selle baissée, le guidon desserré, le porte-bagages avant retiré, car inutile cette fois en Europe, eh bien le miracle s’accomplit et tout rentre, et le carton se ferme sans difficulté. Il suffit de le renforcer avec la quantité de scotch de déménagement qui convient et le tour est joué. Mon nouveau camarade je l’ai connu via internet et le site voyage forum. En effet, lorsque j’ai décidé de me lancer dans cette traversée afin de terminer le parcours entrepris l’année précédente de Thonon à Nice, ma compagne outre le fait de me voir partir, appréhendait que je me lance seul dans l’aventure. J’ai donc mis une petite annonce sur ce fameux site de voyage, VF, et j’ai eu deux réponses. Le premier candidat ne convenait pas, car il s’agissait d’un cycliste avec vélo de course qui comptait parcourir cet itinéraire sans bagages en effectuant des étapes très longues. Je m’inscris dans une démarche de cyclotourisme, roulant assez lentement, avec sacoches relativement lourdes, ce qui procure une capacité d’autonomie permettant le camping et le bivouac. Cyclistes de route et cyclotouristes n’ont pas la même philosophie du voyage, d’où généralement difficulté d’harmonisation. Par contre mon deuxième contact, Gérard, s’inscrivait tout à fait dans l’esprit de l’errance à vélo en toute liberté. Après quelques échanges écrits puis téléphoniques, nous permettant d’envisager avec succès un voyage en commun, un rendez-vous physique est pris. Nous nous retrouvons un soir dans un restaurant du Jura et faisons plus ample connaissance. Tout se passe pour le mieux et nous voilà deux mois plus tard à boucler nos cartons en vue de prendre l’avion demain matin à 6 heures à l’aéroport de Saint-Exupéry à Lyon. Internet a révolutionné beaucoup de domaines de nos vies professionnelles, affectives et de loisir. En effet, pour des grandes balades de ce type à vélo, les candidats prêts à partir ne sont pas nombreux et de plus à une date donnée, cela devient la quadrature du cercle. Mais voilà, le petit message lancé dans le virtuel se concrétise par un compagnon en chair et en os avec lequel je vais vivre une magnifique aventure de 11 jours. N’oublions pas, qu’internet c’est aussi les amis fictifs que l’on a jamais vus et que l’on verra probablement jamais mais que l’on comptabilise dans une liste d’amis qui parfois est pléthorique ! Ne jugeons pas, le net, chacun en fait l’emploi qui lui convient, ou semble lui convenir, mais nous en sommes tous, ou presque, fortement tributaires. Nous n’échappons pas aux évolutions de notre monde ! 9 juin, 3h30 du matin, ça fait tôt ! Debout, on enfourne les cartons contenant nos vélos et nos bagages dans ma voiture, un vrai petit camion ! Mon neveu nous accompagne à l'aéroport afin de ramener le véhicule. Nous avons décidé de procéder de la sorte, afin de ne pas être prisonniers de réservation d’avion pour le retour. En effet, ce dernier se fera à vélo jusqu’à Thonon-les-Bains et de là nous rentrerons à Lyon par l’un des nombreux TER qui relient les deux villes. Les formalités d’embarquement vélos et sacoches sont effectuées sans difficulté, ce qui nous enlève un poids. Tous ceux qui ont voyagé en avion avec leur vélo connaissent les tracasseries de dernier moment, qui généralement ne manquent pas de faire monter le rythme cardiaque et demandent des réponses rapides et efficaces. Mais aujourd’hui, rien de tout cela et tranquillement nous rejoignons la zone de transit. Notre avion décolle avec une demi-heure de retard, mais fait surprenant sur un si petit trajet, il arrivera à remonter ce handicap et se posera à l’heure. Bien entendu, l’arrivée à l’aéroport de Venise est un spectacle à ne pas manquer. L’avion en approche survole la lagune et on cherche du regard cette ville incroyable, unique au monde construite réellement au beau milieu de l’eau. Tant que l’on ne l’a pas vue du ciel, on a du mal à imaginer cette cité au beau milieu de sa lagune, époustouflant ! Il y a six mois j’y ai séjourné quelques jours. Mon plus grand plaisir avait consisté à passer mes journées à bord des bateaux transports en commun, dénommés « vaporetto », à circuler d’île en île, ou le long des canaux de Venise à contempler les innombrables palais. Aujourd’hui alors que l’avion est en approche finale, je vois défiler le palais des Doges, la place Saint Marc, et en arrière fond je distingue l’île du Lido où nous avions passé quelques nuits dans un hôtel superbe, et incroyable mais vrai, aux prix doux ! Les roues touchent, le poser se fait sans heurt. Arrêtons de rêver de vaporetto, de palais des Doges et autres douceurs de ce lieu unique, car nous sommes là, paradoxalement, pour nous en éloigner le plus rapidement possible afin de rejoindre les montagnes et les nombreux cols qui s’égrènent le long des mille kilomètres qui nous séparent du lac Léman. Toujours une petite angoisse en récupérant les vélos, y-a-t-il de la casse ? Une détérioration devient rapidement un handicap nécessitant réparation, qu’il s’agisse d’un rayon cassé, d’un porte-bagages tordu, d’une poignée de frein déformée, sans parler du gros pépin, du cadre déformé car il a été percuté par un corps étranger de forte masse. Jean, mon mentor en cyclorando, m’a plusieurs fois relaté cet exemple de cadre définitivement tordu empêchant toute utilisation du vélo ! Nous récupérons nos cartons dans un lieu approprié aux bagages encombrants et nous installons dans un recoin calme de l’aéroport en vue de remonter nos vélos. A la première inspection des emballages tout semble normal, le remontage nous le confirmera. Gérard a vite fait de mettre sa monture en ordre de marche. En ce qui me concerne, ayant dû procéder à un démontage plus important, il me faut logiquement plus de temps afin d’être prêt. En finale, je dois batailler avec les patins de freins qui refusent de se mettre dans leur position avant démontage, un frottement important sur les jantes persistant. Donc, je commence à modifier les serrages des câbles, et après quelques ajustements, mon vélo est opérationnel. Il est 9h30. Nous voilà à l’air libre. Nous identifions rapidement la route à prendre, en direction de Trieste dans un premier temps. Le ciel semble clément bien que gris. Les prévisions météorologiques consultées la veille se présentaient sous de bons augures. Les premiers kilomètres sont parcourus le long d’un axe à forte densité. La chaussée n’est pas toujours très large, pas d’espace de protection pour les vélos. Heureusement, un léger vent favorable nous accompagne, ce qui nous permet de rouler à vive allure. Cependant les camions et les caravanes nous frôlent parfois dangereusement. Les propriétaires de ces dernières ne semblent pas toujours avoir le gabarit de leur maison sur roues dans l’œil. La voiture étant passée, l’engin tracté ne peut que passer lui aussi ! Gérard étant devant moi, je vois une voiture le doubler en dehors de toutes les règles de sécurité, et la caravane, au gabarit légèrement plus important, j’ai vraiment l’impression qu’elle va le renverser. Il s’en est fallu de quelques centimètres. Mon compagnon n’a pas vraiment réalisé, mais en ce qui me concerne mon rythme cardiaque a fait un bond. Pourvu que ce calvaire ne dure pas trop longtemps. De plus, pour ne rien arranger, le temps devient menaçant et une petite bruine intermittente s’invite. Durant les premiers kilomètres d’un voyage, où l‘on sait que l’on va affronter des difficultés conséquentes, se retrouver confronté à des conditions météorologiques et de circulation relativement hostiles, fait clairement prendre conscience des risques d’échec, au cas où la situation évoluerait défavorablement. Comme toujours à vélo on se sent très dépendant des intempéries, on prie pour que le mauvais temps et la pluie, voire la neige, ne s’acharnent pas trop sur nous. Dans ces moments de doute et de concentration pour combattre l’adversité, on se sent vivre et en communication avec les éléments et notre corps. Pour le moment le ciel se contente de rester menaçant et d’humidifier la route. Après trente kilomètres, nous atteignons la petite ville de San Dona de Piave, et comme par miracle la circulation devient bien moins dense, moins inquiétante. Nous faisons quelques courses dans un super marché, prenons du jambon cru, particulièrement savoureux pour un prix défiant toute concurrence. De vastes plaines s'étirent en direction du nord, et les premières silhouettes de relief se lèvent devant nous. N’oublions pas que nous sommes venus traverser les Alpes par une longue succession de cols, des fois que ces premières étendues plates nous le fassent oublier. Vers midi, la pluie s’intensifie, nous nous abritons dans une allée couverte au centre d’un village et tranquillement nous savourons notre sublime jambon italien. Un petit café juste à côté, nous y prenons notre premier expresso. Par chance les précipitations s’arrêtent et nous voilà de nouveau en route. La cadence est bonne. Une petite ville est atteinte, un passage à niveau est fermé. Des trombes d’eau, un véritable déluge s’abat sans prévenir. Vite, une fois encore un petit porche nous abrite. La barrière reste fermée, bien que le train soit passé, mais vu le temps nous ne sommes pas pressés de repartir. L’ondée, phénomène par définition éphémère, se calme, mais la barrière du passage à niveau ne se lève pas. Cela doit bien faire un quart d’heure que la route est coupée. Les gens semblent y être habitués car aucune voiture ne reste, les rares qui arrivent font immédiatement demi-tour. Bizarre, bizarre ! On décide de passer sous l’obstacle et de franchir les voies ferrées. Mais à ce moment le chemin se libère et nous n’aurons pas à commettre cette infraction, qui est à la source de nombreux accidents mortels de par le monde. Nous reprenons notre itinéraire le long d’une vallée qui longe les montagnes. La nature très verte est la preuve des journées pluvieuses qui viennent de s’écouler. En début d’après-midi, les nuages se déchirent et le soleil fait de belles apparitions, rien de tel pour nous donner un moral d’acier. Vers 18 heures après 113 kilomètres, certes avec très peu de côtes nous arrivons dans la charmante ville de Maniago. Sur la place centrale de belle taille, une jolie auberge « Albergo Montenegro » nous offrira le gîte et le couvert pour un prix comparable à ce que l’on trouve en France. Nous aurons droit à une magnifique platée de pâtes bien dans la tradition italienne. Nous nous régalons. La serveuse est fort sympathique et nous parle de son pays la Roumanie. Pour une première journée nous sommes satisfaits, car levés depuis 3 heures du matin, après un trajet en avion, nous nous attendions à une petite forme. Eh bien ! Rien du tout ce fut la grande forme.

Deuxième jour 76 km Maniago Sauris de Sopra 1500 m de dénivelé Le temps en ce début de matinée semble correct mais les prévisions sont pessimistes et les dernières pluies datent de peu de temps, le sol étant détrempé. Nous allons attaquer notre premier col « Passo Rest ». Il n’est pas très élevé, 1052 mètres mais nous partons de 300 mètres et la route est vallonnée avant d’arriver au pied de l’obstacle. La circulation a complètement disparu et ce début de deuxième étape est particulièrement agréable, en direction d’une montagne qui se fait de plus en plus présente. Ce col est magnifique, la route est étroite et s’élève à travers une forêt dense et profonde, dominée de grandes falaises. La pente est raide, je me traîne à cinq à l’heure, Gérard plus rapide me distance sans attendre et je le vois disparaître, comme ce sera généralement le cas à chaque longue côte de notre périple. Autant je roule bien sur le plat, autant dès que des pentes se présentent, j’ai l’impression d’être cloué sur place. Cela est sans doute dû à ma quasi absence d’entraînement au cours de l’année. En effet, je n’arrive pas à me motiver pour des sorties à vélo de la journée. Il me faut absolument cette notion d’errance sans savoir où je vais dormir le soir pour que ce sport revête de l’intérêt. Mais bien que je monte à faible vitesse, je suis en mesure de tenir des heures, donc armé de patience je m’attaque à ce premier col d’une longue série. Une succession de virages en épingle à cheveux escalade une pente raide. Le ciel s’assombrit, la pluie commence à tomber et quelques kilomètres avant le col, des trombes s’abattent et ne semblent pas vouloir cesser. Je passe le point le plus haut complètement trempé. Aucun abri en vue, Gérard a donc, de toute évidence, décidé de continuer. Je me lance dans la descente. Rapidement je suis transi, les freins n’ont pratiquement plus aucune efficacité. D’après la carte la descente s’étire sur une dizaine de kilomètres jusqu’à la prochaine ville. Je rêve de trouver un bar où m’abriter de ce froid qui me transperce. Le nez sur la route, le visage baissé au maximum pour éviter les piqures des gouttes énormes qui me cinglent la peau, mon champ de vision est réduit au minimum dans cette ambiance brouillardeuse et hostile. Un virage, une voix m’interpelle, je lève la tête. J’aperçois un terre-plein, sur lequel un panneau supportant une carte de la région, le tout surmonté par un minuscule haut-vent de trente centimètres. Gérard s’est littéralement collé contre la carte et essaie de se protéger des intempéries. Il me propose de le rejoindre et d’en faire de même de l’autre côté. Nous nous retrouvons donc collés chacun d’un côté d’un grand panneau de bois, cherchant un abri incertain sous nos avant-toits de faible dimension. Le lieu n’est pas idéal pour le repas de midi, tant pis. Nous nous passons la nourriture de la main à la main sans nous voir chacun caché de son côté. Dans ces moments on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qui se passerait si le col au lieu de culminer à 1052 mètres, dépassait les 2500. Je préfère prendre ce gros mauvais temps maintenant que plus tard. Mais l’un n’excluant pas l’autre, il ne nous reste qu’à souhaiter avoir de la chance lors des grandes montées à venir. Le temps de manger notre charcuterie italienne, en évitant les gouttières qui nous dégoulinent sur la tête et les épaules, la pluie faiblit. On reprend notre chemin dans des conditions plus favorables. Mais la descente s’arrête vite et nous voilà dans des côtes sévères, étonnant pour une descente de col. Mais le soleil pointe à travers de gros nuages et une atmosphère chaude nous enveloppe. Que cela est bon, lorsqu’on est trempé et que l’on grelotte. En levant les yeux, on réalise que de toute évidence cette accalmie ne sera pas de longue durée, vu la couleur du ciel en général. Enfin, nous plongeons vers la vallée et rejoignons la ville d’Ampezzo. Ce nom chantant nous avertit que nous rentrons dans ce fabuleux massif des Dolomites, qui recèle nombre de montagnes connues universellement dans le monde de l’escalade : Tre Cime, Marmolada, Civetta, Catinaccio, Tofana di Rozes et bien d’autres. Que de souvenirs d’ascensions époustouflantes me reviennent en mémoire. Je pense entre autre à la voie Cassin à la Cima ovest di Lavaredo toute en surplomb, ou au Spigolo Gialo doigt de 300 ou 400 mètres qui défie presque la gravité. Mais pour pouvoir profiter des panoramas grandioses qui nous attendent, le beau temps serait indispensable. Hélas, ce ne sera pas le cas, car les deux jours à venir vont être les plus éprouvants de notre traversée lors du passage de cols à plus de 2000 mètres. D’Ampezzo après avoir bu un capuccino, nous attaquons la longue pente qui conduit au Passo d. Mauria, quelques 800 mètres plus haut. Le temps n’est pas beau, mais que la montagne est impressionnante lorsque les nuages et les grandes parois s’associent pour la beauté de la nature. Quelques tunnels, malgré mes appréhensions, ils sont les bienvenus, car il n’y pleut pas et de plus l’éclairage est important, ce qui limite le danger. Au village de Sauris de Sopra la fatigue commence à se faire sentir et il ne faut pas s’attendre à rencontrer d’hébergement en direction du col. Une auberge agréable tenue par un Français nous offre un confort appréciable à un prix correct. Seul petit inconvénient, il n’y a pas de chauffage, donc pas question de faire sécher nos affaires. En ce qui me concerne j’ai des rechanges, bien isolées dans des sacs de congélation, mais il est toujours agréable de reprendre la route au matin avec l’ensemble de ses habits secs. En effet, des vêtements restant mouillés plusieurs jours finissent par moisir. Dans ce village on est en pays germanique. Tout y fait penser, l’architecture, la représentation des légendes germaniques lutins, gnomes et autre Nibelungen. Et pour renforcer cette impression, la plupart des gens parlent allemand ou un dialecte approchant. Donc aucun problème de communication. Il y a une dizaine d’années j’avais de bonnes bases en italien, mais le manque depratique me rend toute conversation dans cette langue très difficile. Je me suis aperçu que souvent les Italiens parlent français ou anglais, et dans cette région l’allemand, donc tous les problèmes de compréhension sont aplanis. De plus, lorsque j’essaie de leur parler italien, très vite je m’exprime en espagnol et ils comprennent toujours ! Mais je mets un point d’honneur à utiliser les formules de politesse italiennes, même si plus souvent que je ne le voudrais cela dérape vers des ‘por favor’ ou autre gracias !

Troisième jour Sauris de Sopra au Passo Falzarego 87 km 1600m de dénivelé Ce matin après un petit déjeuner sympathique en présence de l’hôtelier et son épouse, nous reprenons notre traversée dans une ambiance blafarde et brouillardeuse qui ne n’est pas de très bon augure. En effet, quelques kilomètres plus loin, la pluie se met de la partie et elle nous gratifiera de sa présence généreuse toute la journée. Le premier col, Passo d. Mauria (1298 m) est atteint. Nous ne traînons pas, les nuages accrochent tous les reliefs. Heureusement qu’il ne fait pas trop froid, car c’est la neige que nous pourrions avoir. Vu les conditions météorologiques exécrables, il est impératif de modifier notre itinéraire, optant pour la route passant le plus bas. Bien évidemment il s’agit d’une route à grande circulation qui va nous conduire à Cortina d’Ampezzo. La ronde des camions commence. En temps normal ce n’est pas très plaisant d’être frôlé par ces monstres hurlants, mais sous la pluie cela devient un véritable calvaire. Une côte raide sur une quatre voies, je reste cloué, Gérard disparait. La route s’engouffre dans un tunnel étroit au trafic intense, l’horreur. Sur plus d’un kilomètre je vais vraiment avoir peur, le vélo n’a absolument pas sa place dans ces antres de Lucifer. Sitôt sorti, je constate qu’un second se présente, heureusement plus court. Un embranchement à droite, direction de Cortina, le trafic se réduit, le gros du flot descendant vers Belluno. Au passage d’un village Gérard m’appelle, il a repéré la piste cyclable que l’hôtelier lui a indiquée, et qui doit nous conduire jusqu’à Cortina. Je n’avais rien vu et sans son intervention j’aurais continué sans jamais voir cette vélo-route qui restera un peu au-dessus de l’itinéraire automobile. Ne plus devoir être soumis au stress de la circulation est psychiquement reposant ; cependant la pluie est toujours très présente. Les sommets sont accrochés et les beaux pics de calcaire qui s’élancent dans le ciel restent désespérément cachés. Cette piste cyclable emprunte une ancienne voie ferrée datant du début du XX siècle. Nous passons de charmants tunnels aux petites dimensions. On pourrait se croire sur une voie ferrée pour train miniature. Nous profitons de l’un de ses tunnels pour effectuer notre pause casse-croûte bien à l’abri de la pluie. Depuis trois jours elle nous accompagne, nous commençons à nous poser des questions. Le moral reste bon, car malgré les conditions hostiles nous avançons. Sur cette piste de nombreux vélos de location circulent, la pluie ne rebute pas les amateurs. Cela me rappelle les Allemands sur le bord du Danube, que rien n’arrête. Un léger répit dans les précipitations nous permet de reprendre goût à l’effort du pédalage. Cortina d’Ampezzo est atteinte. Quel dommage que la vue soit si restreinte. Les journées sont logues en juin et il n’est pas très tard. Nous faisons une halte réparatrice dans un bar au pied du col de Fazarego, qui culmine quelques 900 mètres plus haut. Plus rien ne semble nous arrêter. Nous sommes trempés mais nous avançons. Vers les 2000 mètres d’altitude le froid devient plus vif et la pluie redouble d’intensité, comme pour nous empêcher d’atteindre ce col à 2117 mètres. Malgré les éléments adverses, nous y arrivons. Nous trouvons refuge dans une petite chapelle aux quatre vents, juste le temps de retirer nos vêtements trempés avant d’entamer la descente. Les nuages se déchirent et quelques grandes parois verticales se laissent admirer. Les Dolomites, paysage montagnard unique ! Nous faisons quelques kilomètres et sur le bord de la route un hôtel au look de château de la Belle au Bois Dormant nous invite à l’arrêt. Encore une journée riche en efforts et coups de pluie.

Quatrième jour Passo Falzarego à Castelrotto 63km 1100 m de dénivelé Ce matin les conditions météo sont déplorables et les prévisions détestables. Il tombe des cordes. Avec une certaine impatience, nous attendons dans le garage de l’hôtel, prêts à démarrer, en regardant rebondir la pluie sur la route. Elle est si intense, que sur le goudron une pellicule d’eau ruisselle en vagues plus ou moins épaisses. Nous n’allons pas partir sous ce déluge, nous sommes indécis, mais l’immobilité n’est jamais très bonne pour le moral. Après une dizaine de minutes d’attente, nous décidons de nous lancer et de parcourir la distance que l’on pourra. C’est la première fois que je démarre sous des trombes. Nous commençons à vraiment nous interroger. Cela fait déjà une belle distance dans ces conditions difficiles. Serions-nous lancés dans la première traversée des Alpes à vélo en intégrale par mauvais temps ? En cinq minutes je suis trempé. Une fois que c’est fait, on ne craint plus de l’être. Mais la déperdition de chaleur, poursuit son action sur l’organisme. A froid en descente cela ne traîne pas pour se mettre à grelotter. La couche nuageuse est si épaisse qu’on ressent une impression de nuit tombant. Cependant, il faut bien reconnaître que dans ces conditions la nature est de toute beauté. De grands bancs de brumes traînent le long des pentes abruptes de la vallée. Le vert des prés et des sapins prend une teinte sombre, presque épaisse, qui tranche sur le blanc cotonneux des bancs de brume. Les intempéries donnent toujours un air mystérieux à la montagne. Nous atteignons le village de Pieve de Livinallongo, qui se situe au pied du col à venir, le Passo Campolongo, qui culmine à 1875 mètres. Le dénivelé n’est pas très important de l’ordre de 400 mètres. Une fois de plus la montée se fera sous une pluie battante. En côte même trempé on se réchauffe en appuyant sur les pédales, mais dans la descente à venir, je sais d’expérience qu’une fois de plus le froid va sévir. Comme prévu, c’est transi que j’atteins le village de Corvara. Autant une belle descente à vélo par temps sec procure un immense plaisir, autant le même exercice sous une pluie glacée est un véritable calvaire sous les aiguilles des gouttes et les morsures du froid, sans oublier les freins qui ne répondent quasiment plus sur un vélo chargé. Mais voilà cela fait partie des plaisirs de ce mode de voyage, où les caprices de la Terre revêtent toute leur signification. Se soumettre aux aléas du temps est un luxe, auquel on est de plus en plus réticent à s’exposer, recherche inconditionnelle du confort oblige. Il faut rester philosophe malgré les conditions adverses. Une fois au bas du col, je n’arrive plus à réprimer les tremblements de mon corps, Gérard a l’air en meilleur état. Ses habits semblent plus efficaces que les miens. J’opterais pour me lancer directement dans l’ascension du col suivant le Passo Gardena, à 2121 mètres, de peur de n’avoir pas le courage de repartir après une halte. Mais Gérard s’y refuse, nous nous abritons dans un café. Cette halte est en fait la bienvenue, cela me permet de me réchauffer. Une heure plus tard nous reprenons la route en direction du Passo Gardena. Nous sommes au cœur du massif des Dolomites. Une multitude de grandes parois nous cerne de tous côtés. Les une après les autres, elles se dévoilent par intermittence parmi les brumes, tels d’immenses spectres aux dimensions gigantesques. Je reconnais des montagnes que j’ai gravies il y plus de trente ans. Malgré les années ces souvenirs forts sont toujours très présents dans ma mémoire. Une accalmie rend une partie de cette montée agréable, le soleil pointe par moments quelques rayons timides. Le paysage est grandiose. Mais hélas, l’embellie sera de courte durée et c’est sous de véritables bourrasques que j’atteins le col. Tout autour, ce ne sont que gigantesques masses rocheuses fantomatiques qui jouent à cache-cache avec les nuées poussées par le vent. Malgré l’inconfort de la situation je ne puis m’empêcher de marquer l’arrêt afin de m’imprégner de ces panoramas dantesques, et de les immortaliser par quelques photos. Gérard m’attend un peu plus bas, vaguement abrité. Nous ne traînons pas et entamons la descente vers la belle vallée du val Gardena. Les freins à disques de mon compagnon manifestent de sérieux signes de fin de vie. Il n’est pas content, car ils avaient été contrôlés avant le départ de cette balade que l’on imaginait très exigeante pour les mâchoires de freins. Mais la chance nous sourit à Santa Cristina, un préparateur va lui changer les pièces défectueuses. Nous voilà repartis dans une longue descente.L’altitude diminuant, la température augmente et le froid devient plus supportable. Mes tremblements incoercibles s’arrêtent d’eux-mêmes et je me sens beaucoup mieux. La crispation, contre laquelle je lutte accroché à mon guidon, disparait elle aussi. Arrivés à Ortisei ou St Ulrich nous prenons une petite route à gauche en direction de Castelrotto ou Kästelruth. Dans ces régions tous les lieux ont leur dénomination italienne et germanique. Pour ajouter au très net caractère allemand, les constructions sont vraiment de tradition germanique ou autrichienne, grands bâtiments peints de couleurs claires, avec de magnifiques fresques. Cette petite route que nous amorçons, nous surprend d’entrée de jeu par sa raideur. Certains passages dépassent allégrement les 15%. Après une journée déjà éprouvante, c’est le coup de grâce. Nous constatons que nous n’avons pas mangé à midi et il est 17 heures. En pleine côte un arrêt s’impose car l’hypoglycémie guette. Après nous être sustentés les forces reviennent et nous atteignons notre troisième col de la journée, le Passo Pinei à 1437 mètres. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser entraîner vers le magnifique village de Castelrotto alors qu’en cette fin d’après-midi le calme météorologique est revenu et que le soleil fait de grandes apparitions qui nous apportent chaleur et route sèche. Ce petit village est adorable, il me fait penser en miniature à la ville de Königsberg au bord du Danube. Partout ce ne sont que splendides maisons aux décorations aux couleurs vives et de bon goût, remarquablement entretenues. Notre hôtel est une merveille, l’accueil y est de premier ordre. L’endroit est touristique. Un groupe d’Américains se fait particulièrement remarquer par leur accent auquel j’ai du mal à m’habituer. Je ne sais pas si cela est dû à notre heure d’arrivée tardive, plus de 18 heures, mais j’ai droit à une superbe suite avec petit déjeuner gargantuesque pour la modique somme de 44 euros. Nous partons nous promener à travers les ruelles et les petites places de ce village de contes de fées. Le temps semble vouloir évoluer enfin vers le beau. Mieux vaut tard que jamais. Nous n’aurons pas vu grand chose des Dolomites que nous quitterons définitivement demain matin. Cela nous donnera un motif pour y revenir. D’ailleurs il n’est pas impossible que nous revenions pour un tour beaucoup plus approfondi de cette région par la multitude de ses cols haut perchés.

Cinquième jour Castelrotto à Prato allo Stelvio 113 km 600 m de dénivelé Après un magnifique petit déjeuner au cours duquel j’engloutis pain, croissants, fromages frais dur et blanc, œufs à la coque, jambon, saucisson, et autres gâteaux couverts de confiture et de beurre, le tout noyé dans un déluge de jus d’orange de café et de thé, je me sens d’attaque pour une nouvelle journée, prêt à affronter sans mollir les imprévus de la route. Nous en avons perdu l’habitude mais le soleil a repris possession du ciel. Nous effectuons nos derniers tours de roue dans les Dolomites, avant de plonger vers la ville de Bolzano. Nous quittons définitivement le Haut Adige. J’ai du mal à pédaler, la tête levée, le regard scrutant à la recherche d’itinéraires d’escalade au milieu de ces immenses à-pics qui nous dominent. Je me projette déjà dans mes prochains desseins, une semaine d’escalade à mon retour de ce périple. Mais une chose après l’autre ! Carpe diem, oui profitons de l’instant présent. Après quelques petites côtes en début de parcours, juste pour nous échauffer, une magnifique route sinueuse en encorbellement dans une falaise très raide nous conduit par une superbe descente jusqu’à l’entrée de Bolzano. Par moments, quelques centaines de mètres plus bas nous pouvons discerner une véritable procession de camions à touche-touche sur la grande route de fond de vallée, que nous allons nécessairement rejoindre. Cela ne manque pas de nous inquiéter. Va-t-on devoir emprunter une route très passante sur une longue distance, au milieu du bruit et de la pollution ? Eh bien non ! Avec joie nous allons découvrir au peu avant la grande ville de Bolzano une magnifique piste cyclable qui va nous conduire une centaine de kilomètres plus loin au pied de ce col mythique, le Stlevio, qui avec ses 2758 mètres est un concurrent sérieux à l’Iseran pour le titre de plus haut col d’Europe. Certains connaisseurs pourraient me rétorquer, que le plus haut c’est Restefond la Bonette. Eh bien pas exact ! La route de Restefond la Bonette, qui fait le tour d’un pic, est la plus haute d’Europe, mais le col de la Bonette qui donne accès aux deux versants de cette montagne culmine juste au-dessus de 2700mètres. Nous voilà sur cette piste cyclable incroyable, qui bien séparée du trafic important de cette vallée passante, nous fait franchir routes et autoroute par des ouvrages successifs, en longeant une rivière au courant rapide, qui donne l’occasion de très jolis coup d’œil. La traversée de Bolzano est un peu brouillonne, bien que constamment sur piste cyclable. A plusieurs reprises nous demandons notre chemin au croisement de plusieurs pistes, fréquentées par de nombreux cyclistes. Si certains voient que nous sommes français et nous répondent dans notre langue, la majorité semble préférer l’allemand à l’italien. Une fois sortis de la ville, nous remontons à vive allure en direction de Merano. Les cols des derniers jours nous ont donné une belle forme et nous pédalons de bon cœur sur cette vélo route presque plate, du moins pour le moment. Une heure et quelques minutes nous suffisent pour atteindre la ville de Merano à une trentaine de kilomètres au nord de Bolzano. Nombreux sont les cyclistes que nous croisons et c’est la première fois que je vois une telle concentration de voyageurs avec sacoches. Sont-ils tous sur un même itinéraire, ou cette piste est-elle le passage commun d’une multitude d’itinéraires ? Je ne pense pas que toutes ces personnes soient lancées dans la traversée des Alpes en sens inverse du nôtre. Alors que nous avions des appréhensions concernant cette étape de liaison en fond de vallée, nous effectuons un trajet superbe, bien conçu pour le vélo. À partir de Merano, de temps en temps quelques petits raidillons nous font prendre par paliers les 600 mètres de dénivelé qui séparent Bolzano de notre point d’arrivée au pied du Stelvio. Nous rencontrons un Allemand lancé dans une traversée de longuehaleine du sud de l’Italie jusqu’en Hollande. Nous faisons quelques kilomètres en sa compagnie, jusqu’à Prato, terme de notre étape du jour. Lui est un pur, il va camper, nous un peu plus embourgeoisés nous optons pour l’hôtel, avec comme alibi, l’étape difficile et mythique du Stelvio programmée le lendemain.

Sixième jour Prato allo Stelvio à Valdidentro 58 km 2300 m de dénivelé Ce matin encore le temps est au beau fixe. Hier matin nous avions eu l’information, que le col du Stelvio était fermé à la circulation du fait des très mauvaises conditions météorologiques de cette dernière semaine. Mais notre moral était gonflé à bloc, et devoir pousser ou porter nos vélos quelques centaines de mètres dans la neige, ne représentait pas à nos yeux une raison pour renoncer. Mais bonne nouvelle, ce matin le col est de nouveau ouvert. La montée se déroule le long de 25 kilomètres et quelques 1800 mètres de dénivelé. Nous attaquons alors qu’il fait encore frais. Le premier tiers suit un fond de vallée au milieu d’une forêt. Nous apercevons les hauts sommets qui nous dominent, la perspective plongeante ne nous permettant pas de saisir toute l’ampleur de ces vastes domaines glaciaires. La circulation de motos et de voitures de sport des plus luxueuses est intense. Par moments, on se croirait vraiment au milieu d’une compétition tellement les machines surpuissantes en pleine action sont présentes en grand nombre. Quelques cyclistes avec vélo de route nous doublent. Nous rejoignons un cyclotouriste tchèque qui effectue la dernière étape de son voyage au départ de son pays. Devant nous un immense pan de montagne apparait en bout de vallée, une incroyable succession d’épingles à cheveux en zèbre toute la pente. C’est bien par là que nous allons monter ? Pas de doute ! Virage après virage le champ de vision s’élargit, de vastes zones enneigées striées de grandes crevasses et bornées d’immenses séracs se dévoilent au fur et à mesure. Le spectacle est si captivant que je ne vois pas les kilomètres défiler, le regard perdu un peu partout là-haut. Je dépasse une cycliste allemande de Cologne, très sympathique. Nous échangeons quelques mots, lorsque les vrombissements des motos nous laissent quelques instants de répit. Je n’ai jamais vu un tel trafic de « gros cubes » de tous genres, Harley et autres customs, grandes routières, sportives, roadsters … Cette montée est un vrai régal et une pensée très machiste me fait rire. Un très bon camarade m’avait dit un jour, je te propose de créer un club : le MMPG. De quoi s’agit-il ? Sigle très explicite pour : Montagne, Moto, Pinard, Gonzesse !! Pas très futé, j’en conviens ! Mais dans cette montée trois des éléments, avec ma charmante cycliste de Cologne, sont réunis. Mais il est vrai que le quatrième, le Pinard, ne serait peut-être pas le bien venu dans cette rampe de longue haleine ! Les virages et enparticulier ceux que je viens de franchir accaparent de nouveau mon esprit. La perspective en contrebas est franchement époustouflante. Par endroits, on ne voit que superposition de tronçons de route parallèles. Une route comme celle-là, je n’en avais jamais imaginé. Dans les quelques derniers kilomètres, la neige est présente sur le bord de la route. Des inscriptions au sol, 1000, puis 500, puis 200 et enfin 100. Ça y est, le sommet arrive. Incroyable, une foule immense, principalement des motards. Cela me replonge une quarantaine d’années dans le passé, à l’époque des grands concentrations, en particulier je pense à celle dénommée le Chamois qui se déroulait vers le 14 juillet à Val d’Isère. Il fait bon, nous savourons notre plaisir au point culminant de notre traversée. Tout bon moment n’ayant pas vocation d’éternité, nous entreprenons la descente sur le versant opposé avec l’intention de profiter de l’occasion afin de se faire un gros plaisir à fond de train. Je ne serai pas déçu. La couche de neige est plus importante de ce côté de la montagne que de celui de la montée, sans doute question d’orientation et de pente. Les vélos de course et les motos sont nombreux. L’état de la route permet de belles prises de vitesse, je frôle fréquemment les 70 à l’heure. Vers le milieu de la descente, un groupe d’une dizaine de cyclistes se trouve à une centaine de mètres devant moi. Un groupe de 8 motos me double et les rattrape. Le revêtement devenant de moindre qualité, les pneus de course demandent des précautions, les cyclistes freinent, les deux groupes de vélos et motos se mélangent. Mes pneus schwalbe extrême, beaucoup plus robustes, ne nécessitent pas tant de précautions. J’appuie à fond sur les pédales, grand développement. À gauche de la chaussée un espace reste libre, je m’y engouffre, compteur presque à 70. Quelques dizaines de mètres plus loin, une suite de courbes pas très prononcées, ça doit passer sans freiner, mais impérativement les doubler tous, vélos et motos, avant la première courbe. Une moto fait mine de déboîter, mais elle s’abstient, m’a-telle vu dans son rétro ? Ça y est, je suis devant. Pas un coup de frein, j’enchaîne les courbes. Derrière j’entends hurler les moteurs de motos. Quel bordel ça doit être ? Pas le temps de me retourner, juste regarder la route un peu cahoteuse et négocier au mieux les virages. Le vrombissement me rejoint. Grand courbe à droite, je suis au milieu des motos. L’une d’entre elles, exactement à ma hauteur sur l’extérieur, prend la courbe à ma vitesse. On a la même inclinaison. Grosse jouissance. Le passager hilare, me regarde le pouce en l’air. Pas le temps de répondre, gaffe, je n’ai pas des freins de moto, ne pas en percuter une. Suit un virage à gauche, je me retrouve en extérieur entre la rambarde de sécurité et la moto. Cette dernière se laisse quelques instants embarquer. Aïe, je vois mon espace vital virer au néant ! Le pilote réagit et penche brutalement à gauche, ce qui me libère un passage. Suivent deux épingles à cheveux. Je coupe dans la première, tandis que les motos élargissent le virage. La seconde on la passe de façon un peu brouillonne des motos un peu partout. Eh voilà, ça va être fini pour moi, une grande ligne droite suit. Les monstres vont me foudroyer sur place. Mais non, gentiment ils se rangent tous en bordure de route pour se regrouper. Je les double et à mon tour quelques centaines de mètres plus loin je m’arrête afin d’attendre Gérard. Dans un premier temps les motos passent à faible vitesse et me font de petits signes amicaux auxquels je réponds avec le sourire. Ensuite arrive Gérard, qui me dit « tu as loupé l’embranchement que nous devons prendre en direction du Passo Foscagno ». Tout accaparé de joie au milieu de ma horde sauvage, je n’avais même pas vu qu’il y avait un croisement ! Tout plaisir a son prix, en l’occurrence il s’agira d’un kilomètre de remontée en plus. D’un coup la fatigue me tombe dessus. Il fait très chaud et on vient de monter le Stelvio à bon train, et de plus de le descendre comme des furieux ! De plus à part quelques barres de mars et autre pâte d’amande, nous n’avons rien à manger. Après quelques kilomètres de montée, sur la gauche un village est indiqué. Il y a un restaurant. Mais il faut descendre une belle côte, ce qui impliquera logiquement de la remonter. Tant pis, on y va. Le restaurant est fermé, ainsi que l’épicerie se situant à côté. Nous nous contentons de nos quelques sucreries. Cependant une fontaine nous permet de nous ravitailler en eau fraîche. Après une halte salvatrice, nous repartons dans une pente raide sous un soleil de plomb pour une dizaine de kilomètres. Tout ce que nous ferons aujourd’hui nous n’aurons pas à le faire demain. Même si ce raisonnement a quelques raisons de nous motiver, au village de Valdidentro nous nous arrêtons dans une auberge à l’aspect patibulaire, mais qui se révélera très bonne et pas chère.

Septième jour Valdidentro Chiavenna 119 km 2000 m de dénivelé Ce matin le temps est encore une fois magnifique. Nous démarrons directement en côte. Je ressens la fatigue des jours précédents et cette première montée de près de 800 mètres pour 15 kilomètres, je la trouve longue. De plus le trafic de camions est relativement intense, ce qui n’est jamais agréable. Le panorama par contre, se révèle magnifique, en particulier vers la Cima de Piazzi qui nous domine du haut de ses 3439 mètres, et qui étale ses grandes masses glacières au soleil éclatant. Le col de Foscagno est enfin atteint après une longue rampe finale. Il culmine tout de même à2291mètres. De là, nous apercevons le suivant à quelques kilomètres, le Passo Eira qui s’élève à 2208 mètres. Après une belle descente et une courte remontée de quelques deux cents mètres, mais forts pentus, nous empochons notre deuxième col de la journée. Une belle descente nous conduit dans le village de Livigno, à la configuration étrange, tout en longueur. Un peu au-dessus nous effectuons un agréable pique-nique dans l’herbe, au milieu des vaches. La montagne par beau temps, on l’apprécie franchement après quatre jours de pluie. Nous voilà partis pour la troisième ascension de la journée. Il s’agit de rejoindre la Forcala di Livigno, située à 14 kilomètres du village et 500 mètres plus haut à 2315 mètres. Le vent nous est défavorable, ce qui rend la montée d’autant plus difficile. Une immense vallée se présente devant nous. On peut voir pratiquement le col à une dizaine de kilomètres, ce qui donne une idée claire de la vitesse de fourmi à laquelle nous montons. Le vélo tourisme est avant tout une école de patience. Ne pas chercher à se presser, en profiter pour regarder ce qui nous entoure et s’imprégner de cette nature que nous traversons à la force de nos cuisses. Je suis toujours étonné de constater, qu’au cours de ces longs voyages, le long de côtes infinies, alors que l’on en bave du matin au soir, sous le joug du froid ou de la chaleur, du trafic, du vent, de la fatigue et de la soif, les journées passent à une vitesse affolante. Je ne suis jamais blasé de ces périples de forçats, toujours curieux de découvrir ce qui se cache derrière le prochain virage, ou la prochaine montagne. L’immense rampe finale me rappelle le col de la Colombière dont nous ne voyions pas la fin avec Evelyne, lors de notre parcours de la Route des Grandes Alpes de Thonon-les-Bains à Nice, l’année dernière. Enfin le col est atteint. La vue y est magnifique sur le massif de la Bernina, l’un des sommets de plus de 4000 mètres des Alpes. D’ailleurs le col du même nom sera le quatrième de la journée avant de plonger sur Saint Moritz et la Suisse aux prix prohibitifs. Nous passons la frontière italienne sans contrôle et plongeons dans un vallon de toute beauté, aux flancs arides aux grandes pentes minérales, où la végétation est totalement absente. Quatre kilomètre d’une superbe descente, puis le poste frontière suisse, lui aussi non gardé, et en quatre kilomètres d’une route acrobatique nous rejoignons le Passo Bernina à 2330 mètres d’altitude. Les montagnes qui nous entourent nous écrasent du haut de leurs quatre mille mètres. Une longue descente nous conduit à Saint Moritz. Nous dépassons la ville dans l’espoir de trouver un logement à prix acceptable. La moindre chambre d’hôtel est à deux cents euros, et encore après remise. On nous propose une chambre chez l’habitant pour cent soixante euros avec WC sur le palier. J’ai vraiment l’impression qu’on nous prend pour des pigeons. La Suisse ce n’est pas la même Europe que la nôtre, celle qui est en faillite. Après hésitation, sur le fait de faire demi-tour et retourner dans un camping, je propose à Gérard de tenter de rejoindre la ville italienne de Chiavenna qui est à 40 kilomètres, alors qu’il est déjà six heures du soir. Mais la route devrait descendre pratiquement tout letemps de 1800 mètres à 333 mètres. Effectivement, après quelques kilomètres de plat à lutter contre un fort vent de face, nous abordons une immense descente, où nous voyons les épingles à cheveux s’empiler presque jusqu’à l’infini. Nous avons bon espoir de rejoindre Chiavenna en un peu plus d’une heure. Cette immense descente est un vrai plaisir, j’en profite pour doubler toute une file de voitures ralentie par un car qui négocient les virages difficiles à faible allure. Le dépassement du bus en coupant dans une épingle se fait rapidement. La route est toute à moi pour plusieurs kilomètres et je dépasse allégrement les 70km/h. Les cent kilomètres sont atteints, et c’est avec près de 120 au compteur que nous rentrons dans cette petite ville italienne perdue au milieu d’un océan de gigantesques montagnes, ce qui lui donne un charme saisissant. Les derniers kilomètres parcourus le long d’une étroite ruelle aux murs multi centenaires sont une pure merveille. On pourrait presque se croire dans une vallée reculée perdu quelque part au pied de l’Annapurna. Je ressens la même émotion devant ces terres qui s’envolent vers d’inaccessibles altitudes tout autour. Nous éprouvons quelques difficultés à trouver une place dans un hôtel à cette heure tardive de 19 heures. Finalement, tout s’arrange et pour un prix fort acceptable nous obtenons une chambre confortable, équipée d’un petit balcon, duquel la vue est magnifique sur les environs, en particulier sur la vieille église qui se situe juste en face. Nous partons dîner dans les rues étroites de la vieille ville, qui ont un charme fou. La soirée est très agréable, parmi des Italiens et Italiennes pleins de joie de vivre. Souvent, on m’a dit que les Italiens représentaient le peuple le plus joyeux de la terre, je le crois volontiers. Nous nous louons d’avoir osé faire ces quarante kilomètres et de nous être échappés de cette Suisse et de ses prix déments.

Huitième jour Chiavenna Bivouac 30km avant Lugano 100 km 2550 m de dénivelé L’étape du jour risque d’être difficile, voire la plus longue de notre périple en matière de dénivelé. Nous comptons passer deux cols, dans un premier temps le Passo Spluga (2113 m) et ses 1780 mètres de dénivelé et ensuite le Passo San Bernadino (2066m) avec 600 mètres de dénivelé. Cela signifie, que s’il n’y avait aucune descente au cours de la montée de ces deux cols nous serions déjà à 2400 mètres de dénivelé. Nous verrons bien. Nous décidons cependant de partir relativement tôt, vers les 8h15. D’entrée la pente est très soutenue, sans replat pour souffler. De plus à ces basses altitudes la température, dès le matin, est importante, et c’est dans une atmosphère étouffante que nous entamons notre longue étape. Comme toujours je me cale sur mon petit plateau à 22 dents et mon plus grand pignon et je mouline en attendant que les kilomètres défilent et l’altitude augmente. Après une dizaine de kilomètres nous faisons une halte dans un petit village et achetons les ingrédients pour notre repas de midi. Nous avons très nettement un faible pour la charcuterie italienne. Ma botte secrète une grosse bouteille de deux litres d’un « banga » bien sucré, qui me permettra de palier les coups de fringale, qui risquent de se manifester dans la journée, ici ou là. A la sortie du village, une grande descente vient casser le rythme. En effet, ce sera une centaine de mètres supplémentaires à ajouter à la longue liste de la journée. Nous abordons l’un des passages les plus extraordinaires de notre traversée. La route s’engage en lacets dans une véritable paroi. Une succession d’épingles serrées ponctuées de tunnels s’élève de façon vertigineuse. Malgré la raideur, l’enthousiasme est tel que je pédale sans aucune fatigue, trop impatient de découvrir le point de vue du prochain virage ou de la sortie du prochain tunnel. Les virages sont si serrés que cette portion de route est interdite à tous véhicule plus volumineux qu’une voiture. Les motos sont nombreuses à emprunter cet itinéraire qui monte dans le ciel. Après cette partie particulièrement spectaculaire, la route traverse de grandes prairies avant de rejoindre un vaste replat occupé par un lac. Vient en bouquet terminal un dernier raidillon qui conduit au col qui culmine à 2113. Bien que cette altitude ne soit pas très élevée, cette montée représente l’une des plus longues et des plus extraordinaires que j’ai accomplies. Bien installés, nous faisons notre pause casse-croûte en regardant les nombreux deux roues, à moteur ou non, qui passent. Nous reprenons notre route avec la ferme intention de passer le col suivant le Grand S. Bernardino. La descente que nous effectuons est très belle. La route une fois de plus offre des perspectives stupéfiantes sur ses séries de lacets. Une fois au pied, nous nous arrêtons prendre une consommation dans un café bien agréable. Pas de doute nous sommes bien revenus en Suisse, un capuccino et un coca pour la modique somme de 8,28 euros. Il faut dire que le franc suisse a quasiment la valeur de l’euro. Ne nous laissons pas polluer par des pensées négatives. Nous remontons une longue vallée par une piste cyclable bucolique à travers forêt, mais la pente par endroits demande de ne pas relâcher la pression sur les pédales ! Nous arrivons au pied du col. Un panneau annonce : 8 km et 450 m de dénivelé. Le tracé de la route est optimal pour les vélos. Une succession d’épingles entrecoupées de longues lignes droites à la pente modérée. Cela nous permet de prendre un bon rythme et de le maintenir sans avoir à développer des efforts surhumains. Les deux derniers kilomètres sont exposés à un vent défavorable. Cela nous ralentit à peine. L’arrivée au col est de toute beauté. Le soleil commence à baisser sur ce décor de grandes montagnes, ce qui donne des teintes douces qui tirent vers le rose. Un lac de belles dimensions occupe le replat au niveau du col. Des pêcheurs en barque rentrent, mais ils cachent bien leurs prises, donc le mystère restera sur le succès de leur pêche. Il est déjà tard. La carte indique un camping au village de San Bernardino. Ce dernier se trouve quelques kilomètres sous le col. Si nous devons camper, je préfère perdre de l’altitude et aller dormir beaucoup plus bas, ce qui devrait être plus confortable en matière de température. Toute envie de nous arrêter nous est immédiatement ôtée, lorsque nous voyons le camping en question. Entassement de maisonnettes aux teintes sombres, qui font plus penser à un camp au mieux de rétention qu’à un lieu de villégiature. Le suivant se situe à une trentaine de kilomètres dans le val Mesolcina à Roveredo. Cela ne devrait pas nous poser de problème de le rejoindre ce soir, car la route ne fait que descendre. Cependant, en ce dimanche soir nous n’avons rien à manger, et pas question de trouver une épicerie ouverte. Nous décidons de nous arrêter au premier restaurant rencontré, de commencer par nous sustenter, puis de rejoindre le camping. Dans un premier temps nous nous arrêtons dans un motel à l’aspect glauque. Ils ne font pas à manger le soir. Par curiosité nous leur demandons le prix d’une chambre à deux lits. La réponse ne nous étonne plus : 102 francs suisses ou 97 euros. On me proposerait la nuit gratuitement, je ne sais pas si j’accepterais, il est des lieux qui n’inspirent vraiment pas ! Un peu plus loin à la sortie d’un village, un restaurant, tout ce qu’il y a de plus simple. Pour un repas modeste, quelques branches de céleri, une assiette de pâtes deux boules de glace, un coca, un verre de vin et une camomille, cela nous revient à 68 euros à deux. Décidément la Suisse ce n’est pas un pays pour le reste des Européens. Demain nous allons manger à peu près la même chose en Italie et cela nous coûtera 21 euros ! Outre la douloureuse, la serveuse nous apporte la bonne nouvelle que le camping que nous comptons rejoindre n’existe plus. Donc, nous n’avons plus le choix, ce soir ce sera camping sauvage. Il ne nous reste plus qu’à trouver un coin tranquille. Nous nous éloignons de la route principale, en longeant un chemin de terre qui suit la rivière, puis après quelques hésitations nous trouvons un emplacement convenable en bordure de piste. Au loin, il y a bien quelques chiens qui aboient, sentant notre présence, mais rapidement ils nous intègrent dans leur environnement. La nuit sera calme.

Neuvième jour environs de Roveredo à Varzo 90km 1000 m de dénivelé C’est un peu collants que nous nous réveillons, la nuit a été particulièrement chaude, et l’absence de douche après les gros efforts de la veille n’a pas été très agréable. Nous faisons un brin de toilette à la rivière et reprenons notre chemin. Au premier village, nous déjeunons dans un bistrot. Nous nous attendons une fois de plus au coup de bambou. Il n’en n’est rien, le prix payé est raisonnable pour ce que nous avons bu et mangé. Une trentaine de kilomètres plus loin, nous rentrons dans Locarno. Nous prenons le temps de descendre au bord du lac, qui est de belles dimensions. Puis avant de continuer notre avancée vers l’ouest nous effectuons un tour au centre ville. Une grande place entourée de maisons multicolores, aux teintes pastel est du plus bel effet. A la sortie d la ville nous nous dirigeons vers Losone. Pour quelques kilomètres nous nous retrouvons sur l’autoroute, ce qui est franchement désagréable. Heureusement cela ne dure pas. Nous prenons alors la direction d’Intragna. L’arrivée dans ce village se fait par une petite route en côte très raide. Nous l’estimons au moins à 15%. Encore une dizaine de kilomètres puis nous franchissons la frontière une fois de plus et nous retrouvons en Italie. Une route, qui sans avoir l’air, monte sur une vingtaine de kilomètres. La chaleur est accablante. Tout au long de ce parcours la vue sur la rivière que nous dominons est superbe. D’ailleurs vu le nombre de motos, on comprend que l’on est encore sur un tronçon très touristique. Enfin, une longue descente nous conduit au pied du col du Simplon. Un long tunnel tout en descente, et bien éclairé. Je prends une belle vitesse, mon compteur indique 76km/h. J’ai une très vive sensation de vitesse. Plus aucune voiture ne me double, il me semble que la vitesse est limitée à 70. Vais-je prendre un PV pour excès de vitesse ? De celui-là je pourrais être fier ! Nous voilà à Crevoladossola, démarrage pour le Simplon, dernier grand col de 1800 mètres de dénivelé. Nous en faisons les 8 premiers kilomètres ce soir, ce sera toujours cela de moins demain. C’est fatigués par la forte chaleur que nous arrivons au village de Varzo. Nous rentrons dans ce bourg par un petit chemin, tellement raide que c’est à pied que je termine. Cela ne m’était jamais arrivé. Nous trouvons un logement chez l’habitant au prix très modéré pour une belle prestation dans une maison au jardin de toute beauté.

Dixième jour Varzo à Sion 109 km, 1500 m de dénivelé L’étape de ce jour peut être qualifiée de plus pénible de notre traversée. Large route qui donne l’illusion de pente modérée, alors que je me traîne à six ou sept à l’heure. Cette lenteur, alors que l’on n’a pas une impression de raideur, est démoralisante. Je mets cela sur le compte de la méforme. Mais si je prends la peine de me retourner, je constate que la vallée se creuse réellement. La circulation est assez importante, ce col étant un lieu de passage fréquenté entre Italie et Suisse. Une partie du trafic est absorbé par le tunnel ferroviaire, mais tous les camions n’utilisent pas le rail. En matière de tunnels la route de ce col est aussi bien fournie. Certains sont très longs, plusieurs kilomètres. Le bruit des moteurs résonne. On ne perçoit pas dans quel sens les véhicules viennent. Le grondement s’amplifie, et lorsqu’un camion me rattrape, la dernière phase de rapprochement est un vrai calvaire. Je me pose toujours la question de savoir s’il peut m’accrocher. Puis dans un bruit infernal il me dépasse souvent dans un nuage de fumée, car en montée il doit développer une grande puissance. Non, franchement, cette montée du Simplon ne me restera pas comme un joli moment de plaisir, mais plutôt comme quelques heures pénibles passées sur une route hostile. Tout a une fin, même les expériences désagréables, le sommet est atteint. Une longue descente nous conduit dans la vallée du Rhône à Brig. Nous y trouvons une piste cyclable. Son tracé n’est pas très cohérent, il traverse la vallée, pourtant large, dans tous les sens. Nous avons vraiment l’impression de faire des tours et des détours sans toujours beaucoup avancer vers l’ouest. Nous aurons même la surprise de nous retrouver à escalader un vignoble abrupt en nous éloignant franchement du fleuve. Cette erreur nous conduit à une impasse. Soit faire un immense détour pour rejoindre le fond de la vallée, ou alors couper directement à travers vignobles et buissons en retenant nos vélos dans des pentes de terre très raides, et même les porter en traversant des bois d’acacias, dont les épines sont particulièrement redoutables. Nous optons pour la seconde option. Tout n’est pas à critiquer dans ce tronçon de la vallée du Rhône. Par moments de beaux passages pas toujours goudronnés nous permettent de suivre le Rhône qui est presque un torrent de montagne, à l’abri des frondaisons. Camping les citronniers à Sion, l’accueil est particulièrement bon, nous le conseillons vivement.

Onzième jour Sion Thonon 119 km 900m de dénivelé Aujourd’hui nous abordons la dernière étape de notre traversée. Je suis toujours surpris de constater que l’on rentre vite dans le voyage à vélo, et que l’on n’a pas toujours envie d’en sortir. Je me verrais bien continuer vers Nice ou vers Vienne en Autriche. Mais voilà, lorsqu’on a fixé des dates il faut s’y tenir, car la famille vit souvent ces absences avec une forme de souffrance. Nous reprenons dans un premier temps la piste cyclable du Rhône. Ce matin la vallée nous apparait beaucoup plus riante et la cycloroute plus agréable. Après une soixantaine de kilomètres nous atteignons la ville de Monthey. De là il reste à franchir le dernier col de notre périple, le Pas de Morgins. Certes comparé au Stelvio, un dénivelé de 800 mètres représente une difficulté modérée. Mais nous avons déjà plus de soixante kilomètres dans les jambes depuis le départ de l’étape, d’autre part c’est le onzième jour que nous roulons sans repos et nous allons franchir l’obstacle aux heures les plus chaudes, entre midi et deux heures de l’après-midi. La pente s’avère très soutenue, particulièrement dans les premiers kilomètres. Vers quatorze heures, je franchis ce col à l’altitude modérée, 1369 mètres. Gérard est déjà passé depuis un bon moment. Il m’attend à la terrasse d’un café au premier village rencontré dans la descente. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser emporter par la pente en direction de la gare de Thonon. Quelques petites pluies irrégulières nous apportent rafraîchissement sans désagrément. Mauvaise surprise à 17 kilomètres de notre but, la route est totalement coupée. Cela nous force à un détour qui commence par six kilomètres de montée. Nous rejoignons par la suite une magnifique petite route toute en virages dans une pente raide qui nous conduit à Thonon. Nous traversons rapidement les bouchons de cette petite ville et notre aventure prend fin devant la gare, là où elle avait commencé en septembre dernier en direction de Nice.
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Route des Grandes Alpes à vélo en septembre 2011
Route des Grandes Alpes

Je n’aurais jamais imaginé, il y a seulement quelques années, que je réaliserais à vélo cette route de Thonon-les-Bains à Nice en passant par les plus grands cols des Alpes. En effet, pour moi les routes des Alpes représentaient uniquement des chemins d’accès pour me rendre au départ des escalades que je projetais. Ces fonds de vallées, comme par exemple la Maurienne, encombrés d’usines plus ou moins en déréliction sont tristes et font penser à Zola et aux conditions ouvrières du XIX siècle. L’idée de séjourner dans ces endroits plus que le temps strictement nécessaire à un passage rapide en voiture, ne me serait jamais venue. La montagne pour moi reste synonyme d’air pur, d’absence de bruit, de gaz d’échappement, de béton ou de goudron, donc tout le contraire de ce que l’on rencontre fréquemment tout au long de cette route mythique. La montagne je me suis toujours imaginé que pour en apprécier toute la dimension il est nécessaire de la découvrir en solitaire loin des chemins battus.

Fort de cet état d’esprit, comment peut-on en arriver à suivre ce ruban d’asphalte sur 666 kilomètres (ce qu’a indiqué mon compteur) ? Il n’y a pas si longtemps, j’aurais probablement déclaré, de façon tout à fait péremptoire, que ce projet était une ineptie contraire à ma philosophie, et que jamais oh ! grand jamais, je ne me lancerais dans ce genre d’aventure ! Comme quoi, bien se mettre en mémoire la fameuse formule : ne jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau. Oui, car ce 31 août 2011, je suis avec Evelyne au départ de ce fameux itinéraire, qui de plus fête ses cent ans.

Comment puis-je donc m’engager dans un projet, qui il n’y a pas si longtemps semblait si peu en concordance avec ma conception et mes aspirations en matière de voyage ?

Différents facteurs se sont liés, je dirais même ligués pour m’amener à un tel revirement. Tout d’abord, mes premières expériences à vélo, qui m’ont fait d��couvrir le fabuleux plaisir de l’effort sans fin le long de grandes montées, m’ont amené à ne penser qu’en termes d’effort, en quelque sorte déconnecté de l’environnement. Ensuite, des discussions avec des cyclotouristes, en particulier Jean mon acolyte de la traversée de l’Europe et des Andes. Cette route il l’a faite à plusieurs reprises, et il en parle avec passion et son regard s’illumine aux noms de Galibier, Iseran, Izoard, la Bonnette etc. D’autre part, les fabuleuses images qui chaque année à l’occasion du tour de France reviennent durant presque un mois, m’ont aussi sans doute profondément influencé, jusqu’à vouloir imiter ces forçats de la petite reine. Il faut dire que les reportages présentés à cette occasion par les équipes embarquées à bord d’hélicoptères, sont d’une qualité et d’un esthétisme exceptionnels. Ils ne nous montrent pas seulement les Alpes, mais la France entière. On découvre les richesses architecturales et naturelles de ce pays incomparable qu’est la France ! Garde à vous on entonne la Marseillaise!

Ces facteurs, lentement, ont mûri dans mon esprit, pour finalement déclencher des envies et des émotions nouvelles, m’amenant à une vision des choses sous un angle différent, d’où un basculement radical d’opinion. Et de plus, au moment de concrétiser ce projet, l’envie de partir vivre une aventure orientée vers l’effort physique avec Evelyne, compagne de vélo sûre, toujours volontaire et de bonne humeur, n’a fait que précipiter le départ. Une fois que la décision fut prise, pas grand-chose à planifier, plus rien à faire que pédaler, car tout est bien balisé. Mais j’ai pris conscience que ce trajet à travers les Alpes que je connais bien, allait aussi sans doute représenter l’essentiel, la mémoire de mon père. En effet, il n’y a pas un massif que je n’ai fréquenté avec lui. Je savais qu’à chaque détour de la route ou du haut des cols je contemplerais des sommets que j’avais gravis en sa compagnie, ou dont il m’avait parlé avec passion. Et là, à partir de ce moment, ce dessein s’est inscrit en moi à la manière d’un pèlerinage à la quête de ce père qui m’a ouvert à la vie et qui m’a insufflé ma plus grande passion, l’alpinisme.

Voilà comment je me retrouve au départ de cette route mythique, l’année de son centenaire. Concernant cette date anniversaire, il faut rester prudent. En effet, de nombreux événements significatifs sont révélés lorsqu’on se penche sur l’histoire de cet itinéraire des grands cols. Les travaux avaient commencé au XIX siècle. C’est en 1911 que les premiers voyages ont été organisés par la compagnie PCM (Compagnie des Chemins de Fer de Paris Lyon à la Méditerranée), bien que certains tronçons ne fussent pas totalement aménagés. J’imagine qu’à l’époque de ces premiers périples organisés, les privilégiés qui en profitèrent, firent un voyage époustouflant à travers des régions très peu médiatisées en ces temps, et que le décor qu’ils découvrirent du haut de l’Iseran ou du Galibier les marqua durablement. En effet à notre époque, lorsque nous partons dans des contrées lointaines, nous avons déjà vu une multitude de photos ou de reportages, qui embellissent souvent la réalité, ce qui nous prépare à ce que nous allons découvrir. Au début du XX siècle, la publicité et autres représentations en images étaient moins développées, d’où probablement une émotion décuplée devant des paysages grandioses, dont on ne se faisait aucune idée quant à la splendeur et la grandeur.

Tout évolue, donc cette route mythique s’est transformée en itinéraire touristique de masse, certes magnifique mais plus vraiment exotique. Il en est de même des grandes voies d’alpinisme. Je pense tout particulièrement à la Meije, que l’on découvre du col du Galibier, et qui culmine presque à 4000 mètres. La première traversée des longues arêtes de ce sommet a été réalisée le 26 juillet 1883 par le grand guide de l’Oisans le Père Gaspard. Le sommet avait été atteint en 1877 par ce même guide accompagné d’un jeune alpiniste, Boileau de Castelnau. En cette fin du XIX siècle, cette entreprise passait pour un exploit d’exception, alors que de nos jours, sans minimiser l’engagement qu’elle implique, elle est classée tout simplement AD (assez difficile). C'est-à-dire qu’elle ne présente aucune difficulté technique d’escalade pour les virtuoses de notre époque, bien que l’enneigement puisse présenter un danger redoutable.

Voilà en quelques mille mots les pensées qui m’habitent au départ de cette chevauchée de cols en cols, du Léman à la mer, tout au long des 666 kilomètres et des 15000 mètres de dénivelé qui nous attendent.

Premier Jour : Thonon-les-Bains Cluses 60 km

Un peu avant midi le train nous dépose en gare de Thonon-les-Bains. Les TER Bombardier sont vraiment pratiques pour les cyclistes. En effet, en plus de permettre une vue panoramique au voyageur, ils offrent toutes les commodités pour les vélos. Pas de marches exigües et très raides à franchir en effectuant des efforts surhumains. On pénètre du quai dans le wagon en faisant rouler sa bicyclette sans changement de niveau. Ensuite, il suffit de l’accrocher dans le coin prévu à cet effet, et inutile de décrocher les sacoches et autres bagages. Oui, je fais de la publicité pour la SNCF !

Pour cet après-midi, nous avons l’intention de rejoindre les Gets, à peu près quarante kilomètres. Ce qui pour une étape de la demi-journée devrait constituer une mise en jambe en douceur. Cependant sur notre carte nous éprouvons des difficultés à évaluer le dénivelé, la montée sera-t-elle longue et le pourcentage élevé ? Nous verrons bien.

Donc sans idée précise de ce qui nous attend, nous quittons cette jolie ville de Thonon et nous engageons dans les gorges de la Dranse. Le temps est au beau, la température idéale pour pédaler et la circulation peu importante. Ce début de voyage sur une route à peine montante est très agréable. La rivière nous offre des points de vue superbes, bouillonnements d’eau au milieu desquels de gros cailloux mettent en exergue l’écoulement de l’onde, toute en courbes frangées d’écume, du plus bel effet.

Les Gets sont rapidement atteints, et sans difficulté notre vitesse moyenne frise les 20 km/h. Evelyne trouve que comme d’habitude je pars trop vite, mais je ne sais pas rouler doucement. Il faut toujours que je sois presque au maximum de mes possibilités. Je prends un peu d’avance, car je sais que les jours suivants dans les grandes pentes, alors que je donnerai le maximum, elle sera loin devant.

Après un pique-nique frugal à base de charcuterie, nous nous attablons à un bar en bordure de route, pour le café rituel que nous ne manquons jamais de boire en début d’après-midi. On prendrait presque des habitudes de vieux couple, en effet cela fait déjà cinq voyages à vélo que nous effectuons ensemble, Evelyne et moi. Je commande un expresso et elle sa traditionnelle noisette allongée. Un couple de cyclistes allemands s’arrête, nous les invitons à notre table et échangeons nos expériences de pédaleurs. La discussion passe des cols de la région à la magnifique descente du Danube, et de là, à la piste cyclable de l’Elbe, région sauvage et préservée. Ces rencontres au hasard des déplacements, au détour d’une pause café, font partie intégrante du voyage à vélo. Nous nous sentons bien avec nos interlocuteurs, mais le temps file. Malgré le grand plaisir de l’échange, nous prenons congé et continuons notre route. Le voyage c’est aussi une succession de rencontres et de séparations.

La petite ville de Taninges est vite atteinte. L’après-midi n’est pas très avancé, et nous poussons jusqu’à Cluses, qui n’est distante que d’une dizaine de kilomètres. Après une côte de deux ou trois kilomètres, nous arrivons à un point haut, d’où la vue porte sur la vallée située au sud. Cluses s’étale à nos pieds et nous n’avons qu’à nous laisser entraîner par la gravité à vive allure pour rejoindre l’hôtel de la gare qui nous fournira le gîte et le couvert pour notre première nuit. Cet hôtel de la gare, je le connais bien. En effet, il nous sert de point de chute habituel lorsque nous venons grimper dans la région.

Cluses, comme toutes ces villes de fond de vallée est enserrée entre des montagnes aux pans abrupts qui donnent au lieu un air austère, et cela d’autant plus le soir lorsque les rayons du soleil restent là-haut accrochés sur les crêtes et ne nous gratifient plus de leur douce chaleur.

Deuxième Jour : Cluses Beaufort 95 km

La nuit a été chahutée. Un orage violent a sévi de 1h à 3h du matin. De grandes quantités d’eau sont tombées. Le tonnerre et les éclairs nous ont gratifiés d’un spectacle sonore et lumineux de premier plan. On ne peut s’empêcher de penser que si le temps devait être mauvais, notre projet de traversée des Alpes serait radicalement compromis. A vélo les conditions météorologiques constituent un facteur déterminant, qui conditionne la réussite de l’entreprise. On garde constamment à l’esprit que nous sommes et restons soumis aux aléas du temps et aux coups de colère de la terre. On abandonne notre condition d’hommes appartenant à une civilisation qui ne regardent plus la planète, sûrs que la technologie nous permettra de passer outre les intempéries. Se soumettre à la merci des éléments nous remet à notre place d’êtres, vivant aux rythmes de la nature. Cela à mon avis donne un vrai sens au voyage et lui rend toute sa profondeur. J’imagine l’alpiniste qui scrute au matin l’état du ciel et les conditions de la paroi, le marin qui écoute le bulletin météorologique dans l’attente d’un éventuel avis de tempête, l’explorateur du pôle évaluant la violence du vent et le danger des basses températures.

Après un petit déjeuner copieux, nous équipons nos vélos et nous quittons la ville par de petites rues peu passantes et encore ruisselantes des fortes pluies de la nuit. Le pied du col de la Colombière est rapidement atteint. Il va constituer le premier gros « morceau » de notre étape, 1128 mètres de dénivelé pour 20 kilomètres. Tout commence dans les meilleures conditions. Nous montons dans une belle forêt encore toute humide qui nous distille sa fraîcheur, sur une route où le trafic est quasiment absent. Le village du Reposoir est dépassé et nous discernons sa jolie chartreuse fondée au XII siècle. Cependant, nous ne prenons pas le temps de nous y arrêter sachant que notre étape du jour sera longue et difficile, trois cols au programme. Cela me fait dire que le voyage à vélo n’est pas toujours le meilleur moyen de visiter. En effet, ce mode de déplacement lent, n’autorise pas souvent les arrêts pour satisfaire sa curiosité, car cela risquerait de compromettre l’objectif de la journée. On reste tendu sous la contrainte horaire, dans l’espoir d’arriver au terme de notre étape dans des délais horaires convenables. La recherche d’un hébergement selon les endroits n’étant pas toujours acquise, cela ne fait que renforcer notre volonté de ne pas arriver trop tard. Tout là-bas, nous discernons enfin le col, mais nous n’avons pas l’impression d’avancer. Une rampe immense à l’inclinaison importante nous force à des vitesses lentes. Evelyne prend de l’avance et je me traîne à six ou sept à l’heure. Enfin, je rejoins ce col que je convoite depuis un bon moment. Il est plus de 11 heures. Avec Evelyne nous nous regardons et restons quelque peu dubitatifs. Nous n’avons fait qu’une vingtaine de kilomètres et il nous reste deux cols à gravir pour une étape d’une centaine de kilomètres jusqu’à Beaufort. Aurions-nous présumé de nos forces ? Nous ne sommes pas loin de le penser. Mais je me souviens de certaines expériences, où tout démarrait mal ou trop lentement et comme par miracle au cours de la journée tout rentrait dans l’ordre et l’objectif était atteint contre toute attente. Donc, continuons et nous verrons bien. Avant de partir, un dernier coup d’œil me rappelle des expériences d’escalade sur les parois qui nous environnent. Sur ces falaises au-dessus de nous il y a quelques années j’ai reçu une pierre qui m’a entaillé l’arcade sourcilière. J’étais descendu au grand Bornand où l’on m’avait posé quelques points de suture. Surprise lorsque je vois le médecin, le portrait craché du ministre Barnier. Il s’agissait de son frère. Et puis aussi je pense à l’imposante Pointe Percée qui s’élançait derrière le village du Reposoir et barrait de sa masse imposante une vallée secondaire. Je l’avais gravie il y a quelques années. Elle présente une magnifique arête ouest de 450 mètres à l’escalade agréable et de difficulté raisonnable. Mais le jour de notre ascension l’automne était bien avancé et le haut de la paroi était en partie couvert de glace. Cependant la fine pellicule de verglas avait eu le bon goût de laisser quelques grattons bien placés, sur lesquels nous pouvions poser nos chaussons d’escalade. Cela nous a cependant procuré quelques émotions.

Il me faut arrêter de rêver sur les escalades du coin, car notre chemin est encore long et accidenté pour arriver à Beaufort. Tout d’abord une belle descente, dans un cadre magnifique de hautes parois calcaires blanches au pied desquelles de grandes prairies à l’herbe grasse et sombre, nous permet de faire remonter notre moyenne. Dans ces moments, inexorablement le moral remonte aussi. Nous atteignons la superbe station du Grand Bornand, où nous faisons quelques emplettes pour notre repas de midi. L’architecture est magnifique, de vastes chalets au bois sculpté et vernis, aux façades couvertes de fleurs multicolores parsèment les flancs de la vallée. Nous profitons de cette halte pour admirer la mairie superbement fleurie.

Rapidement, par une route au trafic dense, nous atteignons la Clusaz au pied du col des Aravis. Ce deuxième col, à la montée courte, sera vite grimpé. La foule des visiteurs est importante. Je contemple les falaises qui dominent ce lieu et me souviens y être venu faire de l’escalade il y bien une trentaine d’années. Mon Dieu que le temps passe vite !

La descente nous conduisant au pied du col des Saisies me semble infinie. Cela nous laisse envisager une dernière montée longue. En effet, elle se développe sur 17 kilomètres, mais nous ne souffrirons pas trop, car certains d’atteindre notre but de la journée. Comme quoi le moral est primordial et les jambes suivent presque toujours. Cela me rappelle l’une de mes connaissances et maître à penser, athlète hors normes qui a parcouru la terre entière à pied, en particulier les déserts les plus hostiles. Lors de sa traversée de l’Australie en courant, il s’était fixé des étapes journalières de cent kilomètres. Généralement il avait un coup au moral et donc de fatigue vers les 70 kilomètres. Il mobilisait sa volonté et surmontait à chaque fois sa faiblesse journalière. En me narrant cette expérience il me dit que s’il s’était fixé des étapes non de 100 kilomètres mais de 130, son passage à vide il l’aurait eu vers 100 et non à 70 kilomètres. Cette anecdote prouve bien toute l’importance de l’esprit et du mental dans de grands projets. Mais je ne vais pas comparer notre balade de 10 jours dans les Alpes à la traversée de l’Australie en courant ! Cependant, il ne faut pas la minimiser. Ayant traversé une bonne partie des Andes à vélo l’année dernière en passant de très nombreux cols au-dessus des 4000 mètres, je pensais me balader dans les Alpes. Je constate que ce n’est pas tout à fait le cas !

Revenons à la montée du col des Saisies et ses 17 kilomètres. Nous l’atteignons donc sans grande difficulté, du fait de la remontée en flèche de notre moral, et notre regard plonge enfin vers le magnifique village de Beaufort qui se blottit tout en bas dans la vallée au pied du premier gros obstacle de notre étape du lendemain, le Cormet de Roselend et ses 1200 mètres de dénivelé. Drôle de nom tout de même pour un col, dont j’ignore l’origine. Mais il représente un grand intérêt, le tour de France y est passé à dix reprises.

Une immense descente nous conduit à Beaufort. Enfin nous y sommes vers les 18 heures. Nous aurons cumulé aujourd’hui plus de 2400 mètres de dénivelé. Une fois au centre du bourg, nous constatons qu’Il y a manifestement encore beaucoup de monde en vacances en ce tout début septembre. Nous trouvons un hébergement dans l’hôtel du Grand Mont, tout heureux d’obtenir une chambre. De nombreux motards, surtout des Allemands y sont déjà installés.

Le nom de cet hôtel me rappelle mes débuts à ski de randonnée avec mon père alors que j’avais 12 ans, car le Grand Mont d’Arêches a été la première montagne que j’ai gravie skis aux pieds. Cette première expérience m’a enthousiasmé et de nombreuses autres sorties à peaux de phoque ont suivi. Ce sport représente à mes yeux, l’un des plus enivrants. En effet, pouvoir escalader de grandes montagnes enneigées fréquemment sans aucune trace, puis se lancer dans des descentes souvent raides où l’on se laisse guider à l’inspiration sur cet immense tapis blanc et vierge, représente une des plus belles communions que l’on puisse ressentir avec la nature. Outre la joie de ces descentes en neige vierge, le plaisir de l’effort à la montée, parfois durant de longues heures, les fonds de vallées s’éloignant et la cime des sommets environnants se rapprochant, fait naître une vraie symbiose avec ce milieu minéral hostile. Le plus incroyable, ces pics qui semblaient si hauts, si loin presque inatteignables, on finit par les dépasser et les regarder d’en haut. Oui ce plaisir contribue à faire de cette activité montagnarde l’une des plus belles. Cet effort, qui s’inscrit dans la durée, permet de ressentir son corps vivre. Cependant elle est particulièrement dangereuse, plus que l’escalade extrême. Le rocher est un matériau solide, la neige par contre est une substance fluide. Le risque d’avalanche est souvent présent avec tous les dangers que cela représente. L’expérience ne suffit pas toujours à se prémunir de ce danger de la mort blanche, et cela d’autant moins, que souvent des neiges poudreuses instables sont fabuleuses à skier ! Voilà je suis en plein dans mon voyage à vélo sur la piste de mon passé montagnard avec mon père. Le plus étonnant, cette première randonnée à ski, dont je me souviens avec précision, j’aurais eu de la difficulté à en situer le lieu sur une carte et tout naturellement le nom de cet hôtel me permet de la positionner avec précision. Cela fait quand même quarante six ans !

Troisième jour : Beaufort Val d’Isère 77km

Après une soirée gastronomique et une nuit paisible, nous sommes à même d’attaquer les vingt kilomètres qui nous conduiront au Cormet de Roselend. Alors que nous sortons de l’hôtel et préparons nos vélos, un couple d’Américains en fait de même. Ils se sont aussi lancés dans la traversée des Alpes, leur point de départ étant Genève. Après avoir fait quelques achats nous nous lançons dans la montée. Au début la route serpente le long d’un versant boisé. Nous gagnons rapidement de l’altitude et la vallée à nos pieds apparaît de plus en plus encaissée. Avec cette prise d’altitude rapide la perspective s’élargit et des sommets émergent, ce qui procure un vif plaisir. A l’arrivée sur le lac de Roselend, nous retrouvons le couple d’Américains. Tandis qu’ils continuent, nous nous arrêtons boire un café. De la terrasse, à laquelle nous sommes assis, nous surplombons le lac à la surface calme, sans une ride. La couleur de l’eau est presque irréelle, vert émeraude. De loin en loin, je distingue les ronds faits à la surface par les poissons, sans doute des truites, qui viennent pointer leur museau. Je resterais des heures à contempler ce spectacle. Comme quoi, contrairement à ce que je pensais, pas la peine de marcher des heures loin de toute présence humaine pour pouvoir s’absorber dans des spectacles de toute beauté. Mais il n’est pas question de trop s’attarder, car nous n’avons pas encore atteint notre premier col, et le plat de résistance nous attend dans l’après-midi.

Il nous reste exactement 363 mètres de dénivelé pour atteindre le Cormet. La forêt a disparu, cédant la place aux alpages d’altitude, à l’herbe rase et claire. Nous commençons par descendre légèrement. Dans les grandes montées on appréhende toujours le fait de descendre, car cela implique qu’il va falloir reprendre l’altitude perdue. On a un peu l’impression de monter deux fois. Mais cette redescente est de faible ampleur, elle nous permet cependant de parcourir un kilomètre à vive allure avant de reprendre notre vitesse d’escargot inférieure à dix à l’heure. Nous marquons une courte pause afin d’admirer la pittoresque église des Lanches, sur laquelle se dresse un joli clocher à deux cloches. Après un verrou aux lacets raides, le Mont Blanc se dévoile dans toute sa splendeur, sous un angle inhabituel. Nous laissons sur notre gauche le petit refuge du Plan de la Lai. Il me rappelle ma traversée de Chamonix à Nice à pied par le GR5, ce fut aussi une belle aventure. Je m’étais arrêté au refuge après un bivouac merveilleux vers le col du Bonhomme, et avais engouffré cafés et coca-cola avant de reprendre ma marche en direction de la vallée de la Tarentaise. Aujourd’hui encore nous allons rejoindre cette vallée de la Tarentaise, mais par la route. Le cyclotourisme est à mon sens plus facile que la randonnée à pied au long cours. En effet, le mouvement uniforme qu’imprime le vélo est moins traumatisant que celui plus chaotique qu’engendre la marche et la répétition des chocs occasionnés par les semelles de chaussure qui frappent à chaque instant le sol.

Encore quelques kilomètres de route à l’inclinaison modérée à travers de grands espaces et nous atteignons le Cormet de Roselend, l’un des passages clef de notre itinéraire. De nombreuses personnes s’y pressent, montées en voiture ou à moto. Il y a aussi deux cyclistes allemands qui attendent leur camarade un peu moins rapide. Ils effectuent un périple à vélo depuis Albertville. Ils sont plus courageux que nous, car ils campent. Ils nous racontent leur nuit d’avant-hier sous des trombes d’eau. Nous n’éprouvons aucune honte de chercher tous les soirs un toit en dur, en nous souvenant de l’orage que nous avons subi à Cluses. Nous cédons avec plaisir au rite de la photo sous le panneau mentionnant le nom du col et son altitude. Il ne fait pas très chaud à près de deux mille mètres d’altitude et nous nous lançons dans une descente de vingt kilomètres. Comme d’habitude, les rôles sont inversés je disparais dans le lointain, alors qu’à la montée c’est Evelyne qui s’envole.

Que de plaisir dans ces grandes descentes sur ces routes aériennes, où le panorama s’hérisse de pics et de parois jusqu’à l’infini. Mon ravissement oscille entre recherche de vitesse et spectacle de la montagne. Mais ces deux activités ne font pas la paire. Il ne faut pas grand-chose pour déstabiliser un vélo, et une chute à grande vitesse sur ces routes escarpées signifierait dans le meilleur des cas l’abandon de notre projet avant son terme.

Vers les treize heures nous atteignons Bourg-Saint-Maurice. Les fonds de vallée ne sont pas très agréables, froids le matin et accablés de chaleur vers la mi-journée, comme c’est le cas aujourd’hui. La circulation sur l’axe qui monte vers Val d’Isère est intense. Nous faisons quelques achats dans un supermarché, afin de nous sustenter en vue d’attaquer la grande rampe qui va nous conduire vers le barrage de Tignes. Cette partie de l’itinéraire, nous la redoutons quelque peu, car tout le monde nous en a décrit l’inintérêt et le danger, en particulier à cause des tunnels peu éclairés. A ce sujet, je me souviens de mes expériences à moto lorsque j’avais moins de vingt ans. Je faisais partie de ces privilégiés dont le père passait toutes les envies. De ce fait dès mes seize ans je me suis retrouvé à chevaucher l’un des bolides les plus rapides de l’époque, une T500 Suzuki. Eh oui à l’époque le permis moto toutes catégories était fixé à 16 ans. Ce qui indéniablement était une erreur, mais voilà cela m’a permis de connaître mes premiers accidents très jeune, et plus tristement de voir mourir un certain nombre de camarades. Dans les années 70 de grosses concentrations de motos avaient lieu, et l’une des plus célèbres se déroulait à Val d’Isère aux environs du 14 juillet. Nous convergions par milliers en roulant comme des fous. Bien souvent des motards arrivant comme des bolides à l’entrée des tunnels pas éclairés et mal pavés, perdaient toutes références et percutaient les parois et dans le meilleur des cas sortaient à pied. Je me souviens avoir vu des gendarmes à l’entrée de ces fameux tunnels debout au milieu de la chaussée faisant de grands gestes pour obliger tous ces fous à ralentir, afin de leur éviter d’aller s’écraser un peu plus loin dans le noir. C’était une autre époque. Mais l’idée de m’enfoncer aujourd’hui dans ces tunnels à vélo m’inquiète un peu. Cependant contre toute attente, je vais les trouver sûrs, bien éclairés, voire ajourés et au goudron sans reproche. Ils n’ont plus rien à voir avec ceux que j’ai connus dans les années 70.

Fort de ces souvenirs vieux d’une quarantaine d’années, dans la chaleur de l’après-midi nous attaquons ces vingt cinq kilomètres qui nous mèneront au lac de Tignes. La circulation est intense, voitures, motos et camions. Mais pourquoi ces derniers sont-ils aussi nombreux? Peut-être des travaux importants à effectuer avant que la saison de ski ne commence?

Cette longue rampe est cependant assez ennuyeuse comme on nous l’avait prédit. Nous ne voyons pas les montagnes au-dessus. Nous sommes enserrés dans cette vallée, comme prisonniers des flancs abrupts et des arbres. Le temps finit par nous sembler long dans la chaleur et le bruit. Enfin, nous voyons apparaître le barrage. Nous l’atteignons et cherchons un logement à Tignes le Lac, mais sans succès. Nous nous dirigeons donc vers Val d’Isère, et là à l’entrée de la station en bout de lac nous trouvons un hôtel qui nous hébergera. La vue y est magnifique sur le plan d’eau.

Quatrième jour : Val d’Isère Modane 82 km

Ce jour nous nous réveillons en ayant à l’esprit que nous allons gravir le plus haut col d’Europe à 2770 mètres. Une certaine émulation nous anime. Depuis Bourg-Saint-Maurice jusqu’au col la carte indique cinquante kilomètres, cela correspond à un kilométrage que l’on rencontre dans les côtes des Andes au Pérou. Hier nous en avons effectué plus de la moitié, aujourd’hui l’effort ne devrait pas être trop long et difficile. Nous traversons Val d’Isère, station de sport d’hiver très étendue qui dans ce matin du mois de septembre est presque déserte.

Après avoir quitté la station de ski, nous roulons jusqu’au fond d’un vallon avant d’attaquer le haut pan de montagne qui nous conduit au col. L’extrémité de cette combe me rappelle de nombreuses randonnées à pied ou à ski, entre autre la pointe de la Galise ou la Tsanteleina, magnifique sommet qui culmine à plus de 3600 mètres. Je me souviens l’avoir gravie par sa face nord avec des chasseurs alpins. Le chef du détachement, le colonel commandant le régiment du coin, n’était pas un rigolo, dès que nous parlions entre nous il nous faisait des remarques. Nous, jeunes élèves officiers de l’armée de l’air nous avions du mal à réfréner notre fou rire. Heureusement de nuit il ne pouvait pas voir que nous riions comme des bossus tout en silence. Mais cette course glaciaire d’inclinaison modérée fut très agréable. Une fois au sommet, le colonel des chasseurs alpins s’était radouci, ayant constaté que nous n’étions pas plus mauvais qu’eux. En effet, au milieu du couloir qui conduisait à la cime, l’un d’entre nous avait pris la tête des cordées, traçant dans une neige profonde, et avait accompli ce labeur jusqu’au sommet.

Il y a de nombreuses années que je ne suis pas revenu dans ce coin en été. Que les glaciers ont rétréci depuis cette lointaine époque, pour laisser la place à des champs de caillasses. Cette montée de l’Iseran à vélo est raide, mais heureusement la température est idéale. Les derniers kilomètres sont traîtres, car sous des apparences faciles ils flirtent avec les dix pour cent. Enfin nous y sommes. Nous arrivons à l’un de ces points clefs de la célèbre route des Grandes Alpes. L’affluence y est nombreuse, beaucoup de motards allemands. L’un d’entre eux nous prend en photo au pied du panneau du col qui affiche 2770 mètres. Un automobiliste sans carte me demande quelques renseignements et il est tout heureux que je lui prête la mienne, afin qu’il décide de son itinéraire de retour. Nous sommes bien avancés dans notre voyage, et avons vraiment la sensation d’être au cœur du sujet. Le temps semble se voiler. Il a tenu jusqu’à présent. Je ne me serais pas vu passer l’Iseran dans le mauvais temps. Heureusement nous y échappons pour le moment, mais cela risque de ne pas durer.

Nous profitons cependant du spectacle. A l’est je reconnais des sommets que j’ai gravis, entre autres la Lévana Occidentale, l’Albaron et puis un sommet que j’ai toujours voulu grimper le Charbonnel. En un déroulé du panorama, de nombreuses années de ma vie défilent. Je me souviens d’une montée au refuge de la Lévana avec mon père par mauvais temps. Nous nous étions perdus dans la nuit, et la neige tombait à gros flocons. Il avait fait une chute dans un trou, et je l’avais aidé à sortir en lui prenant son matériel. Vu mon jeune âge j’avais été impressionné, mais sans doute n’avions nous cherché notre chemin que quelques minutes et le trou n’était pas très gros.

Nous reprenons notre route à vélo et nous lançons dans la descente sur Bonneval-sur-Arc. Ce versant de l’Iseran est splendide et austère, de grandes pentes raides à l’herbe rase. Je prends un immense plaisir à foncer, je double même des voitures. Je n’aurais jamais imaginé que le vélo puisse susciter un tel plaisir, d’une part dans l’effort à la montée et d’autre part dans la griserie de la vitesse à la descente. Mais attention, un vélo, surtout avec des sacoches, ce n’est pas une moto et l’adhérence des pneus de faible section reste limitée, donc prudence. De plus le temps de réaction des freins est particulièrement lent, l’ensemble de l’équipage pèse plus de cent kilogrammes. Je suis toujours étonné que les patins en caoutchouc tiennent le coup sur ces longues distances. En effet, sur cette traversée des Alpes, nous effectuons plusieurs centaines de kilomètres en descente, ce qui sollicite fortement les freins. Evelyne, dans l’avant dernière étape, aura quelques ennuis de ce côté, mais un réparateur de vélo en Vésubie y mettra bon ordre.

Une fois à Bonneval, la route continue à descendre mais la pente est plus douce. Nous nous trouvons au fond de la très longue vallée de la Maurienne, que nous allons suivre jusqu’à Saint-Jean-de-Maurienne. Le temps se couvre de plus en plus. Un vent fort se lève mais ne nous gêne pas trop. Nous sommes déjà contents d’avoir passé l’Iseran sans pluie. Vers treize heures un restaurant à Lanslebourg est le bienvenu. Au moment de le quitter nous devons nous faire violence, car le temps se dégrade rapidement. Nous décidons de pousser au moins jusqu’à Modane. Que cette vallée est austère lorsque le mauvais temps s’y installe. Les pompiers nous doublent. Nous les rejoignons quelques kilomètres plus loin. Ils interviennent sur un accident dans lequel est impliqué un cyclotouriste. Il n’a pas l’air trop atteint. Cela nous rappelle qu’avec nos vélos nous sommes très vulnérables. La pluie arrive. Très vite il tombe des trombes. Une véritable pellicule d’eau recouvre la route. Il fait sombre, dans ces conditions on réalise que le cycliste est en posture précaire. La route descend et nous avons tendance à accélérer pour abréger cette situation désagréable d’être soumis à de fortes intempéries sur une route passante. La ville de Modane apparaît. Qu’elle est triste par ce temps! Son immense gare en plein centre donne un aspect lugubre au coin. Nous trouvons rapidement un hôtel sympathique et nous y installons et commençons par prendre une bonne douche et nous changer. Nous irons ensuite flâner au centre ville. Une librairie bien achalandée nous permet de passer un moment agréable.

Nous espérons que le temps demain s’améliorera. En effet, un gros « morceau » nous attend, le Télégraphe et le Galibier. Ce dernier col, il n’est pas question de le passer par mauvais temps, car on louperait l’un des plus beaux spectacles de montagne, lorsqu’on découvre l’Oisans qui se développe au sud avec ses fantastiques montagnes que sont la Meije, les Ecrins, le Râteau et bien d’autres. Nous verrons bien au lever demain matin. Cette incertitude liée aux conditions météorologiques fait partie intégrante du voyage à vélo. C’est l’un des éléments qui nous donnent l’impression d’être très loin. Dans notre monde sophistiqué aux moyens de déplacement multiples et souvent très rapides, la planète perd ses dimensions, et le voyage à vélo ou à pied les lui rend. On a l’impression d’être des explorateurs lorsqu’on ressent cette sensation de loin et cette envie d’engagement. J’en conviens, cela est très relatif, car il s’agit de l’exploration d’une route goudronnée et de plus la gare est devant nous et en quelques heures nous pouvons être à Lyon !

Cinquième jour : Modane Valloire 35 km

Au matin le temps ne semble pas terrible, bien qu’il ne pleuve pas. Nous voyons cette ville sous son mauvais jour. Je me souviens y avoir campé lors d’une traversée des Alpes à pied. Toute la nuit il avait plu et je m’étais réveillé dans une mare ! Aujourd’hui nous n’en sommes pas là, mais le mauvais temps me fait plus peur à vélo qu’à pied, bien que la marche sous des trombes d’eau ne soit pas particulièrement agréable. Mais sur les chemins on n’est pas à la merci des dangers de la route.

Nous enfourchons nos montures par un temps bas, lugubre et humide. L’Arc charrie des tonnes d’alluvions dans ses eaux boueuses, qui semblent épaisses un peu à la manière d’une pâte liquide. Jusqu’à Saint-Michel-de-Maurienne la route descend et nous effectuons cette première partie d’étape à vive allure. Une fois Saint Michel atteint, le col du Télégraphe déroule devant nous ses grands virages qui partent à l’assaut de la montagne. Quelle n’est pas notre surprise de nous trouver au milieu d’une foule de vélos ! En effet, 2500 Belges se sont donné rendez-vous dans le cadre d’une manifestation à but caritatif pour la recherche médicale. Nous commençons à nous faire du souci, car avec tous ces cyclistes allons-nous trouver un hôtel à Valloire? D’autant plus que le temps se dégrade et la pluie fait son apparition. Cette montée fait une dizaine de kilomètres, 11,8 exactement, pour un dénivelé de 856 mètres, une pente moyenne de 7,3% et une pente maximale de 9,7%. Il culmine à 1566 mètres. Voilà, je vous ai tout dit. La pluie s’accélère, nous faisons néanmoins la halte traditionnelle au col pour la fameuse photo sous le panneau indicateur. Nous engageons la conversation avec quelques cyclistes. Ils sont venus de Belgique pour trois jours seulement le temps de gravir ces deux cols mythiques le Télégraphe et le Galibier. Ils nous apprennent que le gros de la foule est passé hier, ce qui nous laisse quelques chances de logement. C’est trempés que nous arrivons à Valloire. Il n’est pas question d’envisager de passer le Galibier par ce temps. Nous nous mettons à la recherche d’une chambre, que nous finirons par trouver. Ouf! Par ce temps il n’était pas question de rester dehors sans matériel de camping.

Il n’est que midi, cet après-midi de repos sera le bienvenu. La montée des deux cols dans la foulée doit être difficile avec nos vélos chargés. Dans le fond la pluie est presque une bénédiction, qui nous enlève toute culpabilité de céder à la facilité d’une étape courte. Le soir nous aurons quelques difficultés à trouver un restaurant qui nous accepte, car les hordes des jours précédents ont tout dévalisé, et la station attendait la fin de cet événement pour fermer ce soir, donc ils n’ont plus rien à proposer à manger! Cette recherche nous la faisons sous de véritables trombes et une fois de plus nous finissons par trouver. Il était temps car nous sommes trempés jusqu’aux os. La soirée sera très agréable avec une bande de Belges qui se sont attardés un soir de plus avant de rentrer au pays. En fin de repas un coup de tonnerre terrible fait sauter l’électricité dans toute la station. Le repas se finira aux bougies et le retour à notre hôtel au radar dans des rues noires transformées en étang!

Sixième jour : Valloire le Laus 71 km

Ce matin le temps est assez beau, il ne pleuvra pas, bien que quelques bancs de brouillard traînent aux flancs des montagnes. Rien d’étonnant car il faut bien évacuer toute l’humidité que les fortes précipitations de la veille ont générée. Aujourd’hui encore cette étape représente un symbole pour les cyclistes. Je me souviens de l’étape du tour de France dans le Galibier cette année. Nous étions dans une petite ville du centre de la France et notre télévision ne marchait pas. Nous avons cherché au pas de course un bar afin de regarder cet événement d’anthologie. Le temps était magnifique et les vues d’hélicoptère époustouflantes. Voilà les souvenirs qui me viennent à l’esprit au moment de quitter Valloire. Afin d’atteindre le col qui culmine à 2645 mètres, il nous faut parcourir 18 kilomètres avec des passages à 12% et une pente moyenne de 7%, le dénivelé dépassant les 1200 mètres. Au début, la route remonte un vallon austère dépourvu d’arbres, puis par des lacets raides elle attaque la montagne. L’effort ne faiblira pas jusqu’au bout. De temps à autre la vue est limitée par des passages de brume. Dans un virage quelques kilomètres avant l’arrivée nous passons devant le monument à la mémoire de Pantani, ce grand coureur mort dans la déchéance.

Au col le ciel reste partiellement couvert, les grands sommets de l’Oisans ne se dévoilent qu’en partie. Nous distinguons entre les nuages les vastes pans de neige et de glace de la face nord des Ecrins, pic de plus de 4000 mètres, qui a donné son nom au massif. Très longtemps on avait cru que le point culminant de la région était le Pelvoux, car il est plus visible de la vallée. Malheureusement les fabuleuses faces nord de la Meije et du Râteau restent cachées. Des noms de grands alpinistes pionniers de ces parois me viennent à l’esprit, le père Gaspard pour la Meije et Victor Chaud, grand guide qui s’est tué lors de la première répétition de la face nord du Râteau, face rébarbative souvent verglacée, très raide et en mauvais rocher. Nous pouvons cependant voir une partie des arêtes de la Meije, jusqu’au doigt de Dieu. Ces montagnes me rappellent une multitude de souvenirs, de ski et de randonnée avec mon père et d’escalades de grande ampleur avec des camarades. Mais cette arête de la Meije me fait systématiquement penser à l’histoire que je vais vous relater : au cours d’un dîner, je discutais avec un gendarme qui avait été durant une partie de sa carrière affecté au secours en montagne en Oisans. Un jour, il est appelé pour le sauvetage d’une personne accrochée en haut des arêtes sur le versant regardant la Bérarde. La paroi est très raide et haute de 800 mètres. Le sauvetage s’avère délicat, et quelle est la surprise du pilote de constater qu’il s’agit d’un parapentiste pendu en pleine paroi, retenu par son parachute à des aspérités par très loin du faîte de l’arête. Le sauvetage se passe bien. De toute évidence l’accidenté avait commis une faute en sautant vers la Bérarde alors que le vent venait de l’ouest, ce qui l’exposait aux rabattants, qui l’ont effectivement plaqué à la paroi. Il pouvait s’estimer heureux de s’en tirer vivant. L’année suivante, notre gendarme est appelé pour un sauvetage similaire au même endroit. Effectivement, il secoure un individu pendu dans les mêmes conditions au même endroit. Quelle n’a pas été la surprise de ce capitaine de gendarmerie quand il a reconnu l’individu qu’il était déjà allé chercher une première fois l’année précédente! Le parapentiste, peut-être suicidaire, mais qui venait de se louper pour la seconde fois, a eu droit à une sacrée remontée de bretelles, réitérer la même faute grossière, décoller le vent dans le dos, les sauveteurs n’ont pas apprécié.

Au sommet de notre col, pas de soleil, un petit vent frais n’encourage pas à prolonger l’arrêt. Nous nous habillons, mettons des gants et nous lançons sans traîner dans la descente. Rapidement l’atmosphère se réchauffe. En effet, nous basculons vers les Alpes du sud. Notre itinéraire passe au col du Lautaret quelques 600 mètres plus bas. De là nous allons nous laisser glisser vers Briançon et la chaleur retrouvée. Sur notre gauche le massif des Cerces nous permet d’admirer dans le beau temps retrouvé une multitude de belles parois d’escalade, qui me rappellent bien des moments de grande intensité. Au niveau de Serre-Chevalier nous casse-croûtons d’un morceau de pain et de saucisson et repartons vers Briançon à la recherche d’un bistrot pour le traditionnel café de mi-journée. Nous le trouvons au pied du col de l’Izoard en pleine ville. Moment de détente que nous savourons après cette matinée de plaisir et d’effort dans le Galibier.

Cet après-midi le ciel est bleu. La côte en direction du col de l’Izoard, après un raidillon à la sortie de la ville, s’atténue, nous pédalons avec facilité. L’obstacle est cependant de taille 20 kilomètres pour 1185 mètres de dénivelé. L’entrée dans le Queyras est très accueillante. L’ambiance dans cette montée est très différence de ce que nous avons connu ce matin le long de la route du Galibier. La rivière la Cerveyrette, aux eaux claires en contrebas dans les gorges, court sur ses plages de galets. On est loin des eaux tourmentées et boueuses de l’Arc. Manifestement ici il n’a pas plu. L’air est limpide et de grandes parois au calcaire lumineux s’élèvent tout autour de nous au dessus des forêts de mélèzes. Les massifs français ont chacun leur particularité, ce qui fait tout le charme des Alpes. Nous passons le joli village de Cervières et rejoignons rapidement le hameau du Laus et son sympathique gîte. Nous y passons une soirée plaisante dans un cadre pittoresque et montagnard.

Septième jour : Le Laus Jausiers 86 km

Encore une fois la nuit fut agréable. Cela tient aussi au fait de la nouveauté renouvelée chaque jour. C’est toujours avec curiosité que nous découvrons le lieu qui va nous accueillir pour la nuit. Ce gîte est particulièrement bien placé à sept kilomètres du sommet du col de l’Izoard. Cette nuit il a fait froid, car par endroits des plaques de givre ponctuent les prairies. L’air ce matin est immobile dans un ciel bleu intense. Toutes les conditions sont réunies pour que nous passions une excellente journée sur nos machines. Au programme se trouvent deux cols l’Izoard et Vars. Le premier dans cet air vif du matin sera vite atteint. Nous y jouissons d’un décor de belles montagnes aux sommets pointus, qui s’élèvent au dessus des forêts. A cette heure matinale encore peu de monde, les motards et les automobilistes se lèvent plus tard que nous, car ils mettent beaucoup moins de temps pour rejoindre ces lieux haut perchés. Mais sans doute éprouvent-ils aussi moins de plaisir et n’ont pas le temps de rentrer en harmonie avec ces régions d’altitude, alors que le silence de notre mode de déplacement nous permet de rentrer en communion avec la faune et la flore. La lenteur et l’effort physique nous font éprouver une forme de victoire longtemps désirée puis obtenue après un combat mené à la force de nos muscles. Toujours la même sensation de plaisir lorsque le point le plus haut d’un col est atteint, on cherche le panneau pour la traditionnelle photo. Au col de l’Izoard, il se trouve juché en haut d’une colonne massive en pierre et affiche 2361 mètres d’altitude.

La redescente sur l’autre versant vers la vallée du Guil est de toute beauté. La route épouse les accidents du relief en larges méandres dans de grandes zones minérales aux couleurs multiples. De vastes pierriers nous entourent de toutes parts et tout là-bas à mi-distance du fond de la vallée sur un replat, nous distinguons les villages de Brunissard et d’Arvieux, au milieu de prairies bien vertes, qui tranchent avec le monde pierreux qui les domine. Dans ce dernier village nous doublons trois randonneuses au pas alerte. Nous engageons la conversation, elles sont parties pour une balade de plusieurs jours sur le GR5. Cela me rappelle ma randonnée sur cet itinéraire il y a maintenant quelques années. J’avais bivouaqué au col des Ayes vers 2300 mètres sous des trombes et au matin, le miracle du beau temps s’était produit, et m’avait accueilli au sortir de la tente avec un spectacle de toute beauté qui s’étalait à l’ouest loin vers l’Oisans et ses grands sommets et au sud au-delà du Queyras et ses montagnes, qui comme le pic de la Font Sanct ont une belle prestance.

Arvieux, dernier village avant de plonger dans les gorges du Guil. Sur notre gauche en amont se trouve la fameuse citadelle de Château-Queyras. Nous n’irons pas car nous partons à droite vers l’aval en direction de Guillestre. La citadelle est magnifique à découvrir lorsqu’on arrive par le GR5. Au détour d’un repli de terrain en pleine forêt d’un coup elle apparaît sans préavis. On reste bouche bée, en découvrant en contrebas cette immense bâtisse que l’on surplombe, au point de presque se croire à bord d’un avion, tellement on la domine.

Mais voilà le vélo ne permet pas ce point de vue. Nous nous enfonçons vers l’ouest dans des gorges profondes, bordées de hautes falaises. La rivière, presque un torrent s’écoule toute frangée d’écume. Après une dizaine de kilomètres dans ce décor de toute beauté, la route est barrée totalement, au point qu’avec avec nos vélos nous ne pouvons pas nous faufiler. Une déviation escalade le bord gauche de la vallée, empruntant une minuscule route qui se glisse à travers les falaises. Cette chaussée est très étroite et le croisement des véhicules est difficile, voire impossible par endroits. Cet itinéraire de déviation au goudron en mauvais état a des petits airs de chemin andin, j’adore. Cependant la montée est raide et cela rajoute quelques kilomètres à l’étape. Nous doublons un jeune Anglais, sac et piolet au dos. Intrigué, je lui demande d’où il vient. Il m’explique qu’il est engagé dans une traversée de Nice à Chamonix sur une durée de six semaines et qu’il suit son propre itinéraire. Il est en train de rejoindre l’Oisans qu’il compte parcourir avant de reprendre sa route vers Chamonix. La chaussée est si étroite, qu’un cycliste et un piéton tassés en bordure du vide s’attirent des remarques d’un automobiliste qui considère que nous encombrons le passage en stationnant à cet endroit. Mais mon Anglais je n’ai pas choisi l’endroit où le doubler !

Après ce détour pittoresque, nous faisons une halte à Guillestre le temps de se ravitailler. A midi nous nous engageons dans la longue mont��e du col de Vars. Elle s’étire sur vingt kilomètres et 1185 mètres de dénivelé. Le démarrage est difficile dans la chaleur. Les premières épingles nous permettent de regarder vers le nord ouest en direction de l’Oisans. La silhouette caractéristique de la longue arête de l’un des plus beaux groupes de montagnes se laisse contempler. Il s’agit du Pelvoux, du Pic Sans Nom et d’Ailefroide, ces montagnes m’ont toujours fait rêver et je n’ai jamais gravi l’une d’elle. Il n’est jamais trop tard, sait-on jamais? Un cycliste nous rattrape et nous donne quelques détails sur le reste du parcours jusqu’au col, puis sur son vélo de course il s’envole. Après une première partie de huit kilomètres soutenue, l’inclinaison baisse et nous distinguons le col tout là-bas au fond d’un grand vallon qui en finale se relève. Dans un champ nous faisons notre pause de midi. Il fait bon, l’herbe est tendre, nous avons vraiment retrouvé le climat méditerranéen. Nous reprenons notre route pour quelques kilomètres le temps de trouver le bar pour notre café de la demi-journée. A Sainte-Marie une terrasse agréable nous accueille. Elle est en grande partie peuplée de motards allemands. Le nombre de motos que nous croisons ou qui nous doublent est impressionnant, plus d’une centaine par jour. La fin du parcours présente quelques difficultés. Le passage des Claux est très raide supérieur à dix pour cent, dans un village qui n’en finit plus. Cela me rappelle un autre village au fond des Tatras slovaques, ou nous avions parcouru huit kilomètres très raides entre deux rangées de maisons avant de retrouver de grandes forêts désertes. La traversée des Claux est beaucoup plus courte mais demande aussi des efforts.

Le col est atteint. Son altitude est somme toute modeste, 2209 mètres, comparativement aux précédents. Mais ces vingt kilomètres de montée nous laisseront des souvenirs. Nous discutons avec un couple en tandem, lancé lui aussi dans une traversée des Alpes.

La descente sur l’Ubaye est magnifique. Le Brec de Chambeyron, avec sa silhouette de volcan tronqué trône du haut de ses 3411 mètres. Il y a deux mois j’ai passé dans les environs de cette montagne une semaine à grimper de belles parois désertes, présentant pourtant un rocher d’une qualité extraordinaire. L’escalade c’est comme le reste, il y a les lieux à la mode et les autres. Manifestement les parois de l’Ubaye ne sont pas touchées actuellement par le phénomène, et durant cette semaine nous nous en sommes félicités. Par contre nous ne pouvons pas en dire autant de la route des Grandes Alpes, particulièrement en vogue auprès des automobilistes et des motards. Nous rencontrerons cependant peu de cyclotouristes. Nous dépassons le joli village de Saint Paul en Ubaye. Très loin au pied du Brec de Chambeyron je vois le village de Fouillouse, et un peu plus bas son incroyable pont en arche qui franchit un gouffre de plus d’une centaine de mètres de profondeur. Vers les seize heures nous touchons au but de la journée, Jausiers, petit village au pied du col de Restefond la Bonnette culminant à 2715 mètres d’altitude et totalisant 1500 mètres de dénivelé.

Huitième jour : Jausiers Saint Sauveur de Tinée 81 km

Ce petit hôtel où nous sommes descendus, je le connaissais pour y avoir dormi lors d’une virée d’escalade dans la région. La patronne est très agréable et nous parle de la vie locale. En particulier elle nous révèle, et cela ne nous surprend pas, que les motards de passage font significativement monter le chiffre d’affaire.

Après un petit déjeuner copieux nous nous préparons pour la grosse étape du col de Restefond, 24 kilomètres. Ils se déroulent tout le long d’un gigantesque pan de montagne pelée. A notre vitesse lente nous allons mettre pas loin de quatre heures pour arriver à ce passage entre Ubaye et Tinée. Le ciel est clément, la forme est bonne. Le panorama qui s’élargit à chaque tour de pédalier, nous permet de pleinement profiter de ce moment. Ce qui pourrait être un calvaire se transforme en pur bonheur. La fin du parcours est particulièrement austère, le sol constitué d’une caillasse grise, couleur ardoise, donne au paysage une note de dureté et de froideur. Un vent modéré souffle, ce qui renforce cette sensation de nature sauvage. Au col, même pas un panneau. Nous n’irons pas jusqu’au point 2802 mètres, effectuer la boucle de 1600 mètres autour du sommet, bien qu’il s’agisse de la route la plus haute d’Europe.

Devant nous s’ouvre la vallée de la Tinée. Nous sentons que le terme de notre voyage se rapproche. Cette vallée qui débute, si nous la suivions, elle nous conduirait directement à Nice en une centaine de kilomètres. Mais notre itinéraire comporte encore deux cols. Nous allons suivre la vallée de la Tinée jusqu’à Saint Sauveur et de là nous rejoindrons la Vésubie.

Après une magnifique descente nous nous arrêtons à Saint-Etienne de Tinée, pour déjeuner. Il nous reste une trentaine de kilomètres pour rejoindre Saint Sauveur. La route descend le long de cette profonde vallée. Au sortir de la ville nous rencontrons un couple de cyclistes italiens à la recherche d’un hébergement pour la nuit. La femme semble assez énervée du fait de ne rien trouver. En effet, ils ont poussé jusqu’à Isola, mais en intersaison, ils sont arrivés dans une ville morte. J’adore entendre cette italienne parler sur son ton haut perché, appuyant sur l’accent tonique. Je ne puis m’empêcher de lui dire « l’italiano e la piu bella lingua d’el mondo ». Je ne suis pas sûr que ce soit de l’italien bien correct, mais elle comprend.

Suite à cet intermède rigolo, nous reprenons notre route, qui parfois suit une piste cyclable très agréable. Enfin nous arrivons et le gîte municipal est ouvert. Nous nous installons et ce soir nous serons sept dans ce dortoir. Un couple d’Allemands, un Suisse et deux ouvriers travaillant sur un chantier de percement de tunnel près du village qui nous domine, Roure. L’un des occupants a manifestement des problèmes d’odeur de pieds et nous en fera largement et généreusement profiter! Le village est plein de chats pas farouches qui se laissent caresser, ce qui me ravit. Le couple d’Allemands accepte une invitation au restaurant du village et nous passerons un très agréable moment, ce qui entre autre me donnera l’occasion d’utiliser leur langue, que j’aime beaucoup.

Neuvième jour : Saint-Sauveur-de-Tinée col de Turini 61 km

Cetteétapedansles Alpes maritimes va être d’une grande beauté. Nous pensions qu’après avoir gravi les cols les plus hauts des Alpes, dans ce département nous aurions des pentes moins longues et des décors moins grandioses. Il n’en est rien, de plus les villages prennent des airs de hameaux corses nichés dans des pentes incroyables ou cachés dans des creux secrets.

De Saint-Sauveur nous descendons durant quelques kilomètres les gorges de la Tinée. Puis sur la gauche, une petite route escalade la pente raide et rejoint un vallon de toute beauté, qui s’élève rapidement au-dessus de la Tinée. Nous allons monter 17 kilomètres pour un peu plus de 1000 mètres de dénivelé. Arrivés au col, contrairement aux jours précédents, il n’y a pas grand monde. Cependant, il y a une petite boutique de vélos, et Evelyne trouve des patins de frein, car elle commence à freiner sur la ferraille. Nous descendons sur Saint-Martin-de-Vésubie. Il y a bien longtemps, je venais assez souvent dans les montagnes des environs, en particulier la Gougourde, magnifique paroi granitique de 400 mètres de haut, que parcourent de nombreuses voies d’escalade magnifiques. Les bouquetins y étaient nombreux et pas craintifs du tout. Ils venaient même tout près lorsque nous mangions au pied de la paroi dans l’espoir qu’on leur donne un quignon de pain. Je me souviens les avoir vus, dans des postures incroyables en pleine paroi. L’un d’entre eux a disparu au sommet et lorsque nous y sommes arrivés nous avons du mettre un rappel long et raide pour descendre. Je n’en revenais pas qu’il soit passé par là. Depuis nous les avons vus faire des acrobaties encore pires. Leurs sabots sont de véritables ventouses.

Donc, nous arrivons à Saint Martin, jolie petite station de montagne. Nous casse-croûtons sur la place centrale à l’ombre de grands platanes. Il fait chaud, l’ambiance est vraiment méridionale. Puis nous allons prendre un café dans le coin des rues commerçantes, vraiment très jolies. Nous nous y sentons très bien. Je regrette presque qu’il ne soit que une heure de l’après-midi, car je me serais bien arrêté passer la nuit dans ce coin charmant. Mais non l’appel de la route est le plus fort. Rapidement nous rejoignons Roquebillière et peu après sur la gauche l’embranchement du col de Turini se présente et nous quittons la vallée de la Vésubie. Il fait chaud, la pente est rude. Nous arrivons dans le magnifique village de la Bollène-Vésubie. Nous n’y résistons pas, nous nous arrêtons dans un café, où manifestement le patron cultive l’art de vivre. D’ailleurs son chien de toute évidence a la même philosophie de vie. Nous attendons que le soleil tape un peu moins puis nous repartons dans cette longue montée. La route est une incroyable succession de virages en épingles. Nous surplombons le village où nous avons fait halte. Nous réalisons qu’il est comme posé au sommet d’une colline entre vallée et montagne. Il me fait penser à ces villages corses, qui se sont établis dans les endroits les plus invraisemblables. Cette route ne cesse de nous étonner par son profil. Du haut, ce n’est qu’une suite de virages qui escaladent un pan de montagne raide. Le trafic n’est pas intense, surtout des motards allemands. Certains nous doublent, d’autres nous croisent. Pour les premiers c’est presque la fin de cette chevauchée fantastique par les plus hauts cols des Alpes, et pour les seconds ce n’est que le début. Un fou au volant d’un coupé Mercedes nous double sans précaution. Evelyne lui fait signe de ralentir. Il lui répond par un geste obscène. Avons-nous à faire à une petite frappe locale ou à un grand voyou niçois? Il ne nous a pas renversés, donc ce n’est pas grave. Ne nous laissons pas aller à des idées sombres sur nos congénères. Les derniers kilomètres sont éprouvants. Dans ces cas là, on a l’impression de ne jamais en finir. Puis d’un coup le col surgit. Il est très particulier, carrefour de plusieurs routes au milieu des arbres. Autre caractéristique, il y a trois hôtels, sensation étrange, mais le lieu est immédiatement sympathique, on a tout de suite envie d’y faire halte. Cela tombe bien car nous avons ce matin depuis le point d’information du col Saint-Martin réservé une chambre à l’hôtel les chamois. Le patron est adorable et les prix très doux pour une prestation de qualité. Il nous offrira même la bière car nous l’avons aidé à porter de nouveaux matelas qui lui sont livrés. Il nous donnera un cours sur le matelas, car il a travaillé 12 ans dans ce secteur et dans le haut de gamme. En effet, nous constaterons que nos lits sont particulièrement bien équipés en la matière. Souvent dans les hôtels les matelas sont tout mous, vieux et fatigués ou durs comme des planches en bois lorsqu’ils sont neufs. Là ils sont fermes épousent bien la forme du dos sans mollesse, en un mot absolument confortables, secret d’une bonne nuit.

Dixième jour : col de Turini Nice 50km

C’est avec regret que nous quittons ce coin exceptionnel, cet hôtel et son patron très attachants. Aujourd’hui, arrive notre dernier jour de ce beau périple. Pour cette dernière demi-étape nous choisissons un maximum de petites routes. Nous empruntons la D 2566, qui sur la carte suit une ligne de crête durant une dizaine de kilomètres. Cela me rappelle le GR un peu plus à l’est qui lui aussi dans sa dernière partie suit une longue ligne qui domine les vallées d’une part de la Tinée et du Var et de l’autre la Vésubie. La fin de ces deux fabuleux itinéraires que sont le GR5 et la routes des Hautes Alpes révèlent de belles surprises. Pour être précis concernant ce dernier itinéraire nous empruntons une variante, le trajet original descend à Menton par Sospel. Nous ne regretterons pas cette variante par le village de Lucéram. Là encore, on pourrait se croire dans le moutonnement montagneux de l’intérieur de la Corse. Ce département des Alpes Maritimes possède de très belles montagnes et pas uniquement une côte maritime. Cette dernière plongée avant de retrouver les abords de la grande agglomération, nous en profitons autant que possible. Ce village de Lucéram en fin de périple me remémore la fin d’une fabuleuse randonnée autour de la Corse et la Sardaigne, lorsque nous avons quitté la Castagniccia, en plongeant vers Bastia. Nous nous imprégnons de ces senteurs du midi, de cette chaleur lorsque le soleil passe la montagne qui nous domine à l’est. Je retiens ma vitesse pour que cela dure encore un peu. Ces fins de voyage qui se passent dans des conditions exceptionnelles de temps, de beauté et d’entente entre les protagonistes, invitent inexorablement à se projeter dans un futur voyage.

Voilà, nous rejoignons l’Escarene et la grande route. On pressent la grande ville, la circulation s’intensifie, la vallée s’élargit. Nous traversons des banlieues où nous cherchons notre itinéraire. Puis nous nous trouvons sur une voie rapide qui conduit à un long tunnel interdit aux vélos. Je ne m’en rends pas compte, Evelyne l’a réalisé, mais j’appuie comme un sourd sur les pédales et elle n’arrive pas à me rejoindre. Juste à l’entrée du tunnel je ralentis uniquement pour que nous soyons groupés dans ce tuyau très dangereux pour les cyclistes. Alors dès qu’elle me rattrape, époumonée de m’avoir appelé, elle me dit que cela fait plus d’un kilomètre qu’elle essaye de m’arrêter, pour rejoindre la piste cyclable qui se déroule un peu plus loin à droite. Je suis un vrai bourrin, mais ce n’est pas à mon âge que je vais changer ! Facilement nous la retrouvons et reprenons notre chemin en direction de la villa de ma cousine qui habite sur l’une des collines à l’intérieur de la ville. Les quatre kilomètres de montée pour arriver chez elle sont très raides et le trafic particulièrement dense, mais après ce périple à travers les grands cols des Alpes nous surmontons cette ultime difficulté.

Encore un beau projet qui se termine. Nous commençons à être des vieux copains de voyages à vélo (vive VF), cela fait le cinquième que nous accomplissons ensemble. Nous n’allons pas tarder à vouloir repartir ensemble ou avec d’autres en fonction des opportunités. En effet, il ne faut pas les manquer la vie est si courte ! Enfin pour le moment, profitons des beaux souvenirs tout frais et allons nous baigner dans une mer encore très chaude.
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Les glaciers sont majestueux! | Jour 1 de la TMB de Chamonix-Mont-Blanc à Houches
Nous ne pouvons pas croire à quel point les glaciers sont majestueux! | Jour 1 de la TMB de Chamonix-Mont-Blanc à Houches

Regardez la vidéo complète ici: https://youtu.be/etZ62PJAbQk N'oubliez pas de cliquer sur les sous-titres français dans la vidéo.

Le premier jour de notre tour du Mont-Blanc, nous avons fait une randonnée de Chamonix-Mont-Blanc au village des Houches.

Le premier jour de notre tour du Mont Blanc, nous nous sommes réveillés assez tôt et nous n'avons pas très bien dormi. Le bruit du vent dans les sapins était assez intense et nous ne nous sentions pas assez bien après ce long voyage de deux jours. Nous avons constaté que les trajets en voiture sont plus exhaustifs que tout pour nous. Mais l'endroit était agréable, très plat et calme même si tout près du village.

Nous avons donc pris notre petit-déjeuner et commencé à tourner le contenu de notre vidéo sur le sac à dos et une vidéo d'introduction pour notre Tour de Mont-Blanc. Cela nous a pris quelques heures, surtout parce que nous avions tellement à manger et que nous devions mettre de l'ordre dans nos affaires. Nos sacs à dos étaient plus que remplis mais nous savions que nous allions tout manger avec le temps. Nous avons également apporté beaucoup de nouveaux éléments tels que des panneaux solaires, une banque de puissance, un filtre à eau pour être plus indépendants et pouvoir monter une tente partout sans craindre de ne pas avoir l'électricité ou quoi que ce soit de semblable. Et comme nous allions faire de la randonnée pendant au moins un mois et demi ou deux, nous avons apporté davantage de choses en taille réelle comme du shampoing, des crèmes, etc. Parce que nous trouvons assez difficile de trouver des choses de la taille d'un voyage en chemin vouloir vous en préoccuper à chaque fois.

Nous avons donc commencé la randonnée seulement à 12h et n'avions pas de grands projets pour la journée. Nous savions que nous devions prendre le temps nécessaire à notre corps pour s’adapter au poids des sacs à dos et à la routine de randonnée. Cela prend toujours au moins deux jours. Nous sommes donc heureux de savoir qu’un sentier longe la rivière jusqu’au village voisin des Houches, où débute le sentier officiel de la TMB. C’était environ 11 km au total pour la journée et nous avons pensé que c’était plus que suffisant pour le départ.

Nous avons commencé par traverser le village de Chamonix, le centre et sa périphérie. Nous avons remarqué qu'il y avait beaucoup de travaux de construction dans le village, peut-être que c'était la saison en prévision de la saison de ski en hiver.

Le sentier que nous avons emprunté s'est avéré être la promenade locale de village en village avec beaucoup d'ombre, traversant la forêt tout le temps. Le chemin était plat la plupart du temps et pas difficile du tout. C'était bien marqué tout au long.

La vue était incroyable. Nous avons remarqué que nous étions encore plus fascinés par les rochers voisins du Mont-Blanc, car ils avaient l’air si épineux.

Mais le corps se sentait encore un peu douloureux d'avoir porté le sac à dos. Nous avons même trouvé la barre pour faire des étirements pour le dos et les tractions. C'est une découverte récente de notre part et nous pensons vraiment que tout le monde devrait le faire. Surtout c'est bon pour les randonneurs qui utilisent le bas du corps plus que le haut du corps. Il développe la force et l'endurance des muscles et garde ton dos, tes épaules, tes bras et tes abdominaux bien tonifiés. C'est mieux que le gymnase si vous ne voulez pas les gros muscles. Et vous n'avez pas à vous épuiser à faire beaucoup de répétitions, 3 à 5 fois suffisent pour le début et vos muscles ne seront pas douloureux ou endoloris. Même les femmes peuvent au moins sortir du bar, mais moi (Angelina), je souhaite apprendre à faire des tractions.

Nous sommes donc arrivés aux Houches du village jusqu'à 16 heures, avons rempli le réservoir d'eau avec de l'eau potable de la source et sommes partis à la recherche de l'endroit où camper. Le camping indiqué sur la carte n’existait plus et à la place, nous avons assisté à la construction d’un bâtiment qui pourrait être potentiellement un centre commercial. C'était assez décevant de savoir.

Nous avons donc dû trouver le site de camping furtif pour cette nuit. Nous avons exploré un peu le village et sommes allés sur les pistes de ski où le terrain est au moins plus aplati. Et nous en avons trouvé un au bord d’une piste de ski avec un sol plus ou moins plat et avons pu monter une tente au grand jour. Nous avons même pris une douche dans notre réservoir d’eau très pratique et nous en sommes tombés amoureux. C'est comme si nous avions un robinet d'eau partout où nous allons. C'était tellement rafraîchissant et agréable de rincer la peau avec de l'eau et au moins de la sueur à la surface.

Ensuite, nous avons cuisiné notre dîner - du riz avec un mélange de sarrasin et essayé les tomates séchées pour la première fois. Et cela avait un bon goût, un peu inhabituel, mais quand vous n'avez pas accès à des légumes frais, c'est tout simplement génial. Nous avons également commencé à mettre en œuvre la technique consistant à cuisiner davantage de repas le soir et à en laisser pour le matin. De cette façon, nous pouvons gagner beaucoup de temps et progresser plus rapidement le lendemain, en chauffant un peu, sans parler de l'économie de gaz. Nous avons donc mangé la nourriture, bavardé pendant un certain temps et lorsque l'obscurité est venue, il s'est endormi pour se lever tôt le lendemain.

Quelle a été votre première journée à la TMB et par où avez-vous commencé?
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Délai d'obtention d'un passeport dans le Drôme
J'ai fait une demande de passeport biométrique dans la drôme aujourd'hui 14 aout 2015. Les services de la Mairie m'annoncent un délai de 50 jours pour pouvoir le récupérer. Mon voyage étant prévu le 3 octobre 2015 je suis obligée d'annuler mon voyage !!!
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Bibouac dans les gorges de l'Ardèche
je compte donc me rendre en Ardèche et parcourir le gr 4/F depuis bourg saint andéol ; je désire dormir sous tente et apparemment le parcours traverse une réserve n, aturelle ou il est strictement interdit de vivouaquer, pensez-vous qu'il faut vraiment en tenir compte ou bien je peux rester discret et planter ma tente tous les soirs et la replier tous les matins sans me tracasser merci
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Trek - Tour des Aiguilles Rouges en 4 jours
Bonjour à toutes et tous, ​ En réponse à un projet de longue date, à savoir l'organisation d'un trek dans les Alpes françaises, notre choix s'est porté sur le trek des Aiguilles Rouges, pour son accessibilité, sa durée (4 jours - on peut faire plus, on peut faire moins), et les paysages qu'il offre tout du long. Et c'est peu de le dire. Ce trek parcourt le grand balcon face au massif du Mt Blanc, offrant une vue imprenable sur les glaciers et les plus hauts sommets de France. Puis il descend dans la vallée de Passy et sa réserve naturelle, riche en faune et en flore. Le tout autour de l'imposant massif des Aiguilles Rouges, qui changent de visage au fil des lumières changeantes.



JOUR 1 - Montée au refuge du Lac Blanc

Distance 5,1 km ​ Dénivelée +851m / -6m

11h30 - Départ du col des Montets, un peu au dessus d'Argentières, en vallée de Chamonix. Départ tardif, car on sait que cette première étape est relativement courte, que les conditions météo sont stables, et que cela nous laissera le temps, arrivés là-haut, de profiter des alentours somptueux !​L'itinéraire monte d'entrée, en lacets, dans la forêt. Et très rapidement, une première rencontre avec deux très jeunes bouquetins nous surprend. Nous ne sommes pourtant pas partis depuis bien longtemps, et ils ne sont qu'à 10 mètres de nous. Le sentier est assez fréquenté, nombreux sont des randonneurs qui montent (ou redescendent déjà) au lac Blanc en aller-retour sur la journée.



​Après un pique nique pris entre les Aiguilles Rouges et le glacier d'Argentière, nous reprenons le chemin direction les lacs de Chéserys. En montée, nous croisons un nombre incroyable de bouquetins, souvent des jeunes. Le grand lac de Chéserys est connu pour son orientation qui permet d'y admirer le reflet du Mont blanc ! Tout au long de cette étape, le sentier est parfaitement tracé.



Après 850m de dénivelée, par une météo des plus agréables, nous arrivons au refuge du Lac Blanc. Bien installé au bord du petit lac, ce refuge dispose de 40 lits individuels en dortoir de 8-10 lits. Seul un drap-sac est nécessaire pour le couchage. Nous y avons reçu un très agréable accueil, et y avons très bien mangé. Nous avons fait en outre de chouettes rencontres, toute une famille qui finissaient le TMB, deux australiens dont un qui fait le voyage Australie-France tous les ans, juste parce qu'il est littéralement tombé amoureux du massif du Mt Blanc, et une photographe allemande qui finissait elle aussi le TMB, en solitaire.



​Après le dîner, les gérants nous orientent vers une petite balade digestive vers un lac, un peu plus haut, où les bouquetins ont l'habitude de venir boire au coucher.



Ce lac, le lac de Persévérance, s'atteint en 15 minutes, et nous y avons effectivement croisé nombre de bouquetins, déjà un peu plus âgés que ceux que nous avons pu voir dans la journée. Le lac lui, est d'un bleu profond, presque noir, niché dans un écrin minéral.





Et puis nous redescendons, la nuit tombante (presque tombée même), pour revenir sur les bords du lac blanc, où l'heure bleue nous attendait. Le vent est totalement tombé, ce qui offrait un miroir quasi-parfait !
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Randonnée bivouac week-end débutante: Lac Blanc
Bonjour tout le monde :)

Alors ayant toujours fait des randonnées d'une journée (pas en france ) , j voudrais bien me lancer dans une expérience différente a savoir une randonnée de deux a trois jours a partir du mois .

Je voudrais donc que vous me donniez des idées d'iteneraires pas très contraignants mais par les quelles je passerai par des cascades , des lacs ..

J'ai aussi pensé a l'itinéraire chaminox lac blanc etpasser la nuit la haut mais je sais pas si ça va bien se passer ou pas surtout par rapport a la meteo .

A vrai dire j'ai des doutes et de craintes et je sais pas si je serai capable de passer la nuit a la montagne toute seule(pour le moment je compte partir en solo mais peu etre des amis m'accompagneront ). Si par hasard une en femme qui a passé la nuit toute seule en naturz passe par ici qu'elle me parle de son expérience.

Merci :*
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Un Singapourien En France (Partie 1: Lyon)
Bonjour tout le monde. Je suis Singapourien et afin d'améliorer mon français, j'ai décidé de partager les souvenirs de mes voyages en l’Hexagone sur ce forum. Comme je suis francophile, j’ai déjà visité la France de nombreuse fois. À chaque fois je visite le pays, j’en profite d’apprécier la vie quotidienne. Une fois n’est jamais suffisante donc l’année dernière, j’ai pris un voyage en France depuis un mois et je passais une semaine à chaque principale ville, notamment Paris, Lyon, Nice et Bordeaux. De chaque ville, j’ai aussi pris une excursion d’une journée à une ville voisine.

Oui, je suis au courant que la plupart des membres sur ce forum sont francophone, même français, et les carnets partagés ici sont majoritairement sur les destinations Caraïbes ou Asiatiques mais je voudrais vous offrir un regard de votre pays (la France) du point de vue d’un touriste.

Je vais rédiger ce carnet en quarte parties en cet ordre : Lyon, Nice, Bordeaux et puis Paris parce que c’était comment j’ai pris le chemin. Je vous prie d’être patiente avec mon français lorsque je partage cette histoire. Votre soutien me rend la force.

Alors, c’est parti !

Partie 1: Lyon La nuit, je suis allé à l’aéroport Singapourien pour prendre l’avion destiné à Paris. Bien que ma première destination soit Lyon, j’ai choisi de prendre le TGV de Paris après l’atterrissage parce que Lyon n’est pas desservi par la compagnie aérienne Singapore Airlines (c’est ma favorite donc je ne m’en fiche de la petite peine dans un route indirect).

Ce n’était pas ma première fois à Paris donc quand j’y suis arrivé, je savais où se trouve la gare pour aller à Lyon. Mais tout cela n’est pas possible sans rendant une visite à Paul pour le pain bien croustillant ! Si je me rappelle correctement, j’avais un jambon pour combler l’estomac. Ensuite, avec un carnet de billets acheté en avance à la main, j’attendais le train pour mon premier voyage à la capitale gastronomique française.



Après un voyage de deux heures en train, je suis arrivé à la gare de Part Dieu où je cherchais un monsieur qui m’attendait. Il est le propriétaire de l’appartement que j’ai loué sur l’internet il y a quelques semaines. Je l’ai appelé au portable pour vérifier sa situation mais c’était rigolo parce qu’il ne me comprendrait pas et il parlait peu d’anglais. De plusieurs minutes se sont écoulées avant nous avons enfin trouvés l’un l’autre. Il me faut vraiment améliorer mon français parlé !

Je suis entré dans sa voiture et après vingt minutes d’embouteillage, nous sommes arrivées à l’appartement. C’était dans le quatrième étage d’un l’immeuble relativement proche du quai. Le monsieur m’a dit que l’ascenseur est vachement lent et il m’a donc conseillé de prendre l’escalier. En tout cas, un peu d’exercice n’a jamais faire mal…

Ouvrant la porte, j’ai vu pour la première fois un appartement typique français. C’était trop beau pour des mots. Je trouvais la beauté dans sa simplicité. L’appartement était divisé en trois sections, notamment la chambre à coucher, le salon et une petite cuisine. Le monsieur m’a montré comment utiliser la machine à laver (elle est une vieille marque) et puis me donnait quelques avis concernant la sécurité de la ville et aussi les numéros importants d’appeler en cas d’urgence. Je lui ai demandé de Grenoble parce que j’y veux visiter pour un demi-jour mais il révélait qu’il n’y a pas beaucoup à faire là bas. Au lieu, il me recommandait de voir Pérouges et me donnait les renseignements concernant la ville médiévale. Après il est parti, j’ouvrais les fenêtres et inspirais le premier souffle d’air Lyonnais.





Quatorze heures de voyage en avion et en train ont sonnés le klaxon de mon estomac. Je me suis rendu compte que j’ai faim. Je suis donc sorti pour chercher un repas. Il était 20 heures mais le ciel était toujours illuminé parce que c’est le fin-Mai. À Singapour, le soleil se couche à 19 heures n’importe quel mois et cela m’énerve. C’était vraiment intéressant à voir le soleil s’accroche au ciel quand il aurait dû être sombre à Singapour. Pas loin de l’appartement se trouve un restaurant et j’y suis entré sans hésitation. Tout ce que je me souviens c’est la façade rouge parce que j’étais très fatigué après une journée longue. Franchement, j’ai même oublié ce que je commandais ! En outre, une carafe de vin rouge fait tourner la tête et aide bien pour le sommeil. Lorsque je mangeais, la seule pensée qui m’a occupé est le lit. Après le dîner, je revenais à l’appartement pour le dodo. Le jour s’achève…

Le lendemain, je me suis réveillé bien rafraîchi. Ah, le merveille d’un bon vin. Je suis allé à Place des Terreaux où je voyais une belle fontaine. Le lieu était relativement tranquille et je l’adore. Je remarquais un musée en face de la fontaine et décidais d’y visiter mais hélas, c’était fermé au public ce jour-là. Pas de problème, comme il y avait des cafés à côté de la fontaine, je me suis donc assis pour un crème alors que je regarde le monde et ses activités se passent devant moi. Ensuite, je suis allé à Place Bellecour où se trouve une grande place avec une statue au milieu. La terre était rouge et était plein de sable, possiblement en préparation pour une performance équestre. Je suis alors entré dans l’office de tourisme qui est à deux pas d’ici pour prendre une carte. Je remarquais qu’il y avait une rue avec beaucoup de magasins sur les deux côtés qui se dirige à un carrousel. Je suivais la rue et de nombreuses grandes marques me saluaient. Je voyais aussi un théâtre et des pharmacies qui sont quasiment partout en Europe.



Ce que je faisais en prochain vous choquera. Je visitais Monoprix et achetais des repas à micro-onde pour le dîner. J’estime que c’était un délit en prenant compte que Lyon est la capitale gastronomique mais je ne pouvais pas résister à la tentation ! À Singapour, c’est difficile de trouver les repas à micro-onde parce que la scène culinaire s’est développée en telle façon que tout le monde sort pour avoir leur repas. C’est la raison pour laquelle les aliments surgelés ne sont pas recherchés dans mon pays. L’histoire est différente en France on peut trouver facilement ces aliments dans les supermarchés et ce que j’adore le plus c’est la variété. Le bœuf bourguignon ? Oui. Le confit de canard ? Bien sûr. C’est le paradis pour un touriste qui n’a pas beaucoup à dépenser. Cher micro-onde, j’arrive.



Alors, maintenant on parle des excursions d’une journée. Au début, j’ai voulu visiter Grenoble parce que j’ai lu en ligne que c’est une ville universitaire et cela m’intéresse. En outre, elle est proche de Lyon. Si vous vous souvenez, j’ai mentionné que le propriétaire de l’appartement me recommandait Pérouges dans sa place. Heureusement, c’était un bon choix. La ville présente elle-même comme une scène qui sort directement d’un film médiévale. Il y a une grande porte à l’entrée et un petit café que je trouvais bien placé parce que j’avais soif. Je me suis assis à l’arrière-cour du café et commandais un jus d’orange, parfait pour l’été français. Après avoir joué avec le chien qui court dans l’établissement, je reprends mon chemin. Les rues étaient fabriquées de la pierre et il y avait beaucoup de maisons mignonnes bâties aussi entièrement de la pierre. J’apprenais du renseignement sur l’internet qu’il y a moins d’habitants dans la ville aujourd’hui qu’auparavant. Comme je remarquais un manque de lumières dans les rues, je peux imaginer des nuits isolées.



Explorant la petite ville, je constatais des piétons mangeant un type de gâteau. Ils sont partout ! Donc, je décidais de suivre le chemin, ou plutôt l’odeur, et trouvais enfin la source. Le ‘gâteau’ provient en fait d’un petit boulangerie qui vend les ‘galettes’. Il y avait des personnes qui travaillent dans la cuisine ouverte et on peut commander depuis la fenêtre. Chaque pièce est sucrée mais un peu trop mince. Quand même, je l’appréciais et continuais à explorer Pérouges. C’est un dommage que pas beaucoup de gens habitent ici pour faire la ville plus vivante mais c’est aussi mieux comme ça parce qu’on ne peut pas conserver le patrimoine avec trop d’activités humaines.

De Lyon, j’ai pris aussi une autre excursion d’une journée. C’était à Annecy qui est une ville très proche de la frontière Suisse. On y trouve un lac azure autour où les gens promenaient et faisaient leur exercice. Le lac me rappelait du Lac Léman et les similarités n’étaient pas étonnantes car Annecy est en fait moins de 50 km de Genève. Ici, c’est beaucoup plus bondé que Pérouges parce que tout le monde préfère une ville baignée au soleil.



Dans les jours suivants, j’ai aussi visité les traboules, la Basilique Notre Dame de Fourvière, un centre commerciale nommé ‘La Confluence’ (le McDo là donne un regard magnifique sur la rivière pour ceux qui profitent un McBaguette) et de plusieurs musées. L’un des musées montre les petits mondes où les lieux familiers comme une salle de classe, un hôpital et un théâtre sont présentés en taille minuscule. C’est à la fois rigolo et intéressant.



Comme mon appartement à Lyon est proche du quai, j’achèterais du pain de la même boulangerie chaque matin et prendre le petit déjeuner par le quai. Avec un pain au chocolat à une main et un café à l’autre, j’observe les joggeurs et les moineaux qui ont atterris sur le banc pour demander des petits morceaux de pain. Ça, c’est la vie pour moi parce que mes matinées à Singapour sont toujours pressées. On peut laisse tomber l’idée d’un pain au chocolat ou croissant parce que ce sont des choses disponibles uniquement dans le centre-ville. En France, le pain est le roi, et est trouvé facilement partout dans n’importe quelle forme.



J’adore la tranquillité de Lyon par rapport à Paris (une ville que j’ai déjà visité de plusieurs fois). Elle a l’air d’une grande ville mais elle ne donne pas le vertige peut-être qu’il y a moins de touristes. À Lyon, je voyais plus de Français qui s’occupent à leur vie quotidienne et la ville apparaissait donc plus authentique. On peut aussi la décrire comme plus décontractée. Que ce soit l’odeur des poulets rôtis qui comble la ville ou le parfum du pain frais, tout cela fait partie de ce que j’appelle ma ville favorite française.

Ça y est ! Merci d’avoir suivi ce carnet. C’est l’heure de partir Lyon pour aller à Nice, la deuxième destination de mon voyage. Je passais aussi une semaine là et je vous partagerai bientôt ce récit, mes chers lecteurs. Avant-première : un cambriolage !
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