Chère Lucie,
MERCI d'abord pour tes mots gentils ... Ça fait plaisir de communiquer avec une passionnée du guitariste, pianiste, compositeur, arrangeur ... EGBERTO GISMONTI !!!
J'ai répondu à ton premier message parce que je voulais partager ma propre passion, mon enthousiasme pour cet artiste avec toi (je connais sa musique il y a longtemps), pour te faire savoir quelques détails dont je me souviens spontanément, et pour confirmer qu'Egberto Gismonti est le plus grand musicien brésilien des trente dernières années et l'un des plus grands de tous les temps (j'en suis convaincu) – sans vouloir méestimer les autres grands brésiliens, que ce soit Baden Powell (guitare), Joao Gilberto (chant), Flora Purim (chant de jazz) (1), A.C. Jobim et d'autres. Mais non pas pour te présenter, de manière pédante, un essai musicologue sur cette musique, de titre » Entre Well-Tempered Piano et Choro ou La rencontre des traditions brésiliennes et la modernité dans la musique d'Egberto Gismonti « (j'aurais pu le faire, sans problème).
Ta merveilleuse contribution et celle de Vagner montrent sa créativité d'artiste et les plusieurs faces de son art (sans être complet, pas du tout. Nous n'avons pas parlé de ses musiques de film , de ballet et de théatre). Il rattache des traditions brésiliennes, la musique de chambre moderne (ou musique d'orchestre) et le jazz pour créer une musique spéciale, une musique à soi – dans l'esprit de A.C. Jobim et, bien sûr, de H. Villa-Lobos, le componiste brésilien moderne par excellence (> faut écouter sa composition » Forrobodo «) ... Donc, on peut accéder au cosmos Gismonti de plusieurs côtés; moi, je l'ai découvert d'abord via le jazz notamment en concert avec Nana Vasconcelos, Jan Garbarek, Ralph Towner, avec son groupe unique Academia de Danças (> chef d'œuvre Sanfona) et en solo, à Munich, deux heures de pur extase où il a passé de la guitare au pianocomme s'il ne faisait que changer de chaise. J'airarement vu virtuosité, créativité et inspiration musicales à ce pointréunis chez un même musicien (et, crois-moi, j'ai fréquenté des centaines de récitals). C'était étourdissant !!! Magique !!!
Par ailleurs, ce qui me plaît de sa musique en particulier et il y a longtemps, ce n'est non seulement sa virtuosité instrumentale ni sa créativité d'artiste mais essentiellement le fait qu'il arrive de manière convaincante à relier les idiomes de musique »populaire« (entre autres les musiques des peuples d'Amazonie, la musique de danses brésiliennes, le jazz ...) et »savant« (par des techniques de composition de la Nouvelle Musique) pour ne pas créer un mélange douteux, une » occupation touristique « des cultures étranges mais une synthèse fructueuse par son propre langage de musique, quelque chose nouvelle de forme autonome, complexe, expérimentale et brillante - pour moi, c'est le moment le plus passionnant et intéressant de cette musique unique en son genre !!! Tout compris, la musique d'Egberto Gismonti ne doit pas reculer devant aucune comparaison avec la musique du grand Luciano Berio (Italie) qui a créé, de façon similaire et au même résultat, une nouvelle musique rédigeant la musique populaire de la Sicile avec les moyens de la Nouvelle Musique (2). Il faudrait condamner tout musicien de la merde World Music à écouter la musique d'Egberto Gismonti ou de Luciano Berio ... Sa musique étonne par des sons très très loin du cliché de la Samba brésilienne ... Gismonti se recommande sur de vieilles musiques instrumentales populaires du Brésil comme le mélodieux Choro, travaille des influences de Ravel, de Miles Davis ou de Baden Powell, et expérimente avec des guitares à 8, 12 et 14 cordes et avec les synthies. Qui s'intéresse fortement pour la musique de guitare virtuose, faut écouter la composition » Loro « ... de qui, d'Egberto Gismonti, bien sûr ...
Il m'importe de présenter, de plus, les CDs "Live in Montreal" et "Folksongs" ...
On pourrait continuer sans cesse ...
A bientôt, hgb
(1) Son œuvre Open your eyes, you can fly, un de mes disques préférés à l'époque. Avec Airto Moreira (percussion), Chick Corea (piano)?
(2) L'œuvre de Berio dont je parle ici, a pour titre Voci, Naturale, par Kim Kashkashian (viola), Robyn Schulkowsky (percussion), Orchestre de Radio Symphonique de Vienne, Dennis Russell Davis (directeur) (édité par ECM). Autre exemple de Berio de ce genre : Folk Songs, Recital I for Cathy, par Cathy Berberian (mezzo), London Sinfonietta, Juillard Ensemble, Luciano Berio (directeur).