Vous pensez qu'il ne faut pas donner d'argent aux enfants qui demandent alors je voudrais vous dire que je connais des familles au Maroc qui habitent dans des douars de montagne et qui envoient tous les jours leurs enfants au bord de la route pour mendier.
Euh.... je connais aussi des familles au Maroc qui habitent dans des douars de montagne (il y a même une partie de ma nombreuse belle famille dans ce cas) et je peux vous assurer qu'ils n'envoient pas les enfants au bord de la route pour mendier, tout simplement parce qu'il n'y passe pas de touriste...
Quand nous arrivons dans ces vallées ils vont nous harceler pour un dirham/stylo car c'est vital pour eux.C'est vital car ils ne mangent pas tous les jours à leur faim.
En fait, les choses sont nettement plus compliquées que cela. On ne meurt pas de faim au Maroc, en tout cas pas dans les campagnes. (On peut mourir de froid l'hiver, dans les douars de montagne reculés, on peut mourir d'un accident en attendant d'arriver dans le bon hôpital, mais ceci est une autre histoire). Il y a encore une solidarité qui fait que les familles vraiment pauvres reçoivent de la nourriture.
Pareil pour "le dirham". Vous ne le voyez peut-être pas, mais la plupart des commerçants, des cafetiers, ont une petite caisse spéciale avec des dirhams, qu'ils distribuent en toute discrétion... aux adultes.
Pouvez-vous m'expliquer en quoi un stylo est vital ?
La mendicité des enfants a trois effets très négatifs :
- elle les éloignent de l'école, qui, malgré ses imperfections au Maroc, reste leur meilleur espoir de s'en sortir
- elle casse les structures d'autorité familiale (comment respecter un père qui rapporte moins d'argent en travaillant qu'un enfant en mendiant)
- et de façon "secondaire" (mais pas tant que ça, en fait) elle porte tort à une des ressources essentielles des régions pauvres, le tourisme.
Pour les faux-guides, c'est pareil.On peut les condamner mais ils sont trop, trop pauvres.Leur vie est sans avenir et il y a la maman et la famille qui attendent pour manger.Alors c'est au jour le jour et la bonne morale n'a pas sa place ici.
Je suis explosée de rire en lisant cela. Parce que figurez-vous que j'en connais de très nombreux, des guides et des faux guides.
Il y a plusieurs années, le Ministère du Tourisme a mis en place une action de "formalisation de l'informel".
De nombreux faux guides ont bénéficié d'une formation de plusieurs mois, pour la partie théorique par l'ISTH, et pour la partie pratique, par l'école des guides de Tabant. Cette formation a été sanctionnée par une carte de guide officiel.
De nombreux nouveaux faux guides ont remplacé les anciens.
Laissez-moi juste vous rappeler qu'un faux guide, comme vous dite :
- travaille entièrement au black, ce qui lui permet d'avoir des prix largement inférieurs à ceux d'un vrai guide
- n'a aucune assurance, ce qui est un véritable problème en cas d'accident
- gagne aussi bien sa vie qu'un vrai guide, c'est-à-dire qu'il n'est pas dans la misère
Mais nos discussions sont des discussions de riches avec le ventre plein.
En ce qui me concerne, mon avis personnel est celui de quelqu'un qui vit au Maroc depuis de longues années, qui a épousé quelqu'un qui vient d'une famille pauvre d'une des régions les plus pauvres du Maroc, et qui connait l'envers du décor du monde du tourisme et la réalité des choses en terme de pauvreté "affichée" et "réelle".
Les régions pauvres du Maroc ont beaucoup plus besoin de projets structurants, d'infrastructures décentes et de lutte contre la corruption que d'aumônes distribuées à des enfants. Le Maroc n'est pas un pays pauvre, il est un pays où la richesse est affreusement mal distribuée. L'associatif, l'humanitaire, la zakat désorganisée pérennisent cet état de chose et sont dans de nombreux cas, contre-productifs.
De la même façon, quand tu vois des femmes qui mendient avec des enfants, sais-tu que ces enfants sont quasiment toujours drogués pour se tenir tranquilles toute la journée ? Et que beaucoup d'entre eux sont "loués" ?
Les enfants qui meurent de faim sont les enfants des rue dans les grandes villes, mais ceux là ne sont pas dans les quartiers touristiques.
Je ne suis pas certaine que savoir s'il vaut mieux donner un poisson ou bien les moyens de pêcher soit une discussion de riches avec le ventre plein.
La mendicité enfantine se développe de plus en plus dans le sud, alors que la pauvreté régresse, malgré tout, et que les actions de scolarisation s'intensifient. Est-ce logique ?
Des infos pour vivre et travailler au Maroc : http://o-maroc.com