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29 juillet 2011
Sahara algérien, merveilles et dangers d’une sublime conclusion
Partant d'Oran le vendredi 22 au soir, ce sont trois chargés jours qui furent consacrés à la découverte du Sahara algérien. Le plus grand désert du monde, dont les parties en "mer des sables" nourrissent tant de fantasmes, occupe bien les deux tiers du territoire du plus grand pays d'Afrique et si l'on n'a pas poussé jusqu'aux frontières du Mali ou du Niger, un bon tour fut accompli à un rythme particulièrement soutenu (un peu plus de 2000km parcourus, tout de même !). Et de cette magnifique dernière phase du voyage, un drôle de couple émerveille : le désert, terre à la fois de merveilles et de dangers.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Les merveilles sont assez simples à identifier, apparaissent comme intuitivement. Sur la longue route traversant ces terres arides à peine habitées, de rares villes construites sur un format semblable d'oasis (habitations et palmeraie autour d'une source d'eau) ont offert de sublimes étapes tant leur éblouissante découverte jouissait des splendides cadres géographiques. Ainsi à Taghit, dès les aurores du samedi 23 : arrivé par bus à Bechar vers 4h du matin, je pris tout de suite un (cher puisque non collectif) taxi pour le village en question car il convenait de s'offrir le lever du soleil sur les dunes. Il faut dire que Taghit est une référence en la matière, presque trop belle pour le croire : l'oasis est située au pied même d'immenses dunes qui marquent la frontière du grand erg occidental, mer de sable couvrant une superficie comparable à la France. Ainsi, m'épuisant dans l'escalade de ces montagnes de plusieurs dizaines de mètres, parvenant à bout de souffle à leur sommet d'où la vue était fabuleuse, je me suis effondré en souriant. Mon petit tour saharien débutait à peine, et il n'était déjà quasiment plus possible de qualifier par les mots le bonheur qu'il m'offrait.

Arrivée à Taghit, lever du soleil imminent. L'immense ombre est bien celle d'une dune !

J'avais déjà testé l'escalade de dunes en Oman-Arabie Saoudite (février 2009), mais là en plus je l'avais fait en courant, ayant peur de manquer les premiers rayons du soleil...

D'en haut, la vue est superbe sur Taghit

La vue d'en haut, deuxième moitié (droite)

Repos bien mérité (je n'aurais pas dû me rouler dans le sable pour autant, mes poches de pantalon l'ont regretté par la suite)

Here comes the sun, tou dou dou dou

and I say, it's allright !

Le spectacle des dunes progressivement conquises par le jour est proprement captivant

Le soleil embrasse l'oasis à son tour
Redescendu de mes divines hauteurs (de sable, hein :p), j'ai traîné un peu à Taghit où quelques irréelles rencontres furent faites (un peu à la Village, le film de Shyamalan, discutant aux tables d'un café avec quelques illuminés et/ou des hommes aux visages incroyables). Le soleil était encore tout à fait supportable, et l'attente de nouveaux bus pour Bechar (où il fallait repasser pour poursuivre la route), quoi qu'assez longue, fut donc loin d'être pénible. Ceci dit, avec l'irruption de la contrainte technique liée aux transports, on touchait l'un des premiers "dangers" de la région qui est surtout, plutôt, un désagrément propre au voyage dans le Sud : le risque de se trouver coincé, la rareté des véhicules (collectifs comme individuels) aidant, la difficulté d'avancer sans de trop longs délais. La contrainte, qui a rendu ces trois jours épuisants (faux rythme, longs trajets parfois pénibles, nuits - sans longs sommeils - dans les transports pour ne pas consommer trop de temps de jour dans les trajets), n'en a pas moins produits quelques ravissants épisodes. Comme ce samedi soir, déposé sur le bord de la grande route du Sud pour me rendre à Timimoun (j'avais visité Beni Abbès l'après midi, mais les bus Bechar-Timimoun n'y font pas escale) ; attendant longuement l'hypothétique convoi, le coucher du soleil passé, j'avaii fini par m'allonger au bord de la route jusqu'à un brusque réveil, les phares du car dans les yeux. 'Issa, 'issa ! T'là ! (monte !)

On conclue le merveilleux premier épisode

Jolie descente, tout tranquillement. Un kopain au loin, en blanc :)

Voilà le coeur de Taghit, déjà bien éveillé (8h du mat' à peine)

Un peu plus loin, un ksour a été restauré (un peu trop d'ailleurs) mais nous n'étions certes point venus pour cela

On finit la visite de Taghit avec un BIGUP au kopain tenant une boutique d'épices chez qui mon sac a passé la matinée (l'ascension de la dune aurait été hardcore, sinon !). Je lui ai acheté un peu de ras al hanout pour signifier ma gratitude.
Beni Abbès avait donc été atteinte dans l'après midi, un peu plus au Sud de Taghit qu'elle se trouve. Sur le papier, le plaisir annoncé était le même car l'oasis, disposée de façon similaire à la première visitée le matin même, offre régal semblable pour les yeux. Et pourtant, plusieurs éléments vinrent sublimer ces quelques heures passées sur place, au point d'ailleurs qu'à la conclusion de cette deuxième étape je n'en pouvais guère plus de revenir sur la succession de petits et magnifiques épisodes : arrivée dans le village écrasé sous la chaleur (la quarantaine de degrés), plusieurs sympathiques contacts noués dans des cafés pour la suite de mon trajet, ballade dans l'oasis et über-kiff au sommet des dunes surplombant Beni Abbès... surtout, les heures coulant, je pus contempler avec bonheur les rues reprenant vie, les habitants sortant peu à peu des maisons, les commerces rouvrant. L'oasis s'éveillait, et moi, entouré d'amis qui avaient la très bonne idée de ne pas avoir une seule notion de français (me poussant à nouveau à la pratique du bledard ! on reviendra dans l'ultime papier sur les joies linguistiques du voyage), j'étais tout heureux d'accueillir ces belles images d'habitants dont l'existence s'accorde en patience avec le climat du Sahara.

Le voyage de Taghit à Timimoun a permis de rappeler que l'essentiel du désert, encore une fois, n'est point riche en dunes.

Passons de suite à Beni Abbès et à ses drôles d'arcades, dans la rue principale. Notez la foule vaquant à ses occupations (il est 15h30)

Les kopains locaux se sont esclaffés lorsque je leur ai dit partir escalader les dunes alors qu'il était 16h (mon bus pour la prochaine étape devant passer vers 19h, je n'avais pas le temps de m'attarder!). Deux indications, ici : la principale dune derrière fait environ 75m de haut, et le chèche vient de Kairouan :p

Vue carrément splendide, en haut. Il y avait alors, contrairement au matin, une parfaite luminosité.

On va faire quasiment 360°, tant le paysage vaut le coup

Beni Abbès a donc une bonne palmeraie, joliment nichée entre les dunes et le plateau désertique

L'erg semble vraiment débuter au pied de l'oasis

La Libye c'est tout droit :nerd:

Et on finit avec "la ville moderne", un peu plus bétonnée que le village aperçu sur les photos ci-dessus (mais tout de même bien ghett ghett). Pour ceux qui en veulent plus, youpi : une jolie petite vidéo fait le point !

On finit en évoquant le reste de Beni Abès, vite exploré (au même titre que le ksour trad près de la palmeraie, photo suivante)

Pas d'illustration photographique, malheureusement, pour "l'éveil de l'oasis" qui fit tant plaisir.
S'il convient tout à fait d'admettre qu'en termes émotionnels, le reste du petit tour saharien (i.e. dimanche 24, lundi 25) a difficilement retrouvé les inouïs sommets des débuts, de très belles choses ont marqué ces dernières journées algériennes au point d'ailleurs d'inspirer un très beau bilan à l'ensemble de cette ultime phase du voyage dont les plaisirs auront été variés. Au point le plus au Sud de mon tour algéro-tunisien, j'ai passé une drôle de matinée à Timimoun (égale distance de la Méditerranée et du Mali) : l'oasis, dont la beauté est connue de tout le pays, doit moins sa notoriété à sa situation (quoi que ; la ville n'est certes pas située au creux des dunes mais sur un immense plateau dominé par la sebkha, immense lac salé disparu conférant aux sols de drôles d'apparences) qu'à sa très charmante et typique architecture en toub, argile mélangé à des briques rouges expliquant que la couleur domine tant. Attaquant une visite des rues aux premières heures du jour, passablement fatigué après une très courte nuit (cf. infra), j'ai fini par m'effondrer sur une table de café puis sur un petit bloc de terre au bord du marché dont l'animation allait croissant, les heures passant. De façon quelque peu parallèle à Beni Abbès la veille, j'avais l'occasion d'observer depuis le terrain même (tellement sur le terter d'ailleurs qu'une multitude d'anciens devisaient autour de moi, affalés façon ghetto à même le sol, sans même sembler noter ma présence) l'éveil de l'oasis, très vite actif avant que la trop forte chaleur n'impose, en probable fin de matinée (j'étais alors déjà parti), un prudent retour aux ombres des chaumières que seule la fin d'après-midi viendrait rompre.

On enchaîne ! Timimoun, 6h du mat ce dimanche 24. Bab as Soudan, la porte du pays noir.

Ce qu'il y eut de très sympathique, ce matin là (outre l'état physique apocalyptique et le somme au milieu des bledards), c'est que la beauté des bâtisses du bled ne s'est révélée que progressivement, à mesure que la lumière du jour gagnait en force.

Ainsi il y avait bien eu quelques jolies petites choses comme la place de l'indépendance, au cœur de Timimoun

quelques sympathiques koubbas aussi, ces mausolées coiffés d'une coupole

mais les plaisirs n'ont gagné en intensité qu'avec le temps

et dans la cour d'une des plus anciennes demeures de la ville (un hôtel bâti en 1912 par les Français), je comprenais enfin les raisons du prestige de la ville

Dans ce même "hôtel oasis rouge" (voui, ça fait très africaniste-orientaliste). La demeure a tout de même une dégaine de malade.

L'aspect "pâte à modeler" des demeures rend la ville très attachante, aussi

Revoilà la place de l'indépendance, à comparer avec la photo quelques plus heures plus tôt. Classe hein ! (j'avoue que le bledard vélo aide bien :p)

Autre source de gros kiff ce matin à Timimoun, la glande-observation-à moitié endormi d'abord à la terrasse du café, puis un peu plus loin au pied des palmiers (on voit un type déjà assis, sur la gauche :p)

On finit cette très charmante visite avec les photos de la petite ballade dans l'oasis, à commencer par le joli marché (ouh les fruits et légumes multicolores avec la brique rouge derrière !)

Dans le cimetière de la ville

C'est arrivé au bout de Timimoun, lorsque la sebkha s'offre à la vision, que l'on comprend l'une des raisons d'être des oasis

En effet Timimoun, îlot de civilisation au milieu du désert comme Beni Abbès ou Taghit, est une excellente base pour entreprendre de petits voyages en 4x4 ou en chameau dans les environs (plusieurs jours, jusqu'à 10 généralement)

Il faut plisser les yeux pour lire les dunes, au delà de la plaine aride. Shuf !

Une petite vue d'ensemble pour finir.
Parti le dimanche 24 dans la matinée, je l'étais pour la vallée du M'Zab à bien 500km au nord-est (donc une bonne partie de la journée en bus ; j'attaquais par là le début de la route pour la frontière tunisienne, où devait bientôt s'achever mon voyage). L'étape, visitée en deux temps (un peu à mon arrivée, puis le lendemain matin), est un site en fait assez incroyable composé de plusieurs villages s'étendant le long d'un oued où vivent des communautés berbères à l'histoire assez particulière pour qu'elles aient adopté jusqu'au nom du lieu investi : les Mozabites. Les amis, au VIIè siècle (leurs ancêtres en fait, Rostémides), étaient soumis à la domination arabo-musulmane mais n'avaient point tout lâché pour autant, adoptant un Islam dissident (ibadite ou kharidjite, comme on l'avait vu à Djerba) qui les obligea par la suite (XI-XIIè siècles) à fuir leur natal Nord pour le désert... où ils fondèrent les fameux oasis qui constituent aujourd'hui la vallée du M'Zab. L'expérience est donc sensationnelle : voilà des kopains particulièrement pieux, élevés dans un semblable rite depuis près d'un millénaire, planqués dans le désert et qui ont édifié des bleds dont l'architecture, une merveille de synthèse entre la vie communautaire et les conditions hardcores du désert (petites et collées maisons en briques crues enduites de plâtre, voûtes, organisation similaire des espaces - petites collines au dessus de l'ouest - ceinturés par des fortifications et au centre et sommet desquels trouve-t-on la grande mosquée), a inspiré bien de laudatives remarques de la part de réputés architectes occidentaux (Le Corbusier, Lloyd Wright, Pouillon, Ravéreau..). Parcourant ces magiques endroits, dans de drôles conditions (accès très limité, accompagnement parfois obligatoire pour préserver l'intimité des Mozabites) qui facilitèrent de mémorables rencontres, j'avais comme l'intuition que la ballade saharienne s'achevait en apothéose. Il y avait dans l'air quelque chose de fabuleux.

Fin de la "descente" avec le départ de Timimoun (i.e. cap sur le Nord), et entre les oasis le paysage ne perd point en désolation

L'arrivée, après 6 bonnes heures de route, à la vallée du M'Zab, a rappelé ma première journ��e au Yémen (2009) :

Après une longue phase de vide, le désert se déchire tout d'un coup pour laisser apparaître une immense oasis

Voilà qui donne bien envie, sans même pouvoir distinguer d'aussi loin les superbes villages !

Le premier d'entre eux, Melika, fut visité en cette fin de 24 juillet

Une fois dedans, on se perd avec plaisir dans les ruelles

Fin d'après midi, les gamins jouent au foot et les autres hommes traînent ça et là

A Melika comme dans les autres villages mozabites, les étroites ruelles montent toutes doucement

pour aboutir sur la mosquée principale, grande, belle et sobre :)

L'appel à la prière (la quatrième de la journée, "maghrib" coucher du soleil) pousse tout le monde à accélérer le pas. Moi je continue mon petit tour, qui se finit au cimetière de Melika où deux jeunes prient devant la superbe tombe de Sidi Aïssa (Aïssa comme moi !) et de sa famille ; on dit que l'homme, très respecté du village, s'était enfermé à jamais chez lui après une dispute avec le cheikh de Malika. Les habitants lui rendèrent hommage post-mortem avec cette superbe sépulture.

En guise de transition avec la deuxième partie de la visite (le lundi 25 matin), voici une photo de l'oued traversant la vallée. On aperçoit au loin le minaret de la mosquée de Ghardaïa, au sommet du village.

Avant Ghardaïa, cependant, c'est le bled de Beni Isguen (dont les murailles sont réputées) qui fut visité aux premières heures du jour

On ne rigole pas du tout, une fois dedans : il est simplement interdit de prendre des photos des habitants comme d'avancer sans accompagnateur. Repoussant la perspective d'attendre un "guide officiel", j'ai eu le droit à une esquisse de visite par l'un des jeunes locaux, pressé qu'il était tout de même de partir travailler (il m'a donné 15mn de son temps tout de même, bigup!)

Outre les charmantes petites rues ascendantes, la jolie place du marché

HARAM ! photo prise en scred pour prouver que le village est bien habité :o

Une telle "fermeture" de Beni Isguen ne peut se comprendre indépendamment de l'histoire des Mozabites, et les nombreux heurts ayant opposé les locaux à des touristes principalement algériens n'ont fait que favoriser un renforcement de ces drachoniennes dispositions

Il est donc prié de laisser la famille vivre seule, "entre eux". Nous n'insisterons pas, même si l'on céda à la tentation de prendre en photo l'une des femmes mozabites, pour la plupart recouvertes d'un drap blanc qu'elles plient et replient de façon à ne voir que d'un seul oeil (d'où de bien fantômatiques apparences). Ici de dos, entrant dans le village.

Un peu plus tard, nous voici à l'approche du dernier des villages de la vallée visités (il y en a sept en tout) : Ghardaïa. C'est avec lui que l'on lit le mieux de l'extérieur l'architecture typique de la vallée, sur les collines (mosquées au centre-sommet, maisons collées... etc).

Dedans, les ruelles sont plus accueillantes qu'à Beni Isguen : le village est le plus important de la vallée et joue le rôle de centre économique et logistique du M'Zab.

On débouche à nouveau, après ces charmantes et introductives ruelles, sur une large place du marché

Et c'est à ce moment là que le visiteur fait halte, devant faire appel à un guide s'il souhaite explorer le coeur du village

Hors de question, pour moi, de revivre la même frustration qu'à Beni Isguen : je fonçai, me faisant tout petit pour ne pas gêner qui que ce soit. La visite, dans de telles conditions, fut extraordinaire : course le coeur battant dans les ruelles magnifiques, cachettes pour ne pas croiser le regard des habitants (les habitantes, surtout!), escalade longue et progressive de la ville jusqu'à arriver à la mosquée au centre et sommet de Ghardaïa, au moment où je n'y croyais plus. L'heure n'était malheureusement pas aux photos touristiques.

L'épilogue ne fut pas moins mémorable : je me suis perdu comme jamais sur le chemin du retour, et l'angoisse était d'autant plus grande que je n'avais rien à faire ici et n'osais guère demander mon chemin !! C'est alors que j'aperçus deux mozabites particulièrement barbus en train de discuter : fonçant vers ces islamiques collègues, j'ai honteusement avoué mes torts en priant qu'on m'aide à sortir du dédale des ruelles. Bingo : l'un des deux, un muslim jiddan (très très musulman ! parlant tellement l'arabe du Coran, très traditionnel, et m'avouant avec fierté appartenir au mouvement "revival" Tabligh, d'origine pakistanaise et qui fournit notoirement des pelletées de mudjahidines en Afghanistan), m'accompagna vers la sortie. J'ai eu le droit à un récit extraordinaire d'un type "comme moi", musulman de naissance mais éloigné des choses religieuses, qui fit un come back fracassant au point de "convertir" toute sa famille sur le "droit chemin". Insha Allah la même pour moi, me souhaita-t-il :p
Les merveilles explorées durant cette petite boucle de trois jours dans le Sud, n'ont encore une fois apporté tant de plaisir en partie parce que le Sahara s'était révélé exigeant, compliqué voire dangereux à l'exploration. On a déjà évoqué les transports, certes. Plus sûrement, il était impossible d'envisager en raison des conditions climatiques une de ces merveilleuses explorations partant des oasis évoquées pour l'un des coins secrets du déserts ou de telle ou telle vallée ; il a fait bien 40°c en continu le jour, et si ma modeste expérience en la matière a rendu la chose supportable, encore convenait-il d'admettre qu'en plein été, c'était cuit (ah ah) pour les ballades dans les dunes. Autre point important, les villes de Djanet ou de Tamanrasset, les plus au Sud du pays, ne furent atteintes aussi bien à cause de la chaleur qu'en raison de l'insécurité qu'il règne dans leurs environs. Dès les premiers signes du Sahara, en effet, les nombreux checkpoints de l'armée et contrôles réguliers des passagers voire des véhicules ont permis de rappeler les limites du contrôle de l'Etat (officiel, en tout cas) sur la situation en terres désertiques. De façon notoire, le Sud algérien sert de base à de nombreux et radicaux rebelles, assez excités pour se faire adouber par Al Qaïda (AQMI Maghreb Islamique, la branche locale) et à taper de temps à autres attentats, enlèvements et trafics en tout genre qui minent d'ailleurs les relations avec les pays frontaliers (Mali en partie victime de l'insécurité régionale, Niger les mains dedans) comme avec la France.
Il s'est donc agi de serrer les fesses, si je puis dire, durant ces quelques jours car à partir du moment où j'entrais dans cette vaste zone plus ou moins incontrôlée par les autorités, ma présence pouvait causer un certain nombre de soucis. L'accès à Taghit, ainsi, ne fut validé qu'après amples négociations (heureusement que le chauffeur de taxi avait un bon sens de l'humour, gagnant la sympathie des militaires ne voulant me laisser passer sans enregistrement préalable au poste comme à la frontière Tunisie-Algérie), de même qu'il fallut à plusieurs reprises et longuement justifier parcours, religion, originales modalités de voyage (euphémisme) etc. Le plus incroyable restera sans doute mon arrivée à Timimoun, au beau milieu de la nuit de samedi à dimanche (après le bus depuis Beni Abbès) : débarqué par un taxi à 3h du matin dans un hôtel qui n'était pas encore officiellement ouvert (n'ayant donc pas le droit de me laisser une chambre), j'inspirai une telle panique à mon interlocuteur (voyageur seul, arrivant de nulle part à une telle heure, le passeport plein de visas inquiétants - think Yémen, Saudi, Pakistan! , quasiment sans bagages... que je sois islamiste undercover ou touriste for real qui n'avait cependant pas le droit d'être là comme ça à ce moment là, le patron de l'hôtel était dans la même mouise) qu'on me fit asseoir dos à lui et aux amis avec qui il discutait dans la cour du bâtiment (il faisait plutôt bon), attendant que le jour se lève pour me rendre passeport, portable (confisqués) et me dégager de là. J'en rigole franchement maintenant, mais à ce moment là l'heure n'était point aux boutades et je rends tout à fait grâce aux autorités divines d'être passé d'une telle façon entre les mailles d'un filet qui rend vraiment compliquée l'exploration en solitaire d'une région dont les risques et dangers sont bien connus. Il convient bien d'admettre, ceci dit, la responsabilité certaine de ces jouissifs coups de pression sécuritaires dans la réussite de cet inoubliable voyage au Sahara.

On va conclure avec une simple évocation de l'ultime étape, El Oued visité dans l'après midi du lundi 25 juillet 2011. La route avait été belle vers l'est, rejoignant la dernière grande oasis avant la frontière tunisienne.

Mais la ville n'a pas particulièrement emballé nos sens, peut être aussi parce que nous débarquions en pleine aprem et qu'il convenait d'atteindre la Tunisie avant la nuit (i.e. tempo soutenu).

Principale raison de cette semi-déception, les "milles coupoles" qui font la gloire de la ville sont aussi bien trad qu'âgées de dix ans à peine, et le mélange peine franchement à séduire

Arthus Bertrand en a pris de magnifiques photos, mais lui avait la chance d'être un chouilla plus en hauteur

Ne boudons pas notre plaisir : au loin les dunes nous rappellent le charmes propres à l'oasis, quand bien même celle-ci s'est considérablement développée

De même, le souq complètement mort (16h!) avait de superbes allures

Enfin, j'ai eu le grand plaisir de conclure ces aventures par une petite prière avec la famille, 'achr (troisième prière de la journée). Merci all !

Bientôt la route m'emmenerait à nouveau en Tunisie, où ces trois magnifiques semaines allaient s'achever