Voyage au Maghreb, juillet 2011
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VI Vifi ·
ah mais on va me faire passer pour un vieux con :o je précise

j'ai passé les 4 derniers jours dans le sud tunisien, complètement libre, faisant du stop, discutant avec plein de gens (merveilleux). ceci est impossible pour une femme seule. Il est sûrement tout à fait possible de voyager seule sans voiture, dans cette région par exemple (j'arrive à Sfax, au centre-est ; 2è ville du pays, on perçoit vite le libéralisme, en comparaison à Tataouine et cie) ; mais sans tous ces échanges, qui à mes yeux sont la matière première de l'expérience.

Mais ce doit être tout à fait possible, en effet ; je me corrige un petit peu ainsi.

🙂🙂🙂🙂🙂

si c'est possible..... et mes meilleures souvenirs restent l'Algérie....sans voiture.... seule....utilisant les mêmes moyens de transport que les algériens.....les cars , les taxis, les G9....ben oui, ya pas que les gars qui peuvent faire ce type de voyages
LS Lsttx Regular ·
khey, c'est la version française :) très usée dans le hip hop français, notamment. evidemment ici, c'est plutôt "khouya", qui vire effectivemment au "kho". j'ai arrêté de test mes "akhi", qui ne suscitent généralement pas grand chose d'autre qu'une certaine incompréhension (je généralise un peu, m'enfin :D)

merci pour ton témoignage intéressant. tu conviendras que les hommes, de façon certes un peu généralisante (encore!), sont loin de considérer les femmes comme les égales des hommes, étrangères ou pas. A mes yeux s'effondre ainsi l'intérêt des discussions, comme lorsqu'il m'arrive de comprendre qu'on a engagé la discussion par seule pécuniere motivation (chauffeur de taxi, vendeur dans une boutique pour touristes... assez rare tout de même, mais j'y ai eu le droit en Tunisie)

enfin des nouvelles algériennes ! :love:
LS Lsttx Regular ·
Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (1/2) Il y avait bien, il faut l’admettre, une certaine appréhension avant d’entrer en Algérie. La sécurité, les relations entre le pays et la France, les forces de sécurité… j’avais comme dans l’idée que je regretterais assez vite la Tunisie, son calme. Et pourtant ces premiers jours furent tout à fait superbes !

Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande

Un mot tout d’abord sur le formel passage aux frontières, dimanche 17 matin, déroulé sans accroches et sur fond de paysage de fou. L’approche de Tabarqa avait, la veille, donné le ton géographique et l’on est resté dans les mêmes sublimes eaux (modestes monts, recouverts de forêts, qui se jettent dans la mer) jusqu’à Annaba. La grande ville de l’est algérien fut en effet ma première étape, et si elle fut si réussie principalement en raison d’une rencontre elle avait démarré sur les chapeaux de roue. J’avais en été déposé en collectif (louage algérien) en périphérie d’Annaba (les « gares routières » se situent généralement en lisière des centres urbains et nécessitent une petite course en taxi), et il se trouve que le premier site à visiter se trouvait à quelques centaines de mètres de là. Arrivé au « portail », je sonnai, frappai, mais compris qu’il me faudrait un peu attendre (il était midi 30) alors je me suis assis sur le bord de la route. C’est alors qu’a débuté l’enchaînement tout à fait divin : d’abord un homme dont l’entreprise donnait sur la route me pria d’entrer, me donna à boire manger etc. Il s’agissait d’un employé de Naftal, le Total algérien (public ! filiale de la puissante – et toute corrompue - Sonatrach qui gère le pétrole national), d’où le portrait de Bouteflika au dessus de moi. Présenté à des collègues, nous avons papoté en frarabe (je reviendrai sur les langues) avant qu’on me signale que je pouvais enfin accéder à mon antique site. A peine la famille remerciée-saluée, je rencontrai sur place Amine, étudiant d’Alger venu passer quelques jours à Annaba en famille… et qui s’était offert une petite excursion solitaire pendant que les soeurs-frères-parents étaient à la plage. Nous avons tout simplement passé l’après midi ensemble, tous les deux touristes (moi j’avais le guide… et lui une voiture ! mumtaz ! parfait !) discutant sur l’Algérie surtout, l’Islam, Alger, les études. Ce fut assez passionnant, et le très sympathique kopain a rendu la ballade tout à fait magnifique.

Dernières photos tunisiennes... pas mal pour une conclusion :) L'ultime barrage policier avant le poste frontière quelques km plus loin. "Première fois de ma vie que je vois un français (un blanc, dans sa tête) qui parle arabe", a balancé le responsable à ses collègues Le paysage, curieusement, semblait s'embellir à mesure que l'on approchait de la frontière.. Je dis "on", c'est en fait le conducteur et moi :p les kopainflics avaient arrêté un louage juste pour moi, la routine maintenant ! masha Allah :love: Hadada, premier bled algérien. A la frontière, mon interlocuteur a regardé mon passeport avec minutie, m'a longuement regardé... puis m'a lancé marhaba bik (bienvenue) avec un grand sourire (ndlr: contrairement à la Tunisie, la visite en Algérie nécessite une préalable demande de visa) Nous voici arrivés a Annaba, dont le centre fut tout à fait bâti par les Français comme cela se voit plutôt Pardon pour la photo prise en train de discuter... Au cœur d'Annaba se trouve le "cours de la Révolution", avenue assez large comprenant de vastes terrasses et d'agréables endroits pour discuter a l'ombre La plage est a quelques kilomètres du centre, heureusement qu'il y avait Amine ! J'ai même pu dire bonjour à la famille du coup.

On aura bien remarqué que j’ai gardé secrète l’identité du premier site visité, et ce stratagème a bien une raison : c’est que l’histoire la plus récente de l’Algérie a considérablement assombri son visage touristique, et que l’on a tout à fait tendance, en France, à sous-estimer la puissance historique et culturelle du pays. Pour la culture, c’est quelque chose qui sera développé dans les paragraphes suivants à l’occasion de ma petite excursion kabyle, mais pour l’histoire on y était déjà, à Annaba, quelques heures après l’entrée dans le pays puisque la ville antique, Hippo, fut fondée au XIè siècle avant JC par les Phéniciens avant d’être numide (les Berbères qui étaient parvenus à monter un bon royaume en Afrique du Nord, III-Ier siècles avant JC), alliée de Carthage, romaine (Hippone) puis (maintenant on connaît) vandale, byzantine, arabe, espagnole, ottomane, française ! C’est sous les Romains qu’elle cartonne tout de même bien, au point qu’y est nommé évêque après sa conversion puis y meurt… Saint Augustin, svp (ndlr keumême: plus grand théologien chrétien du Moyen Âge, superstar à ses IV-Vè siècles). Les Français eurent la grande idée de bâtir, sur la colline surplombant le site antique, une basilique qui prît le nom du grand homme (mais qui a mal vieilli), d’où la jolie photo d’ensemble. Ma foi, c’était une très bonne introduction d’un point de vue touristique !

Le site est donc lui divisé en deux parties : les charmantes ruines d'Hippone d'une part Et la basilique Saint Augustin d'autre part, surplombant le site archéologique. La perspective est tout à fait sympathique. La basilique, ceci dit, n'a pas über bien vieilli :o L'interieur n'est pas non plus dantesque (si je puis dire). Ah ah la visite était tout de même ponctuée de questions très sympathiques d'Amine qui visitait "pour la première fois un lieu catholique" : comment on prie ? A la messe quand est-ce qu'on mange ? :love: je rappelle au passage le gros kiff chrétien à Jéru, 2 years ago, au Saint Sépulcre Le tombeau de Saint Augustin se trouve à Pavie, en Italie bien sûr... mais Annaba a le droit de se consoler (ou pas) avec son "cubitus", un os du bras (really real).

Comme nous avions assez longuement vaqué avec Amine, ce fut en fin de journée que je gagnai Constantine. Autre grand centre urbain de l’est algérien, autre cité au très riche passé, la ville est située dans un cadre extraordinaire : le plateau rocheux sur lequel elle fut bâtie, il y a plus de 3000 ans, n’a cessé d’être creusé par un oued (cours d’eau) qui en a fait un rocher suspendu au-dessus de profondes gorges, et que d’immenses ponts lient aux routes périphériques. Les vues sont superbes, mais Constantine a aussi de nombreuses petites beautés dans sa vieille ville qui fut visitée le lendemain, et qui rendirent cette deuxième étape jolie comme tout. Quelques épisodes, en outre, furent particulièrement mémorables : déambulations et discussions avec des gamins sur la place centrale, bondée le dimanche soir, moment très apaisant avec une jeune guide au français parfait dans les murs du magnifique Palais d’Ahmed Bey le lundi matin, suivi quasi-instantanément par une rencontre musclée. Passant devant l’immense et joli fort surplombant la vieille ville, je voulus faire mon malin en prenant l’une de ses jolies et massives portes d’entrée alors que les militaires occupent notoirement l’édifice. Quelques commerçant m’ont regardé avec un air mi étonné-mi inquiet, et j’étais pris assez vigoureusement par le bras par un homme en civil qui me fit entrer, justement, dans le fort. Je n’ai pas eu le loisir de visiter l’ensemble, comme on peut l’imaginer, puisqu’il me fut demandé simplement – et fermement – de supprimer la photo avant de me faire jeter dans la rue (saHa, à bientôt). Un peu choqué, je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander aux militaires qui m’entouraient alors si travailler pour l’institution qui fait tant de mal au pays (on va avoir le loisir de revenir là-dessus) ne les dérangeait pas. Tant mieux, je pense.

En route pour Annaba, une petite centaine de kilomètres dans un collectif. De la musique, de jolis paysages et une bonne leçon de conduite dont on reparlera ! La route flirtant régulièrement avec les hauteurs, nous avons bien mis 3h pour arriver Assez frappé par la beauté des vallées. Début sur les chapeaux de roue sur ce point, comme en Turquie ! Voici Annaba, très joliment perchée. Un peu frustré par mes photos des extérieurs de la ville tout de même, j'ai sous estimé la faible luminosité à mon arrivée vers 19h30 (nuit vers 20h30) Dans la ville, qui sent bien également la présence française La même photo, avec un peu plus de recul pour englober la grande place avec les cafés. Présence très masculine, de jour comme dans la soirée. Sans transition on lance l'introduction à la cuisine algérienne, certes assez proche de ce qui se fait chez les voisins. Néanmoins ! La typique chorba, soupe qui peut être servie avec du blé concassé et de la viande comme ici, accompagnée de bricks à la viande, ici boreks (c'est moins joli :o) Le lendemain, dans le Palais construit juste avant l'invasion française (pas de chance). Occupé par les militaires français puis algériens, il a subi 25 ans de rénovations (oui oui) avant d'être ouvert au public en 2010 ! Il reste du travail, ceci dit, avant d'en faire un musée à 100% (projet dont m'a informé la guide) Il faudra débroussailler un peu aussi :o les photos ne rendent guère la jolie lumière et les sympathiques chants des oiseaux, conférant à l'ensemble une très jolie tranquillité ah youpi. Dans les jolies rues de Constantine surgissent parfois d'impressionnants monuments aujourd'hui souvent occupés par l'administration. L'horloge est signée d'une entreprise parisienne L'un des ponts de la ville Au bout du gros rocher sur lequel est fondée Constantine (rebâtie par les Romains à la suite d'une rebellion en 311, prenant du coup le nom de l'Empereur), la vue est magnifique Site dont l'on me recommanda plusieurs fois la visite finalement non effectuée, le monument aux Constantinois morts pour la patrie (française!) fut inauguré en 1930

Ces premières 24 heures avaient été plutôt rondement menées, ayant eu une certaine chance au niveau des transports notamment (les bus ou cars sont très développés en Algérie, et les collectifs complètent assez efficacement) ; il était tout de même flagrant, dès ces débuts, que la donne technique était nouvelle avec une multiplication par deux ou trois des distances par rapport à la Tunisie. L’après-midi de lundi permit de confirmer la chose, avec la visite de Timgad, accessible à partir de Constantine (i.e. 100km au Sud, avec une route en montagnes donc bien 2h de route !). Chaleur accablante, site assez long à parcourir et même quelques collègues (touristes) algériens m'empêchant de jouir d'une parfaite solitude... il n'est resté, assez rapidement, quasiment rien de ces légers désagréments face à l'extraordinaire beauté du site. L'antique Thamugadi, fondée par les Romains au premier siècle après JC, frappe d'emblée par son organisation de l'espace, quasi-parfaitement structurée par rapport à deux axes perpendiculaires (Decumanus Maximus d'ouest en est, Cardo Maximus du nord au sud). Il ne reste pourtant pas grand chose d'entièrement conservé (un Arc, tandis que le bel amphithéâtre fut en fait reconstitué par des archéologues français) et vu d'ensemble, le site apparaît tout à fait comme un champ de ruines. Cela dit, les lignes apparaissent si clairement que c'est un pur bonheur d'en envisager la totalité sous un nombre infini d'angles, comme je le fis avec tant de joie. C'est bercé d'euphorie que je répondais, une grosse heure plus tard à ma sortie, aux questions "pour les statistiques du site" d'un employé des services de sécurité en civil. Gros kiff !

En route, toujours de jolies choses :)

Tac direct, Cardo Maximus. Je précise avoir fait une sélection très serrée des dizaines de photos prises sur place !

Vite, une vue d'ensemble :love: Il ne reste pas grand chose du Capitole... deux colonnes d'une dizaine de mètres tout de même :o

Au bout du site, se dresse un fort que les Byzantins édifièrent ex-post, au VIè siècle (ndlr après la conquête arabe, le site fut délaissé). Je n'ai pas poussé jusque là, souffrant déjà pas mal en tongues avec tant de brousailles à traverser ! Derrière la petite colline, le théâtre aperçu tout à l'heure. On distingue bien les formes des anciens Thermes ! Le Capitole, avec au second plan l'Arc de Trajan Le voilà de plus près, et les bons restes de route donnent une bonne idée de l'entrée dans la ville, il y a quelques siècles :) On finit en évoquant la multitude de lieux publics spécifiques, entre les maisons. Forum, temples... ici le marché de Sertius, juste à l'ouest de l'ancienne ville. Je ne saurais conclure sans évoquer les angoisses liées à la conservation du site, la dégradation des pièces conservées dans le musée du site étant principalement dûe à un manque de moyens et de personnel qualifié. Les fouilles, en outre, n'ont pas repris depuis l'indépendance. Un exemple comme un autre de la réussite des autorités, dont on aura bien l'occasion de reparler.
VI Vifi ·
khey, c'est la version française :) très usée dans le hip hop français, notamment. evidemment ici, c'est plutôt "khouya", qui vire effectivemment au "kho". j'ai arrêté de test mes "akhi", qui ne suscitent généralement pas grand chose d'autre qu'une certaine incompréhension (je généralise un peu, m'enfin :D)

merci pour ton témoignage intéressant. tu conviendras que les hommes, de façon certes un peu généralisante (encore!), sont loin de considérer les femmes comme les égales des hommes, étrangères ou pas. A mes yeux s'effondre ainsi l'intérêt des discussions, comme lorsqu'il m'arrive de comprendre qu'on a engagé la discussion par seule pécuniere motivation (chauffeur de taxi, vendeur dans une boutique pour touristes... assez rare tout de même, mais j'y ai eu le droit en Tunisie)

enfin des nouvelles algériennes ! :love:

bonjour

oui, la femme n'est et ne sera jamais vu comme l'égal de l'homme, c'est vrai dans la majorité des pays dans le monde...mais bon, perso je vais pas commencer à faire ma vie en fonction de ce que croient les autres.....

sinon, tes photos sont magnifiques, et je reconnais le peuple algérien dans sa gentillesse et son accueil....

enfin (j'allais pas partir sans critque 😛) : la chorba, ce n'est pas boulettes de viande haché ou blé 😮😮 c'est vermicelle (+ viande), et c'est fluide, très leger, citronnée ; mentholée, super extra ordinaire, attens le mois de ramadan et demandes-en.... et annaba est connue pour son conservatisme....tu verras plus d'algériennes dans les rues en kabylie et alger, oran....tente un "khti" 🙂, qui sait.....

Ne sors pas de la kabylie (quitte à prendre quelqu'un en otage) sans avoir bu de l'huile d'olive (la meilleure au monde) et manger du kessra (galette de semoule fourrées ou non de dattes mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmhhhhhhhhh)
LS Lsttx Regular ·
ah non ma très chère j'ai écrit "soupe qui PEUT être servie avec de la viande" ! quand ce cher Rim-k (du 113) nous précise dans son classique "tonton du bled" : "pendant 15 jours j'ai mangé que dla chorba" j'imagine que celle-ci est "nature", sans viande (dont le coût, je crois, peut être assez élevé)

bon je suis content j'ai placé rim-k.

Merci pour tes encouragements !! La suite du récit arrive avec du retard. Tu as bien raison pour le "conservatisme" de l'est, j'ai été frappé par Bejaia particulièrement (papier juste en dessous), incroyablement proche de chez nous. Mais aïe je n'ai testé ni les kabyles huile d'olive ou la kessra... mais par contre (j'essaie de me rattraper) j'ai pu tester Amazigh Kateb en concert !! Voilà la suite de mes modestes aventures :)

← Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (1/2) Vers Alger → 23 juillet 2011 Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (2/2) De façon assez inattendue (euphémisme), l'exploration de l'est de l'Algérie s'est poursuivie au même superbe rythme. Surtout, le voyage en Kabylie fut magnifique.

Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande Quittant l'inoubliable Timgad en milieu d'après midi, ce lundi 18 juillet, je n'eus pas trop du reste de la journée pour atteindre Setif à bonne centaine de kilomètres au nord-ouest, progressant ainsi doucement vers la capitale. Arrivé en ville, je me suis très vite rendu à un point qu'il me tardait de voir, le monument aux morts. C'est en effet dans cette ville, avec Guelma, que la France a commis l'un de ses plus grands massacres contemporains, punissant de mort plusieurs milliers d'Algériens après une émeute qui avait abouti au meurtre de plus de cent Européens de Setif (la manifestation du 8 mai 1945, censée célébrer la fin de la guerre, avait tournée à un appel autonomiste-indépendantiste ; dispersion sous les coups de feu des Français, tuant plusieurs manifestants). Assez tendu par l'émotion de me trouver seul en un tel endroit, entouré d'Algériens, j'ai pu constater que le régime n'était même pas capable de rendre dignement hommage à ses morts, le "monument" étant loin d'être à la hauteur de l'événement historique (je précise, en passant, qu'il convient de relativiser la thèse selon laquelle les massacres marquent le début de la guerre d'Algérie ; ce serait oublier que "la Toussaint rouge" de 1954 fut un coup audacieux de la part d'une frange seulement des résistants, et qu'il n'y a eu emballement militaire qu'en raison de la réaction aveugle des autorités françaises, à commencer par celle du ministre de l'Intérieur M. Mitterrand). Plus tard, je soufflais un petit peu, à nouveau très entouré au milieu... de manèges, Setif comptant l'un des rares parcs d'attraction qui n'ont pas fermé durant la décennie sanglante (1990s, guerre civile sur laquelle on reviendra). L'ambiance était assez bon enfant, alors qu'un peu plus loin les rues restaient bondées de jeunes vendeurs à la sauvette, de familles profitant des douces températures en soirée pour flâner sur les grands boulevards de la ville.

Des villas bien françaises à Setif Que fait un très populaire nu au milieu de Setif ?! La fontaine Ain Fouara fut ornementée de cette drôle de statue sur le désir du gouverneur de la ville, fin XIXè, qui avait été charmé (on le comprend). Les massacres de Setif et Guelma ont donc "simplement" le droit à une modeste fresque qui donne directement sur le carrefour (donc ignorée), au centre duquel se trouve cette chose.

La soirée à Setif, ceci dit, fut particulièrement belle grâce à deux longues discussions, avec Saleh jeune étudiant en gestion (21 ans, licence) puis Mohammed ayant lui fini depuis plusieurs années ses études en finance et travaillant... à l'hôtel où je passerais la nuit. Le premier m'a abordé à la pizzeria ghetto où je comptais prendre mon dîner en vitesse (celui ci dura près de 2h finalement, du coup) là où c'est moi qui lança le second, de retour au bercail. Les discussions furent essentiellement politiques. C'est que la situation de l'Algérie est profondément complexe, et que le pays semble se trouver aujourd'hui dans une situation de blocage sous bien des aspects inextricable. A l'origine, il y a clairement un coup de force des partisans du Front de Libération Nationale, au moment (fin des années 1940 - années 1950) où le mouvement indépendantiste commence à se structurer (rappelons que les Algériens furent de loin les derniers à appeler à une autonomie, à fortiori à l'indépendance, quand on les compare aux autres grandes possessions coloniales françaises ; Indochine d'abord, Maroc, Tunisie) ; le mouvement écrase ses concurrents dans la lutte pour le leadership (le Parti Communiste Algérien et le Mouvement National Algérien principalement) puis remporte d'indéniables succès militaires (résistance remarquable à la puissance coloniale, sur le long-terme, jusqu'à l'épuisement - intellectuel surtout, à Paris) qui lui donnent un prestige, une légitimité écrasante pour l'Histoire. Il faut bien prendre conscience de cela : si l'Algérie souffre d'une dictature, d'un piètre développement économique, d'une insécurité endémique et d'une place dérisoire dans le concert des nations (pour ne citer que!), ce n'est pas, comme on peut le penser intuitivement en France, parce que quelques méchants bonhommes ont pris le pouvoir dans la foulée du légitime combat pour l'indépendance. Non, il existait d'autres voies, d'autres hommes : Messali Hadj, Ferhatt Abbas ont fini par être réduits au silence là où ce sont bien ces hommes qui auraient du porter l'Algérie dans la lutte puis la liberté. L'endogamie FLN-armée-Etat aidant, le pays n'a cessé de s'enfoncer dans une crise économique sociale depuis plusieurs décennies, dont les origines sont donc profondément politiques (je résume certes rapidement). A la frontière algérienne, rafraichissant ma mémoire sur l'histoire récente du pays (j'avais surtout eu le bonheur, cette année, de travailler 1830-1962), je ne savais s'il fallait préférer les larmes à la rage pour exprimer la détresse que m'inspiraient mes lectures. Les vies de la plupart des Algériens sont réduites à une sorte de gâchis, le court-terme au bled ou l'émigration pour certains, là où leur histoire, leur richesse ethnique et culturelle, la beauté de leur pays leur confèrent un potentiel extraordinaire, digne des plus grandes louanges. Ainsi, sans revenir à ce point dans l'Histoire avec Mo et Saleh, j'entendais de la bouche des propres victimes, normales, du régime, ce que l'on lit, apprend assez rapidement dès que l'on s'intéresse à l'Algérie contemporaine. Comment, à l'oral de recrutement pour un poste d'enseignant, Mo s'est vu poser de pathétiques questions de forme ("pourquoi voulez vous être prof ?") traduisant l'indépassable situation où prévalent le billet, la connaissance, le piston. Un réseau gigantesque, dont les mailles sont tellement travaillées qu'elles semblent éternelles, voilà bien l'impression que faisaient ces récits ordinaires de jeunes gens, qualifiés, cherchant simplement un travail dans l'Algérie d'aujourd'hui. Et pourtant les choses peuvent changer ! Le pays connaît en quasi-continu de sporadiques révoltes, souvent de jeunes exclus du système scolaire (si ça vous dit quelque chose, c'est normal ; c'est pareil chez nous, à intervalles assez moins régulières pour que les politiques ne se soucient sérieusement des banlieues) ; en janvier 2011 encore, comme naturellement invités par les courageux voisins tunisiens (en fait surtout pour protester contre l'inflation des produits alimentaires élémentaires), le quartier algérois de Bab el Oued s'enflamme, les manifestations se répandant assez dans le pays pour que le centre de la capitale soit affecté plusieurs semaines à la suite. Plusieurs morts, bientôt des slogans contre le régime et pourtant la mobilisation s'effrite assez vite. C'est que l'Algérie, contrairement à Ben Ali qui n'avait d'abord répondu que par la force, dispose d'une considérable manne financière, pétrolière, que le régime a su plutôt habilement débloquer pour calmer les ardeurs ; de façon assez curieuse, d'ailleurs, les manifestations par corps se sont quasiment succédées au cours de ce premier semestre, avec à chaque fois ou presque des autorisations, des blocages de prix, des hausses de salaires, des facilités etc. En souriant, Saleh me montra une tabatière dans le coin de la rue puis la vitre teintée d'une voiture garée à côté de nous : "tu vois ça, ça ? il y a 6 mois ça n'existait pas".

A Setif, le parc d'attractions a du coup quelque chose de puissant ; la ville fut relativement épargnée par les atrocités des 1990s Un joyeux bordel Sympathique épilogue, le soir : les cybers avaient fermé, alors un boutiquier m'a invité à passer derrière le comptoir :p

Mardi 19, direction le nord-ouest. Il y avait tout d'abord un autre site antique assez important à visiter, le lendemain de Timgad : Jemila est d'ailleurs assez semblable dans l'idée, colonie romaine dont l'organisation de l'espace n'est certes pas au niveau de la première évoquée, mais dont certains des restes sont en bon état et qui a surtout le mérite d'être située de façon assez idyllique (vraiment pommée au milieu des vallées de pins). J'en parle assez tranquillement, en fait, mais le lieu est tout de même vendu comme "la perle de l'Algérie" ; c'est que la visite fut loin d'être enthousiasmante, le site étant ruiné par une écrasante logistique liée au "festival Jemila" consistant à produire des concerts au beau milieu de l'antique ville. Il y avait eu Khaled la veille (carrément), donc foule, donc le lendemain matin bouffe et papiers un peu partout, militaires assoupis, camions de la télévision officielle etc. On n'est jamais à court de motifs d'incrimination envers le régime, qui organise un peu partout dans le pays ces festivals d'été gratuits et qui ont comme un goût de "jeux", avec le pain que l'on donnait aux Romains (ah ah, justement) pour les endormir.

De très jolies choses en route pour Jemila Bon j'ai quand même pris plein de photos qui valent le coup, me semble-t-il Thermes, quelques maisons sont en plutôt bonne forme Mais seulement... Un peu plus loin, le site est moins affecté par la grande kermesse Et c'est alors qu'on comprend pourquoi/comment le site a tant de succès, en outre Constat d'autant plus flagrant avec le superbe amphithéâtre, bien isolé. Une prochaine fois peut être...

Sans rancune, je quittais en fin de matinée le site pour l'ultime épisode de cette première partie dans l'est algérien : Kabylie ! Il y a beaucoup de choses à dire. D'abord on a évoqué, en Tunisie, les Berbères qui assument peu ou prou le statut d'autochtones ayant subi l'invasion arabe au VIIè ; si dans le sud tunisien en compte un certain nombre, comme on avait eu le bonheur de tester, il convient tout de même d'admettre qu'en comparaison avec l'Algérie, la population tunisienne tend vers une certaine forme d'homogénéité (que la succession d'invasions a contribué à façonner, soit dit en passant). Rien de tout cela en Algérie, en fait, où l'on regroupe sous l'appellation "Berbères" différents groupes, "ethnies" aux langues plus ou moins propres mais clairement distincts les uns des autres : les Touaregs, cantonnés dans le Sud, sont très loin des Kabyles, Berbères des montagnes à l'est d'Alger, comme des Chaouias, très présents dans les Aurès. Les Kabyles, justement, ont une impressionnante capacité de résistance (mythe de la Kahina, guerrière qui avait résisté plusieurs décennies à la pénétration arabe au Maghreb... à l'époque où le littoral tunisien n'avait pas posé plus de problèmes que cela à conquérir) que les Français avaient su broyer, non sans cruauté, en 1871 notamment (confiscation de terres, déportation... les parents d'Abbas avaient fait partie des victimes, envoyant par la suite le gamin étudier à Alger ; grand bien leur en prit). Le régime après l'indépendance n'a pas été plus tendre, et la Constitution du pays, si elle admet son "amazighité" (amazigh = berbère), n'a jamais pris en compte les revendications d'un peuple loin d'être soumis (reconnaissance des spécificités linguistique, culturelle, religieuse aussi puisque l'Islam est loin d'y faire l'unanimité). De Setif, notre bus a pris plein nord vers la mer ; la traversée des montagnes kabyles a bien pris 3h Un peu plus tard, un peu plus bas. La route laissait franchement à désirer, alors que le trafic était (en plus) assez dense Le voyage fut tout de même très joli :)

Il fallait ainsi absolument se rendre en Kabylie !! Les guides touristiques s'attardent rarement sur la région, moins riche que d'autres en attractions, difficille d'accès (les montagnes, of course) et dont la situation sécuritaire laisse franchement à désirer (enlèvements réguliers, armée impuissante en apparence, attentats fréquents... deux morts l'avant veille de mon arrivée dans le nord, à quelques dizaines de kilomètres de ma halte). Mais j'avais très envie de taper un bigup par ma présence, à Bejaia au moins où je me suis donc rendu dans l'après midi de mardi. Quelle merveilleuse idée ! Les autorités divines se sont occupées du reste, dans une ébourriffante succession de merveilleux moments au sein de l'une des grandes villes de Kabylie, située au bord de la mer (contrairement à Tizi Ouzou ou Bouira). A peine arrivé, déambulant dans les jolies rues près de l'eau, j'étais embarqué par l'un des responsables du Festival de Djoua, 3è édition (relativement indépendamment du pouvoir) organisant concerts d'artistes locaux et internationaux, tables rondes, expositions relatives de près ou de loin à l'aménagement du territoire en ces terres. Bien plus tard, la nuit tombée, accompagné tout le long de mes déplacements par Fayçal, un jeune de Bejaia avec qui discussion avait été lancée en route pour le festival, j'assistais à une superbe série de concerts, conclue par le très très attendu Amazigh Kateb, fils de Kateb Yacine (grand écrivain algérien) qui fut accueilli sous les hourras. J'étais sonné par la vitalité de ces jeunes, dont les postures, les gestes, l'attitude si proche des notres semblaient bien illustrer cette "différence kabyle", sans cesse émerveillé par les danses improvisées à deux ou trois, les joints fumés devant les gendarmes, les ivrognes suscitant l'hilarité des garçons qui les voyaient passer. Il était tard, j'étais épuisé, mais la nuit était belle et j'ai continué un petit peu à danser avec la famille.

Et soudainement, les montagnes disparaissent derrière nous pour laisser place au bord de mer. Au bout du Golfe, très prisé des Algériens (jolies plages), Bejaia Dans l'un des théâtres de la ville, un débat en français (la ville est très parlée dans les rues de Bejaia, la forte immigration vers la France expliquant en partie) sur l'architecture en Kabylie J'étais, quelque minutes à peine plus tard, dans les locaux de la direction du festival L'abeille, logo du festival, "représente l'esprit, la parole, la purification"... Dans Bejaia, de nombreux edifices ont droit à une triple annonce (arabe-français-kabyle) Nombreuses et charmantes rues. Beaucoup de mots français, donc, mais aussi un climat passablement plus libéral que dans les villes visitées jusqu'alors La "place Guedon", épicentre de Bejaia où les femmes représentent la résistance à l'homogénie masculine aux terrasses :) Quelques heures plus tard, les concerts. Avec la nuit, impossible de prendre en photo le site dans son ensemble ; dommage pourtant, car la scène est située au pied d'une colline qui donne sur Bejaia, et le ciel était beau, clair ! Parmi les nombreux concerts précédant la prestation d'Amazigh Kateb, nous avons eu le droit à du ghetto tunisien assez chaleureusement accueilli (malgré l'impatience)

Enfin "the" concert a bel et bien débuté, déclenchant une joyeuse hystérie (et des fumigènes :o). Je mets en ligne une première vidéo d'un des concerts précédant celui de Kateb, une vidéo d'Amazigh viendra par la suite. Il s'agit, sur cette première vidéo, d'une reprise par une chanteuse locale d'un tube (d'où les chants) de Lounès Matoub, immense artiste kabyle dont l'assassinat en 1998 jetta la jeunesse de la région dans les rues. Le "procès Matoub", d'ailleurs, n'a débuté que cette même semaine et apparaît plus comme une parodie qu'autre chose. Sur la banderole du festival, à gauche de la scène, figuraient l'abeille évoquée, Ernesto Guevara (?!) et Lounes Matoub.

lien vers une petite vidéo d'un des concerts avant celui d'amazigh :

http://www.youtube.com/watch?v=k84yfPz1YbI&feature=player_embedded
VI Vifi ·
c'est fou, on reconnaîtrait la couleur des photos d'Algérie, entre mille ....

sinon, les révoltes algériennes n'ont pas attendu les tunisiennes....ni l'influence....mais c'est un peu compliqué....

enfin, je ne sais pas ce qui a causé la guerre, à proprement parlé...mais une chose est sûre : la France a perdu l'Algérie, car les Algériens n'étaient pas vu comme des individus mais des sous-hommes....malgré la constit de 58, malgré la conv edh (qui certes non ratif mais signée....à l'époque....).....d'ailleurs faut juste lire (relire) les propos de certains éminents auteurs de la constit...affolant, affligeant, désolant....et le traitement, encore aujourd'hui, des événements passés (au niveau scolaire, au niveau judiciaire....)

bref.....

je t'incite à prendre les G9, c'est marrant

et lorsque tu seras à oran, clame haut et fort la vérité : la garantika, c'est espagnol!!!!! (cours vite après) ps : t'as raté la kessra, l'huile d'olive (regrets à vie), ne rates pas la loubia et le couscous....ca va te changer de ceux mangés ailleurs.... 😛

ah oui : les crêpes mille trous, crêpe mhajeb (crêpes fourrées mmmmmmmmmmhhhhhhhhh)
LS Lsttx Regular ·
24 juillet 2011 Vers Alger

Chose promise chose dûe, voici un court extrait du concert d'Amazigh Kateb. L'épilogue de cette belle soirée fut tout à fait mémorable, puisque nous avons fini, plus ou moins sobres selon les confrères, vers 4h du matin. Du site du festival, perché dans les hauteurs, plusieurs bus furent nécessaires pour rejoindre la gare routière, d'où un car partit quelque temps après pour Alger. La nuit fut courte !

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Un mot, pour finir cet interlude, sur la discussion passionnante mais non évoquée dans mon précédent papier que j'avais eue avec Fayçal au sujet des Kabyles aujourd'hui. M'apprenant sans effet que l'on distinguait dans le pays assez facilement les Arabes des Kabyles, sans même "l'effet-langue" (attitude, fringues... et tout à coup mon visage s'éclairait : les réflexions que je m'étais faites quelques minutes auparavant, observant les kopains dans le bus, n'étaient donc pas sans fondements !), l'ami me rapporta un certain nombre de glauques anecdotes et histoires pas forcément si vieilles que cela illustrant la latence du racisme anti-Kabyle. M'avouant par exemple redouter de retourner à Oran pour les études, ayant eu quelques graves soucis l'an passé pour ces mêmes "raisons ethniques". Que cela soit su.

Vidéo d'amazigh :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=aKnCDbQKunE
LS Lsttx Regular ·
← Articles plus anciens Articles plus récents → 26 juillet 2011 Alger, vibrante capitale Après ces trois premiers et intenses jours passés dans l'est de l'Algérie, il était tout à fait le temps de découvrir sa capitale Alger ces mercredi 20 et jeudi 21. Mal partie, la visite est allée au-delà des espérances !

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Comme par le passé, la réussite de la visite ne fut pas parfaitement indépendante des conditions dans lesquelles elle s'est effectuée, et sur ce point il faut bien avouer que la longue soirée de la veille (fin du concert à 4h, courte nuit dans le bus parti de Bejaia) n'a point facilité les choses. Curieusement, d'ailleurs, c'est comme si un certain nombre des faiblesses de la capitale algérienne s'était rendu visible, faisant parfois flirter le bilan avec celui de son homologue tunisienne quelques jours plus tôt : ville étendue sur quelques dizaines de kilomètres mais sans réseau efficace de transports pour compenser (lignes de bus à connaître à priori, taxis rares et bondés, pas de métro ni de tramway dignes de ce nom), sites parfois bien isolés, défaut de pédagogie renvoyant à l'absence d'ambition touristique du pays... Well il y avait de quoi bien se blaser, et la fatigue aidant je ne fus point loin de jeter l'éponge.

L'attente fut longue, mais elle est récompensée : près de 50 photos pour montrer Alger ! Et l'on reverra notamment plusieurs fois ces typiques grandes rues A un coin de la ville, le monument aux martyrs Et de l'autre, Notre Dame d'Afrique, inaugurée par les Français en 1872. Deux bonnes heures de trajet entre les deux extrêmes, alors j'ai fait l'impasse sur la basilique (pardon les chrétiens :p). Oui c'est bien le tout petit point blanc entre les deux branches, surplombant la baie. Retour au monument aux martyrs, d'où la vue est tout à fait sympathique.. et donne une certaine mesure des distances à parcourir. L'offre de musées est bien timide ; repéré tout de même un Monet, dans le discret et charmant Musée des beaux arts (bien isolé, lui aussi) !

Ceci dit, quelques agréables surprises dès cette première journée dans Alger avaient su maintenir foi et motivation intactes. D'entrée, tout d'abord, je fis la rencontre avec le charmant Mohammed et sa non moins jolie amoureuse Tina ; un jeune couple d'étudiants algérois, qui lui revenait de Djoua (avec deux autres kopains que j'avais interceptés dans le bus), elle du Liban (j'ai repensé à Bcharré, Jbeil d'où elle rentrait tout juste). Mo s'était simplement montré très gentil, me clarifiant l'orientation, les grands axes de la capitale et si je finis par décliner l'invitation à se revoir tous ensemble le soir (pour découvrir ce que j'espérais l'équivalent des "clubs pornos-trans de Paris", i.e. l'Alger underground ; la formule est de moi :o), faute d'ample motivation, ces amabilités dont on reparlera avaient tout à fait rendu charmant le départ de la visite d'Alger. D'une façon générale, il est bien évident que j'ai pu compter sur les avis, conseils voire les invitations à manger ensemble des uns et des autres croisés dans la capitale. Cela ne paraît pas grand chose, dit comme cela, mais aide d'autant plus lorsque les visites ne s'enchaînent pas de façon parfaitement optimale.

On continue la visite avec le grand centre d'Alger et ses avenues bondées De temps en temps, de grandes places font les transitions. En l'occurence il s'agit du "boulevard" Mohammed V qui donne sur la grande poste, monument emblématique de la ville bâti par les Français début XXè A peine plus loin, le grand Abdel Kader (résistant mythique à l'invasion française, dont l'abnégation finit par être saluée ex-post par Napoleon III puis carrément par une légion d'honneur, après une intervention de l'homme à Damas, où il habitait, alors qu'un massacre de chrétiens allait être perpétré!) a aussi le droit à sa place Ces axes du grand centre-ville, particulièrement animés, sont donc très agréables à parcourir. L'architecture reste dans les mêmes eaux au bord de l'eau ; sur la droite, la gare ferroviaire L'université d'Alger, pignon sur rue. La grande place des martyrs fait la transition entre centre-ville et casbah. De nombreuses manifestations y ont eu lieu début 2011, faut-il y voir l'une des raisons pour lesquelles les travaux du métro (qui durent depuis plus de 20 ans... véridique) en ont bloqué l'accès ? (photo prise entre deux panneaux, comme on peut le voir :o) Un peu plus loin de la casbah, le square port saïd est aussi l'un des "noyaux" obligés du joli centre-ville. On y trouve notamment le Théâtre national

Sur la capitale elle même, ceci dit, la vraie "surprise" avait été la découverte des nombreux parcs qui offrent de beaux espaces pour souffler, lire un peu voire flirter (pour les djeunz surtout, évidemment). Alger n'offre pas une quantité proprement remarquable de musées ou autres espaces proprement touristiques, et ces oasis apparaissent d'autant plus agréables pour l'humble visiteur en quête de points d'intérêts.

Les jardins d'Alger ne sont en fait pas très nombreux, mais fort denses. On y oublie vite l'agitation des environs. En plus de temps en temps ils se mettent bien niveau rangées d'abres, buissons et tout :nerd: c'était donc le Jardin de la liberté, en plein centre-ville Dans un genre tout à fait différent et passablement éloigné du coeur de la capitale, l'extraordinaire Jardin d'essai fait le bonheur des familles algéroises (ça fait un peu publicité colonialiste, quand j'y pense) L'immense parc, qui donne sur la mer (dans mon dos, sur cette photo), fut développé dès 1832 ! On aperçoit le monument aux martyrs en haut à droite (on peut y accéder par un sympathique téléphérique)

Ainsi la visite d'Alger a tourné petit à petit, dans ces progressives évolutions qui font toujours mon bonheur. De l'exploration poussive et fatiguée du premier jour, certes point non plus pénible, l'arrêt dans la capitale a gagné en puissance principalement grâce au programme de visites de ce jeudi 21 : il était tout à fait temps, après l'aperçu de la grande et moderne ville, de se lancer dans l'exploration de la célèbre casbah, vieille ville dont les murs datent des XVI-XVIIè siècles et qu'un bon nombre de mythes continue d'entourer (ancien repère de brigands échappant grâce aux ruelles à la police, elle reste "déconseillée" de jour aux touristes en raison de l'insécurité, hors de question la nuit ! évoquons aussi la célèbre et sanglante "bataille d'Alger" de 1957, lorsque Massu et cie pour démanteler les réseaux du FLN au sein de la Casbah y employèrent de sombres méthodes). La medina d'Alger apparaît ainsi tout à fait comme une ville dans la ville, mais de façon beaucoup plus puissante qu'à Tunisie (dont la vieille ville manque d'homogénéité, comme on l'avait vu) dans la mesure où l'on ne semble jamais sortir de ces étroites ruelles, de cette sorte de quartier géant à l'abandon, parfois en mauvais état mais toujours animé des allées et venues de quelques anciens ou gamins jouant au ballon. Surtout, la casbah compte un nombre vraiment réjouissant de dar (grandes et riches maisons), comme à Tunis, que l'on peut visiter en l'état ou parfois reconverties en musées ; ajoutés à cela quelques superbes édifices religieux et anciens palais, et l'on obtient enfin, pour Alger, une excitante liste d'attractions qu'il est tellement bon, protégé de la chaleur dans les si atmosphériques rues de la medina, de valider les unes après les autres. La matinée de jeudi fut un modèle du genre, et l'on en fut d'autant plus heureux qu'elle célébrait par là même le potentiel "purement touristique" de la capitale algérienne.

Nous vous proposons donc, en quelques photos, un GROS BIGUP du coeur historique d'Alger. A priori, la casbah n'est pas si différente du centre-ville dont elle est d'ailleurs adjacente. Les rues sont certes moins larges, et surtout quelques surprises viennent détonner : ici la mosquée Ketchaoua, du XVè et qui avait été switchée en cathédrale sous l'occupation française. Mais plus l'on monte (la casbah est construite sur l'une des collines de la baie d'Alger), plus les rues deviennent étroites : on entre vraiment dans la vieille ville C'est à la limite de la "basse Casbah" et de la "haute" qu'en principe, le voyageur solitaire rédige son testament ou rebrousse chemin :nerd: Alors évidemment, moi j'ai foncé la tête baissée ! :love: Enfin à ce moment là, je faisais moins le malin comme en témoigne la moyenne qualité des photos prises très vite. Certains coins inspiraient certes peu confiance, et j'étais bien seul en ces ruelles. Ah youpi ! Arrivé au sommet de la casbah, on se remet de ces fantasques émotions. Un peu plus loin à gauche (au nord) se trouve le quartier populaire de Bab el oued La medina est surplombée d'une superbe citadelle où logeaient les beys souverains jusqu'à l'arrivée des Français. Très malheureusement, les travaux de restauration (heureux, eux) battent leur plein et il n'y eut point moyen de négocier. Curieusement quand j'ai replongé dans les rues de la casbah, je ne me faisais plus du tout de souci :o la routine :nerd: :love: Il faut dire, aussi, que cette deuxième partie fut cantonnée à la "ville basse", où l'on peut visiter quelques magnifiques endroits (que l'on va détailler plus bas) Petit foot dans la Casbah. Par décence vis à vis de mes tongues-de-La-Mecque, je n'ai répondu favorablement aux invitations des gamins. Le programme restait chargé, aussi :) On finit cette première partie du diaporama par l'évocation des dangers qui menacent la conservation de la Casbah, un peu comme à Tunis (sauf qu'en l'occurence, le régime sale est tout à fait responsable). Heureusement que l'Unesco semble mettre un peu la pression..

On ne saurait, néanmoins, limiter Alger à son réjouissant paquet d'attractions ; ce dernier, même, n'apparaît à posteriori que comme une formalité qu'il convenait cependant tout à fait de valider, comme pour être à la hauteur du statut de capitale. Après tout, la medina algéroise est à des années lumières d'avoir l'histoire de Damas ou la puissance du Caire, et l'on a bien vu les limites de la capitale sur d'autres points qui, parfois, importent tant. Seulement, Alger a de marquant ses immenses boulevards construits par les autorités coloniales, axes de circulation qui n'ont tellement pas changé depuis l'indépendance que les facades des grands immeubles semblent pour un certain nombre sur le point de s'effondrer. Curieusement, cette immense influence française semble se retrouver dans les comportements des citadins, tout à fait libéraux, pressés, d'une énergie ravissante. Il est intéressant, sur ce point, de se rappeler Tunis ; des remarques similaires avaient été alors faites, insistant bien notamment sur le plaisir de parcourir la grande avenue Bourguiba. Or ce "centre-ville" moderne, dont les rues restent animées et les terrasses occupées jusqu'à tard, il est trois à quatre fois plus grand qu'à Tunis ! Le réaliser est frappant, et le souvenir de ces ballades prolongées simplement parce que l'air était bon sur les grands boulevards, croisant les regards et m'émerveillant de l'énergie de la capitale, me semble profondément illustrer ce qu'est aujourd'hui Alger, si proche de Paris.

Cette ultime série de photos n'est pas en raccord avec ce qui vient d'être écrit, mais ce n'est pas trop grave. On finit donc avec les nombreux "dar"

dont l'organisation de l'espace est souvent semblable : un long couloir d'entrée (photo précédente), qui débouche sur une pièce principale

et des étages (accès par de petits escaliers serrés), des faïences, de jolies petites pièces à droite à gauche

Les musées sont rarement d'un énorme intérêt, et l'on contemple plutôt les jolis murs souvent restaurés

Voici maintenant le massif "palais des raïs", en dehors de la casbah puisqu'il donne directement sur la mer (ce qui n'est pas, à quelques mètres près, le cas de la medina puisque la place des martyrs la sépare justement de l'eau)

Il s'agit en fait d'un ensemble de grandes demeures qui ont été restaurées et "rassemblées" ; l'un des principaux palais fut tout de même occupé par les deys avant les Français (d'où le nom, "palais des raïs" i.e. des chefs)

Les intérieurs sont certes proches des autres dars de la casbah

Mais les extérieurs sont très sympathiques

Et les façades rendent vachement bien (l)

KOOKOO ! ultime transition dans les chiottes de la Casbah (:nerd:) : après les dars-palais, la ballade entre la medina, le port et le centre-ville

Près du très joli port trad

se trouve la vénérable "grande mosquée" qui remonte au XIè siècle (pas mal) Surtout, l'ambiance y est très agréable et on a le droit à une sorte de patio plutôt original, sympathique.

Sinon dedans c'est retour aux tapis AL AMDU LILLAH ! Tapant une petite prière de remerciement pour cette magnifique matinée, j'ai capté avec un immense plaisir la discussion en frarabe entre deux anciens dont tout le monde pouvait profiter (i.e. ils parlaient fort), dans un coin, au sujet notamment des immenses réserves de change du pays (grâce au pétrole). Les deux dernières répliques, in texto : "on est vraiment gouvernés par des salopards, des bandits, des voyous" "ça c'est plus que sûr !" :love: Au bord de la place des martyrs (on aperçoit le chantier derrière), la "mosquée nouvelle" a quand même bien 4 siècles et demi. Turque (yani construite sous les Ottomans), elle n'est ouverte qu'aux heures de prière "pour éviter les allers et venues, les gens qui traînent" comme me l'avoua, un peu gêné, l'un des gardiens. Pas grave, bisous la famille !
LS Lsttx Regular ·
29 juillet 2011 L’ouest, un transit

Algérie, le voyage dont le cap est maintenu plein ouest continue : après Alger, ce sont Oran et Tlemcen qui sont explorés dans la joie et la bonne humeur les jeudi 21 - vendredi 22. Comme un goût de transit, ceci dit, tant le Sud et ses promesses poussent à aller de l'avant.

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Après la magnifique matinée algéroise, j'ai sauté dans un train pour Oran ce jeudi 21 juillet en début d'après midi. On ne l'avait pas relevé jusqu'ici, mais il faut tout à fait noter ô combien l'Algérie a plutôt impressionné en matière de transports, les bus cartonnant tout à fait là où le réseau ferroviaire permet quelques rapides échappées. C'est le cas vers l'ouest, et les 300km qui séparent Alger de la deuxième ville du pays furent parcourus de façon assez confortable, ayant vite trouvé de charmants interlocuteurs. Ce fut surtout Nadia, la quarantaine d'années, belle femme mère de trois enfants travaillant à Alger mais dont la famille est à Oran (d'où de fatigants allers-retours). Nous avons longuement discuté en français, parvenant à venir progressivement à bout de sa timidité première ; sur les enfants grandissant à Oran plutôt qu'à Alger, sur l'Islam, l'Algérie, les femmes ici. Une rencontre assez douce.

J'ai fait mon riche (arrivé à la bourre à la gare d'Alger, j'avais surtout pris la file d'attente la plus courte..). PREMIERE CLASSE ! 13€ le voyage :p De bien beaux paysages en route, mais les différentes discussions furent si captivantes que l'apn est surtout resté dans la poche.

A Oran est né le raï dans les années 1930 (assez contestataire, libéral à l'époque ; loin de l'image un peu sirupeuse que l'on peut s'en faire aujourd'hui), à Oran vont bien des Algériens pendant les vacances pour profiter de la mer, à Oran la vieille ville et plusieurs monuments témoignent de l'influence des Espagnols, présents entre les XVIè et XVIIIè siècles. Mais curieusement la visite de la ville a pris rapidement une direction précise, plutôt malheureuse, et quand bien même l'exploration de la ville se fit en deux étapes (le vendredi après midi, après le jeudi soir) l'impression assez funeste de la deuxième ville algérienne ne m'a jamais point quitté. La faute à l'arrivée catastrophique le jeudi 21, la ville étant prise d'assaut par les habitants de tout le pays l'été (nombreux cabarets, jolies plages le long de la fameuse "corniche" ; hôtels du coup bondés) ; la météo assez médiocre, ces deux jours. Surtout, Oran est très loin de l'abondance apparente d'Alger, et ses rues sont occupées quasiment jour et nuit par des groupes de jeunes, certes inoffensifs, hittistes (de hit, "mur" car ils occupent souvent un espace précis de territoire) qui passent le temps à regarder les gens aller et venir, s'ennuient, rigolent. On m'a plusieurs fois invité à ne pas tenter la nuit dehors (c'était pourtant bien passé, pour Yizrael :p), pressé plus qu'ailleurs de faire attention à mes effets personnels. Le centre d'Oran, parcouru le lendemain, était d'une pauvreté matérielle stupéfiante ; loin des grandes avenues typiquement françaises, les quartiers sont délabrés, les quelques monuments en piètre état. Mes allées et venues ne furent pas moins émaillées de sympathiques rencontres, d'aides sporadiques pour se repérer et de joyeuses et superficielles discussions ! Mais il y avait tout de même dans le fond cette impression de ville à l'abandon, difficilement réjouissante et qui invitait surtout à expédier les affaires courantes pour de plus joyeuses destinations. Ce que je ne tardai point à faire.

Il y a tout de même bien des choses à montrer ! Mais dans tous les cas avec ce temps pourri. On commence avec la sympathique gare ferroviaire. Oran, ses boulevards un peu crades et bien masculins La ville est certes largement moins étendue qu'Alger, mais c'est la même galère pour les transports Les deux trois choses immanquables du centre-ville, dont la place du 1er novembre S'y trouvent l'hôtel de ville (flanqué des deux lions ayant donné leur nom à la ville, wahran en VO) ainsi que le non moins massif théâtre Un peu plus loin, l'imposante cathédrale d'Oran fut bâtie début XXè par les Français et sert aujourd'hui de bibliothèque (sympathique) Lorsque l'on s'éloigne un petit peu des grandes places pour atteindre les vieux quartiers d'Oran, on tombe notamment sur l'ancien palais du Bey dont les remparts ont gardé la pêche Surtout, on en découvre l'aspect assez catastrophique, d'un état de conservation préoccupant De façon certes bien caricaturale, le tombeau du Saint oranais Sidi el Houari (XVè siècle, très vénéré) illustre la chose Dans un tout autre genre, l'église Saint Louis (construite par les Espagnols au XVIIè, transformée depuis en synagogue puis en mosquée) (!) est aujourd'hui laissée à l'abandon, et des odeurs d'urine et de bière parfument son parvis. Une petite vue d'ensemble, pour conclure : un bout du port d'Oran (toujours sans soleil) Et l'on conclue avec l'incontournable fort de Santa-Cruz, qui surplombe joliment la ville ! Comment ça, les nuages ?

Il y avait eu, entre temps, une jolie petite expédition à Tlemcen. La ville, assez éloignée des grands axes (elle n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres de la frontière marocaine, fermée depuis une vingtaine d'années), a constitué une charmante étape, un peu sur le modèle d'Alexandrie en 2008 : centre-ville pépère, belle grande mosquée (ndlr on utilise généralement le terme masjid pour désigner le lieu de prière musulman, jama'a pour la plus grande ou la plus vieille de la ville ; or en Algérie, les mosquées ont TOUTES droit à l'appellation jama'a), sympathique ballade entre les terrasses de café et les ruelles alors que les commerces fermaient les uns après les autres, l'hebdomadaire grande prière (vendredi, juma'a ie le jour où l'on se rassemble, vers 13h30 ici) approchant. Ma foi, j'étais retourné à Oran le cœur un peu plus léger.

Trajet vraiment superbe en train, ce vendredi matin Près de 3h pour parcourir la centaine de kilomètres entre Oran et Tlemcen... Voilà qui en tout cas donne envie de se rendre au Maroc :) je précise au passage que le pays "où se couche le soleil" (i.e. le plus à l'ouest des arabes) ne fut pas au programme du voyage en raison des frontières terrestres fermées depuis plus de 20 ans avec l'Algérie (voir le Sahara occidental, notamment) Si l'on n'est pas passés au 100% soleil en quelques heures, les photos suivantes donnent tout de même je crois un petit peu plus envie qu'à Oran ! Voici donc Tlemcen, loin d'avoir été aussi façonnée par les Français qu'Alger moins de par l'investissement des Ottomans que celui de plusieurs islamiques dynasties. L'ancienne Agadir était devenue musulmane dès le VIIIè siècle avant de devenir capitale régionale, et les murs du "Mechouar" (citadelle construite au XIIè) donnent une idée de l'importance passée de la ville, aujourd'hui tranquillement assoupie. Dedans, on se laisse surtout happer par les charmantes petites rues et par les deux jolies grandes places qui marquent le coeur de la ville. On y trouve certes le très aimable marché, particulièrement animé en ce saint jour, mais surtout s'y dresse la grande mosquée, bâtie au XIè et qui jouit d'une prestigieuse réputation. L'édifice est en effet superbe, et son beau minaret en donne un premier indice de l'extérieur Dedans, surtout, la sérénité des lieux fait très plaisir. Les frères y sont pour beaucoup ! Ca discute tranquillement, à quelques heures de l'hebdomadaire teuf, et l'on m'a fait un accueil sublime (sans manières, de façon très fluide et comme "spontanée"). La très belle prière, qu'on y a faite !

Vendredi 22 soir, un bus me permit de quitter Oran pour le Sud, où je comptais vivre la dernière phase du voyage algérien. Rapidement lancé en français par mon sympathique voisin, j'ai eu le bonheur maintenant presque habituel de pouvoir converser sur les sujets habituels avec Raydhan, d'Oran mais travaillant à Bechar (500km au sud). Le soleil se couchait, les voyageurs commençaient à s'endormir mais la gentillesse et l'humour du voisin aidèrent la discussion à tenir bien des heures. Après un court silence, repensant à cette semaine qui s'achevait avec mon départ pour le désert algérien, je fus frappé de réaliser la quasi-constance de mes rencontres avec de jeunes et aimables pairs le long de mon parcours. C'est pourtant simple : il ne fut pas une seule de mes étapes sur le chemin duquel ma route n'a point été illuminée par un kopain, un ancien poussant bien au delà de la simple aide que je lui demandais à priori, une joyeuse bande de djeunz. Prenant soudainement conscience d'un tel miracle, la possibilité de le formuler tel quel à l'ultime de ces providentiels interlocuteurs me fit gagner une douce euphorie. J'en tirai quelques larmes.
LS Lsttx Regular ·
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Sahara algérien, merveilles et dangers d’une sublime conclusion Partant d'Oran le vendredi 22 au soir, ce sont trois chargés jours qui furent consacrés à la découverte du Sahara algérien. Le plus grand désert du monde, dont les parties en "mer des sables" nourrissent tant de fantasmes, occupe bien les deux tiers du territoire du plus grand pays d'Afrique et si l'on n'a pas poussé jusqu'aux frontières du Mali ou du Niger, un bon tour fut accompli à un rythme particulièrement soutenu (un peu plus de 2000km parcourus, tout de même !). Et de cette magnifique dernière phase du voyage, un drôle de couple émerveille : le désert, terre à la fois de merveilles et de dangers.

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Les merveilles sont assez simples à identifier, apparaissent comme intuitivement. Sur la longue route traversant ces terres arides à peine habitées, de rares villes construites sur un format semblable d'oasis (habitations et palmeraie autour d'une source d'eau) ont offert de sublimes étapes tant leur éblouissante découverte jouissait des splendides cadres géographiques. Ainsi à Taghit, dès les aurores du samedi 23 : arrivé par bus à Bechar vers 4h du matin, je pris tout de suite un (cher puisque non collectif) taxi pour le village en question car il convenait de s'offrir le lever du soleil sur les dunes. Il faut dire que Taghit est une référence en la matière, presque trop belle pour le croire : l'oasis est située au pied même d'immenses dunes qui marquent la frontière du grand erg occidental, mer de sable couvrant une superficie comparable à la France. Ainsi, m'épuisant dans l'escalade de ces montagnes de plusieurs dizaines de mètres, parvenant à bout de souffle à leur sommet d'où la vue était fabuleuse, je me suis effondré en souriant. Mon petit tour saharien débutait à peine, et il n'était déjà quasiment plus possible de qualifier par les mots le bonheur qu'il m'offrait.

Arrivée à Taghit, lever du soleil imminent. L'immense ombre est bien celle d'une dune ! J'avais déjà testé l'escalade de dunes en Oman-Arabie Saoudite (février 2009), mais là en plus je l'avais fait en courant, ayant peur de manquer les premiers rayons du soleil... D'en haut, la vue est superbe sur Taghit La vue d'en haut, deuxième moitié (droite) Repos bien mérité (je n'aurais pas dû me rouler dans le sable pour autant, mes poches de pantalon l'ont regretté par la suite) Here comes the sun, tou dou dou dou and I say, it's allright ! Le spectacle des dunes progressivement conquises par le jour est proprement captivant Le soleil embrasse l'oasis à son tour

Redescendu de mes divines hauteurs (de sable, hein :p), j'ai traîné un peu à Taghit où quelques irréelles rencontres furent faites (un peu à la Village, le film de Shyamalan, discutant aux tables d'un café avec quelques illuminés et/ou des hommes aux visages incroyables). Le soleil était encore tout à fait supportable, et l'attente de nouveaux bus pour Bechar (où il fallait repasser pour poursuivre la route), quoi qu'assez longue, fut donc loin d'être pénible. Ceci dit, avec l'irruption de la contrainte technique liée aux transports, on touchait l'un des premiers "dangers" de la région qui est surtout, plutôt, un désagrément propre au voyage dans le Sud : le risque de se trouver coincé, la rareté des véhicules (collectifs comme individuels) aidant, la difficulté d'avancer sans de trop longs délais. La contrainte, qui a rendu ces trois jours épuisants (faux rythme, longs trajets parfois pénibles, nuits - sans longs sommeils - dans les transports pour ne pas consommer trop de temps de jour dans les trajets), n'en a pas moins produits quelques ravissants épisodes. Comme ce samedi soir, déposé sur le bord de la grande route du Sud pour me rendre à Timimoun (j'avais visité Beni Abbès l'après midi, mais les bus Bechar-Timimoun n'y font pas escale) ; attendant longuement l'hypothétique convoi, le coucher du soleil passé, j'avaii fini par m'allonger au bord de la route jusqu'à un brusque réveil, les phares du car dans les yeux. 'Issa, 'issa ! T'là ! (monte !)

On conclue le merveilleux premier épisode Jolie descente, tout tranquillement. Un kopain au loin, en blanc :) Voilà le coeur de Taghit, déjà bien éveillé (8h du mat' à peine) Un peu plus loin, un ksour a été restauré (un peu trop d'ailleurs) mais nous n'étions certes point venus pour cela On finit la visite de Taghit avec un BIGUP au kopain tenant une boutique d'épices chez qui mon sac a passé la matinée (l'ascension de la dune aurait été hardcore, sinon !). Je lui ai acheté un peu de ras al hanout pour signifier ma gratitude.

Beni Abbès avait donc été atteinte dans l'après midi, un peu plus au Sud de Taghit qu'elle se trouve. Sur le papier, le plaisir annoncé était le même car l'oasis, disposée de façon similaire à la première visitée le matin même, offre régal semblable pour les yeux. Et pourtant, plusieurs éléments vinrent sublimer ces quelques heures passées sur place, au point d'ailleurs qu'à la conclusion de cette deuxième étape je n'en pouvais guère plus de revenir sur la succession de petits et magnifiques épisodes : arrivée dans le village écrasé sous la chaleur (la quarantaine de degrés), plusieurs sympathiques contacts noués dans des cafés pour la suite de mon trajet, ballade dans l'oasis et über-kiff au sommet des dunes surplombant Beni Abbès... surtout, les heures coulant, je pus contempler avec bonheur les rues reprenant vie, les habitants sortant peu à peu des maisons, les commerces rouvrant. L'oasis s'éveillait, et moi, entouré d'amis qui avaient la très bonne idée de ne pas avoir une seule notion de français (me poussant à nouveau à la pratique du bledard ! on reviendra dans l'ultime papier sur les joies linguistiques du voyage), j'étais tout heureux d'accueillir ces belles images d'habitants dont l'existence s'accorde en patience avec le climat du Sahara.

Le voyage de Taghit à Timimoun a permis de rappeler que l'essentiel du désert, encore une fois, n'est point riche en dunes. Passons de suite à Beni Abbès et à ses drôles d'arcades, dans la rue principale. Notez la foule vaquant à ses occupations (il est 15h30) Les kopains locaux se sont esclaffés lorsque je leur ai dit partir escalader les dunes alors qu'il était 16h (mon bus pour la prochaine étape devant passer vers 19h, je n'avais pas le temps de m'attarder!). Deux indications, ici : la principale dune derrière fait environ 75m de haut, et le chèche vient de Kairouan :p Vue carrément splendide, en haut. Il y avait alors, contrairement au matin, une parfaite luminosité. On va faire quasiment 360°, tant le paysage vaut le coup Beni Abbès a donc une bonne palmeraie, joliment nichée entre les dunes et le plateau désertique L'erg semble vraiment débuter au pied de l'oasis La Libye c'est tout droit :nerd: Et on finit avec "la ville moderne", un peu plus bétonnée que le village aperçu sur les photos ci-dessus (mais tout de même bien ghett ghett). Pour ceux qui en veulent plus, youpi : une jolie petite vidéo fait le point ! On finit en évoquant le reste de Beni Abès, vite exploré (au même titre que le ksour trad près de la palmeraie, photo suivante) Pas d'illustration photographique, malheureusement, pour "l'éveil de l'oasis" qui fit tant plaisir.

S'il convient tout à fait d'admettre qu'en termes émotionnels, le reste du petit tour saharien (i.e. dimanche 24, lundi 25) a difficilement retrouvé les inouïs sommets des débuts, de très belles choses ont marqué ces dernières journées algériennes au point d'ailleurs d'inspirer un très beau bilan à l'ensemble de cette ultime phase du voyage dont les plaisirs auront été variés. Au point le plus au Sud de mon tour algéro-tunisien, j'ai passé une drôle de matinée à Timimoun (égale distance de la Méditerranée et du Mali) : l'oasis, dont la beauté est connue de tout le pays, doit moins sa notoriété à sa situation (quoi que ; la ville n'est certes pas située au creux des dunes mais sur un immense plateau dominé par la sebkha, immense lac salé disparu conférant aux sols de drôles d'apparences) qu'à sa très charmante et typique architecture en toub, argile mélangé à des briques rouges expliquant que la couleur domine tant. Attaquant une visite des rues aux premières heures du jour, passablement fatigué après une très courte nuit (cf. infra), j'ai fini par m'effondrer sur une table de café puis sur un petit bloc de terre au bord du marché dont l'animation allait croissant, les heures passant. De façon quelque peu parallèle à Beni Abbès la veille, j'avais l'occasion d'observer depuis le terrain même (tellement sur le terter d'ailleurs qu'une multitude d'anciens devisaient autour de moi, affalés façon ghetto à même le sol, sans même sembler noter ma présence) l'éveil de l'oasis, très vite actif avant que la trop forte chaleur n'impose, en probable fin de matinée (j'étais alors déjà parti), un prudent retour aux ombres des chaumières que seule la fin d'après-midi viendrait rompre.

On enchaîne ! Timimoun, 6h du mat ce dimanche 24. Bab as Soudan, la porte du pays noir. Ce qu'il y eut de très sympathique, ce matin là (outre l'état physique apocalyptique et le somme au milieu des bledards), c'est que la beauté des bâtisses du bled ne s'est révélée que progressivement, à mesure que la lumière du jour gagnait en force. Ainsi il y avait bien eu quelques jolies petites choses comme la place de l'indépendance, au cœur de Timimoun quelques sympathiques koubbas aussi, ces mausolées coiffés d'une coupole mais les plaisirs n'ont gagné en intensité qu'avec le temps et dans la cour d'une des plus anciennes demeures de la ville (un hôtel bâti en 1912 par les Français), je comprenais enfin les raisons du prestige de la ville Dans ce même "hôtel oasis rouge" (voui, ça fait très africaniste-orientaliste). La demeure a tout de même une dégaine de malade. L'aspect "pâte à modeler" des demeures rend la ville très attachante, aussi Revoilà la place de l'indépendance, à comparer avec la photo quelques plus heures plus tôt. Classe hein ! (j'avoue que le bledard vélo aide bien :p) Autre source de gros kiff ce matin à Timimoun, la glande-observation-à moitié endormi d'abord à la terrasse du café, puis un peu plus loin au pied des palmiers (on voit un type déjà assis, sur la gauche :p) On finit cette très charmante visite avec les photos de la petite ballade dans l'oasis, à commencer par le joli marché (ouh les fruits et légumes multicolores avec la brique rouge derrière !) Dans le cimetière de la ville C'est arrivé au bout de Timimoun, lorsque la sebkha s'offre à la vision, que l'on comprend l'une des raisons d'être des oasis En effet Timimoun, îlot de civilisation au milieu du désert comme Beni Abbès ou Taghit, est une excellente base pour entreprendre de petits voyages en 4x4 ou en chameau dans les environs (plusieurs jours, jusqu'à 10 généralement) Il faut plisser les yeux pour lire les dunes, au delà de la plaine aride. Shuf ! Une petite vue d'ensemble pour finir.

Parti le dimanche 24 dans la matinée, je l'étais pour la vallée du M'Zab à bien 500km au nord-est (donc une bonne partie de la journée en bus ; j'attaquais par là le début de la route pour la frontière tunisienne, où devait bientôt s'achever mon voyage). L'étape, visitée en deux temps (un peu à mon arrivée, puis le lendemain matin), est un site en fait assez incroyable composé de plusieurs villages s'étendant le long d'un oued où vivent des communautés berbères à l'histoire assez particulière pour qu'elles aient adopté jusqu'au nom du lieu investi : les Mozabites. Les amis, au VIIè siècle (leurs ancêtres en fait, Rostémides), étaient soumis à la domination arabo-musulmane mais n'avaient point tout lâché pour autant, adoptant un Islam dissident (ibadite ou kharidjite, comme on l'avait vu à Djerba) qui les obligea par la suite (XI-XIIè siècles) à fuir leur natal Nord pour le désert... où ils fondèrent les fameux oasis qui constituent aujourd'hui la vallée du M'Zab. L'expérience est donc sensationnelle : voilà des kopains particulièrement pieux, élevés dans un semblable rite depuis près d'un millénaire, planqués dans le désert et qui ont édifié des bleds dont l'architecture, une merveille de synthèse entre la vie communautaire et les conditions hardcores du désert (petites et collées maisons en briques crues enduites de plâtre, voûtes, organisation similaire des espaces - petites collines au dessus de l'ouest - ceinturés par des fortifications et au centre et sommet desquels trouve-t-on la grande mosquée), a inspiré bien de laudatives remarques de la part de réputés architectes occidentaux (Le Corbusier, Lloyd Wright, Pouillon, Ravéreau..). Parcourant ces magiques endroits, dans de drôles conditions (accès très limité, accompagnement parfois obligatoire pour préserver l'intimité des Mozabites) qui facilitèrent de mémorables rencontres, j'avais comme l'intuition que la ballade saharienne s'achevait en apothéose. Il y avait dans l'air quelque chose de fabuleux.

Fin de la "descente" avec le départ de Timimoun (i.e. cap sur le Nord), et entre les oasis le paysage ne perd point en désolation L'arrivée, après 6 bonnes heures de route, à la vallée du M'Zab, a rappelé ma première journ��e au Yémen (2009) : Après une longue phase de vide, le désert se déchire tout d'un coup pour laisser apparaître une immense oasis Voilà qui donne bien envie, sans même pouvoir distinguer d'aussi loin les superbes villages ! Le premier d'entre eux, Melika, fut visité en cette fin de 24 juillet Une fois dedans, on se perd avec plaisir dans les ruelles Fin d'après midi, les gamins jouent au foot et les autres hommes traînent ça et là A Melika comme dans les autres villages mozabites, les étroites ruelles montent toutes doucement pour aboutir sur la mosquée principale, grande, belle et sobre :) L'appel à la prière (la quatrième de la journée, "maghrib" coucher du soleil) pousse tout le monde à accélérer le pas. Moi je continue mon petit tour, qui se finit au cimetière de Melika où deux jeunes prient devant la superbe tombe de Sidi Aïssa (Aïssa comme moi !) et de sa famille ; on dit que l'homme, très respecté du village, s'était enfermé à jamais chez lui après une dispute avec le cheikh de Malika. Les habitants lui rendèrent hommage post-mortem avec cette superbe sépulture. En guise de transition avec la deuxième partie de la visite (le lundi 25 matin), voici une photo de l'oued traversant la vallée. On aperçoit au loin le minaret de la mosquée de Ghardaïa, au sommet du village. Avant Ghardaïa, cependant, c'est le bled de Beni Isguen (dont les murailles sont réputées) qui fut visité aux premières heures du jour On ne rigole pas du tout, une fois dedans : il est simplement interdit de prendre des photos des habitants comme d'avancer sans accompagnateur. Repoussant la perspective d'attendre un "guide officiel", j'ai eu le droit à une esquisse de visite par l'un des jeunes locaux, pressé qu'il était tout de même de partir travailler (il m'a donné 15mn de son temps tout de même, bigup!) Outre les charmantes petites rues ascendantes, la jolie place du marché HARAM ! photo prise en scred pour prouver que le village est bien habité :o Une telle "fermeture" de Beni Isguen ne peut se comprendre indépendamment de l'histoire des Mozabites, et les nombreux heurts ayant opposé les locaux à des touristes principalement algériens n'ont fait que favoriser un renforcement de ces drachoniennes dispositions Il est donc prié de laisser la famille vivre seule, "entre eux". Nous n'insisterons pas, même si l'on céda à la tentation de prendre en photo l'une des femmes mozabites, pour la plupart recouvertes d'un drap blanc qu'elles plient et replient de façon à ne voir que d'un seul oeil (d'où de bien fantômatiques apparences). Ici de dos, entrant dans le village. Un peu plus tard, nous voici à l'approche du dernier des villages de la vallée visités (il y en a sept en tout) : Ghardaïa. C'est avec lui que l'on lit le mieux de l'extérieur l'architecture typique de la vallée, sur les collines (mosquées au centre-sommet, maisons collées... etc). Dedans, les ruelles sont plus accueillantes qu'à Beni Isguen : le village est le plus important de la vallée et joue le rôle de centre économique et logistique du M'Zab. On débouche à nouveau, après ces charmantes et introductives ruelles, sur une large place du marché Et c'est à ce moment là que le visiteur fait halte, devant faire appel à un guide s'il souhaite explorer le coeur du village Hors de question, pour moi, de revivre la même frustration qu'à Beni Isguen : je fonçai, me faisant tout petit pour ne pas gêner qui que ce soit. La visite, dans de telles conditions, fut extraordinaire : course le coeur battant dans les ruelles magnifiques, cachettes pour ne pas croiser le regard des habitants (les habitantes, surtout!), escalade longue et progressive de la ville jusqu'à arriver à la mosquée au centre et sommet de Ghardaïa, au moment où je n'y croyais plus. L'heure n'était malheureusement pas aux photos touristiques. L'épilogue ne fut pas moins mémorable : je me suis perdu comme jamais sur le chemin du retour, et l'angoisse était d'autant plus grande que je n'avais rien à faire ici et n'osais guère demander mon chemin !! C'est alors que j'aperçus deux mozabites particulièrement barbus en train de discuter : fonçant vers ces islamiques collègues, j'ai honteusement avoué mes torts en priant qu'on m'aide à sortir du dédale des ruelles. Bingo : l'un des deux, un muslim jiddan (très très musulman ! parlant tellement l'arabe du Coran, très traditionnel, et m'avouant avec fierté appartenir au mouvement "revival" Tabligh, d'origine pakistanaise et qui fournit notoirement des pelletées de mudjahidines en Afghanistan), m'accompagna vers la sortie. J'ai eu le droit à un récit extraordinaire d'un type "comme moi", musulman de naissance mais éloigné des choses religieuses, qui fit un come back fracassant au point de "convertir" toute sa famille sur le "droit chemin". Insha Allah la même pour moi, me souhaita-t-il :p Les merveilles explorées durant cette petite boucle de trois jours dans le Sud, n'ont encore une fois apporté tant de plaisir en partie parce que le Sahara s'était révélé exigeant, compliqué voire dangereux à l'exploration. On a déjà évoqué les transports, certes. Plus sûrement, il était impossible d'envisager en raison des conditions climatiques une de ces merveilleuses explorations partant des oasis évoquées pour l'un des coins secrets du déserts ou de telle ou telle vallée ; il a fait bien 40°c en continu le jour, et si ma modeste expérience en la matière a rendu la chose supportable, encore convenait-il d'admettre qu'en plein été, c'était cuit (ah ah) pour les ballades dans les dunes. Autre point important, les villes de Djanet ou de Tamanrasset, les plus au Sud du pays, ne furent atteintes aussi bien à cause de la chaleur qu'en raison de l'insécurité qu'il règne dans leurs environs. Dès les premiers signes du Sahara, en effet, les nombreux checkpoints de l'armée et contrôles réguliers des passagers voire des véhicules ont permis de rappeler les limites du contrôle de l'Etat (officiel, en tout cas) sur la situation en terres désertiques. De façon notoire, le Sud algérien sert de base à de nombreux et radicaux rebelles, assez excités pour se faire adouber par Al Qaïda (AQMI Maghreb Islamique, la branche locale) et à taper de temps à autres attentats, enlèvements et trafics en tout genre qui minent d'ailleurs les relations avec les pays frontaliers (Mali en partie victime de l'insécurité régionale, Niger les mains dedans) comme avec la France. Il s'est donc agi de serrer les fesses, si je puis dire, durant ces quelques jours car à partir du moment où j'entrais dans cette vaste zone plus ou moins incontrôlée par les autorités, ma présence pouvait causer un certain nombre de soucis. L'accès à Taghit, ainsi, ne fut validé qu'après amples négociations (heureusement que le chauffeur de taxi avait un bon sens de l'humour, gagnant la sympathie des militaires ne voulant me laisser passer sans enregistrement préalable au poste comme à la frontière Tunisie-Algérie), de même qu'il fallut à plusieurs reprises et longuement justifier parcours, religion, originales modalités de voyage (euphémisme) etc. Le plus incroyable restera sans doute mon arrivée à Timimoun, au beau milieu de la nuit de samedi à dimanche (après le bus depuis Beni Abbès) : débarqué par un taxi à 3h du matin dans un hôtel qui n'était pas encore officiellement ouvert (n'ayant donc pas le droit de me laisser une chambre), j'inspirai une telle panique à mon interlocuteur (voyageur seul, arrivant de nulle part à une telle heure, le passeport plein de visas inquiétants - think Yémen, Saudi, Pakistan! , quasiment sans bagages... que je sois islamiste undercover ou touriste for real qui n'avait cependant pas le droit d'être là comme ça à ce moment là, le patron de l'hôtel était dans la même mouise) qu'on me fit asseoir dos à lui et aux amis avec qui il discutait dans la cour du bâtiment (il faisait plutôt bon), attendant que le jour se lève pour me rendre passeport, portable (confisqués) et me dégager de là. J'en rigole franchement maintenant, mais à ce moment là l'heure n'était point aux boutades et je rends tout à fait grâce aux autorités divines d'être passé d'une telle façon entre les mailles d'un filet qui rend vraiment compliquée l'exploration en solitaire d'une région dont les risques et dangers sont bien connus. Il convient bien d'admettre, ceci dit, la responsabilité certaine de ces jouissifs coups de pression sécuritaires dans la réussite de cet inoubliable voyage au Sahara.

On va conclure avec une simple évocation de l'ultime étape, El Oued visité dans l'après midi du lundi 25 juillet 2011. La route avait été belle vers l'est, rejoignant la dernière grande oasis avant la frontière tunisienne. Mais la ville n'a pas particulièrement emballé nos sens, peut être aussi parce que nous débarquions en pleine aprem et qu'il convenait d'atteindre la Tunisie avant la nuit (i.e. tempo soutenu). Principale raison de cette semi-déception, les "milles coupoles" qui font la gloire de la ville sont aussi bien trad qu'âgées de dix ans à peine, et le mélange peine franchement à séduire Arthus Bertrand en a pris de magnifiques photos, mais lui avait la chance d'être un chouilla plus en hauteur Ne boudons pas notre plaisir : au loin les dunes nous rappellent le charmes propres à l'oasis, quand bien même celle-ci s'est considérablement développée De même, le souq complètement mort (16h!) avait de superbes allures Enfin, j'ai eu le grand plaisir de conclure ces aventures par une petite prière avec la famille, 'achr (troisième prière de la journée). Merci all ! Bientôt la route m'emmenerait à nouveau en Tunisie, où ces trois magnifiques semaines allaient s'achever
LI Libed3 Veteran ·
Bien contente d'avoir (enfin) de tes nouvelles. Autant d'inquiétude que d'impatience. Merci.🙂
MI Michagadir Veteran ·
" ... Un peu plus loin, un ksour a été restauré (un peu trop d'ailleurs) mais nous n'étions certes point venus pour cela... " Un ksar...( Ksour étant le pluriel de ksar...)
VI Vifi ·
" ... Un peu plus loin, un ksour a été restauré (un peu trop d'ailleurs) mais nous n'étions certes point venus pour cela... " Un ksar...( Ksour étant le pluriel de ksar...)

c'est plus joli ksour
FA Faddeapaty ·
😎Bonjour, actuellement en tunisie à nabeul plus précisent, je m’apprêtais à rechercher le prix d'un voyage en voiture de france tunis sans vous ennuyer d'avantages, je voulais faire donc une recherche et dans les dates de bateaux je ne trouve pas au mois de janvier et je suis inscrite depuit à peine une heure sur ce site et je n'ai pas trouvé ou posér mes questions merci si vous avez un peu de temps de me répondre
faddéa
LS Lsttx Regular ·
:) merci de ces gentils mots !

vifi > et merci de cette héroïque défense (à nouveau, non ? :D). Je me suis fait avoir alors même que j'avais bien précisé la chose quelques messages plus hauts (dans le sud tunisien, mais cher kopain d'agadir n'a pas dû lire. ce n'est point grave)

C'aura été la première fois que la "synthèse" a tant tardé, mais ça y est : avec quelques photos-bonus, voici le texte final sur l'Algérie. Je me suis appliqué et espère que cela intéressera quelques heureuses âmes :) love!

31 juillet 2011 L’Algerie, ce qu’elle est et ce qu’elle est destinée à être

Au terme de ce magnifique voyage, il est un certain nombre de points sur lesquels il convient de revenir. On aura bien saisi comment, pour l’Algérie, la superbe succession d'explorations a été sublimée par les innombrables rencontres et la gentillesse dont l'on a fait preuve a mon égard. Tout, néanmoins, n'a pas été évoqué.

C'est donc parti pour l'ultime sélection de photos bonus... pas assez nombreuses et illustrant de façon insuffisante mes propos. Mes excuses ! On commence avec Boroufa, qui m'avait joliment rejoint sur la dune pour le lever du soleil à Taghit. Très noir, comme beaucoup des kopains du désert (mais lui venait d'Oran, curieusement), rappelant qu'au Sud se trouvent Mali, Niger, Tchad.

Le premier élément sur lequel revenir est plutôt "pratique", concret et il a concerné les deux parties du voyage : il s'agit de la langue. On sait bien maintenant que "l'arabe" comme langue homogène existe aussi peu que "le peuple arabe", et la multitude des pays visités ces dernières années aura permis, je l’espère, de le réaliser. Le Maghreb a ses spécificités, a fortiori, et l'on savait avant de venir qu'une partie des découvertes serait clairement liée à la langue tant la réputation linguistique des "bledards" immigrés ou enfants d’immigrés en France n'est plus a faire (i.e. khouya, labesse etc. déjà bien connus avant de partir). On a donc été servis sur ce point là, mais de façon très intéressante le "voyage oral" a connu une évolution assez progressive : les premiers jours furent assez surprenants, les interlocuteurs (à Djerba, et dans le sud de la Tunisie) me comprenant tout à fait et vice versa (note : je parle un arabe du Golfe, khaleej, qui s'est construit sur mes bases fusHa, c'est à dire l'arabe classique, du Coran en quelque sorte). Et c'est en fait en se dirigeant vers le Nord que la donne a changé, comme si d'ailleurs le plus grand nombre de locuteurs francophones (je n'ai finalement pas beaucoup parlé français, jusqu’à Sfax voire Tunis) devait être compensé par la progression des dialectes rendant de plus en plus compliquée la discussion. Ceci dit, c'est vraiment au dernier jour de la semaine tunisienne (au nord de Tunis : Bizerte, Tabarka) que je réalisai ne plus rien capter du tout. Voilà un drôle de signe de la proximité algérienne, pensais-je en rigolant, et de fait dans le nord-est du pays (de façon symétrique par rapport à la frontière, si je puis dire) ce fut un clair struggle for life, à base notamment d'expressions-de-base-que-personne-pourtant-ne-capte. Si le reste de l’Algérie a pu se révéler moins déroutant d'un point de vue linguistique, c'est probablement en bonne partie de par un travail d'accoutumance personnel (renouant avec les joies des premiers jours en Turquie, Israël ou Iran ou l'on teste les langues locales et intériorise progressivement la musique turque, hébraïque ou fârsi) au point d'ailleurs d'avoir tout a fait bledardisé mon arabe au terme de ce voyage. Quelques divines surprises, en bonus même avec ici ou là quelques nerds maitrisant la langue coranique et avec qui j'adorai converser. A Ghardhaïa notamment, comme si (et de manière assez géniale il faut le souligner) la préservation des traditions au sein de ces magnifiques petites communautés autistes expliquait la faible pénétration de la "langue bledarde". J'oublierai difficilement ce gamin de 8 ans me parlant comme le livre saint musulman.

Ce joli premier exemple vient de Bizerte, Tunisie. J'en profite pour rappeler simplement, au sujet du merveilleux pays en question, qu'une révolution s'inscrit sur un temps long (chasse des très nombreux pions du système Ben Ali, changement des mentalités, institutionnalisation de la démocratie...). La France a mis plus d'un siècle, espérons que la Tunisie ne mettra "que" quelques années ; dans tous les cas il faut bien comprendre que le 14 janvier 2011 n'est qu'un "point de départ", et que la route est longue et périlleuse pour les amis outre-mer. On est avec vous la famille ! A Setif. C'est moins le slogan qui peut surprendre que l'absence de signe arabe ; 100% en français dans le nord-est, c'est presque rare. On est plus souvent dans ces eaux là, 50-50 comme en Tunisie. Transition scred vers une évocation du talent des Algériens sur les routes ! Les nombreuses routes à deux voies offrent un spectacle amusant/effrayant, une bonne partie des automobilistes s'attachant systématiquement à doubler la voiture qui est devant eux ; en s'efforçant de ne pas se prendre un véhicule de la file inverse bien sûr ! Mémorable vision de ce chauffeur de taxi collectif entre Annaba et Constantine se roulant une clope à deux mains (aucune sur le volant, donc).

Sur l'Algérie plus en général, on aura donc bien évoqué (assez nettement, à l'est) les énormes difficultés que le pays affronte et en quoi une écrasante partie des responsables est à trouver du côté de la gouvernance et du parti-armée-Etat FLN. Il y a deux points à ajouter, d'abord sur l'histoire récente du pays et puis sur les interrogations liées au futur. Le passé proche de l'Algérie est profondément marqué par la "décennie noire", guerre civile des années 1990 qui a ravagé les familles et, plus vicieusement, les esprits. On imagine difficilement la chose ici, et moi même parvenais-je à peine à pleinement réaliser l'idée d'une vie où l'on quitte ses proches le matin en leur disant adieu, ou où l'on ne sort plus du domicile après 17h (deux des illustrations les plus marquantes, entendues dans la bouche de quelques un(e)s qui étaient déjà adultes à l'époque). Les très nombreuses discussions, sur ce point, n'ont pas été seulement sympathiques mais précieuses : où l'on parvient par exemple à comprendre comment les choses ont pu en arriver là. Si l'idée qu'un parti musulman comme le Front Islamique du Salut ait pu gagner en popularité dans les années 1980 à mesure que l'état économique et social du pays régressait (canalisation de la protestation/de l'exaspération comme en France le PC jusqu'à Mitterrand ou le FN aujourd'hui, promesses de "purification" et de lutte contre la corruption crédibilisées par les arguments religieux, encouragement après la révolution iranienne de 1979 aussi peut être), il faut bien saisir que les premiers attaques-attentats contre l’État purent être tout à fait soutenus par la population (le FIS remporte la majorité aux élections législatives de décembre 1991, que l'armée annule en janvier 1992 ; le président est remplacé par un militaire, des milliers de membres du parti musulman arrêtés) avant que les choses ne dégénèrent dans un sanglant enchaînement répression-vengeance-répression. Ainsi, sans même évoquer les radicaux du Groupe Islamique Armé (dissidents du FIS, qui produiront attentats sur attentats - y compris en France, en 1995), l'épais brouillard d'une décennie maudite, qui a traumatisé les Algériens et ruiné l'image du pays dans le reste du monde, semble moins épais, davantage pénétrable en tout cas.

Aucun rapport, mea culpa. Féroce popularité du fast-food, en Algérie comme en Tunisie, mais ici les poulets/saucisses/salamis frites sont souvent accompagnés de baguettes molles (contenue dans de grandes caisses ou sacs plastiques, comme ici) pas si mauvaises. L'influence française se lit aussi au petit déjeuner, proche d'ici (pain-beurre-confiture-jus). Les comptoirs sales de fast-food abritent les chats, toujours en galère mais moins nombreux qu'en Tunisie, de l'écrasante chaleur.

Pour ce qui est du futur algérien, difficile de trancher définitivement entre deux sentiments. A premier abord, "l'immense filet aux éternelles mailles" évoqué (règne du piston, corruption quotidienne) semble constituer un gigantesque obstacle, dont la chute est d'autant moins probable que cette fameuse "décennie perdue" calme les ardeurs. Les rassemblements en faveur de réformes démocratiques, économiques et sociales début 2011 ont en effet pu inspirer des angoisses tant le souvenir de la guerre civile semble présent, mais il faut aussi (surtout ?) souligner les graves carences de l'opposition, qui n'est qu'en apparence structurée ou homogène. Les acteurs pouvant guider le changement manquent encore cruellement, quand ce ne sont pas l'organisation ou les moyens financiers, et il est indispensable que l'offre politique soit à la hauteur des enjeux ; ce qui est donc loin d'être le cas aujourd'hui. On peut, enfin, se demander si les Algériens ont une rage suffisante, la frustration au ventre capable de faire réaliser que les mesures ponctuelles (blocage des prix, autorisations accordées, augmentations de salaires) ne sont qu'une réponse court-terme aux problèmes quotidiens ; on m'a, à plusieurs fois, témoigné d'un pessimisme certain sur le sujet, non parfois sans en adopter des lectures culturalistes (dont les lacunes sont criantes ; les Algériens n'existent pas en soi, et quand bien même leur majorité serait "peu propice à la mobilisation" aujourd'hui, les choses pourraient changer demain). Paradoxalement pourtant, la lumière n'est peut être pas si lointaine : et si les choses pouvaient s'emballer tout d'un coup ? Le gouvernement a certes arrosé (par professions, de façon corporatiste) depuis le début de l'année, mais ne suffirait-il pas d'une inflation soutenue du pain ou d'une baisse du prix du pétrole pour que le mécontentement profondément latent s'exprime à nouveau, avec force par exemple ? Les Tunisiens ou les Egyptiens eurent la chance d'une forme d'indépendance de l'armée vis à vis des clans Ben Ali ou Moubarak, là où l'appareil d’État algérien est intrinsèquement, historiquement infesté par les militaires et cette incestueuse endogamie complique considérablement les possibilités de ruptures. Est-il pourtant assuré qu'un vaste et pacifique mouvement social en Algérie n'est pas pour demain, et a fortiori qu'il ne serait pas sans conséquences majeures sur la gouvernance du pays (plus que la réforme bidon de la Constitution qu'a annoncé Bouteflika) ? Rien n'est moins sûr, et à la lumière de ces quelques discussions et impressions du pays, il est tout à fait permis de l'imaginer. De le souhaiter pour les Algériens, la chose est sûre.

Contrairement à la Tunisie sous Ben Ali, l'Algérie jouit d'une relative liberté de la presse qui se concrétise surtout à travers quelques titres emblématiques : le francophone El Watan ou Liberté, dont l'éditorial ici saisi ironise sur la dépendance du régime vis à vis d'un fort prix international du pétrole. Et si demain, les devises venaient à manquer ? En attendant les changements, le pays pourrit tranquillement comme en témoignent assez tristement ses infrastructures hôtelières qui datent, pour beaucoup, des années 1980. J'ai pris la photo à Timimoun, tant ce panneau annonçant des travaux de "remise à niveau" était inédit !

On va terminer cet ultime papier, loin d'englober la totalité des réflexions que ce magnifique petit voyage algérien a inspiré, par un point qui me semble fondamental, et dont l'importance n'a cessé de grandir à mesure que mon humble exploration du pays se poursuivait - au point d'en faire aujourd'hui l'enseignement principal de ma bien belle ballade. De même qu'il est indispensable, pour que l'Algérie trouve une place à la hauteur de ses richesses humaines, culturelles et économiques, que le pays se dote de nouveaux pilotes ou équipages, il me semble profondément nécessaire de réaliser, côté français, l'autonomie complète du pays vis à vis du nôtre. Que n'ai-je entendu, annonçant mon voyage dans l'ancienne colonie ! D'une part on s'est largement demandé quels intérêts y trouverais-je, d'autre part on a (et moi y compris) tout de suite pensé, à l'évocation du bled, aux gamins qui sortent chez nous les drapeaux algériens les soirs de match de l'équipe de Ziani, aux wesh banlieusards (Rim-K, Sinik on pense à vous :o) ou aux papys bledards. Sur ce deuxième point, il est très important d'insister : non, l'Algérie n'a rien à voir avec ces images là et c'est bien en cela qu'elle est parfaitement autonome de la France. Qu'elle ait fourni des milliers de familles venant travailler ici, à notre demande puis malgré les arbitraires changements de programme démographiques, n'est certes pas niable et l'idée que la culture française ait pu s'enrichir des apports étrangers ne l'est pas non plus. Mais les Algériens aujourd'hui vivent en Algérie, parlent l'algérien et travaillent, font des enfants et des projets en Algérie. Le débat public en France gagnerait clairement en clarté si l'on commençait par rappeler que les gamins évoqués, qui se disent Algériens de cœur et sortent les drapeaux quand l'équipe nationale prend 0-4 contre le Maroc (juin 2011, inoubliable), ont aussi bien leur passé (ils sont nés en France), leur présent (ils vont à l'école en France, se socialisent en France, ont les valeurs et normes des Français) que leur futur ici, dans leur pays. Et que parmi les raisons qui les poussent à agiter un drapeau qui n'est pas le leur, se trouvent les profonds dysfonctionnements de notre système éducatif qui exclue violemment les enfants de classes populaires (dont sont issus les enfants et petits enfants d'immigrés), le racisme ordinaire (quand il n'est pas d’État), la stigmatisation. Une partie de la population algérienne parle certes le français, de même que notre langue est officieusement la seconde du pays (rues, commerces, bâtiments... héritage de notre présence de 132 années) et, comme on l'a vu, qu'Alger semble drôlement occidentalisée. Mais les gens y font leur biz là bas comme les Français font le leur ici, vivent chez eux de même que nous vivons chez nous, tous ont des problèmes propres à leur pays comme nous avons les nôtres (certes moins graves ici) et découvrir un peu l'Algérie amène de façon aussi rapide que puissante à cette constatation : le pays vit de façon complètement autonome. C'est tout simplement un autre pays, loin culturellement et pratiquement du nôtre, dont les habitants mènent leur propre existence sans lien avec la France. Ce ne semble pas grand chose, mais une fois compris, c'est la découverte d'un espace aux immenses attraits qui s'offre au visiteur : sites romains fabuleux, superbes villes, paysages magnifiques... et le tout dans une ambiance qui, en plus de quelques originalités (merveilles kabyles, autres bien beaux peuples berbères à droite à gauche), prend des cultures voisines (j'entends principalement celle arabe) le meilleur.

"le meilleur des cultures voisines", c'est certes l'accueil mais aussi le GHETTO exotique :love: les jolis souqs (ici à Ghardaïa dont la laine est réputée dans tout le pays) ; les trucs qui mettent des étoiles dans les yeux finalement. La descente de dunes avec une luge en peau de chèvre quoi ! :LOVE: :fou:

Car si le point a déjà été évoqué au moment où je prenais la route pour le désert, l'accueil proprement magnifique que l'on m'a fait restera dans les annales. On avait à plusieurs fois dans le passé expérimenté l'excellente réputation des Syriens en la matière, ou eu le bonheur de pousser à ce sujet les frères omanais dans leur derniers retranchements à cet heureux sujet, mais avec l'Algérie un palier a tout à fait été franchi. L'aide chaleureuse, les bouts de chemin accompagné par le bras ont été certes chose commune, presque habituelle comme au Caire ou à Amman ; mais si l'expérience fut fabuleuse c'est bien en raison des nombreuses discussions d'une part (la langue française a bien favorisé les choses, permettant parfois d'amples explorations dans les dialogues) mais surtout de l'impression d'être à la maison en raison une nouvelle fois de cette proximité linguistique qui fit que les Mohammed, Amine etc. m'ont traité sans fards, comme si la barrière propre à ma qualité d'étranger n'existait plus. D'où cet exquis sentiment de se mouvoir comme chez soi, quasiment certain de trouver à la prochaine étape un interlocuteur qui, pour peu qu'il ait un âge proche du mien, s'adresserait à moi comme si j'étais un pair à l'université. On retrouve sur un point, de façon assez merveilleuse, la synthèse des magnifiques enseignements du voyage algérien : on n'a pas une seule fois tenu en ma présence un discours hostile vis à vis de l'occupation coloniale française. Parce que l'Algérie vit bien de façon parfaitement indépendante de notre pays et que cette histoire là appartient au passé (quoi qu'en disent les autorités), et parce qu'en s'adressant à moi c'est comme si mes interlocuteurs n'avaient jamais tenu compte de ma qualité d'immigré-pour-les-vacances, n'abordant donc pas plus le sujet avec moi qu'avec leurs proches ; on trouvera difficilement preuve d'un meilleur accueil. Avec les merveilles qu'ont permis les proximités linguistique et culturelle de mes hôtes algériens, on touche le cœur de l'analyse : l'Algérie est, une nouvelle fois, un pays de potentiels immenses et qui pourrait assumer avec tellement de bonheur le rôle qui lui revient de pont (culturel, intellectuel, artistique, économique!) entre les deux rives de la Méditerranée. Il ne reste plus que deux points à relever : 1. personne en France n'a vraiment compris la chose, à fortiori ceux de ses habitants qui croient sincèrement être Algériens de cœur, et il serait heureux que cette ignorance prenne fin ; 2. le pays n'occupera la place qu'il mérite qu'avec un changement radical dans les orientations des gouvernances politique, économique et sociale qui ont mené l'Algérie dans le trou dans lequel elle se trouve aujourd'hui mais dont, il faut l'espérer, elle se sera tirée demain.

Et on termine avec la merveilleuse bourgeoisie d'Alger... trilingue :)
VI Vifi ·
bonjour

pour une meilleure efficacité, va dans forum/afrique du nord /et clic sur "ouvrir une nouvelle discussion" (bouton jaune à droite)
FA Faddeapaty ·
😎 bonjour et merci beaucoup et bonne suite à vous cordialement
faddéa
LS Lsttx Regular ·
Je conclus ce carnet de voyage 2011 avec quelques précisions matérielles/pratiques/techniques, qui seront peut être plus utiles aux futurs touristes en Algérie/Tunisie que mes (néanmoins aimables) divagations.

Je suis parti avec deux guides pour la Tunisie : Le guide bleu, et le Lonely Planet. La combinaison s'est révélée particulièrement heureuse, et je le referai dans le futur ! Le LP cartonne pour le pratique, là où le bleu fournit un précieux (profond) background historique et social et un paquet de précisions culturelles plus développées que chez nos amis australiens. Pour l'anecdote, je ne me serais probablement jamais arrêté à Tamezret si je n'avais pas lu les louanges du guide bleu au sujet du vieux village en pierre (au sommet du Tamezret actuel). Quand on sait la soirée que j'y ai passée !...

En Algérie, je n'avais acheté que le LP qui s'est avéré assez léger (cartes et commentaires pas assez développées) quoi qu'assez satisfaisant d'un point de vue purement "pratique" (il date de 2007 ou 2008 ceci dit). Pas un mot sur l'entière région kabyle, pour vous donner une idée ! Quittant la Tunisie, j'ai trouvé dans une librairie (LA librairie, "al kitab" sur l'avenue Bourguiba) un Petit Furet datant de 2008... mais qui s'est révélé vraiment agréable, complet, riche ! Moi qui avais une mauvaise image de l'éditeur, ce fut une belle surprise (je l'avais acheté presque à contre-coeur car c'était le seul guide qu'avait la librairie). La combinaison fut donc, encore, heureuse !

Pour le budget, ma semaine tunisienne a coûté presque deux fois plus cher que mes 10 jours en Algérie ! L'ancienne colonie coûte moins, principalement grâce aux transports et à la nourriture very cheap... mais aussi parce qu'il est difficile d'y trouver de bons restaurants, il faut l'avouer (je me suis offert plusieurs fois ce luxe en Tunisie, qui alourdit assez nettement la facture), et parce que les premiers jours tunisiens furent aussi ceux d'achats pratiques (sacs, fringues... je suis parti de France avec un sac plastique, ndlr). Les hôtels ont coûté ici et là entre 10 et 20 euros la nuit, avec de rares et douloureuses exceptions (aïe la nuit oranaise à 40€).

Overall 500€ la grosse semaine tunisienne, 300€ les dix jours algériens... sans compter des billets d'avion que j'aurais dû prendre plus à l'avance :o n'hésitez pas à me contacter pour plus de détails ! (pour des trucs plus compréhensibles que kopain au dessus, néanmoins) (que j'ai contacté message privé quand même hein, j'abandonne pas les gens :o)

paix et amour la famille !
FA Farma Regular ·
Je conclus ce carnet de voyage 2011 avec quelques précisions matérielles/pratiques/techniques, qui seront peut être plus utiles aux futurs touristes en Algérie/Tunisie que mes (néanmoins aimables) divagations.

On peut ajouter des questions ?

Si c'était à refaire, tu le referais j'espère xD, mais que changerais-tu à ton itinéraire ?

C'est quoi les hôtels où tu as logé ? Y'avait des salles d'eau dans les chambres ?
LS Lsttx Regular ·
Kookoo :) WOW si tu es vraiment à Kaboul :love: dans un an j'arrive ! :inshaAllah: Ce serait carrément à refaire en effet comme tu l'imagines... Je n'ai quasiment aucun regret pour la Tunisie, ayant eu vraiment un super timing / succession de visites sur un très bon rythme.... Sur place j'ai décidé de zapper Hammamet et le golfe (tout le nord est de Tunis je veux dire) alors qu'il doit y avoir de très belles choses. J'ajouterais cette étape de bonus (qui ferait une petite journée, tranquillou) ! Pour l'Algerie... j'aurais volontiers "trainé" davantage en Kabylie, comme mes textes au sujet de la region peuvent peut être le faire sentir. Mais j'aime bien aller vite de l'avant, Bejaia a "consommé" beaucoup de temps et puis surtout le coin n'est pas safe du tout (attentat tuant près de Tizi Ouzou deux civils l'avant veille de mon arrivée dans la région). De façon plus "faisable", difficile de ne pas avouer rêver voir Tamanrasset, le Hoggar et tout ce sud profond ! Je crois que c'est vraiment infaisable l'été, raison pour laquelle je n'ai pas tenté. En outre il faut s'enregistrer, avoir un guide etc. Je suis trop épris de ma liberté pour supporter cela :) (je l'avais supporté en Arabie Saoudite, en 2009, pour visiter Maiden Saleh!)

Non, le seul regret c'est de ne pas avoir pu pousser mon "projet secret" jusqu'au bout : en partant de France, je prévoyais de visiter la Tunisie, l'Algerie... avant de me rendre en Libye pour finir au Caire. Kadhafi s'accrochant envers et contre tout, j'ai décidé de rentrer au bout de trois semaines. Mais j'ai bien fait, je crois :)

Pour les hôtels, je ne peux pas donner de réponse générale : la vingtaine de nuits fut passée dans des lieux très hétérogènes ! Nuit inoubliable à Timimoun (3h de sommeil sur une chaise, surveillé par des kopains effrayés de mon arrivée dans l'oasis à 4h du mat), à Tamezret (chez des kopains)... Sinon les hôtels étaient modestes, avec plus souvent salle de bains commune que perso..
SI Sidaho Veteran ·
Bonsoir,

Juste pour vous dire que ce panneau est bien écrit en 2 langues, le français et l'arabe ! Car ce qu'il y a en haut est la traduction de ce qui est écrit en français en bas !

Magnifiques vos photos !

Cordialement.
http://voyageforum.com/voyage/decouvrez_algerie_D2771400/
LS Lsttx Regular ·
Oui en effet !! C'est vrai que présenté de cette façon, ce n'était pas trop compliqué à deviner :)

Merci pour les gentils mots kopain !

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