Le lendemain du premier cookie, je n’étais pas en grande forme, mais j’ai assez bien géré la situation qui n’était pas plus handicapante que certains jours de mon quotidien. Mais, comme je vous l’ai dit le lendemain du deuxième cookie, j’étais si mal en point sur mes jambes, que je suis resté couché.
- Il faut te bouger le popotin et sortir… Café, thé, vitamine C, mais ne reste pas dans la chambre toute la journée !
Il me fallait suivre cette injonction de ma petite voix qui parlait encore une fois avec sagesse.
Il était déjà 13h30, alors où aller pas trop loin ? Ben, tiens je vais aller au Khlong Toei Market.
Une de mes grandes attentes de ce voyage c’étaient les marchés. On m’en avait tellement parlé de ces fameux marchés de Thaïlande !
Je me suis toujours régalé à visiter ceux d’Inde, quelle que soit la ville ou la région visitée. Ils sont tellement pittoresques et photogéniques !
Le membre « Partirdeloin » m’avait alléché en me décrivant le Khlong Toei Market : « Le Rungis de Bangkok, tu y trouveras tout ce qui se mange en Thaïlande, insectes, poissons frétillants, poulets encore tout chaud égorgés, boucherie en tout genre, grenouilles, légumes, fruits, avec au milieu des choses incongrues comme des prothèses dentaires.
Bref, un lieu que seule Bangkok peut proposer… Pour un lève-tôt comme toi c'est un endroit idéal. Du local 100% et les seuls étrangers que tu croiseras seront pour la plupart des expats, et je suis persuadé que tu les compteras sur les doigts d'une main. Ceci dit, comme pas mal de choses parfois en Thaïlande, cela a peut-être changé. Je t'avoue ne pas y avoir été récemment, mais je n'y crois guère. »
J’avais également visionné deux ou trois vidéos en ligne sur ce marché, filmées de nuit, et Mike de Thailandee.com vantait également le côté exotique de ce marché.
J’avais prévu d’y aller très tôt le matin ou très tard le soir pour l’ambiance nocturne extraordinaire que j’avais adorée sur les vidéos en ligne.
Google Map et mon propre GPS m’indiquaient 3,8km, 52 minutes à pied. Parfait. C’était tout à fait gérable !
La première erreur que j’ai faite ce jour-là, peut-être parce que j’étais à côté de mes pompes, fut de ne pas avoir bien regardé mes plans. Le trajet s’est révélé très pénible. Un soleil de plomb, 35° ou 36° (à l’ombre) ce jour-là. Que des larges artères à 4 voies avec une circulation infernale. Pas de boutiques, pas de vie. Que du béton partout et des voitures, des voitures, des voitures, partout dans tous les sens !
Il y a de nombreux cafés à Bangkok, un peu partout, mais ce jour-là je n’en voyais aucun sur mon chemin, ni aucun temple non plus, j’étais assez embarrassé. Quand, enfin, je réussis à en trouver un, le temps de passer ma commande, et je filai aux toilettes… Ouf !
Tandis que je me délectais d’un délicieux café - j’ai fait une cure d'excellents cafés pendant tout mon voyage - et alors même que je m’apprêtais à partir, un client s’approcha de moi :
- It’s yours ?
Et il me tendit mon téléphone.
J’ai ressenti une décharge électrique !
Il avait dû tomber de mon sac dans les toilettes et je ne m’en étais pas aperçu !
Ça faisait la deuxième fois en moins d’une semaine que je manquais de perdre mon téléphone.
Pendant que j’attendais mon vol en salle d’embarquement à Kochi, j’avais mis mon téléphone à charger ainsi que mon ordinateur sur une borne située à une dizaine de mètres de mon fauteuil. A Kochi, en salle d’embarquement, on a droit à de jolis fauteuils très confortables. Alors j’ai fait comme les Indiens. Comme je m’ennuyais, je me suis endormi.
Et juste au moment où je me réveillai, encore un peu dans les brumes, je vis un mec qui prenait mon téléphone. Il débrancha le chargeur et fila rapidement avec l'appareil et le chargeur en mains.
J’ai eu beau l’interpeller, il n’a pas répondu. Peut-être n’a-t-il pas entendu ? Et moi je ne pouvais pas courir derrière lui, à l’allure où il s’en allait.
Mais tout à coup je vis qu'il s’apprêtait à embarquer pour un autre vol à une autre porte d’embarquement, alors, quand même, j’ai couru comme un fou, et j’ai réussi à le choper juste au moment où il allait passer le contrôle d’embarquement. Je lui ai littéralement arraché mon téléphone des mains. Il a prétendu qu’il s’était trompé, il croyait que c’était son téléphone qu’il avait oublié là-bas.
Mais après coup, j’ai réfléchi. Ce qui me parut bizarre, c’est que je ne l’ai pas vu retourner à la borne chercher son téléphone (le vrai, le bon).
Quel intérêt de nos jours à voler un téléphone portable, surtout un iPhone avec toutes ses sécurités, la possibilité de le localiser, etc… Sans le code personnel le voleur ne pourrait pas l’ouvrir et ce serait donc un vol inutile…
J’aurais été dans un sacré pétrin, si j’avais dormi 5 minutes de plus et que le mec soit parti sur un autre vol avec mon téléphone.
Perdre son téléphone de nos jours, c’est comme si l’on perdait subitement son cerveau.
Et là, dans ce café, je revivais la même scène. Si le client n’était pas allé aux toilettes et si j’avais quitté le café avant qu’il en sorte…
Vous allez me dire : beaucoup de « si ». N’empêche, tous ces « si » auraient très bien pu se produire.
Je n’ose plus trop parler de mes « protecteurs célestes » sur VF de peur qu’on me prenne pour un « allumé ».
J’ai fait une grosse erreur en choisissant d’aller au Khlong Toei Market dans l’état où j’étais et à cette heure qui n’était ni tôt le matin, ni tard le soir.... C’était le dernier endroit où il fallait aller.
Je n’ai absolument pas reconnu les lieux. Je pense que les lumières et l’atmosphère de nuit créent une impression beaucoup plus intense.
J’étais très intrigué par les stands d’insectes. J’avais très envie de voir ça. Mais je n’en ai pas vu un seul.
En revanche, j’ai pu naviguer dans les flaques d’eau - pas très nettes mais moins repoussantes que les bouses de vaches ou les légumes en voie de pourrissement du marché de Pondichéry, le marché le plus immonde que j’aie jamais vu au niveau de l’hygiène, y compris ses abominables toilettes - à travers les allées, en évitant de me faire doucher par les seaux d’eau intempestifs balancés vigoureusement de droite ou de gauche. J’avais prévu mon pantalon le plus moche, le plus usé, pour cette circonstance à laquelle je m’attendais.
Je progressais à travers les têtes de cochons fraîchement tranchées, jetées pêle-mêle dans des baquets, les étals de viandes et de tripes, qui, curieusement n’étaient absolument pas visitées par les mouches.
Je me suis senti bouleversé dans la partie réservée aux bêtes vivantes. J’ai beaucoup souffert pour ces pauvres canards entassés dans de sinistres cages en attendant que leur sort soit réglé et pour ces malheureux crapauds attachés, vivants, eux aussi jetés dans un étroit bac. J’ai été ému par celui qui avait réussi - on se demande comment - à se libérer et qui essayait de prendre la tangente pour éviter le sort réservé à ses congénères. A moins qu’il ait été laissé volontairement libre de ses mouvements pour bien montrer à la clientèle qu’on lui vendait des animaux vivants et donc bien frais !
Ne me demandez pas pourquoi je mangeais des cuisses de grenouilles autrefois et pourquoi je ne peux plus aujourd’hui… Ben je vous le dis quand même, c’est depuis le jour où j’ai vu ces batraciens que nous avions pêchés le matins, adolescents, essayer de s’enfuir sur leurs deux pattes avant avec tout leur arrière-train tranché. Nous les avions bien assommées avec un grand coup sur la tête pour les tuer avant de couper les hanches et les cuisses. Mais soit elles étaient particulièrement accros à la vie, soit notre coup n’avait pas été fatal et, alors que nous en étions à la moitié du panier, nous avons vu les premières que nous croyions mortes, avancer sur leurs deux pattes avant…
Quant à l’idée d’avaler du crapaud ça me révulse.
Il est regrettable que vous ne puissiez voir ces infortunés poissons pas mieux lotis, encore vivants, qui tentaient en vain de sauter ou plutôt de tressauter en écartant leurs ouïes.
Pour de la nourriture fraîche, c’était de la nourriture fraîche ! Mais quel supplice pour ces animaux ! De quoi vous dégoûter de manger de la viande pour le restant de vos jours et devenir végétarien. J’aurais préféré ne pas avoir la certitude de la fraîcheur de la viande plutôt que voir le calvaire de tous ces animaux vivants, ou morts récemment, comme les cochons, dont on percevait encore un semblant de vie et de martyre sur les têtes amoncelées dans un baquet.
J’ai fait quelques vidéos qui vous « parleraient » mieux que mes mots, mais je ne sais toujours pas COMMENT INSERER UNE VIDEO DANS LE TEXTE D'UN CARNET. Alors, à défaut j’ai fait quelques captures d’écran extraites de ces vidéos, mais bien sûr, c’est moins impressionnant et la qualité de ces clichés laisse à désirer.
Je rencontrai sur mon chemin tant de difficultés
Qu’elles furent toutes surmontées
MIRZA GHALIB poète urdu (1796 -1869)
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