Port, hôtels, banane... LE COMBAT S'ETERNISE
M. A. France-Antilles Guadeloupe 30.03.2009

Parmi les conflits encore en cours, certains sont lourds de conséquences... Comme le blocage du port par une partie du personnel (ici des chauffeurs). (Roberto Birhus) Le tourisme et l'agriculture sont fragilisés par les coups de boutoir sociaux. Le commerce, saigné à blanc pendant le conflit, doit faire face au blocage du port. Depuis un mois, le mouvement du LKP est suspendu. Officiellement, du moins. Parce que dans des secteurs clés, ainsi que dans des dizaines d'entreprises, les conflits se succèdent. Dans la majeure partie des cas, c'est l'application de l'accord Bino (lire ci-contre) qui en est le détonateur. Mais cet accord n'est parfois qu'un préalable, prétexte à mettre ensuite sur la table, en profitant d'un contexte social « porteur », des revendications depuis longtemps insatisfaites. Le résultat, c'est que nombre de conflits s'éternisent et que des secteurs clés sont actuellement paralysés. C'est notamment le cas de l'agriculture et du tourisme et, dans une moindre mesure, du secteur commercial, qui après avoir été laminé par les huit semaines de conflit, commence à subir les effets du nouveau blocage du port. Le cas du secteur agricole est sans doute le plus frappant, puisque ce sont les deux productions phares, la canne et la banane, qui sont visées. Même si le travail a repris à Gardel, les négociations annuelles obligatoires (NAO) de la filière canne ne sont pas achevées. Par ailleurs, le blocage total de la CTM fait peser une autre menace, Gardel ne pouvant fonctionner sans la vapeur fournie par la centrale. Quoi qu'il advienne aujourd'hui, la campagne sera forcément écourtée et médiocre, avec des effets catastrophiques sur les revenus de milliers de planteurs, ainsi que sur la trésorerie de la sucrerie, déjà pénalisée par les surcoûts de main d'oeuvre liés à la signature de l'accord Bino. Queue de conflit ou déstabilisation orchestrée ? La situation de la banane est quasiment identique : les planteurs, dans leur grande majorité, s'affirment incapables d'appliquer la hausse de salaires, le travail est interrompu dans la majorité des plantations et la banane coupée est longtemps restée bloquée sur les quais par le conflit du port. Le tourisme est l'autre grande cible de cette période d'après-conflit. Après que la haute saison a été perdue, la plupart des hôteliers font de la résistance pour entériner l'accord Bino. Les syndicats annoncent donc un durcissement à partir d'aujourd'hui, radicalisation qui pourrait toucher tous les hôtels, même ceux déjà signataires de l'accord. Le fait que l'emblématique Club Med a annoncé un arrêt de ses activités jusqu'au 21 mai est symptomatique de l'ambiance au sein de ce secteur. A noter, par ailleurs, que des tensions sont perceptibles au sein d'une partie du personnel de certaines compagnies aériennes. Enfin, on rappelle pour mémoire que plusieurs compagnies de croisière ont annulé leurs escales à Pointe-à- Pitre. Dernier point noir majeur, le nouveau blocage du port, dû à une grève des portiqueurs. Les premiers effets se sont fait sentir en milieu de semaine : 300 conteneurs destinés à la Guadeloupe ont été déchargés en Martinique. Aucune réunion n'est programmée entre grévistes et direction... Dans ce contexte, les pronostics sur la relance économique sont pessimistes. Pessimisme encore plus marqué chez certains, qui voient dans la situation actuelle et le jusqu'au-boutisme des syndicats non pas les caractéristiques d'une queue de conflit - queue de cyclone ? - mais celles d'une déstabilisation orchestrée à travers un massacre organisé de l'économie. (1) L'Umpeg, l'Uceg, la CRTG, l'OPGSS et l'UNAPL - Une signature contestée Au-delà d'une dizaine de plaintes pour extorsion de signature déposées par des entrepreneurs, l'accord Bino fait l'objet d'une action en justice initiée par quatre organisations professionnelles. Avocats, médecins, vétérinaires et huissiers ont introduit un référé devant le TGI de Pointe-à-Pitre. Ces organisations contestent la légitimité de l'engagement de M. Monpierre au nom des professions libérales (UNAPL), affirmant qu'il n'était pas mandaté pour signer cet accord. L'affaire a été renvoyée au 3 avril. A ce sujet, un nouvel élément est intervenu dans ce dossier. Il consiste en une lettre d'Alain Vaconsin, président de l'UNAPL national, qui confirme la légitimité, tant de l'UNAPL Guadeloupe que de son président, l'expert agréé Alex Monpierre. A noter néanmoins que M. Vaconsin précise que « la signature de cet accord n'engage que les seuls adhérents de l'UNAPL signataire, c'est-à-dire les syndicats qui adhèrent à l'UNAPL de Guadeloupe » . - ECLAIRAGES : Où le bât blesse... Depuis sa signature par les syndicats et cinq organisations patronales minoritaires (1), l'accord régional interprofessionnel sur les salaires - dit accord Jacques Bino, en hommage au syndicaliste assassiné cité Henri IV - est au centre de la quasi totalité des conflits sociaux en cours. Les syndicats font pression, entreprise par entreprise, pour que les employeurs y adhèrent, ces derniers freinant souvent des quatre fers. Deux éléments de cet accord indisposent particulièrement le patronat. Le premier, c'est son préambule, qui fait référence à « la pérennisation du modèle de l'économie de plantation » . Le second, c'est l'article 5, dit « clause de convertibilité », qui met à la charge de l'employeur, au bout d'un an, les 50 euros versés par les collectivités et, au bout de trois ans, les 100 euros versés par l'Etat. La première difficulté est facilement contournée : les entrepreneurs qui l'acceptent signent un accord d'entreprise faisant référence à l'accord Bino et évitent ainsi de cautionner le préambule. La seconde moins : dans certains cas, les accords d'entreprises signés soit évitent toute référence à cette clause, soit l'écartent explicitement. Une décision le 3 avril Par ailleurs, l'accord Bino n'est pas universaliste : il ne s'applique qu'aux sociétés relevant du droit privé, non à celles relevant du droit public. Cet argument entre en ligne de compte dans au moins deux conflits en cours, celui du Port autonome et celui de la Chambre d'agriculture. Dernier point, enfin, à rappeler. L'extension de cet accord a été demandée par Force ouvrière. La commission compétente doit se prononcer le 3 avril. Elle peut soit préconiser une extension, soit préconiser de ne pas l'étendre, soit enfin suggérer une extension partielle, certains éléments de l'accord étant alors supprimés. Nombre de rumeurs laissent entendre que cette dernière solution pourrait être privilégiée, l'accord étant alors expurgé de son préambule et de son article 5. - De 200 euros à 3% minimum

Depuis sa signature il y a un mois, l'accord Jacques Bino est au centre de la quasi-totalité des conflits sociaux actuels. (D.C.-L.) Selon les termes de l'accord Bino : - Tous les salariés dont le salaire horaire de base est compris entre le Smic et 1, 4 Smic (NDLR : 1849 euros bruts) voient leur revenu mensuel augmenter de 200 euros nets. La part de l'employeur est fixée à 50 ou 100 euros selon les effectifs, l'Etat intervenant à hauteur de 100 euros (pendant 3 ans) et les conseils régional et général à hauteur de 25 euros chacun (pendant 1 an). - Les salariés dont le salaire est compris entre 1, 4 smic et 1, 6 Smic (NDLR : 2113 euros) doivent bénéficier d'une augmentation minimale de 6%. - Les salariés dont le salaire est supérieur à 1, 6 Smic doivent bénéficier d'une augmentation minimale de 3%. - Voilà, des nouvelles fraiches de chez nous