L'histoire s'est passée le jour de l'an même dans l'après-midi à Farihitsara, fokontany Verezambola, commune urbaine d'Antsirabe I, non loin d'Andranonahoatra qui est à la limite nord d'Antsirabe II.
Un Français du nom de Châteauneuf Georges a échappé de peu à un lynchage, si ce n'était l'intervention rapide des gendarmes d'Antsirabe, alertés par téléphone par l'un de leurs collègues, depuis la capitale.
Le nouvel an 2011 a failli très mal débuter, pour ce Vazaha qui venait d'acquérir, il y a environ un mois, un terrain d'un peu moins d'un hectare dans la banlieue sud d'Antsirabe. Tout à côté, il existe un terrain de culture dont il interdit l'accès aux propriétaires. Deux chemins piétons s'y croisent, mais le nouveau propriétaire est intraitable, bien que la surface qu'il a acquise soit encore aussi que la paume de la main. Selon nos informations, les lieux ainsi sont devenus " zone rouge ". Même un tombeau qui se trouve à proximité est devenu interdit d'accès. Sabre ou couteau à la main, cet homme assortirait ses paroles de menace au geste de se couper lui-même le gosier : "Si vous passez par là, je vous coupe la gorge ! " Par ailleurs, comme les Vazaha et les riches en général quelle que soit leur nationalité, le nommé Châteauneuf serait plutôt en bons termes avec les autorités locales. C'est pourquoi il se serait permis de menacer les villageois d'emprisonnement, en plus de se voir la tête coupée.
Samedi dernier donc, comme une fillette de 4 ou 5 ans s'avisait -probablement en toute inconscience- de braver la zone rouge, Georges l'a aperçu et a enfourché sa moto pour la poursuivre. Terrorisée, l'enfant s'est mise à courir éperdument jusqu'à son village de Farihitsara. Un Vazaha qui poursuit une fillette sur une moto : le verdict de la foule qui s'est réunie en un rien de temps est rapide et sans appel, " il a voulu enlever l'enfant pour la violer ou la tuer, sinon les deux ". Déjà râleur en temps normal, le Français braillait fort, mais personne ne comprenait ses paroles. On parlait de chercher un bidon d'essence pour l'allumer, lui et sa moto avec. Son salut était dû au fait que, connaissant un officier supérieur de gendarmerie en service dans la capitale, l'un des villageois s'est mis à l'écart pour rendre compte à ce dernier et lui demander la conduite à tenir. C'est cet officier qui a alerté ses collègues de la ville d'eaux, qui se sont empressés de venir en un temps record pour éviter l'irréparable.
Il convient de rappeler encore et encore que les Malgaches sont de nature paisible, mais jusqu'à un certain point seulement. C'est la raison des crises politiques cycliques qui surviennent dans l'île. Et comme ils n'ont plus qu'une confiance limitée en la police, la gendarmerie et la justice, leur réflexe est parfois primaire sinon bestial, que la cible soit un Président, un Vazaha ou un Malgache. Il faut donc faire attention, car les esprits s'échauffent vite à cause de la crise dont les plus humbles souffrent le plus, et le pire est si vite arrivé.
Saraléa Bernard
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