"Non, non, ça n'induit pas une " préférence nationale " . L'humanitaire "là où la misère est plus pire qu'en France " induit pour moi un vieux schéma colonialiste . On importe là-bas, comme une leçon de savoir vivre, nos habitudes, nos coutumes, notre façon de penser "le bien" et "mal", notre hygiène, notre chimie pharmaceutique etc.... Lorsque les "bons missionnaires" allaient en Afrique où en Asie, ils y allaient en toute bonne foi mais ça ne les empêchait pas de mépriser les cultures et les savoirs faire locaux et de surcroît sans le savoir, ils apportaient en même temps les marchands dans leurs valises et puis les colons. "
Effectivement, toutes les ONG (Médecins du Monde, la Croix Rouge, MSF...) sont d'infâmes missionnaires qui n'ont que deux buts : d'une part importer leur modèle de vie dans les "pays du Sud" (un bol de riz ou une Nintendo DS les enfants !), d'autre part, se dorer la pilule sous le soleil des Tropiques et "subir" quelques heures dans les bidonvilles de Port au Prince, en sachant que le week-end se fera sur les plages de rêves de Punta Cana. Et si en plus ils peuvent profiter de la crédulité et du besoin d'argent de quelques jeunes filles, on a là le portrait complet de l'humanitaire colonialiste !
Non, soyons sérieux une minute. Ces ONG ont sauvé (et continuent à le faire) des millions de personnes depuis leurs créations. Et apprendre aux gens à se laver les mains, leur donner des antibiotiques des labos Pfizer lors des épidémies de Choléra, les aider à creuser des puits même si c'est avec du matos Eiffage, les conseiller de faire bouillir l'eau, et leur distribuer du riz de Camargue et du Breizh Cola ou de l'Evian, ça n'a rien d'une oppression colonialiste contre les coutumes locales. C'est avant tout lutter contre des épidémies et proposer des solutions d'urgence lors de situations de famine et/ou d'urgence humanitaire.
Il est vrai que Mère Térésa, qui œuvrait dans les bidonvilles de Calcutta était une immonde colonialiste. Elle aurait mieux fait de laisser mourir ces gens à 7000 km, pour mieux se préoccuper des pauvres dans la rue à Paris, car après tout, la loi du mort au kilomètre sévit partout.
"Sinon mourir de faim à Paris ou à Delhi, c'est exactement la même souffrance."
Dans l'absolu évidemment. A ceci près qu'à Paris, non seulement il y a moins de pauvres, que dis-je, de miséreux (on a encore jamais vu des femmes mendier avec un bébé mort dans les bras au feu rouge sur les champs elysées ou sentir une odeur de pourri à des centaines de mètres à la ronde, non loin de la place de la République où sont rassemblés des centaines de lépreux), qu'à Delhi, que la misère extrême que l'on rencontre en Inde est une réalité pour une proportion non négligeable de la population (bien plus qu'à Paris) et qu'en France, il existe tout un tas de structures d'urgence qui font qu'aujourd'hui, on ne meurt (presque) plus de faim en France. En Inde, il va sans dire que ces structures sont presqu'inexistantes et en tout cas, largement insuffisantes pour régler une urgence humanitaire qui touche, rien que sur une ville, des centaines de milliers, voire des millions de personnes. Nos barres HLM du 93 ne sont rien à côté des bidonvilles qui ceinturent Delhi, de ces milliers de personnes qui errent chaque jour, au milieu d'odeurs pestilentielles et des charognards, sur des décharges à ciel ouverte, en quête de quelques déchets qui pourraient être réutilisés.
Donc non, la souffrance n'est pas la même. et heureusement que des humanitaires voient plus loin que le bout de leur nez et de leur frontière. Et si cela est motivé à la fois par la volonté d'aider son prochain, en même temps que par le dépaysement et l'ouverture sur d'autres cultures, donc par la curiosité et l'envie de découvrir, je ne vois pas en quoi cela serait condamnable.
Jalan jalan !