Ce qui me semble plus simpliste encore et de mauvaise foi, c'est d'analyser la situation actuelle à partir d'un schéma qui ne tient pas compte de la réalité dans son évolution quotidienne et ne s'appuie pas sur des faits avérés. Ne vaudrait-il pas mieux se donner la peine d'analyser un peu plus ce qu'indiquent les faits nouveaux et mettre de côté les vieux clichés ?
La proclamation du nouveau Gouvernement faisant du Népal un pays laïque n'a pas fait beaucoup de vague à ce jour au Népal mise à part une petite manifestation dans l'ouest du pays. Certes, la situation pourrait changer quand viendra l'heure de régler le sort de la monarchie. Et peut-être bien pour d'autres raisons que la réincarnation de Vishnu dans la personne du roi népalais. Dans un pays qui a connu 16 gouvernements en 15 ans, la monarchie pourrait être vue comme un facteur de stabilité politique. Mais Gyanendra est tellement détesté, et le prince héritier Paras tellement plus, que le contrepoids ne pèsera peut-être pas lourd dans la balance. Pour le moment, rien n'indique qu'une forte majorité de Népalais prend ombrage de la sécularisation de l'État. Cela pourrait changer, j'en convients mais ce n'est rien d'autre qu'une hypothèse pour le moment parmi bien dautres et là-dessus on pourrait jaser bien longtemps juste pour jaser.
Quoiqu'il advienne de la monarchie, les hindouistes, réprésentant plus de 85% de la population, continueront d'exercer le véritable pouvoir sur les affaires de la nation. Le clivage important présentement ne me semble pas être un clivage ethnique mais plutôt un clivage qui distingue entre les partisans du palais et ceux qui prônent la loktantra, une démocratie véritable émanant du peuple et non pas consentie par la monarchie. Les fidèles du palais sont plutôt silencieux ces temps-ci. Ils ont bien failli y passer. Les partisans de la vieille monarchie hindouiste sont également bien isolés. La communauté internationale les a abandonnés à leur sort. Notamment l'Inde qui veut conserver le Népal dans sa zone d'influence et qui ne veut pas de trouble au Népal. À preuve, l'émissaire indien ayant pour mission de transmettre une lettre personnelle du Premier ministre indien à Gyanendra au plus fort de la crise et dont le contenu n'a jamais été dévoilé. On peut raisonnablement présumer que le ton était sufisamment menaçant pour que Gyanendra baisse les bras dès le lendemain.
La paix sociale au Népal passe par la république ou, à la limite, par une monarchie à l'anglaise dépouillée de tout pouvoir réel, et dans ce dernier cas, dans la mesure où les maoïstes se laisseraient tenter par ce compromis. Ce qui n'est pas à exclure car les maoïstes savent désormais qu'ils n'ont pas un appui suffisant de la population et que leur idéologie n'a pas pris racine dans les masses après 10 ans de lutte. Au moins deux choses semblent faire consensus présentement chez les népalais : la réduction des pouvoirs du roi, sinon l'abolition de la monarchie et la fin de la rébellion maoïste. Les partis d'opposition semblent l'avoir compris. Sauront-ils garder le souffle pour mener les réformes à bien ?
Quoiqu'il advienne, la vieille monarchie hindouiste est morte. C'est, à mon avis du moins, ce que nous indiquent pour le moment les nouvelles en provenance du Népal. Dans sa malchance, le Népal a eu la chance d'avoir un monarque dur, sans envergure et sans vision. Lui, qui qualifiait son frère, l'ex roi Birhendra de mou, a bien mal porté la couronne. Il a réagit trop tard, faute d'avoir la capacité d'analyser et de comprendre ce qui se passait vraiment. ll n'a même pas eu l'intelligence de bien s'entourer et a placé son règne sous la protection de l'armée. Un corps avec des bras bien armés mais sans tête. Aucune ethnie, hindouiste fut-elle, n'a besoin de ce roi cruel, despote et sans vision pour se maintenir au pouvoir. Elle y restera de toute façon.
Aziman
Mon voyage au Népal: Zone Himalaya ; L'actualité en Himalaya et au Népal: Bulletin Info-Himalaya