Kevin et Hubert
Kevin a 23 ans, il n’étudie plus, il est joueur de pétanque, il pointe. Grand et long comme ces adolescents montés en graine, le dos à peine vouté, les épaules à peine rentrées, une démarche en longues foulées chaloupées, il voyage.
Il tripote les quelques poils de son menton pour étirer sa barbichette.Pas vraiment sale et pas vraiment propre, il a du charme, un sourire facile et des yeux sombres.
Depuis six mois, il fait la route. Chevauchant les continents, dormant au gré des lodges et guest-houses, parfois chez l’habitant mais c’est rare.
Ratatiné à plusieurs reprises par une entérite épuisante, il récupère vite, charge son sac à dos et repart.
Adepte des cybercafés ou des cyberlieux, il informe sans cesse de l’évolution de son voyage.
Il croise de nombreux touristes et se sent au-dessus de la mêlée, partagé entre le désir de fuir ses pairs et le souhait de parler sa langue.
Dans la chaleur moite d’une fin d’après-midi, il rencontre Hubert.
Hubert a cinquante ans. Il a troqué son costume et sa cravate pour une tenue décontractée, un pantalon en toile et un tee-shirt à crocodile. Il a deux bananes autour de la ceinture, la sienne en peau de ventre et celle de décathlon multi-poches.
Il promène un regard étonné plus qu’effrayé sur le tohu bohu de la foule et de la circulation démente. Il a laissé son groupe pour la journée libre. Empâté par les années et les diners, il n’est pas empoté.
Hubert n’est pas vraiment aisé mais loin d’être démuni. Il a acheté ses vacances exotiques et entend bien rentabiliser. Il a un esprit ouvert, une certaine éloquence, un accent chantant.
Rencontre de deux générations, rencontre de deux voyageurs, rencontre ….
Et assis sur sa boîte à chaussures, Sunil. Petit bonhomme de huit ans, il a chaud et se repose.
Il voit les deux blancs. L’un en tongue, l’autre en chaussures fermées, des mocassins que ça s’appelle.
Il espère une bonne affaire tout à l’heure. Parce que hier, merci, ça c’est mal passé.
Il avait repéré un blanc et ne l’avait pas lâché, comme celui en tongue. Il lui a raconté qu’il avait un petit frère qui était malade et qui avait besoin de lait en poudre. Ca a marché au début, il l’a même entraîné à l’épicerie de Mr Radjenka. Monsieur Radjenka, il a dit 500 roupies. 20 pour le cireur et le reste pour lui.Ca, il l'a pas dit au blanc. Que ça coûte que 100 roupies en vrai. Le blanc il a vu l’entourloupe et c’était foutu. Il a bien essayé de l’emmener chez un autre épicier mais le blanc a gueulé « po, po »
Le soir il avait pas gagné ses 20 roupies et le patron, il était pas content. Y s’est ramassé 12 coups de bâtons pour les douze heures où il avait rien gagné. Même qu’il n'a eu que du dal plein de cailloux à manger. Pouh!!! y fait vraiment chaud.
Mais là, il sent que ça va marcher.
Les deux blancs discutent en regardant le plan que le gros tient devant lui.
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Dom.
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