Mjp · 19 octobre 2011 à 14:05 9 messages · 3 participants · 5 732 affichages | | | | 19 octobre 2011 à 14:05 Traversée des Pyrénées par la HRP Message 1 de 9 · 5 713 affichages · Partager Je viens de réaliser la traversée de Banyuls à Hendaye par la Haute randonnée Pyrénéenne. Ce fut un fabuleux voyage d'altitude dont j'ai essayé de traduire l'ambiance par ce récit
1er épisode:
Les Pyrénées Orientales
25 août: Banyuls – Fontaine de la Massana + 1140m - 230m 5h30 L'aube à peine naissante, mon compagnon et moi quittons le camping de Banyuls, déterminés mais quand même quelque peu circonspects sur les difficultés qui nous attendent dans cette traversée. La ville rapidement dépassée, c'est par un chemin facile au milieu des vignes et des chênes liège que nous débutons notre grimpette. Je pressentais que cette première heure serait longue et pénible: pourtant, nous sommes partis tôt. Des entrées maritimes accrochent les sommets des Albères et l'air moite est saturé d'humidité, Au bout d'un quart d'heure je suis trempé malgré l'allure d'escargot que je me suis imposé. L'eau claire de la fontaine des chasseurs est la bienvenue pour se rafraîchir et compléter les bouteilles. Quelques réglages du sac et il faut repartir en évitant de penser qu'il est bien lourd et qu'il meurtrit les épaules. Quelques coups d'œil sur l'altimètre permettent de se donner du courage; 400, 500, 600....mètres, puis le premier sommet, le pic Sailfort à presque 1000 mètres est bientôt en vue qui offrira un bel emplacement de pique nique. Les brumes s'enroulent autour des roches déchiquetées de la crête et, maintenant, l'air est presque frais. Requinqué après la pause je repars pour parcourir la vaste crête balisée de bornes numérotées en pierre matérialisant la frontière. Nous avions décidé de nous « roder » sur des premières étapes courtes et quand le sentier passe à proximité de la fontaine de la Massana nous cherchons un emplacement adapté pour le bivouac: un douillet replat herbeux dans une clairière bordée d''un maigre ruisseau fera notre bonheur. Montage de la tente, organisation du rangement du contenu du sac, toilette, courte sieste réparatrice occuperont donc facilement la fin de l'après-midi.
26 août: Fontaine de la Massana – saint Martin de l'Albère + 550m -860m 4h30 C'est en excellente forme, toutes traces de fatigue de la veille effacées, que je me réveille. La brume dessine des figures fantomatiques dans la forêt avant que le soleil ne perce. Le claquement du vent sur la tente et le frissonnement des arbres ont ponctué mon sommeil, à peine troublé par l’ululement d'une chouette. Je repars donc rasséréné sur le sentier qui monte tranquillement vers la crête dentelée sur laquelle les brumes s'effilochent. Un long cheminement de niveau entre forêts et prairies permet d'atteindre le pied du pic Neulos. Devant nous 200 mètres de pente raide, premier véritable test d'aptitude de cette traversée. Je démarre très lentement et petit à petit je prends confiance: malgré la lourdeur du sac je débouche au sommet sans être essoufflé et pressens qu'à ce rythme lent je pourrai franchir les dénivellations plus importantes qui m'attendent. Le sentier descend ensuite gaillardement au milieu de prairies avant de plonger dans une forêt de pins. Arrivés en début d'après midi à Saint Martin d'Albère nous discutons avec un sympathique habitant qui nous propose d'installer notre bivouac au bord de son chemin près d'une fontaine. Nous nous installons donc tranquillement alors que les cumulus enflent rapidement et c'est bien à l'abri de notre tente que nous attendrons la fin de l'orage.
27 août: saint Martin de l'Albère – Las Illas + 615m -715m 5h15 C'est, aujourd'hui', une étape de liaison qui présente peu de points d'intérêt et qui se déroule exclusivement sur de longues pistes et de petites routes au milieu de zones forestières. Je redoute un peu cette journée qui risque d'être fort monotone, d'autant plus que nous devons redescendre à basse altitude vers le col du Perthus et que la chaleur risque d'être éprouvante. Heureusement, une légère tramontane vient tempérer les ardeurs du soleil et la perspective de prochaines étapes plus attrayantes m'aide à « avaler » les heures de marche sans lassitude. Pourquoi donc s'engager dans une telle « aventure » de plus de 40 jours et quitter sa famille et son confort quotidien ? Certains comprendraient mal pourquoi on corse l'affaire en s'y engageant en autonomie avec le poids de la tente, du matelas, du duvet, du réchaud...et des vivres pour 5 à 6 jours. Peut être pour tenir le défi de propos prononcés rapidement un jour d'euphorie: « et si on faisait la HRP ! ». Sans doute, aussi, pour mesurer ses limites, vérifier qu'on est capable d'atteindre un objectif fixé en toute liberté. Mais, plus certainement, pour « voyager » réellement, vagabonder sans autre contrainte que les besoins élémentaires de la vie, échanger avec les personnes rencontrées sans avoir l'œil rivé sur une horloge, être immergé dans la nature et la voir se transformer au jour le jour, découvrir l'évolution progressive des paysages au pas lent du marcheur, être fasciné par le soleil qui réapparaît chaque jour et les couleurs changeantes du ciel. A l'arrivée à Las Illas nous découvrons avec bonheur une aire aménagée et engazonnée qui fera un confortable site pour installer notre bivouac
28 août: Las Illas – Amélie les Bains + 1000m - 1260m 7h30 La vie « à bord » de l'espace réduit de la tente s'organise et chaque matin un ordre immuable, quasi-militaire, s'instaure naturellement pour ranger le sac et plier la tente ce qui nous permet d'être rapidement prêts pour le départ. C'est par un agréable cheminement en forêt en louvoyant de part et d'autre de la frontière que nous atteignons le roc de France, belvédère rocheux au vaste panorama avec, en face de nous, l'imposant massif du Canigou qui sera le but des prochains jours. La suite de l'étape me confirme une des difficultés pressenties de cette traversée: les longues descentes qui éprouvent les genoux, les chevilles et le dos. Heureusement, nous ne sommes pas pressés et c'est avec beaucoup de précautions que nous abordons le raide sentier qui dévale vers Amélie les Bains.
29 août: Amélie les Bains – gîte de Batère + 1270m - 55m 6h15 Au réveil, je constate avec soulagement que toutes les traces de la longue descente de la veille ont disparu durant la nuit. Voilà qui est de bon augure pour la suite de notre périple:repartir chaque jour sans accumulation de fatigue est indispensable pour tenir la distance, d'autant que de rudes journées nous attendent. Partir de 220 mètres pour atteindre le sommet du Canigou à 2784 mètres, nous rentrons dans le vif du sujet ! Le départ est tardif car nous devons attendre l'ouverture des magasins. Avec le sac rempli pour 6 jours d'autonomie et la chaleur pesante il s'agit donc de ne pas se hâter sur le raide sentier qui escalade les pentes abruptes dominant Amélie. La suite de l'étape se déroule sur de longues pistes qui n'offrent pas de panorama très dégagé jusqu'à la tour de Batère. Au-delà, la perspective s'ouvre et le Canigou apparaît, malheureusement englouti par les nuages en cette fin d'après midi.
30 août: gîte de Batère – les Cortalets + 1020m -360m 6h Au petit matin, le cheminement vers le col de la Cirère, au milieu des prairies, est particulièrement agréable avec une large vue sur le Roussillon. Je découvre ensuite une autre dimension de cette traversée qui m'avait un peu échappée à l'examen du topo-guide et des cartes: pour progresser d'est en ouest il ne suffit pas de gravir des cols et des sommets puis d'en redescendre, il faut également parcourir de longs sentiers horizontaux, ou presque, pour contourner les nombreux et parfois profonds vallonnements qui ceinturent les massifs montagneux, C'est particulièrement vrai autour du Canigou où nous naviguons sur d'interminables sentiers balcons sans grande variété. Heureusement, l'itinéraire gravit ensuite une crête redressée puis contourne quelques escarpements rocheux offrant un vaste panorama sur le massif du Canigou.
31 août: les Cortalets – Mariailles + 680m - 1075m 5h45 Ce matin, je vis un de ces moments privilégiés que procurent les bivouacs en altitude. Alors que le soleil inonde généreusement de ses rayons le sommet du Canigou, une mer de nuages s'étale à nos pieds. C'est un spectacle dont je ne me lasse jamais. L'ascension du Canigou, sommet emblématique de la Catalogne est presque une formalité sur un large sentier bien tracé au milieu des rhododendrons puis des pierriers. Du sommet le panorama est exceptionnel. Pour descendre, il faut emprunter un raide couloir de gradins rocheux sans difficulté mais dont la hauteur est suffisante pour que l'impression de vide soit palpable. Je m'y engage donc avec précaution, attentif, les muscles tendus pour éviter d'être déséquilibré par le poids du sac. Puis, petit à petit, la confiance s'installe et je prends un grand plaisir à cette désescalade d'une bonne centaine de mètres. La pente s'apaise ensuite et le sentier, parfois bien caillouteux, serpente dans une zone d'alpages puis contourne quelques inévitables vallons avant d'atteindre Mariailles. Le temps menaçant nous incite à nous installer dans la maison forestière et la fin de la journée confirmera nos craintes par quelques belles averses.
1er septembre: Mariailles – Mantet + 860m - 1030m 5h Au cours d'une randonnée de cette durée il est inévitable de composer avec les conditions météorologiques. La pluie dans la soirée d'hier, le pessimisme du gardien du gîte et les nuages d'altitude qui zèbrent le ciel matinal nous incitent à modifier notre itinéraire pour éviter les hauts plateaux où l'orientation serait très délicate par temps de brouillard. Nous redescendons donc vers la vallée, ce qui nous permet de découvrir les villages de Py et de Mantet aux solides maisons de pierre confortablement blottis sur des pentes ensoleillées de part et d'autre du col de Mantet. Nos réserves de vivres étant limitées nous décidons de passer la nuit au gîte « chez Cazenave » où nous retrouvons 2 autres comparses randonneurs qui parcourent aussi la HRP et sont partis de Banyuls le même jour que nous. Magie des rencontres... Ce sera l'occasion d'une fort sympathique soirée animée par nos hôtes Angéline et Richard qui nous racontent avec verve l'histoire de leur famille et du vignoble catalan.
2 septembre: Mantet – col de Tirapitz + 1640m - 500m 6h30 J’apprécie beaucoup les départs matinaux. C'est généralement le matin que je me sens au mieux de ma forme et je reste toujours fasciné comme un enfant par ces premiers rayons de soleil qui embrasent les hauts sommets avant de venir progressivement caresser les flancs des vallées. Dans un périple comme celui-ci c'est également un moyen d'arriver assez tôt à l'étape afin de profiter calmement de la fin de la journée et, aussi, souvent, d'éviter les orages. C'est donc dès l'aube, qu'aujourd'hui encore, nous remontons d'un pas régulier et lent le long vallon qui mène à la porteille de Mantet. C'est un vrai plaisir de sentir, qu'une fois les muscles échauffés, la progression s'effectue avec un effort minimal et de parcourir le chemin sans autre préoccupation que d'observer le paysage. Arrivés en début d'après midi au refuge d'Ull de Ter nous nous sentons en bonne forme, il fait beau et nous décidons de continuer plus loin: ce sera du temps de gagné pour l'étape du lendemain qui s'annonce longue. C'est donc d'un pas de sénateur que je m'engage pour 500 mètres de dénivellation supplémentaire. La perspective d'une belle nuit en haute altitude me motive et c'est sans peine que j'arrive à l'orry blotti dans la pente sous le col de Tirapitz à l'abri du vent qui balaye les crêtes. Pour y pénétrer il faut ramper dans un étroit tunnel et il fait un noir d'encre à l'intérieur. Mon premier réflexe de claustrophobe incurable est de ressortir de ce « trou à rat » et de chercher un emplacement pour ma tente. Mais le terrain est tellement pentu que la partie est perdue et, en outre, à 2700 mètres la température risque d'être très fraîche... Je me fais violence, allume ma lampe frontale pour examiner l'intérieur qui, avec un peu de lumière, prend une apparence plus accueillante. Finalement, une fois bien installé, je finis par trouver cet abri relativement confortable d'autant plus que le vent souffle dehors avec violence. Dans la soirée une souris grassouillette tente de flairer nos provisions et bien vite nous installons une étagère de fortune inaccessible. Sa curiosité la poussera quand même à tenter de visiter nos sacs à plusieurs reprises durant la nuit.
3 septembre: col de Tirapitz – Eyne + 610m - 1650m 6h Nous quittons notre abri sommaire au lever du jour pour un long parcours de crêtes. Les brumes et les rafales de vent ont rafraichi la température et, pour la première fois depuis Banyuls, je sors gants et cagoule. Des hardes d'isards gambadent joyeusement dans les pentes herbeuses. Le décor est grandiose, les éclairages changeant à chaque instant sous l'effet des brumes balayées par le vent. Mais, au sommet du Noufonts, les bourrasques de vent rabattent les nuages qui nous cachent brutalement toute visibilité. Une lecture un peu rapide de la boussole, un examen sommaire de la carte qui s'obstine à se replier sous le vent, le sac lourd qui nous presse d'avancer et nous voilà partis dans la mauvaise direction. Quelques cairns, des traces de passage nous incitent à descendre jusqu'à ce qu'une éclaircie opportune nous fasse comprendre notre erreur. Il ne reste plus qu'à remonter péniblement au sommet pour reprendre la bonne direction, à nouveau évidente car, entretemps, le ciel s'est dégagé. Arrivés au col de Nuria nous bifurquons dans la vallée d'Eyne pour une longue descente au milieu des prairies où paissent vaches et chevaux. Dans le village nous apprenons avec désespoir qu'il n'y a pas de ravitaillement, Il faudra attendre le lendemain en espérant que les commerces du prochain village seront ouverts le dimanche. Sur les conseils d'un habitant nous poursuivons notre route sur le sentier archéologique pour trouver un champ accueillant où dresser nos tentes rapidement car l'averse menace.
4 septembre: Eyne – Estany Sec + 810m - 210m 6h Ce matin, tout est humide autour de nous. La réputation d'ensoleillement de la Cerdagne serait-elle usurpée? Quand je préparais cette traversée des Pyrénées j'avais évidemment envisagé que la météo nous jouerait quelques mauvais tours. Et il n'est évidemment pas possible d'attendre sur place le retour incertain du beau temps. Il faut donc plier la tente bien mouillée, protéger son sac et se mettre en route malgré la fine bruine qui commence à tomber. Cette étape se déroule essentiellement sur de petites routes et des pistes donc la gêne causée par la pluie sera minime. Notre principale préoccupation est autre: il s'agit de savoir si nous trouverons du ravitaillement; c'est donc avec soulagement que nous apercevons une supérette ouverte à Bolquère. Les sacs bien remplis, nous reprenons notre cheminement sur une longue piste rectiligne et monotone au milieu de la forêt de pins sous un ciel sans couleur. La piste s'interrompt brutalement pour découvrir un décor de lacs glaciaires environnés de prairies et de blocs de granit à proximité du lac des Bouillouses. Quelques belles éclaircies nous incitent à poursuivre jusqu'au bord de l'Estany Sec, décor de rêve pour un bivouac. Mais les averses me laisseront à peine le temps de monter ma tente avant d'effacer brutalement le bleu du ciel. Je suis évidemment assez déçu de ne pas pouvoir profiter de ce superbe emplacement. La pluie ne laissera aucun répit dans la soirée m'empêchant même de faire chauffer mon repas; je me contenterai donc d'un modeste sandwich au jambon avant de m'endormir un peu inquiet sur l'évolution pour le lendemain.
5 septembre: Estany Sec – Cortal Rosso + 1120m - 1105m 7h30 La pluie a cessé dans la nuit et, au réveil, un brouillard diffus enveloppe les lacs. Mon premier souci est évidemment d'interroger le ciel mais il se montre réticent à répondre et laisse planer le doute sur l'évolution. Il faut alors parier pour choisir le bon itinéraire et on ne gagne pas à tous les coups... Aujourd'hui, le choix est entre traversée du Carlit ou contournement. Si le temps s'aggrave la traversée risque d'être compliquée et l'orientation délicate, mais le contournement rallongerait de manière importante l'itinéraire. Donc, nous parions sur le retour du beau temps et...nous gagnons. De fugitives éclaircies illuminent la montagne et les nuages déchirés par le vent ne cessent de se reformer tandis que nous nous rapprochons de la longue arête rocheuse qui défend le sommet. Mais, le vent finit par avoir le dessus et nous gravissons les derniers ressauts sous le soleil. Il reste ensuite à descendre le raide et impressionnant couloir d'éboulis et de pierrailles qui parcourt toute la face ouest: grâce à la pluie le terrain s'est ameubli et cette longue descente sera finalement plus aisée que la pente ne le laissait craindre. Le décor change au pied du couloir et nous découvrons un superbe panorama de ruisseaux et de lacs entourés de pelouses aux tons déjà mordorés. La journée est loin d'être finie car il faut encore remonter vers la portella de Lanos sous le chaud soleil de l'après midi. Au pied du col une vaste cuvette herbeuse bien ensoleillée où paissent quelques chevaux nous invite à installer le bivouac. Dans la soirée, les chevaux curieux viendront nous distraire avec le tintement de leurs cloches.
A suivre...... | | | À: Mjp · 20 octobre 2011 à 15:07 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 2 de 9 · 5 663 affichages · Partager felicitation!
j'ai fais l'integral du gr 10 en 48 etapes cet été avec quelques détours via la H.R.P pour gravir le carlit et le canigou
tout simplement magique! | | | À: Mjp · 20 octobre 2011 à 19:57 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 3 de 9 · 5 583 affichages · Partager 2 ème épisode:
Les Pyrénées sauvages
6 septembre: Cortal Rosso – Inclès
C'est par un long cheminement serpentant au milieu d'alpages aux innombrables vallonnements que nous atteignons le Pas de la Case aux immeubles futuristes et colorés incongrus au milieu de ces montagnes. Après 12 jours de marche cette ville aux multiples supermarchés m'apparaît surréaliste et je me sens complètement déphasé au milieu de tous les touristes qui remplissent leurs chariots d'alcools, tabacs et autres souvenirs. Je prends quand même le temps de parcourir les rayons du supermarché pour ne rien oublier car le prochain lieu de ravitaillement est bien éloigné. C'est donc avec un sac bien chargé que nous remontons vers le pic Maia, vaste belvédère dominant les vallées andorranes. Ensuite, un long parcours de crête vallonné nous occupe une partie de l'après midi avant d'emprunter le chemin raide et caillouteux qui plonge vers la vallée d'Inclès, non sans admirer au passage l'estany de Siscaro paisible miroir dans une belle lumière vespérale.
Les surprises, bonnes ou mauvaises, sont un peu le sel d'une randonnée itinérante...Ce soir, nous prévoyions une étape au camping d'Inclès et tout au long de cette chaude et longue journée nous avons fantasmé sur la bière bien fraîche et la douche bien chaude qui devraient nous réconforter à l'arrivée. Las, le camping d'Inclès n'existe plus et, pour ajouter à notre déception, l'arrivée est tardive, le soleil a déserté la vallée et il fait froid! La douche sera donc pour un autre jour.
7 septembre: Inclès – cabane Coms de Jan
Après la longue journée d'hier nous nous octroyons une grasse matinée jusque 8 heures et prévoyons une « petite » étape de récupération. Mais je vais rapidement découvrir que les sentiers andorrans ignorent les lacets et montent droit dans la pente avant de, parfois, se volatiliser dans l' herbe sans crier gare, ce qui complique évidemment la navigation. Quand, de surcroit, la carte est de qualité médiocre et imprécise une observation attentive du terrain devient indispensable pour déterminer le meilleur passage vers le « petit col » décrit dans le topo. Je constate rapidement que le cartographe a omis quelques vallonnements et escarpements rocheux, ce qui n'est pas sans m'inquiéter. C'est donc avec un soulagement certain que j'aperçois, à l'approche de ce fameux col, un groupe de randonneurs qui débouche de l'autre versant et, de surcroit, lorsque je reconnais la couverture du topo guide de la HRP dans les mains de l'un d'entre eux je suis complètement rassuré. La journée n'est pas finie pour autant car un parcours au jugé dans les massifs de rhododendrons et les pierriers nous demandera encore un bon moment d'efforts avant d'atteindre la confortable cabane où nous passons la nuit.
8 septembre: cabane Coms de Jan – El Serrat
Quinzième jour de marche et premier jour sans qu'un seul nuage n'apparaisse dans le ciel depuis le départ de Banyuls: il semble bien qu'un bel anticyclone s'accroche sur les Pyrénées. Le sentier persiste souvent à monter droit sans s'encombrer de lacets mais je commence à être habitué et adapte sans trop de difficulté mon rythme de marche à la pente. C'est un peu plus compliqué dans les descentes où les genoux « chauffent » si je me laisse entraîner. El Serrat, typique village andorran aux massives maisons de pierre abondamment fleuries de géraniums, n'offre guère que quelques hôtels et restaurants. Sur les conseils du serveur d'un bar nous installons notre tente dans un grand pré au bord du torrent et décidons d'économiser nos provisions en dînant au restaurant. Après tant de jours d'une cuisine sommaire à l'eau le passage temporaire dans un lieu « civilisé » permet de s'offrir le plaisir d'un petit extra. Un simple verre de Rioja fut pour moi ce soir un délice digne d'un repas gastronomique!
9 septembre: El Serrat – étang Fourcat
Une lecture attentive du topo nous impose maintenant un choix cornélien. Nos maigres ressources en vivres nous incitent à poursuivre par un trajet direct vers l' Espagne où nous pourrons procéder à quelques achats dans les villages. Mais les hautes montagnes ariégeoises que nous ne connaissons pas sont proches et leur description alléchante pour qui aime les espaces sauvages. Au prix de quelques restrictions et de quelques repas dans les rares refuges de notre route nous devrions arriver à tenir jusqu'au prochain lieu de ravitaillement dans 5 jours. Décision est donc prise de passer par l' Ariège. Une fois les abords de la station de ski d'El Serrat dépassés, l'arrivée vers les lacs de Tristaina dans leur cirque de montagne austère et imposant nous démontre que nous avons eu raison de ne pas céder aux sirènes de la facilité. Même si l'itinéraire emprunte de raides pentes d'éboulis et de blocs la beauté sauvage de ces espaces est fascinante. Et, quand au débouché d'un couloir abrupt, l'étang Fourcat apparaît brillant d'un bleu azur étincelant je suis ébloui. Pour compléter le bonheur, le bivouac abrité entre des blocs rocheux à proximité du lac est des plus confortables. Le soir, nous prenons le repas au refuge voisin et nos yeux doivent briller d'un éclat particulier à la vue du plat de légumes et de viande que nous partageons avec un sympathique couple de randonneurs car ils nous proposent spontanément de finir le plat, ce que nous acceptons évidemment sans retenue.
10 septembre: étang Fourcat – Mounicou
L'étape de ce jour nous entraîne au cœur des Pyrénées sauvages où nous serons complètement seuls durant de longues heures. Une sente bien raide louvoie entre barres rocheuses et pentes herbeuses pour atteindre la crête de Malcaras puis le cheminement se poursuit au travers d'une vaste dépression encombrée de blocs avant de gravir un petit couloir abrupt au débouché duquel s'offre un superbe paysage minéral, austère, sauvage...Seuls les lacs de Picot aux eaux paisibles adoucissent la dureté des lieux. Ensuite, c'est par une succession d'abruptes descentes dans les pentes de bruyères et de rhododendrons qui dominent la profonde vallée de Soulcem que nous rejoindrons le sentier forestier qui, par des lacets serrés, dévale sur Mounicou. Je suis toujours admiratif devant l'imagination et la hardiesse des aventuriers qui ont percé les défenses de ces crêtes et cols inaccessibles en apparence mais qui, finalement peuvent être atteints au prix de subtils détours.
Le minuscule hameau de Mounicou avec son café/gîte est une invitation à la halte après une si longue descente. En plus, il est tenu par « la dame de Mounicou » d'une gentillesse rare avec les randonneurs: après lui avoir demandé si elle pouvait nous vendre un peu de ravitaillement, elle nous propose une boîte de sardines, du fromage et du pain et nous offre gratuitement tomates, fruits et une saucisse sèche. Voilà qui devrait nous éviter la disette pour les jours à venir. Après cette pause, nous poursuivons dans la vallée de l'Artigue où une aire de pique nique fera un confortable lieu de bivouac.
11 septembre: Mounicou – refuge de Cercastan
Le petit déjeuner est frugal: 1 tasse de thé et 1 pain au lait. Malgré le petit ravitaillement d'hier, le rationnement s'impose toujours: je mets donc de côté 3 abricots secs pour la pause en milieu de matinée et 1 boîte de sardines, 1 tranche de fromage avec 2 tranches de pain pour le midi. L'étape s'annonce très longue, une des plus longues de toute la traversée, et je démarre donc très lentement pour remonter la vallée très encaissée sur un chemin bien raide. Un impressionnant chaos de blocs et de dalles rocheuses défend le col de l'Artigue. C'est un véritable labyrinthe de roc dans lequel je trouve un certain plaisir à chercher le meilleur cheminement. Pris par l'aspect ludique de ce jeu d'équilibre j'accélère insensiblement l'allure. Mais la route est encore longue et il faut éviter de gaspiller ses forces et quand, enfin, je m'aperçois que mon rythme est un peu élevé je me force à ralentir. Bien m'en prend car, à la fin de la journée, de nouvelles descentes et remontées nous attendent. Sur le versant espagnol le sentier serpente entre lacs aux rives dentelées, roches rabotées, pins, bruyères, rhododendrons qui prennent un aspect sévère ou riant en fonction de l'avancée des nuages qui s'agglutinent sur la crête frontière. Alors que les brumes commencent à devenir plus envahissantes, du dernier col, le refuge apparaît mais il faut encore redescendre pour contourner une barre rocheuse puis une nouvelle montée d'un peu moins de 200 mètres met un point final à cette longue et belle journée d'altitude alors que le brouillard commence à étendre son manteau humide tout autour. Arrivé au refuge, je constate avec grand plaisir que les 1800 mètres de montée ne m'ont pas vraiment émoussé, ce qui est de bon augure pour la suite du périple.
12 septembre: refuge de Certascan – replat sous le refuge du Mont Roig
Après une agréable soirée et une nuit paisible au refuge je suis fin prêt pour repartir, sans trace de l'étape de la veille. C'est encore une magnifique journée où ciel bleu immaculé et air limpide parent les montagnes d'une magnifique lumière. Lacs, cascades, replats herbeux aux eaux tortueuses sont au menu d'un chemin en pente douce. Pour compléter ce tableau idyllique, le hameau de Noarre avec ses robustes bergeries en pierre est le lieu idéal pour une agréable pause méridienne. Notre objectif initial était de rejoindre le refuge du Mont Roig pour y passer la nuit, mais, peu avant, nous rencontrons un randonneur qui nous informe qu'un groupe de 6 personnes y est déjà installé. La promiscuité ne nous tente guère et comme une belle prairie au pied d'une cascade sous le refuge nous offre de l' herbe moelleuse nous décidons d'y installer nos tentes. Non, je ne deviens pas misanthrope mais, les jours et, surtout, les nuits passant, ma tente est devenue un douillet cocon dans lequel je suis confortablement installé. J'ai beaucoup de plaisir à me glisser le soir dans mon duvet et à apprécier la sérénité et le calme de l'endroit avant de sombrer dans un sommeil réparateur.
13 septembre: replat sous le refuge du Mont Roig – vallée de Isil
Aujourd'hui, l'attention permanente est de rigueur. D'abord, parce que l'itinéraire est complexe: il faut naviguer sans véritable trace au milieu d'un dédale de lacs et de roches polies par les glaciers où seuls quelques cairns montrent le meilleur passage. Mais, aussi, parce que quelques pas d'escalade facile où le sac chargé nous déstabilise jalonnent l'itinéraire. Le site est majestueux, la recherche d'itinéraire assez ludique et les heures défilent très vite. Une pause est donc bienvenue au col de Calberante. Dans l'après midi d'autres cols nous attendent et quand, depuis le col de Curios, j'aperçois la brèche en V caractéristique du col de Cornella et le couloir à l'aspect vertical qui lui donne accès j'ai un choc...Heureusement, les années de pratique m'ont appris que c'est seulement au pied du mur qu'on peut véritablement apprécier sa difficulté. Il s'avère quand même, sur place, que la pente de celui-ci se redresse progressivement vers le haut et que la vague sente de départ se perd dans des éboulis qui me demandent un bel effort. Sur le versant ouest, la pente est beaucoup moins forte mais nous devons traverser des pierriers et des blocs avant de rejoindre, dans la forêt, un chemin mal marqué, souvent envahi par la végétation. Les heures passent et aucun emplacement de bivouac n'est en vue: il faudra certainement attendre d'avoir rejoint le fond de la vallée. Et, pour ajouter aux difficultés, nous perdons le sentier. Heureusement, en prévision d'une telle situation, j'ai apporté un GPS miraculeux qui nous indique rapidement la position du bon chemin quelques dizaines de mètres en dessous de notre position. Nous traçons donc directement dans la pente au milieu des arbres peu denses et retrouvons rapidement le sentier qui continue de dévaler vers le fond de la vallée. Celle-ci est très encaissée, à l'aspect sinistre en cette fin de journée, et les emplacements adaptés au camping semblent rares. Un vague parking en terre battue au bord de la route restera la seule possibilité pour installer notre bivouac.
14 septembre: vallée de Isil – Salardu
Je suis, ce matin, très inquiet à la perspective de parcourir environ 25 kilomètres sur des pistes et des routes goudronnées. Outre l'ennui que me procure généralement ce type d'itinéraire monotone je crains beaucoup les échauffements des pieds, des muscles et des articulations provoqués par des mouvements répétitifs. Je me suis donc préparé mentalement à avancer sans précipitation pour m'économiser. Finalement, après quelques kilomètres de route enserrée entre les pentes abruptes la vallée s'élargit et le paysage s'avère plus varié que je ne le craignais. Et, quand en début d'après midi la monotonie commence à me gagner, je repasse dans ma tête le film détaillé des 20 premières journées de cette traversée et j'arrive ainsi au bout de la route sans avoir senti les kilomètres défiler. Le camping est interdit à Salardu et dans les environs: donc ce soir nous profiterons du confort d'un gîte et d'une vraie douche chaude dans laquelle on peut s'attarder !!!
A suivre... | | | À: Mjp · 21 octobre 2011 à 18:11 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 4 de 9 · 5 546 affichages · Partager 3 ème épisode
Les Pyrénées des hauts sommets
15 septembre: Salardu – refuge de Colomers
Même si une préparation minimale s'impose pour une entreprise de cette durée, la saveur du voyage repose aussi sur une certaine part d'improvisation et la faculté à s'adapter aux imprévus. Les difficultés de ravitaillement rencontrées ces derniers jours nous incitent à adapter notre itinéraire en contournant le massif de la Maladeta par le sud. Mais nous avons besoin d'acheter la carte correspondant à ce nouveau trajet. Elle n'est pas disponible à Salardu et, à contrecœur nous nous résignons à rejoindre Vielha au prix de 2 ou 3 étapes qui semblent peu intéressantes. Mais le hasard offre souvent un recours de dernière minute. Alors que je terminais mon petit déjeuner, un jeune anglais vient s'asseoir à la table. En bavardant avec lui j'apprends qu'il traverse aussi les Pyrénées et qu'il vient de passer par le parcours sud que nous prévoyons d'emprunter. L'occasion est belle pour lui proposer de racheter la carte dont il n'a plus l'usage et le « marché» est vite conclu. À notre grand plaisir nous pouvons donc repartir vers le massif des Encantats et éviter le détour par le fond de la vallée. Le sac est bien rempli, les mollets un peu raides et 10 kilomètres de bitume nous attendent. Mais au bout, à nouveau des lacs, des alpages, des montagnes qui sauront m'enchanter. En milieu d'après midi, l'orage menace, nous pressons le pas mais la pluie nous rejoint peu avant le refuge de Colomers où nous décidons de passer la nuit. Il y a déjà beaucoup de monde et le remue-ménage me fait regretter le calme de la tente ou des cabanes isolées.
16 septembre: refuge de Colomers – replat sous le port de Rius
Décidément, les refuges ne sont pas toujours un havre de paix; les va et vient fréquents, la promiscuité relative ne m'ont pas permis de passer une nuit paisible alors que, sous ma tente, je dors généralement d'un profond sommeil. Le démarrage est donc laborieux et mes muscles peinent à se réchauffer bien que le sentier soit relativement facile. L'itinéraire parcourt la bordure du célèbre massif des Encantats aux innombrables lacs. Les cols se succèdent entrecoupés de courtes descentes. Au passage du port de Goellicrestada nous franchissons pour la première fois la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l'Atlantique et j'apprécie le chemin parcouru depuis le départ. En début d'après-midi je profite du refuge de la Restanca pour avaler un Coca revigorant en prévision de la prochaine remontée vers le port de Rius et, miracle de ce breuvage que j'apprécie peu habituellement, la forme semble s'améliorer. Sous le col, les cumulus bourgeonnent et, à nouveau, l'orage menace. La pluie, bienveillante, nous laisse cependant le temps de monter nos tentes avant de s'installer en petites averses accompagnées de bourrasques de vent.
17 septembre: replat sous le port de Rius – refuge d'Anglos
Hier, nous avons franchi la ligne de partage des eaux et sommes arrivés à peu près au milieu de notre aventure. À ce stade, certains jugeront la route encore longue, d'autres l'estimeront bien avancée. Pour ma part, je constate avec beaucoup de plaisir que cette première partie s'est déroulée au mieux, que chaque matin était comme un nouveau départ où l'envie de repartir à la découverte était inépuisable et que je ne ressentais aucune fatigue particulière ni aucune lassitude. Mais, évidemment il faut savoir raison garder et rester patient en se concentrant sur le modeste objectif quotidien et en profitant patiemment du bonheur de chaque jour. Le ciel est, ce matin, partagé entre nuages et étoiles. De superbes lumières orangées viennent éclairer le lac de Rius que nous atteignons rapidement. Mais, il faut abandonner momentanément les territoires d'altitude pour plonger dans le val d'Aran avant de remonter sur l'autre versant au pied de l'imposant massif de la Maladeta. Une descente difficile sur un sentier caillouteux suivie d'une longue remontée sur une sente qui se raidit au fur et à mesure sont donc au programme de cette rude journée. Au bout du chemin, un attirant petit refuge en bois perché au-dessus d'un lac entouré de blocs rocheux nous attend. Comble de malchance, il est déjà occupé et nous en serons quittes pour un nouveau bivouac.
18 septembre: refuge d'Anglos – refuge de Coronas
Toute la nuit bourrasques et grains ont agité la tente. Les nuages nous talonnent dès le départ et le brouillard semble nous poursuivre tandis que nous gravissons les pierriers du col de Ballibierna. L'ambiance devient austère et presque inquiétante d'autant plus que tous les sommets sont encapuchonnés par le brouillard. Un nouveau cheminement dans des blocs malaisés nous permet de contourner les sauvages lacs de Ballibierna avant de rejoindre une forêt de pins. Quelques pluies éparses nous incitent à passer la nuit dans le refuge de Coronas.
19 septembre: refuge de Coronas – camping Aneto
C'est sans doute la plus courte étape de cette traversée mais elle va nous permettre de nous reposer un peu et, surtout, de prendre le temps d'aller à Bénasque (petite ville située à 3 kms du camping) pour un ravitaillement complet. Le départ est matinal et il fait encore nuit quand nous empruntons la piste forestière de 9 k ms qui rejoint la vallée. L'ai est vif et dès que le soleil fait son apparition les brises nettoient le ciel. Curieusement, bien que le ciel soit dégagé une petite bruine intermittente transportée par le vent depuis les hauts sommets frontaliers chargés de nuages lourds et sombres nous humidifie. La longue descente sur piste n'est pas vraiment appréciée par mon genou gauche dont les ligaments sont devenus un peu douloureux. Je suis d'ailleurs agréablement surpris de n'avoir pas encore ressenti ce genre de gêne depuis le départ de Banyuls. Dans une randonnée au long cours d'inévitables petits « bobos » surviennent et il faut savoir les surmonter sans les négliger mais sans se focaliser dessus. Question d'équilibre entre l'hypocondriaque et l'insouciant ! Ce soir, donc, massage et pommade seront au programme.
20 septembre: camping Aneto – environs du col Gistain
Merveilleuses montagnes qui offrent un spectacle sans cesse renouvelé. Il suffit souvent de basculer derrière un col ou de franchir une vallée pour naviguer d'un austère univers minéral vers de paisibles pelouses verdoyantes. Un jour des bourrasques et des nuages menaçants, le lendemain un lumineux soleil aux rayons doux et caressants. Le val d'Estos aux aimables pâturages est ceinturé par les plus hauts sommets pyrénéens flamboyants sous le soleil matinal. Des marmottes gambadent joyeusement dans l'herbe. L'air est pur, sans vent, le ciel d'une limpidité absolue. La pente du sentier est douce et j'apprécie ce paysage paisible et reposant pour les yeux.
Magie de la montagne et variété des paysages sont vraiment au rendez-vous de cette traversée. Alors que depuis l' Andorre nous avons voyagé de manière quasi permanente au cœur de chaos minéraux, heureusement constellés de lacs, ces paysages pastoraux apaisent l'esprit et le corps grâce à des sentiers qui redeviennent « humains ».
21 septembre: environs du col Gistain – cabane du col de las Collias
Ce matin, dans la tente, le thermomètre affiche 6°C. Bien sûr, je ne rêvasse pas pour enfiler T-shirt, pantalon, polaire et coupe vent avant de sortir préparer mon petit déjeuner. Mais, après toutes ces longues journées de marche, les nombreux bivouacs et les toilettes dans les torrents ou les lacs je ne ressens guère la morsure du froid. Dès le départ, le jour à peine levé, je me sens en excellente forme, même le sac semble se faire moins pesant et l'ascension du col est une formalité. Des isards caracolent et jouent aux ombres chinoises dans la lumière matinale. La descente, une fois de plus, est longue et plus éprouvante et j'attends avec une certaine impatience l'arrivée aux granges de Viados où nous avons prévu notre pause. Le cadre est enchanteur avec ses granges étagées au-dessus de prés de fauche verdoyants. Le ciel a perdu de sa superbe et de nombreux cirrus nous font craindre une évolution défavorable. Qu'il est parfois difficile de repartir quand le cadre est aussi bucolique; mais il faut impérativement continuer, faute de quoi nous manquerons de ravitaillement. Après la dure descente de la fin de matinée mes muscles sont un peu tétanisés et le rythme de montée est difficile à trouver. Cependant, petit à petit la forme revient et un rythme lent mais efficace s'installe. La cabane située près du col est à moitié détruite, mais de belles zones herbeuses permettent d'installer nos tentes à proximité.
22 septembre: cabane du col de la Collias – Parzan
Comme souvent les premières heures de marche défilent sans que je ne m'en rende vraiment compte. Même si, ce matin, la luminosité est faible et le soleil reste voilé. La deuxième partie de l'étape est moins excitante: 8 kilomètres de piste suivis d'un peu moins de 2 kilomètres de route sont un passage obligé. Le hameau de Parzan ne présente pas beaucoup d'intérêt, si ce n'est un petit « supermercado » attenant à une station service. L'endroit n'a rien de plaisant et nous décidons de reprendre la route pour gagner du temps sur la longue étape du lendemain. Nous passons finalement la nuit au bord de la route près d'un ancien bâtiment de douane. Malheureusement, on ne trouve pas tous les jours des lieux de bivouac mémorables, mais cela fait aussi partie de l'aventure...
A suivre... | | | À: Mjp · 23 octobre 2011 à 20:58 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 5 de 9 · 5 512 affichages · Partager 4 ème épisode:
Le parc national des Pyrénées
23 septembre: Parzan – refuge de Barroude
En remontant l'impressionnante vallée de Barroso je ressens fortement l'ambiance automnale: le silence n'est troublé que par quelques sonnailles et quelques sifflements de marmottes, les pentes se teintent de roux et l'air a cette limpidité caractéristique des belles journées d'automne. La montagne semble sur le point de se recroqueviller avant que le froid ne prenne le dessus. Cette nuit, orage, vent, pluie et peut être neige s'annoncent et le confort du refuge de Barroude sera appréciable. L'intérieur est chaleureux avec ses boiseries et son coin bibliothèque qui m'occupera une partie de l'après midi. Nous sommes les seuls occupants et Rozenn, la gardienne nous offre une délicieuse part de far breton, douceur particulièrement appréciée après notre traditionnel plat de pâtes.
Je deviens un peu sauvage et n'apprécie guère les refuges surpeuplés, mais quand les lieux sont calmes c'est un grand bonheur de profiter de l'ambiance de la haute montagne à l'abri des intempéries.
24 septembre: refuge de Barroude – Héas
Une petite bruine bien fraîche a succédé aux averses de la nuit et semble bien tenace. Par chance, elle cesse quand nous nous mettons en marche au lever du jour. Les crêtes sont poudrées de neige et le ciel partagé entre brumes et éclaircies. Je suis toujours fasciné par ces atmosphères matinales de nuages échevelés qui disputent au soleil la conquête des crêtes et des cols. Les lumières filtrant au travers des espaces abandonnées par les brumes sont magiques et la montagne n'est jamais aussi belle que dans ces instants fugitifs. C'est un combat incertain et aujourd'hui le soleil perd la partie. Nous sommes bien vite enveloppés dans un voile ouaté, mais le soleil, opiniâtre, ne s'avoue pas facilement vaincu et tentera, sans succès, de nouvelles percées tout au long de la journée. Ceci ne nous empêche pas d'avancer vers la hourquette de Charmentas autour de laquelle gambadent de nombreux isards puis vers la hourquette de Héas dont les gradins rocheux fort humides et glissants demandent un peu d'attention. Face à ce temps toujours incertain et à l'humidité ambiante le bivouac ne nous tente guère et nous préférons l'abri simple mais sec de la grange.
25 septembre: Héas – Gavarnie
Nous partons à la nuit sous un ciel scintillant d'étoiles en empruntant la route qui conduit au barrage des Gloriettes. Une magnifique journée s'annonce et la paisible remontée de la vallée d'Estaubé au milieu des pelouses rases parsemées de gros blocs rocheux est un enchantement. Malgré la pente douce ou peut être à cause de ce sentier qui n'en finit pas de parcourir de larges lacets la forme n'est pas au rendez-vous. J'avance à petite allure et ressens un certain manque d'énergie. Sans doute, est-ce dû au fait que j'ai épuisé toutes mes provisions et que le repas hier soir était un peu maigre. Heureusement, l'habitude aidant, je sais que la motivation est un puissant soutien lorsque le physique vient à faiblir et qu'il suffit d'avancer patiemment et lentement pour surpasser ce genre de difficulté. Je rejoins donc tranquillement la hourquette d'Alans, belvédère incontournable sur le cirque de Gavarnie et la vallée d'Ossoue dominée par le Vignemale. Vient ensuite la descente vers Gavarnie au milieu des pâturages. Nous n'avions pas vu autant de monde et de boutiques depuis bien longtemps et nous sommes bien surpris quand nous découvrons que le camping a déjà fermé ses portes. Nous nous dirigeons alors vers le gîte d'étape où, deuxième surprise du jour, le responsable me déclare d'un ton peu amène qu'il n'a pas le temps de s'occuper de nous !!! Heureusement, la maison Passet – Cumia toute proche dispose encore d'une chambre disponible et nous sommes accueillis de manière fort aimable dans l'atmosphère un peu surannée de cette demeure évoquant les grandes figures du pyrénéisme.
26 septembre: Gavarnie – refuge de Baysselance
Mon sac à dos est à nouveau rempli à ras bord de vivres pour plusieurs jours et un examen de la carte montre que notre objectif du jour est loin et haut perché. Je me suis donc préparé pour une rude journée. Mais je suis à nouveau requinqué et, malgré le sac alourdi, j'avance sans faiblir sur le sentier pentu qui gravit les flancs de la vallée d'Ossoue. C'est une lumineuse journée que l'automne offre à la montagne et j'apprécie ces instants où le rythme régulier se maintient sans aucun essoufflement. A la manière des coureurs de fond une sensation de bien être quasi euphorique s'est installée en moi.
27 septembre: refuge de Baysselance – refuge Wallon
Quand le Vignemale s'embrase sous les rayons du soleil levant les souvenirs reviennent. C'est ici, qu'il y a 40 ans, jeune apprenti randonneur j'avais gravi mon premier « 3000 », tout fier de cet exploit et c'est, sans doute là, que le virus de la montagne s'est instillé en moi sans jamais faiblir. Durant cette traversée des Pyrénées j'étais impatient de retrouver ces paysages marquants et la chance me sourit puisque l'anticyclone solidement installé garantit une nouvelle journée de grand ciel bleu. Je redécouvre donc avec grand plaisir cette vallée des Oulettes de Gaube dominée par la majestueuse et impressionnante face nord du Vignemale avant de basculer dans la vallée du Marcadau par les cols des Mulets et d'Arratille. A proximité du refuge Wallon dalles de granit, gazons épais, pins noueux et torrents cascadants composent un décor de carte postale au milieu duquel nous profiterons d'une fin d'après midi contemplative avant d'installer notre tente pour la nuit.
28 septembre: refuge Wallon – refuge d'Arrémoulit
Une longue étape nous attend à nouveau pour contourner les contreforts du Balaïtous. Après une remontée paisible du versant est du col de la Fache entre mamelons herbeux et laquets, la descente sur le versant ouest est délicate dans un environnement sinistre d'éboulis raides à l'ombre de parois sombres. Mais les paysages sont changeants et, bientôt le grand plat de Campo Plano offre une vision bucolique et reposante qui ne durera pas bien longtemps puisque la remontée vers le col d'Arriel nous permettra d'apprécier une nouvelle fois le « plaisir » de parcourir des chaos de blocs et des pentes terreuses raides. En fin d'après-midi, la raideur du couloir donnant accès au col garantit de bons étirements des mollets un peu tétanisés par les heures de marche dans les pierriers. Quand je le remonte je trouve en moi une énergie insoupçonnée et je constate avec plaisir qu'après 35 jours de marche je ne ressens pas de lassitude, bien au contraire.
29 septembre: refuge d'Arrémoulit – refuge de Pombie
Nous approchons de la fin des difficultés mais ce matin il reste à franchir le passage d'Orteig, sans doute le plus délicat de toute notre traversée. L'étroite vire, heureusement équipée d'un câble, descend dans des schistes extrêmement glissants qui dominent un à pic d'une bonne centaine de mètres et c'est donc avec une concentration extrême et pas à pas que je traverse cette zone. La suite de la descente sera presque une promenade de santé sur un agréable sentier dans un vallon pastoral dominé par le pic du midi d'Ossau curieusement illuminé par les étranges lueurs du soleil naissant. Après une courte pause méridienne auprès du gave de Brousset il faut s'ébrouer pour emprunter le sentier qui rejoint le refuge de Pombie. Cette agréable montée en refuge par une douce après-midi me donne l'envie de flâner pour profiter du calme des lieux en ce début d'automne. Quel bonheur de pouvoir ainsi profiter jour après jour de l'atmosphère limpide et paisible des montagnes, loin de toute agitation. Je me sens envahi d'un grand bien être et me sens l'esprit très léger. Du refuge le contraste est saisissant entre les sombres parois verticales de l'Ossau et les riants vallonnements verdoyants des alpages. La fin de saison approche et le refuge est peu fréquenté ce qui permet de discuter longuement avec la gardienne de notre itinéraire. De manière fort sympathique elle nous offre l'apéritif pour fêter notre arrivée imminente au col du Somport qui marque la fin de la haute montagne et la dernière partie de la traversée, mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours pyrénéen...
30 septembre: refuge de Pombie – col du Somport
Sur le conseil avisé de la gardienne du refuge nous empruntons le chemin du col de Doum de Pombie et du col de Llou qui évite une traversée pénible d'une zone de blocs. Le paysage est attrayant sur ce sentier balcon « roulant » avec une vue très dégagée sur les sommets encore nimbés d'un léger voile brumeux. Au passage, nous surprenons une harde d'isards qui détale pour chercher le soleil en haut de la pente. Après une descente dans une zone d'alpages le sentier remonte en lacets vers le lac Casterau puis le lac Paradis, le bien nommé où nous faisons une longue pause. La halte de milieu de journée est généralement assez courte pour éviter de casser la dynamique de la marche, mais, devant un tel endroit paradisiaque, il faut vraiment faire un bel effort pour se remettre en route. Cependant, la perspective d'atteindre ce soir le col du Somport me motive: c'est en quelque sorte une frontière symbolique au-delà de laquelle il me semble que les étapes seront plus aisées et, sauf accident, nous devrions atteindre Hendaye dans une dizaine de jours. Nous repartons donc sur de vastes étendues de gazon souple sous la surveillance de l'Ossau qui domine tous les sommets voisins avec superbe. Au cours de la descente vers le Somport nous traversons la station de ski d'Astun dont les bâtiments massifs à l'esthétique contestable me paraissent vraiment hideux. Malgré le renfort de nombreux canons à neige je reste dubitatif sur les conditions d'enneigement à cette altitude et je me demande si ce merveilleux paysage n'a pas été gâché un peu rapidement.
A suivre... | | | À: Mjp · 24 octobre 2011 à 23:15 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 6 de 9 · 5 489 affichages · Partager 5 ème et dernier épisode:
Les photos sont visibles ici: mjpgouret.free.fr/hrp/hrp.html
Les Pyrénées vertes
1er octobre: col du Somport – refuge d'Arlet
Départ à la nuit pour quelques kilomètres sur la route encore déserte à cette heure matinale. Puis le sentier pénètre dans un sous bois moussu en oscillant entre montées et descentes avant de remonter de vastes pentes herbeuses dominées par des roches à la curieuse couleur rose. Aucun nuage ne vient troubler le bleu du ciel qui conserve toute la journée la limpidité caractéristique de l'automne. L'emplacement de bivouac situé près du refuge est particulièrement plaisant sur une souple prairie à proximité du lac et d'une source au faible débit. Une fois les visiteurs de la journée partis, il y règne un silence absolu que ne trouble même aucun torrent.
2 octobre: refuge d'Arlet – Lescun:
Au réveil, le ciel encore sombre est piqueté des mille feux d'étoiles qui brillent avec une intensité particulière dans le froid vif. Magie du bivouac: la silhouette des crêtes est irisée d'un trait de lumière fugace. La fraîcheur du petit matin tempère cependant mes velléités contemplatives et, bien vite, je fais chauffer l'eau de mon thé pour avaler un petit déjeuner qui sera rapide car j'arrive au bout de mes provisions. Avant de redescendre dans la vallée notre itinéraire parcourt la crête frontière qui offre une vue panoramique sur d'agrestes paysages. Puis il plonge ensuite vers Lescun par une riante vallée encadrée par les dolomitiques aiguilles d'Ansabère. Nous approchons de l'Atlantique et le paysage se transforme: les prés verdissent et les pentes s'apaisent bien que quelques raides parois calcaires jaillissent encore de la verdure.
3 octobre: Lescun – la Pierre Saint Martin
Durant la nuit au camping de Lescun clochettes et torrent ont bercé mon sommeil d'une douce musique tandis que le clocher égrenait tranquillement les heures, preuve tangible d'un retour progressif vers un quotidien plus humanisé. Après un arrêt à l'épicerie pour remplir notre sac nous remontons la riante et verdoyante vallée au fond de laquelle jaillissent les aiguilles verticales. Avant d'atteindre les éblouissantes parois qui soutiennent le karst de la Pierre Saint Martin le chemin s'enfonce dans une forêt semée de pierres moussues. Puis, par le pas d'Azuns et le passage escarpé du pas de l'Osque il rejoint une zone karstique étendue qu'il traverse par de petites vires et quelques lapiaz avant d'atteindre la Pierre Saint Martin dont les abords ont été véritablement massacrés par les bulldozers et la dynamite pour créer des pistes de ski...
4 octobre: la Pierre Saint Martin – abri d'Ardané
Le départ est à nouveau très matinal car la distance à parcourir est relativement élevée. Tout commence par 10 kilomètres de bitume sur une petite route peu fréquentée. Ensuite une bonne remontée sur un sentier en lacets conduit vers la ligne de crête principale qui, curieusement, ne fait pas office de frontière. C'est en effet une étrange frontière tracée en pleine pente alors qu'on l'attendrait plutôt sur la crête ou en fond de vallée: mystère de l'histoire humaine. Heureusement que les bornes frontière numérotées facilitent l'orientation dans ces lieux sans point vraiment caractéristique. La cabane d'Ardané, massive maisonnette en pierres avec un toit de tavaillons est en excellent état et confortable. Les chevaux curieux cherchent bien à nous accompagner à l'intérieur quand nous nous installons mais ils n'insistent pas.
5 octobre: abri d'Ardané – col Bagargui
Le vent matinal nous bouscule un peu quand nous atteignons la crête frontière. Il nous accompagne tout au long de la matinée durant laquelle nous parcourons cette large crête herbeuse qui, par une succession de montées et de descentes rejoint le pic d'Orhy. Autour du port de Larrau apparaissent les premières palombières alignées en grand nombre de chaque côté de la crête et j'imagine l'agitation qui doit y régner lors des périodes de migration. Aujourd'hui, tout est calme et les rares randonneurs qui gravissent le pic d'Orhy profitent comme nous de cette merveilleuse journée automnale: le soleil chauffe les crêtes léchées par une magnifique mer de cumulus. Le vent a cessé offrant un moment de rêve pour le pique nique sur le sommet de 2000 mètres le plus occidental des Pyrénées. Le pays basque est à nos pieds et durant la descente sur une arête parfois effilée nous aurons des aperçus spectaculaires sur l'enchevêtrement de collines, de crêtes, de dômes et de vallons caractéristiques de ce pays. Ce relief compliqué n'est pas sans nous poser quelques soucis d'orientation une fois redescendus à plus basse altitude: une lecture studieuse de la carte et l'aide du GPS nous sortent vite d'affaire pour trouver le chemin du col Bagargui où nous nous installons dans une chambre à l'atmosphère quasi monacale. Par contre, nous avons à disposition une cuisine à l'équipement moderne et, ayant pu nous ravitailler à l'épicerie, le dîner sera copieux. Nous arrivons dorénavant dans une région où les villages sont nombreux et, sans surcharger notre sac, nous allons pouvoir nous offrir quelques « gâteries ». un carré de chocolat, un biscuit, un fruit prennent dans ce contexte une saveur exquise un peu oubliée dans notre univers quotidien d'abondance.
6 octobre: col Bagargui – col d'Orgambidé
Les journées raccourcissent et nous devons adapter nos horaires en conséquence. Bien que toujours matinaux nous attendons donc que le jour pointe pour partir à travers la forêt d'Iraty à l'ambiance mystérieuse. Les rayons du soleil rasant filtrent au travers des arbres sur lesquels dansent ombres et lumières tandis que les pentes de bruyères et de fougères dorent sous les premières lueurs. La forêt traversée nous remontons vers le vaste dôme d'Occabé aux pentes herbeuses parsemées de rares enchevêtrements rocheux: une impression de grands espaces se dégage de ce site qui domine toute la région. Le soleil cède ensuite rapidement la place aux nuages et aux brumes qui brouillent les repères et nous obligent à modifier nos plans: nous contournons cette zone de collines à l'orientation très délicate dans le brouillard en empruntant une petite route qui rejoint le col d'Errozate; c'est moins bucolique mais plus sûr et rapide pour avancer. C'est bientôt la fin de notre périple. Dans 4 ou 5 jours nous devrions atteindre Hendaye et un peu d'impatience commence à poindre. Mais je n'ai pas envie de me précipiter, je veux continuer à profiter de ces paysages basques si particuliers, continuer à profiter de l'environnement apaisant qui nous entoure et je n'ai pas envie de martyriser mes muscles et mes articulations qui fonctionnent à merveille depuis 6 semaines. Donc il faut continuer « polle polle ». Du col d'Errozate un étroit chemin en partie caché par les herbes hautes redescend dans une étroite vallée encaissée avant de remonter sur l'autre versant pour rejoindre le col d'Orgambidé, large étendue herbeuse, frontière et carrefour de plusieurs pistes. Le camping semblant interdit sur la partie française nous installons nos tentes sur le versant espagnol où aucun panneau ne matérialise cette interdiction. La bruine et les averses de la soirée nous laissent craindre une aggravation du temps pour le lendemain. Durant la nuit, des bourrasques de vent et des grains agitent la tente à plusieurs reprises et je dois vérifier régulièrement que l'eau ne s'y infiltre pas.
7/10: col d'Orgambidé – les Aldudes
Cela devait bien nous arriver: une journée de grand mauvais temps. Après des semaines exceptionnellement agréables je prends cette pluie avec une certaine philosophie, d'autant plus que nous sommes proches de l'arrivée. Le rangement du sac sous la tente est un peu compliqué et je dois me contorsionner pour éviter que la toile très humide ne s'égoutte à l'intérieur. Le plus difficile est certainement de court-circuiter le petit déjeuner car il n'est pas possible de faire chauffer de l'eau. Une fois le sac chargé, je dois maintenant sortir et plier la tente à toute vitesse pour éviter qu'elle ne soit complètement détrempée: je crois que le record de vitesse est battu et en quelques minutes je suis prêt à partir. Mais encore faut-il retrouver la piste située à une cinquantaine de mètres, complètement invisible dans la nuit et le brouillard. Après quelques tentatives infructueuses à la boussole dans différentes directions je sors le GPS qui nous indique précisément le bon azimut. Nous sommes partis pour environ 28 kilomètres de petites routes et de pistes, dans le brouillard et les bourrasques de vent glacial. Bien emmitouflé dans des vêtements dont j'apprécie le confort j'avance enfermé en moi-même comme immergé dans une bulle étanche. Je revisionne les étapes passées, je me plais à imaginer l'arrivée au bord de l'Atlantique, le retour en famille avec une certaine sérénité qui me fait oublier l'ambiance hostile alentour. Le plus difficile de cette situation est l'orientation car le vent secoue la carte qui se mouille en quelques secondes malgré la pochette plastifiée. En outre, il est très difficile de faire des haltes régulières car tous les chemins sont détrempés et il est impossible d'y poser le sac. C'est donc avec joie que nous apercevons l'auvent profond de la chapelle du col d'Ibaneta: nous serons au moins au sec pour un rapide pique nique. L'après-midi, le vent faiblit et les averses deviennent éparses. Par une succession de petites routes goudronnées nous grimpons d'abord vers la redoute de Lindus puis redescendons vers Urepel et, enfin, les Aldudes, où je suis bien soulagé d'arriver après presque 10 heures de marche. L'auberge de jeunesse est facile à dénicher à l'entrée du village et nous y sommes chaleureusement accueillis. Et, pour ajouter à notre satisfaction nous y retrouvons les 2 randonneurs qui avaient quitté Banyuls le même jour que nous: cette rencontre nous fait plaisir et nous partageons ensemble ainsi qu'avec un sympathique randonneur gallois une nouvelle soirée joyeuse.
8/10 les Aldudes – Elizondo
Même si l'atmosphère reste très humide et le ciel bas, le vent et la pluie ont cessé et nous repartons donc d'un pas décidé. Notre élan est vite ralenti par une petite route d'une raideur incroyable sur plusieurs centaines de mètres. Pour nous faciliter la tâche nous décidons d'emprunter un itinéraire local balisé vers le col Beorzu Argibel plutôt que d'utiliser celui décrit dans notre topo qui semble compliqué. Au bout de quelques kilomètres j'ai l'impression qu'il nous entraîne plus loin que prévu mais il est trop tard pour faire demi-tour. En effet, nous débouchons bientôt au col Berdaritz et il reste maintenant à suivre une longue crête pour rejoindre notre itinéraire. Mais l'environnement est très agréable et, même si les vues sont un peu brouillées ces dômes gazonnés dominant la vallée des Aldudes sont plaisants à parcourir. Pour rejoindre Elizondo il faut emprunter une piste et des chemins souvent argileux et, dans cette période humide, de nombreux passages extrêmement boueux nécessitent quelques acrobaties. Arrivés en début d'après midi à Elizondo, la ville semble inanimée, seul le bar est ouvert. La serveuse est très impressionnée par notre chargement. N'étant vraisemblablement pas une adepte de la randonnée elle est très surprise d'apprendre que nous marchons depuis 45 jours et de manière fort ingénue nous demande « et vous aimez ça? »...
9/10: Elizondo – col de Lizuniaga
L'hôtel où nous passons la nuit a le grand avantage d'être économique: situé au cœur d'une zone commerciale à l'entrée de la ville. L'environnement n'a rien de bucolique mais, surtout, il jouxte une discothèque qui diffuse toute la nuit de la musique techno dont les vibrations remontent jusqu'à la chambre. Si on ajoute les conversations bruyantes de nos voisins espagnols dans le couloir en pleine nuit je crois bien avoir passé la plus mauvaise nuit de tout notre périple. Cela ne me perturbe guère durant cette journée de marche qui est la dernière grande étape avant l'arrivée. La bruine nous accompagne dès le départ et la vue reste limitée sur les larges coteaux couverts de fougères que nous parcourons.
A midi près du col Atxuela, une soudaine éclaircie ouvre une étroite fenêtre vers l'océan. Cette vision fugace est un vrai moment d'émotion. But ultime de notre périple, il paraît maintenant à portée de pas et je savoure la satisfaction d'avoir pu profiter de cette longue immersion au cœur des montagnes. Cette vision me poursuivra toute l'après midi au long des chemins en montagnes russes qui nous mènent vers le col de Lizuniaga. Nos compagnons épisodiques arrivent peu après nous et, ensemble, nous passons une dernière soirée chaleureuse autour de quelques bouteilles de Rioja pour fêter notre prochaine arrivée, échanger nos souvenirs et, surtout, rêver de prochaines aventures.
10/10 col de Lizuniaga – Hendaye
Dans l'aube irréelle, les feuilles des arbres crépitent sous les gouttelettes de brouillard. Nous surmontons rapidement la couche ouatée tandis que les premières lueurs percent la brume. Un liseré orangé souligne les lignes de crête qui fendent les nuages lovés au creux des vallées. Pour notre dernière journée pyrénéenne nous sommes particulièrement gâtés par ce spectacle matinal. Une fois contournés les contreforts de la Rhune nous atteignons le col d'Ibardin et ses nombreuses « ventas » qui attirent la foule des visiteurs. Toute cette agitation vite dépassée nous empruntons un sentier balcon offrant un magnifique panorama sur l'océan illuminé par un soleil éclatant. Puis, par une succession de chemins et petites routes louvoyant entre collines et vallons verdoyants nous rejoignons Hendaye. Dans les derniers kilomètres, je ressens le bonheur de toucher au but, mais sans impatience aucune. Je crois même avoir envie de ralentir le pas pour prolonger ce moment, prolonger ce merveilleux voyage... | | | À: Mjp · 5 novembre 2011 à 16:28 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 7 de 9 · 5 401 affichages · Partager Salut MJP,
Merci pour ton fabuleux récit et épopée, cela me servira quand je réaliserai ce rêve là.
Au nom de tous les randonneurs et voyageurs du forum, tous mes remerciements. | | | À: Mjp · 5 novembre 2011 à 17:22 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 8 de 9 · 5 398 affichages · Partager Au fait MJP, quelques questions pratiques pour y voir plus clair après lecture attentive de ton récit : - tu penses que ton sac pesait combien avec tente et ravitaillement pour 5 à 6 jours ? - ta tente pèse combien (elle est pour 2 ou 1 personnes ?) ? - tu partais généralement à quelle heure le matin ? - Est ce qu'il n'aurait pas fallu partir, en terme de date, un peu plus tôt pour réaliser l'HRP et avoir un peu moins de pluies / brouillard etc ?
Encore merci des informations données. | | | À: NC3175 · 5 novembre 2011 à 21:53 Re: Traversée des Pyrénées par la HRP Message 9 de 9 · 5 393 affichages · Partager Bonsoir,
Voici quelques réponses: - mon sac pesait entre 15 et 16 kg auxquels il faut rajouter l'eau (1 à 2 litres selon les étapes). Je peux communiquer la liste des affaires emportées avec les poids réels sur demande. - le tente pèse 2kg. C'est une tente de 2 places que j'utilisais seul pour plus de confort: possibilité d'étaler ses affaires et de préparer son sac à l'intérieur en cas d'intempéries - lever entre 6h et 6h15 pour un départ entre 7h15 et 7h45 selon les jours - nous avons bénéficié d'un temps très clément (juste 2 jours de pluie continue ce qui est exceptionnel sur une traversée de cette durée). Toutes les personnes rencontrées nous ont confirmé que le temps aurait été moins agréable quelques semaines auparavant. Mais, il n'y a pas de règle absolue en météo... septembre est souvent une période favorable dans les Pyrénées. Par contre les jours sont évidemment plus courts ce qui est un inconvénient pour les longues étapes. | Discussions similaires sur le Sud-Ouest de la France: Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 9 320 visiteurs en ligne depuis une heure! |