Banda Aceh, notre dernière destination. Cette idée nous trotte dans la tête quand nous arrivons à
Bukit Lawang
. Avons-nous bien fait de venir ?
Quoi qu’il en soit le village est charmant, il s’étend tout le long d’une rivière. Pour se rendre à notre guesthouse, il faut traverser un pont de singe bricolé de fils de fer et de bambous qui en ferait fuir plus d’un tant il a l’air précaire. Il y a quelques années, de fortes inondations avaient ravagées le village emportant un grand nombre de ses habitants. Mais la vie a repris le dessus et les habitants on reconstruit toutes les infrastructures nécessaires, malheureusement il ne manque plus que les touristes pour remplir les lieux.
Quelques heures après notre arrivée, Helene et Nassim, partis un peu plus tard que nous, nous rejoigne. Nous sommes 4, idéal pour organiser le trek du lendemain à la recherche des
orangs-outans
!
A notre grande surprise le soleil est rayonnant quand nous nous réveillons. Pas le temps de trainer, la jungle nous attend. Nous nous mettons en route immédiatement en compagnie de notre très sympathique guide. Les quatre heures que nous allons passer avec lui vont s’avérer fortes en émotions. La rando commence sur les chapeaux de roues. Ça grimpe, le chemin est particulièrement glissant et envahi de moustiques après les derniers jours de pluie. En quelques minutes à peine, nous sommes trempés de sueurs et piqués de toutes parts. Les premiers habitants de la forêt que nous rencontrons sont une famille de macaques. Que dis-je, une véritable tribu. Ils courent de tous côtés et nous encerclent. Ces petits curieux ont l’air intrigués par notre présence à moins que ça ne soit l’odeur des fruits que notre guide transporte pour nous qui les attire. Mais pas de temps à perdre, ce n’est pas eux que nous sommes venus chercher. Seconde découverte, et pas des moindre, nous apercevons un groupe de primates aux têtes amusantes affalés sur les branches des arbres. Coiffés d’une crête, nous les surnommons affectueusement « Punky Monkeys », mais il s’agit d’une espèce de langur endémique à
Sumatra qui s’appelle Thomas’s leaf (Presbytis thomasi). Présents uniquement sur cette partie de l’ile, cette espèce a été déclarée vulnérable en 2008.
Mais où se cachent nos orangs-outans ? En continuant nos recherches nous tombons cette fois-ci sur une famille de gibbons blancs. Décidément ces bois sont riches en primates ! Il faut dire que grâce au travail effectué dans ce parc national la végétation est particulièrement préservée.
Nous crapahutons sur un chemin particulièrement escarpé quand nous apercevons un nid dans lequel quelque chose a l’air de bouger. Nous nous approchons tant bien que mal en essayant de faire le moins de bruit possible quand apparait une touffe de poils rouges qui surplombent une petite tête hirsute. Nous les avons trouvés ! Celui que nous entrevoyons a environ 5 mois. Tout à coup une grosse main sort des branchages, suivie d’une tête curieuse. La maman agrippe son petit et se décide enfin à sortir. Lentement elle se suspend aux lianes laissant apparaitre son grand corps et la petite touffe poilue qui l’accompagne. Moment magique !
Cette femelle a 16 ans et c’est son premier bébé. Les orangs-outans vivent environs 55 à 60 ans mais ne se reproduisent que tous les 5 ans a partir de l’âge de 15 ans. C’est ce qui les rend tellement vulnérables. L’activité touristique développée par le parc naturel de
Gunung Leuser permet la préservation de ces primates mais en contrepartie les expose aux maladies humaines auxquelles ils sont très sensibles. C’est le serpent qui se mord la queue. Cependant, il apparait que sans le travail effectué sur la réserve, ces grands singes auraient quasiment disparus de cette zone.
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises car peu apres nous rencontrons un autre spécimen. Il s’agit d’un male, il doit être âgé d’environ 35 ans et peser 70 à 80 kilos (contre une moyenne de 100 a 120 pour les femelles) pour 1,65m. Nous essayons de rester silencieux et immobiles pour le déranger le moins possible. Il se déplace lentement d'arbre en arbre. A croire qu’il a envie que nous l’admirions car il prend la pause et se laisse photographier avant de décider que nous l’avons assez embêté et reprendre sa route paisiblement.
On ne peut pas rester insensible à la vision de cet être dont le nom signifie littéralement « homme des forets » et dont nous partagerions 94% du patrimoine génétique (dixit notre guide). Après avoir contemplé ce grand primate au regard attendrissant, nous repartons avec le sentiment étrange d’avoir vécu quelque chose d’exceptionnel.
Même pas le temps de nous remettre de nos émotions, nous devons sauter dans le bus. Ces trois heures chaotiques ne sont qu’un avant-gout de ce qui nous attend. Cependant tout s’enchaine à la perfection car arrivés à
Medan nous mottons directement dans le bus de nuit pour
Banda Aceh, ville dans laquelle nous arriverons 12 heures plus tard vers 5 heures du matin. Tout ça pour attendre encore pendant quatre heures et demie que le premier bateau embarque pour
Pulau Weh
, petite ile paradisiaque située a la pointe nord de
Sumatra et où nous voulons passer nos derniers jours. Une heure de bateau aura suffit mais il nous faudra encore une bonne heure en moto pour traverser l’ile. Une heure pour faire 20km, c’est une bonne moyenne. L’entrée du minuscule village ne permet pas l’accès aux véhicules et nous devons finir à pieds. Nous nous installons dans un confortable bungalow en bois avec une vue délicieuse sur les eaux turquoises. Iboih est un petit paradis sur terre.
Quand je me lève le matin, je suis hypnotisée par la vue. La terrasse est parfaite pour une petite séance de stretching et de yoga pendant que Julien est parti plonger.
L’après-midi, nous partons en amoureux faire un peu de snorkeling dans les eaux chaudes et poissonneuses.
Je n’arrive pas à savoir si le temps passe trop vite ou trop lentement sur cette ile. Les journées coulent tout doucement sous le soleil, pourtant il y a déjà quatre jours que nous sommes arrivés et nous devons repartir demain. Ce matin là il fait un soleil magnifique, cela me donne le sourire car je dois justement partir plonger et la journée s’annonce idéale.
Plongée sublime et conditions parfaites m’ont fait oublier mon stress et mon appréhension. Il n’est reste que le plaisir. Je voudrais décrire ce que j’ai vécu mais je n’ai pas le talent littéraire suffisant. L’eau était si limpide laissant apparaitre un monde tout en couleurs, des plus subtiles aux plus vives comme ces gorgones géantes dont le rouge sang tranche sur la mer azur. J’ai été tour à tour amusée par le ballet dansant des demoiselles, effrayée par les énormes murènes aux dents acérées et enchantée de toutes ces visions et du monde nouveau qui s’offre à moi.
Nous ne voulons plus partir et c’est la première fois en 10 mois que nous nous sentons pris par le temps. C’est un sentiment à la fois désagréable et frustrant. En quittant le bungalow nous avons un pincement au cœur, nous repensons à la vue que nous avions depuis notre appartement à
Nouméa et nous comprenons que nous risquons de ne pas retrouver la même chose avant longtemps. Notre décision est prise nous rentrons en
France. Après quatre ans loin de la métropole on peut dire que nous avons le mal du pays.
Heureusement l’aventure n’est pas tout à fait finie. Il faut refaire le trajet en sens inverse jusqu'à
Medan. Arrivés là il nous faudra encore attendre de longues heures. J’ai l’impression que l’attente et la patience sont les maitres-mots quand on voyage. Le pire est que l’on s’habitue à toutes les choses qui pourraient nous paraitre impensable dans notre quotidien. J’ai tout loisir de méditer là-dessus en attendant l’avion qui doit nous emmener à
Singapour.
La suite du voyage, films et photos :
les-choux-chinois.over-blog.com/
A bientot,
Lilou & Jun