Jour 11 : Gorilles dans la brume
Le grand jour pour moi (même si les autres ont déjà été exceptionnels)
Lorsque nous avons préparé ce voyage, Madame, très lucide, a tout suite, décidé de ne pas venir. Plusieurs critères : Elle craint énormément la chaleur humide, elle n’a pas trop envie de connaitre nos cousins, car elle a un sentiment de gène, de malaise face à leur ressemblance aux humains, elle déteste se salir, et donc tout cela avec un prix asse élevé ont fait qu’elle a décliné le truc.
Du coup, chez nos amis, c’est un peu le contraire, lui grand costaud est plutôt assez méfiant quand il faut faire une chose un peu extraordinaire avec des animaux.
Du coup, « il va se sacrifier 😊 » et rester avec Madame, alors que mon amie et moi allons sur la trace des primates.
Autant ma femme ne regrettera rien, autant je pense qu’il aura un petit sentiment de « si j’avais su »
Du coup, Paul nous emmène tous les deux au centre de départ des excursions.
Papiers administratifs, chants exécutés par des locaux, présentation des projets locaux et pour finir un responsable prend la parole.
Ses premiers mots seront pour nous remercier d’être là, car grâce aux deniers apportés par les touristes, un village de 500 âmes peut vivre et surtout les gorilles sont préservés depuis le travail immense de Gladys Kalema-Zikusoka qui a réussi à convaincre la population qu’il était mieux (plus rentable) de préserver les gorilles plutôt que les braconner.
Ensuite il répartit les gens par groupes de 8 avec un guide, deux « fusils » et 3 trackers que nous ne verront qu’à la fin, car ceux-ci sont partis il y a deux heures chercher notre famille dont le nom est Muyambi (qui signifie pacificateur).
Paul a, à priori, demandé de nous affecter une famille pas trop loin, cheville oblige pour moi et une condition physique pas top pour mon amie.
Nous sommes avec un couple d’espagnols assez jeune, un couple de tchéques un peu moins jeunes et un couple d’anglais de notre âge. Tous prennent un porteur, sauf nous.
Du coup, notre groupe est constitué de 8 touristes, 6 accompagnateurs et 3 trackers déjà partis.
Tout ce petit monde part en 4*4 pour un trajet d’environ 25 minutes dans les montagnes à travers d’une piste bien cabossée. Bien entendu, c’est Paul qui nous emmène et nous attendra ensuite.
Arrivés en haut d’un village, on commence la randonnée (expédition ?)
Tout d’abord une descente abrupte au milieu de plantations de thé. Cette plantation, est l’une des conséquences du travail de Gladys Kalema-Zikusoka auprès des populations. Les gorilles ne mangent pas de thé, du coup en mettant de telles plantations autour des villages, même si ils peuvent la traverser, cela fait une sorte de barrière naturelle.
Arrivés en bas, notre guide nous dit que les trackers n’ont pas encore trouvé le nid où la famille Muyambi a passé la nuit. On attaque donc une montée d’enfer, toujours sur un sentier. La guide imprime un rythme très lent, en s’arrêtant souvent, nous donnant des explications sur la jungle. Perso, cela va bien, je crains plus les descentes.
Après la montée, bien sûr, la descente, moins longue que la montée car globalement on va beaucoup monter.
Une nouvelle fois, la guide nous dit que les trackers n’ont toujours rien trouvé. On va donc attaquer une très longue montée, moins pentue que la précédente car c’est dans cette direction qu’ils ont été vus, hier pour la dernière fois.
A un moment donné, la guide nous dit qu’enfin ils ont trouvé le nid et que maintenant ils cherchent dans quelle direction les gorilles sont partis. On continue de monter...
Après une pause, et un dernier contact téléphonique, la guide s’arrête (on était presque au sommet) quitte le sentier et prend tout droit dans une descente effrénée en traçant le chemin au coupe-coupe.
On apprendra plus tard que les gorilles, au lieu de continuer à monter avaient changé leurs dernières habitudes et choisi de descendre. En gros on a monté pour rien !
Très folklorique la descente. Presque tout le monde s’est cassé la figure, ça glisse, on essaie de se retenir aux branches (d’où obligation d’avoir des gants). De plus le téléphone ne passe pas, du coup, la guide pour entrer en contact avec les trackers, imite des bruits d’animaux.
Enfin, on rejoint un des trois trackers. Ça sent bon le truc !!
On continue notre descente, franchissons un cours d’eau (pieds trempés) et après une petite montée dans la forêt (elle porte bien son nom : impénétrable de
Bwindi), on nous demande de laisser nos bâtons (indispensables), nos sacs, de mettre un masque et de ne garder que les appareils photos et caméra.
Les gorilles ne doivent pas être loin.
Tu parles Charles, y’en a un au-dessus de nous qui grimpe sur un arbre et deux mètres plus haut, le mâle dominant, le dos argenté est étendu pour faire la sieste.
Sieste de courte durée car il décide d’aller plus loin. On suit toute la troupe et bien lui en a pris, il s’arrête sur coin plat, très dégagé et là c’est l’enchantement !
Quelle émotion !
La famille est donc composée du dos argenté, de trois femelles, dont une est plutôt la grand-mère (il ne l’honore plus), deux ados et un bébé de 4 semaines.
Nous passons une heure à se faufiler entre chaque membre de la famille. Personnellement, je reste 10 minutes assis à côté du mâle dominant, à moins d’un mètre cinquante. Un des trackers m’avait suggéré de me mettre à cet endroit, en toute sécurité.
Ouais ! Dans ma vie jamais je n’aurais imaginé faire cela, une conversation avec un gorille.
De son côté, le bébé essaie de s’approcher de mon amie. La guide lui dit à chaque fois de reculer, ce qu’elle fait, car cela peut s’avérer problématique. Mais le bébé s’entête à vouloir s’en approcher.
A un moment donné, le mâle émet un grognement suffisamment clair et une des femelles va chopper le bébé et le prendre dans ses bras. Fin de séquence !
L’heure passe vite car avec les deux ados, il se passe toujours quelque chose. Ils se faufilent entre nous sans nous calculer.
Il est temps de les laisser.
Après un dernier regard, nous continuons la descente et très vite trouvons un sentier qui nous ramène pratiquement en bas de la première plantation de thé. Au final on a fait deux énormes grimpettes, presque pour rien car ils n’étaient pas si loin que cela. Mais c’est la nature qui décide !!!
La dernière montée est éprouvante pour de nombreux organismes. Même la guide qui se trouve juste devant moi souffle énormément. On arrive enfin au village. Il y a des bancs on casse-croute donc et ensuite retour en 4*4 au centre pour la traditionnelle remise de diplômes.
On arrive à 16 h au lodge. Ma chère et tendre était super inquiète car un gars du lodge lui avait dit qu’on rentrerait vers 13 h !!
Nous sommes tout sale (et oui tomber dans la forêt humide) et donc allons vite prendre une douche.
Comme nous logeons au lodge du CTPH (voir jour10), le saint des saints de la protection des gorilles (c’est d’ailleurs pour cela que des rangers dorment ici), un employé nous propose d’aller voir les laboratoires créés par Gladys Kalema-Zikusoka.
Il est très fier de leur travail dont la plus grande partie consiste à récolter les cacas des gorilles et à les analyser. On apprend plein de choses sur les gorilles et, sur le travail de cette association.
Une autre partie de leur action est de sensibiliser la population sur l’hygiène, la contraception, les soins et le respect des animaux.
Il nous montre tout ce qu’ils font et c’est vraiment impressionnant dans cette forêt perdue tout ce qui se passe.
Il est temps de retourner au lodge et de boire un super apéro avant le diner et de se coucher la tête pleine de rêves.
Le +++ : L’heure passée avec les gorilles
Le ++ : La visite du CTPH
Le - :.............