
kola France
5 juin 2007 à 17:28
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Traversées du désert... (Maroc)
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Histoire d'un voyage au Maroc, du premier au dernier jour sinon ça n'aurait pas eu de sens... Marrakech... puis 4 jours à pied dans le désert, seule avec un guide, un chamelier et 2 dromadaires... et encore Marrakech... Tout a été important, même les moindres détails, alors c'est une (très) longue histoire Derrière les descriptions et les anecdotes, il y a aussi de l'émotion, de l'intime, et des... états d'âme. Tout ce qu'il est étrangement plus facile de partager de cette manière, tout ce qu’il est étrangement plus facile de partager avec des gens que l’on ne connait pas... J’ai de superbes images dans les yeux, mais seulement quelques unes sont visibles, si vous lisez attentivement, vous saurez pourquoi… Les autres photos sont imaginées...Fabriquées au retour avec des souvenirs rapportés et un peu de mise en scène… Mais, tout est authentique.  Depuis que je suis rentrée, quelquefois la nuit j'ouvre les yeux, et je ne sais pas où je suis... Nuit blanche, nuit dans les étoiles, nuit en communion, nuit reliée... Dans ce moment suspendu, entre veille et sommeil, qui rend très très réceptif... En communion avec qui?... Reliée à quoi?... Lila gnawa... lila de derdeba... Le désert, un chemin solitaire... On y entre, et on est tout de suite dans l'essentiel... Mercredi... Orly ouest... Il y a 2 heures d'attente avant l'embarquement. Mon MP3 veut bien s'allumer mais c'est tout. Il se bloque… Aucune commande ne fonctionne plus, et rien n'y fera...Sourire...Voyage sans musique alors? Et premier repère qui tombe...  Passeport, billets, tickets, reçus, étiquettes… Nez au hublot pendant tout le vol... Descente sur Marrakech et à basse altitude une jolie mosaïque, nuances de rose et d'ocre pointillées de vert, mais aussi sur la droite, moins harmonieux, des cubes alignés... Lotissements en construction?... Atterrissage laborieux et turbulent, l'avion tournera longtemps avant de se poser... Accueillie par le bruit familier, inchangé, des portières et des sièges qui grincent dans les petits taxis... A Casa c'était des Simca 1000 rouges, et il y avait un compteur, ici ils sont jaunes et il faut négocier le prix... Je n’ai aucun talent pour cela, alors va pour 100 DH  Parcourus et oubliés… Marrakech… Solaire, lumineuse, sensuelle… partagée entre traditions et modernité... Chatoyante et parfumée, très bruyante… plutôt polluée? Sur la chaussée, les chevaux et les ânes se mêlent toujours aux véhicules… et gare au trafic lorsqu’il s’agit de traverser ! Ça reste toujours une aventure stratégique et... sportive. A quel instant précis piquer un sprint vers le trottoir d'en face?... Et pourquoi aucun nom de rue n'est indiqué?... Après midi à pied, direction la gare routière de Bab Doukkala… Un repère le Mac Do... Puis une place avec une fontaine… Ensuite tourner à gauche dans l’avenue Hassan II… Il y a un bus pour Zagora vendredi matin, mais pour le billet, il faudra que je revienne demain... En revenant à l'hôtel, dans un kiosque juste à l'angle, j'achète "Tel Quel" que je lis avec beaucoup de plaisir sur internet... Jeudi... Tôt le matin, à pied jusqu’à la place J.el.F., calme et presque déserte... Je ne fais pas une affaire en achetant 2 petits poignards... Aucun talent pour marchander, pour cela il faut bien plus que du charme... Alors je choisirai le reste de mes cadeaux au centre artisanal avenue Mohammed V. Les prix sont indiqués, et il y a le plaisir de voir les artisans travailler... Une besace et des boucles d'oreille... La besace sent la chèvre… Les boucles d'oreilles seront ciselées devant moi par un tout jeune homme aux doigts agiles, merveilles de finesse et de fragilité… Puis je m'attarderais longtemps dans les ruelles des souks… Parfums de cuir, de bois de thuya et de cèdre, senteurs de laine et de cuivre… Odeurs familières… Souvenirs de l’enfance…  Chers poignards… boucles d’oreille... Retour à la gare routière et un imprévu... Pas de bus vendredi matin mais un départ ce soir à 20h30... Il me reste un peu de temps avant de rentrer faire mon sac, alors je fais un grand détour… boulevard de Safi, puis à droite avenue El Mansour jusqu'au jardin Majorelle... Une pause au calme. Des plantes rares, toutes sortes de cactées lisses, duveteuses, hérissées de piquants... formes végétales étranges, trapues ou étirées. Une infinie variété de verts, et ce bleu si renommé… Le chant des oiseaux, le soleil et les ombres qui jouent dans l'eau des bassins… Le temps s'écoule paresseusement… J’écris des cartes postales, elles arriveront bien après mon retour…  Retour à l'hôtel… avenue El Mansour, boulevard Zerktouni, ça va…Mais pourquoi les noms des petites rues ne sont jamais indiqués?!! Je me perds un peu… 20h, la nuit est déjà tombée. Arrivée à la gare routière, et là.... Et là, mouvement de recul... Une foule compacte, un enchevêtrement de bus... Où aller?... Rare femme, seule étrangère, sac à dos... Je suis vite repérée, entourée, mal guidée... Quelqu'un avec un badge finit par m'indiquer le bon trottoir. Le bus n'est pas là, et le trottoir est déjà noir de monde, principalement des hommes. Aurais-je une place?... Là, petit coup de flip… Puis, dans cette foule sombre, une lumière vêtue de blanc... Nabila, une jeune étudiante qui rentre à Zagora pour les vacances, elle parle français. Nous réussirons à monter et ferons le trajet côte à côte... Le bus partira avec 2 h de retard. Le voyage sera long, un peu inconfortable, ralenti par de nombreux arrêts, il a fait très froid… Vendredi... Un peu engourdie, un peu éblouie, un peu frigorifiée, arrivée à Zagora au tout petit matin avec le lever du soleil... Magique! Envie de quelque chose de chaud... Et là le cadeau qui vient du cœur, gentillesse et hospitalité… Nabila m'invite chez elle. Accueil chaleureux de sa mère et de ses frères et sœurs, pas plus étonnés que ça de me voir débarquer si tôt pour partager leur petit déjeuner! Quelques heures en leur compagnie... Nous échangeons nos adresses, et le plus jeune des frères, Nouamare m'offre un livre de conte pour enfants... Midi, "La fibule du Draa" Lahcen Sarti, le propriétaire... un sourire et un visage sur un échange de mails... Il me montre sur la carte le parcours du trek, rigole quand je lui raconte ma nuit dans le bus, et m'envoie me reposer au bord de la piscine... Pas de maillot... alors chaise longue et bouquin... Bouquin qui m'accompagnera dans le désert, et que je terminerais à Marrakech dans le jardin de la Koutoubia...  Samedi, 1er jour... En me levant ce matin, je sais que le sable du désert absorbera aussi mon sang... Départ tôt pour 4 jours et 3 nuits, seule, comme je souhaitais, avec un jeune guide Mohammed et un plus jeune chamelier Abdou. Nous serons ensemble 24h sur 24h, et nous ne croiserons pas âme qui vive avant d'arriver au bivouac fixe, le 3ème soir. Tout ce dont nous avons besoin est chargé sur 2 dromadaires. Et dans ces paniers il y a des miracles, un inventaire à la Prévert que je découvrirais au fur et à mesure comme... un plateau pour les verres, une corbeille pour le pain, un pain de sucre et des petits verres pour le thé mais… des grands verres et du sucre en morceaux pour le café, des épices, des oranges, des légumes, des œufs... crus! Qui ne se casseront pas, de la vache qui rit... Et plein d'autres merveilles inattendues et tellement surprenantes au milieu du désert... (La vache qui rit c'est le beurre du désert. Tous les matins au p'tit déjeuner c’était café avec du lait en poudre Nido, et kesra avec de la vache qui rit et de la confiture d'abricot Aïcha… Un délice.)  Début du voyage, et début d'une longue, longue marche… Nous ferons 80 km en 3 jours, traverserons toutes sortes de paysages jusqu'au vrai désert de sable et de dunes... Je boirai l'eau des puits, mangerai des crudités, dormirai sur un matelas qui dans la journée selle les dromadaires... J’oublierai toutes les mises en garde et tous mes repères en matière d'hygiène... Mon corps réduira ses doléances. Ni chaud, ni soif, ni fatigue, ni trouble d'aucune sorte... juste réveillée par le froid tous les matins vers 6h.... J'enlève ma montre. Comme mes compagnons, je vivrais au rythme du soleil… Abdou tient les dromadaires, alors il marche à leur cadence Quelquefois, nous sommes groupés Quelquefois les 2 guides sont ensemble, et je chemine derrière Quelquefois nous parlons Rien n'est obligé, il n'y a aucune gêne. C'est une danse simple et harmonieuse, un pied devant l'autre, et suivre son ombre qui tourne avec le soleil... Chaque pas laisse derrière l’inutile, l’encombrant, le superflu… Place à l’intime… Place au silence… Place au-dedans… Face à soi même… Je trouve des coquillages, et les yeux fermés je sens l'odeur de la mer...  Un pied devant l'autre... Je sors mon appareil... Capacité d'une centaine de prises, mais ce sera 10 photos, et pas plus. Il se bloque... Aucune commande ne fonctionne plus, et rien n'y fera...Sourire... Voyage sans photos alors? Et 2ème repère qui tombe... Je repense à mon MP3...  Quelques photos parmi les dix... Midi Desseller les dromadaires qui s'éloignent aussitôt en quête de nourriture Et avant le repas cuisiné par Mohammed, le rituel du thé à la menthe, préparé par Abdou dans une minuscule théière… Thé dense, mousseux, très sucré... Il nous le sert sur un plateau avec des dattes, des cacahouètes et des raisins secs… Et ce sera comme cela tous les jours, midi et soir... Nous faisons progressivement connaissance... Mohammed, 25 ans... Calme, très intérieur, presque ascétique... Il connait bien le désert, et il l'aime... Si à l'aise, qu'il marchera en babouches, ou pieds nus, quel que soit le terrain.. Lorsque je suis derrière lui, l'inscription publicitaire sur le dos de son sweat me fait sourire... Il y a une date, 8 janvier 2003... Petit clin d'œil de la vie? (J’ai un souvenir précis de ce jour là.) Abdou, 20 ans à peine, un visage rond et jovial. L’as du thé à la menthe... lorsqu'il me tend mon verre il dit "Bismillah", et je réponds de même... Farceur et gourmand. Ravi que je ne mange que des légumes, il aura double ration de viande!  Abdou et sa théière... Mohammed... Fin d'après midi, un puits... Abdou fait boire les dromadaires, et Mohammed remplit les bidons. Les bouchons ne sont pas étanches, alors il coince un morceau de sac en plastique pêché dans un des paniers, et visse par dessus... Oublier toutes les mises en garde en matière d'hygiène... 1ère nuit sous la tente, au pied du djebel Baní...  Djebel Dimanche, 2ème jour... Traversée ascension du djebel Baní... Paysage minéral et lunaire, des roches couleur pain brûlé et gris anthracite. Je ramasse de jolis cailloux, et Mohammed me trouve une pierre fossile... Repas de midi dans une oasis, désertée par les nomades... Quand nous reprenons notre marche, le vent se lève. Un vent qui ne souffle qu'en avril... Violent, terrible le ‘’Sahli’’... Des tourbillons de sable et de graviers. Où est le ciel, où est la terre... tout est poussière, tout est jaune et opaque... Les bourrasques sont si fortes qu’elles nous font vaciller. Par moments il faut même s'accroupir pour ne pas tomber. Dans la forêt d’acacias, Abdou et les dromadaires ne sont qu’à quelques mètres devant nous pourtant nous ne les voyons plus... Nous saurons plus tard que ce jour là, les excursions prévues ont été annulées... Qu'un groupe s'est perdu et a dû être récupéré en 4X4... Mais Mohammed a le sens du désert. Il est calme, il nous guide… alors nous continuons et j'ai confiance en lui. Il serre un chèche autour de ma tête, fragile rempart contre ces déferlements… Il faut avancer et c'est difficile... Mais le désert m'a acceptée, alors sans opposer de résistance, je l'accepte... Et le sable s'insinue partout... dans la bouche, crissant sous les dents, dans les yeux, les oreilles et les narines... dans les cheveux... Une fine couche ocre a recouvert mon visage, et mon corps jusque sous mes vêtements. Je suis devenue une femme de sable... Communion... Fusion avec le minéral. J'absorbe la puissance prodigieuse du désert, comme le désert absorbe mon sang... Nous avons marché 4 heures, poussés par ce vent furieux, avant de s'arrêter pour la nuit sous un acacia... Là, il a fallu monter la tente, ce qu'ils ont fait, difficilement. Puis il a fallu la lester... Alors les ustensiles et le plateau du thé à la menthe ont servi de pelles pour recouvrir les rebords de sable. Puis Abdou s'est occupé des dromadaires, en maintenant une de leur jambe avant repliée avec une corde pour éviter qu'ils ne s'éloignent trop... Ensuite on a tout rentré sous la tente, et on s'est écroulés... mais pas longtemps. Mohammed préparait des repas de roi midi et soir avec les merveilles contenues dans les paniers: salade de crudités finement coupées, tajine de légumes, soupe (et pas en sachet!)... Même les sardines en boite étaient agrémentées de fines tranches d'orange... Après cette journée éprouvante pour tous, je lui dis que du pain avec de la vache qui rit suffirait bien... Il m'a regardé avec un grand sourire, a prononcé sa phrase rituelle du soir: "Maintenant Laurence, assied toi, prend ton temps, prend ton livre..." Il a sorti du panier miraculeux ses ustensiles pleins de sable, son réchaud, des légumes, et nous a préparé un couscous (et pas en boite!), un couscous qu'il a roulé entre ses mains... Pendant ce temps, Abdou a sorti sa théière pleine de sable, son pain de sucre, les cacahouètes, les dattes... Rituel du thé à la menthe, comme tous les jours, midi et soir... Dehors le vent continue de souffler soulevant des tourbillons de sable... Alors, je ne ressortirais pas comme l'autre soir pour laver mes dents et brosser mes cheveux. Juste une lingette sur le visage pour enlever la poussière... Mohammed éteint la lampe à gaz, je me recroqueville dans mon sac de couchage. Les dromadaires se sont rapprochés de mon côté de la tente, la lumière de la lune étire leurs ombres sur la paroi de toile. Ils se sont... repliés, et font des bruits bizarres... Nous nous endormons très vite... Lundi, 3ème jour... Mes 2 compagnons dorment encore, quand le froid me réveille vers 6h comme tous les matins... Tout semble si calme, le vent ne souffle plus... Je dénoue la porte de la tente et... Un ciel bleu et pur, qui se teinte peu à peu de rose et d'orange flamboyant... Le soleil se lève devant mes yeux éblouis. Une journée de lumière commençait…Plus aucune trace de la tempête d'hier, sauf du sable... partout. Donc, petit déjeuner avec du sable...Ensuite, nous secouons tout ce qu’il est possible de secouer, faisant voler des nuages de poussière… Puis Abdou rend leur 4ème jambe aux dromadaires et nous continuons le voyage. Après les étendues de cailloux et d'arbustes du 1er jour, les crêtes rocheuses du djebel Baní et la forêt d'acacias du 2ème jour, le paysage change, s'adoucit... Nous arrivons dans le désert… comme on l'imagine, comme on le rêve, comme on le voit sur des milliers de photos. Des dunes blondes à perte de vue, en creux et en rondeurs harmonieuses… Le désert de sable… immense, fascinant... Dernier repas tous les 3… Ce soir nous arriverons au bivouac fixe et nous ne serons plus seuls. La pause s’étire… Alors un peu à l’écart dans le sable lisse je trace quelques mots… une évidence, confiant un secret au désert. Dans une petite boite je rapporterai avec moi un peu de ce sable magique…  Un secret dans le désert... Abdou attrape mon carnet et dessine les dunes… Mohammed dessine Abdou et ses dromadaires... J’apprends à faire la vaisselle avec le contenu d'un seul verre d'eau... Un oiseau minuscule se pose sur mon sac… Un oiseau !... au beau milieu de nulle part... Les dromadaires semblent se régaler avec les branches d’acacia pourtant pleines d’épines…  Dessins de désert... Nous reprenons le chemin... Les dunes sont plus hautes... Pleins et déliés faciles à gravir, le désert a des courbes sensuelles, féminines. Une main de géant en épouserait les reliefs comme une caresse sur un corps doux et moelleux... Le soleil couchant donne au paysage des couleurs d’ambre et d’épices, des reflets de cannelle… Le sable m'offre des cailloux roses, et des morceaux de quartz blanc qui brillent... Je trouve aussi une pierre noire...  Cailloux roses, cailloux fossiles, cailloux brillants, et une pierre noire Fin d'après midi, arrivée au bivouac fixe au pied de l'erg Lihoudi... Le gardien Lahcen, tourbillon volubile et agité nous accueille avec un thé à la menthe. Il me capte vite: "toi, tu fais du yoga’’… Il raconte plein d'anecdotes sur ses "clients", termine toutes ses phrases par : ‘’ pas de problème !… machi mouchkil… machi mouchkil, pas de problème !…’’ Autour des tentes, des dizaines… des centaines de gros scarabées noirs grouillent sur le sable… Comme je frissonne, Lahcen en saisit un délicatement, et veut le poser sur ma main ‘’ Machi mouchkil ! Ça ne pique pas !’’… Je tends une paume hésitante… Malgré la fantaisie et l'enthousiasme communicatif de Lahcen, je n'aimerais pas cette dernière soirée. 2 groupes sont arrivés en 4X4 pour passer une nuit dans le désert… Bruit des moteurs, bruit des caméras, bruit des voix et des exclamations... Intrusion dans ma bulle... Je reste un peu à distance… Ils repartiront très tôt le lendemain matin…  Souvenir de scarabées Mardi, 4ème jour... Debout, immobile sur une dune de sable, je vois dans un même ciel la pleine lune et le soleil… Face à face lumineux, Magique, bouleversant… Puis la lune a pâli, le soleil a flamboyé davantage. Ce n’était plus tout à fait la nuit, ça n’allait pas tarder à être le jour… L'univers Sacré, Mystique se déployait devant moi... Moment de grâce qui fit battre mon cœur un peu plus vite… Quelque chose d’indéfinissable m’envahit alors progressivement, avec une infinie douceur, jusqu'au plus profond de l'âme... Devant cette rencontre improbable, hésitations réticences et craintes semblent si dérisoires…Que sommes nous sinon des fragments de cet univers dans lequel tout est uni… tout est relié… Je suis restée longtemps sur cette dune, sous le charme… Debout, pieds nus enracinés… le cœur ouvert... Réceptive… en Unité entre l'infiniment petit du grain de sable et l'infiniment grand de l'univers... Je n’étais rien venu chercher pourtant la Terre généreuse a offert son énergie, sa force subtile à chaque cellule de mon corps, et rempli mon âme de lumière…En échange de ce sang répandu sur le sable pendant ces 4 jours ?… Donner pour Recevoir…Recevoir et Donner… comme un pacte signé. Ce qui m'a exilée de ma vie, mettant à mal tous mes repères m'aura attirée jusqu'ici… Passage nécessaire par l'espace, par le retrait et par le silence... pour une autre naissance ?... Le désert réel après le désert symbolique... S'arrêter un instant, comme à la croisée des chemins. Se relier avant de continuer… Si ce chemin mène à l'essentiel, alors ce chemin a un cœur et il se poursuivra... Au pied de la dune en redescendant, j'ai trouvé une petite main de Fatima en perles. Cadeau du désert...  Cadeau du désert… porte bonheur ?... Mohammed et Abdou repartent de l’erg Lihoudi avec d’autres personnes, notre aventure commune s’achève donc ici... Émotion… les regards et les gestes sont plus éloquents que n’importe quelle parole... Merci, du fond du cœur... Retour à Zagora dans un 4x4 brinquebalant et plutôt tape-cul... Après la piste, nous traversons une immense palmeraie... Chatoiement des couleurs, luxuriance de la végétation, les palmiers y poussent dans des parcelles de blé... Vert tendre des épis, vert fané des palmes, toutes les nuances de vert contrastent avec les murs de pierre ocre et rose... Mes yeux redécouvrent le vert… Mes yeux redécouvrent les couleurs... Sur un chemin étroit, le 4x4 se retrouve en face d’un âne qui porte 3 enfants sur le dos… Impossible de se croiser. Qui va reculer ?... Et bien le progrès vrombissant s’est incliné devant la tradition à 4 pattes... Dans un nuage de poussière, le 4x4 a fait marche arrière sur plusieurs centaines de mètres… L’âne est passé tranquillement... Sur son dos les 3 enfants agitaient leurs mains… Midi, arrivée à ‘’La Fibule du Draa’’... Accueil souriant de Lahcen. Il me propose de prendre une douche, je refuse… Même s’il semble un peu surpris, il a la délicatesse de ne pas trop le montrer… Curieusement, je ne me sens pas sale. Pourtant mes vêtements sont les mêmes, et mon corps n'a pas vu une goutte d'eau depuis le jour de mon départ... Mais je veux garder la chaleur et l’odeur de sable sur ma peau... renouant avec des sensations oubliées, instinctives, animales... Alors, je reporte sur mon sac ma méticulosité, et mes conditionnements civilisés... Je sors tout, vide tout, secoue tout... traquant le moindre grain de sable... Peine perdue ! (J’en retrouve encore aujourd’hui…) L'après midi s'étire paresseusement au bord de la piscine... Je contemple mes cailloux, et fais une jolie rencontre…. Le bus Zagora- Marrakech part à 19h... C'est le soir de la pleine lune, et dès que la nuit tombe le ciel se remplit d'étoiles… Points lumineux sans commencement, sans durée, sans fin… Petites lumières si lointaines et si proches… Le voyage sera plus court qu'à l'aller, mais à peine plus confortable. Un haut parleur juste au dessus de mon siège crache de la musique et des incantations pendant tout le trajet... A mi parcours, même arrêt insolite dans un village illuminé et affairé comme en plein jour… (Taddart, je crois…). Le long de la rue principale, les sols sont en damiers noir et blanc. Des étals de bouchers exposent des carcasses entières de bœuf… Odeurs de fumée et de grillades… Des gens s’activent… D’autres, attablés, mangent… en plein milieu de la nuit… Arrivée à Marrakech à 2h du matin... Grève des taxis... Pas de chambre avant ce soir… Aïe… Mon sac à dos attire l’attention… Une voiture s’arrête et offre de m’emmener pour 80 DH… Confiance… 5 mn après, je pousse la porte du ‘’toulousain’’… Le gardien me proposera de finir la nuit sur une des banquettes du hall... Je déplie mon sac de couchage, et me glisse dans l'odeur du désert…. Pas sommeil… Mais les yeux fermés, je vois les étoiles... Mercredi... Petit matin difficile... Maintenant, je me sens sale, mes vêtements me gênent, mes chaussures me font mal… Envie d'une longue douche chaude… Envie de retrouver mon corps, de laver mes cheveux, de mettre de la crème, de faire mes ongles, de... Ce sera une longue douche... froide. L'hôtel est plein de charme, mais un peu vétuste…  Vêtements de 4 jours… Après midi à pied, dans le quartier calme de l'hivernage, à la recherche d'un souvenir d'enfance qui a peut être changé de nom: l'hôtel "Holiday Inn"... Je n'ai pas trouvé, ou pas reconnu... Longue flânerie dans les jardins de la Ménara, et retour à l'hôtel au coucher du soleil... Jeudi... Dernier jour... Envie de voir le musée de Marrakech, parce que le fondateur était un ami de mon père... Alors même trajet familier..: Le Mac Do, la place avec la fontaine, avenue Hassan II, Bab Doukkala, mais cette fois je passe les remparts… Et dans la vieille ville sensuelle et charmeuse, envoûtante, je me suis perdue, retrouvée et reperdue… J'ai déniché le musée et la medersa Ben Youssef, au bout d’un dédale de ruelles... Suivi des odeurs de menthe, d'olives, de miel et de cannelle... Savouré, émue, les mêmes beignets que dans mon enfance, ronds de pâte dorés frits dans l'huile avec un trou au milieu, et assemblés avec un brin d’herbe... (Je ne m'en rappelle plus le nom...) J'ai rempli mes yeux de jolies choses et échangé des sourires... Reçu, comme ça… Cadeau… une bague pour mon petit doigt… On m'a interpellée... " Hé la gazelle...." et ça m'a fait plaisir...  Perdue quand même !... Après midi au soleil dans les jardins de la Koutoubia… Je termine mon livre, du sable tombe d’entre les pages…  Commencé dans l’avion… lu dans le désert… terminé à Marrakech… Mélancolie du dernier soir... Alors en retournant à l'hôtel j'achète une kesra… et de la vache qui rit... Longue, longue nuit blanche... Avion dans quelques heures... Contente aussi de retrouver ceux que j’aime… Pensées, émotions, sensations, images... Questions… Une question… Alors, plus que de raison, faire et refaire le tour de la question… Ce qu’il y a à vivre, il va falloir le vivre… Le désert, un chemin solitaire... comme tous les chemins qui mènent à l'essentiel...
(Ce message a été modifié par kola le 18 août 2007 à 3:20.)
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