Le grand romancier Gore Vidal est mort (Etats-Unis)
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« Wherever I am, is America. » Gore Vidal

Voix littéraire la plus provocante des Etats-Unis est morte

C’est à l’âge de 86, que l’écrivain américain Gore Vidal, auteur d’ouvrages connus comme Palimpsest, Lincoln, Myra Breckinridge et The City and the Pillar nous a quittés.

Gore Vidal est considéré comme l’un des géants de la littérature américaine moderne, à l’instar de Norman Mailer, Truman Capote, Jack Kerouac et Thomas Pynchon. Ses œuvres complètes comptent une vingtaine de romans, des pavés historiques, des essais (United States Essays, 1952-1992), des pièces à succès à Broadway (The Best Man), des scénarios (Ben Hur), même des policiers (sous le pseudonyme Edgar Box) et des œuvres pour la télévision. De plus, il était auteur de discours pour John F. Kennedy. Ses débats musclés à la télé sont légendaires ...

Tout au long de sa vie littéraire, Vidal reste un auteur irrévérencieux et bagarreur : déjà un de ses premiers romans fait scandale en raison de la présence d’un personnage ouvertement gay. En ce qui est le roman The City and the Pillar (1948), une histoire sur la puberté et la homosexualité, on le qualifierait aujourd’hui de roman coming-out, et dans Myra Breckinridge (1968), une satire subversive, Vidal décrit les événements d’un transsexuel à Hollywood. En muniant ses protagonistes homosexuels de toutes les caractéristiques d’une virilité héroïque, il met en question des idées traditionnelles : une provocation monstrueuse pour l’Amérique puritaine. A côté de l’histoire, de la politique et de la satire, c’est avant tout l’identité sexuelle (y compris aussi les rôles de sexe traditionnels et enfin l’acceptation sociale d’une sexualité "déviante"), constituant le fil thématique qui reste toujours perceptible dans son œuvre, et même dans ses romans historiques.

Dans plusieurs de ses romans, Vidal soumet l’histoire des Etats-Unis d’une révision radicale et, sans tout psychologisme, démasque l’impulsion morale de leur politique comme étant de la pure soif de puissance. Sans pitié et à une pointe d’arrogance, il met son pays face à lui-même. Cet homme combatif s’opposait à toute intervention américaine à l’étranger : il figurait parmi les adversaires les plus féroces de la guerre de Vietnam. Et il y a quelques années de cela, il accusait George W. Bush de fraude électorale et de "high crimes against the constitution of the United States". Vidal cultivait le terme "Cheney-Bush junta" ...

Avec la mort de Gore Vidal, une des voix les plus provocantes et les plus caustiques des Etats-Unis se tait, et c’est de nouveau une génie de la culture qui s’en va. Mais les œuvres (et surtout les essais) de ce grand homme de la littérature resteront immortelles. (pour cela, à recommander vivement Perpetual War for Perpetual Peace. How we got to be so hated. Sa lecture un délice !)

Liens :

http://www.latimes.com/...0801,0,4557667.story

http://www.nytimes.com/....html?pagewanted=all

Herbert
MÉ Mékong Globetrotter ·
salut

oui je souscris totalement. j'étais toujours à l'affut de ses interventions que je captais sur internet. J'avais beaucoup aimé sa correspondance avec Timothy Mac Weight
http://www.flickr.com/photos/mekong69/sets/ http://www.youtube.com/watch?v=X-UPh_7iIlQ
TA Taamaden Veteran ·
Bonsoir Mékong,

merci pour ta réponse. Ça me plaît que tu connais Gore Vidal ...

Dans son recueil d’essays que j’ai mentionné, Perpetual War for Perpetual Peace, Vidal traite Timothy McVeigh (tu sais, leur correspondance choquait gravement le public américain), dans tous les essays mais explicitement dans deux : How I became interested in Timothy McVeigh and vice versa et The Meaning of Timothy McVeigh (le dernier aussi à lire en ligne ; http://www.vanityfair.com/politics/features/2001/09/mcveigh200109) ...

L’argumentation de Gore Vidal se concentre dans tous ces essays sur les maximes politico-idéologiques et principes de tous les gouvernements américains depuis 1947, de Truman à G.W. Bush. Son message : les Etats-Unis sont un « empire » assoiffé de pouvoir, et de plus un assez mauvais, sans principes fondés sur le droit conforme à la légalité, bref, dans lequel l’esprit républicain de ses pères fondateurs n’existe plus ... Et les points décisifs dans sa discussion sont sans cesse deux personnages : Osama bin Laden (ennemi extérieur) et Timothy McVeigh (ennemi intérieur), tous les deux l’incarnation du Mauvais du côté des Etats-Unis ...

Et juste au cas de Timothy McVeigh, les tentatives de Vidal ne sont pas toujours convaincantes, parfois même douteuses, car ... essayer de styliser le massacreur Timothy McVeigh un témoin contre la décadence morale des Etats-Unis ne peut pas réussir, malgré tout ... Ainsi, et certainement (ou disons, je l’espère) sans intention du côté de Gore Vidal, Timothy McVeigh passe le rôle d’un héros caché, ou au moins le rôle d’un Michael Kohlhaas (p.ex. The stoic serenity of McVeigh’s last days certainly qualified him as a Henley-style hero. He did not complain about his fate; took responsibility for what he was thought to have done; did not beg for mercy as our always sadistic Media require. Meanwhile, conflicting details about him accumulate—a bewildering mosaic, in fact—and he seems more and more to have stumbled into the wrong American era. Plainly, he needed a self-consuming cause to define him. The abolition of slavery or the preservation of the Union would have been more worthy of his life than anger at the excesses of our corrupt secret police. But he was stuck where he was and so he declared war on a government that he felt had declared war on its own people.) ... Certes, Vidal mentionne plusieurs fois les hommes, femmes et enfants innocents, tués dans l’attentat à la bombe à Oklahoma City, mais prend également la défense de lui. Gore Vidal fait des efforts d’équilibrer entre argumentation pro la justesse de l’attitude anti-américaine de McVeigh et en même temps la condamnation de l’attentat d’Oklahoma City. Une entreprise difficile.

Même si Gore Vidal ne justifie pas le crime de McVeigh, faut-il chercher à gagner la compréhension et la vue sur le motif de son acte ?! Peut-être mais ... Et l’implantation du procès à McVeigh dans un « paysage » des conspirations, complots (Opus Dei, etc.) et abus de pouvoir renforce l’image d’un héros caché qui s’est risqué à faire front contre le vicieux Clinton et les « méchants » Etats-Unis ... Très dangereux !

Soit qu’il en soit, je reste sur ma position que lire ces essays est un goût et bien à recommander.

Bonne soirée à toi, Herbert

(je t’envoie encore un mp)

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