Rencontre à Petra: Anas
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Petra, Jordanie...

C'est ma première journée sur le site. Il est très tôt et tout est désert. Peu de monde depuis quelques mois car dans la tête de nombreux touristes, l'Irak est trop proche. Je profite donc presque seul de Pétra, je marche en ne croisant que des ânes et des bédouins. Ils sont d'une grande douceur. J'arrive d'Egypte et en comparaison, le peu d'insistance avec laquelle ils tentent de me vendre leurs marchandises me surprend d'abord, puis me repose! Il doit être neuf heure et je me promène déjà depuis quelques heures quand le soleil commence à chauffer. Heureusement la roche donne de nombreux espaces d'ombre. Je peux profiter ainsi du paysage en étant relativement au frais. Complètement ivre d'espace et de couleurs, je décide de m'élever dans le site. Je grimpe donc vers le lieu des sacrifices. De là, je domine cette cité peu probable. Le désert, les montagnes, les roches suffiraient à me satisfaire mais, en plus, un peuple y a construit des temples, un théatre, des tombes... Cette rencontre entre la puissance du minéral et la finesse de la civilisation est remarquable. Il y a quelque chose d'irréel dans l'air, j'ai l'impression d'être dans une ville de songe. En redescendant, je perds mon chemin, ce qui a peu d'importance! C'est là, sous une toile de tente où je vais demander ma direction, que je rencontre une grand mère qui m'offre thé et raisins. Son regard est bienveillant. pendant ces quelques instants, nous communiquons comme nous le pouvons, avec les mains et les yeux... Cela fonctionne aussi! Elle me confie finalement à son petit fils, Anas.

Anas a 8 ans et parle très bien anglais. Il a appris au contact des touristes qu'il promène parfois sur son âne. Cet âne s'appelle Mickaël Jackson... J'ai rarement vu un enfant si vif et nous discutons sans que notre différence d'âge soit un problème. Il est très heureux que je sois français. Il maîtrise mieux la Ligue 1 que moi-même et pour une fois, je fais un effort et tente de parler de foot. Nous passons du temps assis au sommet d'une colline de caillasse. Il m'explique les vertus des différentes herbes: celle-ci équivaut à 3 heures sans boire, celle-là, te permet d'en tenir 6. C'est l'unité de mesure dans ce désert: l'équivalent-eau. Il me raconte aussi des histoire de serpents, en mimant ces énormes bêtes s'attaquant à de pauvres touristes ignorants. Il me recommande sans cesse de faire attention. Au somment d'un rocher, il me montre le trou où vit un serpent monstrueux... Mais il n'est heureusement pas là! Nous passons une bonne partie de la journée ensemble. Parfois, le silence prend place. C'est peut-être là les meilleurs moments, ceux où l'on a pas besoin de parler. C'est dans ces instants de grâce que je me sens le plus proche de tous les hommes, que nos préoccupations semblent les même, partout, toujours. J'ai parfois du mal à le suivre. Il court pied nu entre les pierres tranchantes et se retourne souvent pour me demander si ça va, en me disant encore de faire attention à moi. Parfois, il ramasse une pierre multicolore et me la donne. Il m'avoue son amour pour la France. Chirac ? Very Good, presque aussi bien que Zidane! Par contre, il prononce les noms de Sharon et Bush en passant son index sous sa gorge. Il me parle d'expropriation, de problèmes de puits, me raconte des paraboles, des histoires de voisinage pour me faire comprendre la souffrance du peuple palestinien. Je tente de lui faire entrevoir l'autre côté des choses... Mais à neuf ans, il est déjà dans la haine. Je me dis alors que la paix se fera encore attendre longtemps.

Je quitte finalement mon jeune ami. Son cousin est là, il me presse de lui donner quelques billets... Anas est gêné. J'hésite... mais lui donne. Le prétexte de ne vouloir profaner notre relation avec de l'argent eût été facile et bête! De l'argent, il en avait besoin, sans aucun doute. Il l' a pris en me remerciant timidement mais très mal à l'aise face à ses cousins trop entreprenants. Anas avait changé au moment où nous étions revenu auprès d'autre personnes, dès que nous n'étions plus seuls, il était moins spontané, semblait plus triste.

Plus tard, j'ai parlé de lui à Fayrouz, une jeune fille qui m'invitait à boire le thé. Elle me rapporta que la mère de Anas était morte le mois passé. Son père absent, occupé avec d'autres femmes et d'autres enfants, Anas vivait misérablement dans les tombes nabatéennes avec sa grand mère.
DO Dolma Globetrotter ·
C'est une vraie vraie vraie belle émotion que de te lire mon cher Opai. Une telle rencontre marque à jamais c'est certain et tu nous la fais partager, comme toujours, avec tendresse, délicatesse et respect. Merci Ami.
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
RE Ren Veteran ·
Wow... J'ai bien " aimé " si je puis m'exprimer ainsi... Je pense que c'est une situation/rencontre contradictoire mais non moins difficile qui nous traverse sans doute au moins un fois au cours de nos voyages...
OP Opai Veteran ·
Merci à vous deux...
VE Venezia Regular ·
Merci pour vos si belles impressions sur Pétra, De tous mes voyages, c'est le site que j'ai préféré.Ah, cette émotion qui tenaille le ventre lorsqu'on découvre le Trésor dans le Siq.Moi aussi, le site était désert car il était très tot le matin.Et tout en haut, le Monastère, après une marche quel bonheur de l'admirer!Les beaux sourires des enfants jordaniens m'ont chavirée, ils sont si misérables et si dignes.
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
OP Opai Veteran ·
Je ne trouve pas du tout les bédouins misérables. Beaucoup sont en 4X4, possèdent de grands troupeaux, écoutent la radio anglaise sur les ondes longues, sont scolarisés... Voilà pour la richesse matérielle, le reste est encore plus développé et ça s'appelle de la noblesse.
VE Venezia Regular ·
Me voici très humble devant votre réponse, je n'ai pas eu le temps de découvrir la vie des bedouins, je n'en ai cotoyé que peu, surtout des enfants qui m'ont emerveillée .Je ne partagerai donc que l'emotion de découvrir Petra, étonnante expression d'une double réussite à porter au credit de la nature et de l'homme:aux Nabatéens .Mon souhait serait d'u retourner pour un plus long séjour.😊
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
PH Phil64 Globetrotter ·
Merci Opai pour ce beau moment.

Le grand bonheur des voyages se sont aussi ces rencontres qui mêmes si elles sont éphémeres, peuvent nous toucher beaucoup et nous marquer longtemps... Tes mots sont agréables et nous retranscrivent bien ton émotion... ce qui me ramène aussitôt vers mes propres rencontres dans ce site fantastique.... Shoukran djazilan 🙂
Phil Voyages du bout de mon pinceau...
PR Pragomar ·
Une jolie histoire, pleine d'émotions... Je ne suis jamais allée à Petra, mais en rêve depuis de nombreuses années (la faute à Spielberg et son "Indiana Jones et la Dernière Croisade" 😉). Et pourtant grâce à votre petit récit, j'ai eu l'impression d'y être quelques instants...

Et puis ce genre de rencontres nous apprennent beaucoup sur nous-mêmes et sur la vie des locaux, leur vision du monde. Merci donc de ce moment de partage.

Lucile.
Ne Rêve pas ta Vie, Vis ton Rêve !... et "Never take anything for granted".
JE Jean14claude ·
Bonjour, Vous avez été a Pétras, bravo. Moi je vais y aller dans mon livre que je suis entrain d'écrire. Mais pour cela il me faut des tas de choses a savoir, des réalités de ce pays, les gens, le site par lui-même, des anecdotes, etc... êtes vous prêt et si vous avez le désir de me communiquer vos carnets de voyage. Dans mon livre il y a un moment ou mon personnage y passe un séjour. Eh bien si le coeur vous en dit, faites le pas. Merci sincèrement. Jean14Claude
JeanC le normand

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