Mali entre 2012 et 2017

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Bonjour,

Après 5 ans d’absence j’ai effectué mon retour à Bamako le 21 décembre 2016. J’ai retrouvé Bamako après 5 longues années d’absence. Les événements de la région et ma situation personnelle m’auront tenu éloignés de cette Afrique qui m’a tant apporté. Cette Afrique que j’aime et que je déteste à la fois. J’ai retrouvé une ville toujours aussi poussiéreuse et désorganisée. J’ai souffert de la chaleur et ma fièvre africaine est revenue. Malheureusement je n’avais que très peu de temps pour ce voyage de 2 semaines et demi. Ceux qui voyagent en Afrique le savent, il faut du temps lors l’on décide de partir vers ces contrées. Après 5 ans j’ai retrouvé mon bon vieux Toyota LJ70 dans son garage de Kalaban Coura. Mon bon vieux Toy qui m’a fait découvrir le nord Mali, le nord du Burkina et les pistes mystiques de la Mauritanie dont la fameuse piste Tidjidka/Oualata dont j’ai la chair de poule quand j’en parle. Mon vieux Toyota qui fête ces 30 ans cette année et qui est resté stationné dans le garage de M. Yattara de 2012 à 2017. Il a un peu toussé avant de redémarrer mais il m’est resté fidèle. Kamis le mécano de Kalaban Koura l’aura réveillé de sa longue hibernation. L’alternateur a été flingué pour l’occasion mais je suis tombé sur Kalingui l’électricien qui m’aura refait à neuf mon alternateur. J’ai dû courir dans Bamako pour trouver les bonnes personnes et les bonnes pièces pour mon Toyota mais finalement la bête était prête à reprendre la route le 27 décembre avec une courroie de distribution flambant neuve (10 000 FCFA pour le mécano Kamis + 30 000 FCFA pour la courroie première qualité, pas l’originale mais de la bonne qualité). Comme chacun le sait en Afrique, il y a la première qualité, la deuxième qualité et plus rarement l’originale ou la 3ème qualité. Je me suis surpris à trouver aussi facilement mes repères parmi les garages, les officines de pièces détachées de Bamako. Il faut dire que depuis 2005 et mes premiers pas en Afrique j’en ai parcouru des kilomètres dans Bamako à la recherche des pièces détachées pour mon Toy. Cette année j’ai logé chez les sœurs de la mission catholique de Bamako Coura. J’ai fait la connaissance des sœurs Jeanne et Marie Bernard avec lesquelles j’ai partagé le repas de Noël loin du consumérisme occidental et de nos pères Noël en carton. J’ai une nouvelle fois fui la magie de Noël et je n’en suis pas mécontent. J’aurais voulu montré à mes fils comment les petits africains jouent sans plastique chinois. Je me suis étonné devant ces enfants africains si calmes par rapport à nos enfants rois qui ne font que gueuler et chialer. J’ai retrouvé le père Michel Gaudiche de la mission catholique de Badalabougou et Jean-Michel toujours couché dans la cours. Les papayers ont été coupés pour faire de la place au corbillard mais tout est resté à l’identique. Le fameux père Gaudiche et ses 120 filles, un personnage très attachant que j’ai eu le plaisir de revoir et de retrouver en bonne santé malgré 50 années passées en Afrique au service des autres. J’ai retrouvé Katia et ses 60 orphelins de Badalabougou. Elle avait 30 orphelins en 2012, aujourd’hui ce sont 60 petits malheureux qui se pressent dans la maison du quartier de Badalabougou. Une chose est sûre. La pauvreté à Bamako a progressé entre 2012 et 2017. Il y a beaucoup plus de pauvreté à Bamako aujourd’hui qu’il y a 5 ans. Aucun changement dans la désorganisation de cette ville. Toujours autant de poussière et de plastique parterre. Quand j’ai traversé la nuit le centre-ville de Bamako par le boulevard du peuple j’ai cru me trouver sur une autre planète, une vision apocalyptique. Aujourd’hui il n’y a plus de toubabou dans les rues de Bamako ou si rare. J’ai croisé Michel le vendeur de Mercedes venu de Lyon et Hélène une donatrice de World Vision. Les touristes ont durablement fui cette région et je crains que la situation ne dure. Le jour même de mon arrivée je me suis présenté au Guichet Unique de Bamako à côté de la poste centrale avec mon laissez-passer touristique de 2011. Le chef de Brigade des douanes a écouté mon histoire et a prorogé mon laissez-passer jusqu’au 31/12/2106 pour me mettre de faire sortir mon véhicule du territoire malien. J’ai donc pris la route le 27 décembre 2016 en direction de la France pour 6000 km de route que j’avais déjà faite par le passé entre Bamako et Marseille. 6000km à une moyenne de 70 km/h, 13 jours d’un voyage monotone qui ne m’aura pas laissé le temps de profiter de ces paysages et de ces gens que j’aime tant. J’ai pu tout de même faire quelle belle rencontre à Bamako et lors de mon passage en Mauritanie. J’ai fait la connaissance de Christelle et de Mitou et leurs 6 enfants qui bossent depuis 12 ans dans le business de la revente entre la Vendée et Nouakchott. Etonnante histoire que celle de cette famille. Ils m’avaient prévenu que Nouakchott n’était plus aussi sûr aujourd’hui qu’avant. J’en ai fait la triste expérience en me faisant piquer 60 euros par une vieille mendiante handicapée à une station Totale de Nouakchott. La première fois que l’on me vole en Afrique depuis 2005, c’est toujours rageant mais ça montre aussi que les vols en Afrique sont bien moins nombreux que chez nous. Je suis passé par Gogui qui se trouve en zone rouge. J’ai un temps hésité à passer plus à l’Ouest côté Kayes mais j’ai finalement opté pour le trajet le plus facile. J’avais bien dans mon GPS les traces de mes traversées clandestines entre le Mali et la Mauritanie. Mais cette année j’avais décidé de faire les choses en règle avec un bon VISA à 120 euros du ministère de l’intérieur mauritanien. Comme toujours dans cette zone j’ai dormi avec les gendarmes mauritaniens parmi lesquels j’ai retrouvé une connaissance faite lors de mon passage à Tichitt en 2010. Un blanc seul avec son pauvre toyota sur cette piste de 800 kilomètres on ne l’oublie pas. J’ai pu reprendre les coordonnées de mon cher commandant de gendarmerie Camara. Dans cette zone transfrontalière je me sens toujours plus en sécurité côté mauritanien que côté malien. Par rapport à mon dernier passage à Gogui en décembre 2011 j’ai senti que la tension était retombée. Cette fois pas je n’ai pas eu droit à une escorte armée comme en 2011 mais je ne dirais pas que c’est le signe d’une normalisation. Cette zone transfrontalière est particulièrement difficile à contrôler et les informations de notre diplomatie sont très pertinentes alors fissa on ne traine pas dans cette zone. Voilà ce dernier voyage marque pour moi la fin d’une période. Il reste encore plein de possibilité pour voyager dans la zone sans trop de risque, je pense à la Guinée par exemple. Alors allez-y !! Afrique je t’aime, Afrique je te déteste. J’ai retrouvé Paris et sa grisaille et la chaleur humaine des africains me manque déjà. Pour ceux qui peuvent être intéressés mon Toyota africain est à vendre pour la modique somme de 5000 euros. Avec sa courroie de distribution flambant neuve il est reparti pour 100 000km. A bon entendeur. C’étaient mes dernières nouvelle du pays. Cioa.
WO Wordmacadam Veteran ·
Merci Frère d'Afrique de ton ressenti. Elle nous manque aussi...[:/]
Cha&Gab
GO Gouénéka ·
Ani Sou,

Oui, Bamako a bien changé depuis 2012. Ma femme est malienne et vit là-bas. Je m'y rends donc plusieurs fois par an. Tous les touristes ont déserté le pays depuis longtemps. Comme toubabs, il n'y a plus que les militaires de la Minusma, les fonctionnaires de l'ONU, les employés des ONG et les quelques coopérants qui sont restés. Quasiment tous les maquis ont fermés. Le restau-discothèque de Tiken Jah est désert. Un jeune français avait ouvert dans le quartier de l'hippodrome un maquis très sympa appelé le Zira. Un des derniers lieux branchés de Bamako où l'on pouvait manger un petit plat en écoutant les musiciens le vendredi soir. Puis, le gouvernement malien, trouvant les rues et trottoirs de Bamako trop encombrés de divers petits commerces, a décidé d'appliquer une politique appelée "déguerpissement". Sans nuances ni préavis, toutes ces petites boutiques débordant sur la voie publique ont été rasées au bulldozzer, laissant à peine le temps à leurs propriétaires d'emmener leurs affaires. Une manifestation pacifique a été organisée devant le parlement. La police malienne, mal formée au maintien de l'ordre, a tiré dans la foule. Bilan : quelques morts. Notre bon vieux Zira, implanté sur une grande place et disposant pourtant d'une autorisation d'occupation du domaine public délivrée par la mairie (payante) n'a pas échappé au "déguerpissement". Tout ceci n'a pourtant pas l'air de nuire au développement économique du pays qui connait un taux de croissance élevé. Les maisons poussent partout comme des champignons, des quartiers entiers sortent de terre et la spéculation immobilière va bon train. Le prix des terrains à Bamako atteint des sommets. Reste que les inégalités sont énormes et la pauvreté est galopante. Dans le quartier du Fleuve où se trouvent les banques et les ambassades, c'est la cour des miracles. Dernièrement, une femme portant un enfant m'a tendu la main. Je lui ai donné quelques pièces. Elle m'a chaleureusement remercié, puis elle est partie. Quand elle m'a tournée le dos, j'ai eu un choc. Son vêtement lui laissait le dos à l'air. Celui-ci était complètement à vif, dévoré par une maladie de peau galopante. Bon, heureusement, dans l'ensemble, les maliens, à coup de débrouille et de solidarité, arrivent à s'en sortir pas trop mal et une classe moyenne commence à émerger. Le dimanche, les rues en latérite se remplissent de barnums accueillant de grands mariages. Ce qui permet aux musiciens de vivre et de continuer à pratiquer. La vie en brousse reste paisible. Les parents de ma femme sont des agriculteurs modestes qui vivent dans un village à quatre heures de piste de Bamako. J'aime y séjourner, participer aux veillées le soir à la lueur des torches avec toute cette grande famille. Quelque chose m'intrigue. Pourquoi as-tu ramené ton 4x4 Toyota en France pour le vendre ? D'habitude, plein de gens font l'inverse. Ce type de véhicule est très recherché au Mali et tu aurais pu en tirer un bon prix en t'épargnant la route et les frais qui vont avec.

Philippe

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