Vivant à Delhi, j'ai l'occasion presque quotidiennement de traverser les mêmes carrefours, les mêmes quartiers, les mêmes centres comerciaux. Ce sont aussi les mêmes gamins qui font la manche, au péril de leur vie parfois, quand on les voit se faufiler entre les voitures.
C'est intéressant de les observer : ils cognent à la vitre de la voiture avec des mimiques à vous faire pleurer représentant toute la détresse de la terre. L'instant d'après, quand ils pensent qu'on ne les observe plus, ils rient à pleines dents, se font des blagues et se bourrent même les côtes avec les moignons sanguinolants qu'ils vous mettaient sous le nez une minute avant...
Les bébés remplis de plaies purulentes, de blessures affreuses, observez-les bien : c'est du maquillage !
Avez-vous aussi remarqué que ces derniers, ballotés dans les bras de leurs aînés, sont presque toujours endormis, et ne pleurent jamais...à votre avis, pourquoi ?
Tous ces gamins dans une grande majorité, sont "employés" par des souteneurs sans scrupules qui les maltraitent et forment une pègre qui sont la gangrène des grandes cités.
Les ONG travaillent dur à réduire ce problème, car nul n'est censé mourir de faim en Inde, malgré les apparences. Il y a des structures d'accueil, pas idéales certes, et la solidarité est telle qu'entre eux les indiens, le partage est une institution.
Je ne dis pas, loin de là, que ces gamins ne sont pas malheureux, que leur mode de vie n'est pas la conséquence de la pauvreté, mais il y a aussi le refus de rentrer dans un système où ils pourraient être scolarisés, nourris, accueillis...
Certain préfèrents jouer les petits caïds dans la rue.
J'ai eu la faiblesse, une fois, d'offrir une glace à une gamine qui me regardait en acheter une pour moi. Cela s'est terminé en pugilat, les autres gamins plus grands et costauds lui ont sauté dessus, et la "maquerelle" est arrivée, a giflé à la volée, et s'est emparée de ce qui restait du cornet dégoulinant pour le manger !
De plus, si vous donnez 1 rp, ils en veulenbt 5, si vous en donnez 5, ils en veulent 10, si vous donnez 10, ils en veulent 100, et cela se termine toujours par des insultes de toute façon.
Et comme je les reconnais, ils me reconnaissaient aussi, et ils arrivaient à 10 dès qu'ils apercevaient la voiture, cela devenait ingérable.
Je préfère maintenant donner à des ONG que je connais, et occasionnellement à la vieille ou au vieux qui eux n'ont peut être plus le soutien de leur famile et galèrent vraiment pour manger, ou au mutilé qui se traîne péniblement. On reconnais l'authenticité de leur misère au large sourire qu'ils vous rendent en échange de l'aumone que vous leur faites, sans condition. Le fait aussi de les regarder dans les yeux en leur souriant en leur faisant un don, leur rend un peu de la dignité car on reconnait leur existence d'être et non de déchet humain.
Mais ça y est, on va me taxer de condescendance maintenant !
Allez-y, ça m'est égal, je vous raconte du vécu, et ma façon d'y faire face, nul n'est parfait.