Retour de l'Inde du Nord en juin 2010
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Notes éparses, plus ou moins au fil des jours. Elles ne peuvent qu’imparfaitement décrire (parce que j’suis pas un écrivain) :

- Le bruit qui règne dans toutes les rues, klaxons déchaînés. Bruit physique, agressif qui vrille le cervelet et que l’on intègre difficilement au fil des jours.

- Les couleurs belles, criardes, délavées, éclatantes…

- Les odeurs…

- L’aridité du désert du Thar…

- La beauté des femmes et la rudesse des hommes…

- La sécheresse qui vide lacs et rivières

- La richesse culturelle d’une civilisation que je découvre…

- Et mille autres merveilles ou horreurs…

OLD DELHI, peu après notre arrivée, nous partons au hasard à pied en remontant Main Road vers la gare, puis obliquons vers Connaught Place. Nous trouvons les rues défoncées par les travaux. Le bruit agressif, la foule, la chaleur, la fatigue du voyage… H. et S. sont choqués et ne trouvent rien de beau. Retour en métro, clean, « rafraîchissant ». Dans un restau pour touristes, climatisé, un couple d’européens, vêtus style religio-kitsch, mangent « à l’indienne » avec la main, communiant sûrement ainsi avec la population locale … qui n’a jamais mis les pieds dans cet établissement. Et nous repartons pour la JAMA MASJID (grande mosquée). Curieux retournement de situation, ce sont les familles indiennes qui nous abordent et nous photographient. Des cerfs-volants planent au-dessus des toits.

Le soir nous nous éloignons par une rue très animée. Nous prenons nos risques dans la traversée des transversales, où tout ce qui roule, ( voitures, camions, rick-shaws, vélos, motos) et tout ce qui coure, (vaches sacrées, chevaux) se rue sur nous et semble nous viser personnellement et vouloir nous ajouter à son tableau de chasse. Nous repérons une grande patisserie-restau. Végétarien, bondé, très middle-class indienne, seuls européens nous découvrons nos premiers thalis et autre dosas. Et nous nous prenons de passion pour les « gulab jamun ».

Lu dans le journal : un jeune couple se fréquente sans l’accord des familles. Les parents les invitent, puis les torturent et les tuent.

Les discussions autour des « fous de l’Inde » de Régis Airault, qui passe de mains en main rythmerons le voyage.

VARANASI. Le taxi de l’hôtel ALKA nous attend à l’aéroport. Nous nous comprenons mal avec le chauffeur, qui s’arrête un moment dans la rue la plus animée. 4 gaillards surgissent de la foule, s’emparent de nos bagages et filent dans les ruelles adjacentes. Et nous voilà suivant au loin nos sacs perchés sur leurs épaules, slalomant entre vaches, étals, vendeurs, gamins, mendiants, évitant bouses et flaques dans le labyrinthe des minuscules ruelles du CHOWK. Evidemment quand nous les rattrapons, c’est devant l’hôtel où ils exercent leur travail de porteurs.

Sadhus, puja, cérémonie nocturne, cranes rasés, ablutions, lumières flottant sur le fleuve, beaux saris, mômes s’entraînant au cricket, barques de toutes sortes, autels, temples, singes en liberté, odeur douce de l’encens et âcre de l’urine et les vaches toujours. Varanasi rêvée…La ville où l’on vient mourir. A Manikarnika Ghât, les nombreux bûchers crématoires nous divisent. Faut-il s’approcher, s’immiscer ou non dans ces cérémonies intimes ? Débat non clos. Nous ne visitons pas le Golden Temple, la cohorte de policiers, la nécessité d’être fouillé et les innombrables interdictions provoquant d’avance une allergie. Etonnement au petit temple Népalais et devant les sculptures sur bois qui l’entourent. Tranquillité de louer une barque pour remonter toute la ville le long des ghâts.

MANDAWA. En quittant Delhi, transsexuels mendiant, certainement des hijras, aux feux rouges(voir : . www.infoinde.com/inde_homosexualite.html ). Nous entamons une boucle de 2800km avec le chauffeur et la voiture louée. Sur la route d’improbables rick-shaws vite et banalement baptisés de « mad max », tant ils auraient pu figurer dans le film.

M. le chauffeur prie à voix basse et rote à voix haute à intervalles réguliers. Pratiques, nous le constaterons, assez communes à la partie mâle de la population.

Surmontant une colline dénudée, une statue géante d’Hanuman. Beau temple, lieu de pèlerinage dédié à une femme qui s’est jetée dans le feu pour accompagner son époux dans la mort. Temple à la gueule de lion. Dans les rues de Mandawa, des enfants parlant bien le français pratique un harcèlement qui reste supportable pour servir de vrai/faux guide. Celui que nous prendrons sera en tout cas parfait pour voir un grand nombre d’havelis, ces grandes et belles maisons de commerçants décorées de peintures.

BIKANER. Sur la route, étendues de sable et arbres isolés. Les havelis de Fatepur sont aussi belles que celles de Mandawa. Peu de voitures et aucun sentiment de danger sur la route. Peu de villages. Arrivée face à l’imposant Junagarth Fort et ses fortifications. Visite et musée: première approche de la vie sous les mahararaja. Partout, des chameaux, des chameaux.

Dégoût devant le grouillement des rats sacrés du temple de Deshnoke.

Lu dans le journal et vu à la télé : les naxalistes commettent un attentat (17 morts).

JAISALMER. La cité d’or du désert. Crénelages, ocre dorée, enfermant sur la colline le palais du Rajmahal, la cité et ses havelis. Hôtel Paradise perché dans la citadelle. Fenêtre de la chambre perçée dans la muraille. Vue jusqu’au désert, dans la brume de chaleur. Près de 50°. Coupures d’électricité. 5 douches « tièdes » par nuit. Vent violent, sable et poussière. Au « 8th of July », un australien scotché sur place depuis des années sert des plats végétariens revisités… Premiers temples jaïns et la finesse de leurs sculptures. Petites librairies, ce qui me vaut de recevoir en cadeau « vacances indiennes » de Sutcliffe. Cénotaphes dans le désert. Partout, on nous aborde en nous parlant du scandale des français à la coupe du monde.

JODHPUR . Ah les lassis de Jodhpur ! Première rencontre avec un éléphant dans la circulation. En quittant la ville, petite route en pays Bishnois. Antilopes petites et grandes. Les femmes sont couvertes de bijoux dont un piercing du nez à l’oreille. Les hommes : turbans et longues moustaches. Un couple de français en bob et short, au lieu de payer en bon argent le gardien de leurs chaussures, lui donne des échantillons de parfums(gratuits) et un stylo, siglé de leur boîte, tirés d’un grand sac à bonne conscience.

L’art culinaire est important en Inde. Je me régale du polar indien « saveurs assassines » de K. Swamirathan.

Lu dans le journal : manifestation au Cachemire et répression policière.

RANAKPUR. Dans les monts ARAWELI. Montagnes et plateaux très cultivés. Cultures en terrasse et murs en pierres sèches. Le temple jaïn d’Adinath, le plus beau et le plus grand d’inde. Fascinante profusion de1444 piliers entièrement sculptés. A l’hôtel le parfum des frangipaniers ramène le souvenir du jardin d’Abidjan. Impressionnante forteresse de Kumbhalgarh.

UDAIPUR. Ville plus verte. Arbres du voyageur dans le jardin de l’hôtel. Le Lake Palace trône au centre du lac Pichola désespérément vide. James Bond ne s’en aperçoit pas et plonge dans la boue.

Repas du soir sous les arbres au restaurant « The Garden ». La pluie se déchaîne. Coupure d’electricité. Les serveurs se saisissent de tout, tables, chaises, plats et clients pour les mettre à l’abri. Le repas se termine à la bougie.

Dans les rues un mariage défile, fanfare en tête. Foule des invités, femmes parées. Fier et légèrement coincé le marié enturbanné suit sur un cheval orné.

Cuisine de rue, samosas, halwas. Les Indiens sont des touristes comme les autres. Dans tous les monuments, ils sont en nombre avec femmes, enfants et appareils photos. Dans un grand jardin public, les bougainvilliers, palmiers, arbres du voyageur, cordylines, canas donnent-ils déjà un aperçu de l’Inde du sud ?

CHITTORGARH. Une enceinte de plusieurs kms de murs entourent la forteresse. A l’intérieur protégés par 7 portes monumentales : tours, ruines, palais, bassins, temples jaïn du 11ème et de Shiva, tours, etc…

BUNDI. Tranquille la ville mijote dans sa cuvette de collines sous le soleil impitoyable. Reçu dans l’hôtel par une anglaise grisonnante, fine et l’air absente. Pluie et inévitable coupure de courant. Retour dans la nuit. Choc, excusez-moi Mme la vache sacrée !.

Immense palais du 16ème, en partie ruiné, empli de chauve-souris. Les peintures précieuses ne sont même pas protégées. Levé avant tout le monde, dans l’hotel non éclairé, j’enjambe un jeune homme presque nu, qui dort sur un tissu au milieu du hall. (dédicace spéciale à Frédéric Mitterrand)..Tchai délicieux, dans la rue à l’aube.

Sur la route, lacs et rivières à sec.

AMBER. Les éléphants rapés du Palais d’Amber transportent laborieusement et pathétiquement les touristes sur 500 m. A l’arrière du palais, en redescendant vers le village il y a un très beau temple de Shiva.

JAIPUR. Des fillettes des rues traînent leur grand sac de « biffin ». une petite main tapote la vôtre, et soudain, les yeux dans les yeux, ce sourire lumineux et franc qui vous assassine la conscience.

Des chauffeurs de rick-shaws manifestent pour leurs salaires derrière des drapeaux rouges.

Gràce au livre de Tarun Chopra du même titre, je sais enfin « pourquoi les vaches sont sacrées ».

De jeunes et belles américainent se baignent, la moitié du personnel masculin de l’hôtel traîne autour de la piscine.

AGRA. Le chauffeur dit que c’est une dirty city », plus tard sur la route , il refusera énergiquement de s’arréter en Uttar Pradesh, répétant qu’il s’agissait de « dirty people ». Je crois qu’il fait allusions aux intouchables. Les livres « intouchable » de Narendra Jadav et « le tigre blanc » de Aravind Adiga m’en diront plus sur ces castes dont personne ne veut parler. Des milliers de visiteurs indiens au Taj Mahal. Sans doute l’appropriation de sa culture et de son histoire par un peuple en plein développement.

RETOUR A DELHI. Le Red Fort et l’empreinte coloniale anglaise. Le QUTB MINAR dresse ses 73m. un minaret et une mosquée du 12ème. Ainsi donc les musulmans avaient conquis l’Inde et personne ne m’avaient rien dit à l’école ! Le Khan Market, ou comment s’amusent les friqués de Delhi.

Lu dans le « Mail Today » : « The games makeover the city’s heart look like a bombed-out zone”. C’est exactement cela, une zone bombardée. Delhi défoncée, Delhi excavée, mais Delhi rénovée (à temps peut-être pour les Jeux du Commonwealth). Nous sommes début juillet et les jeunes touristes envahissent Pahar Ganj. Il leur faut à peine ½ journée pour l’équipement complet (baba-hippie, retour au 70’s) et on the road again…

Misan

Les photos sont de M.P.
RA Ragamuffin Globetrotter ·
j’suis pas un écrivain

Le style est pourtant plaisant et vous décrivez bien une Inde que je reconnais.

Merci pour les références littéraires et les photos "vivantes"

Juste une question : la première photo de la dernière ligne (grand bâtiment ver et rose) c'est où ?
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
MI Misan34 ·
Salut

Je pense que tu parles de la photo que je remet en première position. Il s'agit du Rani Sati Mandir, dans le Shekhawati, entre JHUNJHUNUN et BAGAR. C'est un temple qui commémore le sacrifice (sati) d'une jeune femme à la mort de son mari. Elle se jette dans son bûcher. C'est un ensemble immense, plusieurs cours, jardins, plus de 800 chambres pour le pélerinage annuel qui rassemble des centaines de milliers de personnes (parait-il!). Il y a des fresques peintes, de grandes statues de dieux et d'animaux etc.... Tu trouveras des photos jointes.

Misan
MI Misan34 ·
suite en photos voyage en juin 2010 (photos de MP)

Misan
EL Elconcombre Veteran ·
Le style est pourtant plaisant et vous décrivez bien une Inde que je reconnais.

Je plussoie ! 🙂

Merci pour ce récit et les photos !
RA Ragamuffin Globetrotter ·
Il s'agit du Rani Sati Mandir, dans le Shekhawati, entre JHUNJHUNUN et BAGAR. 

Merci pour ta réponse. J'ai visité ce temple en 2004 et me souviens bien de l'entrée majestueusement tarabiscotée. Mais dire que ce temple est entre JHUNJHUNUN et BAGAR n'est pas tout à fait exact; je dirais qu'il est à la sortie de Jhunjhunu sur la route de Baggar et facilement accessible à vélo. Mais on ne va pas se bagarrer pour ce détail 😛

Je profite de cet intérêt pour le Shekhawati pour te proposer quelques photos de ce coin magique (mais pour combien de temps encore) du Rajasthan.

Le côté sombre 

1. à Sikar démolition d'un haveli 2. à Nawalgarh démolition d'un haveli 3. à Fatehpur état de certaines voieries 4. à Nawalgarh encastrement dans le mur d'un haveli d'un distributeur de billets 

Mon haveli préféré à Churu, le Malji Ka Kamra (hélas à l'abondon !)

Je l'ai visité en vitesse car j'y étais entré de manière illégale. Ce n'est qu'à la fin de ma visite que je me suis aperçu que le bâtiment était gardé par un énorme berger allemand en liberté, frissons rétrospectifs

Malji Ka Kamra - OnAsia Images - Asian Stock Photos, Assignments ... 

5. à 10. détails de décoration

Quelques fresques de plus en plus défraîchies 

11. à Churu, Jésus fumant le cigare 12. à Sikar, ? fumant un shilom  13. à 15. à Nawalgarh

Quelques bâtiments 

16. et 17. à Sikar, extérieur et inérieur 18. et 19. à Nawalgarh, le Seth G.B. Podar College 20. à Sikar, un haveli tout propret, ce qui est hélas assez rare
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
RA Ragamuffin Globetrotter ·
C'est où cette entrée de temple avec la gueule de lion ouverte et Ganesh à l'intérieur 😉 ? 
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
MI Michel46 Globetrotter ·
Bonjour, Merci pour ce récit détaillé et ces magnifiques photos qui donnent envie d'y revenir !!! @+ Michel T@ http://michel.talon.free.fr/Saint-Maurice_en_Quercy_Lot-/inde.htm
a+ Michel T@ http://michel.talon.free.fr
MI Misan34 ·
C'est où cette entrée de temple avec la gueule de lion ouverte et Ganesh à l'intérieur 😉 ?

Bonjour,

J'ai un peu peur de te répondre, vu ton sens de la précision (ce qui t'honore). Mais bon je me lance, avec toutes les précautions d'usage. Il se trouve exactement, quand l'on va de Fatepur à Bikaner, sur le côté droit de la route. Aie, aie, aie , je vois d'ici un voile de déception obscurcir ton regard franc... Pour la route, vois la photo 1. Bon, évidemment cela manque de points de repère. En tout cas c'est dans le même coin que le temple d'Hanuman, photo 2. Faute de mieux, je te joins quelques détails du "temple au lion", dont pauvre ignare que je suis je ne connais même, pas le vrai nom. Au fait, on rentre par la gueule du lion! Hè, si on on faisait appel aux forumistes. Y a bien quelqu'un qui doit le connaitre? Attention, y a rien à gagner à part la reconnaissance de tous ! Nous pourrions aussi ouvrir un post : les temples les plus curieux de l'inde" auquel tous participerait. Qu'en penses-tu ?

Misan
RA Ragamuffin Globetrotter ·
Nous pourrions aussi ouvrir un post : les temples les plus curieux de l'inde" auquel tous participerait. Qu'en penses-tu ?

Oui pourquoi pas ?

Côté statuaires "impressionnantes" (mais on est loin de ce qu'on peut voir dans les pays bouddhistes) il semblerait qu'en Inde actuellement on érige de plus en plus de "grandes choses" et c'est tant mieux.

Quelques exemples :

1. à quelques kilomètres (joignable à vélo) à l'Est de Bijapur (Karnataka) cette statue géante de Vishnu 2. à Amaravathi (Andrah Pradesh) où se dressait jadis un gigantesque stupa (style Sanchi) un Bouddha assis 3. toujours à Amaravathi, une statue d'Hanuman (pour le chameau je donne ma langue au chat) 4. un autre Hanuman, à New Delhi 5. à Amarkantak (Madhya Pradesh), je me serais crû revenu au Cambodge avec ce sommet de temple à 4 têtes 6. le meilleur pour la fin, statue de Bahubali à Sravanabelagola (Karnataka)
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs

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