Chaouen « La Bleue »
C’est une maison bleue, etc... chanterait Maxime.
Enfin, j’y suis !!! Le bleu de mes rêves.
Chefchaouen ou Chaouen pour les intimes... petite ville d’environ 40 000 habitants qui possède la plus poétique des médinas. En berbère, son nom signifie « Regarde les cornes » en raison des 2 pics montagneux contre lesquels elle se blottit, à 600 m d’altitude.
Chouf ! 😉

(Vue depuis le donjon de la kasbah)
Mon chauffeur de taxi conduisait bien et me laisse à l’entrée de la médina, on est tout de suite sur la grande place « Uta-El-Hammam », pas de problème pour trouver mon petit hôtel (« Dar Mounir »), à 2 pas de la kasbah.
L’endroit est charmant avec une jolie terrasse sur le toit, ma chambre possède une salle de bains couleur miel en « Tadelakt », cet enduit qui donne aux murs un aspect ciré, les jeunes de la réception sont sympa. (Il n'est pas sur le Guide du Routard, j’en profite pour remercier Cambrousse qui l’avait conseillé sur le forum.)
J’ai prévu de passer 3 jours 1/2, ça pourra sembler beaucoup pour certains car c’est assez petit et il n’y a rien de spécial à visiter, mais ce bleu me fascine... j’ai envie de me balader tranquillement et d’en faire le tour, plusieurs fois.
Je ne me lasserai pas d’observer ces ruelles, à toute heure du jour, de photographier ces nuances, ces détails...
Portes cloutées majestueuses ou modestes, adorables petites fontaines toujours animées, fenêtres et grilles en fer forgé de style arabo-andalou, qui rappellent que la ville était occupée par les Espagnols dans les années 20 jusqu’à l’indépendance.
Voûtes et arcades recouvertes de vigne qui jouent avec le soleil, clairs-obscurs, recoins et impasses qui mènent à l’entrée d’une habitation, je flâne émerveillée dans cet univers aux formes douces, parfois arrondies, aux murs que l’on a envie de caresser par endroits, comme des moutons....









« Le moindre dessin d’arabesque, effacé par le temps au dessus de quelque porte antique, - et même seulement la simple chaux blanche, la vieille chaux blanche jetée en suaire sur quelque muraille en ruine, - me plonge dans des rêveries de passé mystérieux, fait vibrer en moi je ne sais quelle fibre enfouie… »
(Pierre LOTI : Au Maroc)

Les murs sont badigeonnés de chaux et de pigments que l’on expose dans des sacs devant les échoppes, cavernes d’Ali Baba où je ne manquerai pas d’acheter un petit sachet indigo en souvenir, symphonie de bleu qui rivalise avec le ciel et me donnerait envie de me mettre à l’aquarelle.
Impression de sérénité qui appelle à la contemplation, le bleu se décline jusqu’au mauve, subtil, tendre, vaporeux ou soutenu et s’étale même sur le sol.
Impression de fraîcheur quand certains bleus givrés ressemblent à des icebergs, l’entrée basse des maisons à des
igloos...




(Au détour d'une ruelle, à même le sol, des bobines de fil)
Je grimpe les innombrables marches, redescends, certaines ruelles sont si escarpées que je renonce en me demandant comment font les vieillards chaounis en babouches sur les galets polis et glissants, quelque soit le temps...
Par endroits le haut des maisons a gardé sa couleur ocre. Ocre comme la kasbah que l’on peut visiter, mais à part son jardin, le plus intéressant est la vue du haut de son donjon. (Y aller de préférence en fin de soirée pour la lumière.)



A côté de la kasbah, la mosquée et son minaret octogonal date du 15ème siècle et a été restaurée. Chefchaouen est une ville sainte, autrefois interdite aux chrétiens, on compte une vingtaine de petites mosquées.
L’appel du muezzin aux alentours de 5 heures du matin est particulièrement impressionnant, dans cet endroit encaissé...
Les enfants jouent tard le soir dans les ruelles mais l'hôtel est calme, pourtant mon sommeil est léger. Toutes les nuits, j'entends un âne braire au milieu de la nuit, bruit qui me paraît bien insolite la 1ère fois !

(Les ânes approvisionnent les commerces en boissons et bouteilles de gaz)
A 8 h ou 9 h du matin il n’y a presque personne sur la place, le soleil se lève à peine au dessus de la montagne, certaines rues sont très à l’ombre, les terrasses des cafés s’installent. Je ne tiens pas en place...
Je savais que photographier les gens serait difficile, contrairement à l’Asie qui me comble en matière d’approche et de portraits, d’ailleurs je n’ai emmené qu’un compact...
Ne pas m’encombrer, ni encombrer mon esprit... Le simple va-et-vient du zoom, résonne comme une indiscrétion et semble me montrer du doigt.


S’asseoir sur une marche et respirer cette quiétude, choisir son décor, s’arrêter un instant à l’angle d’une ruelle en espérant que quelqu’un apparaisse et tenter de se fondre dans le mur... Point de Shéhérazade à Chefchaouen où les femmes portent soit la tenue du Rif (tissu rayé et chapeau de paille à pompons), soit djellaba et foulard.
Me contenter de silhouettes, personnages de dos, laisser filer la vie... Photos instantanées.
Voleuse d’images quand même, quand certains regards se croisent, même de loin. De toute façon le décor est magnifique et se passerait presque de personnages, si je n’aimais autant ça...
Et puis il y a les chats, très nombreux, qui sommeillent sur les pierres chaudes, témoins de mes errances.

Je croise plusieurs fois des personnes portant de grands plateaux en bois recouverts de linge, ce sont des galettes de pain (« kesra »), que l’on amène à cuire dans un four communal. Il y en a plusieurs dans la médina, on peut les remarquer aux tas de branches entassées devant la porte, et à la cheminée noircie. J'adore ce pain...
Les boutiques sont présentes, tapis de laine, couvertures etc. (il y a quelques ateliers de tissage), mais il n'y a aucune sollicitation. Certains trouveront peut-être que l'endroit est devenu trop touristique mais on peut toujours s'éloigner, d'ailleurs impossible de se perdre dans cette médina.
Le soir les terrasses de la place se remplissent, j’imagine que pendant les vacances d'été ça doit être infernal.
Quelle ambiance étonnante ! Les habitués chaounis se retrouvent et discutent sur les bancs devant la kasbah, les visiteurs se prennent en photo près du grand cèdre, les routards portent le sarouel. Seuls un ou deux cafés sont restés « couleur locale », l'un bordé d'arbres (aux troncs à moitié peints en bleu) est occupé par les hommes, juste à côté des terrasses touristiques.
J'aspire à plus de tranquillité une fois la surprise passée, mais je craque tout de même pour la déco et la vue du resto « Aladin » en hauteur, qui est assez tranquille, et pour sa pastilla qui est excellente.

(Vue depuis le resto « Aladin »)
J'attendais le jeudi, jour de marché déplacé dans la ville nouvelle avec impatience, mais il me paraît moche et je repars aussi sec dans la médina... (Pas la peine d'organiser son séjour en fonction de ce jour là ou du lundi.)
Au final, j'aurai tout de même rempli ma carte mémoire (insuffisante) de tout ce bleu et n'ai trouvé qu'une boutique pour en racheter une... Ouf !
Triste de quitter cet endroit si paisible et si joli...
(.../...)