Faka : pourquoi veux tu des arguments ? Tout n'est pas histoire d'argument, de chiffres, de courbes, de calcul, de raisonnement....
Dans la vie, bien évidemment, certaines choses débordent du cadre rationnel (l'amour, par exemple). Mais les débats n'en font pas partie. Dans un débat (et ce fil de discussion en est un, du début à la fin), seuls comptent les arguments rationnels. Sinon, on peut dire tout et n'importe quoi sans avancer d'un pouce. Ça me parait tellement évident que le simple fait d'avoir à le rappeler m'atterre.
Faka : Je crois (j'imagine car je ne suis pas fan moi-même) que le maitre mot des partisants du Dakar, c'est la PASSION !
C'est fort possible, et c'est leur droit. Mais la passion ne suffit pas à justifier une pratique. Exemple extrême : on pourrait considérer les psychopathes comme des gens passionnés par le meurtre (la passion étant par nature irrationnelle, ça me parait adapté) ; cela n'empeche pas la société de réprouver le meurtre. Bien sûr je ne compare pas les chauffards du Dakar à des psychopathes : je démontre juste par l'absurde que la passion ne suffit pas toujours à rendre une pratique légitime.
Tout le monde connait la phrase (d'Aristote ?) selon laquelle l'etre humain est un animal social. Une société se construit sur un ensemble de règles, celles-ci servant à réguler les pulsions et les passions des individus pour préserver la cohésion du groupe (règle, réguler... je n'avais encore jamais remarqué la proximité ethymologique, mais ça semble évident). Au début de l'humanité, ces règles sont tacites, puis avec la naissance des civilisations, elles deviennent des lois. La loi, ce n'est donc pas autre chose que l'expression concrete des règles, leur codification dans une société donnée : elle permet de savoir précisemment quelles passions ont le droit de s'exprimer, dans quel cadre et par qui. Précisons bien que la loi, en dehors des régimes totalitaires, ne sert nullement à déterminer si telle ou telle passion a le droit d'exister : cela, c'est une question personnelle, une question d'intime conviction, qui ne regarde aucune autorité supérieure. Non : la loi ne cherche pas à imposer ou combattre les passions, mais uniquement à codifier leurs expressions dans la vie materielle.
Mais selon quels critères une société décide-t-elle d'édicter telle ou telle loi ? Longtemps, le principal critère fut religieux. Il n'était pas nécessaire d'échanger des arguments pour ou contre, puisque les dieux décidaient pour nous, et il suffisait de lire les livres sacrés pour décider quelles passions et quelles pulsions avaient le droit de s'exprimer. Une passion particulière, la passion religieuse, gouvernait toutes les autres. Puis, depuis quelques siècles, la loi humaine s'est émancipée de la loi divine (pas partout, d'ailleurs, et jamais parfaitement, mais passons). Dès lors, pour débattre et décider de ce qui pouvait être légitimement accepté ou pas par la société, le seul critère possible a été la rationnalité, le raisonnement, les arguments. La question n'etait plus "que faire pour obéir aux dieux ?" mais "quels sont, objectivement, les pratiques qui nuisent à la société ou qui violent les droits des autres individus ?"
Donc, si on veut arriver à faire avancer le débat sur la légitimité du Dakar, c'est bien sur des arguments qu'on doit s'appuyer. Indépendamment des passions qui, elles, sont tout à fait légitimes dans leur existence-même.
Faka : Par contre en passant je relève que tu parles d'argumentation, mais pas un mot de ta part sur le 1er message de ce sujet, qui part quand même sur une affirmation fausse, à savoir que " Comme presque chaque année à la même époque, un gamin s'est fait écraser par un concurrent sur le rallye Dakar.... ".
Je suis un anti-Dakar, comme tu l'auras sans doute constaté. Ce n'est donc pas à moi de contredire les arguments des autres anti-Dakar. Ça, c'est le boulot des pro-Dakar. Comme ils sont présents dans cette discussion, ils devraient en être capables. Quoi qu'il en soit, qu'il y ait des morts tous les ans ne faisait pas partie de mon propre argumentaire, et donc cette histoire ne me concerne pas. Ça m'interesse peu de savoir s'il y a eu plus de morts sur le Dakar en 1996 qu'en 1998.
En revanche, ce qu'on peut dire, et qui n'a peut-etre pas déjà été signalé, c'est que le Dakar a fait 48 morts en 28 ans. La duree de l'epreuve a sans doute varié au fil des années, mais si on l'approxime à 15 jours tous les ans, ça fait 48 morts en 420 jours de courses, soit un mort tous les 9 jours environ (on va dire entre 8 et 10, compte tenu de l'imprecision de mon calcul). Quel autre evenement sportif donne la mort avec une telle fréquence ? Tu ne vois toujours pas le probleme ?
Et pourquoi ces courses passent-elles en plein village, là où elles pourraient les contourner ?
Dans quel message exposes-tu des arguments contre le Dakar?
Suis-je vraiment obligé de me répéter ? Si tu as sur lire puis répondre à mon dernier message, tu es sans doute tout à fait capable de comprendre les précédents. Mais bon, dans un soucis d'altruisme pédagogique, faisons le point, une derniere fois :
1) 14 janvier à 14h16 : l'infamie du Dakar n'a rien à voir avec le dopage organisé du Tour de France, puisque les cyclistes ne mettent que leur propre vie en danger, contrairement aux pilotes. Personne n'a répondu à cet argument.
2) 15 janvier à 23h29 : on ne peut comparer les morts sur le Dakar à l'un de ces accidents qui, en France, n'est de la faute de personne (défaillance mécanique). Les choses ne sont pas comparables parce que justement dans le Dakar, la faute est bien humaine : ces gens roulent trop vite. Personne n'a répondu à cet argument.
3) 15 janvier à 23h29 : les motards du Dakar qui font une course dangereuse alors qu'ils ont des enfants en bas age qui les attendent à la maison sont des irresponsables (c'est le cas du motard qui est mort, et je pourrais verser un larme pour le gamin de 2 ans qu'il a abandonné mais pas pour lui). Personne n'a répondu à cet argument.
4) 15 janvier à 23h29 : ceux qui veulent faire mumuse avec des tutures qui roulent à fond la caisse peuvent le faire sur les circuits prévus à cet effet. En dehors des circuits, c'est dangereux puisqu'il y a des gens : simple bon sens. Personne n'a répondu à cet argument.
5) 16 janvier à 17h42 : les voitures du Dakar sont probablement des monstres de puissance qui doivent polluer bien plus que la voiture de monsieur tout le monde, surtout qu'elles sont en terrain difficile. Personne n'a répondu à cet argument.
Voila, j'ai tout récapitulé, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.