Traverser le Sud Lipez en vélo??????!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Ouahou!!! A mon avis, et vu la configuration du terrain, cela doit être comme traverser l'Atlantique à la rame. Impossible is nothing, mais c'est le genre de truc qui ne s'improvise pas. Je vois sur votre photo que vous avez l'habitude de rouler, mais le Sud-Lipez, ouahou quand même. L'hiver (l'été pour nous), pour les points d'eau, c'est chaud (ou plutôt, presque tous gelés). Et l'été, vu qu'en voiture, on ne passe pas partout, je n'ose pas imaginer en vélo (vu la hauteur de chassis des voitures). Sans compter que côté eau, je ne boirais pas toujours celle que je vois, même à grand renfort de micropure. La belle Laguna Verte est ainsi verte du fait de sa concentration en arsenic, la Laguna Bianca blanche du fait de sa concentration en borax.... Vu la quantité de minéraux sur cet Altiplano, je ne sais donc pas comment sont tous les points d'eau. Mais faut peut-être être mieux sûrs avant de s'y risquer... Quant aux distances, si vous envisagez de dormir dans des abris (l'hiver, par tente avec -20°, -30°C + du vent, cela se fait, mais faut être plutôt équipé pour éviter l'hypothermie), je ne vois pas comment c'est possible de faire moins de 150km en moyenne par jour de VTT (prendre en compte en plus le vent justement, et l'altitude). Grosse maille, en matière d'hébergement et de distance depuis Uyuni : Uyuni - Salar - Ile de Incahuasi : environ 130 km de plat, à 3650m. Là, si vous avez l'habitude, cela me parait réaliste (emportez de l'eau, bcp...). Possibilité de camper à côté de l'Ile, en arrivant. Mais impossible de dormir dans une structure en dur sur l'île (c'est réservé aux urgences et aux gardiens de l'île). Un petit restau où il est peut-être possible d'acheter de l'eau à prix d'or. En été, impossible de traverser le salar en vélo. Si vous allez voir le Belvédère du Tunupa (cela vaut la peine), compter 35 km pour rejoindre Coqueza depuis l'île, où il est possible de dormir dans une hospedaje rudimentaire (pas d'eau à boire non plus). Coqueza est à 3650m environ, et le premier belvédère, où s'arrête la piste, est à environ 4400m. Peut-être 7km (à vu de nez, je n'ai pas pensé à regarder). Les momies ne sont pas loin. Droit d'entrée sur la piste : 30Bol. Le plus simple pour retraverser le salar, c'est de reprendre la piste qui repasse devant l'île de Incahuasi : soit 35km de nouveau depuis Coqueza. Il y a ensuite 90km pour atteindre la fin du Salar. Et encore 15km pour atteindre Villa Candelaria, un petit village où il y a deux hôtels (dont un avec eau chaude temporaire... ou du moins eau froide sinon). Pour la nourriture, que ce soit à la première Hospedaje ou à cette hôtel, il faut l'apporter. A Villa Candelaria, on est toujours aux alentours des 3700m. Il y a d'autres villages avant et après, mais tous n'ont pas d'hospedaje. Atulcha en a un de manière certaine. Villa Candelaria - San Juan (le prochain gros pueblo; environ 70 familles, et un ou deux hospedajes basiques) : c'était 2h de voiture de mémoire, donc environ 40à 50km je dirais. Mais pas de garantie sur le kmétrage ici. Je n'ai pas regardé le compteur. Ensuite, c'est un peu la traversée du désert... mais un désert qui monte et qui peut être soit plein d'eau l'été, soit très venté et très froid l'hiver! Traversée du Salar de Chiguana (là, c'est encore plat, mais c'est un peu plus haut), puis, une fois traverser la ligne de chemin de fer, s'amorce une très longue montée pour arriver sur un plateau et rejoindre la route internationale qui passe au Chili devant le volcan Ollagüe. On est à 4300m, 4400m sur ce "plateau" de mémoire (qui n'a de "plat" que le nom : c'est passablement ondulé). Il faut prendre un moment cette grande route internationale dans le sens opposé au Chili, avant de faire une pause au bélvère du volcan, puis basculer plus loin sur une des pistes à droite, pour aller faire les 5 lagunes (ce n'est pas indiqué, il faut connaître). Possilité prochainement de dormir à la deuxième lagune, mais pour l'heure, c'était en construction. On est à 4500m environ à cette deuxième lagune. En voiture, de San Juan à la lagune, compter 4h environ, peut-être un peu plus. De la lagune Hedondas à la Laguna Colorada, c'est de nouveau la traversée du désert, au sens propre comme au sens figuré : 3 lagunes encore (où je doute qu'il soit possible de consommer l'eau, même très désinfectée, mais bon...), puis le désert de Siloli (on monte encore), puis une grande traversée pour rejoindre l'arbre de pierre, avant de redescendre sur la Laguna Colorada (les hébergements sont au bout de la Laguna). Pour cette partie, on est au plus bas à 4400m environ, à la Laguna Colorada. Grands espaces apparemment souvent ventés. En hiver, pas un poil d'eau. Distance : de nouveau 3h de voiture environ, si le chauffeur roule bien. Je dirais une centaine de km, mais pareil, je n'ai pas regardé le compteur. C'est peut-être plus (même certainement, sans doute 150km). A la Laguna Colorada, deux choix s'offrent à vous : rejoindre tout de suite le Chili, ou partir en direction de Quetena (Chico, c'est là qu'il y a les hébergements, et non à Quetena Grande : bon nombre de cartes sont fausses) et de Tupiza. Si vous choisissez de rejoindre le Chili, la piste monte à plus 5000m, en passant par les geysers de Sols de Manana ( à 40km de l'hébergement de la Laguna Colorada : 1h de voiture avec la voiture). Ensuite, on ne l'a pas fait, je ne peux pas vous dire. Mais les tours prévoient une demi-journée pour arriver à la Laguna Verde. De là, prévoir encore 30 à 40km pour rejoindre le poste frontière, avec un assaut final de 15km de montée au moins (à 4600m d'altitude environ). Ensuite, longue descente (45 minutes en voiture) de 2000m de dénivellé pour rejoindre SPA et le service d'immigration chilienne. Côté Quetena, c'est magnifique aussi, avec une étape plus petite depuis la Laguna Colorada : une 100 de km environ (une grande montée, jusque vers 4900m, puis une grande descente). Possibilité de dormir à Quetena dans une hospedaje basique, mais pareil, il faut amener sa nourriture. De Quetena, si vous aimez l'extrême, il y a des trucs sympas à faire : la plus haute piste du monde culmine à 5900m... Possible au départ de Quetena, mais avec de nombreux guets, en eau ou en glace selon l'époque. Et après, une montée infernale, toute en VTT bien sûr, à faire ensuite en descente. De Quetena à la Laguna Verde, compter ensuite environ 4h de voiture. Seule halte possible : les Aguas Caliende, pas tout à fait à mi-chemin (un peu plus : 3h de voiture). Mais pas d'hospedaje à ce niveau.
Le gros problème du Sud Lipez, il me semble, c'est non seulement le climat (vent, froid, sec extrême, etc... l'hiver en particulier), mais surtout la question de l'eau potable et de la nourriture (pour cette dernière, on a déjà plus l'habitude de la porter sur les voyages extrêmes... mais c'est souvent en iofidisé, donc derrière, il y a toujours la question de l'eau). L'autre gros problème du Sud Lipez, c'est le risque de se perdre : les cartes disponibles et les points GPS ne sont pas toujours justes, et les pistes sont multiples... Pas toujours évident de savoir quelle voie prendre. Faire 50km de plus en voiture, c'est courant, et cela peut déjà se transformer en galère (pble d'essence, etc...); mais en vélo, se perdre, cela peut vraiment devenir catastrophique. Et ce d'autant que la fréquentation de certaines pistes, ce n'est pas exactement les Champs Elysées un 14 juillet : vu qu'il y a plusieurs routes, tout le monde ne passe pas toujours au même endroit.
CQFD : la traversée en vélo, pour des personnes qui sont habituées à faire du tout terrain en situation climatique extrême et en totale autonomie (y compris concernant l'eau) pendant 10 jours minimum (prévoir aussi le temps de se perdre et de retrouver son chemin), c'est sans doute possible. Mais le truc est à bétonner avant (voire sans doute faire l'itinéraire en voiture avant, pour bien connaître les points d'eau, les pistes etc... Bref, ne plus avoir ensuite qu'à gérer le challenge physique). D'autant qu'en cas de problème, il faut oublier le téléphone (peut-être le téléphone satellite??).
Bon, ceci étant, ce descriptif n'est qu'un avis. Vous avez peut-être faire pire (une traversée de l'Asie centrale en intégralité et en totale autonomie), et dans ce cas, ces éléments vous paraîtront peut-être courant et anodin. Je reste cependant à croire qu'impossible is nothing, mais que traverser le Sud Lipez est un sacré défi, sportif, certes, mais défi tout court.
Bon voyage à deux roues!
Carole.
CC