😊Mardi, 28 septembre 2004 Publié le 2004-09-28 20:33:31 par Libre Opinion La Libre Parole
Népal: La grève maoïste et le dialogue des armes...
Le Népal est l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes.
D’après « Nepal News », en ligne en date du 28 septembre 2004, Christopher Warren, président de la Fédération internationale des journalistes, vient de déclarer à Katmandou que le Népal était l’un des endroits les plus dangereux dans le monde pour les journalistes.
S’adressant à la presse lors d’une réunion organisée par la Fédération des journalistes népalais, C. Warren a affirmé qu’au Népal les journalistes faisaient face à une situation terrifiante comparable à celle de l’Iraq et la Colombie. A ses dires, la Fédération internationale des journalistes examinent la possibilité de procurer un soutien aux familles des journalistes victimes ou à ceux qui ont été tués.
C. Warren a plus avant précisé qu’au cours d’une entrevue avec la FIJ et les journalistes népalais, le Premier ministre Sher Bahadur Deuba a promis d’examiner le cas des journalistes mis en détention par le gouvernement.
Auparavant, la FIJ avait organisé un atelier de trois jours sur le thème des droits de l’homme et des reporters face aux conflits en Asie du Sud – avec le concours de l’organisation allemande Friedrich Ebert Stiftung (FES) à Kathmandu, toutes deux ont appelé le gouvernement du Népal, les forces de sécurité népalaises et les rebelles du Parti Communiste népalais (Maoïste) à arrêter toutes les attaques contre les journalistes et les militants de la liberté d’expression.
Il a été aussi demandé au gouvernement népalais d’assurer la protection et la sécurité des journalistes et des militants de la liberté d’expression, de mettre un terme aux exécutions extra – judiciaires et prendre des initiatives crédibles en vue de mettre fin à la culture de l’impunité.
Plus de 30 militants des syndicats de presse, entre autres journalistes et spécialistes de pays comme l’Afghanistan, le Bangladesh, l’Inde, le Népal, le Pakistan et Ceylan ont pris part à cet atelier.
La réunion du « Comité pour la Paix » reste infructueuse.
Selon “Nepal News”, le 28 septembre 2004, la réunion très attendue, mardi, du comité pour la paix n’a apporté aucune réponse aux six questions posées par la direction du Parti communiste du Népal (Maoïste) la semaine dernière.
Le chef du Parti Communiste du Népal (Union Marxiste - Léniniste) a proposé que le gouvernement déclare un cessez-le-feu unilatéral dans le dessein de préparer le terrain favorable à des négociations de paix. Mais la réunion n’a pu décider d’aucune action future
Le Premier népalais Sher Bahadur Deuba a affirmé que le gouvernement allait continuer de discuter les déclarations des Maoïstes.
Vendredi dernier, Prachanda, le chef du Parti maoïste au Népal demandait au gouvernement s’il était prêt à accepter des élections en vue de réunir une assemblée constituante pour préparer une nouvelle Constitution et aussi à inviter les Nations unies ou tout autre organisation des droits de l’homme assez fiable pour jouer le rôle de médiateur dans les négociations proposées.
L’Armée royale népalaise nie exécuter ses prisonniers.
Sur « Nepal News », le 28 septembre 2004, l’Armée royale népalaise a réfuté les affirmations selon lesquelles elle aurait tué une demi douzaine de Maoïstes dont deux cadres du comité central à Siraha au début du mois après les avoir emmenés en détention.
Dans une déclaration publiée mardi le 28 septembre 2004, la direction des relations publiques de l’Armée royale népalaise a précisé que les cadres du comité central maoïste avaient été abattus lors d’échanges de coups de feu le 5 septembre dernier après que les rebelles aient attaqué les forces de l’ordre à la grenade.
L’Armée royale népalaise a en outre affirmé qu’elle n’avait aucune politique consistant à exécuter les gens après les avoir arrêtés. « Nous nous occupons des blessés, même en recourant à l’hélicoptère ».
Cette déclaration intervient alors que les Maoïstes ont fomenté une grève générale de 48 heures dans le centre et l’Est du pays pour protester contre l’exécution de ses camarades dont les deux membres du comité central de la région Est ici concernés.
Une dizaine de rebelles maoïstes tués ces deux derniers jours.
D’après “Nepal News”, le 28 septembre 2004, plus d’une dizaine de Maoïstes ont été abattus lors d’opérations de recherche menées par les forces de sécurité dans diverses parties du pays.
La télévision d’Etat népalaise, « Nepal Television », a relaté que quatre rebelles ont été tués à Suryapura dans la région de Rupandehi, trois autres à Sankhuwasabha et Morang, plus deux autres à Danusha et Kailali au cours de ces deux derniers jours.
Le Népal paralysé par la grève maoïste.
Olivier Da Lage pour Radio France internationale (RFI) couvre l’événement ce même 28 septembre 2004 dans une dépêche qui fait état de ce que « la guérilla maoïste a déclenché une grève générale pour obliger le roi à rouvrir les négociations avec elle ». Mais il n’est pas certain que le Roi du Népal ait jamais négocié quoi que ce soit avec qui que ce soit des insurgés depuis le début de l’insurrection…
L’habile analyste rfiste décèle finement les visées des Maoïstes qui sont « de susciter le mécontentement de la population à l’encontre du pouvoir, rendu responsable des difficultés économiques du Népal, et de mettre à bas la monarchie qui dirige le pays perché dans le massif himalayen ».
Certes, mais là encore il n’est pas absolument certain que le pays soit « perché dans le massif himalayen », les plaines sub-tropicales du Teraï, par exemple, paraissant bien loin de passer pour « perchées »… Mais, bon, les cocotiers des Maldives semblent haut perchés eu égard aux atolls où Dieu les a plantés pour prodiguer une ombre salutaire au cuir délicat de nos crânes d’œuf….
L’exigence d’une assemblée constituante.
Bien vu par ce commentateur émérite de RFI le fait que « les rebelles insistent pour que la convocation d’une assemblée constituante figure à l’ordre du jour de nouvelles négociations. C’est déjà sur ce point qu’avaient échoué les précédents pourparlers… l’ultimatum des maoïstes, qui demandaient la convocation sous trois jours d’une assemblée constituante, avait mis un terme à la négociation ».
Prachanda et Arnaud Montebourg, même combat ? Maintenant que David Assouline – l’égérie du NPS qui est la chose du vibrionnant député de Saône-et-Loire – est entré au Sénat, on peut s’attendre à tout.
Grève générale et affrontements meurtriers.
L’Agence France-Presse (AFP) depuis Katmandou, le 28 septembre 2004, annonce que « neuf rebelles maoïstes présumés ont été tués mardi dans des affrontements distincts avec les forces de l'ordre… »
La grand agence française fait assaut de précisions et l’on ne peut que s’en féliciter : « Huit rebelles présumés ont été tués dans quatre affrontements distincts, a indiqué la police qui n'a pas donné plus de détail sur les lieux ou les circonstances. Un neuvième a été tué alors qu'il tentait de forcer des commerçants à observer la grève dans le district de Ilam (Sud-est), a indiqué un responsable de la police locale Krishna Basnet. »
Si l’on veut bien croire les autorités népalaises, des actes de violence, attribués à la rébellion, ont été perpétrés dans la banlieue de la capitale et dans le centre, dans le but de faire pression sur la population pour que la grève générale soit suivie.
Cyberpresse a repris la dépêche au Canada. Vive le Canada !
La grève est observée plus par peur que par soutien.
Anjana Pasricha, à New Delhi, témoigne pour la Voix de l’Amérique et Channel New Asia s’en fait l’écho sur son site d’infos en ligne.
Yuvraj Ghimre, le directeur du magazine “Samay”, se confie à Anjana Pasricha : « Les Népalais observent la grève plus par peur des rebelles qu’en raison d’un soutien à leur cause ».
Pour l’homme de presse népalais, les rebelles s’inquiètent de ce qu’un gouvernement par intérim nommé par le Roi Gyanendra manque de la crédibilité nécessaire à la tenue de négociations portant sur le renversement de la monarchie.
Une bombe dans une banque à deux pas de Katmandou.
Selon Channel New Asia (avec l’AFP), le 28 septembre, un engin explosif a déchiqueté une banque à katmandou. L’explosion a fait trembler les vitres de la Nepal – Bangladesh Bank à Lalitpur .
Aucune victime n’est à déplorer.
Selon un fonctionnaire de l’administration locale, “Deux maoïstes qui circulaient dans un taxi se sont arrêtés à l'extérieur de la banque et le chauffeur a jeté un sac rempli d'explosif causant l'explosion. Nous pensons que le but était de faire exploser le taxi » a déclaré à l'AFP le chef de la police de Lalitpur, Thaneswore Devkota.
D’après la police locale, dans la région d’Ilam au sud-est du pays, la troupe a tué un militant maoïste qui menaçait des boutiquiers. Et dans la région de Dhading au centre du royaume les rebelles, croit-on, ont incendié une dizaine de véhicules. .
Pushpa Kamal Dahal, le supremo maoïste mieux connu sous le pseudonyme de « Prachanda » ou « Le Féroce » a maintenu vendredi dernier que les rebelles négocieraient seulement avec la certitude que les discussions ne seraient pas sabordées par le Roi Gyanendra, comme les deux fois précédentes.
Les Maoïstes népalais envisagent une “zone révolutionnaire”
Selon « Rediff.com » en Inde, le Népal a aujourd’hui averti l’Inde que les rebelles maoïstes du royaume himalayen prévoyaient de créer une ‘zone révolutionnaire’ avec l’aide des ultras indiens d’Andhra Pradesh, d’Orissa et du Bengale.
“Les rebelles maoïstes ne sont pas contre le monarque au Népal mais contre le gouvernement et prévoient de créer une zone révolutionnaire avec l’aide des ultras actifs en Andhra Pradesh, en Orissa et de la région de Coochbehar au Bengale occidental », a confié au Premier ministre du Bengale occidental le Consul général du Népal à Calcutta qui vient de quitter son poste.
Le 29 septembre 2004, le « Times of India » confirme la nouvelle divulguée à Calacutta par Yuba Raj Bhusal, consul général du Népal sur le départ. Les Naxalites indiens s’associeraient donc aux Maoïstes népalais dans leur entreprise.
Le Premier ministre de l’Etat indien du Bengale occidental, Buddhadeb Bhattacharjee, a exprimé son inquiétude sur le fait que les Maoïstes népalais étaient en contact constant avec les équipes bengalaises de la « Guerre du Peuple ». Leur plan est d’ouvrir un corridor avec l’Etat indien voisin du Bihar frontalier avec le Népal.
“Ils possèdent une forte assise dans l’Asie du Sud et sont en contact avec l’ISI » le ministre indien a-t-il ajouté avant de conclure « Nous sommes sur le qui vive et faisons tout ce qui est nécessaire pour les combattre dans notre Etat ».
Les Maoïstes respectent les fêtes en l’honneur de la Vierge Kumari.
Dans L’Express français, le 28 septembre 2004, une correspondance de l’AFP nous rappelle que « ce premier jour de grève coïncide avec le deuxième jour des festivités en l'honneur de Kumari, une petite fille adorée comme une déesse, qui marquent le début des moissons. La guérilla a promis de ne pas gêner les festivités. »
Faut-il le préciser la Kumari est une jeune déesse vierge qui perd sa divinité à son premier sang. Son palais, Kumari Ghar, est situé à Durbar Square juste aux côtés de l’ancien Palais royal, autrement dit au cœur du Katmandou touristique et à deux pas du commissariat central de la ville dont l’entrée fait face à la statue géante du dieu - singe Hanuman. La Kumari est un trait essentiel de la culture traditionnelle népalaise. La Kumari ne se marie jamais car elle porte malheur à son mari dont elle cause la mort.
Qui plus est la Kumari ne s’habille que de rouge ce qui en fait peut-être un parfait totem révolutionnaire aux yeux des Maoïstes ! C’est aujourd’hui sa fête et elle doit bénir le Roi du Népal.
Pour tout savoir sur les enfants – dieux au Népal, « Le regard de la Kumari » de Marie – Sophie Boulanger aux Presses de la Renaissance.
Emmanuel