c'est très bien ce que tu dis amodini, vraiment ..
c'est une question essentielle que tu poses, frleh, et tu la poses et la tritures bien ..
nous en sommes presque tous LA (presque car certains n'ont jamais, de toute leur vie, le désir ni l'ambition de quitter leur canton .. ils me fascinent ! sont-ils auto-suffisants ? ils vivent heureux souvent avec une épouse et des enfants, un métier (dans le canton ..) pas trop intéressés par les vacances, jamais par l'aventure et le dépaysement ..) : sont-ils débiles avec leurs ancrages pachydermiques ?
j'ai répondu un jour à une amie antillaise rentrée au pays, qui s'étonnait de me voir lui rendre visite et qui m'interrogeait sur mes désirs d'avenir : "voyager encore dans telle direction / pays ..". elle s'étonna, son objectif (réalisé) était de rentrer chez elle et c'est si bon la-bas qu'elle me hurlait (d'une voix douce en fait) une chose essentielle pour elle : "être chez soi, près des siens, dans un département de rêve, est si bon .. mais si bon .. pas besoin du monde, du reste du monde .."
comme elle paraissait ne pas comprendre ma réponse, je l'ai commentée, j'ai ajouté "je souhaite faire, avant qu'il ne soit trop tard, un peu le tour de ma prison"..
au-delà de l'Inde, ce sont les pays lointains et différents qui intéressent les voyageurs, ce sont aussi, de manière étroitement imbriquée (fusionnée), LES AUTRES, dans leur différence et leurs ressemblances.
c'est donc d'abord "où suis-je ? .. "sur quelle île (la terre) suis-je ? .. quelles sont les limites de mon terrain de jeu ?
dans cette recherche-voyage, j'y arrive, il y a le piment du dépaysement ("les bords" de la prison terrienne) et la recherche de l'autre, la-bas ..
de ce point de vue, le bord de l'Inde est fascinant, à de nombreux titres : je ne parlerai pas de ça ici, trop long; tout VF est là pour le dire chaque jour.
MAIS dans ce cadre, il faut se souvenir d'une chose essentielle : SAVOIR QUI ON EST .. D'ABORD
ne jamais s'oublier et, bien plus difficile encore : SE CONNAITRE ..
la Question est : qu'est-ce que je recherche ? la réponse est dans "qui suis-je ? "où en suis-je de ma vie ?"
illustration : si le plus beau met/plat ou le plus beau compagnon est dans la même rue, en face, partira t'on au bout du monde, au bord du monde indien ? ? ? non. on pourra toujours proposer à l'autre de voyager ensemble, mais l'autre, le compagnon de voyage, est et restera le véritable ancrage.
je fais vite, car le temps me manque ce midi : je voyage loin d'ici et parfois très loin du "moi hexagonal" qui fait mon écorce et mon coeur (un hexagonal routinier que je ne supporte plus 12 mois sur 12), MAIS lorsque je le fais, c'est conscient des immenses et énormes ancrages qui m'attachent à ma région, mon pays d'origine : en face de l'autre, au bord du monde, je sais encore plus fortement qui je suis, dans ma différence, ma singularité; je ne dois jamais l'oublier. et c'est ma façon d'être proche de l'autre, d'être AVEC l'autre. paradoxe. mais paradoxe puissamment utile pour vivre bien.
les indiens, lorsqu'ils me voient (et voient bien sur ces autres voyageurs fortement ancrés sur leurs origines) savent très bien de quoi il s'agit .. ils sont loin d'être bêtes, malgré leur illétrisme occasionnel. ils sont mes égaux, mes semblables, malgré toute la grande distance des cultures. et ils savent souvent QUI ils sont ... seule condition préalable au partage.
comme on ne partagera pas tout avec son voisin de Tourcoing ou Lille, ou St Symphorien, on ne pourra tout partager rapidement avec un indien ou une indienne, mais on pourra, si on est sincère et si on s'y attèle, avoir avec lui/elle, une relation semblable à celle qu'on a avec quelques amis proches.
il ne faut pas espérer se faire plein d'amis en Inde, lorsqu'on n'en a que trois ou quatre ici, à juste raison !
on le pourra enfin et surtout, si on est sincère et si on si attèle, mais AUSSI SEULEMENT SI ON N'OUBLIE PAS QUI ON EST, D'ABORD ET AVANT TOUT LE RESTE ...
je n'ai donc pas parlé des temples, des thalis épicés ou pas, de la pollution (réelle, Paheli !), des lenteurs ou fulgurances, des saris et des loques, des odeurs, de la saleté (toute l'Inde est balayée à la paille de riz deux ou trois fois chaque jour), qui n'ont pas d'importance dans ce sujet.
plus on voudra rester loin et longtemps de son lieu d'origine, plus il faudra être soi et se connaître bien ...
et il faut toute une vie pour apprendre à savoir QUI on est !
donc prépare-toi, vas y trois fois, six fois, douze fois .. deux mois, cinq mois, douze mois enfin, mais ne perds jamais le fil qui fait ce que tu es au départ : n'oublie jamais ton thali d'ici (le boeuf-carottes), les pots d'échappements sur le périphérique, les costumes gris et cravates, les belles robes occidentales ou les habits simples, l'asphalte de la rue où tu as grandi.
le Voyageur se sent à l'étroit chez soi et il se sent chez soi partout ... mais pas pour toujours ! .. car il est et a un "chez soi" originel ! c'est son histoire, son chemin, sa route. l'Indien n'est pas stupide qui toujours et encore demande "d'où viens-tu ? .. first time in India ?? .. et dans son apparemment hautement stupide troisième question "do you like india ???" il y a sans doute : "as-tu oublié ou pas d'où tu viens ???" ........
lorsque l'Homme, c'est sur, un jour atteindra une autre planète lointaine et cherchera à y vivre (..), il se pourrait qu'il y rencontre une forme de vie élaborée, avec qui il cherchera immédiatement et fortement à communiquer ( ! ) et sais-tu ce qui sortira alors de sa bouche ? ? ...
"je viens de la planète bleue, la-bas" ............ "on y vit comme ci, on y mange comme ça, on y aime ainsi .." (on s'y fait la guerre aussi comme ça). drôle, non ?
L'Indien qui sait qu'il ne pourra jamais dépenser l'argent d'un billet d'avion, voyage dans l'univers en transposant ces phrases en questions.
A bientôt aussi j'espère 😉
Paco
"les hommes sont aujourd'hui convaincus qu'ils volent .." René Char
Des souvenirs j'en ai d'autres, mais je les perds, car on démolit mes repères ..