(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Lundi 16 mai : Hell and Heaven at a breath away !
Réveil après une nuit paisible. Que faire ? C’est plutôt clair mais les prévisions sont à 40% de risques de pluie.
Bon, ignorant un peu ce qui nous attend réellement, nous nous décidons de tenter l’aventure. Banco !
C’est parti pour une journée ininterrompue de 9h de marche, gps en main, sans autre chemin que parfois un cow trail, passant de plateaux en plateaux (plus ou moins plats) et traversant de nombreuses crevasses, petits canyons, contournant, cherchant notre chemin, descendant, grimpant, puis finissant par du slickrock,
Je fatigue, je râle, j’ai du mal à croire que nous y arriverons. Hier, nous avions déjà une bonne rando dans les jambes. Francesco lui n’en démord pas et me booste à coup de phrases mordantes ce qui n’arrange pas mon humeur. De plus nous ne sommes pas sereins car si le soleil est au dessus de notre tête, les nuages s’amoncellent au loin dans toutes les directions.
Nous nous trompons un peu sur la fin (Francesco insiste pour grimper une butte en se croyant arrivé alors que mon gps indique encore 800m) ce qui nous rajoute du chemin et de la grimpe pour rien. Cette fois, c’est lui qui se démoralise un peu et moi qui le rebooste.
Encore un bon moment, puis nous voici enfin arrivé à ce point de vue enchanteur qui ne se dévoile qu’à l’arrivée : Reflection Point. Ca y est : on l’a fait ! Et "the photo" :
Pique-nique sur place devant ce décor de rêve. Pour le moment, la chance est avec nous car même si c’est la mauvaise heure (vers midi), nous ne sommes pas à contrejour, la lumière n’est pas la pire et les nuages sont impressionnants mais encore loin malgré le vent.
Après réflexion (à Réflection Point la bien nommée), et au bout d’une demi heure, nous décidons qu’il faut repartir. Les nuages semblent se rapprocher même si nous avons l’air d’être dans un îlot de soleil.
Trop mignon celui-là !
Allez, c’est reparti. Le vent souffle. Nous voyons maintenant les orages et la pluie se déchaîner au loin. Nous accélérons. Certaines crevasses sont plus difficiles à franchir. Cela n’en finit pas. L’un des derniers canyons est une vraie torture à remonter car nous ne pouvons le descendre là où nous avions pris le risque de le monter à l’aller. Les gouttes arrivant, nous mettons la gomme.
Cette fois, Francesco aussi est à bout. Les kilomètres s’enchaînent dans le vent et les quelques gouttes qui tombent. J’enfile un poncho qui me transforme en sauna en l’espace de quelques minutes. Pour rien, car la pluie s’arrête et je demande à Francesco de m’arracher ce plastique infernal. Avec le stress des orages, la fatigue de tout ce chemin parcouru, c’est absolument interminable... Mais si : tout arrive, et notamment la vue de la voiture ! Rhâââââ ! Enfin terminé !!!
Ben pas tout à fait : il faut refaire les 80 km de la piste dans l’autre sens, ce qui va nous prendre 2h30. Les 15 premiers miles sont évidemment aussi pénibles qu’à l’aller. Je suis tendue et mon genou droit me lance terriblement. Je laisse pour la suite le volant à Francesco qui doit louvoyer avec une piste fortement dégradée par les orages que nous avions pendant la rando. Nous faisons des gerbes de boue et les ornières sont remplies d’eau. Un peu d’inquiétude mais finalement ça passe.
Un cow boy rassemble son troupeau et ça c’est sympa à voir. Quand nous arrivons enfin,
ENFIN à Escalante, nous crions : Victoire ! Je descends de la voiture en marchant avec l’allure d’une centenaire tellement mes articulations sont coincées mais soulagée d’enfin prendre une chambre en ville.
Euh, quoi, c’est complet ? COMPLET ????? Mais on est lundi et samedi on a trouvé de suite... Là aussi ? Là encore ? Noooooooonnn... Un gars me passe un dépliant, me proposant une chambre à 150§ et une autre à 180§ (+taxes). Francesco ne veut rien savoir à ce prix. Il me parle de retourner vers
Bryce. Mais la suite de notre projet c’est dans l’autre sens. Nous parcourons donc les km jusqu’à
Boulder : j’ai dû reprendre le volant car nous ne sommes pas assuré pour lui. On est épuisés, sales, affamés et je déteste conduire de nuit. Nous ne nous arrêtons donc même pas pour manger de manière à profiter de la lumière qui baisse. Si seulement on avait pris la chambre à 150$ + taxes ne puis-je m’empêcher de marmonner dans les dents...
A
Boulder tout est complet ! Même l’hôtel assez cher (là même à 180$, je n’aurais pas lâché la chambre...). J’en peux plus !
Au loin, non seulement il pleut mais nous voyons même qu’il neige et il est hors de question de rouler de nuit vers Torrey dans ces conditions surtout qu’il fait passer un col à plus de 2900m d’altitude. Retour, les larmes aux yeux, vers Escalante sous les dernières lueurs du jour. Refaire la HITRR la nuit, pour camper, dans l’état où elle est : peu pour moi ! Fruita est encore très loin. En désespoir de cause, je m’arrête à l’Escalante Outfitter et demande s’il reste un emplacement pour la nuit au camping. Comme nous n’avons pas de tente, il nous propose le bout du parking pour 12$ (mais 2 douches chaudes comprises dans le prix). Il ne nous reste plus qu’à nous installer péniblement pour la nuit. On en peut tellement plus qu’on ne mange même pas ! Satanée journée ! L’enfer toute une journée pour ½h de paradis ! C’est avec cette sombre pensée que je m’endors enfin, épuisée.
Quand je parle sur FB de cette journée, je promets que ce sera ma première et unique fois et que, au grand jamais, je n’y remettrai les pieds ! Que cela a été ma pire randonnée etc..
Bon avec le recul, on s’est remis plus facilement que je ne croyais de cette journée. Le stress des orages menaçants et de l’impression de devoir tout le temps faire « plus vite » et surtout, les galères d’après rando auront joué leur rôle sur mon impression de « pire et meilleure journée de rando de ces dernières années ». Je pense que maintenant que nous connaissons le terrain et par une journée sans menace météo, nous pourrions le refaire. Mais cela reste évidemment un beau challenge avec 26.5 km au compteur (mon record de distance) avec la difficulté de trouver son chemin pour passer toutes les crevasses... même s’il y a de nombreuses zones de plat pour se remettre entre.
L’autre solution reste le backpacking : Nous avons croisé 2 gars, puis plus tard une jeune fille, qui avaient passé la nuit précédente sur place ce qui, du coup, répartit les km de façon plus reposante sur 2 jours. Cela permet aussi de profiter de la lumière même si les ombres la profondeur doivent rapidement s’installer.
Bref, tout est affaire de circonstances : c’est une rando exigeante à n’en pas douter même si nous l’avons vécu un peu plus difficilement que d’autres, comme Philippe, qui est resté nettement plus serein que nous sans aucun doute (sa connaissance de l’ouest et ses très nombreuses année de pratique de la rando sur place y sont sûrement pour quelque chose). De plus, en groupe, c’est l’élément le plus faible (moi en l’occurrence) qui détermine la capacité d’action du groupe.
Bref : difficile de répondre à la question « cela vaut-il la peine ». j’ai donné des éléments vécus pour vous faire une idée. Chacun décidera pour lui...