Lundi 4 juin 2012 – Naples
Ce matin nous prenons notre petit déjeuner au Red Velvet, que j’avais très envie de découvrir.
C’est vraiment un très bel endroit, les tonalités rouges me plaisent infiniment, avec un joli escalier intérieur desservant le niveau inférieur. Nous y passons un agréable moment même si par la suite, nous préférerons le petit déjeuner à la cafeteria.
Le Fantasia arrive au port à 10h00 et ne repart qu’à 19h30, nous avons le temps. Je repars me reposer dans la cabine, tandis que Monsieur Glacerine prend le frais sur le balcon pour observer les manœuvres d’accostage. Il y a beaucoup de nuages. Il ne fait pas froid mais le ciel est désespérément bas.
C’est devenu notre rituel, nous flânons ensuite longuement sur le bateau, de ponts en ponts, de salons en galeries. Nous ne nous lassons pas de la déco, de la vue sur les ports et sur les côtes. Nous aimons le calme du bateau en journée, lorsqu'il est à quai et que les bars et les salons sont fermés et quasiment déserts... Un peu comme le château de la belle au bois dormant... tout semble en sommeil, et en même temps il règne dans l'air comme une attente. Puis le bateau reprend la mer et tout semble reprendre vie peu à peu, les espaces et les salons se remplissent et bourdonnent d'activité. Nous aimons ces deux moments qui sont autant de respirations différentes.
En cette fin de matinée notre ballade sur le bateau nous permet de découvrir le pont promenade au pont 7, dont nous n’avions pas encore remarqué les accès. C’est en voyant passer quelques rares silhouettes de l’autre côté des vitres des salons que nous nous en avisons. Nous y reviendrons par la suite régulièrement, notamment au départ des ports. Loin de la foule dense des ponts piscines, le pont désert semble alors nous appartenir, et nous pouvons y admirer les côtes qui s’éloignent rapidement.
Mais pour le moment nous sommes à Naples. Les restaurants du bateau ouvrent à 11h30, nous décidons de retourner manger au Cerchio d’Oro avant de débarquer. Une heure plus tard, nous sommes sur le quai. Il pleut, mais en bons cherbourgeois on en a vu d’autres… Ce n’est quand même pas une averse qui va nous arrêter.
En sortant du terminal, on est tout de suite dans la ville, difficile d’être plus près. Nous contournons le château pour nous diriger vers la Plazza Plebiscito et pour rejoindre l’église San Francesco Di Paola, identifiable de loin par son dôme.
Sur la place nous découvrons des mariés... Et encore des mariés... Il y en a dans tous les coins, qui tentent de faire des photos malgré la pluie… Nous rencontrons également Pascal et Sandrine, qui ont débarqué un peu plus tôt et qui flânent comme nous en ville.
Nous sommes étonnés, après tout nous sommes lundi, c’est jour de semaine ! Pascal nous informe que le 3 juin est une fête nationale en Italie. Nous nous approchons de l’entrée de l’église, et je profite de la sortie d’un mariage pour tenter un coup d’œil à l’intérieur. Monsieur Glacerine me fait très justement remarquer que ma tenue risque de faire un peu tache sur les photos des familles et me tire discrètement par le bras. Du peu que je peux en apercevoir, l’église paraît belle. Mais les mariages se succèdent sans discontinuer et nous ne pourrons pas rentrer. Je ne sais pas si l’église se visite habituellement.
Dans les cortèges, les napolitaines - toutes sans exception - sont en très grande tenue. Chapeaux et robes de cocktail de grande classe pour les dames, robes très moulantes, souvent très courtes, très flashy pour les jeunes femmes. Les jeunes comme les moins jeunes campent fièrement sur des talons absolument vertigineux. Il pleut maintenant à verse. Pascal et Sandrine relèvent une des femmes qui a glissé sur les marches de l’église.
J’aperçois dans un des cortèges une jeune femme assez ronde en robe de satin noir ultracourte, ultra moulante, ultra décolletée, lacée dans le dos jusqu’aux cuisses, ultra maquillée et juchée sur des talons aiguilles de 15 cm. Manifestement les napolitaines ont des codes vestimentaires assez différents des mariages auxquels j’ai pu assister en France. Elles sont aussi beaucoup plus décomplexées que nous sur leurs rondeurs.
De l’autre côté de la Plazza Plebiscito, nous allons nous abriter dans la cour intérieure du Palazzo Reale (palais royal), construit au début du 17ème siècle par des nobles espagnols de Naples, pour accueillir le roi… qui ne vint pas.
Il pleut, il vente, il fait un peu froid. Le ciel bas et la façade austère du palais royal n’invitent guère à la promenade. Pascal et Sandrine, qui hésitent à rentrer au bateau pour récupérer pulls et parapluies, décident finalement d’aller faire du shoppping dans les rues voisines.
J’ai lu sur les forums que l’intérieur du palais vaut le détour, j’insiste donc auprès de Monsieur Glacerine pour entrer. Le guichet est désert, froid et assez peu engageant. Nous payons nos entrées (4 euros chacun) puis au détour d’un couloir, nous arrivons dans un incroyable vestibule avec son escalier monumental.
La visite a lieu à l’étage. Les pièces en double ou triple enfilades entourent d’un côté la cour intérieure dans laquelle nous nous tenions tout à l’heure, et offrent de l’autre une vue superbe sur la baie de Naples.
Les pièces sont nombreuses, tapisseries luxueuses, plafonds recouverts de fresques peintes… De l’extérieur rien ne laissait présager tant de fastes et de beauté. Ici on nous laisse prendre des photos à loisir et Monsieur Glacerine ne sait plus où donner de l’objectif. Nous passons par une incroyable salle de théâtre, et par une succession impressionnante de chambres, d’antichambres, de bureaux, de salons… qui nous laissent un peu étourdis. Ça aurait été dommage de rater ça.
En ressortant, l’averse a laissé place à une pluie fine intermittente. Nous allons jusqu’au bout de la place pour admirer la vue sur les jardins et sur la mer.
Nous contournons la place pour rejoindre immédiatement l’entrée de Galleria Umberto avec ses colonnes imposantes, son sol en marbre et sa belle verrière. Nous pensions trouver à l’intérieur une galerie marchande et passante, mais la galleria est assez déserte. Elle semble surtout être le point de rendez-vous des nombreux mariages et des photographes professionnels, bardés de matériel : perches avec réflecteurs, mallettes… nous les observons un moment. Pas de doute, ils savent mettre en scène. Nous remarquons qu’ici les groupes sont jeunes, les parents ne sont manifestement pas présents, les photos de mariage prises à la Galleria ne semblent concerner que les frères et sœurs, les cousins ou les amis.
Les mariages, les tenues sexy un peu bling-bling et les talons vertigineux semblent vraiment être une spécialité locale. Les touristes mitraillent.
Nous nous arrêtons dans un bar de la galleria pour boire un café. Sans que nous le demandions, la serveuse nous apporte un verre d’eau avec l’expresso. Ça tombe bien, nous avons justement l’habitude de rajouter de l’eau dans le café lorsqu’il est un peu serré. D’un même geste, Monsieur Glacerine et moi-même versons une partie du verre dans notre tasse. Je goûte mon café et je fais la grimace… c’est de l’eau glacée et gazeuse qui nous a été servie. Du coup le café est froid… et pétillant. Beeuûûrk.
En ressortant, nous remontons les rues voisines. Un peu plus loin, les ruelles du quartier espagnol, étroites et sombres. Il pleut encore un peu, Monsieur Glacerine a sorti son parapluie qui ne protège que lui, ce que je ne manque pas de lui faire remarquer. La pluie finit malgré tout par s’arrêter, et le soleil réussit à pointer son nez.
Monsieur Glacerine est déçu. Il espérait trouver des souvenirs à l’effigie de Naples, et ne trouve pas grand-chose dans les boutiques.
Cette partie de Naples est facile à visiter à pieds depuis le terminal, mais nous laisse une impression mitigée. Le Palazzo Reale valait vraiment le détour, mais pour le reste… je ne sais pas. La veille nous avons tellement adoré Gênes, qui nous a laissé une impression tellement lumineuse, qu’en comparaison Naples nous paraît un peu fade et terne.
Nous avons l’impression de passer un peu à côté de quelque chose, nous nous demandons si nous visitons les bons quartiers. Nous décidons de retourner au port. Si nous avions croisé en chemin un petit train, nous l’aurions emprunté pour faire un tour d’horizon de la ville (en général, nous préférons les petits trains aux bus Hop On/Hop Off, car ils ont souvent accès à des voies piétonnes dans lesquelles les bus ne vont pas). Mais pas de petit train en vue. Tant pis, on rentre.
Il est encore tôt et le bateau ne repart qu’à 19h30, il n’y a pas grand monde. L’équipe de tournage en a profité pour investir le hall de réception. Nous nous installons confortablement au bar du niveau supérieur (un des rares bars ouverts lorsque le bateau est à quai) pour les observer tout à notre aise.
Dans mes représentations, le tournage c’est beaucoup d’effervescence, du mouvement, une ambiance un peu électrique. Ce que je vois est assez différent.
D’abord les équipes se placent. Concentrées et plutôt silencieuses. Marquages au sol pour les comédiens, qui relisent leurs notes assis sur la banquette. Réglages des lumières, ça prend un moment. Ça me laisse une impression très statique d’attente, de beaucoup d’attente.
Les comédiens sont à présent debout, placés sur les marques au sol. Ils attendent silencieusement que les techniciens aient terminé de se placer. Je reconnais Christophe Malavoy en costume de commandant (dans la série l’équipage est habillé de bleu, alors qu’en vrai les officiers sont en blanc). Ça bouge assez peu. À ses côtés, une jolie jeune femme joue le rôle de la directrice de croisière. Nous apprendrons plus tard grâce à d'autres passagers qu'il s'agirait de Lola Dewaere, une actrice montante. Retouche de maquillage et de coiffure. Et ils attendent encore. En retrait je distingue un autre comédien, archétype du grand black habillé en agent de sécurité avec costume noir et oreillette (comme on n’en voit jamais sur le bateau ! 😉). Je reconnais Edouard Montoute, un visage très familier du cinéma et de la télévision. Manifestement il y a du beau monde.
Un bref signal et les acteurs se mettent en mouvement. Il s’agit vraisemblablement la bande annonce, sans doute une comédie sur le quotidien des membres d’équipage. Le commandant s’extasie sur la beauté du lieu, le calme avant la tempête, c’est le moment qu’il préfère. La directrice de croisière lui répond qu’il a une âme de poète.
Une jeune femme officier passe en trombe en râlant dans son talkie-wakie, les intérimaires qu’elle attendait ne sont pas à leur poste, merde ! Je reconnais Anne-Élisabeth Blateau, la jeune femme qui joue le rôle d’Emma dans la série Scènes de ménages sur M6 (la petite rousse qui travaille dans un magasin de bricolage et qui a un bébé, Cholé). Ici elle est brune, mais c’est bien elle. Elle aura ce soir beaucoup de succès dans les conversations des passagers.
La directrice glisse au commandant que ça, c’est son moment préféré. Puis souhaite la bienvenue en direction de la caméra.
Coupez ! On la refait. Une fois. Deux fois. Rectification de placement. Encore une fois. Et encore une fois… les comédiens se repositionnent sagement et refont leur scène, disciplinés. Le réalisateur semble satisfait, on bouge ! Les comédiens attendent dans un coin que les techniciens replient leur matériel. Ça dure un moment. Puis tout le monde quitte progressivement le hall pour se diriger vers le pont promenade et une nouvelle scène.
La scène, qui dure à peine quelques secondes, aura demandé plus d’une heure d’attente et de travail.
L’équipe de tournage peut profiter du bateau, avec visiblement pour consigne de ne pas perturber les passagers ni de fermer l’accès aux espaces et aux salons. Je me dis qu’ils doivent travailler là dans des conditions assez pénibles. J’ai entendu des passagers se plaindre que les comédiens étaient distants et hautains. Pour ma part je n’ai pas trouvé les comédiens très à l’aise durant les périodes d’attente ou quand on les croisait sur les ponts, mais plutôt crispés et comme sur leurs gardes... Ça doit être compliqué d’être guettés et épiés de la sorte en permanence.
Le soir à table, nos voisins de table nous font part de leur journée. Quand ils ont voulu débarquer le matin, et comme l’équipe de tournage travaillait sur les ponts des sorties, ils ont dû patienter un moment et ont sympathisé avec d’autre passagers. Tout ce petit monde a finit par prendre un taxi pour visiter Pompéi, et ils ont passé une excellente après-midi. Ils étaient 6, le taxi leur a coûté 15 euros par personne (l’entrée était comprise), au lieu des 51 euros facturés par MSC pour la même excursion.
Plus tard dans la soirée, nous rencontrerons de nouveau Pascal qui nous dira qu’à sa table, certains ont fait l’excursion officielle à Capri, ils avaient eu un temps magnifique et ils étaient ravis. Par contre ceux qui ont pris l’excursion au Vésuve étaient déçus, le panorama était complètement obstrué par la brume et la grisaille qui recouvrait Naples.
Dans l’après-midi depuis notre balcon j’ai pu observer l’embarquement des passagers, il me semblait qu’il y avait moins de monde qu’hier. Pourtant ce soir c’est la foule dans les salons, il y beaucoup d’italiens et beaucoup d’enfants. J’ai l’impression que le bateau est plein.
Ce soir en honneur de l’escale à Naples (un de nos voisins de table nous apprend que MSC est une compagnie napolitaine), le thème du spectacle et de la soirée est « Made in Italy ». Au théâtre, c’est tour de chant italien. Les chanteurs ont de belles voix, c’est clair. Mais je n’ai jamais été très fan des chansons italiennes, j’ai préféré le spectacle d’hier. Monsieur Glacerine, lui, passe un bon moment.
Comme hier nous sortons du théâtre vers 22h15. Un peu fatigués, nous écourtons notre ballade du soir dans les salons et sur l’Aquapark. Nous flânons malgré tout une bonne heure dans les salons, puis nous remontons nous coucher. Demain nous accostons à Palerme, c’est une grosse journée car nous avons prévu de beaucoup marcher.