Froissée, non, je n'irai pas jusqu'à dire cela. Simplement, il y a tellement de gens qui trouvent que les vietnamiens sont désagréables (et j'ai pensé la même chose les premiers jours) que j'aime bien remettre un peu l'église au milieu du village. Il faut apprendre à les connaître, c'est tout, il faut prendre le temps de vivre un peu à leurs côtés. Je ne sais pas où tu es allée, ni ce que tu as vu, je sais en tout cas qu'il ne faut pas faire de quelques cas une généralité.
Ce qui m'a fait tiquer, c'est que tu dises que les vietnamiens manquent de respect, ce qui est totalement faux. Ils ont une conception différente de la nôtre. Il est vrai que, contrairement à l'Angleterre, par exemple, où personne n'oserait passer devant quelqu'un dans une file d'attente, au Vietnam, "c'est le premier qui passe qui est le premier servi", pour nous, cela peut sembler vraiment impoli et irrespectueux, mais cela n'a rien à voir avec le fait que tu sois touriste ou pas, ils sont comme ça entre eux aussi, - sauf avec les personnes âgées et les religieux, cela va de soi -, c'est leur façon de vivre et il ne s'offusqueront pas si tu leur passe devant. Maintenant, tout dépend aussi où tu te trouves et de la personne que tu as devant toi. Certains ayant reçu une éducation "à la française" - il y en a un certain nombre parmi les plus de cinquante ans - auront une tout autre réaction. Là où tu vois un manque de respect, eux voient une habitude de vie. Choc des cultures...
Un autre exemple, dans un resto fréquenté presqu'exclusivement par des vietnamiens, à Huê, j'ai été sidérée la première fois en voyant la façon dont la table était débarrassée : tout ce qui traîne de non commestible (serviettes, baguettes, cure dents, ... ) est jeté tout simplement par terre, par contre, la table est bien nettoyée. Je me suis dit "c'est dégueulasse". Puis, le lendemain matin, je suis passée avant l'ouverture et j'ai vu la patronne et son mari occupés à nettoyer à grandes eaux et tout était à nouveau nickel. C'est comme ça que ça se passe dans beaucoup d'endroits, c'est leur façon d'être, tout simplement. Si tu vas au resto chez nous, tu as généralement une surnappe qui est changée (pas toujours) après chaque passage, cela donne un aspect propre, mais si tu regardes dessous, la nappe n'est pas forcément changée tous les jours, les taches sont masquées par la surnappe et bonjour les bactéries ! Finalement, je préfère manger sur une table en formica qui est bien nettoyée entre chaque convive, même si par terre, là où finalement je ne pose que les pieds, l'aspect est limite. Choc des cultures...
Si tu vas te désaltérer sur une "terrasse", - tu as probablement vu ces tables et chaises en plastic posées à même le trottoir -, tu verras que là aussi, on jette tout par terre. Au début, c'est très choquant, puis on se rend compte que le trottoir est brossé plusieurs fois par jour. Chez nous, on dirait "quelle bande de porcs", chez eux, c'est normal, c'est ainsi que ça se passe. Nous sommes les visiteurs, nous allons à la découverte de leurs coutumes, il n'y a pas de raison pour qu'ils en changent parce que nous sommes là. Choc des cultures...
C'est pour cela que lorsque des personnes demandent des avis sur un itinéraire au Vietnam et que je vois qu'elles ne feront que passer dans les différents endroits, je réponds qu'il est préférable de prendre son temps et de ne faire que quelques endroits en y restant quelques jours plutôt que de faire un survol. La petite expérience que j'ai du Vietnam ainsi que les lectures et contacts que j'ai avec des gens vivant sur place ou avec des vietkhieu qui ont été éduqués dans les traditions vietnamiennes me conforte dans l'idée que c'est un pays où il faut savoir prendre le temps, s'arrêter, écouter et découvrir. Si tu passes une seule fois dans la rue, on te regarde passer, point. Tu restes un passant. Si tu passes plusieurs fois, le lendemain, le surlendemain, on te posera des questions et on aura envie de savoir d'où tu viens, qui tu es, ce que tu fais là, etc, etc... J'ai pu constater cela de nombreuses fois dans le quartier où j'ai logé. Les deux premiers jours, je n'étais qu'une touriste de passage, dès le deuxième soir, comme il était évident, vu l'heure, que je serais encore là le lendemain, les habitants m'ont saluée et sont venus vers moi, non pas pour tenter de me vendre quelque chose, mais pour savoir qui j'étais et écouter mes impressions sur leur quartier, leur ville, leur pays.
Pierre, mon guide, ne m'a pas simplement fait visiter les lieux "à voir", mais très souvent il s'arrêtait et me disait "ok, on s'assied, on va fumer (on fume tous les deux), et parler" ... car c'était surtout cela qu'il voulait, parler, échanger.
La différence avec la Thailande, est, selon moi, qu'en Thailande, ils ont appris comment réagissent les touristes occidentaux et qu'ils se sont adaptés et font ce que les touristes attendent d'eux, même s'ils n'en pensent pas moins. En Thailande, si tu veux avoir une relation un peu sincère avec quelqu'un, il te faudra aussi le laisser te découvrir; si tu es simplement de passage, tu auras bien évidemment un sourire et des courbettes, mais ce sera purement commercial. Le vrai sourire d'un(e) thai(e), tu le verras c'est certain, mais seulement si tu prends la peine de le côtoyer plus longuement. La différence, c'est qu'en Thailande, tu ne t'en rendras pas compte, alors qu'au Vietnam, la différence se sent immédiatement.