Coucou,
Pat, tu es assez grand pour choisir la mère de ton ou tes enfants tout seul, sans que timouss ne doive t´assister!
Tenez voilà où j´étais passée pendant tout ce temps:
Interruption momentanée du récit des voyageurs des temps modernes.
Héliport de Garmisch-Partenkirchen. 09h15.
Toujours pas de libellule à l´horizon. On avait dit 09 heures.
Qu´est-ce qu´il fout encore ?
J´angoisse comme avant mon premier flirt. Peut-être que je n´étais pas encore majeure mais en tout cas, j´étais certainement plus mûre qu´à cet instant glacant.
J´ai bien vu comme tous les skieurs que j´ai croisé en montant en tire-fesse (mon salaire ne me permettant pas l´helico) s´égayaient malicieusement à mes dépens.
09h24. Blizzard décoiffant.
L´aéronef se pose après un looping pas possible. Le pilote peut frimer, c´est Icare avec la tête de George Clooney. Mais ce n´est pas lui qui dérape en descendant sur la piste gelée.
« Claude ! »
Avant même de lui faire la bise, je lui tends un pansement pour son doigt qui saigne.
On n´y est pas encore, en bas de la piste ! et vu le programme serré de la journée, on aura, dans le meilleur des cas, le temps de faire juste une noire.
Je crois rêver. Mes tympans frigorifés jouent avec mes nerfs! Le refrain de la « la lambada » remixée version rai marocain. Qu´est ce que c´est que ce truc ?
C´est le portable de Claude qui sonne alors qu´il remettait ses mouffles sur son tricosteril lavable et réutilisable.
Je suis soufflée.
Ce Dieu de l´équitation, amoureux de la nature et des bêtes, a un téléphone avec un kit oreillette ! Il ne m´a pratiquement encore pas adressé la parole (de toute facon, mes lèvres ankylosées ne bougent plus pour lui répondre) qu´il est déjà en train de faire le VIP en Allemagne...
« - oui Chérie, je sais, je pense à la liste de courses. Le bruit derrière? c´est la circulation sur la nationale. Ca bourre aujourd´hui... Blablabla Je prends de l´essence... Blablabla Non, j´ai une journée chargée. Ne m´attends pas pour manger ce soir. Embrasse les enfants. Blablabla Moi aussi. Chatouilles partout »
Le mufle! sensé faire le plein de son Opel Astra en France... et il se fait larguer avec l´argent de Bolloré sur les cîmes bavaroises !
« - Ca va aller Claude ? ca promet pour confesse dimanche ! T´occupes. Ca va ma biche ? Tu sais rester glamour l´hiver, à ce que je vois ! C´est quoi cet accoutrement ? Lorelei, comme convenu. Pourquoi t´es pas déguisé, toi ? On avait dit qu´on n´aurait pas le temps de se changer. Justement... je serai déguisé en skieur au Château. Tu vas quand même pas garder tes pompes de ski pour grimper à Neuschwanstein ? Si ma jolie. C´est exactement ce que j´ai l´intention de faire. Bon, on descend ? Tu vires violette à force de rester plantée. Tu peux pas me prêter ton pull, ste plait ? Je sens déjà la pneumonie sourdre. Mon pull, je peux pas, c´est comme un partie de moi-même. Et moi, je suis quoi ? A l´avant-avant dernière bière, l´autre jour, tu m´as dit que moi aussi, j´étais une partie de toi-même. La température de l´âme ne se mesure pas. Tu es bien, là. Allez passe devant, tu vas te réchauffer en skiant... et je ne veux pas m´interdire un tel spectacle. »
La vache !
On aurait du faire l´inverse. Le château déjà et le ski après. Les pistes à cette heure sont encore gelées, givrées, verglassées, glissantes, totalement inadaptées à mes skis !
Claude, il faut le reconnaitre, a un planter de bâton hyper technique, presque "borderline"... comme toute sa personnalité d´ailleurs. Cette homme est une énigme aux tempes magnifiquement poivrées.
Moi, je suis terre-à-terre, plus raquettes à neige. Donc je m´en suis vue mais j´ai pris le pli (de ramer... quand il est dans les parages). Je sentais son regard aguicheur sans arrêt posé sur mes frou frous extravagants.
Il m´a saoulée en hurlant à tout va sur les pistes que mes jupons l´électrisaient.
Je lui ai rétorqué qu´il ferait bien d´arrêter de gueuler comme ca.. et surtout d´ensorceller sa femme avec des bobards.
Le zouave a enchainé figures free style sur tout schuss.
J´ai filé mes colants, c´est clair, à force de rouler, de m´abîmer, de me répandre dans tous les sens.
Après la noire, on a fait une verte pour éviter les crampes.
12h00. Dans le bus vers Füssen
Claude m´a fait partager sa flasque de rhum blanc 50%. Quel réconfort. Cet homme est bon et drôle. Je me suis réchauffée. Il ne m´a toujours pas prêté son pull.
14h00. Au Château
On a pris une calèche comme tout touriste normalement re-constitué.
Claude a tellement assommé le conducteur en insinuant que ses bourrins n´avaient pas l´air en forme... que le type nous a largués au milieu de la montée. Je marchais toujours devant lui, non pas parce qu´il louchait sur ma tenue, mais parce qu´avec ses Rossignol aux pieds, il allait nous faire rater la dernière visite guidée.
Comme on l´a ratée, on a pris des casques audio. Claude en anglais, moi en allemand étant donné qu´un car de Normands venait de nous passer devant et rafler toutes les versions francaises. Les piles du mien ont de toute facon perdu l´âme pendant la visite.
170 marches en tout, à monter et descendre, dans un ébouissement néo médiéval. Claude a gardé sa bonne humeur et aux pieds, son équipement pointu à leviers rallongés et chaussons thermiques.
L´ombre de la mort de Louis II planait tel un mystère irrésolu. Ca se voyait sur les visages des touristes qui nous croisaient.
Mon joyeux drille a eu sa facon bien à lui de faire la synthèse de la visite :
«- Loulou, il devait en avoir pour faire dynamiter la montagne et faire construire cette connerie kitch dessus. "En avoir" quoi, comment ? Non, rien laisse tomber, je pense à haute voix... Ca va en anglais ? t´as tout pigé ? T´inquiètes sweety. I am hungry now »
17.00 Encore dans le bus, cette fois vers Munich.
Je me doutais bien que Claude ne pouvait pas avoir que des bons cotés. L´estomac dans les talons, le bus s´est trainé à comparer de son hélico, j´ai bien vu que sa météo virait à l´orage. Mais il restait un peu de rhum.
Assez en tout cas pour ramener l´anticyclone à nous et nous préparer sérieusement à la plus grande orgie (en langage de guide = fête populaire) du monde.
18.00 Munich, Wiese (« la prairie » traduit mot à mot, c´est vraiment là qu´elle a lieu, mais on compte les brins d´herbe sur les doigts de la main... de toute facon on n´était pas là pour ca)
Avant d´arriver, mon Vfiste adoré avait déjà des chopes à la place des yeux.
Je nous ai trouvé une place entre deux australiens qui avaient l´air d´avoir pris pas mal d´avance pendant qu´on se cultivait chez « Loulou » et quatres ... citoyens du monde (no way pour repérer la langue d´origine à ce stade du balbutiement éthylique). Claude m´a susurré tendrement à l´oreille que dans 20 minutes, on aurait rattrapé le retard de « ces branleurs ».
Pari pris.
Le temps pour mon compagnon de bringue d´aller se soulager aux pissotières, j´ai commandé deux Maß (1 litre chacune) et de quoi nous restaurer.
Claude a l´air d´avoir rencontré la femme de sa vie aux toilettes. Il en est revenu... en grande conversation. Elle (deux couettes stupides, une robe traditionnelle retouchée facon tecktonik-gothique mais... blonde, regard transcendant, formes superbes) lui a offert un chapeau d´un ridicule encore jamais atteint (
http://www.flickr.com/...t-72157594305981700/)
Et était en train de lui raconter, dans un francais approximatif, ponctué de hoquets et de forts relents de houblon, que le chapeau mettait ses « oeil bleux », des comme elle n´en a jamais « fu », « perfektement » en « faleur ».
J´ai remballé mes espoirs. Comme pour me consoler, mon voisin de table, un texan fort en gueule et en tatouages, m´a enlacée et embrassée (je dirais... m´a fait un vulgaire sucon).
Claude a ratrappé le retard d´alcoolémie au même rythme que les montagnes russes qui battaient leur plein dehors.
A ce stade de l´histoire, son taux devait pouvoir faire la nique à n´importe quel ethylomètre homologué (2 ans d´emprisonnement et 4500 euros d´amande au minimum).
Sa trouvaille germanique est finalement tombée raide dingue de son voisin de gauche, couleur des yeux non définie.
C´est comme ca qu´on en est venu, tous les deux (enfin !), à refaire le monde de VF et des forums environnants. On n´a pas dit du mal des autres intervenants parce qu´on n´était plus du tout en état.
23h00 quelque part à Munich
Le poste de police est glacial. Deux agents ont confisqué les deux chopes que Claude
avait caché dans les poches de son pantalon de ski. Il s´est fait embarquer... et moi aussi pour complicité.
On s´est donné rendez-vous pour bientôt, ânnonant qu´on serait potes pour la vie, pour la mort. On s´est tenu chaud dans la cellule, chastement, jusqu´au petit matin.
Claude n´a même pas pu ramener la pompe à bière en souvenir à sa femme, comme il en avait l´intention.