Pour l´anniversaire de Jojoft, fait à la va-vite, étant donnée l´invitation de dernière minute..
Préambule :
toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
Interruption de la suite du récit de voyageurs des temps modernes.... le temps d´un portrait :
La voyageuse Charlotte.
« - Bon, ca arrive ? Quoi ? ben, ma veste. Tiens... Et mes sandales ? ..... Ah non ! je vais mettre cette casquette ridicule avec ce dessin dessus. Si. Je te rappelle que c´est toi qui l´a choisie. C´est pas vrai. T´es chiante. Comment ? Oh, ça m´énerve moi, ces villages perchés. Ca fait au moins le cinquantième qu´on voit. Y sont tous pareils. Pourquoi on peut pas rester au moins un jour à la piscine de l´hotel ? Au bout de dix minutes, tu t´ennuirais au bord de la piscine. Regarde, hier, tu as adoré la citadelle et les passages secrets. On se baignera en rentrant ce soir. Promis ! Tu parles.... Et puis, on remangera une glace à trois boules, chocolat-chocolat-chocolat comme hier. Ah non ! pas ça encore. Allez arrête un peu de râler. Viens, grimpe dans la voiture. »
Ceintures accrochées. Là, exceptionnellement, personne ne trouve rien à redire.
Au premier feu rouge (il reste 50 kms avant le prochain village délicieusement provençal et si bien perché...)
« - Qu´est ce ce que je peux faire ? Comme nous. On regarde par la fenêtre et on attend d´être arrivé. On peut mettre un CD au moins ? Lequel veux-tu écouter ? Celui de "la java des squelettes"! Ah non, pas ca encore ! on l´écoute dix fois par jour (voix rude, ferme, intransigeante, masculine) Ecoute, faut savoir. Si elle veut écouter de la musique et que ça l´occupe, elle peut quand même choisir laquelle (concert féminin, nettement plus pondéré) Bien sûr, elle dit UN mot et tu te mets à genoux. On peut alterner un CD à nous et un à elle. On ne va pas non plus écouter ce disque à longueur de temps . T´iras pas te plaindre après qu´elle s´ennuie. Bon, au lieu de recommencer avec ça, tu pourrais pas regarder sur la carte, on arrive au rond-point... Maman, j´ai faim... On vient de déjeuner, Charlotte. La prochaine fois, tu finiras ta tartine et t´auras pas faim tout de suite ! Bon je vais où là ? Je sais pas, je comprends rien à cette carte. Pouquoi t´as pas pris une Michelin ! Refais un tour du rond-point pour voir...... T´as qu´à prendre à gauche, là, de toute façon, on rejoindra bien. Maman, j´ai mal au coeur. Regarde la route, ça ira mieux. Je fais que ça. C´est quand qu´on arrive ? Bientôt. Regarde, c´est chouette les champs de lavande. J´en ai marre de tes champs de lavande à force. On fait des devinettes ? Si tu veux... Qui c´est qui commence ? Toi, si tu veux. Qu´est ce qui est blanc, noir et rouge ? Un ours avec des yeux rouges euh... sur la neige ! Non. C´est quoi alors ? C´est quelquechose que je sais pas ! Très drôle ! A ton tour, Maman. Qu´est ce qui est grand et est tombé dans l´escalier ce matin ? Papa ! Bon, au lieu de te foutre de moi, est-ce que tu pourrais faire attention à la route. On est déjà passé par là... On s´est sûrement trompé. Mais non. Regarde la pancarte: « Saint-Rémy 20 kms » .... c´est pas possible, on a du faire un détour d´au moins 20 bornes. Et alors ? Elle est chouette cette route, il fait beau, c´est les vacances, on a le temps. Maman... qu´est ce que je peux faire ? Ecoute Charlotte, tu nous énerves. Regarde on arrive.... »
La matinée est plutôt sereine, voire enjouée, le soleil n´est pas encore trop haut dans le ciel, l´énervement n´est pas encore à son zénith.
Petite pause de midi toujours très attendue.
Le restau escompté est plein. On se rabat, crevé sur un autre... assez plein, mais hélas pas complet.
« - Charlie, qu´est-ce que tu vas vouloir manger ? Je sais pas... y a quoi ? Spaghettis, moules ? Des moules »
Charlotte confond, à ce moment précis de son portrait, les moules... et les tellines dont elles se régalait sept jours par semaine, deux fois par jour, en Camargue.
Les moules arrivent, relativement peu attrayantes il faut l´avouer, on ne peut pas avoir de la chance tous les jours.
Elle s´étouffe avec la première (3 cm de diamètre, si on peut parler de diamètre pour un mollusque. A cet instant précis, ce n´est pas ma préoccupation principale...Elle ne reprend pas son souffle et blanchit, bleuit à vue d´oeil. Je lui tapote le dos, la tape, m´acharne. Tous les clients ont le regard braqué sur elle, sur moi, sur elle. Ce qui la stresse d´autant plus, c´est une timide née, elle a mis 30 heures à venir au monde tellement ce même monde l´intimidait !).
«- Ca ne sert à rien de lui taper dessus comme une forcenée. Ca ne fait qu´aggraver les choses. Et tu proposes quoi ? Le Samu ? »
Le temps d´un échange de regards bien aiguisés entre le parent numéro un et le parent numéro deux... et la moule est ressortie par le même chemin qu´elle a pris pour entrer .
«- Restaurant de merde ! »
Les voisins sont secoués d´un rire participatif et communicatif. Ils ont l´air (Allemands, Francais, hollandais, Alsaciens, tous d´accord pour une fois) non seulement d´apprécier ce jugement spontané mais de le partager. Leurs assiettes sont encore à moitié pleines et pas prêtes d´être raclées.
L´après-midi est à l´instar du déjeuner. Tendu. Charlotte a faim au bout de cinq... allez, disons dix minutes.
Cette fois-ci, on ne peut pas trop lui en vouloir.
Mais : le pantalon est trop chaud, le t-shirt gratte, les sandales frottent.
Je pense très concentrée au dernier dossier "Faut-il donner des fessées aux enfants ?" du magazine "Doctissimo" feuilleté à la va-vite dans la salle d´attente du docteur (pas la peine de perdre du temps à lire et relire les vérités criantes de la psychologie pour parents).
«- La prochaine fois, je vous préviens, on reste à Ilmmünster. Tant mieux Charlotte, est-ce que tu as la moindre idée du nombre d´enfants qui n´ont jamis mis les pieds dans la mer ou qui ne sont jamais montés dans un avion ? Oh, vous m´enervez avec vos voyages de m... Vous avez qu´à venir tous seuls. Je voulais rester chez Mémé avec le chien, moi! C´est la dernière, mais vraiment la der-niè-re fois que je pars en vacances avec des bonnes-femmes !!!!! Oh ça va, c´est tous les ans la même chose. Tu vas pas nous gacher le reste de la journée. Comme si c´était pas déjà fait. Allez, on rentre, ras-le-bol de vos salades. "Vos" salades? Elle est bien bonne celle-là. »
La température de la piscine de l´hôtel est un rêve en soi après l´échauffement de la journée.
Le patron, André, natif du coin donc détendu pour la vie et au delà de la montagne Sainte-Victoire, nous invite à partager le barbecue en nocturne.
Charlotte, bien remise, entre une cuillère de taboulé-pas-comme-à-la-maison et un bout de baguette, tombe raide dingue amoureuse du fils d´André (pas l´ainé quand même, le petit deuxième, tout de même de deux ans son ainé...mais aussi très "cool").
Les parents commencent enfin à savourer le dernier jour des vacances.
Il est 22 heures et demain, dire qu´il faut refaire les valises.
Agathe