Peuple étrange: les voyageuses!

This discussion is in French, the community’s main language.

PO Pondy Veteran ·
Bonjour Agathe,

La petite touche dont tu fais référence ne fonctionne pas

Je vais donc écrire la suite de l'histoire.

Mado fraîche, calmée regarde Gérard. Elle sait qu’après cet intermède aéroportuaire, ils ne se verront plus. Elle sait qu’il va lui donner son numéro de portable, ils le font tous, parce qu’elle est jolie, c’est comme ça. Elle ne supporte pas la cigarette et Gérard sous son apparence tranquille et décontractée est un nerveux fumeur. Tout à l’heure dans l’effervescence de l’annonce de grève, il a aspiré furieusement une cigarette malgré l’interdiction. Il faut lui accorder un certain respect du lieu, il s’est servi de la paume de sa main pour tapoter sa cendre, puis il a éteint le mégot incandescent sous sa semelle, éparpillé le tout du bout du pied . Il est allé vider son cendrier en peaudemain dans le pot du ficus géant, placé vers le « stand Marmara » ou une foule joyeuse piaillait. Et puis, ils sont trop différents. Elle part à Miami, sera là-bas juste pour les soldes et lui sera à Amman, fera une virée vers la Mer Rouge, à Petra et, tous ces trucs d’autrefois, elle ça la gave…A Miami, même si c’est le pays de Bush toi les yeux, c’est cool. Et s’il n’y avait que cette différence dans leur goût de voyage, ça n’irait cependant pas plus loin que le café qu’il offre. Il a un grand nez et elle n’aime pas les grands nez et un début de calvitie monastique qui n’augure rien d’esthétique dans les prochaines années. Ainsi donc, après l’expresso, elle lui sourit, le salue et part au Duty free où elle est certaine de trouver une recharge maquillage Lancôme en promotion. Gérard la regarde s’éloigner et soupire légèrement….. L’attente de son avion n’est pas si longue, il est en vacances et son oeil surprend une nouvelle agitation. Là-bas, des hommes et des femmes avec une casquette verte crédit agricole, tentent de gruger pour passer ensemble la porte d’embarquement…Y’en a un qui crie " Gégé, eh, Gégé, vient par ici ".

Dom.
VE Venezia Regular ·
Merci à vous aussi Raoux :La légereté vous va Bien![;)]
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
GL Glatch Veteran ·
salut Dom!

j´aime beaucoup aussi ta fin de mon histoire avec tes personnages!!!!

J´en donnerai une autre à un autre moment... si tu me le permets. Tu l´as peut-être remarqué, ma Mado est un croisement génétique de ta vacancière "organisée" et de la "minette" de Raoulx. Quant à Gérard, c´est un cocktail bien mixé de ton "voyageur aventurier" et du "ne m´appellez pas touriste" de Raoulx...

donc éventuellement à suivre!
Agathe
GL Glatch Veteran ·
Suite du portrait pas du tout –mais alors pas du tout!- interactif d´un couple de voyageurs. Petite reflexion: je soupconne un grand nombre de VFistes de ne pas savoir où se trouve la touche +. For your information, elle se trouve sur la droite du clavier, à l´Est du P-comme-Paris, tout au moins sur le clavier allemand…

Les vacances de Pâques touchent à leur fin. Mado est rentrée sans encombre et avec un bagage supplémentaire (cours du Dollar oblige). Franchement, elle s´est éclatée. Et dans tous ces préjugés sur la Floride, rien n´est vrai. Bon… c´est un peu dommage qu´elle n´ait pas eu le temps d´aller voir le Parc national des Everglades. Mais en revanche, elle y a gagné en contact humain. Elle s´est fait toute une bande de vraies copines. Ensemble, elles se sont déchainées sur leur Visa Gold. Certes, elle n´a pas lu un seul des bouquins qu´elle avait emmenés, si... un peu le guide du routard qu´elle avait emprunté. Mais elle a trouvé LE jean de rêve, celui qui plaque bien aux fesses, attention! très décent, pas genre allumeuse du tout. D´ailleurs au prix cadeau où il était, elle a pris le même en noir délavé, le “limited Kate Moss”. Promis, juré, la prochaine fois, elle fera un pays plus branché culture. Ou cherchera peut-être une destination d´aventure, genre terres vierges quasiment désertiques où elle pourra enfin se ressourcer. Surtout elle pourra épater la galerie des collègues et des copines au retour. Elle hésite un peu mais elle se lance le challenge d´appeller ce type de l´aéroport de Rome, ce Gérard, au sac à dos tellement pourri qu´elle a failli lui faire un virement pour le remercier de l´avoir sortie de cet enfer des grèves. Sans lui, elle y serait encore au guichet Alitalia. Voire, elle aurait fait une crise d´asthme. Un truc de sûr, plus jamais cette compagnie néolithique! Bref, il lui a gribouillé son numéro de téléphone sur un bout du paquet Malboro. Elle lui a dit “à charge de revanche!” avant de passer par détecteur de sécurité.

Gérard, lui, est revenu rassasié de son troisième trip au Moyen-Orient. Les potes du groupe d´astronomes sont tous les ans plus drôles. Des fois limite vulgaire. Mais bon, tout est à prendre au deuxième degré. Il a adoré les soirées rhum-bivouac, la solidarité… surtout le jour où Jean-Luc a planté le 4x4 dans une dune du Wadi Rum en voulant éviter un âne. Son appareil numérique a un peu foiré mais il s´en tire pas mal quand même. L´appart est plein, deux copains en standby à Paris avant de s´envoler vers le Spitzberg. Et un pote sans toit ni loi depuis un mois. Le frigo est vide comme d´habitude. Après le restau afghan du 11ème, il appelera la nénette de Rome pour savoir si elle est bien rentrée de son trip carte bleue à Miami. Non pas qu´il ait franchement flashé, mais bon... son petit coté je-suis-au-bord-du-gouffre-tire-moi-de-là-Indiana-Jones ne l´a pas laissé indifférent. Ca ne l´engage à rien de faire son numéro.--

Ca suffit pour cette fois. Si je vois que ca n´interesse personne comme d´habitude, je fais le coup du Gérard limite-bordélique qui a paumé le numéro de Mado. Et de cette dernière que le challenge intimide trop pour faire le pas. On se comprend? Ou quelqu´un reprend le flambeau?
Agathe
MA Mamina64 Veteran ·
Une petite contribution pour continuer dans le sens de Pondy. Je l'ai écrite avec tendresse...

La voyageuse timide

Ça y est, elle a osé, elle s’est inscrite pour 8 j dans un club à Djerba, en single bien sûr et hors saison, c’est moins cher et surtout y’a moins de monde

Dans sa valise pas de débardeur à bretelles mais des tee-shirt à manches courtes (15 euros les 3 à Décathlon), des bermudas au genou et un maillot une pièce – il s’agirait pas d’en montrer de trop ! Pour le soir quand même la robe fleurie du mariage de la cousine et la panoplie solaire complète de chez Y. Rocher.

A l’aéroport, première épreuve, au loin, Gégé et son groupe du Crédit Agricole (qu’est-ce-qu’ils voyagent ceux-là !) se pressent devant le guichet du départ. Elle se fait toute petite et se glisse dans la file d’attente entre l’aventureuse au sac délavé, l’organisée plongée déjà dans son roman de Daniel Steel, l’intello à queue de cheval, la grosse valise Delsey de l’avertie, l’illuminée en doudoune aux effluves de patchouli, la grisonnante souriante, la sportive accrochée à sa planche de surf et la minette qui lui demande déjà si elle vient pour Momo…

Elles sont toutes là pour tenter l’expérience du Club. Comme elles ont l’air à l’aise !

A la réunion d’accueil elle ne se fait surtout pas remarquer, elle ne pose aucune question aux anim. mais elle passera dix fois par jour devant le panneau d’informations. Elle assiste à toutes les activités, mais de loin, le sourire aux lèvres et les pieds qui démangent. Comme ils s’amusent !

Allongée sur son transat elle lira les derniers Musso et Lévy, ça ne prend pas la tête et ça permet de tout observer.

Le soir, elle est contente, elle ne mange jamais seule, des couples de l’âge de ses parents s’installent souvent avec elle. Elle aura même la chance de garder la terreur de la salle à manger pour que sa mère célibataire aille danser.

Avant le retour elle aura fait un stock de coupelles pour biscuits apéro qu’elle offrira à son entourage en parlant avec enthousiasme de ses vacances.

Elle espérait bien, cette fois-ci encore, revenir en couple.

Elle ne fume pas mais un soir de folie, à la discothèque, elle a essayé.

Elle saura qu’on a parlé d’elle parce-qu’ une vache de copine au boulot l’enverra sur le site !
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
GL Glatch Veteran ·
salut Mamina!

enfin quelqu´un d´actif! Je ne me reconnais pas dans ta "voyageuse timide" parce que je n´ai jamais essayé de fumer, jamais en discothèque en tout cas... mais j´aime beaucoup ton portrait!

Bon aprés-midi
Agathe
PA Patoune Veteran ·
bravo, une autre SVP

Patoune
vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre.
PO Pondy Veteran ·
Whaouh!!!! Je n'ai plus qu'à mettre les doigts sous le clavier...

Description tellement juste..elle est sympa cette jeune fille timide... Et si effacée que j'avais oublié son existence.

J'arrête ma galerie, mais si tu as d'autres voyageurs dans ta besace, à toi!!!

Dom.
PO Pondy Veteran ·
Je crois bien qu'on ne saura jamais si Mado et Gérard se sont téléphonés.. Qu'importe, c'était bien agréable de les avoir fait se rencontrer..

Dom.
GL Glatch Veteran ·
Si si, je vais faire un ultime effort. Etant donné l´afflux des encouragements, je vais donner une suite voire un dénouement d´ici ce soir ou demain. Le suspens est donc à son apogée pour le plus grand bonheur de tous les VFistes qui n´ont plus besoin de commander le dernier Harry Potter pour Noel!

A bientôt donc
Agathe
MA Mamina64 Veteran ·
oh, non ! n'arrête pas pondy, t'en avais plein sous le coude..., encore une petite :

La voyageuse « chiante »

Obligée de partir en organisé pour être sûre d’avoir son public ! Si elle est seule elle se trouvera rapidement un souffre-douleur, si elle est accompagnée tout le groupe plaindra son conjoint bien avant la fin du séjour…

Dans la valise (excédent de bagages pour bien bloquer l’enregistrement) rien ne manque : le change et le rechange pour elle et le superflu (cadeaux à distribuer, nécessaire à couture, tonne de médicaments…) histoire de donner une leçon aux imprévoyants.

Dès l’aéroport on la repère, elle interpelle tout ce qui porte un uniforme et elle râle d’avoir à enlever ses chaussures. Dans l’avion, sa sonnette retentit tout le long du voyage, les hôtesses finissent à cran et elle, enfouie sous trois couvertures et quatre coussins ne voyagera plus jamais, mais alors plus jamais avec cette compagnie !

A l’arrivée, elle charge son compagnon de se débrouiller avec les bagages et vite, vite, elle court vers le bus où elle accapare le chauffeur, le guide et les places du devant.

En quelques heures elle se sera mis le groupe sur le dos : sa grosse valise prend toute la place, il faut toujours l’attendre, supporter son parfum entêtant, elle n’a jamais bien dormi, jamais bien mangé et il ne fait jamais assez chaud ou assez froid. Quant aux paysages… au Vietnam c’est comme en Camargue, à Venise, c’est comme à Niort ou à Strasbourg, dans la vallée de la Mort comme les ocres du Roussillon mais elle part quand même pour s’en vanter auprès des copines en rentrant.

C’est elle bien sûr qui fait les meilleurs achats au meilleur prix, qui sait tout de suite dire bonjour, bonsoir dans la langue du pays (quand on n’est pas douée en langues, ça énerve !), qui pose les questions pièges (ou sottes ?) au pauvre guide qui ne gère plus son groupe… il n’y a plus, près de lui, qu’elle et son mari, il essaye bien de s’échapper de temps en temps en prenant des photos (mais pas n’importe lesquelles non plus !), les autres n’en peuvent plus !

Elle ne cherche pas à comprendre pourquoi elle est toujours en bout de table, pourquoi personne ne lui parle, de toute façon elle a un avis sur chacun et ne se gêne pas pour le dire.

Elle a arrêté de fumer et se lance dans un exposé médical dès qu’elle voit une cigarette à l’horizon.

Comme elle a tout vu, pas tout lu (c’est perdre son temps) et qu’elle maitrise suffisamment internet, elle va se reconnaître

PS : portrait réversible (attention les mecs !) et à étoffer !
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
GL Glatch Veteran ·
Suite du récit désactivé d´un couple de voyageurs.

Note de l´auteur en préambule: j´ai la nette impression de me ridiculiser un peu plus chaque jour. Mais je constate que ca ne m´empèche pas de respirer. Et puis, c´est Pondy qui me l´a demandé à voix basse, alors je ne peux pas lui refuser.

Finalement (ndlr, bizarre comme intro), après le restau afghan, Gérard n´a pas appelé Mado illico. Ca doit être l´agneau épicé en gigot qui lui a fait l´effet d´une grenade dégoupillée dans l´estomac. A moins que ce soit le mélange cardamone-cannelle… parceque généralement, l´agneau, il le supporte bien. Bref, il a été malade comme un chacal pendant deux jours. Il a profité de ce qu´il est resté à l´appart pour finir de vider son sac à dos et la panière à linge qui commencait à exploser. Il a payé ses rappels de factures et mis en page son blog moyen-orient.

Mado, elle non plus, n´a pas été en grande forme pour reprendre le boulot. Elle a même crû avoir contracté la polio, voire le tétanos. Elle se fait toujours les pires films mais quand même…. Ces picotements hyper douloureux dans les deux pieds, ca l´a franchement inquiétée. Et puis, ca a passé. Elle en a déduit que ca devait venir des boots violettes qu´elle a rapporté de Floride. Elle a pris le 38 et demi. D´habitude, elle fait du 39 (y avait plus 39), mais là, toutes ses copines sans exception l´ont tellement serinée, qu´elle ne pouvait pas laisser passer la 8ème merveille du monde... qu´elle s´est laissée convaincre! Même après les avoir eu aux pieds pendant trois jours pour qu´elles se fassent, elle reconnait qu´elles sont trop justes. Elle essaiera de les recaser sur Ebay.

Et puis, l´autre soir, en sortant du cinéma, Mado était encore sous le charme de Brad Pitt en Jessie James, quand son portable a sonné. Elle a bien mis deux secondes à intégrer le fait, que le la voix rauque qui venait de lui demander „comment ca va“ était celle du type de Rome (… à suivre, ce soir au mieux, demain au mieux aussi, au mieux encore: jamais!)
Agathe
PO Pondy Veteran ·
Non, non, rien n'est ridicule. Tu as fichtrement raison de poursuivre l'histoire et s'il n'y a qu'une personne qui se marre, c'est moi!!! Y'en a d'autres sans doute mais ils ne le disent pas, z'auraient trop peur d'être ridicule d'apprécier de si petites choses

Allez, fais les se rencontrer..

C'est écrit avec tellement de détails croustillants et drôle que je me régale.

Dom.
GL Glatch Veteran ·
Dom, merci de pousser dans la montée! On est au sommet, ca y est, ils vont se rencontrer, c´est promis. Mais la descente va être "casse-gueule", je t´aurai prévenue.
Agathe
EV Eversmile Veteran ·
Non, non, moi aussi, je me marre. Je n'ai découvert le sujet qu'après en avoir ouvert un autre (dans la rubrique livres, films et documentaires) intitulé: "Si on se faisait des films..." A en croire les premières réactions, j'aurais outrepassé le seuil de délire autorisé... mais il faut croire que les imaginaires débridés se sont donnés rendez-vous ici, sur ce fil. Je suis avec intérêt les apports littéraires et ces portraits bien inspirés. Que ce soit expéditif ou décalé, entre aigre et acidulé... il y a une certaine tendresse pour tous les personnages avec leurs travers qui émanent des contributions... c'est chouette! Bravo à tous.
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...
PO Pondy Veteran ·
Bonjour, Que tu viennes mettre un mot dans notre cour de récréation est un véritable honneur.

J'ai bien vu "si on faisait des films". Ma culture cinématographique (ma culture tout court aussi, d'ailleurs) m'empêche de participer tant elle est infime. Je suis restée sur la route de Madison et je ne pourrais pas faire grand chose pour imaginer un scénario..

J'ai adoré "les tribulations du soleil dans mon jardin" et la puissance de tes mots alliés à la poésie.

Alors merci.

Dom.
GL Glatch Veteran ·
coucou,

merci pour tes encouragements.

je me joins à Dom pour les compliments!! je ne suis pas une grosse lectrice de BD, mais j´adore le cinéma. Mais... je ne peux pas abonder partout. Ce forum aspire toute mon inspiration et je ne fais plus le ménage chez moi depuis que Mad et Gérard sont nés. C´est très exagéré bien sûr! mais ce qui est vrai c´est qu´on n´est pas des Wonder women non plus! Je vais faire un ptit effort...
Agathe
PO Pondy Veteran ·
Comme tu es submergée, je te permets de faire une pause. J'en mets deux autres en t'attendant

Le voyageur blasé

Il part à l’étranger parce que rester en France, c’est nul. Il peut s’offrir une destination exotique au prix d’une semaine sur la côte d’azur où tous ces abrutis du tourisme le prennent pour le pigeon à plumer. Il a parcouru quantité de pays en vingt jours (vol aller-retour compris) chaque fois. C’est pareil partout : trouver le bon bus, l’horaire du train, la guest-house et il est rôdé. Il regarde de haut le chauffeur de taxi du style « j’ai l’habitude mec, tu vas pas me bananer » En France il travaille correctement, juste ce qu’il faut et ça lui permet de se connecter sur vf durant les heures de boulot sans en faire pâtir l’entreprise et de toute façon, pour ce qu’il est payé, faut pas exagérer. Il côtoie ses pairs et engage la conversation facilement, il est tellement à l’aise partout puisqu’il connait… Il dit sans sourciller « comment vous n’êtes pas aller là ? Comme c’est dommage, c’est si authentique » Il lit beaucoup des romans qui lui font connaître le pays en profondeur par exemple « dans la peau d’un intouchable » de Boulard et maintenant il est incollable sur les castes en Inde ! Il part en sac à dos Décathlon 70 L parce qu’il lui faut son propre matériel, bien de chez lui, ce n’est qu’en gardant ses habitudes qu’il est bien. Pas question d’acheter un tee shirt de rechange, on ne trouve que de la merde. Quand il rentre dans sa chambre d’hôtel, il repère les tableaux ou les appliques ou les tringles à rideaux, tout ce qui est susceptible de lui permettre d’étendre son linge. Il ouvre les tiroirs de la table de nuit pour en vérifier la propreté, tire la chasse, fait couler l’eau de la douche. Un habitué quoi.. Il part avec sa ficelle-étendage, sa lampe de poche et sa lampe frontale, ses piles de rechanges, le guide du routard dans lequel il apprend l’histoire du pays, ses mouchoirs en papier et son rouleau de papier toilette, sa lessive génie sans bouillir, ses rasoirs gilette triple lames et sa mousse à raser spéciale peau fragile. C’est un homme très prévoyant et c’est normal depuis le temps qu’il voyage… Chez lui est punaisée une carte du monde ou des petites pastilles rouges indiquent les coins du globe qu’il connait maintenant si bien et ses amis n’en reviennent pas de connaître quelqu’un de si aventureux.

Il achète son vol en deux temps trois mouvement parce qu’il a expérimenté un site de comparateur de vol qui lui convient parfaitement. C’est un homme un peu morne, assez solitaire et qui ne l’avoue pas. Il fume. Achète toujours la cigarette locale et revient à sa marque habituelle dès le pied posé sur son sol français bien à lui.

Il se reconnaitra sans peine, il lit assidument le forum.

Le voyageur pressé

C’est un goulu, il dévore le temps à pleine dents tant il en a peu. Il voyage en homme intelligent et prévoyant. Il aborde le pays en ayant une connaissance succincte mais réelle du lieu qu’il va visiter. Il n’a pas de temps à perdre en formalités et en trajets qui n’apporte rien à sa connaissance géographique. Un sac à dos, pratique sans superflu et c’est parti. Peu lui chaut la marque de ses vêtements du moment que décontraction et élégance lui assure du confort. Il est amusant et intéressant et son esprit ouvert lui permet des rencontres inoubliables qu’il ne couche pas dans son lit mais sur le papier. Le voyageur pressé aime manger, bien manger. S’il ne dédaigne pas la gargote de rue à midi, il est avide du restaurant local réputé. Il photographie mais peu, tout est dans sa mémoire prodigieuse. Pressé il l’est et n’a de cesse dès son retour de concocter le voyage suivant. Il n’a pas de pays favoris, tant que c’est un pays sans touristes-organisés-touristes blaireaux, il est partant.. Il tombe très vite amoureux et déchante aussi vite, il est si pressé..

Il fume et ses cigarettes sont toujours trop courtes. Il ne se reconnaîtra pas parce que j’ai bâclé le portrait .

Dom.
GI Gitanita Regular ·
Hola! J'adore votre galerie de portraits! Je pense me reconnaitre un peu dans les traits de la voyageuse aventure et l'intellectuelle... et peut être un tout petit peu dans ceux de la sportive... Je suis impatiente de lire la suite de vos descriptions si bien pensées! Et j'adore le couple Mado-Gérard! Un peu triste que leur histoire se termine si vite..!
TI Timouss Globetrotter ·
Bonjour Pondy et Glatch (aux autres aussi ...)

Je tombe aujourd'hui sur ce post et je suis écroulée de rire(s). Dom, comme à ton habitude, toujours aussi bien ciselé, on sent le vécu à peine exagéré. Glatch, je ne te connaissais pas, mais continue à nous régaler de ton couple improbable.

Les filles, au boulot.

Timouss
GL Glatch Veteran ·
Merci infiniment Timouss. Que ta volonté soit exaucée, et par la même occasion, que tu ais tous les cadeaux dont tu rêves pour Noel (c´est ma tournée ce soir!) .

Suite du récit réactivé d´un couple de voyageurs.

J´ai pu constater que, grâce à mes indications techniques très détaillées, une poignée de personnes assidues et attentionnées on fini par trouver la touche + sur leur clavier. Pour tous les autres VFistes intéressés et curieux de nature, je le répète, c´est tout simple: cette touche se trouve à droite du P-comme-Pakistan (est-ce que quelqu´un d´ ailleurs sait si les frontières sont ouvertes actuellement?). Au vu du dernier audimat, je me suis décidée à donner une suite à notre sitcom VFiste et précise, afin d´éviter tout malentendu, que toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de ma vie. Voilà qui est dit, on peut y aller.

Le coup de fil devant le cinéma entre Mado et Gérard a été pour le moins laconique. D´une part, Gérard est le genre d´homme à aller droit au but; d´autre part, le portable de Mado, qu´elle avait oublié de recharger, n´arrêtait pas de biper. Avant que la communication ne soit coupée, elle a été forcée de conclure sans fioriture la conversation, elle qui d´habitude pourtant se perd en conjectures et des heures durant dans les méandres de la pensée indécise!

Ainsi, ce soir-là, grâce à une batterie essoufflée, les destins de Mado et Gérard prirent un bien abrupte virage, le genre de courbe que seuls les meilleurs pilotes de rallye (à la limite aussi Michael Schumacher en Formule 1, mais comme il est à la retraite…) sont capables de négocier. Gérard, ayant proposé un rendez-vous pour le soir suivant dans un des meilleurs restaus vietnamiens du 14ème arrondissement, Mado s´est entendue répondre, comme par enchantement, „à 20 heures, c´est parfait, j´y serai“. Et, dans un élan incontrôlé de bonne humeur taquine, a rajouté „parfait… sauf s´il y a un contrôleur aérien italien à la table voisine!“. Ca a bien fait marrer Gérard. Première bonne surprise: cette nénette a peut-être plus d´humour qu´il ne l´avait supposé.

Le lendemain après-midi, après avoir essayé et réessayé trois fois chaque fringue rapportée de Floride devant un miroir fort peu coopératif, elle est sortie en catastrophe pour aller acheter un tenue de secours dans sa petite boutique de fringues habituelle. Elle sait que là, Marie-Agnès, sa vendeuse préférée ne la laissera pas en plan et n´essaiera jamais de lui refourguer une pièce si elle n´est pas faite pour elle. Elle a en elle une confiance illimitée. Après sa douche, Gérard lui, a enfilé en vitesse un col roulé marron et un pantalon en velour beige foncé mal repassé. Il a pris son break Volvo pour être à l´heure . Mado était en train de se demander si elle n´avait pas un peu forcé sur le Chanel nr 5 quand Gérard a débarqué et l´a apercue à la table du fond du restau.

(…)

Quelques semaines ont passé.

Le repas chez le Vietnamien a été une réussite sur toute la ligne… de la soupe tonkinoise aux bananes flambées! Mado, ce soir-là, s´est trouvée bien dans son nouveau Lewis (pas d´aérophagie) et dans sa tête. Gérard, lui, s´est surpris à ne pas regarder la pendule toutes les dix minutes. Il a trouvé cette rencontre inopinée et sympa. Mado l´ai fait rire quand elle lui a raconté le coup des boots violettes. Gérard l´a attendrie quand il lui a décrit la misère du peuple berbère. Elle a ri au récit du l´âne qui serait sorti paraplégique si Gérard n´avait pas hurlé à temps. De fil en aiguille, de gargottes pakistanaises en restaus japonais (une fois par semaine au début, deux fois au bout de quatre semaines), de soirées diapos sur la Jordanie en albums photos sur la Floride, d´escapades à Saint-Malo en weekend prolongé dans le Mercantour, de préliminaires en passage à l´acte (site interdit aux moins de 16 ans!), Gérard ne pouvait plus trop se passer de Mado… et Mado plus du tout de Gérard.

Mado devenait carrément accro. Gérard posait prudemment les balises „à ne pas franchir“ et continuait à mener la même vie de quadra bien dans sa peau et sur sa moto. Chacun restait dans ses murs, mais laissait à l´autre sa porte grande ouverte. Enfin… surtout Mado. L´appart de Gérard lui rappelait trop les souks d´Istambul qu´elle avait adoré 2 ans plus tôt. Mais bon, dans son décor originel, un souk, c´est génialement dépaysant. Dans le 15ème, c´est relativement énervant. Mado pensait de moins en moins aux occases Vuitton et aux soldes privées. Gérard de plus en plus à repartir en voyage. Jusqu´à ce qu´un soir où, ayant un peu trop arrosé le poisson-perroquet merveilleusement cuisiné du restau seychellois dernièrement déniché, ils sont sont mis à échafauder un projet de voyage en commun. Mado se projettant d´ores et déjà dans le rôle de la parfaite aventurière, une sorte de réincarnation de la Reine Zénobie, accepta (deux bouteilles de Cobières plus tard) sans condition l´idée de s´envoler en novembre vers le continent australien. Ca avait été l´idée de Gérard et elle avait moins réfléchi que pour l´achat sa dernière Swatch. De toute facon, elle avait tellement changé ces derniers temps et gagné en spontanéité, qu´à ce bout du globe ou à l´autre, elle était comblée, pourvu qu´elle soit avec Gérard. Elle avait été aveugle tant d´années. Redécouvrir une à une les vraies valeurs de la vie de tous les jours l´avait fait rajeunir de dix ans. Tiens, quand est-ce qu´elle avait pour la dernière fois mis du mascara?! Au maximum, y a de ca deux semaines pour le vernissage d´une amie à une amie à elle, où elle s´était royalement tourné les pouces. Tous ces bobos lui avait paru tellement vides. Comme s´il n´y avait rien de plus urgent sur terre de discuter de l´ intérieur cuir du dernier 4x4 Porsche. C´était d´un indécence.--

Et nous voilà quelques mètres plus loin et quelques baisers torrides plus tard avec Mado et Gèrard. Avant de changer de continent, on va peut-être faire une petite pause bien méritée…
Agathe
GI Gitanita Regular ·
Je suis pendue à ton récit! Vite! la suite!
GL Glatch Veteran ·
vraiment, merci Gitanita,

je vais peut-être aller manger un bout... et accésoirement dormir cette nuit. Demain, on se retrouve au guichet d´enregistrement de Qantas à Paris CDG!
Agathe
GI Gitanita Regular ·
Pas de problème, je serai au rendez vous!

Et puis bon appétit...[;)]
WA Wapata Regular ·
bonjour à tous,

à Glatch: + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + [;)] et alors l'Australie, la Mado, elle trouve ça comment? [:|]

à Dom: merci encore pour tes descriptions........mais je me suis pas encore reconnu dans tes portraits [:P]

aux deux : à quand la suite ??? [;)]
A'panga chez les Dogons

http://wapata74.spaces.live.com
TI Timouss Globetrotter ·
Et la frangine, Wapata, toujours pas redescendue de son Pérou et de sa Bolivie ? On ne la voit plus que de l'autre côté de l'Atlantique, plus jamais dans la rubrique "divers".

Le bonjour à la Wapfamily.

Timouss
GL Glatch Veteran ·
Un grand Merci Wapata,

Oui, c´est Pondy la maitresse de cette folle cours de récré, c´est elle qui donne le La.

Tous ces +, c´est exagéré franchement. Tu as bien assimilé le passage technique! Mais au cas où t´intéresserait, l´Australie, ca va la décoiffer la Mado. A ce soir au plus tard, je m´engage.
Agathe
MA Mamina64 Veteran ·
++++ vite la suite !

Des vacances ensemble, ça va être LE big test !
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
YA Yangguizi Globetrotter ·
Tiens tiens, il me semble m'être reconnu dans un des portraits. [:)]

Sauf que sauf que, je ne fume pas. [;)]
GL Glatch Veteran ·
Salut Yangguizi,

si dès fois, tu as la bonté de nous dévoiler le secret de ta nature et dans quel portrait tu t´es reconnu... pas de problème, tu choisis une voyageuse de Pondy, de Mamina ou de Raoulx (plus torride) et je t´écris ton destin. A moins que tu ne sois jaloux de Gérard qui s´est déjà approprié Mado... Mais TOUT est possible sur ce forum "divers"!!!!

Dites-moi, j´espère qu´on ne va quand même pas être censuré à un moment ou à un autre... je prépare déjà la pétition pour le cas où! On s´amuse trop.
Agathe
VE Venezia Regular ·
Bonjour! IL y a un seul portrait dans lequel le voyageur fume un peu tout et qui ne sent pas tous les jours la rose !!! C'est le voyageur aventureux de Pondy!Merci Glatch, Pondy, Mamina 64 et Raoulx pour votre fibre litteraire....C'est vraiment un bonheur de vous lire ...Mais Yangguizi doit connaître des Mado dans le monde entier!!![;)]
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
YA Yangguizi Globetrotter ·
Quasiment tous les portraits de pondy fument. Non non, c'est dans le voyageur pressé que je me suis un peu reconnu. Il est un fait que je suis toujours pressé en voyage, c'est ce qui me résume le mieux. [:)]
VE Venezia Regular ·
et Oui!! j'avais oublié le "pressé" celui qui tombe souvent amoureux !!!!Je ne sais pourquoi je vous voyais plus aventureux!!!
""Le bonheur, ça n'est pas grand-chose, madame, c'est du chagrin qui se repose." Léo Férré
GL Glatch Veteran ·
je vois je vois...

Bon, ben, ca peut se faire. Je l´inserre dans mon histoire sans problème (il peut parfaitement, depuis la Chine, venir passer des vacances en Australie au même moment que mado et Gérard) . Mais il me faut son accord pour ca, au voyageur pressé... Est ce que quelqu´un d´objectif connait bien Yangguizi? LA Question à poser sur VF: est-il SUSCEPTIBLE?
Agathe
FA Fabricia Globetrotter ·
Est ce que quelqu´un d´objectif connait bien Yangguizi? LA Question à poser sur VF: est-il SUSCEPTIBLE?

[;)] Guten tag, Frau Glatch !

(Je n'irai pas plus loin... dans la langue de Goethe, j'ai fait 4 ans d'allemand au lycée et j'ai -presque- tout oublié !)

A la 1ère question : j'ai rencontré Yangguizi au cours d'une soirée VF très sympathique à Nice, donc je crois le connaître un peu..... Juste assez pour répondre objectivement à la 2ème question : cela m'étonnerait beaucoup qu'il soit susceptible. Etre un de tes personnages dans la suite des aventures de Mado et Gérard devrait lui plaire.

Surtout croqué avec ton remarquable talent de portraitiste !

J'attends la suite, moi aussi...[:P]
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
GL Glatch Veteran ·
Grüss dich Fabricia!

merci à toi aussi. Je vais attendre son autorisation officielle pour me mêler de ce qui ne me regarde pas... D´ici là, j´ajoute dans 5 minutes un petit bout à notre édifice cocasse. Le plus gros arrivera ce soir je l´espère, ou bien demain. Quoi que demain, c´est le jour du Seigneur pour certains. Moi, j´ai prévu marche sportive et le soir séance vin chaud au marché de Noel de Munich (parfait pour l´inspiration), donc je vais essayer de tout mettre en boite ce soir. Quelle vie!
Agathe
PO Pondy Veteran ·
Eh eh, on s'amuse bien ici..

Tu fais un tabac avec tes deux protagonistes.

Y'a qu'à appeler Pat le voyageur pressé, le faire rencontrer Mado et Gérard à Manly quartier de Sydney où l'on côtoie une communauté russophone importante et là, dans une boutique de surplus soviétique (j'ai pas pu mettre américain) ils discutent tous les trois. Pat leur fait part de sa quête permanente de couvre-chef, képi et autre galurin militarisé ainsi que des médailles soviétiques. Mado est subjuguée et Gérard dépense beaucoup d'énergie à repousser ce sentiment vulgaire, cette jalousie naissante....

Dom
GL Glatch Veteran ·
Suite (pour le moment encore sans perspective de dénouement définitif) du récit hyperactif d´un couple de voyageurs.

Brièvement, je glisse un rectificatif microscopique au préambule précédent. Il existe en effet une ressemblance minimale entre un des personnages et moi. En fait, ce délire est complètement autobiographique. Non, je plaisante! Ils s´agit simplement des prénoms des protagonistes. Ma mère s´appelle Madeleine et mon père s´appelait Gérard. En outre, il était fan d´astronomie. Mais ca s´arrête là. Je rajoute cette petite précision au cas où ma mère tomberait par hasard sur ce sitcom burlesque… On a vu des familles se déchirer à coups de procès pour des raisons moins graves! Allez, c´est parti.--

Aéroport Paris/CDG, Terminal 1. Mado est dans tous ses états. Elle n´a jamais pris une aussi petite valise pour partir en voyage. Si elle n´était pas tombée dingue amoureuse de Gérard, elle se serait d´ailleurs trouvée bien au delà du ridicule autorisé. Elle n´a quand même pas osé s´encombrer quand elle a vu son Gégé qui, en vingt minutes, chrono Cartier en main, avait plié ses affaires et rempli son sac à dos (un tout neuf, bleu foncé, son cadeau de 41 ans! Un sac de très bonne conception, permettant une excellente protection contre l´humidité… au Vieux Campeur, on ne jure que par cet article depuis deux saisons).

Gérard s´affaire tout en lorgnant sur le panneau d´affichage les vols au départ. Le leur n´a apparemment pas de retard. Il sort son opinel de son bagage cabine pour le mettre dans son bagage d´enregistrement, vérifie qu´il a bien tout ce qu´il lui faut pour passer confortablement les longues heures de vol jusqu´à Singapour (les deux derniers numéros du „National Geographic“, un petit bouquin de poche très bien fait sur les oiseaux tropicaux et un numéro d´“Astronomie Magazine“). C´est lui qui s´est occupé d´organiser ce premier voyage en couple. Quand il dit organiser“, il parle de la réservation du vol sec sur Internet, sur son site habituel. Pour le reste, il a déjà sa petite idée de ce qu´ils feront, mais ils verront sur place pour les détails. Il a bien fallu une semaine entière pour convaincre Mado de ne rien réserver, ne serait-ce que la première nuit à Sydney. D´ailleurs, ca a été l´occasion de leur premier accrochage… Mado a menacé de recommencer à fumer si elle ne pouvait même pas savoir dans quel lit elle allait passer la première nuit sur le continent océanien. A la Fnac, elle a fait provision de plusieurs guides. Un vendeur zélé lui a même conseillé de prendre aussi le magnifique roman de Bruce Chatwin „le chant des pistes“. Mais quand elle a lu le petit résumé sur la dernière page, elle l´a reposé. Pas la peine de se charger pour rien, elle a bien vu à quoi ca sert en Floride! Par contre chez Intersport, elle est tombée sur une vendeuse hyper compétente qui lui a inculqué le B.A.-BA de l´équipement routard-randonneur. Elle a essayé trois pointures différentes avant de se décider pour ses chaussures de randonnée, en a pris des beige, ca va avec tout, en cuir facon daim, qui permettent une très bonne ventilation et un séchage rapide. Pour les vêtements, elle y a passé tout un après-midi et une partie de son budget. Le pantalon, elle en a pris un avec une coupe près du corps en coloris sable, taille 36 et trois autres avec des bas de jambe réglables et aussi un pantacourt. Les chemisettes en coton, encore heureux, étaient soldées, elle est ravie des teintes turquoise et mauve qui se marient hyper bien au beige du pantalon. Elle n´a jamais pris aussi peu de cosmétiques pour tant de temps. Elle a d´ailleurs hésité à prendre d´office un rendez-vous chez l´esthéticienne pour après son retour. Mais comme Gégé s´est foutu d´elle, elle se dit qu´elle le fera en douce en rentrant.

A l´enregistrement tout se passe comme sur des roulettes, pas comme chez les Ritals, elle en rit rien que d´y penser! La nénette de Qantas est a-do-ra-ble. Elle lui a booké au dernier moment son repas végétalien alors que normalement, il aurait fallu le faire au moins 24 heures à l´avance et lui a reservé une des meilleures places hublot loin derrière les ailes. Elle échangera avec Gérard quand il voudra prendre des photos.

Après toutes ces émotions, il leur reste pas mal de temps avant le décollage. L´ambiance est au duty-free, juste histoire de jeter un coup d´oeil, rien acheter! Mado se réserve pour le retour. Gerard tique légèrement. Les filles, on ne les refera pas. A quoi bon lutter?--

Voilà pour cet après-midi, on les retrouve à Sydney d´ici ce soir.
Agathe
PO Pondy Veteran ·
Mais quel talent!!!

C'est vraiment très très drôle..

Je vais me tourner les pouces et attendre peinarde la suite... donne-moi ta recette en privé (faudrait pas que d'autres piquent les bonnes idées)pour réussir à écrire ces situations pleines d'humour.

Dom.
RA Raoulx Globetrotter ·
Et pendant ce temps là, les beaux parents de Mado (elle a divorcé de Lionel, qui est parti avec la GO gaufres et guimauve, lors de leur dernier séjour au ski) :

MARCEL ET PAULETTE en CAMPING CAR

Marcel, après 32 ans passés comme Agent de maîtrise dans les établissements Duchemin, a bénéficié d’une préretraite bien méritée, suite à une restructuration musclée du repreneur. Sa confortable indemnité de licenciement lui a permis l’achat d’un splendide camping car, avec même des options, faudra quand même changer les rideaux, les fleurs c’est mieux.. Paulette, ex guichetière à la SNCF, est retraitée depuis quelques années. Le chien vient d’être piqué, il avait 13 ans et pissait sous lui.

Tout est réuni pour un grand voyage ! Mais pas trop aventureux ! Et, puisque tous les camping cars, passent l’hiver au Maroc, pourquoi pas le Maroc.

Quelques mois passent, dans des recherches sur internet, cela tombe bien, il existe un forum spécialisé, tous les renseignements sur le prix des bateaux, les arnaques en Espagne, le prix du mazout, du remplissage des bouteilles de gaz, des endroits ou on se gare le moins cher, l’inclinaison des paraboles pour capter les matchs de foot, les points GPS des grandes surfaces filiales d’Auchan, qui ont du pastis, les magasins vendant des décodeurs flaschés, les conseils d’orientation des paraboles pour capter ‘les feux de l’amour’, les toiletteurs pour toutous, tout est la ! Peu sur le pays, ses paysages, ses habitants (si attention !, c’est tous des voleurs, et les toilettes sont sales), mais c’est négligeable ! on y va parce que c’est moins cher, et qu’il y a du soleil, et ce n’est pas ce qui va faire peur à notre ancien agent de maitrise, .

Voilà donc, quand l’hiver fut venu, nos amis rejoignent les cohortes se dirigeant vers le sud. L’uniforme enfilé, tongs de Carouf, short de Dkat, Marcel de Lidl (promo), et bob Ricard (c’est son beauf, Robert, qui en a ramassé 2 lors du passage du tour). Le congélo est plein de charcuterie, la soute pleine de vin (des cubis de chez le producteur chez qui on pouvait se garer gratos), on sait jamais, faut pas manquer ! et on sait pas ce qu’on va trouver la bas. Et au passage par Ceuta, le plein de pastis est effectué, et le décodeur est acheté et règlé bien avant Fes, il y a quand meme des priorités.

Nos amis sont malins, surtout Marcel, à qui on ne la fait pas, il a commandé des « arabes » lui ; pas son pareil pour négocier un kilo de clémentines à 3 dh, le poisson du pécheur presque pour rien, et surtout s’en vanter ensuite (à l’apéro).

Les campings sont de plus en plus pleins, normal, avec cette invasion, et nos amis qui ont rencontré des bordelais avec du bon rouge dans la soute, décident de parcourir la campagne en faisant du « sauvage », mais à 2 camions, on se sent plus courageux.

Les voilà dans une jolie palmeraie du sud, un joli terrain plat avec quelques herbes pourvues d’épis, leur tend les bras, on s’y parque, on déplie les transats, et Paulette, avec sa nouvelle amie Monique, se mettent en maillot de bain (rien à voir avec les photos de « choc ») et décident de profiter de ces rayons de soleil (gratuits !), Marcel et Bob ( oui, Robert, comme son beauf, alors appelons le Bob) ont sorti les boules (et quelques canettes). Le chef du village, averti par ses administrés n’ose pas s’approcher de ces femmes « nues », il va voir Selma, une européenne, qui partage leur vie dans le petit douar, et lui demande d’aller convier ces gens, à se rhabiller, reprendre leurs véhicules et de ne pas stationner dans des cultures, ce pauvre orge qui a tant de mal à pousser.

Selma a été accueillie, par un Marcel et un Bob, légèrement imbibés, ben oui, il fait chaud, à qui les arabes n’ont pas à donner d’ordres, Paulette et Monique gloussant dans leur coin, fières de leurs courageux hommes.

La suite on peut la lire dans certains forums de voyage ! et de camping car ! - L’accueil des marocains est décevant, ou plus ! bonne question ! - Pourquoi se fait on caillasser ? nous on a rien fait !

Bonnes recherches et bonnes lectures !

Bob et Marcel n’ont jamais arrèté de fumer, sinon c’est quoi la liberté ! Ils ne se reconnaitront pas, ceci n'est que pure fiction.
YA Yangguizi Globetrotter ·
ah bon, je tombe amoureux pendant tous mes voyages moi? De monuments, de cultures, de peuples, oui, ça m'arrive, mais en général ça s'arrête là même si effectivement mon dernier voyage avait pour objet de trouver l'Amour. [;)]

Aucune objection bien sûr pour faire participer Pat le pressé à cette intrigue, mais il faut tout de même savoir que l'Australie fait partie des très rares pays au monde qu'il ne souhaite pas vraiment visiter. Il faut croire que les auteurs lui réservent un repas absolument somptueux pour qu'il ait fait le déplacement! [:)]
PO Pondy Veteran ·
C'est exactement comme ça que j'imaginais cette étonnante transhumance hibernale.

Ce tableau caustique et drôle m'a bien fait rire..

Dom.
FA Fabricia Globetrotter ·
"Marcel et Paulette, camping-caristes de "choc"

Merci et bravo, Raoulx, pour ce tableau plein d'humour : le papa des Bidochon fait des émules sur ce forum !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
MA Mamina64 Veteran ·
alors quoi ! il suffit qu'on parte cinq minutes et au retour... une bonne tranche de rire !

continuez tous et toutes, ça fait du bien dans cette grisaille !

bon dimanche et bonne imagination
La liberté, c'est un cadeau qu'on se fait à soi-même - (L.Gauthier)

mon blog : http://lesvoyagesdemamina.blogspot.com/
GL Glatch Veteran ·
Suite du récit multiactif d´un couple de voyageurs

Remerciements: Je m´y perds moi-même lentement, je dois dire. C´est à peine si j´ose boire un verre de rouge en mangeant de peur de perdre le contrôle de ce récit stupide. Allez, on tente le coup en réunissant tous les protagonistes proposés sur ce forum. Je vous préviens: j´ai un bon avocat! Ps : donc merci à tous ceux qui mettent du coeur à l´ouvrage!!--

Pour tout dire, le vrai fantasme de Mado, c´est de s´acheter toutes les fringues de la planète sans que personne ne l´arrête, le genre 10.000, - EUR ou 50.000, -USD, peu importe… le principe est de les claquer en une demi-journée sans reprendre sa respiration. Son besoin de reconnaissance est gargantuesque . Celui de Gérard serait plutôt de poser un pied dans l´outback australien et de plus jamais l enlever tant qu´il n´en eprouvera pas le besoin. Sa soif de liberté est absolue. Allez donc savoir pourquoi le destin de ces deux tourtereaux s´est emmélé les pédales…

Toujours est-il qu´après un enregistrement plutôt serein et bon enfant, si ce n´est le fait que Mado a bien falli ne pas pouvoir monter à temps dans le Boeing… sa belle-mère Paulette l´a saôulée au tout dernier moment sur le portable… avec ses histoires de camping car au Maroc, sa phobie des toilettes sales et je-ne-sais-quoi (ndlr : cf. Oeuvres complètes de Raoulx). Sans compter que l´appareil de Qantas est resté cloué trois heures au sol. Mado avait déjà attaché sa ceinture. Elle a observé intriguée la scène sur la piste humide de Roissy tout en gardant un oeil rivé sur sa swatch waterproof. Déjà vingt minutes de retard et toujours pas d´annonce micro. Une équipe de –plutôt beaux- mecs en bleu de travail s´est affairée sous son hublot et a semblé s´intéresser de près au train d´attérissage gauche… Après trois jus d´orange, un semblant de crise d´asthme et cinq messages d´excuses du commandant de bord, alors qu´une troupe de techniciens en tout genre avait sué sang et eau et feuilleté, en bord de piste, un énorme bouquin d´au moins cinq kilos (qui avait tout l´air de ressembler au „manuel de l´aviation pour les nuls“)… le boeing a fini par bouger et prendre son envol puis la direction de Singapour.

A Singapour, rien à signaler, si ce n´est que Mado s´était remis un coup d´eye liner et de crème hydratante. Gérard avait refait le coup du je-m´en-fume-une-peu-importe-les-panneaux.

(…)

Une fois débarqués à Sydney, Dieu soit loué, les bagages sont arrivés sans retard sur la bande numéro 25. Gérard foule le sol du continent australien pour la troisième fois. Deux fois, il y est venu seul et s´est aventuré dans l´outback dont il est tombé littéralement amoureux. Mais cette fois, il change de cap et d´armature… Il a décidé de s´attaquer avec Mado à la découverte du continent par les îles. Les quatre semaines devraient suffir, après une halte obligée à Sydney, pour voir Fitzroy, Kangaroo Island et surtout la Tasmanie, où un des ses vieux potes l´invite depuis des années.

Non loin de l´arrivée des bagages, Mado s´est laissée enlacer tendrement par son Gégé au grand coeur quand un type énervé a haussé le ton au guichet d´information de Qantas. Son bagage n´est pas encore arrivé, il est là pour affaires et surtout pas pour observer les koalas copuler. Il aimerait franchement qu´on fasse enfin quelquechose parceque depuis Paris, rien ne marche, ca commence à bien faire. Il hurle qu´il préfère ramer pour rentrer que repartir avec cette compagnie de m.... Quelquechose chez cet énergumène aurait pu écoeurer toute personne normalement constituée et reconnaissante d´avoir attéri sain et sauf cette fois encore. Mais Mado qui l´observait depuis un petit moment n´a pu s´empécher de lui trouver un je-ne-sais-quoi de sexy. Plus il râlait, plus il lui a plu. Elle a saisi qu´il s´agissait d´un certain Patrick-quelquechose alors qu´il s´acquittait des formalités nécéssaires. Le charmeur a filé, leurs regards se sont croisés un éclair de seconde, il a même esquissé une ébauche de sourire. A moins que ce ne soit un rictus. La navette pour le centre ville est arrivée. Gérard a aidé Mado à monter. Elle s´est écroulée sur le siège arrière--

Je propose une petite pause dominicale bien méritée, histoire de reprendre ses esprits et surtout de l´élan... Bon dimanche à tous. Gute Nacht. Bonne nuit.
Agathe
TI Timouss Globetrotter ·
Ah non, maintenant que tu nous as appâtés avec le Patrick (je ne l'imaginais pas gueulard [;)][;)]), tu vas reprendre ton stylo ou plutôt ton clavier et nous narrer la suite. Comment veux-tu qu'on passe un bon dimanche si on ne connaît pas l'incidence de l'ébauche du sourire ravageur de Pat ????

Donc, à très bientôt.

Timouss
GL Glatch Veteran ·
Timouss,

alors là, t´es a-do-ra-ble (plus que l´hotesse Qantas même), mais je vais finir pas demander des honoraires!!! Mon nr de compte à la Commerzbank est le 78901234 Merci, 50, -EUR par personne me semble honnête. Comment veux-tu que je fasse, moi? Ma fille râle que je suis scotchée à mon écran d´ordinateur... on ne mange plus que des surgelés à la maison... je rate tous les bons films à la télé... je me néglige sportivement et esthétiquement. Je cours à ma perte. Mais comme j´ai bien l´impression que Patrick est très attendu... je vais voir ce que je peux faire. Je ferai peut-être moins de sport demain que prévu mais je ne raterai pas le vin chaud du marché de Noel, ca PAS QUESTION!

ps : Patrick, il n´était pas râleur mais narcissique!

Bonne soirée
Agathe
EV Eversmile Veteran ·
Merci Glatch et Pondy, mais ni mon ramage, ni mon plumage, ne mérite un tel fromage... heu... hommage. Un petit mot pour dire que participer à "Si on se faisait des films" ne requiert pas une maîtrise en histoire du cinéma, et moins de culture que de fantaisie... J'aime beaucoup vos récits qui s'entrelacent, se complètent, se répondent. J'ai envie d'y jeter mon grain de sel... Je suis un peu en retard pour les portraits, maintenant que Mado et Gérard ont le statut de vedettes sur ce fil, mais je vais quand même vous en proposer un... on verra bien.

Je tiens à préciser, Glatch, que je n'ai pas copié ton épisode du Boeing (tu comprendras plus loin à la lecture)... En fait, j'ai écrit ça ce matin et j'ai laissé infuser avant de relire et lancer ça sur le forum...
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...
EV Eversmile Veteran ·
Une variante de la voyageuse illuminée de Pondy...

La voyageuse mystique

Bien-sûr, elle va en Inde. Elle ne part qu'avec un vol sec car elle compte sur la providence, sur les heureux hasards qui n'en sont pas, pour pourvoir à la suite de son voyage. Elle se targue d'être sans crainte, en riant des réticences de son entourage. Ce qui ne l'empêche pas de réciter intérieurement des mantras en attendant fébrilement son tour dans l'agence de voyage, priant pour que la conseillère trouve une place sur le vol de son choix. Pendant que la recherche se fait, elle tripote même discrètement son mala. Les perles sont un peu sérrées, après trois tours autour du poignet, mais elle endure la contrainte avec la certitude que c'est de nature à favoriser l'entreprise. Elle se défend d'être supersticieuse mais reste très attentive aux numéros du siège qui lui est attribué, dont la valeur, rapportée aux cartes du tarot, est significative. Il ne faudrait pas que le voyage démarre avec un mauvais augure! Quand elle ressort de l'agence avec son billet, elle se sent victorieuse comme si elle avait terrassé un démon, un de ces rakshasa de la mythologie hindoue. Invincible, rayonnante, elle court s'acheter une tablette de chocolat pour fêter ça. Elle affirme qu'elle ne sait pas si elle reviendra. Intimement persuadée que ce voyage va lui apprendre à se détacher des contingences matérielles, elle a anticipé le mouvement en éparpillant ses affaires aux quatre vents chez des amis. Chaîne stéréo à Paris, plaque à gaz à Toulouse, bouquins à Bordeaux, et fringues à Marseille... Ceux qui suggèrent que c'est un peu radical ne lui semblent pas dignes d'être écoutés. Elle a la conviction profonde que ce voyage va transformer sa vie de façon spectaculaire et primordiale et que ces mauvaises langues ne sont que des mous et des froussards. C'est la première fois qu'elle prend l'avion. Galvanisée à l'idée de se rapprocher du ciel, elle est penchée sur son hublot avec dévotion. L'avion n'a pourtant toujours pas quitté le tarmac. Bien sûr, elle ne porte pas de montre. Et comme elle n'a pas l'habitude, elle ne s'apperçoit même pas que l'heure du vol est déjà largement dépassée. Elle regarde les mécaniciens emporter l'aile comme si c'était une vérification technique ordinaire et ne s'inquiète de rien, bardée de patience. Attendre est quelque chose qu'elle sait si bien faire... Et elle en attend, des choses! Des révélations, des miracles, pour la plupart. Mais aussi, de façons plus terrestre, quoiqu'il serait très difficile de le lui faire admettre, l'Homme de sa vie. Pour l'instant, elle s'en soucie comme d'une guigne et elle attend surtout une rencontre avec son gourou. Elle ignore où il se trouve, où il enseigne, et comment elle le reconnaîtra mais elle ne doute pas de pouvoir faire confiance à des signes sur le chemin, qui la conduiront jusqu'à lui. Peut-être même qu'il viendra lui-même la chercher, parce qu'il est clairvoyant... En attendant, elle est déjà partie à mille pieds, elle ne peut plus revenir en arrière. Elle sort un gros volume de son sac, qu'elle pose sur sa tablette avec un regard extatique. Son voisin ne peut pas voir s'il s'agit de Satprem, Swami Sivananda ou « Autobiographie d'un yogi » car l'ouvrage est enveloppé d'une couverture neutre. Elle lit avec une telle concentration qu'elle remarque à peine que l'aile est revenue et que les passagers n'ont pas l'air soulagés pour autant. Après quelques heures de vols, et la première escale, les yeux rougis par la fatigue, elle pose enfin son livre ... elle se met à rêver à Bombay. Elle imagine la pauvreté, la crasse, la chaleur, la pollution, le désordre, la cacophonie de la ville, qu' une femme de sa connaissance, ayant travaillé dans les mouroirs de Calcutta, lui a décrit. Ce doit être un peu pareil à Bombay. Elle se représente avec une certaine jubilation le dénuement de la chambre bon marché qu'elle espère bien y trouver. Comme si la présence des rats et des cafards étaient le gage d'une ascèse respectable, c'est investie de leur présence, qu'elle imagine sa chambre. De fait, lorsque l'avion se pose pour sa deuxième escale, et qu'on annonce aux passagers qu'en raison d'un incident technique, l'avion est confiné au sol et qu'ils seront hébergés dans un hôtel 5 étoiles, elle en est presque paniquée. Tant de luxe lui semble inconfortable... comment faire l'ascète, dans ces conditions? Encore plus, quand, lors du repas gargantuesque qui rassemble les voyageurs francophones, un grand beau jeune baroudeur qui est en train de charmer toute la table avec le récit de ses aventures sud-américaines, la gratifie d'un sourire donjuanesque. Ses excercices de respiration pranayama, pour se débarasser de l'emprise du mental, lui ont laissé la tête tellement légère, qu'elle ne réfléchit pas trop et sans résistance, elle tombe dans le piège... Elle ne demandait pourtant pas grand chose. Là, tout est si démesuré, si luxueux, et si facile. Comme un jackpot au casino mais sans avoir joué. A Bombay, après quelques jours de ferveur, à goûter le contraste, et à accuser le choc de cette nouvelle culture, elle décide de partir à la découverte de l'Inde rurale. Elle quitte donc le dortoir enfumé où s'entassent les fumeurs de ganja et de haschich dont elle trouve les conversations limitées et s'engouffre dans un bus en direction des montagnes. Bien-sûr, elle va à Rishikesh. Elle plane plus haut que les sommets, tout est merveilleux. Elle se sent aussi spirituelle que le saddhu qui vient lui mendier un tchaï, et qui l'appelle « didi » (soeur). Elle reste des heures dans sa chambre spartiate à l'ashram à écrire des pensées remarquables dont la teneur substantifique ne doit pas être perdue... Et suit les cours de yoga en espérant s'y distinguer par l'ardeur de sa pratique mais c'est surtout son parfum au patchouli que l'on remarque. Si l'instructeur est si froid, si le maître de l'ashram est si vénal, si le brahmachari qu'elle croise un soir est si incapable de résister à l'appel de la chair, si le seul autre pensionnaire de l'ashram de nationalité française, qui, depuis le début de la semaine, essaye d'accaparer son attention, est si violent quand elle repousse ses avances; elle trouve refuge dans l'austérité de sa chambre, brassant son mental pour en extraire le plus saint... Elle est déconfite, mais elle n'a pas encore renoncé.

Bien-sûr, elle va à voir Amma. Le trajet en train jusqu'au Kerala, est long mais feutré, entre rizières, palmiers et océan. A l'ashram de Vallikavu, une construction hideusement moderne, si la discipline laisse si peu de place à la providence, si l'argent régit le séjour, si les adeptes ocidentaux semblent être aux commandes, instillant un doute sur l'authenticité du phénomène... elle trouve néanmoins refuge dans les bras d'Amma. C'est un voyage intergalactique, une douce chute dans un trou noir. C'est une sensation si ancienne qu'elle n'arrive pas à déterminer ce qui se passe, pourquoi elle en ressort la larme à l'oeil et un peu tremblante. Il y a longtemps, en fait, ... que sa mère ne l'a pas serré dans ses bras, simplement!. Elle est désenchantée, et son coeur se balance dans les virages, dans le bus du retour mais elle a une âpre certitude: Elle a attendu un maître à l'extérieur, alors que son maître, c'est elle-même. Tout ceci n'était qu'une mise à l'épreuve pour la faire sortir de sa gangue... maintenant, c'est promis, elle écoutera davantage ses intuitions. Penaude et radieuse d'avoir compris son destin, elle s'offre un pélerinage. Bien-sûr, ce sera celui d'Amarnath. Dans les montagnes du Cachemire, se trouve une grotte où se dresse le lingam de Shiva. L'histoire est longue et elle ne la connaît pas, mais c'est un lieu sacré. C'est là qu'elle doit se recueillir et faire le point. Marcher pendant trois jours, parmi la foule des pélerins, lui permettra de mesurer sa foi. Comme elle n'a rien prévu, elle se gèle à dormir à la belle étoile à 3000 mètres dans les nuages; elle n'a qu'une pomme et quelques biscuits à manger et comme elle n'aime pas le thé, il n'y a vraiment rien qui puisse la réchauffer. Surtout pas la tournure alarmiste de ses réflexions qui ressemblent à s'y méprendre à du découragement. Ou à du désespoir. Elle attribue ce vertige existentiel à l'altitude mais sa conscience lui dicte de ne surtout pas abandonner: certains vont pieds nus, les sannyasins sont totalement nus et s'adonnent à diverses mortifications. Et il y a même des culs-de-jatte. Le mérite qu'elle pourra en retirer, avec une telle concurrence, semble perdu d'avance mais il y va de son honneur spirituel : elle doit aller au bout! A l'arrivée, la foule des croyants est telle qu'il y en a pour des heures et des heures d'attente avant de pouvoir pénétrer dans la grotte. Elle est si fourbue qu'elle ne peut pas résister quand une grosse matronne lui subtilise, à la faveur d'une bousculade, son bâton de pèlerin. A bout de nerfs, elle se met à pleurer. Un militaire, pris de compassion, lui indique le passage libre destiné exclusivement à la descente des pélerins, une fois sortis de la grotte. Les fidèles y sont nettement moins enthousiastes, moins préssés et fanatiques qu'à l'aller. Enfin, un miracle! Elle remonte donc à contresens pour rejoindre la bouche béante de la caverne. On lui demande d'ôter ses chaussures. Elle se sent enfin à l'égal des plus fervents d'entre les pélerins et le coeur léger, sautille vers le sommet. Dans la grotte, suprême faveur, un saddhu l'invite à s'asseoir sur son tapi, lui offre une pomme. Elle ignore à quoi lui est dûe une telle attention, c'est sans doute le miracle qui continue?! Mais au bout d'un moment, une fois dégrisée de la chance qu'elle a, il lui faut reconnaître qu'elle s'ennuie fermement. Finalement, la vie à méditer dans une grotte, ça ne doit pas être pour elle. Elle a bien trop froid aux pieds! Elle commence sérieusement à regretter ses chaussures...

Mais comme elle est têtue, elle reste quand même un peu plus longtemps. Et c'est là qu'elle voit sa piété récompensée: une idée lui vient...

Et si elle allait au Népal? ... La voyageuse mystique ne renonce jamais. Le sort lui vient toujours en aide sous diverses formes, y compris les embûches. Elle en retire souvent une leçon positive en s'imaginant qu'elle progresse sur la voie. Mais jamais elle n'admettra que ses vues ésotériques l'empêchent d'avoir les pieds sur terre... Il faudra attendre quelques années avec qu'elle ne s'asagisse car chez elle, faire des expériences et acquérir de la maturité ne sont pas synchronisés. Eventuellement, elle traversera bien des pays avant de revenir lire ces lignes, où elle se reconnaîtra fatalement, partagée entre sourire et désarroi..
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...
EV Eversmile Veteran ·
Cette galerie de portraits croisés pourrait bien devenir... un film... hahaha!!! Alors, à qui les rôles? Je propose Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour les rôles de Mado et Gérard! Ou alors Nathalie Baye et Thierry Lhermitte??? Elsa Zylberstein et Mathias Mlekuz?? Mais bon, je lance ça comme ça...
"Nous, on a le temps Vous, vous avez l'heure" dixit un chamelier dans le désert...

You might also like