Journal de Mado
Vendredi, aéroport de Reykjavík-Keflavík 15h50
Mais que suis-je venue faire dans cette galère ou plutôt ce drakkar ?
Pourquoi avoir cédé à mon Gérard ?
Il sait bien que je n'aime que le soleil, les tenues légères et revenir bronzée de voyages.
L'Islande, personne ne sait où ça se trouve.
J'aurais dû regarder sur une carte avant de dire oui.
L'Islande, c'est une île, donc, il devrait faire chaud.
J'ai compris pourquoi c'est Gérard qui a tenu à remplir mes valises.
J'avais mis mes petits tops si sexy, ma robe à fines bretelles, mes sandalettes, celles aux talons de 12 centimètres qui font de si jolies jambes (même si le gynéco est contre), ma petite veste en lin pour les soirées fraîches.
Et lui, le traître a empilé mes gros pulls tricotés par Paulette, ma vieille doudoune de l'an dernier, celle achetée à prix d'or à Courchevel, les bottes fourrées qu'Anny m'avait refourguées.
Je sens que notre amour va être mis à rude épreuve durant ce week-end pourri.
Blue Lagoon qu'il me disait, j'imaginais un lagon bleu turquoise, des filaos, les alizés, et je me retrouve au milieu d'un désert de lave, si noir, déprimant, avec comme toile de fond une usine fumante. Ah, il est beau le lagon …
Bon, à présent, il faut se déshabiller au milieu de toutes ces bonnes femmes à poil ; et ça papote, nues comme des vers, j'ai honte avec mon ventre arrondi, ce n'est pas dans ma mentalité de Française de me balader en tenue d'Eve devant des inconnues. Et puis maintenant, il faut se doucher en groupe, comme une équipe de rugby. Je le retiens mon Gégé.
En fin de compte, c'est drôlement agréable cette eau opalescente à 39° et ce cocktail bleu apporté par un mignon serveur en maillot de bain et nœud pap' ; délicieux.
C'est rigolo tous ces Islandais qui barbotent ou sont assis sur les banquettes en bois en palabrant ; ça tient à la fois du forum antique et du Café du Commerce.
Avec Gérard, nous nous enduisons le visage et le corps avec une louche de silice puisée dans une caisse, ça fait un sérieux nettoyage de peau.
Allons nous rincer sous l’onde claire de la cascade. Où là là, le débit est tel que nous imaginons une armée de kinés sadiques nous massant avec le tranchant de la main.
Tout compte fait, c’est très agréable sur les épaules et sur le dos.
L’eau chaude dénoue les corps, apaise les esprits, réconcilie avec l’univers.
Gérard fait un bref séjour dans les saunas, il y fait bien trop chaud pour lui, l’air est irrespirable; moi, je n'ai pas osé, avec Nathan qui gigote …
Ce soir, Gérard m'informe "qu'il me sort", chouette, à nous les boîtes de nuit branchées, va te faire fiche, il me colle un gros pull sur le dos, un bonnet sur la tête, des moufles, la doudoune et nous partons errer dans la campagne.
J'en ai marre de ce pays, de ce week-end, de Gérard, du mouflet qui m'encombre et me déforme.
Il y a une demi-heure que nous sommes arrêtés en rase campagne, pas un chat, pas de lune, il fait un froid de canard. On attend quoi exactement ? Le passage de la Gay Pride, le défilé du 14 Juillet, la cavalcade du Carnaval de Rio ?
Et cet andouille de Gérard qui se marre et ne dit rien.
Si nous n'étions pas au milieu de nulle part, il y aurait longtemps que je serais retournée en ville, vers la civilisation, les boutiques, les bars …
Tout à coup, la nuit se déchire, une immense trace verte barre le ciel, ondulant au milieu des étoiles scintillantes, elle embrase la voûte céleste à notre grand émerveillement.
Il est fort mon Gégé, convoquer une aurore boréale, rien que pour moi…
Je l'aime mon Gérard !!!
C'est beau, c'est étrange, c'est féerique, c'est magique.
Je commence à aimer ce pays hors normes.
Après une vingtaine de minutes à contempler ce voile luminescent ondoyant dans le ciel, à regret, nous repartons nous coucher à Reykjavík.
Journal de Mado : Samedi
Ce matin, petit-déjeuner pantagruélique : thé, café, lait, céréales diverses et variées, pains et beurres de toutes sortes, confitures, yaourts et súrmjolk ou skyr en version aromatisée (genre de fromage blanc nature ou aux fruits) tomates, concombres, œufs durs, charcuterie, quartiers de pommes et d’oranges, tranches de bananes, saumon fumé, filets de hareng…
J'ai goûté à tout, Nathan a apprécié ; pour une fois, je n'ai pas été malade.
Je vous le dis, j'aime ce pays…
Mon amour de Gégé a organisé la visite du Cercle d'Or.
C'est la tournée des bijouteries pour choisir l'alliance ?
J'ai encore dû me tromper car nous sortons de la ville et les bijouteries sont rares par ici…
Bon, c'est vrai, la journée s'est mieux terminée qu'elle n'a commencé.
Nous nous sommes un peu "frités" avec mon Gérard, il a encore voulu m'aérer, moi qui n'aime que l'ambiance boutiques, restos, bars. Mais il a eu raison, je dois le reconnaître.
Son "Cercle d'Or", c'était fabuleux. Cette cascade Gullfoss, prise par les glaces : féérique (un peu casse-gueule" le chemin qui y menait, mais nous ne sommes pas descendus jusqu'en bas).
Que dire de ce geyser Strokkur qui jaillit toutes les 10 minutes après avoir fabriqué une bulle aigue-marine ? C'est quand-même de cet endroit que vient le nom générique de tous les geysers du monde. Avant Strokkur, c'était Geysir (celui qui jaillit) qui s'élevait dans le ciel, mais maintenant, il est trop vieux.
Et cette sérénité qui règne à Þingvellir. Penser que c'est ici que ce tenaient les réunions de l'Alþing (le premier parlement) au X° siècle, ça vous remue les tripes.
Nous nous sommes réconciliés ici et nous nous sommes juré un amour éternel.
Mon Gérard s'est agenouillé, a noué un brin d'herbe et me l'a passé au doigt en me demandant en mariage.
C'était d'un romantisme !!!!!!!!!
L'Islande, c'est un pays magique, nous y reviendrons en juillet lors de notre voyage de noces.
Tatie Wapiti gardera notre Nathan.
Il faudra que Gérard remercie son amie Agathe, celle qui bosse à l'agence de voyages, de lui avoir conseillé ce pays génial.
Timouss