A la découverte des villages Kamus
Il fait frisquet ce matin pour le petit déjeuner en terrasse au bord de la rivière.
Nous avons été d’ailleurs très surpris à Nong Khiaw, par l’importance des
amplitudes thermiques, fraîcheur les matins et en soirée et grosses chaleurs en
journée.
9 heures, le canot est à quai. Le jeune homme de l’agence nous accueille avec le
sourire, Sabaïdii, et nous présente un vieux monsieur à l’allure vénérable mais
solide avec ses petites lunettes rondes cerclées de fer dont un des verres est
ébréché. Ce sera notre guide. Dans un français relativement correct il nous
souhaite la bienvenue et nous explique le déroulement de la journée.
On embarque. Dans la fraîcheur de ce petit matin encore brumeux nous
frissonnons un peu, mais l’air qui fouette le visage est revigorant. Le canot file
le long de la grande artère liquide enserrée par ces montagnes au couvert végétal
si dense. Hautes, mais aux sommets arrondis. Elles semblent différentes par
leurs formes de celles que nous avons l’habitude de voir chez nous. Je ne sais
trop pourquoi mais elles sont emblématiques, pour moi, des paysages naturels
du Sud-Est asiatique tels que je les imagine. Réminiscence de films, de
photographies ?
Premier arrêt au bout d’une bonne demi-heure de navigation. Nous descendons
du bateau avec précaution et nous grimpons une forte pente qui nous mène au
village.
Nous sommes chez les Kamus, une ethnie minoritaire mais encore assez
nombreuse dans les montagnes du Nord Laos. Leur langue, différente du Lao,
leur mode de vie traditionnel imprégné d’animisme en font un groupe à part,
partiellement intégré à la modernité, même si dans le village, les paraboles et les
téléphones portables des plus jeunes révèlent des changements inéluctables dans
leur mode d’existence.
La présence du guide qui semble bien connaître les habitants nous met en
confiance. Nous nous sentons un peu gênés tout de même. Notre présence n’est-
elle pas trop intrusive, ne sommes-nous pas en train de visiter « un village
d’Indiens » ? Mais les gens n’ont pas l’air perturbés, ils sont accoutumés à ces
visites certes fréquentes, mais point encore excessives, du moins pour l’instant.
Ils vaquent tranquillement à leurs occupations sans vraiment se soucier de notre
arrivée.
L’habitat n’est pas très dense, il s’éparpille le long d’une grande allée centrale en
terre. Certaines maisons sont bâties avec des matériaux traditionnels, façades en
bambou tressé, toit de chaume, mais la plupart ont des soubassements en béton
et des couvertures de tôle. Pendant que Bruno et moi-même essayons poliment
de suivre les explications de notre guide dans un franglais de plus en plus
approximatif, les filles, qui semblent avoir décroché, cherchent davantage à
s’intéresser aux scènes de vie du village, aux enfants notamment. Kate de son
regard exercé de photographe prend de beaux clichés, notamment celui d’une
maman baignant son petit sur le parvis de sa maison. Un peu plus loin des
femmes sont en train de cuisiner du riz, à la façon lao, c’est-à-dire très compact
et très collant. Une odeur de viande grillée emplit l’air du village, sur un feu de
bois cuisent des blancs de poulet couverts d’un « non la », la coiffe conique, très
répandue au Vietnam come au Laos. A l’étouffée.
La promenade se poursuit, agréable mais un peu frustrante. Personnellement
j’aurais aimé en savoir plus sur ces habitants, leur vie quotidienne, leur travail,
leur organisation sociale. Mais après tout nous ne sommes pas des ethnologues,
et il serait surtout vain de prétendre mieux connaitre des gens avec qui nous
n’avons aucune réelle interaction. Sous un arbre deux mamies, assises sur un
banc, plutôt une planche de bois, discutent et prennent le soleil. Leur attitude,
leurs gestes me font penser à ma mère et à sa copine. Il y a souvent, même dans
les voyages les plus lointains des comportements humains qui touchent à
l’universel de l’humanité. Je ne sais pourquoi mais cette pensée me réconforte.
Au bout de la grande allée se dresse l’école du village. Apparemment c’est
l’heure de la récré, les enfants s’ébattent en plein air dans un brouhaha joyeux
tout à fait universel, lui aussi. Dans la cour, j’aperçois un espace plat bien
aménagé sur lequel jouent de jeunes garçons. C’est un terrain de pétanque ! Un
des legs, de la colonisation française. Les Laotiens parait-il, pratiquent avec
assiduité ce sport et s’y montrent particulièrement habiles.
Il est temps de partir pour le deuxième village un peu plus en amont où nous
pourrons déjeuner.
Nous espérions prendre un repas peut être partagé dans ce village, mais nous
déjeunons finalement dans une guesthouse en surplomb de la rivière, charmante
certes mais dédiée aux touristes. Déception tout de même.
Sous le soleil écrasant de l’après-midi nous parcourons tout d’abord les vastes
rizières du secteur. En ce mois de janvier, les champs sont déjà moissonnés et les
parcelles jaunies servent seulement à l’alimentation du bétail. Le guide nous
explique que pendant la saison des pluies certaines fermes isolées sont coupées
du monde et vivent en complète autarcie.
En retournant vers le village nous tombons sur un groupe de toutes jeunes filles
portant des fagots de bois à l’aide d’une sangle entourant leur tête. Eles nous
saluent poliment. Un peu à l’écart je repère un temple bouddhiste qui a l’air
abandonné. Je demande à notre guide la raison. Je ne saisis pas bien ses
explications mais je crois comprendre que les moines ont déserté les lieux faute
d’une pratique religieuse régulière de la part des habitants. Un mot revient dans
sa bouche « animism ». Les Kamus en effet croient davantage aux esprits de la
forêt qu’aux enseignements du Bouddha.
La journée a été belle, riche de découvertes, mais longue sous le soleil et nous
sommes malgré tout contents de rentrer à notre hôtel. Et nous regrettons un peu
que ce guide si gentil n’ait pas su favoriser davantage les contacts avec les
villageois. Mais peut-être était-ce trop demander. Nous reprenons le canot en
silence dans la lumière du jour finissant. Il fait frais à nouveau…
Demain pas de visite, pas d’excursion. Journée libre comme on dit dans les
voyages organisés.