VIE POLITIQUE -
Première attaque des Maoïstes au Népal [ 11/02/05 ] Journal les Echos
Le roi du Népal a été confronté à une première action de protestation publique et à la première grande offensive des rebelles maoïstes depuis qu'il a pris les pleins pouvoirs. Une dizaine de dissidents de l'association Human Rights and Peace Society (Hurpes) ont bravé l'interdit royal et ont manifesté quelques secondes dans le centre de Katmandou en criant des slogans anti-monarchiques et pro-démocratiques, avant d'être tous arrêtés. L'armée a dû faire face à la première grande offensive des maoïstes depuis dix jours, menée dans la nuit de mercredi à jeudi dans la région de Kailali (ouest) et qui s'est soldée par la mort de 5 soldats et d'au moins 1 rebelle. Sept dirigeants politiques népalais placés en résidence surveillée depuis le coup de force du roi ont toutefois été remis en liberté. COURRIER INTERNATIONAL WASHINGTON, 10 fév (AFP)
Washington face à un dilemme au Népal après le coup de force du roi
Les Etats-Unis font face à un dilemme au Népal: geler toute forme d'aide pour punir le roi de ses méthodes anti-démocratiques ou regarder la guérilla maoïste prendre de plus en plus de contrôle dans les contreforts de l'Himalaya.
Washington considère que les rebelles maoïstes népalais sont des terroristes et a largement soutenu le pouvoir contre la guérilla en fournissant des armes et en participant à l'entraînement de l'armée.
Lorsque le roi Gyanendra a pris les pleins pouvoirs le 1er février après avoir limogé le gouvernement et instauré l'Etat d'urgence, les Etats-Unis ont fermement condamné la décision et demandé une restauration immédiate de la démocratie, mais n'ont pas suspendu leur aide financière à ce petit pays coincé entre l'Inde et la Chine.
"Nous sommes en train de passer en revue toutes les options possibles et de consulter nos alliés", a déclaré un responsable du département d'Etat à l'AFP.
Washington a distribué 45 millions de dollars d'aide au Népal en 2004, dont 10% étaient consacrés à la sécurité, a indiqué la même source en requérant l'anonymat. Pour 2005, 44 millions de dollars d'aide sont inscrits au budget, dont un tiers lié à la sécurité.
Alors que Washington soupèse l'éventualité d'un gel de son aide, le département d'Etat a indiqué dans un communiqué mercredi que l'envoyé spécial américain à Katmandou, James Moriarty, avait été empêché par les forces de sécurité népalaises de rencontrer plusieurs responsables politiques placés en résidence surveillée.
M. Moriarty a demandé "directement" au roi de libérer les membres de l'opposition, les étudiants et militants des droits de l'homme emprisonnés et de restaurer l'Etat de droit, a ajouté le département d'Etat.
La secrétaire d'Etat adjointe chargée de l'Asie du Sud, Christina Rocca, s'est rendue en Europe pour des consultations portant notamment sur le Népal. Washington a déjà consulté l'Inde, la Grande-Bretagne et la Chine sur le sujet.
Les Etats-Unis craignent que le coup de force du roi n'affecte les efforts de lutte contre la guerre civile qui ravage le Népal depuis 1996 et qui a déjà fait 11.000 morts.
L'Inde et la Grande-Bretagne, qui sont également des alliés du Népal contre l'insurrection, ont aussi condamné le coup de force du roi.
Selon les analystes, le dilemme auquel sont exposées les grandes puissances consiste à choisir entre suspendre leur aide au roi pour le contraindre à rétablir les droits fondamentaux, ou regarder la guérilla opérer des avancées faciles face à une armée népalaise sous-équipée.
"Le roi Gyanendra a justifié sa décision par la nécessité d'affaiblir les maoïstes, mais son coup aura exactement l'effet inverse", prédit Gareth Evans, ancien ministre australien des Affaires étrangères qui dirige à Washington le centre de recherches "International Crisis Group".
Selon lui, l'absence de liberté ne fera que nourrir les rancoeurs des populations locales et gonfler les rangs des insurgés. "Un monarque absolu qui s'attaque à la démocratie ne fera qu'aider les maoïstes et n'empêchera pas leur arrivée au pouvoir", ajoute-t-il.
Certains analystes attendent une augmentation de l'influence de la Chine au Népal après la fermeture soudaine du bureau du dalaï-lama à Katmandou et d'un centre de réfugiés dirigés par des Tibétains.
"Le roi Gyanendra lui-même est présenté comme favorisant un rapprochement avec Pékin et a effectué récemment un voyage en Chine", soulignent Frank Wolf et Mark Udall, élus au Congrès américain, dans une lettre envoyée à leurs collègues critiquant le harcèlement subi par les Tibétains au Népal.
Première fronde contre le roi du Népal
Le Soir en ligne Le roi du Népal a fait face mercredi à une première fronde, la justice ayant interpellé son gouvernement sur une des nombreuses arrestations depuis l'instauration de l'état d'urgence alors que des défenseurs des droits de l'Homme se préparaient à protester jeudi.
Dans une première décision de justice depuis que le roi Gyanendra a pris les pleins pouvoirs et instauré l'état d'urgence, un juge de la Cour Suprême a ordonné au nouveau gouvernement présidé par le souverain de s'expliquer sur l'arrestation d'un ancien président de l'Association du barreau du Népal.
La Cour suprême a pris cette décision après qu'une requête eut été déposée en vertu de l'Habeas Corpus par le président de l'Association du barreau, Shambhu Thapa, selon une source judiciaire. Le roi, en vertu de l'état d'urgence, a suspendu tous les droits fondamentaux sauf l'Habeas Corpus. De ce fait les dossiers portant sur la détention illégale peuvent encore être déposés devant la Cour Suprême et la cour d'appel.
L'ancien président de cette association de juristes, Sindhunath Pyakurel, avait été arrêté le 1er février, jour où le roi a limogé son gouvernement. Selon des partis politiques et organisations de défense des droits de l'Homme, des centaines de dirigeants et militants politiques, syndicaux, étudiants, journalistes ont été arrêtés depuis dans tout le pays.
Un porte-parole de l'armée a estimé mardi qu'il n'y en avait qu'une centaine et a indiqué qu'ils pouvaient être détenus pour une durée d'au moins trois mois. Les défenseurs des droits de l'Homme qui ont échappé à cette vague d'arrestation ont mis la dernière touche à l'organisation d'une action de protestation contre le roi et pour la démocratie, prévue jeudi à Katmandou, la première depuis le coup de force royal. Comme le droit d'expression, les rassemblements publics ont été interdits.
Krishna Pahadi, ancien président de Human Rights and Peace Society (HURPES) a indiqué qu'une vingtaine d'organisations seraient représentées et a dit s'attendre à ce que tous les participants soient arrêtés. Il est certain que ceux qui participeront au meeting seront arrêtés, a-t-il déclaré. M. Pahadi a insisté sur le fait que le nombre de personnes qui participeraient à cette action était moins important que le message symbolique qu'elle permettrait de faire passer.
Demain, même s'il y a peu de monde, la présence des différentes organisations permettra de délivrer un message symbolique, (...) un message clair selon lequel nous sommes contre la décision du roi, qu'il n'y a pas de compromis sur le dos de la démocratie, a-t-il dit. M. Pahadi, un des instigateurs de cette action, a espéré que cela ne serait qu'un «début» qui permettrait de mobiliser dans la foulée les mouvements politiques et étudiants.
Peu après une réunion clandestine, M. Pahadi a été arrêté, a indiqué l'HURPES qui a précisé que l'action de protestation était toujours à l'ordre du jour. De nombreux militants politiques et associatifs sont passés dans la clandestinité depuis une semaine tandis que d'autres ont fui le pays, notamment des dirigeants du Congrès népalais, a indiqué un porte-parole de ce parti.
Les autres se réunissent clandestinement et préparent une stratégie (pour organiser) des protestations de rue pacifiques contre la décision du roi, a dit Arjun Narsingha. Le roi a limogé le gouvernement de Sher Bahadur Deuba notamment parce qu'il lui reprochait de n'avoir pas réussi à entamer des négociations avec les maoïstes en guerre contre le pouvoir depuis 1996. Il s'est donné trois ans pour ramener la paix et restaurer la démocratie.
(D'après AFP)