éco-solidaire...environnement durable... commerce équitable...
Il y a 10 ou 15 ans, dans un petit village de Thaïlande d'une trentaine de familles de riziculteurs, j'en comptais encore une dizaine qui labouraient leurs champs avec des buffles. Il en reste une. Et désormais, on élève ces animaux essentiellement pour leur viande.
Il y a 10 ans, une demi-douzaine de ces familles plantaient du riz organique. Il en reste 2.
Les semences de ce riz organique sont allemandes.
Il reste encore quelques rares producteurs de tissus de soie naturelle, sans colorants chimiques. Moyenne d'âge des tisserandes: dans les 70 ans.
Même au fin fond des campagnes, chaque bourg a son supermarché ou un 7/11.
Les sacs plastique jonchent toutes les campagnes, les bricks de lait aromatisé trempent dans les cours d'eau et les rizières, les eaux usées des garages sont évacuées sans aucune forme de traitement, et les timides plateformes de tri récupèrent une infime quantité des déchets.
Les chantiers routiers sont constants: quand on ne perce pas de nouvelle voie, on agrandit les autres. Les highways sont saturées de camions. Les 4x4 pullulent. les contrôles antipoullution sont inexistants, et des dizaines de milliers de véhicules hors d'âge continuent de sillonner le pays.
Les trains tombent en panne, leurs voies sont désuètes et dangereuses.
Les jeunes adultes, dès qu'ils le peuvent, s'exilent à Bangkok pour travailler dans des usines d'électronique ou de production automobile japonaises.
Ils vivent dans des cités-dortoirs, et tous les ans sortent dans les banlieues de la capitale des milliers d'appartements de béton, minuscules, entre bidonvilles, terrains vagues et klongs putrides.
Les centres commerciaux poussent comme des champignons, leurs KFC et autres chaînes de junk food draînent toutes les générations à chaque fin de semaine.
Les îles sont défigurées, leurs côtes sont bétonnées, leurs plages occupées par des transats, des restaurants avec des tables en plastique et des jetées de béton. Leurs jungles sont mitées, leurs mers polluées, les fonds détruits par le tourisme industriel.
On construit n'importe où, n'importe comment, une infinité de chantiers sont démarrés sans jamais être achevés, et si besoin on arrache des pans de la montagne pour établir de nouvelles parcelles constructibles, pour de futurs hôtels de luxe, pseudo bungalows pour touristes en mal d'exotisme, parcs d'attractions ou gogo-bars.
Fort heureusement, les charitables membres de la famille royale ont initié une infinité de sites, centres, forums, villages, groupements pour défendre artisanat, tradition, qualité, savoir faire, naturel. On peut en voir les résultats aux actualités royales diffusées quotidiennement sur toutes les chaînes télé: robes de luxe inestimables, orfèvrerie, laques ...de quoi chavirer Mesdames les Ambassadrices de passage dans le pays.
Et de plus, SAR Bhumipol, protecteur des arts et lettres, n'est-il pas Le premier Ecologiste du pays, ayant énoncé dès le début des années 70 sa philosophie économique, basée sur l'autosuffisance de la Nation et la préservation de ses habitats naturels? Preuve que le Thaï maîtrise la Nature: le Ministère royal de la Pluie, chargé de veiller sur le climat régional, et au besoin de déclencher la pluie quand et où elle est nécessaire.
Et depuis quelques années, les prestataires touristiques locaux se parent de labels fleuris, de pastilles vertes et de certificats forcément responsables, garantissant au voyageur, lui aussi forcément responsable, et tout juste débarqué de son A380, que son empreinte écologique sera réduite au maximum, qu'il participera à la sauvegarde du village, de la province, du pays, de la région, de la planète. La preuve: le savon de la salle de bains de son hôtel est bio.
Ici, un hôtel de grand standing a creusé une partie de sa propriété pour y planter une rizière: sitôt achevées les saucisses de son petit déjeuner, le touriste à l'AMEX peut ainsi, au pied de son lit, prendre conscience de la difficile vie du paysan local.
Là, un petit malin expatrié francophone a construit quelques bungalows traditionnels (mais avec air conditionné et baignoire) et vous sert sa prestation durable en allant vous chercher en D-MAX ISUZU à l'aéroport de la province: on ne va quand même pas vous faire traverser le pays en voiture ou vous imposer une charrette à boeufs. Et vous pourrez toujours diminuer votre empreinte écologique en faisant du vélo dans le village: prêt gratuit.
Alors non, je ne sais pas si votre message est bien clair.🙂
Bon voyage.