Partie 5 Le Nouveau-Mexique
J30 à J38
La plupart des dividers considère le Nouveau-Mexique comme le plus difficile état de la Great-divivide a cause du vent pleine quasi permanent, d'un relief toujours vallonné et de ces pistes qui sont les plus défoncées du parcours. Pour ne pas faire mentir cette réputation, a peine passé le panneau d'entrée dans l'état que la piste devient un vrai chemin VTT.

C'est une vrai bavante et j'ai toute les peines du monde a atteindre en fin de matinée le sommet de ce chemin qui ne fait que de monter et descendre jusqu'à arriver sur la très belle crête de Brazos ridge HP.

S'en suit une jolie descente sur le sommet de cette crête. On se croirait sur une crête du Jura. Je m'arrête le midi manger au Lagunitas campground qui est composé de deux petits lacs, le upper et le lower.

L'après-midi est un enchainement de montées-descentes sans cesse au dessus de 3000m jusqu'à rejoindre la route pour la montée finale de 7,5 km qui mêne au campground du soir au bord de l'Hopewell lake. Cette journée malgrés sa relative petite longueur (118km) fut assez dur avec ces 2500m de d+, avec la matinée dans des chemins bien pourris. J'arrive bien claqué au campground. Je monte mon campement et vais chercher de l'eau. La source est a sec il faut dire qu'il n'a pas plus dans le coin depuis sacrément longtemps. Heureusement des campeurs feront le plein de mes gourdes.
Le lendemain une nouvelle journée difficile m'attend. La piste est cette fois en meilleur état mais continue a jouer aux montagnes russes a travers la Carson national forest. Les forets du Nouveau-Mexique ne sont bien sur pas celles rencontrées au Canada où dans le Montana, la végétation est ici beaucoup plus petite, composée essentiellement de pins. Je croiserais deux petits villages dans la matinée, Vallecitos perdu au milieu de cette foret et qui ressemble bien plus a un village Méxicain qu'Américain, puis El Rito qui marque le retour sur la route. Dans ce village on retrouve la très étrange sculpture du Mars polar lander.

Je file sur cette petite route a profil descendant en direction de la ville d'Abiquiù où je souhaite manger. Mais cinq kilomètres avant la ville je croise une pizzeria, je suis affamé et je me dis qu'il me faut prendre ma revanche avec les pizzas américaines taille L. La patronne très aimable me montre les différents moules qui correspondent aux tailles de ces pizzas. En voyant la taille L prendre l'entiereté de la table de son petit comptoir je me dis que ce n'est encore pas pour cette fois et commande une M (qui doit correspondre au pizzas 40cm chez nous) que j'aurais déjà énormément de mal a finir. Elle me déclare que seul les participants au Tour divide lui commande ces pizzas géantes (et les finissent !) ce qui en dit long sur leur état physique quand ils arrivent ici, dans le dernier état de leur course. La patronne adorable ayant un grand respect pour les dividers m'offre les boissons et des cookies maison en dessert (que j'emporterais car impossible de manger encore quelque chose maintenant).

Je fais ensuite les courses au familly dollar puis vais boire un café et profiter de la wifi à Abiquiù avant la belle bavante qui m'attend l'après-midi. Abiqiuù ne possède qu'un seul commerce qui sert de restaurant, pompe a essence et de magasins. L'endroit est étrangement blindé de monde. Je repars assez tardivement pour la montée considérée la plus difficile de toute la Great divide, la montée sur Polvadera mesa.
Sa première partie n'est pas particulièrement difficile et se déroule sur piste. Malgrés qu'il soit 16h quand je l'attaque, il fait particulièrement chaud. Sur cette piste on retrouve pas mal de petits serpents écrasés. Je m'arrête a un moment car j'en croise un qui n'ai pas vraiment petit. Il mesure bien un demi mètre, il est de couleur jaune et posé au milieu de la piste. Je ne suis pas sur qu'il soit écrasé alors je reste a distance a fait du bruit pour le faire partir. Pas un mouvement je décide donc de passer en le contournant le plus possible et le plus vite possible. Au moment où je passe juste a coté, il se retourne et met une grosse accelération dans ma direction. Je monte très vite les pieds au niveau de mon cadre histoire que s'il morde il attrape un pneu ou le cadre de mon vélo plutôt que ma jambe. Il passe finalement entre mes deux roues comme si de rien était. M'aura bien fait peur ce con.
Puis viens la deuxième partie tant redoutée de la montée. La trace est de nouveau boisée contrairement a sa première partie désertique. Polvadera Mesa est en fait un volcan. La région en est truffée. Si la montée est si dure c'est parcequ'on passe en fait en alternance sur ces pierres volcaniques blanches où les roues dérapent obligeant constamment a changer de trajectoire et sur du sable où les roues s'enfoncent terriblement. Cette montée serait assez plaisante en tout-suspendu mais s'avère une bonne bavante en semi rigide de 30kg. Je grimpe malgrés tout la totalité sur le vélo, mais que ce fut dur. J'arrive vraiment peu avant la nuit au Polvadera campsite, qui n'ai pas encore au sommet de cette montée que je finirais demain.

Le campsite est vraiment perdu au milieu des bois. J'y suis a nouveau seul et me fait un bon petit feu. Je ne sais pas si je suis toujours en zone habitée par les ours, donc je continue a prendre toute les dispositions comme s'ils étaient toujours présent.
En en finissant avec ce raidar de Polvadera Mesa je croise un couple de dividers Américains. Chargés comme des mulets, ils ne semblent pas vraiment apprécier cette montée qu'ils ont effectués quasiment en totalité en poussant leur vélo. Je dois atteindre pour la mi-journée la petite ville de Cuba située a une centaine de kilomètres d'ici et j'ai déja perdu une demi-heure en démarrant la journée car je voulais prendre un raccourci pour rejoindre la piste depuis le campsite qui m'a amené a pousser mon vélo dans un énorme talus donc je ne m'attarde pas avec eux. La différence de décor entre le matin et l'après-midi est saisissante. Passé Polvadera Mesa, l'itinéraire jardine pas mal sur un haut-plateau qui ne fait que monter et descendre dans une forêt d'épicéas et de sapins. On se croirait à La Féclaz où dans le Jura.

Puis la trace entame une grande descente très plaisante jusqu'à Cuba de 800m de dénivelé négatif. Ce sera le dernier passage au dessus de 3000m. Au fur et a mesure on voit la végétation disparaitre. Puis j'arrive à Cuba manger a son subway et faire des courses. Le nombre de subways aux Etats-Unis est vraiment impressionnant, beaucoup plus que de Macdo.
L'après-midi démarre sur la grande route avec un vent pleine face terrible. Pas très très agréable. Puis après une trentaine de kilomètres, on part enfin sur une piste qui en plus change de direction et quitte le vent pleine face. L'itinéraire est tout plat et traverse a nouveau le désert. Il est en revanche très beau car il croise bon nombre de formations volcaniques aux formes toutes plus extravagantes les unes que les autres. Je croise mes premiers cactus.


Je m'arrête dormir au beau milieu de rien du tout alors qu'il fait grand nuit depuis une bonne demi-heure. Il faut dire qu'on est maintenant le 29 Septembre et que depuis mon départ les journées ont sacrément diminuées.
La journée du lendemain est une nouvelle traversée du désert jusqu'à la ville de Grants. Encore de magnifiques formations géologiques, mais je les apprécient moins car le vent souffle comme jamais et il commence vraiment a me gonfler. De plus quelques ranchs qui vivent ici totalement coupés du monde a 80 km de toutes autres civilisations ont décidés ici de privatiser le chemin et je me retrouve a devoir porter 5 fois mon vélo chargé a bout de bras.

J'arrive complètement explosé et tard a l'endroit où je souhaitait m'arrêter manger. Il reste pour l'après-midi une montée de col sur piste apparemment difficile. Je choisirais de prendre la variante par la route, démoralisé par cette matinée dans ce désert venteux et remplit de washboards où je ne me voyais pas avancer. J'arrive au campground de Grants par la mythique route 66, même si elle ne présente ici aucun intérêt. Je monte ma tente, prend une douche et file faire les courses au Wallmart.

Le lendemain deux variantes se proposent a moi. Je choisis la plus courte a travers El Malpais national conservation area. Le parcours est tout plat. Les kilomètres défilent jusqu'à ce qu'une nouvelle fois le vent pleine face se lève. Je m'arrête faire une pause a une des curiosités du coin, la Ventana natural arch.

La trace repasse ensuite sur une piste remplie de washboards. Sur cette piste toute plate casse cul on ne se voit pas avancer. J'y croiserais une marcheuse du continental divide qui mettra surement deux jours a en venir a bout avec son énorme sac a dos et je me dis que finalement j'avance plutôt assez vite. La fin de cette horrible piste et le début d'un peu de relief est accueillis très joyeusement. Cette nouvelle piste continue jusqu'atteindre le target du soir dans la ville de Pie Town. Je souhaite dormir dans un lieu très connu des dividers, peut être bien le plus connu, la fameuse toaster house. Cette maison est en fait une espèce d'auberge Espagnole où tout les dividers a vélo ou a pied peuvent aller et venir a leur bon vouloir. Sa propriétaire ayant déménagée la laisse ouverte en permanence et passe même faire des courses de denrées non périssables. Tout dividers est juste chargé de laisser l'endroit comme il l'a trouvé, de mettre un petit mot dans le registre et glisser un petit billet dans la boite pour l'eau et l'électricité. Ce lieu est assez magique mais malheureusement ce soir aucun autre dividers n'y viendra.


On retrouve même ici une station de réparation de vélo, qui a été montée en hommage a un coureur du Tour divide, JD Pauls. Celui-ci faisant la course en 2013 a cassé son axe de roue dans ce trou paumé qu'est Pie Town. Bien sur le premier réparateur de vélo se trouve a des centaines de kilomètres d'ici et donc des habitants avaient réussi a lui en fabriquer un de toute pièce avec lequel il a pu finir la course. Il est mort quatre ans plus tard d'un cancer et avait marqué sur son testament qu'il souhaitait a son décès une station contenant tout pour réparer un vélo a le toaster house de Pie Town.

Pie town est connu pour deux choses, la toaster house et ces tartes qui ont même fait changé l'ancien nom du village en Pie Town. Ces tartes sont servies dans deux restaurants et après m'être installé et douché je fille au plus connu d'entre eux manger une bonne tarte pour le goutter.

Ce sont de grosses tartes aux fruits, bonnes et qui bourrent très vite. Le patron me demande si je dors à la Toaster house et je lui réponds que oui. Il n'y a rien du tout a faire à Pie town. Le lieu contient trois restaurants car la route qui le traverse semble être assez fréquentée mais aucun n'est ouvert le soir. Le village est perdu et très pauvre. Difficile de s'imaginer vivre ici sans y être née. Je rentre à la casa manger des pâtes et me couche tôt.
A mon réveil le lendemain je découvre pourquoi le patron souhaitait savoir si je dormais à la toaster house. A la fermeture du magasin il est venu et a déposé sur la table du salon gratuitement les deux énormes tartes qui restaient de la veille. Adorable. J'en mangerais immédiatement la moitié d'une au petit déjeuner puis embarquerais avec moi la seconde. Je laisserais la deuxième tarte pour les prochains dividers, probablement la marcheuse que j'ai croisé la veille dans le désert.

L'étape du lendemain n'est pas très difficile, mais très longue (165km). Elle m'enmenne de Pie Town à la Beaverhead ranger station à travers la jolie Gila national forest. Je croiserais a l'entrée de cette foret, juste après avoir mangé un dividers en panne mécanique. Il refuse toute aide donc je poursuis ma route.

Plus loin, a un croisement du continental divide je rencontre un couple agé de dividers américains. Je leur dit que passé ce point le profil devient légeremment descendant. Ils se croient tout a coup sortis d'affaire et en roue libre jusqu'à Beaverhead ranger station a coté duquel je souhaite m'arrêter pour la nuit. Cela ne se passera bien sur pas comme ça et je ne les verraient jamais arriver jusqu'à là pour la nuit. La Gila forest était le lieu de vie du célèbre guerrier Appache Geronimo qui semble être le héro local. En m'arrêtant a la ranger station faire le plein d'eau j'assisterais au décollage en trombe d'un hélicoptère et de ces rangers pour un départ de feu de forêt.
