Bonjour,
Je lance une première bouteille à la mer concernant un projet de partir naviguer plusieurs années en famille autour de l'Europe. Nous sommes un couple avec un bébé de 10 mois. Mon activité professionnelle me permet de travailler à distance tant que je peux recharger la batterie de mon macbook et que j'ai de temps en temps un accès internet. Pour le moment mon épouse ne travaille pas mais elle étudie les possibilités de lancer une activité pilotable à distance.
Nous envisageons de partir en 2012 sans donner plus de précision pour le moment tant un projet de ce type comporte d'inconnues. Nous n'avons pas encore de bateau et sommes en pleine réflexion quant au projet dans sa globalité : quel bateau acheter, comment le financer, comment réussir à travailler, conserver un logement ou non, etc...
En ce qui concerne le bateau : un voilier bien sûr ! En ce qui concerne la taille et le type de bateau ça se corse ! Il y a bien entendu le budget mais aussi mon goût pour les "jolis" bateaux. Même si on n'est pas pressé pendant ce type de croisière, on est content d'avoir un bateau bon marcheur et capable de faire un près correct quand on se retrouve dans des situations météo inconfortables. Je dois dire que mon choix serait du style tout l'un ou tout l'autre : soit un dériveur intégral soit un bateau ayant du pied dans l'eau ! Pour le moment la balance penche d'avantage vers le quillard même si aucune porte n'est fermée.
La taille suscite un vaste débat tant elle influe sur le budget notamment. Même si cela peut surprendre, je trouve que la longueur idéale se situe autour de 34 pieds. D'aucun me diront qu'on ne met pas grand chose dans un bateau de 10 mètre, mais le but n'est pas de reproduire sur l'eau notre mode de vie de terrien. Là où j'ai un dressing avec des dizaines de chemises ou de chaussures, j'aurai quelques t-shirts, pulls et une paire de Dockside ! Un ipad se substitue facilement à des centaines de livres, un ipod permet d'emporter avec soi tout le contenu de la cédéthèque, etc... Par ailleurs, notre vie nomade nous éloignera rarement plus de 10 jours d'un lieu permettant de faire des vivres facilement.
Côté aménagement intérieur, la présente du petit Aedan et la contrainte de devoir travailler à bord (même si on peut aller dans le premier café ou Mc Donald venu) oblige à avoir au moins une cabine avant et une cabine arrière et un intérieur permettant de s'isoler ce qui n'est pas toujours le cas avec les bateaux de "voyages" comme les RM par exemple.
Evidemment il y a beaucoup beaucoup à dire... mais pour le moment je souhaite avant tout avoir un premier retours histoire de "depayser" le débat .
Bonjour à tous, nous sommes en train de préparer un tour du monde en voilier prévu pour, grand maxi dans 2 ans (si nous sommes prêt avant nous partons avant, trop pressés nous sommes 😉). Ma question est : pour ce qui est de la conservation des aliments dit secs, est ce que que je peux les conserver dans des boites de lait en poudre pour bébé ? Je crains l'oxydation. J'ai lu sur certain blog que certains conservaient dans des bouteilles d'eau de 5 L. est ce mieux ? je me dis en cas de "squatage" animalier ou autre, que perdre 900g (boite bb) m’embête beaucoup moins que 5 L. D'un autre coté, ça craint peut être moins niveau matière et c'est peut être plus hermétique.
De vos grandes connaissances et expériences😉, que me conseillez vous? connaissez-vous des liens, blog, forum, où une personne explique ce genre de "petit" détail ?
merci à tous.
manganaise
merci à tous.
manganaise
Bonjour à vous!!!😉
Et si cette fois ci, nous parlions du commerce illégal des tortues à Mada et des espèces qui peuvent y vivre!!!!
voila le lien concerçant ce trafic illégal😕
http://www.aquaportail.com/news-299-le-commerce-illegal-menace-les-tortues-de-madagascar.html
Et si cette fois ci, nous parlions du commerce illégal des tortues à Mada et des espèces qui peuvent y vivre!!!!
voila le lien concerçant ce trafic illégal😕
http://www.aquaportail.com/news-299-le-commerce-illegal-menace-les-tortues-de-madagascar.html
Bonjour à tous,
Le tour de l’Afrique sur le neoRiviera a regroupé un bon nombre de membres de notre forum. Nous nous connaissions pour certains, pour avoir effectué déjà un, voire deux tours du monde.
Depuis, le temps est passé vite, très vite, trop vite. Happé par notre vie de grand-parents, nos amis et nos nombreux déplacements, je n’ai pas eu le temps de vous communiquer notre ressenti de cette magnifique croisière de 2 mois.
Ne dit-on pas mieux vaut tard que jamais ?
Et puis ces escales sont à l’affiche de croisières, que ce soit MSC ou Costa. Peut être que notre récit pourra donner une idée aux croisiéristes qui vont fréquenter ces pays. Si cela peut être utile à l’un d’entre nous, je dirais le plus simplement du monde que ce récit aura servi à quelque chose.
Alors je vous souhaite une bonne lecture, même si celle-ci peut vous paraître longue (et parsemées de fautes d’orthographe), c’est un large extrait du livre de bord rédigé quotidiennement à bord.
Alors à bientôt sur vos écrans en cinemascope color avec son Dolby stéréo
Christian
Le tour de l’Afrique sur le neoRiviera a regroupé un bon nombre de membres de notre forum. Nous nous connaissions pour certains, pour avoir effectué déjà un, voire deux tours du monde.
Depuis, le temps est passé vite, très vite, trop vite. Happé par notre vie de grand-parents, nos amis et nos nombreux déplacements, je n’ai pas eu le temps de vous communiquer notre ressenti de cette magnifique croisière de 2 mois.
Ne dit-on pas mieux vaut tard que jamais ?
Et puis ces escales sont à l’affiche de croisières, que ce soit MSC ou Costa. Peut être que notre récit pourra donner une idée aux croisiéristes qui vont fréquenter ces pays. Si cela peut être utile à l’un d’entre nous, je dirais le plus simplement du monde que ce récit aura servi à quelque chose.
Alors je vous souhaite une bonne lecture, même si celle-ci peut vous paraître longue (et parsemées de fautes d’orthographe), c’est un large extrait du livre de bord rédigé quotidiennement à bord.
Alors à bientôt sur vos écrans en cinemascope color avec son Dolby stéréo
Christian
Bonjour, pour une croisière sur COSTA MEDITERANNEA CARAIBES 30 Novembre, nous souhaitons faire une excursion de nage avec les dauphins, plusieurs sont proposées:
- Ocho Rios /Jamaique avec un combine Riviere Duns
- Roatan /Honduras
- Cozumel/Mexique
Parmis ces 3 pouvez vous me dire celle qui se fait le plus en milieu naturel et leurs différences, afin de nous aider à faire notre choix
Je vous remercie d'avance
Après 2 fabuleux voyages en été ( 2014 et 2016), nous sommes retournés dans le nord de la Norvège une semaine en mars 2018 avec comme base la ville de Tromsø. Nous avons rayonné en voiture en profitant des activités hivernales et du spectacle des aurores boréales.
Le récit de ce voyage hivernal est à découvrir ici :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagestromsoe/
Le récit du voyage estival de 2014 est à découvrir là :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesnorvege/
Et celui de 2016 est ici :
sites.google.com/...xvoyagesscandinavie/ Bonne découverte !

============================================================================= Fjords et glaciers, colonies d'oiseaux, rennes en troupeaux, trolls de pierre, lacs et rivières, monts et tunturis, voici pêle-mêle quelques souvenirs d'un séjour en Scandinavie qui a mieux commencé qu'il n'a fini 😉. Voyage d'un mois en camping-car entre Norvège, Finlande et Suède.
Présentation
En 2014, la Norvège avec ses fjords profonds, ses glaciers étincelants, ses innombrables lacs et ses chapelets d'îles nous avait conquis. Sans parler de la lumière arctique absolument magique !
Nous avions par conséquent hâte d'y retourner cet été (2016) afin de compléter notre connaissance du pays et de profiter à nouveau de l'ambiance très particulière du soleil de minuit.
Parmi tous nos coups de cœur la fois précédente, les îles Lofoten figuraient en première position et bien qu'y ayant passé sept jours, nous étions persuadés de ne pas avoir exploré toutes leurs ressources. C'est donc très naturellement que nous remettons cette destination en tête de liste pour ce deuxième voyage.
A partir de ce premier élément, l'orientation du voyage se met en place. En complément des îles Lofoten, nos choix se portent vers d'autres contrées du nord, voire de l'extrême nord de la Norvège et des régions limitrophes.
Nous imaginons une boucle au départ de Tromsø passant par les péninsules du cap Nord, de Nordkinn et de Varanger. Une fois arrivés aux confins nord-est du pays, nous comptons traverser la frontière pour passer quelques jours en Finlande puis en Suède avant de retrouver la Norvège à hauteur de Narvik. Pour finir, la dernière partie du circuit sera consacrée aux îles Lofoten, Vesteralen, Senja et Kvaløya avant de refermer la boucle à Tromsø.
Restait à déterminer le mode de déplacement. En 2014, nous avions adoré la liberté que nous avait procurée le camping-car et souhaitions renouveler l'expérience. Mais allions-nous à nouveau louer le véhicule en Allemagne et faire par la route le long trajet jusque dans le grand Nord ? Après réflexion, nous décidons de rejoindre Tromsø en avion et de louer un camping-car localement. Nous faisons affaire avec le loueur norvégien Compassbobiler.
Tout est alors calé. Départ le 9 juin 2016, retour le 11 juillet. Distance totale estimée à 5 000 kilomètres maximum, soit moitié moins que lors notre voyage précédent. Nous aurons donc largement le temps de randonner et de pêcher, bref de profiter !
Nous resterons en permanence au nord du cercle polaire, ce qui signifie… soleil de minuit assuré ! Quant à la météo, nous espérons qu'elle sera aussi belle qu'il y a deux ans.
En attendant, nous prenons plaisir à observer le cap Nord sans quitter notre fauteuil grâce aux images de la webcam ;-)
Notre parcours
Arrivée à Tromsø, première étape vers les Alpes de Lyngen
J1 : Jeudi 9 juin 2016
En avion, Oslo n'est qu'à deux heures quinze de Paris et Tromsø à moins de deux heures d'Oslo. Mais en choisissant des vols au meilleur prix, nous nous infligeons une très longue journée de voyage avec une escale de 5 heures et demie à Oslo.
Une durée qui va encore s'allonger d'une heure en raison d'un retard de l'avion pour Tromsø.
Bref, au lieu de 23 h 45, il sera presque une heure du matin à notre arrivée dans le grand Nord. Mais heureusement sous ces latitudes à cette époque de l'année il fait jour toute la nuit. C'est donc les yeux rivés sur les sommets enneigés brillant au soleil que nous rejoignons le centre-ville de Tromsø en taxi pour une courte nuit bien méritée au Scandic Ishavhotel.
J2 : Vendredi 10 juin 2016
A dix heures nous avons rendez-vous avec Olav qui doit nous livrer notre camping-car. C'est alors seulement que débutera véritablement notre aventure dans le grand Nord.
Cela nous laisse le temps de prendre un petit déjeuner gargantuesque puis de faire un petit tour sur les quais, histoire de découvrir notre hôtel dans son environnement immédiat.
Mais il vaut mieux être bien couvert, dehors le temps est plutôt frisquet. Dix degrés seulement et un ciel couvert pour l'instant. Mais patience, ça devrait s'améliorer.
Reconnaissable à sa haute flèche semblable à un mât de bateau, l'hôtel Scandic se dresse fièrement en bordure de fjord.
Tout le long du quai sont alignées des maisons en bois aux façades colorées qui nous rappellent un peu celles de Bergen ou de Trondheim.
Sur la rive opposée, on aperçoit la silhouette moderne de la cathédrale.
Devant le musée polaire, des "outils" nous laissent perplexes. Ces harpons explosifs ne laissaient aucune chance aux baleines :-(
Il est l'heure d'interrompre notre balade afin de revenir à l'hôtel, le loueur ne va pas tarder.
Un peu après 10 heures, il nous amène le camping-car que nous avons réservé.
Il s'agit d'un fourgon aménagé Challenger Vany 03, monté sur un châssis Fiat Ducato, de moins de 6 mètres, tout neuf, 3 500 km au compteur. Nous en serons les premiers utilisateurs. Il ressemble beaucoup au Pössl que nous avions loué en Allemagne en 2014. Néanmoins, dès le premier coup d'œil à l'intérieur, nous réalisons qu'il est beaucoup moins fonctionnel côté rangement. Pour l'instant, nous mettons nos sacs en vrac à l'arrière en nous demandant comment faire tenir toutes nos affaires dans un aussi petit espace.
Après avoir passé en revue le fonctionnement du camion et rempli tous les documents, nous sommes prêts à quitter Tromsø en fin de matinée, enfin pas tout à fait encore, car il reste à faire les courses. Un supermarché Coop à la sortie de la ville fait notre affaire. Après avoir erré d'un rayon à l'autre et failli prendre du pâté de foie de morue à la place du thon en boîte, nous finissons par trouver de quoi remplir frigo et placards.
Il est maintenant un peu plus de 12 h 30, nous voilà partis pour de bon.
Entre-temps, le ciel s'est dégagé, laissant place à un beau soleil qui fait grimper le thermomètre jusqu'à 14 degrés.
Direction, la péninsule de Lyngen à l'est de Tromso et plus particulièrement son extrémité nord-ouest, où nous avons prévu la première randonnée du séjour, vers le phare de Lyngstuva.
La destination est à 100 kilomètres mais à mi-route, nous devons prendre un ferry pour traverser l'Ullsfjord entre Brevikeidet et Svensby. Le prochain départ est à 13 h 15, mais à force de nous arrêter à tout bout de champ, nous finissons par le louper.
C'est la faute aux paysages (ces forêts de bouleaux d'où dépassent des sommets saupoudrés de neige) pour lesquels nous multiplions les arrêts.
Nous sommes quittes pour attendre le suivant à 14 h 15, une courte attente mise à profit pour commencer le rangement.
Pendant la traversée de 20 minutes, nous avons tout loisir de contempler tranquillement l'enfilade de sommets laissés derrière nous. La neige est encore bien présente.
En débarquant à Svensby, nous partons vers le nord. Vers 16 heures, nous atteignons enfin Russelv. Quand la route se termine en cul-de-sac, nous continuons à pied sur un large chemin en bord de mer puis sur une petite sente qui nous fait prendre un peu hauteur.
Une table bien placée nous invite déjà à une pause en terrasse avec une magnifique vue sur l'océan et les îles.
Au passage, je signe le livre d'or contenu dans cette jolie boîte aux lettres placée devant une maison en ruines mais surtout devant un panorama d'exception.
Sommes-nous arrivés ? Non pas encore ! D'ailleurs avant de découvrir le phare, notre regard tombe sur ces carcasses de bateaux au pied de la falaise, signes qu'ici les tempêtes sont terribles.
Allez, encore un dernier effort, le phare est maintenant à nos pieds et juste à côté, une petite cabane dans laquelle on peut passer la nuit.
Sur le trajet du retour, nous nous offrons un petit détour vers un point de vue dominant le phare, un beau belvédère qui permet de prendre toute la mesure de ce merveilleux bout du monde.
Il n'y a plus qu'à descendre de la colline et à retrouver notre Vany, stationné dans la baie de Russelv.
Une très belle randonnée : 7 kilomètres en 3 heures avec les pauses et les différents détours (sinon 2 heures en aller retour), facile pour une première journée. Une excellente mise en jambe avant un itinéraire un peu plus consistant demain.
En attendant il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac pour ce soir. J'avais repéré un petit coin en retrait de la route, au sud de Sør -Lenangen. Il faut donc revenir de 25 kilomètres sur nos pas. L'endroit nous convient, c'est parfait.
Entre la préparation du dîner et le rangement des affaires, la soirée passe à toute vitesse. Nous installons les caches à ventouses sur le pare-brise (beaucoup moins performants que les volets en accordéon qu'il suffisait de déployer sur le Pössl) et tirons les rideaux pour une première nuit à bord.
Distance parcourue dans la journée : 125 kilomètres.
Phare de Lyngstuva
Du glacier de Steindalen (Lyngen) au sommet de Vardhaugen (Kågen)
J3 : Samedi 11 juin 2016
Ce matin, le ciel est partagé entre nuages et éclaircies et le thermomètre affiche 11 degrés, un peu comme hier, quoi !
Nous comptons poursuivre aujourd'hui la découverte de la péninsule de Lyngen, plus particulièrement la vallée de Steindalen au fond de laquelle se trouve le glacier Steindalsbreen. Situé à 460 mètres d'altitude, on peut l'atteindre à l'issue d'une randonnée de 5 à 6 heures.
Nous avons par conséquent un peu de route à faire ce matin pour rejoindre Steindalen, dans la partie sud-est de la péninsule, après le hameau de Furuflaten.
Peu de circulation en ce samedi matin. Pourtant en arrivant il y déjà plusieurs voitures sur le parking, notamment un minibus immatriculé dans la région lyonnaise dont viennent de descendre une dizaine de randonneurs déjà sur le départ à l'instant où nous nous garons.
Le temps de tout préparer, il est 10 h 30 quand nous nous élançons sous un soleil de plus en plus généreux. Chic !
Nous suivons tout d'abord un large chemin qui va finir par se rétrécir pour grimper raide dans la forêt.
Il nous faut plus d'une heure pour arriver à Steindalshytta, perchée à 260 mètres d'altitude, un endroit parfait pour reprendre des forces.
Devant la cabine (qu'on peut d'ailleurs louer) nous retrouvons notre groupe de Français en train de pique-niquer. Ils participent à un voyage organisé par l'agence 66° Nord. Nous profitons de leur présence pour nous faire tirer le portrait.
Il est midi. Après nous être sustentés, nous sommes déjà prêts à poursuivre, alors que le groupe est toujours attablé.
Après avoir traversé un petit pont de bois, nous longeons le torrent et accélérons le pas sur un terrain maintenant beaucoup plus plat et sans difficulté.
Dix minutes plus tard, nous atteignons le point de vue sur cette belle vallée en V. On commence à apercevoir le glacier au fond.
Mais pour y arriver, il faut encore gravir une crête et passer toute une zone de moraine caillouteuse sur laquelle on a l'impression de ne pas avancer.
Heureusement la vue est à la hauteur de nos efforts. En nous retournant, quel panorama !
A intervalle régulier, des pancartes nous indiquent que le glacier était beaucoup plus étendu il y a encore quelques années.
Cinq minutes plus tard (13 h 15) nous atteignons enfin le bord du lac glaciaire dans lequel dégringole le glacier actuel. Tout simplement grandiose !
Nous profitons de ces quelques instants en solitaire avant de voir arriver nos premiers poursuivants que nous mettons à contribution une nouvelle fois pour nous prendre en photo.
A 15 heures nous sommes de retour à la cabine de Steindalshytta et 50 minutes plus tard, au parking.
Bilan : une magnifique randonnée (9,2 kilomètres en 5 heures et demie avec 460 mètres de dénivelé). Très beau temps, certes pas très chaud (entre 10 et 14 degrés) mais quand on marche, c'est idéal. Du vent à proximité du glacier.
Ce beau temps va nous accompagner tout au long de la soirée.
Après la randonnée, nous poursuivons notre route jusqu'à Skibotn sur la rive opposée du Storfjord, presqu'en face de Steindalen.
Nous posons le Vany en bordure d'une réserve naturelle, près de l'embouchure de la rivière Skibotnelva, face aux montagnes.
Il fait si beau que nous déployons nos chaises pliantes et assistons, attendris, au manège des huitriers-pies qui s'affolent pour leurs poussins à chaque passage de promeneurs.
Soirée paisible. Le soleil a sûrement brillé une partie de la nuit mais, avec presque 10 kilomètres dans les jambes, nous n'avons pas la force de veiller si tard. Dodo de bonne heure.
Distance parcourue dans la journée : 116 kilomètres.
Vallée de Steindalen
J4 : Dimanche 12 juin 2016
Qui dit dodo de bonne heure dit réveil de bonne heure. A 3 heures du matin, plus moyen de fermer l'œil. Une heure plus tard, nous levons le camp.
Dehors il fait 6 degrés (brr!) et comme les jours précédents nuages et éclaircies cohabitent. Quel est le programme aujourd'hui ? Ce qui est sûr, c'est que nous souhaitons rallier l'île de Kågen où nous avons sélectionné deux randonnées.
Pour l'une, il faut compter 7 heures de marche pour un dénivelé de 800 mètres, ouille. Il faut surtout être assurés d'avoir du très beau temps, ce qui aujourd'hui n'est pas garanti. L'autre est plus courte (3 heures) donc plus accessible.
Commençons par faire le trajet jusqu'à destination, ensuite nous ferons un point météo le moment venu.
Comme la E 6 fait tout le tour du Kafjord, nous en avons pour près de 120 kilomètres, alors que si on pouvait éviter ce long fjord, on gagnerait un tiers sur le parcours.
Heureusement les paysages sont de toute beauté tout au long du trajet. Vue sur les Alpes de Lyngen qui, tels des pains de sucre, émergent du fjord.
L'île de Kågen est reliée au continent par un tunnel. A sa sortie, il faut prendre une décision afin de nous diriger en conséquence vers le point de départ de la randonnée retenue.
Nous préférons jouer la prudence (le temps n'est pas au beau fixe) et optons pour la plus courte. Elle part du petit village de Maursund où nous arrivons à 6 h 30 avec une envie irrépressible de dormir.
Aussitôt dit, aussitôt fait, le camping-car est très pratique pour ça.
9 h 30, il est temps de mettre un terme à notre petit somme.
Le ciel est voilé mais nous devrions disposer d'une fenêtre météo suffisante pour mener à bien notre randonnée.
A 10 heures, nous attaquons la montée le long d'un torrent dans une forêt de bouleaux nains. Nous suivons une trace GPS issue du site Internet ut.no. Heureusement, parce que la sente est à peine visible dans l'herbe haute.
Elle disparaît d'ailleurs complètement en débouchant sur un plateau où nous nous déplaçons à vue dans une toundra roussie gorgée d'eau et parcourue de petits ruisseaux qu'il faut enjamber à de nombreuses reprises. Vous remarquerez qu'il n'y a plus d'arbres à cette altitude.
La trace GPS conduit en principe au pied du cirque glaciaire qu'on aperçoit au fond de la vallée. Comme il n'a pas l'air de présenter un intérêt majeur, nous décidons de le zapper et de rejoindre directement le sommet de Vardhaugen.
Bonne intuition, car à près de 300 mètres d'altitude, la vue sur le détroit est incomparable. Ma mine réjouie le confirme !
La descente (et la montée si on monte par là) a le mérite d'être balisée, il suffit donc de suivre les marques jaunes pour retourner au bord du fjord.
Fin de la randonnée vers 12 h 30.
Après le déjeuner pris dans le camping-car, Hervé propose de nous rapprocher du point de départ de l'autre randonnée (celle qu'on avait écartée) pour éventuellement en parcourir le début si le temps se maintient.
Mais le ciel s'assombrit de plus en plus de sorte qu'en arrivant sur place il est exclus de randonner.
En revanche, dans les alentours, le pont de Skervøy a l'air d'être un lieu idéal pour la pêche. C'est l'occasion pour Hervé d'inaugurer sa canne à pêche pliante, achetée exprès pour ce voyage.
A peine la ligne jetée, déjà une prise. Deuxième essai… encore une ! La suivante… une de plus ! Et ainsi de suite. Bref, en cinq minutes, Hervé réalise une pêche miraculeuse qu'il finit par interrompre de peur de vider l'océan ;-)
Six beaux cabillauds ont mordu à l'hameçon ainsi que plusieurs poissons plus petits qui feront la joie des oiseaux. Le menu du dîner est tout trouvé.
Mais avant de consommer ces prises, il va falloir les vider et les découper. Sur l'aire de repos sous le pont, quelques pêcheurs également camping-caristes sont déjà à l'ouvrage. Des planches en bois sont d'ailleurs à la disposition du public à cet effet.
Sur les conseils d'une Alsacienne très douée, notre pêcheur s'essaie à la découpe en filets. Certes il n'a pas la dextérité (ni les outils adéquats) de l'Alsacienne, mais il ne se débrouille pas trop mal. Il aura d'ailleurs l'occasion de parfaire sa technique au cours du voyage.
Nous aurions pu rester garés sous ce pont pour la nuit mais comme il se met à pleuvoir, nous décidons de rouler encore un peu pour nous rapprocher d'Alta et gagner du temps pour demain.
Nous revenons alors sur la route E6 et la suivons en direction de l'ouest. La E6 est un axe majeur en Norvège, elle relie le sud au nord. Nous avons eu l'occasion de l'emprunter dans le sud et le centre du pays en 2014. Ce n'est pas pour autant une autoroute même si des travaux sont en cours pour l'élargir. Elle est même carrément étroite par endroits.
C'est le cas sur ce pont sur lequel je m'engage en même temps qu'un car de tourisme qui arrive en sens inverse. Au milieu du pont, j'ai peur qu'on ne puisse pas se croiser, je donne un coup de frein et un coup de volant à droite, trop à droite. Bang, je touche le parapet. Bilan : une petite éraflure sur le pare-choc avant droit et un enjoliveur en moins. Espérons que le loueur ne sera pas trop regardant !
Bon, assez pour aujourd'hui, vivement qu'on se pose. J'avais repéré une petite église en bord de fjord, à l'écart de l'E6, sur la Rv882, à Langsfjordbotn. L'endroit est sympa, on ne bouge plus !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Vue du sommet de Vardhaugen
Du canyon d'Alta au cap Nord (ou presque !)
J5 : Lundi 13 juin 2016
A 4 h 30, Hervé se lève, prend son petit déjeuner, sort faire un tour mais à son retour, je l'oblige à se recoucher. Il n'est pas question de partir comme hier aux aurores.
Vers 8 heures, je donne le feu vert pour nous lever et une demi-heure plus tard pour nous mettre en route.
Côté météo, nous sommes abonnés aux 11 degrés. Côté ciel, de petites averses et de belles éclaircies alternent tout au long du trajet jusqu'à Alta à 80 kilomètres.
Qu'y a-t-il de particulier à voir à Alta ? La ville est surtout réputée pour son site de peintures rupestres, classé au Patrimoine mondial. Elle est aussi connue pour son canyon, mais celui-ci demande un peu plus d'efforts pour l'atteindre : 5 à 6 heures de marche sont nécessaires pour s'en approcher. Bah, ça ne nous fait pas peur. Après en avoir vu des images dans le film "Le secret du Ragnarok", nous avons hâte de le voir en vrai.
Pour ce faire, à l'entrée d'Alta, nous prenons la direction de Kautokeino (Rv93) et 8 kilomètres plus au sud, tournons à gauche sur une petite route secondaire, asphaltée jusqu'à Gargia Fjellstue (auberge avec différents hébergements). On peut se garer à cet endroit, dans ce cas le canyon est distant de 22 km AR. Mais en poursuivant sur une piste gravillonnée jusqu'à un deuxième parking, on gagne 9 kilomètres AR. C'est bon à prendre et la piste ne pose pas de problème, pas même pour un camping-car.
A 10 h 30, hop, derniers préparatifs avant de verrouiller le fourgon.
Vue à 360 degrés sur les dômes rocheux environnants et sur les massifs plus lointains encore tout zébrés de neige.
Le parking est ici à 400 mètres d'altitude, le point culminant du parcours à 476 mètres et le point de vue sur le canyon à 430 mètres. Le dénivelé est par conséquent minime. Les seules difficultés du parcours sont liées à la distance (14 km) mais surtout à la qualité du terrain : plusieurs passages en milieu humide et trois traversées de rivière sont prévus. Hum, nous sommes curieux de voir comment cela va se passer. Le chemin est balisé par des marques rouges.
Les premiers passages sur sol spongieux se font sur des caillebotis, trop facile ! Si c'est le cas jusqu'au bout, il n'y a pas à s'en faire.
Mais c'est trop beau pour durer. En effet, nos chaussures ne restent pas sèches bien longtemps. Pour progresser, il faut régulièrement patauger dans des zones inondées et/ou faire des détours pour les contourner autant que possible.
Quant aux rivières, quelques pierres bien placées permettent de passer la première sans trop de difficulté. La troisième et dernière est la moins large et la moins profonde, donc la plus facile à traverser.
C'est la deuxième rivière qui va nous donner le plus de mal et pas seulement à nous. Entre-temps, on s'est fait rattraper par deux autres couples, l'un suisse, l'autre allemand. Chacun essaie de trouver sa solution, en amont, en aval, mais en vain. La Cahppesjohka est trop profonde et trop large pour espérer la franchir en quelques enjambées. Allons-nous devoir faire demi-tour ?
C'est finalement Hervé qui trouve la solution. A cette période de l'année, de grosses accumulations de neige bouchent encore le cours d'eau par endroits. C'est donc sur l'un de ces gros névés, de près de trois mètres d'épaisseur, que toute la troupe peut finalement passer.
C'est encore Hervé qui ramène tout le monde sur le droit chemin à la fin, les Suisses étant partis beaucoup trop loin.
C'est au niveau d'une table de pique-nique qu'un sentier très raide descend jusqu'au point de vue. Un peu avant 13 heures, nous surplombons le canyon.
Ce n'est pas le Grand Canyon américain mais la rivière Altaelva a creusé ici une gorge de 400 mètres de profondeur sur une distance de 15 kilomètres. A ce titre, c'est le canyon le plus long et le plus profond d'Europe du Nord.
Nous profitons de la table de pique-nique pour casser la croûte en compagnie du couple suisse. Ils sont pressés mais pas trop stressés, bien qu'ils doivent être à Tromso ce soir (à 400 km) pour prendre l'express côtier Hurtigruten. Ils ont le moral !
Quant à nous, c'est sans nous presser que nous rebroussons chemin, ravis de cette balade au but original qui change un peu des fjords et des glaciers. Retour au parking à 15 h 15 après avoir parcouru 14,3 km en 5 heures.
En soirée, nous rejoignons le centre-ville qui, en dehors de sa cathédrale très originale, ne présente pas un grand intérêt.
En revanche, l'avantage d'être en ville, c'est de pouvoir dîner au restaurant. Alors nous ne nous en privons pas. Au restaurant Hallde, nous choisissons le menu du Finnmark : pince de crabe royal, viande de renne et sorbets de fruits rouges, des spécialités typiques de la région pour une addition typiquement norvégienne, elle aussi ;-)
A la sortie du restaurant, dernière tâche : trouver un coin où passer la nuit. Nous souhaitons rester en ville afin de voir les fameuses peintures rupestres demain matin. Le musée tolère le stationnement sur son parking, mais il est en pente. Après avoir sillonné la ville de long en large à la recherche du lieu idéal, nous finissons sur le parking du supermarché REMA1000. Pas très bucolique comme lieu de bivouac, mais très calme.
Distance parcourue dans la journée : 150 kilomètres.
Canyon d'Alta
J6 : Mardi 14 juin 2016
Notre étape doit nous conduire aujourd'hui jusqu'au cap Nord. A l'extrémité de l'île de Magerøy reliée au continent par un tunnel, la commune de Nordkapp s'est déclarée point le plus septentrional d'Europe et donne accès via un péage (250 NOK par personne) à un bâtiment massif surmonté d'une balle de golf géante comprenant une salle d'exposition, un bar, une cafétéria, une boutique de souvenirs. Pour ce prix, les camping-cars ont le droit d'y passer une nuit.
Bref, ce lieu suscite beaucoup de polémiques. Pour les uns, c'est la destination mythique à ne surtout pas rater. Pour les autres, c'est le piège à touristes par excellence, le véritable point le plus septentrional du continent se trouvant trois kilomètres à vol d'oiseau plus au nord que Nordkapp et est uniquement accessible à pied au prix d'une marche de 9 kilomètres aller/retour.
Pour nous, le cap Nord n'est pas réellement un incontournable mais puisque notre itinéraire passe à proximité de la péninsule, autant nous forger notre propre opinion sur la destination. A suivre donc… car pour l'instant, si nous quittons le parking du supermarché sur lequel nous avons dormi, c'est pour prendre la direction de la lisière ouest de la ville où se trouvent le musée et les fameuses gravures rupestres.
Les falaises qui s'étendent derrière le musée jusqu'au bord de mer sont couvertes de quelques 6 000 gravures datant de la fin du néolithique, de 6 000 à 2 000 ans. 1559 Parmi les thèmes figurent des scènes de chasse, des symboles de fertilité, des ours, des élans, des rennes et des bateaux bondés. Pour les rendre plus visibles aux visiteurs, une partie des gravures a été revêtue d'ocre rouge, l'autre est dans son état originel.
Avant 8 heures, le circuit est déjà bouclé.
Nous quittons cette fois Alta pour de bon en direction des hautes terres rudes et sauvages. Cap au nord-est sous un ciel identique aux jours précédents et une température de 10 degrés comme d'habitude.
Nous laissons derrière nous les maisons colorées des fjords pour celles aux couleurs sombres des éleveurs de rennes.
La route E6 déroule son ruban de bitume à perte de vue, avec comme seuls repères, la ligne d'horizon et une rivière aux eaux tumultueuses dont elle suit les méandres jusqu'à Skaidi.
Quand la route se rapproche du cours d'eau, nous en profitons pour faire un arrêt, histoire de nous dégourdir les jambes en nous faufilant, à travers un petit bois de bouleaux tordus, jusque sur sa rive.
Après Olderfjord, la route E69 prend le relais vers le nord tout en longeant le magnifique Porsangerfjord. Notre Vany rejoint la file des camping-cars qui, les uns derrière les autres, convergent vers le point septentrional du continent. Français, Allemands, Belges, Suisses, Néerlandais, Scandinaves… à croire que tous les camping-caristes européens se sont donné rendez-vous là-haut. Entre ceux qui s'y rendent et ceux qui en reviennent, le flot est incessant.
La tradition veut qu'on se fasse un petit signe entre conducteurs de camping-cars. Comme ces véhicules sont quasiment les seuls sur le trajet, il y a du boulot ! J'essaie de m'y tenir moi aussi, du moins quand la largeur de la route ne nécessite pas toute mon attention et les deux mains sur le volant. En effet, l'étroitesse des voies par endroits et la taille de certains véhicules demandent une vigilance de tous les instants, d'autant qu'une petite bruine vient encore compliquer la conduite à l'approche du grand Nord.
En début d'après-midi, nous franchissons sans nous en rendre compte, ou presque, le tunnel qui relie le continent à l'île de Magerøy.
Sous un ciel de plus en plus menaçant, les paysages de toundra vallonnée, ponctuée de lacs sombres et de hardes de rennes, prennent une allure encore plus dramatique.
Vingt kilomètres au sud du cap, nous décidons de rejoindre Gjesvær dans un premier temps. La route, traversant un austère paysage rocheux, est de toute beauté.
Malheureusement, à notre arrivée, la météo se dégrade, impossible de randonner. A défaut, nous stationnons le camping-car dans le centre du village, en espérant pouvoir entreprendre une marche plus tard dans l'après-midi. En attendant des heures meilleures, nous débutons la première d'une longue série de parties de scrabble, une tasse de thé brûlant à la main et le chauffage du camping-car au maximum. La température extérieure ne dépasse pas 5 degrés.
Après toute une après-midi enfermés dans notre Vany, nous décidons de migrer vers Skårsvag, un village à l'est de la E69. S'il pouvait y faire meilleur ! Hélas c'est pire. L'ordinateur de bord indique maintenant 3 degrés et un risque de verglas. C'est l'hiver en plein mois de juin !
Nouvelle partie de scrabble à Skårsvag en regardant tomber la pluie et en suivant les allées et venues des deux autres couples de camping-caristes garés à nos côtés, les uns rémois, les autres lucernois. Nous finissons par enfiler imperméable et pantalon de pluie pour affronter le mauvais temps et les suivre à l'extrémité du village où nous les trouvons attablés au restaurant devant un plat de crabe royal.
En ce qui nous concerne, nous renonçons au crustacé géant (ce que nous regretterons amèrement par la suite) et commandons juste un verre de vin blanc en attendant notre dîner déjà prévu dans le camping-car.
Pour ce soir, vu la météo, nous renonçons à rejoindre Nordkapp. Payer le péage pour nous retrouver dans les nuages et sous la pluie, non merci ! On verra demain matin si le temps s'améliore. Nous restons donc garés dans le petit port de Skårsvag pour une nuit… dantesque !
Distance parcourue dans la journée : 286 kilomètres
Près du cap Nord
De Trollholmsund à Stabbursdalen, des rochers et une forêt remarquables
J7 : Mercredi 15 juin 2016
Toute la nuit, la pluie a martelé le toit du Vany. Un vent fou a secoué le camion dans tous les sens, a fait trembler les fenêtres et s'est engouffré dans tous les interstices (heureusement qu'on avait gardé nos chaussettes). Impossible dans ces conditions de trouver le sommeil. Terrifiée, je me suis redressée sur mon lit en pleine nuit en m'écriant : " je veux rentrer à la maison" !
Quand Eole a fini par s'essouffler et alors que je commençais à m'assoupir au petit matin, ce sont les oiseaux (corbeaux, mouettes, goélands) qui ont pris le relais, transformant le toit du fourgon en un terrain d'affrontement. Tout en se chamaillant, ils se sont coursés au-dessus de nos têtes en faisant un raffut d'enfer. Cette nuit restera dans les annales !
Ce matin, il fait 5 degrés et il pleut toujours à verse. Initialement, nous avions prévu de faire la randonnée de 9 km AR vers Knivskjelodden, le véritable cap Nord géographique, avant de rallier en soirée le cap Nord touristique pour y passer la nuit.
Mais dans ces conditions, on peut d'emblée faire une croix sur une quelconque randonnée. Même le petit aller/retour (2 km) vers l'arche de Kirkeporten n'est pas envisageable après tout ce qu'il a plu. Les sols sont détrempés.
Dans ce cas, cela vaut-il la peine de rester dans le coin ? Certes, la météo a prévu une amélioration dans l'après-midi, mais peut-on s'y fier ? Cela vaut-il le coup de payer 50 euros pour accéder au cap Nord et risquer d'y passer la journée à jouer au scrabble ?
Après mûre réflexion, nous décidons de laisser tomber le cap Nord et de reprendre la direction du sud avec l'espoir d'y trouver des cieux plus cléments. Skårsvag, situé à 7 kilomètres à vol d'oiseau au sud-est du cap Nord, sera par conséquent le point le plus septentrional de notre parcours.
Notre point de chute ce soir est prévu dans les alentours de Lakselv, soit près de 200 kilomètres plus au sud. Nous aurons du coup une journée d'avance sur notre planning.
Nous n'avons néanmoins pas l'intention de faire le trajet d'une traite mais espérons pouvoir nous offrir quelques à-côtés en cours de route, en fonction de l'évolution des conditions météo.
D'ailleurs, à peine sur la route E69 nous la quittons déjà pour un saut vers le village de Kamøyvær, vanté par notre guide.
Falaises, ciel et mer à l'unisson, noirs comme l'encre, donnent une bonne idée de la luminosité ambiante. On en aurait presque le cafard
Heureusement, à Kamøyvær, les couleurs pastel des maisons apportent une touche de gaieté à ce tableau obscur.
Quand la pluie se calme, nous sortons faire quelques pas dans le village où il y a l'air d'y avoir plus d'oiseaux que d'habitants.
L'usine de transformation de poisson n'y est sans doute pas pour rien.C'est la curée à l'arrivée de la matière première.
Côté ciel, une légère amélioration commence à se profiler au loin. Alors, allons-nous rester sur notre décision ? Il est encore temps de changer d'avis, nous ne sommes qu'à une trentaine de kilomètres de Nordkapp ! Hésitation, concertation avant de finalement maintenir notre choix. Tant pis pour le cap Nord et va pour le Sud !
Après une rapide incursion à Honningsvåg, nous prenons sans regret le tunnel qui nous ramène sur le continent, puis comme la veille la même route jusqu'à Olderfjord alors que se développent des éclaircies de plus en plus larges, donnant le sourire à tous les automobilistes, camping-caristes, motards et cyclistes, montant vers le nord.
Mais le soleil, nous y avons droit également. On a d'ailleurs l'impression qu'il n'a pas plu au sud d'Olderfjord.
En arrivant à 14 h 30 dans la presqu'île de Trollholmsund, la couleur de la mer et du sable nous ferait presque penser à une plage tropicale, si ce n'était la température qui reste typiquement norvégienne ;-)
Si nous sommes venus ici, c'est pour ces drôles de bonshommes de pierre dont on aperçoit déjà les silhouettes à la pointe de la presqu'île.
Selon une légende Sami, il s'agit d'un groupe de trolls qui erraient la nuit sur le plateau du Finnmark. Arrivés dans le Porsangerfjord, ils voulurent traverser le bras de mer mais pas avant d'avoir enterré le trésor qu'ils transportaient. Comme cette tâche prit beaucoup de temps, ils furent surpris par les premiers rayons du soleil levant qui les pétrifièrent.
Géologiquement, il s'agit de formations dolomitiques (calcaire), d'où leur aspect blanchâtre, seulement colonisés ça et là par des lichens orangés.
Ils ont plutôt une bonne bouille !
Après une petite heure sur les lieux, il est temps de poursuivre vers d'autres horizons, la journée n'est pas finie. Il fait tellement beau qu'il faut en profiter au maximum.
C'est pourquoi, 17 kilomètres plus au sud, nous tournons à droite sur une piste cahoteuse et poussiéreuse, pas même indiquée, sur laquelle nous avons la joie de croiser un groupe de rennes, de très près.
Cette piste nous conduit au cœur du parc national de Stabbursdalen.
Le guide Rother y indique une randonnée de 2 à 3 heures à travers la forêt jusqu'aux chutes de Stabbursfossen. Il est déjà plus de 17 heures au moment de se mettre en marche mais peu importe, personne ne nous attend et il fait jour toute la nuit.
Le parc national a été créé en 1970 puis étendu en 2002 pour protéger la forêt de pins la plus septentrionale du monde. Certains arbres ont ici plus de 500 ans.
Plus loin, des bouleaux se joignent aux pins pour étoffer la forêt.
Au bout d'un peu plus d'une heure, le grondement des chutes annonce que l'arrivée est proche. Bientôt nous dominons la cascade. Joli débit !
Dernier coup d'œil sur la rivière Stabburselva avant de refaire le parcours en sens inverse sous une lumière dorée.
Nous finissons notre randonnée à 20 heures (soit 3 heures pour 10 km), ravis de notre journée et persuadés que ce beau temps va durer. Mais c'est oublier à quel point la météo peut vite changer sous ces latitudes.
En effet, en arrivant au camping du Stabbursnes Feriesenter tout proche, nous essuyons quelques gouttes alors que le gérant ne nous annonce rien de bon pour les prochains jours. Bouh !
En attendant, après plusieurs jours de bivouac, nous profitons des services du camping pour faire notre lessive et surtout prendre nos aises dans la douche.
Distance parcourue dans la journée : 206 kilomètres
Trollholmsund
D'un cap à l'autre : de Nordkinn à Varanger
J8 : Jeudi 16 juin 2016
Les prévisions du patron du camping nous ont fait craindre le pire pour ce matin. Alors nous sommes tout étonnés de trouver un ciel certes couvert mais pas plombé. La température matinale est conforme aux moyennes : 11 degrés. Pour l'instant, rien d'alarmant !
Nous avons une nouvelle péninsule en ligne de mire, le cap Nordkinn, située à peu de chose près à la même latitude que le cap Nord. Tout comme ce dernier, il s'agit d'une destination en cul-de-sac au bout de nulle part mais a contrario du précédent celui-ci est à l'écart des grands axes touristiques.
Nous comptons y passer deux nuits dont la première à Kjøllefjord, dans le nord-ouest de la péninsule, où une falaise en forme de cathédrale a retenu notre attention.
Mais avons-nous intérêt à nous y rendre directement (250 kilomètres) au risque de trouver du mauvais temps sur place et n'avoir que le scrabble comme activité ? Ou au contraire vaut-il mieux profiter de quelques points d'intérêt en cours de route tant que le ciel se montre clément ?
Considérant que tout ce qui est pris n'est plus à prendre, nous choisissons la deuxième solution. Après avoir traversé la petite ville de Lakselv où nous abandonnons provisoirement la E6, nous longeons la rive Est du Porsangerfjord. A 4 kilomètres à l'ouest de Borselv, nous nous arrêtons pour une première randonnée (3 kilomètres, 1 heure et demie).
Objectif, le sommet du Hestnesfjellet, à près de 200 mètres d'altitude.
Plus nous prenons de la hauteur, plus les maisons en contrebas nous paraissent minuscules.
Qu'on ne s'y trompe pas, nous sommes bien au bord de l'océan même si l'étendue lisse et immobile devant nous pourrait nous faire croire le contraire.
Pas un souffle de vent, pas un bruit, hormis le caquètement de quelques canards, pourtant C'est dans ce silence religieux que nous poursuivons notre grimpette.
En moins d'une heure, le cairn sommital est atteint. Vous remarquerez que tout comme à Trollholmsund les dalles rocheuses sont ici aussi d'origine dolomitique. D'ailleurs, la presqu'île des trolls ne se trouve qu'à quelques encablures à vol d'oiseau, de l'autre côté du fjord.
Fin de la balade autour de midi, pile pour l'heure du déjeuner que nous prenons à bord du Vany, la porte entrouverte, car il fait étonnamment doux.
Une heure plus tard, nous nous apprêtons à entamer une après-midi derrière le volant. Il reste encore 180 kilomètres à parcourir sur les 250 prévus, outch ! Mais c'est sans compter sur un autre site d'intérêt, prétexte à une nouvelle halte. En effet, immédiatement après Borselv, la route E6 passe dans le Silfar Canyon.
Cette fois, finies les petites escapades à droite à gauche, il faut vraiment se diriger sans délai vers le cap Nordkinn.
A Ifjord, en nous engageant sur une route à trois chiffres, a fortiori marquée en jaune sur notre carte, nous craignions de trouver un axe secondaire étroit et peu roulant. A notre grande surprise, à distance du fjord, la route prend des allures de nationale avec une vitesse autorisée jusqu'à 120 kilomètres/heure par endroits, ce que nous pensions uniquement réservé à des portions de routes E. A ce rythme, elle grimpe allègrement sur un plateau désertique couvert de lacs et de toundra spongieuse qui n'est pas sans nous rappeler l'altiplano andin et ses paysages de bodefales, à la seule différence que les rennes remplacent ici les vigognes andines.
Bref, la distance jusqu'à Kjøllefjord est avalée plus vite qu'attendu. A 16 heures, nous sommes prêts à aller découvrir à pied la falaise en forme d'église de Finnkirka, sans nous inquiéter outre mesure de la couleur du ciel pas plus couvert que durant le reste de la journée.
Peu après notre départ, nous assistons à l'arrivée de l'express côtier Hurtigruten qui fait une courte escale dans ce petit port. Un rayon de soleil daigne même accompagner son entrée dans la baie.
Encouragés par cette brève apparition du soleil, nous enchaînons des montées et des descentes impitoyables, ponctuées de passages boueux et de zones inondées, en espérant que la falaise-église en vaille la peine.
Au bout d'une heure, ces étonnantes plaques rocheuses, plantées dans le sol telles des pierres tombales, nous offrent un peu de distraction sur un chemin semé d'embûches. La falaise de Finnkirka étant un ancien site sacrificiel Sami, il n'est pas impossible qu'il y ait un lien entre ces pierres dressées et les rites lapons.
A ce stade du parcours, un coup d'œil sur les hauteurs aurait dû nous alarmer. La couleur du ciel annonce un risque d'orage imminent. On entend d'ailleurs les premiers coups de tonnerre au loin.
Pourtant, têtus ou inconscients, nous continuons inlassablement, persuadés que l'orage va nous épargner.
Mais ce qui devait arriver finit par arriver. Alors que nous sommes sur le point de vaincre notre dernière ascension, l'orage éclate, nous forçant à faire demi-tour avant d'avoir atteint le but de notre randonnée.
Je n'ai alors que mes yeux pour pleurer et me lamenter tout au long du chemin du retour, mouillée jusqu'aux os (et ce n'est pas juste une expression !) et transie de froid, me demandant comment on allait bien pouvoir faire sécher tous nos vêtements dans le fourgon. Même nos chaussures sont trempées à l'intérieur comme à l'extérieur.
A notre retour, nous préférons éluder la question et jetons toutes nos affaires dans la salle de bains. On verra plus tard !
Pour nous remonter le moral, un plat de crabe royal nous ferait le plus grand bien. Mais le seul restaurant de Kjøllefjord n'en sert pas.Alors nous n'hésitons pas à couvrir 30 kilomètres de plus jusqu'à Mehamn, espérant trouver plus de choix dans ce village plus grand.
Mais le seul restaurant de la petite localité, celui de l'Arctic Hotel, semble fermé ou en travaux. Un habitant nous confirme pourtant qu'il est ouvert et qu'il sert jusqu'à 22 heures de très bons plats de poissons.
Nous finissons par en trouver l'accès. Entre porte sans issue et couloir sans lumière, nous débouchons au premier étage dans une grande salle sans charme, pas vraiment étonnés qu'on n'y serve pas de crustacé géant. Mais puisque nous sommes là, autant nous attabler !
Le dried cod est un peu sec mais, assorti de bacon grillé, reste mangeable. Le vin blanc issu d'un cubitainer est infâme. Quant au dessert, nous avons préféré le décliner ;-) Bref, voilà une adresse qui ne vaut pas le détour !
Le seul avantage de ce dîner, c'est que pendant ce temps nos vestes dégoulinantes ont pu s'égoutter un peu. En partant, nous laissons derrière nous quatre flaques d'eau correspondant aux quatre manches de nos vestes.
Pour dormir, nous n'avons pas à chercher bien loin. Les abords du port offrent un abri parfait à notre Vany. Il pleut toujours mais il ne vente pas, nous devrions mieux dormir que la nuit dernière.
Distance parcourue dans la journée : 314 kilomètres.
Arrivée de l'Hurtiguten à Kjøllefjord
J9 : Vendredi 16 juin 2016
Avec tout ce qu'il a plu hier soir et dans la nuit, nous ne nous faisons pas d'illusion sur l'état du ciel : nuageux, très nuageux, avec encore de la pluie à venir ! Température invariablement bloquée à 10 degrés.
Nos chaussures sont loin d'être sèches, ce qui élimine toute velléité de randonnée. De toute manière, les conditions météo sont dissuasives.
Pour amorcer le séchage des godillots, nous les plaçons devant les bouches du chauffage et tournons le bouton à fond. Quant à nos vêtements, ils sont toujours en train d'égoutter, il va falloir trouver une solution. Heureusement côté vestes, nous avons prévu en conséquence avec des blousons de rechange.
Une fois ce bilan dressé, il faut réfléchir à l'organisation de la journée et changer une nouvelle fois nos plans. Décidément à chaque fois que l'on prévoit de rester deux jours à un endroit, on se voit obligés d'abréger le séjour. L'avantage de circuler en camping-car permet d'adapter le parcours à la météo. Quand il ne fait pas beau, on en profite pour rouler alors… roulons !
Notre prochaine étape se fera par conséquent dans la péninsule de Varanger (eh, oui, encore une péninsule). Près de 300 kilomètres nous en séparent dont une bonne partie à rebrousser chemin par la même route. A première vue, la distance est conséquente mais comme on aura rien d'autre à faire…
Mais avant de quitter la région, je propose de faire un petit détour jusqu'au phare de Slettnes. A défaut d'avoir été jusqu'aux caps les plus septentrionaux du continent, nous aurons au moins été au pied du phare le plus septentrional d'Europe.
Sur le trajet, nous faisons deux rencontres intéressantes. D'abord un troupeau de rennes, des femelles avec plein de petits. Une scène attendrissante ! Plus rare, un renard arctique (que nous avons d'abord pris pour un chat !)
Vers 11 heures, fini l'extrême Nord, retour vers le Sud. Nouveau passage à travers les mêmes hauts plateaux qui paraissent encore plus désolés sous l'épaisse couverture nuageuse. Nous avons à présent deux jours d'avance sur notre planning.
Quand la route revient au bord de mer, nous retrouvons les paysages typiques des fjords : petits ports de pêche, bateaux et maisons colorés.
A Ifjord, nous prenons cette fois la direction de Tana Bru, dont le nom signifie "pont sur la Tana". Le village en lui-même n'a pas vraiment d'intérêt mais il constitue un point de ravitaillement et une étape pratiques au carrefour des routes 98/E6 et E75.
Toutes les enseignes de supermarchés se côtoient ici autour de quelques hébergements et d'une station-service.
Sous un temps maussade comme aujourd'hui, ce carrefour commercial ne peut mieux tomber. A défaut de pouvoir profiter de la nature, occupons-nous de quelques tâches d'intendance : courses, plein d'essence, plein d'eau pour le camping-car…
Nous cherchons aussi un lave-linge/sèche-linge, seul moyen de venir à bout de nos vêtements mouillés depuis une journée. A l'hôtel Elva, le réceptionniste est ok. Il nous invite même à prendre un café dans le lobby et à profiter de la connexion wifi. Super ! Par la même occasion, nous suivons d'un œil et d'une oreille le match de coupe d'Europe Suède-Italie en compagnie d'une famille suédoise qui vibre, elle, avec Zlatan.
Une fois la lessive terminée, Hervé pousse le bouchon jusqu'à vouloir suivre la partie jusqu'à son terme. Pour lui qui est indifférent au foot, c'est un comble ! Résultat, la Suède de Zlatan a été battue.
Cette pause "technique" prolongée a été bénéfique. Nous voilà en pleine forme pour parcourir une trentaine de kilomètres de plus afin de nous rapprocher de la péninsule de Varanger.
Desservie par une route touristique nationale, la péninsule est surtout connue pour ses grandes colonies d'oiseaux attirant de nombreux amateurs d'ornithologie.
La route, une nouvelle fois en cul-de-sac, longe le Varangerfjord jusqu'à Vardø. On peut même pousser jusqu'à Hamningberg, un village abandonné, par une petite route sans numéro et à une seule voie de circulation.
Tout ceci est prévu demain, car nous avons programmé deux jours dans la région. La météo va-t-elle nous le permettre ? Réponse demain ;-)
Pour l'instant, nous avançons jusqu'à Nesseby et sa petite presqu'île, lieu de rendez-vous des ornithologues. Mais les oiseaux, nous n'avons pas le temps de les voir. Arrivés sur place, une averse nous ramène plus vite que prévu dans le camping-car. Nous avons juste le temps d'apprécier la jolie petite église.
Cette occasion ratée nous libère finalement encore un peu de temps pour rouler. La ville la plus proche est Vadsø. Comme nous sommes restés avec notre envie de crabe royal, voilà peut-être une occasion !
A Vadsø, le restaurant du Scandic Hotel nous plaît bien, mais de crabe royal pas la moindre trace sur la carte. On nous dit que ce n'est pas la saison. Alors on se rabat sur des fish and chips. Mauvaise pioche… les beignets de poisson sont à base de langue de cabillaud. Devant notre déception, la serveuse propose de nous servir un dos de cabillaud aux petits légumes qui, lui, est un délice de même que le dessert, une crème brûlée aux fruits rouges. Bref, voilà un dîner qui a mieux fini qu'il n'a commencé.
Quant à la journée, elle se termine à deux pas du restaurant, dans le port, où nous trouvons pour le Vany une place adéquate. Une journée de transition… au final bien remplie !
Distance parcourue dans la journée : 312 kilomètres.
Renard (roux ?)
Varanger : colonies d'oiseaux à Hornøya et route touristique nationale
J10 : Samedi 18 juin 2016
Que nous réserve la météo ce matin ? Un ciel partiellement couvert, mais avec de belles bandes de ciel bleu au loin, chouette ! Et la température ? Toujours nos habituels 10 degrés ? Non… 16 degrés… incroyable !
Dans ce contexte, pas une minute à perdre, vite, en route pour Vardø. Entre les deux localités séparées de 75 kilomètres, la route touristique nationale, désespérément plate sur cette partie, se faufile entre la côte, des prairies verdoyantes et des bosquets de buissons rachitiques.
Vardø, la localité la plus orientale de Norvège, est aussi le point le plus à l'est de notre voyage. La petite ville occupe une île en forme de papillon reliée au continent par un tunnel sous-marin.
L'office de tourisme y organise des excursions pour approcher des colonies d'oiseaux nichant sur les falaises de l'île inhabitée de Hornøya. Départ sur le port.
Nous arrivons pile pour la première sortie qui a lieu à 10 heures le samedi (en semaine, départ dès 9 heures) et embarquons presque immédiatement sur un ancien bateau de pêche en compagnie d'une douzaine de personnes. Nous sommes dix Français à bord !
La traversée prend à peine une dizaine de minutes. Hornøya est classée réserve naturelle, seule une partie est accessible au public.
Les falaises abruptes de l'île et les eaux riches de la mer de Barents fournissent le gîte et le couvert à quantité d'oiseaux. Mouettes tridactyles, guillemots communs et guillemots de Brünnich, macareux, pingouins torda, cormorans huppés et grands cormorans, goélands argentés et goélands marins, ils sont plus de 100 000 à y nicher.
Imaginez tout ce monde caquetant, piaillant, criaillant, picotant… une belle cacophonie et une odeur en conséquence!
Après une vue d'ensemble, approchons-nous pour observer quelques individus plus en détail !
Bon, celles-ci (des mouettes ?) ne sont pas très coopérantes et nous présentent leurs postérieurs. Gare aux déjections ! Mais celle-là fait la belle, avec son plumage soyeux !
Les macareux sont indéniablement les plus élégants dans leur costume coloré.
Les guillemots de Brünnich dans leur complet classique font concurrence aux précédents. J'adore tout particulièrement celui qui porte des lunettes ;-)
Quant aux pingouins torda, ils prennent tout particulièrement soin de leur tenue. Un petit battement d'aile et hop, la toilette est faite (voir les particules projetées)
Enfin, le cormoran sort le grand jeu. Comme un véritable jongleur, il fait tournoyer avec grâce une brindille autour de son bec. Cherche-t-il à séduire quelqu'un par son habileté ? Mais à qui fait-il les yeux doux ? Sans doute à sa compagne sagement restée dans le nid conjugal !
Bref, un spectacle réjouissant par une très belle matinée chaude (si, si !) et ensoleillée. Ça fait du bien !
A 13 heures, le bateau revient nous chercher (mais ceux qui le souhaitent peuvent rester plus tard) et ramène sur l'îlot un nouvel arrivage d'observateurs plus lourdement armés, heu pardon… équipés. Certains sont tellement chargés qu'ils ont du mal à garder l'équilibre à la sortie du bateau. Sur le port, beaucoup de monde se presse encore pour la rotation suivante, preuve du succès de cette excursion.
Quant à nous, après le déjeuner dans le fourgon à la sortie de Vardø, nous prenons la route touristique nationale dans sa partie la plus spectaculaire, celle qui rejoint le hameau de Hamninberg.
Elle ne comporte qu'une voie de circulation. Il faut donc rouler très doucement pour pouvoir se rabattre à temps sur les espaces-refuges prévus pour le croisement de véhicules. De toute manière, les paysages méritent des arrêts incessants. C'est une route qui demande à être dégustée.
Malheureusement, le soleil si ardent ce matin a fini par se cacher. C'est fou comme le temps change vite dans cette région.
La route longe le bord de mer dans un paysage insoupçonné, inattendu, époustouflant, en dehors du temps.
Etonnantes ces longues strates de granite tels des couloirs parallèles sans fin, du bord de mer jusqu'aux crêtes ! Elles donnent l'impression d'un gigantesque labyrinthe sans issue.
Du rose granitique la roche vire au noir volcanique en passant par cinquante nuances de gris, un décor dont on verrait bien surgir quelque seigneur des Anneaux ou autre créature fantastique.
Pourtant, les rennes ont l'air de trouver un pâturage à leur mesure dans ce chaos minéral.
Terminus de la route 40 kilomètres plus loin dans le village semi-abandonné de Hamninberg, où la pluie et le froid sont hélas au rendez-vous. On voulait randonner dans le Syltefjord, c'est raté. On remplace alors la balade par une nouvelle partie de scrabble en attendant l'accalmie.
En fin d'après-midi, nous décidons de ne pas rester dans ce cul-de-sac pour la nuit, il y a trop de vent !
Le retour à Vardø nous offre alors une deuxième occasion de parcourir cette même route, toute aussi spectaculaire dans ce sens. Hervé l'a déclarée "plus belle route de Norvège" !
Curieusement, à Vardø, non seulement il n'a pas plu mais il fait encore soleil. C'est agréable, car nous avons une dernière visite à faire, au mémorial de Steilneset. Il s'agit d'un monument érigé en mémoire de quelques 90 femmes de la région qui, entre 1621 et 1692, ont été accusées de sorcellerie et brûlées vives.
Le bâtiment est impressionnant par sa forme et par sa symbolique. L'artiste Louise Bourgeois et l'architecte Peter Zumthor ont associé, dans une même création évocatrice, une chaise en feu et un mémorial de 100 mètres de long rappelant cette histoire tragique.
Or Louise Bourgeois (1911 - 2010), plasticienne et sculptrice française naturalisée américaine, connue entre autres pour une sculpture en forme d'araignée géante exposée au musée Guggenheim à Bilbao, a passé son enfance dans une maison, aujourd'hui démolie, du centre de la ville où nous demeurons.
C'est pour cette raison que nous portons un intérêt tout particulier à cette œuvre.
Profitant de ce nouveau passage en ville, nous terminons la soirée à passer en revue quelques restaurants au cas où l'un d'eux servirait du crabe royal. Mais peine perdue, nul n'en sert. Dans notre quête, des Français nous disent néanmoins en avoir mangé il y a quelques jours à Kirkenes. En principe, cette destination n'est pas à notre programme, mais sait-on jamais !
Du coup, ce soir, c'est dîner maison ou plutôt dîner… fourgon, au bord d'une plage près de Kiberg, en compagnie d'un camping-car belge. On n'a pas voulu rester à Hamninberg à cause du vent. Eh, bien, ici aussi on va être servis ! Espérons qu'il ne nous empêchera pas de dormir !
Distance parcourue dans la journée : 202 kilomètres.
Guillemot de Troïl (?)
De la frontière russo-norvégienne à la Finlande, de Kirkenes à Inari
J11 : Dimanche 19 juin 2016
Encore une nuit quasi blanche rythmée par les assauts du vent et de la pluie. Seulement 7 degrés ce matin et il pleut toujours.
A 8 heures, on lève le camp, oui, mais pour aller où ?
Vu les circonstances, je ne vois pas d'autre alternative que d'avancer dans notre parcours. En principe, après la péninsule de Varanger, nous avons prévu de gagner la Finlande, plus particulièrement les alentours d'Inari, en passant par Tana Bru puis Utjoski.
Ben… allons-y !
Dehors il fait un temps à ne pas mettre un mouton dehors. D'ailleurs, ceux-là ont trouvé la solution en se réfugiant dans un abribus.
A Tana Bru, alors que nous sommes sur le point de prendre la direction de la Finlande, je sors in extremis une idée de mon chapeau. Et si on allait à Kirkenes ?
Cette ville norvégienne proche de la Russie que l'on décrit comme une bourgade quelconque, à l'ambiance frontalière, point de départ ou d'arrivée de la ligne de l'express côtier Hurtigruten, ne m'avait pas particulièrement attirée jusque là.
Mais depuis que des compatriotes nous ont dit y avoir mangé du crabe royal il y a quelques jours seulement, la destination a subitement pris de l'intérêt. De Kirkenes nous pourrions ensuite regagner la Finlande et Inari directement. Avec deux jours d'avance sur notre planning, nous avons suffisamment de marge pour nous offrir ce détour. Qui sait, peut-être fait-il meilleur à Kirkenes !
Adjugé, vendu, allons à Kirkenes !
A la sortie de Tana Bru, nous retrouvons alors la E6 qui nous conduit jusqu'à la frontière russe (ou presque)… malheureusement sous la pluie !
Pourtant, le trajet est magnifique, la route passant par un massif qui nous rappelle un peu celui des Maures dans le Var.
A l'approche de la ville, les convois militaires se font plus visibles, les terrains et camps militaires deviennent omniprésents. On perçoit même des tirs au loin. La frontière russe n'est plus qu'à une quinzaine de kilomètres et la direction de Mourmansk indiquée sur tous les panneaux du centre-ville.
A 14 h 30, à notre arrivée à Kirkenes, il pleut toujours et il fait 8 degrés. Tous les commerces sont fermés, dimanche oblige. Après avoir garé le camping-car sur le quai au bord de mer, nous allons immédiatement faire nos repérages pour le King Crabe.
Entre les restaurants du Scandic Hotel et celui du Thon Hotel, notre choix est vite fait. Dans l'aquarium du Thon Hotel, trois beaux crabes barbotent tranquillement. Celui que nous choisissons, le plus gros des trois, passera à la casserole. Une table est aussitôt réservée pour 19 h 30.
D'ici là, nous passons tout l'après-midi dans les salons de l'hôtel (avec café et thé à disposition) pour profiter d'Internet et faire une énième partie de scrabble.
Des lycéens norvégiens nous interrogent, dans le cadre de leur projet de fin d'année scolaire, sur notre vision de la ville de Kirkenes. Pour l'instant, nous n'en avons pas vu grand chose, surveillant sur Internet les prévisions météorologiques qui nous permettraient d'y faire un petit tour.
Au fur et à mesure que l'après-midi avance, l'espoir d'une amélioration est sans cesse repoussé. D'ailleurs, il suffit de jeter un œil par la baie vitrée pour le constater. Finalement, la pluie ne cessera qu'au cours du dîner.
A ce propos, quelques mots sur le crabe royal (ou crabe du Kamtchatka). Originaire du littoral oriental de Sibérie, il a été introduit dans la baie de Mourmansk dans les années 1960 pour assurer de nouvelles prises aux pêcheurs russes. Depuis lors, il s'est répandu dans la mer de Barents, le long des côtes de la Norvège et du Svalbard. Les protecteurs de l'environnement y ont vu une menace pour les écosystèmes, mais la majorité des pêcheurs considère le crustacé comme une manne économique.
C'est le crabe le plus recherché au monde et le plus cher au poids. Sa chair au goût inimitable le place parmi les mets les plus renommés. Nous avons donc hâte d'y goûter.
A 19 h 30 pile, alors que nous venons juste de nous attabler, on nous apporte enfin le crustacé géant. Voilà un crabe que nous aurions pu appeler "Désiré" tant nous l'avons convoité depuis plusieurs jours ;-)
Trônant au centre d'un grand plat ovale, sur un lit de mesclun agrémenté de tomates cerise, accompagnée d'une sauce à base de vinaigre balsamique et d' huile d'olive et d'une autre à l'aïoli , c'est une belle bête de 2,6 kilos. Le flashcode attaché nous apprend plein d'autres détails intéressants comme le nom du pêcheur, de son bateau ainsi que la date et le lieu de pêche.
Oui, mais encore ? Après l'avoir dévoré des yeux, si on le dévorait tout court à présent !
Dans une ferveur quasi religieuse, nous décortiquons alors avec application ses pattes charnues dont un soupçon d'aïoli suffit à mettre en valeur toute la saveur.
Sa chair raffinée est d'un goût unique. C'est un délice, un pur ravissement pour les papilles. En un mot, nous nous régalons !
Nous sommes d'ailleurs à ce point absorbés par notre dégustation que nous en oublions de photographier le plat comme promis à notre fille.Elle recevra la photo de la seule carapace ;-)
Au final, nous n'avons rien vu de Kirkenes mais grâce à ce festin en garderons un souvenir impérissable. Voilà un détour qui en valait la peine !
Pour rentrer chez nous, pas de détour à faire. Le Vany nous attend sur le parking mitoyen de l'hôtel, juste devant la mer. Nous restons là pour la nuit. Pas de vent, pas de pluie, nous devrions dormir comme des bébés
Distance parcourue dans la journée : 272 kilomètres
Moutons à l'abri !
J12 : Lundi 20 juin 2016
La ville de Kirkenes est en activité depuis quelques heures déjà quand nous nous réveillons. Il est 8 heures, le premier réflexe consiste à scruter le ciel. Verdict, il est couvert, mais sans pluie pour le moment. C'est mieux qu'hier !
Notre envie de crabe royal ayant été assouvie, nous pouvons reprendre le cours normal de notre voyage et gagner comme prévu la Finlande et Inari en particulier. Nous n'avons maintenant plus qu'une journée d'avance sur notre planning.
Depuis Kirkenes, nous rebroussons d'abord chemin jusqu'au croisement avec la route 893 qui doit nous conduire tout droit en Finlande. Les chutes Skoltefossen, qui occupent le carrefour, nous offrent une dernière distraction sur le territoire norvégien.
A l'entrée en Finlande, la route change de numéro et devient à présent la 971. Il faut aussi avancer nos montres d'une heure, ranger pour le moment nos couronnes et ressortir nos euros. Dernière précaution à prendre : garder la bombe anti moustique sous la main car elle pourrait servir sans délai.
Le climat, lui, reste le même. Que ce soit d'un côté de la frontière comme de l'autre, le temps gris finit par virer à la pluie.
Les paysages finlandais sont conformes à l'idée qu'on s'en fait. La route ondule langoureusement entre lacs et tourbières, entre forêts de pins et bosquets de bouleaux. Photos
Pendant le trajet nous tentons de nous familiariser avec le finnois qui, à première vue, n'a pas vraiment de points communs avec d'autres langues que nous connaissons. En témoigne le mot "kansallispuisto" qui signifie parc national. Pas évident ! Pourtant, à force d'observation, je finis par faire quelques extrapolations à partir des toponymes qui jalonnent notre route : les suffixes "joki" et "tie" ont l'air de désigner la rivière pour le premier, la rue ou la route pour le second comme dans "Lemmenjoki" et "Kaamasentie" Voilà un bon début ;-)
A ce jeu-là, le trajet jusqu'à Inari passe à toute allure.
Sur place le temps est incertain, oscillant entre bruine et averse plus marquée, bref pas un temps à randonner. Pas grave, puisque la petite localité propose une activité qui colle parfaitement à cette météo, à savoir son musée SIIDA, avec deux i, qui est consacré à la culture et la nature sami.
Inari est en effet un important centre de la culture same. Les Samis, autrefois appelés Lapons, sont les peuples indigènes du grand Nord, les plus anciens habitants de ces contrées. Ils sont près de 85 000 dont une bonne moitié vit en Norvège, environ 20 000 en Suède, 8 000 en Finlande et 2 000 en Russie. Longtemps ignorés, leurs droits, leur culture, leur langue ont été progressivement reconnus, promus et mis en valeur au fil des dernières décennies. Aujourd'hui les Samis de chaque pays sont représentés par leur propre parlement.
Le musée SIIDA, de conception très moderne, se veut le reflet de leur histoire et de leurs traditions ainsi que du lien très fort qui les unit à la nature, tout ceci mis en scène de façon vivante et passionnante.
D'une salle à l'autre, nous suivons l'évolution du mode de vie des Samis au fil du temps en lien avec les grandes dates de l'histoire du monde ainsi que l'adaptation de leurs activités au gré des huit saisons. Des objets créés par des artistes Samis contemporains et un joli film sur les aurores boréales complètent l'exposition.
Quand la pluie cesse, la visite se poursuit en plein air (attention, moustiques !) par la découverte de différentes maisons traditionnelles et de pièges ingénieux pour la chasse et la pêche, tous transportables.
Voilà une visite à la fois ludique et instructive, une variante à nos habituelles randonnées. Néanmoins, après deux journées sans chausser nos godillots, nous avons hâte de les enfiler à nouveau pour arpenter monts et vaux.
Justement, la WIFI du musée permet de vérifier la météo pour les prochains jours. Bonne nouvelle ! Demain, il devrait faire beau jusqu'en milieu d'après-midi. Croisons les doigts !
Dans cette perspective, nous positionnons le camping-car à la lisière de la forêt, au point de départ de la randonnée de demain, afin d'être opérationnels à la première heure. En guise de préambule, le soleil fait son apparition pendant le dîner, ce qui est de bon augure.
A l'extérieur, les moustiques font le siège du véhicule, prêts à s'introduire par la moindre ouverture. Vive les moustiquaires.
Distance parcourue dans la journée : 213 kilomètres.
Musée sami
Inari : église de pleine nature de Pielpajärvi et croisière sur le lac
J13 : Mardi 21 juin 2015
Les touristes viennent à Inari principalement pour le musée (pour nous, c'est fait) mais aussi pour faire une croisière sur le lac (c'est prévu) et accessoirement visiter la petite église en pleine nature de Pielpajärvi (c'est prévu aussi). On pourrait même combiner les deux, le lac et l'église, en se faisant déposer en cours de croisière sur la berge pour rejoindre la chapelle, s'économisant ainsi un trajet à pied.
A l'origine, c'est ce que nous avions envisagé mais le seul départ en bateau (à nos dates) a lieu à 13 heures. Or la météo prévoit une dégradation dans l'après-midi. Nous ne voulons pas prendre le risque de nous faire rincer en randonnant en fin d'après-midi. Sur le bateau nous serons à l'abri quoi qu'il arrive.
Nous préférons par conséquent assurer nos arrières, occuper la matinée à faire la randonnée aller et retour vers la petite église et consacrer l'après-midi à la croisière.
La météo est conforme aux prévisions, très belle… enfin !
Avant 8 heures, nous sommes prêts, sac sur le dos, chaussures aux pieds et bombe anti moustique dans la poche. Les maringouins n'ont qu'à bien se tenir.
Nous débutons par la traversée d'une très belle forêt de pins, couverte d'un tapis de buissons de myrtilles sur un chemin caillouteux encombré de racines.
Nous arrivons ensuite à proximité de plusieurs grands lacs dont le Pielpajärvi, bordés de magnifiques tourbières.
Sous les rayons du soleil, les grandes étendues d'eau se sont parées de couleurs toniques, allant du vert amande au bleu azur.
Régulièrement, notre chemin croise des pistes pour scooters dont le balisage se poursuit curieusement à travers le lac. Eh oui, en hiver, il est utile pour les motoneiges qui se déplacent sur le lac gelé.
De nombreux ruisseaux alimentent les plans d'eau colonisés par des herbiers impressionnants où domine le trèfle d'eau.
Cette composition aurait sans doute pu inspirer les Impressionnistes ;-)
L'eau est omniprésente, offrant au lédon des marais les conditions idéales pour s'épanouir.
Heureusement le parcours se fait sur des planches en bois quand le terrain est trop humide. Ce serait dommage d'abimer toute cette belle végétation.
Les moustiques, eux aussi friands de ce milieu, nous ont lâchés pour le moment mais c'est pour mieux nous attendre dans la dernière ligne droite.
En effet, arrivés dans la clairière occupée par la chapelle, nous coupons directement à travers la prairie en fleurs. Erreur fatale ! Les moustiques étaient tous en planque dans les hautes herbes, prêts à fondre sur nous, pauvres marcheurs.
Nous trouvons alors à l'intérieur de l'église un refuge momentané, le temps de nous ressourcer et de préparer la riposte.
Quelques mots sur cet édifice religieux : Il s'agit d'une église en bois, construite entre 1752 et 1760, flanquée de deux cabanes qui servaient à l'époque d'abri pour les fidèles (et qui servent de refuges de nos jours), derniers vestiges d'un village Sami.
L'église est toujours ouverte, il suffit de soulever le loquet et d'ouvrir les fenêtres pour y faire entrer la lumière (avant de tout refermer en partant). Un service religieux y est célébré de temps à autre, notamment à minuit le jour de la St Jean, c'est-à-dire dans quelques jours.
Après un petit moment de recueillement, nous allons jeter un œil à la cabane voisine où l'âtre encore chaud témoigne de son utilisation récente par quelque personne de passage.
Pas de flânerie sur le trajet retour, de sorte que nous arrivons au parking vers 11 heures après 10 kilomètres et un peu plus de 3 heures de marche, pauses comprises. Une très belle randonnée alliant nature, culture et histoire.
Les moustiques nous ont laissés tranquilles au retour. En revanche, deux oiseaux nous ont retenus un court instant Tout d'abord, un pluvier doré qui, par des manœuvres d'intimidation, a tenté de nous barrer le passage, sans doute pour protéger son nid. Puis, un oiseau qui ne nous a montré que son dos au plumage gris orné de touches orangées. Dommage qu'il ne nous ait pas montré son cou, car il semblerait que ce soit une gorgebleue à miroir.
Avec le beau temps et 16 degrés, les conditions sont idéales pour une promenade en bateau. L'embarcadère est situé juste à côté du musée sami.
Nous prenons place à l'avant du navire pour une excursion d'environ 3 heures.
Le lac d'Inari est le troisième plus grand lac de Finlande et comprend 3 300 îles.
A 13 heures pile, le catamaran Inari III sort du port et prend le large, glissant sur un plan d'eau aussi lisse et immobile qu'un miroir.
Il prend tout d'abord la direction de l'île d'Ukonselkä où il accoste une heure plus tard pour une vingtaine de minutes.
Nous grimpons à toute vitesse les marches en bois jusqu'au sommet de l'île pour profiter les premiers de la vue panoramique sur le lac constellé d'îlots.
Il y a quelques centaines d'années déjà, au milieu de l'été, les Samis faisaient cette même démarche, s'y rendant en barque au milieu de l'été pour y invoquer Ukko, le dieu de la chasse.
Quand une touriste attentive remarque un petit point au milieu de l'eau, tous les regards se braquent sur la surface du lac. Une embarcation ? Un nageur ? Effectivement, c'est un nageur mais pas humain. Avec ses bois caractéristiques, vous l'aurez sans doute reconnu.
Oui, c'est bien un élan ! Nous avons souvent espéré en voir un au bord d'une route, près d'un lac ou d'un marais mais jamais nous aurions imaginé en apercevoir un, ici, en plein milieu du lac d'Inari. C'est incroyable !
Une fois tout le monde de retour à bord, le bateau se dirige vers la rive opposée, le capitaine espérant retrouver la trace de l'animal mais celui-ci a dû s'enfoncer dans les bois depuis belle lurette.
Alors il reprend le cours normal de la croisière jusqu'au débarcadère de Pielpavuono. C'est là qu'il dépose un couple souhaitant rejoindre à pied l'église en pleine nature. Nous avions peur que la météo se gâte en cours d'après-midi. Finalement, il n'en a rien été, même si le ciel est maintenant de plus en plus couvert. Fin de la croisière à 16 heures. C'était très sympa et la rencontre de l'élan… extra-ordinaire !
Vu l'heure, nous pouvons envisager de rouler un peu, au moins jusqu'à Saarisselkaa, à 70 kilomètres où j'avais repéré un lieu de bivouac possible, au sommet du domaine skiable du Kaunispää (438 mètres).
Oui, oui, il y a bien du ski alpin en Finlande ! Vue sur les pistes de ski… et plus largement sur toute la région, du haut d'une tour d'observation.
Mais l'endroit très exposé nous apparaît trop venté pour y passer une bonne nuit. Alors nous n'hésitons pas faire 40 kilomètres de plus, afin de trouver à Vuotso un coin plus calme au bord de la rivière. Autre avantage : l'endroit est idéal par rapport à notre projet de demain.
Distance parcourue dans la journée : 140 kilomètres.
Tourbière près d'Inari
Tunturis finlandais, du Pyhä Nattanen au Taivaskero
J14 : Mercredi 22 juin 2016
Si la Finlande est un pays principalement de forêts, de lacs et de rivières, elle n'est pas pour autant un plat pays, du moins dans cette partie Nord. Régulièrement, de petites montagnes aux sommets dénudés culminant entre 500 et 800 mètres donnent du relief au paysage. On y jouit notamment de belles vues dégagées à des kilomètres à la ronde. En finnois, ces monts sont appelés tunturi.
C'est l'un de ces tunturis que nous nous apprêtons à gravir. Il s'agit du Pyhä Nattanen, à ne pas confondre avec Vatanen, le héros des romans du finlandais Arto Paasilinna ;-)
Pour rejoindre le point de départ de la randonnée, il faut emprunter, juste au nord de la rivière, une piste de terre très praticable sur une douzaine de kilomètres.
Au parking, il y a déjà une voiture alors qu'il est à peine 7 h 30. Des gens seraient encore plus matinaux que nous ?
Côté météo, il fait beau avec 13 degrés, ce qui fait aussi le bonheur des moustiques, prompts à nous attaquer à peine descendus de notre fourgon.
Le guide du Routard annonce un parcours de deux kilomètres difficiles avec 300 mètres de dénivelé.
Or le départ, dans une forêt dense, se poursuit par la traversée de marais sur des planches en bois. Pour l'instant je ne vois pas vraiment de difficulté !
… et finit par une approche dans la caillasse et les racines, demandant certes un peu d'effort mais pas la mer à boire ! En trois quarts d'heure, la montée est pliée !
Le même guide vante la vue inoubliable, je confirme !
… et précise que même en plein été, il souffle un vent glacial sur ces hauteurs dénudées, je confirme aussi ! Coupe-vent et capuche indispensables ! La bonne nouvelle, c'est qu'à cette altitude (508 mètres) il n'y a déjà plus de moustiques.
Le refuge, bien équipé, nous offre alors un abri bienvenu, le temps de nous réchauffer un peu.
Nous aurions ensuite pu retourner par le même chemin mais comme il existe une variante et que nous aimons bien varier…
Hum, si on avait su… car la variante traverse un éboulis rocheux très accidenté dans lequel nous avons l'impression de ne pas avancer. Une fois sortis de là, nous rencontrons un terrain inondé, non aménagé, dans lequel nous nous enfonçons par moments jusqu'à la cheville. Sans parler des moustiques qui reviennent à la charge en atteignant une altitude à nouveau plus basse et la végétation gorgée d'eau à laquelle nous nous frottons au passage.
Bref, si on avait su, on n'aurait pas v'nu comme dirait l'autre ;-)… mais repris au retour le même chemin qu'à l'aller. Sur la base de l'aller/retour par le même itinéraire, c'est une très belle randonnée, facile, courte, avec à la clé une magnifique vue panoramique.
La boucle est plus sportive, surtout après les pluies tombées ces derniers jours. Elle nous a demandé 3 heures et 7,1 kilomètres avec un dénivelé de 210 mètres. Elle nous coûte surtout des chaussures à nouveau trempées à l'extérieur comme à l'intérieur et des pantalons mouillés jusqu'aux cuisses. Conséquence : pas d'autre randonnée possible dans la journée.
Dans ces conditions, autant en profiter pour rouler. Ça tombe bien, c'est ce qui est prévu. Pour rejoindre notre prochaine destination, au cœur du parc national de Pallas-Ounastunturi, 250 kilomètres nous attendent. Il est seulement 11 heures, nous avons le temps de nous avancer jusqu'à mi-route avant le déjeuner c'est-à-dire jusqu'à la petite ville de Sodankylä.
Le trajet sur la E75, large et roulante, se fait à bon train malgré le flux important de camping-cars sur cet axe, le plus court vers le cap Nord pour la majorité des conducteurs européens. Pendant ce temps, nos chaussures exposées derrière le pare-brise amorcent leur séchage.
Rien de particulier à voir à Sodankylä mais, pour nous, un passage en ville précieux, mis à profit pour régler l'intendance.
Pendant que notre linge tourne dans la machine de l'hôtel Bear Inn, nous faisons à Lidl les courses les moins chères de notre voyage, déjeunons sur le parking voisin, passons chez l'opticien faire réparer des lunettes, au magasin de sport pour nous renseigner sur les filets de tête anti moustiques (qu'au final nous n'achèterons pas) avant de retourner à l'hôtel bénéficier de la WIFI.
Une fois toutes ces tâches accomplies, il nous reste la deuxième moitié du parcours à effectuer. Le point de chute est prévu dans les environs de Muonio, pas loin de la frontière suédoise, au pied du massif du Pallastunturi.
Nous échouons plus précisément devant l'hôtel Pallas, un hébergement isolé en pleine nature au pied de la montagne, à 459 mètres d'altitude. Il fait un temps magnifique et 19 degrés. Si nos chaussures n'étaient pas trempées, nous serions sans doute partis randonner immédiatement. L'hôtel est le point de départ d'un beau réseau de sentiers en été et de pistes de ski en hiver.
A défaut de profiter de son environnement, nous profitons pour le moment de son restaurant. Au menu lapon, un tartare de renne servi avec des champignons et des lichens (très bon mais portion un peu chiche même pour une entrée). En revanche, l'omble chevalier du lac d'Inari sur lit de purée de choux-fleurs et la crème brûlée aux myrtilles, tous les deux délicieux, rattrapent largement l'entrée et font de ce dîner un des meilleurs de notre voyage. Avec une bouteille de riesling à deux, il valait mieux que le Vany ne soit pas très loin ;-)
Nuit sur place sous un ciel sans nuage et un soleil radieux !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Au sommet du Pyhä Nattanen
J15 : Jeudi 23 juin 2016
Bonne nouvelle, nos chaussures de randonnée sont sèches.
Voyons à présent si le temps est toujours aussi dégagé qu'hier soir. Pas tout à fait ! Nuages et éclaircies se partagent le ciel. Tout est de savoir qui des deux aura le dessus.
En prenant le départ vers 8 h 30, nous avons tout de même l'impression qu'il va faire beau. Altitude du parking : 450 mètres.
Dans notre viseur, le Taivaskero, point culminant du massif du Pallastunturi, à 806 mètres d'altitude.
Pour l'atteindre, le chemin balisé par des poteaux surmontés de croix de St André prend progressivement de la hauteur à travers une toundra dénudée. Il n'y a déjà plus d'arbres à cette altitude, de moustiques non plus.
L'itinéraire est pour le moment commun avec le sentier de grande randonnée Pallas-Hetta, l'un des plus prestigieux de Laponie, qui en 55 kilomètres passe par les sommets de plusieurs tunturis.
Au bout d'une heure, quand il s'en écarte, il nous reste une dernière grimpette à gérer avant d'atteindre un large plateau recouvert d'un amas rocheux au milieu duquel le sommet aurait pu passer inaperçu s'il n'était matérialisé.
C'est ici que, le 6 juillet 1952 aux rayons du soleil de minuit, fut allumée la flamme olympique des Jeux de Helsinki. Une plaque commémore cet événement.
Depuis le sommet, la vue embrasse un panorama époustouflant : forêts, lacs et croupes montagneuses à perte de vue avec l'hôtel Pallas à nos pieds.
La randonnée en boucle prend ensuite la direction du sud, passe au pied d'un autre tunturi, le Laukukero, où nous surprenons un couple de lagopèdes en goguette.
A partir de là, l'hôtel nous sert de repère pour tracer à vue dans une pente parfois raide jusqu'à destination. Bilan : 8,5 kilomètres, 2 heures et demie, dénivelé 375 mètres.
Sur le parking, une famille de rennes nous fait son cinéma.
Nous espérions déjeuner en plein air sous les 17 degrés ambiants mais les moustiques voraces nous obligent à un repli immédiat dans le fourgon.
Cette dernière randonnée marque aussi la fin de notre séjour en Finlande qui, au final, nous a réservé de belles surprises. Ce soir, nous serons en Suède, à proximité de Gällivare.
L'itinéraire le plus court coupe en diagonale via des routes secondaires mais Hervé a peur qu'elles soient étroites et peu roulantes. Il préfère nous faire passer par les grands axes, un trajet plus long en kilomètres mais d'après lui plus court en temps.
A Muonio, en traversant la frontière, nous retardons nos montres d'une heure. Appréciable vu notre timing chargé !
Le début du trajet en Suède est agréable, à travers des forêts de pins majestueux et de grandes prairies en fleurs sous des températures de plus en plus chaudes, jusqu'à 21 degrés en cours de route. Jusqu'ici tout baigne !
En cours de route, un champ de linaigrettes ou "fleurs à coton".
Mais c'est sans compter sur une importante zone de travaux. Or quand les Suédois font des travaux, ils ne vont manifestement pas jusqu'à leur terme. Nous tombons donc sur une route en attente d'asphaltage, couverte de gravier grossier, presque du gravier de ballaste. Pas sur une courte distance, mais sur plus de 15 kilomètres, une éternité dans ces conditions. Rouler sur cette surface est un calvaire pour le camping-car. Il faut rouler en seconde, en redoutant la crevaison en permanence. D'ailleurs plusieurs véhicules sont immobilisés sur le bas-côté, pneus crevés.
Le retour sur l'asphalte sonne comme une libération et l'arrivée à destination est un soulagement.
Après un après-midi à conduire, nous sommes heureux de poser le fourgon sur les hauteurs de Gällivare, au sommet du domaine skiable du Dundret (730 m), pour une soirée de détente.
La ville réputée pour ses mines de cuivre et de fer s'étend juste à nos pieds, mais c'est pour la nature environnante que nous avons choisi cet endroit. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls.
Le paysage rocailleux et dénudé inspire aussi nos voisins de parking. Lui équipé d'un drone, elle revêtue d'une robe de bure, capuche pointue et mains dans les manchons, trouvent manifestement ce décor minéral parfait pour leur scénario. Elle déambule dans son drôle d'accoutrement pendant que lui la filme à l'aide d'un drone.
Le ciel orageux ajoute une note dramatique à l'ambiance.
Cette luminosité particulière nous incite à explorer à notre tour la croupe rocheuse qui se dresse devant nous. Petite balade vespérale jusqu'au sommet du Stora-Toppen (820 mètres d'altitude), coiffé de deux abris pour randonneurs. Vue sur la taïga environnante.
Après le départ des dronistes, nous pensons rester seuls sur place. Mais c'est sans compter sur l'arrivée tardive de trois camping-cars d'où descend toute une ribambelle d'enfants, prompts à mettre un peu d'animation sur le petit parking.
Plus tard, dans notre demi-sommeil, nous entendrons encore quelques visiteurs temporaires, attirés par le soleil de minuit. Le Dundret bénéficie d'un succès que nous ne soupçonnions pas ;-)
Distance parcourue dans la journée : 308 kilomètres
Rennes en goguette !
Kvikkjokk (Suède), randonnée dans le massif du Snjerak
J16 : Vendredi 24 juin 2016
Grand beau temps aujourd'hui et déjà 16 degrés à 8 heures du matin. Notre séjour en Laponie suédoise se présente sous les meilleurs auspices.
Alors dépêchons-nous de rejoindre notre étape suivante, à savoir la petite station de montagne de Kvikkjokk, située au bout d'une route en cul-de-sac en bordure des prestigieux parcs nationaux de Padjelanta et Sarek ainsi que sur le tracé du non moins célèbre sentier de grande randonnée de Kungsleden.
Ce n'est pas tout à fait la porte à côté, le trajet va occuper toute la matinée.
Alors que la radio annonce la volonté des Britanniques de quitter l'Union européenne, nous faisons route sur la E45 en suivant la rivière Lule sur laquelle ont été érigés plusieurs barrages de grande envergure, sujets de tensions, par le passé, entre le gouvernement suédois et les Samis privés de leurs terres inondées.
La circulation est particulièrement light en ce vendredi matin et les quelques localités traversées étonnamment désertes. Pourtant, à la sortie de l'une d'elles, un véhicule nous fait des appels de phares. Tiens, un contrôle de police ? Même pas, juste un troupeau de rennes qui fait son numéro en plein milieu de la voie ;-)
Au carrefour où notre trajet quitte la E45 pour prendre la direction de Kvikkjokk, nous avons atteint le point le plus méridional de notre voyage.
A partir de ce carrefour, cap légèrement vers le nord-ouest sur une petite route pittoresque serpentant entre forêts, prairies et habitations isolées sans jamais quitter (ou presque) la rive d'un lac ou d'une rivière.
A son extrémité, au bord du lac Saggat et du delta des rivières Tarra et Kamajokk se blottit le minuscule village de Kvikkjokk, au pied d'une prestigieuse chaîne montagneuse dont certains sommets sont encore couronnés de neige.
Nous avons prévu de passer deux jours dans ce coin reculé.
Deux parcs nationaux, parmi les plus grands d'Europe, entourent le village, en l'occurrence Sarek et Padjelanta qui figurent depuis 1995, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ils ne sont accessibles qu'à pied à l'issue de plusieurs jours de marche, tout comme la Kungsleden, la Voie Royale, un sentier de grande randonnée de 425 kilomètres, divisé en quatre parties de sept jours chacune, dont l'un des tronçons passe également par le hameau.
Alors, que sommes-nous venus faire ici ? Du trekking ? Non, juste des randonnées à la journée. Car si Kvikkjokk est considéré comme la Mecque des randonnées longues, le village est également le point de départ de quelques randonnées à la journée. C'est pour cette raison que nous l'avons sélectionné.
Une fois le fourgon garé sur le parking au bout du village, au bord de la tumultueuse rivière Kamajokk, en avant vers le massif du Snjerak, plus précisément vers celui de ses trois sommets surnommé "Tourist Summit" à 805 mètres d'altitude.
Il est 13 heures, il fait un temps magnifique avec un thermomètre dépassant les 20 degrés. Première vue au cours de la montée, bien raide.
Du "sommet pour touristes", vue imprenable sur le delta, la croupe du Nammatj (au milieu) et les massifs du Sarek et du Tarrekaise à l'arrière-plan.
Depuis le départ, nous suivons un chemin bien balisé qui se termine en surplomb d'un lac que nous atteignons au bout d'une petite heure. Arrivés à ce point, le retour se fait par le même chemin. Déjà ?
Trouvant que la balade manquait de piquant à ce stade, nous nous offririons bien un petit bonus pour prolonger le plaisir. Qu'à cela ne tienne !
Nous avions téléchargé sur notre GPS la trace d'un circuit en boucle trouvé sur Wikiloc. Vous nous voyez venir !
Nous tentons par conséquent de suivre ce tracé ou plutôt l'absence de tracé… sur le terrain. Aucune indication sur place ne fait mention d'une quelconque boucle.
Après quelques centaines de mètres à marcher à vue, nous récupérons une petite sente qui grimpe sur une crête d'où nous jouissons de bien meilleures vues encore sur le Sarek.
Mais quand la sente disparaît à nouveau, le parcours se complique un peu.
Guidés par le GPS, nous gambadons alors à vue dans des pentes buissonneuses, nous frayant un passage au travers d'un inextricable bois de bouleaux nains avant de finir par retomber sur nos pieds dans la dernière ligne droite jusqu'au village.
Hum, on voulait du piquant ?
Cela dit, on ne regrette pas ce choix, ravis d'avoir pu accomplir cette très belle boucle de 12 kilomètres en 3 heures et demie avec 550 mètres de dénivelé.
Conseil : pour une balade simple et facile choisissez l'aller/retour par le même chemin. Pour y ajouter comme nous une pointe de piquant, fiez-vous à Wikiloc ;-)
Une fois de retour, nous espérons nous détendre en profitant de la douceur ambiante. C'est sans compter sur une panne sèche de gaz. Le remplacement de la bouteille est inévitable. Une opération simple et rapide en principe, sauf que, dans le cas présent, le modèle pas tout à fait identique au précédent, fait de la résistance au point qu'il nous faut appeler à la rescousse deux camping-caristes suédois tout aussi désarmés.
En dernier recours, nous laissons un message au loueur, persuadés qu'il nous a fourni une bouteille inadaptée. Au final et à force d'acharnement, Hervé finit par dompter le système et à faire fonctionner la bouteille. Ouf ! On se voyait déjà devoir retourner à Jokkmokk à 100 kilomètres pour trouver du gaz.
Bref, voilà une tâche qui nous a fait perdre toute la soirée… ou presque. Pour qu'elle ne soit pas tout à fait gâchée et avant le dîner dans le fourgon, nous nous accordons un moment de relâche pour l'apéro à la Fjällstation, le seul hébergement de Kvikkjokk. Nous trinquons en plein air au bord de la rivière : c'est l'été en Suède !
Par la même occasion, nous préparons notre journée de demain pour laquelle nous avons besoin d'un transfert en bateau. Rendez-vous est pris avec BJörn pour demain.
Distance parcourue dans la journée : 212 kilomètres.
Vue sur le Sarek depuis le sommet du Snjerak
Kvikkjokk, randonnée vers du Prinskullen et bateau dans le delta
J17 : Samedi 25 juin 2016
Pas de route à faire ce matin. Le Vany reste sagement sur le parking pendant que nous allons découvrir un autre sommet facile, dominant le village.
Le point de départ du trail se situe sur la rive opposée de la rivière. Pour ce court transfert en bateau, nous avons fait appel à Björn qui nous a fixé rendez-vous à 9 h 20, toujours sur le même parking. Nous nous attendions à le voir arriver en voiture, mais c'est de la forêt qu'il émerge à pied, nous conduisant d'abord le long de la rivière Kamajokk jusqu'à la Fjällstation pour récupérer d'autres clients.
Au passage, il nous indique le meilleur point de vue sur les rapides.
Nous sommes sept à monter dans son petit canot à moteur : un couple allemand, une randonneuse suédoise, un jeune couple finlandais et nous, mais chacun avec un but différent.
Les Allemands et la Suédoise veulent aller vers Nammatj. Les Finlandais sont les plus ambitieux avec la montée au Kaskaivo (22 kilomètres et 12 heures aller/retour) dont le point de départ se situe à trois kilomètres en amont de la rivière. En ce qui nous concerne, nous avons juste besoin d'être déposés sur la rive opposée au point de départ vers Prinskullen, la "colline du prince".
Mais Börn nous propose (for a good price, dit-il) que nous accompagnions d'abord les autres personnes jusqu'à leurs points de dépose afin de découvrir, par la même occasion avant notre randonnée, une partie du delta. C'est d'accord. Par cette très belle journée, c'est le moment d'en profiter.
De la rencontre de la rivière Tarra et des rapides de la Kamajokk est né un delta unique et verdoyant formé et régulièrement transformé par l'accumulation de sédiments transportés par les eaux tumultueuses des cours d'eau.
Pendant que Björn nous livre quelques informations sur la région, passant avec aisance de l'anglais à l'allemand, avec même quelques mots de français, le canot s'engage dans un canal étroit, à la végétation luxuriante et touffue, sur un miroir d'eau où se reflètent à la perfection les silhouettes élancées de quelques feuillus.
Les grands arbres ont l'air de se prosterner, formant une haie d'honneur sur notre passage.
Quand le rideau d'arbres s'ouvre, la perspective s'élargit, laissant apparaître le profil râblé du mont Nammatj… … ou la calotte imposante d'une montagne plus éloignée.
Une fois tous nos corandonneurs déposés, quand le bateau revient au niveau des rapides, le moment est venu pour nous de débarquer.
Il est maintenant 10 h 45. Nous nous mettons d'accord avec Björn sur l'horaire du retour (16 heures) et attaquons aussitôt la montée.
Comme d'habitude, l'accès au sommet passe par la traversée d'une forêt de bouleaux, en l'occurrence ici sur un sentier bien tracé, conçu au milieu du XVIIème siècle par les mineurs allant exploiter des filons d'argent dans les massifs du Sarek et du Padjelanta.
Au sortir de la forêt (à 650 mètres d'altitude), il nous reste à franchir une série de dalles rocheuses disposées en gradins avant d'accéder au cairn pyramidal du sommet.
Depuis ce balcon, la vue est saisissante sur la chaîne montagneuse s'étendant à perte de vue ainsi que sur le delta au premier plan, véritable mosaïque de lagunes, de lacs, de canaux, de prairies, de bois et de marais.
Il est midi. Le belvédère est l'endroit parfait pour un pique-nique et un bain de soleil, débarrassés de nos chaussures, les doigts de pied en éventail.
Mais au bout d'une heure, l'envie de bouger nous démange à nouveau.
Le guide Rother mentionne une possibilité de poursuivre (ah, chouette) sur un sentier non balisé, en direction de Vallespiken, aboutissant à des enclos à rennes à 867 mètres d'altitude. Durée annoncée : une heure.
Voilà qui fait notre affaire !
Nous cédons le sommet à trois ou quatre poursuivants, preuve que Björn a dû opérer une rotation supplémentaire, et prenons la direction du nord-ouest.
Devant nous, la chaîne imposante du Vallespiken et ses dômes encore zébrés de neige nous servent de points de repère.
Ce rocher erratique déposé là par quelque troll musclé tient lieu à la fois de terminus et de tour d'observation. Les enclos à rennes (vides) sont visibles à l'arrière-plan.
Pour retourner vers Prinskullen, il suffit alors de suivre ce collier de nuages comme autant de cailloux semés dans le ciel par le petit Poucet. Ils mènent droit au point de vue.
Avant le retour au débarcadère, nous nous accordons une dernière pause pour profiter du panorama et de l'absence de moustiques à cette altitude.
A l'issue de la descente, nous flânons un peu dans cette belle prairie fleurie.
Cachées dans les herbes hautes entre les brassées de graminées, on peut y découvrir des ruines de soubassements du village de Kvikkjokk, jadis établi de ce côté-ci de la rivière. Mais pas le temps de nous attarder, nous percevons déjà le ronronnement du bateau de Björn.
L'homme est aussi ponctuel qu'une montre… suédoise ou peut-être suisse car il arrive accompagné de quatre clients helvètes (+ les deux Allemands de ce matin) qui souhaitent faire une visite plus approfondie du delta.
Il nous propose (toujours "for a good price") de nous joindre à cette nouvelle visite. Why not ? Il n'est que 16 heures, il fait super beau, alors approfondissons !
Pour commencer, le canot va se frotter aux remous des rapides, surfant au bord des eaux tumultueuses, dans un vacarme assourdissant. C'est le prétexte pour Björn d'ajouter un soupçon d'adrénaline à un parcours par ailleurs pépère.
Après le bouillonnement des rapides, le retour au calme est d'autant plus apprécié. L'embarcation file au gré des canaux jusqu'au bassin d'une immense lagune avant de revenir par des bayous plus intimes aux allures de jardin.
Trois quarts d'heures plus tard, le bateau accoste à Kvikkjokk. Fin d'une excellente journée entre randonnée panoramique et balade au fil de l'eau sous une chaleur estivale. 24 degrés, un record !
Après cette journée bien remplie, pouvons-nous espérer une soirée de détente ? Pas vraiment, car après la panne de gaz hier, aujourd'hui c'est la panne d'eau. Au camping de Kvikkjokk, le gérant est peu enclin à nous en fournir, même en payant. Réservant le service à ses clients, il nous dirige vers le village voisin d'Årrenjarka (à 15 kilomètres).
De toute façon, il était prévu ce soir d'avancer un peu dans notre parcours, alors avançons au moins jusque là. Pour être exact, la suite de notre voyage oblige en réalité à rebrousser chemin et ce, jusqu'à… Gällivare.
Après un dernier apéro à la Fjällstation, bye, bye Kvikkjokk.
A Årrenjarka, nous trouvons de l'eau à disposition, nous voilà sauvés. Il ne reste plus qu'à se trouver un coin sympa pour la nuit. Pas évident, car de la route ne partent que des chemins privés desservant tous des habitations isolées.
Pourtant, après le hameau de Tjåmotis , l'un de ces chemins a l'air de s'enfoncer plus profondément dans les bois jusqu'à la berge d'un lac.
Ô surprise, nous y trouvons déjà un autre camping-car, français de surcroît. Immatriculés dans le Calvados, ses occupants ont déniché ce coin lors d'un voyage précédent et y reviennent avec plaisir à chacun de leur périple. Ils auraient sans doute préféré garder l'emplacement pour eux tout seuls mais le partagent bien volontiers avec nous.
L'endroit est un havre de tranquillité et de sérénité. Voilà toutes les conditions réunies pour passer une belle soirée et une bonne nuit.
Distance parcourue en voiture : 53 kilomètres. En randonnée : 12,6 kilomètres, dénivelé de 530 mètres.
Vue sur le delta depuis le sommet du Prinskullen
De la ville en sursis de Kiruna au canyon d'Abisko
J18 : Dimanche 26 juin 2016
Comme prévu, la suite de notre voyage implique un retour sur nos pas jusqu'à Gällivare avant de continuer, via la ville minière de Kiruna, jusqu'aux abords d'Abisko où nous prévoyons d'arriver en fin d'après-midi. Ceci, dans le but de rejoindre dans quelques jours la Norvège au niveau de Narvik et d'enchaîner avec les îles Lofoten.
C'est par conséquent une longue étape de plus de 350 kilomètres qui nous attend. En sachant que les déplacements se font uniquement sur des routes nationales, qu'à tout moment on peut être ralenti par des travaux ou par des troupeaux de rennes, qu'avec un camping-car on a tendance à s'arrêter plus souvent qu'avec une voiture, pour faire le plein d'eau, pour vidanger les eaux sales, pour faire des courses… Bref, il vaut mieux ne pas être pressés. Pour couvrir la distance, nous comptons un minimum de sept heures, sans les arrêts.
Dans ces circonstances, un départ à 6 h 30 paraît tout à fait indiqué et le trajet plus supportable s'il est fractionné.
C'est pourquoi entre les pauses techniques, photographiques, logistiques et touristiques, nous ne lésinons pas sur les arrêts.
Première pause, une heure et demie après notre départ, tout près de Porjus, où nous dédions quelques minutes aux parois étagées de ce profond canyon cachant en son sein une rivière qu'on ne saurait voir ;-)
Dans le centre de Porjus, nouvel arrêt, cette fois pour accomplir des tâches plus ingrates mais indispensables au bon fonctionnement d'un camping-car. Je ne vous fais pas de dessin !
Près de trois heures après notre départ, nouveau prétexte pour nous arrêter : l'apparition de cet étonnant nuage en forme de feu d'artifice ou de bouquet. Nous avions déjà vu ce type de nuage lors de notre précédent voyage sur la route de la Côte au sud de Bodø, mais jamais dans d'autres pays. Curieux, non ? Cette forme de nuages serait-elle propre à ces régions arctiques ? Ou serait-elle l'œuvre d'un avion ?
10 heures, c'est l'heure de la collation et d'une nouvelle pause sur l'aire de pique-nique de Lappesuando, 50 kilomètres au nord de Gällivare. Voilà de quoi nous faire tenir jusqu'aux abords de Kiruna où nous arrivons pour l'heure du déjeuner.
Juste après le repas, visite au pas de course du centre-ville voué à l'engloutissement en raison du développement de la mine de la LKAB exploitant le plus grand gisement de minerai de fer au monde.
Dans les vingt années à venir, il est prévu de déplacer la ville de quelques kilomètres vers le nord-ouest, à commencer par le centre. Un tiers des habitants sont concernés, soit plus de 6 000 personnes, mais aussi tous les commerces du centre, l'hôtel de ville, l'hôpital, l'église, la bibliothèque, des écoles, des lycées… C'est impressionnant !
Dans le hall de l'hôtel de ville, une maquette donne une idée des secteurs concernés.
Le fer est à l'honneur partout dans la ville. Kiruna lui doit à la fois son existence, sa mort annoncée et à terme sa renaissance !
Cela fait maintenant 8 heures que nous sommes en route alors vivement notre arrivée aux abords d'Abisko pour pouvoir nous dégourdir plus longuement les jambes.
Une fois sur place, nous ignorons le village pour nous diriger quelques kilomètres plus loin vers Abisko Tourist Station regroupant un hébergement, une gare, un centre pour visiteurs et un télésiège accédant aux sommets, le tout à l'entrée du parc national du même nom.
Pour le télésiège, nous arrivons trop juste. La dernière montée a lieu à 16 heures, mais plus de descente possible, hormis à pied ce que nous excluons, pas convaincus de son intérêt.
En lieu et place, nous improvisons une balade en boucle de la forme d'un huit, autour du canyon et du delta de la rivière Abiskojakka, un parcours inspiré du guide Rother mais librement adapté à notre forme après 10 heures de route.
Dans l'immédiat et sans quitter le parking, il suffit de tourner la tête vers le sud-ouest pour apercevoir la vue la plus photographiée de la région, la vallée de Lapporten ("porte de la Laponie") en forme de "u" évasé, à l'arrondi presque parfait. Une image qui laisse présager des beautés naturelles de toute cette région.
Parmi les incontournables, il y a bien sûr le canyon que nous abordons dans un premier temps vers l'amont tout en longeant la rive ouest du cours d'eau.
Le parcours, en partie sur des planches, nous réserve de belles vues sur les eaux tourbillonnantes du torrent mugissant.
A la première intersection, nous amorçons déjà la direction du retour, quittant le bord de l'eau par un chemin de traverse pour revenir au point de départ par un "nature path".
Du plus éloigné au plus proche, notre regard retient… … cette belle chaîne montagneuse que la neige recouvre encore d'un blanc manteau , … ce dôme au galbe et à la texture parfaitement parfaits, … ainsi qu'un tapis de myosotis couvrant les pieds de ces bouleaux tordus.
La première boucle de notre huit se termine sous le porche d'entrée de la Kungsleden, ce sentier de grande randonnée dont on avait déjà croisé le tracé la veille à Kvikkjokk. Nous aurions donc pu venir à pied jusqu'ici depuis notre destination précédente ;-)
Passons à présent à notre deuxième boucle qui suit la rive Est du cours d'eau, côté aval, nous livrant un nouvel aperçu du canyon sous un angle un peu différent.
Puis, quand le torrent se jette dans le lac Torneträsk aux allures de fjord, notre balade s'achève en surplomb du delta, avant un passage par la station touristique.
Retour au point de départ après 7,2 kilomètres en 2 heures et demie avec un dénivelé insignifiant (ou presque) de 80 mètres. Bref, une balade pépère de fin d'après-midi pour ménager nos vieux os !
A propos de fin de journée, c'est le moment de nous préoccuper de notre lieu de bivouac. Les parkings du télésiège, du centre des visiteurs et de la gare sont interdits au stationnement durant la nuit. En touristes disciplinés, nous respectons scrupuleusement la mesure contrairement à plusieurs autres camping-caristes, locaux de surcroît, dont les installations trahissent leur intention manifeste d'y passer la nuit.
Néanmoins, en vue d'autres activités prévues demain à Abisko, nous n'aimerions pas trop nous éloigner. Quelques kilomètres à l'est de la station touristique, sur l'aire de repos de Tornehamn, nous trouvons notre bonheur. Le stationnement est toléré pour 24 heures, c'est plus qu'il n'en faut !
La chaleur reste d'actualité, nous permettant de rester en short même en soirée. La région a la réputation d'être la plus sèche de Suède. Pourvu que ça le reste !
Distance parcourue dans la journée : 394 kilomètres.
Canyon d'Abisko
Abisko : télésiège vers Nuolja et randonnée au lac Trollsjön
J19 : Lundi 27 juin 2016
Cette journée d'aujourd'hui n'était pas véritablement programmée mais gardée en réserve au cas où nous aurions de l'avance. Or nous avons toujours 24 heures d'avance sur notre planning, c'est le moment d'en profiter tant que la météo reste clémente et avant une possible dégradation en soirée. Zut !
Pour le moment, n'y pensons pas et profitons-en à fond ! Déjà 16 degrés (22 plus tard dans la journée) malgré un ciel très légèrement voilé en ce début de matinée.
Nous sommes les premiers devant le télésiège d'Abisko mais pendant que nous attendons son ouverture dans notre véhicule, nous nous faisons griller la politesse par deux fillettes et leur maman qui seront les premières à filer vers le sommet.
Le télésiège nous fait alors passer en une vingtaine de minutes de 385 mètres à 850 mètres.
A partir de là, il faut continuer à pied si l'on veut atteindre le mont Nuolja à 1169 mètres, en comptant environ trois quarts d'heure pour la montée.
Pendant que nous nous attardons un peu autour de la station d'arrivée, les filles et leur maman nous distancent encore un peu plus. Mais quand les petites finissent par traîner les pieds, réclamant une pause et un goûter, nous les dépassons allègrement, ravis de partager la primeur du sommet avec ce seul cairn à la forme humaine appelé inukshuk dans d'autres contrées.
Magnifique vue sur le lac Torneträsk, celui dans lequel se jette la rivière Abisko.
A l'issue de cette randonnée de 4 kilomètres avec un dénivelé de 350 mètres, le télésiège nous ramène à Abisko sur les coups de midi.
Un timing parfait qui nous permet, après le déjeuner, d'envisager une deuxième randonnée dans l'après-midi Elle me tient tout particulièrement à cœur. Sur le papier, cette traversée de vallée à destination du lac Trollsjön paraissait magnifique. Voyons ce qu'elle vaut sur le terrain !
Son point de départ se trouve sur la route E10, à 25 kilomètres à l'est d'Abisko. Il faut se garer sur le bord de la route. Dans notre sens de circulation, toutes les places sont déjà occupées. Il faut donc faire un demi-tour en plein milieu de l'E10 pour aller nous garer de l'autre côté de la route.
Pour trouver l'entrée de la vallée, il faut d'abord traverser un petit bois de bouleaux où sont planqués quelques moustiques avides (mais ça c'est habituel). Plus inhabituel, il faut dans le cas présent traverser la voie ferrée de la ligne Kiruna – Narvik en faisant attention aux trains, nombreux, mais heureusement sonores.
Une fois ces deux obstacles franchis, la vallée est à nous !
Comme la montée est progressive et régulière avec un gain d'altitude bien réparti, nous avançons d'un pas vif sur un sentier engazonné déroulant son tapis de verdure au pied d'une table rocheuse face à des dômes marbrés de neige.
En revanche, nous sommes étonnés de ne pas trouver grand monde sur le chemin. On aurait pourtant pu croire le contraire au regard du nombre de voitures garées sur la route, mais leurs occupants ont sans doute préféré une vallée voisine propice au trekking. Nous voilà bien tranquilles de notre côté. Nous finissons par rattraper un groupe de quatre personnes, des Suédois, un homme et trois femmes, plus lents que nous, l'une des femmes avançant comme une tortue, encore plus démoralisée quand nous lui annonçons qu'elle n'est qu'à moitié route. Nous avons bien cru qu'elle allait abandonner, ce qui aurait été dommage car juste après, nous atteignons la partie la plus spectaculaire du parcours.
Au fond de la vallée apparaît une gigantesque moraine latérale déroulant son rouleau compresseur à perte de vue et charriant des blocs rocheux dans un chaos indescriptible.
l'arrière-plan, les massifs montagneux lacérés de neige nous font penser aux montagnes du Landmannalaugar en Islande
Sur cet univers fantasmagorique de blocs renversés, de dalles dressés, de rocs brisés, de roches tourmentées veille le maître des lieux, un monstre de pierre hybride, tête au profil humain sur corps de dragon.
Il annonce ce pour quoi nous sommes venus jusqu'ici : le lac Trollsjön, caché dans le creux de ce cirque montagneux.
Sur ses eaux couleur soufre, qu'on dit être les plus claires de Suède, flottent quelques icebergs qui font de la résistance en ce début d'été.
Nous aurions aimé nous attarder dans cette vallée perdue mais le ciel finit par se couvrir, nous faisant redouter un orage.
Après une dernière incursion au cœur de la moraine, nous saluons les derniers trolls de pierre, implorant leur dieu de bien vouloir nous épargner d'un retour sous la pluie.
Manifestement, nous avons été entendus ! Non seulement il n'a pas plu mais nous avons même été crédités d'un peu de ciel bleu, nous permettant d'apprécier au passage ce névé aux allures de meringue saupoudrée de cacao.
Après avoir retraversé la voie ferrée, le Vany nous voit de retour vers 17 h 30 au bout de 11,6 kilomètres soit 3 heures et demie pour un dénivelé de 470 mètres.
Nous avons adoré cette vallée enchantée peuplée de trolls et ce lac d'un bleu intense, une de nos plus belles randonnées en Suède et peut-être même du voyage.
Cette balade est aussi la dernière en Suède On peut d'ores et déjà affirmer que ce séjour a été une totale réussite aussi bien dans le choix des destinations que des activités. La météo parfaite a participé de ce succès.
Nous ne sommes plus maintenant qu'à une dizaine de kilomètres de la frontière. Notre journée s'achève côté norvégien, après avoir posé le camping-car sur une aire très champêtre bordée de marais couverts de linaigrettes au pied de petites collines rocheuses.
L'orage redouté finit par éclater dans la soirée. Bien à l'abri dans le camping-car, nous ne craignons plus rien mais ce n'est pas de bon augure, la veille de notre étape vers les îles Lofoten. ;-)
Distance parcourue dans la journée : 52 kilomètres.
Lac Trollsjön
La suite se trouve dans... le message 2 (juste au-dessous)
Le récit de ce voyage hivernal est à découvrir ici :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagestromsoe/
Le récit du voyage estival de 2014 est à découvrir là :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesnorvege/
Et celui de 2016 est ici :
sites.google.com/...xvoyagesscandinavie/ Bonne découverte !

============================================================================= Fjords et glaciers, colonies d'oiseaux, rennes en troupeaux, trolls de pierre, lacs et rivières, monts et tunturis, voici pêle-mêle quelques souvenirs d'un séjour en Scandinavie qui a mieux commencé qu'il n'a fini 😉. Voyage d'un mois en camping-car entre Norvège, Finlande et Suède.
Présentation
En 2014, la Norvège avec ses fjords profonds, ses glaciers étincelants, ses innombrables lacs et ses chapelets d'îles nous avait conquis. Sans parler de la lumière arctique absolument magique !
Nous avions par conséquent hâte d'y retourner cet été (2016) afin de compléter notre connaissance du pays et de profiter à nouveau de l'ambiance très particulière du soleil de minuit.
Parmi tous nos coups de cœur la fois précédente, les îles Lofoten figuraient en première position et bien qu'y ayant passé sept jours, nous étions persuadés de ne pas avoir exploré toutes leurs ressources. C'est donc très naturellement que nous remettons cette destination en tête de liste pour ce deuxième voyage.
A partir de ce premier élément, l'orientation du voyage se met en place. En complément des îles Lofoten, nos choix se portent vers d'autres contrées du nord, voire de l'extrême nord de la Norvège et des régions limitrophes.
Nous imaginons une boucle au départ de Tromsø passant par les péninsules du cap Nord, de Nordkinn et de Varanger. Une fois arrivés aux confins nord-est du pays, nous comptons traverser la frontière pour passer quelques jours en Finlande puis en Suède avant de retrouver la Norvège à hauteur de Narvik. Pour finir, la dernière partie du circuit sera consacrée aux îles Lofoten, Vesteralen, Senja et Kvaløya avant de refermer la boucle à Tromsø.
Restait à déterminer le mode de déplacement. En 2014, nous avions adoré la liberté que nous avait procurée le camping-car et souhaitions renouveler l'expérience. Mais allions-nous à nouveau louer le véhicule en Allemagne et faire par la route le long trajet jusque dans le grand Nord ? Après réflexion, nous décidons de rejoindre Tromsø en avion et de louer un camping-car localement. Nous faisons affaire avec le loueur norvégien Compassbobiler.
Tout est alors calé. Départ le 9 juin 2016, retour le 11 juillet. Distance totale estimée à 5 000 kilomètres maximum, soit moitié moins que lors notre voyage précédent. Nous aurons donc largement le temps de randonner et de pêcher, bref de profiter !
Nous resterons en permanence au nord du cercle polaire, ce qui signifie… soleil de minuit assuré ! Quant à la météo, nous espérons qu'elle sera aussi belle qu'il y a deux ans.
En attendant, nous prenons plaisir à observer le cap Nord sans quitter notre fauteuil grâce aux images de la webcam ;-)
Notre parcours

Arrivée à Tromsø, première étape vers les Alpes de Lyngen
J1 : Jeudi 9 juin 2016
En avion, Oslo n'est qu'à deux heures quinze de Paris et Tromsø à moins de deux heures d'Oslo. Mais en choisissant des vols au meilleur prix, nous nous infligeons une très longue journée de voyage avec une escale de 5 heures et demie à Oslo.
Une durée qui va encore s'allonger d'une heure en raison d'un retard de l'avion pour Tromsø.
Bref, au lieu de 23 h 45, il sera presque une heure du matin à notre arrivée dans le grand Nord. Mais heureusement sous ces latitudes à cette époque de l'année il fait jour toute la nuit. C'est donc les yeux rivés sur les sommets enneigés brillant au soleil que nous rejoignons le centre-ville de Tromsø en taxi pour une courte nuit bien méritée au Scandic Ishavhotel.
J2 : Vendredi 10 juin 2016
A dix heures nous avons rendez-vous avec Olav qui doit nous livrer notre camping-car. C'est alors seulement que débutera véritablement notre aventure dans le grand Nord.
Cela nous laisse le temps de prendre un petit déjeuner gargantuesque puis de faire un petit tour sur les quais, histoire de découvrir notre hôtel dans son environnement immédiat.
Mais il vaut mieux être bien couvert, dehors le temps est plutôt frisquet. Dix degrés seulement et un ciel couvert pour l'instant. Mais patience, ça devrait s'améliorer.
Reconnaissable à sa haute flèche semblable à un mât de bateau, l'hôtel Scandic se dresse fièrement en bordure de fjord.
Tout le long du quai sont alignées des maisons en bois aux façades colorées qui nous rappellent un peu celles de Bergen ou de Trondheim.
Sur la rive opposée, on aperçoit la silhouette moderne de la cathédrale.
Devant le musée polaire, des "outils" nous laissent perplexes. Ces harpons explosifs ne laissaient aucune chance aux baleines :-(
Il est l'heure d'interrompre notre balade afin de revenir à l'hôtel, le loueur ne va pas tarder.
Un peu après 10 heures, il nous amène le camping-car que nous avons réservé.
Il s'agit d'un fourgon aménagé Challenger Vany 03, monté sur un châssis Fiat Ducato, de moins de 6 mètres, tout neuf, 3 500 km au compteur. Nous en serons les premiers utilisateurs. Il ressemble beaucoup au Pössl que nous avions loué en Allemagne en 2014. Néanmoins, dès le premier coup d'œil à l'intérieur, nous réalisons qu'il est beaucoup moins fonctionnel côté rangement. Pour l'instant, nous mettons nos sacs en vrac à l'arrière en nous demandant comment faire tenir toutes nos affaires dans un aussi petit espace.
Après avoir passé en revue le fonctionnement du camion et rempli tous les documents, nous sommes prêts à quitter Tromsø en fin de matinée, enfin pas tout à fait encore, car il reste à faire les courses. Un supermarché Coop à la sortie de la ville fait notre affaire. Après avoir erré d'un rayon à l'autre et failli prendre du pâté de foie de morue à la place du thon en boîte, nous finissons par trouver de quoi remplir frigo et placards.
Il est maintenant un peu plus de 12 h 30, nous voilà partis pour de bon.
Entre-temps, le ciel s'est dégagé, laissant place à un beau soleil qui fait grimper le thermomètre jusqu'à 14 degrés.
Direction, la péninsule de Lyngen à l'est de Tromso et plus particulièrement son extrémité nord-ouest, où nous avons prévu la première randonnée du séjour, vers le phare de Lyngstuva.
La destination est à 100 kilomètres mais à mi-route, nous devons prendre un ferry pour traverser l'Ullsfjord entre Brevikeidet et Svensby. Le prochain départ est à 13 h 15, mais à force de nous arrêter à tout bout de champ, nous finissons par le louper.
C'est la faute aux paysages (ces forêts de bouleaux d'où dépassent des sommets saupoudrés de neige) pour lesquels nous multiplions les arrêts.
Nous sommes quittes pour attendre le suivant à 14 h 15, une courte attente mise à profit pour commencer le rangement.
Pendant la traversée de 20 minutes, nous avons tout loisir de contempler tranquillement l'enfilade de sommets laissés derrière nous. La neige est encore bien présente.
En débarquant à Svensby, nous partons vers le nord. Vers 16 heures, nous atteignons enfin Russelv. Quand la route se termine en cul-de-sac, nous continuons à pied sur un large chemin en bord de mer puis sur une petite sente qui nous fait prendre un peu hauteur.
Une table bien placée nous invite déjà à une pause en terrasse avec une magnifique vue sur l'océan et les îles.
Au passage, je signe le livre d'or contenu dans cette jolie boîte aux lettres placée devant une maison en ruines mais surtout devant un panorama d'exception.
Sommes-nous arrivés ? Non pas encore ! D'ailleurs avant de découvrir le phare, notre regard tombe sur ces carcasses de bateaux au pied de la falaise, signes qu'ici les tempêtes sont terribles.
Allez, encore un dernier effort, le phare est maintenant à nos pieds et juste à côté, une petite cabane dans laquelle on peut passer la nuit.
Sur le trajet du retour, nous nous offrons un petit détour vers un point de vue dominant le phare, un beau belvédère qui permet de prendre toute la mesure de ce merveilleux bout du monde.
Il n'y a plus qu'à descendre de la colline et à retrouver notre Vany, stationné dans la baie de Russelv.
Une très belle randonnée : 7 kilomètres en 3 heures avec les pauses et les différents détours (sinon 2 heures en aller retour), facile pour une première journée. Une excellente mise en jambe avant un itinéraire un peu plus consistant demain.
En attendant il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac pour ce soir. J'avais repéré un petit coin en retrait de la route, au sud de Sør -Lenangen. Il faut donc revenir de 25 kilomètres sur nos pas. L'endroit nous convient, c'est parfait.
Entre la préparation du dîner et le rangement des affaires, la soirée passe à toute vitesse. Nous installons les caches à ventouses sur le pare-brise (beaucoup moins performants que les volets en accordéon qu'il suffisait de déployer sur le Pössl) et tirons les rideaux pour une première nuit à bord.
Distance parcourue dans la journée : 125 kilomètres.
Phare de Lyngstuva

Du glacier de Steindalen (Lyngen) au sommet de Vardhaugen (Kågen)
J3 : Samedi 11 juin 2016
Ce matin, le ciel est partagé entre nuages et éclaircies et le thermomètre affiche 11 degrés, un peu comme hier, quoi !
Nous comptons poursuivre aujourd'hui la découverte de la péninsule de Lyngen, plus particulièrement la vallée de Steindalen au fond de laquelle se trouve le glacier Steindalsbreen. Situé à 460 mètres d'altitude, on peut l'atteindre à l'issue d'une randonnée de 5 à 6 heures.
Nous avons par conséquent un peu de route à faire ce matin pour rejoindre Steindalen, dans la partie sud-est de la péninsule, après le hameau de Furuflaten.
Peu de circulation en ce samedi matin. Pourtant en arrivant il y déjà plusieurs voitures sur le parking, notamment un minibus immatriculé dans la région lyonnaise dont viennent de descendre une dizaine de randonneurs déjà sur le départ à l'instant où nous nous garons.
Le temps de tout préparer, il est 10 h 30 quand nous nous élançons sous un soleil de plus en plus généreux. Chic !
Nous suivons tout d'abord un large chemin qui va finir par se rétrécir pour grimper raide dans la forêt.
Il nous faut plus d'une heure pour arriver à Steindalshytta, perchée à 260 mètres d'altitude, un endroit parfait pour reprendre des forces.
Devant la cabine (qu'on peut d'ailleurs louer) nous retrouvons notre groupe de Français en train de pique-niquer. Ils participent à un voyage organisé par l'agence 66° Nord. Nous profitons de leur présence pour nous faire tirer le portrait.
Il est midi. Après nous être sustentés, nous sommes déjà prêts à poursuivre, alors que le groupe est toujours attablé.
Après avoir traversé un petit pont de bois, nous longeons le torrent et accélérons le pas sur un terrain maintenant beaucoup plus plat et sans difficulté.
Dix minutes plus tard, nous atteignons le point de vue sur cette belle vallée en V. On commence à apercevoir le glacier au fond.
Mais pour y arriver, il faut encore gravir une crête et passer toute une zone de moraine caillouteuse sur laquelle on a l'impression de ne pas avancer.
Heureusement la vue est à la hauteur de nos efforts. En nous retournant, quel panorama !
A intervalle régulier, des pancartes nous indiquent que le glacier était beaucoup plus étendu il y a encore quelques années.
Cinq minutes plus tard (13 h 15) nous atteignons enfin le bord du lac glaciaire dans lequel dégringole le glacier actuel. Tout simplement grandiose !
Nous profitons de ces quelques instants en solitaire avant de voir arriver nos premiers poursuivants que nous mettons à contribution une nouvelle fois pour nous prendre en photo.
A 15 heures nous sommes de retour à la cabine de Steindalshytta et 50 minutes plus tard, au parking.
Bilan : une magnifique randonnée (9,2 kilomètres en 5 heures et demie avec 460 mètres de dénivelé). Très beau temps, certes pas très chaud (entre 10 et 14 degrés) mais quand on marche, c'est idéal. Du vent à proximité du glacier.
Ce beau temps va nous accompagner tout au long de la soirée.
Après la randonnée, nous poursuivons notre route jusqu'à Skibotn sur la rive opposée du Storfjord, presqu'en face de Steindalen.
Nous posons le Vany en bordure d'une réserve naturelle, près de l'embouchure de la rivière Skibotnelva, face aux montagnes.
Il fait si beau que nous déployons nos chaises pliantes et assistons, attendris, au manège des huitriers-pies qui s'affolent pour leurs poussins à chaque passage de promeneurs.
Soirée paisible. Le soleil a sûrement brillé une partie de la nuit mais, avec presque 10 kilomètres dans les jambes, nous n'avons pas la force de veiller si tard. Dodo de bonne heure.
Distance parcourue dans la journée : 116 kilomètres.
Vallée de Steindalen
J4 : Dimanche 12 juin 2016Qui dit dodo de bonne heure dit réveil de bonne heure. A 3 heures du matin, plus moyen de fermer l'œil. Une heure plus tard, nous levons le camp.
Dehors il fait 6 degrés (brr!) et comme les jours précédents nuages et éclaircies cohabitent. Quel est le programme aujourd'hui ? Ce qui est sûr, c'est que nous souhaitons rallier l'île de Kågen où nous avons sélectionné deux randonnées.
Pour l'une, il faut compter 7 heures de marche pour un dénivelé de 800 mètres, ouille. Il faut surtout être assurés d'avoir du très beau temps, ce qui aujourd'hui n'est pas garanti. L'autre est plus courte (3 heures) donc plus accessible.
Commençons par faire le trajet jusqu'à destination, ensuite nous ferons un point météo le moment venu.
Comme la E 6 fait tout le tour du Kafjord, nous en avons pour près de 120 kilomètres, alors que si on pouvait éviter ce long fjord, on gagnerait un tiers sur le parcours.
Heureusement les paysages sont de toute beauté tout au long du trajet. Vue sur les Alpes de Lyngen qui, tels des pains de sucre, émergent du fjord.
L'île de Kågen est reliée au continent par un tunnel. A sa sortie, il faut prendre une décision afin de nous diriger en conséquence vers le point de départ de la randonnée retenue.
Nous préférons jouer la prudence (le temps n'est pas au beau fixe) et optons pour la plus courte. Elle part du petit village de Maursund où nous arrivons à 6 h 30 avec une envie irrépressible de dormir.
Aussitôt dit, aussitôt fait, le camping-car est très pratique pour ça.
9 h 30, il est temps de mettre un terme à notre petit somme.
Le ciel est voilé mais nous devrions disposer d'une fenêtre météo suffisante pour mener à bien notre randonnée.
A 10 heures, nous attaquons la montée le long d'un torrent dans une forêt de bouleaux nains. Nous suivons une trace GPS issue du site Internet ut.no. Heureusement, parce que la sente est à peine visible dans l'herbe haute.
Elle disparaît d'ailleurs complètement en débouchant sur un plateau où nous nous déplaçons à vue dans une toundra roussie gorgée d'eau et parcourue de petits ruisseaux qu'il faut enjamber à de nombreuses reprises. Vous remarquerez qu'il n'y a plus d'arbres à cette altitude.
La trace GPS conduit en principe au pied du cirque glaciaire qu'on aperçoit au fond de la vallée. Comme il n'a pas l'air de présenter un intérêt majeur, nous décidons de le zapper et de rejoindre directement le sommet de Vardhaugen.
Bonne intuition, car à près de 300 mètres d'altitude, la vue sur le détroit est incomparable. Ma mine réjouie le confirme !
La descente (et la montée si on monte par là) a le mérite d'être balisée, il suffit donc de suivre les marques jaunes pour retourner au bord du fjord.
Fin de la randonnée vers 12 h 30.
Après le déjeuner pris dans le camping-car, Hervé propose de nous rapprocher du point de départ de l'autre randonnée (celle qu'on avait écartée) pour éventuellement en parcourir le début si le temps se maintient.
Mais le ciel s'assombrit de plus en plus de sorte qu'en arrivant sur place il est exclus de randonner.
En revanche, dans les alentours, le pont de Skervøy a l'air d'être un lieu idéal pour la pêche. C'est l'occasion pour Hervé d'inaugurer sa canne à pêche pliante, achetée exprès pour ce voyage.
A peine la ligne jetée, déjà une prise. Deuxième essai… encore une ! La suivante… une de plus ! Et ainsi de suite. Bref, en cinq minutes, Hervé réalise une pêche miraculeuse qu'il finit par interrompre de peur de vider l'océan ;-)
Six beaux cabillauds ont mordu à l'hameçon ainsi que plusieurs poissons plus petits qui feront la joie des oiseaux. Le menu du dîner est tout trouvé.
Mais avant de consommer ces prises, il va falloir les vider et les découper. Sur l'aire de repos sous le pont, quelques pêcheurs également camping-caristes sont déjà à l'ouvrage. Des planches en bois sont d'ailleurs à la disposition du public à cet effet.
Sur les conseils d'une Alsacienne très douée, notre pêcheur s'essaie à la découpe en filets. Certes il n'a pas la dextérité (ni les outils adéquats) de l'Alsacienne, mais il ne se débrouille pas trop mal. Il aura d'ailleurs l'occasion de parfaire sa technique au cours du voyage.
Nous aurions pu rester garés sous ce pont pour la nuit mais comme il se met à pleuvoir, nous décidons de rouler encore un peu pour nous rapprocher d'Alta et gagner du temps pour demain.
Nous revenons alors sur la route E6 et la suivons en direction de l'ouest. La E6 est un axe majeur en Norvège, elle relie le sud au nord. Nous avons eu l'occasion de l'emprunter dans le sud et le centre du pays en 2014. Ce n'est pas pour autant une autoroute même si des travaux sont en cours pour l'élargir. Elle est même carrément étroite par endroits.
C'est le cas sur ce pont sur lequel je m'engage en même temps qu'un car de tourisme qui arrive en sens inverse. Au milieu du pont, j'ai peur qu'on ne puisse pas se croiser, je donne un coup de frein et un coup de volant à droite, trop à droite. Bang, je touche le parapet. Bilan : une petite éraflure sur le pare-choc avant droit et un enjoliveur en moins. Espérons que le loueur ne sera pas trop regardant !
Bon, assez pour aujourd'hui, vivement qu'on se pose. J'avais repéré une petite église en bord de fjord, à l'écart de l'E6, sur la Rv882, à Langsfjordbotn. L'endroit est sympa, on ne bouge plus !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Vue du sommet de Vardhaugen

Du canyon d'Alta au cap Nord (ou presque !)
J5 : Lundi 13 juin 2016
A 4 h 30, Hervé se lève, prend son petit déjeuner, sort faire un tour mais à son retour, je l'oblige à se recoucher. Il n'est pas question de partir comme hier aux aurores.
Vers 8 heures, je donne le feu vert pour nous lever et une demi-heure plus tard pour nous mettre en route.
Côté météo, nous sommes abonnés aux 11 degrés. Côté ciel, de petites averses et de belles éclaircies alternent tout au long du trajet jusqu'à Alta à 80 kilomètres.
Qu'y a-t-il de particulier à voir à Alta ? La ville est surtout réputée pour son site de peintures rupestres, classé au Patrimoine mondial. Elle est aussi connue pour son canyon, mais celui-ci demande un peu plus d'efforts pour l'atteindre : 5 à 6 heures de marche sont nécessaires pour s'en approcher. Bah, ça ne nous fait pas peur. Après en avoir vu des images dans le film "Le secret du Ragnarok", nous avons hâte de le voir en vrai.
Pour ce faire, à l'entrée d'Alta, nous prenons la direction de Kautokeino (Rv93) et 8 kilomètres plus au sud, tournons à gauche sur une petite route secondaire, asphaltée jusqu'à Gargia Fjellstue (auberge avec différents hébergements). On peut se garer à cet endroit, dans ce cas le canyon est distant de 22 km AR. Mais en poursuivant sur une piste gravillonnée jusqu'à un deuxième parking, on gagne 9 kilomètres AR. C'est bon à prendre et la piste ne pose pas de problème, pas même pour un camping-car.
A 10 h 30, hop, derniers préparatifs avant de verrouiller le fourgon.
Vue à 360 degrés sur les dômes rocheux environnants et sur les massifs plus lointains encore tout zébrés de neige.
Le parking est ici à 400 mètres d'altitude, le point culminant du parcours à 476 mètres et le point de vue sur le canyon à 430 mètres. Le dénivelé est par conséquent minime. Les seules difficultés du parcours sont liées à la distance (14 km) mais surtout à la qualité du terrain : plusieurs passages en milieu humide et trois traversées de rivière sont prévus. Hum, nous sommes curieux de voir comment cela va se passer. Le chemin est balisé par des marques rouges.
Les premiers passages sur sol spongieux se font sur des caillebotis, trop facile ! Si c'est le cas jusqu'au bout, il n'y a pas à s'en faire.
Mais c'est trop beau pour durer. En effet, nos chaussures ne restent pas sèches bien longtemps. Pour progresser, il faut régulièrement patauger dans des zones inondées et/ou faire des détours pour les contourner autant que possible.
Quant aux rivières, quelques pierres bien placées permettent de passer la première sans trop de difficulté. La troisième et dernière est la moins large et la moins profonde, donc la plus facile à traverser.
C'est la deuxième rivière qui va nous donner le plus de mal et pas seulement à nous. Entre-temps, on s'est fait rattraper par deux autres couples, l'un suisse, l'autre allemand. Chacun essaie de trouver sa solution, en amont, en aval, mais en vain. La Cahppesjohka est trop profonde et trop large pour espérer la franchir en quelques enjambées. Allons-nous devoir faire demi-tour ?
C'est finalement Hervé qui trouve la solution. A cette période de l'année, de grosses accumulations de neige bouchent encore le cours d'eau par endroits. C'est donc sur l'un de ces gros névés, de près de trois mètres d'épaisseur, que toute la troupe peut finalement passer.
C'est encore Hervé qui ramène tout le monde sur le droit chemin à la fin, les Suisses étant partis beaucoup trop loin.
C'est au niveau d'une table de pique-nique qu'un sentier très raide descend jusqu'au point de vue. Un peu avant 13 heures, nous surplombons le canyon.
Ce n'est pas le Grand Canyon américain mais la rivière Altaelva a creusé ici une gorge de 400 mètres de profondeur sur une distance de 15 kilomètres. A ce titre, c'est le canyon le plus long et le plus profond d'Europe du Nord.
Nous profitons de la table de pique-nique pour casser la croûte en compagnie du couple suisse. Ils sont pressés mais pas trop stressés, bien qu'ils doivent être à Tromso ce soir (à 400 km) pour prendre l'express côtier Hurtigruten. Ils ont le moral !
Quant à nous, c'est sans nous presser que nous rebroussons chemin, ravis de cette balade au but original qui change un peu des fjords et des glaciers. Retour au parking à 15 h 15 après avoir parcouru 14,3 km en 5 heures.
En soirée, nous rejoignons le centre-ville qui, en dehors de sa cathédrale très originale, ne présente pas un grand intérêt.
En revanche, l'avantage d'être en ville, c'est de pouvoir dîner au restaurant. Alors nous ne nous en privons pas. Au restaurant Hallde, nous choisissons le menu du Finnmark : pince de crabe royal, viande de renne et sorbets de fruits rouges, des spécialités typiques de la région pour une addition typiquement norvégienne, elle aussi ;-)
A la sortie du restaurant, dernière tâche : trouver un coin où passer la nuit. Nous souhaitons rester en ville afin de voir les fameuses peintures rupestres demain matin. Le musée tolère le stationnement sur son parking, mais il est en pente. Après avoir sillonné la ville de long en large à la recherche du lieu idéal, nous finissons sur le parking du supermarché REMA1000. Pas très bucolique comme lieu de bivouac, mais très calme.
Distance parcourue dans la journée : 150 kilomètres.
Canyon d'Alta

J6 : Mardi 14 juin 2016
Notre étape doit nous conduire aujourd'hui jusqu'au cap Nord. A l'extrémité de l'île de Magerøy reliée au continent par un tunnel, la commune de Nordkapp s'est déclarée point le plus septentrional d'Europe et donne accès via un péage (250 NOK par personne) à un bâtiment massif surmonté d'une balle de golf géante comprenant une salle d'exposition, un bar, une cafétéria, une boutique de souvenirs. Pour ce prix, les camping-cars ont le droit d'y passer une nuit.
Bref, ce lieu suscite beaucoup de polémiques. Pour les uns, c'est la destination mythique à ne surtout pas rater. Pour les autres, c'est le piège à touristes par excellence, le véritable point le plus septentrional du continent se trouvant trois kilomètres à vol d'oiseau plus au nord que Nordkapp et est uniquement accessible à pied au prix d'une marche de 9 kilomètres aller/retour.
Pour nous, le cap Nord n'est pas réellement un incontournable mais puisque notre itinéraire passe à proximité de la péninsule, autant nous forger notre propre opinion sur la destination. A suivre donc… car pour l'instant, si nous quittons le parking du supermarché sur lequel nous avons dormi, c'est pour prendre la direction de la lisière ouest de la ville où se trouvent le musée et les fameuses gravures rupestres.
Les falaises qui s'étendent derrière le musée jusqu'au bord de mer sont couvertes de quelques 6 000 gravures datant de la fin du néolithique, de 6 000 à 2 000 ans. 1559 Parmi les thèmes figurent des scènes de chasse, des symboles de fertilité, des ours, des élans, des rennes et des bateaux bondés. Pour les rendre plus visibles aux visiteurs, une partie des gravures a été revêtue d'ocre rouge, l'autre est dans son état originel.
Avant 8 heures, le circuit est déjà bouclé.
Nous quittons cette fois Alta pour de bon en direction des hautes terres rudes et sauvages. Cap au nord-est sous un ciel identique aux jours précédents et une température de 10 degrés comme d'habitude.
Nous laissons derrière nous les maisons colorées des fjords pour celles aux couleurs sombres des éleveurs de rennes.
La route E6 déroule son ruban de bitume à perte de vue, avec comme seuls repères, la ligne d'horizon et une rivière aux eaux tumultueuses dont elle suit les méandres jusqu'à Skaidi.
Quand la route se rapproche du cours d'eau, nous en profitons pour faire un arrêt, histoire de nous dégourdir les jambes en nous faufilant, à travers un petit bois de bouleaux tordus, jusque sur sa rive.
Après Olderfjord, la route E69 prend le relais vers le nord tout en longeant le magnifique Porsangerfjord. Notre Vany rejoint la file des camping-cars qui, les uns derrière les autres, convergent vers le point septentrional du continent. Français, Allemands, Belges, Suisses, Néerlandais, Scandinaves… à croire que tous les camping-caristes européens se sont donné rendez-vous là-haut. Entre ceux qui s'y rendent et ceux qui en reviennent, le flot est incessant.
La tradition veut qu'on se fasse un petit signe entre conducteurs de camping-cars. Comme ces véhicules sont quasiment les seuls sur le trajet, il y a du boulot ! J'essaie de m'y tenir moi aussi, du moins quand la largeur de la route ne nécessite pas toute mon attention et les deux mains sur le volant. En effet, l'étroitesse des voies par endroits et la taille de certains véhicules demandent une vigilance de tous les instants, d'autant qu'une petite bruine vient encore compliquer la conduite à l'approche du grand Nord.
En début d'après-midi, nous franchissons sans nous en rendre compte, ou presque, le tunnel qui relie le continent à l'île de Magerøy.
Sous un ciel de plus en plus menaçant, les paysages de toundra vallonnée, ponctuée de lacs sombres et de hardes de rennes, prennent une allure encore plus dramatique.
Vingt kilomètres au sud du cap, nous décidons de rejoindre Gjesvær dans un premier temps. La route, traversant un austère paysage rocheux, est de toute beauté.
Malheureusement, à notre arrivée, la météo se dégrade, impossible de randonner. A défaut, nous stationnons le camping-car dans le centre du village, en espérant pouvoir entreprendre une marche plus tard dans l'après-midi. En attendant des heures meilleures, nous débutons la première d'une longue série de parties de scrabble, une tasse de thé brûlant à la main et le chauffage du camping-car au maximum. La température extérieure ne dépasse pas 5 degrés.
Après toute une après-midi enfermés dans notre Vany, nous décidons de migrer vers Skårsvag, un village à l'est de la E69. S'il pouvait y faire meilleur ! Hélas c'est pire. L'ordinateur de bord indique maintenant 3 degrés et un risque de verglas. C'est l'hiver en plein mois de juin !
Nouvelle partie de scrabble à Skårsvag en regardant tomber la pluie et en suivant les allées et venues des deux autres couples de camping-caristes garés à nos côtés, les uns rémois, les autres lucernois. Nous finissons par enfiler imperméable et pantalon de pluie pour affronter le mauvais temps et les suivre à l'extrémité du village où nous les trouvons attablés au restaurant devant un plat de crabe royal.
En ce qui nous concerne, nous renonçons au crustacé géant (ce que nous regretterons amèrement par la suite) et commandons juste un verre de vin blanc en attendant notre dîner déjà prévu dans le camping-car.
Pour ce soir, vu la météo, nous renonçons à rejoindre Nordkapp. Payer le péage pour nous retrouver dans les nuages et sous la pluie, non merci ! On verra demain matin si le temps s'améliore. Nous restons donc garés dans le petit port de Skårsvag pour une nuit… dantesque !
Distance parcourue dans la journée : 286 kilomètres
Près du cap Nord

De Trollholmsund à Stabbursdalen, des rochers et une forêt remarquables
J7 : Mercredi 15 juin 2016
Toute la nuit, la pluie a martelé le toit du Vany. Un vent fou a secoué le camion dans tous les sens, a fait trembler les fenêtres et s'est engouffré dans tous les interstices (heureusement qu'on avait gardé nos chaussettes). Impossible dans ces conditions de trouver le sommeil. Terrifiée, je me suis redressée sur mon lit en pleine nuit en m'écriant : " je veux rentrer à la maison" !
Quand Eole a fini par s'essouffler et alors que je commençais à m'assoupir au petit matin, ce sont les oiseaux (corbeaux, mouettes, goélands) qui ont pris le relais, transformant le toit du fourgon en un terrain d'affrontement. Tout en se chamaillant, ils se sont coursés au-dessus de nos têtes en faisant un raffut d'enfer. Cette nuit restera dans les annales !
Ce matin, il fait 5 degrés et il pleut toujours à verse. Initialement, nous avions prévu de faire la randonnée de 9 km AR vers Knivskjelodden, le véritable cap Nord géographique, avant de rallier en soirée le cap Nord touristique pour y passer la nuit.
Mais dans ces conditions, on peut d'emblée faire une croix sur une quelconque randonnée. Même le petit aller/retour (2 km) vers l'arche de Kirkeporten n'est pas envisageable après tout ce qu'il a plu. Les sols sont détrempés.
Dans ce cas, cela vaut-il la peine de rester dans le coin ? Certes, la météo a prévu une amélioration dans l'après-midi, mais peut-on s'y fier ? Cela vaut-il le coup de payer 50 euros pour accéder au cap Nord et risquer d'y passer la journée à jouer au scrabble ?
Après mûre réflexion, nous décidons de laisser tomber le cap Nord et de reprendre la direction du sud avec l'espoir d'y trouver des cieux plus cléments. Skårsvag, situé à 7 kilomètres à vol d'oiseau au sud-est du cap Nord, sera par conséquent le point le plus septentrional de notre parcours.
Notre point de chute ce soir est prévu dans les alentours de Lakselv, soit près de 200 kilomètres plus au sud. Nous aurons du coup une journée d'avance sur notre planning.
Nous n'avons néanmoins pas l'intention de faire le trajet d'une traite mais espérons pouvoir nous offrir quelques à-côtés en cours de route, en fonction de l'évolution des conditions météo.
D'ailleurs, à peine sur la route E69 nous la quittons déjà pour un saut vers le village de Kamøyvær, vanté par notre guide.
Falaises, ciel et mer à l'unisson, noirs comme l'encre, donnent une bonne idée de la luminosité ambiante. On en aurait presque le cafard
Heureusement, à Kamøyvær, les couleurs pastel des maisons apportent une touche de gaieté à ce tableau obscur.
Quand la pluie se calme, nous sortons faire quelques pas dans le village où il y a l'air d'y avoir plus d'oiseaux que d'habitants.
L'usine de transformation de poisson n'y est sans doute pas pour rien.C'est la curée à l'arrivée de la matière première.
Côté ciel, une légère amélioration commence à se profiler au loin. Alors, allons-nous rester sur notre décision ? Il est encore temps de changer d'avis, nous ne sommes qu'à une trentaine de kilomètres de Nordkapp ! Hésitation, concertation avant de finalement maintenir notre choix. Tant pis pour le cap Nord et va pour le Sud !
Après une rapide incursion à Honningsvåg, nous prenons sans regret le tunnel qui nous ramène sur le continent, puis comme la veille la même route jusqu'à Olderfjord alors que se développent des éclaircies de plus en plus larges, donnant le sourire à tous les automobilistes, camping-caristes, motards et cyclistes, montant vers le nord.
Mais le soleil, nous y avons droit également. On a d'ailleurs l'impression qu'il n'a pas plu au sud d'Olderfjord.
En arrivant à 14 h 30 dans la presqu'île de Trollholmsund, la couleur de la mer et du sable nous ferait presque penser à une plage tropicale, si ce n'était la température qui reste typiquement norvégienne ;-)
Si nous sommes venus ici, c'est pour ces drôles de bonshommes de pierre dont on aperçoit déjà les silhouettes à la pointe de la presqu'île.
Selon une légende Sami, il s'agit d'un groupe de trolls qui erraient la nuit sur le plateau du Finnmark. Arrivés dans le Porsangerfjord, ils voulurent traverser le bras de mer mais pas avant d'avoir enterré le trésor qu'ils transportaient. Comme cette tâche prit beaucoup de temps, ils furent surpris par les premiers rayons du soleil levant qui les pétrifièrent.
Géologiquement, il s'agit de formations dolomitiques (calcaire), d'où leur aspect blanchâtre, seulement colonisés ça et là par des lichens orangés.
Ils ont plutôt une bonne bouille !
Après une petite heure sur les lieux, il est temps de poursuivre vers d'autres horizons, la journée n'est pas finie. Il fait tellement beau qu'il faut en profiter au maximum.
C'est pourquoi, 17 kilomètres plus au sud, nous tournons à droite sur une piste cahoteuse et poussiéreuse, pas même indiquée, sur laquelle nous avons la joie de croiser un groupe de rennes, de très près.
Cette piste nous conduit au cœur du parc national de Stabbursdalen.
Le guide Rother y indique une randonnée de 2 à 3 heures à travers la forêt jusqu'aux chutes de Stabbursfossen. Il est déjà plus de 17 heures au moment de se mettre en marche mais peu importe, personne ne nous attend et il fait jour toute la nuit.
Le parc national a été créé en 1970 puis étendu en 2002 pour protéger la forêt de pins la plus septentrionale du monde. Certains arbres ont ici plus de 500 ans.
Plus loin, des bouleaux se joignent aux pins pour étoffer la forêt.
Au bout d'un peu plus d'une heure, le grondement des chutes annonce que l'arrivée est proche. Bientôt nous dominons la cascade. Joli débit !
Dernier coup d'œil sur la rivière Stabburselva avant de refaire le parcours en sens inverse sous une lumière dorée.
Nous finissons notre randonnée à 20 heures (soit 3 heures pour 10 km), ravis de notre journée et persuadés que ce beau temps va durer. Mais c'est oublier à quel point la météo peut vite changer sous ces latitudes.
En effet, en arrivant au camping du Stabbursnes Feriesenter tout proche, nous essuyons quelques gouttes alors que le gérant ne nous annonce rien de bon pour les prochains jours. Bouh !
En attendant, après plusieurs jours de bivouac, nous profitons des services du camping pour faire notre lessive et surtout prendre nos aises dans la douche.
Distance parcourue dans la journée : 206 kilomètres
Trollholmsund

D'un cap à l'autre : de Nordkinn à Varanger
J8 : Jeudi 16 juin 2016
Les prévisions du patron du camping nous ont fait craindre le pire pour ce matin. Alors nous sommes tout étonnés de trouver un ciel certes couvert mais pas plombé. La température matinale est conforme aux moyennes : 11 degrés. Pour l'instant, rien d'alarmant !
Nous avons une nouvelle péninsule en ligne de mire, le cap Nordkinn, située à peu de chose près à la même latitude que le cap Nord. Tout comme ce dernier, il s'agit d'une destination en cul-de-sac au bout de nulle part mais a contrario du précédent celui-ci est à l'écart des grands axes touristiques.
Nous comptons y passer deux nuits dont la première à Kjøllefjord, dans le nord-ouest de la péninsule, où une falaise en forme de cathédrale a retenu notre attention.
Mais avons-nous intérêt à nous y rendre directement (250 kilomètres) au risque de trouver du mauvais temps sur place et n'avoir que le scrabble comme activité ? Ou au contraire vaut-il mieux profiter de quelques points d'intérêt en cours de route tant que le ciel se montre clément ?
Considérant que tout ce qui est pris n'est plus à prendre, nous choisissons la deuxième solution. Après avoir traversé la petite ville de Lakselv où nous abandonnons provisoirement la E6, nous longeons la rive Est du Porsangerfjord. A 4 kilomètres à l'ouest de Borselv, nous nous arrêtons pour une première randonnée (3 kilomètres, 1 heure et demie).
Objectif, le sommet du Hestnesfjellet, à près de 200 mètres d'altitude.
Plus nous prenons de la hauteur, plus les maisons en contrebas nous paraissent minuscules.
Qu'on ne s'y trompe pas, nous sommes bien au bord de l'océan même si l'étendue lisse et immobile devant nous pourrait nous faire croire le contraire.
Pas un souffle de vent, pas un bruit, hormis le caquètement de quelques canards, pourtant C'est dans ce silence religieux que nous poursuivons notre grimpette.
En moins d'une heure, le cairn sommital est atteint. Vous remarquerez que tout comme à Trollholmsund les dalles rocheuses sont ici aussi d'origine dolomitique. D'ailleurs, la presqu'île des trolls ne se trouve qu'à quelques encablures à vol d'oiseau, de l'autre côté du fjord.
Fin de la balade autour de midi, pile pour l'heure du déjeuner que nous prenons à bord du Vany, la porte entrouverte, car il fait étonnamment doux.
Une heure plus tard, nous nous apprêtons à entamer une après-midi derrière le volant. Il reste encore 180 kilomètres à parcourir sur les 250 prévus, outch ! Mais c'est sans compter sur un autre site d'intérêt, prétexte à une nouvelle halte. En effet, immédiatement après Borselv, la route E6 passe dans le Silfar Canyon.
Cette fois, finies les petites escapades à droite à gauche, il faut vraiment se diriger sans délai vers le cap Nordkinn.
A Ifjord, en nous engageant sur une route à trois chiffres, a fortiori marquée en jaune sur notre carte, nous craignions de trouver un axe secondaire étroit et peu roulant. A notre grande surprise, à distance du fjord, la route prend des allures de nationale avec une vitesse autorisée jusqu'à 120 kilomètres/heure par endroits, ce que nous pensions uniquement réservé à des portions de routes E. A ce rythme, elle grimpe allègrement sur un plateau désertique couvert de lacs et de toundra spongieuse qui n'est pas sans nous rappeler l'altiplano andin et ses paysages de bodefales, à la seule différence que les rennes remplacent ici les vigognes andines.
Bref, la distance jusqu'à Kjøllefjord est avalée plus vite qu'attendu. A 16 heures, nous sommes prêts à aller découvrir à pied la falaise en forme d'église de Finnkirka, sans nous inquiéter outre mesure de la couleur du ciel pas plus couvert que durant le reste de la journée.
Peu après notre départ, nous assistons à l'arrivée de l'express côtier Hurtigruten qui fait une courte escale dans ce petit port. Un rayon de soleil daigne même accompagner son entrée dans la baie.
Encouragés par cette brève apparition du soleil, nous enchaînons des montées et des descentes impitoyables, ponctuées de passages boueux et de zones inondées, en espérant que la falaise-église en vaille la peine.
Au bout d'une heure, ces étonnantes plaques rocheuses, plantées dans le sol telles des pierres tombales, nous offrent un peu de distraction sur un chemin semé d'embûches. La falaise de Finnkirka étant un ancien site sacrificiel Sami, il n'est pas impossible qu'il y ait un lien entre ces pierres dressées et les rites lapons.
A ce stade du parcours, un coup d'œil sur les hauteurs aurait dû nous alarmer. La couleur du ciel annonce un risque d'orage imminent. On entend d'ailleurs les premiers coups de tonnerre au loin.
Pourtant, têtus ou inconscients, nous continuons inlassablement, persuadés que l'orage va nous épargner.
Mais ce qui devait arriver finit par arriver. Alors que nous sommes sur le point de vaincre notre dernière ascension, l'orage éclate, nous forçant à faire demi-tour avant d'avoir atteint le but de notre randonnée.
Je n'ai alors que mes yeux pour pleurer et me lamenter tout au long du chemin du retour, mouillée jusqu'aux os (et ce n'est pas juste une expression !) et transie de froid, me demandant comment on allait bien pouvoir faire sécher tous nos vêtements dans le fourgon. Même nos chaussures sont trempées à l'intérieur comme à l'extérieur.
A notre retour, nous préférons éluder la question et jetons toutes nos affaires dans la salle de bains. On verra plus tard !
Pour nous remonter le moral, un plat de crabe royal nous ferait le plus grand bien. Mais le seul restaurant de Kjøllefjord n'en sert pas.Alors nous n'hésitons pas à couvrir 30 kilomètres de plus jusqu'à Mehamn, espérant trouver plus de choix dans ce village plus grand.
Mais le seul restaurant de la petite localité, celui de l'Arctic Hotel, semble fermé ou en travaux. Un habitant nous confirme pourtant qu'il est ouvert et qu'il sert jusqu'à 22 heures de très bons plats de poissons.
Nous finissons par en trouver l'accès. Entre porte sans issue et couloir sans lumière, nous débouchons au premier étage dans une grande salle sans charme, pas vraiment étonnés qu'on n'y serve pas de crustacé géant. Mais puisque nous sommes là, autant nous attabler !
Le dried cod est un peu sec mais, assorti de bacon grillé, reste mangeable. Le vin blanc issu d'un cubitainer est infâme. Quant au dessert, nous avons préféré le décliner ;-) Bref, voilà une adresse qui ne vaut pas le détour !
Le seul avantage de ce dîner, c'est que pendant ce temps nos vestes dégoulinantes ont pu s'égoutter un peu. En partant, nous laissons derrière nous quatre flaques d'eau correspondant aux quatre manches de nos vestes.
Pour dormir, nous n'avons pas à chercher bien loin. Les abords du port offrent un abri parfait à notre Vany. Il pleut toujours mais il ne vente pas, nous devrions mieux dormir que la nuit dernière.
Distance parcourue dans la journée : 314 kilomètres.
Arrivée de l'Hurtiguten à Kjøllefjord

J9 : Vendredi 16 juin 2016
Avec tout ce qu'il a plu hier soir et dans la nuit, nous ne nous faisons pas d'illusion sur l'état du ciel : nuageux, très nuageux, avec encore de la pluie à venir ! Température invariablement bloquée à 10 degrés.
Nos chaussures sont loin d'être sèches, ce qui élimine toute velléité de randonnée. De toute manière, les conditions météo sont dissuasives.
Pour amorcer le séchage des godillots, nous les plaçons devant les bouches du chauffage et tournons le bouton à fond. Quant à nos vêtements, ils sont toujours en train d'égoutter, il va falloir trouver une solution. Heureusement côté vestes, nous avons prévu en conséquence avec des blousons de rechange.
Une fois ce bilan dressé, il faut réfléchir à l'organisation de la journée et changer une nouvelle fois nos plans. Décidément à chaque fois que l'on prévoit de rester deux jours à un endroit, on se voit obligés d'abréger le séjour. L'avantage de circuler en camping-car permet d'adapter le parcours à la météo. Quand il ne fait pas beau, on en profite pour rouler alors… roulons !
Notre prochaine étape se fera par conséquent dans la péninsule de Varanger (eh, oui, encore une péninsule). Près de 300 kilomètres nous en séparent dont une bonne partie à rebrousser chemin par la même route. A première vue, la distance est conséquente mais comme on aura rien d'autre à faire…
Mais avant de quitter la région, je propose de faire un petit détour jusqu'au phare de Slettnes. A défaut d'avoir été jusqu'aux caps les plus septentrionaux du continent, nous aurons au moins été au pied du phare le plus septentrional d'Europe.
Sur le trajet, nous faisons deux rencontres intéressantes. D'abord un troupeau de rennes, des femelles avec plein de petits. Une scène attendrissante ! Plus rare, un renard arctique (que nous avons d'abord pris pour un chat !)
Vers 11 heures, fini l'extrême Nord, retour vers le Sud. Nouveau passage à travers les mêmes hauts plateaux qui paraissent encore plus désolés sous l'épaisse couverture nuageuse. Nous avons à présent deux jours d'avance sur notre planning.
Quand la route revient au bord de mer, nous retrouvons les paysages typiques des fjords : petits ports de pêche, bateaux et maisons colorés.
A Ifjord, nous prenons cette fois la direction de Tana Bru, dont le nom signifie "pont sur la Tana". Le village en lui-même n'a pas vraiment d'intérêt mais il constitue un point de ravitaillement et une étape pratiques au carrefour des routes 98/E6 et E75.
Toutes les enseignes de supermarchés se côtoient ici autour de quelques hébergements et d'une station-service.
Sous un temps maussade comme aujourd'hui, ce carrefour commercial ne peut mieux tomber. A défaut de pouvoir profiter de la nature, occupons-nous de quelques tâches d'intendance : courses, plein d'essence, plein d'eau pour le camping-car…
Nous cherchons aussi un lave-linge/sèche-linge, seul moyen de venir à bout de nos vêtements mouillés depuis une journée. A l'hôtel Elva, le réceptionniste est ok. Il nous invite même à prendre un café dans le lobby et à profiter de la connexion wifi. Super ! Par la même occasion, nous suivons d'un œil et d'une oreille le match de coupe d'Europe Suède-Italie en compagnie d'une famille suédoise qui vibre, elle, avec Zlatan.
Une fois la lessive terminée, Hervé pousse le bouchon jusqu'à vouloir suivre la partie jusqu'à son terme. Pour lui qui est indifférent au foot, c'est un comble ! Résultat, la Suède de Zlatan a été battue.
Cette pause "technique" prolongée a été bénéfique. Nous voilà en pleine forme pour parcourir une trentaine de kilomètres de plus afin de nous rapprocher de la péninsule de Varanger.
Desservie par une route touristique nationale, la péninsule est surtout connue pour ses grandes colonies d'oiseaux attirant de nombreux amateurs d'ornithologie.
La route, une nouvelle fois en cul-de-sac, longe le Varangerfjord jusqu'à Vardø. On peut même pousser jusqu'à Hamningberg, un village abandonné, par une petite route sans numéro et à une seule voie de circulation.
Tout ceci est prévu demain, car nous avons programmé deux jours dans la région. La météo va-t-elle nous le permettre ? Réponse demain ;-)
Pour l'instant, nous avançons jusqu'à Nesseby et sa petite presqu'île, lieu de rendez-vous des ornithologues. Mais les oiseaux, nous n'avons pas le temps de les voir. Arrivés sur place, une averse nous ramène plus vite que prévu dans le camping-car. Nous avons juste le temps d'apprécier la jolie petite église.
Cette occasion ratée nous libère finalement encore un peu de temps pour rouler. La ville la plus proche est Vadsø. Comme nous sommes restés avec notre envie de crabe royal, voilà peut-être une occasion !
A Vadsø, le restaurant du Scandic Hotel nous plaît bien, mais de crabe royal pas la moindre trace sur la carte. On nous dit que ce n'est pas la saison. Alors on se rabat sur des fish and chips. Mauvaise pioche… les beignets de poisson sont à base de langue de cabillaud. Devant notre déception, la serveuse propose de nous servir un dos de cabillaud aux petits légumes qui, lui, est un délice de même que le dessert, une crème brûlée aux fruits rouges. Bref, voilà un dîner qui a mieux fini qu'il n'a commencé.
Quant à la journée, elle se termine à deux pas du restaurant, dans le port, où nous trouvons pour le Vany une place adéquate. Une journée de transition… au final bien remplie !
Distance parcourue dans la journée : 312 kilomètres.
Renard (roux ?)

Varanger : colonies d'oiseaux à Hornøya et route touristique nationale
J10 : Samedi 18 juin 2016
Que nous réserve la météo ce matin ? Un ciel partiellement couvert, mais avec de belles bandes de ciel bleu au loin, chouette ! Et la température ? Toujours nos habituels 10 degrés ? Non… 16 degrés… incroyable !
Dans ce contexte, pas une minute à perdre, vite, en route pour Vardø. Entre les deux localités séparées de 75 kilomètres, la route touristique nationale, désespérément plate sur cette partie, se faufile entre la côte, des prairies verdoyantes et des bosquets de buissons rachitiques.
Vardø, la localité la plus orientale de Norvège, est aussi le point le plus à l'est de notre voyage. La petite ville occupe une île en forme de papillon reliée au continent par un tunnel sous-marin.
L'office de tourisme y organise des excursions pour approcher des colonies d'oiseaux nichant sur les falaises de l'île inhabitée de Hornøya. Départ sur le port.
Nous arrivons pile pour la première sortie qui a lieu à 10 heures le samedi (en semaine, départ dès 9 heures) et embarquons presque immédiatement sur un ancien bateau de pêche en compagnie d'une douzaine de personnes. Nous sommes dix Français à bord !
La traversée prend à peine une dizaine de minutes. Hornøya est classée réserve naturelle, seule une partie est accessible au public.
Les falaises abruptes de l'île et les eaux riches de la mer de Barents fournissent le gîte et le couvert à quantité d'oiseaux. Mouettes tridactyles, guillemots communs et guillemots de Brünnich, macareux, pingouins torda, cormorans huppés et grands cormorans, goélands argentés et goélands marins, ils sont plus de 100 000 à y nicher.
Imaginez tout ce monde caquetant, piaillant, criaillant, picotant… une belle cacophonie et une odeur en conséquence!
Après une vue d'ensemble, approchons-nous pour observer quelques individus plus en détail !
Bon, celles-ci (des mouettes ?) ne sont pas très coopérantes et nous présentent leurs postérieurs. Gare aux déjections ! Mais celle-là fait la belle, avec son plumage soyeux !
Les macareux sont indéniablement les plus élégants dans leur costume coloré.
Les guillemots de Brünnich dans leur complet classique font concurrence aux précédents. J'adore tout particulièrement celui qui porte des lunettes ;-)
Quant aux pingouins torda, ils prennent tout particulièrement soin de leur tenue. Un petit battement d'aile et hop, la toilette est faite (voir les particules projetées)
Enfin, le cormoran sort le grand jeu. Comme un véritable jongleur, il fait tournoyer avec grâce une brindille autour de son bec. Cherche-t-il à séduire quelqu'un par son habileté ? Mais à qui fait-il les yeux doux ? Sans doute à sa compagne sagement restée dans le nid conjugal !
Bref, un spectacle réjouissant par une très belle matinée chaude (si, si !) et ensoleillée. Ça fait du bien !
A 13 heures, le bateau revient nous chercher (mais ceux qui le souhaitent peuvent rester plus tard) et ramène sur l'îlot un nouvel arrivage d'observateurs plus lourdement armés, heu pardon… équipés. Certains sont tellement chargés qu'ils ont du mal à garder l'équilibre à la sortie du bateau. Sur le port, beaucoup de monde se presse encore pour la rotation suivante, preuve du succès de cette excursion.
Quant à nous, après le déjeuner dans le fourgon à la sortie de Vardø, nous prenons la route touristique nationale dans sa partie la plus spectaculaire, celle qui rejoint le hameau de Hamninberg.
Elle ne comporte qu'une voie de circulation. Il faut donc rouler très doucement pour pouvoir se rabattre à temps sur les espaces-refuges prévus pour le croisement de véhicules. De toute manière, les paysages méritent des arrêts incessants. C'est une route qui demande à être dégustée.
Malheureusement, le soleil si ardent ce matin a fini par se cacher. C'est fou comme le temps change vite dans cette région.
La route longe le bord de mer dans un paysage insoupçonné, inattendu, époustouflant, en dehors du temps.
Etonnantes ces longues strates de granite tels des couloirs parallèles sans fin, du bord de mer jusqu'aux crêtes ! Elles donnent l'impression d'un gigantesque labyrinthe sans issue.
Du rose granitique la roche vire au noir volcanique en passant par cinquante nuances de gris, un décor dont on verrait bien surgir quelque seigneur des Anneaux ou autre créature fantastique.
Pourtant, les rennes ont l'air de trouver un pâturage à leur mesure dans ce chaos minéral.
Terminus de la route 40 kilomètres plus loin dans le village semi-abandonné de Hamninberg, où la pluie et le froid sont hélas au rendez-vous. On voulait randonner dans le Syltefjord, c'est raté. On remplace alors la balade par une nouvelle partie de scrabble en attendant l'accalmie.
En fin d'après-midi, nous décidons de ne pas rester dans ce cul-de-sac pour la nuit, il y a trop de vent !
Le retour à Vardø nous offre alors une deuxième occasion de parcourir cette même route, toute aussi spectaculaire dans ce sens. Hervé l'a déclarée "plus belle route de Norvège" !
Curieusement, à Vardø, non seulement il n'a pas plu mais il fait encore soleil. C'est agréable, car nous avons une dernière visite à faire, au mémorial de Steilneset. Il s'agit d'un monument érigé en mémoire de quelques 90 femmes de la région qui, entre 1621 et 1692, ont été accusées de sorcellerie et brûlées vives.
Le bâtiment est impressionnant par sa forme et par sa symbolique. L'artiste Louise Bourgeois et l'architecte Peter Zumthor ont associé, dans une même création évocatrice, une chaise en feu et un mémorial de 100 mètres de long rappelant cette histoire tragique.
Or Louise Bourgeois (1911 - 2010), plasticienne et sculptrice française naturalisée américaine, connue entre autres pour une sculpture en forme d'araignée géante exposée au musée Guggenheim à Bilbao, a passé son enfance dans une maison, aujourd'hui démolie, du centre de la ville où nous demeurons.
C'est pour cette raison que nous portons un intérêt tout particulier à cette œuvre.
Profitant de ce nouveau passage en ville, nous terminons la soirée à passer en revue quelques restaurants au cas où l'un d'eux servirait du crabe royal. Mais peine perdue, nul n'en sert. Dans notre quête, des Français nous disent néanmoins en avoir mangé il y a quelques jours à Kirkenes. En principe, cette destination n'est pas à notre programme, mais sait-on jamais !
Du coup, ce soir, c'est dîner maison ou plutôt dîner… fourgon, au bord d'une plage près de Kiberg, en compagnie d'un camping-car belge. On n'a pas voulu rester à Hamninberg à cause du vent. Eh, bien, ici aussi on va être servis ! Espérons qu'il ne nous empêchera pas de dormir !
Distance parcourue dans la journée : 202 kilomètres.
Guillemot de Troïl (?)

De la frontière russo-norvégienne à la Finlande, de Kirkenes à Inari
J11 : Dimanche 19 juin 2016
Encore une nuit quasi blanche rythmée par les assauts du vent et de la pluie. Seulement 7 degrés ce matin et il pleut toujours.
A 8 heures, on lève le camp, oui, mais pour aller où ?
Vu les circonstances, je ne vois pas d'autre alternative que d'avancer dans notre parcours. En principe, après la péninsule de Varanger, nous avons prévu de gagner la Finlande, plus particulièrement les alentours d'Inari, en passant par Tana Bru puis Utjoski.
Ben… allons-y !
Dehors il fait un temps à ne pas mettre un mouton dehors. D'ailleurs, ceux-là ont trouvé la solution en se réfugiant dans un abribus.
A Tana Bru, alors que nous sommes sur le point de prendre la direction de la Finlande, je sors in extremis une idée de mon chapeau. Et si on allait à Kirkenes ?
Cette ville norvégienne proche de la Russie que l'on décrit comme une bourgade quelconque, à l'ambiance frontalière, point de départ ou d'arrivée de la ligne de l'express côtier Hurtigruten, ne m'avait pas particulièrement attirée jusque là.
Mais depuis que des compatriotes nous ont dit y avoir mangé du crabe royal il y a quelques jours seulement, la destination a subitement pris de l'intérêt. De Kirkenes nous pourrions ensuite regagner la Finlande et Inari directement. Avec deux jours d'avance sur notre planning, nous avons suffisamment de marge pour nous offrir ce détour. Qui sait, peut-être fait-il meilleur à Kirkenes !
Adjugé, vendu, allons à Kirkenes !
A la sortie de Tana Bru, nous retrouvons alors la E6 qui nous conduit jusqu'à la frontière russe (ou presque)… malheureusement sous la pluie !
Pourtant, le trajet est magnifique, la route passant par un massif qui nous rappelle un peu celui des Maures dans le Var.
A l'approche de la ville, les convois militaires se font plus visibles, les terrains et camps militaires deviennent omniprésents. On perçoit même des tirs au loin. La frontière russe n'est plus qu'à une quinzaine de kilomètres et la direction de Mourmansk indiquée sur tous les panneaux du centre-ville.
A 14 h 30, à notre arrivée à Kirkenes, il pleut toujours et il fait 8 degrés. Tous les commerces sont fermés, dimanche oblige. Après avoir garé le camping-car sur le quai au bord de mer, nous allons immédiatement faire nos repérages pour le King Crabe.
Entre les restaurants du Scandic Hotel et celui du Thon Hotel, notre choix est vite fait. Dans l'aquarium du Thon Hotel, trois beaux crabes barbotent tranquillement. Celui que nous choisissons, le plus gros des trois, passera à la casserole. Une table est aussitôt réservée pour 19 h 30.
D'ici là, nous passons tout l'après-midi dans les salons de l'hôtel (avec café et thé à disposition) pour profiter d'Internet et faire une énième partie de scrabble.
Des lycéens norvégiens nous interrogent, dans le cadre de leur projet de fin d'année scolaire, sur notre vision de la ville de Kirkenes. Pour l'instant, nous n'en avons pas vu grand chose, surveillant sur Internet les prévisions météorologiques qui nous permettraient d'y faire un petit tour.
Au fur et à mesure que l'après-midi avance, l'espoir d'une amélioration est sans cesse repoussé. D'ailleurs, il suffit de jeter un œil par la baie vitrée pour le constater. Finalement, la pluie ne cessera qu'au cours du dîner.
A ce propos, quelques mots sur le crabe royal (ou crabe du Kamtchatka). Originaire du littoral oriental de Sibérie, il a été introduit dans la baie de Mourmansk dans les années 1960 pour assurer de nouvelles prises aux pêcheurs russes. Depuis lors, il s'est répandu dans la mer de Barents, le long des côtes de la Norvège et du Svalbard. Les protecteurs de l'environnement y ont vu une menace pour les écosystèmes, mais la majorité des pêcheurs considère le crustacé comme une manne économique.
C'est le crabe le plus recherché au monde et le plus cher au poids. Sa chair au goût inimitable le place parmi les mets les plus renommés. Nous avons donc hâte d'y goûter.
A 19 h 30 pile, alors que nous venons juste de nous attabler, on nous apporte enfin le crustacé géant. Voilà un crabe que nous aurions pu appeler "Désiré" tant nous l'avons convoité depuis plusieurs jours ;-)
Trônant au centre d'un grand plat ovale, sur un lit de mesclun agrémenté de tomates cerise, accompagnée d'une sauce à base de vinaigre balsamique et d' huile d'olive et d'une autre à l'aïoli , c'est une belle bête de 2,6 kilos. Le flashcode attaché nous apprend plein d'autres détails intéressants comme le nom du pêcheur, de son bateau ainsi que la date et le lieu de pêche.
Oui, mais encore ? Après l'avoir dévoré des yeux, si on le dévorait tout court à présent !
Dans une ferveur quasi religieuse, nous décortiquons alors avec application ses pattes charnues dont un soupçon d'aïoli suffit à mettre en valeur toute la saveur.
Sa chair raffinée est d'un goût unique. C'est un délice, un pur ravissement pour les papilles. En un mot, nous nous régalons !
Nous sommes d'ailleurs à ce point absorbés par notre dégustation que nous en oublions de photographier le plat comme promis à notre fille.Elle recevra la photo de la seule carapace ;-)
Au final, nous n'avons rien vu de Kirkenes mais grâce à ce festin en garderons un souvenir impérissable. Voilà un détour qui en valait la peine !
Pour rentrer chez nous, pas de détour à faire. Le Vany nous attend sur le parking mitoyen de l'hôtel, juste devant la mer. Nous restons là pour la nuit. Pas de vent, pas de pluie, nous devrions dormir comme des bébés
Distance parcourue dans la journée : 272 kilomètres
Moutons à l'abri !

J12 : Lundi 20 juin 2016
La ville de Kirkenes est en activité depuis quelques heures déjà quand nous nous réveillons. Il est 8 heures, le premier réflexe consiste à scruter le ciel. Verdict, il est couvert, mais sans pluie pour le moment. C'est mieux qu'hier !
Notre envie de crabe royal ayant été assouvie, nous pouvons reprendre le cours normal de notre voyage et gagner comme prévu la Finlande et Inari en particulier. Nous n'avons maintenant plus qu'une journée d'avance sur notre planning.
Depuis Kirkenes, nous rebroussons d'abord chemin jusqu'au croisement avec la route 893 qui doit nous conduire tout droit en Finlande. Les chutes Skoltefossen, qui occupent le carrefour, nous offrent une dernière distraction sur le territoire norvégien.
A l'entrée en Finlande, la route change de numéro et devient à présent la 971. Il faut aussi avancer nos montres d'une heure, ranger pour le moment nos couronnes et ressortir nos euros. Dernière précaution à prendre : garder la bombe anti moustique sous la main car elle pourrait servir sans délai.
Le climat, lui, reste le même. Que ce soit d'un côté de la frontière comme de l'autre, le temps gris finit par virer à la pluie.
Les paysages finlandais sont conformes à l'idée qu'on s'en fait. La route ondule langoureusement entre lacs et tourbières, entre forêts de pins et bosquets de bouleaux. Photos
Pendant le trajet nous tentons de nous familiariser avec le finnois qui, à première vue, n'a pas vraiment de points communs avec d'autres langues que nous connaissons. En témoigne le mot "kansallispuisto" qui signifie parc national. Pas évident ! Pourtant, à force d'observation, je finis par faire quelques extrapolations à partir des toponymes qui jalonnent notre route : les suffixes "joki" et "tie" ont l'air de désigner la rivière pour le premier, la rue ou la route pour le second comme dans "Lemmenjoki" et "Kaamasentie" Voilà un bon début ;-)
A ce jeu-là, le trajet jusqu'à Inari passe à toute allure.
Sur place le temps est incertain, oscillant entre bruine et averse plus marquée, bref pas un temps à randonner. Pas grave, puisque la petite localité propose une activité qui colle parfaitement à cette météo, à savoir son musée SIIDA, avec deux i, qui est consacré à la culture et la nature sami.
Inari est en effet un important centre de la culture same. Les Samis, autrefois appelés Lapons, sont les peuples indigènes du grand Nord, les plus anciens habitants de ces contrées. Ils sont près de 85 000 dont une bonne moitié vit en Norvège, environ 20 000 en Suède, 8 000 en Finlande et 2 000 en Russie. Longtemps ignorés, leurs droits, leur culture, leur langue ont été progressivement reconnus, promus et mis en valeur au fil des dernières décennies. Aujourd'hui les Samis de chaque pays sont représentés par leur propre parlement.
Le musée SIIDA, de conception très moderne, se veut le reflet de leur histoire et de leurs traditions ainsi que du lien très fort qui les unit à la nature, tout ceci mis en scène de façon vivante et passionnante.
D'une salle à l'autre, nous suivons l'évolution du mode de vie des Samis au fil du temps en lien avec les grandes dates de l'histoire du monde ainsi que l'adaptation de leurs activités au gré des huit saisons. Des objets créés par des artistes Samis contemporains et un joli film sur les aurores boréales complètent l'exposition.
Quand la pluie cesse, la visite se poursuit en plein air (attention, moustiques !) par la découverte de différentes maisons traditionnelles et de pièges ingénieux pour la chasse et la pêche, tous transportables.
Voilà une visite à la fois ludique et instructive, une variante à nos habituelles randonnées. Néanmoins, après deux journées sans chausser nos godillots, nous avons hâte de les enfiler à nouveau pour arpenter monts et vaux.
Justement, la WIFI du musée permet de vérifier la météo pour les prochains jours. Bonne nouvelle ! Demain, il devrait faire beau jusqu'en milieu d'après-midi. Croisons les doigts !
Dans cette perspective, nous positionnons le camping-car à la lisière de la forêt, au point de départ de la randonnée de demain, afin d'être opérationnels à la première heure. En guise de préambule, le soleil fait son apparition pendant le dîner, ce qui est de bon augure.
A l'extérieur, les moustiques font le siège du véhicule, prêts à s'introduire par la moindre ouverture. Vive les moustiquaires.
Distance parcourue dans la journée : 213 kilomètres.
Musée sami

Inari : église de pleine nature de Pielpajärvi et croisière sur le lac
J13 : Mardi 21 juin 2015
Les touristes viennent à Inari principalement pour le musée (pour nous, c'est fait) mais aussi pour faire une croisière sur le lac (c'est prévu) et accessoirement visiter la petite église en pleine nature de Pielpajärvi (c'est prévu aussi). On pourrait même combiner les deux, le lac et l'église, en se faisant déposer en cours de croisière sur la berge pour rejoindre la chapelle, s'économisant ainsi un trajet à pied.
A l'origine, c'est ce que nous avions envisagé mais le seul départ en bateau (à nos dates) a lieu à 13 heures. Or la météo prévoit une dégradation dans l'après-midi. Nous ne voulons pas prendre le risque de nous faire rincer en randonnant en fin d'après-midi. Sur le bateau nous serons à l'abri quoi qu'il arrive.
Nous préférons par conséquent assurer nos arrières, occuper la matinée à faire la randonnée aller et retour vers la petite église et consacrer l'après-midi à la croisière.
La météo est conforme aux prévisions, très belle… enfin !
Avant 8 heures, nous sommes prêts, sac sur le dos, chaussures aux pieds et bombe anti moustique dans la poche. Les maringouins n'ont qu'à bien se tenir.
Nous débutons par la traversée d'une très belle forêt de pins, couverte d'un tapis de buissons de myrtilles sur un chemin caillouteux encombré de racines.
Nous arrivons ensuite à proximité de plusieurs grands lacs dont le Pielpajärvi, bordés de magnifiques tourbières.
Sous les rayons du soleil, les grandes étendues d'eau se sont parées de couleurs toniques, allant du vert amande au bleu azur.
Régulièrement, notre chemin croise des pistes pour scooters dont le balisage se poursuit curieusement à travers le lac. Eh oui, en hiver, il est utile pour les motoneiges qui se déplacent sur le lac gelé.
De nombreux ruisseaux alimentent les plans d'eau colonisés par des herbiers impressionnants où domine le trèfle d'eau.
Cette composition aurait sans doute pu inspirer les Impressionnistes ;-)
L'eau est omniprésente, offrant au lédon des marais les conditions idéales pour s'épanouir.
Heureusement le parcours se fait sur des planches en bois quand le terrain est trop humide. Ce serait dommage d'abimer toute cette belle végétation.
Les moustiques, eux aussi friands de ce milieu, nous ont lâchés pour le moment mais c'est pour mieux nous attendre dans la dernière ligne droite.
En effet, arrivés dans la clairière occupée par la chapelle, nous coupons directement à travers la prairie en fleurs. Erreur fatale ! Les moustiques étaient tous en planque dans les hautes herbes, prêts à fondre sur nous, pauvres marcheurs.
Nous trouvons alors à l'intérieur de l'église un refuge momentané, le temps de nous ressourcer et de préparer la riposte.
Quelques mots sur cet édifice religieux : Il s'agit d'une église en bois, construite entre 1752 et 1760, flanquée de deux cabanes qui servaient à l'époque d'abri pour les fidèles (et qui servent de refuges de nos jours), derniers vestiges d'un village Sami.
L'église est toujours ouverte, il suffit de soulever le loquet et d'ouvrir les fenêtres pour y faire entrer la lumière (avant de tout refermer en partant). Un service religieux y est célébré de temps à autre, notamment à minuit le jour de la St Jean, c'est-à-dire dans quelques jours.
Après un petit moment de recueillement, nous allons jeter un œil à la cabane voisine où l'âtre encore chaud témoigne de son utilisation récente par quelque personne de passage.
Pas de flânerie sur le trajet retour, de sorte que nous arrivons au parking vers 11 heures après 10 kilomètres et un peu plus de 3 heures de marche, pauses comprises. Une très belle randonnée alliant nature, culture et histoire.
Les moustiques nous ont laissés tranquilles au retour. En revanche, deux oiseaux nous ont retenus un court instant Tout d'abord, un pluvier doré qui, par des manœuvres d'intimidation, a tenté de nous barrer le passage, sans doute pour protéger son nid. Puis, un oiseau qui ne nous a montré que son dos au plumage gris orné de touches orangées. Dommage qu'il ne nous ait pas montré son cou, car il semblerait que ce soit une gorgebleue à miroir.
Avec le beau temps et 16 degrés, les conditions sont idéales pour une promenade en bateau. L'embarcadère est situé juste à côté du musée sami.
Nous prenons place à l'avant du navire pour une excursion d'environ 3 heures.
Le lac d'Inari est le troisième plus grand lac de Finlande et comprend 3 300 îles.
A 13 heures pile, le catamaran Inari III sort du port et prend le large, glissant sur un plan d'eau aussi lisse et immobile qu'un miroir.
Il prend tout d'abord la direction de l'île d'Ukonselkä où il accoste une heure plus tard pour une vingtaine de minutes.
Nous grimpons à toute vitesse les marches en bois jusqu'au sommet de l'île pour profiter les premiers de la vue panoramique sur le lac constellé d'îlots.
Il y a quelques centaines d'années déjà, au milieu de l'été, les Samis faisaient cette même démarche, s'y rendant en barque au milieu de l'été pour y invoquer Ukko, le dieu de la chasse.
Quand une touriste attentive remarque un petit point au milieu de l'eau, tous les regards se braquent sur la surface du lac. Une embarcation ? Un nageur ? Effectivement, c'est un nageur mais pas humain. Avec ses bois caractéristiques, vous l'aurez sans doute reconnu.
Oui, c'est bien un élan ! Nous avons souvent espéré en voir un au bord d'une route, près d'un lac ou d'un marais mais jamais nous aurions imaginé en apercevoir un, ici, en plein milieu du lac d'Inari. C'est incroyable !
Une fois tout le monde de retour à bord, le bateau se dirige vers la rive opposée, le capitaine espérant retrouver la trace de l'animal mais celui-ci a dû s'enfoncer dans les bois depuis belle lurette.
Alors il reprend le cours normal de la croisière jusqu'au débarcadère de Pielpavuono. C'est là qu'il dépose un couple souhaitant rejoindre à pied l'église en pleine nature. Nous avions peur que la météo se gâte en cours d'après-midi. Finalement, il n'en a rien été, même si le ciel est maintenant de plus en plus couvert. Fin de la croisière à 16 heures. C'était très sympa et la rencontre de l'élan… extra-ordinaire !
Vu l'heure, nous pouvons envisager de rouler un peu, au moins jusqu'à Saarisselkaa, à 70 kilomètres où j'avais repéré un lieu de bivouac possible, au sommet du domaine skiable du Kaunispää (438 mètres).
Oui, oui, il y a bien du ski alpin en Finlande ! Vue sur les pistes de ski… et plus largement sur toute la région, du haut d'une tour d'observation.
Mais l'endroit très exposé nous apparaît trop venté pour y passer une bonne nuit. Alors nous n'hésitons pas faire 40 kilomètres de plus, afin de trouver à Vuotso un coin plus calme au bord de la rivière. Autre avantage : l'endroit est idéal par rapport à notre projet de demain.
Distance parcourue dans la journée : 140 kilomètres.
Tourbière près d'Inari

Tunturis finlandais, du Pyhä Nattanen au Taivaskero
J14 : Mercredi 22 juin 2016
Si la Finlande est un pays principalement de forêts, de lacs et de rivières, elle n'est pas pour autant un plat pays, du moins dans cette partie Nord. Régulièrement, de petites montagnes aux sommets dénudés culminant entre 500 et 800 mètres donnent du relief au paysage. On y jouit notamment de belles vues dégagées à des kilomètres à la ronde. En finnois, ces monts sont appelés tunturi.
C'est l'un de ces tunturis que nous nous apprêtons à gravir. Il s'agit du Pyhä Nattanen, à ne pas confondre avec Vatanen, le héros des romans du finlandais Arto Paasilinna ;-)
Pour rejoindre le point de départ de la randonnée, il faut emprunter, juste au nord de la rivière, une piste de terre très praticable sur une douzaine de kilomètres.
Au parking, il y a déjà une voiture alors qu'il est à peine 7 h 30. Des gens seraient encore plus matinaux que nous ?
Côté météo, il fait beau avec 13 degrés, ce qui fait aussi le bonheur des moustiques, prompts à nous attaquer à peine descendus de notre fourgon.
Le guide du Routard annonce un parcours de deux kilomètres difficiles avec 300 mètres de dénivelé.
Or le départ, dans une forêt dense, se poursuit par la traversée de marais sur des planches en bois. Pour l'instant je ne vois pas vraiment de difficulté !
… et finit par une approche dans la caillasse et les racines, demandant certes un peu d'effort mais pas la mer à boire ! En trois quarts d'heure, la montée est pliée !
Le même guide vante la vue inoubliable, je confirme !
… et précise que même en plein été, il souffle un vent glacial sur ces hauteurs dénudées, je confirme aussi ! Coupe-vent et capuche indispensables ! La bonne nouvelle, c'est qu'à cette altitude (508 mètres) il n'y a déjà plus de moustiques.
Le refuge, bien équipé, nous offre alors un abri bienvenu, le temps de nous réchauffer un peu.
Nous aurions ensuite pu retourner par le même chemin mais comme il existe une variante et que nous aimons bien varier…
Hum, si on avait su… car la variante traverse un éboulis rocheux très accidenté dans lequel nous avons l'impression de ne pas avancer. Une fois sortis de là, nous rencontrons un terrain inondé, non aménagé, dans lequel nous nous enfonçons par moments jusqu'à la cheville. Sans parler des moustiques qui reviennent à la charge en atteignant une altitude à nouveau plus basse et la végétation gorgée d'eau à laquelle nous nous frottons au passage.
Bref, si on avait su, on n'aurait pas v'nu comme dirait l'autre ;-)… mais repris au retour le même chemin qu'à l'aller. Sur la base de l'aller/retour par le même itinéraire, c'est une très belle randonnée, facile, courte, avec à la clé une magnifique vue panoramique.
La boucle est plus sportive, surtout après les pluies tombées ces derniers jours. Elle nous a demandé 3 heures et 7,1 kilomètres avec un dénivelé de 210 mètres. Elle nous coûte surtout des chaussures à nouveau trempées à l'extérieur comme à l'intérieur et des pantalons mouillés jusqu'aux cuisses. Conséquence : pas d'autre randonnée possible dans la journée.
Dans ces conditions, autant en profiter pour rouler. Ça tombe bien, c'est ce qui est prévu. Pour rejoindre notre prochaine destination, au cœur du parc national de Pallas-Ounastunturi, 250 kilomètres nous attendent. Il est seulement 11 heures, nous avons le temps de nous avancer jusqu'à mi-route avant le déjeuner c'est-à-dire jusqu'à la petite ville de Sodankylä.
Le trajet sur la E75, large et roulante, se fait à bon train malgré le flux important de camping-cars sur cet axe, le plus court vers le cap Nord pour la majorité des conducteurs européens. Pendant ce temps, nos chaussures exposées derrière le pare-brise amorcent leur séchage.
Rien de particulier à voir à Sodankylä mais, pour nous, un passage en ville précieux, mis à profit pour régler l'intendance.
Pendant que notre linge tourne dans la machine de l'hôtel Bear Inn, nous faisons à Lidl les courses les moins chères de notre voyage, déjeunons sur le parking voisin, passons chez l'opticien faire réparer des lunettes, au magasin de sport pour nous renseigner sur les filets de tête anti moustiques (qu'au final nous n'achèterons pas) avant de retourner à l'hôtel bénéficier de la WIFI.
Une fois toutes ces tâches accomplies, il nous reste la deuxième moitié du parcours à effectuer. Le point de chute est prévu dans les environs de Muonio, pas loin de la frontière suédoise, au pied du massif du Pallastunturi.
Nous échouons plus précisément devant l'hôtel Pallas, un hébergement isolé en pleine nature au pied de la montagne, à 459 mètres d'altitude. Il fait un temps magnifique et 19 degrés. Si nos chaussures n'étaient pas trempées, nous serions sans doute partis randonner immédiatement. L'hôtel est le point de départ d'un beau réseau de sentiers en été et de pistes de ski en hiver.
A défaut de profiter de son environnement, nous profitons pour le moment de son restaurant. Au menu lapon, un tartare de renne servi avec des champignons et des lichens (très bon mais portion un peu chiche même pour une entrée). En revanche, l'omble chevalier du lac d'Inari sur lit de purée de choux-fleurs et la crème brûlée aux myrtilles, tous les deux délicieux, rattrapent largement l'entrée et font de ce dîner un des meilleurs de notre voyage. Avec une bouteille de riesling à deux, il valait mieux que le Vany ne soit pas très loin ;-)
Nuit sur place sous un ciel sans nuage et un soleil radieux !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Au sommet du Pyhä Nattanen

J15 : Jeudi 23 juin 2016
Bonne nouvelle, nos chaussures de randonnée sont sèches.
Voyons à présent si le temps est toujours aussi dégagé qu'hier soir. Pas tout à fait ! Nuages et éclaircies se partagent le ciel. Tout est de savoir qui des deux aura le dessus.
En prenant le départ vers 8 h 30, nous avons tout de même l'impression qu'il va faire beau. Altitude du parking : 450 mètres.
Dans notre viseur, le Taivaskero, point culminant du massif du Pallastunturi, à 806 mètres d'altitude.
Pour l'atteindre, le chemin balisé par des poteaux surmontés de croix de St André prend progressivement de la hauteur à travers une toundra dénudée. Il n'y a déjà plus d'arbres à cette altitude, de moustiques non plus.
L'itinéraire est pour le moment commun avec le sentier de grande randonnée Pallas-Hetta, l'un des plus prestigieux de Laponie, qui en 55 kilomètres passe par les sommets de plusieurs tunturis.
Au bout d'une heure, quand il s'en écarte, il nous reste une dernière grimpette à gérer avant d'atteindre un large plateau recouvert d'un amas rocheux au milieu duquel le sommet aurait pu passer inaperçu s'il n'était matérialisé.
C'est ici que, le 6 juillet 1952 aux rayons du soleil de minuit, fut allumée la flamme olympique des Jeux de Helsinki. Une plaque commémore cet événement.
Depuis le sommet, la vue embrasse un panorama époustouflant : forêts, lacs et croupes montagneuses à perte de vue avec l'hôtel Pallas à nos pieds.
La randonnée en boucle prend ensuite la direction du sud, passe au pied d'un autre tunturi, le Laukukero, où nous surprenons un couple de lagopèdes en goguette.
A partir de là, l'hôtel nous sert de repère pour tracer à vue dans une pente parfois raide jusqu'à destination. Bilan : 8,5 kilomètres, 2 heures et demie, dénivelé 375 mètres.
Sur le parking, une famille de rennes nous fait son cinéma.
Nous espérions déjeuner en plein air sous les 17 degrés ambiants mais les moustiques voraces nous obligent à un repli immédiat dans le fourgon.
Cette dernière randonnée marque aussi la fin de notre séjour en Finlande qui, au final, nous a réservé de belles surprises. Ce soir, nous serons en Suède, à proximité de Gällivare.
L'itinéraire le plus court coupe en diagonale via des routes secondaires mais Hervé a peur qu'elles soient étroites et peu roulantes. Il préfère nous faire passer par les grands axes, un trajet plus long en kilomètres mais d'après lui plus court en temps.
A Muonio, en traversant la frontière, nous retardons nos montres d'une heure. Appréciable vu notre timing chargé !
Le début du trajet en Suède est agréable, à travers des forêts de pins majestueux et de grandes prairies en fleurs sous des températures de plus en plus chaudes, jusqu'à 21 degrés en cours de route. Jusqu'ici tout baigne !
En cours de route, un champ de linaigrettes ou "fleurs à coton".
Mais c'est sans compter sur une importante zone de travaux. Or quand les Suédois font des travaux, ils ne vont manifestement pas jusqu'à leur terme. Nous tombons donc sur une route en attente d'asphaltage, couverte de gravier grossier, presque du gravier de ballaste. Pas sur une courte distance, mais sur plus de 15 kilomètres, une éternité dans ces conditions. Rouler sur cette surface est un calvaire pour le camping-car. Il faut rouler en seconde, en redoutant la crevaison en permanence. D'ailleurs plusieurs véhicules sont immobilisés sur le bas-côté, pneus crevés.
Le retour sur l'asphalte sonne comme une libération et l'arrivée à destination est un soulagement.
Après un après-midi à conduire, nous sommes heureux de poser le fourgon sur les hauteurs de Gällivare, au sommet du domaine skiable du Dundret (730 m), pour une soirée de détente.
La ville réputée pour ses mines de cuivre et de fer s'étend juste à nos pieds, mais c'est pour la nature environnante que nous avons choisi cet endroit. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls.
Le paysage rocailleux et dénudé inspire aussi nos voisins de parking. Lui équipé d'un drone, elle revêtue d'une robe de bure, capuche pointue et mains dans les manchons, trouvent manifestement ce décor minéral parfait pour leur scénario. Elle déambule dans son drôle d'accoutrement pendant que lui la filme à l'aide d'un drone.
Le ciel orageux ajoute une note dramatique à l'ambiance.
Cette luminosité particulière nous incite à explorer à notre tour la croupe rocheuse qui se dresse devant nous. Petite balade vespérale jusqu'au sommet du Stora-Toppen (820 mètres d'altitude), coiffé de deux abris pour randonneurs. Vue sur la taïga environnante.
Après le départ des dronistes, nous pensons rester seuls sur place. Mais c'est sans compter sur l'arrivée tardive de trois camping-cars d'où descend toute une ribambelle d'enfants, prompts à mettre un peu d'animation sur le petit parking.
Plus tard, dans notre demi-sommeil, nous entendrons encore quelques visiteurs temporaires, attirés par le soleil de minuit. Le Dundret bénéficie d'un succès que nous ne soupçonnions pas ;-)
Distance parcourue dans la journée : 308 kilomètres
Rennes en goguette !

Kvikkjokk (Suède), randonnée dans le massif du Snjerak
J16 : Vendredi 24 juin 2016
Grand beau temps aujourd'hui et déjà 16 degrés à 8 heures du matin. Notre séjour en Laponie suédoise se présente sous les meilleurs auspices.
Alors dépêchons-nous de rejoindre notre étape suivante, à savoir la petite station de montagne de Kvikkjokk, située au bout d'une route en cul-de-sac en bordure des prestigieux parcs nationaux de Padjelanta et Sarek ainsi que sur le tracé du non moins célèbre sentier de grande randonnée de Kungsleden.
Ce n'est pas tout à fait la porte à côté, le trajet va occuper toute la matinée.
Alors que la radio annonce la volonté des Britanniques de quitter l'Union européenne, nous faisons route sur la E45 en suivant la rivière Lule sur laquelle ont été érigés plusieurs barrages de grande envergure, sujets de tensions, par le passé, entre le gouvernement suédois et les Samis privés de leurs terres inondées.
La circulation est particulièrement light en ce vendredi matin et les quelques localités traversées étonnamment désertes. Pourtant, à la sortie de l'une d'elles, un véhicule nous fait des appels de phares. Tiens, un contrôle de police ? Même pas, juste un troupeau de rennes qui fait son numéro en plein milieu de la voie ;-)
Au carrefour où notre trajet quitte la E45 pour prendre la direction de Kvikkjokk, nous avons atteint le point le plus méridional de notre voyage.
A partir de ce carrefour, cap légèrement vers le nord-ouest sur une petite route pittoresque serpentant entre forêts, prairies et habitations isolées sans jamais quitter (ou presque) la rive d'un lac ou d'une rivière.
A son extrémité, au bord du lac Saggat et du delta des rivières Tarra et Kamajokk se blottit le minuscule village de Kvikkjokk, au pied d'une prestigieuse chaîne montagneuse dont certains sommets sont encore couronnés de neige.
Nous avons prévu de passer deux jours dans ce coin reculé.
Deux parcs nationaux, parmi les plus grands d'Europe, entourent le village, en l'occurrence Sarek et Padjelanta qui figurent depuis 1995, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ils ne sont accessibles qu'à pied à l'issue de plusieurs jours de marche, tout comme la Kungsleden, la Voie Royale, un sentier de grande randonnée de 425 kilomètres, divisé en quatre parties de sept jours chacune, dont l'un des tronçons passe également par le hameau.
Alors, que sommes-nous venus faire ici ? Du trekking ? Non, juste des randonnées à la journée. Car si Kvikkjokk est considéré comme la Mecque des randonnées longues, le village est également le point de départ de quelques randonnées à la journée. C'est pour cette raison que nous l'avons sélectionné.
Une fois le fourgon garé sur le parking au bout du village, au bord de la tumultueuse rivière Kamajokk, en avant vers le massif du Snjerak, plus précisément vers celui de ses trois sommets surnommé "Tourist Summit" à 805 mètres d'altitude.
Il est 13 heures, il fait un temps magnifique avec un thermomètre dépassant les 20 degrés. Première vue au cours de la montée, bien raide.
Du "sommet pour touristes", vue imprenable sur le delta, la croupe du Nammatj (au milieu) et les massifs du Sarek et du Tarrekaise à l'arrière-plan.
Depuis le départ, nous suivons un chemin bien balisé qui se termine en surplomb d'un lac que nous atteignons au bout d'une petite heure. Arrivés à ce point, le retour se fait par le même chemin. Déjà ?
Trouvant que la balade manquait de piquant à ce stade, nous nous offririons bien un petit bonus pour prolonger le plaisir. Qu'à cela ne tienne !
Nous avions téléchargé sur notre GPS la trace d'un circuit en boucle trouvé sur Wikiloc. Vous nous voyez venir !
Nous tentons par conséquent de suivre ce tracé ou plutôt l'absence de tracé… sur le terrain. Aucune indication sur place ne fait mention d'une quelconque boucle.
Après quelques centaines de mètres à marcher à vue, nous récupérons une petite sente qui grimpe sur une crête d'où nous jouissons de bien meilleures vues encore sur le Sarek.
Mais quand la sente disparaît à nouveau, le parcours se complique un peu.
Guidés par le GPS, nous gambadons alors à vue dans des pentes buissonneuses, nous frayant un passage au travers d'un inextricable bois de bouleaux nains avant de finir par retomber sur nos pieds dans la dernière ligne droite jusqu'au village.
Hum, on voulait du piquant ?
Cela dit, on ne regrette pas ce choix, ravis d'avoir pu accomplir cette très belle boucle de 12 kilomètres en 3 heures et demie avec 550 mètres de dénivelé.
Conseil : pour une balade simple et facile choisissez l'aller/retour par le même chemin. Pour y ajouter comme nous une pointe de piquant, fiez-vous à Wikiloc ;-)
Une fois de retour, nous espérons nous détendre en profitant de la douceur ambiante. C'est sans compter sur une panne sèche de gaz. Le remplacement de la bouteille est inévitable. Une opération simple et rapide en principe, sauf que, dans le cas présent, le modèle pas tout à fait identique au précédent, fait de la résistance au point qu'il nous faut appeler à la rescousse deux camping-caristes suédois tout aussi désarmés.
En dernier recours, nous laissons un message au loueur, persuadés qu'il nous a fourni une bouteille inadaptée. Au final et à force d'acharnement, Hervé finit par dompter le système et à faire fonctionner la bouteille. Ouf ! On se voyait déjà devoir retourner à Jokkmokk à 100 kilomètres pour trouver du gaz.
Bref, voilà une tâche qui nous a fait perdre toute la soirée… ou presque. Pour qu'elle ne soit pas tout à fait gâchée et avant le dîner dans le fourgon, nous nous accordons un moment de relâche pour l'apéro à la Fjällstation, le seul hébergement de Kvikkjokk. Nous trinquons en plein air au bord de la rivière : c'est l'été en Suède !
Par la même occasion, nous préparons notre journée de demain pour laquelle nous avons besoin d'un transfert en bateau. Rendez-vous est pris avec BJörn pour demain.
Distance parcourue dans la journée : 212 kilomètres.
Vue sur le Sarek depuis le sommet du Snjerak

Kvikkjokk, randonnée vers du Prinskullen et bateau dans le delta
J17 : Samedi 25 juin 2016
Pas de route à faire ce matin. Le Vany reste sagement sur le parking pendant que nous allons découvrir un autre sommet facile, dominant le village.
Le point de départ du trail se situe sur la rive opposée de la rivière. Pour ce court transfert en bateau, nous avons fait appel à Björn qui nous a fixé rendez-vous à 9 h 20, toujours sur le même parking. Nous nous attendions à le voir arriver en voiture, mais c'est de la forêt qu'il émerge à pied, nous conduisant d'abord le long de la rivière Kamajokk jusqu'à la Fjällstation pour récupérer d'autres clients.
Au passage, il nous indique le meilleur point de vue sur les rapides.
Nous sommes sept à monter dans son petit canot à moteur : un couple allemand, une randonneuse suédoise, un jeune couple finlandais et nous, mais chacun avec un but différent.
Les Allemands et la Suédoise veulent aller vers Nammatj. Les Finlandais sont les plus ambitieux avec la montée au Kaskaivo (22 kilomètres et 12 heures aller/retour) dont le point de départ se situe à trois kilomètres en amont de la rivière. En ce qui nous concerne, nous avons juste besoin d'être déposés sur la rive opposée au point de départ vers Prinskullen, la "colline du prince".
Mais Börn nous propose (for a good price, dit-il) que nous accompagnions d'abord les autres personnes jusqu'à leurs points de dépose afin de découvrir, par la même occasion avant notre randonnée, une partie du delta. C'est d'accord. Par cette très belle journée, c'est le moment d'en profiter.
De la rencontre de la rivière Tarra et des rapides de la Kamajokk est né un delta unique et verdoyant formé et régulièrement transformé par l'accumulation de sédiments transportés par les eaux tumultueuses des cours d'eau.
Pendant que Björn nous livre quelques informations sur la région, passant avec aisance de l'anglais à l'allemand, avec même quelques mots de français, le canot s'engage dans un canal étroit, à la végétation luxuriante et touffue, sur un miroir d'eau où se reflètent à la perfection les silhouettes élancées de quelques feuillus.
Les grands arbres ont l'air de se prosterner, formant une haie d'honneur sur notre passage.
Quand le rideau d'arbres s'ouvre, la perspective s'élargit, laissant apparaître le profil râblé du mont Nammatj… … ou la calotte imposante d'une montagne plus éloignée.
Une fois tous nos corandonneurs déposés, quand le bateau revient au niveau des rapides, le moment est venu pour nous de débarquer.
Il est maintenant 10 h 45. Nous nous mettons d'accord avec Björn sur l'horaire du retour (16 heures) et attaquons aussitôt la montée.
Comme d'habitude, l'accès au sommet passe par la traversée d'une forêt de bouleaux, en l'occurrence ici sur un sentier bien tracé, conçu au milieu du XVIIème siècle par les mineurs allant exploiter des filons d'argent dans les massifs du Sarek et du Padjelanta.
Au sortir de la forêt (à 650 mètres d'altitude), il nous reste à franchir une série de dalles rocheuses disposées en gradins avant d'accéder au cairn pyramidal du sommet.
Depuis ce balcon, la vue est saisissante sur la chaîne montagneuse s'étendant à perte de vue ainsi que sur le delta au premier plan, véritable mosaïque de lagunes, de lacs, de canaux, de prairies, de bois et de marais.
Il est midi. Le belvédère est l'endroit parfait pour un pique-nique et un bain de soleil, débarrassés de nos chaussures, les doigts de pied en éventail.
Mais au bout d'une heure, l'envie de bouger nous démange à nouveau.
Le guide Rother mentionne une possibilité de poursuivre (ah, chouette) sur un sentier non balisé, en direction de Vallespiken, aboutissant à des enclos à rennes à 867 mètres d'altitude. Durée annoncée : une heure.
Voilà qui fait notre affaire !
Nous cédons le sommet à trois ou quatre poursuivants, preuve que Björn a dû opérer une rotation supplémentaire, et prenons la direction du nord-ouest.
Devant nous, la chaîne imposante du Vallespiken et ses dômes encore zébrés de neige nous servent de points de repère.
Ce rocher erratique déposé là par quelque troll musclé tient lieu à la fois de terminus et de tour d'observation. Les enclos à rennes (vides) sont visibles à l'arrière-plan.
Pour retourner vers Prinskullen, il suffit alors de suivre ce collier de nuages comme autant de cailloux semés dans le ciel par le petit Poucet. Ils mènent droit au point de vue.
Avant le retour au débarcadère, nous nous accordons une dernière pause pour profiter du panorama et de l'absence de moustiques à cette altitude.
A l'issue de la descente, nous flânons un peu dans cette belle prairie fleurie.
Cachées dans les herbes hautes entre les brassées de graminées, on peut y découvrir des ruines de soubassements du village de Kvikkjokk, jadis établi de ce côté-ci de la rivière. Mais pas le temps de nous attarder, nous percevons déjà le ronronnement du bateau de Björn.
L'homme est aussi ponctuel qu'une montre… suédoise ou peut-être suisse car il arrive accompagné de quatre clients helvètes (+ les deux Allemands de ce matin) qui souhaitent faire une visite plus approfondie du delta.
Il nous propose (toujours "for a good price") de nous joindre à cette nouvelle visite. Why not ? Il n'est que 16 heures, il fait super beau, alors approfondissons !
Pour commencer, le canot va se frotter aux remous des rapides, surfant au bord des eaux tumultueuses, dans un vacarme assourdissant. C'est le prétexte pour Björn d'ajouter un soupçon d'adrénaline à un parcours par ailleurs pépère.
Après le bouillonnement des rapides, le retour au calme est d'autant plus apprécié. L'embarcation file au gré des canaux jusqu'au bassin d'une immense lagune avant de revenir par des bayous plus intimes aux allures de jardin.
Trois quarts d'heures plus tard, le bateau accoste à Kvikkjokk. Fin d'une excellente journée entre randonnée panoramique et balade au fil de l'eau sous une chaleur estivale. 24 degrés, un record !
Après cette journée bien remplie, pouvons-nous espérer une soirée de détente ? Pas vraiment, car après la panne de gaz hier, aujourd'hui c'est la panne d'eau. Au camping de Kvikkjokk, le gérant est peu enclin à nous en fournir, même en payant. Réservant le service à ses clients, il nous dirige vers le village voisin d'Årrenjarka (à 15 kilomètres).
De toute façon, il était prévu ce soir d'avancer un peu dans notre parcours, alors avançons au moins jusque là. Pour être exact, la suite de notre voyage oblige en réalité à rebrousser chemin et ce, jusqu'à… Gällivare.
Après un dernier apéro à la Fjällstation, bye, bye Kvikkjokk.
A Årrenjarka, nous trouvons de l'eau à disposition, nous voilà sauvés. Il ne reste plus qu'à se trouver un coin sympa pour la nuit. Pas évident, car de la route ne partent que des chemins privés desservant tous des habitations isolées.
Pourtant, après le hameau de Tjåmotis , l'un de ces chemins a l'air de s'enfoncer plus profondément dans les bois jusqu'à la berge d'un lac.
Ô surprise, nous y trouvons déjà un autre camping-car, français de surcroît. Immatriculés dans le Calvados, ses occupants ont déniché ce coin lors d'un voyage précédent et y reviennent avec plaisir à chacun de leur périple. Ils auraient sans doute préféré garder l'emplacement pour eux tout seuls mais le partagent bien volontiers avec nous.
L'endroit est un havre de tranquillité et de sérénité. Voilà toutes les conditions réunies pour passer une belle soirée et une bonne nuit.
Distance parcourue en voiture : 53 kilomètres. En randonnée : 12,6 kilomètres, dénivelé de 530 mètres.
Vue sur le delta depuis le sommet du Prinskullen

De la ville en sursis de Kiruna au canyon d'Abisko
J18 : Dimanche 26 juin 2016
Comme prévu, la suite de notre voyage implique un retour sur nos pas jusqu'à Gällivare avant de continuer, via la ville minière de Kiruna, jusqu'aux abords d'Abisko où nous prévoyons d'arriver en fin d'après-midi. Ceci, dans le but de rejoindre dans quelques jours la Norvège au niveau de Narvik et d'enchaîner avec les îles Lofoten.
C'est par conséquent une longue étape de plus de 350 kilomètres qui nous attend. En sachant que les déplacements se font uniquement sur des routes nationales, qu'à tout moment on peut être ralenti par des travaux ou par des troupeaux de rennes, qu'avec un camping-car on a tendance à s'arrêter plus souvent qu'avec une voiture, pour faire le plein d'eau, pour vidanger les eaux sales, pour faire des courses… Bref, il vaut mieux ne pas être pressés. Pour couvrir la distance, nous comptons un minimum de sept heures, sans les arrêts.
Dans ces circonstances, un départ à 6 h 30 paraît tout à fait indiqué et le trajet plus supportable s'il est fractionné.
C'est pourquoi entre les pauses techniques, photographiques, logistiques et touristiques, nous ne lésinons pas sur les arrêts.
Première pause, une heure et demie après notre départ, tout près de Porjus, où nous dédions quelques minutes aux parois étagées de ce profond canyon cachant en son sein une rivière qu'on ne saurait voir ;-)
Dans le centre de Porjus, nouvel arrêt, cette fois pour accomplir des tâches plus ingrates mais indispensables au bon fonctionnement d'un camping-car. Je ne vous fais pas de dessin !
Près de trois heures après notre départ, nouveau prétexte pour nous arrêter : l'apparition de cet étonnant nuage en forme de feu d'artifice ou de bouquet. Nous avions déjà vu ce type de nuage lors de notre précédent voyage sur la route de la Côte au sud de Bodø, mais jamais dans d'autres pays. Curieux, non ? Cette forme de nuages serait-elle propre à ces régions arctiques ? Ou serait-elle l'œuvre d'un avion ?
10 heures, c'est l'heure de la collation et d'une nouvelle pause sur l'aire de pique-nique de Lappesuando, 50 kilomètres au nord de Gällivare. Voilà de quoi nous faire tenir jusqu'aux abords de Kiruna où nous arrivons pour l'heure du déjeuner.
Juste après le repas, visite au pas de course du centre-ville voué à l'engloutissement en raison du développement de la mine de la LKAB exploitant le plus grand gisement de minerai de fer au monde.
Dans les vingt années à venir, il est prévu de déplacer la ville de quelques kilomètres vers le nord-ouest, à commencer par le centre. Un tiers des habitants sont concernés, soit plus de 6 000 personnes, mais aussi tous les commerces du centre, l'hôtel de ville, l'hôpital, l'église, la bibliothèque, des écoles, des lycées… C'est impressionnant !
Dans le hall de l'hôtel de ville, une maquette donne une idée des secteurs concernés.
Le fer est à l'honneur partout dans la ville. Kiruna lui doit à la fois son existence, sa mort annoncée et à terme sa renaissance !
Cela fait maintenant 8 heures que nous sommes en route alors vivement notre arrivée aux abords d'Abisko pour pouvoir nous dégourdir plus longuement les jambes.
Une fois sur place, nous ignorons le village pour nous diriger quelques kilomètres plus loin vers Abisko Tourist Station regroupant un hébergement, une gare, un centre pour visiteurs et un télésiège accédant aux sommets, le tout à l'entrée du parc national du même nom.
Pour le télésiège, nous arrivons trop juste. La dernière montée a lieu à 16 heures, mais plus de descente possible, hormis à pied ce que nous excluons, pas convaincus de son intérêt.
En lieu et place, nous improvisons une balade en boucle de la forme d'un huit, autour du canyon et du delta de la rivière Abiskojakka, un parcours inspiré du guide Rother mais librement adapté à notre forme après 10 heures de route.
Dans l'immédiat et sans quitter le parking, il suffit de tourner la tête vers le sud-ouest pour apercevoir la vue la plus photographiée de la région, la vallée de Lapporten ("porte de la Laponie") en forme de "u" évasé, à l'arrondi presque parfait. Une image qui laisse présager des beautés naturelles de toute cette région.
Parmi les incontournables, il y a bien sûr le canyon que nous abordons dans un premier temps vers l'amont tout en longeant la rive ouest du cours d'eau.
Le parcours, en partie sur des planches, nous réserve de belles vues sur les eaux tourbillonnantes du torrent mugissant.
A la première intersection, nous amorçons déjà la direction du retour, quittant le bord de l'eau par un chemin de traverse pour revenir au point de départ par un "nature path".
Du plus éloigné au plus proche, notre regard retient… … cette belle chaîne montagneuse que la neige recouvre encore d'un blanc manteau , … ce dôme au galbe et à la texture parfaitement parfaits, … ainsi qu'un tapis de myosotis couvrant les pieds de ces bouleaux tordus.
La première boucle de notre huit se termine sous le porche d'entrée de la Kungsleden, ce sentier de grande randonnée dont on avait déjà croisé le tracé la veille à Kvikkjokk. Nous aurions donc pu venir à pied jusqu'ici depuis notre destination précédente ;-)
Passons à présent à notre deuxième boucle qui suit la rive Est du cours d'eau, côté aval, nous livrant un nouvel aperçu du canyon sous un angle un peu différent.
Puis, quand le torrent se jette dans le lac Torneträsk aux allures de fjord, notre balade s'achève en surplomb du delta, avant un passage par la station touristique.
Retour au point de départ après 7,2 kilomètres en 2 heures et demie avec un dénivelé insignifiant (ou presque) de 80 mètres. Bref, une balade pépère de fin d'après-midi pour ménager nos vieux os !
A propos de fin de journée, c'est le moment de nous préoccuper de notre lieu de bivouac. Les parkings du télésiège, du centre des visiteurs et de la gare sont interdits au stationnement durant la nuit. En touristes disciplinés, nous respectons scrupuleusement la mesure contrairement à plusieurs autres camping-caristes, locaux de surcroît, dont les installations trahissent leur intention manifeste d'y passer la nuit.
Néanmoins, en vue d'autres activités prévues demain à Abisko, nous n'aimerions pas trop nous éloigner. Quelques kilomètres à l'est de la station touristique, sur l'aire de repos de Tornehamn, nous trouvons notre bonheur. Le stationnement est toléré pour 24 heures, c'est plus qu'il n'en faut !
La chaleur reste d'actualité, nous permettant de rester en short même en soirée. La région a la réputation d'être la plus sèche de Suède. Pourvu que ça le reste !
Distance parcourue dans la journée : 394 kilomètres.
Canyon d'Abisko

Abisko : télésiège vers Nuolja et randonnée au lac Trollsjön
J19 : Lundi 27 juin 2016
Cette journée d'aujourd'hui n'était pas véritablement programmée mais gardée en réserve au cas où nous aurions de l'avance. Or nous avons toujours 24 heures d'avance sur notre planning, c'est le moment d'en profiter tant que la météo reste clémente et avant une possible dégradation en soirée. Zut !
Pour le moment, n'y pensons pas et profitons-en à fond ! Déjà 16 degrés (22 plus tard dans la journée) malgré un ciel très légèrement voilé en ce début de matinée.
Nous sommes les premiers devant le télésiège d'Abisko mais pendant que nous attendons son ouverture dans notre véhicule, nous nous faisons griller la politesse par deux fillettes et leur maman qui seront les premières à filer vers le sommet.
Le télésiège nous fait alors passer en une vingtaine de minutes de 385 mètres à 850 mètres.
A partir de là, il faut continuer à pied si l'on veut atteindre le mont Nuolja à 1169 mètres, en comptant environ trois quarts d'heure pour la montée.
Pendant que nous nous attardons un peu autour de la station d'arrivée, les filles et leur maman nous distancent encore un peu plus. Mais quand les petites finissent par traîner les pieds, réclamant une pause et un goûter, nous les dépassons allègrement, ravis de partager la primeur du sommet avec ce seul cairn à la forme humaine appelé inukshuk dans d'autres contrées.
Magnifique vue sur le lac Torneträsk, celui dans lequel se jette la rivière Abisko.
A l'issue de cette randonnée de 4 kilomètres avec un dénivelé de 350 mètres, le télésiège nous ramène à Abisko sur les coups de midi.
Un timing parfait qui nous permet, après le déjeuner, d'envisager une deuxième randonnée dans l'après-midi Elle me tient tout particulièrement à cœur. Sur le papier, cette traversée de vallée à destination du lac Trollsjön paraissait magnifique. Voyons ce qu'elle vaut sur le terrain !
Son point de départ se trouve sur la route E10, à 25 kilomètres à l'est d'Abisko. Il faut se garer sur le bord de la route. Dans notre sens de circulation, toutes les places sont déjà occupées. Il faut donc faire un demi-tour en plein milieu de l'E10 pour aller nous garer de l'autre côté de la route.
Pour trouver l'entrée de la vallée, il faut d'abord traverser un petit bois de bouleaux où sont planqués quelques moustiques avides (mais ça c'est habituel). Plus inhabituel, il faut dans le cas présent traverser la voie ferrée de la ligne Kiruna – Narvik en faisant attention aux trains, nombreux, mais heureusement sonores.
Une fois ces deux obstacles franchis, la vallée est à nous !
Comme la montée est progressive et régulière avec un gain d'altitude bien réparti, nous avançons d'un pas vif sur un sentier engazonné déroulant son tapis de verdure au pied d'une table rocheuse face à des dômes marbrés de neige.
En revanche, nous sommes étonnés de ne pas trouver grand monde sur le chemin. On aurait pourtant pu croire le contraire au regard du nombre de voitures garées sur la route, mais leurs occupants ont sans doute préféré une vallée voisine propice au trekking. Nous voilà bien tranquilles de notre côté. Nous finissons par rattraper un groupe de quatre personnes, des Suédois, un homme et trois femmes, plus lents que nous, l'une des femmes avançant comme une tortue, encore plus démoralisée quand nous lui annonçons qu'elle n'est qu'à moitié route. Nous avons bien cru qu'elle allait abandonner, ce qui aurait été dommage car juste après, nous atteignons la partie la plus spectaculaire du parcours.
Au fond de la vallée apparaît une gigantesque moraine latérale déroulant son rouleau compresseur à perte de vue et charriant des blocs rocheux dans un chaos indescriptible.
l'arrière-plan, les massifs montagneux lacérés de neige nous font penser aux montagnes du Landmannalaugar en Islande
Sur cet univers fantasmagorique de blocs renversés, de dalles dressés, de rocs brisés, de roches tourmentées veille le maître des lieux, un monstre de pierre hybride, tête au profil humain sur corps de dragon.
Il annonce ce pour quoi nous sommes venus jusqu'ici : le lac Trollsjön, caché dans le creux de ce cirque montagneux.
Sur ses eaux couleur soufre, qu'on dit être les plus claires de Suède, flottent quelques icebergs qui font de la résistance en ce début d'été.
Nous aurions aimé nous attarder dans cette vallée perdue mais le ciel finit par se couvrir, nous faisant redouter un orage.
Après une dernière incursion au cœur de la moraine, nous saluons les derniers trolls de pierre, implorant leur dieu de bien vouloir nous épargner d'un retour sous la pluie.
Manifestement, nous avons été entendus ! Non seulement il n'a pas plu mais nous avons même été crédités d'un peu de ciel bleu, nous permettant d'apprécier au passage ce névé aux allures de meringue saupoudrée de cacao.
Après avoir retraversé la voie ferrée, le Vany nous voit de retour vers 17 h 30 au bout de 11,6 kilomètres soit 3 heures et demie pour un dénivelé de 470 mètres.
Nous avons adoré cette vallée enchantée peuplée de trolls et ce lac d'un bleu intense, une de nos plus belles randonnées en Suède et peut-être même du voyage.
Cette balade est aussi la dernière en Suède On peut d'ores et déjà affirmer que ce séjour a été une totale réussite aussi bien dans le choix des destinations que des activités. La météo parfaite a participé de ce succès.
Nous ne sommes plus maintenant qu'à une dizaine de kilomètres de la frontière. Notre journée s'achève côté norvégien, après avoir posé le camping-car sur une aire très champêtre bordée de marais couverts de linaigrettes au pied de petites collines rocheuses.
L'orage redouté finit par éclater dans la soirée. Bien à l'abri dans le camping-car, nous ne craignons plus rien mais ce n'est pas de bon augure, la veille de notre étape vers les îles Lofoten. ;-)
Distance parcourue dans la journée : 52 kilomètres.
Lac Trollsjön

La suite se trouve dans... le message 2 (juste au-dessous)
😛bonjour
j'ouvre ce post pour (voir le titre)
nous sommes déjà plusieurs inscrit de VF pour cette croisière (5 couples)😎 vous pouvez venir nous y retrouver et discuter vos conseils et remarques sont les bienvenues
sachant que nous pouvons égalements vous apporter quelques précisions pour cette aventure vu que nous y avons déjà participé en 2011, mais avec 2 escales de moins au Brésil
voici les escales
arrivée a Santos le jeudi 14 ....... > 11H escale RIO le vendredi 15 .................... > 11H en mer le samedi 16 Ihleus le dimanche 17 .................> 11H Salavdor de Bahia le lundi 18 ....... > 11H Macêo le Mardi 19 ..................... > 11H Récife le Mercredi 20................... > 5H Fortazela Le jeudi 21 ...................> 6H en mer 5J du 22 au 26 Las palmas le mercredi 27 .............> 8H Funchal le jeudi 28 ......................> 9H en mer le 29 Lisbonne le samedi 30...................> 9H Cadix le dimanche 31...................> 10H en mer le 1 avril (gare aux poissons) 😉 Barcelone le mardi 2 ...................> 5H Savone et Nice mercredi 3 ... retour 🤪
soit 20 jours de croisières
les temps d'escales sont assez long ce qui nous permettra d'organiser des excursions groupées pour ceux qui le désirent
bienvenue à tous sur ce post
cordialement
j'ouvre ce post pour (voir le titre)
nous sommes déjà plusieurs inscrit de VF pour cette croisière (5 couples)😎 vous pouvez venir nous y retrouver et discuter vos conseils et remarques sont les bienvenues
sachant que nous pouvons égalements vous apporter quelques précisions pour cette aventure vu que nous y avons déjà participé en 2011, mais avec 2 escales de moins au Brésil
voici les escales
arrivée a Santos le jeudi 14 ....... > 11H escale RIO le vendredi 15 .................... > 11H en mer le samedi 16 Ihleus le dimanche 17 .................> 11H Salavdor de Bahia le lundi 18 ....... > 11H Macêo le Mardi 19 ..................... > 11H Récife le Mercredi 20................... > 5H Fortazela Le jeudi 21 ...................> 6H en mer 5J du 22 au 26 Las palmas le mercredi 27 .............> 8H Funchal le jeudi 28 ......................> 9H en mer le 29 Lisbonne le samedi 30...................> 9H Cadix le dimanche 31...................> 10H en mer le 1 avril (gare aux poissons) 😉 Barcelone le mardi 2 ...................> 5H Savone et Nice mercredi 3 ... retour 🤪
soit 20 jours de croisières
les temps d'escales sont assez long ce qui nous permettra d'organiser des excursions groupées pour ceux qui le désirent
bienvenue à tous sur ce post
cordialement
Bonjour à tous,
Nous avons organisé un voyage à bord d'un catamaran en Grèce en début juillet. Nous planifions visiter les iles Argo Saroniques puisqu'il semblerait que les Cyclades soit un peu trop ventés à ce temps là de l'année. Nous y allons avec nos enfants et un couple d'amis. Il y aura aussi un capitaine. Mais voilà que je commence à m'inquiéter pour la Chaleur qu'il y fera. Mon chum tient à y aller avec nos 2 plus vieux (9 et 12 ans ) et est convaincu qu'il n'y aura aucun problème avec notre bébé de 5 mois puisqu'il a déjà fait ce genre de voyage avec sa plus vieille lorsqu'elle était bébé. Moi j'ai peur pour les coup de chaleur et du donc je suis déchirée entre l'envie de les suivre ou de rester à la maison. Si j'y vais je comprends que bebe doit boire très souvent, de faire attention à la chaleur, ne pas exposer bébé au soleil et au coup de soleil, etc... Avez vous déjà vécu l'expérience avec des enfants en Grece en ce temps là de l'année? Et comment sont les services médicaux en cas de problème de santé avec bébé? MerCi!
C'est décidé, je pars finalement le 5 mai avec mon fils de 15 mois pour un superbe voyage de deux mois. Voici mon itinéraire, dites-moi si c'est réalisable et svp, donnez-moi des indications pour me faciliter la vie avec un bébé.
Départ de Montréal, arrivé à Sydney pour 3 nuits (aquarium, blue mountain et vie urbaine) Vol à Adelaïde (2 jours sur Kangoroo Island) Tour guidée (groovy group gateway ) de 5 ou 7 jours dans le désert (Urulu etc )en bus Vol de Alice Spring à Cairns (j'ai déjà un hotel de prévu pour 3 nuits) Ensuite, j'ai 6 semaine à vivre sur la côte-est en camping. Je suis une maniaque de plongée, d'apnée, d'îles, surf, d'oiseaux, d'arbres et de vie relax.
Je veux voir daintree forest, Port Douglas, Lady Elliot Island, Fraser Island, aire 3 jours en voilier, withsundays, brisbane, byron bay... J'ai un vol de Cairns à Brisbane et Brisbane à Sydney, mais j'aimerais faire un peu de route avec quelqu'un en voiture...
Si vous avez été dans des campings idéals pour bébé ( salle de lavage, piscine ou plage, cuisine equipée, douche propore) Donnez-moi des adresses !
Par contre, je me connais...si j'aime un endroit sur le bord de la mer, je peux coller là longtemps !
Voilà, au plaisir de partager avec vous vos impressions sur mon voyage !
merci Mael
Départ de Montréal, arrivé à Sydney pour 3 nuits (aquarium, blue mountain et vie urbaine) Vol à Adelaïde (2 jours sur Kangoroo Island) Tour guidée (groovy group gateway ) de 5 ou 7 jours dans le désert (Urulu etc )en bus Vol de Alice Spring à Cairns (j'ai déjà un hotel de prévu pour 3 nuits) Ensuite, j'ai 6 semaine à vivre sur la côte-est en camping. Je suis une maniaque de plongée, d'apnée, d'îles, surf, d'oiseaux, d'arbres et de vie relax.
Je veux voir daintree forest, Port Douglas, Lady Elliot Island, Fraser Island, aire 3 jours en voilier, withsundays, brisbane, byron bay... J'ai un vol de Cairns à Brisbane et Brisbane à Sydney, mais j'aimerais faire un peu de route avec quelqu'un en voiture...
Si vous avez été dans des campings idéals pour bébé ( salle de lavage, piscine ou plage, cuisine equipée, douche propore) Donnez-moi des adresses !
Par contre, je me connais...si j'aime un endroit sur le bord de la mer, je peux coller là longtemps !
Voilà, au plaisir de partager avec vous vos impressions sur mon voyage !
merci Mael
Y-a-t'il des gens qui ont fait l'expérience d'habiter sur un voilier à Porquerolles?
Merci!!
Bonjour,
nous travaillons actuellement à la conception d'un voilier d'exploration en aluminium compact. Après la construction et le test du prototype Arctic Pod, dont le terrain de prédilection est le Nord, un lancement en série est prévu.
Mon idée est de réaliser un bateau compact, maniable, sûr, autonome et facile à mettre en oeuvre pour des missions d'observations des écosystêmes ou pour servir de base mobile à des expéditions terrestres.
Le projet est ouvert si vous souhaitez laisser vos idées ou commentaires. Le suivi du développement est possible sur la page facebook du projet: http://www.facebook.com/pages/Arctic-Pod/163454036318?ref=mf
A bientôt,
Matthieu
nous travaillons actuellement à la conception d'un voilier d'exploration en aluminium compact. Après la construction et le test du prototype Arctic Pod, dont le terrain de prédilection est le Nord, un lancement en série est prévu.
Mon idée est de réaliser un bateau compact, maniable, sûr, autonome et facile à mettre en oeuvre pour des missions d'observations des écosystêmes ou pour servir de base mobile à des expéditions terrestres.
Le projet est ouvert si vous souhaitez laisser vos idées ou commentaires. Le suivi du développement est possible sur la page facebook du projet: http://www.facebook.com/pages/Arctic-Pod/163454036318?ref=mf
A bientôt,
Matthieu
bonjour à tous,
On est un couple de 21 et 24 ans, on ne connait vraiment pas grand chose à la navigation mais on a soif d'apprendre. Partir sur son voilier faire le tour du monde, c'est le reve de mon copain. Je suis prete à le suivre et même l'aider pour realiser ce reve. On commencerait evidemment par naviguer avec des personnes ayant de l'experience... afin d'apprendre et tout simplement de voir si ça nous convient (après tout on ne sais jamais). Ceci dit je me pose beaucoup plus de questions que lui
Comment acheter ce voilier ?
Comment vivre sur le voilier ? Il nous faudra bien de l'argent pour manger et payer ce qu'il y a, à payer !
Trouve t on facilement du travail lors des escales ?
Et puis j' aurais certainement d'autres questions encore
Pouvez vous me dire comment avez vous reussit a avoir votre premier voilier et le debut de votre reve ?
Merci et désolé de poser autant de questions 
On est un couple de 21 et 24 ans, on ne connait vraiment pas grand chose à la navigation mais on a soif d'apprendre. Partir sur son voilier faire le tour du monde, c'est le reve de mon copain. Je suis prete à le suivre et même l'aider pour realiser ce reve. On commencerait evidemment par naviguer avec des personnes ayant de l'experience... afin d'apprendre et tout simplement de voir si ça nous convient (après tout on ne sais jamais). Ceci dit je me pose beaucoup plus de questions que lui
Comment acheter ce voilier ?
Comment vivre sur le voilier ? Il nous faudra bien de l'argent pour manger et payer ce qu'il y a, à payer !
Trouve t on facilement du travail lors des escales ?
Et puis j' aurais certainement d'autres questions encore
Pouvez vous me dire comment avez vous reussit a avoir votre premier voilier et le debut de votre reve ?
Merci et désolé de poser autant de questions 
Bonjour,
Ça y est, ma mère et moi avons réservé notre circuit 14 nuits « Voyage Olympien - Santorin » avec Vacances Transat. Nous partons le 17 juillet 2011. Notre forfait comprend 6 nuits de croisière dans les îles grecques (Mykonos, Patmos, Rhodes, Agios Nicholaos et Santorin) et à Istanbul (+Kusadasi) à bord du Cristal de Louis Cruises. Après avoir lu quelques mauvaises critiques sur la compagnie Louis Cruises et le bateau Cristal 🤪, je dois avouer que la lecture de commentaires de voyageurs satisfaits m'a beaucoup rassurée. Il s'agit, pour ma mère et moi, de notre première croisière et nous espérons avoir fait le bon choix. Qu'en pensez-vous?
Pour ce qui est des pourboires et des breuvages à bord du bateau, j'ai trouvé l'information, mais je me questionne sur le coût des excursions? À quoi devons-nous nous attendre pour une excursion d'une journée ou d'une demi-journée? On dit que c'est plutôt dispendieux... En ce moment, nous prévoyons au moins faire une excursion pour Istanbul, Rhodes et Agios Nicholaos.
Qu'en pensez-vous? Avez-vous des conseils ou des commentaires à partager sur Louis Cruises ou quant aux sites visités?
Merci! 🙂
Ça y est, ma mère et moi avons réservé notre circuit 14 nuits « Voyage Olympien - Santorin » avec Vacances Transat. Nous partons le 17 juillet 2011. Notre forfait comprend 6 nuits de croisière dans les îles grecques (Mykonos, Patmos, Rhodes, Agios Nicholaos et Santorin) et à Istanbul (+Kusadasi) à bord du Cristal de Louis Cruises. Après avoir lu quelques mauvaises critiques sur la compagnie Louis Cruises et le bateau Cristal 🤪, je dois avouer que la lecture de commentaires de voyageurs satisfaits m'a beaucoup rassurée. Il s'agit, pour ma mère et moi, de notre première croisière et nous espérons avoir fait le bon choix. Qu'en pensez-vous?
Pour ce qui est des pourboires et des breuvages à bord du bateau, j'ai trouvé l'information, mais je me questionne sur le coût des excursions? À quoi devons-nous nous attendre pour une excursion d'une journée ou d'une demi-journée? On dit que c'est plutôt dispendieux... En ce moment, nous prévoyons au moins faire une excursion pour Istanbul, Rhodes et Agios Nicholaos.
Qu'en pensez-vous? Avez-vous des conseils ou des commentaires à partager sur Louis Cruises ou quant aux sites visités?
Merci! 🙂
Bonjour,
Quel endroit me conseillez-vous pour partir cet été avec 3 jeunes enfants (dont un bébé prévu pour mars). J'aimerais un peu de soleil (mais pas les grosses chaleurs), de l'eau (lac avec baignade autorisée ou piscine sécurisée...), un petit coin sympa, dépaysant, joli... bref, j'attends vos conseils.
Nous sommes plutôt "gîtes" mais ouverts aussi à toutes autres suggestions
Merci
Bonjour;
Nous partons dans 10 jours au club med de Punta Cana avec un bébé de 18 mois.
Alors si quelqu'n a des p'tites infos pratiques à me donner...
Le club est-il bien? Y'a t'il vraiment le necessaire pour les p'ti loups (lait, nourriture....)...
Enfin voilà tout plein de questions, alors si une bonne âme voulait bien se dévouer 😉
De plus nous partons avec Star airlines. Avez vous de tuyaux pour être bien placés dans l'avion???
Merci d'avance!!!
Merci d'avance!!!
Bonjour à tous,
Nous allons partir le 25 mars prochain sur le Concordia pour la croisière "Les trésors de l'histoire". C'est notre première croisière de ce type (nous partons en général en croisière sur notre voilier......beaucoup, beaucoup plus petit !). Malgré tous les renseignements glanés au gré de ce forum, je n'ai pas trouvé les réponses aux questions suivantes que je me pose :
1/ L'eau à bord est-t-elle potable et peut-on facilement remplir des bouteilles d'eau dans la cabine (pour les excursions....) ? 2/ Nous avons réservé une cabine intérieure qui est composée d'un lit bas et d'un divan-lit "single". De quoi s'agit-il et est-ce aussi confortable qu'un lit 'normal" ? 3/ Je n'ai pas trouvé sur le site Costa, la possibilité de réserver le "pack" boissons (vins et eau en bouteilles). Doit-on le réserver directement sur le bateau ou avant l'embarquement ? 4/ Nous venons de Montpellier en voiture et rejoindrons la navette à l'aéroport de Nice. Y a-t-il un parking préférable à l'autre ? J'ai vu sur le site de l'aéroport qu'il y avait 3 parkings sensiblement au même prix, dont le P7 qui est couvert ( env 100 euros pour 12 jours....) ?
Pour les excursions, j'ai pré-réservé Izmir et Alexandrie sur le site Costa. Est-il nécessaire de les confirmer en arrivant sur le bateau ?
Merci à tous d'avance pour vos réponses et peut-être à bientôt sur le bateau, qui sait ?!
Nous allons partir le 25 mars prochain sur le Concordia pour la croisière "Les trésors de l'histoire". C'est notre première croisière de ce type (nous partons en général en croisière sur notre voilier......beaucoup, beaucoup plus petit !). Malgré tous les renseignements glanés au gré de ce forum, je n'ai pas trouvé les réponses aux questions suivantes que je me pose :
1/ L'eau à bord est-t-elle potable et peut-on facilement remplir des bouteilles d'eau dans la cabine (pour les excursions....) ? 2/ Nous avons réservé une cabine intérieure qui est composée d'un lit bas et d'un divan-lit "single". De quoi s'agit-il et est-ce aussi confortable qu'un lit 'normal" ? 3/ Je n'ai pas trouvé sur le site Costa, la possibilité de réserver le "pack" boissons (vins et eau en bouteilles). Doit-on le réserver directement sur le bateau ou avant l'embarquement ? 4/ Nous venons de Montpellier en voiture et rejoindrons la navette à l'aéroport de Nice. Y a-t-il un parking préférable à l'autre ? J'ai vu sur le site de l'aéroport qu'il y avait 3 parkings sensiblement au même prix, dont le P7 qui est couvert ( env 100 euros pour 12 jours....) ?
Pour les excursions, j'ai pré-réservé Izmir et Alexandrie sur le site Costa. Est-il nécessaire de les confirmer en arrivant sur le bateau ?
Merci à tous d'avance pour vos réponses et peut-être à bientôt sur le bateau, qui sait ?!

C'est un peu nono comme question.
Mais comme j'en suis a mon premier voyage, j'aimerais savoir, a Cuba en mai, j'amène de la crème solaire 15 Fps - 30 Fps ou plus ..??
Un gros merci !!
Un gros merci !!
Nous sommes revenus dimanche vers 16h d’une agréable semaine au Mélia Las Dunas de Cayo Santa Maria, du 30 décembre 2007 au 6 janvier 2008. L’hôtel est de construction récente et juste pour la beauté des lieux, ça vaut la peine d’y aller ! Nous étions en famille : 2 parents, fille de 20 ans (moi !) et gars de 19 ans.
L'arrivée: Nous partions de Montréal avec Air Canada, en passant par l’agence de voyage TMR. Le vol était prévu à 6h30, mais nous sommes finalement partis à 7h seulement, et le vol qui devait durer environs 3h30 en a duré 4h15 en raison de forts vents dans les airs. Comme j’étais assise juste derrière une sortie de secours côté hublot, il n’y avait aucun siège devant moi donc de la place en masse pour les jambes. J’ai pu dormir confortablement une partie du trajet (car vol à 6h30 implique arrivée à l’aéroport à 4h du matin environs, donc se lever très très tôt !) À bord, on avait le choix entre une mince variété de sandwich et 3 collations à nos frais… N’étant pas assez réveillée et motivée surtout pour manger un sandwich énorme œufs-bacon-tomates sur du ciabbata, je me suis contentée des biscuits ! Finalement, à 11:15, nous sommes arrivés à Santa Clara. Température au sol de 27 degrés, pas si mal ! L’attente pour les douanes était minime, un autobus nous attendait pour l’hôtel. Après 90 minutes, nous sommes arrivés au Melia, où le check-in était déjà fait pour nous, suffisait de compléter une feuille à remettre. La plage était à nous ! Mais avant tout.. Le buffet pour survivre à la journée !
Chambre: Le Las Dunas compte 925 chambres et est séparé en deux parties : un côté plus familial (blocs 1-36) et un plus adultes (37-76). Chacun a sa propre piscine (celle du côté famille étant plus animée, l’autre plus confortable) et un snack bar. Nous étions dans le bloc 70 au 2e (et dernier) étage, environs 3-4 minutes de marche du Lobby, de la plage et de toutes les activités (resto, bar, disco). Ce n’était pas le plus loin. Donc si vous ne voulez pas marcher trop, demandez les blocs 74-75-76-37-38, 27-26 ou 23. Ils sont près de tout. Dans la chambre, garde-robe double avec tiroirs et cintres, coffre-fort, grand miroir, salle de bain tout confort (bidet, toilette, bain et pomme de douche ajustable, miroir pour se maquiller, petit banc), très grand, un bureau, télévision, 2 fauteuils, table, chaises et table aussi sur la galerie dehors, deux lits ¾ collés ensemble (un lit très grands pour mes parents par contre dans leur chambre). Pas d’odeur louche, des prises de courants qui fonctionnent bien avec nos fiches, bref, parfait. La chambre était faite tous les jours et la femme de chambre appréciait beaucoup les petits produits que nous lui laissions, elle nous a fait des trucs déments avec les serviettes sur le lit (cygnes, éléphants, voiliers)
Restaurants: Il y a beaucoup de choix de restaurants. J'avais hâte aux repas tellement c'était bon! Il faut dire que je ne suis pas difficile, mais il y a de quoi pour tous les goûts. J’ai beaucoup aimé le buffet Caibarien, très varié. Les poissons étaient excellents, les desserts aussi. Je n’ai jamais essayé les mets où il fallait faire la queue par contre, c’était trop long. Le déjeuner était vraiment délicieux la seule fois où je l’ai pris durant la semaine. Il faut dire qu’entre 10h et midi, tout les buffets sont fermés.. Un petit négatif, car à dix heures, j’avais pas le goût d’un hamburger ! Pour le midi, on pouvait aller au snack bar, au buffet, resto de la plage (ou il y avait buffet et plats à commander), beer garden (le resto 24h très bon aussi !) et sur la plage pour un sandwich. La crèmerie était aussi ouverte durant la journée. La dame qui y travaille est enceinte de 6 mois et doit travailler à l’extérieur debout toute la journée, c’est pas évident. Nous avions apporté quelques objets pour bébé que nous lui avons remis, elle a été très émue et nous a apporté de Remedios des coquillages joliment décorés par son mari. Pour le soir, encore là beaucoup de choix ! Nous avons essayés trois restos à la carte (dont tous les noms sont en liens avec la découverte de l’Amérique) : L’italien (columbus), essayez la soupe aux fruits de mer, Le romantique Isabel y Fernando (le meilleur de tous, service excellent et pianiste amusante !) et le grill Los siboneyes (où après 2h, nous attendions encore pour notre plat principal), disons que ce dernier était le pire de tous. Heureusement, le groupe qui se promenait de table en table était excellent. Le 31 au soir, nous avons eu droit à un souper gala au buffet, langouste, crevettes, sushis, bananes flambées au rhum, des délices !! Bref, pour les repas, tous devraient être servis. Ceux plus aventuriers aimeront les mets typiquement cubain et les poissons, et les autres les viandes, les grillades, pâtes et panures. N’oubliez pas de réserver en arrivant pour avoir les tables que vous souhaitez, il n’y a pas vraiment de limites. Nous n’avons pas essayé le steak house, le resto de fruits de mer (puisque nous avions de la langouste le 31 décembre) et le japonais (sushi), mais semble t’il que ceux-ci étaient très bien.
Bars: Alors là, il y en a vraiment pour tous et chacun! Deux bars aux extrémités de la plage, un bar principal au milieu de la plage, le beer garden, le bar du resto plage, le lobby bar, le bar de la discothèque et en plus du charmant barman itinérant ‘‘happy hour 2 pour un (à la blague bien sûr !)’’ qui se promène dans le bâtiment principal du lobby. Le beer garden et le bar du lobby sont tous deux ouverts 24h sur 24. C’est au Lobby qu’on avait les meilleurs les drinks comme des mojitos, les pina colada, les mintchocolate et les francidès. Les pool bar sont très bien aussi, achalandés mais celui du côté adulte bien intéressant. Un bar supplémentaire était ouvert à la plage lors du beach party. Les drinks étaient tous aussi délicieux les uns que les autres, j’avoue avoir une préférence encore et toujours pour les mojitos. N’hésitez pas à demander à vos barmans de vous préparer leur spécialité ou un varadero sunrise, cela vaut la surprise :) Mes parents ont beaucoup apprécié les cafés du lobby bar, surtout les capuccino et les cafés brésiliens.
Le réveillon : Le soir du 31 décembre, nous avons été choyés ! Dans la journée, plusieurs activités étaient organisées, et le soir, c’était le souper de gala (en 2 services 18h30 et 20h30) au restaurant buffet. Des tonnes de choses alléchantes à manger, du champagne, vin en bouteille à la table, une rose pour chaque dame (j’en ai eu deux, c’était les animateurs qui les donnaient et semble t’il que j’étais leur ‘magnifique’ du moment hihi !), de même que des sacs comprenant tout ce qu’il faut pour faire la fête : Chapeau, couronne, masque, lunettes à gros sourcils et moustache, loup, collier scintillant, étoiles à faire claquer (clap-clap), des trucs pour souffler et faire du bruit, des ballons, etc. Après le souper, un gros défilé du style carnaval de Rio au Lobby avec tout le monde qui peut danser, les gens costumés et en grand apparat. Puis, spectacle époustouflant de danse. Le fameux décompte, le champagne qui coule à flot, les employés en profitaient également! Par la suite, beach party dehors avec un orchestre cubain qui a fait bouger tous les gens présents ! Et à 1h du matin, musique plus discothèque et ça a fêté jusque dans les petites heures de la nuit !
Activités: Moitié sur la plage, moitié à la piscine pour enfants. Il est certain que l’on participe selon nos envies, mais les gens de l’animation prennent la peine de faire un tour pour jaser avec nous et nous inviter bien sûr. J’ai bien aimé tous les cours de danse sur la plage, surtout ceux de merengue. Il y a également des activités pour les plus jeunes au baby club et au club pour enfants. Ça vaut la peine de participer, on peut gagner des prix le soir venu. Les spectacles étaient très bien aussi ! Ceux de la fin de semaine sont plus du genre à faire participer le public puisque les danseurs sont en congé. On rit beaucoup et c’est drôle d’embarquer avec eux ! Et puis à la fin de tous les shows, nous sommes invités à aller danser le ‘Ragga ragga’, la danse de l’hôtel avec tous les animateurs et danseurs ! Beaucoup de fous rire en perspective ! On devient vite bon et un peu accro à cette danse ! Les spectacles de danse sont très bien, avec des chorégraphies originales et des danseurs qui ont le rythme dans le sang. Ils sont à la disco parfois le soir, et ils ne dansent pas bien uniquement sur scène!! La discothèque est toujours très animées dès 23h. C’est certain que la musique se répète parfois, mais il y en a de tous les genres, de la salsa / bachata au rock/twist et des hits plus jeune et qui se dansent sans problème. Durant la journée, on peut faire plusieurs activités sur le bord de la plage, dont du catamaran (un spécialiste nous accompagne pour un tour d’environs 20 minutes s’il y a des vagues, plus longtemps si la mer est calme), pédalo, kayak à deux et voile. On peut en faire aussi longtemps qu’on le souhaite, tant que les embarcations sont de retour avant 17h ! Nous avons fait l’excursion pour Santa Clara et les villages aux alentours, cela vaut vraiment la peine! Par contre, prévoyez vous un petit lunch si vous avez des goûts plus précis, mon frère entre autre n’a presque rien mangé du repas traditionnel cubain. La plage est longue et blanche, on peut marcher longtemps !! Par contre, les journées très venteuses, des jelly fish s’échouent sur la plage, donc il faut regarder où on met les pieds ! En marchant, on voit bien les autres hôtels, et le Melia Las Dunas est vraiment celui qui remporte la palme pour le coin selon moi. L’eau est superbe, limpide et pas froide du tout. Les piscines étaient très bien, mais nous y allions seulement en fin d’après-midi pour profiter de quelques moments supplémentaires de soleil. Pour ceux qui veulent faire des achats, il y a quelques boutiques à l’intérieur de l’hôtel, une à l’extérieur sur la place principale et aussi des marchants de Santa Clara (ce ne sont pas toujours les mêmes) qui offrent des bijoux, toiles, vêtements, chapeaux et souliers à des prix intéressants.
Ambiance: Comme Cayo Santa Maria est une destination un peu nouvelle et que les hôtels sont récents, nous n’étions pas sûrs qu’il y aurait des gens de notre âge. Et bien surprise ! L’hôtel était complet (mais il y avait toujours une place sur le bord de la plage ou de la piscine!), et plusieurs jeunes dans notre groupe d’âge qui étaient là aussi en famille. Beaucoup de gens aussi pour des mariages. Nous avons passés la semaine avec des gens très sympathiques, créés des liens et tout le monde s’est bien amusé! De plus, les barmans, serveurs et employés de l’hôtel sont tous souriants, un holà chaque fois, quelques phrases échangées, personne qui ne quête pour avoir un tip (quoi que ça ne fait pas de tort d’en donné au lobby bar, on est servi un peu plus rapidement quand il y a foule le soir!) Quelques mots d’espagnol font toujours plaisir, juste de commander le drink par exemple. Des petits cadeaux plaisent parfois beaucoup plus que le tip!
Quelques + et - : + : L’hôtel est grand et beau, on peut prendre des marches sans vraiment y penser ! - : Quand la chambre est trop éloignée, ça fait assez long à marcher.. + : Une voiturette de golf style limousine se promène pour amener des gens là où ils souhaitent aller. - : Elle n’est pas souvent là au moment où on en a besoin malheureusement :p + : La gentillesse des gens, la beauté des chambres. - : Des gens qui ont fait la fête jusqu’à 4h la première nuit.. heureusement, la réception a été avertie (nous n’étions pas les seuls dérangés il faut croire!) et tout cela a cessé et ne s’est pas reproduit. - : Il devrait y avoir un resto qui sert des fruits et pâtisseries entre 10h et 12h pour ceux qui n’ont pas faim tôt le matin. + : La fête sur la plage une fois par semaine. Merveilleux et agréable pour des gens de tous les âges, car il n’y a pas de gros spots de lumière qui flashent comme à la discothèque! + : La crème glacée. Et les boissons. Un délice!
Conclusion: Si c'était possible, je ne serais pas revenue en ville, j’aurais établi domicile au Melia ! Malgré le mauvais temps durant 2 journées de la semaine (où nous étions enroulés dans nos couvertures à boire des breuvages chauds et jouer aux cartes), nous avons eu beaucoup de plaisir. Chacun y a trouvé son compte et son bonheur. Nous n’avons pas l’habitude de retourner 2 fois au même endroit, mais c'était vraiment une semaine de rêve, donc peut-être de nouveau l’an prochain au début janvier, qui sait! Je vous le conseille donc sans hésitation! Et pour ceux qui ne parlent pas bien l’anglais ou l’espagnol, n’ayez pas crainte, beaucoup d’employés se débrouillent en français (suffisamment pour que vous soyez compris!)
L'arrivée: Nous partions de Montréal avec Air Canada, en passant par l’agence de voyage TMR. Le vol était prévu à 6h30, mais nous sommes finalement partis à 7h seulement, et le vol qui devait durer environs 3h30 en a duré 4h15 en raison de forts vents dans les airs. Comme j’étais assise juste derrière une sortie de secours côté hublot, il n’y avait aucun siège devant moi donc de la place en masse pour les jambes. J’ai pu dormir confortablement une partie du trajet (car vol à 6h30 implique arrivée à l’aéroport à 4h du matin environs, donc se lever très très tôt !) À bord, on avait le choix entre une mince variété de sandwich et 3 collations à nos frais… N’étant pas assez réveillée et motivée surtout pour manger un sandwich énorme œufs-bacon-tomates sur du ciabbata, je me suis contentée des biscuits ! Finalement, à 11:15, nous sommes arrivés à Santa Clara. Température au sol de 27 degrés, pas si mal ! L’attente pour les douanes était minime, un autobus nous attendait pour l’hôtel. Après 90 minutes, nous sommes arrivés au Melia, où le check-in était déjà fait pour nous, suffisait de compléter une feuille à remettre. La plage était à nous ! Mais avant tout.. Le buffet pour survivre à la journée !
Chambre: Le Las Dunas compte 925 chambres et est séparé en deux parties : un côté plus familial (blocs 1-36) et un plus adultes (37-76). Chacun a sa propre piscine (celle du côté famille étant plus animée, l’autre plus confortable) et un snack bar. Nous étions dans le bloc 70 au 2e (et dernier) étage, environs 3-4 minutes de marche du Lobby, de la plage et de toutes les activités (resto, bar, disco). Ce n’était pas le plus loin. Donc si vous ne voulez pas marcher trop, demandez les blocs 74-75-76-37-38, 27-26 ou 23. Ils sont près de tout. Dans la chambre, garde-robe double avec tiroirs et cintres, coffre-fort, grand miroir, salle de bain tout confort (bidet, toilette, bain et pomme de douche ajustable, miroir pour se maquiller, petit banc), très grand, un bureau, télévision, 2 fauteuils, table, chaises et table aussi sur la galerie dehors, deux lits ¾ collés ensemble (un lit très grands pour mes parents par contre dans leur chambre). Pas d’odeur louche, des prises de courants qui fonctionnent bien avec nos fiches, bref, parfait. La chambre était faite tous les jours et la femme de chambre appréciait beaucoup les petits produits que nous lui laissions, elle nous a fait des trucs déments avec les serviettes sur le lit (cygnes, éléphants, voiliers)
Restaurants: Il y a beaucoup de choix de restaurants. J'avais hâte aux repas tellement c'était bon! Il faut dire que je ne suis pas difficile, mais il y a de quoi pour tous les goûts. J’ai beaucoup aimé le buffet Caibarien, très varié. Les poissons étaient excellents, les desserts aussi. Je n’ai jamais essayé les mets où il fallait faire la queue par contre, c’était trop long. Le déjeuner était vraiment délicieux la seule fois où je l’ai pris durant la semaine. Il faut dire qu’entre 10h et midi, tout les buffets sont fermés.. Un petit négatif, car à dix heures, j’avais pas le goût d’un hamburger ! Pour le midi, on pouvait aller au snack bar, au buffet, resto de la plage (ou il y avait buffet et plats à commander), beer garden (le resto 24h très bon aussi !) et sur la plage pour un sandwich. La crèmerie était aussi ouverte durant la journée. La dame qui y travaille est enceinte de 6 mois et doit travailler à l’extérieur debout toute la journée, c’est pas évident. Nous avions apporté quelques objets pour bébé que nous lui avons remis, elle a été très émue et nous a apporté de Remedios des coquillages joliment décorés par son mari. Pour le soir, encore là beaucoup de choix ! Nous avons essayés trois restos à la carte (dont tous les noms sont en liens avec la découverte de l’Amérique) : L’italien (columbus), essayez la soupe aux fruits de mer, Le romantique Isabel y Fernando (le meilleur de tous, service excellent et pianiste amusante !) et le grill Los siboneyes (où après 2h, nous attendions encore pour notre plat principal), disons que ce dernier était le pire de tous. Heureusement, le groupe qui se promenait de table en table était excellent. Le 31 au soir, nous avons eu droit à un souper gala au buffet, langouste, crevettes, sushis, bananes flambées au rhum, des délices !! Bref, pour les repas, tous devraient être servis. Ceux plus aventuriers aimeront les mets typiquement cubain et les poissons, et les autres les viandes, les grillades, pâtes et panures. N’oubliez pas de réserver en arrivant pour avoir les tables que vous souhaitez, il n’y a pas vraiment de limites. Nous n’avons pas essayé le steak house, le resto de fruits de mer (puisque nous avions de la langouste le 31 décembre) et le japonais (sushi), mais semble t’il que ceux-ci étaient très bien.
Bars: Alors là, il y en a vraiment pour tous et chacun! Deux bars aux extrémités de la plage, un bar principal au milieu de la plage, le beer garden, le bar du resto plage, le lobby bar, le bar de la discothèque et en plus du charmant barman itinérant ‘‘happy hour 2 pour un (à la blague bien sûr !)’’ qui se promène dans le bâtiment principal du lobby. Le beer garden et le bar du lobby sont tous deux ouverts 24h sur 24. C’est au Lobby qu’on avait les meilleurs les drinks comme des mojitos, les pina colada, les mintchocolate et les francidès. Les pool bar sont très bien aussi, achalandés mais celui du côté adulte bien intéressant. Un bar supplémentaire était ouvert à la plage lors du beach party. Les drinks étaient tous aussi délicieux les uns que les autres, j’avoue avoir une préférence encore et toujours pour les mojitos. N’hésitez pas à demander à vos barmans de vous préparer leur spécialité ou un varadero sunrise, cela vaut la surprise :) Mes parents ont beaucoup apprécié les cafés du lobby bar, surtout les capuccino et les cafés brésiliens.
Le réveillon : Le soir du 31 décembre, nous avons été choyés ! Dans la journée, plusieurs activités étaient organisées, et le soir, c’était le souper de gala (en 2 services 18h30 et 20h30) au restaurant buffet. Des tonnes de choses alléchantes à manger, du champagne, vin en bouteille à la table, une rose pour chaque dame (j’en ai eu deux, c’était les animateurs qui les donnaient et semble t’il que j’étais leur ‘magnifique’ du moment hihi !), de même que des sacs comprenant tout ce qu’il faut pour faire la fête : Chapeau, couronne, masque, lunettes à gros sourcils et moustache, loup, collier scintillant, étoiles à faire claquer (clap-clap), des trucs pour souffler et faire du bruit, des ballons, etc. Après le souper, un gros défilé du style carnaval de Rio au Lobby avec tout le monde qui peut danser, les gens costumés et en grand apparat. Puis, spectacle époustouflant de danse. Le fameux décompte, le champagne qui coule à flot, les employés en profitaient également! Par la suite, beach party dehors avec un orchestre cubain qui a fait bouger tous les gens présents ! Et à 1h du matin, musique plus discothèque et ça a fêté jusque dans les petites heures de la nuit !
Activités: Moitié sur la plage, moitié à la piscine pour enfants. Il est certain que l’on participe selon nos envies, mais les gens de l’animation prennent la peine de faire un tour pour jaser avec nous et nous inviter bien sûr. J’ai bien aimé tous les cours de danse sur la plage, surtout ceux de merengue. Il y a également des activités pour les plus jeunes au baby club et au club pour enfants. Ça vaut la peine de participer, on peut gagner des prix le soir venu. Les spectacles étaient très bien aussi ! Ceux de la fin de semaine sont plus du genre à faire participer le public puisque les danseurs sont en congé. On rit beaucoup et c’est drôle d’embarquer avec eux ! Et puis à la fin de tous les shows, nous sommes invités à aller danser le ‘Ragga ragga’, la danse de l’hôtel avec tous les animateurs et danseurs ! Beaucoup de fous rire en perspective ! On devient vite bon et un peu accro à cette danse ! Les spectacles de danse sont très bien, avec des chorégraphies originales et des danseurs qui ont le rythme dans le sang. Ils sont à la disco parfois le soir, et ils ne dansent pas bien uniquement sur scène!! La discothèque est toujours très animées dès 23h. C’est certain que la musique se répète parfois, mais il y en a de tous les genres, de la salsa / bachata au rock/twist et des hits plus jeune et qui se dansent sans problème. Durant la journée, on peut faire plusieurs activités sur le bord de la plage, dont du catamaran (un spécialiste nous accompagne pour un tour d’environs 20 minutes s’il y a des vagues, plus longtemps si la mer est calme), pédalo, kayak à deux et voile. On peut en faire aussi longtemps qu’on le souhaite, tant que les embarcations sont de retour avant 17h ! Nous avons fait l’excursion pour Santa Clara et les villages aux alentours, cela vaut vraiment la peine! Par contre, prévoyez vous un petit lunch si vous avez des goûts plus précis, mon frère entre autre n’a presque rien mangé du repas traditionnel cubain. La plage est longue et blanche, on peut marcher longtemps !! Par contre, les journées très venteuses, des jelly fish s’échouent sur la plage, donc il faut regarder où on met les pieds ! En marchant, on voit bien les autres hôtels, et le Melia Las Dunas est vraiment celui qui remporte la palme pour le coin selon moi. L’eau est superbe, limpide et pas froide du tout. Les piscines étaient très bien, mais nous y allions seulement en fin d’après-midi pour profiter de quelques moments supplémentaires de soleil. Pour ceux qui veulent faire des achats, il y a quelques boutiques à l’intérieur de l’hôtel, une à l’extérieur sur la place principale et aussi des marchants de Santa Clara (ce ne sont pas toujours les mêmes) qui offrent des bijoux, toiles, vêtements, chapeaux et souliers à des prix intéressants.
Ambiance: Comme Cayo Santa Maria est une destination un peu nouvelle et que les hôtels sont récents, nous n’étions pas sûrs qu’il y aurait des gens de notre âge. Et bien surprise ! L’hôtel était complet (mais il y avait toujours une place sur le bord de la plage ou de la piscine!), et plusieurs jeunes dans notre groupe d’âge qui étaient là aussi en famille. Beaucoup de gens aussi pour des mariages. Nous avons passés la semaine avec des gens très sympathiques, créés des liens et tout le monde s’est bien amusé! De plus, les barmans, serveurs et employés de l’hôtel sont tous souriants, un holà chaque fois, quelques phrases échangées, personne qui ne quête pour avoir un tip (quoi que ça ne fait pas de tort d’en donné au lobby bar, on est servi un peu plus rapidement quand il y a foule le soir!) Quelques mots d’espagnol font toujours plaisir, juste de commander le drink par exemple. Des petits cadeaux plaisent parfois beaucoup plus que le tip!
Quelques + et - : + : L’hôtel est grand et beau, on peut prendre des marches sans vraiment y penser ! - : Quand la chambre est trop éloignée, ça fait assez long à marcher.. + : Une voiturette de golf style limousine se promène pour amener des gens là où ils souhaitent aller. - : Elle n’est pas souvent là au moment où on en a besoin malheureusement :p + : La gentillesse des gens, la beauté des chambres. - : Des gens qui ont fait la fête jusqu’à 4h la première nuit.. heureusement, la réception a été avertie (nous n’étions pas les seuls dérangés il faut croire!) et tout cela a cessé et ne s’est pas reproduit. - : Il devrait y avoir un resto qui sert des fruits et pâtisseries entre 10h et 12h pour ceux qui n’ont pas faim tôt le matin. + : La fête sur la plage une fois par semaine. Merveilleux et agréable pour des gens de tous les âges, car il n’y a pas de gros spots de lumière qui flashent comme à la discothèque! + : La crème glacée. Et les boissons. Un délice!
Conclusion: Si c'était possible, je ne serais pas revenue en ville, j’aurais établi domicile au Melia ! Malgré le mauvais temps durant 2 journées de la semaine (où nous étions enroulés dans nos couvertures à boire des breuvages chauds et jouer aux cartes), nous avons eu beaucoup de plaisir. Chacun y a trouvé son compte et son bonheur. Nous n’avons pas l’habitude de retourner 2 fois au même endroit, mais c'était vraiment une semaine de rêve, donc peut-être de nouveau l’an prochain au début janvier, qui sait! Je vous le conseille donc sans hésitation! Et pour ceux qui ne parlent pas bien l’anglais ou l’espagnol, n’ayez pas crainte, beaucoup d’employés se débrouillent en français (suffisamment pour que vous soyez compris!)
Bonjour,
Nous partons à 2 familles en Floride du 27 mars au 11 avril. Nous serons 4 adultes, 3 enfants entre 4 et 6 ans et un bébé de 18 mois. Nos tickets sont déjà réservés via American Airlines (Bxl-Philadelphie-Miami). Nous pensons réserver nos hôtels à l’avance car nous avons l’impression que notre séjour tombe en haute saison touristique pour la Floride. Avant de nous lancer plus en détails à la recherche de locations via booking.com, airbnb, etc … nous aurions aimé avoir votre avis sur le nombre de nuits prévues dans les différentes villes de notre Roadtrip. L’idée est de faire la boucle classique en Floride sans changer trop souvent d’hôtel afin de ne pas passer notre temps à faire et défaire nos valises.
Date Lieu 27 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 28 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 29 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 30 mars Orlando 31 mars Orlando 01 avril Orlando 02 avril Orlando 3 avril Tampa / treasure Island 4 avril Tampa / treasure Island 5 avril Naples / fort Myers beach 6 avril Naples / fort Myers beach 7 avril Keys (marathon, key west, ...) 8 avril Keys (marathon, key west, ...) 9 avril Keys (marathon, key west, ...) 10 avril Miami airport?
Merci d’avance pour vos conseils et retours d’expérience,
Vincent
Nous partons à 2 familles en Floride du 27 mars au 11 avril. Nous serons 4 adultes, 3 enfants entre 4 et 6 ans et un bébé de 18 mois. Nos tickets sont déjà réservés via American Airlines (Bxl-Philadelphie-Miami). Nous pensons réserver nos hôtels à l’avance car nous avons l’impression que notre séjour tombe en haute saison touristique pour la Floride. Avant de nous lancer plus en détails à la recherche de locations via booking.com, airbnb, etc … nous aurions aimé avoir votre avis sur le nombre de nuits prévues dans les différentes villes de notre Roadtrip. L’idée est de faire la boucle classique en Floride sans changer trop souvent d’hôtel afin de ne pas passer notre temps à faire et défaire nos valises.
Date Lieu 27 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 28 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 29 mars Miami / Miami Beach / Fort lauderdale 30 mars Orlando 31 mars Orlando 01 avril Orlando 02 avril Orlando 3 avril Tampa / treasure Island 4 avril Tampa / treasure Island 5 avril Naples / fort Myers beach 6 avril Naples / fort Myers beach 7 avril Keys (marathon, key west, ...) 8 avril Keys (marathon, key west, ...) 9 avril Keys (marathon, key west, ...) 10 avril Miami airport?
Merci d’avance pour vos conseils et retours d’expérience,
Vincent
hello
je vais commencé par vous parler du bateau car je crois que vous atendez tous ce moment là
très surprise dès mon arrivée à bord un bateau tres propre certe vieux mais propre!!
la cabine agréablement surprise car apres se que j'avais entendu en arrivant a la cabine je fait wahou!!une cabine tres propre assez grande pour deux decorée de bon gout de couleur sobres avec des ton pastels de jolis cadres au mur franchement raport à celle du lirica ou les couleur sont vive je la trouve belle!!deux petit lits separés par une table de nuit un grand bureau avec un pouf et de l'autre coté une petite table ronde avec une chaise!!tout y ai pour etre bien
une grande salle de bain avec douche voilà
il y fait un peu froid par contre et le bruit de la hotte ou clim est assez fort voici quelques photos
c'est sur qu'on est loin des cabines balcon du fantasia mais je la compare à celle du lirica et elle est toute aussi bien voir beaucoup mieux
très surprise dès mon arrivée à bord un bateau tres propre certe vieux mais propre!!
la cabine agréablement surprise car apres se que j'avais entendu en arrivant a la cabine je fait wahou!!une cabine tres propre assez grande pour deux decorée de bon gout de couleur sobres avec des ton pastels de jolis cadres au mur franchement raport à celle du lirica ou les couleur sont vive je la trouve belle!!deux petit lits separés par une table de nuit un grand bureau avec un pouf et de l'autre coté une petite table ronde avec une chaise!!tout y ai pour etre bien
une grande salle de bain avec douche voilà
il y fait un peu froid par contre et le bruit de la hotte ou clim est assez fort voici quelques photos
c'est sur qu'on est loin des cabines balcon du fantasia mais je la compare à celle du lirica et elle est toute aussi bien voir beaucoup mieux
- Je quitte le trio birman le jour de l'épiphanie avant d'atteindre l'aéroport de Durban situé à quinze kilomètres au sud de la ville. Ils partent au Cap en avion, j'y vais à pied ou par les moyens du bord, c'est-à-dire tout objet roulant identifié. Ils volent pour diminuer le temps de voyage et les épreuves physiques, j'en fais mon allié cherchant à amplifier et multiplier les découvertes. Debbie et Sandra sont venues les chercher pour les emmener à l'aéroport. Nous montons à quatre derrière dans la voiture. Elles me mettent en garde sur le caractère dangereux de mon périple, de quoi me donner l'envie de prendre mon avion retour sur le champ. Cela finit par être ennuyeux cette pression que te mettent les Afrikaners. Les pires situations sont toujours données en exemple comme celle qui a vu un véhicule être obligé de s'arrêter devant des blocs de pierre disposés sur la chaussée. Les bandits n'ont plus qu'à faire la quête. Je commence réellement à marcher depuis Amanzimzoti qui signifie "eaux douces" jusqu'à Ilovo sur une plage de sable peu fréquentée que les rochers à fleur d'eau découpent. En quittant la périphérie de Durban et Zoti pour les intimes, je marche entre la plage et la voie ferrée sur une piste bordée de taillis qui permet l'accès aux 4x4 tractant les remorques à bateaux. Un coupe-gorge sans issue de sortie au cas je me fais coincer par plusieurs types. Une silhouette sort de l'ombre et s'avance jusqu'aux dunes de sable dont il faut franchir le cordon pour retrouver l'Océan. Je l'ai vu et le prends par effet de surprise en le rejoignant. Je préfère suivre un sentier sur ma droite avant de redescendre rapidement sur la plage. Je le laisse sur ma gauche scrutant et observant les estivants s'animer sur le sable doré. S'il cachait de mauvaises intentions, un pigeon vient de lui passer sous le nez. C'était un contre un. Je longe une plage fréquentée essentiellement par des familles d'origine indienne. Sur les autres, essentiellement des Afrikaners et des Sud-Africains noirs en famille avec leurs gosses. Au sortir d'un camping de mobil-home, le propriétaire m'embarque sur la route principale et me dépose un peu plus loin m'évitant un passage à gué avec de l'eau jusqu'à mi-genou. A l'embranchement où il me laisse peu de temps avant la nuit, il m'interdit très clairement de continuer à pied vers eMuzikababa sous peine de me faire détrousser. Je dois absolument sauter le pas jusqu'à uMkhomazi distant de onze kilomètres. Personne ne dépasse le carrefour en direction de l'endroit maudit sauf les combi-taxis qui se rendent dans la zone interdite. Mon dernier chauffeur n'est pas le seul à m'avoir averti. Cinq blancs et un Indien m'avaient déjà annoncé la couleur. J'ai toutes les peines du monde à persuader une jeune fille au volant d'un pick-up de m'embarquer derrière pour me faire sauter une case et continuer à jouer. Elle a toutes les excuses inimaginables pour ne pas m'aider, c'est la voiture de son père, mais tentant son va-tout, elle prend le risque et joue. Je l'ai convaincu en insistant sur le fait que les Afrikaners étaient franchement peu serviables et morts de peur. "Qu'est-ce que je vais raconter en retournant en Europe ?" lui ai-je lancé. Je l'ai mise devant le fait accompli avec ce passage difficile à venir que je dois occulter. Je joue gagnant et mets pied à terre à Widenham à proximité de la plage où elle me dépose. Je sollicite les gardiens de plusieurs propriétés qui ne m'ouvrent pas les grilles, leur patron n'étant pas rentré. Je continue de longer la rue St Hélier et croise un petit coin de Paradis avec le motel du même nom. Avec la plus extrême courtoisie, le réceptionniste m'explique, après avoir sollicité la gérante, que toutes les chambres sont réservées et qu'elle ne se sent pas très à l'aise à l'idée de me faire dormir avec mon duvet sur une surface en dur. Je lui résume la situation: "elle préfère me laisser dehors". Il me conseille de retourner sur mes pas et d'aller voir plus loin en ville à uMkomass. J'opte pour le porte à porte. Une voiture avec une famille tamoule s'avance devant la grille ouverte. Le père me conseille de demander à son logeur. Par sonnette interposée, je lui demande de venir me rejoindre à la barrière. Il reçoit la famille et me renvoie à la case d'à côté où cinq véhicules sont stationnés. Un pick-up, sur la portière duquel est écrit "Divers Accomodation" (hébergement pour les plongeurs), ralentit au passage puis accélère au moment où je tente de le rattraper. Brigitte (Breytenbach tél:074 105 1119), avec sa sœur Shannon, a eu peur puis s'arrête finalement une cinquantaine de mètres plus loin. Elle m'engage à monter puis fait demi-tour. Elle me confie qu'elle possède sa propre auberge (www.outerreefs.co.za ) avec piscine et peut me dépanner pour la nuit. Elle me remet un voucher de 35 Rands valable sur un repas dans un restaurant voisin et me donne l'accès à la cuisine. Je n'ai assurément pas besoin de tout ça. A 21h00, je goûte à l'eau fraiche de la piscine. Avec la puissance des rouleaux déferlants sur la plage en fond musical, je n'ai pas la force de compter les moutons. Imaginant les milliers de pattes de mangoustes, d'écureuils et de singes courant sur le toit de tuiles qui finissent par me saouler et me faire tourner la tête, mon corps assommé et ankylosé sombre dans les bras du grand bleu. Lucky, le réceptionniste, ouvre la porte-fenêtre à 5h15. Je démarre doucement et apprécie l'endroit jusqu'à ce que Zanele, la femme de chambre, parte vers 10h00. Un livre "Secret South Africa" posé sur la table retient toute mon attention. Sur une double page, un endroit différent, en dehors des sentiers battus et des hordes de touristes, est présenté. Je le dévore en même temps que je vide deux assiettes de céréales baignant dans un mélange de lait, de yaourt, de chocolat et de sucre de canne. Je rebrousse chemin et au lieu de m'engager vers "le paradis", je tente une voiture jusqu'à Clansthal. J'obtiens Scotburgh. D'après ce que me dit mon chauffeur, je serai mieux de rattraper la plage un peu plus loin surtout qu'il commence à pleuvioter. Je me place après le feu. Voilà qu'un combi collectif vide s'arrête et patiente dans l'attente de passagers. Il n'y pas suffisamment de place pour que deux véhicules puissent s'arrêter. Nsobi traverse la route et voyant que le chauffeur est seul, s'abstient de monter par principe de sécurité. Si les jeunes filles noires se mettent à ne plus faire confiance à leurs frères de couleur, je comprends que les Afrikaners soient mortes de peur. Nous faisons connaissance. Elle est étudiante à Umlazi dans la banlieue de Durban et va payer la facture d'électricité de sa famille à Eskom, la compagnie nationale. Un Indien s'arrête. Je lui demande de nous embarquer tous les deux jusqu'à Park Rynie où nos chemins se séparent. Je parle avec un gars à la pompe à essence pour m'informer des possibilités de continuer par la plage. Feu vert jusqu'à Kelso que j'atteins en cheminant entre les rochers, la ligne de chemin de fer et un chemin carrossable verdoyant slalomant entre le rail et un cordon de dunes maintenues par des arbres courts mais râblés, qui me conduit à l'entrée d'un camping où je choppe un camion pour Pennington évitant un large estuaire. Je vole quelques minutes de connexion Internet dans une agence immobilière avant de m'asseoir et converser avec un couple de retraités. Le ciel est chargé. "Il fait lourd et la pluie est prévue alors qu'il devrait faire terriblement chaud" me confie-t-elle. Je me dis qu'il faut que je reparte. Le cherry qu'il me font goûter va plutôt m'assommer que me fouetter le sang et me remettre en selle sans compter un mal de tête lancinant depuis ce matin. Au moment où je descends vers la plage, je croise une demi douzaine de personnes, chacune un sac dans le dos avec du matériel de camping pour certains.
- "D'où venez-vous ?" Mike, le patriarche marche en famille de plage en plage depuis des années. Ils sont déjà allés au Cap par la côte et remonte à Scottburgh demain. Des renseignements glanés rapidement qui valent leur pesant d'or (East London - Port Elizabeth = 2 semaines de marche). Le Transkeï qui s'étend depuis la rivière Mtanvuna, frontière naturelle difficilement franchissable, jusqu'à East London se mérite tant il est sauvage et loin des circuits balisés. Il offre de magnifiques plages isolées. Il y a quelques années, en plein été, Mike et un pote ont marché pendant dix-neuf jours depuis Port Nolloth jusqu'à Strandfontein. Ils avaient emporté 25 litre d'eau. Nous échangeons nos e-mail mais j'oublie de les prendre en photo. La famille "Plageapié" en short, a vraiment l'air chouette habillée comme des boy-scouts flanqués de leur sac à dos. Leur accoutrement de marcheurs m'a mis la puce à l'oreille. J'ai bien fait de les intercepter et les écouter. Les signes sont de bon augure. Ils veulent regarder le match de cricket contre l'Angleterre et passent la nuit dans un camping tandis que je m'éloigne avec quatre petites heures de marche jusqu'à la nuit. Aujourd'hui est un jour propice pour marcher malgré le vent. Les nuages cachent le soleil. A Sezela, au niveau de l'usine qui traite la canne à sucre, je grimpe sur la voie ferrée après être passé par Rocky Bay puis Sandy Bay. La marche dans le sable puise toute mon énergie. J'apprécie avoir une vue d'ensemble sur la plage en contrebas. Un ou deux trains de marchandises passent quotidiennement le matin. Je suis séduit à l'idée d'accrocher un wagon et brûler le dur comme cela se fait aux Etats-Unis, au Canada ou en Russie. Je suis doublement en voyage. Sur ma gauche, la mer défile devant mes yeux tandis que la voie ferrée appelle le mouvement et la continuité du déplacement. Les gares de Bazley et d'Ifafa sont hors d'usage. Un omnibus quotidien relie Durban jusqu'à Pennington. Au delà, plus de moyen de communication pour les passagers. J'imagine les clichés en noir et blanc de ces gares bondés d'autochtones en route vers le Transkei. Je redescends sur la plage à travers les taillis. Une paire de jambes en position assise empalées sur un piton rocheux s'activent au rythme des vagues, image d'un couple en totale harmonie, se fondant dans la nature et se donnant l'un à l'autre. Ralentissement du mouvement avant de chevaucher de plus belle, autant faire durer le plaisir, les cris de jouissance étant couverts par le ressac. J'atteins Ifafa en compagnie de deux employées du camping de Bazley qui rentrent chez elles, leur journée de travail finie. Je demande à la ronde où étaler mon duvet. Une jeune fille me pointe du doigt une propriété et me dit d'aller solliciter un policier qui l'habite. Brandon m'accueille le plus naturellement du monde. Sa femme Linda, de sang mixte aussi cool et naturelle que lui, est infirmière de métier. Elle vient de passer trois ans en Arabie Saoudite pour améliorer l'ordinaire. Leur benjamine joue au cricket dans l'équipe nationale. Elle va renter à l'université et aura besoin d'une voiture l'année prochaine. L'ainée (23 ans) travaille dans une banque à Durban et leur fils (19 ans) y étudie. Afin de leur donner le maximum de chances, les grandes écoles coutent une fortune, Brandon pense s'engager en tant que casque bleu pour un contrat d'un an. Toutes les forces vives de la nation étant mobilisées pour la coupe du monde, ce sera vraisemblablement au Soudan après l'événement planétaire. Dès qu'il a eu vent de ses idées de partir en mission, son frère l'a incité à lire "slave" (esclave), le témoignage d'une jeune fille enlevée par les moudjahidines, pour le mettre au courant des us et coutumes des traditions locales. Je dispose d'une maison d'amis. Il m'invite à voir la vue depuis le balcon de sa chambre au premier étage. Sa maison voisine avec le camping d'Ifafa qui m'a servi de point de repère pour établir mon itinéraire. Je trouve étonnant que la jeune fille m'ait envoyé chez Brandon alors qu'il eut été logique qu'elle m'indique le camping. Après avoir goûté la salade de crevettes, je descends sur la plage dominé par le phare. St Benoît, beaucoup sollicit�� et constamment sur le qui-vive, a peut-être fort à faire mais mon ange gardien, mon protecteur peut encore dormir tranquille ce soir.
Brandon me confie que le principal problème auquel la police doit faire face concerne les viols de mineurs (entre deux et quinze ans). Ils reçoivent une plainte tous les deux jours. Les parents partent travailler en ville et confient leurs enfants à la garde de personnes étrangères à la famille. Les boutiques ont le droit de vendre de l'alcool jusqu'à 4h00 du matin et dans la majorité des cas, les délits incriminés ont lieu entre minuit et 3h00 du matin. Les croyances ont la vie dure. L'une d'elle propageant l'idée qu'avoir des relations sexuelles avec une jeune fille vierge soigne du sida, favorise la propagation du sida tout comme les nouvelles technologies (Internet) et les téléphones portables y participent. Les filles les utilisent pour communiquer avec leurs petits amis qui leur promettent des avantages matériels auxquelles elles sont sensibles. Elles ont rendez-vous avec l'un puis avec l'autre et "vendent" leurs corps sans protection favorisant la dissémination du virus. Je quitte mon "sweet home" très tard dans le courant de l'après-midi avec deux policiers venus saluer leur collègue en congé.
Hibberdene est une petite station balnéaire où des familles entières viennent passer leurs vacances d'été. Je poursuis vers Woodgrange-on-sea puis tente de sortir de la plage trop sablonneuse à mon goût avant de me retrouver enfermé et cerné par des taillis d'épineux. Ce quart d'heure à chercher une issue et mon salut m'a permis de complètement mouiller mon maillot avant de l'essorer sur les rails. Je me mets de côté pour laisser passer le train. Il insiste et use longuement de la corne pour que je me gare plus. Je n'étais effectivement pas suffisamment à l'écart. A un carrefour, je cours jusqu'à un pick-up avec un couple et saute derrière jusqu'à Melville d'où je continue dans les roues des wagons. Cinq tentatives auprès d'Afrikaners pour trouver un toit se soldent par un échec. La première bien que non couronnée de succès est la plus mémorable. Je longe les murs de belles propriétés sur un chemin ombragé d'arbres magnifiques. Une barrière ouverte, je tente ma chance auprès d'une africaine qui m'écoute et m'avoue que le couple de propriétaire, des Belges, est chez les voisins chez lesquels je vais frapper. Je suis reçu par un Sud-Africain d'origine italienne qui m'affirme que les Italiens valent mieux que les Belges. Celui-ci se défausse par un "je ne vous connais pas" puis par une maison pleine, occupée par toute la famille avant de m'offrir la possibilité de rester dans son garage sans électricité. Je visite l'endroit. Bien que cela parte d'une bonne intention de sa part et que ce soit mieux que de rester sur la plage, je préfère quitter les lieux et aller voir sous d'autres cieux s'il n'y a pas possibilité de trouver mieux. La recherche laborieuse trouve son dénouement en bout de rue à Sea Park lorsque je bute sur une rue perpendiculaire et vois la voiture de police dans une propriété. Francois (de son vrai nom sans cédille), policier dans les sauvetages en bord de mer, m'accepte sans aucun souci pour la nuit. Après avoir hésité entre plusieurs endroits, il met à disposition son garage. Sa femme, ambulancière de métier, revient du travail vers 20h00. Sans rentrer dans la maison, j'ai le temps de faire connaissance et m'entretenir longuement avec ses quatre enfants, Ghislaine, Aliston, Danielle et Aron, ces deux derniers étant des prénoms bibliques, me précise Ghislaine. Sa mère de sang mixte, très douce, se montre réservée et sa grand-mère, réelle afrikaner, reste sur la défense en arrière-garde. Il m'a dit hier soir qu'il quitterait tôt et m'emmènerait à Port Shepstone mais je ne vois pas les portes de la maison s'ouvrir, ni personne être levé alors qu'il est presque huit heures, Tout est bouclé dans la demi-heure, les sacs, le thé préparé et le porridge avalé en face des quatre enfants assis sur la partie bar d'une cuisine à l'américaine. Je suis en forme et les divertis. Eux ne peuvent pas se lever tant qu'ils n'ont pas tous finis leur assiette, l'aïeule veillant à la croissance des petites graines et maintenant une discipline de fer. Sur le parking où Fafa me laisse, deux blacks, après une nuit de débauche, dorment, gorges déployées prêts à être égorgés, dans un pick-up aux vitres ouvertes immatriculé dans le Lesotho. Je passe une propriété "la Providence" qui aurait pu justifier son nom à mes yeux si elle m'avait accueillie pour la nuit. Toutes les grandes marques de supermarché (Pick'n'pay, Woolworths, Kwikspar) sont représentées dans la station balnéaire de Shelly, visiblement une agglomération qui concentre beaucoup de vacanciers. En marchant sur le sable très prolifique, parmi un parterre de guirlandes de fleurs, une poignée de roses écarlates et de pétales dissiminés, deux bananes et trois pommes, preuves éclatantes d'une puja, cérémonie d'offrandes aux divinités hindoues, font mon bonheur et remplissent mon sac plastique. J'ai mangé deux bananes mûres presque noires ce matin et voilà déjà leurs remplaçantes dans mon sac sans que je n'ai à me soucier de quoi que ce soit. "La providence" y pourvoit. Je croque une pomme au prochain gué.
Depuis Hibberdene, je suis passé sur la côte des hibiscus qui s'étend jusqu'à Port Edward et beaucoup plus populaire à cause des meilleures conditions d'hébergement à proximité des plages. Il n'y a pas foule sur la côte du soleil (Sunshine coast) où les estivants en petit nombre peuvent presque avoir la plage pour eux seuls. St. Michaels-on-sea a beaucoup de charme avec son bras de rivière qui divise sa plage familiale bondée. ça cogne ! La journée promet d'être torride. Je passe le pont plutôt que de me déchausser et rejoins Uvongo avant de me mettre à l'eau sur la plage de Lucien (Lucien beach). Qu'est-il venu faire ici ce Lucien ? Il y a des piscines d'eau de mer qui ont été construites le long du littoral et je baigne dans l'une d'elle. La mer à marée haute les remplit. Tout ce qu'il y a de plus rassurant quand des enfants accompagnent leurs parents à la plage. Trois enfants et un couple viennent de se poser apportant une chambre à air de camion. Un hot-dog vite fait pour chacun des membres et la fillette qui ne sait pas nager se met à l'eau avec la chambre à air, très vite rabrouée par ses vieux, impotents, qui ont une sainte horreur de l'eau. Je me tiens debout dans la piscine artificielle, sa profondeur ne dépassant pas un mètre cinquante, remplie d'algues vertes accrochées à ses murs d'enceinte. Elle est rappelée à l'ordre et illico presto sommée de venir les rejoindre. Pour accélérer le mouvement, le père va chercher la bouée. En descendant sur l'autre plage, je passe à côté de monceaux de viande étalés au soleil tels des phoques dans l'incapacité de se mouvoir de leur propre gré, attendant que la marée viennent les cueillir et les mette à la baille. Deux enfants creusent un trou aidé par leur père, la mère obèse assise, incapable de se mouvoir à cause de son handicap.
Deux couples, les quatre membres en surcharge pondérale, s'amusent à se laisser tomber et rouler avec le flux et reflux des vagues. Si l'un d'eux s'avance trop loin dans l'eau, ils ne pourra pas revenir en surface. A cause de leur poids, ils ont besoin mutuellement de se tirer les uns et les autres par la main pour se relever après que la vague les ait bousculé. Beaucoup d'enfants sont visiblement de parfaits petits monstres sur le plan physiologique, les noirs ou indiens semblent davantage touchés que les blancs. N'ayant pas le même métabolisme, les Zoulous et autres ethnies locales fixent plus facilement les hormones contenues dans les aliments. D'autres les éliminent. Cela ajouté à une mauvaise hygiène alimentaire du à l'ignorance donne des physiques effrayants dignes des personnages de "Freaks, la monstrueuse parade" (film NB, 1932 de Tod Browning). Je ne m'apitoie pas mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la compassion pour ces êtres prisonniers de leur ignorance. Les condominiums aux terraces en escalier et au noms évocateurs tels Laguna "la Crète", "la côte d'Azur" reviennent en force au niveau de la très courue Margate que je dépasse rapidement. Depuis pratiquement la plage de Shelly, j'emprunte un sentier littoral avec vue sur ces plaques tectoniques couchées, entassées les unes sur les autres et brisées par je-ne-sais quel mouvement de l'écorce terrestre. Le fracas des vagues à l'assaut de ces forteresses érodées, sur le flanc, offre un spectacle de jeux d'eau et de pierre orangées russisantes, attaquées par la salinité. La côte a complètement changé d'aspect et offre un autre visage depuis Uvongo. Margate offre une petite plage de sable coincée entre ces gigantesques et impressionnantes mâchoires naturelles. Attention aux requins et aux méduses dans ces eaux confuses. Je remonte sur le goudron et saute dans un pick-up à un stop jusqu'à Southbroom. Le pot d'échappement du gars claudicant, vivant de petits boulots dans la réfrigération, nous lâche. Un boucan infernal nous suit et le montre du doigt faisant de lui un "pauvre blanc" qui n'a pas les moyens de se payer une voiture correcte. J'en ai pas fini avec la misère morale aujourd'hui. Ayant des doutes sur la possibilité de rejoindre la plage, je demande légèrement égaré ma direction à Johannes. Il m'invite à m'asseoir et prendre une douche tandis qu'il a déjà bien entamé sa journée de bibine, du brandy mélangé à du coca. ça tombe bien ! Il fait très chaud et je voulais justement faire une pause. J'en profite pour laver mes deux T-shirts. Johannes, 70 ans, vit seul depuis une quinzaine d'années, lorsque sa femme l'a quitté, pour aller vivre à Durban, prendre soin de son père. Bien que la solitude le pèse, raison pour laquelle il boit, cinq chiens lui sont fidèles et Samy, une jeune zoulou (26 ans) le sert. Il n'a même pas eu le temps de passer un collier au dernier canidé acquis auprès de la SPA que celui-ci avait déjà filé à l'anglaise. Samy est absente pour la journée. Alors qu'il se montre légèrement agressif et que je n'ai pas à supporter ce genre de comportement, je m'apprête à le quitter, le ciel couvert, vers 16h00. Il me dit de rester dormir et d'apprécier l'endroit qu'il a construit de ses propres mains. Sa propriété non sécurisée avec vue sur la mer dispose d'un jardin botanique, ce qui contraste singulièrement avec les doubles murs d'enceinte hérissés de barbelés et vidéo-surveillés des voisins. Autour d'une bière, il cherche à me convaincre que Dieu a toujours été généreux et pris soin de lui. Nous tombons d'accord sur le fait que l'esprit et la matière sont distinctes. Il me demande de faire comme chez moi et finis par s'endormir sur le banc. Je flemmarde prêt à lever le camp. Deux DVD retiennent mon attention "Slumdog Millionaire" à propos du jeu TV "Qui veut gagner des millions" et "Gladiator" sur l'épopée romaine. Samy rentre entre les deux films avant de ressortir invitée à un "braai" (BBQ couleur local). Elle est satisfaite de sa vie privée liée à un chef de la police marié, sans compter les "petits nouveaux" et autres prétendants éconduits sur lesquels elle peut se reposer et compter. Elle peut toujours les rappeler. Elle ne veut pas se marier car elle ne veut pas être délaissée par son mari avec cinq gamins à la maison tandis qu'il va choper des MST à l'extérieur et les lui coller. Accrochée à son portable, la cigarette allumée entre les doigts, je remarque le blanc de ses yeux, jaune. Elle conçoit que son amant de policier lui fasse un enfant et sait qu'elle peut compter sur lui car il en a déjà sept de différentes femmes. Que chacun vive sa vie. Elle me dit que l'homme sait toujours ce qu'il faut faire en cas de coups durs et que c'est dans sa nature de courir plusieurs gibiers à la fois. Son père avait plusieurs femmes dans le kraal, nom donné à un village fortifié zoulou, et sa mère est décédée en 1999 lorsqu'elle avait seize ans. Quand je descends dormir dans son petit studio tout équipé avec salle de bains, cuisine attenante, frigidaire, TV, les produits d'hygiène sur une table à côté de l'ordinateur, les sous-vêtements sur le canapé et d'innombrables paires de chaussures abondent dans un désordre indescriptible. Une seule chose manque, les préservatifs. J'ai laissé à John l'un des deux sachet de préservatifs en distribution gratuite entre la frontière du Swaziland et l'Afrique du Sud mais le Sida ne passera pas par moi.
Les caractères et les comportements des Afrikaners et des autochtones sont si opposés et antinomiques qu'ils est difficilement concevable qu'ils puissent créer une société harmonieuse. Autant les propriétés des Afrikaners sont tirés au cordeau et d'une propreté impeccable, leurs habitudes de travail méthodiques, rigoureuses et exigeantes, autant celles des indigènes sont un capharnaüm d'objets hétéroclites, un vrai marché aux puces où il est difficile de s'y retrouver. Il n'est même pas question de complémentarité quand tout les oppose. Les Afrikaners vivent leur vie, les africains la leur, chacun de son côté comme un couple fatigué et usé qui ne se reconnait plus dans sa relation de l'un à l'autre. Ils se croisent et coopèrent quand les uns travaillent pour les autres dans les services publics - la poste, les pompes à essence, les poubelles, l'équipement...etc. - ou bien à leur service en tant que nounou, gardien, jardinier. Combien de couples mixtes dans le pays ? Les mentalités totalement divergentes ne leur permet pas de s'exprimer en cœur et à l'unisson sans compter que d'autres facteurs rentrent en ligne de compte. La religion par exemple qui a longtemps prétendu que les Boers, peuple élu, étaient investi d'une mission divine pour conquérir et "civiliser" l'Afrique australe. Il y a encore de beaux restes chez les Afrikaners avec une croyance implacable et inaltérable en un Dieu blanc et une souche noire inférieure. Johannes me ressort ce matin tous un tas d'idioties qu'il m'a déjà rapportées hier comme s'il avait étudié la Bible pendant des années alors qu'il les lit dans "The Philadelphia Trumpet", un bimensuel publié à plus de huit millions d'exemplaires qui lui est envoyé gratuitement. Suffit-il de le lire pour croire les articles basé sur des prophéties bibliques ?
Allez vous mêmes vérifier en ligne ces histoires incroyables sur www.thetrumpet.com Johannes ajoute qu'avec une cuite au Brandy, il ne se souvient plus de rien comme frappé d'amnésie et donne l'impression de me découvrir. Il ne sait plus comment je suis arrivé là - où m'a-t-il ramassé et si je suis français ou allemand, ce qui est plutôt gênant quand trois visiteurs arrivent dans l'après-midi et lui demandent qui je suis et la raison de ma présence. Il me confie plus tard qu'il est dangereux de rentrer dans sa chambre lorsqu'il y est, à cause des chiens qui le protègent alors que j'y ai tranquillement regardé deux films la veille lorsqu'il dormait. Les chiens ont sans doute pensé que j'étais descendu du ciel et jouait mon rôle d'ange-gardien auprès de leur maitre, ce qui leur a donné un jour de relâche. J'ai néanmoins partagé leur nourriture, celle dont les Bassouto en font leur met de base et leur "pain blanc". Le pap' dont je raffole et colle à l'estomac leur est servi quotidiennement. Chez Johannes, il sert à nourrir les canidés les "amis à quatre-pattes". J'ai eu mes deux rations aujourd'hui avec une sauce épaisse (gravy) et un morceau de côtelette, plutôt chanceux pour un animal à deux-pieds. Johannes a quand même meilleure mine lorsque je le remercie. Je suis juste tombé comme un cheveu sur la soupe et c'était son jour-sans. "Comme back" me lance-t-il. Il se déplace peut-être en fin de matinée en direction de Port Edward mais je préfère le devancer. Je piétine un peu au feu ou un Afrikaner me réserve ses vilains mots du matin. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il me lance méchamment : "Je t'appellerai si j'ai besoin de toi" (I will call you if I need you). Sur le ton de la plaisanterie, je lui chante en français que
"Tous les Afrikaners sont des malins, rudes, peu serviables, mal aimables, En chier un colombin dès le matin, ça risque de faire un jour intenable".
Le trio, le patron avec ses deux "ouvriers au black" à ses côtés, s'envole tandis que je reste scotché au feu rouge. Je remarque une berline qui tente de manœuvrer pour venir se garer sur l'aire de stationnement plutôt réservée aux combi-taxis. C'était plus facile de me faire signe au feu et de m'inviter à le rejoindre. Le temps avant qu'il ne repasse au vert est largement suffisant pour sauter dans la voiture. Mike Williams, 76 ans, Rhodésien (l'actuel Zimbabwe de Robert Mugabe), vient de déposer sa femme à l'hôpital pour une opération de l'épaule et m'invite à petit-déjeuner chez lui à Munster. Il habite à deux pas de la mer une belle propriété meublée de style victorien. Dans son jardin, un flamboyant dont le nom original "kaffaboom" (arbres des cafres) politiquement incorrect a été changé dans les années quatre-vingt dix au moment de la réconciliation et "milkboom", l'arbre à lait, espèce protégée dont les autochtones se nourrissent des baies rouges. Né à Shabani, à l'époque la Rhodésie, il a travaillé comme ingénieur à la mise en place de la mine d'amiante dans sa région natale et s'est battu aux côtés des combattants de la liberté ("Freedom Fighters") contre le mouvement d'indépendance de Mugabe. A la retraite, il a œuvré pour Spi-Batignolles au creusement du tunnel d'une longueur totale de 62,5 km reliant les deux barrages de Mohale et Katse à la centrale hydroélectrique de Muela, projet qui vise à assurer l'autonomie en eau de Jobourg. Il a été récompensé pour son mérite étant l'ouvrier le plus âgé sur le site. Il a trois garçons dont l'un banquier en Angleterre et une fille. Son grand-père est venu d'Angleterre avec les "Eighteen twenties", le groupe ayant été ainsi appelé parce qu'il ont émigré en 1820. Il s'est établi sur une ferme et s'est mis à produire du coton principalement. Son père a été pilote de guerre pendant le première guerre mondiale et a connu sa mère en réussissant un atterrissage de fortune sur un terrain de golf où elle servait le thé. Elle était l'unique fille d'une fratrie de treize enfants, les douze premiers étant des garçons. L'armistice signée, elle vint vivre sur la ferme au Zimbabwe et s'en accommoda fort bien. Jeune garçon, il se rappelle son cahier de commandes des produits alimentaires pour le camion qui venait faire ses tournées deux fois par semaine. Les fermes disposaient de l'électricité à l'époque, ce qui n'est pas encore le cas partout aujourd'hui en Afrique du Sud. Il est satisfait du changement opéré en 1994 même si rien de convaincant n'a été réalisé depuis. Selon lui, cela prendra une quinzaine d'années avant qu'un réajustement inévitable soit nécessaire. Les gars de l'ANC peuvent maintenant se faire une idée de ce que cela peut être de gouverner, les erreurs servant de leçons pour pouvoir avancer. Après une heure bien remplie de discussions autour d'un bol de porridge et de toasts arrosés de café et thé, je reprends mon fil conducteur, mon ruban de sable vers la plage de Glenmore et une succession de petites criques découpées dans une frange de rochers aux formes arrondies comme les doigts repliés d'une main posée sur la roche mère. Avec le temps mi-figue mi-raisin qu'il fait, j'ai un peu l'impression d'être sur le sentier des douaniers en Bretagne. Depuis le début du sentier après Shelly, de nombreux bancs commémoratifs ont été construits, chacun à la mémoire d'un être cher, disparu ou en l'honneur d'un couple décédé. Afin de mettre toutes ces âmes de mon côté et qu'elles me viennent en aide et me protègent pendant la traversée du Transkei, je me suis promis de lire tous les noms apposés sur les dossiers et avoir une pensée bienveillante pour eux. Je ne risque rien en procédant ainsi. En quittant le dernier où je me suis recueilli un moment, j'ai trouvé une paire de chaussures de marche au détour du chemin dans l'herbe. Elles devaient m'attendre là depuis plusieurs jours vu l'air vermoulu qu'elles affichaient. Les lacets étaient pris dans les œillets grippés à peine rouillés. Les herbes hautes les enveloppant faisaient un paquet cadeau, lequel m'a tenté avant que ne meurent les miennes. Je les ai cirées pas plus tard qu'hier, la fin d'un cycle ou bien l'heure de les mettre au placard. Je me rappelle avoir vu une paire de groles accrochées dans la cuisine chez Johannes avant de le quitter. Autant de signe qui me laisse penser que je peux les échanger et les garder en seconde main sans les mettre au rebut.
A propos de la bienveillance, j'agis de la même façon avec les chiens méchants même si je n'ai pas eu le temps de voir surgir le dernier. Sur la plage à Port Edward, je passe à proximité d'une Afrikaner qui remballe ses affaires en me tournant le dos et ne me voit pas venir. Le molosse, une tête de bouledogue, vient m'attaquer à trois reprises et mord dans mon sac plastique avant de revenir vers sa maitresse, afin qu'elle puisse l'attraper par le cou et le mettre en laisse. Les Afrikaners avec leur obsession de l'insécurité et leur phobie des noirs, ont des chiens domestiques vraiment impressionnants, autant de races interdites dans l'hexagone. Leurs maitres, comme si leurs physiques hors-normes de géants aux faciès de boxeurs loin d'être des enfants de chœur ne leur suffisaient pas pour impressionner, sont armés quand ils sortent et sont accompagnés de chiens de garde dont ils n'ont pas toujours le dessus. Une véritable spirale infernale, un engrenage sans fin contre toute logique, la roue du cycle de la peur ne peut être enrayée s'il n'y a pas de réflexion. La peur engendre la peur, la colère la haine... Pitié pour eux, ils sont ignorants et ne savent pas ce qu'ils font. Et ce sont ceux-là qui vous mettent en garde contre les noirs du Transkei...
Mon dernier acte de bravoure avant d'attaquer la côte sauvage et de contrevenir les mauvais esprits qui pourraient rencontrer ma route peut encore être qualifié d'acte de bienveillance même si j'ai bien failli y laisser une jambe il y a quelques minutes. Entre les rochers, un oiseau de mer se traine lamentablement et volète ici et là. Comme attachées au bec de l'oiseau, ses ailes sont retenues et liées le long de son corps frêle par du fil de pêche. Dans quel galère est-il allé se mettre ? Tout comme les humains, l'avidité et la tentation de la proie facile a pris le dessus et fait son malheur. Je l'approche doucement et le berce de paroles bienveillantes. Il doit sentir que je ne fais pas partie des prédateurs ou bien il est tellement en mauvaise posture qu'il n'a pas d'autre choix de se laisser aborder et prendre en main. Mes doigts touchent l'aile gauche qui la maintiennent plaquée sur le sable avant que la droite ne l'enserre au niveau du cou. Je dénoue délicatement le fil qui part du bec, emprisonne les deux ailes les rendant immobiles et inactives, lui enserrant le cou au passage. Il a sacrément du se débattre pour finir enroulé de fil. Je cisaille avec les dents le nylon des deux côtés de la tête de l'oiseau libérant les deux membres inertes que je maintiens collés au sol. Ce que je percevais dépassant du bec comme l'hameçon auquel était suspendu l'amorce, l'objet de son désir, est un flotteur. Dans son empressement à saisir au vol l'objet de son désir, il en a avalé l'hameçon. Son aveuglement et son ignorance ne lui ont pas permis de discerner et mesurer les dangers liés à sa cupidité dont il paye douloureusement le prix. En tirant sur le fil, l'hameçon ancré au creux de l'estomac, je lui fais mal. Si j'insiste, je vais lui arracher le tractus œsophagique et tout le système digestif. Je préfère abandonner l'idée et le laisser s'envoler. Je pense qu'il a peu de chances de survie mais j'ai fait de mon mieux. J'ai déjà lu des histoires d'animaux disséqués et autopsiés, cétacés ou mammifères, dont l'estomac contenait des débris inattendus et des membres entiers d'humains y compris les parures qui les ornaient tels une montre-bracelet ou un collier. Ceux-ci sont principalement le fait des tigres du Bengale, mangeurs d'homme, des crocodiles, des varans et des requins. D'autres de taille plus petites comme les pies peuvent ingérer des objets brillants telle une bague ou un diamant et ne pas pouvoir l'éjecter, ce qui peut être le cas de cet oiseau. S'il ne met pas en danger les parties vitales du corps habité, l'intrus devient partie intégrante du corps de l'hôte et l'habite pour le restant de son existence.
Le Transkei: la côte sauvage (Wild Coast). Depuis Durban, j'en ai entendu de toutes les couleurs à propos de cette Wild Coast qui s'étend de Port Edward jusqu'à East London et ses repaires de bandits, tous noirs évidemment, qui surgissent du bush, vous arrêtent au détour du chemin, vous demandent de vous déshabiller sous la menace d'un colt et vous laissent repartir tout nu, les mains dans les poches vides. Entre Brandon qui m'a avoué être tombé amoureux du Transkei "I love it !" et affirmer que s'il en avait les moyens, il y habiterait et Fafa qui m'a raconté qu'après une journée de marche avec une escouade de policiers, on leur a conseillé d'en rester là et ne pas aller plus loin, j'ai de quoi me faire du souci et hésiter à pénétrer le littoral considéré par certains comme une zone interdite aux étrangers. Ces détrousseurs de grand chemin aux faits non avérés, le bouche à oreille et le téléphone arabe assurant leur réputation au-delà des frontières de l'état du Cap-Est, hantent les plages de la région, connue autrement sous le nom de Transkei, du nom de l'ancien bantoustan crée le 26 octobre 1976 qui englobait cette zone littorale. La côte sauvage (Wild Coast) aux plages déchiquetées, reculées, isolées, difficiles d'accès, doit son nom aux nombreux naufrages de bateaux dus aux tempêtes redoutables et écueils immergés au cours des siècles derniers. Cette région, la plus sauvage du pays comme l'indique sa dénomination, pour cause l'une des mieux préservées du pays, est également la plus rurale avec de petits villages de huttes circulaires colorées en blanc, en jaune ou orange disséminées à flanc de collines verdoyantes.
La rivière Umtamvuna sert de frontière naturelle entre l'état du Kwazulu-Natal et le Cap-Est. Elle délimite le Transkei au nord, qui s'étend vers le sud jusqu'à l'embouchure de la rivière Grande Kei. Je longe la plage sans voir Port Edward, laquelle finit en pointe et cul-de-sac pour aboutir à cette barrière liquide impassable et insurmontable qui plus est, source de bilharziose. Je me mets à l'eau pour tester la profondeur. Il est plus sage de revenir sur mes pas et prendre le pont visible depuis le sable et par lequel passe la route 61. Deux pneumatiques barbotent dans la lagune, le père et son fils. La mère voilée en noir de la tête aux pieds, assise, attend tandis que le fils ainé apprête sa canne à pêche. J'engage le dialogue, juste curieux de connaitre leur origine. Je n'ai pas le mot de la fin car le jeune homme, réticent et légèrement sur sa réserve, ne se livre pas. Il me dit parler seulement l'anglais. Je remonte la lance de rampement des bateaux et pénètre dans la zone d'hébergement de luxe du "Caribbean Estates", des chalets loués à des familles d'origine musulmanes. Je reviens sur mes pas après avoir avisé un bureau marqué du sigle QVC où je ne suis pas le bienvenu, celui-ci assurant l'entretien de l'air conditionné. Le supérieur afrikaner demande à son subordonné de même souche d'emprunter un pick-up et d'aller me déposer à la grille d'entrée où tout est verrouillé et passé au sas sauf qu'ils n'ont pas prévu qu'un Français pouvait arriver par derrière. Je traverse le pont et au lieu de suivre la route vers Bizana m'engage vers la Wild Coast Sun, un ensemble de casinos dont je n'ai absolument rien à faire si bien que j'oublie complètement d'y faire un tour pour le plaisir. A l'époque où les machines à sous et les tables de jeu des casinos étaient interdites en Afrique du Sud, Sol Kerzner, un entrepreneur mégalomaniaque et imaginatif créa d'immenses complexes hôteliers et de loisirs dans la province du nord-ouest, Sun city et sa sœur jumelle Lost city étant réservées à une population aisée. Prenant prétexte de l'indépendance du Transkei et de la prohibition qui touchaient les jeux de hasard durant l'apartheid, West Coast Sun, le dernier avatar sorti de son imagination et affichant un faste ostentatoire, accueille désormais une foule de Sud-Africains de toutes origines. Je ne comprends toujours pas qu'il faille montrer patte blanche à une barrière de contrôle à moins d'avoir la baraka et repartir avec la cagnotte du casino. Je suis plus concentré sur mon objectif, celui de prendre un bon départ dans le Transkei et d'avoir l'attitude juste, la nuit n'étant pas loin. Je me sens comme glisser et être happé par l'événementiel, un peu comme dans un cocon qui serait un petit cumulus qui m'aurait servi de pneumatique pour traverser l'Umtamvuna.
Avant les barrières de contrôle pour accéder aux casinos, je discute à une station-service avec les trois pompistes dont l'un, d'une grande attention et extrême gentillesse, s'intéresse à mon voyage. La voiture de police de la communauté de Mzamba vient y faire son plein. Celui-ci me pose des questions et me dit comment faire quand il avise Xolany, élancé, presque le double-mètre, qui rentre chez lui après sa journée de peinture chez les "pirates des Caraïbes" payée 70 Rands. Contrairement à ce que le serveur à la station m'indiquait, descendre sur la plage et marcher jusqu'à l'embouchure de la rivière Mzamba et se retrouver devant un mur d'eau, nous bifurquons en direction de l'aérodrome en traversant le terrain de golf où tout est parfaitement vert et tondu. Les petites voitures avec leurs chauffeurs attendent les riches clients. Je l'ignore mais en optant pour ce raccourci, je rate la forêt de bois pétrifié située juste avant l'estuaire de la Mzamba qui n'en est pas une réellement car les arbres n'ont pas été pétrifiés enracinés debout. Comme des pièces rapportées, ils ont été déplacés et déposés avec d'autres sédiments avant que le processus de pétrification commence.
En attendant, nous dépassons un grillage derrière lequel est cachée une jeune femme assise à un bureau des entrées et des sorties ? Les herbes sauvages ne sont plus coupées et habitent les collines verdoyantes et grasseyantes au sommet desquelles se nichent les toits coniques caractéristiques de la région.
Avec Xolany, nous rattrapons Dlamini avec deux fillettes d'une dizaine d'années la suivant. Je crois qu'elles sont ses filles. Xolany et Dlamini se connaissent et papote le long du chemin. Il rencontre une connaissance tandis que nous descendons le canyon au fond duquel la Mzamba coule langoureusement. Nous jouissons d'une vue inégalable sur l'endroit où elle se jette avec l'Océan indien en fond de toile, les lumières du coucher ajoutant des nuances de couleurs rapidement changeantes sur la roche, la végétation luxuriante et foisonnante et l'élément liquide. Xolany s'attarde avec son interlocuteur. Nous partons devant et passons tranquillement le lit de la rivière après nous être déchaussés. Je remplis mon sac avec les sandales et les robes des gamines. Il n'y a pas de danger potentiel sinon celui qu'elles tombent et mouillent leurs effets. Autant qu'elles me les confient. L'idée de me baigner une dernière fois et me laver des sueurs de la journée m'effleure mais Dlamini m'attend pour remonter sur le plateau. Je comprends que sa maison est située plus loin que celle de Xolany, juste sur la falaise. Le voilà qui nous rattrape. Nous attendons qu'il soit sur la berge et je m'informe de l'itinéraire à venir. Il nous quitte en haut de l'escarpement et je continue avec Dlamini - son prénom Thabisile ou surnom Kissy - jusqu'à "une petite maison bleue sur la colline" dont l'entrée est orientée vers l'est car la croyance xhosa veut que les bons esprits viennent de cette direction. Les cases Xhosa sont à moitié peintes, du côté faisant face au lever du soleil jusqu'à la paroi reflétant les rayons absorbés lors des chaudes heures de la journée, la couleur réfléchissant la chaleur et gardant l'intérieur des cases fraiches et confortables. Dans le cas contraire des murs opposés, au sud-ouest et à l'ouest, ils sont laissés à l'état brut, la terre dont ils sont construit réabsorbant les derniers rayons de l'astre couchant et réinsufflant l'énergie solaire pour préserver les cases du froid pendant la nuit.
Une fillette nous a quitté en cours de chemin tandis que l'autre s'avère être sa petite sœur. Dlamini, jolie perle de 22 ans, est effectivement mère d'un petit garçon de treize mois qu'elle allaite encore. Sitôt arrivé, il plonge dans ses jambes et réclame sa tétée qu'elle lui accorde. Dlamini , une vraie perle, excelle dans l'accueil et ne m'oublie pas pour autant. Elle m'ouvre la porte d'une case, laquelle compte un double lit, un bureau avec quelques photos de famille et deux fauteuils. Je suis assez choqué que les gens puissent tenir de tels propos vis-à-vis d'autres qu'ils ne connaissent pas et n'ont pas approché. Je nage en plein bonheur, en totale liberté, en parfaite harmonie avec mes hôtes même si les mots pour la communication restent limités, Dlamini comprenant mieux l'anglais qu'elle ne le parle. Ses livres d'école sont empilés sur un coin du bureau. Elle a sept frères, l'un vit à Jobourg, deux travaillent pour les casinos et deux à la maison avec la benjamine. Elle me propose un café au lait que je refuse à l'heure qu'il est car je n'y suis pas habitué et cela peut m'empêcher de dormir. Je suis étonné de voir du riz en cours de cuisson dans la marmite sur trépied dans cette partie du monde. J'apprécie l'assiette recouvert d'haricots qui m'est proposé plus tard. Je préfère rester dehors à regarder le ciel étoilé et rêver en couleur du Transkei qui fait peur à tous ceux qui ne l'ont jamais atteint, connu ou découvert. L'humain a toujours peur de ce qu'il ne connait pas à commencer par son voisin ou par lui-même qu'il ne sonde pas suffisamment.
Au loin, les lueurs de l'aérodrome s'unissent aux lumières de Mzamba et illuminent l'horizon, mon ultime petite bourgade éclairée avant de pénétrer et disparaitre dans la nature. M'oublier dans le décor naturel. Je m'apprête à prendre congé et me retirer dans ma chambre lorsque son père revient du village et s'assoit sur le banc autour du feu dans un état d'ébriété avancé brisant le lien d'harmonie qui nous unissait les uns aux autres. Je le sens comme un personnage négatif, un peu comme si le diable avait fait irruption dans les murs et voulait tout chambouler par jalousie. Il me demande mon téléphone, la carte Sim qu'il veut utiliser, pour communiquer.
Quel ne fut pas ma surprise de voir le fils de Dlamini jouer avec un portable à mon arrivée. Quel nécessité d'en avoir un ? Que diable le besoin d'un téléphone à la campagne où les appels ne sont pas recevables ? Je n'ai pas la réponse sinon celle du statut social. Je n'ai pas fini d'être surpris. Il peine à imaginer que je n'en ai pas. Puis il me demande si je fume. Je sais que les paysans dans la région vivent de l'herbe qui pousse comme du chiendent. Je réponds par la négative, ce qui le rend suspicieux à ses yeux. La bonne odeur de cannabis se répand dans la pièce déjà enfumée par le bois se consumant.
Je quitte le lieu de vie définitivement sans bougie pour rejoindre ma case et trouver la sérénité. La porte fermée, il vient m'indisposer et insiste pour que je lui ouvre. Il a beau frapper. Je n'ouvre pas et lui intime l'ordre d'aller dormir. Si je le laisse rentrer, il va s'asseoir et a toutes les chances de faire l'inventaire de mes sacs. La tranquillit�� revient une fois qu'il s'est éloigné après que sa femme et sa fille l'aient appelé à rejoindre leur case. Je ne suis pas serein. Si je dois vivre d'autres expériences à ce point désagréables, cela risque de virer au cauchemar. Je n'ai pas envie de lutter avec les populations locales avides de ce que j'ai et de ce qu'ils n'ont pas. Je suis sur le qui-vive alors qu'il suffirait de m'asseoir, me concentrer et laisser filer ces idées négatives qui m'empêchent de tomber dans le sommeil réparateur dont j'ai besoin.
Je m'abstiens de sortir au réveil afin de ne pas avoir à le rencontrer. Dlamini m'apporte un plateau avec du café au lait, du pain découpé en tranches et une assiette de bouillie de maïs auquel j'ajoute une sauce pour lui donner du goût. Le père a quitté la maison lorsque je sors. Vers 7h00, munie de sa binette, Dlamini accoutrée d'une robe longue bleu ciel, d'un corsage à manche courte, coiffée d'un bonnet vert en laine et chaussée de bottes me montre le chemin. En descendant vers la plage, nous saluons au passage sa mère, en train de biner dans un champ, qui la taquine avant d'atteindre l'étendue de sable qui borde l'océan. Dlamini d'une belle écriture aux lettres bien formées m'a écrit correctement sur un bout de papier les noms des rivières que je dois traverser.
La marée étant basse à 8h15, je dois marcher rapidement si je veux en passer le maximum à gué et avancer sur la carte. Je traverse l'embouchure de la Mpahlanyana avec une facilité déconcertante ayant juste à me déchausser pour éviter de me mouiller les pieds. J'enchaine les longueurs de plage sauvages, désertes et isolées et profite du retrait de l'eau pour marcher sur le sable mouillé plus ferme. Les chaussures adhèrent bien au sol. La journée promet d'être chaude et aucune protection en vue à moins de se terrer dans les taillis où j'attends de voir surgir les mauvais garçons menaçants et les méchants noirs armés qui en voudraient à mes effets. Cela se résume à une course entre l'astre lumineux cognant déjà fort et dépasser mes limites pour gagner du terrain dans l'angoisse d'être agressé, attaqué et dévalisé à tous moments. Je n'ose pas imaginer le scénario, laissé pour mort, auquel je ne crois absolument pas. C'est pourtant le sort qui doit m'être réservé lors de cette traversée du Transkei selon les mises en garde des uns et des autres. Je croise en tout et pour tout trois pêcheurs à la ligne désespérément seul descendu de l'intérieur des terres pour se mettre un poisson dans l'assiette.
A un rétrécissement d'une plage de boulets, un vacher furète entre les rochers à la recherche de récipients. Je détache une gourde de deux litres et la lui tends. Je lui propose mes nouvelles chaussures avant de ressortir du sac les anciennes. Dès que je repars, je sens que je n'aurais peut-être pas du les donner mais je n'éprouve aucun regrets. Mes Caterpillar en cuir véritable subiront l'outrage du sel marin. Elles étaient idéales pour la marche dans le sable mais je n'en aurais rien fait à l'arrivée au Cap alors qu'il peut éventuellement les recoudre et les utiliser au lieu des ses bottes en caoutchouc. J'ignore jusqu'où elles auraient pu tenir. Le gars a lâché ce qu'il avait collecté et sa main s'est refermée sur ce que je lui ai laissé, preuve de son intérêt. La Mnyameni ne pose pas plus de problème. Le fait qu'il y ait dans l'étymologie du nom un peu de Nyana - sagesse en pali - me rassure. Je me dis qu'après tout, ce sont des rivières millénaires riches de sagesse qui ne peuvent que m'apporter du bonheur.
En me retournant, je crois rêver. J'aperçois coincées entre le jaune du rivage et les collines verdoyantes des dunes de sable rouge vif comme si des pelleteuses avaient retourné de la terre pour la construction d'une piste en latérite. Je ne comprends pas du tout leur existence, leur origine et ce qu'elles viennent faire dans ce paysage reculé du bout du monde car mon hypothèse ne tient pas debout. Lors de la guerre anglo-zouloue en 1820, le roi Shaka du KwaZulu appréhendant l'anéantissement de son royaume zoulou se retira avec des milliers têtes de bétail à l'emplacement de ces dunes rouges localisées derrière la frontière de son empire. Leur séjour de plusieurs années et les écoulements - selles et urines - qui en résultèrent colorèrent ces dunes. L'hypothèse, retenue pour expliquer la présence de ce cordon dunaire, est pour le moins fantaisiste. Je n'ai prends pas le temps d'aller marcher sur les dunes du mystère. Je reviendrai y faire un tour en juillet lorsque la chaleur sera moins accablante.
Je poursuis ma route du sable et atteins ce que je crois être la rivière Mtentu. Je peux me raviser et me rhabiller pour pousser plus loin. Je ne suis pas au bout de mes peines. A l'embouchure, un niveau d'eau correct permet l'immersion total du corps. Des habitations sur la rive sud, personne n'en sort ou bien n'est présent à l'heure où je me baigne. Une partie rouillée d'une turbine échouée me sert de ponton et me permet de garder mes pieds au sec lorsque j'enfile mes chaussettes mais voilà qu'une vague plus forte que les autres remet tout en cause. J'évite le pire et saisis le sac plastique avant qu'il ne soit mouillé et emporté. Dépité, dans mes petites chaussures retrouvées, je me remets en selle et allonge le pas jusqu'à la mère de toutes les rivières, la Mtentu, frontière avec la réserve naturelle de Hkambati d'une superficie de 40 000 hectares. Je la sonde à l'arrivée sur ses bords et fais face à un courant d'eau d'une vingtaine de mètres de large et d'une profondeur inconnue que je suis incapable de passer avec mes sacs. Je dois me rendre à l'évidence. Pas un chat à l'horizon, je sais que l'eau n'est pas leur fort, ni même un être humain avec une absence d'embarcation sur l'une ou l'autre rive.
Les limites de la réserve, où la pêche et la chasse sont interdites, n'ont pas été fixées par hasard. Ses gorges abrite une colonie de vautours griffon, une espèce en voie de disparition. La Mtentu est une véritable frontière naturelle inviolable. Je peux m'asseoir et contempler l'eau qui flue et reflue avec la marée montante. Je suis devant un mur d'eau insurmontable. Il faut voir à quelle heure sera la marée basse demain et tenter de traverser lorsque le niveau d'eau sera au plus bas. Je dois reculer mes sacs au fur et à mesure que l'eau monte. Je remarque sur le versant sud le toit conique d'une seule case tandis qu'en me retournant, j'en aperçois peintes de multiples couleurs sur les hauteurs. Je n'ai pas d'autre choix que de remonter à flanc de colline et y trouver refuge pour la nuit. Dominant de nouveau la rivière et retenu sur sa rive nord, je vois une construction en bois qui ne m'inspire guère et l'évite. Je la laisse sur ma gauche, la contourne dans l'idée de remonter la rive plus en amont. Je sais pertinemment qu'il n'y a pas moyen de traverser plus haut. Je tombe des nues. Devant moi, je découvre un ensemble de plusieurs chalets de deux lits à l'abandon avec un bâtiment principal pour l'accueil collectif. Ce que j'ai vu étaient les douches. Des panneaux solaires rouillés ont du être fonctionnel il y a quelques années. Je les visite un par un et en fais l'inventaire. Certaines pièces sont fermées et servent de débarras. Chaque chalet dispose de deux lits et d'un coin WC avec des toilettes sèches. Les matelas n'ont pas tous été volés et sont visiblement régulièrement utilisés par les chèvres avoisinantes, leur crottes ne laissant aucun doute quant à leur origine, lorsque la porte ouverte leur permet l'accès. Chaque cabine a une vue sur la rivière à partir d'un petit balcon. Les deux pans d'une moustiquaire côté balcon retenus par une fermeture-éclair empêche l'intrusion des insectes. Chanceux, je ne peux pas résister à piquer un somme vu que le soleil est au zénith. Je n'ai plus d'eau potable mais je peux passer la nuit dans des conditions confortables. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouir d'un tel luxe dans un lieu si isolé.
Ce camp, construit par Amadiba Adventures il y a une dizaine d'années au moment du changement politique donnant plus d'autonomie politique aux communautés locales, devait servir de camp de base pour des groupes en transit. Les projets mis en place ont avorté à cause de malversations financières, les fonds disparaissaient et n'ont jamais pu être retrouvés. Une partie des revenus devait bénéficier aux villages dont les chefs se sont montrés cupides. Il en reste ces structures en dur périssables qui ne dureront pas avec le temps.
Je suis réveillé par des gamins, visiteurs réguliers de l'endroit, gardien des chèvres. Ils prennent peur et s'enfuient lorsqu'ils entendent que je suis à l'intérieur. Ma principale préoccupation est de trouver le point d'eau. Je ne peux pas laisser mes sacs sans surveillance. Je sors et remonte en direction des cases. Je foule un terrain filtrant l'eau, espèce de tourbière où je dois faire attention de ne pas me mouiller les pieds. Entre les deux cases les plus proches de mon camp de base où je suis déterminé à passer la nuit, Tembissa descend à la source et vient puiser de l'eau stagnante, filtrée naturellement, pour faire la cuisine. Elle m'invite à la suivre. Je m'exécute. Elle me sort un fauteuil de jardin confortable sans nulle doute "emprunté" au camp avec une poche dans le bras pour recevoir la cannette de bière. Voilà un endroit incongru pour un tel siège ! Son mari travaille à Pietermaritzburg. Elle garde la case et ses trois garçons d'une dizaine d'années. Je suppose que les deux petits pâtres ont du la mettre au courant de ma présence.
Sabonga, un jeune étudiant de seize ans à l'anglais correct venu lui rendre visite, m'amuse avec son côté naïf. Mes réponses le déconcerte. Quand je lui dis que j'aime gober les oeufs, il me réponds: "it gives you a big dick" (selon la croyance pondo, gober un oeuf permet d'avoir un pénis énorme). Quand je lui dis que n'utilise pas de portable et que je ne conduis pas, il me demande : "any disease preventing you ?", il pense que des maladies m'en empêchent. Il a un horaire des marées que lui a laissé un pêcheur. Elle sera basse à 8h55 demain matin.
Après avoir fait connaissance et bu le thé de l'amitié, je remonte quelques cases plus loin et tombe sur Bongo Musa à l'anglais courant. Il est né à Bizana la localité la plus proche située sur la route 61 à quatre heures de transport (25 Rands), preuve que je suis loin de tout endroit civilisé. Il participe à la construction d'un éco village dans lequel un Afrikaner a investi qui comprendra plusieurs cases dont l'une servira pour la cuisine. Il m'affirme qu'il y a un bateau appartenant à son frère enfermé dans l'un des chalets mais je n'ai pas la moindre idée où il se trouve. Je doute qu'il soit dans ceux que j'ai visité. Où alors ?
Ceux qui sont venus et connaissent le Pondoland ne peuvent l'oublier, le cas de pêcheurs qui viennent occuper occasionnellement les chalets et lancer l'appât de ce côté-ci de la Mtentu. Je redescends au camp à la nuit tombée bien que Tembissa a tout préparé, le matelas, les draps et l'oreiller, pour me garder. Je décline l'offre.
Quand j'émerge, mon souci est de savoir quelle est-il. J'ai récupéré et médité une heure. Avant de refaire mon sac, n'ayant pas de montre, je n'ai pas d'autre choix d'allumer l'ordinateur pour lire l'heure. Il est 7h33. Je ne suis pas certain qu'elle soit exacte. J'ai un doute mais le décalage s'il y a ne dépasse pas la demi heure. Je grignote du pain avec du fromage et du beurre d'arachides et bois un fond de bouteille de thé noir préparé la veille. Je n'ai pas le temps de m'amuser et revoir Tembissa avant de tenter la traversée. L'eau n'attend pas. Je descends à la rivière et note le niveau d'eau beaucoup plus faible mais le canal, principal vecteur du courant, est toujours profond. Je le sonde à plusieurs reprises sans succès. Si je n'avais pas le poids des sacs, ce serait jouable mais, dans l'état des choses, ma mission parait impossible.
Je suis rhabillé, prêt à remonter au chalet lorsque j'ai l'idée géniale d'inspecter la rive en peu plus en amont à partir du lit de la rivière. Où se trouve le canoë pour faciliter le passage ? Un sentier remonte sur la colline. Sur un parterre d'herbe, git un vieux pédalo, sorte de planche à voile flottante hors d'usage, qui peut me permettre de poser mes sacs et me laisser flotter d'une rive à l'autre. Je continue mon exploration et découvre à mon grand étonnement un second camp de tentes plus récent et confortable que le premier. J'en reste ébahi. Il y a possibilité d'héberger sur les deux camps une quarantaine de personnes, ce qui n'est pas peu vu l'endroit. Les poubelles sont propres et l'une d'elle, avec des détritus dans le fond, a été utilisée récemment, preuve que des pêcheurs Afrikaner viennent et restent plusieurs nuits. Je ne m'attarde pas. Je n'en ai pas le temps, l'eau remonte. Même si j'ai trouvé le moyen de faire le Grand voyage et de me propulser sur l'autre bord, je dois passer à l'action. Je dois traîner la planche jusqu'au bras d'eau, ce qui me fatigue après mes tentatives de traversée. Je tente le passage avec le sac à main que je dépose dans le creux du siège. Quant aux chaussures, je les attache aux lanières qui m'ont servies à empoigner la planche et la traîner. Je m'allonge de tout mon long, la pousse d'un pied, glisse sur l'eau - trop tard pour reculer - et barbote avec les deux bras pour la pousser et éventuellement corriger sa trajectoire et la redresser. Je n'ai aucun mal à atteindre le but que je me suis fixé. Je fais l'aller-retour deux fois. Je sors de l'eau ma planche salvatrice et la laisse en évidence coincée entre des rochers. Je suis pleinement satisfait de pouvoir continuer. La case aperçue depuis le lit de la rivière hier est vide et fermée à clef, les vitres de la fenêtre brisées et le verre jonchant le sol pavé.
Je pars entre les collines rejoindre les chutes de Hkambati à une demi heure de marche. Je découvre des cascades somptueuses d'une beauté incomparable sur trois niveaux, la dernière en forme de fer à cheval se jetant de la falaise et finissant pratiquement dans l'océan distant d'une centaine de mètres. Un passage à gué scabreux permet le passage des véhicules. Une barrière cadenassée empêche d'y accéder. En remontant le cours d'eau, la végétation très dense, compte une variété de palmier spécifique que l'on trouve seulement ici et sur les rives nord de la Mtentu et la Msikaba, la limite naturelle sud de la réserve. Le sentier aboutit dans une grotte avec une vue cachée sur la seconde chute plus difficilement accessible à pied. Je remarque une seconde grotte à l'étage supérieur avec une passerelle qui y conduit. Je n'ose pas imaginer que des lits de camp y ont été installés. Il me faut du temps avant d'en trouver le chemin qui y mène. Entre les barreaux accolés, des crottes sèches que je nettoie. La vue sur la cascade de cette antre est superbe. Elle mérite le qualificatif de "grotte de Bouddha" (Buddha's cave). Je suis vraiment fortuné de pouvoir connaitre ce genre d'endroit. Je la quitte à contrecœur pour remonter plus haut et traverser la rivière en équilibre sur les rochers qui canalisent l'eau avant sa chute. Je me retrouve de l'autre côté et effectue une balade en boucle en revenant à mon point de départ où je suis arrivé. Je repasse à gué tandis qu'un porte-containeur remonte la côte en direction de Durban d'où je viens. Passage de relais, chassé-croisé, le voyage sur l'eau ou sur terre continue vers la baie de Gwe-gwe à une heure de marche. Les sentiers de randonnée sont convenablement banalisés. Je découvre avec surprise 7 bungalows en toit de chaume sur la rive sud de la rivière Khwanyani. Je parle avec de jeunes volleyeurs dans le lit du cours et remonte vers les cases pour les trouver ouvertes mais vides. Un couple que j'avais remarqué se lève et vient me retrouver. Je demande s'il est possible d'avoir de l'eau chaude pour préparer un thé. Derrick, mon interlocuteur, me raconte l'histoire de la réserve naturelle de Hkambati dont sa famille et son père Tuck présent font partie intégrante. Ils y ont vécu leur jeunesse, en connaissent tous les recoins et y viennent tous les ans. La réservation des chalets doit être faite une année à l'avance au moins.
En 1904, l'église anglicane arracha le droit de propriété d'une bande de terre longeant le littoral pour mettre ne place une ferme d'élevage qui permettrait de nourrir des lépreux et plus tard des tuberculeux. Elle s'étendait sur douze kilomètres, entre la Mtentu et la Msikaba, ce qui correspond à l'actuelle réserve et pénétrait sept kilomètres dans les terres. Le père de Tuck, métayer de la ferme d'état, habitait la résidence, raison pour laquelle le territoire n'a pas de secret pour lui. Avec les progrès de la médecine et les moyens de guérir la lèpre, la mise à l'écart des contingentés n'eut plus de raison d'être. La ferme fut racheté par le département des parcs nationaux à la condition stipulée dans le bail de 1904 que tous les ouvriers soient réemployés. Elle devint réserve naturelle et des agents furent mandatés pour s'occuper de valoriser les séjours dans la réserve et l'autonomiser avec la construction de rondavels.
Lorsque Derrick, après m'avoir gâté de côtelettes d'agneau, me reconduit sur le sentier, j'ai le droit à une haie d'honneur de la part d'un troupeau d'élands venus nous saluer. J'ai à peine quitté l'endroit que je croise sa sœur, son beau-frère et leur gamine qui reviennent de balade. Dans les prairies que je traverse, j'aperçois des bubales rouges curieux et peu farouches et d'autres élands qui gambadent dans l'herbe. Je fais une pause sur un ensemble de rochers détachés du continent, scission causée par une petite chute d'eau dans laquelle je trempe les pieds. J'arrive à la Msikaba à la nuit tombante. Je n'ai pas moyen de la traverser et dois trouver refuge à l'ancienne résidence du médecin-chef Drewe qui occupait le poste auprès des lépreux. Bâtie sur un promontoire, véritable nid d'aigle, elle surplombe la rivière dans un cadre somptueux. Je la remarque depuis la plage mais n'ai pas idée comment y accéder surtout qu'il fait pratiquement nuit. Je suis des traces de pas lourds bien marquées dans le sable qui mène vers l'escarpement. Je découvre un sentier niché entre deux pans de falaise. Je l'emprunte et débouche sur une terrace où une piscine m'attend. Je crois de nouveau rêver. La vue sur l'océan est magnifique. Je fais le tour de la résidence et tombe sur Bayanda, lui-même visiteur. Il me dit d'attendre le gardien de nuit. J'en profite pour me baigner et me décrasser dans la piscine. Je patiente sous la véranda mais des insectes minuscules m'assaillent en masse. Leurs piqures douloureuses me poussent à bouger et aller voir Bayanda. Avec une lampe à acétylène, nous partons à la recherche de Bonan.
Pour rejoindre la réserve, il faut venir de Flagstaff et passer par l'ancien hôpital de la Ste Croix où avaient lieu les admissions avant d'atteindre la barrière d'entrée, à cinq kilomètres de distance. Nous pénétrons le cœur des habitations du personnel médical reconvertis en pavillons de vacances et rencontrons Bonan au détour du chemin. Il m'emmène dans une pièce à un lit, ce qui me suffit pour passer la nuit et écrire car j'étais persuadé que j'aurais de l'électricité ce soir. Derrick a peut-être pensé à m'inviter pour la nuit. J'aurais été ennuyé car je sentais (que je pouvais attraper) le courant. J'en profite après deux nuits sans jus. Je dine des deux sandwiches préparés par Derrick et ronge les côtelettes d'agneau. Une énorme casserole pleine d'une purée froide de maïs et d'haricots est restée sur la plaque chauffante mais je n'y touche pas bien que l'envie me tente. J'ai oublié de demander à Bonan si je pouvais y goûter.
A ma grande surprise, le matin, il veut tout jeter et faire du riz. J'ai le droit à mon assiette de purée. Je transvase le reste et la récupère pour plus tard. Quel dommage que je ne l'ai pas su plus tôt. J'aurais pu partager les côtelettes d'agneau. Je quitte à l'heure appropriée pour profiter de la marée basse (9h29), saluer Bayanda et passer la Msikaba tranquillement de l'eau claire jusqu'à la taille.
Bon Dieu ! Qui a trouvé la clef à tourner le vent ? Je l'ai en face de moi, la première fois que cela m'arrive et signe de pluie et mauvais temps. Bien qu'il soit violent, je saute de rocher en rocher joliment érodés et polis par l'océan comme un nain le ferait sur les doigts repliés d'un géant endormi. Gare au réveil de l'ogre ou aux faux-pas du petit Poucet randonneur et attention à ne pas glisser entre les phalanges et se retrouver avec une entorse ou un pied foulé. Il fait chaud dans la baie de Lambasi, la baie des moules dans le dialecte local et de nouvelles petites chutes d'eau avec de petits bassins appellent à la baignade.
Une résidence qui ne paye pas de mine héberge trois couples des environs de Scottburgh avec lesquels je fais connaissance, l'un dans la plomberie, le second agriculteur et le troisième garagiste. Le cultivateur produit 12 000 tonnes de canne à sucre à l'année vendue 2500 chacune selon la teneur en sucre qui peut varier de 14 à 17% et 75 tonnes de noix de macadamia. L'un d'eux a un gars au Zimbabwe. Il y sont allés en juin et la situation s'est amélioré. Nous passons d'un sujet à l'autre et les heures les plus chaudes passent autour d'une tasse de thé et de biscuits. Leur habitation vétuste dans laquelle fait partie des constructions jugées illicites, construites tandis que la bande côtière faisait partie du Transkei. L'histoire raconte que les terrains étaient cédés par les chefs de village pour une bouteille d'alcool et la construction sauvage se faisait rapidement. Le département dont dépend le littoral de 110 kilomètres qui s'étend depuis la rivière Umtamvuna jusqu'à Port St John dont il est question de faire un parc national surveille et sanctionne sévèrement les implantations illicites en les détruisant et imposant de lourdes amendes. Devant l'avenir incertain de leur demeure, ils investissent juste le nécessaire pour pouvoir y venir et y rester.
Je continue à sauter le long du littoral jusqu'à Port Grosvenor avec le vent de face. Attention à ne pas sombrer comme le bateau qui a donné son nom à l'endroit. En 1782, un galion quitte la côte orientale de l'Inde en route vers l'Angleterre et s'échoue dans la baie. Plusieurs écus d'or lavés et rapportés par les flots sont retrouvés sur la plage. La légende rapporte qu'il transportait le trophée, un paon orné de pierres précieuses, remis à Shah Jahan, architecte du Taj Mahal. La fièvre s'empare des uns et des autres. Un chercheur de trésor sans succès dans sa démarche a l'idée géniale de creuser un tunnel pour atteindre l'épave et remonter les différentes pièces en les treuillant. Ironie du sort, 222 ans plus tard, presque jour pour jour, le China BCC, porte-conteneur surveillé par les Etats-Unis, L'Angleterre et la France et suspecté de transporter des réactifs nucléaires depuis les Caraïbes en direction de la Lybie, s'échoue dans la baie. L'épave gît par morceaux entre les rochers, deux, dont la salle des machines étant plus imposants. J'ai le sentiment d'avoir dépassé Port Grosvenor depuis longtemps et pourtant, je ne vois rien venir excepté un groupe de gens endimanchés qui ont l'air de tenir un conciliabule, debout sur une butte de sable à 600 mètres de l'océan. Sont-ils en train de faire des plans et prévoir de nouvelles constructions ? Je veux leur parler et, après avoir laissé mes sac à terre, je me dirige vers eux. Voilà que la tête de l'hydre, deux hommes en pleine discussion, m'ignore et quitte dans l'autre sens. Je réussis à attraper la queue difficilement et parler avec une femme habillée d'un T-shirt Gucci, de boucles d'oreilles, d'une bague et d'une montre, autant de preuves d'opulence. Si je me fais attaquer avec mes chaussures éclatées, mon sac à dos déchiré tout comme l'est mon pantalon, mon agresseur risque la déception tandis qu'il décrochera le gros lot avec cette proie toute désignée. Le petit groupe derrière n'a pas vraiment envie de me parler mais elle s'auto-désigne pour répondre à mes interrogations. Ses réponses ne laissent pas paraître le moindre sentiment d'amabilité et sont sèches et courtes comme si elle n'avait pas envie de communiquer ou pour abréger la relation. Je lui demande l'heure "18h05". Elle me lance "7 kilomètres vous séparent du prochain camp" avant de me tourner le dos sans que j'ai le temps de m'informer d'où venait le groupe. Elle ne doit pas ignorer que parcourir 7 km dans un tel décor nécessite deux heures.
J'atteins "Goss point" et l'embouchure d'une rivière, dont je n'ai pas connaissance, au bord de laquelle je fais face à un véritable palace, une résidence somptueuse digne d'un émir saoudien, une maison couverte de chaume aux multiples pièces et chambres luxueuses, une suite princière en forme de pétale de fleur de lotus inimaginable dans un tel lieu naturel qui représente un entretien exigeant et un cout prohibitif. Elle a servi à abriter les vacances de Noel 2005 du couple présidentiel Thabo Mbeki et appartient à Piet Goss, richissime personnage influent dans les affaires et directeur du complexe hôtelier d'Umngazi, dont le cap porte son nom. Son père a commencé avec une quincaillerie à Lusikisiki et son fils, plus opportuniste, a mis les bouchées doubles et saisit les opportunités qui se présentaient à lui et est devenu riche comme Crésus. Je suis tombé sur le nid douillet du groupe rencontré il y a une demi heure. Je me demandais où pouvaient-ils rester vu que je n'avais pas idée de l'existence de cette "mansion". Une rondavel ordinaire ne pouvait pas suffire à de tels bourgeois. La rivière est visiblement trop profonde pour que je puisse la passer. Je ne veux pas me retrouver nez-à-nez avec eux une nouvelle fois, vivre un cauchemar et avoir à débattre où passer la nuit vu qu'il n'y a pas d'autre endroit hormis quelques rondavels adjacentes dont l'une sert de cuisine et les diverses dépendances pour le matériel d'entretien. Hélant le personnel de réception sans voir arriver personne, je pénètre dans l'antre - je me souviens de celui qualifié de "grotte du Bouddha" totalement démuni de toute artifice en opposition complète avec celui que je visionne - rempli de beaux livres, de lits de rêve à la literie brodée, de tables, de canapés et fauteuils de bois exotiques, de tentures, de drapés et rideaux immaculés. Je suis ébahi devant de luxe. Les pièces, en enfilade dessinant un octogone, sont concentrées autour d'un jardin, patio à ciel ouvert. Je poursuis mon enquête vers un couloir couvert qui relie le salon à la cuisine et tombe sur deux serveuses corpulentes, l'allure de matrones, des physiques de munichoises à la fête de la bière "oktoberfest" capables de servir 6 à 8 bocks à la fois, transposées en Afrique Australe. Elles me montrent la sortie avant que je ne récupère mes deux sacs laissés à l'entrée et m'introduisent auprès du cuisinier dans un rondavel qui dispose de la TV. Il m'emmène loin derrière les bâtiments et descendons ensemble à la rivière que la propriété domine avant de la remonter en amont et parvenir à un passage à gué. Le cuisinier met du temps à quitter les lieux. Je veux me dénuder et baigner quelques minutes dans l'eau, y goûter et éliminer la fatigue d'une journée chaude. Refroidir le corps et le nettoyer de sa sueur avant de tomber dans les bras de Morphée. Il me reste pourtant une bonne heure de marche pour atteindre mon point de chute.
Une autre surprise m'attend. Le paysage change totalement. Les décors sont ceux d'un autre film. Là, où la côte n'était qu'une succession de roches tabulaires, de pitons joliment érodés et polis ou d'aiguilles plus agressives, je fais face à des pâturages ondulants par monts et par vaux. Cela complique sérieusement l'itinéraire. Où le plat pays - la frange du littoral plat - m'incitait à avancer à la vitesse que je voulais, je suis maintenant dépendant du terrain plus accentué où paissent des troupeaux de bêtes à cornes, bœufs pour la boucherie et vaches allaitantes surveillés par des pâtres. Quand les autochtones ne gardent pas les bovins, ils prennent soin des humains et sont à leur service. Leurs rôles sont interchangeables. Ils ont d'autant plus de mérite à travailler avec la gent animale qu'avec le genre humain toujours en train de les conspuer. Je n'ai plus d'aperçu sur le littoral puisque je le domine. Il est à mes pieds et je le piétine. Les collines finissent dans l'eau. Le seul point commun est la couleur dominante de l'herbe, le vert dont je suis entouré et me donne une lueur d'espoir de voir la lumière ce soir. J'arrive à la nuit tombée et bute sur Bafundi qui m'emmène voir Piet, son père qui m'accorde l'hospitalité dans une chambre de deux beaux lits rapprochés. Dans le couloir de l'entrée du pavillon où trône un canapé contre le mur et des fauteuils, les femmes ont été à la pêche aux moules, les décoquillent et les font sécher sur la table. L'ambiance de luxe de qualité bon marché qui règne dans la maison n'est pas sans me rappeler celui d'une récemment visité. Je ne peux me retenir de goûter les bivalves avant de rejoindre ma chambre "de luxe". Avec gourmandise et délectation, je m'en empiffre au risque de me rendre malade. Les locaux en ont tous les jours au menu ainsi que les écrevisses dont la saison est ouverte du début mars jusqu'à la fin octobre. Piet, l'esprit ouvert et cultivé parle l'anglais, l'afrikans et le xhosa. Il joue le rôle de coordinateur et veille au bon déroulement du séjour des familles afrikans qui viennent louer les maisons pendant les vacances du nouvel an et à Pâques. Au réveil, je ne m'attends pas à ce qu'il vienne avec un demi litre de lait chaud et de la ricorée. Nous réchauffons et consommons le pap avec des moules et des chapeaux avant que je ne m'éloigne pour traverser le fleuve. Cette rivière Lu-Patthana comme les enseignements supérieurs du Bouddha "abhidhamma" renferme un chapitre de son cours sur les conditionnalités "patthana", les événements insignifiants de la vie qui s'articulent les uns avec les autres et inter réagissent notre vie quotidienne comme dans un fondu-enchaîné ou les pages d'un livre que l'on tourne ou bien les paysages se succédant les uns aux autres comme je viens de le vivre, ce qui ne se fait pas sans phénomène subtil caché ou à peine perceptible.
Je continue d'une traite jusqu'à la cascade bluff qui se jette littéralement dans l'océan. Elle est visible seulement de la plage. Les points de vue sont différents à chaque niveau de la falaise selon que l'on voisine avec le rez-de-chaussée ou s'arrête à l'un des étages. La vue depuis la terrace et les piscines au-dessus de tout n'autorise pas la vue sur la chute mais permettent de traverser la rivière avant qu'elle ne fasse le grand plongeon et le passage à gué de se croire dans un paysage alpin de Suisse valais sauf que les vaches n'ont pas les cloches aux cous.
Avec le terrain vallonné et les vastes zones de pâturage, je ne vais peut-être plus autant mouiller mon pantalon qui tient presque debout à cause du sel marin. Des traces de poudre blanche sur un jeu de jambes noires comme si la voie lactée était descendue à mes pieds. J'ai l'occasion de pouvoir gommer cela et repartir avec un bon fond de culotte et des chaussettes propres. Je ne me gène pas. Je me déshabille, lave et attends que mes effets soient secs avant de les renfiler. Je patiente en grignotant. Une heure d'attente suffit avant que je puisse me rhabiller et continuer vers Mbotyi, la première grande communauté digne de ce nom, une petite ville à elle seule. Je l'atteins éreinté en cours d'après midi en bout de course après des détours à l'intérieur des terres qui ne m'indisposent pas puisque le paysage accidenté me réjouit mais les montagnes russes finissent par fatiguer. Je doute et voilà qu'un troupeau apparait caché par le chapeau du mamelon suivi de son gardien. Il me renseigne en m'indiquant du bras le détour annoncé auquel je n'arrivais à me faire à l'idée. Je traverse une petite nappe d'eau cachée parmi les roseaux qui s'écoule tranquillement et respire la sérénité. Qu'il fait bon s'y asseoir et contempler la fuite du temps sans qu'elle nous obsède. Les flèches indiquant le sentier à suivre sont rares. Il faut les chercher parmi les morceaux de roches noires et de terrains crayeux, ce qui fait qu'au final le sentier se définit en noir et blanc avec un chapeau d'âne vert qui le surmonte et le protège des éboulements intempestifs.
Après une longue course qui me parait interminable et une fin dont la chute est vertigineuse, je descends sur la plage des coquillages (shelly beach), la traverse et remonte sur la route sur l'autre versant en pénétrant dans le jardin de Phulma Sigosa (tél: 0743708787) qui loue à l'occasion sa maison aux familles ou groupes. Je remplis son livre d'or tandis que le temps s'assombrit dehors. Je n'y prends pas garde mais la visibilité dans la baie n'est plus celle qu'elle était il y a une demi heure. Elle me fait goûter à sa bière de maïs de fabrication artisanale entre deux tasses de thé et voilà que ma vue se trouble encore plus. Il est 16h00. Il se met à pleuvoir et flotter méchant sur la baie qui disparait de mon panorama. Je suis à table, assis sur un banc à l'intérieur, en train d'écrire alors que Phulma hache menu des feuilles de potiron et a préparé une salade de tomates. Elle m'attend à ce que je reste pour la nuit. Je suis pris au piège et ne peux m'échapper comme retenu avec un fil à la patte. Inutile d''insister, je jette l'éponge. Son amant plus jeune qu'elle (49 ans) mais qui parait un vieil homme, attend dans la case-cuisine en sirotant la bière artisanale avant de passer à celle en bouteille. Il est atteint de douleurs chroniques et je lui donne deux antalgiques. Il n'en fait qu'à sa tête et ne prend qu'un seul cachet (500 mg) alors qu'il n'hésite pas doubler le nombre de bouteilles d'alcool. Il est marié et a un enfant de sa femme avec laquelle il reste et une fille de treize ans avec Phulma. Il lui tient davantage compagnie et assure une présence lorsqu'elle doit s'éloigner de Mbotyi.
En Afrique du sud, si vous quittez votre "chez-soi" sans personne à vue pour le surveiller, vous pouvez être certain que des visiteurs indélicats viendront faire leur collecte, que vous soyez afrikaner ou natif, réalité dont il faut tenir compte.
Alors qu'il pleut et vente abondamment, une voile sort de la brume à courte distance de la plage et s'évapore après un quart d'heure de visibilité comme celui d'une mariée entrevue derrière le rideau d'une chute d'eau. Je suis prêt à aller accueillir les occupants au cas où ils aborderaient et mettraient pied à terre. Je le pense en difficultés à cause de la météo. Il n'y a pas moyen de venir choir sur le sable, la côte étant trop déchiqueté. Vu de mon promontoire, la disposition des récifs parlent d'eux-mêmes et ne laissent planer aucun doute quant à leur caractère agressif et leur dangerosité. Des Européens à la barre qui viennent de passer le cap de Bonne-Espérance et sont en train de remonter vers la côte du Mozambique ? Une belle image de voyage qui passe avant de partager le souper et se séparer.
Mbotyi, un concentré de hameaux raccordés par des sentiers, est très étendue et dotée d'une vue qui porte par delà les collines comme le centre d'un filet de pêche où les cases multi couleurs seraient les points de couture qui tiendraient les mailles du filet. Des points de convergence que l'on peut comparer à des têtes d'épingle enfoncées dans l'hérisson en mousse verdoyant d'une couturière. Je dois faire un détour par le pont et croise Zolani qui arrive de Lusikisiki et s'arrête à l'entrée de la bourgade pour m'emmener. Il me laisse au départ de la piste vers Port St John avec un chocolat et un pain de mie dans les bras. Comme j'ai beaucoup marché par monts et par vaux, je doute qu'il y ait un sentier qui parte de la plage et emprunte la piste détrempée non praticable, la déclivité étant trop importante. Cette piste de construction récente domine le littoral mais ne mène nulle part. Je m'en rends compte après plusieurs kilomètres de dénivellations imposantes. Le sentier passait par le littoral. Je n'ai qu'à m'en prendre qu'à moi-même de ne pas avoir osé m'aventurer et pris l'initiative d'aller jusqu'à la plage. Je voulais quitter Mbotyi au plus pressé et je me retrouve maintenant sur une voie qui s'est rétréci de moitié et finit en sentier courant entre les herbes jusqu'à deux rondavels. Je monte sur la colline et jette un coup d'œil à l'horizon sur les toits lointains éparpillés dans la nature. Je m'enfonce dans une prairie bourrée d'épineux et délimitée par des fourrés infranchissables. Je dois m'y coller si je veux tracer mon chemin. Je suis sous le couvert végétal abattant chaque branche morte obstruant ma percée. Je suis plus délicat avec les épineux que j'épargne et écarte de deux doigts avant qu'ils ne se referment sur mon passage. Le rideau est tiré. La scène un peu longuette se répète et va durer deux heures. Je transpire à grosses gouttes et manque d'eau. Je choisis de descendre un versant qui me porte vers le littoral. Au fond du val embroussaillé, une rivière, vers laquelle je tends, court. A première vue, je vais y accéder par un réservoir d'eau naturel. Je suspecte des parois rocheuses impassables de part et d'autres. Les deux pieds dans le cours en contrebas de la poche d'eau, je me restaure et reprends des forces. Je n'ai plus qu'à suivre le courant qui va forcément se jeter dans l'océan. Déchaussé pour plus de commodités, le voyage vers l'océan va me prendre quelques heures d'épuisement. Avancer à l'aveuglette et suivre les méandres du cours n'est pas une partie de plaisir. Marcher et sauter de roche en roche finit par se révéler dangereux à cause de la fatigue tout comme casser les branches d'un arbre mort pour ouvrir une fenêtre requiert de l'énergie. Après quatre à cinq heures de progression régulière, je viens de rechausser et longe la rivière Mzimpunzi en forme de bassin de rétention sur une cinquantaine de mètres. Sur ma droite, je devine un sentier couvert, longtemps inutilisé, obstrué par le monde végétal, à peine perceptible qui court en forêt, perpendiculaire à la rivière et remonte dans les collines. Il la croise. L'autre côté se rapprochant de Mbotyi que je ne veux pas revoir, après déduction, je choisis de retrouver le bord sur lequel j'ai mis pied et l'explorer. Suite à la partie boisée, je débouche sur une prairie et la traverse pour enchainer avec deux autres et au bout du compte, finir en bout de champ avec une vue sur un paysage de jungle à l'infini. Il se met à pleuvoir. Je m'abrite mais n'ai plus guère le temps de m'amuser si je veux être rentré à la maison ce soir, ce dont je ne doute pas. Il n'y aucune case visible à l'horizon. Continuer serait m'assurer une nuit à dormir - rester - dehors. Je dois faire demi tour.
Il m'a fallu plus d'une heure pour accéder à l'endroit où je suis. Sans perdre de temps, je fais le retour en vingt minutes jusqu'à la Mzimpunzi et croise un crabe qui se fait petit sous ma semelle. Je n'ai pas l'intention de le tuer. Le fait d'hésiter lui donne le temps et une chance de filer. Aucun regret. Je poursuis vers l'aval et ne laisse aucune chance au prochain. Je l'estourbis d'un coup de chaussure. Il en perd une pince. Je le mets dans le sac à main dans ma casquette. Le ciel chargé de pluie s'assombrit. Le chemin vers la plage est long et l'océan loin même si le ressac est perceptible. Je sors rapidement de la forêt et continue à travers des herbages. Il me faut plus d'une heure de marche pour croiser les premières vaches et voir les cases. J'arrive sur le sable dans lequel le cours d'eau perd de sa force et le S qu'il forme en se jetant dans l'océan me rend confus. Il est absolument identique à celui croisé hier. Là où je m'apprête à passer à gué, j'ai l'impression de revoir le courant de la veille. Je suis perturbé. Je ne peux pas avoir dépassé Mbotyi sans m'en rendre compte.
En levant la tête, je vois un regroupement de cases, les unes aux murs jaunes et les autres roses. Un peu plus haut, la route empruntée ce matin à la sortie de Mbotyi et le point de vue d'où j'ai pris une photo de la plage sur laquelle je me retrouve ce soir. J'ai marché douze heures non-stop pour me retrouver presque à mon point de départ. J'en suis fort désolé et surtout dépité. J'avise une fermette dans ses murs mais dégoûté, je préfère aller de l'avant bien qu'il se fasse tard. Un type en bottes, un objet long à la main que je prends pour un fusil, remonte la colline et marque une pause pour me considérer. Je dépasse la plage sauvage et risque de me retrouver le bec dans l'eau si je continue. Un peu de jugeote si je veux trouver un toit avec le temps déplorable qu'il fait. Je fais demi tour et l'appelle. Il m'attend et nous rejoignons ensemble les deux cases en haut du versant. Il tenait à la main un parapluie et une machette. Un vieil homme, quatre femmes dont deux jeunes et huit enfants sont regroupés autour du foyer. Est-ce dire que chacun des deux hommes est polygame et a deux femmes et quatre enfants ? Ils paraissent vivre dans la plus totale misère et complètement démunis bien qu'ils soient habillés et me proposent un café. Je suis trempé jusqu'aux os et apprécie m'asseoir près du feu. J'ai gagné mon pari d'être abrité pour la nuit mais elle risque de ne pas être de tout repos à cause des nourrissons qui font réclamer leur quota de lait. Quand j'emprunte la lampe dont ils se servent, éminemment puissante au rayon de lumière très concentré, quelle n'est pas ma surprise d'avoir en main un téléphone portable multi fonction. Pourquoi ne pas utiliser cette possibilité ? Il fallait y penser ou en avoir besoin.
Après l'avoir recherché dans mon sac, je sors le crabe de mon chapeau sous les sourires de l'assemblée et le glisse sur les braises incandescentes. Quand il est prêt, je propose à la ronde de partager les pattes mais tout le monde s'abstient même les enfants que je pensais friands de cette petite spécialité. Est-ce qu'ils refusent par politesse ? Je n'ai pas la réponse. Certaines carbonisées craquent sous la dent. Je mets trois quart d'heure à manger le crustacé dont rien n'est laissé avant de recevoir une assiette d'un brouet solide dont les ingrédients sont indéterminables, un pavé qui reste sur l'estomac. Je me retire, le pantalon encore mouillé, dans la case où le lit m'a été réservé malgré mes récriminations pour dormir sur un matelas à même le sol. Je sais que rien ne va les faire changer d'avis mais plutôt les contrarier. Je m'allonge sur la plateforme surélevée et observe le petit monde s'installer et s'éteindre doucement. Les deux jeunes femmes sont présentes, chacune responsable d'un nouveau-né ainsi que mon hôte fluet, une véritable carpe, car il ne parle pas et très effacé. Un an après le mariage, le fils peut prétendre à sa propre case construite sur la concession familiale. Les délais d'attente se réduisent à l'heure actuelle et la belle-fille exige de plus en plus, dès son installation dans la belle-famille, d'emménager dans une case indépendante. Une bougie et des allumettes près de l'oreiller, l'une des deux jeunes femmes plus énergique assume une part prépondérante de responsabilité au niveau du groupe familial. Elle est au four et au moulin et prends toutes les initiatives. Je ne suis pas à l'aise dans mon pantalon humide. Le maillot de bain étant mouillé, je dois le garder sur les fesses. Entre l'inconfort qui en résulte et les pleurs des bébés, je ne passe pas la meilleure des mes nuits depuis que j'ai quitté Port Edward. J'en suis à ma troisième nuit écourtée où je n'ai pas ma dose de sommeil suffisante pour me reconstituer énergétiquement et pouvoir assurer l'effort entrepris. Je me dis que je serai demain matin très tôt sur le chemin pour une longue journée de marche mais dans quel état de fraicheur ?
Avec de l'eau chaude, je prépare du café soluble que j'offre aux adultes. Il finit entre les mains des enfants. La famille a quelques vaches dont le lait sert à préparer le petit-déjeuner. Ces derniers 24h00 ne sont pas sans laisser de profondes séquelles au niveau fatigue. J'ai plus donné physiquement en une seule journée de descente sauvage en rivière qu'en une journée de marche régulière. Je longe littéralement l'espace littoral déchiqueté dans sa plus grande partie et surplombe les plages de rochers noires où les locaux ramassent les moules et fouillent les recoins et dessous rocailleux à la recherche d'écrevisses bien que la saison ne soit pas ouverte. Je suis à une courte distance de Mantegu quand je rencontre Alex, une canne à pêche à la main qui fait partie du ministère de l'environnement. A tous les écouter, ils sont employés ou commissionnés par un organisme ou un département quelconque auxquels ils se réfèrent comme si leur position leur apportait plus de poids et leur conférait un statut qui leur donne une reconnaissance. Dommage que nous ne nous sommes pas rencontrés à la nuit, j'aurais aimé échanger plus avec lui. Des jeunes filles vêtues de T-shirt et short laissant rebondir leurs formes nous dépassent en route vers la pêche aux moules, l'activité quotidienne. Je rattrape la lagune formée par la rivière Mzintlava dans laquelle vivrait un monstre avec la tête d'un poisson et le corps d'un cheval dont je ne vois nulle trace.
Le gardien du camp des Drifters, auquel je m'adresse pour recevoir des infos sur le passage à gué, feint de m'ignorer. Il me montre vaguement l'endroit où traverser et quitte la plage. Je contourne le camp avant d'entrer finalement par une barrière et aller le voir. Il n'y plus d'électricité solaire disponible - le commutateur accessible à partir du village distant d'un kilomètre ayant été tourné - mais j'ai moyen de réchauffer un fricot d'haricot mélangé avec du riz et faire du thé. La chaleur ambiante et la fatigue aidant, je m'endors sans m'en rendre compte sur mon duvet dans la salle de restauration près du bar, véritable tête de pont et point d'observation avec une vue dégagée sur l'estuaire et les collines avoisinantes à cause de sa position dominante. Lorsque je me réveille vers 16h00, je dois me rendre à l'évidence, j'ai dormi, ce dont j'avais besoin. L'agence les Drifters gère trois camps - Lupatana, Mzintlava et Mntafufu - dont une partie des bénéfices est reversée aux communautés locales. Les cabines impeccables de deux personnes identiques à celles du camp de la rivière Mtentu sont louées 270 Rands par personne par jour (presque 25 euros/pers/jour). Avant de quitter le camp, je remercie Alex de m'avoir permis de faire une pause et repars sur la plage.
Le paysage de collines couvertes de végétation luxuriante alterne avec les plages désertes où une rondavel en piteux état sur l'une puis trois maisons délabrées sans toit sur la suivante font acte de présence sans nulle personne à bord pour les surveiller. Une dernière plage au bout de laquelle je devine la rivière Mntafufu impassable à l'heure actuelle. Je suis coincé sur cette rive et je n'ai pas vu âme qui vive depuis que j'ai quitté Alex. Je lui ai demandé s'il y avait une autre rivière importante avant d'arriver à Mbotyi mais il m'a répondu qu'il n'y était jamais allé à pied par la plage, ce qui m'a surpris. Comment lui, le natif de Mantegu, responsable du camp, n'est-il pas capable d'informer les visiteurs ? Cela fait partie de sa tâche. Je contourne la dune et aperçois plusieurs bateaux de plaisance, principalement de petites barques, au mouillage ou attachées à un ponton. Je m'en approche et une allée parallèle au cordon de dunes rentre à l'intérieur des terres. Je la suis pour découvrir plusieurs résidences mitoyennes inoccupées dont la dernière retient mon attention à cause de sa véranda bien protégée. J'y élis domicile pour la nuit en étalant mon duvet sur la moquette tandis qu'au réveil, je change de domaine. Une autre véranda chez Dave et Bev(erly) mieux achalandé dispose d'une gazinière à gaz où je peux préparer du thé à volonté. Je remplis une cruche en émail au réservoir d'eau de pluie situé à l'autre bout de la maison avant de me rendre compte que des bouteilles remplies d'eau sont disposées dans l'herbe tout autour de la propriété. Je m'interroge sur l'efficacité de ce système de sécurité. Une fois que le maraudeur est entré dans l'œil du cyclone, est-ce que la poisse ou la malchance ne va pas le quitter ? Je dois attendre l'irruption de la vieille servante vers 9h20 pour comprendre que ce n'est qu'un moyen de délimiter le terrain en dehors duquel les chiens sont autorisés à se lâcher, pisser et chier. Ouf ! je ne suis pas visé et en rentre pas dans la cadre des animaux à quatre pattes. La maison appartient à un couple, Dave, grand pêcheur devant l'éternel avec ses prises en photo sur le mur et Beverly, sirène heureuse d'avoir rencontré son homme-poisson. Des morceaux de bambou attachés à une ficelle chantent lorsque le vent s'y frotte et les effleurent tandis que des sachets de thé laissés à sécher retiennent mon attention avant de quitter pour attraper la marée basse.
La traversée de la Mntafufu ne s'avère pas une partie de plaisir. Si je dois toutes les classifier au vu des difficultés, elle vient en seconde position après celle de la Mtentu. Je la traverse avec une heure d'avance (10h30) sur l'heure de la marée basse (11h27). Bien campé sur mes deux jambes, de l'eau à hauteur du maillot de bain, le courant fort me fait vaciller surtout quand le sable a tendance à se dérober sous mes pieds. Tel un petit rat, j'évolue sur la pointe des pieds, posant délicatement l'un après l'autre, pour m'assurer d'être toujours sur une base sablonneuse qui puisse supporter mon poids et celui de mon sac. La traversée, le sac à la main, se fait sans difficulté. Je tate le terrain plus près de l'embouchure. L'idée est convaincante, renforcée par du sable plus ferme et un niveau d'eau plus bas. Mon second passage n'est pas comparable avec le premier. Les trois-quarts du bras d'eau derrière moi, je sens le sable se mouvoir et glisser sous ma voute plantaire quoi que je fasse et où que je pose le pied. Je tente, nécessairement à contre-sens, de remonter le cours au niveau de l'endroit de mon premier passage à gué. Je m'aperçois de mon erreur, lutter contre la force de l'eau engendre de la fatigue inutile. Je me repositionne en parallèle vis-à-vis du courant et décide de toucher le bord en avançant à tâtons légèrement vers l'aval. Il me reste trois mètres à parcourir et l'essai est vite transformé. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir saisi. Un passage à gué ne ressemble pas à un autre, ni un second au premier. Toujours être sur ses gardes, porter l'attention et être dans le moment présent. Rien n'est gagné de prime abord. Bien que son niveau d'eau était faible, la Mntafufu est la seule rivière où j'ai pu sentir la force du courant m'entrainer vers l'océan. Je n'avais même pas vu hier soir entre les deux collines le troisième campement des Drifters semblable à celui de Mantegu. Je contourne la colline le cachant et le laisse sur ma droite pour retrouver la plage ventée de rochers éparpillés.
Une jeune xhosa dont l'étymologie signifie "peuple rouge", vient s'asseoir à mes côtés et discuter un brin, limité par son anglais. Les Xhosa tirent leur nom de l'ocre rouge ou orangée dont ils s'enduisent le visage comme cette jeune employée du ministère des ressources halieutiques, la réglette à la main mesurant la taille autorisée des espèces piscicoles endémiques. Je poursuis et retrouve à flanc de colline les flèches bien dessinées et régulièrement signalées des sentiers de l'Amapondo et de l'Amadiba, noms donnés à ces circuits pédestres d'après ceux des communautés locales. Très rapidement, ce ne sont plus des collines qui font le dos rond comme les chats, appellent aux caresses et à la contemplation mais je me retrouve à longer une falaise bien réelle avec des à-pics impressionnants. A mes pieds, une plage de rochers mortels vu la hauteur à laquelle je marche. Le vent puissant essaye de me jouer des tours et de me décrocher de mon antre sans compter le petit-déjeuner léger et la fatigue latente qui ralentissent et amoindrissent mes mouvements. Avis aux amateurs d'émotions fortes et les personnes sensibles au vertige mieux vaut s'abstenir.
Profondément découpée, je trouve néanmoins une ouverture dans la roche à la fin d'une petite plage pour déféquer. Ma commission faite, accroupi, maillot de bain et pantalon descendus sur les chevilles, je calcule mal le retour de la vague qui risque de me mouiller jusqu'à la ceinture. La tête en avant, les bras devant cherchant la fuite, je me ramasse à l'ultime moment devant la marée d'écume venue me lécher les bottes. Des gouttes ont rafraichies et arrosées mes parties intimes mais je ne suis pas trempé et ai évité la douche rectale à l'eau salée. Je me relève et remonte le sentier qui s'élève de nouveau.
Je revois sur toutes ces petites plages depuis le début de mon parcours, du bétail, des bovins ou des caprins peu craintifs qui, pour une raison inexplicable, aiment s'y retrouver et paresser l'air hagard. Les vaches n'ont rien à se mettre sous la dent et l'eau, élément vital et essentiel, se trouve à l'intérieur des terres, la proximité de l'océan rendant l'eau des estuaires salée et insalubre. Quelle explication à cela ? Aucune sinon qu'elles ont peut-être abusé de "l'herbe du bonheur" et que cela constitue une façon de décrocher de leur addiction.
Magnifiques cathédrales et pointes d'aiguilles se succèdent avec des passages en altitude d'un niveau à l'autre parfois délicat. Je colle au plus près de la côte et j'ai besoin de mes deux mains et de mes pieds pour franchir un aplomb. La marée est descendante et le vent indécrottable me pousse dans le bon sens. Si je devais faire le parcours dans l'autre sens, cela augmenterait les difficultés. Excepté quand je suis arrivé à Mbotyi avec le vent de face, je l'ai eu deux jours dans le dos. Le ciel a été couvert pendant deux jours et j'ai goûté à la pluie à deux reprises sur la côte sauvage. Les étés sur la côte sauvage peuvent être violents, torrides et ponctués d'orages dévastateurs, ce qui augment le risque d'avaries et d'échouages sans compter le courant du Mozambique qui aurait tendance à rapprocher de la côte tout objet immergé y compris les bateaux étourdis. Au lieu de côte sauvage, elle pourrait s'appeler la "côte des épaves".
Le dernier à-pic n'est pas facile à appréhender avant une longue galopée du désert où les grains de sable s'envolent balayés en même temps que la plage nettoyée de tous corps étranger. Je pése mes mots mais comme si je suis en trop et sommé de quitter l'endroit illico presto, je suis poussé vers la sortie pour laisser la nature inviolée et intacte. Nulle trace de pas imprimée dans le sable d'or derrière moi. Le vent efface tout comme l'éponge sur le tableau. Je ne peux pas reculer mais avancer seulement avec ce vent violent qui me fouette le visage si je me prends à lézarder et contempler la mer de profil. Au bout du tapis ensablé, je tombe sur le lieu-dit "Poenskop" où trois nettoyeurs de la zone protégée écologiquement sont allongés près d'une poubelle. Là, où il y a des plages, je les vois toujours prendre du bon temps en groupe, le farniente étant visiblement l'une des activités principales de beaucoup d'autochtones. Ils essayent souvent de me taper une cigarette n'ayant pas à l'esprit qu'un randonneur ne fume certainement pas. Le plus âgé avec sa machette, qui vient de les rejoindre, me devançait de peu depuis l'autre baie. Il m'avait remarqué depuis les rochers, qu'il chatouillait de sa lame, à la recherche d'écrevisses. Je l'ai rattrapé après ma descente intrépide et lui ai demandé combien il me restait d'heures à marcher avant d'atteindre Port St John. "Deux heures" m'a-t-il répondu. Je ne suis pas prêt d'arriver s'ils me répètent tous, "deux heures" les uns après les autres. De quoi se décourager, la fatigue y étant pour quelque chose.
A la fin de la plage, je touche au sublime avec le décor naturel d'un merveilleux indicible dont je jouis. Je passe le cap, véritable avancée dans l'océan et me retrouve dans le Kerry (Irlande) avec des moutons au lainage encrassé loin des blancs moutons de la verte Erin. Se sont-ils roulés dans la boue pour pallier les effets dévastateurs du soleil ou par effet de mimétisme ? Me faisant face, des collines rasées par les tondeuses ovines s'ouvrent en V renversé entre une piste qui remonte depuis le promontoire et la côte plus rugueuse et ventée que jamais. Trois mamelons imposants en file indienne ondulent et font preuve d'une déclivité importante avant de se jeter dans l'océan comme rongés sur un flanc par un monstre marin affamé ou en colère qui leur aurait donné un coup de dent et les auraient entamés. Je suis redescendu au niveau de l'eau, comme si je n'étais pas assez fatigué, pour mieux les jauger et les confronter. En montant le versant abrupte dominant l'aplomb qui donne sur la côte découpée, je pense qu'il serait facile avec le vent violent qui me porte, de chuter et de rebondir plusieurs fois avant de m'échoir les bras en croix entre les rochers. Je ne donnerai pas cher de ma peau. Je suis juste conscient de l'éventualité. Ne pas se dire "ça n'arrive qu'aux autres". Il est plus facile de flancher quand le corps est las de marcher et le dos fatigué de porter la charge. Je peine comme une bête de somme. Je pense à faire une pause d'une journée voir plus à PSJ et me dis que ça suffit peut-être avec cette première étape, au cas où je trouverai une voiture qui veuille bien m'emmener. Je suis conscient de finir en apothéose avec les dernières vues sauvages presque aériennes de la côte, un spectacle naturel qui appelle à la contemplation. L'apocalypse est proche, la fatigue venant à bout de mes ressources. Voir Port St John et mourir...
Ayant surmonté le premier mamelon, je glisse sur le côté pour contourner l'à-pic et continuer ma progression. Je décide de rester concentré sur le mouvement de mes pieds pour surmonter la lassitude et la douleur qui en émane. La conscience plus puissante que la matière peut la manipuler et en abuser à sa guise même si la seconde n'est ni aux commandes, ni possédée par la première car l'esprit et la matière sont distincts. Si les deux étaient liées, la conscience arrêterait le vieillissement tant honni par les humains et empêcherait la maladie. A-t-on jamais vu quelqu'un dire "je ne veux plus vieillir" ou "je ne veux plus être malade". Le changement, ce qui nait, vit et meurt, est inéluctable. Revenons à nos moutons et mes pieds. Je marche doucement et note mentalement le mouvement de chaque chaussure lorsqu'elles se soulèvent l'une après l'autre tout comme je labelle le fait de pousser le pied en l'air et de le poser. Comme dans un dessin animé constitué d'une infinitude de figures superposées, je décompose le pas en trois étapes courtes - lever, pousser, poser - dont je prends pleinement conscience. A partir du moment où je suis totalement concentré sur mes galoches, la fatigue est évacuée, la douleur n'est plus dominante, je peux pousser fort sur les guiboles ignorant les récriminations de mon corps éreinté. Etre à l'écoute de son corps est nécessaire mais nous nous berçons trop souvent de fausses illusions et imaginons des bobos imaginaires, ce qui nous freine dans la vie quotidienne. Je lui donnerai du repos, ce dont il a tant besoin, plus tard. L'heure est à la marche méditative.
J'écrase les sommités qui se dressent devant moi et les avale avec une puissance déconcertante. Rien ne peut m'arrêter. Je croise la piste que je laisse sur ma droite avant de bifurquer et piquer vers la "terrace Agate", nom laissé par les Portugais à ce long ruban ensablé éventé et cuisant sous le cagnard. Au fur et à mesure que je progresse, Eole qui m'accompagne depuis ce matin, me poussant et m'enveloppant dans son manteau, soulève des nuages de grains de sable et donne l'impression de vouloir éradiquer et éliminer la terrace de toutes ses impuretés en la débarrassant de ses grains. Il la brosse violement. Je suis le corps étranger qu'il veut dissoudre. J'avise un groupe de maisons blanches cachées derrière les dunes parmi les acacias. Je les rejoins et seules, les deux dernières, sont habitées. James est assis sur le balcon de la petite maison et m'invite à m'asseoir. Je lui explique que j'ai besoin de faire une pause à cause de la chaleur. Il n'a pas idée de l'heure qu'il est. Son visage abimé le fait paraitre beaucoup plus âgé que sa jeune femme à moins qu'il n'en ait eu successivement plusieurs et que celle-ci soit sa dernière conquête. Les familles recomposées sont monnaie courante en Afrique du Sud. Les gens vivent à la colle et les couples se font et se défont au gré des rencontres et des attirances sexuelles.
Le président Jacob Zuma vient de marier sa cinquième femme, en réalité sa troisième car il a divorcé la seconde et l'une est décédée. Les hommes quittent femme et enfants pour aller vivre avec une autre partenaire et certaines femmes préfèrent la vie de mère célibataire à celle de couple. L'institution du mariage étant depuis longtemps dépassée, les bouleversements familiaux et sociaux ont des conséquences déstabilisantes pour les enfants. Je prépare un thé tandis que James, résolu à me céder l'une de ses paires de chaussures dont il ne se sert plus, m'en sort trois paires de ville et deux impaires. L'une, massive et très lourde, est celle que les blacks portent lorsqu'ils sortent, loin d'être une paire de chaussure de marche. Des tennis sont trop usagées et ne peuvent tenir que quelques heures soumises à la pression du terrain accidenté. Il reste une noire mais sa petite sœur jumelle est absente, ce qui parait embêtant quand on a deux pieds. Il la cherche dans le jardin et le foutoir d'un appentis avant que je n'essaye à mon tour sans succès de mettre la main dessus. Je le quitte en gardant mes deux Caterpillar en souffrance aux pieds.
Un ferry qui opère jusqu'à 17h00 permet de traverser la rivière Mzimvubu - du mot mvubu dans le langage xhosa qui signifie hippopotame. Ils pullulaient dans les eaux à l'arrivée des Européens. Leur extinction précipitée par les armes à feu est due à la chasse dont ils ont été victimes. Les xhosa se nourrissaient de viande de ces pachydermes mais n'avaient que des lances pour les tuer.
Sur le bord du chemin carrossable qui conduit au fleuve, les écoliers reviennent du collège et rentrent chez eux à Poenskop. Trois d'entre elles dont l'une assise confortablement sur une chaise rouge en plastique collationnent d'une miche de pain, d'une barre de margarine (125 gr.) et d'une bouteille de soda orange. Avec ses doigts qu'elle plonge dans la marga, l'une d'elle s'évertue à la séparer en trois portions égales comme elles se sont déjà séparées le pain entier. Je leur propose d'utiliser mon couteau sans leur faire de remarques inconvenantes sur leur hygiène alimentaires inappropriée. Deux d'entre elles sont d'une bonne corpulence. Quand je reprends mon outil, je croise d'autres collégiennes dont certaines ont de l'embonpoint, ce que je comprends si elles suivent le même régime, ce dont je ne doute pas. L'éducation a encore de beaux jours devant elle.
J'attends le bateau pour la traversée. Je ne sais pas si j'ai réellement envie de remettre les pieds dans le monde civilisé avec ses boutiques, ses voitures qui klaxonnent, ses gens qui se bousculent et se mettent en avant comme coupé du monde après un stage de méditation de 10 jours d'où il est difficile de sortir, d'émerger et revenir à la réalité. Je peux faire demi tour et retourner à ma "côte sauvage" avec ses rivières et ses kilomètres de sable épuisant. Il serait pourtant vraiment idiot que je le rate, le pont pour entrer en ville se trouvant à quatre kilomètres. La société de sauvetage assure le transbordement des passagers d'une rive à l'autre.
Peut-on parler d'une ville ? Zolani lorsqu'il m'a déposé à Mbotyi au départ de la piste vers PSJ m'a affirmé que "PSJ était une grande ville". A l'embouchure du fleuve, PSJ, loin du stress, de l'agitation et des embouteillages est coincée dans un écrin de végétation tropicale à proximité de falaises vertigineuses entre les Mont Thesiger et Sullivan. Deux rues principales enserrant le marché et les bâtiments administratifs courent dans un sens et trois autres secondaires mal tracées, avec en bruit de fond les vagues, font la part belle à l'improviste si l'on cherche une adresse. Je suis curieux et attends de voir East London (EL). En débarquant sur la jetée, j'ai le temps de mettre les pieds à l'office de tourisme avant qu'il ne ferme ses portes, en totale rénovation et complètement sens dessus sens dessous. Je veux une carte du Cap Est identique à celle dont je dispose, autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le désordre ambiant. L'hôtesse d'accueil m'envoie vers la "Glass House" en abrégé GH comme Guesthouse mais d'un standing "de luxe" ou qui se prétend tel vu les prix pratiqués. En m'y rendant, je tombe nez à nez sur le poste de police. Je me dis que je peux tenter d'y passer la nuit sans trop m'attendre à ce que ce soit possible. Je m'adresse au capitaine Nongadla qui accepte mon idée sans difficulté, sans me poser de questions, ni me demander mon passeport. Il me montre ma chambre à côté de la salle d'attente, en fait le bureau des auditions encombré de dossiers volumineux disposant de quatre chaises et d'une table bizarrement découpée en pentagone. La chaleur y régnant l'a transformée en étuve. J'y laisse mes sacs et continue sur mon idée de visiter la GH et la plage à la nuit tombante. Courbettes et sourires de bienvenue de la part des propriétaires avant de m'enquérir de l'objet de ma visite. Elle lance au passage un coup de griffe au bureau d'information touristique qu'elle juge incompétent parce que, il faut comprendre le sous-entendu, il est géré par des noirs avant d'avoir elle-même du mal à repérer une carte détaillée de l'itinéraire du Wild Coast Trail qui n'est pas celle que je cherche. Son numéro de téléphone y est lisible et ayant contribué aux frais de publication de la carte, elle me la cède à 50 Rands (5 dollars U.S) au lieu des 65 habituels. Devant mon désintérêt, elle ne perd pas la face et son humour ravageur quand elle m'affirme qu'elle réserve Internet à ses clients et spécifie que les frais de service de "1 Rand/minute" s'applique au temps passé en ligne et non pas au temps de sommeil de ses invités. Je suis retombé dans la réalité des Afrikaner au cœur de pierre. Si seulement, ils pouvaient ne pas exister, je m'en porterai mieux mais, erreur de l'histoire, ils font partie intégrante de l'histoire de l'Afrique du Sud.
Ma nuit chez les keufs se passe bien. Je suis resté une semaine sans avoir accès à l'électricité - sauf la nuit à "la lodge" du Hkambati - et j'en profite pour remettre à jour mon journal. Je commence ma nuit parterre étalé sur mon duvet avant de rapprocher trois chaises en longueur et la quatrième sur le côté pour éventuellement supporter mon genou si je dors en chien de fusil. Au bout des chaises collées les unes aux autres, ma tête repose sur le banc de dalles en pierre recouvert d'un T-shirt. Je récupère et dors mieux lors de la seconde mi-temps. Au réveil tardif, je paquète et prends la direction de la bibliothèque située à côté du musée où je veux fureter et lire le livre de référence "Mkambati and the Wid Coast" by Div De Villiers & John Costello. La bibliothécaire ne le connait pas. Quand le conservateur du musée vient prendre le thé, il me confirme qu'il devrait y avoir un exemplaire dans les étagères qu'il a lui-même emprunté. Aucun livre, ni journal n'est répertorié, ni même ceux qui sont empruntés. Il faut s'en remettre au plus grand des hasards pour en repérer un s'il est dans les rayons mais comment en être certain ? Il jette un œil mais celui-ci reste introuvable. Il me dit d'aller l'emprunter à John qui habite la porte d'à côté et s'occupe d'héberger les touristes. Je le trouve occupé, peu engageant, à discuter autour d'une tasse de thé. Il me demande de revenir dans un quart d'heure. Une heure plus tard, son ex-femme Katryn l'appelle et le fait demander depuis la réception. Il arrive plus souriant qu'au premier contact et me tend le livre. Je lui laisse mon passeport en échange et le récupère après ma journée dans une pièce à l'écart du musée, la bibliothécaire bruyante étant trop occupée à recevoir et prendre le thé avec les visiteurs.
Dans une pièce contigüe à la mienne, pendant toute la journée, deux filles jacassent bruyamment et éclatent de rire à l'occasion alternant avec les coups de fil reçus et les appels. Que de temps gaspillé ! Je quitte le centre ville concentré autour de la première plage pour accéder à la seconde plage et enchainer sur le sentier vers la réserve de Silaka et Coffee bay. Je demande à la dernière "maison sur la plage" (houseonthebeach.co.za tél (portable) 0837151421 Wayne Rohland) située dans un cadre idyllique des renseignements sur les possibilités de trouver un abri sur le sentier car la pluie menace. Danny, le bras droit de Wayne, complètement défoncé et ivre, ne me donne pas beaucoup de chance et Wayne accepte que je reste dans les murs si j'ai besoin de me reposer, tout cela sur un fond musical des sixties avec de l'alcool fort et le joint qui circule. La seule condition qu'ils exigent est que je n'ouvre pas les fenêtres de ma chambre car il y a deux boas constrictor dans un vivarium grillagé, ressemblant plus à une volière, mitoyen de l'un des murs annexes. Derrière l'autre mur, la pièce dans laquelle je suis reçu. Wayne émet de fort soupçons quant à ma véritable motivation sur la raison d'être de ma présence et ma nationalité. Avec Danny, ils mélangent l'anglais et l'Afrikans pour voir si je réagis. Wayne pense que je suis peut-être Sud-Africain et que je cherche à me cacher pour une raison ou une autre, l'hypothèse du tueur en série lui paraissant la plus plausible. N'y tenant plus, après une heure de tergiversations, il demande à vérifier mon passeport. Parano à cause de la fumette ? Non, juste Sud-Africains.
J'ai le choix de dormir sur un lit dans une chambre entre deux hippies déphasés et suspicieux qui vivent à fond les années soixante et deux bêtes au régime avec un cochon d'inde par mois voir rien pendant un an (selon Danny) ou bien, seconde possibilité, chez Jean, un Hollandais voyageur, établi à PSJ depuis sept ans, prêt à me recevoir sur son balcon. Wayne me dit que Jean cohabite avec des gens bizarres. Je vais avoir suffisamment à faire avec ces deux énergumènes ce soir. J'ai une heure et demie avant la nuit complète et j'hésite plusieurs fois à quitter les lieux.
Après que Jean ait quitté, la visite de Marlène, un verre de vin à la main, saine d'esprit, rétablit la balance et apporte du positif à la soirée. Je leur propose de couper les légumes mais ils déclinent l'offre d'un "French Chef". Un DVD copié "The Band" des anciens de Woodstock est joué comme s'il venait d'être commercialisé. Bien qu'ils l'aient déjà écouté cinq fois, ça a tout l'air d'être une "première" à PSJ, complètement isolé à l'autre bout du Monde, loin de tout où Internet n'est pas accessible. Sous la douche chaude, je me rends compte que j'ai pris la dernière digne de ce nom chez Johannes il y a huit jours. Quant à un bon lit - je ne peux pas comparer avec ceux aux matelas démontés des Pondo - c'était celui de Sammy. Même si trois occasions m'ont été données de goûter la literie Pondo, la qualité n'était en rien comparable. Les Xhosa dont font partie les Pondo, dorment souvent sur des lits surélevés, notamment pour éviter d'être posséder et se tenir hors de portée des tokoloshe, ces petits esprits malfaisants et malins. Pour continuer dans la série évaluation de mon voyage, je suis resté huit jours sans électricité - excepté la nuit à la résidence du superintendant dans la réserve du Hkambati - ayant parcouru 110 km depuis Port Edward et probablement pas moins de 270 km en ligne droite depuis mon départ d'Amanzimzoti près de l'aéroport de Durban.
A vue d'œil sur la carte, PSJ, pratiquement à égale distance entre Durban et East London est à cinq ou six heures de route de l'une ou de l'autre de ces deux villes. Après quatre heures laborieuses au cours desquelles les légumes seront coupés menus et frits, le riz cuit, nous partageons le souper avant que je ne prenne congé à côté de mon vivarium. Wayne a deux enfants de deux femmes différentes auxquelles il paye une pension mensuelle. Il a travaillé comme sauveteur et longtemps revendu du tosh pour en vivre. Il héberge actuellement des touristes et crée de beaux vêtements aux couleurs vives qui reflètent assez bien ses aspirations et les tendances d'une époque depuis longtemps révolue.
Je ne suis pas fâché de les quitter le lendemain à 8h00 du matin et reprendre le chemin, Danny et sa besace en route vers le "liquor shop" , une boutique agrée ayant l'autorisation de vendre de l'alcool. Un panneau annonce l'entrée dans la réserve naturelle de Silaka d'une superficie de 530 hectares située à 6.5 km au sud de PSJ et qui s'étend sur 6 km de littoral pratiquement jusqu'à la rivière de Mngazi où est établi un complexe hôtelier de bungalows familial très renommé dirigé par le fameux Piet Goss, le lapin qui a fui devant le Français à la pointe qui porte son nom "Goss point". Le sentier à flanc franchit un rideau de végétation dense et appareil photo en main, je flash sur de belles fleurs tandis qu'apparaissent deux individus à l'air louche en sens inverse. Au premier estuaire, une heure de marche à peine depuis mon départ, je découvre deux toits de chaume et plus loin sur la plage de rochers et de piscines naturelles, des pêcheurs à la ligne. J'aborde l'ancien avec la barbe des mollahs et lui demande s'il ne parle pas par hasard l'urdu. Roberto, d'origine portugaise, me répond que ses trois amis, d'origine indienne, le parlent. Il me demande du tac au tac si j'ai petit-déjeuné et me propose de taper dans les samossas et les friands dans le Tupperware. Je lui demande permission d'abord de manger du poisson cru, de la sardine, dont ils se servent pour appâter. J'en épluche une et il m'en propose une seconde. La viande se détache facilement de l'arrête. Je me régale et leur dis que les Japonais pour l'exemple, mangent du poisson cru. Les samossas sont un vrai délice, finement cuisinés avec un savoir-faire incomparable.
Je n'ai pas vu l'anguille qui barbote dans une poche d'eau. Ils me proposent de l'enlever et l'emmener. Dans le pays du Braai(vlis), barbecue qui consiste à tout griller sur le feu, certains poissons de viande blanche ("white meat") sont relégués au rang de non-comestibles car leur cuisson nécessite trop de contraintes. Quand il y a quantité de poissons fins, la tendance est de garder les meilleurs en bouche et d'en rejeter certains.
Heureux qui comme Ulysse... Je dois enfreindre le premier précepte 'tu ne tueras pas" et assommer ma proie de plusieurs coups de galet. Gigotant, la main droite l'étreignant derrière le cou, je l'ouvre sur la longueur depuis les mandibules coupées en deux jusqu'à l'orifice anal expulsant les viscères et la nettoyant sur le champ à l'eau salée. Je suce les œufs avant qu'il ne s'éparpillent et ne soient perdus. Je la place dans un sac plastique sur mon sac à dos. En route !
Entre deux pains de sucre, je contourne les bassins d'eau à découvert pour cause de marée basse et me retrouve bientôt à flanc de falaise à force de vouloir coller au plus près du littoral émaillé et entaillé d'aiguilles rocheuses fières et acérées. Je monte en escalier les roches, petites surfaces planes dominant l'océan telles des plateaux se superposant et se succédant les uns après les autres. La falaise et un plateau large de deux mètres se rétrécissant au bout m'attend avant de trouver je-ne-sais-quoi derrière. Je doute de pouvoir continuer. Je m'avance prudemment et patatras, la semelle lisse de ma chaussure usée glisse et je me retrouve allongé sur le côté, la face droite du visage littéralement collé "en douceur" contre la roche qui a épousé mon faciès. La largeur du plateau à cet endroit correspond à peu près à la hauteur de ma taille recourbée. Elle se réduit comme peau de chagrin au bout de la roche plate de forme trapézoïdale. Légèrement sonné, je ne suis pas blessé mais ceci est un avertissement amical. Je me suis ouvert un bon bout de peau du majeur que je finis d'arracher avec les dents. La viande, à découvert, saigne. Prendre le risque d'aller au bout de l'escarpement serait suicidaire vu qu'en cas de chute, les jambes dans le vide entrainant le reste du corps, la mort serait irrémédiable. Je ne m'obstine pas et fais demi-tour.
Si je m'étais écarté du littoral, je serai plus avancé et en meilleure posture mais où est-il ce sentier normalement signalé par une flèche blanche sur fond noir ? La portion PSJ - Coffee Bay est censée être plus courue que celle de Port Edward jusqu'à Port St John où je n'ai rencontré absolument aucun randonneur et pour cause vu les difficultés rencontrées. Marlène l'a parcouru en groupe à deux reprises respectivement en 5 et 6 jours. Après un léger retour en arrière, je quitte le monde 100 % minéral et monte l'escarpement à flanc de coteau recouvert d'herbe et parsemés de rochers enterrés auxquels je m'agrippe pour m'en servir de force d'attraction ou bien d'impulsion pour grimper. Ils me permettent d'avoir un socle et faire une pause occasionnellement. Conscient de la fatigue, je veux disposer du maximum d'énergie disponible et de lucidité. Ayant atteint une hauteur raisonnable, je parviens à une ancienne zone cultivée de bananiers laissée en désuétude et abandonnée. Miraculeusement, je me régale avec des maracujas sauvages. Même vertes, le goût merveilleux me reste dans la bouche. Je rattrape le col entre deux collines et hésite à une bifurcation entre prendre à droite et continuer à monter ou bien tout droit en surplombant le littoral avec vue sur l'océan. Je choisis logiquement la seconde route et chemine jusqu'à une fourche où un jeune pêcheur, le regard inquisiteur et curieux du contenu de mon sac, me remet dans la bonne direction. J'aboutis à une plagette rocailleuse sur le même modèle que celles de ce matin et commets l'erreur de la longer. La pluie se met de la partie et rend les rochers, d'énormes galets lisses et polis par les éléments, glissants comme pour compliquer ma progression. Je m'abrite derrière un pan de roche et attend qu'elle cesse avant de continuer et rencontrer une impasse. Ni une, ni deux, je jette un coup d'œil en arrière sur la côte d'où je viens et aperçois un sentier au-dessus d'une paroi qui s'élève vers un point de passage entre deux collines flanquées d'herbe. Ce sera ma planche de salut et un sain retour à la réalité entrecoupé de brèves coupures pour reprendre des forces en buvant du thé sucré. Je dépasse les limites de la petite réserve côtière de Silaka et retombe sur le goudron à proximité du complexe d'Umngazi qui offre toutes sortes d'activités comme le canoë dans les mangroves, la pêche au lancer, le VTT et la randonnée, raison pour laquelle les huit kilomètres de sentier jusqu'à PSJ doivent être entretenu régulièrement.
Je suis mal reçu à la barrière par le gardien du camp. Sans doute a-t-il une peur bleue d'être sanctionné par son patron, mon ami le richissime et puant Piet Goss. Sa réaction et son comportement en dit long sur les relations qu'il peut entretenir avec son personnel dont il ne doit certainement pas s'occuper personnellement. Ce pauvre gars figé par la peur, est le premier à afficher de l'antipathie depuis que j'ai quitté Port Edward. Je veux seulement remplir ma bouteille d'eau. Il me montre le robinet sur la plage où les ouvriers procèdent au nettoyage. Je l'atteins par l'extérieur et le voilà descendu de son poste de garde comme un chien agressif et contrarié. Je dois être trois mètres à l'intérieur du complexe dont la plage n'est apparemment pas interdite et me déshabille près de l'endroit que je juge le plus propice pour tenter la traversée. La marée basse était à 12h06 et il est presque 15h00. Je veux jauger la profondeur par moi-même. Bien qu'ayant reçu des informations de la part de l'équipe au travail, je fais un passage à vide que je marque d'une croix d'un côté comme de l'autre. Cela m'évite d'hésiter, tâtonner et chercher de nouveau les bancs de sable. Trois bras d'eau dont deux négligeables sillonnent la lagune impressionnante et étendue sur les bords de laquelle les bungalows ont été construits. Je passe mes sacs en une seule fois avec de l'eau à mi-genou pour les deux premiers bras et m'y reprends à deux fois pour le dernier plus large. A la question posée par mon interlocuteur: "Pourquoi faites-vous de multiples aller-retour ?", je le laisse sans réponse et lui demande d'y réfléchir. Le poids total avec un ou deux sacs diffère d'une dizaine de kilogrammes, ce qui est suffisant pour que les sables mouvants ne puissent plus supporter la charge totale et se dérobent sous un excès de poids. Par mesure de précaution, je préfère affronter les difficultés avec l'un ou l'autre des sacs, étape par étape. Le premier sur le dos, le second à la main sont déjà imposants et embarrassants sur la terre ferme. Comment faire face aux difficultés d'un gué inconnu si je viens à perdre pied. Les locaux n'ont pas idée du contenu des sacs qui ne peuvent assurément pas prendre l'eau. Le matériel sensible et la nourriture est enveloppé dans des sacs plastiques pour préserver le tout. Je peux faire un faux-pas et tomber dans l'eau sans craindre trop de conséquences mais j'évite de prendre des risques inutiles. Je me rhabille et me dirige vers la paillotte des sauveteurs sur la plage pour me protéger du soleil et grignoter quelques avocats mûrs. Manque de chance, son couvert de branches - des bouts de bois espacés de deux doigts - est à claire-voie.
Dans la confusion, j'ai oublié de boire et remplir une troisième fois ma bouteille d'eau. Deux gaillards secouristes viennent taper la discussion et me disent qu'il y a un robinet à côté du corral des chevaux bien entretenus qui ont droit à de l'eau salubre et chlorée. Je me rapproche tandis que je vois une navette transporter des familles entières d'une rive à l'autre. Si je l'avais su ! Je préfère passer la rivière par moi-même et ne pas devoir leur demander quoi que ce soit vu leur sens de l'accueil et le degré de sympathie témoigné aux personnes de l'extérieur. L'estuaire de la Mngazi s'ouvre sur une plage magnifique avec un cordon de dunes imposantes qui s'étirent. Les familles viennent faire monter leurs enfants à cheval pour les balader. Des couples viennent y marcher et se retrouver dans la quiétude des vagues. Des vacances de rêve et l'endroit idyllique tant vanté par les agences touristiques s'achètent au prix fort, au bas mot une cinquantaine d'euros par personne et par jour. Un petit salut amical à une autre équipe d'employés et je quitte les lieux en longeant l'enclos des chevaux, à l'abri derrière le cordon dunaire. Je monte dans le vallon en pente douce sans voir de flèche indicatrice me reposant sur mon sens de l'orientation.
Sur la distance à parcourir jusqu'à la prochaine rivière, la Mnegazana, diverses réponses m'ont été données: une heure et demi ramené à une heure en cas de marche rapide et une autre, le temps record d'une demi-heure. De quoi me rendre perplexe ! Une heure environ suffit pour rejoindre les deux rivières. La Mnegazana est profonde et impossible à passer à pied. Je suis en retard de quatre heures sur la marée basse. Un couple de vacanciers s'amuse en jet-ski sur l'étendue d'eau. Ils arrivent doucement sur mon bord pour me dire que quelqu'un va venir alors qu'il serait si simple que le motoriste dépose sa belle temporairement et me fasse traverser la lagune en un coup d'accélérateur. Je n'insiste pas car je vois qu'il ne maitrise pas totalement l'engin qu'il a en main. Je me retiens de leur dire ce que je pense et gueule à gorge déployée comme un chien aux abois. Eric, collégien de seize ans, dont le père est nigérian et la mère sotho, vient me repêcher en vaurien. Il rame à contrecourant avant de venir s'échoir sur la bande de sable. Le retour au port d'attache est plus rapide même si nous sommes deux dans la petite barque qui appartient à son frère. En abordant le ponton et remontant vers le village, nous marquons une pause près du "Bottle store" (= Liquor shop) où un étudiant d'Umtata qui remplace son beau-frère propriétaire m'invite à dormir à même le sol dans une pièce annexe à la boutique après sa fermeture vers 22h00. Il est 18h37. J'en ai plein les bottes et un poisson à cuire. A la vue de celui-ci, le tenant du bar, ignorant ce genre de poisson, me dit d'allumer un feu dehors et de le faire griller. Il n'a pas de moyen de le préparer à l'intérieur. Cord, le gars de la maison d'en face vient aux infos et me propose de le cuisiner chez lui, ce que j'accepte. Il est vêtu d'une salopette bleue, combinaison des employés d"Etikwini", chipée par sa belle-sœur qui travaille dans la commune du même nom dans la banlieue de Durban. Je ne suis pas sitôt rentré sous son toit, la maison familiale où vivait sa mère décédée en 2010, qu'il commence à pleuvoir. Si ce n'est pas un signe du destin, c'est de la chance. Il est seul ce soir avec sa petite Lileen de deux ans et demi. Sa femme, partie depuis lundi s'occuper de la scolarisation de son ainé, revient vendredi. Vu qu'il ne dispose que d'une plaque chauffante, nous soupons d'anguille et d'haricots vers 21h30. Je note, en me passant les mains sur le visage, un petit épanchement de sang coagulé au niveau du lobe de l'oreille droite, une séquelle sans conséquence du contact de la joue sur la pierre. Tandis qu'il pleut abondament, je m'endors profondément dans le grand lit double du couple après une journée éreintante.
Au réveil, la tête est lourde et le corps endolori. Je ne dispose pas de tous mes moyens physiques, un peu comme si je couvais une crise de paludisme. Je suis fébrile de la tête aux pieds, un mal de tête léger latent que je mets sur le compte de la chute joue sur la roche d'hier. Même si je ne crois pas trop à cette hypothèse, je ne vois rien d'autre à part l'écorchure de mon doigt qui cicatriserait et mettrait à mal le système immunitaire pour éviter l'infection avec ce temps chaud et humide. J'ai noté un bouton sous le sein droit qui a blanchi et fait penser à un bouton de fatigue. Je ne me rappelle pas en marchant avoir écrasé ou coincé un insecte entre la bretelle du sac et mon marcel ou une araignée en m'allongeant sur le ventre mais la seconde hypothèse est la plus probable. Après quelques pages d'écriture en sirotant du Ceylan, je décide de faire relâche. Cord assure l'entretien et la surveillance d'une résidence secondaire pour une indemnité mensuelle de 500 Rands (50 Dollars U.S). Il doit garder Lileen et faire du pain. Avec ses deux chiens m'accompagnant, je pars faire dans l'après-midi le tour des plages - la principale ensablée, prolongée de petites criques rocailleuses - et repérer les flèches blanches du sentier vers Coffee Bay. Le village tout entier de Magekeni est peuplée de résidences secondaires avec quelques cases couleur locale aux services des propriétaires en visite en fin de semaine. Cord ne se rend plus à PSJ via la rivière Mngazi car des touristes ont été agressés et dépouillés il y a un an dont les coupables ont été arrêtés. Cela a engendré un climat d'insécurité. Il passe par Tombo à une heure de transport du village.
Je décolle à la mi journée ensoleillée et démarre rapidement. Le sentier bien balisé et débroussaillé est intéressant pour des randonneurs débutants voulant avoir une approche de la forêt tropicale et mieux la connaitre. Il rentre à l'intérieur des terres et ignore pratiquement le littoral jusqu'à la rivière Sinagwana, ce qui me permet de me changer l'esprit. J'en ai soupé du sable. Un serpent inerte, totalement noir y compris sous le ventre, d'une trentaine de centimètres, gît en travers du sentier. Je cherche à le faire bouger en le caressant avec mon sac à main. Aucun mouvement. Je cueille une tige et cherche à le ramener sur le sentier afin de mieux l'observer et le détailler. Je parviens à l'enrouler sur le bâtonnet et le jette dans les taillis où il se retrouve accroché aux branches d'un épineux. Etait-ce ma première rencontre avec un (bébé ) mamba ?
Je suis franchement revenu à la civilisation. Sur ce tronçon, les rondavels sont proches du sentier et les gamins quémandent des bonbons. Je marche en faisant de brèves pauses, laisse sur ma droite "Brazen Heads" (les têtes éhontées) et atteins la rivière Sinagwana vers 16h00 où je suis assailli par des colporteurs de colifichets, des jeunes hommes qui vendent des colliers de coquillages. Je comprendrais que ce soit une fillette d'âge scolaire qui veuille se faire un peu d'argent de poche après les cours mais pas des hommes pour le consommer en alcool et en tabac. Je fais le plein de carburant en discutant dans la maison de ses parents d'origine allemande avec un musicien, batteur dans trois différents groupes à Jobourg, Le démarcheur n'hésite pas à lui demander 10 Rands lorsqu'il voit qu'il n'arrivera pas à ses fins. C'est la première plage où les gens sont corrompus par l'argent. Je vais rapidement comprendre ce qui en est à l'origine.
Je bois aisément deux litres de liquide, du thé, avant de repartir et passer à proximité du "Kraal", un endroit pour les voyageurs qui propose diverses activités mais contribue aussi à ce genre de relations avec les locaux basées essentiellement sur le profit qu'ils peuvent tirer du "visiteur d'un jour", le même type de communication éphémère avec les "Mister Sweet" des enfants. J'avance un peu plus et monte pour avoir un panorama sur la chaine de collines avoisinantes. Derrière un enclos grillagé, j'avise Eric et lui demande s'il a un endroit pour passer la nuit. Il fait frisquet sur les hauteurs et il m'invite à rentrer dans une case dont il vient juste de badigeonner le sol d'une substance odorante telle que de la bouse de vache fraîche. Sa case a un avant-goût de maison tibétaine où l'odeur forte de yack imprègne tout. Il me dit que je suis chanceux car il a attrapé deux poissons aujourd'hui, la seconde fois que j'en mange en deux jours. L'un de ses voisins vient le voir habillé en "Etikwini", la salopette très à la mode ayant visiblement fait des émules. Les Africains, s'ils pouvaient se sustenter de la moelle épinière de leur mère nourricière, tirer dessus et la sucer jusqu'au bout jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus avoir de forme et se tenir debout, le feraient sans grand peine. L'instauration d'un système d'assistanat à l'intérieur même de la communauté où le moindre effort n'est pas encouragé mais consiste à obtenir le maximum en fournissant le minimum laissera le pays sans ressources et augure d'un futur peu prometteur pour l'Afrique du Sud.
Quand je sors de la case qui m'a été réservée, je le trouve en train d'attendre sa femme partie chercher de l'eau à une petite retenue d'eau. Elle revient chargée d'un seau de 20 litres et son fils l'accompagnant, un jerrycan de cinq litres à la main. Eric et ses fils déjeunent de ricorée, un succédané de café, avec du pain tandis que sa femme mange avec appétit une assiette remplie de riz, de chou et de sauce tomate. Je l'accompagne après un morceau de pain. Il me dit qu'il ne peut pas commencer par manger du riz si tôt. Je blague en lui disant que s'il avait été chercher de l'eau à sa source, il mangerait avec plus d'appétit. Les femmes sont vraiment au service des hommes. Comme ils ont trois fils et aucune fille pour seconder et aider pour les tâches ménagères, il a fallu revoir l'éducation des enfants. Deux des fils ont pris la balayette et nettoyé les miettes qu'ils avaient éparpillées, ce qui est étonnant de la part de garçons. Les trois garçons ont ensuite pris une bassine, de la lessive et sont allés à un petit étang pour laver leurs vêtements, ce que je n'avais pas encore vu faire en Afrique. Une leçon à retenir. L'Afrique en mouvement ou le fait juste qu'il n'y ait pas une seule fille dans la famille ? S'il y en avait une, elle se coltinerait toutes les tâches matérielles. Ma piqure a viré sa cuti et est devenue rouge. Sous la peau, la chair dans un périmètre de 5 centimètres de diamètre, s'est durcie comme si j'avais affaire à un abcès en cours d'infection. Elle est surtout plus douloureuse. A surveiller.
Je quitte à travers les collines une région rurale du littoral où abondent des hameaux regroupés de cases aux toits coniques, une famille disposant de deux ou trois rondavels dont l'un est utilisé pour la cuisine. Je reste un peu plus à l'intérieur des terres et ne vois pas l'ombre d'une seule flèche indicatrice de mon itinéraire. Je suis évidement en dehors du sentier. Il est pénible de suivre un GR mal balisé et se faire du mouron pour en trouver les signes d'existence. A se soucier continuellement si les flèches sont à venir, ça use autant les souliers que de faire des aller-retour aux embranchements non signalés. Je retombe sur la rivière Mnenu traversée sans souci avant de remettre les pieds sur la plage rugueuse et m'en faire expulser par un pêcheur à la ligne. Après le sable, je marche sur des longueurs de pierre. Certaines formes ont été érodées suffisamment à la base pour donner l'impression de champignons géants. Il veut en fait me remettre sur le sentier qui passe à l'intérieur de la réserve naturelle de Hluleka de 700 hectares qui compte beaucoup d'espèces végétales endémiques et une riche faune aquatique. Une échelle en forme de V retourné permet l'accès à l'enclos où trois Zèbres de Burtchell me regardent béatement. Je ne bouge pas. Ils mettent du temps à contourner le monticule et disparaitre de ma vue. Je pénètre leur domaine réservé et accède à la piste principale que j'emprunte jusqu'aux constructions abritant les ouvriers de la réserve qui n'ont pas l'électricité intra-muros même si les lampadaires extérieures de la réserve sont allumés. Un des quadrupèdes m'attendait à un détour de la piste et s'est assuré d'un clin d'œil que j'étais sur la bonne piste puis je retrouve mes trois compères près des bungalows, les mêmes ou d'autres identiques car en effet comment distinguer un zèbre d'un autre ?
Nokwanda m'accueille gentiment et me réserve le fond de son porridge matinal qu'elle mélange avec du lait aigre comme je l'aime. Je me régale avant de poursuivre vers l'accueil où j'en profite pour me déshabiller et tout faire sécher en attendant la responsable. Je ne sais pas si elle a mangé du zèbre ou du gnou, autant d'animaux que l'on peut trouver dans la réserve mais cela ne se passe pas très bien avec elle. Elle se rend à l'entrée principale, la piste qui mène à Libode, et me remet entre les mains d'un Afrikaner qu'elle me présente comme son supérieur. William travaille comme ranger pour l'environnement sur Port Elisabeth (PE) et est venu donner un coup de main avec une collègue pour renouveler et rafraichir l'accueil. Il ne peut me dire le nom du serpent mais me confirme l'araignée pour la piqure. Le venin injecté est en train de se diluer. Il me conseille de boire beaucoup, ce que je fais habituellement de toute façon. J'ai pu remarquer que je pouvais mouiller complètement mon T-shirt, le retirer et l'essorer, en haut de chaque colline, voir même plusieurs fois par heure et par jour. Est-ce que je transpire plus à cause de la piqure ? Je sais maintenant que mon corps réagit et que mon état fébrile est lié à l'infection. Je n'ai pas de ganglions sous les aisselles, ni à l'aine. Je n'ai pas lieu d'avoir peur mais cette petite bestiole que j'aurais aimé croisé m'a rudement bousculé et mis à mal ma résistance.
Malgré les nuages, la chaleur est étouffante. Il fait lourd. Je quitte l'entrée de la réserve vers 15h00 après avoir regardé la carte et m'être rendu compte que la rivière Mtakatye est à mon programme et s'annonce devant moi. Les limites de la réserve de Hluleka qui s'étend sur quatre kilomètres du littoral sont presque contenues entre la Mnenu et la Mtakatye. Je suis mon instinct et coupe au plus court par les collines pour éviter de me retrouver arrêter par les rochers sur la plage. Le terrain est accidenté. Je finis en queue de poisson dans une mangrove étalée sur une grande partie du bras de la Mtakatye, les nombreux canaux me retenant prisonnier. Je n'ai pas où aller car je ne peux pas m'éloigner à moins de m'enfoncer les pieds dans les lits boueux si je veux m'échapper. A un canal au niveau d'eau correct, rempli d'herbes flottantes et d'algues marines, relié directement à la rivière, j'essaye de rejoindre l'autre bord d'où un sentier continue vers l'estuaire. Je sais que je peux traverser là-bas avec de l'eau jusqu'à la taille malgré mon heure et demi de retard sur la marée basse (14h22). Là où je suis, l'étendue d'eau peut être comparée à une vraie lagune impossible à traverser sans un bateau et en face, plus intéressant, il y a des habitations et des garages avec accès direct à la plage. Lesly et Kelly, 23 ans, vivant actuellement en Angleterre, venue visiter ses parents, avisent Ken de ma présence sur l'autre rive. Il démarre le moteur et vient me chercher avant que je ne passe de l'autre côté avec l'un des sacs. Bien que la lagune soit large, je suis bien positionné et au point de repêchage le plus proche pour qu'il me cueille. Il m'invite à boire une bière, la seconde offerte depuis Port Edward. Je prépare un litre d'eau chaude pour faire le plein de carburant avant de continuer en fin d'après-midi. J'hésite à deux reprises au sommet de deux collines et la seconde m'est fatale. Je rencontre deux jeunes gars qui reviennent, trois poissons dans le sac, sans qu'ils me renseignent pour autant. Je remets les pieds sur la route vers Preslies Bay et prends un raccourci direction Lwandile avant d'atteindre la baie. En prenant le chemin des vaches, je m'égare complètement avant que le nuit ne tombe. Je traverse beaucoup de taillis d'épineux et finis par descendre dans une plaine alluviale où je suis confronté à un grillage. Par la force des événements, je le longe et remonte sur le versant opposé tant bien que mal car les épineux m'attendent sur mon passage. Je nage en grandes eaux et sue abondamment. Je presse le pas car je sais que le temps m'est compté, moins d'une demie heure au bas mot. Je réussis à remonter au plus haut point d'où la vue sur le littoral est dégagée.
De mon point d'observation, je remarque un regroupement de résidences secondaires. Un second grillage sert de ligne de démarcation et délimite un enclos à l'intérieur duquel je n'ai pourtant pas pénétré. Un pieu est pratiquement à terre et ouvre une brèche dans l'enceinte. Je la franchis. La partie n'est pas gagnée pour autant, il me faut redescendre une nouvelle fois et affronter les tueurs bourrés d'épines. J'arrive sur la plage déserte à la nuit et prends le chemin du littoral par lequel j'aurais du arriver. J'inspecte les maisons rapidement mais vu l'heure tardive, mon choix se fixe sur la première visitée qui dispose d'une véranda avec une vue panoramique sur la plage, trois coussins et une gazinière débranchée, la bouteille de gaz étant rentrée à l'intérieur de la cuisine. Je mets du temps avant de me sécher et retrouver le calme. Le matin, n'ayant d'autre options, je démarre à jeun tôt sur la plage puis pour me mettre en jambe par une colline pentue. Je retombe sur une plage et me déchausse pour traverser le bras d'eau. Ma chaussure droite a expiré hier soir dans ma cavalcade. Je suis forcé de l'entourer d'un tour de lacet avant de la nouer pour qu'elle fasse corps avec mon pied. Du coup, je fais de même avec la gauche pour la préserver avant que je ne me retrouve pied-nus. J'ai besoin d'énergie et j'avale des morceaux de pain avec du beurre de cacahuètes avant la prochaine colline tandis qu'un vieil homme la descend, une binette à la main. Je reste à l'intérieur des terres et m'égare avant de suivre mon intuition et couper au plus court vers la rivière Ndumbi large mais passable avec de l'eau jusqu'au ventre. La plage tranquille, ouverte sur l'océan, est bordée de collines verdoyantes et synonyme d'espace. Installée dans une ancienne mission, l'auberge Mdumbi travaille en partenariat avec des mécènes et aide les communautés en ce qui concerne l'éducation, la santé et du développement socio-économique. Un projet de développement durable - www.transcape.org/cms - auquel vous pouvez participer (www.immersionsa.com) que Johann et Hyman ont crée et mis en place en 2004 permet de dormir chez l'habitant, d'approcher les Xhosa et d'appréhender leur milieu culturel dans un cadre authentique. Les parents du premier étaient missionnaires à Canzibe, ce qu'il fait qu'il est parfaitement trilingue (anglais, afrikaans et xhosa). L'auberge dispose d'une possibilité d'hébergement de 31 lits et d'une vingtaine d'emplacements de camping. Quatre kilomètres de littoral me séparent de l'estuaire de la rivière Umtata. Je quitte tardivement le Ndumbi Backpackers et en sors, côté jardin d'enfant, traverse le terrain de football puis prends sur la gauche avant de retomber sur la plage. Je passe un poste d'observation de la faune aquatique que je pensais être une chaise de surveillance pour les baigneurs bien que personne ne soit dans l'eau ou sur la plage. Je n'ai pu résister à décrocher le sac, m'approcher et demander la raison d'être de ce perchoir. Je suis en train de me rendre compte que j'ai peut-être laissé filer le dernier ferry en m'attardant au Ndumbi. J'ai quitté avec une heure de retard et je me vais peut-être me retrouver coincé sur le bord de la rivière Umtata sans possibilité d'hébergement. Le cauchemar ! Je remarque à un moment donné plus de personnes sur la plage tandis que je longe une résidence: "Umtata River Mouth n°6". Je suppose que ce sont des familles en vacances qui ont loué des appartements ou bien je suis réellement proche de l'estuaire et les gens sont venus en ce jour dominical de Coffee Bay pour traverser l'Umtata et marcher sur la plage. Je suis en fait un peu loin du passage sur l'autre rive. Je croise une famille noire, classe moyenne, qui est venu en séjour vacances. Il m'indique le point de passage que j'atteins rapidement, 40 mn après mon départ de l'auberge. Un vaurien métallique équipé de deux rames en aluminium sur lequel est écrit "Umtata river ferry" s'apprête à déposer un passager. C'est ma dernière chance et j'entends bien la saisir. Je saute dedans. Le gars me demande de payer avant de commencer à ramer. Je ne doute pas qu'il veuille en profiter pour me faire payer le prix fort. Bien qu'il ne m'ait pas demandé de somme exacte, je sais, pour m'être renseigné, que le prix officiel est insignifiant (3.50 Rands = 0.30 cts d'Euro) mais je préfère lui céder un T-shirt impeccable au style africain reçu d'Ola que j'aurais déjà du donner à Cord ou quelqu'un d'autre. Je suis sensible au fait de ne pas ré offrir un cadeau qui vous a été remis dans une intention particulière mais je l'ai porté seulement le soir où nous nous sommes rencontrés. Je ne l'ai pas remis car je me sens un peu à l'étroit dedans. Je l'ai emmené pour le laisser derrière moi et le donner. Le pote qu'il vient de déposer lui fait savoir que le T-shirt lui va comme un gant et qu'il est extra. Le passeur, loin de faire la fine bouche, accepte le marchandage et attend que la vague nous fasse décoller pour commencer à ramer. Il n'en finit pas de traverser le bras d'eau comme si les anneaux en fer qui maintiennent les rames collées au montant de la barque le limitait dans ses mouvements. J'ai l'impression qu'il hoquète et bégaie dans sa tentative de traversée qu'il mène toutefois à bien dans un décor grandiose, Deux bandes de sable visibles de part et d'autres d'un piton rocheux planté au milieu de nulle part enrichissent la vue panoramique sur 180° degrés. La barque ancrée, le rameur retire les rames qu'il enferme dans un bâtiment avant de rentrer au village. Il est 18h37. C'était ma dernière chance.
Je peux m'estimer être heureux d'avoir pu traverser à l'heure où je suis arrivé. Satisfait et conscient, je m'assois sur la pelouse et déguste quelques avocats murs avant de prendre l'asphalte vers Coffée bay distant de quatre kilomètres. Je me fous de ce qui va arriver. J'ai l'intime conviction qu'une voiture va venir me chercher même si l'heure ne s'y prête pas du tout. Qui viendrait faire un tour dans ce cul-de-sac à cette heure avancée de la journée ? J'en ai épluché trois ou quatre quand j'entends un moteur ronronner. Mon intuition était correcte, j'ai vu juste. Marc, au volant d'un pick-up avec deux femmes l'accompagnant, veut bien m'emmener à Coffee Bay où il réside et travaille dans le transport. Ils ont rejoint des amis pour le week-end dans une maison à proximité et repartent chez eux. Nous plaisantons en faisant route et Marc, après avoir déposé Esther et Cheri atteinte de cancer de l'estomac en phase terminale, m'offre de rester dans l'un des ses bungalows de chantier doté d'une grande capacité d'hébergement et dont il a fait sa demeure permanente. Alors qu'il me montre mon lit superposé, l'un me suffit, voilà qu'il se met à pleuvoir. J'ai connu ce scénario identique à Port St John avec l'invitation de Wayne et Danny juste avant une nuit d'orage. Il y vit à l'africaine, un Afrikaner envahi par les chefs, têtes de couleur noires membres des clans locaux. Il est lui-même divorcé avec deux fils, l'un (29 ans) dans la finance à New York et le second (27 ans) au Cap où vit son ex-femme. Notre arrivée perturbe visiblement le petit groupe installé devant l'écran TV. Il prend soin de deux xhosa qu'il considère comme ses fils adoptifs même s'il me confie qu'ils sont toujours là pour lui demander de l'argent. L'un, Nazad, la vingtaine au physique agréable, a une petite amie afrikaner originaire du Cap, Sarah et l'autre d'une dizaine d'années suit encore les cours. Marc aime discuter de tout. Il est allé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 en tant que spectateur et a ensuite voyagé pendant trois mois en restant 3 semaines à St Raphael en France, en Italie qu'il n'a pas apprécié, notamment à Genova polluée, à Naples où il s'est fait volé 600 Dollars et Brindisi d'où il a pris le bateau pour Igoumenitsa-Patras, l'île d'Eros avant de prendre un vol retour vers l'Afrique du Sud. Il s'est rendu une autre fois en Angleterre et y est resté travailler plusieurs mois. Coffee Bay dont l'origine du nom remonte au café répandu dans la baie par un bateau échoué en 1863, m'apparait ni plus ni moins comme un hameau reculé dans la continuité de paysages de collines verdoyantes et vallons embroussaillés entrevus depuis Lupatana. L'endroit est un point de rencontre où tout se redistribue à partir de là car, entre plusieurs centaines de kilomètres de littoral, il faut bien des lieux d'ancrage plus importants qui servent de point de chute avant que les affaires rebondissent sur la côte plus au nord ou au sud. Cette assomption personnelle demande à être vérifiée, les différentes communautés locales étant seulement accessibles à partir de la route principale qui mène à Coffee Bay. Il a plu abondamment aujourd'hui, une journée de relâche qui me permet d'écrire. D'ailleurs que faire d'autre ?
Je revois Sherry et Esthie, deux femmes exceptionnelles arrivées sur le plan personnel, d'une douceur et d'un bon niveau de compréhension travaillant sur divers projets de développement communautaire. Ex instructrice d'auto-école, Sherry forme un jeune pour qu'il ouvre son école . Elles ont le projet de promouvoir des objets d'artisanat, de la vannerie, produits par des femmes locales et les revendre à Jobourg. Sherry, 50 ans, atteinte d'un cancer de l'estomac qui a évolué et a métastasé, devrait déjà être partie depuis longtemps selon le diagnostique des médecins. Elle a décidé de prendre le mal à la racine et de le combattre corps à corps. Elle connait vipassana et a fait une retraite chez Goenka en 2004. Depuis, elle médite deux heures quotidiennes et en reconnait les bienfaits. Marc, né dans la baie de Mazeppa, un peu plus bas sur la côte en direction d'East London, parle l'anglais, l'afrikaans et le xhosa. Il joue merveilleusement de la guitare et compose dans cette langue locale dominante dans l'état du Cap Est. D'ascendance française, ses aieux, originaires des environs de Lyon, ont quitté l'hexagone pour aller s'établir au Liban à l'époque où c'était un protectorat français. Son nom Carrouze a été libanisé sous la forme de Karruz. Plus tard, son grand-père a immigré en Afrique du sud. Son père, médecin à Idutywa, est encore actif. Marc est devenu obèse. En cinq ans, il a pris tellement de poids qu'il en est devenu handicapé. Il pèse 160 kilogrammes. Si j'en juge par les photos, il a toujours été d'une bonne corpulence, plutôt musclé. Jacqueline, une de ses ex avec laquelle il est parti en Angleterre en 1995, l'a connu svelte. Avec Piet qui vit à Zoti, la plage d'où j'ai commencé à marcher à côté de Durban, elle est venue le visiter pour la fin de semaine. Jacqueline, séropositive, vit sur le bien-être social en Angleterre pour pouvoir bénéficier de son traitement. Avec Piet, également séropositif, ils se sont connus par le biais d'Internet. Quand elle n'est pas en Afrique du Sud, deux fois trois mois dans l'année, où elle a grandit, elle vit dans le Sussex mais pense bouger à Brighton. Piet, son tour venu, la rejoint parfois en Angleterre. A leur arrivée, il me confie qu'il est courtier et vit de son argent investi, ce qui est pur mensonge. Il est en congé longue durée pour incapacité de travail à cause de sa séropositivité. Agé de 42 ans, il a été contaminé le soir du nouvel an 1995 à 26 ans par une inconnue qu'il a connue dans une boite de nuit. Il m'affirme qu'il n'était pas coutumier du fait, des aventures d'un soir. Il était tellement ivre mort qu'il n'a même pas su avec qui il avait couché, ni revu sa partenaire d'un soir. Une fois a suffit. Jacqueline, 48 ans, venait de divorcer. Après un premier partenaire avec lesquels les choses n'ont pu se concrétiser, le second sachant parfaitement qu'il était séropositif, l'a consciemment infectée. Leur relation a durée 3 mois et demi. Elle a porté l'affaire devant la justice et les tribunaux, un cas de jurisprudence, lui ont donné raison et l'ont dédommagée. Son gars n'a jamais versé quoi que ce soit et est décédé quelques années plus tard. Elle suit depuis quinze ans une trithérapie. Il court, il court le virus... pas seulement chez les noirs mais aussi chez les Afrikaans. Certains ont accès à la trithérapie et d'autres pas, dépendamment de la façon dont ils s'y prennent pour y avoir accès.
East London (Cap Gonubie) - Coffee bay (3 jours de marche exténuante). Je pensais en avoir fini avec les grands cours d'eau (Mtentu, Msikaba, Mzintlava, Mnegazana) à traverser à marée basse. Une dizaine d'autre rivières d'importance m'attendaient sur la portion East London - Coffee bay. Je laisse mon ordinateur, mon chargeur de batterie et quatre livres dont deux guides entre les mains de Sherry et pars plus léger avec une voiture de la police qui rentre à East London. Les deux flics s'occupent de repérer les voitures volées à Jobourg, Le Cap qui sont importées, déplacées, désossées et maquillées dans des petits garages clandestins avant d'être revendues. Je me retrouve prisonnier, les pieds sur le sable, pris entre la rivière Nahoon et celle de Gonubie. Après 40 minutes de connexion Internet à l'auberge à la pointe de Gonubie (Laura et Andrew Tél: 082 824 1419 gonubiepoint@sainet.co.za voir www.accomodationrsa.co.za), je me retrouve sans avoir pied, la marée est haute à 15h31, et dois attendre 21h43 avant d'espérer passer la rivière Gonubie pour remonter la côte vers le nord. Les quelques histoires de personnes happées par des requins émaillant le passage de la Nahoon suffisent à me rendre à l'évidence que je ne dois pas prendre de risques inutiles. Laura m'a raconté celle récemment d'un adolescent sur la grève devant l'auberge dont la jambe a été enlevée par un requin. Le jeune est mort, il saignait trop et n'a pu être conduit à l'hôpital à temps. Je dérange visiblement le maitre-nageur très inamical auquel je m'adresse pour recevoir des informations. S'il n'a pas le sens de la communication, il serait bon qu'il change de travail. Il a plutôt en tête de rentrer chez lui à 17h00 pétantes. Il ne peut pas me conseiller de traverser en tant que secouriste mais me donne deux sacs poubelles pour y enfermer mon sac afin qu'il puisse flotter. Il me dit qu'il n'y a pas de requins en remontant un peu le cours. Je collationne sur un banc et avise deux planchistes qui vont rentrer. Deux kayaks ont été mis à l'eau et les voilà justement qui reviennent au moment où j'atteins l'eau avec un surfeur à qui j'ai demandé de l'aide. Un kayakiste prend mon sac sur le dos tandis que le surfeur empoigne mon sac à main et les chaussures enveloppé dans un sac poubelle. Il le passe à la nage sans le mouiller en le tenant d'une main, ce dont je suis totalement incapable. Je récupère sa mini planche avec laquelle j'effectue la traversée de la rivière en me dirigeant avec les bras. Je récupère mes effets sur l'autre bord tandis que je lui redonne sa planche. Je les remercie beaucoup. J'évite ainsi plusieurs heures d'attente et peux progresser le long de la côte vers la prochaine étape sans perdre de vue la marée basse à 21h43. Je ne tarde pas à rejoindre le cap Kwelerha en longeant la plage d'énormes galets surdimensionnés. Je saute de l'un à l'autre et pour relâcher la pression je passe éventuellement sur la bande côtière de sable blanc derrière laquelle d'épais buissons cachent des zones dégagées de pâturages vides d'estivants à cornes. Je tombe sur un regroupement de résidences, dont l'une occupée par un propriétaire peu aimable, m'apporte peu d'info sur ce qui m'attend plus loin.
Cheminant le long de l'océan, je croise un véhicule des ressources halieutiques avec une lampe de sécurité sur le toit. Je demande conseil au chauffeur où traverser la Kwelerha. Il me dit de sauter à l'arrière, fait demi tour et remonte légèrement le cours sur quelques centaines de mètres, là où sont garées un pick-up et une Land-rover. La pleine lune les illuminant, Marc et Benny dégustent du rhum-coca et fument "l'herbe du bonheur" en compagnie de Liesel, jeune femme du premier avec son nourrisson qu'elle allaite. Il est près de 19h30. Je vais tuer le temps en leur compagnie jusqu'à ce que la marée soit basse. Marc me parle de Yellowsands (les sables jaunes), le camping avec des réverbères allumés que l'on aperçoit de l'autre côté de la Kwelerha. Il me conseille de prendre la dernière entrée sur la plage, d'y prendre une douche chaude et m'y installer pour dormir. "En Afrique du Sud, tu t'autorises et demandes ensuite la permission" ou bien "Tu dors et tu t'excuses !". Je ne vois pas passer le temps et m'étonne qu'il soit déjà 21h30 quand je me prépare à mettre les pieds dans l'eau. Marc qui a vécu quatre ans là où est garée sa Land-rover connait bien sa rivière. Il me dit qu'il y a un trou creusé par le courant près des rochers à l'endroit où l'on met le pied dans l'eau et que le fond sablonneux remonte avec un niveau d'eau jusqu'à la taille. La première étape est profonde et l'eau monte jusqu'à la poitrine, le courant faisant chavirer le corps insuffisamment chevillé au sol. J'hésite à passer sur l'autre bord. Avec la pleine lune, l'amplitude des marées et les courants sont plus forts. L'eau reflue avec une force difficile à imagine. Lorsque le nageur est pris dans le bouillon, il est souvent trop tard et impossible de s'en sortir. Je me laisse chavirer par le courant puissant qui refoule l'eau et m'accroche des deux mains aux rochers sur la rive que j'ai du mal à quitter. Je me heurte les deux tibias sur la pierre et me blesse légèrement m'égratignant et saignant sur cinq centimètres. Marc se dénude et se jette à l'eau. Il est ivre d'avoir bu et trop fumé. Il veut que je lui confie mon sac à dos mais il n'en est pas question. Je préfère assumer la responsabilité de tomber à l'eau avec. Sous la pression de mes deux amis de boisson qui m'incitent à y aller, je prends mon temps et me concentre le mouvement des vagues plus ou moins fortes selon le tempo. Ils ont beau crier pour me pousser à l'eau, je reste maitre de ma traversée et passe tranquillement sans souci majeur au moment où je le juge opportun. Mon passage coïncide avec l'heure de la marée basse. J'ai déjà filé sur une bonne centaine de mètres quand je me rends compte que j'ai oublié ma bouteille de thé. Je me retourne et devinez qui vois-je apparaitre courant comme un grand baudet ? Marc tout nu, m'apporte mon container et me le remet avant de s'effacer de nouveau dans la nuit.
La pluie est de la partie et il commence à bruiner. Ma marche sous la pleine lune s'annonce mal. Je me réfugie dans la buanderie du camping dont j'ai repoussé la porte, me nettoie les tibias en sang et les pieds ensablés. Une ombre se profile derrière le mur, le gardien sans doute armé. Je préfère prendre les devants et l'interpeller de vive voix. "N'ayez pas peur ! Poussez la porte. Je me lave et me rechausse". Le gars encouragé, sans être ni méfiant, ni sur ses gardes, reste planté devant l'entrée que j'entrouvre complètement. Vêtu d'une combinaison noire à la Ninja, il est effectivement armé d'un fusil à air comprimé dont la raison d'être est de blesser et ne pas tuer les maraudeurs. Il souffle et me propose de monter au logement du directeur pour lui demander si je peux passer la nuit sur les lieux. Il est tard et le gardien préfère l'appeler par téléphone interposé plutôt que frapper à sa porte quand nous atteignons son chez-lui. Il est de sortie à East London et lui accorde l'autorisation de me conduire dans la salle TV où je peux m'allonger à même le sol. Il n'y a pas de petit écran mais l'immense pièce vide me protège du mauvais temps. Bien que ce soit la pleine lune, je trouve le sommeil sans problème après avoir grignoté une pomme.
Je lève le camp très tôt bien que je perde une demi heure, la conscience embrouillée dans d'obscures considérations. Je veux aller loin aujourd'hui et mettre le paquet autant d'heures qu'il le faudra pour atteindre les limites du Transkei, la Grande rivière Kei dont le dernier ferry est à 17h00 ou 18h00. Je décolle le ventre vide avec un fond de thé préparé la veille, le minimum de carburant sans lequel je ne peux pas avancer décemment. Je suis le sentier des marcheurs de la plage ("strandloper hiking trail" http://strandlopertrail.tripod.com ) marqué par une trace d'empreinte jaune d'une chaussure à la pointure de petite taille et qui porte le nom d'une tribu khoisan de la côte qui disparut en tant que peuple à l'arrivée des colons blancs. Il est évident qu'une petite marque minimise l'impact sur l'environnement et économise la quantité de solvant nécessaire au marquage. Les empreintes à la verticale peuvent être peintes sur une planche de la même taille et clouées sur un poteau ensablé ou enterré alors que d'autres à l'horizontale sont moins visibles car elles ont été dessinées à même la roche ou le sol. Je trouve un côté assez sympathique et jeu de piste à ce sentier dont j'aime entrevoir les petits souliers de Cendrillon qui me donnent l'impression de cheminer derrière le "dernier des Khoisan" qui vient de passer et m'ouvrir la voie.
A Glengariff, je demande de l'eau chaude pour un café et m'assois pendant une heure et demi à la terrasse d'une résidence secondaire avec une famille de Port Elizabeth dont les parents habiteront leur maison dès qu'ils seront à la retraite en 2011. La discussion va bon train. Je quitte avec l'impression d'avoir laisser le temps filer. Je dois faire face au vent et le soleil est de la partie. Les longues plages de sable se succèdent avec Glen Muir pour commencer jusqu'à Cintsa East (atteinte à 10h00) qui marque la fin d'une côté habitée et fréquentée par les estivants et les habitants d'East London, distante de 38 kilomètres.
Je remarque toutefois deux magnifiques et larges vallées verdoyantes sans habitations notoires, s'ouvrant sur l'océan, une lagune en arrière-plan à peine visible depuis le rivage si je ne remonte pas la plage dont l'eau à marée descendante se retire. Elles me donnent presque envie de remonter et d'aller voir ce qu'il y a à l'intérieur des terres. Une troisième ouverture béante se situe un peu avant le cap Henderson qui compte pour les "marcheurs de la plage", un lieu d'hébergement inaccessible car bouclé au cadenas. Je goute l'eau de pluie des réservoirs. Je trouve ridicule de ne pas laisser ouverts ces gîtes dont l'utilité est la raison d'être et la fonction première. Je suis et me sens de nouveau sur la "côte sauvage" tellement je suis dans l'isolement jusqu'à la baie de Morgan (Morgan Bay).
A 11h55, je croise deux couples, une génération d'écart, "marcheurs de la plage" à la carte qui viennent de Haga Haga distant de 5 km où ils ont passé la nuit. Leur étape d'hier qu'ils évaluent à une douzaine de kilomètres les a conduit depuis Morgan Bay jusqu'à Haga Haga et la précédente d'où ils ont démarré de Wavecrest jusqu'à Morgan Bay avec 12 km supplémentaires. Est-ce dire qu'il me reste 5 ou 6 heures pour marcher (12 + 12 + 5 =) 29 km et attraper le dernier ferry ? Difficile pari à tenir.
Je nage un peu dans le flou en ce qui concerne les distances relatives à mes repères. J'estime avoir à marcher une quarantaine de kilomètres jusqu'à la Grande Kei. Après le bac, si je le passe en temps voulu j'aviserai. Sur la plage avant d'atteindre le complexe hôtelier de luxe de Pullen's bay, un couple de baba cool remplissent des sacs plastiques de coquillages triés pour en faire des mobiles. Dans la baie, une jolie blonde allongée sur le sable doux et brûlant lit et se laisse rôtir sur la plage tandis qu'un gars fait des ronds dans l'eau histoire de retenir son attention et tenter de l'approcher. Deux acteurs d'une pièce dont je ne verrais pas la fin.
Vers 13h15, je décide de couper la journée et tombe sur Sherley, un seau d'eau de mer et deux filets de moules à la main, qui rentre à la maison que sa famille nombreuse a louée pour la semaine. Elle est femme d'agriculteur, principalement de l'élevage avec plusieurs milliers de tête de bœufs et de moutons et vit à Stutterheim fondée par un allemand. Les deux litres de Ceylan que je prépare me donnent l'impression de découvrir un excellent breuvage digne des Dieux. En trois quart d'heure je me refais une santé avant de quitter dare-dare sans être certain de pouvoir atteindre mon but. Sherley quant à elle pense que je peux arriver à accrocher le dernier ferry mais je n'en suis pas si sûr. Il me reste deux bonnes heures de marche et la litanie de plages qu'elle énumère les unes après les autres m'apparait longue comme si je comptais entre les doigts les billes d'un collier ou les grains d'un chapelet.
Je ramasse pas mal de beaux coquillages et des abalones de plus en plus nombreuses avec de beaux reflets nacrés qui peuvent être offertes en guise cendrier. Je m'étonne de la quantité et en fais part à Sherley qui parle d'abus de la part des pêcheurs. La pêche sur la côte, y compris à la ligne, est interdite théoriquement. Aucun chalutier à l'horizon excepté les Chinois qui ratissent l'océan avec des filets. La viande des abalones, dotées de propriétés aphrodisiaques, est exportée vers l'Asie et représente des sommes importantes qui suscitent l'avidité. Je comprends la raison de cette multitude lorsque j'apprends qu'il y a une ferme d'abalones à proximité, celle-ci pouvant expliquer leur présence sur la plage. Elles disparaitront du paysage lorsque je dépasserai l'endroit supposé où elles sont élevées et cultivées.
A Marshstrand au nom prédisposé, la plage du marécage, les rochers ont été tellement polis et érodés par les éléments naturels qu'ils en sont devenus plats et forment un immense damier, un plateau de dalles de pierre accolées les unes aux autres comme si je foulais les ruines d'un ancien palais romain dont les colonnes auraient été renversées par un tsunami et seraient tombées à l'eau. Le Santu Spiritu battant pavillon portugais a donné son nom à la prochaine plage, celle des perles qu'il avait en soute lorsqu'il s'est échoué en 1608. L'océan en rejette parfois et certains les collectionne. Elles servaient de monnaie d'échange à l'époque. Il suffit de partir des pavés de la salle de bain romaine, traverser quelques siècles et se pencher pour les ramasser avant de continuer sur un plateau tout en alvéoles et concavités où chacune des pierres en cours d'érosion en est au stade de piscine miniature pour des elfes en repos au sortir de l'océan et transitant vers l'élément Terre.
Je fais toujours la lecture des plaques commémoratives des bancs, pas ceux qui annoncent le mariage mais celles dédiées au souvenir de ceux qui ont vécu et quitté les plages que je traverse. L'un d'eux me laisse songeur : "à la mémoire de Viv Hand (1909 - 28/09/2009) qui a aimé cet endroit et y a pêché pendant 60 ans". Le lieu de repos fait face à des rochers dans un cadre naturel dépouillé et réduit à son strict minimum, l'eau et le minéral. Les passages à flanc de colline et coupés d'épisodes avec des à-pics surplombant l'océan déchainé, de falaises entre lesquelles il faut louvoyer pour les dépasser donnent un caractère exceptionnel dans un cadre naturel impressionnant sauvage et rugueux à la bande du littoral avant d'atteindre Morgan Bay. Une petite crique donnant sur une plateforme herbeuse entretenue, sorte de parking aménagé en zone récréative et aire de repos avec toilettes et douches, permet le séjour à la journée. Je saute la butte d'où j'ai la vision d'une petite bourgade de gents puants bien propres et riches où tout est tracé et délimité au cordeau. Je ne m'y trompe pas. Je demande à un couple où se trouve le ferry. Ils feignent de ne pas savoir pour mieux m'ignorer. Il y a décidément des claques qui se perdent.
Qui peut alors mieux me renseigner qu'un agent de la police dont j'arrête le véhicule et me dit de monter. Je me retrouve ainsi enfermé dans la camionnette-fourgon qui fonce. Et si elle se renversait, j'aurais l'air malin à ne pas pouvoir m'extraire de ma cellule. L'agent s'arrête d'ailleurs quelques minutes et pendant qu'il fait sa course, j'ai beau récriminer, rien n'y fait. Je suis dans le panier à salade sans aération à transpirer comme vache qui pisse. Quand il roule, un ventilateur donne de l'air frais et me caresse le visage. Mieux vaut être seul passager à bord plutôt que dans un panier de crabe. Le conducteur dépose au passage le jeune qui m'a enfermé et continue sa course folle vers le débarcadère où il arrivant en klaxonnant, ce qui permet de retenir le ferry qui vient de quitter le quai. Il me libère et je saute sur la plateforme métallique sous l'air ébahi et ahuri des six piétons présents. Il est 17h37 et pari gagné, j'attrape le dernier bac.
Hip Hip Hourra ! Retour au Transkei. Je voulais absolument passer cette frontière pour me retrouver dans la zone de non-lieu. Quand nous abordons, un pick-up rutilant attend pour embarquer et rentrer à la maison. Un jeune en VTT arrive trop tard pour l'attraper et devra passer la nuit dans le village derrière la colline. Autant Morgan Bay est peuplé et habité de maisons blanches concentrées autour d'une plage de sable d'or fin, autant côté Transkei, le sable noir abonde et la pauvreté domine. Rien ne retient l'œil à part une zone de marécages asséchée parsemée de souches de bois mort au-delà de laquelle une barrière de buissons et d'épineux cache un cordon dunaire sur lequel folâtrent des légions d'oiseaux. J'ai quitté la piste carrossable vers le village, traversé la zone aride et me suis rapproché du littoral de sable noir grossier et meuble. Il ne crisse pas sous la semelle. Je dois remonter dans les terres pour accéder à une petit plage. Dans une herbage, je surprends au bout d'une piste avant de traverser le fourré pour y avoir accès, un véhicule collectif avec deux trios, chacun composé de deux males éméchés, bouteilles de bière en main, tripotant une jeune fille dont l'une cache un portefeuille à mon approche. Tout ce petit monde surpris ne prétexte pas lorsque je disparais à la nuit tombée dans le lit de la rivière Gxara où j'en profite pour procéder un bon décrassage.
Je persévère en totale liberté cheminant le long du littoral désespéramment seul, ce qui me convient très bien. Je n'en attends pas moins que la lune se joigne à moi pour m'éclairer et me montrer le chemin. Je n'ai pas pu marcher et m'avancer hier soir à cause de la pluie, ce qui m'a obligé à pousser et dépasser mes limites aujourd'hui confronté au vent. Ce n'est que partie remise. Je vais aller loin, ce soir.
Je dépasse une carcasse de bateau échoué, véritable squelette rouillé de baleine dont les côtes nettoyées de leurs chaires tels des pieux acérés pointent vers le ciel. J'en fais le tour et la traverse la cage thoracique sans rencontrer Judas.
Il n'y a pas trace de présence de Dieu, ni aucun humain dans le coin. Mes yeux et mes sens me guident. Mes pieds devinent le chemin. Je dois sortir de la plage et remonter à flanc de colline plusieurs fois car d'impressionnantes failles s'ouvrent devant moi à la clarté de la lune. Je contourne les brèches et finis par monter une dune pour accéder à un ensemble de résidences dont deux sont allumées et l'une d'elles occupée par deux hommes et une femme fluette à table autour d'un verre de vin. Je me présente et veux obtenir des infos concernant la prochaine rivière.
J'ai du mal à réaliser que l'endroit qui s'appelle "Trennery's hotel et Seagull's beach" (la plage des cormorans) est distant de 17 km de la Grande Kei ajoutés aux 56 km du sentier répertorié des "marcheurs de la plage" qui relie Gonubie à la Grande Kei, cela donne un maximum de 73 km (moins les trois effectués avec la voiture de police) à mon compteur aujourd'hui. Il me reste 8 km à parcourir dont trois jusqu'à la rivière Kobonqaba (il faut claquer la langue pour le prononcer correctement) et atteindre le complexe hôtelier de Wavecrest où je compte passer la nuit.
L'un des deux hommes m'offre un verre de Shiraz. Il me déconseille d'aller plus loin et s'étonne que je marche de nuit. Je leur en explique la raison, les rivières à passer à marée basse (22h21) qui conditionne mon avancée et la clarté de la pleine lune qui permet une vision différente des plages. A les écouter, ils ont les chocottes et ne bougeraient plus or je veux continuer sous peine de me retrouver bloquer une douzaine d'heures devant la Kobonqaba, ce qui est naturellement le moindre de leur souci. Leur partenaire très sympathique et accueillante contraste avec l'arrivée inopinée d'une force de la nature apparue comme un grain de sable dans l'engrenage qui va faire déraper le processus harmonieux mis en place entre les acteurs. Elle se sert du prétexte qu'il y a deux femmes dans la maison pour se sentir en insécurité devant un étranger et me demande si je veux passer la nuit d'aller frapper à la maison voisine où séjournent des pêcheurs, trois garçons forts et vigoureux. Je n'ai pas soulevé la question de mon hébergement puisque je veux continuer quoiqu'en pensent mes deux froussards qui n'objectent même pas un mot à la remarque insultante de la mégère. Son mari s'est fait tirer dessus il y a un an et demi. Je leur dis qu'avec la méditation, il y a longtemps que j'ai renoncé aux relations sexuelles avec les femmes (ou les hommes). Je n'hésite pas à lui dire qu'elle ne devrait pas agir ainsi et qu'elle fait preuve de rudesse vis-à-vis d'un "invité". Elle ne me donnerait pas envie de la toucher même si elle se déshabillait ou initiait un strip-tease. J'espère seulement, ce dont je doute, que son mari l'honore encore régulièrement car elle représente à mes yeux une montagne de chaires insurmontable à passer, une matrone infâme digne d'être élevée au rang de sorcière blanche du Transkei. Elle quitte la table emmenant dans son sillage la jeune belette. Je ne la reverrais pas.
Je prends un moment pour apprécier et finir mon verre de rouge. Je demande à mes deux hôtes: "Pourquoi viennent-ils séjourner trois semaines dans le Transkei s'ils ont peur et s'y sentent en insécurité ? ". Quand je sors et prends un moment pour aller voir si les gars d'à côté sont rentrés, à mon retour, je me retrouve le nez collé à la vitre de la porte-fenêtre fermée, le rideau tiré. Ils m'ont dit un peu tard que le trio s'était rendu à la rivière et disposait d'un bateau. J'espère les y trouver en continuant la piste, au moins les croiser s'ils sont sur le retour. Je presse la pas et tombe dessus alors qu'ils viennent de quitter. Je peux effectivement dormir chez eux mais je ne suis pas intéressé. Je veux poursuivre et je dois les convaincre de me montrer l'endroit où traverser sans risques car il est hors de question qu'ils remettent à l'eau le hors-bord rangé à l'arrière du pick-up.
Nous laissons le véhicule sur les hauteurs et deux gars m'accompagnent jusqu'au bord de l'eau. Ils me demandent s'ils peuvent prier pour mon salut. Au point où j'en suis, deux minutes de plus ou de moins, ce n'est pas ce qui va faire la différence. J'accepte. Chacun, une main sur une épaule - je suis habillé d'un T-shirt aux manches courtes mais sans slip de bain - ils demandent à l'être suprême de m'accorder sa bienveillance jusqu'à la fin de mon voyage. Si Dieu me voyait aussi court vêtu, ils me vouerait aux gémonies et m'enverrait au bouillon à défaut du feu éternel.
Je passe la Kobonqaba en trois temps, trois mouvements dont deux aller-retour avec, à chaque fois, un sac. Je les remercie de l'autre côté de m'avoir assisté et d'avoir attendu que je sois sain et sauf sur l'autre rive. Je poursuis au clair de lune sachant que j'en ai fini avec les traversées impératives pour aujourd'hui. Jésus n'a plus besoin de m'aider à marcher sur les Eaux. Le complexe de Wavecrest dispose d'une flottille pour ses clients voulant passer la rivière Nxaxo.
Je rencontre une épave de voilier et lis sur la bat-flanc : "Den Haag Holland". La côte est moins belle et moins riche en diversité, des rubans de roches noires divisent des encartés ensablés bordés par cette ligne verte de taillis infranchissables derrière lequel les pâturages d'herbe remontent en pente douce vers des collines et des vallons distants de plusieurs centaines de mètres. Peu avant minuit, la tour de contrôle de l'aérodrome en veille grâce à l'énergie solaire retient mon attention. Je m'y dirige et saute l'enclos du complexe où abondent de charmants bungalows à toit de chaume apparemment très confortables et cossus à l'intérieur. De la terrasse en bois du restaurant de cet élégant complexe, La vue sur les dunes à l'embouchure de la rivière Nxaxo est superbe sous la lune. J'en fais le tour avant de m'asseoir dans l'herbe devant une chambre meublée dont la porte n'est pas fermée à clef. Je suis éreinté après un parcours de 81 kilomètres effectué en seize heures. Les cartes me servent de références pour établir le kilométrage et la distance parcourue. Mes jambes sont fatiguées. Après une demi heure d'attente pendant laquelle j'appelle et je chante pour attirer l'attention, je m'enferme dans la chambre meublée et m'allonge sur le canapé. Il n'y a pas longtemps que je suis allongé quand le propriétaire des lieux frappe à la porte. Je lui parle tout en tournant la clef dans la serrure et lui explique mon histoire. Patrick, chef-cuistot, ne voit pas d'objection à ce que je surfe son canapé en toute légalité.
Quatre heures suffisent à régénérer les batteries avant de repartir chargé d'un saladier de porridge, des flocons d'avoine auxquels j'ai ajouté les biscuits salés cassés (genre TUC) des clients de l'hôtel et deux bananes noires coupées en petites rondelles. Je fais le plein de carburant et répartis mon énergie de façon équilibrée dans tout le corps avant de passer la Nxaxo en barque vers 8h30. Je suis réveillé depuis 5h30. Si je n'avais pas traversé la Kobonqaba hier soir, je serais en train d'attendre là-bas la marée de 10h40.
Après une marche d'une heure sur la plage dégagée dans la continuité des paysages entrevus la veille, les buissons ayant été gommés, j'atteins une résidence isolée avec trois motos garées à l'extérieur. Avec un fond de lait aigre, je me prépare un café viennois avant de continuer vers la baie de Mazeppa atteinte vers 13h00. Une passerelle relie une petite île au continent. Malgré la chaleur, je me dois de la visiter avant que l'eau ne remonte et y rencontre un Sud-Africain et deux Slovaques dont l'un est amateur de pêche. Des vagues puissantes viennent s'écraser sur la roche dont la forme évoque une langue énorme. Tout autour, à la ponte de l'îlot, le même scénario génère des gerbes d'écumes blanches et impressionnantes comme si les rochers étaient passés au détergent. Attention à ne pas glisser de la roche et se faire embarquer dans le tambour de la machine à laver, le grand tourbillon de la vie et de la mort qui vous fait vivre des sensations et voir des étoiles dans la cinquième dimension. L'océan déchainé a besoin d'offrandes. Les Dieux aiment se faire plaisir et laper sur la roche mouillée une jambe perdue qui en entraine une autre à l'eau. Les requins dont le coin est infesté en font leur amuse-gueule.
Parmi les cinq pêcheurs à la ligne tombés à l'eau en 2009, deux seulement sont revenus et ont été sauvés. L'un d'eux a été jeté par la violence des vagues et eu le corps fracassé contre la paroi. Les témoins horrifiés ont essayé de l'harponner avec leur hameçons et accrocher ses vêtements pour le remonter mais l'opération s'est révélée impossible. Des histoires incroyables de pêcheurs encore avec le Slovaque qui, avant-hier ayant attraper un petit requin de 60 kg en bout de ligne, en a vu surgir un de 200 kg qui a avalé, gobé et dévoré le premier. Nannie et Martie dans leur résidence, originaires de Stutterheim, me confirme le cas d'un requin qu'ils ont vu emporter par la jambe un gamin qui n'est jamais réapparu. J'ai besoin d'eau chaude et utilise le micro-ondes pour réchauffer du riz précuit. Je me prépare une salade de tomates, d'oignons avec un champignon ramassé sur le chemin qu'ils jugent correct. J'en ai goûté un morceau il y a un moment pour être certain qu'il ne soit pas vénéneux. Les symptômes apparaissent généralement entre quatre et huit heures après l'ingestion. Je déjeune comme un chef et le roi repu repart à 16h00 exactes le ventre ballonné d'avoir trop festoyé. Il lui faut absolument attraper en 40 minutes la navette de l'hôtel familial Kob Inn pour passer la rivière Qhorha aux eaux trop profondes. Je me donne une heure d'avance et parviens juste à temps pour héler le rameur qui vient me chercher en canoë.
A notre retour, nous le sortons de l'eau et je l'aide à le rentrer. Il ferme la porte du garage dans lequel sont entreposés de nombreuses embarcations. Il est 17h00. Sa journée est finie et il rentre à la maison accompagné de son fils. C'était la dernière, la prochaine demain matin à 8h00. J'ai de la chance d'avoir pu traverser. Il suffisait de dix minutes de battement et je me retrouvais tout penaud sur l'autre rive qui n'offre rien pour s'abriter. Je ressens la fatigue de la marche de la veille et m'étale dans l'herbe à côté des deux dernières résidences avec vue sur l'océan Indien. Je suis surpris quand je découvre à mes pieds la rivière Jujura dont je ne connaissais pas l'existence. La marée haute était à 16h50 et commence à redescendre pour être basse à 22h57. Le cours en amont encaissé dans des gorges n'offre aucune possibilité de passer d'une rive à l'autre. Devant l'étendue de la lagune, je choisis de me reposer et somnole avant de me dire qu'il faut peut-être que j'agisse avant la nuit. Je dois la sonder et la considérer comme une traversée ordinaire qui ne doit pas poser de difficultés. La pluie menace. Je m'aventure pour chercher les fonds sablonneux les plus fermes. La traversée sans être facile n'est pas dangereuse et je m'en sors rapidement avant de poursuivre à la nuit tombante. Le ciel s'assombrit à l'horizon et la lune joue à cache-cache derrière un épais rideau de nuages obscurs qui ne présagent rien de positif. Elle est en fait retenue prisonnière et empêchée de luire. Je ne suis pas au bout de mes surprises quand, à des intervalles d'une heure de marche, je fais face successivement à la Ngadla puis la Shixini sur lesquelles je ne comptais pas. Elles sont larges, de l'eau jusqu'à la taille et le courant est fort pour la seconde avec un niveau d'eau un peu plus bas du à l'heure avancée. Je poursuis avec un ciel dégagé au-dessus de ma tête et la lune qui sort de sa gangue. Je suis satisfait de les passer ce soir et de ne pas être retenu par elles demain matin si j'étais resté à Kob Inn.
Je veux arriver ce soir vers 23h00 à la rivière Nqabarha et passer sur l'autre bord. Je patauge dans la Kwagogo, de l'eau jusqu'à mi jambe. Les étoiles apparaissent avec le ciel s'éclaircissant. Une lumière attire mon regard à l'horizon et guide mes pas tandis que quand je me retourne, je distingue clairement le halo du phare de Mazeppa qui émettait jusqu'alors une lueur diffuse. Je pousse en direction de cette étoile du berger qui m'apparait lointaine. Elle est mon but à atteindre et ma raison de vivre le moment présent. Après une longue marche exténuante dans le sable tassé par la marée descendante, je saisis deux corps humains accroupis puis alternant avec la position debout, la ligne à la main. Je marque une pause et les observe. M'ont-ils vu ? Ont-ils peur ? Je vais au devant d'eux et trouve deux jeunes Xhosa sur le retour. Je les aborde et leur demande si la Nqabarha est encore loin et s'ils ont connaissance d'une possibilité d'hébergement en leur indiquant la petite lumière qui m'a guidée et vient de s'éteindre il y a dix minutes. Je la situe de l'autre côté de la baie que je confonds avec la bouche de la rivière. Ils hésitent et finalement m'accompagnent vers le lit du cours d'eau. En marchant, ils me pointent du doigt un crabe d'une belle taille que je bute du pied. Les pinces désarticulées, je le fourre dans un containeur avant de continuer jusqu'à la Nqabarha où ils m'indiquent l'endroit relativement tumultueux où traverser. Les garages de l'autre côté sont cadenassés et pas de gardien à l'horizon. Une piste de pierres difficilement carrossable remonte jusqu'à la pointe surplombant l'océan, le promontoire servant d'aire de camping selon ce que m'en disent mes guides.
Je sonde le niveau d'eau où je n'ai plus pied bien que ce soit la marée basse (22h57). Je suis embarrassé avec ces deux gars qui attendent que je tente le passage. Si je suis sur l'autre bord, ils peuvent récupérer mon sac et partir avec, le vider en partie et emmener ce que bon leur semble. Je n'aurais pas le temps de retraverser et les rattraper. Je décide de m'adosser, la tête sur le sac et leur faire comprendre que j'attends qu'il y ait moins d'eau même si je sais que je suis probablement dans l'heure d'étal et que le niveau ne baissera pas beaucoup. Ils parlent entre eux, finissent par se lasser et rentrer chez eux. Je n'attends pas assez longtemps avant de goûter à l'eau, perdre pied et me laisser emporter par le courant qui me dépose sur l'autre bord. Mes sacs sont d'un côté inaccessible et je suis sur l'autre bord. Si les gars m'ont entendu barboter, traverser la Nqabarha et reprendre pied sur l'autre bord, ils peuvent venir se servir.
Une inspection rapide des lieux et un tour des garages me convainc que je ne vais pas pouvoir trouver rien, ni personne pour m'aider. Je ne peux pas refaire deux traversées dans un temps minimum et passer sans mouiller mes deux sacs que je vois d'ailleurs impuissant prendre l'eau. Il doit être plus tard que je ne le pense et l'eau remonte. La seule solution, aller au camping et demander de l'aide. Nu-pieds, cul nul, je monte le raidillon en partie bétonné pour que les roues puissent mieux accrocher et parviens à deux rondavels surveillées par des chiens. Je crie "à l'aide". Une femme, la cinquantaine apparait. Je lui demande l'heure. Il est 23h32 et la marée est montante. Elle réveille Dave, un Afrikaner, la cinquantaine qui vit depuis 14 ans dans le coin et connait la Naqbarha. Il descend avec sa Land-Rover tandis que je pars devant avec les trois chiens qui se jettent avec délectation dans la rivière et y nagent merveilleusement. Dave, de grande taille, sait où traverser, de l'eau jusqu'aux épaules avant de repasser avec mon sac sur la tête. L'eau ne les a pas atteint. Je ne peux qu'acquiescer à sa demande et le suis avec le second sac à bout de bras. Je réussis à traverser la Nqabarha sans le mouiller. Il était temps que mes affaires me reviennent. Je rentre côté passager, une sangle accrochée au volant du véhicule retenant la porte qui bat en éventail et donne de l'air, un système d'aération auquel il fallait penser. Dave me propose de prendre un bain. Tous les soirs, il chauffe au feu un bidon d'eau couché de 220 litres. Un robinet lui permet de tirer de l'eau chaude à souhait et la mitiger avec de l'eau froide dans un baquet métallique qui lui sert de baignoire. Après maints hésitations parce que je viens de passer un cours d'eau, je le remercie infiniment tant mes sens apprécient l'eau chaude et mon corps, la douche, m'aspergeant de gobelets d'eau et procédant à un nettoyage profond des pores de l'épiderme.
J'en ai presque oublié le crabe. Si je n'avais pas eu besoin de mon récipient pour m'arroser, il serait resté dans son trou. Après la douceur du corps, je le fais bouillir un quart d'heure avant de commencer à l'éplucher tandis que Dave boit un café. Il travaillait sur une idée de projet du ministère de l'agriculture concernant la plantation de pommes de terre et intéressant 3000 paysans. Le projet avorté n'a pas reçu les fonds nécessaires pour des investissements à long-terme et attend qu'il soit débloqué. Il se qualifie de solitaire et ne s'entend pas du tout avec sa collègue qu'il qualifie de "menteuse impulsive". Il a obtenu après des entrevues à Umtata et l'autorisation du chef de la communauté locale de pouvoir habiter cet ancien camping et rénover les rondavels. Je continue à sucer le crabe sans en laisser une miette. Un seul suffit. J'ai l'impression d'être à une table d'un cinq étoiles et goûter le meilleur crustacé du monde tant la chair est blanche et fraiche. Il me tient éveillé jusqu'à 2h00 du matin alors que je suis épuisé. Je surfe une fois de plus le canapé dans la rondavel qui sert de cuisine. Même s'il n'est pas à ma taille, je m'endors profondément pour me réveiller vers 5h00.
Seul, je me prépare le café soluble que m'a offert Dave la veille et que j'ai naturellement refusé car il était trop tard pour que je puisse trouver sommeil ou trop tôt puisque minuit était déjà passé. Il arrive un peu plus tard et me rattrape car il lui en faut trois pour se mettre à jour. Je lui propose du pain frit, une spécialité de Martie qu'il acceptera au prochain café préparé par la gérante du magasin situé sur la route qui mène à la réserve naturelle de Dwesa à l'entrée de laquelle il me fait déposer. Deux employées trop zélées me causent des soucis à la barrière. Qu'est-ce qu'il m'a pris d'être rentré par la grande porte ? Je dois être accompagné. Elles essayent de téléphoner au responsable qu'elles ne peuvent pas joindre. Je leur suggère: "Vous ne m'avez pas vu, je ressors de la réserve et passe par la plage non grillagée" mais elles me tiennent. Elles finissent par me laisser rentrer. Je prétexte que je vais parler avec Ronnie, le ranger mais comme le sentier bifurque et part sur la plage pour rejoindre la rivière Mbashe, j'en profite pour m'éclipser quitte à me faire tirer les bretelles. Après plusieurs collines tombant à-pic dans l'eau, de débris de roches marquant la limite entre le végétal et la pierre, le panorama s'étend jusqu'à l'horizon, concentré à perte de vue sur deux baies en forme de croissants de sable blanc brûlants et cuisants sous les rayons du soleil. Il fait une chaleur torride. Je marche doucement et goûte la beauté de l'endroit. Je m'assois plusieurs fois notamment à une petite pointe, qui n'est pas sans me rappeler l'ilot de Mazeppa, entourée naturellement de rochers protecteurs brise-lame et surmontée d'une auréole d'herbe verte au centre de laquelle je m'assois et contemple le littoral. En repartant, je suis en train de longer la corne du croissant de sable de la dernière plage quand j'avise au loin un groupe. Je sens les difficultés s'annoncer avec mon refus d'être accompagné. S'ils viennent à ma rencontre, ils ont utilisé des moyens importants et déployé des effectifs importants. En avançant au-devant d'eux, je crois deviner deux uniformes verts, des rangers au milieu d'un groupuscule d'une petite dizaine de personnes. Je vais finir par les croiser, le fait est indéniable. Je peux les ignorer mais c'est mal me connaitre. Je plonge dans la marée humaine, des touristes en visite guidée accompagnés d'un ranger à qui je m'adresse. Ses réponses à propos du niveau d'eau de la Mbashe et de l'horaire des marées ne me satisfont pas. Il me fait remarquer que je devrais être accompagné. Je lui rétorque : "Si quelqu'un avait du me suivre depuis mon départ à Durban tout le long du littoral jusqu'à East London, il y a belle lurette que je l'aurais planté derrière moi. Bye Bye".
Je sais qu'ils se sont servis d'un bateau pour passer d'une réserve à l'autre, la réserve de Dwesa étant délimitée par la Mbashe au nord et la Nqabarha au sud. Elle a l'air en colère et pris la couleur des alluvions qu'elle charrie. Je l'ai vu de mon piton rocheux se déverser dans l'océan Indien avec la même intensité que la Grande Kei. Les eaux souillées de la rivière et celles de l'océan sont parallèles pendant plusieurs milles nautiques sans se mélanger. La différence de couleur notable entre les sillons est facile à observer. Avec les intempéries de la nuit et les éclairs aperçus à l'horizon, la Mbashe se jette dans l'océan chargée d'impuretés auxquelles je vais devoir faire face. Je m'y reprends à trois fois. Je tente le passage trop en amont et corrige le tir avec le sac en passant plus près de la bouche de la rivière. Lorsque je reviens, le sable se dérobe et je perds pied emporté par le courant. Je bois la tasse et finis par me rétablir après un faux-rebond, mes pieds retrouvant le fond du lit sablonneux. Je passe avec le sac-à-dos sans tomber malgré un puissant courant contre lequel je dois lutter avec mes cuisses. J'ai eu la chance de ne pas chuter au cours de ces deux traversées mais il s'en est fallu de peu.
De l'autre côté, dans la réserve naturelle de Cwebe, un bon point de chute avec des chalets "The Haven" à ne pas confondre avec "The Heaven" (le Paradis), une fausse perception qui illusionnerait et induirait en erreur Adam, le premier venu sur son l'origine du lieu. La réserve parait longue à traverser et je tarde à arriver à la der des der des rivières à passer absolument à marée basse (11h59) avant la dernière ligne droite jusqu'à Coffee Bay. Je souffle un quart d'heure à Breezy Point et bois un demi litre d'eau de pluie de récupération avant de passer un petit cours dont le niveau d'eau monte rapidement. Je ne suis pas certain qu'il s'agisse de la rivière Xhora et je continue à vive allure sans ralentir le rythme. Je ne suis guère surpris après une heure supplémentaire de marche en contournant une langue de sable de découvrir la Xhora cachée derrière un monticule sur lequel ont été construit des résidence mitoyennes les unes aux autres. Je jette un coup d'œil là où elle rejoint l'océan. Bien qu'étroit, l'endroit est profond.
Je sollicite le couple d'afrikaner qui habite la propriété la plus proche. Celui-ci me confirme que j'arrive trop tard. Il dispose d'un quadricycle et d'un jet-ski qu'il n'est pas prêt à sortir pour m'aider mais n'a même pas une simple barque à m'offrir pour aller sur l'eau. Celles qui sont retournées sur l'herbe ont des trous. Je dois attendre 23h32. Dans le pire des cas, il n'y a qu'une seule marée basse demain à 11h55. Ils me laissent rentrer à l'intérieur de leur jardin et me permettent de me reposer sous la véranda pour l'après-midi. D'un belvédère dominant la lagune, ils m'expliquent qu'il est possible de traverser la Xhora en trois points différents. J'ai fourni un gros effort physique sans me nourrir. Je me rassasie et m'allonge sans oublier de sortir du sac le poisson reçu de Dave et le mettre à sécher.
Avec huit heures de sommeil durant les deux dernières nuits, je rattrape le temps perdu. A la nuit tombée, mes hôtes mettent à disposition une chambre. Vers 22h00, nous décidons d'un commun accord de repousser la traversée à demain midi pour cause de lune cachée. Il n'y a pas de visibilité. Je dors profondément jusqu'à 8h00 le lendemain. Je suis heureux que la dame me propose d'allumer un BBQ pour braiser mon poisson à l'odeur incommodante. Cela m'évite de le perdre. Je brunch et le consomme jusqu'à 10h45 en gardant la tête et la queue pour un peu plus tard. Je n'ai aucun mal à passer la lagune à gué et continuer jusqu'à Bulungula où j'y rencontre Roxane, française établie au Cap et représentante de Voyages Aventures en Afrique du Sud. Avec son père, elle établit des contacts et un itinéraire de marche. Je suis dos à la rivière du même nom et ne vois pas que le niveau d'eau monte. Quand je me retourne, je suis surpris de ne pas pouvoir la passer. J'attends la marée haute à 18h02 avant de redescendre. Une nuit dans une rondavel pour la forme et le souvenir d'une dernière nuit sur la côte sauvage avant de retrouver "Hole in the Wall" au lieu de "Hole in the Cliff" et Coffee Bay avec ses petits airs d'Etretat.
Ce périple de trois semaines représente une distance de presque 500 kilomètres parcourus à pied depuis Durban jusqu'à East London à travers le Transkei alors qu'il est de 670 kilomètres en empruntant la nationale 2 pour rejoindre les deux villes côtières. A la question récurrente : "Pourquoi à pied ?", il est facile de comprendre que les endroits sur la côte étant difficiles d'accès, il est plus facile de les relier un à un, les uns après les autres comme en tissant un long fil plutôt que d'y passer sa vie à decouvrir / connaitre en famille le plus souvent un endroit du littoral chaque année et recommencer un peu plus loin durant les prochaines vacances scolaires l'année suivante.
Brandon me confie que le principal problème auquel la police doit faire face concerne les viols de mineurs (entre deux et quinze ans). Ils reçoivent une plainte tous les deux jours. Les parents partent travailler en ville et confient leurs enfants à la garde de personnes étrangères à la famille. Les boutiques ont le droit de vendre de l'alcool jusqu'à 4h00 du matin et dans la majorité des cas, les délits incriminés ont lieu entre minuit et 3h00 du matin. Les croyances ont la vie dure. L'une d'elle propageant l'idée qu'avoir des relations sexuelles avec une jeune fille vierge soigne du sida, favorise la propagation du sida tout comme les nouvelles technologies (Internet) et les téléphones portables y participent. Les filles les utilisent pour communiquer avec leurs petits amis qui leur promettent des avantages matériels auxquelles elles sont sensibles. Elles ont rendez-vous avec l'un puis avec l'autre et "vendent" leurs corps sans protection favorisant la dissémination du virus. Je quitte mon "sweet home" très tard dans le courant de l'après-midi avec deux policiers venus saluer leur collègue en congé.
Hibberdene est une petite station balnéaire où des familles entières viennent passer leurs vacances d'été. Je poursuis vers Woodgrange-on-sea puis tente de sortir de la plage trop sablonneuse à mon goût avant de me retrouver enfermé et cerné par des taillis d'épineux. Ce quart d'heure à chercher une issue et mon salut m'a permis de complètement mouiller mon maillot avant de l'essorer sur les rails. Je me mets de côté pour laisser passer le train. Il insiste et use longuement de la corne pour que je me gare plus. Je n'étais effectivement pas suffisamment à l'écart. A un carrefour, je cours jusqu'à un pick-up avec un couple et saute derrière jusqu'à Melville d'où je continue dans les roues des wagons. Cinq tentatives auprès d'Afrikaners pour trouver un toit se soldent par un échec. La première bien que non couronnée de succès est la plus mémorable. Je longe les murs de belles propriétés sur un chemin ombragé d'arbres magnifiques. Une barrière ouverte, je tente ma chance auprès d'une africaine qui m'écoute et m'avoue que le couple de propriétaire, des Belges, est chez les voisins chez lesquels je vais frapper. Je suis reçu par un Sud-Africain d'origine italienne qui m'affirme que les Italiens valent mieux que les Belges. Celui-ci se défausse par un "je ne vous connais pas" puis par une maison pleine, occupée par toute la famille avant de m'offrir la possibilité de rester dans son garage sans électricité. Je visite l'endroit. Bien que cela parte d'une bonne intention de sa part et que ce soit mieux que de rester sur la plage, je préfère quitter les lieux et aller voir sous d'autres cieux s'il n'y a pas possibilité de trouver mieux. La recherche laborieuse trouve son dénouement en bout de rue à Sea Park lorsque je bute sur une rue perpendiculaire et vois la voiture de police dans une propriété. Francois (de son vrai nom sans cédille), policier dans les sauvetages en bord de mer, m'accepte sans aucun souci pour la nuit. Après avoir hésité entre plusieurs endroits, il met à disposition son garage. Sa femme, ambulancière de métier, revient du travail vers 20h00. Sans rentrer dans la maison, j'ai le temps de faire connaissance et m'entretenir longuement avec ses quatre enfants, Ghislaine, Aliston, Danielle et Aron, ces deux derniers étant des prénoms bibliques, me précise Ghislaine. Sa mère de sang mixte, très douce, se montre réservée et sa grand-mère, réelle afrikaner, reste sur la défense en arrière-garde. Il m'a dit hier soir qu'il quitterait tôt et m'emmènerait à Port Shepstone mais je ne vois pas les portes de la maison s'ouvrir, ni personne être levé alors qu'il est presque huit heures, Tout est bouclé dans la demi-heure, les sacs, le thé préparé et le porridge avalé en face des quatre enfants assis sur la partie bar d'une cuisine à l'américaine. Je suis en forme et les divertis. Eux ne peuvent pas se lever tant qu'ils n'ont pas tous finis leur assiette, l'aïeule veillant à la croissance des petites graines et maintenant une discipline de fer. Sur le parking où Fafa me laisse, deux blacks, après une nuit de débauche, dorment, gorges déployées prêts à être égorgés, dans un pick-up aux vitres ouvertes immatriculé dans le Lesotho. Je passe une propriété "la Providence" qui aurait pu justifier son nom à mes yeux si elle m'avait accueillie pour la nuit. Toutes les grandes marques de supermarché (Pick'n'pay, Woolworths, Kwikspar) sont représentées dans la station balnéaire de Shelly, visiblement une agglomération qui concentre beaucoup de vacanciers. En marchant sur le sable très prolifique, parmi un parterre de guirlandes de fleurs, une poignée de roses écarlates et de pétales dissiminés, deux bananes et trois pommes, preuves éclatantes d'une puja, cérémonie d'offrandes aux divinités hindoues, font mon bonheur et remplissent mon sac plastique. J'ai mangé deux bananes mûres presque noires ce matin et voilà déjà leurs remplaçantes dans mon sac sans que je n'ai à me soucier de quoi que ce soit. "La providence" y pourvoit. Je croque une pomme au prochain gué.
Depuis Hibberdene, je suis passé sur la côte des hibiscus qui s'étend jusqu'à Port Edward et beaucoup plus populaire à cause des meilleures conditions d'hébergement à proximité des plages. Il n'y a pas foule sur la côte du soleil (Sunshine coast) où les estivants en petit nombre peuvent presque avoir la plage pour eux seuls. St. Michaels-on-sea a beaucoup de charme avec son bras de rivière qui divise sa plage familiale bondée. ça cogne ! La journée promet d'être torride. Je passe le pont plutôt que de me déchausser et rejoins Uvongo avant de me mettre à l'eau sur la plage de Lucien (Lucien beach). Qu'est-il venu faire ici ce Lucien ? Il y a des piscines d'eau de mer qui ont été construites le long du littoral et je baigne dans l'une d'elle. La mer à marée haute les remplit. Tout ce qu'il y a de plus rassurant quand des enfants accompagnent leurs parents à la plage. Trois enfants et un couple viennent de se poser apportant une chambre à air de camion. Un hot-dog vite fait pour chacun des membres et la fillette qui ne sait pas nager se met à l'eau avec la chambre à air, très vite rabrouée par ses vieux, impotents, qui ont une sainte horreur de l'eau. Je me tiens debout dans la piscine artificielle, sa profondeur ne dépassant pas un mètre cinquante, remplie d'algues vertes accrochées à ses murs d'enceinte. Elle est rappelée à l'ordre et illico presto sommée de venir les rejoindre. Pour accélérer le mouvement, le père va chercher la bouée. En descendant sur l'autre plage, je passe à côté de monceaux de viande étalés au soleil tels des phoques dans l'incapacité de se mouvoir de leur propre gré, attendant que la marée viennent les cueillir et les mette à la baille. Deux enfants creusent un trou aidé par leur père, la mère obèse assise, incapable de se mouvoir à cause de son handicap.
Deux couples, les quatre membres en surcharge pondérale, s'amusent à se laisser tomber et rouler avec le flux et reflux des vagues. Si l'un d'eux s'avance trop loin dans l'eau, ils ne pourra pas revenir en surface. A cause de leur poids, ils ont besoin mutuellement de se tirer les uns et les autres par la main pour se relever après que la vague les ait bousculé. Beaucoup d'enfants sont visiblement de parfaits petits monstres sur le plan physiologique, les noirs ou indiens semblent davantage touchés que les blancs. N'ayant pas le même métabolisme, les Zoulous et autres ethnies locales fixent plus facilement les hormones contenues dans les aliments. D'autres les éliminent. Cela ajouté à une mauvaise hygiène alimentaire du à l'ignorance donne des physiques effrayants dignes des personnages de "Freaks, la monstrueuse parade" (film NB, 1932 de Tod Browning). Je ne m'apitoie pas mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la compassion pour ces êtres prisonniers de leur ignorance. Les condominiums aux terraces en escalier et au noms évocateurs tels Laguna "la Crète", "la côte d'Azur" reviennent en force au niveau de la très courue Margate que je dépasse rapidement. Depuis pratiquement la plage de Shelly, j'emprunte un sentier littoral avec vue sur ces plaques tectoniques couchées, entassées les unes sur les autres et brisées par je-ne-sais quel mouvement de l'écorce terrestre. Le fracas des vagues à l'assaut de ces forteresses érodées, sur le flanc, offre un spectacle de jeux d'eau et de pierre orangées russisantes, attaquées par la salinité. La côte a complètement changé d'aspect et offre un autre visage depuis Uvongo. Margate offre une petite plage de sable coincée entre ces gigantesques et impressionnantes mâchoires naturelles. Attention aux requins et aux méduses dans ces eaux confuses. Je remonte sur le goudron et saute dans un pick-up à un stop jusqu'à Southbroom. Le pot d'échappement du gars claudicant, vivant de petits boulots dans la réfrigération, nous lâche. Un boucan infernal nous suit et le montre du doigt faisant de lui un "pauvre blanc" qui n'a pas les moyens de se payer une voiture correcte. J'en ai pas fini avec la misère morale aujourd'hui. Ayant des doutes sur la possibilité de rejoindre la plage, je demande légèrement égaré ma direction à Johannes. Il m'invite à m'asseoir et prendre une douche tandis qu'il a déjà bien entamé sa journée de bibine, du brandy mélangé à du coca. ça tombe bien ! Il fait très chaud et je voulais justement faire une pause. J'en profite pour laver mes deux T-shirts. Johannes, 70 ans, vit seul depuis une quinzaine d'années, lorsque sa femme l'a quitté, pour aller vivre à Durban, prendre soin de son père. Bien que la solitude le pèse, raison pour laquelle il boit, cinq chiens lui sont fidèles et Samy, une jeune zoulou (26 ans) le sert. Il n'a même pas eu le temps de passer un collier au dernier canidé acquis auprès de la SPA que celui-ci avait déjà filé à l'anglaise. Samy est absente pour la journée. Alors qu'il se montre légèrement agressif et que je n'ai pas à supporter ce genre de comportement, je m'apprête à le quitter, le ciel couvert, vers 16h00. Il me dit de rester dormir et d'apprécier l'endroit qu'il a construit de ses propres mains. Sa propriété non sécurisée avec vue sur la mer dispose d'un jardin botanique, ce qui contraste singulièrement avec les doubles murs d'enceinte hérissés de barbelés et vidéo-surveillés des voisins. Autour d'une bière, il cherche à me convaincre que Dieu a toujours été généreux et pris soin de lui. Nous tombons d'accord sur le fait que l'esprit et la matière sont distinctes. Il me demande de faire comme chez moi et finis par s'endormir sur le banc. Je flemmarde prêt à lever le camp. Deux DVD retiennent mon attention "Slumdog Millionaire" à propos du jeu TV "Qui veut gagner des millions" et "Gladiator" sur l'épopée romaine. Samy rentre entre les deux films avant de ressortir invitée à un "braai" (BBQ couleur local). Elle est satisfaite de sa vie privée liée à un chef de la police marié, sans compter les "petits nouveaux" et autres prétendants éconduits sur lesquels elle peut se reposer et compter. Elle peut toujours les rappeler. Elle ne veut pas se marier car elle ne veut pas être délaissée par son mari avec cinq gamins à la maison tandis qu'il va choper des MST à l'extérieur et les lui coller. Accrochée à son portable, la cigarette allumée entre les doigts, je remarque le blanc de ses yeux, jaune. Elle conçoit que son amant de policier lui fasse un enfant et sait qu'elle peut compter sur lui car il en a déjà sept de différentes femmes. Que chacun vive sa vie. Elle me dit que l'homme sait toujours ce qu'il faut faire en cas de coups durs et que c'est dans sa nature de courir plusieurs gibiers à la fois. Son père avait plusieurs femmes dans le kraal, nom donné à un village fortifié zoulou, et sa mère est décédée en 1999 lorsqu'elle avait seize ans. Quand je descends dormir dans son petit studio tout équipé avec salle de bains, cuisine attenante, frigidaire, TV, les produits d'hygiène sur une table à côté de l'ordinateur, les sous-vêtements sur le canapé et d'innombrables paires de chaussures abondent dans un désordre indescriptible. Une seule chose manque, les préservatifs. J'ai laissé à John l'un des deux sachet de préservatifs en distribution gratuite entre la frontière du Swaziland et l'Afrique du Sud mais le Sida ne passera pas par moi.
Les caractères et les comportements des Afrikaners et des autochtones sont si opposés et antinomiques qu'ils est difficilement concevable qu'ils puissent créer une société harmonieuse. Autant les propriétés des Afrikaners sont tirés au cordeau et d'une propreté impeccable, leurs habitudes de travail méthodiques, rigoureuses et exigeantes, autant celles des indigènes sont un capharnaüm d'objets hétéroclites, un vrai marché aux puces où il est difficile de s'y retrouver. Il n'est même pas question de complémentarité quand tout les oppose. Les Afrikaners vivent leur vie, les africains la leur, chacun de son côté comme un couple fatigué et usé qui ne se reconnait plus dans sa relation de l'un à l'autre. Ils se croisent et coopèrent quand les uns travaillent pour les autres dans les services publics - la poste, les pompes à essence, les poubelles, l'équipement...etc. - ou bien à leur service en tant que nounou, gardien, jardinier. Combien de couples mixtes dans le pays ? Les mentalités totalement divergentes ne leur permet pas de s'exprimer en cœur et à l'unisson sans compter que d'autres facteurs rentrent en ligne de compte. La religion par exemple qui a longtemps prétendu que les Boers, peuple élu, étaient investi d'une mission divine pour conquérir et "civiliser" l'Afrique australe. Il y a encore de beaux restes chez les Afrikaners avec une croyance implacable et inaltérable en un Dieu blanc et une souche noire inférieure. Johannes me ressort ce matin tous un tas d'idioties qu'il m'a déjà rapportées hier comme s'il avait étudié la Bible pendant des années alors qu'il les lit dans "The Philadelphia Trumpet", un bimensuel publié à plus de huit millions d'exemplaires qui lui est envoyé gratuitement. Suffit-il de le lire pour croire les articles basé sur des prophéties bibliques ?
Allez vous mêmes vérifier en ligne ces histoires incroyables sur www.thetrumpet.com Johannes ajoute qu'avec une cuite au Brandy, il ne se souvient plus de rien comme frappé d'amnésie et donne l'impression de me découvrir. Il ne sait plus comment je suis arrivé là - où m'a-t-il ramassé et si je suis français ou allemand, ce qui est plutôt gênant quand trois visiteurs arrivent dans l'après-midi et lui demandent qui je suis et la raison de ma présence. Il me confie plus tard qu'il est dangereux de rentrer dans sa chambre lorsqu'il y est, à cause des chiens qui le protègent alors que j'y ai tranquillement regardé deux films la veille lorsqu'il dormait. Les chiens ont sans doute pensé que j'étais descendu du ciel et jouait mon rôle d'ange-gardien auprès de leur maitre, ce qui leur a donné un jour de relâche. J'ai néanmoins partagé leur nourriture, celle dont les Bassouto en font leur met de base et leur "pain blanc". Le pap' dont je raffole et colle à l'estomac leur est servi quotidiennement. Chez Johannes, il sert à nourrir les canidés les "amis à quatre-pattes". J'ai eu mes deux rations aujourd'hui avec une sauce épaisse (gravy) et un morceau de côtelette, plutôt chanceux pour un animal à deux-pieds. Johannes a quand même meilleure mine lorsque je le remercie. Je suis juste tombé comme un cheveu sur la soupe et c'était son jour-sans. "Comme back" me lance-t-il. Il se déplace peut-être en fin de matinée en direction de Port Edward mais je préfère le devancer. Je piétine un peu au feu ou un Afrikaner me réserve ses vilains mots du matin. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il me lance méchamment : "Je t'appellerai si j'ai besoin de toi" (I will call you if I need you). Sur le ton de la plaisanterie, je lui chante en français que
"Tous les Afrikaners sont des malins, rudes, peu serviables, mal aimables, En chier un colombin dès le matin, ça risque de faire un jour intenable".
Le trio, le patron avec ses deux "ouvriers au black" à ses côtés, s'envole tandis que je reste scotché au feu rouge. Je remarque une berline qui tente de manœuvrer pour venir se garer sur l'aire de stationnement plutôt réservée aux combi-taxis. C'était plus facile de me faire signe au feu et de m'inviter à le rejoindre. Le temps avant qu'il ne repasse au vert est largement suffisant pour sauter dans la voiture. Mike Williams, 76 ans, Rhodésien (l'actuel Zimbabwe de Robert Mugabe), vient de déposer sa femme à l'hôpital pour une opération de l'épaule et m'invite à petit-déjeuner chez lui à Munster. Il habite à deux pas de la mer une belle propriété meublée de style victorien. Dans son jardin, un flamboyant dont le nom original "kaffaboom" (arbres des cafres) politiquement incorrect a été changé dans les années quatre-vingt dix au moment de la réconciliation et "milkboom", l'arbre à lait, espèce protégée dont les autochtones se nourrissent des baies rouges. Né à Shabani, à l'époque la Rhodésie, il a travaillé comme ingénieur à la mise en place de la mine d'amiante dans sa région natale et s'est battu aux côtés des combattants de la liberté ("Freedom Fighters") contre le mouvement d'indépendance de Mugabe. A la retraite, il a œuvré pour Spi-Batignolles au creusement du tunnel d'une longueur totale de 62,5 km reliant les deux barrages de Mohale et Katse à la centrale hydroélectrique de Muela, projet qui vise à assurer l'autonomie en eau de Jobourg. Il a été récompensé pour son mérite étant l'ouvrier le plus âgé sur le site. Il a trois garçons dont l'un banquier en Angleterre et une fille. Son grand-père est venu d'Angleterre avec les "Eighteen twenties", le groupe ayant été ainsi appelé parce qu'il ont émigré en 1820. Il s'est établi sur une ferme et s'est mis à produire du coton principalement. Son père a été pilote de guerre pendant le première guerre mondiale et a connu sa mère en réussissant un atterrissage de fortune sur un terrain de golf où elle servait le thé. Elle était l'unique fille d'une fratrie de treize enfants, les douze premiers étant des garçons. L'armistice signée, elle vint vivre sur la ferme au Zimbabwe et s'en accommoda fort bien. Jeune garçon, il se rappelle son cahier de commandes des produits alimentaires pour le camion qui venait faire ses tournées deux fois par semaine. Les fermes disposaient de l'électricité à l'époque, ce qui n'est pas encore le cas partout aujourd'hui en Afrique du Sud. Il est satisfait du changement opéré en 1994 même si rien de convaincant n'a été réalisé depuis. Selon lui, cela prendra une quinzaine d'années avant qu'un réajustement inévitable soit nécessaire. Les gars de l'ANC peuvent maintenant se faire une idée de ce que cela peut être de gouverner, les erreurs servant de leçons pour pouvoir avancer. Après une heure bien remplie de discussions autour d'un bol de porridge et de toasts arrosés de café et thé, je reprends mon fil conducteur, mon ruban de sable vers la plage de Glenmore et une succession de petites criques découpées dans une frange de rochers aux formes arrondies comme les doigts repliés d'une main posée sur la roche mère. Avec le temps mi-figue mi-raisin qu'il fait, j'ai un peu l'impression d'être sur le sentier des douaniers en Bretagne. Depuis le début du sentier après Shelly, de nombreux bancs commémoratifs ont été construits, chacun à la mémoire d'un être cher, disparu ou en l'honneur d'un couple décédé. Afin de mettre toutes ces âmes de mon côté et qu'elles me viennent en aide et me protègent pendant la traversée du Transkei, je me suis promis de lire tous les noms apposés sur les dossiers et avoir une pensée bienveillante pour eux. Je ne risque rien en procédant ainsi. En quittant le dernier où je me suis recueilli un moment, j'ai trouvé une paire de chaussures de marche au détour du chemin dans l'herbe. Elles devaient m'attendre là depuis plusieurs jours vu l'air vermoulu qu'elles affichaient. Les lacets étaient pris dans les œillets grippés à peine rouillés. Les herbes hautes les enveloppant faisaient un paquet cadeau, lequel m'a tenté avant que ne meurent les miennes. Je les ai cirées pas plus tard qu'hier, la fin d'un cycle ou bien l'heure de les mettre au placard. Je me rappelle avoir vu une paire de groles accrochées dans la cuisine chez Johannes avant de le quitter. Autant de signe qui me laisse penser que je peux les échanger et les garder en seconde main sans les mettre au rebut.
A propos de la bienveillance, j'agis de la même façon avec les chiens méchants même si je n'ai pas eu le temps de voir surgir le dernier. Sur la plage à Port Edward, je passe à proximité d'une Afrikaner qui remballe ses affaires en me tournant le dos et ne me voit pas venir. Le molosse, une tête de bouledogue, vient m'attaquer à trois reprises et mord dans mon sac plastique avant de revenir vers sa maitresse, afin qu'elle puisse l'attraper par le cou et le mettre en laisse. Les Afrikaners avec leur obsession de l'insécurité et leur phobie des noirs, ont des chiens domestiques vraiment impressionnants, autant de races interdites dans l'hexagone. Leurs maitres, comme si leurs physiques hors-normes de géants aux faciès de boxeurs loin d'être des enfants de chœur ne leur suffisaient pas pour impressionner, sont armés quand ils sortent et sont accompagnés de chiens de garde dont ils n'ont pas toujours le dessus. Une véritable spirale infernale, un engrenage sans fin contre toute logique, la roue du cycle de la peur ne peut être enrayée s'il n'y a pas de réflexion. La peur engendre la peur, la colère la haine... Pitié pour eux, ils sont ignorants et ne savent pas ce qu'ils font. Et ce sont ceux-là qui vous mettent en garde contre les noirs du Transkei...
Mon dernier acte de bravoure avant d'attaquer la côte sauvage et de contrevenir les mauvais esprits qui pourraient rencontrer ma route peut encore être qualifié d'acte de bienveillance même si j'ai bien failli y laisser une jambe il y a quelques minutes. Entre les rochers, un oiseau de mer se traine lamentablement et volète ici et là. Comme attachées au bec de l'oiseau, ses ailes sont retenues et liées le long de son corps frêle par du fil de pêche. Dans quel galère est-il allé se mettre ? Tout comme les humains, l'avidité et la tentation de la proie facile a pris le dessus et fait son malheur. Je l'approche doucement et le berce de paroles bienveillantes. Il doit sentir que je ne fais pas partie des prédateurs ou bien il est tellement en mauvaise posture qu'il n'a pas d'autre choix de se laisser aborder et prendre en main. Mes doigts touchent l'aile gauche qui la maintiennent plaquée sur le sable avant que la droite ne l'enserre au niveau du cou. Je dénoue délicatement le fil qui part du bec, emprisonne les deux ailes les rendant immobiles et inactives, lui enserrant le cou au passage. Il a sacrément du se débattre pour finir enroulé de fil. Je cisaille avec les dents le nylon des deux côtés de la tête de l'oiseau libérant les deux membres inertes que je maintiens collés au sol. Ce que je percevais dépassant du bec comme l'hameçon auquel était suspendu l'amorce, l'objet de son désir, est un flotteur. Dans son empressement à saisir au vol l'objet de son désir, il en a avalé l'hameçon. Son aveuglement et son ignorance ne lui ont pas permis de discerner et mesurer les dangers liés à sa cupidité dont il paye douloureusement le prix. En tirant sur le fil, l'hameçon ancré au creux de l'estomac, je lui fais mal. Si j'insiste, je vais lui arracher le tractus œsophagique et tout le système digestif. Je préfère abandonner l'idée et le laisser s'envoler. Je pense qu'il a peu de chances de survie mais j'ai fait de mon mieux. J'ai déjà lu des histoires d'animaux disséqués et autopsiés, cétacés ou mammifères, dont l'estomac contenait des débris inattendus et des membres entiers d'humains y compris les parures qui les ornaient tels une montre-bracelet ou un collier. Ceux-ci sont principalement le fait des tigres du Bengale, mangeurs d'homme, des crocodiles, des varans et des requins. D'autres de taille plus petites comme les pies peuvent ingérer des objets brillants telle une bague ou un diamant et ne pas pouvoir l'éjecter, ce qui peut être le cas de cet oiseau. S'il ne met pas en danger les parties vitales du corps habité, l'intrus devient partie intégrante du corps de l'hôte et l'habite pour le restant de son existence.
Le Transkei: la côte sauvage (Wild Coast). Depuis Durban, j'en ai entendu de toutes les couleurs à propos de cette Wild Coast qui s'étend de Port Edward jusqu'à East London et ses repaires de bandits, tous noirs évidemment, qui surgissent du bush, vous arrêtent au détour du chemin, vous demandent de vous déshabiller sous la menace d'un colt et vous laissent repartir tout nu, les mains dans les poches vides. Entre Brandon qui m'a avoué être tombé amoureux du Transkei "I love it !" et affirmer que s'il en avait les moyens, il y habiterait et Fafa qui m'a raconté qu'après une journée de marche avec une escouade de policiers, on leur a conseillé d'en rester là et ne pas aller plus loin, j'ai de quoi me faire du souci et hésiter à pénétrer le littoral considéré par certains comme une zone interdite aux étrangers. Ces détrousseurs de grand chemin aux faits non avérés, le bouche à oreille et le téléphone arabe assurant leur réputation au-delà des frontières de l'état du Cap-Est, hantent les plages de la région, connue autrement sous le nom de Transkei, du nom de l'ancien bantoustan crée le 26 octobre 1976 qui englobait cette zone littorale. La côte sauvage (Wild Coast) aux plages déchiquetées, reculées, isolées, difficiles d'accès, doit son nom aux nombreux naufrages de bateaux dus aux tempêtes redoutables et écueils immergés au cours des siècles derniers. Cette région, la plus sauvage du pays comme l'indique sa dénomination, pour cause l'une des mieux préservées du pays, est également la plus rurale avec de petits villages de huttes circulaires colorées en blanc, en jaune ou orange disséminées à flanc de collines verdoyantes.
La rivière Umtamvuna sert de frontière naturelle entre l'état du Kwazulu-Natal et le Cap-Est. Elle délimite le Transkei au nord, qui s'étend vers le sud jusqu'à l'embouchure de la rivière Grande Kei. Je longe la plage sans voir Port Edward, laquelle finit en pointe et cul-de-sac pour aboutir à cette barrière liquide impassable et insurmontable qui plus est, source de bilharziose. Je me mets à l'eau pour tester la profondeur. Il est plus sage de revenir sur mes pas et prendre le pont visible depuis le sable et par lequel passe la route 61. Deux pneumatiques barbotent dans la lagune, le père et son fils. La mère voilée en noir de la tête aux pieds, assise, attend tandis que le fils ainé apprête sa canne à pêche. J'engage le dialogue, juste curieux de connaitre leur origine. Je n'ai pas le mot de la fin car le jeune homme, réticent et légèrement sur sa réserve, ne se livre pas. Il me dit parler seulement l'anglais. Je remonte la lance de rampement des bateaux et pénètre dans la zone d'hébergement de luxe du "Caribbean Estates", des chalets loués à des familles d'origine musulmanes. Je reviens sur mes pas après avoir avisé un bureau marqué du sigle QVC où je ne suis pas le bienvenu, celui-ci assurant l'entretien de l'air conditionné. Le supérieur afrikaner demande à son subordonné de même souche d'emprunter un pick-up et d'aller me déposer à la grille d'entrée où tout est verrouillé et passé au sas sauf qu'ils n'ont pas prévu qu'un Français pouvait arriver par derrière. Je traverse le pont et au lieu de suivre la route vers Bizana m'engage vers la Wild Coast Sun, un ensemble de casinos dont je n'ai absolument rien à faire si bien que j'oublie complètement d'y faire un tour pour le plaisir. A l'époque où les machines à sous et les tables de jeu des casinos étaient interdites en Afrique du Sud, Sol Kerzner, un entrepreneur mégalomaniaque et imaginatif créa d'immenses complexes hôteliers et de loisirs dans la province du nord-ouest, Sun city et sa sœur jumelle Lost city étant réservées à une population aisée. Prenant prétexte de l'indépendance du Transkei et de la prohibition qui touchaient les jeux de hasard durant l'apartheid, West Coast Sun, le dernier avatar sorti de son imagination et affichant un faste ostentatoire, accueille désormais une foule de Sud-Africains de toutes origines. Je ne comprends toujours pas qu'il faille montrer patte blanche à une barrière de contrôle à moins d'avoir la baraka et repartir avec la cagnotte du casino. Je suis plus concentré sur mon objectif, celui de prendre un bon départ dans le Transkei et d'avoir l'attitude juste, la nuit n'étant pas loin. Je me sens comme glisser et être happé par l'événementiel, un peu comme dans un cocon qui serait un petit cumulus qui m'aurait servi de pneumatique pour traverser l'Umtamvuna.
Avant les barrières de contrôle pour accéder aux casinos, je discute à une station-service avec les trois pompistes dont l'un, d'une grande attention et extrême gentillesse, s'intéresse à mon voyage. La voiture de police de la communauté de Mzamba vient y faire son plein. Celui-ci me pose des questions et me dit comment faire quand il avise Xolany, élancé, presque le double-mètre, qui rentre chez lui après sa journée de peinture chez les "pirates des Caraïbes" payée 70 Rands. Contrairement à ce que le serveur à la station m'indiquait, descendre sur la plage et marcher jusqu'à l'embouchure de la rivière Mzamba et se retrouver devant un mur d'eau, nous bifurquons en direction de l'aérodrome en traversant le terrain de golf où tout est parfaitement vert et tondu. Les petites voitures avec leurs chauffeurs attendent les riches clients. Je l'ignore mais en optant pour ce raccourci, je rate la forêt de bois pétrifié située juste avant l'estuaire de la Mzamba qui n'en est pas une réellement car les arbres n'ont pas été pétrifiés enracinés debout. Comme des pièces rapportées, ils ont été déplacés et déposés avec d'autres sédiments avant que le processus de pétrification commence.
En attendant, nous dépassons un grillage derrière lequel est cachée une jeune femme assise à un bureau des entrées et des sorties ? Les herbes sauvages ne sont plus coupées et habitent les collines verdoyantes et grasseyantes au sommet desquelles se nichent les toits coniques caractéristiques de la région.
Avec Xolany, nous rattrapons Dlamini avec deux fillettes d'une dizaine d'années la suivant. Je crois qu'elles sont ses filles. Xolany et Dlamini se connaissent et papote le long du chemin. Il rencontre une connaissance tandis que nous descendons le canyon au fond duquel la Mzamba coule langoureusement. Nous jouissons d'une vue inégalable sur l'endroit où elle se jette avec l'Océan indien en fond de toile, les lumières du coucher ajoutant des nuances de couleurs rapidement changeantes sur la roche, la végétation luxuriante et foisonnante et l'élément liquide. Xolany s'attarde avec son interlocuteur. Nous partons devant et passons tranquillement le lit de la rivière après nous être déchaussés. Je remplis mon sac avec les sandales et les robes des gamines. Il n'y a pas de danger potentiel sinon celui qu'elles tombent et mouillent leurs effets. Autant qu'elles me les confient. L'idée de me baigner une dernière fois et me laver des sueurs de la journée m'effleure mais Dlamini m'attend pour remonter sur le plateau. Je comprends que sa maison est située plus loin que celle de Xolany, juste sur la falaise. Le voilà qui nous rattrape. Nous attendons qu'il soit sur la berge et je m'informe de l'itinéraire à venir. Il nous quitte en haut de l'escarpement et je continue avec Dlamini - son prénom Thabisile ou surnom Kissy - jusqu'à "une petite maison bleue sur la colline" dont l'entrée est orientée vers l'est car la croyance xhosa veut que les bons esprits viennent de cette direction. Les cases Xhosa sont à moitié peintes, du côté faisant face au lever du soleil jusqu'à la paroi reflétant les rayons absorbés lors des chaudes heures de la journée, la couleur réfléchissant la chaleur et gardant l'intérieur des cases fraiches et confortables. Dans le cas contraire des murs opposés, au sud-ouest et à l'ouest, ils sont laissés à l'état brut, la terre dont ils sont construit réabsorbant les derniers rayons de l'astre couchant et réinsufflant l'énergie solaire pour préserver les cases du froid pendant la nuit.
Une fillette nous a quitté en cours de chemin tandis que l'autre s'avère être sa petite sœur. Dlamini, jolie perle de 22 ans, est effectivement mère d'un petit garçon de treize mois qu'elle allaite encore. Sitôt arrivé, il plonge dans ses jambes et réclame sa tétée qu'elle lui accorde. Dlamini , une vraie perle, excelle dans l'accueil et ne m'oublie pas pour autant. Elle m'ouvre la porte d'une case, laquelle compte un double lit, un bureau avec quelques photos de famille et deux fauteuils. Je suis assez choqué que les gens puissent tenir de tels propos vis-à-vis d'autres qu'ils ne connaissent pas et n'ont pas approché. Je nage en plein bonheur, en totale liberté, en parfaite harmonie avec mes hôtes même si les mots pour la communication restent limités, Dlamini comprenant mieux l'anglais qu'elle ne le parle. Ses livres d'école sont empilés sur un coin du bureau. Elle a sept frères, l'un vit à Jobourg, deux travaillent pour les casinos et deux à la maison avec la benjamine. Elle me propose un café au lait que je refuse à l'heure qu'il est car je n'y suis pas habitué et cela peut m'empêcher de dormir. Je suis étonné de voir du riz en cours de cuisson dans la marmite sur trépied dans cette partie du monde. J'apprécie l'assiette recouvert d'haricots qui m'est proposé plus tard. Je préfère rester dehors à regarder le ciel étoilé et rêver en couleur du Transkei qui fait peur à tous ceux qui ne l'ont jamais atteint, connu ou découvert. L'humain a toujours peur de ce qu'il ne connait pas à commencer par son voisin ou par lui-même qu'il ne sonde pas suffisamment.
Au loin, les lueurs de l'aérodrome s'unissent aux lumières de Mzamba et illuminent l'horizon, mon ultime petite bourgade éclairée avant de pénétrer et disparaitre dans la nature. M'oublier dans le décor naturel. Je m'apprête à prendre congé et me retirer dans ma chambre lorsque son père revient du village et s'assoit sur le banc autour du feu dans un état d'ébriété avancé brisant le lien d'harmonie qui nous unissait les uns aux autres. Je le sens comme un personnage négatif, un peu comme si le diable avait fait irruption dans les murs et voulait tout chambouler par jalousie. Il me demande mon téléphone, la carte Sim qu'il veut utiliser, pour communiquer.
Quel ne fut pas ma surprise de voir le fils de Dlamini jouer avec un portable à mon arrivée. Quel nécessité d'en avoir un ? Que diable le besoin d'un téléphone à la campagne où les appels ne sont pas recevables ? Je n'ai pas la réponse sinon celle du statut social. Je n'ai pas fini d'être surpris. Il peine à imaginer que je n'en ai pas. Puis il me demande si je fume. Je sais que les paysans dans la région vivent de l'herbe qui pousse comme du chiendent. Je réponds par la négative, ce qui le rend suspicieux à ses yeux. La bonne odeur de cannabis se répand dans la pièce déjà enfumée par le bois se consumant.
Je quitte le lieu de vie définitivement sans bougie pour rejoindre ma case et trouver la sérénité. La porte fermée, il vient m'indisposer et insiste pour que je lui ouvre. Il a beau frapper. Je n'ouvre pas et lui intime l'ordre d'aller dormir. Si je le laisse rentrer, il va s'asseoir et a toutes les chances de faire l'inventaire de mes sacs. La tranquillit�� revient une fois qu'il s'est éloigné après que sa femme et sa fille l'aient appelé à rejoindre leur case. Je ne suis pas serein. Si je dois vivre d'autres expériences à ce point désagréables, cela risque de virer au cauchemar. Je n'ai pas envie de lutter avec les populations locales avides de ce que j'ai et de ce qu'ils n'ont pas. Je suis sur le qui-vive alors qu'il suffirait de m'asseoir, me concentrer et laisser filer ces idées négatives qui m'empêchent de tomber dans le sommeil réparateur dont j'ai besoin.
Je m'abstiens de sortir au réveil afin de ne pas avoir à le rencontrer. Dlamini m'apporte un plateau avec du café au lait, du pain découpé en tranches et une assiette de bouillie de maïs auquel j'ajoute une sauce pour lui donner du goût. Le père a quitté la maison lorsque je sors. Vers 7h00, munie de sa binette, Dlamini accoutrée d'une robe longue bleu ciel, d'un corsage à manche courte, coiffée d'un bonnet vert en laine et chaussée de bottes me montre le chemin. En descendant vers la plage, nous saluons au passage sa mère, en train de biner dans un champ, qui la taquine avant d'atteindre l'étendue de sable qui borde l'océan. Dlamini d'une belle écriture aux lettres bien formées m'a écrit correctement sur un bout de papier les noms des rivières que je dois traverser.
La marée étant basse à 8h15, je dois marcher rapidement si je veux en passer le maximum à gué et avancer sur la carte. Je traverse l'embouchure de la Mpahlanyana avec une facilité déconcertante ayant juste à me déchausser pour éviter de me mouiller les pieds. J'enchaine les longueurs de plage sauvages, désertes et isolées et profite du retrait de l'eau pour marcher sur le sable mouillé plus ferme. Les chaussures adhèrent bien au sol. La journée promet d'être chaude et aucune protection en vue à moins de se terrer dans les taillis où j'attends de voir surgir les mauvais garçons menaçants et les méchants noirs armés qui en voudraient à mes effets. Cela se résume à une course entre l'astre lumineux cognant déjà fort et dépasser mes limites pour gagner du terrain dans l'angoisse d'être agressé, attaqué et dévalisé à tous moments. Je n'ose pas imaginer le scénario, laissé pour mort, auquel je ne crois absolument pas. C'est pourtant le sort qui doit m'être réservé lors de cette traversée du Transkei selon les mises en garde des uns et des autres. Je croise en tout et pour tout trois pêcheurs à la ligne désespérément seul descendu de l'intérieur des terres pour se mettre un poisson dans l'assiette.
A un rétrécissement d'une plage de boulets, un vacher furète entre les rochers à la recherche de récipients. Je détache une gourde de deux litres et la lui tends. Je lui propose mes nouvelles chaussures avant de ressortir du sac les anciennes. Dès que je repars, je sens que je n'aurais peut-être pas du les donner mais je n'éprouve aucun regrets. Mes Caterpillar en cuir véritable subiront l'outrage du sel marin. Elles étaient idéales pour la marche dans le sable mais je n'en aurais rien fait à l'arrivée au Cap alors qu'il peut éventuellement les recoudre et les utiliser au lieu des ses bottes en caoutchouc. J'ignore jusqu'où elles auraient pu tenir. Le gars a lâché ce qu'il avait collecté et sa main s'est refermée sur ce que je lui ai laissé, preuve de son intérêt. La Mnyameni ne pose pas plus de problème. Le fait qu'il y ait dans l'étymologie du nom un peu de Nyana - sagesse en pali - me rassure. Je me dis qu'après tout, ce sont des rivières millénaires riches de sagesse qui ne peuvent que m'apporter du bonheur.
En me retournant, je crois rêver. J'aperçois coincées entre le jaune du rivage et les collines verdoyantes des dunes de sable rouge vif comme si des pelleteuses avaient retourné de la terre pour la construction d'une piste en latérite. Je ne comprends pas du tout leur existence, leur origine et ce qu'elles viennent faire dans ce paysage reculé du bout du monde car mon hypothèse ne tient pas debout. Lors de la guerre anglo-zouloue en 1820, le roi Shaka du KwaZulu appréhendant l'anéantissement de son royaume zoulou se retira avec des milliers têtes de bétail à l'emplacement de ces dunes rouges localisées derrière la frontière de son empire. Leur séjour de plusieurs années et les écoulements - selles et urines - qui en résultèrent colorèrent ces dunes. L'hypothèse, retenue pour expliquer la présence de ce cordon dunaire, est pour le moins fantaisiste. Je n'ai prends pas le temps d'aller marcher sur les dunes du mystère. Je reviendrai y faire un tour en juillet lorsque la chaleur sera moins accablante.
Je poursuis ma route du sable et atteins ce que je crois être la rivière Mtentu. Je peux me raviser et me rhabiller pour pousser plus loin. Je ne suis pas au bout de mes peines. A l'embouchure, un niveau d'eau correct permet l'immersion total du corps. Des habitations sur la rive sud, personne n'en sort ou bien n'est présent à l'heure où je me baigne. Une partie rouillée d'une turbine échouée me sert de ponton et me permet de garder mes pieds au sec lorsque j'enfile mes chaussettes mais voilà qu'une vague plus forte que les autres remet tout en cause. J'évite le pire et saisis le sac plastique avant qu'il ne soit mouillé et emporté. Dépité, dans mes petites chaussures retrouvées, je me remets en selle et allonge le pas jusqu'à la mère de toutes les rivières, la Mtentu, frontière avec la réserve naturelle de Hkambati d'une superficie de 40 000 hectares. Je la sonde à l'arrivée sur ses bords et fais face à un courant d'eau d'une vingtaine de mètres de large et d'une profondeur inconnue que je suis incapable de passer avec mes sacs. Je dois me rendre à l'évidence. Pas un chat à l'horizon, je sais que l'eau n'est pas leur fort, ni même un être humain avec une absence d'embarcation sur l'une ou l'autre rive.
Les limites de la réserve, où la pêche et la chasse sont interdites, n'ont pas été fixées par hasard. Ses gorges abrite une colonie de vautours griffon, une espèce en voie de disparition. La Mtentu est une véritable frontière naturelle inviolable. Je peux m'asseoir et contempler l'eau qui flue et reflue avec la marée montante. Je suis devant un mur d'eau insurmontable. Il faut voir à quelle heure sera la marée basse demain et tenter de traverser lorsque le niveau d'eau sera au plus bas. Je dois reculer mes sacs au fur et à mesure que l'eau monte. Je remarque sur le versant sud le toit conique d'une seule case tandis qu'en me retournant, j'en aperçois peintes de multiples couleurs sur les hauteurs. Je n'ai pas d'autre choix que de remonter à flanc de colline et y trouver refuge pour la nuit. Dominant de nouveau la rivière et retenu sur sa rive nord, je vois une construction en bois qui ne m'inspire guère et l'évite. Je la laisse sur ma gauche, la contourne dans l'idée de remonter la rive plus en amont. Je sais pertinemment qu'il n'y a pas moyen de traverser plus haut. Je tombe des nues. Devant moi, je découvre un ensemble de plusieurs chalets de deux lits à l'abandon avec un bâtiment principal pour l'accueil collectif. Ce que j'ai vu étaient les douches. Des panneaux solaires rouillés ont du être fonctionnel il y a quelques années. Je les visite un par un et en fais l'inventaire. Certaines pièces sont fermées et servent de débarras. Chaque chalet dispose de deux lits et d'un coin WC avec des toilettes sèches. Les matelas n'ont pas tous été volés et sont visiblement régulièrement utilisés par les chèvres avoisinantes, leur crottes ne laissant aucun doute quant à leur origine, lorsque la porte ouverte leur permet l'accès. Chaque cabine a une vue sur la rivière à partir d'un petit balcon. Les deux pans d'une moustiquaire côté balcon retenus par une fermeture-éclair empêche l'intrusion des insectes. Chanceux, je ne peux pas résister à piquer un somme vu que le soleil est au zénith. Je n'ai plus d'eau potable mais je peux passer la nuit dans des conditions confortables. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouir d'un tel luxe dans un lieu si isolé.
Ce camp, construit par Amadiba Adventures il y a une dizaine d'années au moment du changement politique donnant plus d'autonomie politique aux communautés locales, devait servir de camp de base pour des groupes en transit. Les projets mis en place ont avorté à cause de malversations financières, les fonds disparaissaient et n'ont jamais pu être retrouvés. Une partie des revenus devait bénéficier aux villages dont les chefs se sont montrés cupides. Il en reste ces structures en dur périssables qui ne dureront pas avec le temps.
Je suis réveillé par des gamins, visiteurs réguliers de l'endroit, gardien des chèvres. Ils prennent peur et s'enfuient lorsqu'ils entendent que je suis à l'intérieur. Ma principale préoccupation est de trouver le point d'eau. Je ne peux pas laisser mes sacs sans surveillance. Je sors et remonte en direction des cases. Je foule un terrain filtrant l'eau, espèce de tourbière où je dois faire attention de ne pas me mouiller les pieds. Entre les deux cases les plus proches de mon camp de base où je suis déterminé à passer la nuit, Tembissa descend à la source et vient puiser de l'eau stagnante, filtrée naturellement, pour faire la cuisine. Elle m'invite à la suivre. Je m'exécute. Elle me sort un fauteuil de jardin confortable sans nulle doute "emprunté" au camp avec une poche dans le bras pour recevoir la cannette de bière. Voilà un endroit incongru pour un tel siège ! Son mari travaille à Pietermaritzburg. Elle garde la case et ses trois garçons d'une dizaine d'années. Je suppose que les deux petits pâtres ont du la mettre au courant de ma présence.
Sabonga, un jeune étudiant de seize ans à l'anglais correct venu lui rendre visite, m'amuse avec son côté naïf. Mes réponses le déconcerte. Quand je lui dis que j'aime gober les oeufs, il me réponds: "it gives you a big dick" (selon la croyance pondo, gober un oeuf permet d'avoir un pénis énorme). Quand je lui dis que n'utilise pas de portable et que je ne conduis pas, il me demande : "any disease preventing you ?", il pense que des maladies m'en empêchent. Il a un horaire des marées que lui a laissé un pêcheur. Elle sera basse à 8h55 demain matin.
Après avoir fait connaissance et bu le thé de l'amitié, je remonte quelques cases plus loin et tombe sur Bongo Musa à l'anglais courant. Il est né à Bizana la localité la plus proche située sur la route 61 à quatre heures de transport (25 Rands), preuve que je suis loin de tout endroit civilisé. Il participe à la construction d'un éco village dans lequel un Afrikaner a investi qui comprendra plusieurs cases dont l'une servira pour la cuisine. Il m'affirme qu'il y a un bateau appartenant à son frère enfermé dans l'un des chalets mais je n'ai pas la moindre idée où il se trouve. Je doute qu'il soit dans ceux que j'ai visité. Où alors ?
Ceux qui sont venus et connaissent le Pondoland ne peuvent l'oublier, le cas de pêcheurs qui viennent occuper occasionnellement les chalets et lancer l'appât de ce côté-ci de la Mtentu. Je redescends au camp à la nuit tombée bien que Tembissa a tout préparé, le matelas, les draps et l'oreiller, pour me garder. Je décline l'offre.
Quand j'émerge, mon souci est de savoir quelle est-il. J'ai récupéré et médité une heure. Avant de refaire mon sac, n'ayant pas de montre, je n'ai pas d'autre choix d'allumer l'ordinateur pour lire l'heure. Il est 7h33. Je ne suis pas certain qu'elle soit exacte. J'ai un doute mais le décalage s'il y a ne dépasse pas la demi heure. Je grignote du pain avec du fromage et du beurre d'arachides et bois un fond de bouteille de thé noir préparé la veille. Je n'ai pas le temps de m'amuser et revoir Tembissa avant de tenter la traversée. L'eau n'attend pas. Je descends à la rivière et note le niveau d'eau beaucoup plus faible mais le canal, principal vecteur du courant, est toujours profond. Je le sonde à plusieurs reprises sans succès. Si je n'avais pas le poids des sacs, ce serait jouable mais, dans l'état des choses, ma mission parait impossible.
Je suis rhabillé, prêt à remonter au chalet lorsque j'ai l'idée géniale d'inspecter la rive en peu plus en amont à partir du lit de la rivière. Où se trouve le canoë pour faciliter le passage ? Un sentier remonte sur la colline. Sur un parterre d'herbe, git un vieux pédalo, sorte de planche à voile flottante hors d'usage, qui peut me permettre de poser mes sacs et me laisser flotter d'une rive à l'autre. Je continue mon exploration et découvre à mon grand étonnement un second camp de tentes plus récent et confortable que le premier. J'en reste ébahi. Il y a possibilité d'héberger sur les deux camps une quarantaine de personnes, ce qui n'est pas peu vu l'endroit. Les poubelles sont propres et l'une d'elle, avec des détritus dans le fond, a été utilisée récemment, preuve que des pêcheurs Afrikaner viennent et restent plusieurs nuits. Je ne m'attarde pas. Je n'en ai pas le temps, l'eau remonte. Même si j'ai trouvé le moyen de faire le Grand voyage et de me propulser sur l'autre bord, je dois passer à l'action. Je dois traîner la planche jusqu'au bras d'eau, ce qui me fatigue après mes tentatives de traversée. Je tente le passage avec le sac à main que je dépose dans le creux du siège. Quant aux chaussures, je les attache aux lanières qui m'ont servies à empoigner la planche et la traîner. Je m'allonge de tout mon long, la pousse d'un pied, glisse sur l'eau - trop tard pour reculer - et barbote avec les deux bras pour la pousser et éventuellement corriger sa trajectoire et la redresser. Je n'ai aucun mal à atteindre le but que je me suis fixé. Je fais l'aller-retour deux fois. Je sors de l'eau ma planche salvatrice et la laisse en évidence coincée entre des rochers. Je suis pleinement satisfait de pouvoir continuer. La case aperçue depuis le lit de la rivière hier est vide et fermée à clef, les vitres de la fenêtre brisées et le verre jonchant le sol pavé.
Je pars entre les collines rejoindre les chutes de Hkambati à une demi heure de marche. Je découvre des cascades somptueuses d'une beauté incomparable sur trois niveaux, la dernière en forme de fer à cheval se jetant de la falaise et finissant pratiquement dans l'océan distant d'une centaine de mètres. Un passage à gué scabreux permet le passage des véhicules. Une barrière cadenassée empêche d'y accéder. En remontant le cours d'eau, la végétation très dense, compte une variété de palmier spécifique que l'on trouve seulement ici et sur les rives nord de la Mtentu et la Msikaba, la limite naturelle sud de la réserve. Le sentier aboutit dans une grotte avec une vue cachée sur la seconde chute plus difficilement accessible à pied. Je remarque une seconde grotte à l'étage supérieur avec une passerelle qui y conduit. Je n'ose pas imaginer que des lits de camp y ont été installés. Il me faut du temps avant d'en trouver le chemin qui y mène. Entre les barreaux accolés, des crottes sèches que je nettoie. La vue sur la cascade de cette antre est superbe. Elle mérite le qualificatif de "grotte de Bouddha" (Buddha's cave). Je suis vraiment fortuné de pouvoir connaitre ce genre d'endroit. Je la quitte à contrecœur pour remonter plus haut et traverser la rivière en équilibre sur les rochers qui canalisent l'eau avant sa chute. Je me retrouve de l'autre côté et effectue une balade en boucle en revenant à mon point de départ où je suis arrivé. Je repasse à gué tandis qu'un porte-containeur remonte la côte en direction de Durban d'où je viens. Passage de relais, chassé-croisé, le voyage sur l'eau ou sur terre continue vers la baie de Gwe-gwe à une heure de marche. Les sentiers de randonnée sont convenablement banalisés. Je découvre avec surprise 7 bungalows en toit de chaume sur la rive sud de la rivière Khwanyani. Je parle avec de jeunes volleyeurs dans le lit du cours et remonte vers les cases pour les trouver ouvertes mais vides. Un couple que j'avais remarqué se lève et vient me retrouver. Je demande s'il est possible d'avoir de l'eau chaude pour préparer un thé. Derrick, mon interlocuteur, me raconte l'histoire de la réserve naturelle de Hkambati dont sa famille et son père Tuck présent font partie intégrante. Ils y ont vécu leur jeunesse, en connaissent tous les recoins et y viennent tous les ans. La réservation des chalets doit être faite une année à l'avance au moins.
En 1904, l'église anglicane arracha le droit de propriété d'une bande de terre longeant le littoral pour mettre ne place une ferme d'élevage qui permettrait de nourrir des lépreux et plus tard des tuberculeux. Elle s'étendait sur douze kilomètres, entre la Mtentu et la Msikaba, ce qui correspond à l'actuelle réserve et pénétrait sept kilomètres dans les terres. Le père de Tuck, métayer de la ferme d'état, habitait la résidence, raison pour laquelle le territoire n'a pas de secret pour lui. Avec les progrès de la médecine et les moyens de guérir la lèpre, la mise à l'écart des contingentés n'eut plus de raison d'être. La ferme fut racheté par le département des parcs nationaux à la condition stipulée dans le bail de 1904 que tous les ouvriers soient réemployés. Elle devint réserve naturelle et des agents furent mandatés pour s'occuper de valoriser les séjours dans la réserve et l'autonomiser avec la construction de rondavels.
Lorsque Derrick, après m'avoir gâté de côtelettes d'agneau, me reconduit sur le sentier, j'ai le droit à une haie d'honneur de la part d'un troupeau d'élands venus nous saluer. J'ai à peine quitté l'endroit que je croise sa sœur, son beau-frère et leur gamine qui reviennent de balade. Dans les prairies que je traverse, j'aperçois des bubales rouges curieux et peu farouches et d'autres élands qui gambadent dans l'herbe. Je fais une pause sur un ensemble de rochers détachés du continent, scission causée par une petite chute d'eau dans laquelle je trempe les pieds. J'arrive à la Msikaba à la nuit tombante. Je n'ai pas moyen de la traverser et dois trouver refuge à l'ancienne résidence du médecin-chef Drewe qui occupait le poste auprès des lépreux. Bâtie sur un promontoire, véritable nid d'aigle, elle surplombe la rivière dans un cadre somptueux. Je la remarque depuis la plage mais n'ai pas idée comment y accéder surtout qu'il fait pratiquement nuit. Je suis des traces de pas lourds bien marquées dans le sable qui mène vers l'escarpement. Je découvre un sentier niché entre deux pans de falaise. Je l'emprunte et débouche sur une terrace où une piscine m'attend. Je crois de nouveau rêver. La vue sur l'océan est magnifique. Je fais le tour de la résidence et tombe sur Bayanda, lui-même visiteur. Il me dit d'attendre le gardien de nuit. J'en profite pour me baigner et me décrasser dans la piscine. Je patiente sous la véranda mais des insectes minuscules m'assaillent en masse. Leurs piqures douloureuses me poussent à bouger et aller voir Bayanda. Avec une lampe à acétylène, nous partons à la recherche de Bonan.
Pour rejoindre la réserve, il faut venir de Flagstaff et passer par l'ancien hôpital de la Ste Croix où avaient lieu les admissions avant d'atteindre la barrière d'entrée, à cinq kilomètres de distance. Nous pénétrons le cœur des habitations du personnel médical reconvertis en pavillons de vacances et rencontrons Bonan au détour du chemin. Il m'emmène dans une pièce à un lit, ce qui me suffit pour passer la nuit et écrire car j'étais persuadé que j'aurais de l'électricité ce soir. Derrick a peut-être pensé à m'inviter pour la nuit. J'aurais été ennuyé car je sentais (que je pouvais attraper) le courant. J'en profite après deux nuits sans jus. Je dine des deux sandwiches préparés par Derrick et ronge les côtelettes d'agneau. Une énorme casserole pleine d'une purée froide de maïs et d'haricots est restée sur la plaque chauffante mais je n'y touche pas bien que l'envie me tente. J'ai oublié de demander à Bonan si je pouvais y goûter.
A ma grande surprise, le matin, il veut tout jeter et faire du riz. J'ai le droit à mon assiette de purée. Je transvase le reste et la récupère pour plus tard. Quel dommage que je ne l'ai pas su plus tôt. J'aurais pu partager les côtelettes d'agneau. Je quitte à l'heure appropriée pour profiter de la marée basse (9h29), saluer Bayanda et passer la Msikaba tranquillement de l'eau claire jusqu'à la taille.
Bon Dieu ! Qui a trouvé la clef à tourner le vent ? Je l'ai en face de moi, la première fois que cela m'arrive et signe de pluie et mauvais temps. Bien qu'il soit violent, je saute de rocher en rocher joliment érodés et polis par l'océan comme un nain le ferait sur les doigts repliés d'un géant endormi. Gare au réveil de l'ogre ou aux faux-pas du petit Poucet randonneur et attention à ne pas glisser entre les phalanges et se retrouver avec une entorse ou un pied foulé. Il fait chaud dans la baie de Lambasi, la baie des moules dans le dialecte local et de nouvelles petites chutes d'eau avec de petits bassins appellent à la baignade.
Une résidence qui ne paye pas de mine héberge trois couples des environs de Scottburgh avec lesquels je fais connaissance, l'un dans la plomberie, le second agriculteur et le troisième garagiste. Le cultivateur produit 12 000 tonnes de canne à sucre à l'année vendue 2500 chacune selon la teneur en sucre qui peut varier de 14 à 17% et 75 tonnes de noix de macadamia. L'un d'eux a un gars au Zimbabwe. Il y sont allés en juin et la situation s'est amélioré. Nous passons d'un sujet à l'autre et les heures les plus chaudes passent autour d'une tasse de thé et de biscuits. Leur habitation vétuste dans laquelle fait partie des constructions jugées illicites, construites tandis que la bande côtière faisait partie du Transkei. L'histoire raconte que les terrains étaient cédés par les chefs de village pour une bouteille d'alcool et la construction sauvage se faisait rapidement. Le département dont dépend le littoral de 110 kilomètres qui s'étend depuis la rivière Umtamvuna jusqu'à Port St John dont il est question de faire un parc national surveille et sanctionne sévèrement les implantations illicites en les détruisant et imposant de lourdes amendes. Devant l'avenir incertain de leur demeure, ils investissent juste le nécessaire pour pouvoir y venir et y rester.
Je continue à sauter le long du littoral jusqu'à Port Grosvenor avec le vent de face. Attention à ne pas sombrer comme le bateau qui a donné son nom à l'endroit. En 1782, un galion quitte la côte orientale de l'Inde en route vers l'Angleterre et s'échoue dans la baie. Plusieurs écus d'or lavés et rapportés par les flots sont retrouvés sur la plage. La légende rapporte qu'il transportait le trophée, un paon orné de pierres précieuses, remis à Shah Jahan, architecte du Taj Mahal. La fièvre s'empare des uns et des autres. Un chercheur de trésor sans succès dans sa démarche a l'idée géniale de creuser un tunnel pour atteindre l'épave et remonter les différentes pièces en les treuillant. Ironie du sort, 222 ans plus tard, presque jour pour jour, le China BCC, porte-conteneur surveillé par les Etats-Unis, L'Angleterre et la France et suspecté de transporter des réactifs nucléaires depuis les Caraïbes en direction de la Lybie, s'échoue dans la baie. L'épave gît par morceaux entre les rochers, deux, dont la salle des machines étant plus imposants. J'ai le sentiment d'avoir dépassé Port Grosvenor depuis longtemps et pourtant, je ne vois rien venir excepté un groupe de gens endimanchés qui ont l'air de tenir un conciliabule, debout sur une butte de sable à 600 mètres de l'océan. Sont-ils en train de faire des plans et prévoir de nouvelles constructions ? Je veux leur parler et, après avoir laissé mes sac à terre, je me dirige vers eux. Voilà que la tête de l'hydre, deux hommes en pleine discussion, m'ignore et quitte dans l'autre sens. Je réussis à attraper la queue difficilement et parler avec une femme habillée d'un T-shirt Gucci, de boucles d'oreilles, d'une bague et d'une montre, autant de preuves d'opulence. Si je me fais attaquer avec mes chaussures éclatées, mon sac à dos déchiré tout comme l'est mon pantalon, mon agresseur risque la déception tandis qu'il décrochera le gros lot avec cette proie toute désignée. Le petit groupe derrière n'a pas vraiment envie de me parler mais elle s'auto-désigne pour répondre à mes interrogations. Ses réponses ne laissent pas paraître le moindre sentiment d'amabilité et sont sèches et courtes comme si elle n'avait pas envie de communiquer ou pour abréger la relation. Je lui demande l'heure "18h05". Elle me lance "7 kilomètres vous séparent du prochain camp" avant de me tourner le dos sans que j'ai le temps de m'informer d'où venait le groupe. Elle ne doit pas ignorer que parcourir 7 km dans un tel décor nécessite deux heures.
J'atteins "Goss point" et l'embouchure d'une rivière, dont je n'ai pas connaissance, au bord de laquelle je fais face à un véritable palace, une résidence somptueuse digne d'un émir saoudien, une maison couverte de chaume aux multiples pièces et chambres luxueuses, une suite princière en forme de pétale de fleur de lotus inimaginable dans un tel lieu naturel qui représente un entretien exigeant et un cout prohibitif. Elle a servi à abriter les vacances de Noel 2005 du couple présidentiel Thabo Mbeki et appartient à Piet Goss, richissime personnage influent dans les affaires et directeur du complexe hôtelier d'Umngazi, dont le cap porte son nom. Son père a commencé avec une quincaillerie à Lusikisiki et son fils, plus opportuniste, a mis les bouchées doubles et saisit les opportunités qui se présentaient à lui et est devenu riche comme Crésus. Je suis tombé sur le nid douillet du groupe rencontré il y a une demi heure. Je me demandais où pouvaient-ils rester vu que je n'avais pas idée de l'existence de cette "mansion". Une rondavel ordinaire ne pouvait pas suffire à de tels bourgeois. La rivière est visiblement trop profonde pour que je puisse la passer. Je ne veux pas me retrouver nez-à-nez avec eux une nouvelle fois, vivre un cauchemar et avoir à débattre où passer la nuit vu qu'il n'y a pas d'autre endroit hormis quelques rondavels adjacentes dont l'une sert de cuisine et les diverses dépendances pour le matériel d'entretien. Hélant le personnel de réception sans voir arriver personne, je pénètre dans l'antre - je me souviens de celui qualifié de "grotte du Bouddha" totalement démuni de toute artifice en opposition complète avec celui que je visionne - rempli de beaux livres, de lits de rêve à la literie brodée, de tables, de canapés et fauteuils de bois exotiques, de tentures, de drapés et rideaux immaculés. Je suis ébahi devant de luxe. Les pièces, en enfilade dessinant un octogone, sont concentrées autour d'un jardin, patio à ciel ouvert. Je poursuis mon enquête vers un couloir couvert qui relie le salon à la cuisine et tombe sur deux serveuses corpulentes, l'allure de matrones, des physiques de munichoises à la fête de la bière "oktoberfest" capables de servir 6 à 8 bocks à la fois, transposées en Afrique Australe. Elles me montrent la sortie avant que je ne récupère mes deux sacs laissés à l'entrée et m'introduisent auprès du cuisinier dans un rondavel qui dispose de la TV. Il m'emmène loin derrière les bâtiments et descendons ensemble à la rivière que la propriété domine avant de la remonter en amont et parvenir à un passage à gué. Le cuisinier met du temps à quitter les lieux. Je veux me dénuder et baigner quelques minutes dans l'eau, y goûter et éliminer la fatigue d'une journée chaude. Refroidir le corps et le nettoyer de sa sueur avant de tomber dans les bras de Morphée. Il me reste pourtant une bonne heure de marche pour atteindre mon point de chute.
Une autre surprise m'attend. Le paysage change totalement. Les décors sont ceux d'un autre film. Là, où la côte n'était qu'une succession de roches tabulaires, de pitons joliment érodés et polis ou d'aiguilles plus agressives, je fais face à des pâturages ondulants par monts et par vaux. Cela complique sérieusement l'itinéraire. Où le plat pays - la frange du littoral plat - m'incitait à avancer à la vitesse que je voulais, je suis maintenant dépendant du terrain plus accentué où paissent des troupeaux de bêtes à cornes, bœufs pour la boucherie et vaches allaitantes surveillés par des pâtres. Quand les autochtones ne gardent pas les bovins, ils prennent soin des humains et sont à leur service. Leurs rôles sont interchangeables. Ils ont d'autant plus de mérite à travailler avec la gent animale qu'avec le genre humain toujours en train de les conspuer. Je n'ai plus d'aperçu sur le littoral puisque je le domine. Il est à mes pieds et je le piétine. Les collines finissent dans l'eau. Le seul point commun est la couleur dominante de l'herbe, le vert dont je suis entouré et me donne une lueur d'espoir de voir la lumière ce soir. J'arrive à la nuit tombée et bute sur Bafundi qui m'emmène voir Piet, son père qui m'accorde l'hospitalité dans une chambre de deux beaux lits rapprochés. Dans le couloir de l'entrée du pavillon où trône un canapé contre le mur et des fauteuils, les femmes ont été à la pêche aux moules, les décoquillent et les font sécher sur la table. L'ambiance de luxe de qualité bon marché qui règne dans la maison n'est pas sans me rappeler celui d'une récemment visité. Je ne peux me retenir de goûter les bivalves avant de rejoindre ma chambre "de luxe". Avec gourmandise et délectation, je m'en empiffre au risque de me rendre malade. Les locaux en ont tous les jours au menu ainsi que les écrevisses dont la saison est ouverte du début mars jusqu'à la fin octobre. Piet, l'esprit ouvert et cultivé parle l'anglais, l'afrikans et le xhosa. Il joue le rôle de coordinateur et veille au bon déroulement du séjour des familles afrikans qui viennent louer les maisons pendant les vacances du nouvel an et à Pâques. Au réveil, je ne m'attends pas à ce qu'il vienne avec un demi litre de lait chaud et de la ricorée. Nous réchauffons et consommons le pap avec des moules et des chapeaux avant que je ne m'éloigne pour traverser le fleuve. Cette rivière Lu-Patthana comme les enseignements supérieurs du Bouddha "abhidhamma" renferme un chapitre de son cours sur les conditionnalités "patthana", les événements insignifiants de la vie qui s'articulent les uns avec les autres et inter réagissent notre vie quotidienne comme dans un fondu-enchaîné ou les pages d'un livre que l'on tourne ou bien les paysages se succédant les uns aux autres comme je viens de le vivre, ce qui ne se fait pas sans phénomène subtil caché ou à peine perceptible.
Je continue d'une traite jusqu'à la cascade bluff qui se jette littéralement dans l'océan. Elle est visible seulement de la plage. Les points de vue sont différents à chaque niveau de la falaise selon que l'on voisine avec le rez-de-chaussée ou s'arrête à l'un des étages. La vue depuis la terrace et les piscines au-dessus de tout n'autorise pas la vue sur la chute mais permettent de traverser la rivière avant qu'elle ne fasse le grand plongeon et le passage à gué de se croire dans un paysage alpin de Suisse valais sauf que les vaches n'ont pas les cloches aux cous.
Avec le terrain vallonné et les vastes zones de pâturage, je ne vais peut-être plus autant mouiller mon pantalon qui tient presque debout à cause du sel marin. Des traces de poudre blanche sur un jeu de jambes noires comme si la voie lactée était descendue à mes pieds. J'ai l'occasion de pouvoir gommer cela et repartir avec un bon fond de culotte et des chaussettes propres. Je ne me gène pas. Je me déshabille, lave et attends que mes effets soient secs avant de les renfiler. Je patiente en grignotant. Une heure d'attente suffit avant que je puisse me rhabiller et continuer vers Mbotyi, la première grande communauté digne de ce nom, une petite ville à elle seule. Je l'atteins éreinté en cours d'après midi en bout de course après des détours à l'intérieur des terres qui ne m'indisposent pas puisque le paysage accidenté me réjouit mais les montagnes russes finissent par fatiguer. Je doute et voilà qu'un troupeau apparait caché par le chapeau du mamelon suivi de son gardien. Il me renseigne en m'indiquant du bras le détour annoncé auquel je n'arrivais à me faire à l'idée. Je traverse une petite nappe d'eau cachée parmi les roseaux qui s'écoule tranquillement et respire la sérénité. Qu'il fait bon s'y asseoir et contempler la fuite du temps sans qu'elle nous obsède. Les flèches indiquant le sentier à suivre sont rares. Il faut les chercher parmi les morceaux de roches noires et de terrains crayeux, ce qui fait qu'au final le sentier se définit en noir et blanc avec un chapeau d'âne vert qui le surmonte et le protège des éboulements intempestifs.
Après une longue course qui me parait interminable et une fin dont la chute est vertigineuse, je descends sur la plage des coquillages (shelly beach), la traverse et remonte sur la route sur l'autre versant en pénétrant dans le jardin de Phulma Sigosa (tél: 0743708787) qui loue à l'occasion sa maison aux familles ou groupes. Je remplis son livre d'or tandis que le temps s'assombrit dehors. Je n'y prends pas garde mais la visibilité dans la baie n'est plus celle qu'elle était il y a une demi heure. Elle me fait goûter à sa bière de maïs de fabrication artisanale entre deux tasses de thé et voilà que ma vue se trouble encore plus. Il est 16h00. Il se met à pleuvoir et flotter méchant sur la baie qui disparait de mon panorama. Je suis à table, assis sur un banc à l'intérieur, en train d'écrire alors que Phulma hache menu des feuilles de potiron et a préparé une salade de tomates. Elle m'attend à ce que je reste pour la nuit. Je suis pris au piège et ne peux m'échapper comme retenu avec un fil à la patte. Inutile d''insister, je jette l'éponge. Son amant plus jeune qu'elle (49 ans) mais qui parait un vieil homme, attend dans la case-cuisine en sirotant la bière artisanale avant de passer à celle en bouteille. Il est atteint de douleurs chroniques et je lui donne deux antalgiques. Il n'en fait qu'à sa tête et ne prend qu'un seul cachet (500 mg) alors qu'il n'hésite pas doubler le nombre de bouteilles d'alcool. Il est marié et a un enfant de sa femme avec laquelle il reste et une fille de treize ans avec Phulma. Il lui tient davantage compagnie et assure une présence lorsqu'elle doit s'éloigner de Mbotyi.
En Afrique du sud, si vous quittez votre "chez-soi" sans personne à vue pour le surveiller, vous pouvez être certain que des visiteurs indélicats viendront faire leur collecte, que vous soyez afrikaner ou natif, réalité dont il faut tenir compte.
Alors qu'il pleut et vente abondamment, une voile sort de la brume à courte distance de la plage et s'évapore après un quart d'heure de visibilité comme celui d'une mariée entrevue derrière le rideau d'une chute d'eau. Je suis prêt à aller accueillir les occupants au cas où ils aborderaient et mettraient pied à terre. Je le pense en difficultés à cause de la météo. Il n'y a pas moyen de venir choir sur le sable, la côte étant trop déchiqueté. Vu de mon promontoire, la disposition des récifs parlent d'eux-mêmes et ne laissent planer aucun doute quant à leur caractère agressif et leur dangerosité. Des Européens à la barre qui viennent de passer le cap de Bonne-Espérance et sont en train de remonter vers la côte du Mozambique ? Une belle image de voyage qui passe avant de partager le souper et se séparer.
Mbotyi, un concentré de hameaux raccordés par des sentiers, est très étendue et dotée d'une vue qui porte par delà les collines comme le centre d'un filet de pêche où les cases multi couleurs seraient les points de couture qui tiendraient les mailles du filet. Des points de convergence que l'on peut comparer à des têtes d'épingle enfoncées dans l'hérisson en mousse verdoyant d'une couturière. Je dois faire un détour par le pont et croise Zolani qui arrive de Lusikisiki et s'arrête à l'entrée de la bourgade pour m'emmener. Il me laisse au départ de la piste vers Port St John avec un chocolat et un pain de mie dans les bras. Comme j'ai beaucoup marché par monts et par vaux, je doute qu'il y ait un sentier qui parte de la plage et emprunte la piste détrempée non praticable, la déclivité étant trop importante. Cette piste de construction récente domine le littoral mais ne mène nulle part. Je m'en rends compte après plusieurs kilomètres de dénivellations imposantes. Le sentier passait par le littoral. Je n'ai qu'à m'en prendre qu'à moi-même de ne pas avoir osé m'aventurer et pris l'initiative d'aller jusqu'à la plage. Je voulais quitter Mbotyi au plus pressé et je me retrouve maintenant sur une voie qui s'est rétréci de moitié et finit en sentier courant entre les herbes jusqu'à deux rondavels. Je monte sur la colline et jette un coup d'œil à l'horizon sur les toits lointains éparpillés dans la nature. Je m'enfonce dans une prairie bourrée d'épineux et délimitée par des fourrés infranchissables. Je dois m'y coller si je veux tracer mon chemin. Je suis sous le couvert végétal abattant chaque branche morte obstruant ma percée. Je suis plus délicat avec les épineux que j'épargne et écarte de deux doigts avant qu'ils ne se referment sur mon passage. Le rideau est tiré. La scène un peu longuette se répète et va durer deux heures. Je transpire à grosses gouttes et manque d'eau. Je choisis de descendre un versant qui me porte vers le littoral. Au fond du val embroussaillé, une rivière, vers laquelle je tends, court. A première vue, je vais y accéder par un réservoir d'eau naturel. Je suspecte des parois rocheuses impassables de part et d'autres. Les deux pieds dans le cours en contrebas de la poche d'eau, je me restaure et reprends des forces. Je n'ai plus qu'à suivre le courant qui va forcément se jeter dans l'océan. Déchaussé pour plus de commodités, le voyage vers l'océan va me prendre quelques heures d'épuisement. Avancer à l'aveuglette et suivre les méandres du cours n'est pas une partie de plaisir. Marcher et sauter de roche en roche finit par se révéler dangereux à cause de la fatigue tout comme casser les branches d'un arbre mort pour ouvrir une fenêtre requiert de l'énergie. Après quatre à cinq heures de progression régulière, je viens de rechausser et longe la rivière Mzimpunzi en forme de bassin de rétention sur une cinquantaine de mètres. Sur ma droite, je devine un sentier couvert, longtemps inutilisé, obstrué par le monde végétal, à peine perceptible qui court en forêt, perpendiculaire à la rivière et remonte dans les collines. Il la croise. L'autre côté se rapprochant de Mbotyi que je ne veux pas revoir, après déduction, je choisis de retrouver le bord sur lequel j'ai mis pied et l'explorer. Suite à la partie boisée, je débouche sur une prairie et la traverse pour enchainer avec deux autres et au bout du compte, finir en bout de champ avec une vue sur un paysage de jungle à l'infini. Il se met à pleuvoir. Je m'abrite mais n'ai plus guère le temps de m'amuser si je veux être rentré à la maison ce soir, ce dont je ne doute pas. Il n'y aucune case visible à l'horizon. Continuer serait m'assurer une nuit à dormir - rester - dehors. Je dois faire demi tour.
Il m'a fallu plus d'une heure pour accéder à l'endroit où je suis. Sans perdre de temps, je fais le retour en vingt minutes jusqu'à la Mzimpunzi et croise un crabe qui se fait petit sous ma semelle. Je n'ai pas l'intention de le tuer. Le fait d'hésiter lui donne le temps et une chance de filer. Aucun regret. Je poursuis vers l'aval et ne laisse aucune chance au prochain. Je l'estourbis d'un coup de chaussure. Il en perd une pince. Je le mets dans le sac à main dans ma casquette. Le ciel chargé de pluie s'assombrit. Le chemin vers la plage est long et l'océan loin même si le ressac est perceptible. Je sors rapidement de la forêt et continue à travers des herbages. Il me faut plus d'une heure de marche pour croiser les premières vaches et voir les cases. J'arrive sur le sable dans lequel le cours d'eau perd de sa force et le S qu'il forme en se jetant dans l'océan me rend confus. Il est absolument identique à celui croisé hier. Là où je m'apprête à passer à gué, j'ai l'impression de revoir le courant de la veille. Je suis perturbé. Je ne peux pas avoir dépassé Mbotyi sans m'en rendre compte.
En levant la tête, je vois un regroupement de cases, les unes aux murs jaunes et les autres roses. Un peu plus haut, la route empruntée ce matin à la sortie de Mbotyi et le point de vue d'où j'ai pris une photo de la plage sur laquelle je me retrouve ce soir. J'ai marché douze heures non-stop pour me retrouver presque à mon point de départ. J'en suis fort désolé et surtout dépité. J'avise une fermette dans ses murs mais dégoûté, je préfère aller de l'avant bien qu'il se fasse tard. Un type en bottes, un objet long à la main que je prends pour un fusil, remonte la colline et marque une pause pour me considérer. Je dépasse la plage sauvage et risque de me retrouver le bec dans l'eau si je continue. Un peu de jugeote si je veux trouver un toit avec le temps déplorable qu'il fait. Je fais demi tour et l'appelle. Il m'attend et nous rejoignons ensemble les deux cases en haut du versant. Il tenait à la main un parapluie et une machette. Un vieil homme, quatre femmes dont deux jeunes et huit enfants sont regroupés autour du foyer. Est-ce dire que chacun des deux hommes est polygame et a deux femmes et quatre enfants ? Ils paraissent vivre dans la plus totale misère et complètement démunis bien qu'ils soient habillés et me proposent un café. Je suis trempé jusqu'aux os et apprécie m'asseoir près du feu. J'ai gagné mon pari d'être abrité pour la nuit mais elle risque de ne pas être de tout repos à cause des nourrissons qui font réclamer leur quota de lait. Quand j'emprunte la lampe dont ils se servent, éminemment puissante au rayon de lumière très concentré, quelle n'est pas ma surprise d'avoir en main un téléphone portable multi fonction. Pourquoi ne pas utiliser cette possibilité ? Il fallait y penser ou en avoir besoin.
Après l'avoir recherché dans mon sac, je sors le crabe de mon chapeau sous les sourires de l'assemblée et le glisse sur les braises incandescentes. Quand il est prêt, je propose à la ronde de partager les pattes mais tout le monde s'abstient même les enfants que je pensais friands de cette petite spécialité. Est-ce qu'ils refusent par politesse ? Je n'ai pas la réponse. Certaines carbonisées craquent sous la dent. Je mets trois quart d'heure à manger le crustacé dont rien n'est laissé avant de recevoir une assiette d'un brouet solide dont les ingrédients sont indéterminables, un pavé qui reste sur l'estomac. Je me retire, le pantalon encore mouillé, dans la case où le lit m'a été réservé malgré mes récriminations pour dormir sur un matelas à même le sol. Je sais que rien ne va les faire changer d'avis mais plutôt les contrarier. Je m'allonge sur la plateforme surélevée et observe le petit monde s'installer et s'éteindre doucement. Les deux jeunes femmes sont présentes, chacune responsable d'un nouveau-né ainsi que mon hôte fluet, une véritable carpe, car il ne parle pas et très effacé. Un an après le mariage, le fils peut prétendre à sa propre case construite sur la concession familiale. Les délais d'attente se réduisent à l'heure actuelle et la belle-fille exige de plus en plus, dès son installation dans la belle-famille, d'emménager dans une case indépendante. Une bougie et des allumettes près de l'oreiller, l'une des deux jeunes femmes plus énergique assume une part prépondérante de responsabilité au niveau du groupe familial. Elle est au four et au moulin et prends toutes les initiatives. Je ne suis pas à l'aise dans mon pantalon humide. Le maillot de bain étant mouillé, je dois le garder sur les fesses. Entre l'inconfort qui en résulte et les pleurs des bébés, je ne passe pas la meilleure des mes nuits depuis que j'ai quitté Port Edward. J'en suis à ma troisième nuit écourtée où je n'ai pas ma dose de sommeil suffisante pour me reconstituer énergétiquement et pouvoir assurer l'effort entrepris. Je me dis que je serai demain matin très tôt sur le chemin pour une longue journée de marche mais dans quel état de fraicheur ?
Avec de l'eau chaude, je prépare du café soluble que j'offre aux adultes. Il finit entre les mains des enfants. La famille a quelques vaches dont le lait sert à préparer le petit-déjeuner. Ces derniers 24h00 ne sont pas sans laisser de profondes séquelles au niveau fatigue. J'ai plus donné physiquement en une seule journée de descente sauvage en rivière qu'en une journée de marche régulière. Je longe littéralement l'espace littoral déchiqueté dans sa plus grande partie et surplombe les plages de rochers noires où les locaux ramassent les moules et fouillent les recoins et dessous rocailleux à la recherche d'écrevisses bien que la saison ne soit pas ouverte. Je suis à une courte distance de Mantegu quand je rencontre Alex, une canne à pêche à la main qui fait partie du ministère de l'environnement. A tous les écouter, ils sont employés ou commissionnés par un organisme ou un département quelconque auxquels ils se réfèrent comme si leur position leur apportait plus de poids et leur conférait un statut qui leur donne une reconnaissance. Dommage que nous ne nous sommes pas rencontrés à la nuit, j'aurais aimé échanger plus avec lui. Des jeunes filles vêtues de T-shirt et short laissant rebondir leurs formes nous dépassent en route vers la pêche aux moules, l'activité quotidienne. Je rattrape la lagune formée par la rivière Mzintlava dans laquelle vivrait un monstre avec la tête d'un poisson et le corps d'un cheval dont je ne vois nulle trace.
Le gardien du camp des Drifters, auquel je m'adresse pour recevoir des infos sur le passage à gué, feint de m'ignorer. Il me montre vaguement l'endroit où traverser et quitte la plage. Je contourne le camp avant d'entrer finalement par une barrière et aller le voir. Il n'y plus d'électricité solaire disponible - le commutateur accessible à partir du village distant d'un kilomètre ayant été tourné - mais j'ai moyen de réchauffer un fricot d'haricot mélangé avec du riz et faire du thé. La chaleur ambiante et la fatigue aidant, je m'endors sans m'en rendre compte sur mon duvet dans la salle de restauration près du bar, véritable tête de pont et point d'observation avec une vue dégagée sur l'estuaire et les collines avoisinantes à cause de sa position dominante. Lorsque je me réveille vers 16h00, je dois me rendre à l'évidence, j'ai dormi, ce dont j'avais besoin. L'agence les Drifters gère trois camps - Lupatana, Mzintlava et Mntafufu - dont une partie des bénéfices est reversée aux communautés locales. Les cabines impeccables de deux personnes identiques à celles du camp de la rivière Mtentu sont louées 270 Rands par personne par jour (presque 25 euros/pers/jour). Avant de quitter le camp, je remercie Alex de m'avoir permis de faire une pause et repars sur la plage.
Le paysage de collines couvertes de végétation luxuriante alterne avec les plages désertes où une rondavel en piteux état sur l'une puis trois maisons délabrées sans toit sur la suivante font acte de présence sans nulle personne à bord pour les surveiller. Une dernière plage au bout de laquelle je devine la rivière Mntafufu impassable à l'heure actuelle. Je suis coincé sur cette rive et je n'ai pas vu âme qui vive depuis que j'ai quitté Alex. Je lui ai demandé s'il y avait une autre rivière importante avant d'arriver à Mbotyi mais il m'a répondu qu'il n'y était jamais allé à pied par la plage, ce qui m'a surpris. Comment lui, le natif de Mantegu, responsable du camp, n'est-il pas capable d'informer les visiteurs ? Cela fait partie de sa tâche. Je contourne la dune et aperçois plusieurs bateaux de plaisance, principalement de petites barques, au mouillage ou attachées à un ponton. Je m'en approche et une allée parallèle au cordon de dunes rentre à l'intérieur des terres. Je la suis pour découvrir plusieurs résidences mitoyennes inoccupées dont la dernière retient mon attention à cause de sa véranda bien protégée. J'y élis domicile pour la nuit en étalant mon duvet sur la moquette tandis qu'au réveil, je change de domaine. Une autre véranda chez Dave et Bev(erly) mieux achalandé dispose d'une gazinière à gaz où je peux préparer du thé à volonté. Je remplis une cruche en émail au réservoir d'eau de pluie situé à l'autre bout de la maison avant de me rendre compte que des bouteilles remplies d'eau sont disposées dans l'herbe tout autour de la propriété. Je m'interroge sur l'efficacité de ce système de sécurité. Une fois que le maraudeur est entré dans l'œil du cyclone, est-ce que la poisse ou la malchance ne va pas le quitter ? Je dois attendre l'irruption de la vieille servante vers 9h20 pour comprendre que ce n'est qu'un moyen de délimiter le terrain en dehors duquel les chiens sont autorisés à se lâcher, pisser et chier. Ouf ! je ne suis pas visé et en rentre pas dans la cadre des animaux à quatre pattes. La maison appartient à un couple, Dave, grand pêcheur devant l'éternel avec ses prises en photo sur le mur et Beverly, sirène heureuse d'avoir rencontré son homme-poisson. Des morceaux de bambou attachés à une ficelle chantent lorsque le vent s'y frotte et les effleurent tandis que des sachets de thé laissés à sécher retiennent mon attention avant de quitter pour attraper la marée basse.
La traversée de la Mntafufu ne s'avère pas une partie de plaisir. Si je dois toutes les classifier au vu des difficultés, elle vient en seconde position après celle de la Mtentu. Je la traverse avec une heure d'avance (10h30) sur l'heure de la marée basse (11h27). Bien campé sur mes deux jambes, de l'eau à hauteur du maillot de bain, le courant fort me fait vaciller surtout quand le sable a tendance à se dérober sous mes pieds. Tel un petit rat, j'évolue sur la pointe des pieds, posant délicatement l'un après l'autre, pour m'assurer d'être toujours sur une base sablonneuse qui puisse supporter mon poids et celui de mon sac. La traversée, le sac à la main, se fait sans difficulté. Je tate le terrain plus près de l'embouchure. L'idée est convaincante, renforcée par du sable plus ferme et un niveau d'eau plus bas. Mon second passage n'est pas comparable avec le premier. Les trois-quarts du bras d'eau derrière moi, je sens le sable se mouvoir et glisser sous ma voute plantaire quoi que je fasse et où que je pose le pied. Je tente, nécessairement à contre-sens, de remonter le cours au niveau de l'endroit de mon premier passage à gué. Je m'aperçois de mon erreur, lutter contre la force de l'eau engendre de la fatigue inutile. Je me repositionne en parallèle vis-à-vis du courant et décide de toucher le bord en avançant à tâtons légèrement vers l'aval. Il me reste trois mètres à parcourir et l'essai est vite transformé. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir saisi. Un passage à gué ne ressemble pas à un autre, ni un second au premier. Toujours être sur ses gardes, porter l'attention et être dans le moment présent. Rien n'est gagné de prime abord. Bien que son niveau d'eau était faible, la Mntafufu est la seule rivière où j'ai pu sentir la force du courant m'entrainer vers l'océan. Je n'avais même pas vu hier soir entre les deux collines le troisième campement des Drifters semblable à celui de Mantegu. Je contourne la colline le cachant et le laisse sur ma droite pour retrouver la plage ventée de rochers éparpillés.
Une jeune xhosa dont l'étymologie signifie "peuple rouge", vient s'asseoir à mes côtés et discuter un brin, limité par son anglais. Les Xhosa tirent leur nom de l'ocre rouge ou orangée dont ils s'enduisent le visage comme cette jeune employée du ministère des ressources halieutiques, la réglette à la main mesurant la taille autorisée des espèces piscicoles endémiques. Je poursuis et retrouve à flanc de colline les flèches bien dessinées et régulièrement signalées des sentiers de l'Amapondo et de l'Amadiba, noms donnés à ces circuits pédestres d'après ceux des communautés locales. Très rapidement, ce ne sont plus des collines qui font le dos rond comme les chats, appellent aux caresses et à la contemplation mais je me retrouve à longer une falaise bien réelle avec des à-pics impressionnants. A mes pieds, une plage de rochers mortels vu la hauteur à laquelle je marche. Le vent puissant essaye de me jouer des tours et de me décrocher de mon antre sans compter le petit-déjeuner léger et la fatigue latente qui ralentissent et amoindrissent mes mouvements. Avis aux amateurs d'émotions fortes et les personnes sensibles au vertige mieux vaut s'abstenir.
Profondément découpée, je trouve néanmoins une ouverture dans la roche à la fin d'une petite plage pour déféquer. Ma commission faite, accroupi, maillot de bain et pantalon descendus sur les chevilles, je calcule mal le retour de la vague qui risque de me mouiller jusqu'à la ceinture. La tête en avant, les bras devant cherchant la fuite, je me ramasse à l'ultime moment devant la marée d'écume venue me lécher les bottes. Des gouttes ont rafraichies et arrosées mes parties intimes mais je ne suis pas trempé et ai évité la douche rectale à l'eau salée. Je me relève et remonte le sentier qui s'élève de nouveau.
Je revois sur toutes ces petites plages depuis le début de mon parcours, du bétail, des bovins ou des caprins peu craintifs qui, pour une raison inexplicable, aiment s'y retrouver et paresser l'air hagard. Les vaches n'ont rien à se mettre sous la dent et l'eau, élément vital et essentiel, se trouve à l'intérieur des terres, la proximité de l'océan rendant l'eau des estuaires salée et insalubre. Quelle explication à cela ? Aucune sinon qu'elles ont peut-être abusé de "l'herbe du bonheur" et que cela constitue une façon de décrocher de leur addiction.
Magnifiques cathédrales et pointes d'aiguilles se succèdent avec des passages en altitude d'un niveau à l'autre parfois délicat. Je colle au plus près de la côte et j'ai besoin de mes deux mains et de mes pieds pour franchir un aplomb. La marée est descendante et le vent indécrottable me pousse dans le bon sens. Si je devais faire le parcours dans l'autre sens, cela augmenterait les difficultés. Excepté quand je suis arrivé à Mbotyi avec le vent de face, je l'ai eu deux jours dans le dos. Le ciel a été couvert pendant deux jours et j'ai goûté à la pluie à deux reprises sur la côte sauvage. Les étés sur la côte sauvage peuvent être violents, torrides et ponctués d'orages dévastateurs, ce qui augment le risque d'avaries et d'échouages sans compter le courant du Mozambique qui aurait tendance à rapprocher de la côte tout objet immergé y compris les bateaux étourdis. Au lieu de côte sauvage, elle pourrait s'appeler la "côte des épaves".
Le dernier à-pic n'est pas facile à appréhender avant une longue galopée du désert où les grains de sable s'envolent balayés en même temps que la plage nettoyée de tous corps étranger. Je pése mes mots mais comme si je suis en trop et sommé de quitter l'endroit illico presto, je suis poussé vers la sortie pour laisser la nature inviolée et intacte. Nulle trace de pas imprimée dans le sable d'or derrière moi. Le vent efface tout comme l'éponge sur le tableau. Je ne peux pas reculer mais avancer seulement avec ce vent violent qui me fouette le visage si je me prends à lézarder et contempler la mer de profil. Au bout du tapis ensablé, je tombe sur le lieu-dit "Poenskop" où trois nettoyeurs de la zone protégée écologiquement sont allongés près d'une poubelle. Là, où il y a des plages, je les vois toujours prendre du bon temps en groupe, le farniente étant visiblement l'une des activités principales de beaucoup d'autochtones. Ils essayent souvent de me taper une cigarette n'ayant pas à l'esprit qu'un randonneur ne fume certainement pas. Le plus âgé avec sa machette, qui vient de les rejoindre, me devançait de peu depuis l'autre baie. Il m'avait remarqué depuis les rochers, qu'il chatouillait de sa lame, à la recherche d'écrevisses. Je l'ai rattrapé après ma descente intrépide et lui ai demandé combien il me restait d'heures à marcher avant d'atteindre Port St John. "Deux heures" m'a-t-il répondu. Je ne suis pas prêt d'arriver s'ils me répètent tous, "deux heures" les uns après les autres. De quoi se décourager, la fatigue y étant pour quelque chose.
A la fin de la plage, je touche au sublime avec le décor naturel d'un merveilleux indicible dont je jouis. Je passe le cap, véritable avancée dans l'océan et me retrouve dans le Kerry (Irlande) avec des moutons au lainage encrassé loin des blancs moutons de la verte Erin. Se sont-ils roulés dans la boue pour pallier les effets dévastateurs du soleil ou par effet de mimétisme ? Me faisant face, des collines rasées par les tondeuses ovines s'ouvrent en V renversé entre une piste qui remonte depuis le promontoire et la côte plus rugueuse et ventée que jamais. Trois mamelons imposants en file indienne ondulent et font preuve d'une déclivité importante avant de se jeter dans l'océan comme rongés sur un flanc par un monstre marin affamé ou en colère qui leur aurait donné un coup de dent et les auraient entamés. Je suis redescendu au niveau de l'eau, comme si je n'étais pas assez fatigué, pour mieux les jauger et les confronter. En montant le versant abrupte dominant l'aplomb qui donne sur la côte découpée, je pense qu'il serait facile avec le vent violent qui me porte, de chuter et de rebondir plusieurs fois avant de m'échoir les bras en croix entre les rochers. Je ne donnerai pas cher de ma peau. Je suis juste conscient de l'éventualité. Ne pas se dire "ça n'arrive qu'aux autres". Il est plus facile de flancher quand le corps est las de marcher et le dos fatigué de porter la charge. Je peine comme une bête de somme. Je pense à faire une pause d'une journée voir plus à PSJ et me dis que ça suffit peut-être avec cette première étape, au cas où je trouverai une voiture qui veuille bien m'emmener. Je suis conscient de finir en apothéose avec les dernières vues sauvages presque aériennes de la côte, un spectacle naturel qui appelle à la contemplation. L'apocalypse est proche, la fatigue venant à bout de mes ressources. Voir Port St John et mourir...
Ayant surmonté le premier mamelon, je glisse sur le côté pour contourner l'à-pic et continuer ma progression. Je décide de rester concentré sur le mouvement de mes pieds pour surmonter la lassitude et la douleur qui en émane. La conscience plus puissante que la matière peut la manipuler et en abuser à sa guise même si la seconde n'est ni aux commandes, ni possédée par la première car l'esprit et la matière sont distincts. Si les deux étaient liées, la conscience arrêterait le vieillissement tant honni par les humains et empêcherait la maladie. A-t-on jamais vu quelqu'un dire "je ne veux plus vieillir" ou "je ne veux plus être malade". Le changement, ce qui nait, vit et meurt, est inéluctable. Revenons à nos moutons et mes pieds. Je marche doucement et note mentalement le mouvement de chaque chaussure lorsqu'elles se soulèvent l'une après l'autre tout comme je labelle le fait de pousser le pied en l'air et de le poser. Comme dans un dessin animé constitué d'une infinitude de figures superposées, je décompose le pas en trois étapes courtes - lever, pousser, poser - dont je prends pleinement conscience. A partir du moment où je suis totalement concentré sur mes galoches, la fatigue est évacuée, la douleur n'est plus dominante, je peux pousser fort sur les guiboles ignorant les récriminations de mon corps éreinté. Etre à l'écoute de son corps est nécessaire mais nous nous berçons trop souvent de fausses illusions et imaginons des bobos imaginaires, ce qui nous freine dans la vie quotidienne. Je lui donnerai du repos, ce dont il a tant besoin, plus tard. L'heure est à la marche méditative.
J'écrase les sommités qui se dressent devant moi et les avale avec une puissance déconcertante. Rien ne peut m'arrêter. Je croise la piste que je laisse sur ma droite avant de bifurquer et piquer vers la "terrace Agate", nom laissé par les Portugais à ce long ruban ensablé éventé et cuisant sous le cagnard. Au fur et à mesure que je progresse, Eole qui m'accompagne depuis ce matin, me poussant et m'enveloppant dans son manteau, soulève des nuages de grains de sable et donne l'impression de vouloir éradiquer et éliminer la terrace de toutes ses impuretés en la débarrassant de ses grains. Il la brosse violement. Je suis le corps étranger qu'il veut dissoudre. J'avise un groupe de maisons blanches cachées derrière les dunes parmi les acacias. Je les rejoins et seules, les deux dernières, sont habitées. James est assis sur le balcon de la petite maison et m'invite à m'asseoir. Je lui explique que j'ai besoin de faire une pause à cause de la chaleur. Il n'a pas idée de l'heure qu'il est. Son visage abimé le fait paraitre beaucoup plus âgé que sa jeune femme à moins qu'il n'en ait eu successivement plusieurs et que celle-ci soit sa dernière conquête. Les familles recomposées sont monnaie courante en Afrique du Sud. Les gens vivent à la colle et les couples se font et se défont au gré des rencontres et des attirances sexuelles.
Le président Jacob Zuma vient de marier sa cinquième femme, en réalité sa troisième car il a divorcé la seconde et l'une est décédée. Les hommes quittent femme et enfants pour aller vivre avec une autre partenaire et certaines femmes préfèrent la vie de mère célibataire à celle de couple. L'institution du mariage étant depuis longtemps dépassée, les bouleversements familiaux et sociaux ont des conséquences déstabilisantes pour les enfants. Je prépare un thé tandis que James, résolu à me céder l'une de ses paires de chaussures dont il ne se sert plus, m'en sort trois paires de ville et deux impaires. L'une, massive et très lourde, est celle que les blacks portent lorsqu'ils sortent, loin d'être une paire de chaussure de marche. Des tennis sont trop usagées et ne peuvent tenir que quelques heures soumises à la pression du terrain accidenté. Il reste une noire mais sa petite sœur jumelle est absente, ce qui parait embêtant quand on a deux pieds. Il la cherche dans le jardin et le foutoir d'un appentis avant que je n'essaye à mon tour sans succès de mettre la main dessus. Je le quitte en gardant mes deux Caterpillar en souffrance aux pieds.
Un ferry qui opère jusqu'à 17h00 permet de traverser la rivière Mzimvubu - du mot mvubu dans le langage xhosa qui signifie hippopotame. Ils pullulaient dans les eaux à l'arrivée des Européens. Leur extinction précipitée par les armes à feu est due à la chasse dont ils ont été victimes. Les xhosa se nourrissaient de viande de ces pachydermes mais n'avaient que des lances pour les tuer.
Sur le bord du chemin carrossable qui conduit au fleuve, les écoliers reviennent du collège et rentrent chez eux à Poenskop. Trois d'entre elles dont l'une assise confortablement sur une chaise rouge en plastique collationnent d'une miche de pain, d'une barre de margarine (125 gr.) et d'une bouteille de soda orange. Avec ses doigts qu'elle plonge dans la marga, l'une d'elle s'évertue à la séparer en trois portions égales comme elles se sont déjà séparées le pain entier. Je leur propose d'utiliser mon couteau sans leur faire de remarques inconvenantes sur leur hygiène alimentaires inappropriée. Deux d'entre elles sont d'une bonne corpulence. Quand je reprends mon outil, je croise d'autres collégiennes dont certaines ont de l'embonpoint, ce que je comprends si elles suivent le même régime, ce dont je ne doute pas. L'éducation a encore de beaux jours devant elle.
J'attends le bateau pour la traversée. Je ne sais pas si j'ai réellement envie de remettre les pieds dans le monde civilisé avec ses boutiques, ses voitures qui klaxonnent, ses gens qui se bousculent et se mettent en avant comme coupé du monde après un stage de méditation de 10 jours d'où il est difficile de sortir, d'émerger et revenir à la réalité. Je peux faire demi tour et retourner à ma "côte sauvage" avec ses rivières et ses kilomètres de sable épuisant. Il serait pourtant vraiment idiot que je le rate, le pont pour entrer en ville se trouvant à quatre kilomètres. La société de sauvetage assure le transbordement des passagers d'une rive à l'autre.
Peut-on parler d'une ville ? Zolani lorsqu'il m'a déposé à Mbotyi au départ de la piste vers PSJ m'a affirmé que "PSJ était une grande ville". A l'embouchure du fleuve, PSJ, loin du stress, de l'agitation et des embouteillages est coincée dans un écrin de végétation tropicale à proximité de falaises vertigineuses entre les Mont Thesiger et Sullivan. Deux rues principales enserrant le marché et les bâtiments administratifs courent dans un sens et trois autres secondaires mal tracées, avec en bruit de fond les vagues, font la part belle à l'improviste si l'on cherche une adresse. Je suis curieux et attends de voir East London (EL). En débarquant sur la jetée, j'ai le temps de mettre les pieds à l'office de tourisme avant qu'il ne ferme ses portes, en totale rénovation et complètement sens dessus sens dessous. Je veux une carte du Cap Est identique à celle dont je dispose, autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le désordre ambiant. L'hôtesse d'accueil m'envoie vers la "Glass House" en abrégé GH comme Guesthouse mais d'un standing "de luxe" ou qui se prétend tel vu les prix pratiqués. En m'y rendant, je tombe nez à nez sur le poste de police. Je me dis que je peux tenter d'y passer la nuit sans trop m'attendre à ce que ce soit possible. Je m'adresse au capitaine Nongadla qui accepte mon idée sans difficulté, sans me poser de questions, ni me demander mon passeport. Il me montre ma chambre à côté de la salle d'attente, en fait le bureau des auditions encombré de dossiers volumineux disposant de quatre chaises et d'une table bizarrement découpée en pentagone. La chaleur y régnant l'a transformée en étuve. J'y laisse mes sacs et continue sur mon idée de visiter la GH et la plage à la nuit tombante. Courbettes et sourires de bienvenue de la part des propriétaires avant de m'enquérir de l'objet de ma visite. Elle lance au passage un coup de griffe au bureau d'information touristique qu'elle juge incompétent parce que, il faut comprendre le sous-entendu, il est géré par des noirs avant d'avoir elle-même du mal à repérer une carte détaillée de l'itinéraire du Wild Coast Trail qui n'est pas celle que je cherche. Son numéro de téléphone y est lisible et ayant contribué aux frais de publication de la carte, elle me la cède à 50 Rands (5 dollars U.S) au lieu des 65 habituels. Devant mon désintérêt, elle ne perd pas la face et son humour ravageur quand elle m'affirme qu'elle réserve Internet à ses clients et spécifie que les frais de service de "1 Rand/minute" s'applique au temps passé en ligne et non pas au temps de sommeil de ses invités. Je suis retombé dans la réalité des Afrikaner au cœur de pierre. Si seulement, ils pouvaient ne pas exister, je m'en porterai mieux mais, erreur de l'histoire, ils font partie intégrante de l'histoire de l'Afrique du Sud.
Ma nuit chez les keufs se passe bien. Je suis resté une semaine sans avoir accès à l'électricité - sauf la nuit à "la lodge" du Hkambati - et j'en profite pour remettre à jour mon journal. Je commence ma nuit parterre étalé sur mon duvet avant de rapprocher trois chaises en longueur et la quatrième sur le côté pour éventuellement supporter mon genou si je dors en chien de fusil. Au bout des chaises collées les unes aux autres, ma tête repose sur le banc de dalles en pierre recouvert d'un T-shirt. Je récupère et dors mieux lors de la seconde mi-temps. Au réveil tardif, je paquète et prends la direction de la bibliothèque située à côté du musée où je veux fureter et lire le livre de référence "Mkambati and the Wid Coast" by Div De Villiers & John Costello. La bibliothécaire ne le connait pas. Quand le conservateur du musée vient prendre le thé, il me confirme qu'il devrait y avoir un exemplaire dans les étagères qu'il a lui-même emprunté. Aucun livre, ni journal n'est répertorié, ni même ceux qui sont empruntés. Il faut s'en remettre au plus grand des hasards pour en repérer un s'il est dans les rayons mais comment en être certain ? Il jette un œil mais celui-ci reste introuvable. Il me dit d'aller l'emprunter à John qui habite la porte d'à côté et s'occupe d'héberger les touristes. Je le trouve occupé, peu engageant, à discuter autour d'une tasse de thé. Il me demande de revenir dans un quart d'heure. Une heure plus tard, son ex-femme Katryn l'appelle et le fait demander depuis la réception. Il arrive plus souriant qu'au premier contact et me tend le livre. Je lui laisse mon passeport en échange et le récupère après ma journée dans une pièce à l'écart du musée, la bibliothécaire bruyante étant trop occupée à recevoir et prendre le thé avec les visiteurs.
Dans une pièce contigüe à la mienne, pendant toute la journée, deux filles jacassent bruyamment et éclatent de rire à l'occasion alternant avec les coups de fil reçus et les appels. Que de temps gaspillé ! Je quitte le centre ville concentré autour de la première plage pour accéder à la seconde plage et enchainer sur le sentier vers la réserve de Silaka et Coffee bay. Je demande à la dernière "maison sur la plage" (houseonthebeach.co.za tél (portable) 0837151421 Wayne Rohland) située dans un cadre idyllique des renseignements sur les possibilités de trouver un abri sur le sentier car la pluie menace. Danny, le bras droit de Wayne, complètement défoncé et ivre, ne me donne pas beaucoup de chance et Wayne accepte que je reste dans les murs si j'ai besoin de me reposer, tout cela sur un fond musical des sixties avec de l'alcool fort et le joint qui circule. La seule condition qu'ils exigent est que je n'ouvre pas les fenêtres de ma chambre car il y a deux boas constrictor dans un vivarium grillagé, ressemblant plus à une volière, mitoyen de l'un des murs annexes. Derrière l'autre mur, la pièce dans laquelle je suis reçu. Wayne émet de fort soupçons quant à ma véritable motivation sur la raison d'être de ma présence et ma nationalité. Avec Danny, ils mélangent l'anglais et l'Afrikans pour voir si je réagis. Wayne pense que je suis peut-être Sud-Africain et que je cherche à me cacher pour une raison ou une autre, l'hypothèse du tueur en série lui paraissant la plus plausible. N'y tenant plus, après une heure de tergiversations, il demande à vérifier mon passeport. Parano à cause de la fumette ? Non, juste Sud-Africains.
J'ai le choix de dormir sur un lit dans une chambre entre deux hippies déphasés et suspicieux qui vivent à fond les années soixante et deux bêtes au régime avec un cochon d'inde par mois voir rien pendant un an (selon Danny) ou bien, seconde possibilité, chez Jean, un Hollandais voyageur, établi à PSJ depuis sept ans, prêt à me recevoir sur son balcon. Wayne me dit que Jean cohabite avec des gens bizarres. Je vais avoir suffisamment à faire avec ces deux énergumènes ce soir. J'ai une heure et demie avant la nuit complète et j'hésite plusieurs fois à quitter les lieux.
Après que Jean ait quitté, la visite de Marlène, un verre de vin à la main, saine d'esprit, rétablit la balance et apporte du positif à la soirée. Je leur propose de couper les légumes mais ils déclinent l'offre d'un "French Chef". Un DVD copié "The Band" des anciens de Woodstock est joué comme s'il venait d'être commercialisé. Bien qu'ils l'aient déjà écouté cinq fois, ça a tout l'air d'être une "première" à PSJ, complètement isolé à l'autre bout du Monde, loin de tout où Internet n'est pas accessible. Sous la douche chaude, je me rends compte que j'ai pris la dernière digne de ce nom chez Johannes il y a huit jours. Quant à un bon lit - je ne peux pas comparer avec ceux aux matelas démontés des Pondo - c'était celui de Sammy. Même si trois occasions m'ont été données de goûter la literie Pondo, la qualité n'était en rien comparable. Les Xhosa dont font partie les Pondo, dorment souvent sur des lits surélevés, notamment pour éviter d'être posséder et se tenir hors de portée des tokoloshe, ces petits esprits malfaisants et malins. Pour continuer dans la série évaluation de mon voyage, je suis resté huit jours sans électricité - excepté la nuit à la résidence du superintendant dans la réserve du Hkambati - ayant parcouru 110 km depuis Port Edward et probablement pas moins de 270 km en ligne droite depuis mon départ d'Amanzimzoti près de l'aéroport de Durban.
A vue d'œil sur la carte, PSJ, pratiquement à égale distance entre Durban et East London est à cinq ou six heures de route de l'une ou de l'autre de ces deux villes. Après quatre heures laborieuses au cours desquelles les légumes seront coupés menus et frits, le riz cuit, nous partageons le souper avant que je ne prenne congé à côté de mon vivarium. Wayne a deux enfants de deux femmes différentes auxquelles il paye une pension mensuelle. Il a travaillé comme sauveteur et longtemps revendu du tosh pour en vivre. Il héberge actuellement des touristes et crée de beaux vêtements aux couleurs vives qui reflètent assez bien ses aspirations et les tendances d'une époque depuis longtemps révolue.
Je ne suis pas fâché de les quitter le lendemain à 8h00 du matin et reprendre le chemin, Danny et sa besace en route vers le "liquor shop" , une boutique agrée ayant l'autorisation de vendre de l'alcool. Un panneau annonce l'entrée dans la réserve naturelle de Silaka d'une superficie de 530 hectares située à 6.5 km au sud de PSJ et qui s'étend sur 6 km de littoral pratiquement jusqu'à la rivière de Mngazi où est établi un complexe hôtelier de bungalows familial très renommé dirigé par le fameux Piet Goss, le lapin qui a fui devant le Français à la pointe qui porte son nom "Goss point". Le sentier à flanc franchit un rideau de végétation dense et appareil photo en main, je flash sur de belles fleurs tandis qu'apparaissent deux individus à l'air louche en sens inverse. Au premier estuaire, une heure de marche à peine depuis mon départ, je découvre deux toits de chaume et plus loin sur la plage de rochers et de piscines naturelles, des pêcheurs à la ligne. J'aborde l'ancien avec la barbe des mollahs et lui demande s'il ne parle pas par hasard l'urdu. Roberto, d'origine portugaise, me répond que ses trois amis, d'origine indienne, le parlent. Il me demande du tac au tac si j'ai petit-déjeuné et me propose de taper dans les samossas et les friands dans le Tupperware. Je lui demande permission d'abord de manger du poisson cru, de la sardine, dont ils se servent pour appâter. J'en épluche une et il m'en propose une seconde. La viande se détache facilement de l'arrête. Je me régale et leur dis que les Japonais pour l'exemple, mangent du poisson cru. Les samossas sont un vrai délice, finement cuisinés avec un savoir-faire incomparable.
Je n'ai pas vu l'anguille qui barbote dans une poche d'eau. Ils me proposent de l'enlever et l'emmener. Dans le pays du Braai(vlis), barbecue qui consiste à tout griller sur le feu, certains poissons de viande blanche ("white meat") sont relégués au rang de non-comestibles car leur cuisson nécessite trop de contraintes. Quand il y a quantité de poissons fins, la tendance est de garder les meilleurs en bouche et d'en rejeter certains.
Heureux qui comme Ulysse... Je dois enfreindre le premier précepte 'tu ne tueras pas" et assommer ma proie de plusieurs coups de galet. Gigotant, la main droite l'étreignant derrière le cou, je l'ouvre sur la longueur depuis les mandibules coupées en deux jusqu'à l'orifice anal expulsant les viscères et la nettoyant sur le champ à l'eau salée. Je suce les œufs avant qu'il ne s'éparpillent et ne soient perdus. Je la place dans un sac plastique sur mon sac à dos. En route !
Entre deux pains de sucre, je contourne les bassins d'eau à découvert pour cause de marée basse et me retrouve bientôt à flanc de falaise à force de vouloir coller au plus près du littoral émaillé et entaillé d'aiguilles rocheuses fières et acérées. Je monte en escalier les roches, petites surfaces planes dominant l'océan telles des plateaux se superposant et se succédant les uns après les autres. La falaise et un plateau large de deux mètres se rétrécissant au bout m'attend avant de trouver je-ne-sais-quoi derrière. Je doute de pouvoir continuer. Je m'avance prudemment et patatras, la semelle lisse de ma chaussure usée glisse et je me retrouve allongé sur le côté, la face droite du visage littéralement collé "en douceur" contre la roche qui a épousé mon faciès. La largeur du plateau à cet endroit correspond à peu près à la hauteur de ma taille recourbée. Elle se réduit comme peau de chagrin au bout de la roche plate de forme trapézoïdale. Légèrement sonné, je ne suis pas blessé mais ceci est un avertissement amical. Je me suis ouvert un bon bout de peau du majeur que je finis d'arracher avec les dents. La viande, à découvert, saigne. Prendre le risque d'aller au bout de l'escarpement serait suicidaire vu qu'en cas de chute, les jambes dans le vide entrainant le reste du corps, la mort serait irrémédiable. Je ne m'obstine pas et fais demi-tour.
Si je m'étais écarté du littoral, je serai plus avancé et en meilleure posture mais où est-il ce sentier normalement signalé par une flèche blanche sur fond noir ? La portion PSJ - Coffee Bay est censée être plus courue que celle de Port Edward jusqu'à Port St John où je n'ai rencontré absolument aucun randonneur et pour cause vu les difficultés rencontrées. Marlène l'a parcouru en groupe à deux reprises respectivement en 5 et 6 jours. Après un léger retour en arrière, je quitte le monde 100 % minéral et monte l'escarpement à flanc de coteau recouvert d'herbe et parsemés de rochers enterrés auxquels je m'agrippe pour m'en servir de force d'attraction ou bien d'impulsion pour grimper. Ils me permettent d'avoir un socle et faire une pause occasionnellement. Conscient de la fatigue, je veux disposer du maximum d'énergie disponible et de lucidité. Ayant atteint une hauteur raisonnable, je parviens à une ancienne zone cultivée de bananiers laissée en désuétude et abandonnée. Miraculeusement, je me régale avec des maracujas sauvages. Même vertes, le goût merveilleux me reste dans la bouche. Je rattrape le col entre deux collines et hésite à une bifurcation entre prendre à droite et continuer à monter ou bien tout droit en surplombant le littoral avec vue sur l'océan. Je choisis logiquement la seconde route et chemine jusqu'à une fourche où un jeune pêcheur, le regard inquisiteur et curieux du contenu de mon sac, me remet dans la bonne direction. J'aboutis à une plagette rocailleuse sur le même modèle que celles de ce matin et commets l'erreur de la longer. La pluie se met de la partie et rend les rochers, d'énormes galets lisses et polis par les éléments, glissants comme pour compliquer ma progression. Je m'abrite derrière un pan de roche et attend qu'elle cesse avant de continuer et rencontrer une impasse. Ni une, ni deux, je jette un coup d'œil en arrière sur la côte d'où je viens et aperçois un sentier au-dessus d'une paroi qui s'élève vers un point de passage entre deux collines flanquées d'herbe. Ce sera ma planche de salut et un sain retour à la réalité entrecoupé de brèves coupures pour reprendre des forces en buvant du thé sucré. Je dépasse les limites de la petite réserve côtière de Silaka et retombe sur le goudron à proximité du complexe d'Umngazi qui offre toutes sortes d'activités comme le canoë dans les mangroves, la pêche au lancer, le VTT et la randonnée, raison pour laquelle les huit kilomètres de sentier jusqu'à PSJ doivent être entretenu régulièrement.
Je suis mal reçu à la barrière par le gardien du camp. Sans doute a-t-il une peur bleue d'être sanctionné par son patron, mon ami le richissime et puant Piet Goss. Sa réaction et son comportement en dit long sur les relations qu'il peut entretenir avec son personnel dont il ne doit certainement pas s'occuper personnellement. Ce pauvre gars figé par la peur, est le premier à afficher de l'antipathie depuis que j'ai quitté Port Edward. Je veux seulement remplir ma bouteille d'eau. Il me montre le robinet sur la plage où les ouvriers procèdent au nettoyage. Je l'atteins par l'extérieur et le voilà descendu de son poste de garde comme un chien agressif et contrarié. Je dois être trois mètres à l'intérieur du complexe dont la plage n'est apparemment pas interdite et me déshabille près de l'endroit que je juge le plus propice pour tenter la traversée. La marée basse était à 12h06 et il est presque 15h00. Je veux jauger la profondeur par moi-même. Bien qu'ayant reçu des informations de la part de l'équipe au travail, je fais un passage à vide que je marque d'une croix d'un côté comme de l'autre. Cela m'évite d'hésiter, tâtonner et chercher de nouveau les bancs de sable. Trois bras d'eau dont deux négligeables sillonnent la lagune impressionnante et étendue sur les bords de laquelle les bungalows ont été construits. Je passe mes sacs en une seule fois avec de l'eau à mi-genou pour les deux premiers bras et m'y reprends à deux fois pour le dernier plus large. A la question posée par mon interlocuteur: "Pourquoi faites-vous de multiples aller-retour ?", je le laisse sans réponse et lui demande d'y réfléchir. Le poids total avec un ou deux sacs diffère d'une dizaine de kilogrammes, ce qui est suffisant pour que les sables mouvants ne puissent plus supporter la charge totale et se dérobent sous un excès de poids. Par mesure de précaution, je préfère affronter les difficultés avec l'un ou l'autre des sacs, étape par étape. Le premier sur le dos, le second à la main sont déjà imposants et embarrassants sur la terre ferme. Comment faire face aux difficultés d'un gué inconnu si je viens à perdre pied. Les locaux n'ont pas idée du contenu des sacs qui ne peuvent assurément pas prendre l'eau. Le matériel sensible et la nourriture est enveloppé dans des sacs plastiques pour préserver le tout. Je peux faire un faux-pas et tomber dans l'eau sans craindre trop de conséquences mais j'évite de prendre des risques inutiles. Je me rhabille et me dirige vers la paillotte des sauveteurs sur la plage pour me protéger du soleil et grignoter quelques avocats mûrs. Manque de chance, son couvert de branches - des bouts de bois espacés de deux doigts - est à claire-voie.
Dans la confusion, j'ai oublié de boire et remplir une troisième fois ma bouteille d'eau. Deux gaillards secouristes viennent taper la discussion et me disent qu'il y a un robinet à côté du corral des chevaux bien entretenus qui ont droit à de l'eau salubre et chlorée. Je me rapproche tandis que je vois une navette transporter des familles entières d'une rive à l'autre. Si je l'avais su ! Je préfère passer la rivière par moi-même et ne pas devoir leur demander quoi que ce soit vu leur sens de l'accueil et le degré de sympathie témoigné aux personnes de l'extérieur. L'estuaire de la Mngazi s'ouvre sur une plage magnifique avec un cordon de dunes imposantes qui s'étirent. Les familles viennent faire monter leurs enfants à cheval pour les balader. Des couples viennent y marcher et se retrouver dans la quiétude des vagues. Des vacances de rêve et l'endroit idyllique tant vanté par les agences touristiques s'achètent au prix fort, au bas mot une cinquantaine d'euros par personne et par jour. Un petit salut amical à une autre équipe d'employés et je quitte les lieux en longeant l'enclos des chevaux, à l'abri derrière le cordon dunaire. Je monte dans le vallon en pente douce sans voir de flèche indicatrice me reposant sur mon sens de l'orientation.
Sur la distance à parcourir jusqu'à la prochaine rivière, la Mnegazana, diverses réponses m'ont été données: une heure et demi ramené à une heure en cas de marche rapide et une autre, le temps record d'une demi-heure. De quoi me rendre perplexe ! Une heure environ suffit pour rejoindre les deux rivières. La Mnegazana est profonde et impossible à passer à pied. Je suis en retard de quatre heures sur la marée basse. Un couple de vacanciers s'amuse en jet-ski sur l'étendue d'eau. Ils arrivent doucement sur mon bord pour me dire que quelqu'un va venir alors qu'il serait si simple que le motoriste dépose sa belle temporairement et me fasse traverser la lagune en un coup d'accélérateur. Je n'insiste pas car je vois qu'il ne maitrise pas totalement l'engin qu'il a en main. Je me retiens de leur dire ce que je pense et gueule à gorge déployée comme un chien aux abois. Eric, collégien de seize ans, dont le père est nigérian et la mère sotho, vient me repêcher en vaurien. Il rame à contrecourant avant de venir s'échoir sur la bande de sable. Le retour au port d'attache est plus rapide même si nous sommes deux dans la petite barque qui appartient à son frère. En abordant le ponton et remontant vers le village, nous marquons une pause près du "Bottle store" (= Liquor shop) où un étudiant d'Umtata qui remplace son beau-frère propriétaire m'invite à dormir à même le sol dans une pièce annexe à la boutique après sa fermeture vers 22h00. Il est 18h37. J'en ai plein les bottes et un poisson à cuire. A la vue de celui-ci, le tenant du bar, ignorant ce genre de poisson, me dit d'allumer un feu dehors et de le faire griller. Il n'a pas de moyen de le préparer à l'intérieur. Cord, le gars de la maison d'en face vient aux infos et me propose de le cuisiner chez lui, ce que j'accepte. Il est vêtu d'une salopette bleue, combinaison des employés d"Etikwini", chipée par sa belle-sœur qui travaille dans la commune du même nom dans la banlieue de Durban. Je ne suis pas sitôt rentré sous son toit, la maison familiale où vivait sa mère décédée en 2010, qu'il commence à pleuvoir. Si ce n'est pas un signe du destin, c'est de la chance. Il est seul ce soir avec sa petite Lileen de deux ans et demi. Sa femme, partie depuis lundi s'occuper de la scolarisation de son ainé, revient vendredi. Vu qu'il ne dispose que d'une plaque chauffante, nous soupons d'anguille et d'haricots vers 21h30. Je note, en me passant les mains sur le visage, un petit épanchement de sang coagulé au niveau du lobe de l'oreille droite, une séquelle sans conséquence du contact de la joue sur la pierre. Tandis qu'il pleut abondament, je m'endors profondément dans le grand lit double du couple après une journée éreintante.
Au réveil, la tête est lourde et le corps endolori. Je ne dispose pas de tous mes moyens physiques, un peu comme si je couvais une crise de paludisme. Je suis fébrile de la tête aux pieds, un mal de tête léger latent que je mets sur le compte de la chute joue sur la roche d'hier. Même si je ne crois pas trop à cette hypothèse, je ne vois rien d'autre à part l'écorchure de mon doigt qui cicatriserait et mettrait à mal le système immunitaire pour éviter l'infection avec ce temps chaud et humide. J'ai noté un bouton sous le sein droit qui a blanchi et fait penser à un bouton de fatigue. Je ne me rappelle pas en marchant avoir écrasé ou coincé un insecte entre la bretelle du sac et mon marcel ou une araignée en m'allongeant sur le ventre mais la seconde hypothèse est la plus probable. Après quelques pages d'écriture en sirotant du Ceylan, je décide de faire relâche. Cord assure l'entretien et la surveillance d'une résidence secondaire pour une indemnité mensuelle de 500 Rands (50 Dollars U.S). Il doit garder Lileen et faire du pain. Avec ses deux chiens m'accompagnant, je pars faire dans l'après-midi le tour des plages - la principale ensablée, prolongée de petites criques rocailleuses - et repérer les flèches blanches du sentier vers Coffee Bay. Le village tout entier de Magekeni est peuplée de résidences secondaires avec quelques cases couleur locale aux services des propriétaires en visite en fin de semaine. Cord ne se rend plus à PSJ via la rivière Mngazi car des touristes ont été agressés et dépouillés il y a un an dont les coupables ont été arrêtés. Cela a engendré un climat d'insécurité. Il passe par Tombo à une heure de transport du village.
Je décolle à la mi journée ensoleillée et démarre rapidement. Le sentier bien balisé et débroussaillé est intéressant pour des randonneurs débutants voulant avoir une approche de la forêt tropicale et mieux la connaitre. Il rentre à l'intérieur des terres et ignore pratiquement le littoral jusqu'à la rivière Sinagwana, ce qui me permet de me changer l'esprit. J'en ai soupé du sable. Un serpent inerte, totalement noir y compris sous le ventre, d'une trentaine de centimètres, gît en travers du sentier. Je cherche à le faire bouger en le caressant avec mon sac à main. Aucun mouvement. Je cueille une tige et cherche à le ramener sur le sentier afin de mieux l'observer et le détailler. Je parviens à l'enrouler sur le bâtonnet et le jette dans les taillis où il se retrouve accroché aux branches d'un épineux. Etait-ce ma première rencontre avec un (bébé ) mamba ?
Je suis franchement revenu à la civilisation. Sur ce tronçon, les rondavels sont proches du sentier et les gamins quémandent des bonbons. Je marche en faisant de brèves pauses, laisse sur ma droite "Brazen Heads" (les têtes éhontées) et atteins la rivière Sinagwana vers 16h00 où je suis assailli par des colporteurs de colifichets, des jeunes hommes qui vendent des colliers de coquillages. Je comprendrais que ce soit une fillette d'âge scolaire qui veuille se faire un peu d'argent de poche après les cours mais pas des hommes pour le consommer en alcool et en tabac. Je fais le plein de carburant en discutant dans la maison de ses parents d'origine allemande avec un musicien, batteur dans trois différents groupes à Jobourg, Le démarcheur n'hésite pas à lui demander 10 Rands lorsqu'il voit qu'il n'arrivera pas à ses fins. C'est la première plage où les gens sont corrompus par l'argent. Je vais rapidement comprendre ce qui en est à l'origine.
Je bois aisément deux litres de liquide, du thé, avant de repartir et passer à proximité du "Kraal", un endroit pour les voyageurs qui propose diverses activités mais contribue aussi à ce genre de relations avec les locaux basées essentiellement sur le profit qu'ils peuvent tirer du "visiteur d'un jour", le même type de communication éphémère avec les "Mister Sweet" des enfants. J'avance un peu plus et monte pour avoir un panorama sur la chaine de collines avoisinantes. Derrière un enclos grillagé, j'avise Eric et lui demande s'il a un endroit pour passer la nuit. Il fait frisquet sur les hauteurs et il m'invite à rentrer dans une case dont il vient juste de badigeonner le sol d'une substance odorante telle que de la bouse de vache fraîche. Sa case a un avant-goût de maison tibétaine où l'odeur forte de yack imprègne tout. Il me dit que je suis chanceux car il a attrapé deux poissons aujourd'hui, la seconde fois que j'en mange en deux jours. L'un de ses voisins vient le voir habillé en "Etikwini", la salopette très à la mode ayant visiblement fait des émules. Les Africains, s'ils pouvaient se sustenter de la moelle épinière de leur mère nourricière, tirer dessus et la sucer jusqu'au bout jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus avoir de forme et se tenir debout, le feraient sans grand peine. L'instauration d'un système d'assistanat à l'intérieur même de la communauté où le moindre effort n'est pas encouragé mais consiste à obtenir le maximum en fournissant le minimum laissera le pays sans ressources et augure d'un futur peu prometteur pour l'Afrique du Sud.
Quand je sors de la case qui m'a été réservée, je le trouve en train d'attendre sa femme partie chercher de l'eau à une petite retenue d'eau. Elle revient chargée d'un seau de 20 litres et son fils l'accompagnant, un jerrycan de cinq litres à la main. Eric et ses fils déjeunent de ricorée, un succédané de café, avec du pain tandis que sa femme mange avec appétit une assiette remplie de riz, de chou et de sauce tomate. Je l'accompagne après un morceau de pain. Il me dit qu'il ne peut pas commencer par manger du riz si tôt. Je blague en lui disant que s'il avait été chercher de l'eau à sa source, il mangerait avec plus d'appétit. Les femmes sont vraiment au service des hommes. Comme ils ont trois fils et aucune fille pour seconder et aider pour les tâches ménagères, il a fallu revoir l'éducation des enfants. Deux des fils ont pris la balayette et nettoyé les miettes qu'ils avaient éparpillées, ce qui est étonnant de la part de garçons. Les trois garçons ont ensuite pris une bassine, de la lessive et sont allés à un petit étang pour laver leurs vêtements, ce que je n'avais pas encore vu faire en Afrique. Une leçon à retenir. L'Afrique en mouvement ou le fait juste qu'il n'y ait pas une seule fille dans la famille ? S'il y en avait une, elle se coltinerait toutes les tâches matérielles. Ma piqure a viré sa cuti et est devenue rouge. Sous la peau, la chair dans un périmètre de 5 centimètres de diamètre, s'est durcie comme si j'avais affaire à un abcès en cours d'infection. Elle est surtout plus douloureuse. A surveiller.
Je quitte à travers les collines une région rurale du littoral où abondent des hameaux regroupés de cases aux toits coniques, une famille disposant de deux ou trois rondavels dont l'un est utilisé pour la cuisine. Je reste un peu plus à l'intérieur des terres et ne vois pas l'ombre d'une seule flèche indicatrice de mon itinéraire. Je suis évidement en dehors du sentier. Il est pénible de suivre un GR mal balisé et se faire du mouron pour en trouver les signes d'existence. A se soucier continuellement si les flèches sont à venir, ça use autant les souliers que de faire des aller-retour aux embranchements non signalés. Je retombe sur la rivière Mnenu traversée sans souci avant de remettre les pieds sur la plage rugueuse et m'en faire expulser par un pêcheur à la ligne. Après le sable, je marche sur des longueurs de pierre. Certaines formes ont été érodées suffisamment à la base pour donner l'impression de champignons géants. Il veut en fait me remettre sur le sentier qui passe à l'intérieur de la réserve naturelle de Hluleka de 700 hectares qui compte beaucoup d'espèces végétales endémiques et une riche faune aquatique. Une échelle en forme de V retourné permet l'accès à l'enclos où trois Zèbres de Burtchell me regardent béatement. Je ne bouge pas. Ils mettent du temps à contourner le monticule et disparaitre de ma vue. Je pénètre leur domaine réservé et accède à la piste principale que j'emprunte jusqu'aux constructions abritant les ouvriers de la réserve qui n'ont pas l'électricité intra-muros même si les lampadaires extérieures de la réserve sont allumés. Un des quadrupèdes m'attendait à un détour de la piste et s'est assuré d'un clin d'œil que j'étais sur la bonne piste puis je retrouve mes trois compères près des bungalows, les mêmes ou d'autres identiques car en effet comment distinguer un zèbre d'un autre ?
Nokwanda m'accueille gentiment et me réserve le fond de son porridge matinal qu'elle mélange avec du lait aigre comme je l'aime. Je me régale avant de poursuivre vers l'accueil où j'en profite pour me déshabiller et tout faire sécher en attendant la responsable. Je ne sais pas si elle a mangé du zèbre ou du gnou, autant d'animaux que l'on peut trouver dans la réserve mais cela ne se passe pas très bien avec elle. Elle se rend à l'entrée principale, la piste qui mène à Libode, et me remet entre les mains d'un Afrikaner qu'elle me présente comme son supérieur. William travaille comme ranger pour l'environnement sur Port Elisabeth (PE) et est venu donner un coup de main avec une collègue pour renouveler et rafraichir l'accueil. Il ne peut me dire le nom du serpent mais me confirme l'araignée pour la piqure. Le venin injecté est en train de se diluer. Il me conseille de boire beaucoup, ce que je fais habituellement de toute façon. J'ai pu remarquer que je pouvais mouiller complètement mon T-shirt, le retirer et l'essorer, en haut de chaque colline, voir même plusieurs fois par heure et par jour. Est-ce que je transpire plus à cause de la piqure ? Je sais maintenant que mon corps réagit et que mon état fébrile est lié à l'infection. Je n'ai pas de ganglions sous les aisselles, ni à l'aine. Je n'ai pas lieu d'avoir peur mais cette petite bestiole que j'aurais aimé croisé m'a rudement bousculé et mis à mal ma résistance.
Malgré les nuages, la chaleur est étouffante. Il fait lourd. Je quitte l'entrée de la réserve vers 15h00 après avoir regardé la carte et m'être rendu compte que la rivière Mtakatye est à mon programme et s'annonce devant moi. Les limites de la réserve de Hluleka qui s'étend sur quatre kilomètres du littoral sont presque contenues entre la Mnenu et la Mtakatye. Je suis mon instinct et coupe au plus court par les collines pour éviter de me retrouver arrêter par les rochers sur la plage. Le terrain est accidenté. Je finis en queue de poisson dans une mangrove étalée sur une grande partie du bras de la Mtakatye, les nombreux canaux me retenant prisonnier. Je n'ai pas où aller car je ne peux pas m'éloigner à moins de m'enfoncer les pieds dans les lits boueux si je veux m'échapper. A un canal au niveau d'eau correct, rempli d'herbes flottantes et d'algues marines, relié directement à la rivière, j'essaye de rejoindre l'autre bord d'où un sentier continue vers l'estuaire. Je sais que je peux traverser là-bas avec de l'eau jusqu'à la taille malgré mon heure et demi de retard sur la marée basse (14h22). Là où je suis, l'étendue d'eau peut être comparée à une vraie lagune impossible à traverser sans un bateau et en face, plus intéressant, il y a des habitations et des garages avec accès direct à la plage. Lesly et Kelly, 23 ans, vivant actuellement en Angleterre, venue visiter ses parents, avisent Ken de ma présence sur l'autre rive. Il démarre le moteur et vient me chercher avant que je ne passe de l'autre côté avec l'un des sacs. Bien que la lagune soit large, je suis bien positionné et au point de repêchage le plus proche pour qu'il me cueille. Il m'invite à boire une bière, la seconde offerte depuis Port Edward. Je prépare un litre d'eau chaude pour faire le plein de carburant avant de continuer en fin d'après-midi. J'hésite à deux reprises au sommet de deux collines et la seconde m'est fatale. Je rencontre deux jeunes gars qui reviennent, trois poissons dans le sac, sans qu'ils me renseignent pour autant. Je remets les pieds sur la route vers Preslies Bay et prends un raccourci direction Lwandile avant d'atteindre la baie. En prenant le chemin des vaches, je m'égare complètement avant que le nuit ne tombe. Je traverse beaucoup de taillis d'épineux et finis par descendre dans une plaine alluviale où je suis confronté à un grillage. Par la force des événements, je le longe et remonte sur le versant opposé tant bien que mal car les épineux m'attendent sur mon passage. Je nage en grandes eaux et sue abondamment. Je presse le pas car je sais que le temps m'est compté, moins d'une demie heure au bas mot. Je réussis à remonter au plus haut point d'où la vue sur le littoral est dégagée.
De mon point d'observation, je remarque un regroupement de résidences secondaires. Un second grillage sert de ligne de démarcation et délimite un enclos à l'intérieur duquel je n'ai pourtant pas pénétré. Un pieu est pratiquement à terre et ouvre une brèche dans l'enceinte. Je la franchis. La partie n'est pas gagnée pour autant, il me faut redescendre une nouvelle fois et affronter les tueurs bourrés d'épines. J'arrive sur la plage déserte à la nuit et prends le chemin du littoral par lequel j'aurais du arriver. J'inspecte les maisons rapidement mais vu l'heure tardive, mon choix se fixe sur la première visitée qui dispose d'une véranda avec une vue panoramique sur la plage, trois coussins et une gazinière débranchée, la bouteille de gaz étant rentrée à l'intérieur de la cuisine. Je mets du temps avant de me sécher et retrouver le calme. Le matin, n'ayant d'autre options, je démarre à jeun tôt sur la plage puis pour me mettre en jambe par une colline pentue. Je retombe sur une plage et me déchausse pour traverser le bras d'eau. Ma chaussure droite a expiré hier soir dans ma cavalcade. Je suis forcé de l'entourer d'un tour de lacet avant de la nouer pour qu'elle fasse corps avec mon pied. Du coup, je fais de même avec la gauche pour la préserver avant que je ne me retrouve pied-nus. J'ai besoin d'énergie et j'avale des morceaux de pain avec du beurre de cacahuètes avant la prochaine colline tandis qu'un vieil homme la descend, une binette à la main. Je reste à l'intérieur des terres et m'égare avant de suivre mon intuition et couper au plus court vers la rivière Ndumbi large mais passable avec de l'eau jusqu'au ventre. La plage tranquille, ouverte sur l'océan, est bordée de collines verdoyantes et synonyme d'espace. Installée dans une ancienne mission, l'auberge Mdumbi travaille en partenariat avec des mécènes et aide les communautés en ce qui concerne l'éducation, la santé et du développement socio-économique. Un projet de développement durable - www.transcape.org/cms - auquel vous pouvez participer (www.immersionsa.com) que Johann et Hyman ont crée et mis en place en 2004 permet de dormir chez l'habitant, d'approcher les Xhosa et d'appréhender leur milieu culturel dans un cadre authentique. Les parents du premier étaient missionnaires à Canzibe, ce qu'il fait qu'il est parfaitement trilingue (anglais, afrikaans et xhosa). L'auberge dispose d'une possibilité d'hébergement de 31 lits et d'une vingtaine d'emplacements de camping. Quatre kilomètres de littoral me séparent de l'estuaire de la rivière Umtata. Je quitte tardivement le Ndumbi Backpackers et en sors, côté jardin d'enfant, traverse le terrain de football puis prends sur la gauche avant de retomber sur la plage. Je passe un poste d'observation de la faune aquatique que je pensais être une chaise de surveillance pour les baigneurs bien que personne ne soit dans l'eau ou sur la plage. Je n'ai pu résister à décrocher le sac, m'approcher et demander la raison d'être de ce perchoir. Je suis en train de me rendre compte que j'ai peut-être laissé filer le dernier ferry en m'attardant au Ndumbi. J'ai quitté avec une heure de retard et je me vais peut-être me retrouver coincé sur le bord de la rivière Umtata sans possibilité d'hébergement. Le cauchemar ! Je remarque à un moment donné plus de personnes sur la plage tandis que je longe une résidence: "Umtata River Mouth n°6". Je suppose que ce sont des familles en vacances qui ont loué des appartements ou bien je suis réellement proche de l'estuaire et les gens sont venus en ce jour dominical de Coffee Bay pour traverser l'Umtata et marcher sur la plage. Je suis en fait un peu loin du passage sur l'autre rive. Je croise une famille noire, classe moyenne, qui est venu en séjour vacances. Il m'indique le point de passage que j'atteins rapidement, 40 mn après mon départ de l'auberge. Un vaurien métallique équipé de deux rames en aluminium sur lequel est écrit "Umtata river ferry" s'apprête à déposer un passager. C'est ma dernière chance et j'entends bien la saisir. Je saute dedans. Le gars me demande de payer avant de commencer à ramer. Je ne doute pas qu'il veuille en profiter pour me faire payer le prix fort. Bien qu'il ne m'ait pas demandé de somme exacte, je sais, pour m'être renseigné, que le prix officiel est insignifiant (3.50 Rands = 0.30 cts d'Euro) mais je préfère lui céder un T-shirt impeccable au style africain reçu d'Ola que j'aurais déjà du donner à Cord ou quelqu'un d'autre. Je suis sensible au fait de ne pas ré offrir un cadeau qui vous a été remis dans une intention particulière mais je l'ai porté seulement le soir où nous nous sommes rencontrés. Je ne l'ai pas remis car je me sens un peu à l'étroit dedans. Je l'ai emmené pour le laisser derrière moi et le donner. Le pote qu'il vient de déposer lui fait savoir que le T-shirt lui va comme un gant et qu'il est extra. Le passeur, loin de faire la fine bouche, accepte le marchandage et attend que la vague nous fasse décoller pour commencer à ramer. Il n'en finit pas de traverser le bras d'eau comme si les anneaux en fer qui maintiennent les rames collées au montant de la barque le limitait dans ses mouvements. J'ai l'impression qu'il hoquète et bégaie dans sa tentative de traversée qu'il mène toutefois à bien dans un décor grandiose, Deux bandes de sable visibles de part et d'autres d'un piton rocheux planté au milieu de nulle part enrichissent la vue panoramique sur 180° degrés. La barque ancrée, le rameur retire les rames qu'il enferme dans un bâtiment avant de rentrer au village. Il est 18h37. C'était ma dernière chance.
Je peux m'estimer être heureux d'avoir pu traverser à l'heure où je suis arrivé. Satisfait et conscient, je m'assois sur la pelouse et déguste quelques avocats murs avant de prendre l'asphalte vers Coffée bay distant de quatre kilomètres. Je me fous de ce qui va arriver. J'ai l'intime conviction qu'une voiture va venir me chercher même si l'heure ne s'y prête pas du tout. Qui viendrait faire un tour dans ce cul-de-sac à cette heure avancée de la journée ? J'en ai épluché trois ou quatre quand j'entends un moteur ronronner. Mon intuition était correcte, j'ai vu juste. Marc, au volant d'un pick-up avec deux femmes l'accompagnant, veut bien m'emmener à Coffee Bay où il réside et travaille dans le transport. Ils ont rejoint des amis pour le week-end dans une maison à proximité et repartent chez eux. Nous plaisantons en faisant route et Marc, après avoir déposé Esther et Cheri atteinte de cancer de l'estomac en phase terminale, m'offre de rester dans l'un des ses bungalows de chantier doté d'une grande capacité d'hébergement et dont il a fait sa demeure permanente. Alors qu'il me montre mon lit superposé, l'un me suffit, voilà qu'il se met à pleuvoir. J'ai connu ce scénario identique à Port St John avec l'invitation de Wayne et Danny juste avant une nuit d'orage. Il y vit à l'africaine, un Afrikaner envahi par les chefs, têtes de couleur noires membres des clans locaux. Il est lui-même divorcé avec deux fils, l'un (29 ans) dans la finance à New York et le second (27 ans) au Cap où vit son ex-femme. Notre arrivée perturbe visiblement le petit groupe installé devant l'écran TV. Il prend soin de deux xhosa qu'il considère comme ses fils adoptifs même s'il me confie qu'ils sont toujours là pour lui demander de l'argent. L'un, Nazad, la vingtaine au physique agréable, a une petite amie afrikaner originaire du Cap, Sarah et l'autre d'une dizaine d'années suit encore les cours. Marc aime discuter de tout. Il est allé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 en tant que spectateur et a ensuite voyagé pendant trois mois en restant 3 semaines à St Raphael en France, en Italie qu'il n'a pas apprécié, notamment à Genova polluée, à Naples où il s'est fait volé 600 Dollars et Brindisi d'où il a pris le bateau pour Igoumenitsa-Patras, l'île d'Eros avant de prendre un vol retour vers l'Afrique du Sud. Il s'est rendu une autre fois en Angleterre et y est resté travailler plusieurs mois. Coffee Bay dont l'origine du nom remonte au café répandu dans la baie par un bateau échoué en 1863, m'apparait ni plus ni moins comme un hameau reculé dans la continuité de paysages de collines verdoyantes et vallons embroussaillés entrevus depuis Lupatana. L'endroit est un point de rencontre où tout se redistribue à partir de là car, entre plusieurs centaines de kilomètres de littoral, il faut bien des lieux d'ancrage plus importants qui servent de point de chute avant que les affaires rebondissent sur la côte plus au nord ou au sud. Cette assomption personnelle demande à être vérifiée, les différentes communautés locales étant seulement accessibles à partir de la route principale qui mène à Coffee Bay. Il a plu abondamment aujourd'hui, une journée de relâche qui me permet d'écrire. D'ailleurs que faire d'autre ?
Je revois Sherry et Esthie, deux femmes exceptionnelles arrivées sur le plan personnel, d'une douceur et d'un bon niveau de compréhension travaillant sur divers projets de développement communautaire. Ex instructrice d'auto-école, Sherry forme un jeune pour qu'il ouvre son école . Elles ont le projet de promouvoir des objets d'artisanat, de la vannerie, produits par des femmes locales et les revendre à Jobourg. Sherry, 50 ans, atteinte d'un cancer de l'estomac qui a évolué et a métastasé, devrait déjà être partie depuis longtemps selon le diagnostique des médecins. Elle a décidé de prendre le mal à la racine et de le combattre corps à corps. Elle connait vipassana et a fait une retraite chez Goenka en 2004. Depuis, elle médite deux heures quotidiennes et en reconnait les bienfaits. Marc, né dans la baie de Mazeppa, un peu plus bas sur la côte en direction d'East London, parle l'anglais, l'afrikaans et le xhosa. Il joue merveilleusement de la guitare et compose dans cette langue locale dominante dans l'état du Cap Est. D'ascendance française, ses aieux, originaires des environs de Lyon, ont quitté l'hexagone pour aller s'établir au Liban à l'époque où c'était un protectorat français. Son nom Carrouze a été libanisé sous la forme de Karruz. Plus tard, son grand-père a immigré en Afrique du sud. Son père, médecin à Idutywa, est encore actif. Marc est devenu obèse. En cinq ans, il a pris tellement de poids qu'il en est devenu handicapé. Il pèse 160 kilogrammes. Si j'en juge par les photos, il a toujours été d'une bonne corpulence, plutôt musclé. Jacqueline, une de ses ex avec laquelle il est parti en Angleterre en 1995, l'a connu svelte. Avec Piet qui vit à Zoti, la plage d'où j'ai commencé à marcher à côté de Durban, elle est venue le visiter pour la fin de semaine. Jacqueline, séropositive, vit sur le bien-être social en Angleterre pour pouvoir bénéficier de son traitement. Avec Piet, également séropositif, ils se sont connus par le biais d'Internet. Quand elle n'est pas en Afrique du Sud, deux fois trois mois dans l'année, où elle a grandit, elle vit dans le Sussex mais pense bouger à Brighton. Piet, son tour venu, la rejoint parfois en Angleterre. A leur arrivée, il me confie qu'il est courtier et vit de son argent investi, ce qui est pur mensonge. Il est en congé longue durée pour incapacité de travail à cause de sa séropositivité. Agé de 42 ans, il a été contaminé le soir du nouvel an 1995 à 26 ans par une inconnue qu'il a connue dans une boite de nuit. Il m'affirme qu'il n'était pas coutumier du fait, des aventures d'un soir. Il était tellement ivre mort qu'il n'a même pas su avec qui il avait couché, ni revu sa partenaire d'un soir. Une fois a suffit. Jacqueline, 48 ans, venait de divorcer. Après un premier partenaire avec lesquels les choses n'ont pu se concrétiser, le second sachant parfaitement qu'il était séropositif, l'a consciemment infectée. Leur relation a durée 3 mois et demi. Elle a porté l'affaire devant la justice et les tribunaux, un cas de jurisprudence, lui ont donné raison et l'ont dédommagée. Son gars n'a jamais versé quoi que ce soit et est décédé quelques années plus tard. Elle suit depuis quinze ans une trithérapie. Il court, il court le virus... pas seulement chez les noirs mais aussi chez les Afrikaans. Certains ont accès à la trithérapie et d'autres pas, dépendamment de la façon dont ils s'y prennent pour y avoir accès.
East London (Cap Gonubie) - Coffee bay (3 jours de marche exténuante). Je pensais en avoir fini avec les grands cours d'eau (Mtentu, Msikaba, Mzintlava, Mnegazana) à traverser à marée basse. Une dizaine d'autre rivières d'importance m'attendaient sur la portion East London - Coffee bay. Je laisse mon ordinateur, mon chargeur de batterie et quatre livres dont deux guides entre les mains de Sherry et pars plus léger avec une voiture de la police qui rentre à East London. Les deux flics s'occupent de repérer les voitures volées à Jobourg, Le Cap qui sont importées, déplacées, désossées et maquillées dans des petits garages clandestins avant d'être revendues. Je me retrouve prisonnier, les pieds sur le sable, pris entre la rivière Nahoon et celle de Gonubie. Après 40 minutes de connexion Internet à l'auberge à la pointe de Gonubie (Laura et Andrew Tél: 082 824 1419 gonubiepoint@sainet.co.za voir www.accomodationrsa.co.za), je me retrouve sans avoir pied, la marée est haute à 15h31, et dois attendre 21h43 avant d'espérer passer la rivière Gonubie pour remonter la côte vers le nord. Les quelques histoires de personnes happées par des requins émaillant le passage de la Nahoon suffisent à me rendre à l'évidence que je ne dois pas prendre de risques inutiles. Laura m'a raconté celle récemment d'un adolescent sur la grève devant l'auberge dont la jambe a été enlevée par un requin. Le jeune est mort, il saignait trop et n'a pu être conduit à l'hôpital à temps. Je dérange visiblement le maitre-nageur très inamical auquel je m'adresse pour recevoir des informations. S'il n'a pas le sens de la communication, il serait bon qu'il change de travail. Il a plutôt en tête de rentrer chez lui à 17h00 pétantes. Il ne peut pas me conseiller de traverser en tant que secouriste mais me donne deux sacs poubelles pour y enfermer mon sac afin qu'il puisse flotter. Il me dit qu'il n'y a pas de requins en remontant un peu le cours. Je collationne sur un banc et avise deux planchistes qui vont rentrer. Deux kayaks ont été mis à l'eau et les voilà justement qui reviennent au moment où j'atteins l'eau avec un surfeur à qui j'ai demandé de l'aide. Un kayakiste prend mon sac sur le dos tandis que le surfeur empoigne mon sac à main et les chaussures enveloppé dans un sac poubelle. Il le passe à la nage sans le mouiller en le tenant d'une main, ce dont je suis totalement incapable. Je récupère sa mini planche avec laquelle j'effectue la traversée de la rivière en me dirigeant avec les bras. Je récupère mes effets sur l'autre bord tandis que je lui redonne sa planche. Je les remercie beaucoup. J'évite ainsi plusieurs heures d'attente et peux progresser le long de la côte vers la prochaine étape sans perdre de vue la marée basse à 21h43. Je ne tarde pas à rejoindre le cap Kwelerha en longeant la plage d'énormes galets surdimensionnés. Je saute de l'un à l'autre et pour relâcher la pression je passe éventuellement sur la bande côtière de sable blanc derrière laquelle d'épais buissons cachent des zones dégagées de pâturages vides d'estivants à cornes. Je tombe sur un regroupement de résidences, dont l'une occupée par un propriétaire peu aimable, m'apporte peu d'info sur ce qui m'attend plus loin.
Cheminant le long de l'océan, je croise un véhicule des ressources halieutiques avec une lampe de sécurité sur le toit. Je demande conseil au chauffeur où traverser la Kwelerha. Il me dit de sauter à l'arrière, fait demi tour et remonte légèrement le cours sur quelques centaines de mètres, là où sont garées un pick-up et une Land-rover. La pleine lune les illuminant, Marc et Benny dégustent du rhum-coca et fument "l'herbe du bonheur" en compagnie de Liesel, jeune femme du premier avec son nourrisson qu'elle allaite. Il est près de 19h30. Je vais tuer le temps en leur compagnie jusqu'à ce que la marée soit basse. Marc me parle de Yellowsands (les sables jaunes), le camping avec des réverbères allumés que l'on aperçoit de l'autre côté de la Kwelerha. Il me conseille de prendre la dernière entrée sur la plage, d'y prendre une douche chaude et m'y installer pour dormir. "En Afrique du Sud, tu t'autorises et demandes ensuite la permission" ou bien "Tu dors et tu t'excuses !". Je ne vois pas passer le temps et m'étonne qu'il soit déjà 21h30 quand je me prépare à mettre les pieds dans l'eau. Marc qui a vécu quatre ans là où est garée sa Land-rover connait bien sa rivière. Il me dit qu'il y a un trou creusé par le courant près des rochers à l'endroit où l'on met le pied dans l'eau et que le fond sablonneux remonte avec un niveau d'eau jusqu'à la taille. La première étape est profonde et l'eau monte jusqu'à la poitrine, le courant faisant chavirer le corps insuffisamment chevillé au sol. J'hésite à passer sur l'autre bord. Avec la pleine lune, l'amplitude des marées et les courants sont plus forts. L'eau reflue avec une force difficile à imagine. Lorsque le nageur est pris dans le bouillon, il est souvent trop tard et impossible de s'en sortir. Je me laisse chavirer par le courant puissant qui refoule l'eau et m'accroche des deux mains aux rochers sur la rive que j'ai du mal à quitter. Je me heurte les deux tibias sur la pierre et me blesse légèrement m'égratignant et saignant sur cinq centimètres. Marc se dénude et se jette à l'eau. Il est ivre d'avoir bu et trop fumé. Il veut que je lui confie mon sac à dos mais il n'en est pas question. Je préfère assumer la responsabilité de tomber à l'eau avec. Sous la pression de mes deux amis de boisson qui m'incitent à y aller, je prends mon temps et me concentre le mouvement des vagues plus ou moins fortes selon le tempo. Ils ont beau crier pour me pousser à l'eau, je reste maitre de ma traversée et passe tranquillement sans souci majeur au moment où je le juge opportun. Mon passage coïncide avec l'heure de la marée basse. J'ai déjà filé sur une bonne centaine de mètres quand je me rends compte que j'ai oublié ma bouteille de thé. Je me retourne et devinez qui vois-je apparaitre courant comme un grand baudet ? Marc tout nu, m'apporte mon container et me le remet avant de s'effacer de nouveau dans la nuit.
La pluie est de la partie et il commence à bruiner. Ma marche sous la pleine lune s'annonce mal. Je me réfugie dans la buanderie du camping dont j'ai repoussé la porte, me nettoie les tibias en sang et les pieds ensablés. Une ombre se profile derrière le mur, le gardien sans doute armé. Je préfère prendre les devants et l'interpeller de vive voix. "N'ayez pas peur ! Poussez la porte. Je me lave et me rechausse". Le gars encouragé, sans être ni méfiant, ni sur ses gardes, reste planté devant l'entrée que j'entrouvre complètement. Vêtu d'une combinaison noire à la Ninja, il est effectivement armé d'un fusil à air comprimé dont la raison d'être est de blesser et ne pas tuer les maraudeurs. Il souffle et me propose de monter au logement du directeur pour lui demander si je peux passer la nuit sur les lieux. Il est tard et le gardien préfère l'appeler par téléphone interposé plutôt que frapper à sa porte quand nous atteignons son chez-lui. Il est de sortie à East London et lui accorde l'autorisation de me conduire dans la salle TV où je peux m'allonger à même le sol. Il n'y a pas de petit écran mais l'immense pièce vide me protège du mauvais temps. Bien que ce soit la pleine lune, je trouve le sommeil sans problème après avoir grignoté une pomme.
Je lève le camp très tôt bien que je perde une demi heure, la conscience embrouillée dans d'obscures considérations. Je veux aller loin aujourd'hui et mettre le paquet autant d'heures qu'il le faudra pour atteindre les limites du Transkei, la Grande rivière Kei dont le dernier ferry est à 17h00 ou 18h00. Je décolle le ventre vide avec un fond de thé préparé la veille, le minimum de carburant sans lequel je ne peux pas avancer décemment. Je suis le sentier des marcheurs de la plage ("strandloper hiking trail" http://strandlopertrail.tripod.com ) marqué par une trace d'empreinte jaune d'une chaussure à la pointure de petite taille et qui porte le nom d'une tribu khoisan de la côte qui disparut en tant que peuple à l'arrivée des colons blancs. Il est évident qu'une petite marque minimise l'impact sur l'environnement et économise la quantité de solvant nécessaire au marquage. Les empreintes à la verticale peuvent être peintes sur une planche de la même taille et clouées sur un poteau ensablé ou enterré alors que d'autres à l'horizontale sont moins visibles car elles ont été dessinées à même la roche ou le sol. Je trouve un côté assez sympathique et jeu de piste à ce sentier dont j'aime entrevoir les petits souliers de Cendrillon qui me donnent l'impression de cheminer derrière le "dernier des Khoisan" qui vient de passer et m'ouvrir la voie.
A Glengariff, je demande de l'eau chaude pour un café et m'assois pendant une heure et demi à la terrasse d'une résidence secondaire avec une famille de Port Elizabeth dont les parents habiteront leur maison dès qu'ils seront à la retraite en 2011. La discussion va bon train. Je quitte avec l'impression d'avoir laisser le temps filer. Je dois faire face au vent et le soleil est de la partie. Les longues plages de sable se succèdent avec Glen Muir pour commencer jusqu'à Cintsa East (atteinte à 10h00) qui marque la fin d'une côté habitée et fréquentée par les estivants et les habitants d'East London, distante de 38 kilomètres.
Je remarque toutefois deux magnifiques et larges vallées verdoyantes sans habitations notoires, s'ouvrant sur l'océan, une lagune en arrière-plan à peine visible depuis le rivage si je ne remonte pas la plage dont l'eau à marée descendante se retire. Elles me donnent presque envie de remonter et d'aller voir ce qu'il y a à l'intérieur des terres. Une troisième ouverture béante se situe un peu avant le cap Henderson qui compte pour les "marcheurs de la plage", un lieu d'hébergement inaccessible car bouclé au cadenas. Je goute l'eau de pluie des réservoirs. Je trouve ridicule de ne pas laisser ouverts ces gîtes dont l'utilité est la raison d'être et la fonction première. Je suis et me sens de nouveau sur la "côte sauvage" tellement je suis dans l'isolement jusqu'à la baie de Morgan (Morgan Bay).
A 11h55, je croise deux couples, une génération d'écart, "marcheurs de la plage" à la carte qui viennent de Haga Haga distant de 5 km où ils ont passé la nuit. Leur étape d'hier qu'ils évaluent à une douzaine de kilomètres les a conduit depuis Morgan Bay jusqu'à Haga Haga et la précédente d'où ils ont démarré de Wavecrest jusqu'à Morgan Bay avec 12 km supplémentaires. Est-ce dire qu'il me reste 5 ou 6 heures pour marcher (12 + 12 + 5 =) 29 km et attraper le dernier ferry ? Difficile pari à tenir.
Je nage un peu dans le flou en ce qui concerne les distances relatives à mes repères. J'estime avoir à marcher une quarantaine de kilomètres jusqu'à la Grande Kei. Après le bac, si je le passe en temps voulu j'aviserai. Sur la plage avant d'atteindre le complexe hôtelier de luxe de Pullen's bay, un couple de baba cool remplissent des sacs plastiques de coquillages triés pour en faire des mobiles. Dans la baie, une jolie blonde allongée sur le sable doux et brûlant lit et se laisse rôtir sur la plage tandis qu'un gars fait des ronds dans l'eau histoire de retenir son attention et tenter de l'approcher. Deux acteurs d'une pièce dont je ne verrais pas la fin.
Vers 13h15, je décide de couper la journée et tombe sur Sherley, un seau d'eau de mer et deux filets de moules à la main, qui rentre à la maison que sa famille nombreuse a louée pour la semaine. Elle est femme d'agriculteur, principalement de l'élevage avec plusieurs milliers de tête de bœufs et de moutons et vit à Stutterheim fondée par un allemand. Les deux litres de Ceylan que je prépare me donnent l'impression de découvrir un excellent breuvage digne des Dieux. En trois quart d'heure je me refais une santé avant de quitter dare-dare sans être certain de pouvoir atteindre mon but. Sherley quant à elle pense que je peux arriver à accrocher le dernier ferry mais je n'en suis pas si sûr. Il me reste deux bonnes heures de marche et la litanie de plages qu'elle énumère les unes après les autres m'apparait longue comme si je comptais entre les doigts les billes d'un collier ou les grains d'un chapelet.
Je ramasse pas mal de beaux coquillages et des abalones de plus en plus nombreuses avec de beaux reflets nacrés qui peuvent être offertes en guise cendrier. Je m'étonne de la quantité et en fais part à Sherley qui parle d'abus de la part des pêcheurs. La pêche sur la côte, y compris à la ligne, est interdite théoriquement. Aucun chalutier à l'horizon excepté les Chinois qui ratissent l'océan avec des filets. La viande des abalones, dotées de propriétés aphrodisiaques, est exportée vers l'Asie et représente des sommes importantes qui suscitent l'avidité. Je comprends la raison de cette multitude lorsque j'apprends qu'il y a une ferme d'abalones à proximité, celle-ci pouvant expliquer leur présence sur la plage. Elles disparaitront du paysage lorsque je dépasserai l'endroit supposé où elles sont élevées et cultivées.
A Marshstrand au nom prédisposé, la plage du marécage, les rochers ont été tellement polis et érodés par les éléments naturels qu'ils en sont devenus plats et forment un immense damier, un plateau de dalles de pierre accolées les unes aux autres comme si je foulais les ruines d'un ancien palais romain dont les colonnes auraient été renversées par un tsunami et seraient tombées à l'eau. Le Santu Spiritu battant pavillon portugais a donné son nom à la prochaine plage, celle des perles qu'il avait en soute lorsqu'il s'est échoué en 1608. L'océan en rejette parfois et certains les collectionne. Elles servaient de monnaie d'échange à l'époque. Il suffit de partir des pavés de la salle de bain romaine, traverser quelques siècles et se pencher pour les ramasser avant de continuer sur un plateau tout en alvéoles et concavités où chacune des pierres en cours d'érosion en est au stade de piscine miniature pour des elfes en repos au sortir de l'océan et transitant vers l'élément Terre.
Je fais toujours la lecture des plaques commémoratives des bancs, pas ceux qui annoncent le mariage mais celles dédiées au souvenir de ceux qui ont vécu et quitté les plages que je traverse. L'un d'eux me laisse songeur : "à la mémoire de Viv Hand (1909 - 28/09/2009) qui a aimé cet endroit et y a pêché pendant 60 ans". Le lieu de repos fait face à des rochers dans un cadre naturel dépouillé et réduit à son strict minimum, l'eau et le minéral. Les passages à flanc de colline et coupés d'épisodes avec des à-pics surplombant l'océan déchainé, de falaises entre lesquelles il faut louvoyer pour les dépasser donnent un caractère exceptionnel dans un cadre naturel impressionnant sauvage et rugueux à la bande du littoral avant d'atteindre Morgan Bay. Une petite crique donnant sur une plateforme herbeuse entretenue, sorte de parking aménagé en zone récréative et aire de repos avec toilettes et douches, permet le séjour à la journée. Je saute la butte d'où j'ai la vision d'une petite bourgade de gents puants bien propres et riches où tout est tracé et délimité au cordeau. Je ne m'y trompe pas. Je demande à un couple où se trouve le ferry. Ils feignent de ne pas savoir pour mieux m'ignorer. Il y a décidément des claques qui se perdent.
Qui peut alors mieux me renseigner qu'un agent de la police dont j'arrête le véhicule et me dit de monter. Je me retrouve ainsi enfermé dans la camionnette-fourgon qui fonce. Et si elle se renversait, j'aurais l'air malin à ne pas pouvoir m'extraire de ma cellule. L'agent s'arrête d'ailleurs quelques minutes et pendant qu'il fait sa course, j'ai beau récriminer, rien n'y fait. Je suis dans le panier à salade sans aération à transpirer comme vache qui pisse. Quand il roule, un ventilateur donne de l'air frais et me caresse le visage. Mieux vaut être seul passager à bord plutôt que dans un panier de crabe. Le conducteur dépose au passage le jeune qui m'a enfermé et continue sa course folle vers le débarcadère où il arrivant en klaxonnant, ce qui permet de retenir le ferry qui vient de quitter le quai. Il me libère et je saute sur la plateforme métallique sous l'air ébahi et ahuri des six piétons présents. Il est 17h37 et pari gagné, j'attrape le dernier bac.
Hip Hip Hourra ! Retour au Transkei. Je voulais absolument passer cette frontière pour me retrouver dans la zone de non-lieu. Quand nous abordons, un pick-up rutilant attend pour embarquer et rentrer à la maison. Un jeune en VTT arrive trop tard pour l'attraper et devra passer la nuit dans le village derrière la colline. Autant Morgan Bay est peuplé et habité de maisons blanches concentrées autour d'une plage de sable d'or fin, autant côté Transkei, le sable noir abonde et la pauvreté domine. Rien ne retient l'œil à part une zone de marécages asséchée parsemée de souches de bois mort au-delà de laquelle une barrière de buissons et d'épineux cache un cordon dunaire sur lequel folâtrent des légions d'oiseaux. J'ai quitté la piste carrossable vers le village, traversé la zone aride et me suis rapproché du littoral de sable noir grossier et meuble. Il ne crisse pas sous la semelle. Je dois remonter dans les terres pour accéder à une petit plage. Dans une herbage, je surprends au bout d'une piste avant de traverser le fourré pour y avoir accès, un véhicule collectif avec deux trios, chacun composé de deux males éméchés, bouteilles de bière en main, tripotant une jeune fille dont l'une cache un portefeuille à mon approche. Tout ce petit monde surpris ne prétexte pas lorsque je disparais à la nuit tombée dans le lit de la rivière Gxara où j'en profite pour procéder un bon décrassage.
Je persévère en totale liberté cheminant le long du littoral désespéramment seul, ce qui me convient très bien. Je n'en attends pas moins que la lune se joigne à moi pour m'éclairer et me montrer le chemin. Je n'ai pas pu marcher et m'avancer hier soir à cause de la pluie, ce qui m'a obligé à pousser et dépasser mes limites aujourd'hui confronté au vent. Ce n'est que partie remise. Je vais aller loin, ce soir.
Je dépasse une carcasse de bateau échoué, véritable squelette rouillé de baleine dont les côtes nettoyées de leurs chaires tels des pieux acérés pointent vers le ciel. J'en fais le tour et la traverse la cage thoracique sans rencontrer Judas.
Il n'y a pas trace de présence de Dieu, ni aucun humain dans le coin. Mes yeux et mes sens me guident. Mes pieds devinent le chemin. Je dois sortir de la plage et remonter à flanc de colline plusieurs fois car d'impressionnantes failles s'ouvrent devant moi à la clarté de la lune. Je contourne les brèches et finis par monter une dune pour accéder à un ensemble de résidences dont deux sont allumées et l'une d'elles occupée par deux hommes et une femme fluette à table autour d'un verre de vin. Je me présente et veux obtenir des infos concernant la prochaine rivière.
J'ai du mal à réaliser que l'endroit qui s'appelle "Trennery's hotel et Seagull's beach" (la plage des cormorans) est distant de 17 km de la Grande Kei ajoutés aux 56 km du sentier répertorié des "marcheurs de la plage" qui relie Gonubie à la Grande Kei, cela donne un maximum de 73 km (moins les trois effectués avec la voiture de police) à mon compteur aujourd'hui. Il me reste 8 km à parcourir dont trois jusqu'à la rivière Kobonqaba (il faut claquer la langue pour le prononcer correctement) et atteindre le complexe hôtelier de Wavecrest où je compte passer la nuit.
L'un des deux hommes m'offre un verre de Shiraz. Il me déconseille d'aller plus loin et s'étonne que je marche de nuit. Je leur en explique la raison, les rivières à passer à marée basse (22h21) qui conditionne mon avancée et la clarté de la pleine lune qui permet une vision différente des plages. A les écouter, ils ont les chocottes et ne bougeraient plus or je veux continuer sous peine de me retrouver bloquer une douzaine d'heures devant la Kobonqaba, ce qui est naturellement le moindre de leur souci. Leur partenaire très sympathique et accueillante contraste avec l'arrivée inopinée d'une force de la nature apparue comme un grain de sable dans l'engrenage qui va faire déraper le processus harmonieux mis en place entre les acteurs. Elle se sert du prétexte qu'il y a deux femmes dans la maison pour se sentir en insécurité devant un étranger et me demande si je veux passer la nuit d'aller frapper à la maison voisine où séjournent des pêcheurs, trois garçons forts et vigoureux. Je n'ai pas soulevé la question de mon hébergement puisque je veux continuer quoiqu'en pensent mes deux froussards qui n'objectent même pas un mot à la remarque insultante de la mégère. Son mari s'est fait tirer dessus il y a un an et demi. Je leur dis qu'avec la méditation, il y a longtemps que j'ai renoncé aux relations sexuelles avec les femmes (ou les hommes). Je n'hésite pas à lui dire qu'elle ne devrait pas agir ainsi et qu'elle fait preuve de rudesse vis-à-vis d'un "invité". Elle ne me donnerait pas envie de la toucher même si elle se déshabillait ou initiait un strip-tease. J'espère seulement, ce dont je doute, que son mari l'honore encore régulièrement car elle représente à mes yeux une montagne de chaires insurmontable à passer, une matrone infâme digne d'être élevée au rang de sorcière blanche du Transkei. Elle quitte la table emmenant dans son sillage la jeune belette. Je ne la reverrais pas.
Je prends un moment pour apprécier et finir mon verre de rouge. Je demande à mes deux hôtes: "Pourquoi viennent-ils séjourner trois semaines dans le Transkei s'ils ont peur et s'y sentent en insécurité ? ". Quand je sors et prends un moment pour aller voir si les gars d'à côté sont rentrés, à mon retour, je me retrouve le nez collé à la vitre de la porte-fenêtre fermée, le rideau tiré. Ils m'ont dit un peu tard que le trio s'était rendu à la rivière et disposait d'un bateau. J'espère les y trouver en continuant la piste, au moins les croiser s'ils sont sur le retour. Je presse la pas et tombe dessus alors qu'ils viennent de quitter. Je peux effectivement dormir chez eux mais je ne suis pas intéressé. Je veux poursuivre et je dois les convaincre de me montrer l'endroit où traverser sans risques car il est hors de question qu'ils remettent à l'eau le hors-bord rangé à l'arrière du pick-up.
Nous laissons le véhicule sur les hauteurs et deux gars m'accompagnent jusqu'au bord de l'eau. Ils me demandent s'ils peuvent prier pour mon salut. Au point où j'en suis, deux minutes de plus ou de moins, ce n'est pas ce qui va faire la différence. J'accepte. Chacun, une main sur une épaule - je suis habillé d'un T-shirt aux manches courtes mais sans slip de bain - ils demandent à l'être suprême de m'accorder sa bienveillance jusqu'à la fin de mon voyage. Si Dieu me voyait aussi court vêtu, ils me vouerait aux gémonies et m'enverrait au bouillon à défaut du feu éternel.
Je passe la Kobonqaba en trois temps, trois mouvements dont deux aller-retour avec, à chaque fois, un sac. Je les remercie de l'autre côté de m'avoir assisté et d'avoir attendu que je sois sain et sauf sur l'autre rive. Je poursuis au clair de lune sachant que j'en ai fini avec les traversées impératives pour aujourd'hui. Jésus n'a plus besoin de m'aider à marcher sur les Eaux. Le complexe de Wavecrest dispose d'une flottille pour ses clients voulant passer la rivière Nxaxo.
Je rencontre une épave de voilier et lis sur la bat-flanc : "Den Haag Holland". La côte est moins belle et moins riche en diversité, des rubans de roches noires divisent des encartés ensablés bordés par cette ligne verte de taillis infranchissables derrière lequel les pâturages d'herbe remontent en pente douce vers des collines et des vallons distants de plusieurs centaines de mètres. Peu avant minuit, la tour de contrôle de l'aérodrome en veille grâce à l'énergie solaire retient mon attention. Je m'y dirige et saute l'enclos du complexe où abondent de charmants bungalows à toit de chaume apparemment très confortables et cossus à l'intérieur. De la terrasse en bois du restaurant de cet élégant complexe, La vue sur les dunes à l'embouchure de la rivière Nxaxo est superbe sous la lune. J'en fais le tour avant de m'asseoir dans l'herbe devant une chambre meublée dont la porte n'est pas fermée à clef. Je suis éreinté après un parcours de 81 kilomètres effectué en seize heures. Les cartes me servent de références pour établir le kilométrage et la distance parcourue. Mes jambes sont fatiguées. Après une demi heure d'attente pendant laquelle j'appelle et je chante pour attirer l'attention, je m'enferme dans la chambre meublée et m'allonge sur le canapé. Il n'y a pas longtemps que je suis allongé quand le propriétaire des lieux frappe à la porte. Je lui parle tout en tournant la clef dans la serrure et lui explique mon histoire. Patrick, chef-cuistot, ne voit pas d'objection à ce que je surfe son canapé en toute légalité.
Quatre heures suffisent à régénérer les batteries avant de repartir chargé d'un saladier de porridge, des flocons d'avoine auxquels j'ai ajouté les biscuits salés cassés (genre TUC) des clients de l'hôtel et deux bananes noires coupées en petites rondelles. Je fais le plein de carburant et répartis mon énergie de façon équilibrée dans tout le corps avant de passer la Nxaxo en barque vers 8h30. Je suis réveillé depuis 5h30. Si je n'avais pas traversé la Kobonqaba hier soir, je serais en train d'attendre là-bas la marée de 10h40.
Après une marche d'une heure sur la plage dégagée dans la continuité des paysages entrevus la veille, les buissons ayant été gommés, j'atteins une résidence isolée avec trois motos garées à l'extérieur. Avec un fond de lait aigre, je me prépare un café viennois avant de continuer vers la baie de Mazeppa atteinte vers 13h00. Une passerelle relie une petite île au continent. Malgré la chaleur, je me dois de la visiter avant que l'eau ne remonte et y rencontre un Sud-Africain et deux Slovaques dont l'un est amateur de pêche. Des vagues puissantes viennent s'écraser sur la roche dont la forme évoque une langue énorme. Tout autour, à la ponte de l'îlot, le même scénario génère des gerbes d'écumes blanches et impressionnantes comme si les rochers étaient passés au détergent. Attention à ne pas glisser de la roche et se faire embarquer dans le tambour de la machine à laver, le grand tourbillon de la vie et de la mort qui vous fait vivre des sensations et voir des étoiles dans la cinquième dimension. L'océan déchainé a besoin d'offrandes. Les Dieux aiment se faire plaisir et laper sur la roche mouillée une jambe perdue qui en entraine une autre à l'eau. Les requins dont le coin est infesté en font leur amuse-gueule.
Parmi les cinq pêcheurs à la ligne tombés à l'eau en 2009, deux seulement sont revenus et ont été sauvés. L'un d'eux a été jeté par la violence des vagues et eu le corps fracassé contre la paroi. Les témoins horrifiés ont essayé de l'harponner avec leur hameçons et accrocher ses vêtements pour le remonter mais l'opération s'est révélée impossible. Des histoires incroyables de pêcheurs encore avec le Slovaque qui, avant-hier ayant attraper un petit requin de 60 kg en bout de ligne, en a vu surgir un de 200 kg qui a avalé, gobé et dévoré le premier. Nannie et Martie dans leur résidence, originaires de Stutterheim, me confirme le cas d'un requin qu'ils ont vu emporter par la jambe un gamin qui n'est jamais réapparu. J'ai besoin d'eau chaude et utilise le micro-ondes pour réchauffer du riz précuit. Je me prépare une salade de tomates, d'oignons avec un champignon ramassé sur le chemin qu'ils jugent correct. J'en ai goûté un morceau il y a un moment pour être certain qu'il ne soit pas vénéneux. Les symptômes apparaissent généralement entre quatre et huit heures après l'ingestion. Je déjeune comme un chef et le roi repu repart à 16h00 exactes le ventre ballonné d'avoir trop festoyé. Il lui faut absolument attraper en 40 minutes la navette de l'hôtel familial Kob Inn pour passer la rivière Qhorha aux eaux trop profondes. Je me donne une heure d'avance et parviens juste à temps pour héler le rameur qui vient me chercher en canoë.
A notre retour, nous le sortons de l'eau et je l'aide à le rentrer. Il ferme la porte du garage dans lequel sont entreposés de nombreuses embarcations. Il est 17h00. Sa journée est finie et il rentre à la maison accompagné de son fils. C'était la dernière, la prochaine demain matin à 8h00. J'ai de la chance d'avoir pu traverser. Il suffisait de dix minutes de battement et je me retrouvais tout penaud sur l'autre rive qui n'offre rien pour s'abriter. Je ressens la fatigue de la marche de la veille et m'étale dans l'herbe à côté des deux dernières résidences avec vue sur l'océan Indien. Je suis surpris quand je découvre à mes pieds la rivière Jujura dont je ne connaissais pas l'existence. La marée haute était à 16h50 et commence à redescendre pour être basse à 22h57. Le cours en amont encaissé dans des gorges n'offre aucune possibilité de passer d'une rive à l'autre. Devant l'étendue de la lagune, je choisis de me reposer et somnole avant de me dire qu'il faut peut-être que j'agisse avant la nuit. Je dois la sonder et la considérer comme une traversée ordinaire qui ne doit pas poser de difficultés. La pluie menace. Je m'aventure pour chercher les fonds sablonneux les plus fermes. La traversée sans être facile n'est pas dangereuse et je m'en sors rapidement avant de poursuivre à la nuit tombante. Le ciel s'assombrit à l'horizon et la lune joue à cache-cache derrière un épais rideau de nuages obscurs qui ne présagent rien de positif. Elle est en fait retenue prisonnière et empêchée de luire. Je ne suis pas au bout de mes surprises quand, à des intervalles d'une heure de marche, je fais face successivement à la Ngadla puis la Shixini sur lesquelles je ne comptais pas. Elles sont larges, de l'eau jusqu'à la taille et le courant est fort pour la seconde avec un niveau d'eau un peu plus bas du à l'heure avancée. Je poursuis avec un ciel dégagé au-dessus de ma tête et la lune qui sort de sa gangue. Je suis satisfait de les passer ce soir et de ne pas être retenu par elles demain matin si j'étais resté à Kob Inn.
Je veux arriver ce soir vers 23h00 à la rivière Nqabarha et passer sur l'autre bord. Je patauge dans la Kwagogo, de l'eau jusqu'à mi jambe. Les étoiles apparaissent avec le ciel s'éclaircissant. Une lumière attire mon regard à l'horizon et guide mes pas tandis que quand je me retourne, je distingue clairement le halo du phare de Mazeppa qui émettait jusqu'alors une lueur diffuse. Je pousse en direction de cette étoile du berger qui m'apparait lointaine. Elle est mon but à atteindre et ma raison de vivre le moment présent. Après une longue marche exténuante dans le sable tassé par la marée descendante, je saisis deux corps humains accroupis puis alternant avec la position debout, la ligne à la main. Je marque une pause et les observe. M'ont-ils vu ? Ont-ils peur ? Je vais au devant d'eux et trouve deux jeunes Xhosa sur le retour. Je les aborde et leur demande si la Nqabarha est encore loin et s'ils ont connaissance d'une possibilité d'hébergement en leur indiquant la petite lumière qui m'a guidée et vient de s'éteindre il y a dix minutes. Je la situe de l'autre côté de la baie que je confonds avec la bouche de la rivière. Ils hésitent et finalement m'accompagnent vers le lit du cours d'eau. En marchant, ils me pointent du doigt un crabe d'une belle taille que je bute du pied. Les pinces désarticulées, je le fourre dans un containeur avant de continuer jusqu'à la Nqabarha où ils m'indiquent l'endroit relativement tumultueux où traverser. Les garages de l'autre côté sont cadenassés et pas de gardien à l'horizon. Une piste de pierres difficilement carrossable remonte jusqu'à la pointe surplombant l'océan, le promontoire servant d'aire de camping selon ce que m'en disent mes guides.
Je sonde le niveau d'eau où je n'ai plus pied bien que ce soit la marée basse (22h57). Je suis embarrassé avec ces deux gars qui attendent que je tente le passage. Si je suis sur l'autre bord, ils peuvent récupérer mon sac et partir avec, le vider en partie et emmener ce que bon leur semble. Je n'aurais pas le temps de retraverser et les rattraper. Je décide de m'adosser, la tête sur le sac et leur faire comprendre que j'attends qu'il y ait moins d'eau même si je sais que je suis probablement dans l'heure d'étal et que le niveau ne baissera pas beaucoup. Ils parlent entre eux, finissent par se lasser et rentrer chez eux. Je n'attends pas assez longtemps avant de goûter à l'eau, perdre pied et me laisser emporter par le courant qui me dépose sur l'autre bord. Mes sacs sont d'un côté inaccessible et je suis sur l'autre bord. Si les gars m'ont entendu barboter, traverser la Nqabarha et reprendre pied sur l'autre bord, ils peuvent venir se servir.
Une inspection rapide des lieux et un tour des garages me convainc que je ne vais pas pouvoir trouver rien, ni personne pour m'aider. Je ne peux pas refaire deux traversées dans un temps minimum et passer sans mouiller mes deux sacs que je vois d'ailleurs impuissant prendre l'eau. Il doit être plus tard que je ne le pense et l'eau remonte. La seule solution, aller au camping et demander de l'aide. Nu-pieds, cul nul, je monte le raidillon en partie bétonné pour que les roues puissent mieux accrocher et parviens à deux rondavels surveillées par des chiens. Je crie "à l'aide". Une femme, la cinquantaine apparait. Je lui demande l'heure. Il est 23h32 et la marée est montante. Elle réveille Dave, un Afrikaner, la cinquantaine qui vit depuis 14 ans dans le coin et connait la Naqbarha. Il descend avec sa Land-Rover tandis que je pars devant avec les trois chiens qui se jettent avec délectation dans la rivière et y nagent merveilleusement. Dave, de grande taille, sait où traverser, de l'eau jusqu'aux épaules avant de repasser avec mon sac sur la tête. L'eau ne les a pas atteint. Je ne peux qu'acquiescer à sa demande et le suis avec le second sac à bout de bras. Je réussis à traverser la Nqabarha sans le mouiller. Il était temps que mes affaires me reviennent. Je rentre côté passager, une sangle accrochée au volant du véhicule retenant la porte qui bat en éventail et donne de l'air, un système d'aération auquel il fallait penser. Dave me propose de prendre un bain. Tous les soirs, il chauffe au feu un bidon d'eau couché de 220 litres. Un robinet lui permet de tirer de l'eau chaude à souhait et la mitiger avec de l'eau froide dans un baquet métallique qui lui sert de baignoire. Après maints hésitations parce que je viens de passer un cours d'eau, je le remercie infiniment tant mes sens apprécient l'eau chaude et mon corps, la douche, m'aspergeant de gobelets d'eau et procédant à un nettoyage profond des pores de l'épiderme.
J'en ai presque oublié le crabe. Si je n'avais pas eu besoin de mon récipient pour m'arroser, il serait resté dans son trou. Après la douceur du corps, je le fais bouillir un quart d'heure avant de commencer à l'éplucher tandis que Dave boit un café. Il travaillait sur une idée de projet du ministère de l'agriculture concernant la plantation de pommes de terre et intéressant 3000 paysans. Le projet avorté n'a pas reçu les fonds nécessaires pour des investissements à long-terme et attend qu'il soit débloqué. Il se qualifie de solitaire et ne s'entend pas du tout avec sa collègue qu'il qualifie de "menteuse impulsive". Il a obtenu après des entrevues à Umtata et l'autorisation du chef de la communauté locale de pouvoir habiter cet ancien camping et rénover les rondavels. Je continue à sucer le crabe sans en laisser une miette. Un seul suffit. J'ai l'impression d'être à une table d'un cinq étoiles et goûter le meilleur crustacé du monde tant la chair est blanche et fraiche. Il me tient éveillé jusqu'à 2h00 du matin alors que je suis épuisé. Je surfe une fois de plus le canapé dans la rondavel qui sert de cuisine. Même s'il n'est pas à ma taille, je m'endors profondément pour me réveiller vers 5h00.
Seul, je me prépare le café soluble que m'a offert Dave la veille et que j'ai naturellement refusé car il était trop tard pour que je puisse trouver sommeil ou trop tôt puisque minuit était déjà passé. Il arrive un peu plus tard et me rattrape car il lui en faut trois pour se mettre à jour. Je lui propose du pain frit, une spécialité de Martie qu'il acceptera au prochain café préparé par la gérante du magasin situé sur la route qui mène à la réserve naturelle de Dwesa à l'entrée de laquelle il me fait déposer. Deux employées trop zélées me causent des soucis à la barrière. Qu'est-ce qu'il m'a pris d'être rentré par la grande porte ? Je dois être accompagné. Elles essayent de téléphoner au responsable qu'elles ne peuvent pas joindre. Je leur suggère: "Vous ne m'avez pas vu, je ressors de la réserve et passe par la plage non grillagée" mais elles me tiennent. Elles finissent par me laisser rentrer. Je prétexte que je vais parler avec Ronnie, le ranger mais comme le sentier bifurque et part sur la plage pour rejoindre la rivière Mbashe, j'en profite pour m'éclipser quitte à me faire tirer les bretelles. Après plusieurs collines tombant à-pic dans l'eau, de débris de roches marquant la limite entre le végétal et la pierre, le panorama s'étend jusqu'à l'horizon, concentré à perte de vue sur deux baies en forme de croissants de sable blanc brûlants et cuisants sous les rayons du soleil. Il fait une chaleur torride. Je marche doucement et goûte la beauté de l'endroit. Je m'assois plusieurs fois notamment à une petite pointe, qui n'est pas sans me rappeler l'ilot de Mazeppa, entourée naturellement de rochers protecteurs brise-lame et surmontée d'une auréole d'herbe verte au centre de laquelle je m'assois et contemple le littoral. En repartant, je suis en train de longer la corne du croissant de sable de la dernière plage quand j'avise au loin un groupe. Je sens les difficultés s'annoncer avec mon refus d'être accompagné. S'ils viennent à ma rencontre, ils ont utilisé des moyens importants et déployé des effectifs importants. En avançant au-devant d'eux, je crois deviner deux uniformes verts, des rangers au milieu d'un groupuscule d'une petite dizaine de personnes. Je vais finir par les croiser, le fait est indéniable. Je peux les ignorer mais c'est mal me connaitre. Je plonge dans la marée humaine, des touristes en visite guidée accompagnés d'un ranger à qui je m'adresse. Ses réponses à propos du niveau d'eau de la Mbashe et de l'horaire des marées ne me satisfont pas. Il me fait remarquer que je devrais être accompagné. Je lui rétorque : "Si quelqu'un avait du me suivre depuis mon départ à Durban tout le long du littoral jusqu'à East London, il y a belle lurette que je l'aurais planté derrière moi. Bye Bye".
Je sais qu'ils se sont servis d'un bateau pour passer d'une réserve à l'autre, la réserve de Dwesa étant délimitée par la Mbashe au nord et la Nqabarha au sud. Elle a l'air en colère et pris la couleur des alluvions qu'elle charrie. Je l'ai vu de mon piton rocheux se déverser dans l'océan Indien avec la même intensité que la Grande Kei. Les eaux souillées de la rivière et celles de l'océan sont parallèles pendant plusieurs milles nautiques sans se mélanger. La différence de couleur notable entre les sillons est facile à observer. Avec les intempéries de la nuit et les éclairs aperçus à l'horizon, la Mbashe se jette dans l'océan chargée d'impuretés auxquelles je vais devoir faire face. Je m'y reprends à trois fois. Je tente le passage trop en amont et corrige le tir avec le sac en passant plus près de la bouche de la rivière. Lorsque je reviens, le sable se dérobe et je perds pied emporté par le courant. Je bois la tasse et finis par me rétablir après un faux-rebond, mes pieds retrouvant le fond du lit sablonneux. Je passe avec le sac-à-dos sans tomber malgré un puissant courant contre lequel je dois lutter avec mes cuisses. J'ai eu la chance de ne pas chuter au cours de ces deux traversées mais il s'en est fallu de peu.
De l'autre côté, dans la réserve naturelle de Cwebe, un bon point de chute avec des chalets "The Haven" à ne pas confondre avec "The Heaven" (le Paradis), une fausse perception qui illusionnerait et induirait en erreur Adam, le premier venu sur son l'origine du lieu. La réserve parait longue à traverser et je tarde à arriver à la der des der des rivières à passer absolument à marée basse (11h59) avant la dernière ligne droite jusqu'à Coffee Bay. Je souffle un quart d'heure à Breezy Point et bois un demi litre d'eau de pluie de récupération avant de passer un petit cours dont le niveau d'eau monte rapidement. Je ne suis pas certain qu'il s'agisse de la rivière Xhora et je continue à vive allure sans ralentir le rythme. Je ne suis guère surpris après une heure supplémentaire de marche en contournant une langue de sable de découvrir la Xhora cachée derrière un monticule sur lequel ont été construit des résidence mitoyennes les unes aux autres. Je jette un coup d'œil là où elle rejoint l'océan. Bien qu'étroit, l'endroit est profond.
Je sollicite le couple d'afrikaner qui habite la propriété la plus proche. Celui-ci me confirme que j'arrive trop tard. Il dispose d'un quadricycle et d'un jet-ski qu'il n'est pas prêt à sortir pour m'aider mais n'a même pas une simple barque à m'offrir pour aller sur l'eau. Celles qui sont retournées sur l'herbe ont des trous. Je dois attendre 23h32. Dans le pire des cas, il n'y a qu'une seule marée basse demain à 11h55. Ils me laissent rentrer à l'intérieur de leur jardin et me permettent de me reposer sous la véranda pour l'après-midi. D'un belvédère dominant la lagune, ils m'expliquent qu'il est possible de traverser la Xhora en trois points différents. J'ai fourni un gros effort physique sans me nourrir. Je me rassasie et m'allonge sans oublier de sortir du sac le poisson reçu de Dave et le mettre à sécher.
Avec huit heures de sommeil durant les deux dernières nuits, je rattrape le temps perdu. A la nuit tombée, mes hôtes mettent à disposition une chambre. Vers 22h00, nous décidons d'un commun accord de repousser la traversée à demain midi pour cause de lune cachée. Il n'y a pas de visibilité. Je dors profondément jusqu'à 8h00 le lendemain. Je suis heureux que la dame me propose d'allumer un BBQ pour braiser mon poisson à l'odeur incommodante. Cela m'évite de le perdre. Je brunch et le consomme jusqu'à 10h45 en gardant la tête et la queue pour un peu plus tard. Je n'ai aucun mal à passer la lagune à gué et continuer jusqu'à Bulungula où j'y rencontre Roxane, française établie au Cap et représentante de Voyages Aventures en Afrique du Sud. Avec son père, elle établit des contacts et un itinéraire de marche. Je suis dos à la rivière du même nom et ne vois pas que le niveau d'eau monte. Quand je me retourne, je suis surpris de ne pas pouvoir la passer. J'attends la marée haute à 18h02 avant de redescendre. Une nuit dans une rondavel pour la forme et le souvenir d'une dernière nuit sur la côte sauvage avant de retrouver "Hole in the Wall" au lieu de "Hole in the Cliff" et Coffee Bay avec ses petits airs d'Etretat.
Ce périple de trois semaines représente une distance de presque 500 kilomètres parcourus à pied depuis Durban jusqu'à East London à travers le Transkei alors qu'il est de 670 kilomètres en empruntant la nationale 2 pour rejoindre les deux villes côtières. A la question récurrente : "Pourquoi à pied ?", il est facile de comprendre que les endroits sur la côte étant difficiles d'accès, il est plus facile de les relier un à un, les uns après les autres comme en tissant un long fil plutôt que d'y passer sa vie à decouvrir / connaitre en famille le plus souvent un endroit du littoral chaque année et recommencer un peu plus loin durant les prochaines vacances scolaires l'année suivante.
À Gercif dans le moyen atlas au Maroc, le mardi 27 octobre 2009
Constat Nous n'avons pas gagné assez d'argent pour prévoir deux années au bord du fleuve. L'écriture du livre sur la sagesse africaine attendra, il nous faudra retourner en Europe travailler à nouveau; mais cette fois ci en été. En attendant nous allons donc vous écrire quelques nouvelles du Maroc ou nous devrions passer environ huit mois. Notre ballade, si on peu l'appeler ainsi, part de Nador en direction du sud en passant pas le moyen atlas et le haut atlas. Dix, vingt ou cinquante kilomètre par jours, peu importe, nous n'avons rien d'autre de prévu avant longtemps. Des pauses de quelques jours comme aujourd'hui permettent de laver le linge (les couche du petit) de se poser les jambes mais surtout d'écrire et vous poster quelques nouvelles. Nous avons deux vélos Pegasus qui âpres une nuit pluvieuse a Marseille on le quart des vis piquer par la rouille et deux charrettes a tiré, dans la première Isa-igjé est assis dans un siège auto modifier dans son dos, ses affaires et celle de souhade qui la tracte devant moi, l'attelage est estimer a une cinquantaine de kilo, quand a la mienne, charger de la tente, nourriture, ordinateur, panneau solaire, l'eau (env. 25 kg), couette, matelas et un tas de matériels qui loin du Hi-teck atteins pas loin de quatre-vingt kilo (simple estimation), le choix de ne pas être sponsoriser nous permet une liberté contre un peu plus d'effort. Sans ce chargement nous pourrions appeler cela une ballade. Nous somme partit avec ce que nous avions et acheter seulement ce qui nous manquait. Je vous parlerais plus tard du matériel, quand nous l'aurons mis un peu plus à l'épreuve. Merci a tous ceux qui nous on aider et accueilli. Bien trop nombreux pour être cité ici. Merci pour ces bons moments. Merci a Greg et Delphine de nous avoir embarqué les montures a Sète pour la traverser en bateau. Ce qui nous a éviter de payer un cout exorbitant pour leurs transport, et nous avoir sorti de Nador car a vélo fin d'après midi cela aurai été compliqué. Bonne route jusqu'au mali les amis.
Isa-igjé, raconte leur ce voyage !
Soyez les bienvenus; Nous disent-ils.
Des l'aube, papa est assis devant son ordinateur dans un bar, sur la table un verre de café au lait et une galette feuilleté; une belle journée qui s'annonce. Devant un marché géant qui s'installe; Un des symboles de l'Afrique les marchés colorés et odorants. Celui ci doit recouvrir un bon kilomètre carré. Il est déjà difficile de circuler ce matin, alors quand les badauds arriveront cela deviendra la cohue. C'est a ses heures matinale que l'on s'imprègne de la vie locale, le peuple qui se réveil est pris dans les préparatifs de sa journée et ne prête guère attention a vous. Dans la journée il a plus le temps d'observer et de discuter. Les enfants partent pour l'école, les marchands déballent, les voitures klaxonnent et les flics agitent les bras. Toute l'énergie de cette ville déployée en quelques minutes. Finalement dans la matinée, peu de client aujourd'hui, et le marcher remballe déjà vers quinze heures. Tout sa pour ça !
Voila maintenant trois jours passer dans ma charrette, hier l'étape de 50 km entre Saka et Gerce fut la plus longue, mais surtout moins difficile que les précédente, moins de montagne. Le premier jour, en poussant les vélos dans les prémisses de l'atlas, ils on même parler de troquer les velos contre des mobylettes, puis c'est oublier, finalement ils pédaleront. Il parait que sa fait ça, les premiers jours ! Sortie du bateau Sète, Melilla, nos compagnons Greg et Delphine nous sortent de la ville, car en fin d'âpres midi a vélo il aurait été laborieux de s'échapper de cette ville. Nous passons la nuit ensemble au alentour de Sélouane. Fin de matinée nos chemins se sépare, nos éclaireurs passeront par la même route que nous, mais en fourgon. Les fort déniveler du col de Régada oblige à pousser les attelages, il nous faudra deux jours pour joindre la ville de Saka ou l'accueille est très agréable. Impossible de trouver de petites bouteilles de gaz à percer, on nous annonce pouvoir en trouver à Gercif (pas de gaz non plus à Gercif, nous achèterons une bouteille de gaz local et bruleur 6kg de plus) Sortie de Saka, conversation avec le flic aux jumelles qui nous annonce, sourire jusqu'aux oreilles, que nous roulons trop vite. Bonjour, ou allez vous comme sa ? Bonjour chef, ca va ? La famille ?, le travail ? Nous partons vers le sur Erfoud. Je vous est vu hier, mais ou avez vous dormis ? Nous dormons partout chef, nous installons notre maison là où nous voulons dormir. Mais il ne faut pas dormir dehors c'est dangereux ! Qu'est-ce qui est dangereux, les animaux, les marocains ? L'air ennuyé par la question: Non pas les marocains ! Mais alors quoi ? Vous êtes français ?....
Bip bip et le coyotte
Il nous faut surveiller nos arrières en permanence et nous refugier sur le bas côté à chaque passage de camion, ce qui correspond en définitif au trois quart du trajet sur un goudron chaotique et le reste sur la piste en gravier qui secoue les charrettes et qui freinent les velos. Et ils sont nombreux les véhicules sur cette route. De mon siège j'entends "CAMION ...!" et "Bip bip, vroouuumm" sa vous fait penser à quelque chose ? Façon dessin animé, Bip bip et le coyotte. On ne compte plus les salutations, quasiment tous les véhicules marocains ou espagnols nous klaxonnent, nous interpelle, nous salut, sauf peut être une vingtaine de marocain et les deux douzaines de français en 4x4 qui n'ont surement pas voulu déranger. La journée lorsque l'on roule, je dors ou je contemple les montagnes qui nous entourent. Les policiers que l'on trouve a chaque entrée et sortie de ville aime nous arrêter pour discuter, je râle rarement excepter quand le convoi s'arrête, alors mes parents salut vivement l'autorité souriante et annonce qu'il nous faut repartir. Nous croisons dans les montagnes un revendeur de stupéfiants, il nous propose du kif que le berger a ces côtés vient de lui apporter, du haschich, et tenez vous bien, de l'héroïne, bref tout ce qu'il faut pour pédaler comme une brute. Il nous est arrivé d'être interpeler pour partager un repas, aux heures les plus chaudes cette pause est apprécier, je découvre le tagine poulet et la semoule au lait caillé, mais surtout je passe de bras en bras entre les enfants et mamans qui m'adopte très vite. Ce sont les privilèges du vélo, sa laisse le temps de se sourire, et échanger quelques salamalecs. Souvent pendant d'autres pauses, les enfants mandatés par leurs ainés nous ont apporté des œufs durs ou des fruits. La compagnie des enfants qui serait généralement évité pour plus de calme, est finalement très apprécier de tous, je peux me défouler et tous le monde joue avec moi, mes parents peuvent reprendre quelques forces à l' abri d'un soleil brulant. On ne peu imaginer meilleur accueil. Tout y est sur cette route, attention, sourire et hospitalité générale. Les bivouacs nature sont très sympas et très calme, lorsque nous trouvons un coin pour installer le camp, j'imite mes parents qui jettent des cailloux dans les fourrés en demandant aux bêtes de fuir. Les serpents et autre bestioles écraser sur la route appellent a la prudence, jusque là, seul trois petit rongeurs nous on visités, ce qui nous oblige à dormir avec la nourriture dans la tente. Le matin chaque sac et objet doit être exploré et secouer pour éviter tout surprise La nuit tomber mon père regarde les étoiles et la lune avec les jumelles (12x50 pour ceux que sa intéresse) pendant que ma mère me donne la tété. Il est assis sur la bâche que MAD DOG a peinte, trop fragile pour servir à couvrir la remorque, elle sert de tapis de sol pour la sieste, la méditation et admirer les étoiles.
tranquillitée perdue
Deuxième jour a Gercif, nous passons faire du change et en dispersons un peu partout dans nos bagages, par la suite cela deviendra difficile car nous ne traverserons pas de grosse villes. Je reste au camping avec mon père pendant que ma mère part faire un tour au marché, c'est au retour qu'un individu la jette au sol pour lui arracher sa sacoche, malgré la résistance qu'elle déploie, la menaçant de son couteau il s'empare de la pochette contenant les passeports et trois milles dirhams. Course poursuite, trente personnes prennent le brigand en chasse. Il est rattraper et dans la confusion et l'incompréhension il sera relâcher avec un butin de 200 euros. Cette événement refroidi et perturbe notre esprit tranquille et serein adopter les jours précédents. D'habitude nous n'apprécions guère les villes, demain partons loin de la folie urbaine. Nous soulageons encore quelques kilos et c'est reparti.
Outat-oulad-el-haj, moyen atlas, Maroc jeudi 5 novembre 2009
De Gercif a Outat, c'est une route neuve qui nous accueille et surtout beaucoup moins fréquenter. Nous filons a bonne allure en quartes jour sur Outat-oulad-el-haj, les bivouacs dans les montagnes sont subliment. Seul l'eau est compliquer a gérer, il nous faut environ vingt litre par jours pour nous trois. Ne pas louper un point de ravitaillement devient vital. Pour l'arrêt du midi où le soleil est au zénith il est difficile de trouver un point d'ombre. Les ponts, ou une rivière est censé couler sont les bienvenus. Ne pas se fier au trait bleu sur la carte, en cette période tout est quasi sec, seul quelques trou d'eau subsiste et âpres une baignade il est indispensable de se rincer de cette eau stagnante. Rien de très passionnant a Outat, mis a part l'hôtel pour reposer la cote que Willy c'est frapper sur le guidon de son velo des le deuxième jour et qui est très douloureuse et internet ou je vais enfin vous poster ces news du bled. Demain direction le haut atlas sa va pousser !
Constat Nous n'avons pas gagné assez d'argent pour prévoir deux années au bord du fleuve. L'écriture du livre sur la sagesse africaine attendra, il nous faudra retourner en Europe travailler à nouveau; mais cette fois ci en été. En attendant nous allons donc vous écrire quelques nouvelles du Maroc ou nous devrions passer environ huit mois. Notre ballade, si on peu l'appeler ainsi, part de Nador en direction du sud en passant pas le moyen atlas et le haut atlas. Dix, vingt ou cinquante kilomètre par jours, peu importe, nous n'avons rien d'autre de prévu avant longtemps. Des pauses de quelques jours comme aujourd'hui permettent de laver le linge (les couche du petit) de se poser les jambes mais surtout d'écrire et vous poster quelques nouvelles. Nous avons deux vélos Pegasus qui âpres une nuit pluvieuse a Marseille on le quart des vis piquer par la rouille et deux charrettes a tiré, dans la première Isa-igjé est assis dans un siège auto modifier dans son dos, ses affaires et celle de souhade qui la tracte devant moi, l'attelage est estimer a une cinquantaine de kilo, quand a la mienne, charger de la tente, nourriture, ordinateur, panneau solaire, l'eau (env. 25 kg), couette, matelas et un tas de matériels qui loin du Hi-teck atteins pas loin de quatre-vingt kilo (simple estimation), le choix de ne pas être sponsoriser nous permet une liberté contre un peu plus d'effort. Sans ce chargement nous pourrions appeler cela une ballade. Nous somme partit avec ce que nous avions et acheter seulement ce qui nous manquait. Je vous parlerais plus tard du matériel, quand nous l'aurons mis un peu plus à l'épreuve. Merci a tous ceux qui nous on aider et accueilli. Bien trop nombreux pour être cité ici. Merci pour ces bons moments. Merci a Greg et Delphine de nous avoir embarqué les montures a Sète pour la traverser en bateau. Ce qui nous a éviter de payer un cout exorbitant pour leurs transport, et nous avoir sorti de Nador car a vélo fin d'après midi cela aurai été compliqué. Bonne route jusqu'au mali les amis.
Isa-igjé, raconte leur ce voyage !
Soyez les bienvenus; Nous disent-ils.
Des l'aube, papa est assis devant son ordinateur dans un bar, sur la table un verre de café au lait et une galette feuilleté; une belle journée qui s'annonce. Devant un marché géant qui s'installe; Un des symboles de l'Afrique les marchés colorés et odorants. Celui ci doit recouvrir un bon kilomètre carré. Il est déjà difficile de circuler ce matin, alors quand les badauds arriveront cela deviendra la cohue. C'est a ses heures matinale que l'on s'imprègne de la vie locale, le peuple qui se réveil est pris dans les préparatifs de sa journée et ne prête guère attention a vous. Dans la journée il a plus le temps d'observer et de discuter. Les enfants partent pour l'école, les marchands déballent, les voitures klaxonnent et les flics agitent les bras. Toute l'énergie de cette ville déployée en quelques minutes. Finalement dans la matinée, peu de client aujourd'hui, et le marcher remballe déjà vers quinze heures. Tout sa pour ça !
Voila maintenant trois jours passer dans ma charrette, hier l'étape de 50 km entre Saka et Gerce fut la plus longue, mais surtout moins difficile que les précédente, moins de montagne. Le premier jour, en poussant les vélos dans les prémisses de l'atlas, ils on même parler de troquer les velos contre des mobylettes, puis c'est oublier, finalement ils pédaleront. Il parait que sa fait ça, les premiers jours ! Sortie du bateau Sète, Melilla, nos compagnons Greg et Delphine nous sortent de la ville, car en fin d'âpres midi a vélo il aurait été laborieux de s'échapper de cette ville. Nous passons la nuit ensemble au alentour de Sélouane. Fin de matinée nos chemins se sépare, nos éclaireurs passeront par la même route que nous, mais en fourgon. Les fort déniveler du col de Régada oblige à pousser les attelages, il nous faudra deux jours pour joindre la ville de Saka ou l'accueille est très agréable. Impossible de trouver de petites bouteilles de gaz à percer, on nous annonce pouvoir en trouver à Gercif (pas de gaz non plus à Gercif, nous achèterons une bouteille de gaz local et bruleur 6kg de plus) Sortie de Saka, conversation avec le flic aux jumelles qui nous annonce, sourire jusqu'aux oreilles, que nous roulons trop vite. Bonjour, ou allez vous comme sa ? Bonjour chef, ca va ? La famille ?, le travail ? Nous partons vers le sur Erfoud. Je vous est vu hier, mais ou avez vous dormis ? Nous dormons partout chef, nous installons notre maison là où nous voulons dormir. Mais il ne faut pas dormir dehors c'est dangereux ! Qu'est-ce qui est dangereux, les animaux, les marocains ? L'air ennuyé par la question: Non pas les marocains ! Mais alors quoi ? Vous êtes français ?....
Bip bip et le coyotte
Il nous faut surveiller nos arrières en permanence et nous refugier sur le bas côté à chaque passage de camion, ce qui correspond en définitif au trois quart du trajet sur un goudron chaotique et le reste sur la piste en gravier qui secoue les charrettes et qui freinent les velos. Et ils sont nombreux les véhicules sur cette route. De mon siège j'entends "CAMION ...!" et "Bip bip, vroouuumm" sa vous fait penser à quelque chose ? Façon dessin animé, Bip bip et le coyotte. On ne compte plus les salutations, quasiment tous les véhicules marocains ou espagnols nous klaxonnent, nous interpelle, nous salut, sauf peut être une vingtaine de marocain et les deux douzaines de français en 4x4 qui n'ont surement pas voulu déranger. La journée lorsque l'on roule, je dors ou je contemple les montagnes qui nous entourent. Les policiers que l'on trouve a chaque entrée et sortie de ville aime nous arrêter pour discuter, je râle rarement excepter quand le convoi s'arrête, alors mes parents salut vivement l'autorité souriante et annonce qu'il nous faut repartir. Nous croisons dans les montagnes un revendeur de stupéfiants, il nous propose du kif que le berger a ces côtés vient de lui apporter, du haschich, et tenez vous bien, de l'héroïne, bref tout ce qu'il faut pour pédaler comme une brute. Il nous est arrivé d'être interpeler pour partager un repas, aux heures les plus chaudes cette pause est apprécier, je découvre le tagine poulet et la semoule au lait caillé, mais surtout je passe de bras en bras entre les enfants et mamans qui m'adopte très vite. Ce sont les privilèges du vélo, sa laisse le temps de se sourire, et échanger quelques salamalecs. Souvent pendant d'autres pauses, les enfants mandatés par leurs ainés nous ont apporté des œufs durs ou des fruits. La compagnie des enfants qui serait généralement évité pour plus de calme, est finalement très apprécier de tous, je peux me défouler et tous le monde joue avec moi, mes parents peuvent reprendre quelques forces à l' abri d'un soleil brulant. On ne peu imaginer meilleur accueil. Tout y est sur cette route, attention, sourire et hospitalité générale. Les bivouacs nature sont très sympas et très calme, lorsque nous trouvons un coin pour installer le camp, j'imite mes parents qui jettent des cailloux dans les fourrés en demandant aux bêtes de fuir. Les serpents et autre bestioles écraser sur la route appellent a la prudence, jusque là, seul trois petit rongeurs nous on visités, ce qui nous oblige à dormir avec la nourriture dans la tente. Le matin chaque sac et objet doit être exploré et secouer pour éviter tout surprise La nuit tomber mon père regarde les étoiles et la lune avec les jumelles (12x50 pour ceux que sa intéresse) pendant que ma mère me donne la tété. Il est assis sur la bâche que MAD DOG a peinte, trop fragile pour servir à couvrir la remorque, elle sert de tapis de sol pour la sieste, la méditation et admirer les étoiles.
tranquillitée perdue
Deuxième jour a Gercif, nous passons faire du change et en dispersons un peu partout dans nos bagages, par la suite cela deviendra difficile car nous ne traverserons pas de grosse villes. Je reste au camping avec mon père pendant que ma mère part faire un tour au marché, c'est au retour qu'un individu la jette au sol pour lui arracher sa sacoche, malgré la résistance qu'elle déploie, la menaçant de son couteau il s'empare de la pochette contenant les passeports et trois milles dirhams. Course poursuite, trente personnes prennent le brigand en chasse. Il est rattraper et dans la confusion et l'incompréhension il sera relâcher avec un butin de 200 euros. Cette événement refroidi et perturbe notre esprit tranquille et serein adopter les jours précédents. D'habitude nous n'apprécions guère les villes, demain partons loin de la folie urbaine. Nous soulageons encore quelques kilos et c'est reparti.
Outat-oulad-el-haj, moyen atlas, Maroc jeudi 5 novembre 2009
De Gercif a Outat, c'est une route neuve qui nous accueille et surtout beaucoup moins fréquenter. Nous filons a bonne allure en quartes jour sur Outat-oulad-el-haj, les bivouacs dans les montagnes sont subliment. Seul l'eau est compliquer a gérer, il nous faut environ vingt litre par jours pour nous trois. Ne pas louper un point de ravitaillement devient vital. Pour l'arrêt du midi où le soleil est au zénith il est difficile de trouver un point d'ombre. Les ponts, ou une rivière est censé couler sont les bienvenus. Ne pas se fier au trait bleu sur la carte, en cette période tout est quasi sec, seul quelques trou d'eau subsiste et âpres une baignade il est indispensable de se rincer de cette eau stagnante. Rien de très passionnant a Outat, mis a part l'hôtel pour reposer la cote que Willy c'est frapper sur le guidon de son velo des le deuxième jour et qui est très douloureuse et internet ou je vais enfin vous poster ces news du bled. Demain direction le haut atlas sa va pousser !
Ça vous est déjà arrivé ça???
Nous revenons tout juste de Cuba, de Cayo Largo plus précisément d'où je suis un habitué, y ayant séjourné à sept occasions. Nous n'avons jamais eu aucun problème à la douane, après tout nous n'y allons qu'en simples touristes alors aucune crainte à y avoir.
Cette fois nous avions décidé d'y aller en famille avec mon fils, sa copine et leur jeune bébé de 4 mois et demie. À notre arrivée à Cayo Largo, tout se déroule normalement, la poussette du bébé nous attend même sur le tarmac au bas des marches de l'avion. Nous entrons à l'aéroport et attendons notre tour pour passer la douane... Aucun problème.
De l'autre côté, comme tout le monde le sait, les bagages à mains sont vérifiés dans le même type de scanner qu'on retrouve à Dorval lors de notre départ. On ne veut pas qu'on fasse entrer quoi que ce soit d'illégal à Cuba... Ça va aussi.
En attendant notre tour, mon garçon de 25 ans qui n'a rien à se reprocher et n'a aucun antécédent criminel (il a les cheveux un peu longs, une barbe quelconque) se fait accoster par l'officier principal de la douane qui lui pose une foule de questions, s'informe s'il a un travail et de quel type, lui demande s'il prend des substances illégales, enfin tout le tralala. On passe son sac au scanner, on lui demande de se tasser de côté on vide tout ses objets sur une table. On prend la poussette du bébé, l'amène à l'arrière à l'arrivée des bagages traditionnels pour la passer aussi au scan. Le bordel quoi!!!
Le douanier (qui fait du profilage, c'est évident, parce qu'il n'aime pas les cheveux longs j'imagine) relève toutes les informations du passeport de mon garçon sur une fiche spéciale et lui demande où nous serons pendant notre séjour (Barceló) en plus de lui demander s'il entend visiter d'autres endroits à part Cayo Largo pendant nos vacances de 10 jours.
Nous passons finalement les points de contrôle et partons pour l'hôtel. Au repas du soir mon garçon me fait remarquer que le foutu douanier en question mange au buffet de l'hôtel et que leurs regards se sont croisés... preuve selon moi que ce type lui cherche des poux. Jamais auparavant je n'ai vu un officier de la douane venir prendre son lunch à un des hôtels et... c'est pas la première fois que nous y allons, mais enfin... Notre 10 jours se passe agréablement. Beaucoup de plaisir et tout le monde adore son voyage jusqu'à...
C'est le départ. Retour à l'aéroport. Enregistrement des bagages. Notre même foutu douanier CON attend que mon fils s'enregistre. Dès que sa valise (ou plutôt celle de sa conjointe) passe la pesée et l'enregistrement, elle est récupérée par le type de l'escouade canine. Mon garçon passe en même temps que nous les contrôles douaniers pour sortir du pays mais... juste avant de passer son bagage à main au scanner, on lui demande d'aller dans une petite pièce attenante et le même douanier recommence son petit manège de l'arrivée mais en pire cette fois. On lui a tout fait vider. Les chiens ont senti tous ses objets, on a défait toutes les doublures de la valises de sa conjointe (qui en passant était une valise toute neuve que je leur avait prêtée). On a analysée dans des éprouvettes des grains de sable et des morceaux de tabacs de cigarettes au fond de son sac à dos.
Un des chiens sentait la poussette du bébé et semblait la trouver intéressante (évidemment mon garçon et sa conjointe ont un chien à la maison). Le maître-chien s'est alors mis en frais de tirer sur tout dans l'espoir de trouver quelque chose qui n'existait pas. On a même dû lui crier après pour lui dire de faire attention de ne pas la briser. Tellement épais, ils ont essayé de rentrer la poussette dans le scanner des bagages à mains... mais elle était trop grosse et ne passait pas. Plus fou que ça tu meurs.
La valise a été vidée morceau par morceau et le douanier vérifiait chaque couture de chaque pièce de vêtement. Je fulminais. Ma femme rageait et la conjointe de mon garçon était au bord des larmes. Le plus drôle dans tout ça si on peut dire, c'est qu'en voyant que le douanier l'avait encore dans son champ de mire dès son entrée à l'aéroport, mon garçon avait gardé la valise de sa conjointe avec lui au lieu de la sienne. Ils sont tellement épais que tout ce qu'ils ont finalement "testé" ce sont des vêtements et des bobettes de femme. Ils se sont attardés et ont analysé une petite fiole d'huile utilisée pour adoucir la peau après épilation.... Oh! Juste pour dire comment ils sont imbéciles et qu'ils ne voulaient que faire chier, ils ne savaient tellement pas comment fonctionne leur kit d'analyse qu'ils ont du suivre les directives inscrites sur le couvercle de la boîte pour l'utiliser. Le douanier principal a été "lire" les résultats du test en éprouvette dans les toilettes publiques de l'aéroport. Nous avions déjà passé les contrôles et suivions de loin toute la procédure, la porte de la petite salle étant restée ouverte. Je pouvais quand même voir mon fils et lui crier quelques mots de temps en temps. Les autres douaniers, près des contrôles douaniers nous disaient qu'ils étaient désolés et qu'ils ne faisaient que leur travail régulier... MON ŒIL. On nous a dit de nous écarter des sièges situés près d'eux et du portail où on scanne les passagers pour détecter le métal. Il ont même scanné un petit tambourin (tamtam) que mon garçon venait tout juste d'acheter quelques minutes auparavant.
Tout ça pour dire que toute cette foutue procédure aura durée entre 45 minutes et une heure. Mon garçon n'avait rien à se reprocher... mais je dois vous dire qu'il y avait des douaniers, dont le maître-chien et l'officier principal qui semblaient très déçus de ne pas avoir rien trouvé. Pensaient-ils vraiment faire le coup du siècle? Mon garçon lui, plus philosophe que moi peut-être s'est simplement dit par la suite que ça avait contribué à faire passer le temps à attendre l'embarquement plus vite.
Cayo Largo est un petit îlot habité seulement par les touristes qui se trouve à plus de 50 kilomètres de l'île principale de Cuba... Même les employés d'hôtels n'y vivent pas en permanence. Qu'est-ce qu'on s'attendait à trouver??? Le douanier a tout simplement fait du profilage. Il n'aimait pas l'allure de mon garçon, l'a pris en grippe dès son arrivée et s'est acharné sur lui jusqu'à la dernière minute... Dommage parce que pour mon garçon et sa conjointe, son expérience de Cuba sera probablement la dernière.
Bien que les douaniers disposent d'à peu près tous les droits, je m'explique très mal cet acharnement. Cayo Largo m'aura peut-être aussi vu pour la dernière fois. Pour agir comme l'a fait cet imbécile de douanier, il faut qu'on aie des soupçons ou des doutes fondés pas qu'on agisse de façon aléatoire. Il me semble que le métier doit se fonder sur d'autres critères que "je ne t'aime pas la face, tu vas y goûter".
Je comprend qu'on pratique une fouille ou qu'on fasse des scans à outrance lorsque quelqu'un entre au pays. Qu'on fasse pire lorsqu'on en sort dépasse tout entendement... S'il y a quelque chose de croche à quelque part, qu'on laisse le pays où retourne le passager s'en occuper.
Pour ma part, j'entends raconter cette aventure au consulat cubain, au ministère du tourisme ou à l'ambassade en leur faisant parvenir le récit des événements. Et pourquoi pas une lettre ouverte dans les journaux aussi. Ça fait mal ça. Peut-être que le zêlé de Cayo Largo va se calmer les hormones la prochaine fois. Si Cuba veut vivre du tourisme, qu'il laisse les touristes tranquilles. Y'en a d'autres endroits, beaux, bons et pas chers et je ne suis pas obligé d'aller leur porter mes $$$ s'ils ne sont pas accueillants avec les personnes qui les font vivre surtout au prix qu'ils organisent le taux de change par les temps qui courent.
Mon fils a raconté sa mésaventure au douanier en arrivant à Montréal lorsque ce dernier lui a demandé si tout s'était bien passé à Cuba... et lui a dit de se préparer à veiller tard en blague et avec un sourire en coin.
Tout s'est passé sans problème... et sans contrôle à Montréal.
Pour voir des photos de la petite famille suspecte suivez ce lien... Oh la la!!!
http://flickr.com/photos/guy_bernier/3107149719/ http://flickr.com/photos/guy_bernier/3107149129/
Nous revenons tout juste de Cuba, de Cayo Largo plus précisément d'où je suis un habitué, y ayant séjourné à sept occasions. Nous n'avons jamais eu aucun problème à la douane, après tout nous n'y allons qu'en simples touristes alors aucune crainte à y avoir.
Cette fois nous avions décidé d'y aller en famille avec mon fils, sa copine et leur jeune bébé de 4 mois et demie. À notre arrivée à Cayo Largo, tout se déroule normalement, la poussette du bébé nous attend même sur le tarmac au bas des marches de l'avion. Nous entrons à l'aéroport et attendons notre tour pour passer la douane... Aucun problème.
De l'autre côté, comme tout le monde le sait, les bagages à mains sont vérifiés dans le même type de scanner qu'on retrouve à Dorval lors de notre départ. On ne veut pas qu'on fasse entrer quoi que ce soit d'illégal à Cuba... Ça va aussi.
En attendant notre tour, mon garçon de 25 ans qui n'a rien à se reprocher et n'a aucun antécédent criminel (il a les cheveux un peu longs, une barbe quelconque) se fait accoster par l'officier principal de la douane qui lui pose une foule de questions, s'informe s'il a un travail et de quel type, lui demande s'il prend des substances illégales, enfin tout le tralala. On passe son sac au scanner, on lui demande de se tasser de côté on vide tout ses objets sur une table. On prend la poussette du bébé, l'amène à l'arrière à l'arrivée des bagages traditionnels pour la passer aussi au scan. Le bordel quoi!!!
Le douanier (qui fait du profilage, c'est évident, parce qu'il n'aime pas les cheveux longs j'imagine) relève toutes les informations du passeport de mon garçon sur une fiche spéciale et lui demande où nous serons pendant notre séjour (Barceló) en plus de lui demander s'il entend visiter d'autres endroits à part Cayo Largo pendant nos vacances de 10 jours.
Nous passons finalement les points de contrôle et partons pour l'hôtel. Au repas du soir mon garçon me fait remarquer que le foutu douanier en question mange au buffet de l'hôtel et que leurs regards se sont croisés... preuve selon moi que ce type lui cherche des poux. Jamais auparavant je n'ai vu un officier de la douane venir prendre son lunch à un des hôtels et... c'est pas la première fois que nous y allons, mais enfin... Notre 10 jours se passe agréablement. Beaucoup de plaisir et tout le monde adore son voyage jusqu'à...
C'est le départ. Retour à l'aéroport. Enregistrement des bagages. Notre même foutu douanier CON attend que mon fils s'enregistre. Dès que sa valise (ou plutôt celle de sa conjointe) passe la pesée et l'enregistrement, elle est récupérée par le type de l'escouade canine. Mon garçon passe en même temps que nous les contrôles douaniers pour sortir du pays mais... juste avant de passer son bagage à main au scanner, on lui demande d'aller dans une petite pièce attenante et le même douanier recommence son petit manège de l'arrivée mais en pire cette fois. On lui a tout fait vider. Les chiens ont senti tous ses objets, on a défait toutes les doublures de la valises de sa conjointe (qui en passant était une valise toute neuve que je leur avait prêtée). On a analysée dans des éprouvettes des grains de sable et des morceaux de tabacs de cigarettes au fond de son sac à dos.
Un des chiens sentait la poussette du bébé et semblait la trouver intéressante (évidemment mon garçon et sa conjointe ont un chien à la maison). Le maître-chien s'est alors mis en frais de tirer sur tout dans l'espoir de trouver quelque chose qui n'existait pas. On a même dû lui crier après pour lui dire de faire attention de ne pas la briser. Tellement épais, ils ont essayé de rentrer la poussette dans le scanner des bagages à mains... mais elle était trop grosse et ne passait pas. Plus fou que ça tu meurs.
La valise a été vidée morceau par morceau et le douanier vérifiait chaque couture de chaque pièce de vêtement. Je fulminais. Ma femme rageait et la conjointe de mon garçon était au bord des larmes. Le plus drôle dans tout ça si on peut dire, c'est qu'en voyant que le douanier l'avait encore dans son champ de mire dès son entrée à l'aéroport, mon garçon avait gardé la valise de sa conjointe avec lui au lieu de la sienne. Ils sont tellement épais que tout ce qu'ils ont finalement "testé" ce sont des vêtements et des bobettes de femme. Ils se sont attardés et ont analysé une petite fiole d'huile utilisée pour adoucir la peau après épilation.... Oh! Juste pour dire comment ils sont imbéciles et qu'ils ne voulaient que faire chier, ils ne savaient tellement pas comment fonctionne leur kit d'analyse qu'ils ont du suivre les directives inscrites sur le couvercle de la boîte pour l'utiliser. Le douanier principal a été "lire" les résultats du test en éprouvette dans les toilettes publiques de l'aéroport. Nous avions déjà passé les contrôles et suivions de loin toute la procédure, la porte de la petite salle étant restée ouverte. Je pouvais quand même voir mon fils et lui crier quelques mots de temps en temps. Les autres douaniers, près des contrôles douaniers nous disaient qu'ils étaient désolés et qu'ils ne faisaient que leur travail régulier... MON ŒIL. On nous a dit de nous écarter des sièges situés près d'eux et du portail où on scanne les passagers pour détecter le métal. Il ont même scanné un petit tambourin (tamtam) que mon garçon venait tout juste d'acheter quelques minutes auparavant.
Tout ça pour dire que toute cette foutue procédure aura durée entre 45 minutes et une heure. Mon garçon n'avait rien à se reprocher... mais je dois vous dire qu'il y avait des douaniers, dont le maître-chien et l'officier principal qui semblaient très déçus de ne pas avoir rien trouvé. Pensaient-ils vraiment faire le coup du siècle? Mon garçon lui, plus philosophe que moi peut-être s'est simplement dit par la suite que ça avait contribué à faire passer le temps à attendre l'embarquement plus vite.
Cayo Largo est un petit îlot habité seulement par les touristes qui se trouve à plus de 50 kilomètres de l'île principale de Cuba... Même les employés d'hôtels n'y vivent pas en permanence. Qu'est-ce qu'on s'attendait à trouver??? Le douanier a tout simplement fait du profilage. Il n'aimait pas l'allure de mon garçon, l'a pris en grippe dès son arrivée et s'est acharné sur lui jusqu'à la dernière minute... Dommage parce que pour mon garçon et sa conjointe, son expérience de Cuba sera probablement la dernière.
Bien que les douaniers disposent d'à peu près tous les droits, je m'explique très mal cet acharnement. Cayo Largo m'aura peut-être aussi vu pour la dernière fois. Pour agir comme l'a fait cet imbécile de douanier, il faut qu'on aie des soupçons ou des doutes fondés pas qu'on agisse de façon aléatoire. Il me semble que le métier doit se fonder sur d'autres critères que "je ne t'aime pas la face, tu vas y goûter".
Je comprend qu'on pratique une fouille ou qu'on fasse des scans à outrance lorsque quelqu'un entre au pays. Qu'on fasse pire lorsqu'on en sort dépasse tout entendement... S'il y a quelque chose de croche à quelque part, qu'on laisse le pays où retourne le passager s'en occuper.
Pour ma part, j'entends raconter cette aventure au consulat cubain, au ministère du tourisme ou à l'ambassade en leur faisant parvenir le récit des événements. Et pourquoi pas une lettre ouverte dans les journaux aussi. Ça fait mal ça. Peut-être que le zêlé de Cayo Largo va se calmer les hormones la prochaine fois. Si Cuba veut vivre du tourisme, qu'il laisse les touristes tranquilles. Y'en a d'autres endroits, beaux, bons et pas chers et je ne suis pas obligé d'aller leur porter mes $$$ s'ils ne sont pas accueillants avec les personnes qui les font vivre surtout au prix qu'ils organisent le taux de change par les temps qui courent.
Mon fils a raconté sa mésaventure au douanier en arrivant à Montréal lorsque ce dernier lui a demandé si tout s'était bien passé à Cuba... et lui a dit de se préparer à veiller tard en blague et avec un sourire en coin.
Tout s'est passé sans problème... et sans contrôle à Montréal.
Pour voir des photos de la petite famille suspecte suivez ce lien... Oh la la!!!
http://flickr.com/photos/guy_bernier/3107149719/ http://flickr.com/photos/guy_bernier/3107149129/
Bonjour,
Je cherche plein d'infos sur cette croisière. C'est la 1ère que je vais faire mais quand je vois tous ces messages je pense que ce ne sera pas la dernière.
J'ai déjà eu pas mal d'info avec TGVLent, que je remercie, mais vos expériences me seront utiles.
Nous avons déjà fait notre choix sur les excursions mais nous allons certainement en faire quelques une seul.
Voici notre itinéraire :
Gibraltar - Casablanca - Santa Cruz De Ténérife - Les Barbades - Grenade - Martinique - Roseau - Guadeloupe - Saint-Martin - La Romana - Ile Catalina - Tortola - Antigua - Sainte Lucie
Pouvez-vous me donner votre avis sur ce que l'on ne doit pas louper. En sachant que j'ai un peu le mal de mer et que je ne ferai pas tout ce qui est sur catamaran, voilier.....
J'aimerai connaître ce que nous avons à disposition dans notre cabine et les meilleurs endroits et horaires pour la restauration
Merci d'avance à tous
Bonjour à vous tous,
Tout d'abord UN GRAND MERCI à vous tous qui m'avez aidée à préparer mon long voyage à cuba durant cet été, tout particulièrement à liniaz et aussi viajecuba. Nous y sommes restés 5 semaines qui ont été absolument merveilleuses. Nous avons bien sûr eu le temps de faire le tour de l'île à l'aise et nous avons ainsi aussi pu nous arrêter et rester quelque temps avec des cubains très sympas.
Nous avons privilégié les casas particulières aux hôtels - en fait nous n'en avons fait que 4 sur 36 nuits.
Au sujet des repas, nous vous conseillons très fortement de manger dans les casas, c'est bien meilleur que dans les restaurants.
Si vous avez besoin d'adresses de casas, nous pourrons peut-être vous aider, nous avons gardé les noms de chaque casa où nous avons séjourné.
Liniaz, tout ce que tu m'as expliqué par téléphone s'est révélé exact, notre conversation m'a bien servie et j'ai eu l'occasion d'y repenser bien souvent en étant sur place 😉.
Il serait trop long de tout raconter mais si vous avez des questions, n'hésitez pas.
Encore un grand merci.
Pour info : j'ai plusieurs guides, cartes etc... dont je n'aurai plus besoin donc si vous êtes intéressés contactez-moi en message privé et je vous dirai exactement ce que j'ai.
Jasmine
😉 bon matin....
J'aimerais avoir des informations concernant le mélia Las Dunas, on est un couple qui aime la tranquillité...pas trop d'enfants mais qui aime quand ca bouge le soir...danser...!! spectacle...!! Party......Pour ce qui est de la nourriture et du nombre de restos à la carte ca serait aussi apprécier d'avoir des commentaires....
Bonne journée et merci d'avance...sinon si vous avez d'autres hôtels à nous suggérer...ne vous gênez pas !!!
Mel 🙂
J'aimerais avoir des informations concernant le mélia Las Dunas, on est un couple qui aime la tranquillité...pas trop d'enfants mais qui aime quand ca bouge le soir...danser...!! spectacle...!! Party......Pour ce qui est de la nourriture et du nombre de restos à la carte ca serait aussi apprécier d'avoir des commentaires....
Bonne journée et merci d'avance...sinon si vous avez d'autres hôtels à nous suggérer...ne vous gênez pas !!!
Mel 🙂
Bonjour,
C'est décidé!
Nous venons de nous inscrire pour ce 1er tour du monde avec MSC, sur le Magnifica, au départ de Marseille, le 6 janvier 2019, dont le parcours nous a particulierement séduit...
Un grand enthousiasme, mais aussi un peu d'inquiétude tout de même, car partir 119 jours en croisiere, loin de ses bases, cela est inhabituel.
J - 777....
J'ouvre cette discussion, pour tous les futurs TDMistes qui seront du voyage, pour qu'ils puissent s'y retrouver et échanger avis et conseils et préparer ensemble, ce qui sera, j'espère, une magnifique aventure...
Jean-Marie
PS : cela pourra aussi être l'occasion pour les "anciens" de nous faire part de leurs expériences et nous faire profiter de leurs conseils avisés.
Petit retour suite à mon voyage en Floride du 21 mai au 9 juin 2016
Depuis mon dernier compte rendu de 2013, j’ai pris l’habitude de voyager en solo. Je me souviens avoir eu des inquiétudes avant mon premier voyage en solo de novembre 2013… 😎 je dois dire qu’aujourd’hui j’y prends un certain plaisir. 😛
J’ai donc refait 3 voyages aux USA depuis...
Pour ce qui concerne la Floride, ce séjour sera mon 4ème. Je ne visite donc plus vraiment aujourd’hui comme lors de mon premier séjour… J’ai plutôt tendance à m’attarder dans certains coins dès lors que je m’y sent bien.
Il faut ajouter à cette nouvelle manière de voyager que le dessin et la peinture se sont rattachés à tout ça. Je m’explique, j’ai tendance aujourd’hui à chercher des expos pour occuper quelques jours durant mon voyage et j’adore ça !
Je vais tenter de vous faire un petit retour de mon dernier séjour et peut-être compléter un peu avec des expériences de mon voyage précédent pour lequel je n’ai pas fait de carnet…
Ça risque d’être un peu confus, mais mes voyages sont toujours aussi désorganisés et confus ! donc ce compte rendu sera à l’image de mes voyages !
21 mai 2016 :
C’est parti pour l’aventure !
Cette année j’ai pioché dans les prix les plus bas possibles pour prendre mon billet d’avion. J’en ai eu pour 465 euros aller retour (Nice / Miami). Il faut dire que depuis 2 ans, je part tous les 6 mois… Les finances n’étant pas extensibles je me dois de faire le moins cher possible…
A mon trajet aller, j’ai vite compris une des raisons de ce prix très bas ! Vol aller Nice Madrid avec Air Lingus, rien à dire, puis Madrid – Miami avec Américan Airlines. Je crois bien que j’ai hérité de l’avion le plus pourri d’AA.

Je vous laisse juger de la qualité de l'écran général... 😎
Un avion vieillot, les films diffusés en continu, avec possibilité de se raccrocher toutes le 30 mn… HiHi ! ça m’a presque rappelé l’époque où on avait un seul écran pour tout le monde… Je pensais sincèrement que tous les avions pour les USA étaient équipés d’écrans tactiles individuels avec le choix des programmes… Ben non ! En Bref, le vol se passe, j’arrive à Miami vers 15H, passage à l’immigration très rapide (Quelques minutes au lieu de 4H de l’année dernière).
Je suis passé par les bornes automatiques, puis j’ai été accueilli par un Haïtien très sympa qui m’a tamponné mon passeport en quelques secondes…
Pour mémoire, l’année dernière j’avais avec moi des peintures dans une grosse valise… (Ci-dessous Ma valise carton spéciale expos aux USA ! 😎 - Système D).

J'avais donc passé en 2015 près de 1H à l’immigration sans les bornes et pratiquement 3H en douanes pour expliquer le pourquoi du comment de mes peintures… Bref un enfer. Cette année, je suis venu les mains dans les poches car j’ai la chance d’avoir assez de peintures sur places prêtées par des collectionneurs… Et comme je n’ai rien le droit de vendre sur place, nulle besoin de venir avec des tonnes d’objets. Juste des cartes de visite pour me faire connaître un peu plus.
Donc, je me rends chez Alamo pour récupérer ma petite voiture (Une ford Fiesta berline). J’ai pris encore une fois cette année ce qu’il y avait de moins cher (L’année dernière j’avais loué un SUV et je m’étais retrouvé avec une Suburban ! ) ça équilibre !
2015 :

2016 (On sent la crise ! 😛) :

Cette année comme je n’avais pas plein de peintures avec moi, je me suis contenté d’une petite voiture. Et honnêtement j’ai été très satisfait de mon choix !…
J’arrive le soir dans mon hôtel sur Sunny Isles beach, juste au nord de Miami beach (Un de ces vieux hôtels que l’on ne trouve pratiquement plus sur le bord de mer… ). Je fait parti de ces personnes qui regrettent que le littoral soit envahi par des buildings…

J'ai pris un hôtel Pas cher "Thunderbird beach resort" , hyper vieillot mais suffisamment confortable, j’ai dormi comme un bébé après ce long voyage… C’était le but.



Depuis mon dernier compte rendu de 2013, j’ai pris l’habitude de voyager en solo. Je me souviens avoir eu des inquiétudes avant mon premier voyage en solo de novembre 2013… 😎 je dois dire qu’aujourd’hui j’y prends un certain plaisir. 😛
J’ai donc refait 3 voyages aux USA depuis...
Pour ce qui concerne la Floride, ce séjour sera mon 4ème. Je ne visite donc plus vraiment aujourd’hui comme lors de mon premier séjour… J’ai plutôt tendance à m’attarder dans certains coins dès lors que je m’y sent bien.
Il faut ajouter à cette nouvelle manière de voyager que le dessin et la peinture se sont rattachés à tout ça. Je m’explique, j’ai tendance aujourd’hui à chercher des expos pour occuper quelques jours durant mon voyage et j’adore ça !
Je vais tenter de vous faire un petit retour de mon dernier séjour et peut-être compléter un peu avec des expériences de mon voyage précédent pour lequel je n’ai pas fait de carnet…
Ça risque d’être un peu confus, mais mes voyages sont toujours aussi désorganisés et confus ! donc ce compte rendu sera à l’image de mes voyages !
21 mai 2016 :
C’est parti pour l’aventure !
Cette année j’ai pioché dans les prix les plus bas possibles pour prendre mon billet d’avion. J’en ai eu pour 465 euros aller retour (Nice / Miami). Il faut dire que depuis 2 ans, je part tous les 6 mois… Les finances n’étant pas extensibles je me dois de faire le moins cher possible…
A mon trajet aller, j’ai vite compris une des raisons de ce prix très bas ! Vol aller Nice Madrid avec Air Lingus, rien à dire, puis Madrid – Miami avec Américan Airlines. Je crois bien que j’ai hérité de l’avion le plus pourri d’AA.

Je vous laisse juger de la qualité de l'écran général... 😎
Un avion vieillot, les films diffusés en continu, avec possibilité de se raccrocher toutes le 30 mn… HiHi ! ça m’a presque rappelé l’époque où on avait un seul écran pour tout le monde… Je pensais sincèrement que tous les avions pour les USA étaient équipés d’écrans tactiles individuels avec le choix des programmes… Ben non ! En Bref, le vol se passe, j’arrive à Miami vers 15H, passage à l’immigration très rapide (Quelques minutes au lieu de 4H de l’année dernière).
Je suis passé par les bornes automatiques, puis j’ai été accueilli par un Haïtien très sympa qui m’a tamponné mon passeport en quelques secondes…
Pour mémoire, l’année dernière j’avais avec moi des peintures dans une grosse valise… (Ci-dessous Ma valise carton spéciale expos aux USA ! 😎 - Système D).

J'avais donc passé en 2015 près de 1H à l’immigration sans les bornes et pratiquement 3H en douanes pour expliquer le pourquoi du comment de mes peintures… Bref un enfer. Cette année, je suis venu les mains dans les poches car j’ai la chance d’avoir assez de peintures sur places prêtées par des collectionneurs… Et comme je n’ai rien le droit de vendre sur place, nulle besoin de venir avec des tonnes d’objets. Juste des cartes de visite pour me faire connaître un peu plus.
Donc, je me rends chez Alamo pour récupérer ma petite voiture (Une ford Fiesta berline). J’ai pris encore une fois cette année ce qu’il y avait de moins cher (L’année dernière j’avais loué un SUV et je m’étais retrouvé avec une Suburban ! ) ça équilibre !
2015 :

2016 (On sent la crise ! 😛) :

Cette année comme je n’avais pas plein de peintures avec moi, je me suis contenté d’une petite voiture. Et honnêtement j’ai été très satisfait de mon choix !…
J’arrive le soir dans mon hôtel sur Sunny Isles beach, juste au nord de Miami beach (Un de ces vieux hôtels que l’on ne trouve pratiquement plus sur le bord de mer… ). Je fait parti de ces personnes qui regrettent que le littoral soit envahi par des buildings…

J'ai pris un hôtel Pas cher "Thunderbird beach resort" , hyper vieillot mais suffisamment confortable, j’ai dormi comme un bébé après ce long voyage… C’était le but.



Salut Tous le monde!🙂
Depuis longtemps je cherche des solutions pour pouvoir échapper au "boulot/métro/dodo". Je veux pas terminer ma vie à regarder le calendrier à regarder les jours fériés pour poser mes jours. Objectif passer le plus clair de mon temps en Malaisie/Thailande.😉
Certains prennent un congé sabbatique d'un an.Mais perso je trouve que le retour est trop dur à vivre.Je parle en connaissance de causes🤪.
Je pense qu'il faut déjà sortir du salariat et se dire "c'est possible!".
Quelques idées:
_J'ai tenté le saut me mettre avec un associé dans la restauration rapide.Et c'était prévu qu'on fasse 6 mois/6 mois par la suite (plutôt 5 mois et demie avec une fermeture annuelle d'un an). Cela n'a pas fonctionner pour divers raisons.Je connais des personnes qui ont un commerce et qui tournent tous les mois.
_l'immobilier , j'avais rencontré un slovaque vivant à Cebu.Qui a plusieurs appartements à Bratislava (à l'époque il me disait que ça lui faisait 1500 euros de loyers).Il me disait qu'il rentrait en Europe juste pour bosser 4 mois l'été travail saisonnier.Avec ces 4 mois de salaires il tenait 8 mois aux Philippines sans toucher à ses loyers. Un anglais qui avait une maison à Manchester il l'avait mise en collocation.La plus grande partie de l'année il passait son temps à voyager
_acheter une affaire au bord de mer et bosser en saisonnier, j'avais fais la connaissance d'une française à Bangkok 😊.Qui venait se fournir pour sa boutique en bord de mer. Il y a un membre que je salue au passage qui a trouvé ce moyen. http://voyageforum.com/membres/leucateplage/
_bosser sur internet gagner sa vie avec un forum type "voyageforum".😛C'est beaucoup de boulot au début mais après quand ça roule "sous les cocotiers avec son pc portable!"
_jouer avec la bourse
_bosser 6 mois en France et toucher le chômage (perso pas pour)
....
Avez vous des idées?
Depuis longtemps je cherche des solutions pour pouvoir échapper au "boulot/métro/dodo". Je veux pas terminer ma vie à regarder le calendrier à regarder les jours fériés pour poser mes jours. Objectif passer le plus clair de mon temps en Malaisie/Thailande.😉
Certains prennent un congé sabbatique d'un an.Mais perso je trouve que le retour est trop dur à vivre.Je parle en connaissance de causes🤪.
Je pense qu'il faut déjà sortir du salariat et se dire "c'est possible!".
Quelques idées:
_J'ai tenté le saut me mettre avec un associé dans la restauration rapide.Et c'était prévu qu'on fasse 6 mois/6 mois par la suite (plutôt 5 mois et demie avec une fermeture annuelle d'un an). Cela n'a pas fonctionner pour divers raisons.Je connais des personnes qui ont un commerce et qui tournent tous les mois.
_l'immobilier , j'avais rencontré un slovaque vivant à Cebu.Qui a plusieurs appartements à Bratislava (à l'époque il me disait que ça lui faisait 1500 euros de loyers).Il me disait qu'il rentrait en Europe juste pour bosser 4 mois l'été travail saisonnier.Avec ces 4 mois de salaires il tenait 8 mois aux Philippines sans toucher à ses loyers. Un anglais qui avait une maison à Manchester il l'avait mise en collocation.La plus grande partie de l'année il passait son temps à voyager
_acheter une affaire au bord de mer et bosser en saisonnier, j'avais fais la connaissance d'une française à Bangkok 😊.Qui venait se fournir pour sa boutique en bord de mer. Il y a un membre que je salue au passage qui a trouvé ce moyen. http://voyageforum.com/membres/leucateplage/
_bosser sur internet gagner sa vie avec un forum type "voyageforum".😛C'est beaucoup de boulot au début mais après quand ça roule "sous les cocotiers avec son pc portable!"
_jouer avec la bourse
_bosser 6 mois en France et toucher le chômage (perso pas pour)
....
Avez vous des idées?










