"Il a donné la plus belle image d'une Afrique pleine d'espoir"
Disparition d'un grand humaniste avec appareil photo
Un pionnier de la photographie en Afrique est mort. Le célèbre photographe malien Malick Sidibé, né en 1935 dans une famille peule à Soloba, petit village au cercle de Yanfolila (région de Sikasso dans le sud du Mali), s'est éteint à Bamako le 14 avril des suites d'un cancer. Il avait 80 ans. Ses photos tiennent l'euphorie d'une époque révolue : en 1957, trois ans avant l'indépendance de son pays, il est le seul reporter de Bamako à couvrir tous les événements, fêtes et surprises-parties. Cinq ans plus tard, le "Studio Malick" ouvre ses portes à Bagadadji, quartier central dans la capitale malienne. Malick Sidibé a photographié les nuits chaudes à Bamako, les fêtes et les joies où la jeunesse découvrait les danses modernes venues d'Europe et de Cuba, en s'habillant à la mode occidentale...
Dans son œuvre, Sidibé a immortalisé un Mali d'une époque plus joyeuse et insouciante, les années 1960, dans ses premières années après l'indépendance et avant le premier coup d'Etat en 1968, lorsque la jeunesse de Bamako (comme celle dans toutes les grandes villes africaines) était encore pleine d'optimisme et avait foi en un brillant avenir, une époque où le sentiment d'être déconnecté du reste du monde, n'était pas encore aussi répandu qu'il le fut plus tard. Bref, à travers les photos prises dans son studio au cours des années '50 et '60, il avait livré un travail remarquable sur "une période importante de l'histoire africaine, qui fut une étape d'émancipation, de bouleversements culturels, de fierté et d'espoir pour l'avenir", avait souligné le jury PhotoEspaña en lui attribuant son prix en 2009. Pas du tout le seul prix concédé à lui : l'œuvre de Malick Sidibé avait été récompensée de surcroît par le Lion d'Or à la Biennale de Venise, les prix Hasselblad, très prestigieux (il est le premier Africain à recevoir cette récompense), et du Centre International de la Photographie, New York.
Ce qui caractérise son travail de cette époque-là, ce sont ses photos de portrait : dans l'entourage privé, aux parties des jeunes gens épris de musique, dans le cercle d'amis où les photographiés prenaient des poses tout exprès. C'est prinicipalement la vie des gens simples qu'il a conservée, d'un regard des faits, presque affectueux et toujours plein de beauté...
Malick Sidibé, surnommé "l'œil de Bamako", est un des photographes maliens les plus connus à l'étranger, avec Seydou Keïta, considéré comme un des plus grands portraitistes de la seconde moitié du 20e siècle, premier artiste africain exposé seul au Grand Palais, à Paris, pour une rétrospective jusqu'en juillet.
"Malick Sidibé est un grand. Il a documenté la vie bamakoise, avec des photos qui ont une valeur incontournable", a rappelé Samuel Sidibé, directeur du Musée national de Bamako et délégué général de la Biennale africaine de la photographie, où l'artiste avait été mis en l'honneur dès la première édition de l'événement, en 1994...
Il y a quelques années déjà, Malick Sidibé a abandonné la photographie à cause de sa maladie. Pendant cinq années, il a lutté contre le cancer. Le jeudi passé, Sidibé est décédé à l'hôpital Gabriel Touré à Bamako... Paix à son âme !
« Rép. du Mali : Un peuple - Un but - Une foi (Mali jamana : jama kelen - kuntilenna kelen - nganiya kelen) »
En l’honneur de mon professeur bambara hors pair, sa femme Mariam & les enfants (1)
A l’origine de l'hymne national du Mali, se trouve la loi n° 62-72 du 9 août 1962, dont l’unique article stipule qu’« il est crée un hymne national de la République du Mali dont le texte intitulé LE MALI (Mali jamana) est annexé à la présente loi ». Son auteur est le grand écrivain malien, le Docteur Seydou Badian Kouyaté.
Traditionnellement exécuté dans les cérémonies solennelles par la fanfare de la Garde Républicaine, l’hymne national (comportant 4 couplets et 1 refrain) a fait l’objet de quelques adaptations par des artistes maliens, tant traditionnels que modernes. C’est au Mouvement Pionnier du Mali que l’on doit la traduction de l’hymne national en langue nationale la plus parlée du pays, le bambara (bamanankan) ; jusqu’ici, la version bambara en pdf (2) ne se compose que du 1er couplet et du refrain.
Appel à la défense de la patrie (faso), au travail pour sa prospérité (nyètaa), témoignage de l’attachement à l’unité de l’Afrique entière (Farafinna kelenya), fierté d’un peuple ayant recouvré sa dignité (bonya) et proclamant son espérance (jigiya) et sa foi (nganiya) en un avenir radieux, dans un pays enfin libre et dans une Afrique « qui se lève enfin », pour marcher vers son unité (kelenya) et sa dignité, l’hymne national malien (Mali fasa) est un vibrant appel au peuple malien pour le « rendez-vous de l’honneur », celui de la construction nationale et de la libération de l’Afrique. Le texte a l’air un peu poussiéreux, et en fait, l’hymne est marqué par les toutes premières années de l’indépendance du Mali (Mali yèrèmahòrònya).
a. TEXTE ET TRADUCTION (sèbèn ani bamanankan bayèlèmali tubabukan na) :
Organisation générale : à chaque ligne en bambara (texte officiel) s’ajoutent 4 autres dont les fonctions sont : la 2e ligne est la ligne morphologique (lexèmes, morphèmes grammaticaux, etc.), la 3e ligne donne la traduction de tout mot resp. la fonction des morphèmes grammaticaux (dérivatifs nominaux et verbaux, marques prédicatives, pronoms, autres catégories grammaticales), la 4e ligne a pour but de livrer une traduction littérale la plus possible, en guillemets (par moi), et la ligne la plus basse présente le texte officiel de l’hymne national en français (à part le gros titre).
Mali fasa dònni n’a bonyali (3)
Mali – fasa – dòn-ni – ni – a – bon-ya-li
Mali – hymne – savoir-ACT – CONN – 3s – grand-ABST-ACT
« La connaissance de l’hymne du Mali et rendre l’honneur à lui »
Faire la connaissance de l’hymne national du Mali et son rendez-vous de l’honneur
(1 er couplet)
Mali man’a kan bò
Mali – mana – a – kan – bò
Mali – HYP – 3s – voix – faire_sortir
« Si le Mali pousse sa voix »
A ton appel Mali
Nyètaa kèlèba don
nyè-taa – kèlè-ba – don
devant-aller – combat-AUG – relever
« pour relever le grand combat en faveur du progrès »
Pour ta prospérité
An bèè b’an cèsiri
an – bèè – bè – an – cè-siri
1p – tous – INAC – 1p – taille-attacher
« nous nous mettons tous avec ardeur au travail »
Fidèle à ton destin
Ka lahidu tiimè
ka – lahidu – tiimè
CONV – promesse – accomplir
« pour accomplir la promesse : »
Nous serons tous unis :
So, haju, nganiya kelen
so – haju – nganiya – kelen
maison – occupation – foi – un
« un! peuple, un! but, une! foi! »
Un Peuple un But une Foi
Farafinna kelenya
fara-fin-na – kelen-ya
peau-noir-LOC – unique-ABST
« pour l’unité africaine. »
Pour une Afrique Unie.
Jugu man’a kun bò
jugu – mana – a – kun – bò
ennemi – HYP – 3s – tête – faire_sortir
« Si l’ennemi enlève sa tête »
Si l’ennemi découvre son front
Kònòna o kènèma
kònò-na – o – kènè-ma
intérieur-LOC – CONN – surface-QLF
« au dedans ou au dehors »
Au dedans ou au dehors
Bèè ka wuli k’i jò
bèè – ka – wuli – ka – i – jò
tous – INJ – se_lever – CONV – 2s – bâtir
« que tous se lèvent pour te (= le Mali) construire »
Debout sur les remparts
Saya ka fisa malo ye
sa-ya – ka – fisa – malo – ye
mourir-ABST – DESC – meilleur – honte – PP
« Mourir vaut mieux que la honte. »
Nous sommes résolus de mourir.
(Refrain)
Farafinna n’an faso Mali
fara-fin-na – ni – an – fa-so – Mali
peau-noir-LOC – CONN – 1p – père-maison – Mali
« L’Afrique et notre patrie, le Mali »
Pour l’Afrique et pour toi Mali
Jònjòn in ko : hòrònya bèrè
jònjòn – in – ko – hòròn-ya – bèrè
drapeau – DEM – dire – homme_libre-ABST – beaucoup
« Ce drapeau veut dire ‘grande liberté’ »
Notre drapeau sera liberté
Farafinna n’an faso Mali
fara-fin-na – ni – an – fa-so – Mali
peau-noir-LOC – CONN – 1p – père-maison – Mali
« L’Afrique et notre patrie, le Mali »
Pour l’Afrique et pour toi Mali
Kèlè in ko : Kelenya kèlè
kèlè – in – ko – kelen-ya – kèlè
combat – DEM – dire – unique-ABST – combat
« Ce combat veut dire ‘combat pour l’unité’. »
Notre combat sera unité.
Un ! Mali tile bè bi
un – Mali – tile – bè – bi
INT – Mali – ère – SIT – aujourd’hui
« O, l’ère du Mali est aujourd’hui »
O Mali d’aujourd’hui
Un ! Mali tile bè sini
un – Mali – tile – bè – sini
INT – Mali – ère – SIT – demain
« O, l’ère du Mali sera demain »
O Mali de demain
Denw hakili latigèra pewu pewu !
den-w – hakili – la-tigè-ra – pewu – pewu
enfant-PL – esprit – PREF-couper-AC – ID – ID
« L’esprit des jeunes décide tout à fait. »
Les cœurs vibrent de confiance.
b. VOCABULAIRE (kumadengafe) :
Le vocabulaire comprend tout « mot » dans ce texte, et même dans ce message. Tout. L’ordre des mots dans le vocabulaire est alphabétique. En ce qui concerne les caractères spéciaux, je les ai intégrés dans l’alphabet après leurs pendants ‘normaux’ ; ainsi, après la nasale alvéolaire /n/ figure la nasale vélaire, suivie de la nasale palatale. Quant à la représentation des caractères spéciaux, ils sont écrits selon l’ancienne orthographe bambara : le e semi-ouvert (antérieur) est écrit /è/ (au lieu d’un epsilon), le o semi-ouvert (postérieur) est écrit /ò/ (au lieu d’un c inversé), les nasales vélaire et palatale sont écrites /ng/ et /ny/. Tous ces phonèmes ne peuvent être réalisés sur ce forum selon l’actuelle orthographe bambara.
L’ordre alphabétique est donc : a, b, c, d, e, è, f, g, h, i, j, k, l, m, n, ng, ny, o, ò, p, r, s, t, u, w, y, z.
Les entrées bambara sont en gras, les significations principales sont soulignées. Entre parenthèses figure la composition d’un mot complexe séparée en ses morphèmes par un trait d’union, entre crochets figure l’origine du mot s’il n’est pas d’origine bambara. Toute entrée est indiquée par la catégorie de mot en forme abrégée (voir les abréviations), placée entre l’entrée bambara et son équivalent français resp. devant l’équivalent français :
– Abréviations …
1p = pronom personnel de la 1ère personne du pluriel
2s = pronom personnel de la 2e personne du singulier
3s = pronom personnel de la 3e personne du singulier
ABST = suffixe d’abstraction, étant apte à s’agréger à une base nominale, verbale et adjectivale
AC = marque de prédication de l’accompli
ACT = suffixe verbal fournissant des noms d’action
adj = adjectif
adv = adverbe
ar = (origine) arabe
AUG = suffixe nominal à valeur augmentative
CONN/conn = connectif entre nominaux
CONV = connectif entre verbaux
DEM/dém = démonstratif postposé
DESC = marque de prédication non-verbale (descriptif)
HYP = marque de prédication de l’hypothétique
ID/id = idéophone
INAC = marque de prédication de l’inaccompli
INJ = marque de prédication de l’injonctif
INT = interjection
litt = littéralement
LOC = suffixe nominal à valeur locative
n = nom
np = nom propre
num = numéral
PL = marque de pluriel
PP/pp = postposition
PREF = préfixe verbal (souvent à valeur factitive/causative)
QLF = suffixe nominal à valeur qualificative
SIT = marque de prédication non-verbale (situatif)
syn = synonyme
vd = verbe défectif
vi = verbe intransitif
vréf = verbe réfléchi
vst = verbe statif (~ adjectif prédicatif)
vt = verbe transitif
– Bambara - français (bamanankan - tubabukan) …
a : 3s
an : 1p
ani : conn. et
bamanankan (< bamanan-kan) : n. langue bambara, le bambara
– bamanan : n. 1. bambara (groupe ethnique) ; 2. fétichiste (au sens de : non-musulman, à l’époque)
– kan : n. 1. cou, gorge ; 2. voix, parole ; 3. langue ; 4. son, bruit
bayèlèmali (< ba-yèlèma-li) : n. traduction
– ba : n. 1. mère ; 2. l’essentiel, importance
– yèlèma : vt. 1. changer, tourner ; 2. transformer ; 3. traduire
– -li (< -ni) : ACT
bè : INAC
bèè : n./adj. tous, tout, le tout ; chaque, chacun
bèrè : n. 1. important, grand, vrai ; 2. beaucoup, assez ; adv. beaucoup
bi : n. aujourd’hui
bò : vt. 1. faire sortir ; 2. ôter, enlever
bonyali (< bon-ya-li) : n. respect, déférence, action de rendre l’honneur
– bon : vst. 1. gros ; 2. grand, puissant, important
– -ya : ABST
– bonya : n. 1. respect ; 2. dignité ; 3. honneur ; vt. 1. respecter ; 2. honorer
– -li (< -ni) : voir bayèlèmali
cèsiri (< cè-siri) : n. ardeur (au travail), ferveur ; vréf. se concentrer, se mettre avec ardeur au travail
– cè : n. taille, ceinture, milieu du corps
– siri : vt. attacher, lier, nouer
den : n. 1. fruit ; 2. enfant ; 3. fructification ; 4. Filiation ; 5. le petit de
– denw : n. fruits ; enfants
don : vt. 1. faire entrer, enfiler, mettre ; 2. relever, s’occuper ; 3. fabriquer
dònni (< dòn-ni < dòn-li) : n. 1. connaissance(s), savoir ; 2. science
– dòn : vt. connaître, savoir
– -ni : voir bayèlèmali
Farafinna (< fara-fin-na < fara-fin-la) : n. Afrique (litt. : là où sont ceux à une peau noire)
– fara : n. 1. peau, épiderme ; 2. écorce ; 3. écaille
– fin : n. noirceur, obscurité ; vst. noir, sombre
– -na (< -la) : LOC
faransikan (< faransi-kan) : n. langue française, le français (syn. : tubabukan)
– Faransi : n. France
– kan : voir bamanankan
fasa : n. 1. louange ; 2. hymne
faso (< fa-so) : n. 1. patrie, lieu d’origine (litt. : maison de père) ; 2. Etat
– fa : n. 1. père ; 2. oncle paternel
– so : n. maison (voir aussi so en bas)
fisa : vst. meilleur
foro : n. champ
– forow : n. champs
funti : vi. sortir brusquement ; s’épanouir
haju < ar. haadscha > : n. 1. affaires, choses nécessaires; 2. (pré)occupations
hakili < ar. ’aql> : n. 1. esprit ; 2. conscience ; 3. intelligence ; 4. réflexion, idée ; 5. mémoire
hèrè : n. paix, bonheur (syn. : kayira)
hòrònya (< hòròn-ya) : n. 1. liberté ; 2. noblesse ; 3. honnêteté
– hòròn : n. 1. homme libre ; 2. noble ; 3. personne honnête, polie, loyale
– -ya : voir bonyali
i : 2s
in : dém. ce, cette
jama < ar. dschamaa’a > : n. foule, peuple, population, public
jamana : n. 1. pays, région ; 2. république
jigiya (< jigi-ya) : n. espoir ; vt. donner de l’espoir
– jigi : n. 1. espoir, espérance ; 2. personne sur laquelle on compte, ami ; vt. espérer
– -ya : voir bonyali
jò : vt. 1. bâtir, construire ; 2. mettre debout
jònjòn : n. drapeau
jugu : n. ennemi
ka (1) : DESC
ka (2) : CONV
ka (3) : INJ
kayira < ar. qayra > : n. paix, bonheur, prospérité (syn. : hèrè)
kelenya (< kelen-ya) : n. 1. unité, unicité, union ; 2. solitude ; vt. laisser seul
– kelen : num. un, un seul, unique ; même, pareil
– -ya : voir bonyali
kèlèba (< kèlè-ba) : n. grande bataille
– kèlè : n. guerre, bataille, combat
– -ba : AUG
kènèma (< kènè-ma) : n. ?/adv. dehors, à l’extérieur
– kènè : n. 1. aire, surface ; 2. clarté
– -ma : QLF
ko : vd. dire (prédication de parole, mot d’introduction)
kònòna (< kònò-na) : n. 1. ventre ; 2. interieur, dedans ; 3. durée
– kònò : n. 1. ventre ; 2. foetus ; . intérieur ; pp. dans, à l’intérieur de
– -na : voir Farafinna
kumadengafe (< kuma-den-gafe) : n. dictionnaire
– kuma : n. parole, mot
– den : voir den en haut
– gafe : n. livre, livret
kuntilenna (< kun-tilen-na) : n. 1. sens, direction ; 2. sens, signification ; 3. but, objectif
– kun : n. 1. tête ; 2. bout, extrémité ; 3. raison, motif, objectif
– tilen : vt. 1. diriger ; 2. mettre droit
– -na : voir Farafinna
lahidu < ar. wa’ada / ya’idu > : n. promesse, alliance, engagement
latigè (< la-tigè) : vt. 1. faire passer ; 2. distinguer, préciser ; 3. décider
– la- : PREF
– tigè : vt. 1. couper ; 2. trancher ; 3. traverser
Mali : n. Mali
malo : n. 1. honte ; 2. modestie, timidité
mana : HYP
na (< la) : PP
– bamanankan na : en bambara
nansara < ar. nasa:ra: > : n. 1. Blanc, Européen ; 2. Français (syn. : tubabu)
ni : conn. et
nganiya : n. 1. volonté, foi ; 2. intention ; 3. décision ; 4. resolution
nyètaa (< nyè-taa) : n. progrès (litt. : l’aller devant) ; ici : prospérité
– nyè : n. 1. oeil ; 2. vue, regard ; 3. face, surface, devant ; pp. devant
– taa : vi. aller
o : conn. ou
pewu : id. tout à fait, complètement
– -ra : AC
saya (< sa-ya) : n. mort
– sa : vi. mourir
– -ya : voir bonyali
sèbèn : n. 1. écrit, texte, lettre ; 2. papier ; vt. écrire
sini : n. 1. demain ; 2. avenir
so : n. 1. maison ; 2. village (rare !) ; ici : le village « Mali » (au sens de : peuple)
tiimè : vt. accomplir
tile : n. 1. soleil ; 2. jour, journée ; 3. époque, ère
tubabukan (< tubabu-kan) : n. langue française, le français (syn. : faransikan)
– tubabu < ar. tabi:b > : n. 1. Blanc, Européen ; 2. Français (syn. : nansara)
– kan : voir bamanankan
un : INT
-w : PL
wuli : vi. 1. se lever, se réveiller ; 2. grandir ; 3. démarrer ; 4. s’envoler
ye : PP
yèrèmahòrònya (< yèrè-ma-hòròn-ya) : n. indépendance
– yèrè : adj. même ; n. légitime
– -ma : voir kènèma
– hòrònya : voir hòrònya
VIVE LE MALI !!! VIVE LE BAMBARA !!!
Bonne lecture !
(1) Les photos ont été prises par moi lors de ma première visite chez Mohammed, mon professeur et Ségovien convaincu, et sa famille, à Bamako-Falajè, en 1995.
(2) Sur demande, Gérard Dumestre (INALCO et LLACAN, Paris) me l’a confirmé par mail. Etat de fait, à peine croyable, mais vrai. Evidemment !
(3) Selon le papier en pdf (voir en haut), le nominal bonyani figure dans le gros titre. Avec une faute d’orthographe, incontestablement. Il faut écrire bonyali. La forme de base de ce suffixe est -li, qui se nasalise après une nasale et est écrit alors -ni (allomorphie due à la phonologie). Cependant, dans ce cas-ci, il ne s’agit pas d’une nasale qui précède le suffixe -li mais de l’approximante palatale /y/. Donc, pas de raison d’écrire bonyani. C’est bien bonyali. Voir aussi ce lexique (> entrée bon, page 23, à gauche : mwt bonyali 1 ka kè belebele ye. 2 ka kè mògòba ye) ! …
"Toumani & Sidiki", une fusion générationnelle et musicale
Deux koras dialoguent, l'une avec l'autre, et les duettistes sont père et fils : le Malien Toumani Diabaté, maestro incontesté et émancipateur magistral de cet instrument depuis deux décennies, et son fils Sidiki, 23 ans. A quatre mains et quarante-deux cordes, les deux musiciens-griots révisent et interprètent un repertoire largement ancestral transcendé par une musicalité immaculée. En fin de compte, ils illustrent à la fois l'extraordinaire richesse culturelle mandingue et la continuité du griotisme (jeliya) en Afrique de l'Ouest, et tout particulièrement au Mali. Un album à considérer comme le plus abouti de Toumani depuis les deux qu'il a enregistrés en studio avec son ami, le grand Ali Farka Touré (aussi bien In the Heart of the Moon qu'Ali and Toumani) ...
Un artiste est le reflet de son époque, de son pays et même de sa famille. Pour les griots, cette influence héréditaire sur la musique se transmet de génération en génération depuis des siècles. Sur le nouvel album de Toumani Diabaté, Toumani & Sidiki, deux griots de la même famille, père et fils, font une déclaration importante à propos du "naturel" et de l'élasticité de la culture.
Les griots sont les archivistes des grands royaumes mandé ayant dominé l'Afrique de l'Ouest avant la colonisation. A une fonction similaire à celle des bardes médiévaux, les griots ont servi dans les courts royales pour composer des chansons qui commémorent les grandes actions du roi et de ses ancêtres. Ils étaient indispensables à la société mandé. Toumani Diabaté, joueur de kora le plus célèbre de la planète, est un héritier de cette longue lignée de griots : il a contribué essentiellement à faire de la kora un instrument soliste à part entière et a augmenté énormément la popularité de son instrument par une série d'albums instrumentaux extraordinaires. Son propre père, Sidiki (1922–1996), pionnier du genre, a été le premier griot à avoir enregistré un album de kora. Et ici, Toumani perpétue ce savoir-faire instrumental avec son fils, le "petit" Sidiki, jeune prodige de 23 ans, en passant producteur de hip-hop et star des scènes rap au Mali. Vraiment un symbole émouvant. Par cet album, les deux koristes témoignent avant tout de l'intemporalité de cette tradition..
Cet album familial est une conversation intime entre père et fils, conduite à travers l'antique kora, pour ainsi dire, à travers la langue de leurs ancêtres. Un album d'une beauté hors pair ! Le duo virtuose de griots est conscient de sa vocation de transmettre les traditions ancestrales du peuple mandingue en nous proposant une réinterprétation instrumentale et acoustique à quatre mains de vieux standards dont certains étaient en train de disparaître du répertoire moderne qui nous accompagnent à travers l'imaginaire mandingue.. Chacun des dix morceaux est rebaptisé en honorant un personnage, un lieu, un événement, etc. pour montrer le côté positif du Mali. Les femmes, les légendes, les bienfaiteurs, les parents, les migrants africains perdus en mer, même une entreprise agricole malienne, tous sont honorés de cette façon et rassemblés dans un album où "le passé rencontre le présent pour construire l'avenir" (Toumani Diabaté) : le morceau "Tijaniya" est dédié à l'ordre soufi, pluriséculaire et très populaire en Afrique de l'Ouest. Cet ordre mystique enseigne que la musique n'est pas une diversion dangereuse (comme le prétendent les islamistes) mais plutôt un moyen de l'exploration spirituelle. Même si l'album a de profondes racines dans le passé du Mali, il y a pourtant beaucoup de références à l'histoire récente du pays : "ACI 2000 Diaby" se réfère à un secteur moderne dans la capitale malienne, "Dr Cheickh Modibo Diarra" honore l'astrophysicien malien qui était premier ministre par intérim après le coup d'Etat militaire en 2012. Et le seul non-classique mandingue de l'album, une nouvelle composition dite "Lampedusa" est un autre favori (et le mien de toutes façons), son titre une référence à l'île italienne où un naufrage a tué plus de 350 migrants africains à la recherche d'une meilleure vie l'année dernière. Une musique émouvante dont la mélodie érige le morceau en un requiem en larmes. "Le titre 'Lampedusa' évoque l’injustice des relations Nord-Sud, et au-delà de cette île où échouent des clandestins venus d’Afrique, je pense à ceux qui meurent en mer et à tous les artistes dont les tournées sont annulées à cause des visas. Aujourd’hui en Occident, un papier est plus important que la vie humaine" se déclare Toumani (rfimusique, 07/05/2014).
L'album Toumani & Sidiki n'est ni une réinvention ni un isolement de la tradition griotique mais plutôt un statement pour l'importance et la durabilité de la tradition. Une tradition qui a été menacée récemment (et qui l'est encore), par des islamistes, des soldats-pistoleros loufoques mais aussi par un Etat affaibli de plus en plus y compris une "élite" politique cupide, de mauvaise gouvernance, de désintégration des forces de sécurité, tout ce qui a, avec un effet durable, basculé le Mali depuis janvier 2012 dans une crise multidimensionnelle à la fois sociopolitique, sécuritaire et humanitaire sans précédent. Cet album illustre les racines profondes de la culture mandé, et continue des traditions et pratiques qui contrastent avec un dur intégrisme que veulent imposer certains au Mali. La lutte persistante pour le futur "visage" du Mali souligne une autre "paradoxie" (apparente) mais qui définit le conflit essentiel dans de nombreuses sociétés où l'islam a été incorporé dans la tradition locale pendant des siècles : le split entre traditionnalistes et intégristes. Et c'est dans le contexte de ce conflit que cet enregistrement-ci peut servir à inspirer ...
ALBUM : Toumani & Sidiki Diabaté (2014). Toumani & Sidiki. World Circuit.
Hery
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PHOTOS :
1) le nouvel album "Toumani & Sidiki" (2014) :
2) Toumani (à gauche) & Sidiki Diabaté (à droite), virtuoses de kora. (photo prise du web) :
3) les Diabaté, dynastie griots au Mali et en Afrique de l'Ouest : en arrière à droite, en boubou blanc, c'est Toumani ; à l'avant au centre, le vieil homme, c'est Sidiki sen., le père de Toumani ; à l'avant entre son grand-père et la dame en robe bleue, déjà une petite kora (avec le sigle SD) en mains, c'est Sidiki jun., le fils de Toumani ...
VIDEOS :
1) Toumani & Sidiki Diabaté live au Festival de Glastonbury, en 2014 :
3) Toumani & Sidiki Diabaté présentent Rachid Ouiguini, un des morceaux les plus connus au répertoire des griots mandé, morceau remontant jusqu'à l'Empire du Wagadu (Ghana) et basé sur l'histoire du Mininyanba ("grand python") :
Moussa Konaté, 2009. La Malédition du Lamantin. Fayard Noir, 224pp., €15.90
« A la saison sèche, au cœur du fleuve Niger, une ethnie réputée pour sa connaissance des mystères du monde aquatique, les Bozo, s’installe sur l’îlot de Kokrini. Un jour, contre toute attente, le fleuve entre en furie et un orage d’une violence inouïe frappe le campement. On découvre au petit matin deux corps sans vie. » Ainsi résume l’éditeur ce nouveau policier de Moussa Konaté, écrivain malien (Bamako, Limoges), et dirigeant du Festival Etonnants Voyageurs au Mali.
Assisté par son inspecteur Sosso, le commissaire Habib est chargé de mener les investigations sur Kokrini, campement bozo temporaire (dagaa, en bozo-sorogaama), dans les faubourgs de Bamako. Pour ses habitants bozo, il est évident que Kouata, le vieux chef de village, et une de ses épouses, Nassoumba, ont été foudroyés par la volonté de Maa, le lamantin, Dieu du fleuve, auquel les Bozo sont liés par un pacte ancestral depuis des siècles, pacte brisé le jour où un Toubab, de passage au Mali, et avec l’aide d’un indigène traître à son peuple, s’est mis en tête de capturer le lamantin (maa, en bozo-sorogaama) pour le vendre et exposer au zoo de Bamako. Cet affront à la divinité et trahison aux Bozo ont provoqué la colère de Maa, irréconciliable, qui les accable, malgré sacrifices et offrandes, de malheurs divers depuis ce moment-là.
Par contre, Habib, formé à « l’école des Toubabs », ne veut croire à vraiment aucune cause du décès surnaturelle, d’autant plus que le corps féminin présente deux coups de couteau, alors que le vieux Kouata semble avoir succombé à un arrêt cardiaque.
Même dans cet ouvrage, Moussa Konaté ne s’écarte pas de son sujet auquel il revient sans cesse. Après une enquête criminelle au pays Dogon (L’Empreinte du Renard, Fayard Noir, 2005), il initie cette fois ses lecteurs au peuple de pêcheurs, les Bozo, musulmans et teintés d’animisme (en héritage de leurs ancêtres), à leur histoire, ainsi qu’à leurs croyances, traditions et coutumes. Au vu d’un crime, Moussa Konaté fait confronter tradition avec modernité, culture traditionnelle avec pragmatisme, rites avec rationalité, en résumé, le Mali ancestral avec le Mali contemporain. Ainsi ce polar constitue un pays ouest-africain composé d’une multitude de cultures qui coexistent et se fertilisent, un Mali aux multiples paradoxes ... « Réflexion lucide [...] sur l’exercice du pouvoir dans les sociétés africaines. » (Le Monde, en juillet 2009)
A lire absolument !
(Un gros I ni ce au Maliden Jean-Claude Faynot, Saint-Jorioz/France, qui m’a fait remarquer à ce nouveau polar malien)
Après multiples conseils glanés sur ce forum, voilà le départ qui approche et je viens donc aux infos un peu plus fraiches sur l'état des routes entre Dakhla et Bamako...via Nouakhchot, puis Ayoun et peut-être Nema suivant les conséquences de la saison des pluies... Nous partons avec un break d'ici une dizaine de jours, sud maroc fin du mois, puis Bamako dés que possible
Si il y a parmi vous des personnes qui ont pris la route récemment, peut-être pourront-ils me dire ou en est le goudron entre Nouadhibou et Nouakchot, et quelle est la route la plus clean au nord Mali sachant qu'on y sera entre le 5 et le 15...
On cherche aussi des amis de route pour traverser en convoi la Mauritanie, avis aux interéssés qui seraient dans les parages à la même période!!!
MERCI A TOUS!!!