Décès: le chroniqueur du Mali libre

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"Il a donné la plus belle image d'une Afrique pleine d'espoir"

Disparition d'un grand humaniste avec appareil photo

Un pionnier de la photographie en Afrique est mort. Le célèbre photographe malien Malick Sidibé, né en 1935 dans une famille peule à Soloba, petit village au cercle de Yanfolila (région de Sikasso dans le sud du Mali), s'est éteint à Bamako le 14 avril des suites d'un cancer. Il avait 80 ans. Ses photos tiennent l'euphorie d'une époque révolue : en 1957, trois ans avant l'indépendance de son pays, il est le seul reporter de Bamako à couvrir tous les événements, fêtes et surprises-parties. Cinq ans plus tard, le "Studio Malick" ouvre ses portes à Bagadadji, quartier central dans la capitale malienne. Malick Sidibé a photographié les nuits chaudes à Bamako, les fêtes et les joies où la jeunesse découvrait les danses modernes venues d'Europe et de Cuba, en s'habillant à la mode occidentale...

Dans son œuvre, Sidibé a immortalisé un Mali d'une époque plus joyeuse et insouciante, les années 1960, dans ses premières années après l'indépendance et avant le premier coup d'Etat en 1968, lorsque la jeunesse de Bamako (comme celle dans toutes les grandes villes africaines) était encore pleine d'optimisme et avait foi en un brillant avenir, une époque où le sentiment d'être déconnecté du reste du monde, n'était pas encore aussi répandu qu'il le fut plus tard. Bref, à travers les photos prises dans son studio au cours des années '50 et '60, il avait livré un travail remarquable sur "une période importante de l'histoire africaine, qui fut une étape d'émancipation, de bouleversements culturels, de fierté et d'espoir pour l'avenir", avait souligné le jury PhotoEspaña en lui attribuant son prix en 2009. Pas du tout le seul prix concédé à lui : l'œuvre de Malick Sidibé avait été récompensée de surcroît par le Lion d'Or à la Biennale de Venise, les prix Hasselblad, très prestigieux (il est le premier Africain à recevoir cette récompense), et du Centre International de la Photographie, New York.

Ce qui caractérise son travail de cette époque-là, ce sont ses photos de portrait : dans l'entourage privé, aux parties des jeunes gens épris de musique, dans le cercle d'amis où les photographiés prenaient des poses tout exprès. C'est prinicipalement la vie des gens simples qu'il a conservée, d'un regard des faits, presque affectueux et toujours plein de beauté...

Malick Sidibé, surnommé "l'œil de Bamako", est un des photographes maliens les plus connus à l'étranger, avec Seydou Keïta, considéré comme un des plus grands portraitistes de la seconde moitié du 20e siècle, premier artiste africain exposé seul au Grand Palais, à Paris, pour une rétrospective jusqu'en juillet.

"Malick Sidibé est un grand. Il a documenté la vie bamakoise, avec des photos qui ont une valeur incontournable", a rappelé Samuel Sidibé, directeur du Musée national de Bamako et délégué général de la Biennale africaine de la photographie, où l'artiste avait été mis en l'honneur dès la première édition de l'événement, en 1994...

Il y a quelques années déjà, Malick Sidibé a abandonné la photographie à cause de sa maladie. Pendant cinq années, il a lutté contre le cancer. Le jeudi passé, Sidibé est décédé à l'hôpital Gabriel Touré à Bamako... Paix à son âme !

Hery

www.gallery51.com/...9&fotograafid=47

www.artnet.com/artists/malick-sidibe/

owning-my-truth.com/...-sidib%C3%A9-b-19356

www.theguardian.com/...936-2016-in-pictures
TA Taamaden Veteran ·
Voici la contribution de TERJU COLE, photographe, historien de l’art et écrivain américano-nigérien ("Open City: A Novel") à un hommage Malick Sidibé. Le 15 avril, il écrit des mots émouvants dans "Africa is a country" (africasacountry.com) :

MAESTRO SIDIBÉ

I have never been to Bamako, never been to Malick Sidibé's studio in that city. In the later years, he would receive visitors, and his son would take their pictures against those famous Sidibé backdrops. But the heyday of the work had been in the 60s and 70s in that post-independence ferment that one also heard in the silvered and world-knowing tunes of the Super Rail Band and Boubacar Traoré, that galaxy of greatness.

The Maestro Sidibé, the Eye of Bamako, was blind in one eye. That is a time-saver for a photographer, to see the world with monocular vision as a camera does. An optical faculty ever-ready to pounce, economical as a cat.

Observe the immediacy of "Regardez-moi!" Could a photograph be more audible than this? This young man of fifty four years ago is full of life, zest, display, and joy, and the Eye of Bamako catches with unerring sympathy that irrepressible presence. Sidibé prised photographic practice from its classic studio precincts, where it had been brought to perfection by Seydou Keïta. They were of the line of great duos that sometimes haunt the arts, Picasso and Matisse, Hokusai and Utamaro. Keïta worked during the day. Sidibé made the night real: parties, dancing, flash photos. He was the obverse, keyed in to the unexpected point of view.

And the stamina! "At night, from midnight to 4 am or 6 am, I went from one party to another. I could go to four different parties. If there were only two, it was like having a rest. But if there were four, you couldn’t miss any. If you were given four invitations, you had to go. You couldn’t miss them." He drank the full draught, and retained the evidence.

In "Je veux être seule" , a beautiful young woman has asked specifically to be shown without the man who was in the picture. The photographer is at her service, and so the man is dodged away into a ghostly nothing. No questions asked.

Malick Sidibé made many great pictures of African modernity. They will outlive him, and us. He showed us as we were, between the desire for solitude (Je veux être seule) and the wish to be seen and celebrated (Regardez-moi!), between the contained and the exuberant. All of it is there.

I received the sad news today that Malick Sidibé has died, at the age of 80. May his soul rest in peace.

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Photo 1 : "Regardez-moi!" (1962). ©Malick Sidibé (Brooklyn Museum, New York)



Photo 2 : "Je veux être seule" (1979). ©Malick Sidibé (Jack Shainman Gallery, New York)

"I love the West African women in the photographs by Keïta and Sidibé, some of whom are of my mother's generation and the generation just before, women to whom a university education was widely available, and for whom working outside the home was a given. In West African photography of this period, there are many photographs of friendship among women, many photographs of women with their families, many of young women with their young men. And there are photos of women alone, some of whom perhaps might also have told the photographer, 'Je veux être seule.'" (Terju Cole, New York Times Magazine, 2015)
CH Choucarde Globetrotter ·
Bonjour Herbert,

Une petite promenade à Arles ?

http://www.jeuneafrique.com/339290/culture/photographie-rendez-arles-chez-fatimata/

[:)]
Choucarde
TA Taamaden Veteran ·
Une petite promenade à Arles ?

Merci merci, Anne.

Très bel article qui est aussi évocateur de l'ensemble Las Maravillas del Mali, d'abord protégé mais plus tard condamné par la politique du Mali.

Autre article trouvé sur le net qui flaire une trace de (la fatalité de) cet ensemble : http://mondafrique.com/musique-las-maravillas-del-mali-de-la-havane-a-bamako/

A toi et la famille les meilleurs voeux pour 2017 !

Hery

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