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France-Madagascar: point sur la situation malgache English translation pending
Alain Joyandet, secrétaire d’état français de la coopération était à Madagascar ces jours ci pour faire le point sur la situation malgache avec les instances de la HAT.
Mais il n’était pas seul. Une petite délégation discrète l’accompagnait. Le hasard faisant que j’ai des accointances consulaires auprès de l’ambassade de France à Tana, quelques informations me sont parvenues. Il y a ce qui se dit, ce que disent les journaux et ce qui ne se dit pas, du moins pas encore.
- La France serait prête à financer des élections en septembre. Rajoelina veut des législatives, la communauté internationale plutôt des présidentielles. Un accord serait intervenu pour que les deux aient lieu en même temps, la cour constitutionnelle ayant entre-temps amendé la constitution afin que Andry puisse se présenter (âge).
- Air France ajouterait une liaison Paris-Antananarivo-La Réunion et retour à partir de septembre.
- La HAT s’engagerait à faciliter l’implantation du Club Méditerranée à Nosy-Be, après un premier essai avorté il y a une dizaine d’années.
- Le visa de 60 euros sera rétabli en 2011, mais la coopération franco-malgache remboursera ce montant au retour en France sur présentation de factures d’artisanat visées par les douanes malgaches, si elles atteignent 500 euros par personne.
De bonnes nouvelles donc, non officielles mais qui devraient l’être prochainement.
La Viarhona (secteur Ain et Isère à vélo) English translation pending
Bonjour
La Viarhona est le nouveau nom donné à la Véloroute Le Léman à la Mer.
Comme son nom l'indique, elle doit rejoindre Genève à Marseille en suivant le Rhône au plus près de ses berges.
Cela sera à la fois un mélange de voies vertes, pistes aménagées, voies sécurisées ou matérialisées sur le bords du route. Traversant pas mal de régions donc de départements, il est difficile de savoir quand elle sera achevée. Volontés ou pas des élus de jouer le jeu, Qui va supporter les frais… Etat, régions, départements, communautés de communes, communes…. ? Difficile pour l'instant de dire quant la totalité des tronçons département par département sera finalisée.
La partie de l'Ain étant déjà bien avancée, je pourrai si cela intéresse des personnes souhaitant rouler sur ces deux départements, donner des explications avec photos si nécessaire des points délicats ou des choses à visiter (ou éviter) sur le parcours ou aux alentours. Conseiller municipal, je surveille ce dossier auprès de la communauté de communes..
Le tracé pour la partie me concernant le Nord Isère soit (du Pont de Grollé à Vertrieu) est finalisé depuis la fin de l'année 2009, reste les problèmes de terrains et de consultation des travaux. L'affaire suit donc son cours normalement. Sachez toutefois que l'enveloppe passe les 7 millions d'euros pour les quelques 80km qui passe par chez nous.
Alors on l'espère belle, roulante et pour ma part.. plein de monde dessus. (C'est déjà le cas sur les parties existantes)
Il faut dire que longer le Rhône au plus près des berges avec les cygnes, les canards et toute la faune des lunes et tout ça sans pot d'échappement laisse rêveur.


Le tracé de l'Ain existe donc déjà, j'y reviendrai plus tard s'il le faut.
Cascade de Glandieu (coté Ain)
Coté Isère rien n'est fait mais voici le tracé final adopté. Passé le Pont de Grollé, c'est le village de BRANGUES qui vous accueille. Brangues est célèbrement connu car un hôte de marque y a vécu.. Paul CLAUDEL. Vous devriez y voir son château et sa tombe, une rétrospective…. ravitaillement assuré dans le village.
Le château de Paul Claudel
- SAINT VICTOR DE MORETEL, (brasserie dans le centre) - MORESTEL (la cité des peintres) gros bourg avec tout le ravitaillement nécessaire y compris grandes surfaces, DAB etc…. Cette partie sera effectuée sur route existante avec en partie une piste cyclable délimitée
En quittant Morestel, la suite reste à faire….car elle emprunte en grande partie des petits chemins bien sympa. - CREVIERES - ARANDON - COURTENAY (en suivant les étangs de la grumate) puis elle reprend en parallèle l'ancienne ligne de chemin de fer (propriété du cimentier Vicat ) jusqu'à MONTALIEU-VERCIEU De là, elle remonte jusqu'à SAULT-BRENAZ en suivant le approximativement le petit chemin de fer touristique existant puis continue jusqu'à VERTRIEU (à proximité du Pont de LAGNIEU) ou elle quitte mon secteur.Toute cette partie existe mais est réalisable à VTT car ce ne sont que des chemins actuellement (il faut le préciser) Voilà pour l'instant. Puisse ces explications et photos vous donnez l'envie de visiter ce magnifique secteur qu'est le Rhône et le Pays des Couleurs….


Le tracé de l'Ain existe donc déjà, j'y reviendrai plus tard s'il le faut.
Cascade de Glandieu (coté Ain)

Coté Isère rien n'est fait mais voici le tracé final adopté. Passé le Pont de Grollé, c'est le village de BRANGUES qui vous accueille. Brangues est célèbrement connu car un hôte de marque y a vécu.. Paul CLAUDEL. Vous devriez y voir son château et sa tombe, une rétrospective…. ravitaillement assuré dans le village.
Le château de Paul Claudel

- SAINT VICTOR DE MORETEL, (brasserie dans le centre) - MORESTEL (la cité des peintres) gros bourg avec tout le ravitaillement nécessaire y compris grandes surfaces, DAB etc…. Cette partie sera effectuée sur route existante avec en partie une piste cyclable délimitée
En quittant Morestel, la suite reste à faire….car elle emprunte en grande partie des petits chemins bien sympa. - CREVIERES - ARANDON - COURTENAY (en suivant les étangs de la grumate) puis elle reprend en parallèle l'ancienne ligne de chemin de fer (propriété du cimentier Vicat ) jusqu'à MONTALIEU-VERCIEU De là, elle remonte jusqu'à SAULT-BRENAZ en suivant le approximativement le petit chemin de fer touristique existant puis continue jusqu'à VERTRIEU (à proximité du Pont de LAGNIEU) ou elle quitte mon secteur.Toute cette partie existe mais est réalisable à VTT car ce ne sont que des chemins actuellement (il faut le préciser) Voilà pour l'instant. Puisse ces explications et photos vous donnez l'envie de visiter ce magnifique secteur qu'est le Rhône et le Pays des Couleurs….
Ouest américain 2009: à la découverte de nouveaux sites en dehors des sentiers battus (Partie n°2) English translation pending
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
JOUR 5 – DE SANTA FE A KING OF WINGS
Après un petit déjeuner en commun, nous sommes tous prêts vers 8 heures. Tandis que mes amis vont faire un circuit d’une journée en passant par Taos, je vais poursuivre mon voyage en direction des badlands du Nouveau-Mexique où j’ai ce soir un rendez-vous à honorer.
Nous nous reverrons bientôt : nous avons prévu de séjourner chez Annie & André dans leur maison de la Drôme pour quelques jours en septembre prochain. Elisabeth et moi y découvrirons la vidéo et le diaporama de leur voyage, toujours aussi remarquables, et j’y ferai quelques apparitions pour la journée d’hier.
Je me ravitaille en produits frais au Wall Mart et je pars en direction de Farmington.
Vers midi, je fais une pause près de Lybrook, un lieu dont j’ai lu le plus grand bien sur un site web consacré aux badlands du Nouveau-Mexique. N’ayant pas prévu d’explorer cette vaste étendue, mon but est seulement de faire un premier repérage des lieux pour une prochaine visite. Je me rends aux différents points de vue sur les badlands, mais dans la lumière de milieu de journée tout est écrasé par le soleil et à cette distance il est difficile de se rendre compte de l’intérêt du site.
Un canapé incongru, qui a subi les outrages du temps, est installé face à un des points de vue. Pourquoi pas un simple banc qui aurait suffi pour admirer le paysage ? Chacun est libre d’émettre son hypothèse… 😛

D’ici, toute descente semble impossible ou dangereuse et l’accès à une piste proche qui pourrait mener aux badlands est interdit. Il restera donc à trouver d’autres accès plus à l’ouest pour ma prochaine visite.
Un peu plus tard, je me gare à l’extrémité de la petite piste qui mène à Ah Shi Sle Pah, un curieux nom navajo qui sonne un peu comme une formule magique.
En quelques minutes de marche, je me retrouve au cœur d’un monde austère et désolé, avec des étendues de bentonite grise prenant parfois la forme de hoodoos dans des wash qu’on imaginerait volontiers sur une autre planète. Il paraît qu’on y découvre des fragments d’os de dinosaures mais je ne trouverai que des morceaux de bois pétrifié.


Par moments, la bentonite grisâtre est égayée par les teintes brunes de « chapeaux » de pierre. Certains ressemblent à des macarons !


C’est à l’ouest du site qu’on peut voir les hoodoos les plus élancés et les plus colorés, surnommés les Yellow Hoodoos. C’est vraiment mon secteur préféré dans ce que j’ai pu visiter en trois heures à Ah Shi Sle Pah, le reste du site valant, à mon avis, davantage par son ambiance que par son intérêt esthétique ou géologique (en comparaison de Bisti Badlands).




Il faudrait attendre la lumière de fin d’après-midi pour photographier les Yellow Hoodoos sous leur meilleur aspect, mais je dois quitter ce secteur pour reprendre la voiture et me rendre dans une autre partie du San Juan Basin où se trouve un hoodoo étonnant que ses récents découvreurs ont baptisé « King of Wings ».
Pour cette visite, j’ai rendez-vous avec John que je ne connais qu’à travers nos échanges via Internet. Il habite le sud du Colorado, est géomètre et passionné de photographie (principalement des paysages du Southwest). On peut voir ses superbes photos sur sa galerie « Caught in time ». C’est John qui m’avait contacté en 2008, comme il l’avait fait simultanément avec mes amis allemands Steffen et Isabel (qui, elle, est en réalité autrichienne) : il était étonné de voir sur nos sites web des photos d’endroits qu’il connaissait mais pensait être restés confidentiels (par exemple « Arch Slot Canyon », « Red Canyon »…). Après plusieurs échanges d’e-mails, il nous proposait de réaliser quelques explorations ensemble, à condition de ne pas divulguer certaines de ces localisations. Steffen et Isabel l’avaient rencontré durant leur trip de début 2009 (notamment pour voir « King of Wings ») et c’est désormais à mon tour de faire la connaissance de John. Merci Internet !
Le rendez-vous est fixé en fin d’après-midi (car John travaille ce jour-là dans les environs), au bord d’une piste à peine tracée au milieu de nulle part. J’avais trouvé assez « fun », pour un premier contact, le fait de se rencontrer à un simple point GPS, en plein wilderness. Nous y arrivons presque ensemble et devons avoir l’air de contrebandiers 🏴☠️ ! Dès les premiers échanges, il se confirme que John est très sympathique et a beaucoup d’humour. Nous partons rapidement randonner dans les badlands pour atteindre le « King of Wings ». Même s’il était prévu d’explorer d’abord ses alentours, John ayant eu une grosse journée de travail, nous avons envie de prendre notre temps et de bavarder, donc nous décidons finalement d’y aller directement et de rester sur place.
On surnomme « Wings » les longues pierres plates qui coiffent certains hoodoos en débordant largement de leur base, ce qui peut rappeler des ailes d’avion. La « Wing » que nous allons voir est la plus grande que nous connaissions, car elle a un porte-à-faux d’au moins quatre mètres, d’où son surnom de « King of Wings ». Elle a été découverte un peu par hasard en 2007 par un photographe amateur local et c’est son extrême fragilité (on se demande même comment elle tient encore en équilibre) qui justifie de ne pas en divulguer la localisation.
Arrivés à « King of Wings », nous y attendons le coucher du soleil, ce qui nous donne le temps d’admirer cette formation unique et de la photographier sous toutes ses coutures.






John me fait bien rire quand il se met soudain à scander des « Hail to the King of Wings » (« Gloire au roi des ailes ») en levant les bras au ciel puis en se prosternant devant le royal hoodoo. La scène est franchement surréaliste 😎, on est loin de certains photographes qui se prennent au sérieux !

Quand la lumière baisse, nous faisons un tour à proximité pour photographier quelques hoodoos de petite taille…


… avant de revenir à « King of Wings » pour le coucher du soleil.



J’apprécie pour son ambiance la marche de retour au crépuscule et il fait quasiment nuit lorsque nous arrivons aux véhicules. Nous avons réussi à les trouver sans l’aide du GPS, histoire de prolonger un peu l’aventure.
La visite de « King of Wings » a combiné tout ce que j’aime : authentique wilderness avec un parfum d’aventure, originalité géologique et esthétique, belle lumière et opportunités photographiques, partage avec quelqu’un qui est sur « la même longueur d’onde »… 🙂
Maintenant, alors que la nuit est tombée, il nous faut emprunter plusieurs pistes successives pour aboutir sur la highway, mais John a déjà fait ce trajet et nous y mène sans encombre. Comme cette première rencontre fut une réussite qui en appelle d’autres, John me propose de nous retrouver le week-end suivant pour de nouvelles explorations sur la réserve navajo. Cela tombe bien car c’est justement ce que j’avais prévu de faire avec un ami d’Arizona, nous serons donc trois avec chacun notre 4 x 4, ce qui n’en sera que mieux. Une fois le rendez-vous fixé, John part rejoindre son motel à Farmington car il commence à travailler très tôt le lendemain, tandis que je me dirige vers le parking de Bisti Badlands pour y bivouaquer.
Je suis surpris d’y découvrir un camping-car et un SUV, avec trois personnes qui devisent gaiement autour d’une table de camping malgré l’heure tardive. Je vais saluer mes voisins de bivouac : ce sont trois jeunes Allemands qui viennent de fêter avec quelques bières leur visite des Craked Eggs (aussi appelé Egg Factory) jusqu’au coucher du soleil avec retour de nuit à leur véhicule. Le volume 3 « Colorado & New Mexico » de Photographing the Southwest se trouve sur la table, ainsi qu’une carte topographique tirée de l’excellent site web « Secrets of the West » de mon ami allemand Steffen, deux raisons qui me valent spontanément une invitation à partager leur repas. Comme ils ne se laissent pas abattre, le repas sera plus consistant et arrosé (de vin californien) que le frugal dîner solitaire que j’avais prévu. L’ambiance est sympathique 🙂 et je leur donnerai beaucoup de conseils pour leurs visites des jours à venir.
Dommage que ce ne soit pas la pleine lune car nous aurions pu nous balader au milieu des hoodoos tout proches à l’ouest du parking. Je propose une sortie aux « Wings » de Bisti Badlands pour le prochain lever du soleil, mais le jeune couple décline car « il est en voyages de noces », le troisième voyageur est intéressé « à condition qu’il arrive à se réveiller » (comme moi, il dort dans son SUV). Je prépare mon sac à dos pour le lendemain matin, je regarde mes photos et m’endors avec des Wings plein les yeux…
JOUR 6 – DE BISTI BADLANDS A ROYAL ARCH
Ce matin, je suis prêt à partir peu de temps après la sonnerie du réveil. J’entends un ronflement dans le SUV du « co-bivouaqueur » allemand, donc je m’en vais seul sans traîner car il y a bien une demi-heure de marche à un bon rythme pour arriver aux Wings (au nord du site).
Je tenais absolument à retourner aux Wings, que j’avais vues en 2003 avec Elisabeth, parce que j’en avais été frustré lors de ma visite d’octobre 2007 avec Thierry (Wavemaster) qui, ayant eu cet après-midi-là une overdose de badlands et de hoodoos 😕, n'avait pas voulu s’y rendre avant la séance photo aux Cracking Eggs pour le coucher du soleil.
Après une marche vivifiante, j’arrive au pied de l’aile en forme d’otarie quelques minutes avant le lever du soleil, pour tenter de capturer ce moment magique où la lumière change si rapidement.




Le soleil éclaire progressivement les autres Wings et les badlands, le spectacle est magnifique et je ne regrette pas mon réveil aux aurores.



Je petit-déjeune sur place, alors que le soleil commence à darder ses rayons.
La lumière devient rapidement crue, mais je décide tout de même de faire une grande balade dans les Bisti Badlands, pour l’ambiance et le plaisir d’y randonner, même si l’appareil photo restera la plupart du temps dans le sac à dos.
En chemin, des ravines blanches prennent des formes intéressantes.


Certains hoodoos, tout en finesse, n’auront qu’une existence éphémère…

D’autres se regroupent sur une colline…

… où prennent la forme d’un arbre…

… quand il ne s’agit pas d’un hoodoo coiffé d’un véritable morceau d’arbre pétrifié…

… dont on peut découvrir des troncs entiers comme à Petrified Forest :

Quand j’arrive aux Cracked Eggs, je me remémore l’été 2003 où, avec Elisabeth, nous avions arpenté les Bisti Badlands pendant des heures sous le cagnard, à la recherche de ces fameux « eggs » que je voulais absolument trouver et ajouter dans la nouvelle édition de Photographing the Southwest. A l’époque, il n’y avait pas de sites Internet ou de guides traitant des Bisti Badlands, ni d’indications sur la localisation des formations les plus photogéniques. Le site était encore très peu visité, seuls quelques photographes locaux en avaient publié des clichés et ils ne voulaient dévoiler ni les coordonnées ni même à quelle distance de la piste et dans quelle direction pouvaient bien se trouver les Cracked Eggs. Mais c’est en nous obstinant et en marchant avec leurs photos en main que nous avions fini par les repérer, un peu surpris de constater qu’ils n’étaient finalement pas si loin du parking (environ 45 minutes). A cause de leur petite taille, on pouvait passer à quelques dizaines de mètres d’eux sans les remarquer sous la lumière écrasante qui estompe couleurs et reliefs en pleine journée.
En ce milieu de matinée, je suis un peu déçu 😐 quand je retrouve « l’abeille » des Cracked Eggs..

Elle est moins jolie que lorsque je l’avais photographiée au coucher du soleil, en octobre 2007 :

Les Cracked Eggs sont plutôt tristes en pleine journée, aussi je préfère vous montrer deux photos prises en 2007, pour vous convaincre de privilégier la visite à l’heure précédant le coucher du soleil, quitte à revenir au véhicule dans la pénombre et au GPS (mais prenez bien des piles de rechange, on ne sait jamais !).


Je pousse la randonnée un peu plus loin que la butte nommée Eagle Nest, d’où on a une vue dégagée sur le wash au milieu des badlands :

Au retour, je passe la « porte » des Bisti Badlands avant de rejoindre mon véhicule vers midi, alors que la chaleur devient moins supportable.

Un homme jeune vient d’arriver sur le parking dans son vieux SUV 4 x 4, avec un canoë sur le toit (ce qui paraît incongru dans ce décor totalement désertique). Très affable, il me propose de déjeuner avec lui sur le pouce. Il m’explique qu’il vient de Californie où il a été licencié récemment à cause de la crise financière. Il a pensé qu’un grand circuit dans l’Ouest, d’au moins six mois, serait une bonne occasion pour dépenser ses économies, en espérant que la reprise aurait débuté à son retour et qu’il retrouverait un emploi. On reconnaît bien là l’optimisme et le positivisme très américains. Il me dit spontanément que pour son voyage il suit quasi exclusivement les indications des trois volumes de Photographing the Southwest (sauf pour la partie nautique), qu’il me montre tout annotés. Je suis surpris quand il me remercie chaleureusement en me faisant une virile accolade (le hug américain) simplement parce que je lui ai répondu que j’avais collaboré à ces guides. En l’écoutant, je comprends que ce « trip », plus qu’un simple voyage, représente pour lui une sorte de pèlerinage un peu mystique afin de célébrer la Nature.
Après lui avoir donné quelques conseils complémentaires pour la visite des Bisti Badlands, je le quitte pour me rendre à Farmington où je me rafraîchis, fais quelques courses au Wall-Mart et envoie des e-mails sur mon notebook (en bénéficiant de la WiFi accessible du parking du motel où je me suis garé).
Dans l’après-midi, je prends la direction de l’ouest pour me rendre une seconde fois à Royal Arch, ma précédente visite en 2006 m’ayant donné envie d’y bivouaquer pour assister au lever du soleil.
Je fais une courte pause à Shiprock, montagne sacrée des Navajos. Même de loin, le monolithe isolé est imposant, mais je suis surtout impressionné par la muraille volcanique qui y mène, tellement fine et rectiligne qu’on la dirait bâtie par la main de l’homme.

Je suis scandalisé par les très nombreux cadavres de bouteilles d’alcool fort qui jonchent les bas-côtés de la piste menant au monolithe, quand ce n’est pas la piste elle-même. Le caractère sacré de ce lieu n’empêche pas les Navajos de venir y picoler alors que l’alcool est interdit sur toute la réserve, dont Shiprock fait partie. Pour ne pas risquer d’être pris en train de transgresser cette interdiction, ils se dépêchent de boire leur bouteille puis la jettent au plus pressé, sans aucun respect pour les lieux et la nature, ou pour les pneus de ceux qui emprunteront cette piste après eux. Désolant…😠
Je ne m’attarde pas et continue ma route pour entrer en Arizona et me rendre dans la région isolée où se situe Royal Arch. Au moment de prendre la piste, à proximité d’un village navajo, je m’arrête sur le bas-côté et me concentre sur la carte topographique. Je suis surpris et sursaute lorsqu’une jeune femme navajo toque à la vitre de ma portière. Tout d’abord inquiet, car les Navajos n’aiment généralement pas qu’on vienne se balader sur leurs terres, je suis vite rassuré par le visage souriant de la jeune femme. Elle me demande si je peux la ramener chez elle (« up the ridge », me dit-elle en me montrant vaguement la route d’où je viens), car elle a un problème de véhicule. J’accepte volontiers et elle semble réellement soulagée. Je comprends pourquoi, car sa maison se situe à plus de six miles de là ! Elle me dit que ce ne sont pas les trois heures de marche qui l’inquiètent mais plutôt les chiens agressifs qui traînent aux abords des habitations. Contrairement aux Navajos âgés que j’ai déjà pris en stop lors de précédents voyages, et qui étaient restés totalement silencieux, la jeune femme a envie de discuter. Elle me demande pourquoi un Français se rend dans cet endroit reculé et quand je lui réponds que je vais à Royal Arch, elle me conseille d’être très prudent car il y a eu des véhicules accidentés sur cette piste (ce qui m’étonne car je ne me souviens pas de difficultés particulières lors de ma visite de 2006). Avant de me quitter et de me remercier, elle m’indique un raccourci via des pistes à travers les montagnes pour rejoindre ma prochaine destination au-delà de Lukachukai.
Content d’avoir rendu ce service, je refais le chemin inverse pour prendre la piste qui mène à l’arche. Je comprends très vite le conseil de prudence de la jeune Navajo : depuis ma dernière visite, la piste s’est nettement détériorée ! De très profondes ornières ont été creusées par les gros Pick-Up des Indiens et, si on roule dedans, on risque de frotter voire de coincer le bas de caisse sur la bande de terre centrale. Il vaut donc mieux rester sur les rails étroits et surélevés de chaque côté des ornières et bien viser, car ils sont bordés de très près par les buissons ou par le fossé. Mais ce n’est pas tout : çà et là des trous parsèment la piste, qu’il faut passer avec précaution, le pire étant lorsque les rails ne sont pas à la même hauteur et que le SUV penche dangereusement, au risque de se renverser 😕. C’est certainement ce dont parlait la jeune Navajo.
Ces passages sont stressants et je suis bien content d’arriver sans encombre à une petite zone en retrait pouvant servir de parking sur la crête en face de l’arche. C’est l’endroit idéal pour bivouaquer et assister au lever du soleil, aussi j’y gare mon véhicule et continue à pied sur la piste qui amorce une descente raide avant d’atteindre le fond d’un wash. N’ayant pas trouvé de sentier pour atteindre l’arche, je la rejoins directement en passant sur le slickrock et au travers de la végétation.
Royal Arch se détache particulièrement bien dans le ciel, à la fois impressionnante (plus de cinquante mètres de hauteur) et élégante (car fine et élancée). Je la classe sans hésiter dans mon « Top 5 » des arches de l’Ouest.
En voici trois vues (face est, dessous, face ouest) qui ne lui rendent pas vraiment justice, car elle est difficile à photographier de près.



De l’arche, la vue est très belle vers l’est. De grands monolithes et des mesas de slickrock rouge contrastent avec la verdure très présente et le bleu du ciel, un peu comme dans les environs de Sedona. Je reste longtemps à admirer le paysage en savourant ces instants de totale solitude.

Sur la photo précédente, je devine mon lieu de bivouac, sur la crête rouge juste au-dessus et à droite du rocher que l’on voit en premier plan (à droite de la photo).
Je regagne assez tardivement mon véhicule, au moment où les derniers rayons du soleil éclairent le monolithe le plus proche du bivouac.

Je dîne en ayant le privilège d’observer le jour tomber derrière l’arche…

… et les nuages s’embraser fugitivement une dernière fois, bien après le coucher du soleil.

Dans cet endroit isolé, je suis tranquille pour faire ma toilette. Une autre année, j’avais essayé le système de poche d’eau en plastique foncé, avec un tuyau et un mini-pommeau de douche, que l’on fait chauffer au soleil sur le toit de la voiture mais, avec les soubresauts du SUV sur les pistes, il fuyait inexorablement (peut être avais-je acheté un modèle défectueux ou de qualité insuffisante). Depuis, je me contente d’utiliser du savon sans rinçage qui est très pratique puisqu’il suffit de verser ce savon liquide sur un gant de toilette classique que l’on mouille régulièrement pour se laver de la tête aux pieds sans avoir besoin de se rincer (ni la plupart du temps de s’essuyer car lorsqu’il fait chaud on sèche au fur et à mesure). Aux USA, j’achète le produit Body Bath de la marque No Rince, ainsi que le Shampoo de la même marque (moins efficace que le savon liquide), vendus notamment dans les magasins d’outdoor REI. En France, on trouve le produit Akil Toilette d’Akileïne qui sent bon les fleurs provençales. Quand il n’est pas possible de se laver de cette manière, je me contente de lingettes grand format (il y en a qui ne sentent pas le produit pour bébé et qui sont antiseptiques).
Je m’endors avec un peu d’appréhension car les bivouacs sont rarement tolérés par les Navajos sur leur réserve, même en pleine nature comme ici où on ne dérange personne.
JOUR 7 – DE ROYAL ARCH A LOST CITY
Ce matin, je ne dois m’éloigner que de quelques dizaines de mètres de la voiture pour installer l’appareil photo sur le trépied à l’endroit idéal pour le lever de soleil.
Juste avant son apparition, la lumière rosée est très douce.

Au premier rayon de soleil, je m’aperçois que le monolithe joliment éclairé hier soir projette son ombre très exactement sur l’arche. Je peste contre lui car il m’empêche de réussir la photo escomptée, mais je ne peux pas le déplacer et le spectacle reste magnifique.

Un peu plus tard, l’ombre gênante a disparu et la lumière passe du rosé au doré.
Je ne regrette pas d’avoir bivouaqué ici car c’est tôt le matin que Royal Arch se pare de ses plus beaux atours.


Je prends mon petit déjeuner tranquillement en profitant pleinement de la vue jusqu’au moment de partir.
Comme la veille, j’ai quelques sueurs froides lorsque le SUV penche un peu trop à mon goût. Je fais une pause pour observer une mesa isolée qui semble flotter dans le désert comme un grand cuirassé.

Sur la route, je passe devant le groupe de modestes maisons où habite l’auto-stoppeuse d’hier soir, mais je ne prends pas le raccourci qu’elle m’a indiqué car emprunter ces pistes de montagne, qui ne sont même pas indiquées sur ma carte, ne me semble ni prudent ni susceptible de me faire gagner du temps.
Je traverse les Lukachukai Mountains avec une belle descente vers le village, puis bifurque sur les pistes qui s’enfoncent au cœur du territoire navajo.
J’ai prévu de visiter le site de « Many Hands Cave », connu de quelques aficionados d’art rupestre pour ses pictographes multicoloresparmi lesquels on trouve de nombreuses empreintes de mains. Ce site confidentiel se visite habituellement avec un accompagnateur navajo dont la principale fonction est d’y conduire le visiteur, mais comme je connais sa localisation j’ai l’intention de négocier un droit de passage, moyennant quelques dollars, en me présentant à l’habitation isolée proche du site. Malheureusement il n’y a personne, à part un chien agressif. Je continue la piste et trouve la grande alcôve qui abrite ruines et pictographes. Je coince derrière l’essuie-glace un message et un billet de 10 $, au cas où le Navajo vivant dans la maison passerait par là, et je monte à l’alcôve.
Les ruines et les pictographes sont disséminées sur plus d’une centaine de mètres le long de la falaise.

Les ruines ne sont pas spectaculaires et la kiva a perdu son toit.


Mais les pictographes, qui datent de la période des Basketmakers (qui se termine au VIIe siècle), sont variés et colorés.
Ce grand personnage mesure environ 1,5 mètre.


D’autres ne font que quelques dizaines de centimètres de haut.

La construction des petites maisons est postérieure aux pictographes puisque certains murs s’appuient sur eux ou les recouvrent, sans que les bâtisseurs aient d’ailleurs cherché à les préserver.

L’originalité du site repose sur ses nombreuses mains peintes (il y en a plus de mille d’après les archéologues), qui peuvent prendre des teintes rouges, brunes, jaunes, blanches ou vertes (la couleur verte étant rare pour les pictographes). Elles sont toujours « positives », c’est-à-dire que la peinture est appliquée sur la main ensuite plaquée sur le rocher, au contraire des mains « négatives », où la peinture est projetée autour de la main plaquée sur la roche.


Sur ce panel, on a l’impression que les mains veulent attraper les deux personnages qui les surplombent.

L’un d’entre eux ressemble à un guerrier de l’Antiquité grecque. Je ne peux m’empêcher de penser à Patrick, membre de VF actif sur le forum USA et dont le pseudonyme est « Le Spartiate » 😛.

Ici, les mains blanches dessinent un casque ailé à cet autre personnage.

Je repère la dernière ruine du site…


… auprès de laquelle on trouve le panel le plus intéressant.

Un homme surmonté d’un serpent y côtoie un « petit homme vert » qui pourrait être tout droit descendu d’une soucoupe volante 🙂.

Une fois l’appareil photo rangé dans le sac à dos, je reste un certain temps à m’imprégner du site, essayant d’imaginer comment les hommes vivaient là et me demandant ce qui a pu les pousser à laisser des centaines d’empreintes de mains colorées sur les parois de la falaise.
Revenu sur la route, je passe devant un vieux Trading Post local décrépit qui semble fermé depuis longtemps, mais comme je vois un Indien en sortiravec des provisions, j’entre avec la furieuse envie de boire une lemonade bien fraîche, car en ce milieu de journée il fait très chaud. A l’intérieur, je suis étonné de constater qu’il est bien approvisionné. Une femme navajo vient de faire réchauffer au micro-ondes un cheeseburger vendu en sachet et stocké dans une armoire réfrigérée. Lorsqu’elle s’approche de moi, l’odeur de la viande et du fromage fondu déclenche un réflexe pavlovien qui me pousse irrésistiblement à en faire réchauffer un aussi. Au diable le Trail Mix quotidien ! A ma grande surprise c’est plutôt bon, l’absence de sauce faisant bien ressortir le goût de la viande juteuse. La femme navajo engage aimablement la conversation, curieuse de savoir ce qu’un Frenchie peut bien faire ici (elle a entendu mon accent prononcé quand j’ai payé le caissier). Je lui évoque mon intérêt pour les ruines et l’art rupestre et je lui demande si elle n’en connaît pas dans la région. Hélas, elle ne connaît que les ruines et les panels du Canyon de Chelly.
Cela me rappelle cette journée d’octobre 2005 où, avec Laurent Martrès et Steffen, nous avions loué les services d’un guide navajo pour voir les panels du Canyon de Chelly. Les rangers nous avaient sélectionné une Navajo très âgée qui était née dans le canyon et y avait vécu la majorité de sa vie. Heureusement, Steffen avait méticuleusement préparé cette visite en notant la localisation des panels intéressants, car nous avons dû insister lourdement pour en voir certains (notamment le plus beau) que notre guide faisait semblant d’ignorer 😮. Elle a fini par nous expliquer qu’elle ne voulait pas risquer de rencontrer un membre d’une autre famille navajo et d’avoir à lui demander la permission d’aller voir les panels situés dans son secteur (permission qui ne doit a priori pas être refusée pour un guide accrédité par les rangers, car ce canyon est aussi un National Monument).
Rassasié et désaltéré, je continue ma route en faisant un détour pour aller voir Los Gigantes Buttes, deux buttes isolées qui rappellent celles de Monument Valley.

Je fais un autre détour pour m’approcher des Dancing Rocks, où je suis à deux doigts de m’ensabler. Comme pour Los Gigantes Buttes, la lumière de début d’après-midi ne permet que des photos purement documentaires.

Je quitte à nouveau la route pour prendre les pistes qui m’amèneront à proximité des ruines indiennes que je nomme « Lost City ». En préparant mon voyage, j’ai vu des photos de ces ruines assez imposantes et situées dans un cadre superbe mais, de manière surprenante, je n’ai trouvé sur Internet aucun rapport de visite ni aucune indication pour s’y rendre.
Je m’arrête à un point de vue prometteur pour la « golden hour » qui précédera le coucher du soleil, puis je poursuis ma quête des ruines.

Il n’y a pas de sentier pour atteindre « Lost City » et il faut trouver son chemin sur les pentes de slickrock, ce qui me prendra environ une heure avec quelques hésitations.
Arrivé en vue des ruines, j’ai la mauvaise surprise de découvrir une clôture de fils barbelés (avec une ouverture bricolée permettant le passage d’une personne). La visite individuelle n’est donc pas autorisée, ce qui me sera confirmé deux jours plus tard par les rangers du Navajo National Monument qui m’expliquent que ce site, abandonné par les Anasazis vers le XIVe siècle, a longtemps fait l’objet de pillages par des « pot hunters » à la recherche, comme leur nom l’indique, de poteries. Pour arriver à leurs fins, ils n’hésitaient pas à creuser partout dans les ruines jusqu’à faire s’écrouler certains murs. Je suis face à un cruel dilemme, mais je ne me résous pas à avoir fait tous ces efforts pour rien et je n’ai pas la force de résister à la tentation. Je passe par l’espace aménagé dans la clôture, avec un mélange d’excitation pour la découverte, de gêne et d’inquiétude pour la transgression 😊. Je ne vous encourage pas à suivre ce mauvais exemple et je conseille à ceux qui seraient intéressés par ces ruines de s’y rendre accompagnés d’un guide navajo.
Le site comprend trois sections (de droite à gauche) : des ruines inaccessibles perchées dans une alcôve à mi-hauteur de la falaise, d’autres en piteux état à peine visibles sur un talus, et les principales nichées dans l’alcôve tout au fond de la falaise.

Comme je ne veux pas rester trop longtemps sur ce site clôturé, je me rends directement aux ruines principales, accessibles via un talus.

Elles surplombent un très beau canyon verdoyant.

Certaines habitations avaient plusieurs étages et on voit encore les encoches faites dans la roche pour y insérer des poutres.



Les habitations sont vraiment à flanc de falaise, les faux pas y étaient interdits.

Ici il n’y a eu aucune restauration ou reconstruction, contrairement à Mesa Verde, pourtant certaines habitations sont encore bien conservées.


Mais, curieusement, ce qui m’attire avec une force irrésistible c’est le petit grenier (« granary ») à l’extrémité des lieux.
De par sa position et sa petite taille, quand on l’isole des autres ruines, il forme un contraste saisissant avec le canyon qui s’étire à ses pieds et les falaises qui l’environnent.




Je trouve que sa parfaite intégration dans la falaise et son ouverture obscure lui donnent un côté un peu mystérieux. Laissant libre cours à mon imagination et m’abandonnant à la magie du lieu, cette ouverture me donne l’impression d’être l’entrée d’un passage qui aurait un jour aspiré toute la vie de ce village pour la transférer dans un autre monde préservé où elle se perpétuerait. Et pourtant je ne suis sous l’emprise d’aucune herbe chamanique 🙂.

Revenu à la réalité, je me prépare à regagner mon véhicule.
Je me demande si le centre du site, qui n’est pas protégé par une alcôve, n’a pas été détruit par la chute d’énormes blocs.

Je m’attarde un moment au pied des ruines, près de l’accès au site où on peut voir des traces d’humidité sur la paroi et un peu de végétation. L’une et l’autre devaient être très appréciées des habitants de l’époque, qui cultivaient sûrement quelque chose à cet endroit-là.


Le retour sur le sommet de la mesa ne pose pas de problème car je connais désormais le chemin.
Dans la lumière précédant le coucher du soleil, la vue sur le canyon est un enchantement dont je ne me lasse pas. Je reste là jusqu’au crépuscule, ces dernières heures seront parmi mes préférées de tout le voyage 🙂.




Ayant profité du spectacle jusqu’au dernier moment, je dîne à la nuit tombée. Ici, je suis en plein wilderness, très éloigné de toute habitation, je n’ai rencontré personne et compte tenu de l’heure cela devrait continuer jusqu’au lendemain. C’est pourquoi je prends le risque de rester bivouaquer sur place bien que je sois toujours sur la réserve navajo 😊.
Je m’endors en pensant à ce que pouvait être la vie des Anasazis dans cette région, à la fois si rude et si belle.
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
JOUR 5 – DE SANTA FE A KING OF WINGS
Après un petit déjeuner en commun, nous sommes tous prêts vers 8 heures. Tandis que mes amis vont faire un circuit d’une journée en passant par Taos, je vais poursuivre mon voyage en direction des badlands du Nouveau-Mexique où j’ai ce soir un rendez-vous à honorer.
Nous nous reverrons bientôt : nous avons prévu de séjourner chez Annie & André dans leur maison de la Drôme pour quelques jours en septembre prochain. Elisabeth et moi y découvrirons la vidéo et le diaporama de leur voyage, toujours aussi remarquables, et j’y ferai quelques apparitions pour la journée d’hier.
Je me ravitaille en produits frais au Wall Mart et je pars en direction de Farmington.
Vers midi, je fais une pause près de Lybrook, un lieu dont j’ai lu le plus grand bien sur un site web consacré aux badlands du Nouveau-Mexique. N’ayant pas prévu d’explorer cette vaste étendue, mon but est seulement de faire un premier repérage des lieux pour une prochaine visite. Je me rends aux différents points de vue sur les badlands, mais dans la lumière de milieu de journée tout est écrasé par le soleil et à cette distance il est difficile de se rendre compte de l’intérêt du site.
Un canapé incongru, qui a subi les outrages du temps, est installé face à un des points de vue. Pourquoi pas un simple banc qui aurait suffi pour admirer le paysage ? Chacun est libre d’émettre son hypothèse… 😛

D’ici, toute descente semble impossible ou dangereuse et l’accès à une piste proche qui pourrait mener aux badlands est interdit. Il restera donc à trouver d’autres accès plus à l’ouest pour ma prochaine visite.
Un peu plus tard, je me gare à l’extrémité de la petite piste qui mène à Ah Shi Sle Pah, un curieux nom navajo qui sonne un peu comme une formule magique.
En quelques minutes de marche, je me retrouve au cœur d’un monde austère et désolé, avec des étendues de bentonite grise prenant parfois la forme de hoodoos dans des wash qu’on imaginerait volontiers sur une autre planète. Il paraît qu’on y découvre des fragments d’os de dinosaures mais je ne trouverai que des morceaux de bois pétrifié.


Par moments, la bentonite grisâtre est égayée par les teintes brunes de « chapeaux » de pierre. Certains ressemblent à des macarons !


C’est à l’ouest du site qu’on peut voir les hoodoos les plus élancés et les plus colorés, surnommés les Yellow Hoodoos. C’est vraiment mon secteur préféré dans ce que j’ai pu visiter en trois heures à Ah Shi Sle Pah, le reste du site valant, à mon avis, davantage par son ambiance que par son intérêt esthétique ou géologique (en comparaison de Bisti Badlands).




Il faudrait attendre la lumière de fin d’après-midi pour photographier les Yellow Hoodoos sous leur meilleur aspect, mais je dois quitter ce secteur pour reprendre la voiture et me rendre dans une autre partie du San Juan Basin où se trouve un hoodoo étonnant que ses récents découvreurs ont baptisé « King of Wings ».
Pour cette visite, j’ai rendez-vous avec John que je ne connais qu’à travers nos échanges via Internet. Il habite le sud du Colorado, est géomètre et passionné de photographie (principalement des paysages du Southwest). On peut voir ses superbes photos sur sa galerie « Caught in time ». C’est John qui m’avait contacté en 2008, comme il l’avait fait simultanément avec mes amis allemands Steffen et Isabel (qui, elle, est en réalité autrichienne) : il était étonné de voir sur nos sites web des photos d’endroits qu’il connaissait mais pensait être restés confidentiels (par exemple « Arch Slot Canyon », « Red Canyon »…). Après plusieurs échanges d’e-mails, il nous proposait de réaliser quelques explorations ensemble, à condition de ne pas divulguer certaines de ces localisations. Steffen et Isabel l’avaient rencontré durant leur trip de début 2009 (notamment pour voir « King of Wings ») et c’est désormais à mon tour de faire la connaissance de John. Merci Internet !
Le rendez-vous est fixé en fin d’après-midi (car John travaille ce jour-là dans les environs), au bord d’une piste à peine tracée au milieu de nulle part. J’avais trouvé assez « fun », pour un premier contact, le fait de se rencontrer à un simple point GPS, en plein wilderness. Nous y arrivons presque ensemble et devons avoir l’air de contrebandiers 🏴☠️ ! Dès les premiers échanges, il se confirme que John est très sympathique et a beaucoup d’humour. Nous partons rapidement randonner dans les badlands pour atteindre le « King of Wings ». Même s’il était prévu d’explorer d’abord ses alentours, John ayant eu une grosse journée de travail, nous avons envie de prendre notre temps et de bavarder, donc nous décidons finalement d’y aller directement et de rester sur place.
On surnomme « Wings » les longues pierres plates qui coiffent certains hoodoos en débordant largement de leur base, ce qui peut rappeler des ailes d’avion. La « Wing » que nous allons voir est la plus grande que nous connaissions, car elle a un porte-à-faux d’au moins quatre mètres, d’où son surnom de « King of Wings ». Elle a été découverte un peu par hasard en 2007 par un photographe amateur local et c’est son extrême fragilité (on se demande même comment elle tient encore en équilibre) qui justifie de ne pas en divulguer la localisation.
Arrivés à « King of Wings », nous y attendons le coucher du soleil, ce qui nous donne le temps d’admirer cette formation unique et de la photographier sous toutes ses coutures.






John me fait bien rire quand il se met soudain à scander des « Hail to the King of Wings » (« Gloire au roi des ailes ») en levant les bras au ciel puis en se prosternant devant le royal hoodoo. La scène est franchement surréaliste 😎, on est loin de certains photographes qui se prennent au sérieux !

Quand la lumière baisse, nous faisons un tour à proximité pour photographier quelques hoodoos de petite taille…


… avant de revenir à « King of Wings » pour le coucher du soleil.



J’apprécie pour son ambiance la marche de retour au crépuscule et il fait quasiment nuit lorsque nous arrivons aux véhicules. Nous avons réussi à les trouver sans l’aide du GPS, histoire de prolonger un peu l’aventure.
La visite de « King of Wings » a combiné tout ce que j’aime : authentique wilderness avec un parfum d’aventure, originalité géologique et esthétique, belle lumière et opportunités photographiques, partage avec quelqu’un qui est sur « la même longueur d’onde »… 🙂
Maintenant, alors que la nuit est tombée, il nous faut emprunter plusieurs pistes successives pour aboutir sur la highway, mais John a déjà fait ce trajet et nous y mène sans encombre. Comme cette première rencontre fut une réussite qui en appelle d’autres, John me propose de nous retrouver le week-end suivant pour de nouvelles explorations sur la réserve navajo. Cela tombe bien car c’est justement ce que j’avais prévu de faire avec un ami d’Arizona, nous serons donc trois avec chacun notre 4 x 4, ce qui n’en sera que mieux. Une fois le rendez-vous fixé, John part rejoindre son motel à Farmington car il commence à travailler très tôt le lendemain, tandis que je me dirige vers le parking de Bisti Badlands pour y bivouaquer.
Je suis surpris d’y découvrir un camping-car et un SUV, avec trois personnes qui devisent gaiement autour d’une table de camping malgré l’heure tardive. Je vais saluer mes voisins de bivouac : ce sont trois jeunes Allemands qui viennent de fêter avec quelques bières leur visite des Craked Eggs (aussi appelé Egg Factory) jusqu’au coucher du soleil avec retour de nuit à leur véhicule. Le volume 3 « Colorado & New Mexico » de Photographing the Southwest se trouve sur la table, ainsi qu’une carte topographique tirée de l’excellent site web « Secrets of the West » de mon ami allemand Steffen, deux raisons qui me valent spontanément une invitation à partager leur repas. Comme ils ne se laissent pas abattre, le repas sera plus consistant et arrosé (de vin californien) que le frugal dîner solitaire que j’avais prévu. L’ambiance est sympathique 🙂 et je leur donnerai beaucoup de conseils pour leurs visites des jours à venir.
Dommage que ce ne soit pas la pleine lune car nous aurions pu nous balader au milieu des hoodoos tout proches à l’ouest du parking. Je propose une sortie aux « Wings » de Bisti Badlands pour le prochain lever du soleil, mais le jeune couple décline car « il est en voyages de noces », le troisième voyageur est intéressé « à condition qu’il arrive à se réveiller » (comme moi, il dort dans son SUV). Je prépare mon sac à dos pour le lendemain matin, je regarde mes photos et m’endors avec des Wings plein les yeux…
JOUR 6 – DE BISTI BADLANDS A ROYAL ARCH
Ce matin, je suis prêt à partir peu de temps après la sonnerie du réveil. J’entends un ronflement dans le SUV du « co-bivouaqueur » allemand, donc je m’en vais seul sans traîner car il y a bien une demi-heure de marche à un bon rythme pour arriver aux Wings (au nord du site).
Je tenais absolument à retourner aux Wings, que j’avais vues en 2003 avec Elisabeth, parce que j’en avais été frustré lors de ma visite d’octobre 2007 avec Thierry (Wavemaster) qui, ayant eu cet après-midi-là une overdose de badlands et de hoodoos 😕, n'avait pas voulu s’y rendre avant la séance photo aux Cracking Eggs pour le coucher du soleil.
Après une marche vivifiante, j’arrive au pied de l’aile en forme d’otarie quelques minutes avant le lever du soleil, pour tenter de capturer ce moment magique où la lumière change si rapidement.




Le soleil éclaire progressivement les autres Wings et les badlands, le spectacle est magnifique et je ne regrette pas mon réveil aux aurores.



Je petit-déjeune sur place, alors que le soleil commence à darder ses rayons.
La lumière devient rapidement crue, mais je décide tout de même de faire une grande balade dans les Bisti Badlands, pour l’ambiance et le plaisir d’y randonner, même si l’appareil photo restera la plupart du temps dans le sac à dos.
En chemin, des ravines blanches prennent des formes intéressantes.


Certains hoodoos, tout en finesse, n’auront qu’une existence éphémère…

D’autres se regroupent sur une colline…

… où prennent la forme d’un arbre…

… quand il ne s’agit pas d’un hoodoo coiffé d’un véritable morceau d’arbre pétrifié…

… dont on peut découvrir des troncs entiers comme à Petrified Forest :

Quand j’arrive aux Cracked Eggs, je me remémore l’été 2003 où, avec Elisabeth, nous avions arpenté les Bisti Badlands pendant des heures sous le cagnard, à la recherche de ces fameux « eggs » que je voulais absolument trouver et ajouter dans la nouvelle édition de Photographing the Southwest. A l’époque, il n’y avait pas de sites Internet ou de guides traitant des Bisti Badlands, ni d’indications sur la localisation des formations les plus photogéniques. Le site était encore très peu visité, seuls quelques photographes locaux en avaient publié des clichés et ils ne voulaient dévoiler ni les coordonnées ni même à quelle distance de la piste et dans quelle direction pouvaient bien se trouver les Cracked Eggs. Mais c’est en nous obstinant et en marchant avec leurs photos en main que nous avions fini par les repérer, un peu surpris de constater qu’ils n’étaient finalement pas si loin du parking (environ 45 minutes). A cause de leur petite taille, on pouvait passer à quelques dizaines de mètres d’eux sans les remarquer sous la lumière écrasante qui estompe couleurs et reliefs en pleine journée.
En ce milieu de matinée, je suis un peu déçu 😐 quand je retrouve « l’abeille » des Cracked Eggs..

Elle est moins jolie que lorsque je l’avais photographiée au coucher du soleil, en octobre 2007 :

Les Cracked Eggs sont plutôt tristes en pleine journée, aussi je préfère vous montrer deux photos prises en 2007, pour vous convaincre de privilégier la visite à l’heure précédant le coucher du soleil, quitte à revenir au véhicule dans la pénombre et au GPS (mais prenez bien des piles de rechange, on ne sait jamais !).


Je pousse la randonnée un peu plus loin que la butte nommée Eagle Nest, d’où on a une vue dégagée sur le wash au milieu des badlands :

Au retour, je passe la « porte » des Bisti Badlands avant de rejoindre mon véhicule vers midi, alors que la chaleur devient moins supportable.

Un homme jeune vient d’arriver sur le parking dans son vieux SUV 4 x 4, avec un canoë sur le toit (ce qui paraît incongru dans ce décor totalement désertique). Très affable, il me propose de déjeuner avec lui sur le pouce. Il m’explique qu’il vient de Californie où il a été licencié récemment à cause de la crise financière. Il a pensé qu’un grand circuit dans l’Ouest, d’au moins six mois, serait une bonne occasion pour dépenser ses économies, en espérant que la reprise aurait débuté à son retour et qu’il retrouverait un emploi. On reconnaît bien là l’optimisme et le positivisme très américains. Il me dit spontanément que pour son voyage il suit quasi exclusivement les indications des trois volumes de Photographing the Southwest (sauf pour la partie nautique), qu’il me montre tout annotés. Je suis surpris quand il me remercie chaleureusement en me faisant une virile accolade (le hug américain) simplement parce que je lui ai répondu que j’avais collaboré à ces guides. En l’écoutant, je comprends que ce « trip », plus qu’un simple voyage, représente pour lui une sorte de pèlerinage un peu mystique afin de célébrer la Nature.
Après lui avoir donné quelques conseils complémentaires pour la visite des Bisti Badlands, je le quitte pour me rendre à Farmington où je me rafraîchis, fais quelques courses au Wall-Mart et envoie des e-mails sur mon notebook (en bénéficiant de la WiFi accessible du parking du motel où je me suis garé).
Dans l’après-midi, je prends la direction de l’ouest pour me rendre une seconde fois à Royal Arch, ma précédente visite en 2006 m’ayant donné envie d’y bivouaquer pour assister au lever du soleil.
Je fais une courte pause à Shiprock, montagne sacrée des Navajos. Même de loin, le monolithe isolé est imposant, mais je suis surtout impressionné par la muraille volcanique qui y mène, tellement fine et rectiligne qu’on la dirait bâtie par la main de l’homme.

Je suis scandalisé par les très nombreux cadavres de bouteilles d’alcool fort qui jonchent les bas-côtés de la piste menant au monolithe, quand ce n’est pas la piste elle-même. Le caractère sacré de ce lieu n’empêche pas les Navajos de venir y picoler alors que l’alcool est interdit sur toute la réserve, dont Shiprock fait partie. Pour ne pas risquer d’être pris en train de transgresser cette interdiction, ils se dépêchent de boire leur bouteille puis la jettent au plus pressé, sans aucun respect pour les lieux et la nature, ou pour les pneus de ceux qui emprunteront cette piste après eux. Désolant…😠
Je ne m’attarde pas et continue ma route pour entrer en Arizona et me rendre dans la région isolée où se situe Royal Arch. Au moment de prendre la piste, à proximité d’un village navajo, je m’arrête sur le bas-côté et me concentre sur la carte topographique. Je suis surpris et sursaute lorsqu’une jeune femme navajo toque à la vitre de ma portière. Tout d’abord inquiet, car les Navajos n’aiment généralement pas qu’on vienne se balader sur leurs terres, je suis vite rassuré par le visage souriant de la jeune femme. Elle me demande si je peux la ramener chez elle (« up the ridge », me dit-elle en me montrant vaguement la route d’où je viens), car elle a un problème de véhicule. J’accepte volontiers et elle semble réellement soulagée. Je comprends pourquoi, car sa maison se situe à plus de six miles de là ! Elle me dit que ce ne sont pas les trois heures de marche qui l’inquiètent mais plutôt les chiens agressifs qui traînent aux abords des habitations. Contrairement aux Navajos âgés que j’ai déjà pris en stop lors de précédents voyages, et qui étaient restés totalement silencieux, la jeune femme a envie de discuter. Elle me demande pourquoi un Français se rend dans cet endroit reculé et quand je lui réponds que je vais à Royal Arch, elle me conseille d’être très prudent car il y a eu des véhicules accidentés sur cette piste (ce qui m’étonne car je ne me souviens pas de difficultés particulières lors de ma visite de 2006). Avant de me quitter et de me remercier, elle m’indique un raccourci via des pistes à travers les montagnes pour rejoindre ma prochaine destination au-delà de Lukachukai.
Content d’avoir rendu ce service, je refais le chemin inverse pour prendre la piste qui mène à l’arche. Je comprends très vite le conseil de prudence de la jeune Navajo : depuis ma dernière visite, la piste s’est nettement détériorée ! De très profondes ornières ont été creusées par les gros Pick-Up des Indiens et, si on roule dedans, on risque de frotter voire de coincer le bas de caisse sur la bande de terre centrale. Il vaut donc mieux rester sur les rails étroits et surélevés de chaque côté des ornières et bien viser, car ils sont bordés de très près par les buissons ou par le fossé. Mais ce n’est pas tout : çà et là des trous parsèment la piste, qu’il faut passer avec précaution, le pire étant lorsque les rails ne sont pas à la même hauteur et que le SUV penche dangereusement, au risque de se renverser 😕. C’est certainement ce dont parlait la jeune Navajo.
Ces passages sont stressants et je suis bien content d’arriver sans encombre à une petite zone en retrait pouvant servir de parking sur la crête en face de l’arche. C’est l’endroit idéal pour bivouaquer et assister au lever du soleil, aussi j’y gare mon véhicule et continue à pied sur la piste qui amorce une descente raide avant d’atteindre le fond d’un wash. N’ayant pas trouvé de sentier pour atteindre l’arche, je la rejoins directement en passant sur le slickrock et au travers de la végétation.
Royal Arch se détache particulièrement bien dans le ciel, à la fois impressionnante (plus de cinquante mètres de hauteur) et élégante (car fine et élancée). Je la classe sans hésiter dans mon « Top 5 » des arches de l’Ouest.
En voici trois vues (face est, dessous, face ouest) qui ne lui rendent pas vraiment justice, car elle est difficile à photographier de près.



De l’arche, la vue est très belle vers l’est. De grands monolithes et des mesas de slickrock rouge contrastent avec la verdure très présente et le bleu du ciel, un peu comme dans les environs de Sedona. Je reste longtemps à admirer le paysage en savourant ces instants de totale solitude.

Sur la photo précédente, je devine mon lieu de bivouac, sur la crête rouge juste au-dessus et à droite du rocher que l’on voit en premier plan (à droite de la photo).
Je regagne assez tardivement mon véhicule, au moment où les derniers rayons du soleil éclairent le monolithe le plus proche du bivouac.

Je dîne en ayant le privilège d’observer le jour tomber derrière l’arche…

… et les nuages s’embraser fugitivement une dernière fois, bien après le coucher du soleil.

Dans cet endroit isolé, je suis tranquille pour faire ma toilette. Une autre année, j’avais essayé le système de poche d’eau en plastique foncé, avec un tuyau et un mini-pommeau de douche, que l’on fait chauffer au soleil sur le toit de la voiture mais, avec les soubresauts du SUV sur les pistes, il fuyait inexorablement (peut être avais-je acheté un modèle défectueux ou de qualité insuffisante). Depuis, je me contente d’utiliser du savon sans rinçage qui est très pratique puisqu’il suffit de verser ce savon liquide sur un gant de toilette classique que l’on mouille régulièrement pour se laver de la tête aux pieds sans avoir besoin de se rincer (ni la plupart du temps de s’essuyer car lorsqu’il fait chaud on sèche au fur et à mesure). Aux USA, j’achète le produit Body Bath de la marque No Rince, ainsi que le Shampoo de la même marque (moins efficace que le savon liquide), vendus notamment dans les magasins d’outdoor REI. En France, on trouve le produit Akil Toilette d’Akileïne qui sent bon les fleurs provençales. Quand il n’est pas possible de se laver de cette manière, je me contente de lingettes grand format (il y en a qui ne sentent pas le produit pour bébé et qui sont antiseptiques).
Je m’endors avec un peu d’appréhension car les bivouacs sont rarement tolérés par les Navajos sur leur réserve, même en pleine nature comme ici où on ne dérange personne.
JOUR 7 – DE ROYAL ARCH A LOST CITY
Ce matin, je ne dois m’éloigner que de quelques dizaines de mètres de la voiture pour installer l’appareil photo sur le trépied à l’endroit idéal pour le lever de soleil.
Juste avant son apparition, la lumière rosée est très douce.

Au premier rayon de soleil, je m’aperçois que le monolithe joliment éclairé hier soir projette son ombre très exactement sur l’arche. Je peste contre lui car il m’empêche de réussir la photo escomptée, mais je ne peux pas le déplacer et le spectacle reste magnifique.

Un peu plus tard, l’ombre gênante a disparu et la lumière passe du rosé au doré.
Je ne regrette pas d’avoir bivouaqué ici car c’est tôt le matin que Royal Arch se pare de ses plus beaux atours.


Je prends mon petit déjeuner tranquillement en profitant pleinement de la vue jusqu’au moment de partir.
Comme la veille, j’ai quelques sueurs froides lorsque le SUV penche un peu trop à mon goût. Je fais une pause pour observer une mesa isolée qui semble flotter dans le désert comme un grand cuirassé.

Sur la route, je passe devant le groupe de modestes maisons où habite l’auto-stoppeuse d’hier soir, mais je ne prends pas le raccourci qu’elle m’a indiqué car emprunter ces pistes de montagne, qui ne sont même pas indiquées sur ma carte, ne me semble ni prudent ni susceptible de me faire gagner du temps.
Je traverse les Lukachukai Mountains avec une belle descente vers le village, puis bifurque sur les pistes qui s’enfoncent au cœur du territoire navajo.
J’ai prévu de visiter le site de « Many Hands Cave », connu de quelques aficionados d’art rupestre pour ses pictographes multicoloresparmi lesquels on trouve de nombreuses empreintes de mains. Ce site confidentiel se visite habituellement avec un accompagnateur navajo dont la principale fonction est d’y conduire le visiteur, mais comme je connais sa localisation j’ai l’intention de négocier un droit de passage, moyennant quelques dollars, en me présentant à l’habitation isolée proche du site. Malheureusement il n’y a personne, à part un chien agressif. Je continue la piste et trouve la grande alcôve qui abrite ruines et pictographes. Je coince derrière l’essuie-glace un message et un billet de 10 $, au cas où le Navajo vivant dans la maison passerait par là, et je monte à l’alcôve.
Les ruines et les pictographes sont disséminées sur plus d’une centaine de mètres le long de la falaise.

Les ruines ne sont pas spectaculaires et la kiva a perdu son toit.


Mais les pictographes, qui datent de la période des Basketmakers (qui se termine au VIIe siècle), sont variés et colorés.
Ce grand personnage mesure environ 1,5 mètre.


D’autres ne font que quelques dizaines de centimètres de haut.

La construction des petites maisons est postérieure aux pictographes puisque certains murs s’appuient sur eux ou les recouvrent, sans que les bâtisseurs aient d’ailleurs cherché à les préserver.

L’originalité du site repose sur ses nombreuses mains peintes (il y en a plus de mille d’après les archéologues), qui peuvent prendre des teintes rouges, brunes, jaunes, blanches ou vertes (la couleur verte étant rare pour les pictographes). Elles sont toujours « positives », c’est-à-dire que la peinture est appliquée sur la main ensuite plaquée sur le rocher, au contraire des mains « négatives », où la peinture est projetée autour de la main plaquée sur la roche.


Sur ce panel, on a l’impression que les mains veulent attraper les deux personnages qui les surplombent.

L’un d’entre eux ressemble à un guerrier de l’Antiquité grecque. Je ne peux m’empêcher de penser à Patrick, membre de VF actif sur le forum USA et dont le pseudonyme est « Le Spartiate » 😛.

Ici, les mains blanches dessinent un casque ailé à cet autre personnage.

Je repère la dernière ruine du site…


… auprès de laquelle on trouve le panel le plus intéressant.

Un homme surmonté d’un serpent y côtoie un « petit homme vert » qui pourrait être tout droit descendu d’une soucoupe volante 🙂.

Une fois l’appareil photo rangé dans le sac à dos, je reste un certain temps à m’imprégner du site, essayant d’imaginer comment les hommes vivaient là et me demandant ce qui a pu les pousser à laisser des centaines d’empreintes de mains colorées sur les parois de la falaise.
Revenu sur la route, je passe devant un vieux Trading Post local décrépit qui semble fermé depuis longtemps, mais comme je vois un Indien en sortiravec des provisions, j’entre avec la furieuse envie de boire une lemonade bien fraîche, car en ce milieu de journée il fait très chaud. A l’intérieur, je suis étonné de constater qu’il est bien approvisionné. Une femme navajo vient de faire réchauffer au micro-ondes un cheeseburger vendu en sachet et stocké dans une armoire réfrigérée. Lorsqu’elle s’approche de moi, l’odeur de la viande et du fromage fondu déclenche un réflexe pavlovien qui me pousse irrésistiblement à en faire réchauffer un aussi. Au diable le Trail Mix quotidien ! A ma grande surprise c’est plutôt bon, l’absence de sauce faisant bien ressortir le goût de la viande juteuse. La femme navajo engage aimablement la conversation, curieuse de savoir ce qu’un Frenchie peut bien faire ici (elle a entendu mon accent prononcé quand j’ai payé le caissier). Je lui évoque mon intérêt pour les ruines et l’art rupestre et je lui demande si elle n’en connaît pas dans la région. Hélas, elle ne connaît que les ruines et les panels du Canyon de Chelly.
Cela me rappelle cette journée d’octobre 2005 où, avec Laurent Martrès et Steffen, nous avions loué les services d’un guide navajo pour voir les panels du Canyon de Chelly. Les rangers nous avaient sélectionné une Navajo très âgée qui était née dans le canyon et y avait vécu la majorité de sa vie. Heureusement, Steffen avait méticuleusement préparé cette visite en notant la localisation des panels intéressants, car nous avons dû insister lourdement pour en voir certains (notamment le plus beau) que notre guide faisait semblant d’ignorer 😮. Elle a fini par nous expliquer qu’elle ne voulait pas risquer de rencontrer un membre d’une autre famille navajo et d’avoir à lui demander la permission d’aller voir les panels situés dans son secteur (permission qui ne doit a priori pas être refusée pour un guide accrédité par les rangers, car ce canyon est aussi un National Monument).
Rassasié et désaltéré, je continue ma route en faisant un détour pour aller voir Los Gigantes Buttes, deux buttes isolées qui rappellent celles de Monument Valley.

Je fais un autre détour pour m’approcher des Dancing Rocks, où je suis à deux doigts de m’ensabler. Comme pour Los Gigantes Buttes, la lumière de début d’après-midi ne permet que des photos purement documentaires.

Je quitte à nouveau la route pour prendre les pistes qui m’amèneront à proximité des ruines indiennes que je nomme « Lost City ». En préparant mon voyage, j’ai vu des photos de ces ruines assez imposantes et situées dans un cadre superbe mais, de manière surprenante, je n’ai trouvé sur Internet aucun rapport de visite ni aucune indication pour s’y rendre.
Je m’arrête à un point de vue prometteur pour la « golden hour » qui précédera le coucher du soleil, puis je poursuis ma quête des ruines.

Il n’y a pas de sentier pour atteindre « Lost City » et il faut trouver son chemin sur les pentes de slickrock, ce qui me prendra environ une heure avec quelques hésitations.
Arrivé en vue des ruines, j’ai la mauvaise surprise de découvrir une clôture de fils barbelés (avec une ouverture bricolée permettant le passage d’une personne). La visite individuelle n’est donc pas autorisée, ce qui me sera confirmé deux jours plus tard par les rangers du Navajo National Monument qui m’expliquent que ce site, abandonné par les Anasazis vers le XIVe siècle, a longtemps fait l’objet de pillages par des « pot hunters » à la recherche, comme leur nom l’indique, de poteries. Pour arriver à leurs fins, ils n’hésitaient pas à creuser partout dans les ruines jusqu’à faire s’écrouler certains murs. Je suis face à un cruel dilemme, mais je ne me résous pas à avoir fait tous ces efforts pour rien et je n’ai pas la force de résister à la tentation. Je passe par l’espace aménagé dans la clôture, avec un mélange d’excitation pour la découverte, de gêne et d’inquiétude pour la transgression 😊. Je ne vous encourage pas à suivre ce mauvais exemple et je conseille à ceux qui seraient intéressés par ces ruines de s’y rendre accompagnés d’un guide navajo.
Le site comprend trois sections (de droite à gauche) : des ruines inaccessibles perchées dans une alcôve à mi-hauteur de la falaise, d’autres en piteux état à peine visibles sur un talus, et les principales nichées dans l’alcôve tout au fond de la falaise.

Comme je ne veux pas rester trop longtemps sur ce site clôturé, je me rends directement aux ruines principales, accessibles via un talus.

Elles surplombent un très beau canyon verdoyant.

Certaines habitations avaient plusieurs étages et on voit encore les encoches faites dans la roche pour y insérer des poutres.



Les habitations sont vraiment à flanc de falaise, les faux pas y étaient interdits.

Ici il n’y a eu aucune restauration ou reconstruction, contrairement à Mesa Verde, pourtant certaines habitations sont encore bien conservées.


Mais, curieusement, ce qui m’attire avec une force irrésistible c’est le petit grenier (« granary ») à l’extrémité des lieux.
De par sa position et sa petite taille, quand on l’isole des autres ruines, il forme un contraste saisissant avec le canyon qui s’étire à ses pieds et les falaises qui l’environnent.




Je trouve que sa parfaite intégration dans la falaise et son ouverture obscure lui donnent un côté un peu mystérieux. Laissant libre cours à mon imagination et m’abandonnant à la magie du lieu, cette ouverture me donne l’impression d’être l’entrée d’un passage qui aurait un jour aspiré toute la vie de ce village pour la transférer dans un autre monde préservé où elle se perpétuerait. Et pourtant je ne suis sous l’emprise d’aucune herbe chamanique 🙂.

Revenu à la réalité, je me prépare à regagner mon véhicule.
Je me demande si le centre du site, qui n’est pas protégé par une alcôve, n’a pas été détruit par la chute d’énormes blocs.

Je m’attarde un moment au pied des ruines, près de l’accès au site où on peut voir des traces d’humidité sur la paroi et un peu de végétation. L’une et l’autre devaient être très appréciées des habitants de l’époque, qui cultivaient sûrement quelque chose à cet endroit-là.


Le retour sur le sommet de la mesa ne pose pas de problème car je connais désormais le chemin.
Dans la lumière précédant le coucher du soleil, la vue sur le canyon est un enchantement dont je ne me lasse pas. Je reste là jusqu’au crépuscule, ces dernières heures seront parmi mes préférées de tout le voyage 🙂.




Ayant profité du spectacle jusqu’au dernier moment, je dîne à la nuit tombée. Ici, je suis en plein wilderness, très éloigné de toute habitation, je n’ai rencontré personne et compte tenu de l’heure cela devrait continuer jusqu’au lendemain. C’est pourquoi je prends le risque de rester bivouaquer sur place bien que je sois toujours sur la réserve navajo 😊.
Je m’endors en pensant à ce que pouvait être la vie des Anasazis dans cette région, à la fois si rude et si belle.
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
Ouest américain 2009: à la découverte de nouveaux sites hors des sentiers battus English translation pending
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
INTRODUCTION
Encore un carnet de voyage sur l’Ouest américain ?
Eh oui ! C’est à mon tour de saluer par le biais de ce carnet tous les forumeurs attirés par cette magnifique région qu’est l’Ouest américain, notamment ceux qui en ont attrapé le virus et veulent se remémorer certaines de leurs expériences et/ou rechercher quelques nouveaux sites à visiter.
Compte tenu de la floraison sur VF d’excellents carnets sur l’Ouest américain, j’ai hésité à en proposer un de plus, d’autant que je n’ai pas la fibre littéraire et que j’ai préféré jusque-là consacrer mon temps libre à fournir des informations et des descriptions pratiques dans le cadre de ma collaboration aux 3 volumes de Photographing the Southwest de Laurent Martres et au site web Ouestusa réalisé par Thierry (Wavemaster sur VF), sans compter les interventions sur VF et les réponses à de nombreux MP et e-mails. Tant mieux si cela a pu être utile à certains d’entre vous car le partage de ses connaissances et l’entraide entre voyageurs sont des valeurs qu’il nous faut entretenir… et qui permettent également d’enrichissantes rencontres sur VF puis dans le monde réel ! 🙂
Je me suis finalement dit que ce seizième voyage dans l’Ouest pouvait être l’occasion de « sacrifier à l’exercice du carnet de voyage » (plus chronophage que je ne le pensais !), d’autant qu’il s’est déroulé dans l’optique « hors des sentiers battus » que j’affectionne depuis de nombreuses années, avec certains sites qui n’ont jamais (ou quasiment jamais) été abordés dans d’autres carnets de VF.
Il y a toutefois un bémol concernant quelques-uns de ces sites encore confidentiels : certains d’entre eux m’ont été indiqués par des amis américains ou européens aussi fans de l’Ouest que moi, mais à la condition expresse que je promette de n’en publier que des photos (comme eux-mêmes ou d’autres avant eux l’ont fait). Et que je ne dévoile en aucun cas les localisations ou même les noms qui pourraient permettre de les trouver facilement sur internet, soit parce que certains sont particulièrement fragiles, soit parce que leurs visites ne sont pas franchement autorisées, voire pour toute autre raison propre à ceux qui ont exigé cette discrétion. Quelle que soit mon habituelle volonté de partage, je respecterai strictement la promesse faite à mes amis (il ne servira donc à rien de me harceler par MP, de me manipuler psychologiquement, de m’hypnotiser ou de me menacer 😛 ). J’espère que vous comprendrez le respect de cet engagement et que vous ne l’interpr��terez pas négativement ou n’en ferez pas un sujet de polémique (c’est déjà arrivé… 😕 ).
Comme la photographie est une des composantes importantes de mes récents voyages (voir mon site de photos ), ce carnet sera plus orienté vers l’illustration que vers la fourniture d’informations sur les lieux visités (que vous retrouverez en partie via ma collaboration aux guides et sites web cités plus haut). Je donnerai au passage quelques détails de mon expérience pratique qui pourront éventuellement être utiles à certains d’entre vous.
La conséquence de cette importante iconographie (en dehors du fait que vous risquez une overdose d’images 😛 ) est qu’il sera nécessaire de diviser ce carnet en un certain nombre de parties et qu’il vous faudra être patients pour le chargement de chacune d’entre elles 😐.
Je tiens à remercier sincèrement Pascale (Kashtin sur VF, son site web) et Alain qui ont eu la gentillesse et la patience d’assurer la relecture de ce carnet et d’y apporter leurs remarques pertinentes.
Qu’a recouvert ce voyage?
J’ai pu consacrer plus de cinq semaines à ce circuit en ayant l’opportunité de partir trente-huit jours en mai et juin 2009. Elisabeth, ma femme, ne pouvant m’accompagner même pour une partie du voyage comme elle le faisait les autres années, je suis parti seul pour la totalité de ce « trip ». Mais vous verrez que je ne suis pas resté un « poor lonesome traveler », puisque j’ai rendu visite à plusieurs amis américains, passé quelque temps avec des amis français et aussi rencontré des personnes fort sympathiques au gré de mes pérégrinations.
J’ai profité de cette occasion, où je disposais à la fois de temps et d’une totale liberté, pour réaliser une immersion dans cette région que j’affectionne tant, en prenant mon temps et sans avoir à suivre un programme strictement planifié. C’était d’autant plus réalisable que j’avais loué un SUV 4 x 4 bien adapté aux pistes et dans lequel je pouvais confortablement dormir, ce qui me permettait de bivouaquer n’importe où (ou presque, puisque certains secteurs ne sont pas autorisés au camping sauvage), sans être tenu par des réservations ou la recherche de places libres dans des motels ou des campings.
Je suis donc parti avec une longue « wish list » de sites à visiter dans laquelle je piochais sur la base d’un circuit indicatif qui pouvait évoluer au gré de la météo, des circonstances, de la disponibilité de mes amis sur place… et de mes envies du moment !
Je me suis fixé pour objectifs de :visiter des lieux en majorité « hors des sentiers battus », que je n’avais encore jamais vus ou que j’avais photographiés avant d’être équipé d’un appareil photo numérique (en avril 2006). explorer des sites renfermant des ruines amérindiennes et/ou des panels d’art rupestre, car cet aspect fait désormais partie intégrante de ma passion pour l’Ouest américain.profiter au maximum du wilderness, dans la journée mais également en bivouaquant de préférence au milieu de nulle part, afin de bénéficier de la belle lumière et de l’ambiance particulière du lever et du coucher du soleil chaque fois que c’était possible et que cela en valait la peine.consacrer un peu plus de temps que d’habitude à la photographie, sans ennuyer un(e) partenaire de voyage n’ayant pas le même hobby, d’autant que je venais tout juste de me doter de mon premier reflex numérique (auparavant je disposais d’un bridge Sony R1 de très bonne qualité et que j’aurais volontiers gardé si, en 2008, il n’avait été endommagé suite à une bourrasque qui l’avait fait tomberdu haut de son trépied trop léger).privilégier la randonnée (et si possible en faire une itinérante, ou « backpacking », sur deux jours), car c’est en la parcourant à pied que j’apprécie le mieux cette région. En bénéfice connexe de cette activité physique associée à des repas frugaux lors des bivouacs, perdre quelques-uns de mes kilos superflus !consacrer du temps et de la disponibilité à mes amis sur place (sans chercher à optimiser les visites dans leur région mais en prenant le temps de vivre avec eux), être ouvert aux nouvelles personnes que je rencontrerais durant le voyage.J’ai choisi de faire une boucle à partir de Denver, en passant par le Colorado, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et surtout l’Utah, ce qui m’a permis de visiter tous les sites ci-dessous (ils sont listés par région mais vous les retrouverez dans l’ordre chronologique dans le carnet de voyage).
Cette boucle a négligé beaucoup de classiques incontournables (mais déjà visités) au profit de sites secondaires et elle n’a pas suivi de trajets optimisés (à cause des perturbations météo notamment). Elle ne peut donc servir d’exemple de circuit (d’où l’absence de carte), mais pourra attirer l’attention sur tel ou tel site évoqué au fil du récit.Colorado : Red Cliffs amphitheaterRoxborough State ParkPainted MinesColorado National MonumentRattlesnake CanyonRiffle FallsHanging LakeNouveau-Mexique : Santa FePecos Pueblo« Galisteo petroglyphs » Bisti BadlandsAh Shi Sle Pah« King of Wings »Réserves indiennes (Arizona et Utah)Royal Arch « Many Hands Cave »« Lost City »« White and Red Canyon »« Arch Slot Canyon »« Red Canyon »Coal Mine CanyonNavajo National MonumentWaterholes Canyon (rim)ArizonaHidden Gardens (Page)Paw Hole (Coyote Buttes South)Double Barrel Arch« Maze Panel »UtahCatstair CanyonWire Pass + Buckskin Gulch« The Nautilus »Edmaier’s SecretWahweap HoodoosSidesteps HoodoosStud Horse PointCottonwood Canyon RoadRed SlotWillis CreekMossy Cave (Bryce Canyon)Pink CliffsEscalanteCircle of Friends PanelEast Temple Loop (Zion)Cedar Wash ArchPeek A Boo, Spooky & Dry Fork slot canyonsDevil’s Garden (Hole in the Rock Road)The VolcanoUpper Calf CreekBurr Trail via Wolverine LoopStrike Valley OverlookRed Canyon (sur Nottom road) Pedestal AlleyChimney Rock (Capitol Reef)Hickman BridgeSulphur CreekLittle Wild Horse CanyonWild Horse Canyon ArchFive Hole ArchWolfman PanelMonarch CaveProcession PanelValley of the Gods (mesa)Muley PointNatural Bridges National MonumentMule CanyonSheiks CanyonCitadel RuinLower Maidenwater CanyonHovenweep National MonumentSalt Creek & Angel Arch (Canyonlands Needles)Rim viewpoints (Canyonlands Island in the Sky)Murphy TrailFort BottomMoïse & ZeusDead Horse PointRing Arch & Tunnel (Arches)Courthouse WashFaux Falls« Delta Pool »Olympic TorchMoab Man PanelNB : les sites « » sont ceux pour lesquels je n’indiquerai pas la localisation, voire le véritable nom.
JOUR 1 – DE PARIS A DENVER
C’est enfin le jour du départ ! 🙂 Même si cela fait plus de 15 fois que je retourne dans cette région, l’excitation est toujours bien présente, j’ai hâte de randonner au milieu des « red rocks », de m’immerger dans le wilderness, de retrouver l’ambiance de l’Ouest, d’y rencontrer mes amis. Cette joie est toutefois ternie par le fait qu’Elisabeth ne m’accompagnera pas cette fois-ci et que nous ne pourrons partager ces bons moments 😕 mais, c’est promis, l’année prochaine nous repartirons là-bas ensemble !
Mon père a la gentillesse de me conduire à l’aéroport. Sur le chemin de Roissy, nous nous remémorons ces neuf semaines passées ensemble aux USA en juin 2000 et 2001, quand je l’avais emmené visiter le maximum de beaux endroits de l’Ouest, et que nous avions randonné en tout près de 800 km. Au-delà de l’intérêt même du voyage, ce fut un véritable moment de partage et de complicité que nous sommes tous les deux très heureux d’avoir vécu. Dix ans plus tard, alors qu’il est dans sa quatre-vingtième année, mon randonneur de père pourrait-il toujours faire un aller-retour dans la journée au sommet de Half Dome à Yosemite ou au fleuve Colorado dans le Grand Canyon ? Il en serait bien capable, alors que je risquerais de traîner la patte et de tirer la langue !
J’ai eu la chance de décrocher un aller-retour Paris - Denver (avec escale à Londres) par British Airways au tarif promotionnel de 494 €, une aubaine ! J’arrive à l’enregistrement avec mes deux sacs car je ne voyage pas vraiment léger pour un trip de plus de cinq semaines essentiellement en camping (en passant des frimas du Colorado aux chaleurs de l’Arizona avec de très rares possibilités de faire une lessive car je ne fais que traverser les villes), avec plusieurs guides de voyage (les 3 volumes de Photographing the Southwest, 2 guides de Michael Kelsey) et une pochette de documentation pour chaque secteur de ma « wish list », mais aussi avec quelques provisions gourmandes (Petits Pains Suédois très pratiques en bivouac et que je ne trouve pas sur place, boîtes de filets de saumon au naturel pour varier l’ordinaire, quelques paquets de crêpes bretonnes que d’autres apprécieront également, une bonne bouteille de Bordeaux à partager). Me serais-je embourgeoisé avec le temps ? Malgré mes louables efforts de pesée différentielle sur la balance familiale, le plus gros sac dépasse de 800 g les 23 kg autorisés en franchise et je me vois obligé de transférer 1 kg dans le plus petit sac que j’avais déjà eu bien du mal à fermer avant le départ. Je m’étonne de cette inutile intransigeance mais, en me donnant mes cartes d’accès à bord, l’hôtesse d’enregistrement s’excusera discrètement en me disant qu’elle a été obligée d’être si stricte car elle est étroitement surveillée dans le but de l’obliger à faire payer la surtaxe bagage dès les premières centaines de grammes d’excédent.
J’ai volontairement choisi une escale de trois heures à Londres Heathrow, pour prendre une marge en cas de retard du vol Paris - Londres, mais également pour bien laisser le temps à mes sacs de me suivre dans l’avion pour Denver, car l’aéroport londonien a une mauvaise réputation au niveau du déroutement et de la perte des bagages (il semble que la situation se soit nettement améliorée courant 2009).
Le vol direct Londres - Denver s’avère agréable avec un repas tout à fait correct et un personnel de bord sympathique et très cosmopolite. Ce sera pour moi un vol studieux car je dois apprendre les subtilités de fonctionnement de mon premier reflex numérique (un Nikon D90 avec un objectif Nikor 16-85 mm et un grand angle Tamron 10-24 mm), matériel que j’ai reçu il y a seulement quelques jours et que je n’ai eu le temps de tester que quelques minutes au pied de chez moi. Tout de même plus de 200 pages à avaler (en essayant de piquer du nez le moins possible), ce qui fait que, malgré mes efforts de mémorisation, je ne me suis pas toujours souvenu en pleine action de tous les modes de réglage et options. Le vol direct depuis Londres me semble un réel avantage, sans le stress d’une correspondance aux USA avec le risque de rater le second avion en cas de forte queue ou de problème au passage de l’immigration. L’horaire d’arrivée à Denver est respecté, tout se déroule sans problème avec un officier d’immigration plutôt aimable, mes bagages m’attendent sagement en tournant sur le carrousel, donc tout va pour le mieux.
Maintenant, se profile une première étape décisive du voyage : l’obtention du véhicule qui va me permettre de vivre pleinement mes aventures, c'est-à-dire me conduire dans les meilleures conditions sur des pistes plus ou moins roulantes et m’héberger confortablement pour la nuit sans avoir à planter une tente dans des campings. J’ai déjà loué différents modèles de SUV et j’ai aussi voyagé dans ceux de mes amis, donc je connais les avantages et les inconvénients des principaux modèles proposés jusqu’ici par les grands loueurs. Mais je sais aussi que ceux-ci s’orientent depuis peu vers des modèles de type « crossover » nettement plus adaptés à la ville et aux highways qu’aux escapades sur pistes (d’ailleurs interdites dans les contrats des loueurs ; en roulant en dehors des routes goudronnées on n’est plus du tout assuré et il faut assumer ce risque). L’arrêt il y a quelques mois de la fabrication du populaire Chevrolet Trailblazer (pourtant souvent indiqué comme référence de sa catégorie de location), un SUV 4WD très correct pour les clients et peu onéreux pour les loueurs, a accentué ce phénomène. J’ai donc quelques inquiétudes à ce niveau…
Après avoir pris la navette Alamo, et avant même d’aller au comptoir, je me précipite sur le parking pour constater que dans la rangée SUV standard (catégorie que j’ai louée) il n’y a que des SUV « crossover » dont aucun n’est vraiment 4 x 4 (au mieux ils sont AWD, c'est-à-dire qu’ils peuvent automatiquement et temporairement se mettre en mode 4 x 4 si les capteurs en font ressentir la nécessité, mais sans possibilité que l’utilisateur enclenche lui-même préventivement le mode 4 roues motrices à plein temps pour anticiper une difficulté). Il y a une majorité de Chevrolet Traverse, à la médiocre hauteur de caisse et avec une honteuse roue de secours galette qui s’avérera ridicule en cas de crevaison sur une piste. Avec ce type de véhicule, un certain nombre des visites les plus prometteuses de ma « wish list » tomberaient à l’eau, aussi je décide de m’installer du côté où l’on restitue les véhicules et d’attendre patiemment en espérant qu’il en rentrera un qui me convienne.
Je patiente presque une heure en écoutant mon lecteur MP3 quand par chance rentre mon véhicule préféré, le Toyota 4Runner qui est à la fois suffisamment confortable, agréable à conduire, performant sur piste (hauteur de caisse, vrai 4 x 4), sobre par rapport aux concurrents de sa catégorie (10,75 l / 100 km en moyenne sur mon parcours de cinq semaines) et parfait pour dormir dedans (plancher plat de 1,80 m une fois les sièges arrière rabattus, l’année dernière nous y avions très bien dormi à 2 avec ma femme). Je note ses numéros et je me précipite au comptoir en demandant expressément ce véhicule-là. L’employé accepte, mais constatant que je veux absolument ce Toyota, il essaie de me faire croire qu’il y a un supplément tarifaire par rapport à mon voucher. Je lui prouve que je connais bien les véhicules de cette catégorie et je lui lance un « good try ! », exprimant clairement par là que je ne suis pas dupe 😠. A partir de ce moment, il s’avérera charmant car il sait bien qu’il a été pris en flagrant délit de « trompe couillon ». Il ira même chercher le véhicule à la sortie du lavage pour me l’amener personnellement.
Particulièrement ravi d’avoir obtenu cet excellent SUV 🙂, je déchante après avoir lancé le moteur quand je vois le voyant « Maintenance » rester allumé. Je ne vais pas partir cinq semaines sans savoir si la révision et/ou la vidange ont bien été faites ou si c’est seulement la remise à zéro du voyant qui a été oubliée après la maintenance. Je demande à l’employée sur le parking si je peux aller faire vérifier cela au garage attenant à la station de lavage mais celle-ci m’assène sans sourciller qu’il n’y a personne à l’atelier à cette heure et que je dois obligatoirement prendre un autre véhicule, alors que j’ai eu tout le loisir de voir œuvrer un mécano à l’atelier pendant que j’attendais. Devant la mauvaise foi et l’air revêche de la dame, je n’insiste pas et je fais mine de m’exécuter mais dès qu’elle a le dos tourné je fonce à l’atelier où je tombe sur un mécano arborant un T-shirt du chanteur de country Tim McGraw, dont j’aime plusieurs chansons. Le mécano me fait remarquer que je n’ai pas le droit de venir ici mais je fais mine de ne pas comprendre et j’enchaîne immédiatement sur Tim McGraw en évoquant mes chansons préférées (notamment My kind of rain et The cow boy in me). Il est surpris et visiblement content qu’un Frenchie apprécie son chanteur préféré, la glace est rompue, on discute un petit moment et il accepte de regarder le véhicule, s’apercevant rapidement que la vidange a été faite mais sans remise à zéro du voyant, ce qu’il a vite fait de corriger. Nous nous quittons dans la bonne humeur, prouvant une fois de plus que la musique peut adoucir les mœurs et aplanir les difficultés.
Il fait nuit quand j’arrive au Comfort Inn de Stapleton dans lequel j’ai obtenu une chambre à 50 $ HT via un site internet quelques jours avant le départ. En fermant à clé le Toyota, ce qui a pour effet de faire fonctionner les 4 clignotants pour signifier que l’alarme est enclenchée, je m’aperçois que le clignotant arrière gauche (le plus important) ne fonctionne pas. Ce n’est pas de chance ! Tant pis pour ce soir, je prends possession de ma chambre et m’écroule sans tarder sur le lit, épuisé par cette journée de transport.
JOUR 2 – DE DENVER A PAINTED MINES
Comme toujours à cause du décalage horaire dans le sens est - ouest, le premier jour je me réveille naturellement tôt et j’en profite pour retourner à l’aéroport chez Alamo afin de faire réparer le clignotant, espérant qu’il s’agit d’une simple ampoule à remplacer. Cette fois, je fonce directement au garage sans rien demander à personne et je tombe sur un jeune et timide employé aussi surpris de me voir à l’atelier que son collègue de la veille. Sans diversion possible cette fois-ci, je joue le rôle du client exigeant et pressé, celui qu’il vaut mieux ne pas énerver. Le jeune meccano n’insiste pas et change immédiatement l’ampoule.
Enfin ! me voilà au volant d’un excellent Toyota 4Runner en état de marche, et ce fidèle compagnon de voyage ne me fera jamais défaut durant les cinq semaines qui ont suivi. Pour moi, c’est à ce moment que les vacances commencent vraiment, car je suis maintenant certain de disposer de l’élément logistique principal qui me permettra de réaliser les visites soigneusement préparées et rêvées durant les mois précédents.
Mon fidèle Toyota 4Runner (lors d’un bivouac en Utah) :

En revenant de l’aéroport, le ciel est devenu très menaçant. Je retourne au motel et je prends mon temps pour un excellent petit déjeuner (compris dans le prix de la chambre), au cours duquel je me régale de gaufres que l’on fait cuire soi-même. Délicieux ! Avec cela je tiendrai jusqu’au soir…
Je déballe mes deux sacs de voyage, répartissant un maximum d’objets dans les différents rangements du SUV afin qu’ils tombent immédiatement sous la main, j’en réorganise logiquement le contenu restant (par exemple, mes habits sont répartis par fonction dans des taies d’oreiller de différentes couleurs), ceci dans l’optique de tout trouver facilement et sans même déplacer les sacs quand j’arriverai les soir au bivouac. Le fait de partir le matin avant le lever du soleil et d’arriver souvent de nuit nécessite d’être bien organisé pour gagner du temps et ne pas chercher, voire perdre ses affaires dans l’obscurité et la précipitation. Je rabats les sièges arrière en mode « break à plancher plat », mode qu’ils ne quitteront plus jusqu’au dernier jour du voyage.
C’est le moment d’aller au Wal-Mart (repéré sur Google Maps avant le départ afin ne pas perdre de temps à en chercher un en ville) pour faire les courses. En premier lieu, je choisis l’indispensable glacière qui fait aussi office de stockage de nourriture même quand je n’ai plus de glace. Suivant les promotions du jour, je prends toujours un modèle en plastique dur (qui peut éventuellement servir de siège), d’une contenance d’environ 30 litres, de marque Coleman ou Rubbermaid, toujours à moins de 20 $ puisque je le laisserai sur place à la fin du voyage. Cette année, j’achète aussi un matelas de camping basique en mousse bleue à 5 $, bien que j’aie emmené un confortable matelas autogonflant Therm-a-Rest. Ce petit matelas supplémentaire aura plusieurs usages : placé sous le Therm-a-Rest il apportera un peu de moelleux supplémentaire mais surtout absorbera l’humidité due à la condensation (ce qui évitera au Therm-a-Rest d’être humide le matin, de finir par sentir et de se détériorer). Il me servira pour le backpacking que j’envisage (il est plus léger que le Therm-a-Rest et ne craint pas d’être percé par des branches ou des épines) et sera immédiatement disponible pour improviser une sieste réparatrice. Comme la glacière, je le laisserai sur place à la fin du voyage.
En plus de divers aliments frais (dont un très bon raisin californien), j’achète suffisamment de nourriture qui se conserve, de manière à n’être jamais pris au dépourvu dans le cas où je resterais plusieurs jours dans le wilderness sans possibilité de ravitaillement (volontairement ou pas, en cas de problème de véhicule par exemple). Si la plupart de ces produits sont similaires à ceux que l’on trouve en France, il existe aussi des produits plus spécifiques aux Etats-Unis que j’achète dans les Wal-Mart ou autres grandes surfaces alimentaires (comme Safeway, City Market, etc.):Une sorte de muesli Quaker Oatmeal (parfum Apples & Cinnamon ou bien Maple & Brown Sugar) qui gonfle bien dans un peu d’eau (chaude de préférence mais avec l’eau froide cela passe aussi). Cette mixture de petit déjeuner bien nourrissante devient plus mangeable si on y ajoute des céréales croquantes et si on l’accompagne d’un fruit comme une banane.Des packs de 4 bouteilles (d’un peu moins de 30 cl chacune) de Frappuccino de Starbucks, sorte de café au lait aromatisé (divers parfums : chocolat, moka, vanille, caramel…) que je trouve fort bon et idéal pour le petit déjeuner en camping.Du Beef Jerky « natural style » de la marque Oh Boy ! Oberto. Il s’agit de lambeaux de viande séchée que l’on mastique et qui apportent leur lot de protéines et de sel (indispensable quand on transpire en randonnée), sans gras et pour un poids ridiculement faible (appréciable en randonnée itinérante). C’est spécial, on aime ou on n’aime pas, moi j’aime beaucoup celui-ci car la viande y est un peu plus tendre (moins dure devrais-je dire) et moins épicée que celle d’autres marques.Des boîtes de conserve auto-ouvrantes de White Chicken in water de la marque Valley Fresh (mais je ne prends pas le Chunk Chicken de la même marque que je ne trouve pas très bon). Ce sont des petits morceaux de poulet présentés un peu comme du thon en boîte pour mettre dans des salades. Je trouve cela pratique et pas mauvais à manger, le fait que le poulet soit conservé dans de l’eau salée (et non pas tout sec ou dans de l’huile) étant appréciable quand il fait chaud.Un gros paquet de Trail Mix (mélange de raisins secs et autres fruits déshydratés, de peanuts, de noix de cajou, d’amandes…) et plusieurs paquets de mes fruits secs préférés (cranberry, cherry, abricot, papaye...). Tous les jours, dans un petit sachet Ziplock, je me fais un mélange personnalisé du Trail Mix « de base » et d’un des fruits secs, en variant régulièrement car ce sera mon encas quotidien du midi.Un pack de 12 canettes de… lemonade (citronnade à l’eau plate) car je fais partie de ceux qui n’aiment pas la bière (bien qu’il me soit arrivé d’en avaler pour honorer l’invitation à prendre « a cool beer » de voisins de camping voulant faire connaissance).Plusieurs gallons (de 3,8 litres) de Spring water, en privilégiant les bouchons qui se vissent (pour qu’ils ne s’ouvrent pas seuls avec les secousses sur les pistes, expérience vécue). J’en ai en permanence au moins 5 ou 6 dans la voiture (réserve en cas de panne ou d’ensablement au milieu de nulle part). Parmi eux, il y en aura rapidement 2 remplis d’eau du robinet (auxquels j’arrache l’étiquette pour les reconnaître) pour mes ablutions, la vaisselle, le radiateur d’eau du véhicule si besoin…En cette fin de matinée, j’ai à peine fini de répartir toutes mes provisions dans la glacière et dans les sacs semi rigides que j’ai amenés pour cela, qu’il se met à pleuvoir sérieusement, comme l’avaient d’ailleurs annoncé les prévisions météo de Weather.com. Inutile de se presser pour aller visiter sous la pluie Garden of the Gods à Colorado Springs (que je connais déjà). Je décide donc de filer directement à Painted Mines, en espérant que la pluie aura cessé dans quelques heures, ce qui me laisse tout le temps pour me balader dans ce magasin nommé Outdoor World que j’ai repéré dans une zone commerciale à proximité du motel. Certain(e)s apprécient les outlets américains pour les achats de vêtements, en ce qui me concerne je suis attiré par leurs magasins d’outdoor toujours très bien achalandés en ce qui concerne les activités de nature (sports, camping…) dans un décor souvent soigné. L’Outdoor World de Denver est sans conteste le plus beau que j’aie vu, dépassant dans mon hit-parade personnel le magasin REI de Seattle. Tout y est impressionnant, avec des piliers et des poutres en énormes troncs, des fresques murales, des animaux naturalisés un peu partout, un immense aquarium…
Puisque j’ai du temps devant moi, c’est l’occasion de tester mon nouvel appareil photo en intérieur.
L’entrée est vraiment imposante :

En se baladant dans les rayons, on rencontre un sympathique élan…

… un fringant bison…

… un puma bondissant au-dessus d’un ascenseur…

… un ours impressionnant…

… un loup agressif…

… et un gros poisson bien vivant et plein de tendresse pour les enfants !

On y trouve même quelques meubles vraiment rustiques.

J’ai passé plusieurs heures à traîner dans tous les recoins de ce remarquable magasin et il pleut toujours 😕. Mais il faut quand même que je me décide à rouler vers Painted Mines, qui se trouve au nord-est de Colorado Springs, près de la petite ville de Calhan, tant pis si j’y arrive sous la pluie. J’avais oublié que nous étions vendredi et que dès le milieu de l’après-midi les habitants de Denver partent en week-end. Je me retrouve dans un embouteillage qui s’étire sur des dizaines de miles à partir de la sortie sud de Denver. Heureusement que je trouve une station radio de Classic Rock qui diffuse une belle collection de musique anglo-saxonne et me permet de redécouvrir certains morceaux avec plaisir, me replongeant vingt ou trente ans en arrière. Aux alentours de chaque ville importante, on trouve toujours au moins une station de Classic Rock qui diffuse en franchise un programme pré-enregistré, programme que l’on peut retrouver à l’identique quelques jours ou semaines plus tard sur la station d’une autre ville ou d’un autre État (il m’arrive alors de « deviner » quelle sera la prochaine chanson car j’ai inconsciemment mémorisé l’enchaînement lors de la première écoute).
Arrivé près de Colorado Springs, les embouteillages réapparaissent et je trouve judicieux de quitter l’autoroute pour rejoindre Calhan par de petites routes. Mauvaise idée, car cette zone est très habitée et il y a en réalité beaucoup plus de routes secondaires qui se croisent que celles indiquées sur ma carte, pourtant assez précise. Avec une absence quasi totale de signalisation, il n’est pas facile de faire les bons choix aux intersections. Après plusieurs hésitations mais au final aucune erreur d’aiguillage, j’arrive en fin d’après-midi à Calhan où une pluie fine subsiste. Je repère le camping de la ville (pratiquement vide) pour éventuellement y revenir après la visite et je me rends au parking principal de Painted Mines où il n’y a évidemment personne à cause de la météo.
Painted Mines Interpretive Park est un petit parc local récent, constitué de couches d’argiles de différentes couleurs qui forment des badlands, des petits canyons, des hoodoos, avec quelques sentiers faciles et bien balisés pour visiter aisément cet environnement coloré. Le nom du site provient du fait que ses argiles colorées ont été exploitées par les Indiens pour leurs poteries et leurs peintures de cérémonie, puis plus tard par les Blancs pour fabriquer des briques décoratives.
La pluie finit par cesser et je peux commencer ma visite en ce presque début de soirée. Finalement, la toute récente pluie et le ciel toujours très chargé font ressortir les couleurs du site, bien davantage que sous un soleil éclatant si j’en crois les photos que j’en ai vu.
Je traverse de jolis badlands, étonné qu’ils ne soient pas boueux après la pluie.

Puis je m’approche d’un petit amphithéâtre où les teintes pastel sont douces et variées :


Je me balade dans les petits canyons mais le soir tombe vite, créant une ambiance particulière, un peu irréelle, accentuée par le fait que je suis totalement seul dans le parc. J’ai toujours aimé me balader «
JOUR 3 – DE PAINTED MINES A SANTA FE
Bip… bip… bip… bip… BIP… BIP… BIP… BIP !
Ce matin, c’est en insistant que la sonnerie du réveil me tire des bras de Morphée. Il faut dire que je dors très bien dans mon SUV et qu’un réveil aussi matinal (5 h 45), pour ne pas rater le lever du soleil, ne m’est pas franchement habituel le reste de l’année.
Durant ce voyage, comme mes réveils solitaires aux aurores ne dérangeront personne, j’ai décidé d’assister à un maximum de levers de soleil, pour bénéficier de la fugitive mais belle lumière qui les accompagne généralement, et avant tout pour vivre ce moment particulier qui apporte une dimension supplémentaire et une complétude à la journée qui débute. Je me lève dans la pâle lumière de l’ aube, émergeant peu à peu du sommeil dans une fraîcheur vivifiante, et choisis avec soin l’endroit où je vais attendre le lever du soleil en fonction de l’éclairage espéré . Parfois, des nuages bien placés réfléchissent quelques instants la lueur rougeoyante du soleil encore caché derrière l’horizon. Je patiente en observant les subtiles variations de lumière et en écoutant les oiseaux s’en donner à cœur joie. L’attente devient fébrile durant les dernières dizaines de secondes qui précèdent l’apparition du soleil et, quand elle a enfin lieu, je vis pleinement cet instant unique, essayant d’en capturer la magie, si les conditions photographiques s’y prêtent . Que la lumière soit belle ou décevante (c’est la surprise à chaque fois), j’ai toujours le sentiment d’avoir vécu un moment essentiel et je m’apprête alors à profiter le plus possible d’une nouvelle journée dans l’Ouest.
Ce matin il fait froid, et c’est bien couvert que je me rends à l’endroit repéré la veille pour assister au lever du soleil. Des nuages mal placés l’empêcheront d’être très spectaculaire, mais le spectacle des premiers rayons éclairant les badlands colorés n’en reste pas moins un moment privilégié.


Le ciel se dégage rapidement et il se met à faire grand beau, la pluie de la veille est oubliée. Je prends tout mon temps pour explorer les petits canyons, sachant qu’en début de matinée les couleurs sont le plus présentes, la lumière devenant vite écrasante par la suite. C’est à l’ombre que les argiles colorées s’avèrent le plus photogéniques.
J’apprécie ce site naturel, certes secondaire et peu isolé mais qui vaut quand même le détour, surtout si on peut bénéficier de bonnes conditions de lumière qui en font ressortir les couleurs, faute de quoi la déception serait probable.





Quand la lumière se fait plus franche, je termine par un secteur où l’argile est d’un blanc éclatant.

Je reviens à mon véhicule pour prendre un petit déjeuner bien mérité. Après cette balade à la fraîche, le Frappuccino au Dark Chocolate de Starbucks n’en paraît que plus délicieux 🙂 !
Le rangement du matelas, des duvets et autres affaires de nuit prend très peu de temps et me permet de partir rapidement. J’apprécie de ne pas avoir une tente à replier et à ranger dans son sac, bien qu’avec une tente de type « 2 Seconds » de Decathlon cela irait très vite. Malheureusement, maintenant que le second bagage est devenu payant pour aller aux USA, emmener cette tente encombrante (qui, du fait de sa taille, compte comme un bagage dans lequel on ne peut pas ajouter grand-chose à part certains matelas) coûterait un supplément d’environ 100 $ pour l’aller-retour (avec des billets économiques et un statut de voyageur standard).
Après quelques heures de route en quittant le Colorado pour le Nouveau-Mexique, j’arrive en début d’après- midi au Pecos Pueblo Historic Park, au sud-est de Santa Fe. Il ne reste malheureusement plus grand-chose des ruines du pueblo amérindien qui abritait pourtant jusqu’à 2000 personnes au XVe siècle. Mais la kiva (restaurée) et les restes impressionnants des murs de la mission que les Espagnols construisirent en arrivant valent ce rapide détour à partir de l’autoroute I-25.





En seconde partie d’après-midi, je me trouve dans le bassin de Galisteo, un secteur connu pour ses nombreux sites de pétroglyphes (les pétroglyphes sont des gravures rupestres tandis que les pictographes sont des peintures rupestres). Ici, la plupart des pétroglyphes ne datent pas de plusieurs milliers d’années, comme dans le reste du Southwest, mais ont été gravés par les Indiens Pueblo entre le XIVe et le XVIe siècle.
Les plus beaux d’entre eux sont situés sur un immense domaine à l’intérieur duquel le propriétaire n’autorise qu’une seule visite annuelle, menée par des archéologues, davantage pour assurer sa tranquillité que pour préserver ces panels qui ne sont pas spécialement fragiles car gravés dans de la roche volcanique très dure. Près de la route, des clôtures et des panneaux « No trespassing », or je ne m’autorise jamais à passer outre à une interdiction aussi clairement exprimée. Mais j’ai appris qu’en prenant une piste qui aboutit au milieu de nulle part on peut s’approcher d’un site rupestre comportant le même type de pétroglyphes (en moins spectaculaires) et qu’il n’y a là-bas ni clôtures ni panneaux d’interdiction. Je me demande quand même s’il ne serait pas aux confins de ce domaine, ou peut-être à ceux d’une propriété attenante gérée par quelqu’un de plus accueillant ? En cas de problème, l’absence d’éléments visibles d’interdiction serait sûrement « plaidable » pour un visiteur étranger nécessairement peu au fait des spécificités locales 😇.
Une fois sur place, pour être certain de retrouver ma voiture dans ce no man’s land si je reviens au crépuscule, je décide de prendre ses coordonnées GPS avec le Garmin Colorado 400t flambant neuf que j’ai réceptionné il y a quelques jours pour remplacer mon vieux Garmin eTrex d’entrée de gamme (sans affichage de cartes). Mais la position GPS affichée est hautement fantaisiste malgré plusieurs essais successifs, je ne comprends pas pourquoi puisqu’il avait bien fonctionné lors du test dans le parc à côté de mon domicile. Je le laisse tout de même allumé et j’utilise mon vieil eTrex amené en appareil de secours et qui fonctionne toujours. Une demi-heure plus tard, je teste à nouveau mon Colorado 400t et je constate que cette fois-ci il donne les bonnes coordonnées : il avait probablement besoin d’un certain temps de recalage depuis sa dernière utilisation sur un autre continent.
Les pétroglyphes sont dispersés au sommet de plusieurs collines volcaniques qu’il faut d’abord atteindre pour, ensuite, longer les crêtes.

Ce n’est pas une partie de plaisir car dans ce site reculé il n’y a aucun chemin et, le long des crêtes, les pierres très instables et la végétation (herbes, épineux…) entravent ma progression. On ne sait jamais si la pierre sur laquelle on pose le pied ne va pas se dérober subitement ni même si on ne va pas se coincer le pied dans un trou traîtreusement caché par les herbes. Il y a de quoi se fouler cent fois une cheville et mon avancée s’avère bien plus précautionneuse et lente que prévu.
Mais le jeu en vaut la chandelle car les pétroglyphes sont nombreux et intéressants, sans compter la lumière de début de soirée qui fait ressortir les lichens particulièrement verts en cette saison.

Certains personnages ont des têtes faisant penser à des smileys :

Un Kokopelli viril joue la sérénade pour des animaux :

Un masque semble provenir d’Amérique centrale ou du Sud :

Un rattlesnake quelque peu raide :

Un perroquet égaré :

Un écureuil dont on jurerait qu’il a été gravé très récemment :

Un curieux bonhomme soleil :

Le dernier panel est le plus beau. On y trouve un saisissant démon surmonté d’oiseaux…

Et surtout ce personnage avec ses trois plumes et qui se cache les yeux. Quelle peut être la signification de ce geste ? Il aurait presque pu inspirer John Travolta pour sa célèbre danse dans Pulp Fiction !

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce site d’art rupestre pour l’originalité de ses pétroglyphes mis en valeur par leur localisation en surplomb de la plaine et la douce lumière du soir.
Ayant progressé moins vite que prévu, je renonce à gravir une autre colline et reviens rapidement à la voiture car ce soir je suis attendu à Santa Fe par mes amis français Annie et André (ainsi que deux de leurs amies qui voyagent avec eux et que je ne connais pas).
Annie et André sont des spécialistes de l’Ouest et c’est dans ce contexte que je les ai rencontrés il y a quelques années avant même qu’ils ne soient devenus membres de VF (respectivement sous les pseudos de Aiassa et de Pyrola). Auteurs du site français de référence sur The Wave, ils sont également d’excellents photographes et plusieurs de leurs images ont été exposées, d’autres publiées dans des revues et dans des livres. André étant passé à la vidéo depuis l’avènement du numérique, je connais surtout les superbes photos d’Annie qui sont pour moi une source d’inspiration. Quel bonheur quand, quelques mois après un de leurs voyages aux USA, je reçois un DVD d’Annie & André contenant un montage vidéo et un diaporama, tous deux réalisés de manière professionnelle !
Installés en Drôme provençale depuis qu’ils sont des retraités très actifs, Annie et André ont cette année fait un échange de maison (de 2 semaines) avec un couple de Santa Fe et m’ont gentiment invité à venir les rejoindre quand je passerai dans le secteur. J’étais parallèlement invité par Karen & Spencer, des amis américains habitant aussi Santa Fe, mais comme ces derniers sont sur le départ pour un grand voyage en Europe, il vaut mieux leur éviter du dérangement et plutôt loger dans la maison dont disposent Annie et André.
Quand j’arrive chez eux vers 20 heures, je suis chaleureusement accueilli, nous sommes contents de nous retrouver dans la région pour laquelle nous partageons la même passion 🙂. Au dîner, nous évoquons leurs aventures des dernières semaines passées dans l’Ouest et je me régale d’un délicieux curry de crevettes maison qui me changera de mon habituel poulet en boîte !
Le lendemain, il est prévu de se balader dans Santa Fe et de visiter un musée conseillé par Karen. Il y a quelques semaines, j’avais mis en contact Annie & André Karen & Spencer, présageant une bonne entente. Ils se sont vus il y a quelques jours quand Karen leur a fait visiter le musée Georgia O’ Keeffe dont elle est un guide volontaire. Le courant est bien passé et du coup mes quatre compatriotes (Annie, André et leurs deux amies) sont également invités pour le barbecue du lendemain à partir de 17 heures chez Karen et Spencer. Ce n’est pas la première fois que je mets en contact des personnes qui ne se connaissent pas mais qui ont des centres d’intérêts communs, c’est une bonne occasion pour chacun d’élargir son cercle amical.
Bien qu’Annie me propose d’utiliser le canapé du salon, je préfère limiter le dérangement et dormir sur mon Therm-a-Rest dans la salle de yoga, où je suis très bien installé et où je bénéficie de la connexion WiFi pour accéder à ma messagerie.
JOUR 4 – UNE JOURNEE A SANTA FE
Ce matin, c’est grasse matinée avec un réveil programmé à 7 h 30. Il n’y a pas un nuage dans le ciel et la belle lumière qui contribue à la réputation de Santa Fe n’est pas une légende.
Après un petit déjeuner convivial, nous voilà partis tous les cinq pour le musée que nous avions prévu de visiter, mais celui-ci est fermé car nous sommes dimanche. On aurait dû y penser, mais en vacances on a quelquefois tendance à oublier de raisonner en fonction des jours de la semaine 😛. Nous nous rabattons sur une balade sans but précis dans le centre de Santa Fe, sans être axés sur les monuments historiques que nous avons déjà vus auparavant.
Cette journée sera pour moi l’occasion de m’essayer à la photographie en ville, un type de sujet qui me changera de celui des paysages auxquels je me consacre quasi exclusivement.
Nous jetons un coup d’œil aux boutiques autour de la Plaza.


On observe deux techniques de vente, totalement différentes, plus ou moins volontaristes.
Une jeune femme, debout au beau milieu de l’avenue et simplement protégée des voitures par un drapeau jaune, se démène pour vendre ses journaux en essayant de capter l’attention par son attitude enjouée.

A quelques dizaines de mètres, un Indien Pueblo, qui dispose d’un emplacement réservé sous les arcades de la Plaza, ignore superbement les clients qui regardent son étalage de peintures 😮.

Tout près de là, un homme à l’esprit jeune s’amuse avec sa trottinette motorisée et nous gratifie de quelques figures pour la photo. Cool man ! 😎

Cela finit par donner soif à Annie et ses amies.

Nous passons sous des arcades « graphiques »…

… avant de nous recueillir devant un troupeau de crânes.

Les chapelets de piments qui sèchent en extérieur (ristras) sont une spécialité de Santa Fe.


La poterie colorée est également une production locale.

Mais on trouve ici toutes sortes d’artisanat créatif, comme ces jolis oiseaux.

Quand Annie photographie, elle peut être partout à la fois, comme le prouve cette photo !

Certains bâtiments modernes imitent à la perfection les constructions d’adobe, respectant avec bonheur le style typique de Santa Fe.

On peut trouver de jolies portes au hasard des rues.


Nous finissons notre tour par le Capitole et ses sculptures expressives




Rentrés à la maison, nous prenons notre temps pour déjeuner dans le jardin en dégustant une appétissante salade composée par Annie.
André propose de rester là cet après-midi afin de préparer une grande salade de fruits frais que nous apporterons chez Karen et Spencer pour le dîner/barbecue. C’est sympa de sa part !
Pendant ce temps, via un agréable chemin longeant la rivière, nous nous rendons à pied dans Canyon Road, la rue des galeries d’art de Santa Fe. Butinant de l’une à l’autre, nous profitons également des opportunités photographiques qu’offre cette rue aux maisons particulièrement bien entretenues et joliment décorées.








Dans cette rue où s’expriment les artistes, on peut constater que certains prennent la grosse tête…

… d’autres préfèrent la « zen attitude ».

… ou se reposent…

… ou bien s’amusent franchement…

… mais il faut tout de même prendre garde à ses fesses !

On retrouve ici aussi quelques ristras colorées.

Même de simples murs d’adobe semblent vouloir apporter leur contribution artistique.

Une Hudson nous rappelle les Sixties…

… mais cette échoppe nous montre que nous sommes bien en 2009, l’année d’Obama, et que le business n’est pas oublié avec un slogan très second degré : « Jesus said buy folk art. » 😄

Dans cette rue huppée, on peut aussi bien rencontrer des ladies « so British »…

… que de sympathiques artistes locaux…

… qui apprécient probablement ces mobiles New Age.

De retour à la maison, nous nous laissons conduire par André dans le Dodge Durango qui leur a donné toute satisfaction lors du périple dans l’Ouest qui a précédé leurs deux semaines à Santa Fe.
Vers 17 heures, nous pénétrons dans la résidence privée au sud de Santa Fe, où se trouve la maison de Karen et Spencer. Ils nous accueillent chaleureusement dans ce qu’ils appellent « l’hacienda », où ils se sont installés il y a quelque temps pour leur retraite (je devrais plutôt dire « pour leur nouvelle vie hyper active »). Nous sommes vraiment impressionnés par cette magnifique demeure : pièces immenses, hauteur sous plafond et lumière qui entre de toute part, décoration recherchée sans être ostentatoire et qui intègre harmonieusement l’art indien local…
Cette photo de la cuisine/salle à manger ne me démentira pas.

Ma rencontre avec Karen et Spencer remonte à 2003, lors d’une randonnée à Bryce Canyon en compagnie de ma fille Flora. Nous avions immédiatement bien accroché. Il faut dire que Karen est très enthousiaste et dégage un charisme incontestable. Elle est de plus très francophile : elle a été entres autres professeur de français, fait partie d’associations franco-américaines et voyage souvent en France où nous l’avions revue. Spencer, aussi posé que sympathique, a dirigé un hôpital et, pour s’occuper durant sa retraite, vient de se lancer avec succès comme agent immobilier. Il fallait oser, en pleine crise, mais il m’assure que Santa Fe reste un marché privilégié.
Nous passons un bon moment sur la terrasse pour l’apéritif et les sujets de discussion ne manquent pas. La communication est d’autant plus facilitée que Karen parle un français parfait et a déjà rencontré mes amis au musée Georgia O’Keeffe. Spencer a préparé des Margaritas que Karen assure être « parmi les meilleures du Nouveau-Mexique ». Je veux bien le croire après avoir bu la première et je ne pourrai que le confirmer après les trois suivantes 🤪, alors que je ne suis habituellement pas attiré par les boissons alcoolisées…
Spencer ne faillit pas à la tradition américaine où c’est le chef de famille qui s’occupe du barbecue. Il nous prépare une succulente pièce de bœuf sur leur barbecue sophistiqué.

Karen, qui est passionnée de cuisine (elle a même donné des cours de cuisine chinoise, preuve de son éclectisme), a préparé le reste du repas avec notamment une émulsion à base de concombres d’une grande finesse. Elle nous sert un vin rouge d’Arizona (où ils habitaient auparavant), bien charpenté et qui titre 14°. Nous terminons le repas en nous régalant avec la rafraîchissante salade de fruits frais préparée par André.

Toute cette soirée, durant laquelle nous avons partagé notre passion croisée pour nos pays respectifs (un bel exemple d’entente franco-américaine), s’est déroulée dans une ambiance enthousiaste 🙂. C’était vraiment sympathique de la part de Karen et Spencer d’avoir invité cinq personnes à seulement quarante-huit heures de leur départ pour un périple en Europe. Ils me renouvellent leur invitation à venir passer quelques jours chez eux, invitation qu’Elisabeth et moi honorerons avec plaisir en mai 2010 lors de notre prochain voyage.
André n’ayant pas bu une goutte d’alcool 😇, c’est en toute sécurité qu’il nous ramène à la maison de Santa Fe où je n’ai aucun mal à m’endormir dans la salle de yoga, l’esprit quelque peu embrumé par les libations de la soirée.
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
INTRODUCTION
Encore un carnet de voyage sur l’Ouest américain ?
Eh oui ! C’est à mon tour de saluer par le biais de ce carnet tous les forumeurs attirés par cette magnifique région qu’est l’Ouest américain, notamment ceux qui en ont attrapé le virus et veulent se remémorer certaines de leurs expériences et/ou rechercher quelques nouveaux sites à visiter.
Compte tenu de la floraison sur VF d’excellents carnets sur l’Ouest américain, j’ai hésité à en proposer un de plus, d’autant que je n’ai pas la fibre littéraire et que j’ai préféré jusque-là consacrer mon temps libre à fournir des informations et des descriptions pratiques dans le cadre de ma collaboration aux 3 volumes de Photographing the Southwest de Laurent Martres et au site web Ouestusa réalisé par Thierry (Wavemaster sur VF), sans compter les interventions sur VF et les réponses à de nombreux MP et e-mails. Tant mieux si cela a pu être utile à certains d’entre vous car le partage de ses connaissances et l’entraide entre voyageurs sont des valeurs qu’il nous faut entretenir… et qui permettent également d’enrichissantes rencontres sur VF puis dans le monde réel ! 🙂
Je me suis finalement dit que ce seizième voyage dans l’Ouest pouvait être l’occasion de « sacrifier à l’exercice du carnet de voyage » (plus chronophage que je ne le pensais !), d’autant qu’il s’est déroulé dans l’optique « hors des sentiers battus » que j’affectionne depuis de nombreuses années, avec certains sites qui n’ont jamais (ou quasiment jamais) été abordés dans d’autres carnets de VF.
Il y a toutefois un bémol concernant quelques-uns de ces sites encore confidentiels : certains d’entre eux m’ont été indiqués par des amis américains ou européens aussi fans de l’Ouest que moi, mais à la condition expresse que je promette de n’en publier que des photos (comme eux-mêmes ou d’autres avant eux l’ont fait). Et que je ne dévoile en aucun cas les localisations ou même les noms qui pourraient permettre de les trouver facilement sur internet, soit parce que certains sont particulièrement fragiles, soit parce que leurs visites ne sont pas franchement autorisées, voire pour toute autre raison propre à ceux qui ont exigé cette discrétion. Quelle que soit mon habituelle volonté de partage, je respecterai strictement la promesse faite à mes amis (il ne servira donc à rien de me harceler par MP, de me manipuler psychologiquement, de m’hypnotiser ou de me menacer 😛 ). J’espère que vous comprendrez le respect de cet engagement et que vous ne l’interpr��terez pas négativement ou n’en ferez pas un sujet de polémique (c’est déjà arrivé… 😕 ).
Comme la photographie est une des composantes importantes de mes récents voyages (voir mon site de photos ), ce carnet sera plus orienté vers l’illustration que vers la fourniture d’informations sur les lieux visités (que vous retrouverez en partie via ma collaboration aux guides et sites web cités plus haut). Je donnerai au passage quelques détails de mon expérience pratique qui pourront éventuellement être utiles à certains d’entre vous.
La conséquence de cette importante iconographie (en dehors du fait que vous risquez une overdose d’images 😛 ) est qu’il sera nécessaire de diviser ce carnet en un certain nombre de parties et qu’il vous faudra être patients pour le chargement de chacune d’entre elles 😐.
Je tiens à remercier sincèrement Pascale (Kashtin sur VF, son site web) et Alain qui ont eu la gentillesse et la patience d’assurer la relecture de ce carnet et d’y apporter leurs remarques pertinentes.
Qu’a recouvert ce voyage?
J’ai pu consacrer plus de cinq semaines à ce circuit en ayant l’opportunité de partir trente-huit jours en mai et juin 2009. Elisabeth, ma femme, ne pouvant m’accompagner même pour une partie du voyage comme elle le faisait les autres années, je suis parti seul pour la totalité de ce « trip ». Mais vous verrez que je ne suis pas resté un « poor lonesome traveler », puisque j’ai rendu visite à plusieurs amis américains, passé quelque temps avec des amis français et aussi rencontré des personnes fort sympathiques au gré de mes pérégrinations.
J’ai profité de cette occasion, où je disposais à la fois de temps et d’une totale liberté, pour réaliser une immersion dans cette région que j’affectionne tant, en prenant mon temps et sans avoir à suivre un programme strictement planifié. C’était d’autant plus réalisable que j’avais loué un SUV 4 x 4 bien adapté aux pistes et dans lequel je pouvais confortablement dormir, ce qui me permettait de bivouaquer n’importe où (ou presque, puisque certains secteurs ne sont pas autorisés au camping sauvage), sans être tenu par des réservations ou la recherche de places libres dans des motels ou des campings.
Je suis donc parti avec une longue « wish list » de sites à visiter dans laquelle je piochais sur la base d’un circuit indicatif qui pouvait évoluer au gré de la météo, des circonstances, de la disponibilité de mes amis sur place… et de mes envies du moment !
Je me suis fixé pour objectifs de :visiter des lieux en majorité « hors des sentiers battus », que je n’avais encore jamais vus ou que j’avais photographiés avant d’être équipé d’un appareil photo numérique (en avril 2006). explorer des sites renfermant des ruines amérindiennes et/ou des panels d’art rupestre, car cet aspect fait désormais partie intégrante de ma passion pour l’Ouest américain.profiter au maximum du wilderness, dans la journée mais également en bivouaquant de préférence au milieu de nulle part, afin de bénéficier de la belle lumière et de l’ambiance particulière du lever et du coucher du soleil chaque fois que c’était possible et que cela en valait la peine.consacrer un peu plus de temps que d’habitude à la photographie, sans ennuyer un(e) partenaire de voyage n’ayant pas le même hobby, d’autant que je venais tout juste de me doter de mon premier reflex numérique (auparavant je disposais d’un bridge Sony R1 de très bonne qualité et que j’aurais volontiers gardé si, en 2008, il n’avait été endommagé suite à une bourrasque qui l’avait fait tomberdu haut de son trépied trop léger).privilégier la randonnée (et si possible en faire une itinérante, ou « backpacking », sur deux jours), car c’est en la parcourant à pied que j’apprécie le mieux cette région. En bénéfice connexe de cette activité physique associée à des repas frugaux lors des bivouacs, perdre quelques-uns de mes kilos superflus !consacrer du temps et de la disponibilité à mes amis sur place (sans chercher à optimiser les visites dans leur région mais en prenant le temps de vivre avec eux), être ouvert aux nouvelles personnes que je rencontrerais durant le voyage.J’ai choisi de faire une boucle à partir de Denver, en passant par le Colorado, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et surtout l’Utah, ce qui m’a permis de visiter tous les sites ci-dessous (ils sont listés par région mais vous les retrouverez dans l’ordre chronologique dans le carnet de voyage).
Cette boucle a négligé beaucoup de classiques incontournables (mais déjà visités) au profit de sites secondaires et elle n’a pas suivi de trajets optimisés (à cause des perturbations météo notamment). Elle ne peut donc servir d’exemple de circuit (d’où l’absence de carte), mais pourra attirer l’attention sur tel ou tel site évoqué au fil du récit.Colorado : Red Cliffs amphitheaterRoxborough State ParkPainted MinesColorado National MonumentRattlesnake CanyonRiffle FallsHanging LakeNouveau-Mexique : Santa FePecos Pueblo« Galisteo petroglyphs » Bisti BadlandsAh Shi Sle Pah« King of Wings »Réserves indiennes (Arizona et Utah)Royal Arch « Many Hands Cave »« Lost City »« White and Red Canyon »« Arch Slot Canyon »« Red Canyon »Coal Mine CanyonNavajo National MonumentWaterholes Canyon (rim)ArizonaHidden Gardens (Page)Paw Hole (Coyote Buttes South)Double Barrel Arch« Maze Panel »UtahCatstair CanyonWire Pass + Buckskin Gulch« The Nautilus »Edmaier’s SecretWahweap HoodoosSidesteps HoodoosStud Horse PointCottonwood Canyon RoadRed SlotWillis CreekMossy Cave (Bryce Canyon)Pink CliffsEscalanteCircle of Friends PanelEast Temple Loop (Zion)Cedar Wash ArchPeek A Boo, Spooky & Dry Fork slot canyonsDevil’s Garden (Hole in the Rock Road)The VolcanoUpper Calf CreekBurr Trail via Wolverine LoopStrike Valley OverlookRed Canyon (sur Nottom road) Pedestal AlleyChimney Rock (Capitol Reef)Hickman BridgeSulphur CreekLittle Wild Horse CanyonWild Horse Canyon ArchFive Hole ArchWolfman PanelMonarch CaveProcession PanelValley of the Gods (mesa)Muley PointNatural Bridges National MonumentMule CanyonSheiks CanyonCitadel RuinLower Maidenwater CanyonHovenweep National MonumentSalt Creek & Angel Arch (Canyonlands Needles)Rim viewpoints (Canyonlands Island in the Sky)Murphy TrailFort BottomMoïse & ZeusDead Horse PointRing Arch & Tunnel (Arches)Courthouse WashFaux Falls« Delta Pool »Olympic TorchMoab Man PanelNB : les sites « » sont ceux pour lesquels je n’indiquerai pas la localisation, voire le véritable nom.
JOUR 1 – DE PARIS A DENVER
C’est enfin le jour du départ ! 🙂 Même si cela fait plus de 15 fois que je retourne dans cette région, l’excitation est toujours bien présente, j’ai hâte de randonner au milieu des « red rocks », de m’immerger dans le wilderness, de retrouver l’ambiance de l’Ouest, d’y rencontrer mes amis. Cette joie est toutefois ternie par le fait qu’Elisabeth ne m’accompagnera pas cette fois-ci et que nous ne pourrons partager ces bons moments 😕 mais, c’est promis, l’année prochaine nous repartirons là-bas ensemble !
Mon père a la gentillesse de me conduire à l’aéroport. Sur le chemin de Roissy, nous nous remémorons ces neuf semaines passées ensemble aux USA en juin 2000 et 2001, quand je l’avais emmené visiter le maximum de beaux endroits de l’Ouest, et que nous avions randonné en tout près de 800 km. Au-delà de l’intérêt même du voyage, ce fut un véritable moment de partage et de complicité que nous sommes tous les deux très heureux d’avoir vécu. Dix ans plus tard, alors qu’il est dans sa quatre-vingtième année, mon randonneur de père pourrait-il toujours faire un aller-retour dans la journée au sommet de Half Dome à Yosemite ou au fleuve Colorado dans le Grand Canyon ? Il en serait bien capable, alors que je risquerais de traîner la patte et de tirer la langue !
J’ai eu la chance de décrocher un aller-retour Paris - Denver (avec escale à Londres) par British Airways au tarif promotionnel de 494 €, une aubaine ! J’arrive à l’enregistrement avec mes deux sacs car je ne voyage pas vraiment léger pour un trip de plus de cinq semaines essentiellement en camping (en passant des frimas du Colorado aux chaleurs de l’Arizona avec de très rares possibilités de faire une lessive car je ne fais que traverser les villes), avec plusieurs guides de voyage (les 3 volumes de Photographing the Southwest, 2 guides de Michael Kelsey) et une pochette de documentation pour chaque secteur de ma « wish list », mais aussi avec quelques provisions gourmandes (Petits Pains Suédois très pratiques en bivouac et que je ne trouve pas sur place, boîtes de filets de saumon au naturel pour varier l’ordinaire, quelques paquets de crêpes bretonnes que d’autres apprécieront également, une bonne bouteille de Bordeaux à partager). Me serais-je embourgeoisé avec le temps ? Malgré mes louables efforts de pesée différentielle sur la balance familiale, le plus gros sac dépasse de 800 g les 23 kg autorisés en franchise et je me vois obligé de transférer 1 kg dans le plus petit sac que j’avais déjà eu bien du mal à fermer avant le départ. Je m’étonne de cette inutile intransigeance mais, en me donnant mes cartes d’accès à bord, l’hôtesse d’enregistrement s’excusera discrètement en me disant qu’elle a été obligée d’être si stricte car elle est étroitement surveillée dans le but de l’obliger à faire payer la surtaxe bagage dès les premières centaines de grammes d’excédent.
J’ai volontairement choisi une escale de trois heures à Londres Heathrow, pour prendre une marge en cas de retard du vol Paris - Londres, mais également pour bien laisser le temps à mes sacs de me suivre dans l’avion pour Denver, car l’aéroport londonien a une mauvaise réputation au niveau du déroutement et de la perte des bagages (il semble que la situation se soit nettement améliorée courant 2009).
Le vol direct Londres - Denver s’avère agréable avec un repas tout à fait correct et un personnel de bord sympathique et très cosmopolite. Ce sera pour moi un vol studieux car je dois apprendre les subtilités de fonctionnement de mon premier reflex numérique (un Nikon D90 avec un objectif Nikor 16-85 mm et un grand angle Tamron 10-24 mm), matériel que j’ai reçu il y a seulement quelques jours et que je n’ai eu le temps de tester que quelques minutes au pied de chez moi. Tout de même plus de 200 pages à avaler (en essayant de piquer du nez le moins possible), ce qui fait que, malgré mes efforts de mémorisation, je ne me suis pas toujours souvenu en pleine action de tous les modes de réglage et options. Le vol direct depuis Londres me semble un réel avantage, sans le stress d’une correspondance aux USA avec le risque de rater le second avion en cas de forte queue ou de problème au passage de l’immigration. L’horaire d’arrivée à Denver est respecté, tout se déroule sans problème avec un officier d’immigration plutôt aimable, mes bagages m’attendent sagement en tournant sur le carrousel, donc tout va pour le mieux.
Maintenant, se profile une première étape décisive du voyage : l’obtention du véhicule qui va me permettre de vivre pleinement mes aventures, c'est-à-dire me conduire dans les meilleures conditions sur des pistes plus ou moins roulantes et m’héberger confortablement pour la nuit sans avoir à planter une tente dans des campings. J’ai déjà loué différents modèles de SUV et j’ai aussi voyagé dans ceux de mes amis, donc je connais les avantages et les inconvénients des principaux modèles proposés jusqu’ici par les grands loueurs. Mais je sais aussi que ceux-ci s’orientent depuis peu vers des modèles de type « crossover » nettement plus adaptés à la ville et aux highways qu’aux escapades sur pistes (d’ailleurs interdites dans les contrats des loueurs ; en roulant en dehors des routes goudronnées on n’est plus du tout assuré et il faut assumer ce risque). L’arrêt il y a quelques mois de la fabrication du populaire Chevrolet Trailblazer (pourtant souvent indiqué comme référence de sa catégorie de location), un SUV 4WD très correct pour les clients et peu onéreux pour les loueurs, a accentué ce phénomène. J’ai donc quelques inquiétudes à ce niveau…
Après avoir pris la navette Alamo, et avant même d’aller au comptoir, je me précipite sur le parking pour constater que dans la rangée SUV standard (catégorie que j’ai louée) il n’y a que des SUV « crossover » dont aucun n’est vraiment 4 x 4 (au mieux ils sont AWD, c'est-à-dire qu’ils peuvent automatiquement et temporairement se mettre en mode 4 x 4 si les capteurs en font ressentir la nécessité, mais sans possibilité que l’utilisateur enclenche lui-même préventivement le mode 4 roues motrices à plein temps pour anticiper une difficulté). Il y a une majorité de Chevrolet Traverse, à la médiocre hauteur de caisse et avec une honteuse roue de secours galette qui s’avérera ridicule en cas de crevaison sur une piste. Avec ce type de véhicule, un certain nombre des visites les plus prometteuses de ma « wish list » tomberaient à l’eau, aussi je décide de m’installer du côté où l’on restitue les véhicules et d’attendre patiemment en espérant qu’il en rentrera un qui me convienne.
Je patiente presque une heure en écoutant mon lecteur MP3 quand par chance rentre mon véhicule préféré, le Toyota 4Runner qui est à la fois suffisamment confortable, agréable à conduire, performant sur piste (hauteur de caisse, vrai 4 x 4), sobre par rapport aux concurrents de sa catégorie (10,75 l / 100 km en moyenne sur mon parcours de cinq semaines) et parfait pour dormir dedans (plancher plat de 1,80 m une fois les sièges arrière rabattus, l’année dernière nous y avions très bien dormi à 2 avec ma femme). Je note ses numéros et je me précipite au comptoir en demandant expressément ce véhicule-là. L’employé accepte, mais constatant que je veux absolument ce Toyota, il essaie de me faire croire qu’il y a un supplément tarifaire par rapport à mon voucher. Je lui prouve que je connais bien les véhicules de cette catégorie et je lui lance un « good try ! », exprimant clairement par là que je ne suis pas dupe 😠. A partir de ce moment, il s’avérera charmant car il sait bien qu’il a été pris en flagrant délit de « trompe couillon ». Il ira même chercher le véhicule à la sortie du lavage pour me l’amener personnellement.
Particulièrement ravi d’avoir obtenu cet excellent SUV 🙂, je déchante après avoir lancé le moteur quand je vois le voyant « Maintenance » rester allumé. Je ne vais pas partir cinq semaines sans savoir si la révision et/ou la vidange ont bien été faites ou si c’est seulement la remise à zéro du voyant qui a été oubliée après la maintenance. Je demande à l’employée sur le parking si je peux aller faire vérifier cela au garage attenant à la station de lavage mais celle-ci m’assène sans sourciller qu’il n’y a personne à l’atelier à cette heure et que je dois obligatoirement prendre un autre véhicule, alors que j’ai eu tout le loisir de voir œuvrer un mécano à l’atelier pendant que j’attendais. Devant la mauvaise foi et l’air revêche de la dame, je n’insiste pas et je fais mine de m’exécuter mais dès qu’elle a le dos tourné je fonce à l’atelier où je tombe sur un mécano arborant un T-shirt du chanteur de country Tim McGraw, dont j’aime plusieurs chansons. Le mécano me fait remarquer que je n’ai pas le droit de venir ici mais je fais mine de ne pas comprendre et j’enchaîne immédiatement sur Tim McGraw en évoquant mes chansons préférées (notamment My kind of rain et The cow boy in me). Il est surpris et visiblement content qu’un Frenchie apprécie son chanteur préféré, la glace est rompue, on discute un petit moment et il accepte de regarder le véhicule, s’apercevant rapidement que la vidange a été faite mais sans remise à zéro du voyant, ce qu’il a vite fait de corriger. Nous nous quittons dans la bonne humeur, prouvant une fois de plus que la musique peut adoucir les mœurs et aplanir les difficultés.
Il fait nuit quand j’arrive au Comfort Inn de Stapleton dans lequel j’ai obtenu une chambre à 50 $ HT via un site internet quelques jours avant le départ. En fermant à clé le Toyota, ce qui a pour effet de faire fonctionner les 4 clignotants pour signifier que l’alarme est enclenchée, je m’aperçois que le clignotant arrière gauche (le plus important) ne fonctionne pas. Ce n’est pas de chance ! Tant pis pour ce soir, je prends possession de ma chambre et m’écroule sans tarder sur le lit, épuisé par cette journée de transport.
JOUR 2 – DE DENVER A PAINTED MINES
Comme toujours à cause du décalage horaire dans le sens est - ouest, le premier jour je me réveille naturellement tôt et j’en profite pour retourner à l’aéroport chez Alamo afin de faire réparer le clignotant, espérant qu’il s’agit d’une simple ampoule à remplacer. Cette fois, je fonce directement au garage sans rien demander à personne et je tombe sur un jeune et timide employé aussi surpris de me voir à l’atelier que son collègue de la veille. Sans diversion possible cette fois-ci, je joue le rôle du client exigeant et pressé, celui qu’il vaut mieux ne pas énerver. Le jeune meccano n’insiste pas et change immédiatement l’ampoule.
Enfin ! me voilà au volant d’un excellent Toyota 4Runner en état de marche, et ce fidèle compagnon de voyage ne me fera jamais défaut durant les cinq semaines qui ont suivi. Pour moi, c’est à ce moment que les vacances commencent vraiment, car je suis maintenant certain de disposer de l’élément logistique principal qui me permettra de réaliser les visites soigneusement préparées et rêvées durant les mois précédents.
Mon fidèle Toyota 4Runner (lors d’un bivouac en Utah) :

En revenant de l’aéroport, le ciel est devenu très menaçant. Je retourne au motel et je prends mon temps pour un excellent petit déjeuner (compris dans le prix de la chambre), au cours duquel je me régale de gaufres que l’on fait cuire soi-même. Délicieux ! Avec cela je tiendrai jusqu’au soir…
Je déballe mes deux sacs de voyage, répartissant un maximum d’objets dans les différents rangements du SUV afin qu’ils tombent immédiatement sous la main, j’en réorganise logiquement le contenu restant (par exemple, mes habits sont répartis par fonction dans des taies d’oreiller de différentes couleurs), ceci dans l’optique de tout trouver facilement et sans même déplacer les sacs quand j’arriverai les soir au bivouac. Le fait de partir le matin avant le lever du soleil et d’arriver souvent de nuit nécessite d’être bien organisé pour gagner du temps et ne pas chercher, voire perdre ses affaires dans l’obscurité et la précipitation. Je rabats les sièges arrière en mode « break à plancher plat », mode qu’ils ne quitteront plus jusqu’au dernier jour du voyage.
C’est le moment d’aller au Wal-Mart (repéré sur Google Maps avant le départ afin ne pas perdre de temps à en chercher un en ville) pour faire les courses. En premier lieu, je choisis l’indispensable glacière qui fait aussi office de stockage de nourriture même quand je n’ai plus de glace. Suivant les promotions du jour, je prends toujours un modèle en plastique dur (qui peut éventuellement servir de siège), d’une contenance d’environ 30 litres, de marque Coleman ou Rubbermaid, toujours à moins de 20 $ puisque je le laisserai sur place à la fin du voyage. Cette année, j’achète aussi un matelas de camping basique en mousse bleue à 5 $, bien que j’aie emmené un confortable matelas autogonflant Therm-a-Rest. Ce petit matelas supplémentaire aura plusieurs usages : placé sous le Therm-a-Rest il apportera un peu de moelleux supplémentaire mais surtout absorbera l’humidité due à la condensation (ce qui évitera au Therm-a-Rest d’être humide le matin, de finir par sentir et de se détériorer). Il me servira pour le backpacking que j’envisage (il est plus léger que le Therm-a-Rest et ne craint pas d’être percé par des branches ou des épines) et sera immédiatement disponible pour improviser une sieste réparatrice. Comme la glacière, je le laisserai sur place à la fin du voyage.
En plus de divers aliments frais (dont un très bon raisin californien), j’achète suffisamment de nourriture qui se conserve, de manière à n’être jamais pris au dépourvu dans le cas où je resterais plusieurs jours dans le wilderness sans possibilité de ravitaillement (volontairement ou pas, en cas de problème de véhicule par exemple). Si la plupart de ces produits sont similaires à ceux que l’on trouve en France, il existe aussi des produits plus spécifiques aux Etats-Unis que j’achète dans les Wal-Mart ou autres grandes surfaces alimentaires (comme Safeway, City Market, etc.):Une sorte de muesli Quaker Oatmeal (parfum Apples & Cinnamon ou bien Maple & Brown Sugar) qui gonfle bien dans un peu d’eau (chaude de préférence mais avec l’eau froide cela passe aussi). Cette mixture de petit déjeuner bien nourrissante devient plus mangeable si on y ajoute des céréales croquantes et si on l’accompagne d’un fruit comme une banane.Des packs de 4 bouteilles (d’un peu moins de 30 cl chacune) de Frappuccino de Starbucks, sorte de café au lait aromatisé (divers parfums : chocolat, moka, vanille, caramel…) que je trouve fort bon et idéal pour le petit déjeuner en camping.Du Beef Jerky « natural style » de la marque Oh Boy ! Oberto. Il s’agit de lambeaux de viande séchée que l’on mastique et qui apportent leur lot de protéines et de sel (indispensable quand on transpire en randonnée), sans gras et pour un poids ridiculement faible (appréciable en randonnée itinérante). C’est spécial, on aime ou on n’aime pas, moi j’aime beaucoup celui-ci car la viande y est un peu plus tendre (moins dure devrais-je dire) et moins épicée que celle d’autres marques.Des boîtes de conserve auto-ouvrantes de White Chicken in water de la marque Valley Fresh (mais je ne prends pas le Chunk Chicken de la même marque que je ne trouve pas très bon). Ce sont des petits morceaux de poulet présentés un peu comme du thon en boîte pour mettre dans des salades. Je trouve cela pratique et pas mauvais à manger, le fait que le poulet soit conservé dans de l’eau salée (et non pas tout sec ou dans de l’huile) étant appréciable quand il fait chaud.Un gros paquet de Trail Mix (mélange de raisins secs et autres fruits déshydratés, de peanuts, de noix de cajou, d’amandes…) et plusieurs paquets de mes fruits secs préférés (cranberry, cherry, abricot, papaye...). Tous les jours, dans un petit sachet Ziplock, je me fais un mélange personnalisé du Trail Mix « de base » et d’un des fruits secs, en variant régulièrement car ce sera mon encas quotidien du midi.Un pack de 12 canettes de… lemonade (citronnade à l’eau plate) car je fais partie de ceux qui n’aiment pas la bière (bien qu’il me soit arrivé d’en avaler pour honorer l’invitation à prendre « a cool beer » de voisins de camping voulant faire connaissance).Plusieurs gallons (de 3,8 litres) de Spring water, en privilégiant les bouchons qui se vissent (pour qu’ils ne s’ouvrent pas seuls avec les secousses sur les pistes, expérience vécue). J’en ai en permanence au moins 5 ou 6 dans la voiture (réserve en cas de panne ou d’ensablement au milieu de nulle part). Parmi eux, il y en aura rapidement 2 remplis d’eau du robinet (auxquels j’arrache l’étiquette pour les reconnaître) pour mes ablutions, la vaisselle, le radiateur d’eau du véhicule si besoin…En cette fin de matinée, j’ai à peine fini de répartir toutes mes provisions dans la glacière et dans les sacs semi rigides que j’ai amenés pour cela, qu’il se met à pleuvoir sérieusement, comme l’avaient d’ailleurs annoncé les prévisions météo de Weather.com. Inutile de se presser pour aller visiter sous la pluie Garden of the Gods à Colorado Springs (que je connais déjà). Je décide donc de filer directement à Painted Mines, en espérant que la pluie aura cessé dans quelques heures, ce qui me laisse tout le temps pour me balader dans ce magasin nommé Outdoor World que j’ai repéré dans une zone commerciale à proximité du motel. Certain(e)s apprécient les outlets américains pour les achats de vêtements, en ce qui me concerne je suis attiré par leurs magasins d’outdoor toujours très bien achalandés en ce qui concerne les activités de nature (sports, camping…) dans un décor souvent soigné. L’Outdoor World de Denver est sans conteste le plus beau que j’aie vu, dépassant dans mon hit-parade personnel le magasin REI de Seattle. Tout y est impressionnant, avec des piliers et des poutres en énormes troncs, des fresques murales, des animaux naturalisés un peu partout, un immense aquarium…
Puisque j’ai du temps devant moi, c’est l’occasion de tester mon nouvel appareil photo en intérieur.
L’entrée est vraiment imposante :

En se baladant dans les rayons, on rencontre un sympathique élan…

… un fringant bison…

… un puma bondissant au-dessus d’un ascenseur…

… un ours impressionnant…

… un loup agressif…

… et un gros poisson bien vivant et plein de tendresse pour les enfants !

On y trouve même quelques meubles vraiment rustiques.

J’ai passé plusieurs heures à traîner dans tous les recoins de ce remarquable magasin et il pleut toujours 😕. Mais il faut quand même que je me décide à rouler vers Painted Mines, qui se trouve au nord-est de Colorado Springs, près de la petite ville de Calhan, tant pis si j’y arrive sous la pluie. J’avais oublié que nous étions vendredi et que dès le milieu de l’après-midi les habitants de Denver partent en week-end. Je me retrouve dans un embouteillage qui s’étire sur des dizaines de miles à partir de la sortie sud de Denver. Heureusement que je trouve une station radio de Classic Rock qui diffuse une belle collection de musique anglo-saxonne et me permet de redécouvrir certains morceaux avec plaisir, me replongeant vingt ou trente ans en arrière. Aux alentours de chaque ville importante, on trouve toujours au moins une station de Classic Rock qui diffuse en franchise un programme pré-enregistré, programme que l’on peut retrouver à l’identique quelques jours ou semaines plus tard sur la station d’une autre ville ou d’un autre État (il m’arrive alors de « deviner » quelle sera la prochaine chanson car j’ai inconsciemment mémorisé l’enchaînement lors de la première écoute).
Arrivé près de Colorado Springs, les embouteillages réapparaissent et je trouve judicieux de quitter l’autoroute pour rejoindre Calhan par de petites routes. Mauvaise idée, car cette zone est très habitée et il y a en réalité beaucoup plus de routes secondaires qui se croisent que celles indiquées sur ma carte, pourtant assez précise. Avec une absence quasi totale de signalisation, il n’est pas facile de faire les bons choix aux intersections. Après plusieurs hésitations mais au final aucune erreur d’aiguillage, j’arrive en fin d’après-midi à Calhan où une pluie fine subsiste. Je repère le camping de la ville (pratiquement vide) pour éventuellement y revenir après la visite et je me rends au parking principal de Painted Mines où il n’y a évidemment personne à cause de la météo.
Painted Mines Interpretive Park est un petit parc local récent, constitué de couches d’argiles de différentes couleurs qui forment des badlands, des petits canyons, des hoodoos, avec quelques sentiers faciles et bien balisés pour visiter aisément cet environnement coloré. Le nom du site provient du fait que ses argiles colorées ont été exploitées par les Indiens pour leurs poteries et leurs peintures de cérémonie, puis plus tard par les Blancs pour fabriquer des briques décoratives.
La pluie finit par cesser et je peux commencer ma visite en ce presque début de soirée. Finalement, la toute récente pluie et le ciel toujours très chargé font ressortir les couleurs du site, bien davantage que sous un soleil éclatant si j’en crois les photos que j’en ai vu.
Je traverse de jolis badlands, étonné qu’ils ne soient pas boueux après la pluie.

Puis je m’approche d’un petit amphithéâtre où les teintes pastel sont douces et variées :


Je me balade dans les petits canyons mais le soir tombe vite, créant une ambiance particulière, un peu irréelle, accentuée par le fait que je suis totalement seul dans le parc. J’ai toujours aimé me balader «
JOUR 3 – DE PAINTED MINES A SANTA FE
Bip… bip… bip… bip… BIP… BIP… BIP… BIP !
Ce matin, c’est en insistant que la sonnerie du réveil me tire des bras de Morphée. Il faut dire que je dors très bien dans mon SUV et qu’un réveil aussi matinal (5 h 45), pour ne pas rater le lever du soleil, ne m’est pas franchement habituel le reste de l’année.
Durant ce voyage, comme mes réveils solitaires aux aurores ne dérangeront personne, j’ai décidé d’assister à un maximum de levers de soleil, pour bénéficier de la fugitive mais belle lumière qui les accompagne généralement, et avant tout pour vivre ce moment particulier qui apporte une dimension supplémentaire et une complétude à la journée qui débute. Je me lève dans la pâle lumière de l’ aube, émergeant peu à peu du sommeil dans une fraîcheur vivifiante, et choisis avec soin l’endroit où je vais attendre le lever du soleil en fonction de l’éclairage espéré . Parfois, des nuages bien placés réfléchissent quelques instants la lueur rougeoyante du soleil encore caché derrière l’horizon. Je patiente en observant les subtiles variations de lumière et en écoutant les oiseaux s’en donner à cœur joie. L’attente devient fébrile durant les dernières dizaines de secondes qui précèdent l’apparition du soleil et, quand elle a enfin lieu, je vis pleinement cet instant unique, essayant d’en capturer la magie, si les conditions photographiques s’y prêtent . Que la lumière soit belle ou décevante (c’est la surprise à chaque fois), j’ai toujours le sentiment d’avoir vécu un moment essentiel et je m’apprête alors à profiter le plus possible d’une nouvelle journée dans l’Ouest.
Ce matin il fait froid, et c’est bien couvert que je me rends à l’endroit repéré la veille pour assister au lever du soleil. Des nuages mal placés l’empêcheront d’être très spectaculaire, mais le spectacle des premiers rayons éclairant les badlands colorés n’en reste pas moins un moment privilégié.


Le ciel se dégage rapidement et il se met à faire grand beau, la pluie de la veille est oubliée. Je prends tout mon temps pour explorer les petits canyons, sachant qu’en début de matinée les couleurs sont le plus présentes, la lumière devenant vite écrasante par la suite. C’est à l’ombre que les argiles colorées s’avèrent le plus photogéniques.
J’apprécie ce site naturel, certes secondaire et peu isolé mais qui vaut quand même le détour, surtout si on peut bénéficier de bonnes conditions de lumière qui en font ressortir les couleurs, faute de quoi la déception serait probable.





Quand la lumière se fait plus franche, je termine par un secteur où l’argile est d’un blanc éclatant.

Je reviens à mon véhicule pour prendre un petit déjeuner bien mérité. Après cette balade à la fraîche, le Frappuccino au Dark Chocolate de Starbucks n’en paraît que plus délicieux 🙂 !
Le rangement du matelas, des duvets et autres affaires de nuit prend très peu de temps et me permet de partir rapidement. J’apprécie de ne pas avoir une tente à replier et à ranger dans son sac, bien qu’avec une tente de type « 2 Seconds » de Decathlon cela irait très vite. Malheureusement, maintenant que le second bagage est devenu payant pour aller aux USA, emmener cette tente encombrante (qui, du fait de sa taille, compte comme un bagage dans lequel on ne peut pas ajouter grand-chose à part certains matelas) coûterait un supplément d’environ 100 $ pour l’aller-retour (avec des billets économiques et un statut de voyageur standard).
Après quelques heures de route en quittant le Colorado pour le Nouveau-Mexique, j’arrive en début d’après- midi au Pecos Pueblo Historic Park, au sud-est de Santa Fe. Il ne reste malheureusement plus grand-chose des ruines du pueblo amérindien qui abritait pourtant jusqu’à 2000 personnes au XVe siècle. Mais la kiva (restaurée) et les restes impressionnants des murs de la mission que les Espagnols construisirent en arrivant valent ce rapide détour à partir de l’autoroute I-25.





En seconde partie d’après-midi, je me trouve dans le bassin de Galisteo, un secteur connu pour ses nombreux sites de pétroglyphes (les pétroglyphes sont des gravures rupestres tandis que les pictographes sont des peintures rupestres). Ici, la plupart des pétroglyphes ne datent pas de plusieurs milliers d’années, comme dans le reste du Southwest, mais ont été gravés par les Indiens Pueblo entre le XIVe et le XVIe siècle.
Les plus beaux d’entre eux sont situés sur un immense domaine à l’intérieur duquel le propriétaire n’autorise qu’une seule visite annuelle, menée par des archéologues, davantage pour assurer sa tranquillité que pour préserver ces panels qui ne sont pas spécialement fragiles car gravés dans de la roche volcanique très dure. Près de la route, des clôtures et des panneaux « No trespassing », or je ne m’autorise jamais à passer outre à une interdiction aussi clairement exprimée. Mais j’ai appris qu’en prenant une piste qui aboutit au milieu de nulle part on peut s’approcher d’un site rupestre comportant le même type de pétroglyphes (en moins spectaculaires) et qu’il n’y a là-bas ni clôtures ni panneaux d’interdiction. Je me demande quand même s’il ne serait pas aux confins de ce domaine, ou peut-être à ceux d’une propriété attenante gérée par quelqu’un de plus accueillant ? En cas de problème, l’absence d’éléments visibles d’interdiction serait sûrement « plaidable » pour un visiteur étranger nécessairement peu au fait des spécificités locales 😇.
Une fois sur place, pour être certain de retrouver ma voiture dans ce no man’s land si je reviens au crépuscule, je décide de prendre ses coordonnées GPS avec le Garmin Colorado 400t flambant neuf que j’ai réceptionné il y a quelques jours pour remplacer mon vieux Garmin eTrex d’entrée de gamme (sans affichage de cartes). Mais la position GPS affichée est hautement fantaisiste malgré plusieurs essais successifs, je ne comprends pas pourquoi puisqu’il avait bien fonctionné lors du test dans le parc à côté de mon domicile. Je le laisse tout de même allumé et j’utilise mon vieil eTrex amené en appareil de secours et qui fonctionne toujours. Une demi-heure plus tard, je teste à nouveau mon Colorado 400t et je constate que cette fois-ci il donne les bonnes coordonnées : il avait probablement besoin d’un certain temps de recalage depuis sa dernière utilisation sur un autre continent.
Les pétroglyphes sont dispersés au sommet de plusieurs collines volcaniques qu’il faut d’abord atteindre pour, ensuite, longer les crêtes.

Ce n’est pas une partie de plaisir car dans ce site reculé il n’y a aucun chemin et, le long des crêtes, les pierres très instables et la végétation (herbes, épineux…) entravent ma progression. On ne sait jamais si la pierre sur laquelle on pose le pied ne va pas se dérober subitement ni même si on ne va pas se coincer le pied dans un trou traîtreusement caché par les herbes. Il y a de quoi se fouler cent fois une cheville et mon avancée s’avère bien plus précautionneuse et lente que prévu.
Mais le jeu en vaut la chandelle car les pétroglyphes sont nombreux et intéressants, sans compter la lumière de début de soirée qui fait ressortir les lichens particulièrement verts en cette saison.

Certains personnages ont des têtes faisant penser à des smileys :

Un Kokopelli viril joue la sérénade pour des animaux :

Un masque semble provenir d’Amérique centrale ou du Sud :

Un rattlesnake quelque peu raide :

Un perroquet égaré :

Un écureuil dont on jurerait qu’il a été gravé très récemment :

Un curieux bonhomme soleil :

Le dernier panel est le plus beau. On y trouve un saisissant démon surmonté d’oiseaux…

Et surtout ce personnage avec ses trois plumes et qui se cache les yeux. Quelle peut être la signification de ce geste ? Il aurait presque pu inspirer John Travolta pour sa célèbre danse dans Pulp Fiction !

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce site d’art rupestre pour l’originalité de ses pétroglyphes mis en valeur par leur localisation en surplomb de la plaine et la douce lumière du soir.
Ayant progressé moins vite que prévu, je renonce à gravir une autre colline et reviens rapidement à la voiture car ce soir je suis attendu à Santa Fe par mes amis français Annie et André (ainsi que deux de leurs amies qui voyagent avec eux et que je ne connais pas).
Annie et André sont des spécialistes de l’Ouest et c’est dans ce contexte que je les ai rencontrés il y a quelques années avant même qu’ils ne soient devenus membres de VF (respectivement sous les pseudos de Aiassa et de Pyrola). Auteurs du site français de référence sur The Wave, ils sont également d’excellents photographes et plusieurs de leurs images ont été exposées, d’autres publiées dans des revues et dans des livres. André étant passé à la vidéo depuis l’avènement du numérique, je connais surtout les superbes photos d’Annie qui sont pour moi une source d’inspiration. Quel bonheur quand, quelques mois après un de leurs voyages aux USA, je reçois un DVD d’Annie & André contenant un montage vidéo et un diaporama, tous deux réalisés de manière professionnelle !
Installés en Drôme provençale depuis qu’ils sont des retraités très actifs, Annie et André ont cette année fait un échange de maison (de 2 semaines) avec un couple de Santa Fe et m’ont gentiment invité à venir les rejoindre quand je passerai dans le secteur. J’étais parallèlement invité par Karen & Spencer, des amis américains habitant aussi Santa Fe, mais comme ces derniers sont sur le départ pour un grand voyage en Europe, il vaut mieux leur éviter du dérangement et plutôt loger dans la maison dont disposent Annie et André.
Quand j’arrive chez eux vers 20 heures, je suis chaleureusement accueilli, nous sommes contents de nous retrouver dans la région pour laquelle nous partageons la même passion 🙂. Au dîner, nous évoquons leurs aventures des dernières semaines passées dans l’Ouest et je me régale d’un délicieux curry de crevettes maison qui me changera de mon habituel poulet en boîte !
Le lendemain, il est prévu de se balader dans Santa Fe et de visiter un musée conseillé par Karen. Il y a quelques semaines, j’avais mis en contact Annie & André Karen & Spencer, présageant une bonne entente. Ils se sont vus il y a quelques jours quand Karen leur a fait visiter le musée Georgia O’ Keeffe dont elle est un guide volontaire. Le courant est bien passé et du coup mes quatre compatriotes (Annie, André et leurs deux amies) sont également invités pour le barbecue du lendemain à partir de 17 heures chez Karen et Spencer. Ce n’est pas la première fois que je mets en contact des personnes qui ne se connaissent pas mais qui ont des centres d’intérêts communs, c’est une bonne occasion pour chacun d’élargir son cercle amical.
Bien qu’Annie me propose d’utiliser le canapé du salon, je préfère limiter le dérangement et dormir sur mon Therm-a-Rest dans la salle de yoga, où je suis très bien installé et où je bénéficie de la connexion WiFi pour accéder à ma messagerie.
JOUR 4 – UNE JOURNEE A SANTA FE
Ce matin, c’est grasse matinée avec un réveil programmé à 7 h 30. Il n’y a pas un nuage dans le ciel et la belle lumière qui contribue à la réputation de Santa Fe n’est pas une légende.
Après un petit déjeuner convivial, nous voilà partis tous les cinq pour le musée que nous avions prévu de visiter, mais celui-ci est fermé car nous sommes dimanche. On aurait dû y penser, mais en vacances on a quelquefois tendance à oublier de raisonner en fonction des jours de la semaine 😛. Nous nous rabattons sur une balade sans but précis dans le centre de Santa Fe, sans être axés sur les monuments historiques que nous avons déjà vus auparavant.
Cette journée sera pour moi l’occasion de m’essayer à la photographie en ville, un type de sujet qui me changera de celui des paysages auxquels je me consacre quasi exclusivement.
Nous jetons un coup d’œil aux boutiques autour de la Plaza.


On observe deux techniques de vente, totalement différentes, plus ou moins volontaristes.
Une jeune femme, debout au beau milieu de l’avenue et simplement protégée des voitures par un drapeau jaune, se démène pour vendre ses journaux en essayant de capter l’attention par son attitude enjouée.

A quelques dizaines de mètres, un Indien Pueblo, qui dispose d’un emplacement réservé sous les arcades de la Plaza, ignore superbement les clients qui regardent son étalage de peintures 😮.

Tout près de là, un homme à l’esprit jeune s’amuse avec sa trottinette motorisée et nous gratifie de quelques figures pour la photo. Cool man ! 😎

Cela finit par donner soif à Annie et ses amies.

Nous passons sous des arcades « graphiques »…

… avant de nous recueillir devant un troupeau de crânes.

Les chapelets de piments qui sèchent en extérieur (ristras) sont une spécialité de Santa Fe.


La poterie colorée est également une production locale.

Mais on trouve ici toutes sortes d’artisanat créatif, comme ces jolis oiseaux.

Quand Annie photographie, elle peut être partout à la fois, comme le prouve cette photo !

Certains bâtiments modernes imitent à la perfection les constructions d’adobe, respectant avec bonheur le style typique de Santa Fe.

On peut trouver de jolies portes au hasard des rues.


Nous finissons notre tour par le Capitole et ses sculptures expressives




Rentrés à la maison, nous prenons notre temps pour déjeuner dans le jardin en dégustant une appétissante salade composée par Annie.
André propose de rester là cet après-midi afin de préparer une grande salade de fruits frais que nous apporterons chez Karen et Spencer pour le dîner/barbecue. C’est sympa de sa part !
Pendant ce temps, via un agréable chemin longeant la rivière, nous nous rendons à pied dans Canyon Road, la rue des galeries d’art de Santa Fe. Butinant de l’une à l’autre, nous profitons également des opportunités photographiques qu’offre cette rue aux maisons particulièrement bien entretenues et joliment décorées.








Dans cette rue où s’expriment les artistes, on peut constater que certains prennent la grosse tête…

… d’autres préfèrent la « zen attitude ».

… ou se reposent…

… ou bien s’amusent franchement…

… mais il faut tout de même prendre garde à ses fesses !

On retrouve ici aussi quelques ristras colorées.

Même de simples murs d’adobe semblent vouloir apporter leur contribution artistique.

Une Hudson nous rappelle les Sixties…

… mais cette échoppe nous montre que nous sommes bien en 2009, l’année d’Obama, et que le business n’est pas oublié avec un slogan très second degré : « Jesus said buy folk art. » 😄

Dans cette rue huppée, on peut aussi bien rencontrer des ladies « so British »…

… que de sympathiques artistes locaux…

… qui apprécient probablement ces mobiles New Age.

De retour à la maison, nous nous laissons conduire par André dans le Dodge Durango qui leur a donné toute satisfaction lors du périple dans l’Ouest qui a précédé leurs deux semaines à Santa Fe.
Vers 17 heures, nous pénétrons dans la résidence privée au sud de Santa Fe, où se trouve la maison de Karen et Spencer. Ils nous accueillent chaleureusement dans ce qu’ils appellent « l’hacienda », où ils se sont installés il y a quelque temps pour leur retraite (je devrais plutôt dire « pour leur nouvelle vie hyper active »). Nous sommes vraiment impressionnés par cette magnifique demeure : pièces immenses, hauteur sous plafond et lumière qui entre de toute part, décoration recherchée sans être ostentatoire et qui intègre harmonieusement l’art indien local…
Cette photo de la cuisine/salle à manger ne me démentira pas.

Ma rencontre avec Karen et Spencer remonte à 2003, lors d’une randonnée à Bryce Canyon en compagnie de ma fille Flora. Nous avions immédiatement bien accroché. Il faut dire que Karen est très enthousiaste et dégage un charisme incontestable. Elle est de plus très francophile : elle a été entres autres professeur de français, fait partie d’associations franco-américaines et voyage souvent en France où nous l’avions revue. Spencer, aussi posé que sympathique, a dirigé un hôpital et, pour s’occuper durant sa retraite, vient de se lancer avec succès comme agent immobilier. Il fallait oser, en pleine crise, mais il m’assure que Santa Fe reste un marché privilégié.
Nous passons un bon moment sur la terrasse pour l’apéritif et les sujets de discussion ne manquent pas. La communication est d’autant plus facilitée que Karen parle un français parfait et a déjà rencontré mes amis au musée Georgia O’Keeffe. Spencer a préparé des Margaritas que Karen assure être « parmi les meilleures du Nouveau-Mexique ». Je veux bien le croire après avoir bu la première et je ne pourrai que le confirmer après les trois suivantes 🤪, alors que je ne suis habituellement pas attiré par les boissons alcoolisées…
Spencer ne faillit pas à la tradition américaine où c’est le chef de famille qui s’occupe du barbecue. Il nous prépare une succulente pièce de bœuf sur leur barbecue sophistiqué.

Karen, qui est passionnée de cuisine (elle a même donné des cours de cuisine chinoise, preuve de son éclectisme), a préparé le reste du repas avec notamment une émulsion à base de concombres d’une grande finesse. Elle nous sert un vin rouge d’Arizona (où ils habitaient auparavant), bien charpenté et qui titre 14°. Nous terminons le repas en nous régalant avec la rafraîchissante salade de fruits frais préparée par André.

Toute cette soirée, durant laquelle nous avons partagé notre passion croisée pour nos pays respectifs (un bel exemple d’entente franco-américaine), s’est déroulée dans une ambiance enthousiaste 🙂. C’était vraiment sympathique de la part de Karen et Spencer d’avoir invité cinq personnes à seulement quarante-huit heures de leur départ pour un périple en Europe. Ils me renouvellent leur invitation à venir passer quelques jours chez eux, invitation qu’Elisabeth et moi honorerons avec plaisir en mai 2010 lors de notre prochain voyage.
André n’ayant pas bu une goutte d’alcool 😇, c’est en toute sécurité qu’il nous ramène à la maison de Santa Fe où je n’ai aucun mal à m’endormir dans la salle de yoga, l’esprit quelque peu embrumé par les libations de la soirée.
Partie 1 : de Denver à Santa Fe
Partie 2 : de Santa Fe à Lost City
Partie 3 : de Lost City à Page
Partie 4 : autour de Page et de Coyote Buttes
Partie 5 : de Cottonwood Canyon Road à Escalante
Partie 6 : de Grand Staircase Escalante National Monument à Capitol Reef
La grande traversee de l'Afrique Australe English translation pending
namibie botswana zimbabwé
NAMIBIE avant de vous parler de la namibie en particulier, je vais vous parler de l'ensemble du voyage cela fait longtemps que nous y pensions mais ce voyage tres cher n"avait pas pu se faire avant. un voyage de trois semaines prevoyant la namibie le bostwana et le zimbabwé, soutraité a l'agence africa tour. les problemes du zimbabwé font que nouvelles frontieres annule cette partie du voyage et propose de passer en zambie pour les chutes victoria puis rejoindre johanesburg par la route en passant par le parc krugger pour compenser le zimbabwé. ces modifications ne nous emballent pas, nous avions tres envie de passer au zimbabwé et nous faisons dejas pas mal de resreves animalieres alors ajouter krugger.... c'est de plus hypotequer un eventuel futur voyage en afrique du sud si krugger a dejas été fait. au depart nous etions 6 inscrits, il y a eu un desistement du aux modifications nous ne sommes plus que 5 nous voyageons avec micosi pour la troisieme fois, mon amie danny s'est joint a nous et il y a une isabelle que nous ne connaissons pas encore mais que nous trouverons a francfort
NAMIBIE entre kalahari et les eaux froides de l'atlantique, c'est un pays aride, riche de paysages naturels splendides. pays desertique peu peuplé la moitié de la population se trouve a windoeck d'immense exploitation agricoles, la viande y est de grande qualité le courrant froid de l'atlantique favorise les colonies d'otaires ancienne colonie allemande l'architecture de swakopmund et un peu de windoeck s'en ressentent ce pays est relativement prospere grace a son agriculture et a sa production miniere, mais il a une grande dependance economique vis a vis de l'afrique du sud beaucoup de tourisme en namibie et beaucoup de 4/4 avec la tente sur le toit une constatation importante qui nous a été signalée, les grandes resrves d'afrique australe forment un cordon "sanitaire" entre l'afrique "blanche (afrique du sud rodhesie a l'epoque et namibie) et l'afrique noire. au debut etosha allait jusque la mer, puis okavango.... jusque krugger. effectivement ce n'est qu'une fois fois passé etosha que nous retrouverons reelement cette ambiance africaine que nous aimons.
l'equipe nous acompagnent un responsable chauffeur, pour la premiuere fois nous avons un francais et ce n'est aps une reussite. JC est un oersonnage deplaisant qui se prend pour superbaroudeur, disparaissant continuelement (nous comprendrons plus tard qu'il a accepté ce voyage pour poser les jalons de sa propre agence qu'il est en train de monter) stanley, notre cuisinier zimbabwéen d'une grande gentillesse et serviabilité toujours plein d'attentions et pour quelques jours, magnama, aide chauffeur zambien, gentil et effacé
LE VOYAGE jour1
dans l'apres midi nous nous envolons pour francfort d'ou le soir nus devons prendre notre vol pour johanesburg probleme l'avion ne partira que demain matin, nous voila donc pour une nuit a francfort au frais de la lufthansa
jour 2 nous avions une corespondance pour windoeck a mid, elle est dejas ratée avant meme de quitter l'europe. ce sera donc une nuit a johanesburg, toujours aux frais de la lufthansa
jour 3 un vol est prevu le matin, losque nous arrivons a l'enregistrement on nous annonce, full, stanby! l'avion part sans nous. en contactant nos agence nous aprenons que l'avion n'etait pas plein! que s'est il passé? nous avons des soupsons mais aucune certitude. le vol suivant commence dans les memes conditions; stanby, il y aura sur de la place demain matin! finalement nos agence se demenent tellement que l'employée de la lufthansa fini par se deplace pour voire ce qui se passe et nous embarquons enfin. nous arrivons a windoeck avec 24h de retard et JC n'est pas pret!!!!!!!!! stanley nous acompagne pour un tour dans la ville et plus particulierement dans un tres beau marché artisanal le soir au repas nous mettons les choses au point.nous nous sommes entendu auparavant. nous avons perdu 2'h s'il faut les ratraper ce sera sur kurgger qui n'etait pas prevu au depart et pas sur le voyage choisit initialement. a ce moment la seule bonne initiative de JC (il y a son interet mais nous ne le savons pas encore) nous irons finalement au zimbabwéet la journee se ratrapera en n'ayant pas les attentes au bac poyur passer en zambie. youpi!!!!!! stanley aussi est ravi, il va faire des provision pour sa famille a harare
jour 4 route pour sossusvlei, balade dans les dunes en fin d'apres midi bivouac a sossusvlei
jour5 levé du soleil dans les dunes puis canyon de sesriem traversé du desert de namib naufulk jusque la vallée de la lune pour un bivouac dans un lieu incroyable
jour 6 et 7 swakopmund , danny est malade, nous n'aimons pas tellement cette ville qui ressemble a un decor de theatre posée artificielement dans le desert, de plus il y fait froid. nous y passons deux nuits a l'hotel, les derniers du voyage
jour8 nous rejoignons le parc du pitzkop dans le damaraland rando jusqu'une arche naturelle un couché de dsoleil en compagnie des enfants du village sera un moment inoubliable bivouac
jour 9 cap cross et ses otaries, puis massif du brandberg pour un nouveau bivouac ballade jusque la dame blanche le soir les villageaois nous font des chants et des danses
jour 10 rencontre avec des hereros puis twyfelfontein et ses gravure, la petrified forest le soir nous ganons la cheeta farm pour y passer la nuit
jour 11 magnama nous quitte ce qui n'arangera pas l'humeur de JC obligé de coduire, nous le trouvons de plus en plus pareseux! rencontre avec les himbas lorsque nous laisson magnama arrivee a etosha vers midi campement
jour 12 etosha, campement
jour 13 dernier tour a etosha avant de reprendre la route nous passons par des villages ou enfin nous trouvons cette ambiance africaine que nous aimons. le soir campement au bord de l'okavango face a l'angola; demain nous passerons au bstwana
avant de vous parler de la namibie en particulier, je vais vous parler de l'ensemble du voyage cela fait longtemps que nous y pensions mais ce voyage tres cher n"avait pas pu se faire avant. un voyage de trois semaines prevoyant la namibie le bostwana et le zimbabwé, soutraité a l'agence africa tour. les problemes du zimbabwé font que nouvelles frontieres annule cette partie du voyage et propose de passer en zambie pour les chutes victoria puis rejoindre johanesburg par la route en passant par le parc krugger pour compenser le zimbabwé. ces modifications ne nous emballent pas, nous avions tres envie de passer au zimbabwé et nous faisons dejas pas mal de resreves animalieres alors ajouter krugger.... c'est de plus hypotequer un eventuel futur voyage en afrique du sud si krugger a dejas été fait. au depart nous etions 6 inscrits, il y a eu un desistement du aux modifications nous ne sommes plus que 5 nous voyageons avec micosi pour la troisieme fois, mon amie danny s'est joint a nous et il y a une isabelle que nous ne connaissons pas encore mais que nous trouverons a francfort
NAMIBIE entre kalahari et les eaux froides de l'atlantique, c'est un pays aride, riche de paysages naturels splendides. pays desertique peu peuplé la moitié de la population se trouve a windoeck d'immense exploitation agricoles, la viande y est de grande qualité le courrant froid de l'atlantique favorise les colonies d'otaires ancienne colonie allemande l'architecture de swakopmund et un peu de windoeck s'en ressentent ce pays est relativement prospere grace a son agriculture et a sa production miniere, mais il a une grande dependance economique vis a vis de l'afrique du sud beaucoup de tourisme en namibie et beaucoup de 4/4 avec la tente sur le toit une constatation importante qui nous a été signalée, les grandes resrves d'afrique australe forment un cordon "sanitaire" entre l'afrique "blanche (afrique du sud rodhesie a l'epoque et namibie) et l'afrique noire. au debut etosha allait jusque la mer, puis okavango.... jusque krugger. effectivement ce n'est qu'une fois fois passé etosha que nous retrouverons reelement cette ambiance africaine que nous aimons.
l'equipe nous acompagnent un responsable chauffeur, pour la premiuere fois nous avons un francais et ce n'est aps une reussite. JC est un oersonnage deplaisant qui se prend pour superbaroudeur, disparaissant continuelement (nous comprendrons plus tard qu'il a accepté ce voyage pour poser les jalons de sa propre agence qu'il est en train de monter) stanley, notre cuisinier zimbabwéen d'une grande gentillesse et serviabilité toujours plein d'attentions et pour quelques jours, magnama, aide chauffeur zambien, gentil et effacé
LE VOYAGE jour1 c'est a l'aeroport que nous retrouvons micosi apres une nuit dans le train casot nous y attend egalement pour une rencontre que nous souhaitons depuis longtemps. voire son album http://www.vacanceo.com/albums_photos/fiche-album_18854.php dans l'apres midi nous nous envolons pour francfort d'ou le soir nus devons prendre notre vol pour johanesburg probleme l'avion ne partira que demain matin, nous voila donc pour une nuit a francfort au frais de la lufthansa
jour 2 nous avions une corespondance pour windoeck a mid, elle est dejas ratée avant meme de quitter l'europe. ce sera donc une nuit a johanesburg, toujours aux frais de la lufthansa
jour 3 un vol est prevu le matin, losque nous arrivons a l'enregistrement on nous annonce, full, stanby! l'avion part sans nous. en contactant nos agence nous aprenons que l'avion n'etait pas plein! que s'est il passé? nous avons des soupsons mais aucune certitude. le vol suivant commence dans les memes conditions; stanby, il y aura sur de la place demain matin! finalement nos agence se demenent tellement que l'employée de la lufthansa fini par se deplace pour voire ce qui se passe et nous embarquons enfin. nous arrivons a windoeck avec 24h de retard et JC n'est pas pret!!!!!!!!! stanley nous acompagne pour un tour dans la ville et plus particulierement dans un tres beau marché artisanal le soir au repas nous mettons les choses au point.nous nous sommes entendu auparavant. nous avons perdu 2'h s'il faut les ratraper ce sera sur kurgger qui n'etait pas prevu au depart et pas sur le voyage choisit initialement. a ce moment la seule bonne initiative de JC (il y a son interet mais nous ne le savons pas encore) nous irons finalement au zimbabwéet la journee se ratrapera en n'ayant pas les attentes au bac poyur passer en zambie. youpi!!!!!! stanley aussi est ravi, il va faire des provision pour sa famille a harare
jour 4 route pour sossusvlei, balade dans les dunes en fin d'apres midi bivouac a sossusvlei
jour5 levé du soleil dans les dunes puis canyon de sesriem traversé du desert de namib naufulk jusque la vallée de la lune pour un bivouac dans un lieu incroyable
jour 6 et 7 swakopmund , danny est malade, nous n'aimons pas tellement cette ville qui ressemble a un decor de theatre posée artificielement dans le desert, de plus il y fait froid. nous y passons deux nuits a l'hotel, les derniers du voyage
jour8 nous rejoignons le parc du pitzkop dans le damaraland rando jusqu'une arche naturelle un couché de dsoleil en compagnie des enfants du village sera un moment inoubliable bivouac
jour 9 cap cross et ses otaries, puis massif du brandberg pour un nouveau bivouac ballade jusque la dame blanche le soir les villageaois nous font des chants et des danses
jour 10 rencontre avec des hereros puis twyfelfontein et ses gravure, la petrified forest le soir nous ganons la cheeta farm pour y passer la nuit
jour 11 magnama nous quitte ce qui n'arangera pas l'humeur de JC obligé de coduire, nous le trouvons de plus en plus pareseux! rencontre avec les himbas lorsque nous laisson magnama arrivee a etosha vers midi campement
jour 12 etosha, campement
jour 13 dernier tour a etosha avant de reprendre la route nous passons par des villages ou enfin nous trouvons cette ambiance africaine que nous aimons. le soir campement au bord de l'okavango face a l'angola; demain nous passerons au bstwana
je vous rassure toutes ces peripeties et meme JC n'ont pas reussit a gacher notre voyage , nous nous sommes regalés et la suite dans mon prochain carnet sur le bostwana
diaporama en musique namib naufulk http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4561.php
damaraland
http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4592.php
etosha
http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4625.php
NAMIBIE avant de vous parler de la namibie en particulier, je vais vous parler de l'ensemble du voyage cela fait longtemps que nous y pensions mais ce voyage tres cher n"avait pas pu se faire avant. un voyage de trois semaines prevoyant la namibie le bostwana et le zimbabwé, soutraité a l'agence africa tour. les problemes du zimbabwé font que nouvelles frontieres annule cette partie du voyage et propose de passer en zambie pour les chutes victoria puis rejoindre johanesburg par la route en passant par le parc krugger pour compenser le zimbabwé. ces modifications ne nous emballent pas, nous avions tres envie de passer au zimbabwé et nous faisons dejas pas mal de resreves animalieres alors ajouter krugger.... c'est de plus hypotequer un eventuel futur voyage en afrique du sud si krugger a dejas été fait. au depart nous etions 6 inscrits, il y a eu un desistement du aux modifications nous ne sommes plus que 5 nous voyageons avec micosi pour la troisieme fois, mon amie danny s'est joint a nous et il y a une isabelle que nous ne connaissons pas encore mais que nous trouverons a francfort
NAMIBIE entre kalahari et les eaux froides de l'atlantique, c'est un pays aride, riche de paysages naturels splendides. pays desertique peu peuplé la moitié de la population se trouve a windoeck d'immense exploitation agricoles, la viande y est de grande qualité le courrant froid de l'atlantique favorise les colonies d'otaires ancienne colonie allemande l'architecture de swakopmund et un peu de windoeck s'en ressentent ce pays est relativement prospere grace a son agriculture et a sa production miniere, mais il a une grande dependance economique vis a vis de l'afrique du sud beaucoup de tourisme en namibie et beaucoup de 4/4 avec la tente sur le toit une constatation importante qui nous a été signalée, les grandes resrves d'afrique australe forment un cordon "sanitaire" entre l'afrique "blanche (afrique du sud rodhesie a l'epoque et namibie) et l'afrique noire. au debut etosha allait jusque la mer, puis okavango.... jusque krugger. effectivement ce n'est qu'une fois fois passé etosha que nous retrouverons reelement cette ambiance africaine que nous aimons.
l'equipe nous acompagnent un responsable chauffeur, pour la premiuere fois nous avons un francais et ce n'est aps une reussite. JC est un oersonnage deplaisant qui se prend pour superbaroudeur, disparaissant continuelement (nous comprendrons plus tard qu'il a accepté ce voyage pour poser les jalons de sa propre agence qu'il est en train de monter) stanley, notre cuisinier zimbabwéen d'une grande gentillesse et serviabilité toujours plein d'attentions et pour quelques jours, magnama, aide chauffeur zambien, gentil et effacé
LE VOYAGE jour1
dans l'apres midi nous nous envolons pour francfort d'ou le soir nus devons prendre notre vol pour johanesburg probleme l'avion ne partira que demain matin, nous voila donc pour une nuit a francfort au frais de la lufthansa
jour 2 nous avions une corespondance pour windoeck a mid, elle est dejas ratée avant meme de quitter l'europe. ce sera donc une nuit a johanesburg, toujours aux frais de la lufthansa
jour 3 un vol est prevu le matin, losque nous arrivons a l'enregistrement on nous annonce, full, stanby! l'avion part sans nous. en contactant nos agence nous aprenons que l'avion n'etait pas plein! que s'est il passé? nous avons des soupsons mais aucune certitude. le vol suivant commence dans les memes conditions; stanby, il y aura sur de la place demain matin! finalement nos agence se demenent tellement que l'employée de la lufthansa fini par se deplace pour voire ce qui se passe et nous embarquons enfin. nous arrivons a windoeck avec 24h de retard et JC n'est pas pret!!!!!!!!! stanley nous acompagne pour un tour dans la ville et plus particulierement dans un tres beau marché artisanal le soir au repas nous mettons les choses au point.nous nous sommes entendu auparavant. nous avons perdu 2'h s'il faut les ratraper ce sera sur kurgger qui n'etait pas prevu au depart et pas sur le voyage choisit initialement. a ce moment la seule bonne initiative de JC (il y a son interet mais nous ne le savons pas encore) nous irons finalement au zimbabwéet la journee se ratrapera en n'ayant pas les attentes au bac poyur passer en zambie. youpi!!!!!! stanley aussi est ravi, il va faire des provision pour sa famille a harare
jour 4 route pour sossusvlei, balade dans les dunes en fin d'apres midi bivouac a sossusvlei
jour5 levé du soleil dans les dunes puis canyon de sesriem traversé du desert de namib naufulk jusque la vallée de la lune pour un bivouac dans un lieu incroyable
jour 6 et 7 swakopmund , danny est malade, nous n'aimons pas tellement cette ville qui ressemble a un decor de theatre posée artificielement dans le desert, de plus il y fait froid. nous y passons deux nuits a l'hotel, les derniers du voyage
jour8 nous rejoignons le parc du pitzkop dans le damaraland rando jusqu'une arche naturelle un couché de dsoleil en compagnie des enfants du village sera un moment inoubliable bivouac
jour 9 cap cross et ses otaries, puis massif du brandberg pour un nouveau bivouac ballade jusque la dame blanche le soir les villageaois nous font des chants et des danses
jour 10 rencontre avec des hereros puis twyfelfontein et ses gravure, la petrified forest le soir nous ganons la cheeta farm pour y passer la nuit
jour 11 magnama nous quitte ce qui n'arangera pas l'humeur de JC obligé de coduire, nous le trouvons de plus en plus pareseux! rencontre avec les himbas lorsque nous laisson magnama arrivee a etosha vers midi campement
jour 12 etosha, campement
jour 13 dernier tour a etosha avant de reprendre la route nous passons par des villages ou enfin nous trouvons cette ambiance africaine que nous aimons. le soir campement au bord de l'okavango face a l'angola; demain nous passerons au bstwana
avant de vous parler de la namibie en particulier, je vais vous parler de l'ensemble du voyage cela fait longtemps que nous y pensions mais ce voyage tres cher n"avait pas pu se faire avant. un voyage de trois semaines prevoyant la namibie le bostwana et le zimbabwé, soutraité a l'agence africa tour. les problemes du zimbabwé font que nouvelles frontieres annule cette partie du voyage et propose de passer en zambie pour les chutes victoria puis rejoindre johanesburg par la route en passant par le parc krugger pour compenser le zimbabwé. ces modifications ne nous emballent pas, nous avions tres envie de passer au zimbabwé et nous faisons dejas pas mal de resreves animalieres alors ajouter krugger.... c'est de plus hypotequer un eventuel futur voyage en afrique du sud si krugger a dejas été fait. au depart nous etions 6 inscrits, il y a eu un desistement du aux modifications nous ne sommes plus que 5 nous voyageons avec micosi pour la troisieme fois, mon amie danny s'est joint a nous et il y a une isabelle que nous ne connaissons pas encore mais que nous trouverons a francfort
NAMIBIE entre kalahari et les eaux froides de l'atlantique, c'est un pays aride, riche de paysages naturels splendides. pays desertique peu peuplé la moitié de la population se trouve a windoeck d'immense exploitation agricoles, la viande y est de grande qualité le courrant froid de l'atlantique favorise les colonies d'otaires ancienne colonie allemande l'architecture de swakopmund et un peu de windoeck s'en ressentent ce pays est relativement prospere grace a son agriculture et a sa production miniere, mais il a une grande dependance economique vis a vis de l'afrique du sud beaucoup de tourisme en namibie et beaucoup de 4/4 avec la tente sur le toit une constatation importante qui nous a été signalée, les grandes resrves d'afrique australe forment un cordon "sanitaire" entre l'afrique "blanche (afrique du sud rodhesie a l'epoque et namibie) et l'afrique noire. au debut etosha allait jusque la mer, puis okavango.... jusque krugger. effectivement ce n'est qu'une fois fois passé etosha que nous retrouverons reelement cette ambiance africaine que nous aimons.
l'equipe nous acompagnent un responsable chauffeur, pour la premiuere fois nous avons un francais et ce n'est aps une reussite. JC est un oersonnage deplaisant qui se prend pour superbaroudeur, disparaissant continuelement (nous comprendrons plus tard qu'il a accepté ce voyage pour poser les jalons de sa propre agence qu'il est en train de monter) stanley, notre cuisinier zimbabwéen d'une grande gentillesse et serviabilité toujours plein d'attentions et pour quelques jours, magnama, aide chauffeur zambien, gentil et effacé
LE VOYAGE jour1 c'est a l'aeroport que nous retrouvons micosi apres une nuit dans le train casot nous y attend egalement pour une rencontre que nous souhaitons depuis longtemps. voire son album http://www.vacanceo.com/albums_photos/fiche-album_18854.php dans l'apres midi nous nous envolons pour francfort d'ou le soir nus devons prendre notre vol pour johanesburg probleme l'avion ne partira que demain matin, nous voila donc pour une nuit a francfort au frais de la lufthansa
jour 2 nous avions une corespondance pour windoeck a mid, elle est dejas ratée avant meme de quitter l'europe. ce sera donc une nuit a johanesburg, toujours aux frais de la lufthansa
jour 3 un vol est prevu le matin, losque nous arrivons a l'enregistrement on nous annonce, full, stanby! l'avion part sans nous. en contactant nos agence nous aprenons que l'avion n'etait pas plein! que s'est il passé? nous avons des soupsons mais aucune certitude. le vol suivant commence dans les memes conditions; stanby, il y aura sur de la place demain matin! finalement nos agence se demenent tellement que l'employée de la lufthansa fini par se deplace pour voire ce qui se passe et nous embarquons enfin. nous arrivons a windoeck avec 24h de retard et JC n'est pas pret!!!!!!!!! stanley nous acompagne pour un tour dans la ville et plus particulierement dans un tres beau marché artisanal le soir au repas nous mettons les choses au point.nous nous sommes entendu auparavant. nous avons perdu 2'h s'il faut les ratraper ce sera sur kurgger qui n'etait pas prevu au depart et pas sur le voyage choisit initialement. a ce moment la seule bonne initiative de JC (il y a son interet mais nous ne le savons pas encore) nous irons finalement au zimbabwéet la journee se ratrapera en n'ayant pas les attentes au bac poyur passer en zambie. youpi!!!!!! stanley aussi est ravi, il va faire des provision pour sa famille a harare
jour 4 route pour sossusvlei, balade dans les dunes en fin d'apres midi bivouac a sossusvlei
jour5 levé du soleil dans les dunes puis canyon de sesriem traversé du desert de namib naufulk jusque la vallée de la lune pour un bivouac dans un lieu incroyable
jour 6 et 7 swakopmund , danny est malade, nous n'aimons pas tellement cette ville qui ressemble a un decor de theatre posée artificielement dans le desert, de plus il y fait froid. nous y passons deux nuits a l'hotel, les derniers du voyage
jour8 nous rejoignons le parc du pitzkop dans le damaraland rando jusqu'une arche naturelle un couché de dsoleil en compagnie des enfants du village sera un moment inoubliable bivouac
jour 9 cap cross et ses otaries, puis massif du brandberg pour un nouveau bivouac ballade jusque la dame blanche le soir les villageaois nous font des chants et des danses
jour 10 rencontre avec des hereros puis twyfelfontein et ses gravure, la petrified forest le soir nous ganons la cheeta farm pour y passer la nuit
jour 11 magnama nous quitte ce qui n'arangera pas l'humeur de JC obligé de coduire, nous le trouvons de plus en plus pareseux! rencontre avec les himbas lorsque nous laisson magnama arrivee a etosha vers midi campement
jour 12 etosha, campement
jour 13 dernier tour a etosha avant de reprendre la route nous passons par des villages ou enfin nous trouvons cette ambiance africaine que nous aimons. le soir campement au bord de l'okavango face a l'angola; demain nous passerons au bstwana
je vous rassure toutes ces peripeties et meme JC n'ont pas reussit a gacher notre voyage , nous nous sommes regalés et la suite dans mon prochain carnet sur le bostwana
diaporama en musique namib naufulk http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4561.php
damaraland
http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4592.php
etosha
http://www.vacanceo.com/videos/voir-vid_4625.php
Martinique: petites nouvelles du quotidien à partir du 1er mars 2010 English translation pending
Bonjour,
Afin de rassembler toutes les informations pouvant être utiles, à un instant T, à nos amies et amis de passage en Madinina, j'ouvre ce sujet. J'y mettrai, avec l'aide d'autres j'espère, les éléments variants pouvant interférer dans le bon vécu d'un voyage ou expliquant certaines situations ponctuelles. Lorsqu'il y aura des points communs avec la Guadeloupe, je le signalerai.
Bonne prochaine venue dans nos îles.
Afin de rassembler toutes les informations pouvant être utiles, à un instant T, à nos amies et amis de passage en Madinina, j'ouvre ce sujet. J'y mettrai, avec l'aide d'autres j'espère, les éléments variants pouvant interférer dans le bon vécu d'un voyage ou expliquant certaines situations ponctuelles. Lorsqu'il y aura des points communs avec la Guadeloupe, je le signalerai.
Bonne prochaine venue dans nos îles.
Vertus de l'échec, traversée des Calanques English translation pending
Une traversée des Calanques en janvier
Le projet initial prévoyait de rejoindre Nice au départ de la gare Saint-Charles à Marseille, en traversant différents massifs montagneux, le premier étant les Calanques. Projet quelque peu ambitieux, quand la préparation physique a été pour le moins négligée, de plus monté à la hâte et de façon approximative en matière de poids de sac qui avoisinait les quatorze kilos. Evidemment le péché de vanité ça se paie généralement cash. Bien entendu ce fut le cas. La balade démarrée dans l’allégresse un matin de fin janvier 2010 sur l’esplanade de la gare Saint-Charles s’est terminée dans la douleur deux jours plus tard à Roquefort-la-Bédoule, village situé sur les hauteurs de Cassis. Un démarrage de sciatique m’a cloué et forcé à l’abandon.
Toute expérience est bonne à faire. Cela permet de réfléchir aux erreurs commises afin de ne pas les répéter. Cela rappelle surtout aux réalités pour éviter de se croire au-dessus de la moyenne en partant dans n’importe quelle condition. Donc, je ne regrette pas ces deux jours passés à marcher même si parfois j’en ai bavé, à cause de la première étape bien trop longue, du manque d’entraînement, du sac trop lourd et du temps particulièrement hostile le deuxième jour.
Les conditions météorologiques n’étaient pas très favorables à cette époque, cependant je l’avais choisie car elle correspondait à une période de pleine lune. Et, en hiver on peut être amené à marcher dans l’obscurité, et l’astre de la nuit prodigue à ces moments-là une lumière appréciable et salvatrice.
Le TGV Lyon Marseille fonce dans la nuit. A partir de Montélimar le jour se lève. Une plaine brouillardeuse et toute couverte de givre se dévoile. Je me dis que les Calanques, première partie de mon périple, devraient échapper à ce phénomène du fait de leur proximité de la mer. L’arrivée à Marseille a lieu vers les huit heures trente.
L’air est frais sans plus, pour une fin janvier je dirais qu’il fait bon. Dès la sortie de la gare, Notre Dame de la Garde, « la Bonne Mère », me saute au visage. Ce ne sera que le deuxième point de passage de ma balade. Dans un premier temps je compte descendre au Vieux Port pour admirer les étalages des pêcheurs qui arrivent juste de la mer, et débarquent leurs poissons encore vivants. La ville en ce début de matinée est populeuse, les voitures nombreuses. Rapidement je rejoins la Canebière, ce boulevard mythique en légère descente, qui me conduit en quelques minutes sur le quai du port.
En effet, comme prévu quelques étals sont alignés et exposent une marchandise aux teintes colorées, comme seuls les poissons de Méditerranée en dévoilent. Le loup, la sole, le turbot occupent une bonne place, ensuite le rouget, normal et grondin, ainsi que la rascasse rehaussent l’ensemble d’une touche rouge vif. Le rouget sur le bassin d’Arcachon, mais là on n’est plus en Provence, lorsqu’il est de petite taille porte le charmant surnom de vendangeur. En effet, on le dénomme ainsi pour les raisons suivantes : il rentre dans le bassin au moment des vendanges et prend la couleur rouge de la feuille de vigne en automne. Même s’il est goûteux, ce n’est pas mon préféré. Une bonne sole ou un joli marbré à la livrée blanc immaculé, rayée de fines lignes noires sont mes préférés, sans oublier une friture de girelles multicolores. Revenons à nos étals ; au beau milieu de tous ces poissons une grosse langouste ajoute sa touche. Tout heureux je m’attarde en faisant une multitude de photographies.
Des ruelles en pente m’invitent à prendre la direction de « la Bonne Mère » qui veille du haut de sa colline sur la ville. Un petit bistrot, à la devanture bien méridionale, me tente pour un arrêt technique. Les toilettes sans papier, heureusement je suis toujours prévoyant. Le café est bon, l’accent des clients est un vrai plaisir. Je demande au tenancier le chemin le plus court pour monter au sommet de la colline. « En bus ou à pied ?» interroge-t-il. Je lui confirme que je compte y monter par mes propres moyens. Et là, il me sort une tirade digne de Pagnol à peu près dans ces termes : « Eh! Vous fatiguez pas à monter là-haut, redescendez sur le port et faites une photo au téléobjectif et vous direz que vous y êtes allé ». J’adore, et toute la salle rigole, le midi ça vaut le coup! Me voilà reparti, la rue en pente raide permet de s’élever rapidement. Je traverse un parc arboré au chemin en épingles à cheveux, et débouche au pied du raidillon final. Mon attention est attirée par un char d’assaut datant de la seconde guerre mondiale du nom de « Jeanne d’arc ». Son équipage avait été tué à cet endroit lors de l’assaut des troupes françaises, qui le 25 août 1944 reprenaient la colline aux Allemands. L'évocation des combats passés et de ces soldats qui y laissèrent leur vie procure toujours des moments de grande émotion. Cela me rappelle mon voyage à travers l’Europe de l’est, ponctué de lieux évocateurs du grand cataclysme déclenché par la dictature nazie.
Je m’arrache à ce spectacle et au panneau relatant les circonstances de ces événements tragiques. Devant moi, un grand escalier matérialisant un chemin de croix me conduit directement sur le parvis de la basilique.
Que le site est aérien ! Que la vue est immense, époustouflante sur la mer et ses îles, sur la terre ses maisons et ses collines. J’ai un regard tout spécialement pour le château d’If, datant de l’époque de François Premier et qui fut rendu célèbre par le roman d’Alexandre Dumas qui fit rêver beaucoup d’entre nous dans notre jeunesse, le comte de Monte-Cristo.
Marseille s’étale en contrebas. Ses constructions, innombrables, semblent blotties, tassées les unes sur les autres comme pour se tenir chaud en attente du mistral qui commence à lancer ses rafales d’air froid, rageuses et aléatoires. Je fais le tour de cette vaste esplanade. Sous tous les angles le spectacle est étonnant. Une large terrasse en contrebas semble véritablement en surplomb sur la ville, comme si on allait tomber sur les premiers toits en se penchant. Le parapet de cette esplanade est littéralement couvert d’ex-voto. Ils en occupent tout l’espace vertical, à tel point que l’on passe, par un effet de perspective, sans transition aucune du blanc des plaques de marbre aux toits des maisons qui se serrent quelques centaines de mètres plus bas. L’effet est très étonnant.
Les ex-voto, lorsqu’on entre dans la basilique, attirent immédiatement l’attention pour ne plus la lâcher. Généralement, on imagine qu’ils expriment des paroles de remerciements pour une guérison ou simplement qu’ils donnent une date et un nom. On oublie que l’ex-voto n’est pas toujours une simple plaque mais parfois un véritable tableau gravé. Alors les vœux de reconnaissance à la Vierge de la part des marins s’apparentent à de véritables œuvres d’art qui relatent des situations dignes de films d’aventure. Ce régiment d’infanterie qui remercie la Vierge Marie de lui avoir permis d’échapper aux sous-marins allemands en 1918 lors de son transfert d’Afrique du Nord sur le front occidental. Encore cet équipage d’un grand voilier qui a survécu à une terrible tornade dans l’Océan Indien. Ou encore ce remerciement pour avoir été préservé d’une grande épidémie de choléra. Ces trois exemples pour donner une idée de ce que représentent ces centaines voire milliers d’ex-voto de marins qui rendent grâce à la Vierge pour leur salut.
L’édifice est d’architecture imposante, sur certains côtés extérieurs il me rappelle la basilique de Fourvière à Lyon. L’intérieur est incroyablement orné de couleurs chaudes, le style est presque oriental.
Après cette visite particulièrement intéressante il me faut reprendre ma route vers les Calanques que je distingue au loin au-delà d'une longue corniche. Je la rejoins en descendant un chemin abrupt au pied de la basilique où de nombreux chats errant parmi les cactus me détalent entre les jambes. Puis après avoir suivi sur quelques centaines de mètres une rue comme il en existe dans toutes les villes, une dame m’indique un sentier très pittoresque qui se glisse entre les maisons au fond d’une minuscule gorge. Par ce cheminement je rejoins directement le bord de mer. Il est dix heures, je vais marcher le long de cette corniche durant deux heures. Par moments, il me prend l’envie de monter dans un bus qui me conduirait directement à Callelongue, mais je résiste. Est-ce une bonne chose ? Aujourd’hui je ne crois pas, car étant donné mon entraînement, j’aurais mieux fait de me ménager ce qui m’aurait évité les déboires et douleurs à venir, en commençant par une immense étape.
Le temps est légèrement couvert, le vent est en train de s’installer par rafales successives. Cela est caractéristique à la couleur de la mer, qui prend cette teinte bleu noir, annonciatrice des jours de mistral avec ses vaguelettes qui courent au large. Cette corniche me paraît interminable, l’impression d’éloignement étant augmentée par l’humidité de l’air qui donne une touche floue à tout ce qui se trouve à quelques kilomètres. Les aménagements sont de belle qualité et la marche est agréable. Quelques objets qui se veulent des sculptures égayent la marche. En particulier, une proue de navire, que j’identifie comme phénicien, côtoie un genre de crabe armé d’une énorme pince qui monte au ciel, le tout façonné en bois brut gris clair presque couleur cendre. Quelle en est la symbolique ? Juste avant, une immense hélice en bronze pointait vers le ciel, pour rappeler le retour des rapatriés d’Algérie et la ville de Marseille a fait inscrire à son pied la mention suivante pour que le passant se souvienne: Aux rapatriés d’Afrique du Nord et d’outre-mer. A tous ceux qui ont pour dernière demeure un sol maintenant étranger, sur lequel ils ont vécu, travaillé et où ils ont aimé. Salut à vous qui êtes revenus, notre ville est la vôtre.
Je réalise une fois de plus, que le fait de marcher permet beaucoup plus de s’imprégner d’un pays que de le parcourir en véhicule. Une multitude de choses vous interpellent lorsque vous vous déplacez au rythme des pieds. La randonnée on la conçoit toujours dans des régions de nature loin des villes. Traverser les Calanques en partant de la gare Saint-Charles m’avait tout d’abord semblé une drôle d’idée, pas forcément intéressante, puis je m’étais dit : cette ville de Marseille par laquelle tu es souvent passé la connais-tu ? Bien sûr une multitude de fois j’avais, comme on dit en franglais, commuté par cette gare carrefour, bien qu’elle soit dans un cul-de-sac, paradoxe ! J’avais vu la porte d’Aix, j’étais même déjà passé par Notre dame de la Garde, j’avais même feuilleté le dictionnaire amoureux de Marseille, collection remarquable, mais cette ville du sud dont Albert Londres a fait une magnifique description intemporelle, je n’avais jamais pris le temps de m’y plonger quelques heures à errer au hasard. Donc, cette introduction au voyage m’est apparue de plus en plus pertinente et voilà comment on décide d’un voyage à pied en le débutant par la traversée d’une ville sur une quinzaine de kilomètres. Je dois dire que l’expérience est intéressante est mérite d’être faite, mis à part qu’il est préférable d’avoir la forme physique et ne pas vouloir faire deux étapes en une.
On est toujours surpris de la vitesse à laquelle on avance à pied. Les détours du rivage qui me semblaient sans fin sont atteints rapidement et bientôt la densité des maisons diminue, la roche blanche des Calanques se fait plus présente. Les petits villages à la touche très méridionale, en périphérie de la grande ville sont traversés. Leurs noms sont universellement connus, Montredon, la Madrague, les Goudes. Ce dernier cache un petit port au fond d’une crique resserrée surplombée de villas, qui semblent surveiller de leurs gros yeux carrés les bateaux sagement alignés. A cette époque de l’année l’activité est quasi nulle. En arrière-plan les premières falaises d’escalade s’érigent et montent vers le ciel comme des sentinelles qui seraient garantes de l’originalité du site. Encore un kilomètre par la route qui domine la mer. Le spectacle est impressionnant, les îles se découpent en plans successifs. Elles présentent toutes des crêtes extraordinairement déchiquetées et je ne me lasse pas de les contempler. Comme quoi il faut être sans préjugé, car même en marchant sur une route goudronnée on peut être saisi par la beauté des paysages. Il faut dire cependant que le trafic automobile est presque nul. Je vois simplement passer le minibus qui aurait pu me faire effectuer le trajet en vingt minutes au lieu de trois heures et demie. Mais aurais-je éprouvé la même sollicitation à l’appel des Calanques et du voyage à pied ?
Dans toute sa splendeur apparaît dans un virage la calanque toute en longueur, au nom évocateur de Callelongue. Le chemin commence ici, il s’agit de la porte d’entrée dans les Calanques au départ de Marseille. L’air commence à se rafraîchir et le mistral à forcir. Je ressens de la fatigue, mais je suis habitué aux démarrages de longues randonnées, qui demandent une petite mise au point, cela ne m’inquiète pas. Un restaurant à l’aspect sympathique me tente et je me laisse faire, la Grotte. Le patron me demande où je veux m’installer, je lui dis là où il fait le plus chaud. Il me désigne une petite table tout à côté d’un gros poêle qui distribue sans avarice sa douche chaleur. Que je suis bien! Une grosse entrecôte me procure un plaisir immense, même si il n’est écologiquement pas bien de manger de la viande à cause des quantités d’eau nécessaires, il paraît cinquante mètres cubes par kilogramme, et puis aussi à cause de l’effet de serre du fait des vaches qui émettent des gaz comme le méthane!
Après un moment très agréable qui m’a permis de me reposer, je fais le plein d’eau de mes deux bouteilles de Badoit en vue d’une traversée des Calanques sans possibilité de ravitaillement. Ce qui sera le cas. Une fois dehors l’ambiance hivernale se rappelle à moi. Je pense aujourd’hui aller au moins jusqu’à la calanque de Sormiou. Mais nous verrons bien. Je démarre par le chemin en bord de mer, la vue porte jusqu’au bec de Sormiou. Il n’y a que moutonnements de falaises éclatantes qui plongent dans la mer d’un bleu profond. En arrière-plan, très loin perdu dans un brouillard ténu dû à la distance, on discerne le cap Canaille entre Cassis et la Ciotat. Perdue dans ce décor gigantesque la Grande Candelle arbore son arête de Marseille qui apparaît minuscule bien qu’elle se développe sur plus de cent vingt mètres. La France quand on pense à la regarder est à mon sens le plus beau pays du monde.
Se sentir exposé à un chemin que l’on ne maîtrise pas complètement en se disant que la nuit viendra trop tôt et qu’il faudra s’adapter au dernier moment en fonction de ce que l’on trouvera avant la fuite du soleil, est un des principaux moteurs de mes balades hivernales, toujours un peu contraintes par les heures que l’on sait contingentées.
Je me souviens de ma jeunesse et d’une traversée des Calanques en courant que j’avais réalisée en trois heures trente sept minutes et trente sept secondes de Callongue au parking de Port Miou. Mais aujourd’hui les années se sont accumulées et le sac fait quatorze kilogrammes, et moi qui me crois le chantre du sac léger, je me fais presque honte.
Le vent forcit, donc le ciel se dégage. Le contraste de ces vagues de rochers blancs qui plongent dans cette mer, hésitant entre le bleu profond et le vert émeraude absout de toutes les souffrances, car je commence à ressentir que je vais dépasser les possibilités de ma forme. Mais à aucun moment l’idée de ralentir ne m’effleure, toujours trop confiant dans la capacité de ma carcasse à amortir les violences. Il faut dire que le panorama est tellement grandiose que l’on ne pense plus à écouter son corps mais seulement à s’enfoncer toujours plus profondément dans ce monde minéral. Se déplacer entre ciel et mer sur ce chemin aérien est une véritable drogue.
Cet immense arc qui conduit jusqu’au bec de Sormiou m’envoûte littéralement. N’ayant pas regardé ma carte j’ai de la difficulté à estimer les distances. Je sais seulement que le chemin que j’ai décidé de suivre s’insinue dans ces falaises. Je réalise que je ne suis plus uniquement dans une balade sur un chemin mais qu’il va falloir faire appel sans doute à quelques notions élémentaires d’escalade. En effet, lorsque je m’engage sur le tracé vert des Walkyries, l’ambiance change. Après un chemin pierreux demandant de l’attention, la verticalité du lieu s’impose. Rapidement une main courante est nécessaire pour négocier un passage d’une dizaine de mètres vertical. J’avais oublié que les Calanques ne se déclinaient pas toujours en chemins mais en aussi en terrain un peu plus aventure. Cela n’est pas pour me déplaire.
Le site est austère, et pas une seule personne, oui en France on peut se sentir très loin. Sur une vire aérienne je fais une erreur et me trouve acculé à des pas d’escalade à la limite du raisonnable. Ne pas insister et faire demi-tour, en effet les fameuses traces de peinture vertes donnent la direction d’un petit aplomb qui nécessite un pas d’escalade facile. A plusieurs reprises je dépasse des lieux qui fourniraient des bivouacs dignes des dieux. Mais voilà il reste quelques heures de jour et cette obsession de continuer sans relâche, est toujours la plus forte, que c’est dommage !
Ce chemin qui s’insinue entre des barres rocheuses est vraiment extraordinaire. La jouissance naît aussi du fait que se sachant engagé dans un trajet de longue durée, l’étonnement est bien réel de se voir acculé à des passages de cette difficulté antinomiques de grandes distances à franchir. Les vagues frappent la base des falaises en projetant des gerbes d’écume. Je me sens en harmonie avec les éléments. Cependant, au fond de moi, une petite voix m’avertit que tout n’est pas pour le mieux. En effet, le sac se fait lourd et une forme de fatigue générale, que je décèle au manque de souplesse dans les passages aériens, commence à se manifester. Le chemin est minuscule, il se faufile au milieu de la falaise qui semble ne laisser aucune issue, la jouissance est bien réelle. Dans un passage très raide et aérien, alors que je pousse sur la jambe droite, une douleur fulgurante me saisit le mollet. Je m’agrippe du mieux possible à l’aide de mes deux mains. Je suis cloué sur place par la douleur. Je déporte le plus vite possible le poids de mon corps sur la jambe gauche. Immobile au milieu de ce monde de pierre je me demande ce que je vais faire si la douleur ne cesse pas. Mais rapidement elle s’estompe. Je comprends que je viens de dépasser les limites. Doucement, je me remets en marche en faisant attention à mon mollet droit vulnérabilisé. Mon premier souci, c’est de sortir de cette zone trop raide pour me permettre de m’arrêter pour la nuit. Dans le fond, que tout ne se passe pas « comme sur des roulettes » ça change et ça donne un peu de piment!
Le coin est vraiment sauvage, une grande falaise sur plusieurs kilomètres dans laquelle je louvoie de vire en vire. Je repars donc doucement en faisant bien attention de délester au maximum ma jambe droite. Un peu plus tard une deuxième alerte, et à nouveau ce mal fulgurant dans le mollet droit. Je décide de m’arrêter pour une petite halte et faire le point.
- A nouveau je suis en marche à un pas lent, bien conscient de préserver ma jambe droite. Cela me paraît tenir. Bientôt, au-dessus de moi, la falaise se couche et le chemin prend un aspect plus habituel et cela jusqu’à la crête qui domine la calanque suivante. J’atteins la crête et rapidement j’aborde la descente en direction de la route qui conduit à Sormiou. Le vent est particulièrement violent. Je croise un homme, jumelles rivées sur les yeux. Je suis intrigué. Il me dit qu’il est en train d’observer un aigle de Bonelli en vol stationnaire dans le mistral qui produit un effet d’onde sur le relief. Gentiment il me propose à mon tour d’observer ce bel oiseau. Spectacle superbe, merci Monsieur pour ce petit moment de bonheur que vous m’avez procuré.
La vue se découvre sur un vaste paysage, la Grande Candelle, sentinelle éclatante de blancheur, pointe vers le ciel, un peu plus loin, le Devenson caractéristique du fait de sa grande conque au rocher rouge, que j’avais gravie il y a une trentaine d’années et qui m’a laissé des souvenirs forts, plonge dans les flots, et puis tout là-bas, le cap Canaille, affichant sa silhouette massive, semble matérialiser le bout de la terre dans la mer.
Un peu avant l’intersection avec la route de Sormiou, sur le chemin se trouve un panneau rappelant les caractéristiques de la grotte Cosquer. Elle fut découverte en 1991 par le plongeur Henri Cosquer par 37 mètres de profondeur au pied de la falaise du cap de Morgiou. Une datation au carbone 14 a permis de faire remonter l’occupation du lieu entre 18500 et 27000 ans « avant le présent ». L’entrée en fut immergée il y a 10000 ans lors d’une période de réchauffement de la planète. La visite n’en est pas possible, mais le plus vieux musée immergé du monde peut se découvrir grâce à un film en trois dimensions qui permet d’en avoir une représentation imagée. Cette lecture me fait instantanément oublier mes petits maux et me plonge dans un monde fantastique d’il y a presque 300 siècles. J’ai du mal à réaliser ce que représentent 300 siècles !
A mes pieds la calanque de Sormiou dévoile sa plage et son ensemble de petites maisons blotties au fond d’une crique profonde, à l’entrée de laquelle veille, tel un garde gigantesque, le bec de Sormiou. Je ne vais pas descendre, mais je décide de continuer jusqu’à Morgiou en espérant y arriver avant la nuit et surtout y trouver un gîte. En effet le mistral souffle de plus en plus fort et une longue nuit dehors ne m’attire pas vraiment, et surtout le bivouac est strictement interdit et je n’aime pas en général enfreindre les règlements. La contravention est de 135 euros !
Le chemin m’apparaît long, la fatigue s’accentue. Une côte semble ne jamais finir alors que je sais d’expérience que les distances dans les Calanques ne sont jamais très longues. Après avoir croisé deux personnes bien emmitouflées, j’arrive enfin sur la crête séparant les deux calanques. Le Crêt Saint Michel baigné de la lumière du soleil couchant, magnifique falaise d’escalade, fait son apparition, donc Morgiou n’est plus tout proche. Le vent fort commence à m’inquiéter. Et si je ne trouvais rien pour dormir dans cette calanque? Malheureusement cette éventualité me semble probable ! Je me souviens qu’il s’y trouve un bistrot. Il faut toujours positiver, vais-je trouver un arrangement avec le patron.
Un petit chemin sur la droite, débutant par un immense détour presque à flanc, donne accès au fond de cet étroit vallon si pittoresque. Les toits des cabanons groupés dans un écrin restreint de verdure se discernent dans la pénombre, comme écrasés par les vastes pans de falaises calcaires blanches qui en vagues successives s’élèvent jusqu’à la Grande Candelle, qui encore pour quelques minutes, comme un sémaphore brille au-dessus d’un monde de pénombre. Dans le prolongement des habitations, le port, abrité au fond de son étroit bras de mer resserré par cette roche éclatante omniprésente, se prépare à hiberner en attendant la longue nuit qui emplira les lieux dans peu de temps.
La route étroite et sinueuse qui donne accès à la calanque est vite rejointe, et devant moi l’enfilade des cabanons se dessine. Br ! L’éclairage décroît et ce vent froid que l’on entend gémir dans les murailles me dominant, crée une atmosphère sévère. Une ombre furtive passe d’un cabanon à un autre, je n’ai pas le temps de l’intercepter. Un chien dans cette ruelle étroite, le maître ne doit pas être loin. En effet une femme sort d’une habitation. Je me renseigne sur les possibilités d’hébergement. Elle est catégorique, il n’y en a pas. De plus elle m’indique que le bistrot est exceptionnellement fermé. Heureusement que je me suis chargé de deux litres d’eau à Callongue, ce qui me sera bien utile car maintenant, je ne dois pas m’attendre à en trouver avant Cassis, c'est-à-dire au mieux demain midi.
Mais ces cogitations ne règlent pas mon besoin urgent de trouver un point de chute pour la nuit. Je sais que le bivouac est interdit, le procès verbal est de 135 euros, je l’ai lu à plusieurs reprises. De plus j’essaie toujours de me conformer aux règlements en vigueur. Mais aujourd’hui que faire ? La dame me parle bien de nombreux cabanons vides à cette époque. Je ne me vois absolument pas rentrer par effraction dans l’un d’eux. Alors elle se souvient qu’au-dessus du port se trouve un abri sous roche qui offre un espace plat permettant la station couchée. Elle y montait me dit-elle, il y a bien longtemps, lorsqu’elle était jeune. Fort de ce renseignement je reprends ma route. Je constate que le bar est effectivement fermé, puis je débouche sur le port. Le chemin escalade en pente raide le versant gauche. Je distingue une petite falaise quelques dizaines de mètres en retrait. Je m’y dirige, et miracle à son pied un superbe espace plat me permet d’ériger ma minuscule tente couleur vert militaire en toute discrétion. Etant donné l’époque et les conditions climatiques je ne crains pas trop d’être débusqué par un agent ou un garde forestier.
L’installation est rapide, cependant je prends soin de procéder dans l’ordre. Une couverture de survie posée au sol, sur laquelle je déploie ma tente double paroi. Je gonfle mon mini matelas, j’étale mon sac de couchage dans lequel je glisse mon léger drap intérieur, à la dénomination courante que je déteste, sac à viande. Il a une double vocation, d’une part éviter de salir le tissu du sac de couchage lorsque je m’y introduis tout habillé, et d’autre part augmenter le confort et la chaleur lors d’une longue station comme aujourd’hui de quatorze heures.
L’endroit bien que tout proche des bateaux, que j’entends se balancer dans le clapotis, permet la plus grande discrétion. Quelques grands pins contribuent à escamoter la silhouette de mon abri dans la nuit qui prend possession des lieux.
Une fois allongé je réalise que je suis très fatigué. Je n’ai ni soif ni faim, mauvais signe. Je prends pleinement conscience que je suis parti sans préparation et que cette étape très longue pour commencer risque de m’être fatale. Je sens mon mollet droit qui se remet doucement des deux crampes très douloureuses ressenties dans les escarpements de la falaise des Walkyries.
Bien installé dans ma tente j’entends le vent qui s’affole tout autour en bourrasques hargneuses et colériques. En prévision de ces conditions, je me suis appliqué à bien planter les piquets et j’ai pris la précaution de renforcer leur prise au sol en les recouvrant de grosses pierres. Je me sens bien. La nuit est complètement tombée. Une clarté monte lentement et finit par s’imposer. La lune en maîtresse des ténèbres, qu’elle assaille et conquiert, s’impose et rend à la roche tout son éclat. Malgré la fatigue, je ne peux résister à la contemplation de ce spectacle. Le bruit du vent dans les parois et les arbres, le cliquetis des bateaux à l’amarre, le clapot léger des vagues mourantes qui réussissent à venir au fond de cette baie profonde, me bercent dans cette clarté nocturne. En face, par delà le court bras d’eau, je peux distinguer très nettement le dièdre du renard, belle escalade d’un peu moins d’une centaine de mètres, qui suit un itinéraire semblable à un livre ouvert, que l’on parcourt en apposant les pieds de part et d’autre sur chacune des pages. Malgré l’envoûtement du spectacle en ce lieu de confluence de la mer et de la montagne, je suis obligé malgré la féerie, de me réfugier au chaud dans ma guitoune. En effet, les températures négatives et le mistral s’allient pour rompre le sortilège. Les morsures du froid me forcent à battre et retraite, un peu comme si en ce lieu où le bivouac est interdit, les curieux de la nuit en infraction, intrus qui se sont imposés sans invitation, étaient irrémédiablement refoulés et non autorisés à voler un spectacle de toute beauté.
Quatorze heures allongé dans une tente à attendre le jour avec des températures en dessous de zéro et un vent fou, on pourrait imaginer que c’est long et que c’est un vrai calvaire. Eh bien non ! Un matériel adapté permet de véritablement jouir de cette situation, se sentir en harmonie avec la nature en réalisant que même en hiver dormir dehors procure des sensations agréables. Le temps va s’écouler entre brefs sommes perturbés par les rafales qui font claquer la toile du double-toit, quelques moments de lecture et de temps en temps par une prise de nourriture et une gorgée d’eau. Mais je me sens tout à fait à ma place et ma grande fatigue me fait d’autant plus apprécier cette longue station couchée.
J’ai la ferme intention de ne démarrer que lorsque le jour sera pleinement levé car le chemin contournant Sugiton est assez escarpé et de nuit voire seulement dans la pénombre cela ne doit pas être très agréable. L’aube pointe, j’en distingue la lumière à travers ma mince protection. Puis d’un coup une lumière plus vive m’inonde. Tiens de quoi s’agit-il ? En face de moi le versant orienté à l’est reçoit le soleil et me le renvoie avec prodigalité. Spectacle magnifique, cette pente de cailloux qui s’éclaire subitement. Je plie rapidement mes affaires, bien ordonnées dans des sacs de congélation de différentes tailles, que je maintiens au plus serré avec des élastiques. Je me force à manger, je devrais dire ingurgiter une rondelle de saucisson, un morceau de pain et un bounty, le tout accompagné d’une petite rasade d’eau. Lorsque je bivouaque seul, je ne me fais jamais rien chauffer le matin. Et de plus dans les Calanques, même en hiver, avec ce mistral ce serait folie criminelle. De mon repère en hauteur, la vue plonge directement sur le port et ses bateaux de pêcheurs et de plaisance bien rangés le long des jetées à angle droit.
La marche reprend, la forme est revenue, le long repos m’a fait le plus grand bien. Un bruit de moteur monte de la calanque. Un pêcheur revient de relever ses filets. Sans doute ramène-t-il de beaux poissons de roche multicolores ? Le chemin prend par endroits des airs d’escalade, les pieds sont en adhérence et il faut s’aider des mains pour se hisser. Le rocher est très poli par les nombreux passages. Au-dessus de moi l’aiguille de Sugiton dresse ses belles faces, qui sont parcourues d’innombrables voies d’escalade. Je me souviens y être venu souvent, il y a bien longtemps.
J’arrive à la calanque de Sugiton qui est dominée par l’impressionnante paroi des toits, aux teintes marron. Un petit raidillon me conduit juste à son pied. Je vais la longer sur toute sa longueur. Il ne fait pas chaud, de petites stalactites de glace pendent sous les surplombs. Le chemin est vraiment au pied car on passe carrément sous la paroi à l’endroit même où les grimpeurs commencent leur escalade. Je discerne les pitons qui partent à l’assaut de ce monde en dévers. Aujourd’hui le site est désert. D’ailleurs jusqu’à Cassis je ne verrai pas âme qui vive. Le cheminement pénètre dans un goulet raide aux cailloux instables, pourtant je suis sur un chemin de grande randonnée. Mais l’effort de la veille doit encore se faire sentir. Puis j’emprunte le sentier de traverse, GR 98 qui conduit au col de la Candelle. Le dénivelé depuis la mer atteint les quatre cents mètres. La vue s’élargit et s’embellit. L’île de Riou, tel un destroyer résiste dans une mer sous l’emprise du mistral. Le cap Morgiou s’étire loin dans cette mer bleue foncée moutonnée de vaguelettes rapides qui fuient vers le large. Une pensée à la grotte Cosquer qui se cache là-bas à son pied par moins trente sept mètres. Cela prouve qu’il y a vingt mille ans le niveau de la mer était beaucoup plus bas. Cela veut-il dire que les théories actuelles sur le réchauffement sont à relativiser? Effectivement un certain nombre de polémiques fleurissent à ce sujet ces derniers temps. Qu’en est-il ? De nombreux ouvrages, tel celui de Claude Allègre ou encore celui de Emmanuel Grenier, scientifique reconnu « Les dérangements du temps 500 ans de chaud et de froid en Europe » permettent de se forger sa propre opinion.
Par une multitude de courbes je monte vers le col de la Candelle. Son arête ouest, dénommée arête de Marseille grandit et me barre l’horizon. Cette escalade mythique de difficulté moyenne a été immortalisée par Gaston Rebuffat, qui en a fait des photos à grande diffusion d’un esthétisme parfait. De vieux souvenirs me reviennent à l’esprit. Combien de générations d’alpinistes cette falaise magnifique a-t-elle inspirés ? Et qui plus tard sont partis à l’assaut des géants des Alpes et des autres massifs montagneux du globe. Ma solitude par cette journée froide et venteuse est peuplée d’une foule hétéroclite se riant du temps, d’une part ces hommes préhistoriques qui vivaient en ce lieu il a quelques trois cents siècles et d’autre part les cohortes de grimpeurs qui se sont succédés sur cette arête depuis plus de quatre vingt ans, car le premier parcours remonte à 1927. Durée dérisoire comparée aux 300 siècles qui nous séparent des artistes qui ont orné la grotte se cachant au creux de la falaise de Morgiou. D’ailleurs à ce sujet, les deux découvertes récentes majeures que sont la grotte Cosquer et la grotte Chauvet dans l’Ardèche ont révolutionné les théories sur l’art préhistorique. En effet il y a quelques temps alors que je visitais le double de la grotte de Lascaux, je demandais au paléontologue qui nous accompagnait, si ces deux découvertes avaient modifié nos connaissances en la matière. Sa réponse fut étonnante et d’un grand intérêt. En effet, il m’expliqua que toutes nos connaissances avaient été bouleversées, car avant ces découvertes, à travers les sites connus on pouvait constater une évolution technique au cours du temps dans les dessins pariétaux, les perspectives s’affinaient les dimensions se précisaient en cohérence avec la datation au carbone 14 des sites. Puis ces deux grottes ornées d’un intérêt majeur ont été découvertes. Les dessins observés sont beaucoup plus vieux que tous ceux connus. La surprise de taille réside dans le fait que ces deux nouvelles grottes dévoilent des représentations à la facture technique très évoluée, patatrac, nos belles théories envolées ! Voilà ce que m’a répondu ce spécialiste de l’art préhistorique.
L’arrivée au col me rappelle à la réalité du moment présent. Un vent violent me cueille littéralement et me fait vaciller. Le panorama s’étend de Marseille au cap Canaille entre Cassis et La Ciotat. Mais je ne m’éternise pas pour échapper aux rafales d’air violentes et anarchiques.
Je poursuis par le chemin qui me paraît le plus rapide. Il va me conduire au cap Gros. Un peu à contre cœur je décide de prendre cette direction certes plus courte mais qui va m’éloigner du bord de mer et de ses immenses falaises. En effet, je n’ose pas m’aventurer dans la direction du Devenson, le vent véritablement rageur commence à m’inquiéter. Momentanément dans un petit talweg je suis protégé et en cet endroit il fait bon. A mes pieds une vue magnifique révèle le Val Vierge sous un angle stupéfiant, quatre cents mètres de gorges qui dévalent jusqu’à la mer. Un dernier petit raidillon et je débouche au cap Gros. Un ultime coup d’œil aux falaises que je vais quitter pour cheminer sur un plateau qui présente moins de caractère.
Ma carte indique un refuge, manifestement il n’y est plus. Dommage car je me serais bien arrêté. Le vent devient, non pas inquiétant mais franchement dangereux. Sur cette crêt du Mont Puget jusqu’à quelque distance du col de la Gardiole, j’ai vraiment eu la sensation de lutter pour ma survie, me sentant en grand danger. Cette accélération du vent est sans doute due au relief entre Marseille et Cassis qui à cet endroit crée une étroiture propice à un effet venturi, qui se concrétise par un courant d’air d’une violence inouïe et sans répit. La peur je l’ai déjà expérimentée dans de nombreuses circonstances, les accidents de la route, la grande chute en escalade, le bivouac dans une paroi en altitude, noyée sous une épaisse couche de neige, les bombardements de pierres en paroi ou au canon à Sarajevo, les avalanches et par mauvais temps sans visibilité la sensation est terrifiante de se trouver sur une neige qui se met en mouvement sans être capable d’appréhender l’ampleur du phénomène. Mais, aujourd’hui la peur va prendre un aspect différent, il s’agit de la peur de s’envoler comme une feuille et cela durant un long, très long moment. Je suis passé pratiquement sans transition d’une zone relativement calme à la bourrasque la plus terrible que j’ai connue. Pourtant le vent, je croyais en avoir une certaine expérience. Il y a quelques années au cours d’une tempête hivernale, durant quatre jours j’avais parcouru une partie du chemin cathare. Mon corps s’était habitué et je me sentais totalement adapté à cet environnement hostile. A plusieurs reprises j’avais été bousculé et jeté au sol, mais je maîtrisais et cette confrontation virile avec les éléments m’avait beaucoup plu. Seulement en montant au château de Quiribus, j’avais été très impressionné et j’avais rampé dans les escaliers verglacés et m’étais réfugié dans une grande pièce voûtée, de laquelle il me semblait que le château vibrait en harmonie avec les coups de boutoir de la tempête. Mais là encore en me plaquant aux murailles et en rampant sur des sols uniformes, cela était plus un « jeu d’adrénaline » qu’une peur déclenchée par un risque que l’on évalue comme mortel.
Aujourd’hui sur cette crête pourtant large et absolument pas aérienne il en va tout autrement. J’ai l’impression de ne plus rien maîtriser, et d’être le jouet passif de ces bourrasques continues qui cherchent à m’arracher du sol. Pas de point de repos auquel me raccrocher, au milieu de ce large chemin de pierraille je me fais penser à ces gros buissons épineux que l’on voit rouler au cours des tempêtes dans les films de cow-boys. J’en ai déjà vu en réalité non aux USA mais dans le désert saoudien. Ils apparaissent dans le nuage de sable et quelques instants plus tard ils ont disparu absorbés par la grisaille. Aujourd’hui pas de grisaille, un ciel lumineux et cette tempête farouche contre laquelle j’essaie de lutter. De plus il fait froid, quelques petites plaques de glace rappellent que la température est négative. Je suis peu couvert, et il n’est plus possible de m’arrêter et de sortir un quelconque habit. Cela ne me vient même pas à l’idée tellement cela me paraît voué à l’échec. Je n’ai pas de gants et mes doigts sont gourds. Arc-bouté, je dérape sur les cailloux, avec mes bâtons j’essaie de freiner puis de bloquer le mouvement que m’impose le vent. Les pierres sont comme des roulements à bille sur lesquels mes chaussures se mettent en mouvement. Surtout ne pas laisser la vitesse augmenter. A plusieurs reprises, je me retrouve couché pour ne pas être emporté. J’essaie de ramper, mais sur ce sol aux cailloux tranchants cela est particulièrement mal aisé et il me faudrait des heures pour sortir de cette zone, dans laquelle j’ai l’impression de jouer ma survie. Il est particulièrement déstabilisant de ne trouver aucun point auquel se raccrocher, mais ne voir qu’un immense espace duquel je pense que je n’aurais peut-être pas l’endurance suffisante pour en sortir. Effectivement le doute m’a assailli.
Juste devant moi un gros buisson, je me jette à son pied et un calme tout relatif me permet de reprendre mon souffle. Combien de temps a duré ce premier round ? Je ne sais pas. Dans ces situations le temps d’un côté paraît long, mais les efforts musculaires énormes ainsi que les cogitations du cerveau en extrême vigilance en relativisent la durée. Je peux même ouvrir mon sac, sortir mes gants et mettre une veste par-dessus mon t-shirt. Je constate que j’ai perdu un verre de lunettes sans doute arraché par la pression de l’air !
Allongé, je reprends mon souffle et récupère vite en me réchauffant dans ma veste. J’examine le chemin qu’il me reste à parcourir jusqu’au col de la Gardiole. Le terrain est tout à fait débonnaire, incroyable que je me sente en tel danger ! Quelques petites dépressions me semblent très propices à l’effet de venturi, mais pas moyen d’y couper. Fort de l’expérience que je viens de vivre je me remets en route. Effectivement les petites dépressions qui ne m’inspiraient pas sont particulièrement redoutables.
Enfin en m’approchant du col, l’effet venturi diminue et je retrouve un vent simplement violent qui ne m’empêche pas de marcher. Même au contraire, puisque maintenant il me pousse dans le dos. Je viens de vivre un moment particulièrement intense. Une barrière coupe le chemin, je la franchis. Certaines inscriptions y figurent, en particulier encore une fois le montant de l’amende en cas d’infraction au règlement et ce qui me fait sourire l’interdiction d’emprunter ce chemin si le vent est supérieur à 40k/h ! J’apprendrai en écoutant le bulletin météorologique ce soir que les rafales ont dépassé les 110k/h, et en considérant l’effet venturi produit au niveau de cette crête, on doit pouvoir rajouter un pourcentage non négligeable.
Le col est vite atteint et je me dirige à bonne allure vers Cassis. Un peu avant d’atteindre la calanque de Port-Miou, à l’abri relatif d’un petit vallon je m’arrête et mange de bon cœur. Ce moment de repos je le savoure. Rapidement j’atteins le parking de la calanque et par la route je rejoins le centre ville. Cette petite cité je l’aime beaucoup, son port et ses restaurants qui le bordent rendent le lieu particulièrement sympathique. Arrivé devant l’un d’eux qui avec témérité a laissé son enseigne sur pied et quelques tables, j’entends un grand bruit, l’enseigne s’envole et deux tables avec tous les couverts se renversent dans un fracas de vaisselle cassée. Les tables dehors aujourd’hui, il faut être optimiste, car même les plus accrocs à la cigarette devraient avoir du mal !
Je m’attarde à regarder la carte des menus et me laisse tenter par une grosse platée de pâtes aux fruits de mer. Qu’il fait bon et chaud dans cette salle de restaurant. Le patron me demande d’où je viens et où je vais. Quand je lui parle de mon départ de Saint-Charles hier matin il est admiratif. Mais lorsque je lui dis que ma conviction pour la suite en a pris un petit coup, il sourit.
Après ce moment bien agréable, il ne me reste plus qu’à me remettre en route et parcourir les huit kilomètres qui me séparent de mon but de la journée le village de Roquefort-la-Bédoule, où mes beaux-parents m’attendent. Cette dernière partie le long de la route ne présente pas un réel intérêt, le chemin de grande randonnée passe un peu au-dessus, mais je suis pressé de rejoindre mon point de chute de la journée. Vers les seize heures je touche au but. Avec l’arrêt et le refroidissement des muscles les douleurs apparaissent. J’ai du mal à me plier et une douleur persistante me zèbre la fesse droite. Je me dis que demain matin il sera temps de faire le point.
Le lendemain matin j’ai du mal à sortir de mon lit, une douleur aiguë me cloue sur ma couche. Je prends conscience que j’ai voulu forcer sur la bête sans l’entraînement nécessaire et je le paie. Cela m’était rarement arrivé, à tel point que je n’en ai pas le souvenir. Mais il me faut tirer les leçons de ce type d’erreur et me préparer mieux ou alors commencer par des étapes courtes le temps que le corps se mette au diapason. Donc je vais reprendre le train pour Lyon en constatant l’échec de mon projet. Un coup de téléphone à l’hostellerie de la Sainte-Baume, pour leur dire que ce soir je n’y viendrai pas. Et voilà la belle randonnée hivernale que je prévoyais durant onze jours se termine après deux seulement. Mais le renoncement, bien qu’il me contrarie, ne m’enlève pas la passion des grands périples à pied. L’envie de repartir n’en est que plus forte, et l’expérience vécue ces deux jours a été très enrichissante et surtout doit me rappeler à l’humilité.
Le projet initial prévoyait de rejoindre Nice au départ de la gare Saint-Charles à Marseille, en traversant différents massifs montagneux, le premier étant les Calanques. Projet quelque peu ambitieux, quand la préparation physique a été pour le moins négligée, de plus monté à la hâte et de façon approximative en matière de poids de sac qui avoisinait les quatorze kilos. Evidemment le péché de vanité ça se paie généralement cash. Bien entendu ce fut le cas. La balade démarrée dans l’allégresse un matin de fin janvier 2010 sur l’esplanade de la gare Saint-Charles s’est terminée dans la douleur deux jours plus tard à Roquefort-la-Bédoule, village situé sur les hauteurs de Cassis. Un démarrage de sciatique m’a cloué et forcé à l’abandon.
Toute expérience est bonne à faire. Cela permet de réfléchir aux erreurs commises afin de ne pas les répéter. Cela rappelle surtout aux réalités pour éviter de se croire au-dessus de la moyenne en partant dans n’importe quelle condition. Donc, je ne regrette pas ces deux jours passés à marcher même si parfois j’en ai bavé, à cause de la première étape bien trop longue, du manque d’entraînement, du sac trop lourd et du temps particulièrement hostile le deuxième jour.
Les conditions météorologiques n’étaient pas très favorables à cette époque, cependant je l’avais choisie car elle correspondait à une période de pleine lune. Et, en hiver on peut être amené à marcher dans l’obscurité, et l’astre de la nuit prodigue à ces moments-là une lumière appréciable et salvatrice.
Le TGV Lyon Marseille fonce dans la nuit. A partir de Montélimar le jour se lève. Une plaine brouillardeuse et toute couverte de givre se dévoile. Je me dis que les Calanques, première partie de mon périple, devraient échapper à ce phénomène du fait de leur proximité de la mer. L’arrivée à Marseille a lieu vers les huit heures trente.
L’air est frais sans plus, pour une fin janvier je dirais qu’il fait bon. Dès la sortie de la gare, Notre Dame de la Garde, « la Bonne Mère », me saute au visage. Ce ne sera que le deuxième point de passage de ma balade. Dans un premier temps je compte descendre au Vieux Port pour admirer les étalages des pêcheurs qui arrivent juste de la mer, et débarquent leurs poissons encore vivants. La ville en ce début de matinée est populeuse, les voitures nombreuses. Rapidement je rejoins la Canebière, ce boulevard mythique en légère descente, qui me conduit en quelques minutes sur le quai du port.
En effet, comme prévu quelques étals sont alignés et exposent une marchandise aux teintes colorées, comme seuls les poissons de Méditerranée en dévoilent. Le loup, la sole, le turbot occupent une bonne place, ensuite le rouget, normal et grondin, ainsi que la rascasse rehaussent l’ensemble d’une touche rouge vif. Le rouget sur le bassin d’Arcachon, mais là on n’est plus en Provence, lorsqu’il est de petite taille porte le charmant surnom de vendangeur. En effet, on le dénomme ainsi pour les raisons suivantes : il rentre dans le bassin au moment des vendanges et prend la couleur rouge de la feuille de vigne en automne. Même s’il est goûteux, ce n’est pas mon préféré. Une bonne sole ou un joli marbré à la livrée blanc immaculé, rayée de fines lignes noires sont mes préférés, sans oublier une friture de girelles multicolores. Revenons à nos étals ; au beau milieu de tous ces poissons une grosse langouste ajoute sa touche. Tout heureux je m’attarde en faisant une multitude de photographies.
Des ruelles en pente m’invitent à prendre la direction de « la Bonne Mère » qui veille du haut de sa colline sur la ville. Un petit bistrot, à la devanture bien méridionale, me tente pour un arrêt technique. Les toilettes sans papier, heureusement je suis toujours prévoyant. Le café est bon, l’accent des clients est un vrai plaisir. Je demande au tenancier le chemin le plus court pour monter au sommet de la colline. « En bus ou à pied ?» interroge-t-il. Je lui confirme que je compte y monter par mes propres moyens. Et là, il me sort une tirade digne de Pagnol à peu près dans ces termes : « Eh! Vous fatiguez pas à monter là-haut, redescendez sur le port et faites une photo au téléobjectif et vous direz que vous y êtes allé ». J’adore, et toute la salle rigole, le midi ça vaut le coup! Me voilà reparti, la rue en pente raide permet de s’élever rapidement. Je traverse un parc arboré au chemin en épingles à cheveux, et débouche au pied du raidillon final. Mon attention est attirée par un char d’assaut datant de la seconde guerre mondiale du nom de « Jeanne d’arc ». Son équipage avait été tué à cet endroit lors de l’assaut des troupes françaises, qui le 25 août 1944 reprenaient la colline aux Allemands. L'évocation des combats passés et de ces soldats qui y laissèrent leur vie procure toujours des moments de grande émotion. Cela me rappelle mon voyage à travers l’Europe de l’est, ponctué de lieux évocateurs du grand cataclysme déclenché par la dictature nazie.
Je m’arrache à ce spectacle et au panneau relatant les circonstances de ces événements tragiques. Devant moi, un grand escalier matérialisant un chemin de croix me conduit directement sur le parvis de la basilique.
Que le site est aérien ! Que la vue est immense, époustouflante sur la mer et ses îles, sur la terre ses maisons et ses collines. J’ai un regard tout spécialement pour le château d’If, datant de l’époque de François Premier et qui fut rendu célèbre par le roman d’Alexandre Dumas qui fit rêver beaucoup d’entre nous dans notre jeunesse, le comte de Monte-Cristo.
Marseille s’étale en contrebas. Ses constructions, innombrables, semblent blotties, tassées les unes sur les autres comme pour se tenir chaud en attente du mistral qui commence à lancer ses rafales d’air froid, rageuses et aléatoires. Je fais le tour de cette vaste esplanade. Sous tous les angles le spectacle est étonnant. Une large terrasse en contrebas semble véritablement en surplomb sur la ville, comme si on allait tomber sur les premiers toits en se penchant. Le parapet de cette esplanade est littéralement couvert d’ex-voto. Ils en occupent tout l’espace vertical, à tel point que l’on passe, par un effet de perspective, sans transition aucune du blanc des plaques de marbre aux toits des maisons qui se serrent quelques centaines de mètres plus bas. L’effet est très étonnant.
Les ex-voto, lorsqu’on entre dans la basilique, attirent immédiatement l’attention pour ne plus la lâcher. Généralement, on imagine qu’ils expriment des paroles de remerciements pour une guérison ou simplement qu’ils donnent une date et un nom. On oublie que l’ex-voto n’est pas toujours une simple plaque mais parfois un véritable tableau gravé. Alors les vœux de reconnaissance à la Vierge de la part des marins s’apparentent à de véritables œuvres d’art qui relatent des situations dignes de films d’aventure. Ce régiment d’infanterie qui remercie la Vierge Marie de lui avoir permis d’échapper aux sous-marins allemands en 1918 lors de son transfert d’Afrique du Nord sur le front occidental. Encore cet équipage d’un grand voilier qui a survécu à une terrible tornade dans l’Océan Indien. Ou encore ce remerciement pour avoir été préservé d’une grande épidémie de choléra. Ces trois exemples pour donner une idée de ce que représentent ces centaines voire milliers d’ex-voto de marins qui rendent grâce à la Vierge pour leur salut.
L’édifice est d’architecture imposante, sur certains côtés extérieurs il me rappelle la basilique de Fourvière à Lyon. L’intérieur est incroyablement orné de couleurs chaudes, le style est presque oriental.
Après cette visite particulièrement intéressante il me faut reprendre ma route vers les Calanques que je distingue au loin au-delà d'une longue corniche. Je la rejoins en descendant un chemin abrupt au pied de la basilique où de nombreux chats errant parmi les cactus me détalent entre les jambes. Puis après avoir suivi sur quelques centaines de mètres une rue comme il en existe dans toutes les villes, une dame m’indique un sentier très pittoresque qui se glisse entre les maisons au fond d’une minuscule gorge. Par ce cheminement je rejoins directement le bord de mer. Il est dix heures, je vais marcher le long de cette corniche durant deux heures. Par moments, il me prend l’envie de monter dans un bus qui me conduirait directement à Callelongue, mais je résiste. Est-ce une bonne chose ? Aujourd’hui je ne crois pas, car étant donné mon entraînement, j’aurais mieux fait de me ménager ce qui m’aurait évité les déboires et douleurs à venir, en commençant par une immense étape.
Le temps est légèrement couvert, le vent est en train de s’installer par rafales successives. Cela est caractéristique à la couleur de la mer, qui prend cette teinte bleu noir, annonciatrice des jours de mistral avec ses vaguelettes qui courent au large. Cette corniche me paraît interminable, l’impression d’éloignement étant augmentée par l’humidité de l’air qui donne une touche floue à tout ce qui se trouve à quelques kilomètres. Les aménagements sont de belle qualité et la marche est agréable. Quelques objets qui se veulent des sculptures égayent la marche. En particulier, une proue de navire, que j’identifie comme phénicien, côtoie un genre de crabe armé d’une énorme pince qui monte au ciel, le tout façonné en bois brut gris clair presque couleur cendre. Quelle en est la symbolique ? Juste avant, une immense hélice en bronze pointait vers le ciel, pour rappeler le retour des rapatriés d’Algérie et la ville de Marseille a fait inscrire à son pied la mention suivante pour que le passant se souvienne: Aux rapatriés d’Afrique du Nord et d’outre-mer. A tous ceux qui ont pour dernière demeure un sol maintenant étranger, sur lequel ils ont vécu, travaillé et où ils ont aimé. Salut à vous qui êtes revenus, notre ville est la vôtre.
Je réalise une fois de plus, que le fait de marcher permet beaucoup plus de s’imprégner d’un pays que de le parcourir en véhicule. Une multitude de choses vous interpellent lorsque vous vous déplacez au rythme des pieds. La randonnée on la conçoit toujours dans des régions de nature loin des villes. Traverser les Calanques en partant de la gare Saint-Charles m’avait tout d’abord semblé une drôle d’idée, pas forcément intéressante, puis je m’étais dit : cette ville de Marseille par laquelle tu es souvent passé la connais-tu ? Bien sûr une multitude de fois j’avais, comme on dit en franglais, commuté par cette gare carrefour, bien qu’elle soit dans un cul-de-sac, paradoxe ! J’avais vu la porte d’Aix, j’étais même déjà passé par Notre dame de la Garde, j’avais même feuilleté le dictionnaire amoureux de Marseille, collection remarquable, mais cette ville du sud dont Albert Londres a fait une magnifique description intemporelle, je n’avais jamais pris le temps de m’y plonger quelques heures à errer au hasard. Donc, cette introduction au voyage m’est apparue de plus en plus pertinente et voilà comment on décide d’un voyage à pied en le débutant par la traversée d’une ville sur une quinzaine de kilomètres. Je dois dire que l’expérience est intéressante est mérite d’être faite, mis à part qu’il est préférable d’avoir la forme physique et ne pas vouloir faire deux étapes en une.
On est toujours surpris de la vitesse à laquelle on avance à pied. Les détours du rivage qui me semblaient sans fin sont atteints rapidement et bientôt la densité des maisons diminue, la roche blanche des Calanques se fait plus présente. Les petits villages à la touche très méridionale, en périphérie de la grande ville sont traversés. Leurs noms sont universellement connus, Montredon, la Madrague, les Goudes. Ce dernier cache un petit port au fond d’une crique resserrée surplombée de villas, qui semblent surveiller de leurs gros yeux carrés les bateaux sagement alignés. A cette époque de l’année l’activité est quasi nulle. En arrière-plan les premières falaises d’escalade s’érigent et montent vers le ciel comme des sentinelles qui seraient garantes de l’originalité du site. Encore un kilomètre par la route qui domine la mer. Le spectacle est impressionnant, les îles se découpent en plans successifs. Elles présentent toutes des crêtes extraordinairement déchiquetées et je ne me lasse pas de les contempler. Comme quoi il faut être sans préjugé, car même en marchant sur une route goudronnée on peut être saisi par la beauté des paysages. Il faut dire cependant que le trafic automobile est presque nul. Je vois simplement passer le minibus qui aurait pu me faire effectuer le trajet en vingt minutes au lieu de trois heures et demie. Mais aurais-je éprouvé la même sollicitation à l’appel des Calanques et du voyage à pied ?
Dans toute sa splendeur apparaît dans un virage la calanque toute en longueur, au nom évocateur de Callelongue. Le chemin commence ici, il s’agit de la porte d’entrée dans les Calanques au départ de Marseille. L’air commence à se rafraîchir et le mistral à forcir. Je ressens de la fatigue, mais je suis habitué aux démarrages de longues randonnées, qui demandent une petite mise au point, cela ne m’inquiète pas. Un restaurant à l’aspect sympathique me tente et je me laisse faire, la Grotte. Le patron me demande où je veux m’installer, je lui dis là où il fait le plus chaud. Il me désigne une petite table tout à côté d’un gros poêle qui distribue sans avarice sa douche chaleur. Que je suis bien! Une grosse entrecôte me procure un plaisir immense, même si il n’est écologiquement pas bien de manger de la viande à cause des quantités d’eau nécessaires, il paraît cinquante mètres cubes par kilogramme, et puis aussi à cause de l’effet de serre du fait des vaches qui émettent des gaz comme le méthane!
Après un moment très agréable qui m’a permis de me reposer, je fais le plein d’eau de mes deux bouteilles de Badoit en vue d’une traversée des Calanques sans possibilité de ravitaillement. Ce qui sera le cas. Une fois dehors l’ambiance hivernale se rappelle à moi. Je pense aujourd’hui aller au moins jusqu’à la calanque de Sormiou. Mais nous verrons bien. Je démarre par le chemin en bord de mer, la vue porte jusqu’au bec de Sormiou. Il n’y a que moutonnements de falaises éclatantes qui plongent dans la mer d’un bleu profond. En arrière-plan, très loin perdu dans un brouillard ténu dû à la distance, on discerne le cap Canaille entre Cassis et la Ciotat. Perdue dans ce décor gigantesque la Grande Candelle arbore son arête de Marseille qui apparaît minuscule bien qu’elle se développe sur plus de cent vingt mètres. La France quand on pense à la regarder est à mon sens le plus beau pays du monde.
Se sentir exposé à un chemin que l’on ne maîtrise pas complètement en se disant que la nuit viendra trop tôt et qu’il faudra s’adapter au dernier moment en fonction de ce que l’on trouvera avant la fuite du soleil, est un des principaux moteurs de mes balades hivernales, toujours un peu contraintes par les heures que l’on sait contingentées.
Je me souviens de ma jeunesse et d’une traversée des Calanques en courant que j’avais réalisée en trois heures trente sept minutes et trente sept secondes de Callongue au parking de Port Miou. Mais aujourd’hui les années se sont accumulées et le sac fait quatorze kilogrammes, et moi qui me crois le chantre du sac léger, je me fais presque honte.
Le vent forcit, donc le ciel se dégage. Le contraste de ces vagues de rochers blancs qui plongent dans cette mer, hésitant entre le bleu profond et le vert émeraude absout de toutes les souffrances, car je commence à ressentir que je vais dépasser les possibilités de ma forme. Mais à aucun moment l’idée de ralentir ne m’effleure, toujours trop confiant dans la capacité de ma carcasse à amortir les violences. Il faut dire que le panorama est tellement grandiose que l’on ne pense plus à écouter son corps mais seulement à s’enfoncer toujours plus profondément dans ce monde minéral. Se déplacer entre ciel et mer sur ce chemin aérien est une véritable drogue.
Cet immense arc qui conduit jusqu’au bec de Sormiou m’envoûte littéralement. N’ayant pas regardé ma carte j’ai de la difficulté à estimer les distances. Je sais seulement que le chemin que j’ai décidé de suivre s’insinue dans ces falaises. Je réalise que je ne suis plus uniquement dans une balade sur un chemin mais qu’il va falloir faire appel sans doute à quelques notions élémentaires d’escalade. En effet, lorsque je m’engage sur le tracé vert des Walkyries, l’ambiance change. Après un chemin pierreux demandant de l’attention, la verticalité du lieu s’impose. Rapidement une main courante est nécessaire pour négocier un passage d’une dizaine de mètres vertical. J’avais oublié que les Calanques ne se déclinaient pas toujours en chemins mais en aussi en terrain un peu plus aventure. Cela n’est pas pour me déplaire.
Le site est austère, et pas une seule personne, oui en France on peut se sentir très loin. Sur une vire aérienne je fais une erreur et me trouve acculé à des pas d’escalade à la limite du raisonnable. Ne pas insister et faire demi-tour, en effet les fameuses traces de peinture vertes donnent la direction d’un petit aplomb qui nécessite un pas d’escalade facile. A plusieurs reprises je dépasse des lieux qui fourniraient des bivouacs dignes des dieux. Mais voilà il reste quelques heures de jour et cette obsession de continuer sans relâche, est toujours la plus forte, que c’est dommage !
Ce chemin qui s’insinue entre des barres rocheuses est vraiment extraordinaire. La jouissance naît aussi du fait que se sachant engagé dans un trajet de longue durée, l’étonnement est bien réel de se voir acculé à des passages de cette difficulté antinomiques de grandes distances à franchir. Les vagues frappent la base des falaises en projetant des gerbes d’écume. Je me sens en harmonie avec les éléments. Cependant, au fond de moi, une petite voix m’avertit que tout n’est pas pour le mieux. En effet, le sac se fait lourd et une forme de fatigue générale, que je décèle au manque de souplesse dans les passages aériens, commence à se manifester. Le chemin est minuscule, il se faufile au milieu de la falaise qui semble ne laisser aucune issue, la jouissance est bien réelle. Dans un passage très raide et aérien, alors que je pousse sur la jambe droite, une douleur fulgurante me saisit le mollet. Je m’agrippe du mieux possible à l’aide de mes deux mains. Je suis cloué sur place par la douleur. Je déporte le plus vite possible le poids de mon corps sur la jambe gauche. Immobile au milieu de ce monde de pierre je me demande ce que je vais faire si la douleur ne cesse pas. Mais rapidement elle s’estompe. Je comprends que je viens de dépasser les limites. Doucement, je me remets en marche en faisant attention à mon mollet droit vulnérabilisé. Mon premier souci, c’est de sortir de cette zone trop raide pour me permettre de m’arrêter pour la nuit. Dans le fond, que tout ne se passe pas « comme sur des roulettes » ça change et ça donne un peu de piment!
Le coin est vraiment sauvage, une grande falaise sur plusieurs kilomètres dans laquelle je louvoie de vire en vire. Je repars donc doucement en faisant bien attention de délester au maximum ma jambe droite. Un peu plus tard une deuxième alerte, et à nouveau ce mal fulgurant dans le mollet droit. Je décide de m’arrêter pour une petite halte et faire le point.
- A nouveau je suis en marche à un pas lent, bien conscient de préserver ma jambe droite. Cela me paraît tenir. Bientôt, au-dessus de moi, la falaise se couche et le chemin prend un aspect plus habituel et cela jusqu’à la crête qui domine la calanque suivante. J’atteins la crête et rapidement j’aborde la descente en direction de la route qui conduit à Sormiou. Le vent est particulièrement violent. Je croise un homme, jumelles rivées sur les yeux. Je suis intrigué. Il me dit qu’il est en train d’observer un aigle de Bonelli en vol stationnaire dans le mistral qui produit un effet d’onde sur le relief. Gentiment il me propose à mon tour d’observer ce bel oiseau. Spectacle superbe, merci Monsieur pour ce petit moment de bonheur que vous m’avez procuré.
La vue se découvre sur un vaste paysage, la Grande Candelle, sentinelle éclatante de blancheur, pointe vers le ciel, un peu plus loin, le Devenson caractéristique du fait de sa grande conque au rocher rouge, que j’avais gravie il y a une trentaine d’années et qui m’a laissé des souvenirs forts, plonge dans les flots, et puis tout là-bas, le cap Canaille, affichant sa silhouette massive, semble matérialiser le bout de la terre dans la mer.
Un peu avant l’intersection avec la route de Sormiou, sur le chemin se trouve un panneau rappelant les caractéristiques de la grotte Cosquer. Elle fut découverte en 1991 par le plongeur Henri Cosquer par 37 mètres de profondeur au pied de la falaise du cap de Morgiou. Une datation au carbone 14 a permis de faire remonter l’occupation du lieu entre 18500 et 27000 ans « avant le présent ». L’entrée en fut immergée il y a 10000 ans lors d’une période de réchauffement de la planète. La visite n’en est pas possible, mais le plus vieux musée immergé du monde peut se découvrir grâce à un film en trois dimensions qui permet d’en avoir une représentation imagée. Cette lecture me fait instantanément oublier mes petits maux et me plonge dans un monde fantastique d’il y a presque 300 siècles. J’ai du mal à réaliser ce que représentent 300 siècles !
A mes pieds la calanque de Sormiou dévoile sa plage et son ensemble de petites maisons blotties au fond d’une crique profonde, à l’entrée de laquelle veille, tel un garde gigantesque, le bec de Sormiou. Je ne vais pas descendre, mais je décide de continuer jusqu’à Morgiou en espérant y arriver avant la nuit et surtout y trouver un gîte. En effet le mistral souffle de plus en plus fort et une longue nuit dehors ne m’attire pas vraiment, et surtout le bivouac est strictement interdit et je n’aime pas en général enfreindre les règlements. La contravention est de 135 euros !
Le chemin m’apparaît long, la fatigue s’accentue. Une côte semble ne jamais finir alors que je sais d’expérience que les distances dans les Calanques ne sont jamais très longues. Après avoir croisé deux personnes bien emmitouflées, j’arrive enfin sur la crête séparant les deux calanques. Le Crêt Saint Michel baigné de la lumière du soleil couchant, magnifique falaise d’escalade, fait son apparition, donc Morgiou n’est plus tout proche. Le vent fort commence à m’inquiéter. Et si je ne trouvais rien pour dormir dans cette calanque? Malheureusement cette éventualité me semble probable ! Je me souviens qu’il s’y trouve un bistrot. Il faut toujours positiver, vais-je trouver un arrangement avec le patron.
Un petit chemin sur la droite, débutant par un immense détour presque à flanc, donne accès au fond de cet étroit vallon si pittoresque. Les toits des cabanons groupés dans un écrin restreint de verdure se discernent dans la pénombre, comme écrasés par les vastes pans de falaises calcaires blanches qui en vagues successives s’élèvent jusqu’à la Grande Candelle, qui encore pour quelques minutes, comme un sémaphore brille au-dessus d’un monde de pénombre. Dans le prolongement des habitations, le port, abrité au fond de son étroit bras de mer resserré par cette roche éclatante omniprésente, se prépare à hiberner en attendant la longue nuit qui emplira les lieux dans peu de temps.
La route étroite et sinueuse qui donne accès à la calanque est vite rejointe, et devant moi l’enfilade des cabanons se dessine. Br ! L’éclairage décroît et ce vent froid que l’on entend gémir dans les murailles me dominant, crée une atmosphère sévère. Une ombre furtive passe d’un cabanon à un autre, je n’ai pas le temps de l’intercepter. Un chien dans cette ruelle étroite, le maître ne doit pas être loin. En effet une femme sort d’une habitation. Je me renseigne sur les possibilités d’hébergement. Elle est catégorique, il n’y en a pas. De plus elle m’indique que le bistrot est exceptionnellement fermé. Heureusement que je me suis chargé de deux litres d’eau à Callongue, ce qui me sera bien utile car maintenant, je ne dois pas m’attendre à en trouver avant Cassis, c'est-à-dire au mieux demain midi.
Mais ces cogitations ne règlent pas mon besoin urgent de trouver un point de chute pour la nuit. Je sais que le bivouac est interdit, le procès verbal est de 135 euros, je l’ai lu à plusieurs reprises. De plus j’essaie toujours de me conformer aux règlements en vigueur. Mais aujourd’hui que faire ? La dame me parle bien de nombreux cabanons vides à cette époque. Je ne me vois absolument pas rentrer par effraction dans l’un d’eux. Alors elle se souvient qu’au-dessus du port se trouve un abri sous roche qui offre un espace plat permettant la station couchée. Elle y montait me dit-elle, il y a bien longtemps, lorsqu’elle était jeune. Fort de ce renseignement je reprends ma route. Je constate que le bar est effectivement fermé, puis je débouche sur le port. Le chemin escalade en pente raide le versant gauche. Je distingue une petite falaise quelques dizaines de mètres en retrait. Je m’y dirige, et miracle à son pied un superbe espace plat me permet d’ériger ma minuscule tente couleur vert militaire en toute discrétion. Etant donné l’époque et les conditions climatiques je ne crains pas trop d’être débusqué par un agent ou un garde forestier.
L’installation est rapide, cependant je prends soin de procéder dans l’ordre. Une couverture de survie posée au sol, sur laquelle je déploie ma tente double paroi. Je gonfle mon mini matelas, j’étale mon sac de couchage dans lequel je glisse mon léger drap intérieur, à la dénomination courante que je déteste, sac à viande. Il a une double vocation, d’une part éviter de salir le tissu du sac de couchage lorsque je m’y introduis tout habillé, et d’autre part augmenter le confort et la chaleur lors d’une longue station comme aujourd’hui de quatorze heures.
L’endroit bien que tout proche des bateaux, que j’entends se balancer dans le clapotis, permet la plus grande discrétion. Quelques grands pins contribuent à escamoter la silhouette de mon abri dans la nuit qui prend possession des lieux.
Une fois allongé je réalise que je suis très fatigué. Je n’ai ni soif ni faim, mauvais signe. Je prends pleinement conscience que je suis parti sans préparation et que cette étape très longue pour commencer risque de m’être fatale. Je sens mon mollet droit qui se remet doucement des deux crampes très douloureuses ressenties dans les escarpements de la falaise des Walkyries.
Bien installé dans ma tente j’entends le vent qui s’affole tout autour en bourrasques hargneuses et colériques. En prévision de ces conditions, je me suis appliqué à bien planter les piquets et j’ai pris la précaution de renforcer leur prise au sol en les recouvrant de grosses pierres. Je me sens bien. La nuit est complètement tombée. Une clarté monte lentement et finit par s’imposer. La lune en maîtresse des ténèbres, qu’elle assaille et conquiert, s’impose et rend à la roche tout son éclat. Malgré la fatigue, je ne peux résister à la contemplation de ce spectacle. Le bruit du vent dans les parois et les arbres, le cliquetis des bateaux à l’amarre, le clapot léger des vagues mourantes qui réussissent à venir au fond de cette baie profonde, me bercent dans cette clarté nocturne. En face, par delà le court bras d’eau, je peux distinguer très nettement le dièdre du renard, belle escalade d’un peu moins d’une centaine de mètres, qui suit un itinéraire semblable à un livre ouvert, que l’on parcourt en apposant les pieds de part et d’autre sur chacune des pages. Malgré l’envoûtement du spectacle en ce lieu de confluence de la mer et de la montagne, je suis obligé malgré la féerie, de me réfugier au chaud dans ma guitoune. En effet, les températures négatives et le mistral s’allient pour rompre le sortilège. Les morsures du froid me forcent à battre et retraite, un peu comme si en ce lieu où le bivouac est interdit, les curieux de la nuit en infraction, intrus qui se sont imposés sans invitation, étaient irrémédiablement refoulés et non autorisés à voler un spectacle de toute beauté.
Quatorze heures allongé dans une tente à attendre le jour avec des températures en dessous de zéro et un vent fou, on pourrait imaginer que c’est long et que c’est un vrai calvaire. Eh bien non ! Un matériel adapté permet de véritablement jouir de cette situation, se sentir en harmonie avec la nature en réalisant que même en hiver dormir dehors procure des sensations agréables. Le temps va s’écouler entre brefs sommes perturbés par les rafales qui font claquer la toile du double-toit, quelques moments de lecture et de temps en temps par une prise de nourriture et une gorgée d’eau. Mais je me sens tout à fait à ma place et ma grande fatigue me fait d’autant plus apprécier cette longue station couchée.
J’ai la ferme intention de ne démarrer que lorsque le jour sera pleinement levé car le chemin contournant Sugiton est assez escarpé et de nuit voire seulement dans la pénombre cela ne doit pas être très agréable. L’aube pointe, j’en distingue la lumière à travers ma mince protection. Puis d’un coup une lumière plus vive m’inonde. Tiens de quoi s’agit-il ? En face de moi le versant orienté à l’est reçoit le soleil et me le renvoie avec prodigalité. Spectacle magnifique, cette pente de cailloux qui s’éclaire subitement. Je plie rapidement mes affaires, bien ordonnées dans des sacs de congélation de différentes tailles, que je maintiens au plus serré avec des élastiques. Je me force à manger, je devrais dire ingurgiter une rondelle de saucisson, un morceau de pain et un bounty, le tout accompagné d’une petite rasade d’eau. Lorsque je bivouaque seul, je ne me fais jamais rien chauffer le matin. Et de plus dans les Calanques, même en hiver, avec ce mistral ce serait folie criminelle. De mon repère en hauteur, la vue plonge directement sur le port et ses bateaux de pêcheurs et de plaisance bien rangés le long des jetées à angle droit.
La marche reprend, la forme est revenue, le long repos m’a fait le plus grand bien. Un bruit de moteur monte de la calanque. Un pêcheur revient de relever ses filets. Sans doute ramène-t-il de beaux poissons de roche multicolores ? Le chemin prend par endroits des airs d’escalade, les pieds sont en adhérence et il faut s’aider des mains pour se hisser. Le rocher est très poli par les nombreux passages. Au-dessus de moi l’aiguille de Sugiton dresse ses belles faces, qui sont parcourues d’innombrables voies d’escalade. Je me souviens y être venu souvent, il y a bien longtemps.
J’arrive à la calanque de Sugiton qui est dominée par l’impressionnante paroi des toits, aux teintes marron. Un petit raidillon me conduit juste à son pied. Je vais la longer sur toute sa longueur. Il ne fait pas chaud, de petites stalactites de glace pendent sous les surplombs. Le chemin est vraiment au pied car on passe carrément sous la paroi à l’endroit même où les grimpeurs commencent leur escalade. Je discerne les pitons qui partent à l’assaut de ce monde en dévers. Aujourd’hui le site est désert. D’ailleurs jusqu’à Cassis je ne verrai pas âme qui vive. Le cheminement pénètre dans un goulet raide aux cailloux instables, pourtant je suis sur un chemin de grande randonnée. Mais l’effort de la veille doit encore se faire sentir. Puis j’emprunte le sentier de traverse, GR 98 qui conduit au col de la Candelle. Le dénivelé depuis la mer atteint les quatre cents mètres. La vue s’élargit et s’embellit. L’île de Riou, tel un destroyer résiste dans une mer sous l’emprise du mistral. Le cap Morgiou s’étire loin dans cette mer bleue foncée moutonnée de vaguelettes rapides qui fuient vers le large. Une pensée à la grotte Cosquer qui se cache là-bas à son pied par moins trente sept mètres. Cela prouve qu’il y a vingt mille ans le niveau de la mer était beaucoup plus bas. Cela veut-il dire que les théories actuelles sur le réchauffement sont à relativiser? Effectivement un certain nombre de polémiques fleurissent à ce sujet ces derniers temps. Qu’en est-il ? De nombreux ouvrages, tel celui de Claude Allègre ou encore celui de Emmanuel Grenier, scientifique reconnu « Les dérangements du temps 500 ans de chaud et de froid en Europe » permettent de se forger sa propre opinion.
Par une multitude de courbes je monte vers le col de la Candelle. Son arête ouest, dénommée arête de Marseille grandit et me barre l’horizon. Cette escalade mythique de difficulté moyenne a été immortalisée par Gaston Rebuffat, qui en a fait des photos à grande diffusion d’un esthétisme parfait. De vieux souvenirs me reviennent à l’esprit. Combien de générations d’alpinistes cette falaise magnifique a-t-elle inspirés ? Et qui plus tard sont partis à l’assaut des géants des Alpes et des autres massifs montagneux du globe. Ma solitude par cette journée froide et venteuse est peuplée d’une foule hétéroclite se riant du temps, d’une part ces hommes préhistoriques qui vivaient en ce lieu il a quelques trois cents siècles et d’autre part les cohortes de grimpeurs qui se sont succédés sur cette arête depuis plus de quatre vingt ans, car le premier parcours remonte à 1927. Durée dérisoire comparée aux 300 siècles qui nous séparent des artistes qui ont orné la grotte se cachant au creux de la falaise de Morgiou. D’ailleurs à ce sujet, les deux découvertes récentes majeures que sont la grotte Cosquer et la grotte Chauvet dans l’Ardèche ont révolutionné les théories sur l’art préhistorique. En effet il y a quelques temps alors que je visitais le double de la grotte de Lascaux, je demandais au paléontologue qui nous accompagnait, si ces deux découvertes avaient modifié nos connaissances en la matière. Sa réponse fut étonnante et d’un grand intérêt. En effet, il m’expliqua que toutes nos connaissances avaient été bouleversées, car avant ces découvertes, à travers les sites connus on pouvait constater une évolution technique au cours du temps dans les dessins pariétaux, les perspectives s’affinaient les dimensions se précisaient en cohérence avec la datation au carbone 14 des sites. Puis ces deux grottes ornées d’un intérêt majeur ont été découvertes. Les dessins observés sont beaucoup plus vieux que tous ceux connus. La surprise de taille réside dans le fait que ces deux nouvelles grottes dévoilent des représentations à la facture technique très évoluée, patatrac, nos belles théories envolées ! Voilà ce que m’a répondu ce spécialiste de l’art préhistorique.
L’arrivée au col me rappelle à la réalité du moment présent. Un vent violent me cueille littéralement et me fait vaciller. Le panorama s’étend de Marseille au cap Canaille entre Cassis et La Ciotat. Mais je ne m’éternise pas pour échapper aux rafales d’air violentes et anarchiques.
Je poursuis par le chemin qui me paraît le plus rapide. Il va me conduire au cap Gros. Un peu à contre cœur je décide de prendre cette direction certes plus courte mais qui va m’éloigner du bord de mer et de ses immenses falaises. En effet, je n’ose pas m’aventurer dans la direction du Devenson, le vent véritablement rageur commence à m’inquiéter. Momentanément dans un petit talweg je suis protégé et en cet endroit il fait bon. A mes pieds une vue magnifique révèle le Val Vierge sous un angle stupéfiant, quatre cents mètres de gorges qui dévalent jusqu’à la mer. Un dernier petit raidillon et je débouche au cap Gros. Un ultime coup d’œil aux falaises que je vais quitter pour cheminer sur un plateau qui présente moins de caractère.
Ma carte indique un refuge, manifestement il n’y est plus. Dommage car je me serais bien arrêté. Le vent devient, non pas inquiétant mais franchement dangereux. Sur cette crêt du Mont Puget jusqu’à quelque distance du col de la Gardiole, j’ai vraiment eu la sensation de lutter pour ma survie, me sentant en grand danger. Cette accélération du vent est sans doute due au relief entre Marseille et Cassis qui à cet endroit crée une étroiture propice à un effet venturi, qui se concrétise par un courant d’air d’une violence inouïe et sans répit. La peur je l’ai déjà expérimentée dans de nombreuses circonstances, les accidents de la route, la grande chute en escalade, le bivouac dans une paroi en altitude, noyée sous une épaisse couche de neige, les bombardements de pierres en paroi ou au canon à Sarajevo, les avalanches et par mauvais temps sans visibilité la sensation est terrifiante de se trouver sur une neige qui se met en mouvement sans être capable d’appréhender l’ampleur du phénomène. Mais, aujourd’hui la peur va prendre un aspect différent, il s’agit de la peur de s’envoler comme une feuille et cela durant un long, très long moment. Je suis passé pratiquement sans transition d’une zone relativement calme à la bourrasque la plus terrible que j’ai connue. Pourtant le vent, je croyais en avoir une certaine expérience. Il y a quelques années au cours d’une tempête hivernale, durant quatre jours j’avais parcouru une partie du chemin cathare. Mon corps s’était habitué et je me sentais totalement adapté à cet environnement hostile. A plusieurs reprises j’avais été bousculé et jeté au sol, mais je maîtrisais et cette confrontation virile avec les éléments m’avait beaucoup plu. Seulement en montant au château de Quiribus, j’avais été très impressionné et j’avais rampé dans les escaliers verglacés et m’étais réfugié dans une grande pièce voûtée, de laquelle il me semblait que le château vibrait en harmonie avec les coups de boutoir de la tempête. Mais là encore en me plaquant aux murailles et en rampant sur des sols uniformes, cela était plus un « jeu d’adrénaline » qu’une peur déclenchée par un risque que l’on évalue comme mortel.
Aujourd’hui sur cette crête pourtant large et absolument pas aérienne il en va tout autrement. J’ai l’impression de ne plus rien maîtriser, et d’être le jouet passif de ces bourrasques continues qui cherchent à m’arracher du sol. Pas de point de repos auquel me raccrocher, au milieu de ce large chemin de pierraille je me fais penser à ces gros buissons épineux que l’on voit rouler au cours des tempêtes dans les films de cow-boys. J’en ai déjà vu en réalité non aux USA mais dans le désert saoudien. Ils apparaissent dans le nuage de sable et quelques instants plus tard ils ont disparu absorbés par la grisaille. Aujourd’hui pas de grisaille, un ciel lumineux et cette tempête farouche contre laquelle j’essaie de lutter. De plus il fait froid, quelques petites plaques de glace rappellent que la température est négative. Je suis peu couvert, et il n’est plus possible de m’arrêter et de sortir un quelconque habit. Cela ne me vient même pas à l’idée tellement cela me paraît voué à l’échec. Je n’ai pas de gants et mes doigts sont gourds. Arc-bouté, je dérape sur les cailloux, avec mes bâtons j’essaie de freiner puis de bloquer le mouvement que m’impose le vent. Les pierres sont comme des roulements à bille sur lesquels mes chaussures se mettent en mouvement. Surtout ne pas laisser la vitesse augmenter. A plusieurs reprises, je me retrouve couché pour ne pas être emporté. J’essaie de ramper, mais sur ce sol aux cailloux tranchants cela est particulièrement mal aisé et il me faudrait des heures pour sortir de cette zone, dans laquelle j’ai l’impression de jouer ma survie. Il est particulièrement déstabilisant de ne trouver aucun point auquel se raccrocher, mais ne voir qu’un immense espace duquel je pense que je n’aurais peut-être pas l’endurance suffisante pour en sortir. Effectivement le doute m’a assailli.
Juste devant moi un gros buisson, je me jette à son pied et un calme tout relatif me permet de reprendre mon souffle. Combien de temps a duré ce premier round ? Je ne sais pas. Dans ces situations le temps d’un côté paraît long, mais les efforts musculaires énormes ainsi que les cogitations du cerveau en extrême vigilance en relativisent la durée. Je peux même ouvrir mon sac, sortir mes gants et mettre une veste par-dessus mon t-shirt. Je constate que j’ai perdu un verre de lunettes sans doute arraché par la pression de l’air !
Allongé, je reprends mon souffle et récupère vite en me réchauffant dans ma veste. J’examine le chemin qu’il me reste à parcourir jusqu’au col de la Gardiole. Le terrain est tout à fait débonnaire, incroyable que je me sente en tel danger ! Quelques petites dépressions me semblent très propices à l’effet de venturi, mais pas moyen d’y couper. Fort de l’expérience que je viens de vivre je me remets en route. Effectivement les petites dépressions qui ne m’inspiraient pas sont particulièrement redoutables.
Enfin en m’approchant du col, l’effet venturi diminue et je retrouve un vent simplement violent qui ne m’empêche pas de marcher. Même au contraire, puisque maintenant il me pousse dans le dos. Je viens de vivre un moment particulièrement intense. Une barrière coupe le chemin, je la franchis. Certaines inscriptions y figurent, en particulier encore une fois le montant de l’amende en cas d’infraction au règlement et ce qui me fait sourire l’interdiction d’emprunter ce chemin si le vent est supérieur à 40k/h ! J’apprendrai en écoutant le bulletin météorologique ce soir que les rafales ont dépassé les 110k/h, et en considérant l’effet venturi produit au niveau de cette crête, on doit pouvoir rajouter un pourcentage non négligeable.
Le col est vite atteint et je me dirige à bonne allure vers Cassis. Un peu avant d’atteindre la calanque de Port-Miou, à l’abri relatif d’un petit vallon je m’arrête et mange de bon cœur. Ce moment de repos je le savoure. Rapidement j’atteins le parking de la calanque et par la route je rejoins le centre ville. Cette petite cité je l’aime beaucoup, son port et ses restaurants qui le bordent rendent le lieu particulièrement sympathique. Arrivé devant l’un d’eux qui avec témérité a laissé son enseigne sur pied et quelques tables, j’entends un grand bruit, l’enseigne s’envole et deux tables avec tous les couverts se renversent dans un fracas de vaisselle cassée. Les tables dehors aujourd’hui, il faut être optimiste, car même les plus accrocs à la cigarette devraient avoir du mal !
Je m’attarde à regarder la carte des menus et me laisse tenter par une grosse platée de pâtes aux fruits de mer. Qu’il fait bon et chaud dans cette salle de restaurant. Le patron me demande d’où je viens et où je vais. Quand je lui parle de mon départ de Saint-Charles hier matin il est admiratif. Mais lorsque je lui dis que ma conviction pour la suite en a pris un petit coup, il sourit.
Après ce moment bien agréable, il ne me reste plus qu’à me remettre en route et parcourir les huit kilomètres qui me séparent de mon but de la journée le village de Roquefort-la-Bédoule, où mes beaux-parents m’attendent. Cette dernière partie le long de la route ne présente pas un réel intérêt, le chemin de grande randonnée passe un peu au-dessus, mais je suis pressé de rejoindre mon point de chute de la journée. Vers les seize heures je touche au but. Avec l’arrêt et le refroidissement des muscles les douleurs apparaissent. J’ai du mal à me plier et une douleur persistante me zèbre la fesse droite. Je me dis que demain matin il sera temps de faire le point.
Le lendemain matin j’ai du mal à sortir de mon lit, une douleur aiguë me cloue sur ma couche. Je prends conscience que j’ai voulu forcer sur la bête sans l’entraînement nécessaire et je le paie. Cela m’était rarement arrivé, à tel point que je n’en ai pas le souvenir. Mais il me faut tirer les leçons de ce type d’erreur et me préparer mieux ou alors commencer par des étapes courtes le temps que le corps se mette au diapason. Donc je vais reprendre le train pour Lyon en constatant l’échec de mon projet. Un coup de téléphone à l’hostellerie de la Sainte-Baume, pour leur dire que ce soir je n’y viendrai pas. Et voilà la belle randonnée hivernale que je prévoyais durant onze jours se termine après deux seulement. Mais le renoncement, bien qu’il me contrarie, ne m’enlève pas la passion des grands périples à pied. L’envie de repartir n’en est que plus forte, et l’expérience vécue ces deux jours a été très enrichissante et surtout doit me rappeler à l’humilité.
Administrateur de colonies, récit (Togo) English translation pending
Togo
"En l’an de grâce 1936, j’avais été affecté dans le nord du Togo. Je me remémore souvent les débuts de ma carrière : chevalier d’un autre âge, sans armée et sans armure, seul au milieu d’une population grouillante, dévorée par la faim, la maladie et la vermine, décimée par des affections multiples ainsi que par la sous-alimentation ! Et moi, sans aucun moyen !
Les pavillons, les grades, les galons, les uniformes : rien de tout cela n’était de nature a attirer l’attention de ces populations faméliques, ni surtout à imposer aucune sorte de respect ! Et combien je le comprenais. J’ai, cependant, assez vite remarquer que la seule chose capable d’éveiller leur intérêt et leur curiosité, c’était la compassion et l’attention que l’on portait à leur misérable condition, surtout lorsqu’elles constataient que l’on essayait d’y porter remède.
Je me trouvais parmi une population à l’état primaire. Tout était à créer, tout était à inventer, tout était à organiser à partir de rien et le tout sans moyen. Alors, comment s’étonner qu’à 25 ans, l’on ne dorme que quelques heures par jour, et souvent pas du tout ! Alors, comment s’étonner qu’à 25 ans, on ne connaisse ni nuit, ni jour, ni dimanche, ni jour de fête !
Toujours, seul, toujours à la limite des possibilités humaine, il y avait tant et tant de choses à faire partout et en même temps ! Après de longues observations et de nombreuses et patientes enquêtes, j’en suis arrivé à la conclusion que la famine permanente provenait, avant tout, d’une sous-nutrition chronique et si l’on peut dire congénitale. La mortalité infantile s’élevait en moyenne à 75% entre la naissance et deux ans. Elle s’établissait encore dans les 50 % entre 2 et 12 ans. Il en résultait une sélection naturelle : seuls les plus vigoureux avaient des chances accrues de survivre. En tout état de cause, chaque homme était à tel point sous-alimenté qu’il n’avait pas la force, le moment venu, d’agrandir les surfaces emblavées. Elles étaient tellement restreintes que leur production ne parvenait jamais à assurer la « soudure ». ; autrement dit, à attendre les produits de la récolte suivante. Il faut ajouter que le mil, leur unique céréale et unique nourriture, était assez pauvre au point de vue alimentaire. Par ailleurs, ils n’avaient ni lait, ni beurre, ni poisson, ni viande. J’ajouterais qu’il étaient presque totalement dépourvus de sel. Je parlerai plus loin de ce problème.
J’ai donc demandé et obtenu péniblement des crédits. Avec les sommes obtenues, j’ai procédé à l’extérieur, à l’achat d’un important stock de mil. J’abrégerai pour parler de l’énorme travail de répartition proportionnelle au nombre d’habitants par village, de la fabrication de greniers spéciaux placés sous la responsabilités des chefs, le moment venu de la répartition des semences par habitant. Il était très important de ne pas leur distribuer trop tôt : les habitants auraient consommé les graines. Par ailleurs, il ne fallait pas non plus leur distribuer lorsque les pluies étaient trop engagées : les graines eussent pourri en terre. Il fallait donc que la répartition soit effectuée dans un temps très court.
Et ces activités venaient s’ajouter de milliers d’autres attributions. Ainsi, lorsque les pluies revinrent, je fis, par voie d’autorité, presque doublé, sous mon contrôle direct, les surfaces semées. Mais il fallut que je divise mon territoire en secteurs et que dans chacun d’eux, j’affecte un groupe de gardes, afin de s’assurer qu’après mon passage, on irait pas déterrer les graines pour les manger ! la chose arriva plusieurs fois. La faim était si grande ! A la récolte qui suivit, on eut, pour la première fois, de la nourriture en abondance. Pour la première fois, on pu mettre en réserve une importante quantité de semences et l’on eut à manger, en abondance, jusqu’à la nouvelle récolte !
L’atmosphère avait déjà changé. Un promeneur, non averti, qui l’année suivante, au mois de novembre, aurait traversé le pays, aurait été surpris de l’atmosphère de liesse qui flottait dans l’air. Il s’en serait demandé la raison. Elle était bien simple pourtant : la récolte de mil venait de s’achever ; elle était abondante et de bonne qualité. Révélant la présence de village qu’on ne voyait pas, de toutes parts, crépitaient des « tam tam ».
Ils chantaient l’allégresse, la grande euphorie des hommes, après les jours inquiets d’une soudure autrefois si pénible et si cruelle. Ils chantaient la gratitude aux dieux et aux ancêtres, qui, une fois encore, avaient permis à la terre de renouveler son étonnant miracle.
Entre temps, je m’était offert un « accès pernicieux » dont on se tire rarement sans surveillance médicale. Or, je ne pouvais d’autant moins faire appel à un médecin que je demeurais 7 jours dans un coma profond. Je perdis 17 kilos. "
../..
(La suite et les explications de ce récit très prochainement... enfin si ça intéresse)
"En l’an de grâce 1936, j’avais été affecté dans le nord du Togo. Je me remémore souvent les débuts de ma carrière : chevalier d’un autre âge, sans armée et sans armure, seul au milieu d’une population grouillante, dévorée par la faim, la maladie et la vermine, décimée par des affections multiples ainsi que par la sous-alimentation ! Et moi, sans aucun moyen !
Les pavillons, les grades, les galons, les uniformes : rien de tout cela n’était de nature a attirer l’attention de ces populations faméliques, ni surtout à imposer aucune sorte de respect ! Et combien je le comprenais. J’ai, cependant, assez vite remarquer que la seule chose capable d’éveiller leur intérêt et leur curiosité, c’était la compassion et l’attention que l’on portait à leur misérable condition, surtout lorsqu’elles constataient que l’on essayait d’y porter remède.
Je me trouvais parmi une population à l’état primaire. Tout était à créer, tout était à inventer, tout était à organiser à partir de rien et le tout sans moyen. Alors, comment s’étonner qu’à 25 ans, l’on ne dorme que quelques heures par jour, et souvent pas du tout ! Alors, comment s’étonner qu’à 25 ans, on ne connaisse ni nuit, ni jour, ni dimanche, ni jour de fête !
Toujours, seul, toujours à la limite des possibilités humaine, il y avait tant et tant de choses à faire partout et en même temps ! Après de longues observations et de nombreuses et patientes enquêtes, j’en suis arrivé à la conclusion que la famine permanente provenait, avant tout, d’une sous-nutrition chronique et si l’on peut dire congénitale. La mortalité infantile s’élevait en moyenne à 75% entre la naissance et deux ans. Elle s’établissait encore dans les 50 % entre 2 et 12 ans. Il en résultait une sélection naturelle : seuls les plus vigoureux avaient des chances accrues de survivre. En tout état de cause, chaque homme était à tel point sous-alimenté qu’il n’avait pas la force, le moment venu, d’agrandir les surfaces emblavées. Elles étaient tellement restreintes que leur production ne parvenait jamais à assurer la « soudure ». ; autrement dit, à attendre les produits de la récolte suivante. Il faut ajouter que le mil, leur unique céréale et unique nourriture, était assez pauvre au point de vue alimentaire. Par ailleurs, ils n’avaient ni lait, ni beurre, ni poisson, ni viande. J’ajouterais qu’il étaient presque totalement dépourvus de sel. Je parlerai plus loin de ce problème.
J’ai donc demandé et obtenu péniblement des crédits. Avec les sommes obtenues, j’ai procédé à l’extérieur, à l’achat d’un important stock de mil. J’abrégerai pour parler de l’énorme travail de répartition proportionnelle au nombre d’habitants par village, de la fabrication de greniers spéciaux placés sous la responsabilités des chefs, le moment venu de la répartition des semences par habitant. Il était très important de ne pas leur distribuer trop tôt : les habitants auraient consommé les graines. Par ailleurs, il ne fallait pas non plus leur distribuer lorsque les pluies étaient trop engagées : les graines eussent pourri en terre. Il fallait donc que la répartition soit effectuée dans un temps très court.
Et ces activités venaient s’ajouter de milliers d’autres attributions. Ainsi, lorsque les pluies revinrent, je fis, par voie d’autorité, presque doublé, sous mon contrôle direct, les surfaces semées. Mais il fallut que je divise mon territoire en secteurs et que dans chacun d’eux, j’affecte un groupe de gardes, afin de s’assurer qu’après mon passage, on irait pas déterrer les graines pour les manger ! la chose arriva plusieurs fois. La faim était si grande ! A la récolte qui suivit, on eut, pour la première fois, de la nourriture en abondance. Pour la première fois, on pu mettre en réserve une importante quantité de semences et l’on eut à manger, en abondance, jusqu’à la nouvelle récolte !
L’atmosphère avait déjà changé. Un promeneur, non averti, qui l’année suivante, au mois de novembre, aurait traversé le pays, aurait été surpris de l’atmosphère de liesse qui flottait dans l’air. Il s’en serait demandé la raison. Elle était bien simple pourtant : la récolte de mil venait de s’achever ; elle était abondante et de bonne qualité. Révélant la présence de village qu’on ne voyait pas, de toutes parts, crépitaient des « tam tam ».
Ils chantaient l’allégresse, la grande euphorie des hommes, après les jours inquiets d’une soudure autrefois si pénible et si cruelle. Ils chantaient la gratitude aux dieux et aux ancêtres, qui, une fois encore, avaient permis à la terre de renouveler son étonnant miracle.
Entre temps, je m’était offert un « accès pernicieux » dont on se tire rarement sans surveillance médicale. Or, je ne pouvais d’autant moins faire appel à un médecin que je demeurais 7 jours dans un coma profond. Je perdis 17 kilos. "
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(La suite et les explications de ce récit très prochainement... enfin si ça intéresse)
Voyage routier de deux semaines dans l'Ouest américain: autour de Moab et Page English translation pending
Chers forumeurs,
J'ai la chance de pouvoir repartir dans le grand ouest fin Mars/début Avril prochain. Cette fois-ci je pars à LA pour mon job et j'enchaine avec deux semaines en compagnie de mon padre. Je ne connais pas exactement les dates pour l'instant, ni même si ce sera 14 jours ou plutôt 16, mais je commence un peu le parcours quand même quitte à tailler dedans pour ne pas être trop speed ensuite.
L'idée c'est de refaire les incontournables pour lui et de rajouter la "boucle Moab" que je n'avais pas faite l'année dernière. On compte planifier à grosse maille le parcours et on dormira alternativement dans des Motels/Hotels ou en camping lorsque ce sera adapté et pas trop galère. On n'a pas de souci avec les rando au contraire, par contre il faut qu'elles soient plutôt simples et bien réparties pour pas être trop crevés.
J'ai des contraintes et même quelques envies, sisi :
- Départ de Los Angeles obligatoire, le retour peut se faire soit via Phoenix soit via LV sachant qu'on doit faire un vol intérieur pour SF ensuite. Au début je voulais faire la région de Sedona mais j'ai tellement de choses à voir sur la double boucle classique que je me dis que ce sera une autre fois et dans ce cas LV est mieux adapté que Phoenix.
- Pas de death valley que j'ai déjà vu et pas trop envie de le refaire surtout en A/R dêpuis Vegas.
- Je ne tiens pas spécialement à Zion. Trop de temps nécessaire pour en profiter et d'autres envies plus prononcées.
- J'aimerais retourner à Valley of Fire et y dormir si je trouve le temps. Si ce luxe me coute trop sur les autres points je ferai sans...
- On doit absolument faire GC, Bryce et MV qui sont pour moi les trois indispensables pour lui qui n'a encore rien vu
- Las Vegas me gonfle mais il faut y passer au moins un soir, voire deux pour qu'il voit les excentricités de cette ville qui ne me plait pas...
- J'aimerais rayonner autour de Page et autour de Moab.
- Il fait la route de la côte SF -> LA avant de me rejoindre donc inutile de prévoir un parcours alternatif là bas.
Pour l'instant je suis sur cette base là :
J1 : LA -> GC, sunset GC, nuit GC
J2 : jour GC (sunrise puis spots west), qqs arrets sur la route vers l'est – Page, nuit Page
J3 : test tirage CBN sinon les spots sur page, nuit Page
J4 : test tirage CBN sinon White Pocket, nuit Page
J5 : test tirage CBN sinon CBS, nuit Page
J6 : fin spots sur Page, Navajo NM, sunset MV, nuit MV
J7 : Gooseneck, Canyonlands the Needles, nuit Moab (+Valley of Gods?)
J8 : Arches NP, nuit Moab
J9 : Canyonlands Island in the Sky + Dead Horse Point, nuit Moab
J10 : Moab - Capitol Reef – nuit Torrey
J11 : Torrey – une partie de burr trail road – Calf Creeck - Escalante Petrified Forrest - nuit Escalante
J12 : Hole in the Rock road (Peekaboo gulch, Broken Bow Arch, Sunset Arch et Devil’s Garden) puis début Bryce, nuit Bryce
J13 : Fin Bryce - bout de Cottonwood canyon road (Grosvenor Arch, Yellow Rock, Old paria), nuit Big Water
J14 : Fin Cottonwood Canyon road (Wahweap Hoodoos, White Rock) - Zion sans pause - Valley Of Fire sunset - nuit VoF
J15 : sunrise et fin VoF - Las Vegas, nuit LV
Nota : spots sur Page pour moi = Antelope Canyon (lower/upper), Lee Ferry, Cathedral Walsh, Horseshoe Bend.
Questions :
- Que pensez vous de l'itinéraire ? J'aimerais en voir pas mal mais sans trop courir non plus, je me dis que le fait de se poser 4 nuits à Page et 5 nuits Moab/Torrey/Escalante permet de ne pas être dans un rythme trop élevé.
- Je ne sais pas trop comment organiser intelligemment CBS et White Pocket sachant qu’un outfitter semble nécessaire. Comment coupler les deux par exemple ? Il me semblait particulièrement bien de camper sur place en plus. Un peu dur de gérer l'alentour de page avec l'incertitude de CBN et ces besoins particuliers pour les routes qui passent moyen tout seul.
- De J11 à J14 n'y a t'il pas moyen de gagner une journée en supprimant éventuellement quelques points, au cas où j'aurais une journée de moins ?
- Des spots que j'aurais oubliés? Goblin Canyon par exemple?
- Où pourrais-je mettre les spots autour de Moab comme Fisher tower ou les arches qui ne sont pas dans arches NP, quel jour serait le plus approprié?
- Je souhaite vraiment trouver les fameux hoodoos secrets, mais bon pour ça je vais me démerder tout seul, en plus ça me fait un jeu débile qui va m'avaler 50h d'épluchage forum… :D
Merci par avance pour vos conseils et remarques, s'il faut tout changer je suis prêt, tinlinlin!
A+
J'ai la chance de pouvoir repartir dans le grand ouest fin Mars/début Avril prochain. Cette fois-ci je pars à LA pour mon job et j'enchaine avec deux semaines en compagnie de mon padre. Je ne connais pas exactement les dates pour l'instant, ni même si ce sera 14 jours ou plutôt 16, mais je commence un peu le parcours quand même quitte à tailler dedans pour ne pas être trop speed ensuite.
L'idée c'est de refaire les incontournables pour lui et de rajouter la "boucle Moab" que je n'avais pas faite l'année dernière. On compte planifier à grosse maille le parcours et on dormira alternativement dans des Motels/Hotels ou en camping lorsque ce sera adapté et pas trop galère. On n'a pas de souci avec les rando au contraire, par contre il faut qu'elles soient plutôt simples et bien réparties pour pas être trop crevés.
J'ai des contraintes et même quelques envies, sisi :
- Départ de Los Angeles obligatoire, le retour peut se faire soit via Phoenix soit via LV sachant qu'on doit faire un vol intérieur pour SF ensuite. Au début je voulais faire la région de Sedona mais j'ai tellement de choses à voir sur la double boucle classique que je me dis que ce sera une autre fois et dans ce cas LV est mieux adapté que Phoenix.
- Pas de death valley que j'ai déjà vu et pas trop envie de le refaire surtout en A/R dêpuis Vegas.
- Je ne tiens pas spécialement à Zion. Trop de temps nécessaire pour en profiter et d'autres envies plus prononcées.
- J'aimerais retourner à Valley of Fire et y dormir si je trouve le temps. Si ce luxe me coute trop sur les autres points je ferai sans...
- On doit absolument faire GC, Bryce et MV qui sont pour moi les trois indispensables pour lui qui n'a encore rien vu
- Las Vegas me gonfle mais il faut y passer au moins un soir, voire deux pour qu'il voit les excentricités de cette ville qui ne me plait pas...
- J'aimerais rayonner autour de Page et autour de Moab.
- Il fait la route de la côte SF -> LA avant de me rejoindre donc inutile de prévoir un parcours alternatif là bas.
Pour l'instant je suis sur cette base là :
J1 : LA -> GC, sunset GC, nuit GC
J2 : jour GC (sunrise puis spots west), qqs arrets sur la route vers l'est – Page, nuit Page
J3 : test tirage CBN sinon les spots sur page, nuit Page
J4 : test tirage CBN sinon White Pocket, nuit Page
J5 : test tirage CBN sinon CBS, nuit Page
J6 : fin spots sur Page, Navajo NM, sunset MV, nuit MV
J7 : Gooseneck, Canyonlands the Needles, nuit Moab (+Valley of Gods?)
J8 : Arches NP, nuit Moab
J9 : Canyonlands Island in the Sky + Dead Horse Point, nuit Moab
J10 : Moab - Capitol Reef – nuit Torrey
J11 : Torrey – une partie de burr trail road – Calf Creeck - Escalante Petrified Forrest - nuit Escalante
J12 : Hole in the Rock road (Peekaboo gulch, Broken Bow Arch, Sunset Arch et Devil’s Garden) puis début Bryce, nuit Bryce
J13 : Fin Bryce - bout de Cottonwood canyon road (Grosvenor Arch, Yellow Rock, Old paria), nuit Big Water
J14 : Fin Cottonwood Canyon road (Wahweap Hoodoos, White Rock) - Zion sans pause - Valley Of Fire sunset - nuit VoF
J15 : sunrise et fin VoF - Las Vegas, nuit LV
Nota : spots sur Page pour moi = Antelope Canyon (lower/upper), Lee Ferry, Cathedral Walsh, Horseshoe Bend.
Questions :
- Que pensez vous de l'itinéraire ? J'aimerais en voir pas mal mais sans trop courir non plus, je me dis que le fait de se poser 4 nuits à Page et 5 nuits Moab/Torrey/Escalante permet de ne pas être dans un rythme trop élevé.
- Je ne sais pas trop comment organiser intelligemment CBS et White Pocket sachant qu’un outfitter semble nécessaire. Comment coupler les deux par exemple ? Il me semblait particulièrement bien de camper sur place en plus. Un peu dur de gérer l'alentour de page avec l'incertitude de CBN et ces besoins particuliers pour les routes qui passent moyen tout seul.
- De J11 à J14 n'y a t'il pas moyen de gagner une journée en supprimant éventuellement quelques points, au cas où j'aurais une journée de moins ?
- Des spots que j'aurais oubliés? Goblin Canyon par exemple?
- Où pourrais-je mettre les spots autour de Moab comme Fisher tower ou les arches qui ne sont pas dans arches NP, quel jour serait le plus approprié?
- Je souhaite vraiment trouver les fameux hoodoos secrets, mais bon pour ça je vais me démerder tout seul, en plus ça me fait un jeu débile qui va m'avaler 50h d'épluchage forum… :D
Merci par avance pour vos conseils et remarques, s'il faut tout changer je suis prêt, tinlinlin!
A+
Train touristique (panoramique) en Suisse en hiver English translation pending
Bonjour je cherche des trains panoramique qui vont en montagne, dans la nature en hiver en Suisse. Donc soit des trains panoramique ou des trains touristiques qui amènent les gens vers des glaciers, des lacs ou des vue panoramique mais en hiver, se qui réduit bien sur les possibilités vue la neige sur certaines voies.
Voila je cherche surtout dans la partie Ouest de la Suisse. Je cherche surtout à me balader en train pour voir du paysage , les stations de ski ne m'intéressent pas trop.
J'ai trouvé celà pour le moment: http://www.interlaken.ch/erlebnisse/winter/ausfluege/muerren-panoramafahrt.html?L=2
Le train de la murren.
cordialement. Nicolas.
Voila je cherche surtout dans la partie Ouest de la Suisse. Je cherche surtout à me balader en train pour voir du paysage , les stations de ski ne m'intéressent pas trop.
J'ai trouvé celà pour le moment: http://www.interlaken.ch/erlebnisse/winter/ausfluege/muerren-panoramafahrt.html?L=2
Le train de la murren.
cordialement. Nicolas.
"Dépression" post voyage English translation pending
Rentrée de voyage depuis hier, à chaque fois, j'ai la même sensation de revenir dans cet horrible train train quotidien !
je ne suis pourtant pas partie très longtemps, mais les emotions sont si intenses en très peu de temps.
Rencontrer des gens merveilleux, des endroits inoubliables, adopter un mode de vie différent, se comporter diferement même en voyage, se sentir autre.. et le dur retour à la réalité, aux petites habitudes, à la mauvaise humeur française (ou lyonnaise du moins je n'en fais pas une généralité)...
Comment faites-vous pour repartir du bon pied?? je suppose que je ne suis pas la seule à qui cette sensation arrive au retour d'un voyage?
si seulement les voyages pouvaient durer toujours... je ne sais pas comment font les personnes qui partent 1ans, voire plus et reviennent ensuite, sincerement.
Comment faites-vous pour repartir du bon pied?? je suppose que je ne suis pas la seule à qui cette sensation arrive au retour d'un voyage?
si seulement les voyages pouvaient durer toujours... je ne sais pas comment font les personnes qui partent 1ans, voire plus et reviennent ensuite, sincerement.
Douze jours de randonnée dans le Haut Atlas English translation pending
Maroc 12 jours à pied dans le haut Atlas autour du M'Goun en juillet 2007
Partir en voyage accompagné ce n'est pas mon fort, mais du fait d'une bande de Basques enthousiastes je me suis laissé convaincre et je ne le regrette pas. Le but de la balade consiste en douze jours de randonnée dans la région du M'Goun, gravir ce sommet de 4046 mètres puis descendre jusqu'à la vallée des Roses.
Je vais donc décrire cette promenade dans le Haut Atlas, le long d'un itinéraire très connu sur lequel les trekkeurs occidentaux sont nombreux. Cependant, bien qu'ayant eu quelques craintes de parcourir ce circuit, de peur d'être confronté à la foule de mes semblables, le voyage a été très agréable. Le cadre magnifique, à lui seul, justifie tous les bains de foule, qui cependant n'ont pas eu lieu. Les groupes rencontrés parfois à certaines étapes ou croisés, n'ont pas représenté de gêne. Je ne peux que conseiller ce genre d'expérience, même aux amateurs de solitude et de randonnées en solitaire.
Après un départ de Bordeaux quelque peu mouvementé prévu à 22 h qui a finalement eu lieu à 4h du matin, un vol court nous amène à Marrakech au lever du jour. Nous sommes au mois de juillet, la chaleur est intense. Notre guide Ali, nous attend et nous conduit à l'hôtel où la nuit était prévue. Après un somme de quelques heures sur la terrasse, ou pour les moins avisés dans des chambres surchauffées, nous nous retrouvons tous sur le toit de l'hôtel. Dans cette fournaise, un petit courant d'air intermittent amène sur la peau un soupçon de rafraîchissement. Heureusement nous n'allons rester que quelques heures dans cette ville. Je n'imagine pas à cette période de l'année y séjourner longuement. Un petit déjeuner agréable nous est servi. Le minibus qui nous emmènera à destination de Tabant, point de départ de notre randonnée, part vers les onze heures. Nous mettons à profit les deux heures d'attente pour découvrir cette ville tant à la mode chez les Occidentaux. Le matin manifestement la localité semble encore ensommeillée.
L'heure du départ ayant sonné, armes et bagages entassés, le véhicule part en direction du Haut Atlas. Le pays est très sec et rocailleux. Vers les midi arrêt dans une petite ville, nous déjeunons dans un restaurant à l'atmosphère étouffante. De nouveau sur la route, les montagnes commencent à se dresser devant nous. Un col en altitude barre l'horizon. Après l'avoir pratiquement atteint, Ali fait arrêter le véhicule devant un groupe de paysans occupé à battre le blé à l'aide de chevaux qui le foulent sous les sabots. Ils tournent en ligne de front sur une aire circulaire et les paysans jettent au vent à la fourche la paille qui s'envole au gré des courants d'air. Le but étant qu'à la fin de l'opération il ne reste que le grain au sol. Certains d'entre nous vont s'initier à la conduite des trains de chevaux, tels des Ben Hur, et au coup de fourche dans le ciel, ce qui déclenchera un fou rire généralisé aussi bien de la part des paysans marocains que de la nôtre.
Du col nous plongeons dans une vallée profonde. Le terme de notre voyage en véhicule est le petit village de Tabant, blotti à 1850 mètres d'altitude. Le cadre est magnifique. Nous sommes entourés de montagnes imposantes, à l'allure aride. Le gîte est une bâtisse sur un niveau avec une cour intérieur de laquelle nous pouvons voir les sommets environnants. Si l'air est plus frais qu'à Marrakech, les mouches manifestement le savent et apprécient aussi le coin. Nos affaires déposées, nous partons à la découverte des environs. Un imposant tertre d'une centaine de mètres de haut nous invite à l'escalade. Par une sente escarpée nous en atteignons le faîte. Le panorama est magnifique. Une multitude de groupes de maisons couleur terre sont accrochés un peu partout le long des plissements de cette chaîne montagneuse puissante. De nombreuses terrasses à la teinte dorée, servant au battage des céréales, s'échelonnent au dessus de Tabant. A cette heure chevaux et paysans ont regagné leur demeure. Le vert des cultures tranche très nettement sur la couleur terne, un peu poussière qui domine dans ce paysage. Le ciel, lui-même, affiche une couleur presque neutre. La quantité de particules en suspension, faisant en quelque sorte le lien entre le sol et l'atmosphère, donne cette apparence du brouillard ténu. Cette visibilité réduite, relativement car portant à quelques kilomètres, bien spécifique de l'Afrique je l'ai aussi expérimentée le long des plages girondines. En effet, en remontant du cap Ferret à la pointe de Graves sur une centaine de kilomètres, les pieds dans l'eau, on a la sensation d'avancer vers le néant du fait de cette poussière de sable en suspension, qui limite la visibilité aussi à quelques kilomètres. Il en découle que l'œil n'a aucun point de repère sur lequel s'accrocher afin d'évaluer la distance à parcourir. Le seul repère de distance est donné par le podomètre ou le GPS. Mais dans le fond, il est préférable dans ces cas-là de ne posséder aucun de ces deux engins, destinés à tout rationaliser, alors que l'on est à la recherche du plaisir, qui ne quantifie pas avec des engins, et d'une apparence de liberté par rapport à notre mode de vie trop structuré. Toujours, lorsque je me promène à l'étranger me viennent tout naturellement des éléments de comparaison avec ce que j'ai vécu en France.
Revenons au sommet de notre tertre. Une imposante construction circulaire trône et impose sa silhouette. Il s'agit d'une ancienne ferme. L'occupant des lieux nous offre le café aimablement, cependant il nous fait remarquer que nous ne le payons pas assez. Aïe! Aurions-nous fait une erreur, voire une impolitesse? Les choses s'arrangent, mais le tenant du lieu semble nous garder quelque grief.
Nous rejoignons notre gîte dans la cour duquel le regard plongeait de notre hauteur. Comble du luxe, il y a même une douche. Le repas sera sympathique et l'ambiance au rire et à la joie à l'idée de la magnifique balade qui commence le lendemain. Aucun d'entre nous ne connaît cette région, ce qui fait que la curiosité et l'empressement nous rendent tous impatients de nous retrouver quelques heures plus tard.
Après une nuit très correcte, répartis dans deux pièces exiguës, où nous avons dormi sur des paillasses à même le sol, nous sommes accueillis par un spectacle grandiose. Le soleil se lève et illumine les grandes pentes de caillasses escarpées et arides qui nous dominent. La lumière du jour dessine toutes les arêtes et laisse les gorges à leur mystère. Une telle vision réveille instantanément mon instinct de grimpeur et je m'imagine le long de ces rochers, assister à la naissance du jour. Le bivouac en montagne, accroché à une paroi, est l'une des plus belles expériences que j'ai fait dans ma vie, et toujours aussi intense malgré les répétitions. Cela m'a peut-être permis de garder mon regard d'enfant qui s'émerveille facilement. Je me souviens d'une nuit passée au milieu de la face nord-ouest de l'Olan. Étant arrivés tôt au refuge, nous avons décidé d'attaquer tout de suite. Ce qui nous a conduits au pied de la paroi vers les seize heures. Au début septembre les jours étant longs, la nuit nous a surpris alors que nous avions déjà gravi la moitié de la paroi, c'est à dire cinq ou six cents mètres. Nous nous sommes installés au moins mal sur une dalle en pente, bien arrimés à quelques pitons pour éviter le grand plongeon dans le sommeil, et nous avons gouté à un spectacle fabuleux. Une mer de nuages, quelques centaines de mètres plus bas, butait contre notre paroi et s'allongeait jusqu'à l'infini. Le soleil s'est englouti au loin en une multitude de couleurs et de dégradés et nous a abandonnés à la nuit et à l'austérité froide de cette immensité minérale verticale, se parant de menaces dans l'obscurité. Les émotions que l'on ressent dans ces moments, loin de tout au beau milieu d'une paroi de plus de mille mètres, montée et descente présentant les mêmes difficultés, voire les mêmes impossibilités en cas de mauvais temps, restent gravées en vous une vie entière. Voilà pourquoi un soleil levant ou couchant sur une paroi éveille toujours chez moi de très fortes émotions.
Avant le petit déjeuner, je profite d'un moment de solitude pour me plonger dans la contemplation de ce monde minéral. Avec quelque indiscrétion je pars à l'aventure au milieu de grands bâtiments en torchis qui jouxtent notre refuge. Les murs sont mangés par de grands trous béants, probablement résultat de la pluie ruisselant sur ces constructions en boue séchée. Cette terre, de laquelle les habitations sont construites, est la même qui constitue les immenses flancs de la montagne. On passe des unes aux autres sans aucune rupture dans les tons et les couleurs. De cette uniformité se dégage une impression particulière, comme si l'homme dans ces contrées faisait réellement partie intégrante du décor en s'y fondant complètement, bien loin de l'impression que dégagent nos villes et de notre civilisation mangeuses de nature.
Nous débutons la première étape. Nous longeons la vallée principale. De grands arbres aux épaisses feuilles nous accompagnent le long d'un ruisseau. Au débouché dans un champ, deux cigognes nous regardent passer. Elles ne montrent pas le moindre signe d'inquiétude. De toute évidence elles ont l'habitude de voir ces visages pâles étonnés, marquer l'arrêt et sortir leur troisième œil pour les immortaliser dans le but de les classer et les ranger dans un énième dossier de voyage. Première halte à l'ombre d'un immense noyer, nous sommes assis en rond à même les gros galets du fond de la vallée. Ali fait circuler parmi nous son sac de fruits secs. Outre les arachides et autres noix de cajou, quelques magnifiques dattes font la joie de tous. Il s'agit de la toute première halte, prélude à un rite qui s'accomplira deux fois par jours durant deux semaines. Nous découvrons ce guide attentif, cultivé qui connait magnifiquement son pays.
Après cette courte pose la marche reprend. Le long du chemin, encore des aires de battage des céréales. La technique utilisée, jeter à la fourche la paille en l'air afin que le vent en emporte les particules légères dont on veut se défaire, doit être millénaire. Bien qu'en terre musulmane on ne peut s'empêcher de penser aux débuts de l'ère chrétienne. Les animaux et les hommes que nous regardons feraient des personnes idéaux dans une crèche le jour de la naissance du Christ.
Sur notre droite une vallée secondaire apparaît. Nous allons la remonter jusqu'à un col Tarkeddit dont l'altitude est de 3300 mètres. Nous ne le franchirons que le lendemain, car le bivouaque est prévu quelque part sur un replat à son pied. Avant de quitter la vallée principale, je ne peux m'empêcher de la contempler une dernière fois et de me demander par quel phénomène géologique, ces grosses pyramides de terre et de pierres, parcourues d'immenses strates aux courbes torturées, ont pu prendre naissance et se dresser au beau milieu de cette large dépression.
Le fond du vallon est parcouru par un torrent alerte, dont les multiples cascades soulèvent une écume qui contraste dans ce relief semi-désertique. Après avoir erré quelque peu au milieu de broussailles au confluent des deux vallées, un chemin bien dessiné montre la direction. La montée commence. Il va nous falloir franchir le torrent. Nous regardons nos mules lourdement chargées s'affranchir de cette opération. À notre tour de traverser et bien évidemment pour les premiers qui ne s'y attendent pas de gros cailloux lancés avec précision, leur donnent l'occasion de prendre un petit rafraîchissement, ma foi très agréable. Un village se trouve sur notre route, nous y achetons quelques bouteilles d'eau. D'ailleurs tout au long de notre voyage, se présenteront de petits commerces et lorsque les villages seront trop éloignés, des enfants nous proposeront de l'eau en bouteille sans laquelle nous considérons qu'il n'y pas point de salut.
L'heure du repas approche. Nous débouchons sur une petite plaine légèrement verdoyante, dominée d'un monticule caillouteux sur lequel un troupeau de moutons se presse. On les confond presque avec les pierres, dont la corpulence et la couleur sont les mêmes. Nous approchons de quelques bergeries aux murs de pierre et au toit plat couvert de chaume. Oh surprise! Une belle table avec un plat rond en son centre entouré de onze assiettes joliment remplies d'une magnifique salade de crudités aux couleurs vives nous attend. Nos muletiers sont en plus des artistes de la cuisine et de la décoration.
Après cette halte bien agréable, nous reprenons notre marche vers le fond de la vallée. A l'arrière plan le M'Goun ou Amsod (vent) se dessine. Nous quittons l'axe principal pour un embranchement sur la droite. Arrivés à un replat nos muletiers nous attendent et ont préparé le campement pour la nuit. Chaque soir la même opération se renouvellera. Une fois bien installé, chacun vaque à ces petites occupations. Le ruisseau permet un décrassage sommaire. A la tombée de la nuit nos accompagnateurs marocains entonnent des chansons traditionnelles accompagnées d'instruments de musique rudimentaires, grelots, gros bidon vide, bassine en plastique et même une boîte de conserve, qu'ils utilisent comme instruments à percutions. Les Basques donnent la réplique en entonnant leurs chants que tous reprennent en cœur, je me sens vraiment bercé par des traditions qui ne sont pas les miennes. Marocains et Basques sont sur la même longueur d'onde lorsqu'il s'agit d'entonner leurs chansons à tue-tête. Cette ambiance est extraordinaire. Juchés sur notre terrasse, perdue au milieu d'un immense pan de montagne nous assistons à l'arrivée de la nuit et du mystère qui descend sur cette terre d'altitude. Les formes et les dimensions deviennent imprécises et permettent à l'esprit toutes les extravagances. Avec un peu d'imagination, dans ces boursouflements verticaux qui se drapent de secret avec les ténèbres, je m'imagine toute une faune préhistorique qui a pu peupler ces escarpements, que le pied de l'homme n'a certainement pas encore foulés en bien des endroits. Peut-être que pas très loin, dans le creux d'une couche géologique protectrice, un spécimen vieux de plusieurs millions d'années, attend patiemment de nous révéler ses secrets, afin de nous faire progresser sur le mystère du ou des chaînons manquants. Bivouaquer seul dans ces montagnes doit encore augmenter l'émotion produite par la divagation de l'esprit. Cependant, je dois reconnaître que le voyage en groupe apporte d'autres joies, peut-être aussi une certaine tranquillité, qu'une recherche d'absolu à travers le voyage en solitaire généralement exclue. Il est très intéressant de pouvoir expérimenter les deux, qui représentent des approches distinctes d'une même quête, la découverte de soi au filtre de la nature et des autres.
Dans la spacieuse tente salle à manger nous allons poursuivre la découverte des dons culinaires de notre cuisinier. Malheureusement cela fait maintenant plus de deux ans et le détail des mets ne me revient pas. Cependant, me reste en mémoire une impression de satisfaction de manger des plats bien présentés à la saveur prononcée. Chaque soir cette réunion nous permettra de comparer nos impressions de la journée sur ces régions que nous découvrons.
Après une nuit tiède sans plus à 2250 mètres d'altitude, qui a favorisé un sommeil réparateur, le décor fabuleux de la montagne marocaine nous accueille. Devant nous un raidillon de mille mètres doit nous conduire au col de Tarkeddit donnant accès au plateau du même nom au pied du M'Goun. La végétation change. Seuls subsistent de gros buissons en boule aux piquants acérés, dont la couleur verte contraste étonnamment avec la couleur ocre du sol complètement desséché. La nature s'adapte à toutes les conditions. Dans certaines parties du désert il existe même des poissons qui lorsque l'eau se retire, s'enfoncent dans la boue avant qu'elle ne sèche. Une fois à l'intérieur, la sécheresse arrivant, ils se transforment en produit déshydraté, et peuvent attendre plusieurs années la pluie qui les regonflera et leur rendra en quelque sorte la vie pour un temps! Comment imaginer qu'une telle évolution conduisant à l'adaptation aux conditions locales soit simplement le fruit du hasard?
Le chemin raide s'étire en de nombreux lacets le long d'un flanc de montagne constellé de myriades de ces gros buissons piquants. Les différents groupes de trekkeurs s'échelonnent sur ces mille mètres de dénivelé. Les mules au chargement multicolore et parfois hétéroclite donnent une touche étonnante à la scène. On distingue d'une part les trains d'animaux qui accompagnent les touristes et d'autre part les équipages qui se livrent au commerce de vallée en vallée et ravitaillent les villages. On les reconnaît facilement par leur chargement. En effet dans le premier cas les ustensiles de camping avec matelas et tentes prédominent sur le dos des animaux, tandis que pour les seconds il s'agit de sacs contenant du ravitaillement et en particulier des céréales.
Une fois le col atteint, l'Amsod, du haut de ses quatre mille mètres, nous saute à la figure et obstrue tout l'arrière-plan. Sa couleur sombre, grise presque noire par endroits est mise en exergue par deux grosses taches de neige qui soulignent son arête terminale. L'endroit est venté et nous nous abritons en nous collant à de gros rochers pour faire une pause. Le froid est tout relatif, cependant nous réagissons à l'amplitude thermique. La vue de ce point de passage est magnifique, la terre prend toutes sortes de couleurs, en particulier par endroit une teinte indéfinissable, peut-être lie de vin claire. À nos pieds se dessine le large plateau de Tarkeddit dont l'altitude est de 2900 mètres. En quelques centaines de mètres de dénivelé nous le rejoignons. Ce sera notre lieu de campement pour ce soir. Ce site est à la croisée de nombreux itinéraires de treks, ce qui explique le nombre important de groupes qui y stationnent. Mais il y a de l'espace et nous ne nous gênons pas les uns les autres. Cependant, ceux qui veulent aller prendre une douche au refuge ressentent un peu plus la foule, car il faut faire la queue dans l'attente d'un peu d'eau. Je ne sens pas le besoin de me laver, ce qui m'évite de me retrouver dans ce refuge, qui a toutes les caractéristiques d'un refuge chamoniard un quatorze juillet ou un quinze août. Mais note lieu de campement est suffisamment éloigné pour nous permettre d'être bien tranquilles. De nombreux animaux paissent sur ce grand terrain plat. On y croise des chevaux, des mulets, des chèvres et quelques chameaux. En particulier un spectacle attire l'œil. Une jeune femme au port altier et à l'allure sauvage passe à grandes enjambées, suivie de près par de magnifiques chameaux blancs. Elle se refuse à toute photo, dommage car elle a vraiment fière allure avec son troupeau.
Lever très matinal, de nuit, car Ali veut éviter tout risque d'orage sur le sommet que nous comptons grimper aujourd'hui. Nous démarrons avec l'arrivée de l'aube. Un long vallon caillouteux remonte jusqu'à une arête, qu'il nous faudra suivre pour atteindre le but. Tout n'est que minéral, plus une seule plante, seulement cette pierre sombre à perte de vue. Il fait frais, le vent souffle avec force. Nous sommes tous emmitouflés. Les groupes nombreux et compactes comme repliés sur eux s'égrainent sur cette sente austère. On sent une certaine compétition montée, sans doute générée par les différents guides et le rythme s'accélère. Les groupes parfois explosent semant au gré du chemin les malheureux qui perdent le souffle. Mais les guides veillant, des haltes sont imposées pour rassembler les troupeaux. Au cours de ces arrêts le corps se refroidit et la reprise de la marche est une délivrance.
L'arête est atteinte, son altitude se situe aux environs des trois mille neuf cents mètres. Le vue s'étend à un espace immense, essentiellement minéral. Il nous faut maintenant suivre cette crête, en ondulations amples, qui conduit tout là-bas au point culminant. Elle s'incurve au-dessus d'un vaste versant couvert d'un gigantesque pierrier sombre, par lequel nous rejoindrons le profond vallon qui nous conduira à la vallée d'Oulilimt. De par l'effet de perspective, la trace qui fend ce vaste versant nous apparaît d'une raideur extrême. Cette illusion trompeuse est due à la vue presque de face de ce pan de montagne qui se situe à l'opposé de la crête en demi-cercle que nous avons à parcourir. Enfin le sommet est atteint. Cette longue marche aérienne entre deux versants est un enchantement. J'aimerais que cela ne finisse pas. Cette cime est le point le plus important, donc le plus convoité de notre randonnée. Cela fait trois jours que nous la voyons se rapprocher lentement, quand elle veut bien ne pas se cacher. Tout naturellement la joie explose sur tous les visages. Une longue station est nécessaire pour assouvir tout ce plaisir, qui concrétise un rêve de plusieurs mois pour certains, voire de plusieurs années pour d'autres.
Le moment de quitter ce lieu haut perché arrive. Un dernier regard circulaire sur ce panorama presque désertique et nous plongeons dans un raide pierrier. Le calibre des pierres est idéal pour se lancer dans une course effrénée à grands bonds dans cette pente abrupte. La descente des pierriers en courant le plus vite possible m'a toujours procuré une immense jouissance. Je me souviens de certains endroits des Dolomites où après de splendides escalades des pierriers sur des centaines de mètres offraient des sensations extraordinaires. En effet les bonds dans des fortes pentes donnent vraiment l'impression de décoller, et l'atterrissage restant relativement doux du fait de l'amorti qu'offrent les pierres qui roulent sous la semelle. Dans le Dévoluy au pied de la crête des Bergers, montagne où s'est tué Jean Couzy l'un des plus doué alpinistes de sa génération, se trouvent des pierriers à couper le souffle. Mais aujourd'hui je vais réfréner mon ardeur et garder une vitesse de descente modérée, car une blessure serait une gêne pour tout le groupe, et ce serait de l'inconséquence de leur imposer une telle situation. Cependant, sans tout donner la sensation est malgré tout très agréable.
Après ce grand cirque rapidement dépassé, un long vallon aux couleurs sombres s'enfonce entre des parois rocheuses. De façon imperceptible la végétation réapparait. Au fond d'une gorge profonde subsistent quelques restes de neige, résultant sans doute de grosses avalanches qui sont venues s'accumuler dans cette dépression. Il y a quelques années à cet endroit s'est déroulé un drame. Deux randonneuses lyonnaises sont mortes, surprises par le mauvais temps de nuit. Par touches successives la couleur ocre se substitue au gris. La chaleur se fait plus insistante. Les gros buissons verts sont à nouveau présents. Le long d'une petite crête une chamelle et son petit s'en nourrissent. Mais comment font-ils pour mâcher ces épines dures comme du fer et effilées comme des rasoirs? Enfin se dévoile le fond de la vallée et le campement que nos muletiers ont monté. Un dernier raidillon et nous voilà arrivés. Il est treize heures, la chaleur dans ce recoin rocheux est terrible. On se croirait dans un four. Un repas savoureux nous fait le plus grand bien. Un ruisseau à l'eau froide permet de se laver. Afin de ne pas le polluer certains utilisent de petites bassines et déversent l'eau utilisée à distance du lit du cours d'eau.
Je profite de cet après-midi pour observer les environs et tout particulièrement les chameaux qui broutent autour du camp. Ils s'aventurent sur des pentes en éboulis instables sans la moindre hésitation et jamais ils ne dérapent. Leurs sabots sont de véritables crampons.
Des enfants viennent nous proposer de l'eau en bouteilles et des fossiles. De toute évidence, ce genre de trek que l'on fait accompagné par un guide et son équipe de muletiers peut s'entreprendre seul avec un minimum de poids. En effet de l'eau on en trouve partout, car la rivière n'est jamais loin et avec des pastilles d'épuration elle devient buvable. D'autre part à plusieurs reprises j'ai vu des sources , où à mon avis l'eau est potable telle quelle. Et dernier recours, et là tout au long des deux semaines la même scène s'est répétée, des enfants viennent vous vendre des bouteilles d'eau minérale. En outre, dans les villages traversés, au moins un par jour et souvent plus, se trouve toujours une petite épicerie qui fournit l'alimentation de base voire un peu plus. De plus dans ces hameaux, le logement ne pose généralement pas de problème car on y trouve des gîtes. Le plus difficile à résoudre pour se lancer seul dans ce type d'aventure, provient de la complexité de trouver la carte qui décrit l'itinéraire.
Avec le déclin du soleil l'ombre arrive assez tôt, du fait de la hauteur des sommets qui nous entourent. D'autres groupes campent dans les parages, mais les distances sont suffisamment grandes pour que nous ne nous entendions pratiquement pas. Sous la tente salle à manger la soirée sera encore très conviviale. De toute évidence voyager de cette manière est très différent du voyage seul avec un sac réduit. Dans ce dernier cas souvent les nuits sont beaucoup plus spartiates et la nourriture moins diversifiée. Dans le fond ça fait du bien de se laisser dorloter.
Une fois la nuit bien installée je pars n'installer pour contempler les étoiles. Les conditions sont idéales, l'altitude, l'absence de lumière résiduelle et un ciel sans nuage sont les éléments prélude à un spectacle de grande beauté. Malgré la densité et la luminosité des étoiles, le voûte céleste affiche une couleur noire. Certains calculs montrent que du fait de la multitude de corps cosmiques qui nous éclairent la nuit, la lumière qui en découle devrait être des milliers de fois plus intense que celle que nous percevons. Cette con station milite pour la théorie de l'expansion de l'univers. En effet, ce paradoxe de lumière manquante provient du fait que le calcul est fait en statique ce qui démontre que l'hypothèse est fausse, et par conséquent semble prouver que les galaxies s'éloignent les unes des autres. Une belle voûte étoilée permet tous les rêves les plus fous et souvent on reste bien en-deçà de la réalité scientifique, qui tous les jours fait des découvertes toujours plus époustouflantes. Le dictionnaire amoureux du Ciel et des Etoiles de Trinh Xuan Thuan est un livre très accessible faisant un point clair et compréhensible par tous sur les avancées actuelles dans ce domaine. Ce pavé de plus de mille pages se lit comme un incroyable roman de science fiction pour certaines parties et comme un beau livre d'histoire au cours des âges pour d'autres. Mais on est transporté tout du long, et lorsqu'on en est bien imprégné, se coucher sous les étoiles entraîne un bouillonnement de pensées et d'images dans le cerveau. J'imagine un peu ce que pouvait éprouver Saint-Exupéry perdu dans le désert suite à une panne de moteur de son avion.
Le matin, comme nous le faisons depuis trois jours, le rite du branle-bas commence à se rôder. Un bon petit déjeuner nous est servi, puis nous fermons chacun notre sac que nous entassons, puis nous nous mettons en route. Les muletiers se chargeront de tout récupérer et de constituer les chargements des mules. L'étape de ce jour se déroule pour sa première partie le long d'une petite sente qui domine le cours d'eau. La végétation est extraordinaire. Toujours ces grosses boules de piquants, certaines d'entre elles fleurissent et se couvrent d'une multitude de petites fleurs jaunes. Par endroit, le sol couleur ocre est semé de gros cailloux de la même teinte. Les thuyas ces arbres incroyables font leur apparition. L'harmonie entre ces différents éléments végétaux et minéraux est totale dans l'association des formes des dimensions et des couleurs.
Le thuya est vraiment une curiosité à plus d'un titre. Tout d'abord en contemplant les pans des grandes montagnes qui nous entourent, on réalise qu'il a colonisé bien des escarpements. Il ne s'agit pas d'un arbuste, car certains échantillons approchent les dix mètres de haut. Comparativement à la masse de bois le feuillage est de petite dimension, un peu à la manière de touffes éparses accrochées à des branches massives. Chaque individu a des mutilations à la scie. Des sections coupées se dégage une senteur puissante et très agréable. Ali nous explique que chaque arbre a un propriétaire et qu'il ne s'agit pas d'aller couper une branche d'un individu qui appartient au voisin. Certains sont très loin du chemin à des centaines de mètres de dénivelé, ils ont cependant un propriétaire. De toute évidence ils sont multi-centenaires, probablement millénaires pour nombre d'entre eux. Ils doivent se transmettre par héritage.
Alors que nous profitons d'un point de vue magnifique sur la vallée que nous dominons, nos muletiers nous dépassent. Ils ont fière allure, le chef muletier dans sa djellaba marron et le cuisinier, grand noir au port altier et au regard pétillant, vêtu de clair hormis son couvre-chef noir. Les animaux malgré leur chargement volumineux se déplacent sans difficulté sur ce sentier étroit et aérien par endroit.
Nous passons quelques lieux d'habitation estivale d'éleveurs. La famille complète y séjourne, les conditions de vie sont de toute évidence spartiates. Les maisons sont de simples tas de cailloux à hauteur d'homme couverts d'un peu de terre. En contrebas du chemin on les distingue à peine des amoncellements de pierres dus à la nature. Des petits enfants s'égaillent autour de ce lieu de stationnement. Des femmes à l'air farouche, à moins qu'elles ne soient excédées montrent des signes de mécontentement si l'on essaie de les photographier, bien que le sentier passe à une distance de quelques centaines de mètres.
Une descente raide nous ramène en fonde la vallée en un point étonnant. Il s'agit d'une grande zone d'érosion à la confluence de deux gorges. Une multitude d'édifices de terre, telles des citadelles en ruine se dressent en troupe serrée en bordure de rivière. Le lieu est idéal pour la pause de midi. La fraîcheur, conjugaison de l'eau qui court de l'ombre que prodiguent ces grandes cheminées de fées et du courant d'air créé, donne à cette halte une petite touche de paradis. Tous en profitent pour se baigner. Pour ma part, je pars me perdre dans les couloirs profonds, raides et glissants qui s'enfoncent dans ces roches érodées. Je gagne quelques dizaines de mètres et je décide de m'arrêter pour des raisons de sécurité. Le point de vue est enchanteur. L’un des énorme rochers posé à même les galets sur la partie sèche du lit de la rivière ressemble à une espèce de grosse bête préhistorique qui semble le gardien du lieu, à moins qu'il ne s'agisse d'une mariée avec une traîne imposante. Ces montagnes donnent loisir à toutes les divagations lorsqu'on observe le travail de l'érosion sur la roche.
Nous reprenons notre route assez tôt. Le chemin est à même les galets. La chaleur est importante, du fait de l'altitude qui diminue et aussi du fait de la réverbération sur la roche claire. Le lieu d'arrêt prévu est déjà occupé, il nous faut donc aller un peu plus loin. Nous nous installons en bordure de rivière. La vallée est large un peu en U. L'eau est tentante, peu profonde, elle court sur des galets. L'endroit est idéal pour un petit rafraîchissement. Quelques constructions, avivent notre curiosité. Nous partons les visiter. Il s'agit d'un grenier à grains de belle dimension. Ces constructions en torchis donnent toujours l'impression d'être en déliquescence. Un jeune couple de Français, croulant sous des sacs énormes remontent la vallée. Ils s'arrêtent à notre campement et Ali leur offre le thé.
De retour vers le campement, accompagné de Jean-Paul je remonte la rive opposée de la rivière. Une petite cascade jaillit d'un muret. Jean-Paul pense qu'il s'agit d'une source et s'abreuve abondamment. Cela me paraît bizarre. J'escalade le mur d'où l'eau gicle et je constate qu'il s'agit d'un défaut d'étanchéité du muret d'un canal d'irrigation. Mais toutes les bêtes y viennent et la boire comme l'a fait mon camarde peut entraîner quelques désagréments. Il ne s'émeut pas pour autant. Il me demande de lui passer quelques pastilles d'épuration qu'il croque sur le champ. En effet le remède sera efficace, il n'aura aucun trouble digestif.
Ce lieu où nous campons s'appelle Tighremt n'Aït Ahmed et se situe à 2200 mètres d'altitude. Comme tous les soirs précédents l'ambiance sera à la fête, les rires et les chansons fuseront de toutes parts. Je m'étonne parfois de trouver un tel plaisir à une randonnée en groupe, moi qui suis habitué à partir seul en montagne. Le sommeil sera calme et profond. Dans ces contrées il n'y a pratiquement pas d'humidité d'où absence totale de condensation dans les tentes, ce qui explique peut-être en partie la quiétude des nuits?
Nous entamons notre cinquième jour de marche. La végétation commence à changer avec l'altitude qui diminue. Dans les méandres de la rivière commencent à apparaître de grandes zones verdoyantes, arbres à feuilles caduques et champs cultivés. Le contraste, entre le brun clair des pentes de rocher et le vert profond qui colonise par endroits le fond de la vallée, donne une touche nouvelle au panorama. Le chemin conduit au travers de villages en corniche, dont les maisons se confondent avec la montagne environnante et s'y intègrent parfaitement par leur forme simple et leur teinte. Les villageois sont habitués à ces trains de touristes. J'évalue à une dizaine, au moins, le nombre de groupes par jour qui empreinte ce sentier à cette époque de l'année. Dans l'un des villages, deux tous petits gamins, huit ans maximum, sont juchés au sommet d'un mulet et essaient de le faire manœuvrer dans une rue étroite. Un peu avant ce même village un autre gamin à l'air abattu, monté lui aussi sur un âne, s'est approché de nous et nous a demandé des médicaments car il avait une rage de dents ou mal à la tête. Nous lui avons donné quelques aspirines et il a repris son chemin en remontant la rivière.
La halte de midi a lieu au gîte chez Jarnel, magnifique construction à un étage au pied d'une falaise escarpée. L'intérieur est de toute beauté, tout particulièrement la charpente en thuya qui dégage un parfum puissant dans chacune des pièces. Des enfants viennent se faire photographier dans l'espoir de récupérer quelques pièces. Nous profitons de cet arrêt aux heures chaudes pour aller nous rafraîchir en bordure de rivière. De nombreux enfants s'y amusent. Un petit bout de chou de trois quatre ans, seul sur la rive, descend d'un pas pas très assuré. S'il tombe à l'eau, étant donné le courant, je crains que sa vie ne soit mise en réel danger. Mais cela ne semble déranger personne. C'est peut-être cela le fatalisme musulman? Inch Allah!
Encore quelques heures de marche et nous arrivons à Igherm Izdarn. Nous logeons chez le père de notre guide. Ce dernier récupérera son jeune fils qui nous accompagnera sur la fin de notre voyage. Pour le repas du soir nous avons droit au mouton à la façon locale. Dans un four en terre un feu est allumé, une fois que la quantité de braises est suffisante, le mouton embroché est piqué dans les braises. L'orifice supérieur du four est alors hermétiquement obstrué à l'aide de terre mouillée, constituant un enduit qui colmate bien et empêche tout échange, en particulier d'oxygène. Après un temps de cuisson long, la croûte de terre qui a séché est brisée et apparaît le mouton magnifiquement doré. Cette viande est succulente, cuite uniformément en profondeur. La nuit à l'intérieur de la maison sera moins confortable que sous la tente, en effet la chaleur et le manque de courant d'air seront une gêne pour le sommeil.
Au matin, je suis bien content de sortir à la recherche d'un peu de fraîcheur. Aujourd'hui nous allons nous engager dans une variante qui durant trente six heures va nous conduire sur une variante de cette grande classique. Nous allons quitter la vallée que nous suivons depuis plusieurs jours et nous diriger vers un col donnant accès à la vallée d'à côté. Au court de cette journée et demie nous ne croiserons aucun groupe de trekkeurs. Au sortir du village, une petite épicerie accueillante, nous nous y engouffrons tous à la recherche de quelques friandises et autres bouteilles de jus de fruit chimique.
La halte de dix heures a lieu dans le village du frère d’Ali. Nous sommes reçus avec beaucoup de gentille pour le thé. De succulents petits gâteaux accompagnent la boisson. Le moment passé dans ce village nous laissera un très agréable souvenir. Une fois de retour dans le lit de la rivière et reprenons notre marche vers le col. Le paysage est imposant, des falaises nous encerclent, des thuyas de grandes taille au bois torturé ponctuent le sentier. Ces arbres sont vraiment étonnants, ils sortent d'une terre complètement aride et exhibent des troncs et des branches de taille imposante. Je ne me lasse pas de las admirer, ils sont tous différents et présentent des courbes et des volumes très esthétiques, et puis ils sentent si bon! A proximité du col, une vaste bergerie, à peine surélevée du sol, non occupée nous offre un lieu de déjeuner agréable et original. De cet emplacement, la vue sur la vallée en conter-bas et sur les montagnes qui nous entourent, est absolument magnifique. A par nous absolument personne. Je me fais la réflexion que dès que l'on quitte les itinéraires à la mode la montagne est presque déserte. J'ai déjà fait ce type d'expérience dans les Alpes et les Pyrénées. Après une longue pose, le col est rapidement atteint. La zone est presque désertique. Seul, de loin en loin, un thuya apporte sa pointe de verdure. Ce type d'endroit j'aimerais m'y arrêter et y passer la nuit seul face aux étoiles. Mais il n'en est pas question. Nous basculons dans une autre vallée et rapidement nous atteignons le village d’Arg. Une petite terrasse un peu au-dessus de la rivière nous offre un superbe emplacement de bivouac. Rapidement des enfants nous abordent. L'un d'entre eux tient dans ses bras une mignonne petite chèvre. Nos tentes sont installées en cercle. Ce soir la douche est prise directement dans le courant du cours d'eau, ce qui nous fait dire que la montagne a des yeux, car manifestement cela éveille de la curiosité, que nous trouvons un peu trop insistante.
La soirée une fois de plus sera un moment très agréable. La vue de notre promontoire sur cette vallée déserte fermée par un grand cirque de montagnes, une fois de plus nous met en présence de la beauté du Haut Atlas. Le regard ne se lasse pas de se déplacer le long des à pics de ce monde minéral. Lorsque le soleil plonge derrière ces sommets en fond de vallée, la roche de toutes parts s'illumine de couleurs qui donnent l'illusion d'un monde en fusion.
Nous quittons à regret notre nid d'aigle. Encore une demi-journée avant de retrouver la vallée principale et ses trains de trekkeurs. En y arrivant nous faisons halte sous un auvent rocheux. Notre cuisinier bien assis collé contre le rocher met en œuvre des marmites avec entrain. A vrai dire, nous sommes installés le long d’une large strate dont la lèvre supérieure est en surplomb et offre de ce fait une protection. La rivière nous invite à la baignade. J'en profite pour la remonter jusqu'à une cascade d'environ un mètre cinquante. J'assiste à un spectacle assez époustouflant. Au beau milieu de l'écume une petite truite de quatre centimètres essaie de remonter et se fait rejeter vers l'aval. Si l'on tient compte des dimensions, on pourrait imaginer un saumon de quarante centimètres essayant de passer une cascade de quinze mètres !
La gorge se resserre et des parois de grande hauteur donne un caractère austère au lieu. Haut perchées des restes de constructions en plein milieu d'une paroi nous intriguent. Ali nous dit qu'il s'agit des ruines d'une garnison portugaise qui s'était installée dans cet endroit reculé il y a plus de deux siècles. J'imagine l'impression d'éloignement que devaient éprouver les militaires envoyés en mission au fond de cette vallée. Un chemin en encorbellement après avoir passé un verrou, donne accès à un élargissement de la vallée.
Nous installons notre campement à Tarzount, au pied d'une falaise immense. Le panorama est impressionnant, on se sent écrasé. Bien évidemment mon esprit ne peut s'empêcher d'imaginer de belles lignes d'escalade le long de piliers aériens et de dièdres qui jaillissent presque jusqu'au ciel. Chaque soir, le lieu de campement est différent. Aucune lassitude ne s'installe. Bien au contraire l'envie que l'aventure continue est un souhait. Mais nous sentons que nous avons basculé dans la dernière partie de notre randonnée et que la fin se rapproche. Mais n'y pensons pas trop et profitons de ce spectacle en permanence renouvelé. Un énorme arbre abattu est étendu pratiquement dans notre bivouac. A-t-il été amené à cet endroit par la rivière en crue?
Au matin au sortir de la tente la vision sur cette falaise que j'ai pourtant regardée sous toutes ses coutures la veille, ne laisse pas de m'impressionner. Aujourd'hui nous allons progresser dans l'eau dans une gorge étroite de toute beauté. Nous quittons nos chaussures de randonnée, pour chausser soit des baskets ou des sandales. Ce qui est mon cas, mes chaussures spéciales canyon font merveille et permettent une marche aisée. Cette marche dans vingt à trente centimètres d'une eau courant à vive allure est un enchantement. Par endroits les parois sont si rapprochées que la pénombre n’est pas loin. De gros bombements nous surplombant nous cachent le ciel et nous donnent l’impression d’être dans une grotte. Je n’ose imaginer une crue dans ces coins, la hauteur des flots doit être gigantesque dans ces étroitures. Au milieu de la gorge, un chemin incroyablement escarpé escalade le fond d’un couloir presque vertical. Il s’agit d’un itinéraire emprunté lorsque le débit de l’eau ne permet pas l’utilisation du lit de la rivière.
D’un coup les parois s’écartent et permettent à la rivière de s’étaler le long d’une petite plage, sur laquelle une échoppe propose café et autres boissons ainsi qu’un assortiment de bijoux rudimentaires. Immédiatement nous sentons à une foule de détail que nous allons quitter le domaine de la haute montagne. A la halte de midi une nuée de gamins viennent nous voir. Ils sont habillés de vêtements éculés. Une petite fille de six ans porte sur son dos sa sœur de un ou deux ans et à aucun moment ne la posera au sol, malgré l’effort qu’elle produit.
Ce soir nous campons à Aguerzaka, village à 1750 mètres d’altitude. Les tentes sont installées dans l’enceinte d’un ancien édifice pratiquement disparu. Seuls en subsistent des restes de murs effondrés qui délimitent le périmètre de notre bivouac. Les environs immédiats, de toute évidence, servent de lieu d’aisance aux habitants du hameau. Il faudra faire attention si nous sommes amenés à circuler de nuit. Ali nous emmène chez le sage du village qui nous offre le café. Les montagnes autour de nous se sont affaissées et laissent la place à d’immenses moutonnements aux allures moins verticales. Ce lieu respire la sérénité, l’espace semble s’élargir, sans doute impression due au fait que les montagnes nous surplombent moins. Comble du luxe, il est possible de prendre une douche, et les filles vont se faire maquiller à la mode berbère. Ce soir encore au cours du repas ce sont chants et danse endiablées en tapant sur les habituels bidons et gamelles.
L’étape suivante se déroule dans une vallée qui s’élargit et des montagnes de moins en moins hautes. De grands bouquets de verdure et des villages qui deviennent d véritables petites villes sont les signes les plus évidents que nous n’allons pas tarder à quitter ces terres hautes de l’Atlas. Encore deux nuits sous tente et l’aventure prendra fin. Je pense que nous aurions aimé que cette aventure continue un peu plus. L’avant dernier soir un habitant du lieu nous propose sous le manteau un horrible alcool de noix, imbuvable. Un signe de plus nous annonçant la fin imminente du voyage, les téléphones portables passent. Les premiers appels vers les familles ont lieu, le charme va être rompu.
La fin de la dernière étape se passe sur une route goudronnée. Le bivouac est installé dans un coude de la route. Une belle fête va clôturer ces douze jours à travers le Haut Atlas. Une envie me prend de revenir parcourir les sentiers secrets de ces montagnes. Un projet fabuleux consiste en la traversée totale de la chaîne du Haut Atlas, cela nécessitant à mon avis un mois voire plus. Tout entreprise qui touche à sa fin doit déclencher l’envie de nouvelles aventures, pour éviter le petit coup de blues du au vide créé par l’accomplissement d’un rêve.
Partir en voyage accompagné ce n'est pas mon fort, mais du fait d'une bande de Basques enthousiastes je me suis laissé convaincre et je ne le regrette pas. Le but de la balade consiste en douze jours de randonnée dans la région du M'Goun, gravir ce sommet de 4046 mètres puis descendre jusqu'à la vallée des Roses.
Je vais donc décrire cette promenade dans le Haut Atlas, le long d'un itinéraire très connu sur lequel les trekkeurs occidentaux sont nombreux. Cependant, bien qu'ayant eu quelques craintes de parcourir ce circuit, de peur d'être confronté à la foule de mes semblables, le voyage a été très agréable. Le cadre magnifique, à lui seul, justifie tous les bains de foule, qui cependant n'ont pas eu lieu. Les groupes rencontrés parfois à certaines étapes ou croisés, n'ont pas représenté de gêne. Je ne peux que conseiller ce genre d'expérience, même aux amateurs de solitude et de randonnées en solitaire.
Après un départ de Bordeaux quelque peu mouvementé prévu à 22 h qui a finalement eu lieu à 4h du matin, un vol court nous amène à Marrakech au lever du jour. Nous sommes au mois de juillet, la chaleur est intense. Notre guide Ali, nous attend et nous conduit à l'hôtel où la nuit était prévue. Après un somme de quelques heures sur la terrasse, ou pour les moins avisés dans des chambres surchauffées, nous nous retrouvons tous sur le toit de l'hôtel. Dans cette fournaise, un petit courant d'air intermittent amène sur la peau un soupçon de rafraîchissement. Heureusement nous n'allons rester que quelques heures dans cette ville. Je n'imagine pas à cette période de l'année y séjourner longuement. Un petit déjeuner agréable nous est servi. Le minibus qui nous emmènera à destination de Tabant, point de départ de notre randonnée, part vers les onze heures. Nous mettons à profit les deux heures d'attente pour découvrir cette ville tant à la mode chez les Occidentaux. Le matin manifestement la localité semble encore ensommeillée.
L'heure du départ ayant sonné, armes et bagages entassés, le véhicule part en direction du Haut Atlas. Le pays est très sec et rocailleux. Vers les midi arrêt dans une petite ville, nous déjeunons dans un restaurant à l'atmosphère étouffante. De nouveau sur la route, les montagnes commencent à se dresser devant nous. Un col en altitude barre l'horizon. Après l'avoir pratiquement atteint, Ali fait arrêter le véhicule devant un groupe de paysans occupé à battre le blé à l'aide de chevaux qui le foulent sous les sabots. Ils tournent en ligne de front sur une aire circulaire et les paysans jettent au vent à la fourche la paille qui s'envole au gré des courants d'air. Le but étant qu'à la fin de l'opération il ne reste que le grain au sol. Certains d'entre nous vont s'initier à la conduite des trains de chevaux, tels des Ben Hur, et au coup de fourche dans le ciel, ce qui déclenchera un fou rire généralisé aussi bien de la part des paysans marocains que de la nôtre.
Du col nous plongeons dans une vallée profonde. Le terme de notre voyage en véhicule est le petit village de Tabant, blotti à 1850 mètres d'altitude. Le cadre est magnifique. Nous sommes entourés de montagnes imposantes, à l'allure aride. Le gîte est une bâtisse sur un niveau avec une cour intérieur de laquelle nous pouvons voir les sommets environnants. Si l'air est plus frais qu'à Marrakech, les mouches manifestement le savent et apprécient aussi le coin. Nos affaires déposées, nous partons à la découverte des environs. Un imposant tertre d'une centaine de mètres de haut nous invite à l'escalade. Par une sente escarpée nous en atteignons le faîte. Le panorama est magnifique. Une multitude de groupes de maisons couleur terre sont accrochés un peu partout le long des plissements de cette chaîne montagneuse puissante. De nombreuses terrasses à la teinte dorée, servant au battage des céréales, s'échelonnent au dessus de Tabant. A cette heure chevaux et paysans ont regagné leur demeure. Le vert des cultures tranche très nettement sur la couleur terne, un peu poussière qui domine dans ce paysage. Le ciel, lui-même, affiche une couleur presque neutre. La quantité de particules en suspension, faisant en quelque sorte le lien entre le sol et l'atmosphère, donne cette apparence du brouillard ténu. Cette visibilité réduite, relativement car portant à quelques kilomètres, bien spécifique de l'Afrique je l'ai aussi expérimentée le long des plages girondines. En effet, en remontant du cap Ferret à la pointe de Graves sur une centaine de kilomètres, les pieds dans l'eau, on a la sensation d'avancer vers le néant du fait de cette poussière de sable en suspension, qui limite la visibilité aussi à quelques kilomètres. Il en découle que l'œil n'a aucun point de repère sur lequel s'accrocher afin d'évaluer la distance à parcourir. Le seul repère de distance est donné par le podomètre ou le GPS. Mais dans le fond, il est préférable dans ces cas-là de ne posséder aucun de ces deux engins, destinés à tout rationaliser, alors que l'on est à la recherche du plaisir, qui ne quantifie pas avec des engins, et d'une apparence de liberté par rapport à notre mode de vie trop structuré. Toujours, lorsque je me promène à l'étranger me viennent tout naturellement des éléments de comparaison avec ce que j'ai vécu en France.
Revenons au sommet de notre tertre. Une imposante construction circulaire trône et impose sa silhouette. Il s'agit d'une ancienne ferme. L'occupant des lieux nous offre le café aimablement, cependant il nous fait remarquer que nous ne le payons pas assez. Aïe! Aurions-nous fait une erreur, voire une impolitesse? Les choses s'arrangent, mais le tenant du lieu semble nous garder quelque grief.
Nous rejoignons notre gîte dans la cour duquel le regard plongeait de notre hauteur. Comble du luxe, il y a même une douche. Le repas sera sympathique et l'ambiance au rire et à la joie à l'idée de la magnifique balade qui commence le lendemain. Aucun d'entre nous ne connaît cette région, ce qui fait que la curiosité et l'empressement nous rendent tous impatients de nous retrouver quelques heures plus tard.
Après une nuit très correcte, répartis dans deux pièces exiguës, où nous avons dormi sur des paillasses à même le sol, nous sommes accueillis par un spectacle grandiose. Le soleil se lève et illumine les grandes pentes de caillasses escarpées et arides qui nous dominent. La lumière du jour dessine toutes les arêtes et laisse les gorges à leur mystère. Une telle vision réveille instantanément mon instinct de grimpeur et je m'imagine le long de ces rochers, assister à la naissance du jour. Le bivouac en montagne, accroché à une paroi, est l'une des plus belles expériences que j'ai fait dans ma vie, et toujours aussi intense malgré les répétitions. Cela m'a peut-être permis de garder mon regard d'enfant qui s'émerveille facilement. Je me souviens d'une nuit passée au milieu de la face nord-ouest de l'Olan. Étant arrivés tôt au refuge, nous avons décidé d'attaquer tout de suite. Ce qui nous a conduits au pied de la paroi vers les seize heures. Au début septembre les jours étant longs, la nuit nous a surpris alors que nous avions déjà gravi la moitié de la paroi, c'est à dire cinq ou six cents mètres. Nous nous sommes installés au moins mal sur une dalle en pente, bien arrimés à quelques pitons pour éviter le grand plongeon dans le sommeil, et nous avons gouté à un spectacle fabuleux. Une mer de nuages, quelques centaines de mètres plus bas, butait contre notre paroi et s'allongeait jusqu'à l'infini. Le soleil s'est englouti au loin en une multitude de couleurs et de dégradés et nous a abandonnés à la nuit et à l'austérité froide de cette immensité minérale verticale, se parant de menaces dans l'obscurité. Les émotions que l'on ressent dans ces moments, loin de tout au beau milieu d'une paroi de plus de mille mètres, montée et descente présentant les mêmes difficultés, voire les mêmes impossibilités en cas de mauvais temps, restent gravées en vous une vie entière. Voilà pourquoi un soleil levant ou couchant sur une paroi éveille toujours chez moi de très fortes émotions.
Avant le petit déjeuner, je profite d'un moment de solitude pour me plonger dans la contemplation de ce monde minéral. Avec quelque indiscrétion je pars à l'aventure au milieu de grands bâtiments en torchis qui jouxtent notre refuge. Les murs sont mangés par de grands trous béants, probablement résultat de la pluie ruisselant sur ces constructions en boue séchée. Cette terre, de laquelle les habitations sont construites, est la même qui constitue les immenses flancs de la montagne. On passe des unes aux autres sans aucune rupture dans les tons et les couleurs. De cette uniformité se dégage une impression particulière, comme si l'homme dans ces contrées faisait réellement partie intégrante du décor en s'y fondant complètement, bien loin de l'impression que dégagent nos villes et de notre civilisation mangeuses de nature.
Nous débutons la première étape. Nous longeons la vallée principale. De grands arbres aux épaisses feuilles nous accompagnent le long d'un ruisseau. Au débouché dans un champ, deux cigognes nous regardent passer. Elles ne montrent pas le moindre signe d'inquiétude. De toute évidence elles ont l'habitude de voir ces visages pâles étonnés, marquer l'arrêt et sortir leur troisième œil pour les immortaliser dans le but de les classer et les ranger dans un énième dossier de voyage. Première halte à l'ombre d'un immense noyer, nous sommes assis en rond à même les gros galets du fond de la vallée. Ali fait circuler parmi nous son sac de fruits secs. Outre les arachides et autres noix de cajou, quelques magnifiques dattes font la joie de tous. Il s'agit de la toute première halte, prélude à un rite qui s'accomplira deux fois par jours durant deux semaines. Nous découvrons ce guide attentif, cultivé qui connait magnifiquement son pays.
Après cette courte pose la marche reprend. Le long du chemin, encore des aires de battage des céréales. La technique utilisée, jeter à la fourche la paille en l'air afin que le vent en emporte les particules légères dont on veut se défaire, doit être millénaire. Bien qu'en terre musulmane on ne peut s'empêcher de penser aux débuts de l'ère chrétienne. Les animaux et les hommes que nous regardons feraient des personnes idéaux dans une crèche le jour de la naissance du Christ.
Sur notre droite une vallée secondaire apparaît. Nous allons la remonter jusqu'à un col Tarkeddit dont l'altitude est de 3300 mètres. Nous ne le franchirons que le lendemain, car le bivouaque est prévu quelque part sur un replat à son pied. Avant de quitter la vallée principale, je ne peux m'empêcher de la contempler une dernière fois et de me demander par quel phénomène géologique, ces grosses pyramides de terre et de pierres, parcourues d'immenses strates aux courbes torturées, ont pu prendre naissance et se dresser au beau milieu de cette large dépression.
Le fond du vallon est parcouru par un torrent alerte, dont les multiples cascades soulèvent une écume qui contraste dans ce relief semi-désertique. Après avoir erré quelque peu au milieu de broussailles au confluent des deux vallées, un chemin bien dessiné montre la direction. La montée commence. Il va nous falloir franchir le torrent. Nous regardons nos mules lourdement chargées s'affranchir de cette opération. À notre tour de traverser et bien évidemment pour les premiers qui ne s'y attendent pas de gros cailloux lancés avec précision, leur donnent l'occasion de prendre un petit rafraîchissement, ma foi très agréable. Un village se trouve sur notre route, nous y achetons quelques bouteilles d'eau. D'ailleurs tout au long de notre voyage, se présenteront de petits commerces et lorsque les villages seront trop éloignés, des enfants nous proposeront de l'eau en bouteille sans laquelle nous considérons qu'il n'y pas point de salut.
L'heure du repas approche. Nous débouchons sur une petite plaine légèrement verdoyante, dominée d'un monticule caillouteux sur lequel un troupeau de moutons se presse. On les confond presque avec les pierres, dont la corpulence et la couleur sont les mêmes. Nous approchons de quelques bergeries aux murs de pierre et au toit plat couvert de chaume. Oh surprise! Une belle table avec un plat rond en son centre entouré de onze assiettes joliment remplies d'une magnifique salade de crudités aux couleurs vives nous attend. Nos muletiers sont en plus des artistes de la cuisine et de la décoration.
Après cette halte bien agréable, nous reprenons notre marche vers le fond de la vallée. A l'arrière plan le M'Goun ou Amsod (vent) se dessine. Nous quittons l'axe principal pour un embranchement sur la droite. Arrivés à un replat nos muletiers nous attendent et ont préparé le campement pour la nuit. Chaque soir la même opération se renouvellera. Une fois bien installé, chacun vaque à ces petites occupations. Le ruisseau permet un décrassage sommaire. A la tombée de la nuit nos accompagnateurs marocains entonnent des chansons traditionnelles accompagnées d'instruments de musique rudimentaires, grelots, gros bidon vide, bassine en plastique et même une boîte de conserve, qu'ils utilisent comme instruments à percutions. Les Basques donnent la réplique en entonnant leurs chants que tous reprennent en cœur, je me sens vraiment bercé par des traditions qui ne sont pas les miennes. Marocains et Basques sont sur la même longueur d'onde lorsqu'il s'agit d'entonner leurs chansons à tue-tête. Cette ambiance est extraordinaire. Juchés sur notre terrasse, perdue au milieu d'un immense pan de montagne nous assistons à l'arrivée de la nuit et du mystère qui descend sur cette terre d'altitude. Les formes et les dimensions deviennent imprécises et permettent à l'esprit toutes les extravagances. Avec un peu d'imagination, dans ces boursouflements verticaux qui se drapent de secret avec les ténèbres, je m'imagine toute une faune préhistorique qui a pu peupler ces escarpements, que le pied de l'homme n'a certainement pas encore foulés en bien des endroits. Peut-être que pas très loin, dans le creux d'une couche géologique protectrice, un spécimen vieux de plusieurs millions d'années, attend patiemment de nous révéler ses secrets, afin de nous faire progresser sur le mystère du ou des chaînons manquants. Bivouaquer seul dans ces montagnes doit encore augmenter l'émotion produite par la divagation de l'esprit. Cependant, je dois reconnaître que le voyage en groupe apporte d'autres joies, peut-être aussi une certaine tranquillité, qu'une recherche d'absolu à travers le voyage en solitaire généralement exclue. Il est très intéressant de pouvoir expérimenter les deux, qui représentent des approches distinctes d'une même quête, la découverte de soi au filtre de la nature et des autres.
Dans la spacieuse tente salle à manger nous allons poursuivre la découverte des dons culinaires de notre cuisinier. Malheureusement cela fait maintenant plus de deux ans et le détail des mets ne me revient pas. Cependant, me reste en mémoire une impression de satisfaction de manger des plats bien présentés à la saveur prononcée. Chaque soir cette réunion nous permettra de comparer nos impressions de la journée sur ces régions que nous découvrons.
Après une nuit tiède sans plus à 2250 mètres d'altitude, qui a favorisé un sommeil réparateur, le décor fabuleux de la montagne marocaine nous accueille. Devant nous un raidillon de mille mètres doit nous conduire au col de Tarkeddit donnant accès au plateau du même nom au pied du M'Goun. La végétation change. Seuls subsistent de gros buissons en boule aux piquants acérés, dont la couleur verte contraste étonnamment avec la couleur ocre du sol complètement desséché. La nature s'adapte à toutes les conditions. Dans certaines parties du désert il existe même des poissons qui lorsque l'eau se retire, s'enfoncent dans la boue avant qu'elle ne sèche. Une fois à l'intérieur, la sécheresse arrivant, ils se transforment en produit déshydraté, et peuvent attendre plusieurs années la pluie qui les regonflera et leur rendra en quelque sorte la vie pour un temps! Comment imaginer qu'une telle évolution conduisant à l'adaptation aux conditions locales soit simplement le fruit du hasard?
Le chemin raide s'étire en de nombreux lacets le long d'un flanc de montagne constellé de myriades de ces gros buissons piquants. Les différents groupes de trekkeurs s'échelonnent sur ces mille mètres de dénivelé. Les mules au chargement multicolore et parfois hétéroclite donnent une touche étonnante à la scène. On distingue d'une part les trains d'animaux qui accompagnent les touristes et d'autre part les équipages qui se livrent au commerce de vallée en vallée et ravitaillent les villages. On les reconnaît facilement par leur chargement. En effet dans le premier cas les ustensiles de camping avec matelas et tentes prédominent sur le dos des animaux, tandis que pour les seconds il s'agit de sacs contenant du ravitaillement et en particulier des céréales.
Une fois le col atteint, l'Amsod, du haut de ses quatre mille mètres, nous saute à la figure et obstrue tout l'arrière-plan. Sa couleur sombre, grise presque noire par endroits est mise en exergue par deux grosses taches de neige qui soulignent son arête terminale. L'endroit est venté et nous nous abritons en nous collant à de gros rochers pour faire une pause. Le froid est tout relatif, cependant nous réagissons à l'amplitude thermique. La vue de ce point de passage est magnifique, la terre prend toutes sortes de couleurs, en particulier par endroit une teinte indéfinissable, peut-être lie de vin claire. À nos pieds se dessine le large plateau de Tarkeddit dont l'altitude est de 2900 mètres. En quelques centaines de mètres de dénivelé nous le rejoignons. Ce sera notre lieu de campement pour ce soir. Ce site est à la croisée de nombreux itinéraires de treks, ce qui explique le nombre important de groupes qui y stationnent. Mais il y a de l'espace et nous ne nous gênons pas les uns les autres. Cependant, ceux qui veulent aller prendre une douche au refuge ressentent un peu plus la foule, car il faut faire la queue dans l'attente d'un peu d'eau. Je ne sens pas le besoin de me laver, ce qui m'évite de me retrouver dans ce refuge, qui a toutes les caractéristiques d'un refuge chamoniard un quatorze juillet ou un quinze août. Mais note lieu de campement est suffisamment éloigné pour nous permettre d'être bien tranquilles. De nombreux animaux paissent sur ce grand terrain plat. On y croise des chevaux, des mulets, des chèvres et quelques chameaux. En particulier un spectacle attire l'œil. Une jeune femme au port altier et à l'allure sauvage passe à grandes enjambées, suivie de près par de magnifiques chameaux blancs. Elle se refuse à toute photo, dommage car elle a vraiment fière allure avec son troupeau.
Lever très matinal, de nuit, car Ali veut éviter tout risque d'orage sur le sommet que nous comptons grimper aujourd'hui. Nous démarrons avec l'arrivée de l'aube. Un long vallon caillouteux remonte jusqu'à une arête, qu'il nous faudra suivre pour atteindre le but. Tout n'est que minéral, plus une seule plante, seulement cette pierre sombre à perte de vue. Il fait frais, le vent souffle avec force. Nous sommes tous emmitouflés. Les groupes nombreux et compactes comme repliés sur eux s'égrainent sur cette sente austère. On sent une certaine compétition montée, sans doute générée par les différents guides et le rythme s'accélère. Les groupes parfois explosent semant au gré du chemin les malheureux qui perdent le souffle. Mais les guides veillant, des haltes sont imposées pour rassembler les troupeaux. Au cours de ces arrêts le corps se refroidit et la reprise de la marche est une délivrance.
L'arête est atteinte, son altitude se situe aux environs des trois mille neuf cents mètres. Le vue s'étend à un espace immense, essentiellement minéral. Il nous faut maintenant suivre cette crête, en ondulations amples, qui conduit tout là-bas au point culminant. Elle s'incurve au-dessus d'un vaste versant couvert d'un gigantesque pierrier sombre, par lequel nous rejoindrons le profond vallon qui nous conduira à la vallée d'Oulilimt. De par l'effet de perspective, la trace qui fend ce vaste versant nous apparaît d'une raideur extrême. Cette illusion trompeuse est due à la vue presque de face de ce pan de montagne qui se situe à l'opposé de la crête en demi-cercle que nous avons à parcourir. Enfin le sommet est atteint. Cette longue marche aérienne entre deux versants est un enchantement. J'aimerais que cela ne finisse pas. Cette cime est le point le plus important, donc le plus convoité de notre randonnée. Cela fait trois jours que nous la voyons se rapprocher lentement, quand elle veut bien ne pas se cacher. Tout naturellement la joie explose sur tous les visages. Une longue station est nécessaire pour assouvir tout ce plaisir, qui concrétise un rêve de plusieurs mois pour certains, voire de plusieurs années pour d'autres.
Le moment de quitter ce lieu haut perché arrive. Un dernier regard circulaire sur ce panorama presque désertique et nous plongeons dans un raide pierrier. Le calibre des pierres est idéal pour se lancer dans une course effrénée à grands bonds dans cette pente abrupte. La descente des pierriers en courant le plus vite possible m'a toujours procuré une immense jouissance. Je me souviens de certains endroits des Dolomites où après de splendides escalades des pierriers sur des centaines de mètres offraient des sensations extraordinaires. En effet les bonds dans des fortes pentes donnent vraiment l'impression de décoller, et l'atterrissage restant relativement doux du fait de l'amorti qu'offrent les pierres qui roulent sous la semelle. Dans le Dévoluy au pied de la crête des Bergers, montagne où s'est tué Jean Couzy l'un des plus doué alpinistes de sa génération, se trouvent des pierriers à couper le souffle. Mais aujourd'hui je vais réfréner mon ardeur et garder une vitesse de descente modérée, car une blessure serait une gêne pour tout le groupe, et ce serait de l'inconséquence de leur imposer une telle situation. Cependant, sans tout donner la sensation est malgré tout très agréable.
Après ce grand cirque rapidement dépassé, un long vallon aux couleurs sombres s'enfonce entre des parois rocheuses. De façon imperceptible la végétation réapparait. Au fond d'une gorge profonde subsistent quelques restes de neige, résultant sans doute de grosses avalanches qui sont venues s'accumuler dans cette dépression. Il y a quelques années à cet endroit s'est déroulé un drame. Deux randonneuses lyonnaises sont mortes, surprises par le mauvais temps de nuit. Par touches successives la couleur ocre se substitue au gris. La chaleur se fait plus insistante. Les gros buissons verts sont à nouveau présents. Le long d'une petite crête une chamelle et son petit s'en nourrissent. Mais comment font-ils pour mâcher ces épines dures comme du fer et effilées comme des rasoirs? Enfin se dévoile le fond de la vallée et le campement que nos muletiers ont monté. Un dernier raidillon et nous voilà arrivés. Il est treize heures, la chaleur dans ce recoin rocheux est terrible. On se croirait dans un four. Un repas savoureux nous fait le plus grand bien. Un ruisseau à l'eau froide permet de se laver. Afin de ne pas le polluer certains utilisent de petites bassines et déversent l'eau utilisée à distance du lit du cours d'eau.
Je profite de cet après-midi pour observer les environs et tout particulièrement les chameaux qui broutent autour du camp. Ils s'aventurent sur des pentes en éboulis instables sans la moindre hésitation et jamais ils ne dérapent. Leurs sabots sont de véritables crampons.
Des enfants viennent nous proposer de l'eau en bouteilles et des fossiles. De toute évidence, ce genre de trek que l'on fait accompagné par un guide et son équipe de muletiers peut s'entreprendre seul avec un minimum de poids. En effet de l'eau on en trouve partout, car la rivière n'est jamais loin et avec des pastilles d'épuration elle devient buvable. D'autre part à plusieurs reprises j'ai vu des sources , où à mon avis l'eau est potable telle quelle. Et dernier recours, et là tout au long des deux semaines la même scène s'est répétée, des enfants viennent vous vendre des bouteilles d'eau minérale. En outre, dans les villages traversés, au moins un par jour et souvent plus, se trouve toujours une petite épicerie qui fournit l'alimentation de base voire un peu plus. De plus dans ces hameaux, le logement ne pose généralement pas de problème car on y trouve des gîtes. Le plus difficile à résoudre pour se lancer seul dans ce type d'aventure, provient de la complexité de trouver la carte qui décrit l'itinéraire.
Avec le déclin du soleil l'ombre arrive assez tôt, du fait de la hauteur des sommets qui nous entourent. D'autres groupes campent dans les parages, mais les distances sont suffisamment grandes pour que nous ne nous entendions pratiquement pas. Sous la tente salle à manger la soirée sera encore très conviviale. De toute évidence voyager de cette manière est très différent du voyage seul avec un sac réduit. Dans ce dernier cas souvent les nuits sont beaucoup plus spartiates et la nourriture moins diversifiée. Dans le fond ça fait du bien de se laisser dorloter.
Une fois la nuit bien installée je pars n'installer pour contempler les étoiles. Les conditions sont idéales, l'altitude, l'absence de lumière résiduelle et un ciel sans nuage sont les éléments prélude à un spectacle de grande beauté. Malgré la densité et la luminosité des étoiles, le voûte céleste affiche une couleur noire. Certains calculs montrent que du fait de la multitude de corps cosmiques qui nous éclairent la nuit, la lumière qui en découle devrait être des milliers de fois plus intense que celle que nous percevons. Cette con station milite pour la théorie de l'expansion de l'univers. En effet, ce paradoxe de lumière manquante provient du fait que le calcul est fait en statique ce qui démontre que l'hypothèse est fausse, et par conséquent semble prouver que les galaxies s'éloignent les unes des autres. Une belle voûte étoilée permet tous les rêves les plus fous et souvent on reste bien en-deçà de la réalité scientifique, qui tous les jours fait des découvertes toujours plus époustouflantes. Le dictionnaire amoureux du Ciel et des Etoiles de Trinh Xuan Thuan est un livre très accessible faisant un point clair et compréhensible par tous sur les avancées actuelles dans ce domaine. Ce pavé de plus de mille pages se lit comme un incroyable roman de science fiction pour certaines parties et comme un beau livre d'histoire au cours des âges pour d'autres. Mais on est transporté tout du long, et lorsqu'on en est bien imprégné, se coucher sous les étoiles entraîne un bouillonnement de pensées et d'images dans le cerveau. J'imagine un peu ce que pouvait éprouver Saint-Exupéry perdu dans le désert suite à une panne de moteur de son avion.
Le matin, comme nous le faisons depuis trois jours, le rite du branle-bas commence à se rôder. Un bon petit déjeuner nous est servi, puis nous fermons chacun notre sac que nous entassons, puis nous nous mettons en route. Les muletiers se chargeront de tout récupérer et de constituer les chargements des mules. L'étape de ce jour se déroule pour sa première partie le long d'une petite sente qui domine le cours d'eau. La végétation est extraordinaire. Toujours ces grosses boules de piquants, certaines d'entre elles fleurissent et se couvrent d'une multitude de petites fleurs jaunes. Par endroit, le sol couleur ocre est semé de gros cailloux de la même teinte. Les thuyas ces arbres incroyables font leur apparition. L'harmonie entre ces différents éléments végétaux et minéraux est totale dans l'association des formes des dimensions et des couleurs.
Le thuya est vraiment une curiosité à plus d'un titre. Tout d'abord en contemplant les pans des grandes montagnes qui nous entourent, on réalise qu'il a colonisé bien des escarpements. Il ne s'agit pas d'un arbuste, car certains échantillons approchent les dix mètres de haut. Comparativement à la masse de bois le feuillage est de petite dimension, un peu à la manière de touffes éparses accrochées à des branches massives. Chaque individu a des mutilations à la scie. Des sections coupées se dégage une senteur puissante et très agréable. Ali nous explique que chaque arbre a un propriétaire et qu'il ne s'agit pas d'aller couper une branche d'un individu qui appartient au voisin. Certains sont très loin du chemin à des centaines de mètres de dénivelé, ils ont cependant un propriétaire. De toute évidence ils sont multi-centenaires, probablement millénaires pour nombre d'entre eux. Ils doivent se transmettre par héritage.
Alors que nous profitons d'un point de vue magnifique sur la vallée que nous dominons, nos muletiers nous dépassent. Ils ont fière allure, le chef muletier dans sa djellaba marron et le cuisinier, grand noir au port altier et au regard pétillant, vêtu de clair hormis son couvre-chef noir. Les animaux malgré leur chargement volumineux se déplacent sans difficulté sur ce sentier étroit et aérien par endroit.
Nous passons quelques lieux d'habitation estivale d'éleveurs. La famille complète y séjourne, les conditions de vie sont de toute évidence spartiates. Les maisons sont de simples tas de cailloux à hauteur d'homme couverts d'un peu de terre. En contrebas du chemin on les distingue à peine des amoncellements de pierres dus à la nature. Des petits enfants s'égaillent autour de ce lieu de stationnement. Des femmes à l'air farouche, à moins qu'elles ne soient excédées montrent des signes de mécontentement si l'on essaie de les photographier, bien que le sentier passe à une distance de quelques centaines de mètres.
Une descente raide nous ramène en fonde la vallée en un point étonnant. Il s'agit d'une grande zone d'érosion à la confluence de deux gorges. Une multitude d'édifices de terre, telles des citadelles en ruine se dressent en troupe serrée en bordure de rivière. Le lieu est idéal pour la pause de midi. La fraîcheur, conjugaison de l'eau qui court de l'ombre que prodiguent ces grandes cheminées de fées et du courant d'air créé, donne à cette halte une petite touche de paradis. Tous en profitent pour se baigner. Pour ma part, je pars me perdre dans les couloirs profonds, raides et glissants qui s'enfoncent dans ces roches érodées. Je gagne quelques dizaines de mètres et je décide de m'arrêter pour des raisons de sécurité. Le point de vue est enchanteur. L’un des énorme rochers posé à même les galets sur la partie sèche du lit de la rivière ressemble à une espèce de grosse bête préhistorique qui semble le gardien du lieu, à moins qu'il ne s'agisse d'une mariée avec une traîne imposante. Ces montagnes donnent loisir à toutes les divagations lorsqu'on observe le travail de l'érosion sur la roche.
Nous reprenons notre route assez tôt. Le chemin est à même les galets. La chaleur est importante, du fait de l'altitude qui diminue et aussi du fait de la réverbération sur la roche claire. Le lieu d'arrêt prévu est déjà occupé, il nous faut donc aller un peu plus loin. Nous nous installons en bordure de rivière. La vallée est large un peu en U. L'eau est tentante, peu profonde, elle court sur des galets. L'endroit est idéal pour un petit rafraîchissement. Quelques constructions, avivent notre curiosité. Nous partons les visiter. Il s'agit d'un grenier à grains de belle dimension. Ces constructions en torchis donnent toujours l'impression d'être en déliquescence. Un jeune couple de Français, croulant sous des sacs énormes remontent la vallée. Ils s'arrêtent à notre campement et Ali leur offre le thé.
De retour vers le campement, accompagné de Jean-Paul je remonte la rive opposée de la rivière. Une petite cascade jaillit d'un muret. Jean-Paul pense qu'il s'agit d'une source et s'abreuve abondamment. Cela me paraît bizarre. J'escalade le mur d'où l'eau gicle et je constate qu'il s'agit d'un défaut d'étanchéité du muret d'un canal d'irrigation. Mais toutes les bêtes y viennent et la boire comme l'a fait mon camarde peut entraîner quelques désagréments. Il ne s'émeut pas pour autant. Il me demande de lui passer quelques pastilles d'épuration qu'il croque sur le champ. En effet le remède sera efficace, il n'aura aucun trouble digestif.
Ce lieu où nous campons s'appelle Tighremt n'Aït Ahmed et se situe à 2200 mètres d'altitude. Comme tous les soirs précédents l'ambiance sera à la fête, les rires et les chansons fuseront de toutes parts. Je m'étonne parfois de trouver un tel plaisir à une randonnée en groupe, moi qui suis habitué à partir seul en montagne. Le sommeil sera calme et profond. Dans ces contrées il n'y a pratiquement pas d'humidité d'où absence totale de condensation dans les tentes, ce qui explique peut-être en partie la quiétude des nuits?
Nous entamons notre cinquième jour de marche. La végétation commence à changer avec l'altitude qui diminue. Dans les méandres de la rivière commencent à apparaître de grandes zones verdoyantes, arbres à feuilles caduques et champs cultivés. Le contraste, entre le brun clair des pentes de rocher et le vert profond qui colonise par endroits le fond de la vallée, donne une touche nouvelle au panorama. Le chemin conduit au travers de villages en corniche, dont les maisons se confondent avec la montagne environnante et s'y intègrent parfaitement par leur forme simple et leur teinte. Les villageois sont habitués à ces trains de touristes. J'évalue à une dizaine, au moins, le nombre de groupes par jour qui empreinte ce sentier à cette époque de l'année. Dans l'un des villages, deux tous petits gamins, huit ans maximum, sont juchés au sommet d'un mulet et essaient de le faire manœuvrer dans une rue étroite. Un peu avant ce même village un autre gamin à l'air abattu, monté lui aussi sur un âne, s'est approché de nous et nous a demandé des médicaments car il avait une rage de dents ou mal à la tête. Nous lui avons donné quelques aspirines et il a repris son chemin en remontant la rivière.
La halte de midi a lieu au gîte chez Jarnel, magnifique construction à un étage au pied d'une falaise escarpée. L'intérieur est de toute beauté, tout particulièrement la charpente en thuya qui dégage un parfum puissant dans chacune des pièces. Des enfants viennent se faire photographier dans l'espoir de récupérer quelques pièces. Nous profitons de cet arrêt aux heures chaudes pour aller nous rafraîchir en bordure de rivière. De nombreux enfants s'y amusent. Un petit bout de chou de trois quatre ans, seul sur la rive, descend d'un pas pas très assuré. S'il tombe à l'eau, étant donné le courant, je crains que sa vie ne soit mise en réel danger. Mais cela ne semble déranger personne. C'est peut-être cela le fatalisme musulman? Inch Allah!
Encore quelques heures de marche et nous arrivons à Igherm Izdarn. Nous logeons chez le père de notre guide. Ce dernier récupérera son jeune fils qui nous accompagnera sur la fin de notre voyage. Pour le repas du soir nous avons droit au mouton à la façon locale. Dans un four en terre un feu est allumé, une fois que la quantité de braises est suffisante, le mouton embroché est piqué dans les braises. L'orifice supérieur du four est alors hermétiquement obstrué à l'aide de terre mouillée, constituant un enduit qui colmate bien et empêche tout échange, en particulier d'oxygène. Après un temps de cuisson long, la croûte de terre qui a séché est brisée et apparaît le mouton magnifiquement doré. Cette viande est succulente, cuite uniformément en profondeur. La nuit à l'intérieur de la maison sera moins confortable que sous la tente, en effet la chaleur et le manque de courant d'air seront une gêne pour le sommeil.
Au matin, je suis bien content de sortir à la recherche d'un peu de fraîcheur. Aujourd'hui nous allons nous engager dans une variante qui durant trente six heures va nous conduire sur une variante de cette grande classique. Nous allons quitter la vallée que nous suivons depuis plusieurs jours et nous diriger vers un col donnant accès à la vallée d'à côté. Au court de cette journée et demie nous ne croiserons aucun groupe de trekkeurs. Au sortir du village, une petite épicerie accueillante, nous nous y engouffrons tous à la recherche de quelques friandises et autres bouteilles de jus de fruit chimique.
La halte de dix heures a lieu dans le village du frère d’Ali. Nous sommes reçus avec beaucoup de gentille pour le thé. De succulents petits gâteaux accompagnent la boisson. Le moment passé dans ce village nous laissera un très agréable souvenir. Une fois de retour dans le lit de la rivière et reprenons notre marche vers le col. Le paysage est imposant, des falaises nous encerclent, des thuyas de grandes taille au bois torturé ponctuent le sentier. Ces arbres sont vraiment étonnants, ils sortent d'une terre complètement aride et exhibent des troncs et des branches de taille imposante. Je ne me lasse pas de las admirer, ils sont tous différents et présentent des courbes et des volumes très esthétiques, et puis ils sentent si bon! A proximité du col, une vaste bergerie, à peine surélevée du sol, non occupée nous offre un lieu de déjeuner agréable et original. De cet emplacement, la vue sur la vallée en conter-bas et sur les montagnes qui nous entourent, est absolument magnifique. A par nous absolument personne. Je me fais la réflexion que dès que l'on quitte les itinéraires à la mode la montagne est presque déserte. J'ai déjà fait ce type d'expérience dans les Alpes et les Pyrénées. Après une longue pose, le col est rapidement atteint. La zone est presque désertique. Seul, de loin en loin, un thuya apporte sa pointe de verdure. Ce type d'endroit j'aimerais m'y arrêter et y passer la nuit seul face aux étoiles. Mais il n'en est pas question. Nous basculons dans une autre vallée et rapidement nous atteignons le village d’Arg. Une petite terrasse un peu au-dessus de la rivière nous offre un superbe emplacement de bivouac. Rapidement des enfants nous abordent. L'un d'entre eux tient dans ses bras une mignonne petite chèvre. Nos tentes sont installées en cercle. Ce soir la douche est prise directement dans le courant du cours d'eau, ce qui nous fait dire que la montagne a des yeux, car manifestement cela éveille de la curiosité, que nous trouvons un peu trop insistante.
La soirée une fois de plus sera un moment très agréable. La vue de notre promontoire sur cette vallée déserte fermée par un grand cirque de montagnes, une fois de plus nous met en présence de la beauté du Haut Atlas. Le regard ne se lasse pas de se déplacer le long des à pics de ce monde minéral. Lorsque le soleil plonge derrière ces sommets en fond de vallée, la roche de toutes parts s'illumine de couleurs qui donnent l'illusion d'un monde en fusion.
Nous quittons à regret notre nid d'aigle. Encore une demi-journée avant de retrouver la vallée principale et ses trains de trekkeurs. En y arrivant nous faisons halte sous un auvent rocheux. Notre cuisinier bien assis collé contre le rocher met en œuvre des marmites avec entrain. A vrai dire, nous sommes installés le long d’une large strate dont la lèvre supérieure est en surplomb et offre de ce fait une protection. La rivière nous invite à la baignade. J'en profite pour la remonter jusqu'à une cascade d'environ un mètre cinquante. J'assiste à un spectacle assez époustouflant. Au beau milieu de l'écume une petite truite de quatre centimètres essaie de remonter et se fait rejeter vers l'aval. Si l'on tient compte des dimensions, on pourrait imaginer un saumon de quarante centimètres essayant de passer une cascade de quinze mètres !
La gorge se resserre et des parois de grande hauteur donne un caractère austère au lieu. Haut perchées des restes de constructions en plein milieu d'une paroi nous intriguent. Ali nous dit qu'il s'agit des ruines d'une garnison portugaise qui s'était installée dans cet endroit reculé il y a plus de deux siècles. J'imagine l'impression d'éloignement que devaient éprouver les militaires envoyés en mission au fond de cette vallée. Un chemin en encorbellement après avoir passé un verrou, donne accès à un élargissement de la vallée.
Nous installons notre campement à Tarzount, au pied d'une falaise immense. Le panorama est impressionnant, on se sent écrasé. Bien évidemment mon esprit ne peut s'empêcher d'imaginer de belles lignes d'escalade le long de piliers aériens et de dièdres qui jaillissent presque jusqu'au ciel. Chaque soir, le lieu de campement est différent. Aucune lassitude ne s'installe. Bien au contraire l'envie que l'aventure continue est un souhait. Mais nous sentons que nous avons basculé dans la dernière partie de notre randonnée et que la fin se rapproche. Mais n'y pensons pas trop et profitons de ce spectacle en permanence renouvelé. Un énorme arbre abattu est étendu pratiquement dans notre bivouac. A-t-il été amené à cet endroit par la rivière en crue?
Au matin au sortir de la tente la vision sur cette falaise que j'ai pourtant regardée sous toutes ses coutures la veille, ne laisse pas de m'impressionner. Aujourd'hui nous allons progresser dans l'eau dans une gorge étroite de toute beauté. Nous quittons nos chaussures de randonnée, pour chausser soit des baskets ou des sandales. Ce qui est mon cas, mes chaussures spéciales canyon font merveille et permettent une marche aisée. Cette marche dans vingt à trente centimètres d'une eau courant à vive allure est un enchantement. Par endroits les parois sont si rapprochées que la pénombre n’est pas loin. De gros bombements nous surplombant nous cachent le ciel et nous donnent l’impression d’être dans une grotte. Je n’ose imaginer une crue dans ces coins, la hauteur des flots doit être gigantesque dans ces étroitures. Au milieu de la gorge, un chemin incroyablement escarpé escalade le fond d’un couloir presque vertical. Il s’agit d’un itinéraire emprunté lorsque le débit de l’eau ne permet pas l’utilisation du lit de la rivière.
D’un coup les parois s’écartent et permettent à la rivière de s’étaler le long d’une petite plage, sur laquelle une échoppe propose café et autres boissons ainsi qu’un assortiment de bijoux rudimentaires. Immédiatement nous sentons à une foule de détail que nous allons quitter le domaine de la haute montagne. A la halte de midi une nuée de gamins viennent nous voir. Ils sont habillés de vêtements éculés. Une petite fille de six ans porte sur son dos sa sœur de un ou deux ans et à aucun moment ne la posera au sol, malgré l’effort qu’elle produit.
Ce soir nous campons à Aguerzaka, village à 1750 mètres d’altitude. Les tentes sont installées dans l’enceinte d’un ancien édifice pratiquement disparu. Seuls en subsistent des restes de murs effondrés qui délimitent le périmètre de notre bivouac. Les environs immédiats, de toute évidence, servent de lieu d’aisance aux habitants du hameau. Il faudra faire attention si nous sommes amenés à circuler de nuit. Ali nous emmène chez le sage du village qui nous offre le café. Les montagnes autour de nous se sont affaissées et laissent la place à d’immenses moutonnements aux allures moins verticales. Ce lieu respire la sérénité, l’espace semble s’élargir, sans doute impression due au fait que les montagnes nous surplombent moins. Comble du luxe, il est possible de prendre une douche, et les filles vont se faire maquiller à la mode berbère. Ce soir encore au cours du repas ce sont chants et danse endiablées en tapant sur les habituels bidons et gamelles.
L’étape suivante se déroule dans une vallée qui s’élargit et des montagnes de moins en moins hautes. De grands bouquets de verdure et des villages qui deviennent d véritables petites villes sont les signes les plus évidents que nous n’allons pas tarder à quitter ces terres hautes de l’Atlas. Encore deux nuits sous tente et l’aventure prendra fin. Je pense que nous aurions aimé que cette aventure continue un peu plus. L’avant dernier soir un habitant du lieu nous propose sous le manteau un horrible alcool de noix, imbuvable. Un signe de plus nous annonçant la fin imminente du voyage, les téléphones portables passent. Les premiers appels vers les familles ont lieu, le charme va être rompu.
La fin de la dernière étape se passe sur une route goudronnée. Le bivouac est installé dans un coude de la route. Une belle fête va clôturer ces douze jours à travers le Haut Atlas. Une envie me prend de revenir parcourir les sentiers secrets de ces montagnes. Un projet fabuleux consiste en la traversée totale de la chaîne du Haut Atlas, cela nécessitant à mon avis un mois voire plus. Tout entreprise qui touche à sa fin doit déclencher l’envie de nouvelles aventures, pour éviter le petit coup de blues du au vide créé par l’accomplissement d’un rêve.
Le voyageur routard face à la crise économique English translation pending
Bonjour,
Devant les changements radicaux qui se profilent suite à la crise économique qu'on vit, comment voyez vous le futur du voyage en routard (backpacker)?
Ce genre de voyage commencé il y a quelque dizaines d'années sur les chemins de Kaboul, Essaouira et Corfou par des gens qui refusaient déjà le modèle de consommation de la societé américaine et de ses implications politiques et géopolitiques, a t-il de l'avenir?
S'est il autodétruit par sa démocratisation et son dévoyement ? (Cf. la Thailande et ses full moon parties!)
Comment résistera t il devant les tensions géopolitiques qui lui sont hostiles (fermeture frontière, visas difficiles, guerres..)?
Aura t il toujours un sens dans un monde de plus en plus uniforme (culture médias ervant la meme propagande, disparition des cultures locales)?
Quelles innovations devra t il entreprendre face a un transport aérien en crise et une nature detruite et polluée?
Merci pour votre participation
Devant les changements radicaux qui se profilent suite à la crise économique qu'on vit, comment voyez vous le futur du voyage en routard (backpacker)?
Ce genre de voyage commencé il y a quelque dizaines d'années sur les chemins de Kaboul, Essaouira et Corfou par des gens qui refusaient déjà le modèle de consommation de la societé américaine et de ses implications politiques et géopolitiques, a t-il de l'avenir?
S'est il autodétruit par sa démocratisation et son dévoyement ? (Cf. la Thailande et ses full moon parties!)
Comment résistera t il devant les tensions géopolitiques qui lui sont hostiles (fermeture frontière, visas difficiles, guerres..)?
Aura t il toujours un sens dans un monde de plus en plus uniforme (culture médias ervant la meme propagande, disparition des cultures locales)?
Quelles innovations devra t il entreprendre face a un transport aérien en crise et une nature detruite et polluée?
Merci pour votre participation
Une boucle "papillon" dans l'Ouest américain English translation pending
Nous y voici !!! Le temps est venu de raconter moi aussi nos aventures, ... notre premier voyage de 4 semaines à l'ouest des USA !!! ...
En espérant que ce récit puisse autant servir que m'ont servi d'autres carnets de voyages de ce même forum ! 😉
Merci encore à tous ceux qui participent à ce forum 🙂
Carte du circuit .
Vous comprendrez pourquoi je l'ai appelé la boucle " papillon "... mais c'est aussi parceque l'on s'est "posé" peu de temps sur les sites visités...
Les étapes :
1er aout – Vol Bruxelles/Londres/LA avec BMI + New Zeland Airways (1nuit au Sheraton aeroport de LA) 2 aout /3aout – Los Angeles Hollywood (2 nuits au Magic castle hotel) 4 aout – Santa Barbara (1 nuit au Virginia Holidays inn express) 5 aout – Carmel (1 nuit au Wayside inn) 6, 7, 8, 9 aout - san Francisco (4 nuits à l'Holiday inn express fisherman wharf) 10 aout – Yosemite village (1 nuit au Yosemite lodge) 11 aout – Bridgeport (1 nuit au Virginia creek settlement) 12 aout – Death valley (1 nuit au Stovepipe well) 13, 14, 15, 16 aout – Las Vegas (4 nuits au Venetian) 17 aout – Grand Canyon (1 nuit au Thunderbird lodge) 18, 19 aout – Page (2 nuits au Holiday inn express) 20 aout – Monument valley (1 nuit au View) 21 aout – Torrey (1 nuit à l'Austins chuckwagon) 22, 23 aout – bryce Canyon (2 nuits au Ruby's inn) 24 aout – las Vegas (1 nuit au Golden Nugget) 25, 26 et 27 aout – Los Angeles Anaheim (3 nuits au Park vue inn) 28 aout – Vol LA/Londres/Bruxelles avec New Zeland Airways + BMI
J'allais oublier : Nous sommes une famille de 4 à faire ce voyage : Le père, la mère, le fils (18ans) et la fille (presque 13ans)
Commençons le récit directement avec...
...le jour d'après (notre arrivée). En effet le temps passé dans les aéroports et les avions n'a rien de très excitant et l'arrivée tardive à Los Angeles nous a fait rejoindre bien vite le Sheraton où une suite avec un lit très confortable - et un canapé lit moins confortable pour les enfants - était bienvenu après une si longue journée.
Dimanche 2 aout Réveillés très tôt, ce qui n'a rien d'exceptionnel vu le décalage horaire, nous sommes impatients de découvrir la vue de Los Angeles. A quoi ressemble la ville ? Comment sera le temps ? Va-t-on découvrir le fameux smug dont on parle tant à Los Angeles ? Déception. La vue depuis le 7ème étage d'un hotel moderne et sans âme proche de l'aéroport n'a rien de folichon et en plus elle baigne dans une brume grisâtre.. Les voitures s'affolent pourtant déjà sur le boulevard qui jouxte l'hotel. C'est dimanche mais près d'un aéroport, il y a toujours de la circulation...
Tout le monde est prêt rapidement, curieux de découvrir la mégapole. En descendant par l'ascenseur je repense à la réflexion de Nicolas hier au soir qui avait été étonné de constater que je ne lui avais pas raconter de blague : Il n'y a pas de 13ème étage dans les hotels américains !...
La récupération de la voiture chez AVIS se fait rapidement, il n'y a personne au comptoir et lorsqu'on propose un 4X4 à Patrick à la place de la berline réservée, il accepte illico ! Je n'en reviens pas, lui qui ne voulait pas que je loue un 4X4... Bonne opération pour le commercial de chez AVIS, mauvaise pour mon porte monnaie mais finalement, nous ne regretterons pas un instant ce choix (impulsif) de véhicule PONTIAC TORRENT, certes peu nerveux à notre goût, mais qui nous permettra de faire nos 4800 km de routes et pistes sans problème. Il est tout blanc et il est immatriculé "HOT"... On dira donc...qu'il semble tout indiqué pour affronter les températures que nous rencontrerons !
En traversant la ville vers le sud, le voile terne qui enveloppait le ciel s'est levé et c'est sous un soleil radieux que nous apparaît le vieux, mais encore majestueux, QUEEN MARY... Cet élégant navire a eu a chance de na pas finir dépecé dans un sordide chantier de casse indien car les américains l'ont récupéré pour le transformer ...en hotel restaurant. C'est justement dans le restaurant que nous avons rendez-vous pour un traditionnel brunch dominical...eh oui, c'est dimanche !
Nous voici donc dans le grand salon du bateau, plongés immédiatement dans un univers rétro et élégant. Un buffet pantagruélique s'offre à nous avec différentes cuisines du monde organisées par "stations". Nous aurons l'occasion lors de ce voyage de nous apercevoir que les américain aiment beaucoup les grands buffets.... Un grand blues man noir trônant au dessus d'un buffet de poisson et fruits de mer réchauffe l'ambiance en chantant de vieux tubes de sa voie éraillée ... It's a wonderful world !
Après les agapes, place à la visite du navire. Avant d'arriver à la salle des machines, rarement accessible dans un paquebot, nous admirons quelques maquettes en coupe... L'histoire de ce navire qui a servi au transport des troupes pendant la guerre est racontée à travers de nombreux documents d'époque visuels ou sonores et nous suivons son évolution tout au long des coursives.
Sur les ponts supérieur nous avons accès à la salle des commandes ainsi qu'aux appartements privés des officiers de bord ainsi qu'à une superbe vue sur Long Beach.
Il est temps de quitter ce paquebot de légende pour rejoindre HOLLYWOOD, ce qui signifie également qu'il faille traverser la ville... et traverser la ville, même un dimanche après-midi, ça ne se fait pas en 5 minutes. Nous sommes au sud, nous allons au nord ce qui fait en tout 52km à parcourir, et même si le GPS indique 40 minutes de temps de trajet, nous mettrons environ 1 heure pour traverser cette immense métropole de 13 millions d'habitants avec quelques ralentissements qui ne sont tout de même pas comparables aux embouteillages de la semaine.
Le MAGIC CASTLE HOTEL paraît bien sympathique au milieu d'un environnement fleuri. En entrant et en voyant la petite piscine je me dis que finalement j'aurais peut-être mieux fait de réserver ici plutôt que de m'embêter à loger au Hollywood Hill Hotel, l'ensemble d'appartements qui fait office d'annexe du Magic castle. Au comptoir du tout petit Lobby un tout petit homme m'annonce qu'il y a un tout petit problème de plomberie pour la chambre que j'ai réservé, et me propose une chambre plus grande ici même, en bas, avec tous les snacks que l'on désire et avec possibilité d'aller à la piscine d'en haut si l'on veut...et insiste en me disant que de toute façon, je n'aurais eu qu'une chambre avec vue sur la colline et non sur la ville... Je ne crois pas un instant à ce problème de plomberie me disant qu'ils préfèrent sans doute remplir l'hotel du bas avant d'ouvrir les chambre du haut, mais je me dis que finalement, nous n'aurons pas a descendre la colline à pied pour venir au petit déjeuner qui, de toute façon, doit être pris en bas et que ce n'est sûrement pas plus mal !
La chambre est en fait un appartement spacieux doté d'un coin cuisine et d'une chambre séparée. Les enfants quant à eux devront (encore) dormir dans le canapé lit ! Le petit déjeuner au magic Castle s'avèrera tout à fait correct avec d'excellentes scones aux myrtilles.
Le magic castle restera une des bonne surprises du voyage et je suis encore étonnée d'avoir pu trouver un hotel à taille humaine dans une si grande ville et en plus à 2 pas du Hollywood boulevard !
J'ai réservé un TOUR DE VILLE avec CALIFUN, une société qui propose des visites guidées en français. Le guide (québécois) vient nous chercher à l'hotel et nous embarque dans un van.
Nous voilà parti les quartiers chics de BERVERLY HILL suivi de la traversée de BEL AIR avec sont lot de villas de stars. Après avoir stationné dans une rue qui nous permet d'aperçevoir le fameux "signe HOLLYWOOD" qui surplombe le quartier, nous faisons un arrêt obligé sur Hollywood boulevard le temps de prendre quelques photos devant le chinese theatre mais il y a un monde fou. Comme notre hotel est tout proche, nous reviendrons un matin où le quartier s'avèrera beaucoup plus calme...
Nous partons vers le centre ville au milieu des grands buildings où le guide nous montre l'architecture moderne du Disney theatre.
Puis nous faisons une halte dans quartier très animé de Almera, le temps de voir les danses mexicaines et le petit marché d'une rue des plus anciennes de la ville. Là c'est vraiment le Mexique et toute sa communauté qui se rassemble pour faire la fiesta et on aurait envie d'y rester plus longtemps!
De retour à l'hotel la nuit tombée, nous décidons d'aller diner au YAMASHIRO, le restaurant qui domine la colline. Le receptionniste du Magic Castle, toujours plié en 4, qui appelle pour réserver notre table et nous emmène en voiture jusqu'à l'entrée du restaurant. Le repas est excellent (l'expresso est un vrai et bon expresso) et la vue sur la ville est superbe.








Lundi 3 aout Aujourd'hui nous passons la journée aux studios Universal. Nous avons déjà eu l'occasion de visiter le parc d'attraction du même nom en Floride, à Orlando, mais ici, à Hollywood, en plus des attractions il y a les "véritables" studios de cinéma ! Nous avons choisi un tour VIP qui nous permettra, outre de se la "pèter" car ce n'est pas tous les jours que l'on est VIP, d'éviter de faire de longues files d'attente en cette chaude journée du mois d'aout, mais aussi d'aller visiter les studios en back stage !
Avant de pénétrer dans le parc , nous remarquons le sympathique "saddle ranch" avec ses décors très "western". Nous ne passons pas sous la clèbre arches des studios comme à Orlando, le passage se fait sur le côté.
La journée commence tranquille par un accueil souriant, genre sourire publicitaire pour une marque connue de dentifrice. Comme nous sommes en avance, nous avons le temps de faire un petit tour dans le parc à l'heure où il n'y a vraiment pas foule et Caroline commence ses "repérages" dans les boutiques !
Dans un premier temps, je ne remarque pas du tout l'intru de la sculpture du tournage à l'entrée !... très amusant !
Dans le salon d'accueil des VIP que nous sommes nous attendent café, jus de fruits et petits gateaux ainsi que nos guides qui nous répartissent en petits groupes d'une dizaine de personnes. Nous serons donc avec une famille anglaise et un couple d'australiens.
Le tour commence par l'attraction des Simpsons, un simulateur qui vous emmène faire un tour de roller coaster virtuel, donc très peu pour moi merci, je préfère attendre le reste de la "team" !
Vient ensuite la visite attendue des studios en "petit train" et nous commençons par les trucages pour le son. Puis nous nous rendons dans un hangar qui abrite la fabrication des décors avec toutes les techniques de trompe l'oeil pour agrémenter les constructions.
Puis, dans un autre bâtiment, nous nous faufilons entre de hautes étagères où s'entassent un nombre incalculable d'objets. Ce bric à brac extraordinaire est la salle des accessoires et c'est à se demander comment les employés arrivent à les retrouver dans cet incroyable cafarnaüm !
Le guide nous emmène ensuite sur des lieux de tournage en extérieur. Le commentaire est illustré par des extraits de films qui passent sur les écrans plats du petit train. Je retiendrais le passage près de la maquette qui a servi au tournage du dernier "King kong" : En réalité, il s'agit de décors miniature avec un petit bateau alors que le rendu dans le film est impressionant ! Lorsque nous arrivons à la hauteur du fameux motel de "Psychose", un homme sort du bâtiment avec un grand paquet qu'il place dans le coffre d'une vieille voiture. Lorqu'il aperçoit notre "petit train" il s'élance alors sur nous un couteau sanguinolant en main !
Puis c'est le passage dans la très chic, très propre, très fleurie visteria lane de "Desperates housewifes" où le guide nous parle déjà de personnages de "saisons" qui ne sont pas encore arrivées jusqu'en Europe !....
Plus loin notre véhicule passe sur un pont de bois qui s'effrondre au moment de notre passage.. mais heureusement, on s'en sort sans problème... Ah ces trucages sont vraiment bien faits !!
Après un repas servi sous forme de buffet nous poursuivons par quelques attractions dont "Jurassic parc" que nous avons trouvé meilleure que celle du parc de Orlando alors que la version de la Momie est ici beaucoup moins impressionante.
Enfin, avant de déambuler librement dans le parc où l'on peut croiser des "personnages" comme Marylin, Zorro ou les Simpsons, nous assistons au spectacle "Waterworld" dont l'attérissage de l'avion sur le plan d'eau qui sert de scène est assez impressionnant et je n'ai d'ailleurs toujours pas compris comment cet avion était arrivé là !
Nous quittons le parc en fin de journée car les enfants ont hâte d'aller diner au HARD ROCK CAFE qui se trouve au bout de la City walk. Il est moins vaste que celui de Orlando mais tout de même très bien décoré avec également une Cadillac qui tourne au dessus du bar ! Nous faisons nos emplettes à la boutique puis nous obtenons une table bien placée...




Mardi 4 aout Aujourd'hui nous prenons le temps de nous offrir une petite flanerie matinale sur Hollywood boulevard, beaucoup plus calme que lors de notre première visite l'après-midi. Il fait déjà très chaud mais il y a beaucoup moins de monde que l'après-midi et après être passé devant le théatre chinois, nous remontons un peu plus le boulevard histoire de trouver d'autres étoiles connues. C'est un jeu qui plait beaucoup à Caroline qui a en main le plan avec les emplacements des "stars des stars". Nous irons jusqu'à l'étoile de Marylin qui malheureusement n'est pas très propre mais, comme par hasard, il y a un type à 2 pas de là qui se balade avec un chiffon et un vaporisateur en main prêt à nettoyer les étoiles “au hasard” des demandes... et pour quelques dollars ! En revenant nous aperçevons sur la colline le YAMASHIRO où nous avions passé la soirée de l'avant veille.
Nous partons pour BURBANK et les studios WARNER BROS. Après avoir récupéré les tickets (les vrais car acheté sur le net) nous nous restaurons de quelques patisseries au starbuck café. Le VIP tour est très bien organisé. Moins “show à l'américaine” que celui des studios Universal, il nous permet d'aller sur des lieux de tournage où nous...ne verrons pas grand chose … si ce n'est quelques décors de villes comme New-York ou Chicago, , , enfin on nous dit que c'est Chicago car comme nous ne sommes jamais allées ni à New-York ni à Chicago...et aussi sur la scène du l'emission de TV américaine du “Ellen show”. En fait, les studios WARNER produisent pas mal de shows et de séries TV, dont FRIENDS, mais la plupart restent réservées aux chaines américaines. Nous visitons également un sorte de musée de voitures célèbres comme la "bat mobile" ou bien la voiture volante de Harry Potter mais aussi une exposition de costumes dont ceux justement du film "Harry Potter". Il y a même une dame qui nous fait le "coup du chapeau" de Harry Potter !
La route pour SANTA BARBARA se fait rapidement, ce qui n'et pas le cas pour ceux qui viennent dans le sens inverse !
Le GPS nous fait passer par des quartiers un peu triste avant d'arriver à l'hotel, petit holiday inn aux reflets espagnols dans le style de la ville que nous allons découvrir. Nous sommes un peu au pays de ZORRO ! La chambre, toujours dans le même style avec ses grands lits en bois, est plutôt petite mais jolie et les lits sont très confortables.
C'est parti pour une petite balade très sympa jusqu'au Pier en bord de mer ou nous verrons le “congrès des pélicans” juste à côté de celui des pigeons et un peu plus loin celui des goélands. Des "pirogues de mer" s'affrontent jusqu'à une bouée où l'on entend les supporters hurler . En fait ce sont des phoques ou otaries installés sur la bouée qui doivent raler pour ce dérangement !
Nous revenons à pied vers le centre ville où un marché bat son plein sur la très animée state street. Nous nous rendons directement vers le PALACE grill car j'avais lu sur tripadvisor qu'il s'agissait d'un bon restaurant, bien coté des internautes.
A la reception on nous demande si nous avons une réservation, je crains le pire...et puis finalement on nous installe de suite dans une salle assez bruyante du fait de la proximité des cuisines semi-ouvertes. En fait ce restau ne paye pas de mine et l'intérieur n'est pas franchement reluisant... et puis le bruit et l'air des ventilateurs n'a rien pour plaire.
Le serveur prend notre commande et dépose sur la table des muffins avec un bol de crème. Drôle d'entrée en matière. Alors on lui demande tout de même si c'est pour manger tout au long du repas où à la fin. Il nous suggère de commencer de suite. En fait la boule de crème se révèle être une sorte de beure salé, et les muffins n'ont rien de sucré. Ce sont plutôt de petits cakes aux noix, aux épices, aux herbes... et ils sont excellents.
Après cette bonne introduction nous dégustons littéralement nos plats. Ici la cuisine est celle de la Louisiane, les plats sont cajun et la musique est jazzy. J'ai pris des pates aux écrevisses (oui il y a beaucoup d'écrevisses de proposées dans les plats du menu) avec des champignons, une sauce créole épicée mais crémeuse. C'est très bon! Patrick déguste son filet mignon sur purée de pommes de terre.. aux écrevisses. Puis une serveuse nous amène un document à n'ouvrir que lorsque la musique commencera. On entend alors le grand Louis chanter “It's a wonderful world”, le son est à fond et tous les serveurs du restaurant viennent à chaque table trinquer avec les convives... original ! Sur le document il y a les paroles de la chanson que les clients peuvent reprendre en choeur. re-Original ! Le son baisse alors pour laisser s'egrener les classiques du jazz de la nouvelles orléans et le service reprend son cours...
Pour le dessert, le serveur apporte 4 assiettes pour partager ("just in case") … Ils doivent avoir l'habitude! Nicolas et moi avons commandé un pudding soufflé au grand Marnier à se partager, comme l'a suggéré le serveur qui connait la taille de la portion. C'est excellent !
Patrick et Caroline ont opté pour la Key Lime pie, portion plus raisonnable. Bref il n'y a que le café qui n'est franchement pas buvable mais le reste nous aura vraiment ravi. Une bonne adresse.
Nous revenons sur la state street où les touristes s'entassent sur les terrasses pour gouter à des cuisines mexicaines ou traditionnelles. C'est certes plus animé mais après avoir regardé les menus... et les tarifs, nous ne regreterons pas notre choix. Balade nocturne dans les petites rues de cette charmante cité aux accents espagnols qui vivra dès jeudi aux heures des “old spanish days” autant dire que la fiesta battera son plein ! Au final, la ville de Santa-Barbara nous laissera un excellent souvenir !






Mercredi 5 aout C'est parti aujourd'hui pour une grande journée de route le long de la côte. Nous quittons Santa Barbara sous le soleil et le GPS nous propose de passer à travers la montagne et les vignobles pour rejoindre SOLVANG. Initialement je n'avais pas prévu de passer par ici craignant que la route soit trop sinueuse et les paysages enlaidis par les récents incendies. Mais il n'en est rien et la route est très agréable à travers les vignes et les ranchs.
Avant d'entrer dans le village, il nous faut faire le plein d'essence. On parle rarement dans les carnets de voyage de cet embarras devant la pompe essence... Eh oui, une fois trouvée la fente pour introduire la carte de crédit, voilà la machine qui nous demande, non pas le code de la carte, mais le code postal de notre région !...Nous voici donc bien embarrassé pour prendre le carburant et Patrick de devoir demander au pompiste comment faire ! Heureusement que l'humain suplée parfois la machine qui n'a pas prévu que des étrangers puissent venir chercher du carburant !!! Nous aurons ce tour plusieurs fois au cours de notre voyage !
SOLVANG est un charmant village de style Dannois très fleuri avec son moulin et des maisons typiques et colorées. Les boutiques sont attirantes et nous nous laissons tentés par quelques patisseries pour le pique nique prévu ce midi sur la côte. La visite du village est très appréciable au matin car il n'y a pas beaucoup de monde dans les rues.
Direction donc la côte. En passant près de San Obispo je remarque le Madonna Inn, l'hotel hyper kitsch dans lequel j'avais eu envie de dormir vu qu'il dispose de chambres démentielles!.. Finalement l'environnement de l'établissement n'a rien d'original : le bord de l'autoroute …ce qui explique que peut-être qui aient mis le paquet sur l'intérieur "so amazing!"
Arrivée sur MORRO BAY c'est la déception car la brume, enfin, les nuages bas de brume, se sont posés sur la mer et la côte ...Nous ne verrons donc pas Morro bay et nous poursuivons vers Cambria.
Et là, tout à coup, c'est le drame !!
Le tableau de bord indique qu'il faut changer l'huile !!! Patrick peste contre le loueur. C'est un peu fort de nous louer une bagnole pour le mois sans avoir fait la vidange !!! Nous nous arrêtons donc pour téléphoner à AVIS par le numéro de secours prévu... et là, c'est l'horreur : La nana au bout du fil nous demande notre nom, prénom (tout juste si elle ne demande pas l'age des passagers …) et n'arrive pas à nous situer quand on lui dit qu'on se trouve sur la N1en Californie, la route qui longe la mer, entre Cambria et San simeon!! De plus elle ne veut pas de nos coordonnées GPS la nullissime! Là je me rapelle soudain le texte d'un gars sur voyageforum qui disait avoir appelé car en plein désert, il avait abimé sa roue et le call center, sans doute situé à l'autre bout de la planète, l'avait envoyé dans un bled où le garage n'existait plus!
Moment d'angoisse (sauf que l'on est pas en plein désert, moment de doute, moment de rage, moment de désespoir... J'imagine la nana avec son casque de téléphone à New Delhi (voir slumdog millionnaire) en train d'essayer de nous situer sur une carte (ils n'ont donc pas google map?) Elle nous propose de RETOURNER vers San Luis Obispo dans l'agence AVIS dont elle nous donne l'adresse … Merci, on aurait pu la trouver directement avec tomtom , grrrrrr! Le call center dans ce cas ne nous aura aidé aucunement, pire il nous a fait perdre 20' et le coût d'un appel international pour tout ce temps (40€)!
Arrivés à l'adresse indiquée, nous nous retrouvons à l'entrée d'un vaste centre commercial, sic ! Heureusement la chance ne nous a pas totalement lâché car nous repérons un gars sympa sortant de sa boutique qui s'empresse de nous trouver l'agence AVIS sur son ordi (merci internet) et reviens illico presto pour nous indiquer qu'elle se trouve dans l'hotel Embassy au bout du parking. Merci, sympa, on n'aurait jamais pu trouver sans l'aide de ce gars car AVIS n'est pas indiqué et se trouve dans un recoin de l'hotel. Si un jour ce gars est au chômage, il pourra toujours se faire embaucher dans un call center !!
Wahouuu quel lobby !! On dirait l'hotel Alliance de Lille, un ancien cloitre couvert d'une verrière pyramidale dans sa version moderne ! Le gars de chez AVIS ne doit pas être souvent dérangé, dns un recoin de l'hotel, bien planqué dans son agence. Heureusement il est très aimable et souriant. Il remarque sur le contrat que l'entretien de la bagnole vient d'être fait et que le garagiste a dû oublié de faire un “reset” pour remettre en ordre l'électronique … grrrr... Il nous assure qu'il n'y a aucun problème et que nous ne sommes pas les premiers auxquels cela arrive. Il nous remet le bazar en ordre et on peut repartir.
Il est 14h et les ados ont faim. Alors on stationne l'auto à l'ombre et on entre dans le premier truc venu où l'on a vu sur la vitre que l'on pouvait avoir des salades. En fait c'est une bonne surprise. Au lieu de pique niquer près de la mer avec nos patisseries danoises, nous avons droit à un buffet à volonté, boissons incluses, pour 35$ à 4. Il y a du choix en chaud et froid, c'est frais et c'est bon! Patrick prend du lapin et goute diverses choses. Le crumble en dessert est excellent ! Bref ce BUFFET HOMETOWN est une excellente alternative au fast food... Nous prenons note du nom de la chaine .. au cas où...mais nous n'en reverrons pas d'autres au cours de notre périple.
Nous repassons devant le Madonna Inn pour la seconde fois puis rejoingnons la côte et MORRO BAY qui cette fois n'est plus dans le brouillard et se signale surtout par les grosses cheminées de sa centrale electrique (…)
Nous venons donc de prendre 2h de plus sur le planning prévu. Tant pis nous ne visiterons pas Point Lobos.
Nous nous arrêtons tout de même à l'endroit que j'avais prévu pour pique niquer, histoire de voir si les coordonnées GPS relevées étaient exactes. Yep, TOMTOM a l'air compatible avec les coordonnées données par google map.. mais pas pour toutes... L'endroit est plaisant, venteux et nous rencontrons nos premiers écureuils pas sauvages du tout.... L'arrêt suivant s'effectue sur la plage de San Simeon, bien signalée par un panneau, pour voir les sea lions, en d'autres termes, les éléphants de mer. Il n'y en a pas des masses, mais question masse ils font le poids !
La route qui suit attaque littéralement la montagne et donne l'impression de toujours monter sans jamais redescendre. Nous atteignons une hauteur assez vertigineuse...
Je vole quelques photos de la route car Patrick n'a pas l'intention de s'arrêter partout !... Je lui explique que nous devrons impérativement nous arrêter à Julia Pfeiffer Burns, un des points de vue des plus remarquables de la côte.
Julia Pfeiffer Burns est exactement comme sur les nombreuses photos que j'ai vues de l'endroit. La cascade n'est pas à sec et l'endroit ensoleillé à souhait est ravissant.
Nous terminons la route de BIG SUR avec un soleil déclinant qui rend la lumière de la mer aveuglante puisque le soleil se couche toujours... à l'ouest !
L'entrée dans CARMEL est assez surpenante car on se retrouve au milieu de pins très bas ce qui assombrit les rues en cette fin de journée. On a l'impression d'être dans les dunes. L'hotel WAYSIDE INN est super mimi avec des fleurs partout. La chambre est spacieuse et cosy, dans un style british. C'est trop mignon, nickel j'adore!
Nous ressortons rapidement car, je vous le donne en mille, les ados ont... faim !!! J'avais repréré sur le net, un restaurant italien car ils adorent ça. En fait il s'agit du restaurant NICO'S, un grec/italien où l'on trouve des plats assez classiques. 2 Spagghetis carbonara, 1 penne aux fruits de mer, pizza aux fruits de mer, crème brulée160 $ tips inclus à 20% d'office, (ils ne s'emm.. pas pour un service où, mis a part le patron qui se la joue à l'italienne .. où à la grecque, c'est selon, n'est pas très souriant). Craigneraient-ils que les européens ne laissent rien en pourboire ?
Nous partons faire un petit tour dans la rue principale. Il y a beaucoup de boutiques très classes. Les rues sont peu éclairées. Je me souviens avoir lu quelque part que c'était voulu car les habitants de Carmel, (au fait, les habitantes sont-elles des carmélites ???) refusaient la modernité ! Comme on ne voit pas grand chose dans le noir, nous décidons de rejoindre l'hotel. La visite, ce sera pour demain !




Jeudi 6 aout Ce matin on nous ammène un petit “panier déjeuner” devant la porte de la chambre à 7h30., une sorte de "panier repas" en sac isotherme avec des taourt, du lait et des céréales... Le ciel est gris quand nous partons faire une petite balade sur Océan street jusqu'à la plage bordée de pins "de Monterey" où les promeneurs et leurs chiens sont déjà nombreux. Après avoir marché dans le sable (pas très chaud), nous retournons vers l'hotel par la rue principale avec ses galeries d'art et ses patios commerciaux fleuris abritant des boutiques aux noms "frenchy". Au final cette ville nous aura parue très "snob", sorte de "Deauville" ou "Knokke le Zoute" du Pacifique...
MONTEREY est très proche de Carmel et nous avons prévu de visiter l'aquarium qui se trouve dans une ancienne fabrique de... sardines ! La visite est sympa. Ceux qui connaissent Nausicaa à Boulogne/mer (comme nous) ne seront pas surpris car c'est un peu le même système de visite pédagogique avec toutefois une collection de méduses et d'hipocampes assez chouette. Je m'attendais tout de même à plus grand. Le soleil est revenu ce qui nous permet de parcourir la route de la côte jusqu'à san Francisco en profitant encore de ses paysages qui font parfois penser à... la Bretagne !
Et puis voilà les premières vues de SAN FRANCISCO et ses petites maisons pastel qui nous invitent à poursuivre la visite. Nous savons déjà que cette ville va nous plaire !
A l'hotel HOLIDAY INN au FISHERMANS WHARF, nous avons une suite avec un salon/kichenette séparé de la chambre au 4ème et dernier étage de l'établissement . Les fenêtres donnent sur le sommet de la pyramid tower et la coit tower. C'est "nickel chrome" pour ma "team" qui a apprécie déjà notre environnement car notre première visite est pour les quais et leur animation. Nous traversons le musée mécanique pour voir quelques bateaux à quai et nous nous rendons ensuite vers le célèbre Pier 39 où nous avons prévu de diner, devinez où ??... au hard Rock Café qui devient passage obligé car les ados sont fans ! Le diner ne nous laissera pas un souvenir impérissable. La déco est moyenne et l'endroit est extrèmement bruyant ! J'ai tout de même testé le steak sirloin qui n'était pas si mal.
Mis à part la température hivernale, on a bien aimé l'ambiance du PIER 39. Il y a des tas de boutiques et de restaurants mais il y a surtout la visite aux otaries... ça pue un peu mais c'est tout de même marrant à voir !
Le FISHERMAN'S WHARF est certes très touristique mais l'ambiance y est festive et il y a toujours quelque chose à voir ou à écouter... et ça, c'est amusant ! Les garçons se trouvent des chapeaux “Indiana Jones”... dans des boutiques qui sont partiquement toutes tenues par... des chinois ! Quant à moi, je me prend un gilet polaire tellement j'ai froid !!! Caroline est aux anges car il y a vraiment de quoi faire du shopping. Il y a des centaines de tee shirts dont certains repésentent le président nouvellement élu. Avant de rentrer nous passons voir le terminus du CABLE CAR, ce funiculaire en bois, pour assister au retournement du véhicule qui se fait ici, à la main...et c'est vraiment l'attraction locale !




Vendredi 7 aout
Levée avec le soleil, nous prenons notre temps pour prendre le petit déjeuner car nous avons rendez-vous à 10h30 pour un tour guidé avec Mr TOAD.
Il s'agit d'un tour motorisé dans un "tacot" aménagé. Notre chauffeur est très sympa et son attitude cadre totalement avec le style du véhicule. Il me fait penser à un personnage Disney alternant les commentaires avec les "pouet pouet" à l'encontre des habitués croisés du parcours. Le véhicule limite le nombre de passagers à 10.
Le parcours est classique et l'arrêt à Chinatown permet d'aller voir la fabrique des "fortune cakes". Le passage dans les beaux quartiers nous permet d'admirer de superbes villas victoriennes et dans le quartier hippie de High Hasbury, notre chauffeur enclanche la musique "If you go to San Francisco ..." Ambiance ambiance ! Nous terminons par la visite du Presidio et du Golden Gate. Hereusement que nous avons pensé à prendre les coupes vent car dans ce genre de véhicule ouvert il y a beaucoup d'air et il est très froid ici !!!
Après avoir acheté un "MUNI pass" pour 3 jours, nous embarquons dans le fameux CABLE pour grimper jusqu'à Sutter street. Nous aurons l'occasion d'amortir ce Muni pass car nous emprunterons le bus plusieurs fois. Les bus sont nombreux et faciles à prendre. En revanche, le Cable est bondé de touristes. A cette heure il y a une file d'attente dingue au terminus et aux arrêts il faut presque se battre pour trouver une place ou s'accrocher au parapet... C'est une petite deception car pour notre premier trajet dans ce véhicule, on ne voit rien de la route ...
Nous déjeunons au LORI'S DINNER situé à l'angle de Sutter street et Powell street (le cable passe juste devant). Le décor est super pour ceux qui aiment les années 50's façon "Grease" !! La nourriture est plutôt bonne et il y a du choix. On teste les hamburgers (of course), les premiers du voyage et ils sont très bon ! A noter que pour l'accompagnement on peut demander de la salade ou du coleslaw à la place des frites.
J'ai eu beau préparer ce voyage depuis plusieurs mois, je me sens perdue à San Francisco où j'ai l'impression que les routes qui descendent ou montent sont bien plus nombreuses que je ne l'avais repéré sur mes plans....Bref ici , ça monte, ça descend tout le temps !
Nous voici arrivés sur UNION SQUARE, la fameuse place centrale qui, selon moi, n'a pas grand chose de différent d'une autre ville. Macy's, qui trône au milieu de la place, est un grand magasin genre Galeries Lafayettes et le reste c'est "boutiques" etc...Je ne vois pas l'intérêt de s'y attarder, il y a tant d'autres choses à découvrir ici. Nous passons donc au quartier financier et ses buildings. On n'a jamais vu de buildings si hauts aussi rapprochés, alors ça fait un peu bizarre ce quartier de la finance. Le musée de la banque WELLS FARGO est tout petit mais comme c'est gratuit, ça vaut le coup de s'y poser 5' et de monter dans la diligence. Pendant notre voyage, nous penserons souvent à l'épopée des pionniers qui sont venus s'installer à l'ouest, osant s'aventurer sur des pistes incertaines et traverser des contrées hostiles pour parvenir jusqu'à l'océan !
Nous entreprenons de flaner dans le quartier MISSION pour voir les façades peintes. Le parc accueille de nombreux jeunes installés tranquillement face à des bâtiments anciens comme Mission Dolores. Nous nous promenons un peu dans la mission street et les rues adjacentes. C'est un quartier agréable et apparemment en pleine reconversion car il y a de nombreuses boutiques et restaurants branchés fraichement ouverts. Mais nous ne nous attraderons pas le soir car le coin de la station de métro sur Mission/16th est hyper mal famé (bandes, prostituées...)...
Nous nous rendons ensuite dans le quartier japonais, peu étendu mais dont le centre commercial et sa tour sont particulièrement significatifs. Nous avons réservé au BENIHANA , restaurant japonais Tepanyaki. Nous apprécions particulièrement ce rituel ou le chef japonais cuisine devant nous sur une plaque chauffante. C'est bon, frais et c'est léger. Le seul hic c'est que ce restaurant est bien bruyant. La "Japantown" est donc toute petite comparé à la Chinatown mais il y a de nombreux restaurants (non tepan) et quelques boutiques nippones.





Samedi 8 aout Aujourd'hui c'est notre journée "bicyclette". En route donc pour SAUSALITO via le GOLDEN GATE ! Nous louons nos vélos, sortes de "mountain bike" chez BAY CITY BIKE, une boutique proche de l'hotel.. appréciable au retour (rincés mais heureux....). C'est assez facile de louer un vélo à San Francisco car il y en a partout. Nous croiserons des centaines de cyclistes durant notre périple du jour ! Nous longeons la baie pour nous rendre vers le Golden gate qui est à moitié dans la brume. Ca monte un peu pour arriver sur le tablier du pont mais une fois qu'on y est, ça va, c'est presque plat... et là ce n'est que du bonheur ! On en a tout de même "plein les pattes" après car les vélos sont peut-être "secure" mais ils sont hyper lourds.. alors moi, dès que ça monte, c'est à côté du vélo que je me place... De l'autre côté, nous faisons une petite halte auprès des pêcheurs, histoire d'admirer le pont (toujours dans la brume). Avant d'arriver à Sausalito, ça monte un peu à travers la forêt d'eucalyptus... en même temps ça doit bien dégager les bronches !
SAUSALITO est une ville très mignonne mais il y a un monde fou ! A l'aller on se dit que l'on ne va pas s'arrêter de suite vu la foule. On préfère poursuivre vers les houseboats. Toutes les "résidences", autrefois celles des "hippies" ne sont pas accessibles au public pour préserver la tranquilité des riverains ... qui ne sont plus vraiment des hippies aujourd'hui... Sur le chemin du retour, on décide de s'arrêter déjeuner avant le centre ville dans un petit café très sympa, le CIBO, un tantinet branché écolo-nature. Bonne pioche !! On est bien tranquille ici. Il y a une petite terrace mais on préfère profiter de la fraicheur intérieure. Au menu Panini servi avec un petit ravier de pickles et moi j'ai testé un french toast avec des pêches et des fraises HUMMMMM. Dans ce café, on ne sert pas de coca, chose étrange pour les USA mais ce n'est pas plus mal ! J'en attrape pour 35$ boissons comprises, le même prix que l'autre jour au SUBWAY de Monterey, mais ici c'est bien meilleur et nettement plus clean avec un service souriant et "in french" ! Faudra qu'on m'explique là !!! Quand on se rend à Sausalito en vélo via le golden gate on a, en gros, é alternatives : Revenir par le pont ou bien traverser la baie en ferry qui nous ramène non loin du fisherman wharf ... Nous optons pour cette solution, la moins couteuse en ...énergie car nos batteries sont un peu déchargées à cette heure ... Nous tentons de stationner les vélos dans un parking (à vélos) du centre ville mais après avoir pris connaissance des heures du ferry nous renonçons de façon à avoir une place à bord .. et c'est pas gagné vu le nombre de vélos au centre ! C'est pourquoi nous sommes les premiers à embarquer. A en croire des français qui sont à bord du ferry du retour, on a bien fait de déjeuner à l'extérieur du centre. On a l'impression que tout le monde s'arrête au centre ville alors qu'après c'est beaucoup plus cool !
A bord du bateau, au moment de reprendre els bicyclettes pour débarquer, c'est le bins total ! Heureusement que les américains étaient mieux organisés pour débarquer en juin 44 ! Il faut dire que c'est le week end et on a vraiment l'impression que les californiens qui ne font pas de joging font du vélo !!! Bref on n'est pas tout seul sur la route... tant pis pour les autos, ce n'est pas leur jour !! Après un passage à l'hotel histoire de se reprendre un peu, nous repartons en cable vers le haut de la Columbus street mais en route, nous décidons d'aller voir de plus près la fameuse LOMBART street dans sa partie la plus attractive : Les lacets fleuris ! Pour de nombreux touristes, le jeu consiste à descendre cette rue en auto et de préférence en se tenant, pour les passagers, assis sur les portières du véhicule !... En haut de la rue il ne faut pas moins de 2 policiers pour réguler la circulation. Inutile de dire que si l'on tient absolument à effectuer la descente en voiture dans la journée, il convient de prendre son mal en patience !!! Avant de rejoindre notre restaurant du soir, la STINCKING ROSE, nous décidons d'aller voir d'un peu plus près la fameuse transamerica pyramid. Sur le trottoir, un orchestre chinois au grand complet nous rappelle que nous sommes aux portes de chinatown. Heureusement que j'ai réservé le restaurant "Stincking rose" sur internet sinon il aurait fallut attendre dehors ! On nous accompagne jusqu'à notre table, au premier étage, dans un dédale de petits passages. La salle de restaurant est assez vétuste. Ce restaurant est une vraie usine et c'est très bruyant !!! Ici l'ail est à l'honneur et il y en a dans tous les plats ! C'est le concept du resto qui en fait sa renommée mais la cuisine n'est pas super originale mis à part cet ail qui est partout, y compris dans les fresques grossières peintes sur les murs. Les plats sont plutôt italiens et le service pourrait être plus souriant. Attention, les gnocchis sont juste un peu...sucrés

Dimanche 8 aout C'est formidable de pouvoir passer un dimanche à San Francisco, surtout quand le soleil est au rendez-vous dès le matin et que le ciel est dégagé ! Le dimanche est un jour tranquille... mais notons que les californiens sont déjà assez cool et puis c'est le jour de la messe, de la célébration comme on dit dans les églises méthodistes et Cie...car nous avons prévu de nous rendre assister à la célébration de la GLIDE... et qu'a t'elle de particulier cette église pour que j'ai envie d'y aller alors que je n'assiste jamais à la messe d'habitude ? Ben j'vais vous l'dire : Il s'agit tout simplement d'une messe en GOSPEL !!!! Alors nous partons en Cable car à l'assaut du centre ville. Alors que nous marchons vers l'adresse indiquée, nous dépassons un groupe de dames chapeautées qui se rendent au même endroit que nous...mais nous sommes les premiers de la file d'attente et le chairman, très sympa, nous place près du mur. Ensuite il nous invite à entrer et nous choisissons de monter à l'étage car j'avais lu que c'était mieux pour les touristes. Nous nous installons au premier rang du balcon. Derrière nous il y a d'autres touristes français. Nous avons alors une vue imprenable sur la scène car ici, point d'hotel et de reliques, point de statues, de vitraux ou fantaisie, tout se passe dans le chant, le discours, l'attitude et ...la technologie car films et images se relaient sur le grand écran situé derrière la scène ! On nous distribue alors un éventail car il fait assez chaud au balcon. Il porte l'inscription d'une publicité pour le restaurant de l'hotel japonais du coin, brunch oblige...ou comment allier spiritualité, sponsoring et bien être ! J'avais lu que les messes en gospel de la Glide étaient super, mais en réalité c'est carrément surprenant, un véritable spectacle pendant lequel on ne s'ennuie pas une seconde !! On démarre directement par un chant et tout de suite on est dans l'ambiance. Le soliste est extraordinaire , les choeurs sont parfaits et les musiciens carrément top (Wahouuu le saxo !!). Au premier étage, un type tout aussi agité que les habitués du bas relaie l'enthousiasme des chanteurs et nous invite à frapper des mains comme un "chauffeur" de salle de spectacle ! Au cours de la célébration nous assistons à une scène surprenante. Un grand noir très efféminé nous présente les produits dérivés qui peuvent être achetés à la fin de l'office. Il se met à défiler comme dans une collection de haute couture avec un tablier à l'éfigie du groupe. On croirait Jacob dans la cage aux folles... Tout le monde éclate de rire... on n'en croit pas nos yeux ! Imaginez une telle scène dans une messe de chez nous !! Mais nous n'avons pas fini d'être surpris car voici qu'entre en scène le très dynamique, que dis-je, l'explosif pasteur noir qui va nous offrir un prêche carrément politique et rappeler au passage que "Maintenant, nous avons un président !" Après coup, je ne sais pas si l'on peut vraiment parler de messe car ici il s'agit plutôt d'un show !!! et quel show !!! En tout cas c'est vraiment très chouette. Je suis ravie !
Quelle chance nous avons d'avoir un temps superbe sur cette ville dont on dit qu'elle est souvent dans la brume ! J'ai réservé pour le brunch au TOP OF THE MARK, le restaurant situé au sommet de l'hotel intercontinental Mark Hopkins. Le "Top" n'est qu'au 22ème étage, ce qui est nettement moins haut que le Carnelian room, le restaurant situé au 55ème étage de la tour de la bank of américa, mais qui n'etait pas ouvert ce dimanche !I Qu'importe, le Mark Hopkins est situé en hauteur sur une colline, par rapport aux autres buildings ce qui compense. Comme nous sortons assez tard de la Glide, nous hattons le pas pour nous rendre au restaurant ce qui fait que nous arrivons bien fatigués tellement la pente de la rue est rude ! En montant dans l'ascenseur, nous remarquons encore une fois qu'il n'y a pas de 13ème étage. Dans le restaurant très chic à l'ambiance feutrée il y a peu de touristes. Ce sont plutôt des gens de San Francisco qui viennent bruncher chic ici ! En tout cas le service est très soigné et buffet très fin ... un peu normal vu la classe de l'établissement ... et le prix .. mais la vue sur la baie est superbe !!! Le MUSEE DU CABLE, situé à deux pas de là, est un petit musée sympa et gratuit où l'on apprend comment fonctionne les "cable car" et où l'on voit les machines en mouvement... c'est donc très bruyant ! Après, en attendant ce cable car dans la rue déserte car il n'y a décidemment pas beaucoup de circulation à San Francisco le dimanche, nous prêterons une oreille d'autant plus attentive au bruit du cable situé au centre de la rue...
Retour à l'hotel pour se relaxer avant de partir visiter ALCATRAZ. Le bateau part à 18h45. J'ai réservé le tour de nuit. Nous prenons nos KWAY car j'imagine que le vent sera frais... je n'ai pas tord. Arrivés sur l'île, des guides nous prennent en charge pour nous accompagner jusqu'à l'entrée de la prison où nous prenons des audio guides dans notre langues c'est à dire en français pour moi et en néerlandais pour Patrick et les enfants. La visite est très interessante et la façon de faire commenter les lieux par d'anciens gardiens ou prisonniers est vraiment originale. Nous arpentons ainsi les couloirs de la prison, découvrant l'étroitesse des cellules et la vie des "pensionnaires" dont les plus célèbres ont même droit à l'affichage de leur trombine sur les murs! Au retour, nous pouvons admirer les lumières de la ville où nous passerons notre dernière soirée. Nous allons diner au BUBA GUMP à la demande des enfants, ce qui n'est pas une super idée car c'est assez cher pour manger ...quelques crevettes ! Mais bon, ce sont les vacances et on aime faire plaisir aux enfants (c'est comme au Hard rock café : hyper bruyant mais branché !). Au retour ils demanderont à voir le film Forrest GUMP...




(A suivre....)
En espérant que ce récit puisse autant servir que m'ont servi d'autres carnets de voyages de ce même forum ! 😉
Merci encore à tous ceux qui participent à ce forum 🙂
Carte du circuit .
Vous comprendrez pourquoi je l'ai appelé la boucle " papillon "... mais c'est aussi parceque l'on s'est "posé" peu de temps sur les sites visités...
Les étapes :1er aout – Vol Bruxelles/Londres/LA avec BMI + New Zeland Airways (1nuit au Sheraton aeroport de LA) 2 aout /3aout – Los Angeles Hollywood (2 nuits au Magic castle hotel) 4 aout – Santa Barbara (1 nuit au Virginia Holidays inn express) 5 aout – Carmel (1 nuit au Wayside inn) 6, 7, 8, 9 aout - san Francisco (4 nuits à l'Holiday inn express fisherman wharf) 10 aout – Yosemite village (1 nuit au Yosemite lodge) 11 aout – Bridgeport (1 nuit au Virginia creek settlement) 12 aout – Death valley (1 nuit au Stovepipe well) 13, 14, 15, 16 aout – Las Vegas (4 nuits au Venetian) 17 aout – Grand Canyon (1 nuit au Thunderbird lodge) 18, 19 aout – Page (2 nuits au Holiday inn express) 20 aout – Monument valley (1 nuit au View) 21 aout – Torrey (1 nuit à l'Austins chuckwagon) 22, 23 aout – bryce Canyon (2 nuits au Ruby's inn) 24 aout – las Vegas (1 nuit au Golden Nugget) 25, 26 et 27 aout – Los Angeles Anaheim (3 nuits au Park vue inn) 28 aout – Vol LA/Londres/Bruxelles avec New Zeland Airways + BMI
J'allais oublier : Nous sommes une famille de 4 à faire ce voyage : Le père, la mère, le fils (18ans) et la fille (presque 13ans)
Commençons le récit directement avec...
...le jour d'après (notre arrivée). En effet le temps passé dans les aéroports et les avions n'a rien de très excitant et l'arrivée tardive à Los Angeles nous a fait rejoindre bien vite le Sheraton où une suite avec un lit très confortable - et un canapé lit moins confortable pour les enfants - était bienvenu après une si longue journée.
Dimanche 2 aout Réveillés très tôt, ce qui n'a rien d'exceptionnel vu le décalage horaire, nous sommes impatients de découvrir la vue de Los Angeles. A quoi ressemble la ville ? Comment sera le temps ? Va-t-on découvrir le fameux smug dont on parle tant à Los Angeles ? Déception. La vue depuis le 7ème étage d'un hotel moderne et sans âme proche de l'aéroport n'a rien de folichon et en plus elle baigne dans une brume grisâtre.. Les voitures s'affolent pourtant déjà sur le boulevard qui jouxte l'hotel. C'est dimanche mais près d'un aéroport, il y a toujours de la circulation...
Tout le monde est prêt rapidement, curieux de découvrir la mégapole. En descendant par l'ascenseur je repense à la réflexion de Nicolas hier au soir qui avait été étonné de constater que je ne lui avais pas raconter de blague : Il n'y a pas de 13ème étage dans les hotels américains !...
La récupération de la voiture chez AVIS se fait rapidement, il n'y a personne au comptoir et lorsqu'on propose un 4X4 à Patrick à la place de la berline réservée, il accepte illico ! Je n'en reviens pas, lui qui ne voulait pas que je loue un 4X4... Bonne opération pour le commercial de chez AVIS, mauvaise pour mon porte monnaie mais finalement, nous ne regretterons pas un instant ce choix (impulsif) de véhicule PONTIAC TORRENT, certes peu nerveux à notre goût, mais qui nous permettra de faire nos 4800 km de routes et pistes sans problème. Il est tout blanc et il est immatriculé "HOT"... On dira donc...qu'il semble tout indiqué pour affronter les températures que nous rencontrerons !
En traversant la ville vers le sud, le voile terne qui enveloppait le ciel s'est levé et c'est sous un soleil radieux que nous apparaît le vieux, mais encore majestueux, QUEEN MARY... Cet élégant navire a eu a chance de na pas finir dépecé dans un sordide chantier de casse indien car les américains l'ont récupéré pour le transformer ...en hotel restaurant. C'est justement dans le restaurant que nous avons rendez-vous pour un traditionnel brunch dominical...eh oui, c'est dimanche !
Nous voici donc dans le grand salon du bateau, plongés immédiatement dans un univers rétro et élégant. Un buffet pantagruélique s'offre à nous avec différentes cuisines du monde organisées par "stations". Nous aurons l'occasion lors de ce voyage de nous apercevoir que les américain aiment beaucoup les grands buffets.... Un grand blues man noir trônant au dessus d'un buffet de poisson et fruits de mer réchauffe l'ambiance en chantant de vieux tubes de sa voie éraillée ... It's a wonderful world !
Après les agapes, place à la visite du navire. Avant d'arriver à la salle des machines, rarement accessible dans un paquebot, nous admirons quelques maquettes en coupe... L'histoire de ce navire qui a servi au transport des troupes pendant la guerre est racontée à travers de nombreux documents d'époque visuels ou sonores et nous suivons son évolution tout au long des coursives.
Sur les ponts supérieur nous avons accès à la salle des commandes ainsi qu'aux appartements privés des officiers de bord ainsi qu'à une superbe vue sur Long Beach.
Il est temps de quitter ce paquebot de légende pour rejoindre HOLLYWOOD, ce qui signifie également qu'il faille traverser la ville... et traverser la ville, même un dimanche après-midi, ça ne se fait pas en 5 minutes. Nous sommes au sud, nous allons au nord ce qui fait en tout 52km à parcourir, et même si le GPS indique 40 minutes de temps de trajet, nous mettrons environ 1 heure pour traverser cette immense métropole de 13 millions d'habitants avec quelques ralentissements qui ne sont tout de même pas comparables aux embouteillages de la semaine.
Le MAGIC CASTLE HOTEL paraît bien sympathique au milieu d'un environnement fleuri. En entrant et en voyant la petite piscine je me dis que finalement j'aurais peut-être mieux fait de réserver ici plutôt que de m'embêter à loger au Hollywood Hill Hotel, l'ensemble d'appartements qui fait office d'annexe du Magic castle. Au comptoir du tout petit Lobby un tout petit homme m'annonce qu'il y a un tout petit problème de plomberie pour la chambre que j'ai réservé, et me propose une chambre plus grande ici même, en bas, avec tous les snacks que l'on désire et avec possibilité d'aller à la piscine d'en haut si l'on veut...et insiste en me disant que de toute façon, je n'aurais eu qu'une chambre avec vue sur la colline et non sur la ville... Je ne crois pas un instant à ce problème de plomberie me disant qu'ils préfèrent sans doute remplir l'hotel du bas avant d'ouvrir les chambre du haut, mais je me dis que finalement, nous n'aurons pas a descendre la colline à pied pour venir au petit déjeuner qui, de toute façon, doit être pris en bas et que ce n'est sûrement pas plus mal !
La chambre est en fait un appartement spacieux doté d'un coin cuisine et d'une chambre séparée. Les enfants quant à eux devront (encore) dormir dans le canapé lit ! Le petit déjeuner au magic Castle s'avèrera tout à fait correct avec d'excellentes scones aux myrtilles.
Le magic castle restera une des bonne surprises du voyage et je suis encore étonnée d'avoir pu trouver un hotel à taille humaine dans une si grande ville et en plus à 2 pas du Hollywood boulevard !
J'ai réservé un TOUR DE VILLE avec CALIFUN, une société qui propose des visites guidées en français. Le guide (québécois) vient nous chercher à l'hotel et nous embarque dans un van.
Nous voilà parti les quartiers chics de BERVERLY HILL suivi de la traversée de BEL AIR avec sont lot de villas de stars. Après avoir stationné dans une rue qui nous permet d'aperçevoir le fameux "signe HOLLYWOOD" qui surplombe le quartier, nous faisons un arrêt obligé sur Hollywood boulevard le temps de prendre quelques photos devant le chinese theatre mais il y a un monde fou. Comme notre hotel est tout proche, nous reviendrons un matin où le quartier s'avèrera beaucoup plus calme...
Nous partons vers le centre ville au milieu des grands buildings où le guide nous montre l'architecture moderne du Disney theatre.
Puis nous faisons une halte dans quartier très animé de Almera, le temps de voir les danses mexicaines et le petit marché d'une rue des plus anciennes de la ville. Là c'est vraiment le Mexique et toute sa communauté qui se rassemble pour faire la fiesta et on aurait envie d'y rester plus longtemps!
De retour à l'hotel la nuit tombée, nous décidons d'aller diner au YAMASHIRO, le restaurant qui domine la colline. Le receptionniste du Magic Castle, toujours plié en 4, qui appelle pour réserver notre table et nous emmène en voiture jusqu'à l'entrée du restaurant. Le repas est excellent (l'expresso est un vrai et bon expresso) et la vue sur la ville est superbe.








Lundi 3 aout Aujourd'hui nous passons la journée aux studios Universal. Nous avons déjà eu l'occasion de visiter le parc d'attraction du même nom en Floride, à Orlando, mais ici, à Hollywood, en plus des attractions il y a les "véritables" studios de cinéma ! Nous avons choisi un tour VIP qui nous permettra, outre de se la "pèter" car ce n'est pas tous les jours que l'on est VIP, d'éviter de faire de longues files d'attente en cette chaude journée du mois d'aout, mais aussi d'aller visiter les studios en back stage !
Avant de pénétrer dans le parc , nous remarquons le sympathique "saddle ranch" avec ses décors très "western". Nous ne passons pas sous la clèbre arches des studios comme à Orlando, le passage se fait sur le côté.
La journée commence tranquille par un accueil souriant, genre sourire publicitaire pour une marque connue de dentifrice. Comme nous sommes en avance, nous avons le temps de faire un petit tour dans le parc à l'heure où il n'y a vraiment pas foule et Caroline commence ses "repérages" dans les boutiques !
Dans un premier temps, je ne remarque pas du tout l'intru de la sculpture du tournage à l'entrée !... très amusant !
Dans le salon d'accueil des VIP que nous sommes nous attendent café, jus de fruits et petits gateaux ainsi que nos guides qui nous répartissent en petits groupes d'une dizaine de personnes. Nous serons donc avec une famille anglaise et un couple d'australiens.
Le tour commence par l'attraction des Simpsons, un simulateur qui vous emmène faire un tour de roller coaster virtuel, donc très peu pour moi merci, je préfère attendre le reste de la "team" !
Vient ensuite la visite attendue des studios en "petit train" et nous commençons par les trucages pour le son. Puis nous nous rendons dans un hangar qui abrite la fabrication des décors avec toutes les techniques de trompe l'oeil pour agrémenter les constructions.
Puis, dans un autre bâtiment, nous nous faufilons entre de hautes étagères où s'entassent un nombre incalculable d'objets. Ce bric à brac extraordinaire est la salle des accessoires et c'est à se demander comment les employés arrivent à les retrouver dans cet incroyable cafarnaüm !
Le guide nous emmène ensuite sur des lieux de tournage en extérieur. Le commentaire est illustré par des extraits de films qui passent sur les écrans plats du petit train. Je retiendrais le passage près de la maquette qui a servi au tournage du dernier "King kong" : En réalité, il s'agit de décors miniature avec un petit bateau alors que le rendu dans le film est impressionant ! Lorsque nous arrivons à la hauteur du fameux motel de "Psychose", un homme sort du bâtiment avec un grand paquet qu'il place dans le coffre d'une vieille voiture. Lorqu'il aperçoit notre "petit train" il s'élance alors sur nous un couteau sanguinolant en main !
Puis c'est le passage dans la très chic, très propre, très fleurie visteria lane de "Desperates housewifes" où le guide nous parle déjà de personnages de "saisons" qui ne sont pas encore arrivées jusqu'en Europe !....
Plus loin notre véhicule passe sur un pont de bois qui s'effrondre au moment de notre passage.. mais heureusement, on s'en sort sans problème... Ah ces trucages sont vraiment bien faits !!
Après un repas servi sous forme de buffet nous poursuivons par quelques attractions dont "Jurassic parc" que nous avons trouvé meilleure que celle du parc de Orlando alors que la version de la Momie est ici beaucoup moins impressionante.
Enfin, avant de déambuler librement dans le parc où l'on peut croiser des "personnages" comme Marylin, Zorro ou les Simpsons, nous assistons au spectacle "Waterworld" dont l'attérissage de l'avion sur le plan d'eau qui sert de scène est assez impressionnant et je n'ai d'ailleurs toujours pas compris comment cet avion était arrivé là !
Nous quittons le parc en fin de journée car les enfants ont hâte d'aller diner au HARD ROCK CAFE qui se trouve au bout de la City walk. Il est moins vaste que celui de Orlando mais tout de même très bien décoré avec également une Cadillac qui tourne au dessus du bar ! Nous faisons nos emplettes à la boutique puis nous obtenons une table bien placée...




Mardi 4 aout Aujourd'hui nous prenons le temps de nous offrir une petite flanerie matinale sur Hollywood boulevard, beaucoup plus calme que lors de notre première visite l'après-midi. Il fait déjà très chaud mais il y a beaucoup moins de monde que l'après-midi et après être passé devant le théatre chinois, nous remontons un peu plus le boulevard histoire de trouver d'autres étoiles connues. C'est un jeu qui plait beaucoup à Caroline qui a en main le plan avec les emplacements des "stars des stars". Nous irons jusqu'à l'étoile de Marylin qui malheureusement n'est pas très propre mais, comme par hasard, il y a un type à 2 pas de là qui se balade avec un chiffon et un vaporisateur en main prêt à nettoyer les étoiles “au hasard” des demandes... et pour quelques dollars ! En revenant nous aperçevons sur la colline le YAMASHIRO où nous avions passé la soirée de l'avant veille.
Nous partons pour BURBANK et les studios WARNER BROS. Après avoir récupéré les tickets (les vrais car acheté sur le net) nous nous restaurons de quelques patisseries au starbuck café. Le VIP tour est très bien organisé. Moins “show à l'américaine” que celui des studios Universal, il nous permet d'aller sur des lieux de tournage où nous...ne verrons pas grand chose … si ce n'est quelques décors de villes comme New-York ou Chicago, , , enfin on nous dit que c'est Chicago car comme nous ne sommes jamais allées ni à New-York ni à Chicago...et aussi sur la scène du l'emission de TV américaine du “Ellen show”. En fait, les studios WARNER produisent pas mal de shows et de séries TV, dont FRIENDS, mais la plupart restent réservées aux chaines américaines. Nous visitons également un sorte de musée de voitures célèbres comme la "bat mobile" ou bien la voiture volante de Harry Potter mais aussi une exposition de costumes dont ceux justement du film "Harry Potter". Il y a même une dame qui nous fait le "coup du chapeau" de Harry Potter !
La route pour SANTA BARBARA se fait rapidement, ce qui n'et pas le cas pour ceux qui viennent dans le sens inverse !
Le GPS nous fait passer par des quartiers un peu triste avant d'arriver à l'hotel, petit holiday inn aux reflets espagnols dans le style de la ville que nous allons découvrir. Nous sommes un peu au pays de ZORRO ! La chambre, toujours dans le même style avec ses grands lits en bois, est plutôt petite mais jolie et les lits sont très confortables.
C'est parti pour une petite balade très sympa jusqu'au Pier en bord de mer ou nous verrons le “congrès des pélicans” juste à côté de celui des pigeons et un peu plus loin celui des goélands. Des "pirogues de mer" s'affrontent jusqu'à une bouée où l'on entend les supporters hurler . En fait ce sont des phoques ou otaries installés sur la bouée qui doivent raler pour ce dérangement !
Nous revenons à pied vers le centre ville où un marché bat son plein sur la très animée state street. Nous nous rendons directement vers le PALACE grill car j'avais lu sur tripadvisor qu'il s'agissait d'un bon restaurant, bien coté des internautes.
A la reception on nous demande si nous avons une réservation, je crains le pire...et puis finalement on nous installe de suite dans une salle assez bruyante du fait de la proximité des cuisines semi-ouvertes. En fait ce restau ne paye pas de mine et l'intérieur n'est pas franchement reluisant... et puis le bruit et l'air des ventilateurs n'a rien pour plaire.
Le serveur prend notre commande et dépose sur la table des muffins avec un bol de crème. Drôle d'entrée en matière. Alors on lui demande tout de même si c'est pour manger tout au long du repas où à la fin. Il nous suggère de commencer de suite. En fait la boule de crème se révèle être une sorte de beure salé, et les muffins n'ont rien de sucré. Ce sont plutôt de petits cakes aux noix, aux épices, aux herbes... et ils sont excellents.
Après cette bonne introduction nous dégustons littéralement nos plats. Ici la cuisine est celle de la Louisiane, les plats sont cajun et la musique est jazzy. J'ai pris des pates aux écrevisses (oui il y a beaucoup d'écrevisses de proposées dans les plats du menu) avec des champignons, une sauce créole épicée mais crémeuse. C'est très bon! Patrick déguste son filet mignon sur purée de pommes de terre.. aux écrevisses. Puis une serveuse nous amène un document à n'ouvrir que lorsque la musique commencera. On entend alors le grand Louis chanter “It's a wonderful world”, le son est à fond et tous les serveurs du restaurant viennent à chaque table trinquer avec les convives... original ! Sur le document il y a les paroles de la chanson que les clients peuvent reprendre en choeur. re-Original ! Le son baisse alors pour laisser s'egrener les classiques du jazz de la nouvelles orléans et le service reprend son cours...
Pour le dessert, le serveur apporte 4 assiettes pour partager ("just in case") … Ils doivent avoir l'habitude! Nicolas et moi avons commandé un pudding soufflé au grand Marnier à se partager, comme l'a suggéré le serveur qui connait la taille de la portion. C'est excellent !
Patrick et Caroline ont opté pour la Key Lime pie, portion plus raisonnable. Bref il n'y a que le café qui n'est franchement pas buvable mais le reste nous aura vraiment ravi. Une bonne adresse.
Nous revenons sur la state street où les touristes s'entassent sur les terrasses pour gouter à des cuisines mexicaines ou traditionnelles. C'est certes plus animé mais après avoir regardé les menus... et les tarifs, nous ne regreterons pas notre choix. Balade nocturne dans les petites rues de cette charmante cité aux accents espagnols qui vivra dès jeudi aux heures des “old spanish days” autant dire que la fiesta battera son plein ! Au final, la ville de Santa-Barbara nous laissera un excellent souvenir !






Mercredi 5 aout C'est parti aujourd'hui pour une grande journée de route le long de la côte. Nous quittons Santa Barbara sous le soleil et le GPS nous propose de passer à travers la montagne et les vignobles pour rejoindre SOLVANG. Initialement je n'avais pas prévu de passer par ici craignant que la route soit trop sinueuse et les paysages enlaidis par les récents incendies. Mais il n'en est rien et la route est très agréable à travers les vignes et les ranchs.
Avant d'entrer dans le village, il nous faut faire le plein d'essence. On parle rarement dans les carnets de voyage de cet embarras devant la pompe essence... Eh oui, une fois trouvée la fente pour introduire la carte de crédit, voilà la machine qui nous demande, non pas le code de la carte, mais le code postal de notre région !...Nous voici donc bien embarrassé pour prendre le carburant et Patrick de devoir demander au pompiste comment faire ! Heureusement que l'humain suplée parfois la machine qui n'a pas prévu que des étrangers puissent venir chercher du carburant !!! Nous aurons ce tour plusieurs fois au cours de notre voyage !
SOLVANG est un charmant village de style Dannois très fleuri avec son moulin et des maisons typiques et colorées. Les boutiques sont attirantes et nous nous laissons tentés par quelques patisseries pour le pique nique prévu ce midi sur la côte. La visite du village est très appréciable au matin car il n'y a pas beaucoup de monde dans les rues.
Direction donc la côte. En passant près de San Obispo je remarque le Madonna Inn, l'hotel hyper kitsch dans lequel j'avais eu envie de dormir vu qu'il dispose de chambres démentielles!.. Finalement l'environnement de l'établissement n'a rien d'original : le bord de l'autoroute …ce qui explique que peut-être qui aient mis le paquet sur l'intérieur "so amazing!"
Arrivée sur MORRO BAY c'est la déception car la brume, enfin, les nuages bas de brume, se sont posés sur la mer et la côte ...Nous ne verrons donc pas Morro bay et nous poursuivons vers Cambria.
Et là, tout à coup, c'est le drame !!
Le tableau de bord indique qu'il faut changer l'huile !!! Patrick peste contre le loueur. C'est un peu fort de nous louer une bagnole pour le mois sans avoir fait la vidange !!! Nous nous arrêtons donc pour téléphoner à AVIS par le numéro de secours prévu... et là, c'est l'horreur : La nana au bout du fil nous demande notre nom, prénom (tout juste si elle ne demande pas l'age des passagers …) et n'arrive pas à nous situer quand on lui dit qu'on se trouve sur la N1en Californie, la route qui longe la mer, entre Cambria et San simeon!! De plus elle ne veut pas de nos coordonnées GPS la nullissime! Là je me rapelle soudain le texte d'un gars sur voyageforum qui disait avoir appelé car en plein désert, il avait abimé sa roue et le call center, sans doute situé à l'autre bout de la planète, l'avait envoyé dans un bled où le garage n'existait plus!
Moment d'angoisse (sauf que l'on est pas en plein désert, moment de doute, moment de rage, moment de désespoir... J'imagine la nana avec son casque de téléphone à New Delhi (voir slumdog millionnaire) en train d'essayer de nous situer sur une carte (ils n'ont donc pas google map?) Elle nous propose de RETOURNER vers San Luis Obispo dans l'agence AVIS dont elle nous donne l'adresse … Merci, on aurait pu la trouver directement avec tomtom , grrrrrr! Le call center dans ce cas ne nous aura aidé aucunement, pire il nous a fait perdre 20' et le coût d'un appel international pour tout ce temps (40€)!
Arrivés à l'adresse indiquée, nous nous retrouvons à l'entrée d'un vaste centre commercial, sic ! Heureusement la chance ne nous a pas totalement lâché car nous repérons un gars sympa sortant de sa boutique qui s'empresse de nous trouver l'agence AVIS sur son ordi (merci internet) et reviens illico presto pour nous indiquer qu'elle se trouve dans l'hotel Embassy au bout du parking. Merci, sympa, on n'aurait jamais pu trouver sans l'aide de ce gars car AVIS n'est pas indiqué et se trouve dans un recoin de l'hotel. Si un jour ce gars est au chômage, il pourra toujours se faire embaucher dans un call center !!
Wahouuu quel lobby !! On dirait l'hotel Alliance de Lille, un ancien cloitre couvert d'une verrière pyramidale dans sa version moderne ! Le gars de chez AVIS ne doit pas être souvent dérangé, dns un recoin de l'hotel, bien planqué dans son agence. Heureusement il est très aimable et souriant. Il remarque sur le contrat que l'entretien de la bagnole vient d'être fait et que le garagiste a dû oublié de faire un “reset” pour remettre en ordre l'électronique … grrrr... Il nous assure qu'il n'y a aucun problème et que nous ne sommes pas les premiers auxquels cela arrive. Il nous remet le bazar en ordre et on peut repartir.
Il est 14h et les ados ont faim. Alors on stationne l'auto à l'ombre et on entre dans le premier truc venu où l'on a vu sur la vitre que l'on pouvait avoir des salades. En fait c'est une bonne surprise. Au lieu de pique niquer près de la mer avec nos patisseries danoises, nous avons droit à un buffet à volonté, boissons incluses, pour 35$ à 4. Il y a du choix en chaud et froid, c'est frais et c'est bon! Patrick prend du lapin et goute diverses choses. Le crumble en dessert est excellent ! Bref ce BUFFET HOMETOWN est une excellente alternative au fast food... Nous prenons note du nom de la chaine .. au cas où...mais nous n'en reverrons pas d'autres au cours de notre périple.
Nous repassons devant le Madonna Inn pour la seconde fois puis rejoingnons la côte et MORRO BAY qui cette fois n'est plus dans le brouillard et se signale surtout par les grosses cheminées de sa centrale electrique (…)
Nous venons donc de prendre 2h de plus sur le planning prévu. Tant pis nous ne visiterons pas Point Lobos.
Nous nous arrêtons tout de même à l'endroit que j'avais prévu pour pique niquer, histoire de voir si les coordonnées GPS relevées étaient exactes. Yep, TOMTOM a l'air compatible avec les coordonnées données par google map.. mais pas pour toutes... L'endroit est plaisant, venteux et nous rencontrons nos premiers écureuils pas sauvages du tout.... L'arrêt suivant s'effectue sur la plage de San Simeon, bien signalée par un panneau, pour voir les sea lions, en d'autres termes, les éléphants de mer. Il n'y en a pas des masses, mais question masse ils font le poids !
La route qui suit attaque littéralement la montagne et donne l'impression de toujours monter sans jamais redescendre. Nous atteignons une hauteur assez vertigineuse...
Je vole quelques photos de la route car Patrick n'a pas l'intention de s'arrêter partout !... Je lui explique que nous devrons impérativement nous arrêter à Julia Pfeiffer Burns, un des points de vue des plus remarquables de la côte.
Julia Pfeiffer Burns est exactement comme sur les nombreuses photos que j'ai vues de l'endroit. La cascade n'est pas à sec et l'endroit ensoleillé à souhait est ravissant.
Nous terminons la route de BIG SUR avec un soleil déclinant qui rend la lumière de la mer aveuglante puisque le soleil se couche toujours... à l'ouest !
L'entrée dans CARMEL est assez surpenante car on se retrouve au milieu de pins très bas ce qui assombrit les rues en cette fin de journée. On a l'impression d'être dans les dunes. L'hotel WAYSIDE INN est super mimi avec des fleurs partout. La chambre est spacieuse et cosy, dans un style british. C'est trop mignon, nickel j'adore!
Nous ressortons rapidement car, je vous le donne en mille, les ados ont... faim !!! J'avais repréré sur le net, un restaurant italien car ils adorent ça. En fait il s'agit du restaurant NICO'S, un grec/italien où l'on trouve des plats assez classiques. 2 Spagghetis carbonara, 1 penne aux fruits de mer, pizza aux fruits de mer, crème brulée160 $ tips inclus à 20% d'office, (ils ne s'emm.. pas pour un service où, mis a part le patron qui se la joue à l'italienne .. où à la grecque, c'est selon, n'est pas très souriant). Craigneraient-ils que les européens ne laissent rien en pourboire ?
Nous partons faire un petit tour dans la rue principale. Il y a beaucoup de boutiques très classes. Les rues sont peu éclairées. Je me souviens avoir lu quelque part que c'était voulu car les habitants de Carmel, (au fait, les habitantes sont-elles des carmélites ???) refusaient la modernité ! Comme on ne voit pas grand chose dans le noir, nous décidons de rejoindre l'hotel. La visite, ce sera pour demain !




Jeudi 6 aout Ce matin on nous ammène un petit “panier déjeuner” devant la porte de la chambre à 7h30., une sorte de "panier repas" en sac isotherme avec des taourt, du lait et des céréales... Le ciel est gris quand nous partons faire une petite balade sur Océan street jusqu'à la plage bordée de pins "de Monterey" où les promeneurs et leurs chiens sont déjà nombreux. Après avoir marché dans le sable (pas très chaud), nous retournons vers l'hotel par la rue principale avec ses galeries d'art et ses patios commerciaux fleuris abritant des boutiques aux noms "frenchy". Au final cette ville nous aura parue très "snob", sorte de "Deauville" ou "Knokke le Zoute" du Pacifique...
MONTEREY est très proche de Carmel et nous avons prévu de visiter l'aquarium qui se trouve dans une ancienne fabrique de... sardines ! La visite est sympa. Ceux qui connaissent Nausicaa à Boulogne/mer (comme nous) ne seront pas surpris car c'est un peu le même système de visite pédagogique avec toutefois une collection de méduses et d'hipocampes assez chouette. Je m'attendais tout de même à plus grand. Le soleil est revenu ce qui nous permet de parcourir la route de la côte jusqu'à san Francisco en profitant encore de ses paysages qui font parfois penser à... la Bretagne !
Et puis voilà les premières vues de SAN FRANCISCO et ses petites maisons pastel qui nous invitent à poursuivre la visite. Nous savons déjà que cette ville va nous plaire !
A l'hotel HOLIDAY INN au FISHERMANS WHARF, nous avons une suite avec un salon/kichenette séparé de la chambre au 4ème et dernier étage de l'établissement . Les fenêtres donnent sur le sommet de la pyramid tower et la coit tower. C'est "nickel chrome" pour ma "team" qui a apprécie déjà notre environnement car notre première visite est pour les quais et leur animation. Nous traversons le musée mécanique pour voir quelques bateaux à quai et nous nous rendons ensuite vers le célèbre Pier 39 où nous avons prévu de diner, devinez où ??... au hard Rock Café qui devient passage obligé car les ados sont fans ! Le diner ne nous laissera pas un souvenir impérissable. La déco est moyenne et l'endroit est extrèmement bruyant ! J'ai tout de même testé le steak sirloin qui n'était pas si mal.
Mis à part la température hivernale, on a bien aimé l'ambiance du PIER 39. Il y a des tas de boutiques et de restaurants mais il y a surtout la visite aux otaries... ça pue un peu mais c'est tout de même marrant à voir !
Le FISHERMAN'S WHARF est certes très touristique mais l'ambiance y est festive et il y a toujours quelque chose à voir ou à écouter... et ça, c'est amusant ! Les garçons se trouvent des chapeaux “Indiana Jones”... dans des boutiques qui sont partiquement toutes tenues par... des chinois ! Quant à moi, je me prend un gilet polaire tellement j'ai froid !!! Caroline est aux anges car il y a vraiment de quoi faire du shopping. Il y a des centaines de tee shirts dont certains repésentent le président nouvellement élu. Avant de rentrer nous passons voir le terminus du CABLE CAR, ce funiculaire en bois, pour assister au retournement du véhicule qui se fait ici, à la main...et c'est vraiment l'attraction locale !




Vendredi 7 aout
Levée avec le soleil, nous prenons notre temps pour prendre le petit déjeuner car nous avons rendez-vous à 10h30 pour un tour guidé avec Mr TOAD.
Il s'agit d'un tour motorisé dans un "tacot" aménagé. Notre chauffeur est très sympa et son attitude cadre totalement avec le style du véhicule. Il me fait penser à un personnage Disney alternant les commentaires avec les "pouet pouet" à l'encontre des habitués croisés du parcours. Le véhicule limite le nombre de passagers à 10.
Le parcours est classique et l'arrêt à Chinatown permet d'aller voir la fabrique des "fortune cakes". Le passage dans les beaux quartiers nous permet d'admirer de superbes villas victoriennes et dans le quartier hippie de High Hasbury, notre chauffeur enclanche la musique "If you go to San Francisco ..." Ambiance ambiance ! Nous terminons par la visite du Presidio et du Golden Gate. Hereusement que nous avons pensé à prendre les coupes vent car dans ce genre de véhicule ouvert il y a beaucoup d'air et il est très froid ici !!!
Après avoir acheté un "MUNI pass" pour 3 jours, nous embarquons dans le fameux CABLE pour grimper jusqu'à Sutter street. Nous aurons l'occasion d'amortir ce Muni pass car nous emprunterons le bus plusieurs fois. Les bus sont nombreux et faciles à prendre. En revanche, le Cable est bondé de touristes. A cette heure il y a une file d'attente dingue au terminus et aux arrêts il faut presque se battre pour trouver une place ou s'accrocher au parapet... C'est une petite deception car pour notre premier trajet dans ce véhicule, on ne voit rien de la route ...
Nous déjeunons au LORI'S DINNER situé à l'angle de Sutter street et Powell street (le cable passe juste devant). Le décor est super pour ceux qui aiment les années 50's façon "Grease" !! La nourriture est plutôt bonne et il y a du choix. On teste les hamburgers (of course), les premiers du voyage et ils sont très bon ! A noter que pour l'accompagnement on peut demander de la salade ou du coleslaw à la place des frites.J'ai eu beau préparer ce voyage depuis plusieurs mois, je me sens perdue à San Francisco où j'ai l'impression que les routes qui descendent ou montent sont bien plus nombreuses que je ne l'avais repéré sur mes plans....Bref ici , ça monte, ça descend tout le temps !
Nous voici arrivés sur UNION SQUARE, la fameuse place centrale qui, selon moi, n'a pas grand chose de différent d'une autre ville. Macy's, qui trône au milieu de la place, est un grand magasin genre Galeries Lafayettes et le reste c'est "boutiques" etc...Je ne vois pas l'intérêt de s'y attarder, il y a tant d'autres choses à découvrir ici. Nous passons donc au quartier financier et ses buildings. On n'a jamais vu de buildings si hauts aussi rapprochés, alors ça fait un peu bizarre ce quartier de la finance. Le musée de la banque WELLS FARGO est tout petit mais comme c'est gratuit, ça vaut le coup de s'y poser 5' et de monter dans la diligence. Pendant notre voyage, nous penserons souvent à l'épopée des pionniers qui sont venus s'installer à l'ouest, osant s'aventurer sur des pistes incertaines et traverser des contrées hostiles pour parvenir jusqu'à l'océan !
Nous entreprenons de flaner dans le quartier MISSION pour voir les façades peintes. Le parc accueille de nombreux jeunes installés tranquillement face à des bâtiments anciens comme Mission Dolores. Nous nous promenons un peu dans la mission street et les rues adjacentes. C'est un quartier agréable et apparemment en pleine reconversion car il y a de nombreuses boutiques et restaurants branchés fraichement ouverts. Mais nous ne nous attraderons pas le soir car le coin de la station de métro sur Mission/16th est hyper mal famé (bandes, prostituées...)...
Nous nous rendons ensuite dans le quartier japonais, peu étendu mais dont le centre commercial et sa tour sont particulièrement significatifs. Nous avons réservé au BENIHANA , restaurant japonais Tepanyaki. Nous apprécions particulièrement ce rituel ou le chef japonais cuisine devant nous sur une plaque chauffante. C'est bon, frais et c'est léger. Le seul hic c'est que ce restaurant est bien bruyant. La "Japantown" est donc toute petite comparé à la Chinatown mais il y a de nombreux restaurants (non tepan) et quelques boutiques nippones.





Samedi 8 aout Aujourd'hui c'est notre journée "bicyclette". En route donc pour SAUSALITO via le GOLDEN GATE ! Nous louons nos vélos, sortes de "mountain bike" chez BAY CITY BIKE, une boutique proche de l'hotel.. appréciable au retour (rincés mais heureux....). C'est assez facile de louer un vélo à San Francisco car il y en a partout. Nous croiserons des centaines de cyclistes durant notre périple du jour ! Nous longeons la baie pour nous rendre vers le Golden gate qui est à moitié dans la brume. Ca monte un peu pour arriver sur le tablier du pont mais une fois qu'on y est, ça va, c'est presque plat... et là ce n'est que du bonheur ! On en a tout de même "plein les pattes" après car les vélos sont peut-être "secure" mais ils sont hyper lourds.. alors moi, dès que ça monte, c'est à côté du vélo que je me place... De l'autre côté, nous faisons une petite halte auprès des pêcheurs, histoire d'admirer le pont (toujours dans la brume). Avant d'arriver à Sausalito, ça monte un peu à travers la forêt d'eucalyptus... en même temps ça doit bien dégager les bronches !
SAUSALITO est une ville très mignonne mais il y a un monde fou ! A l'aller on se dit que l'on ne va pas s'arrêter de suite vu la foule. On préfère poursuivre vers les houseboats. Toutes les "résidences", autrefois celles des "hippies" ne sont pas accessibles au public pour préserver la tranquilité des riverains ... qui ne sont plus vraiment des hippies aujourd'hui... Sur le chemin du retour, on décide de s'arrêter déjeuner avant le centre ville dans un petit café très sympa, le CIBO, un tantinet branché écolo-nature. Bonne pioche !! On est bien tranquille ici. Il y a une petite terrace mais on préfère profiter de la fraicheur intérieure. Au menu Panini servi avec un petit ravier de pickles et moi j'ai testé un french toast avec des pêches et des fraises HUMMMMM. Dans ce café, on ne sert pas de coca, chose étrange pour les USA mais ce n'est pas plus mal ! J'en attrape pour 35$ boissons comprises, le même prix que l'autre jour au SUBWAY de Monterey, mais ici c'est bien meilleur et nettement plus clean avec un service souriant et "in french" ! Faudra qu'on m'explique là !!! Quand on se rend à Sausalito en vélo via le golden gate on a, en gros, é alternatives : Revenir par le pont ou bien traverser la baie en ferry qui nous ramène non loin du fisherman wharf ... Nous optons pour cette solution, la moins couteuse en ...énergie car nos batteries sont un peu déchargées à cette heure ... Nous tentons de stationner les vélos dans un parking (à vélos) du centre ville mais après avoir pris connaissance des heures du ferry nous renonçons de façon à avoir une place à bord .. et c'est pas gagné vu le nombre de vélos au centre ! C'est pourquoi nous sommes les premiers à embarquer. A en croire des français qui sont à bord du ferry du retour, on a bien fait de déjeuner à l'extérieur du centre. On a l'impression que tout le monde s'arrête au centre ville alors qu'après c'est beaucoup plus cool !
A bord du bateau, au moment de reprendre els bicyclettes pour débarquer, c'est le bins total ! Heureusement que les américains étaient mieux organisés pour débarquer en juin 44 ! Il faut dire que c'est le week end et on a vraiment l'impression que les californiens qui ne font pas de joging font du vélo !!! Bref on n'est pas tout seul sur la route... tant pis pour les autos, ce n'est pas leur jour !! Après un passage à l'hotel histoire de se reprendre un peu, nous repartons en cable vers le haut de la Columbus street mais en route, nous décidons d'aller voir de plus près la fameuse LOMBART street dans sa partie la plus attractive : Les lacets fleuris ! Pour de nombreux touristes, le jeu consiste à descendre cette rue en auto et de préférence en se tenant, pour les passagers, assis sur les portières du véhicule !... En haut de la rue il ne faut pas moins de 2 policiers pour réguler la circulation. Inutile de dire que si l'on tient absolument à effectuer la descente en voiture dans la journée, il convient de prendre son mal en patience !!! Avant de rejoindre notre restaurant du soir, la STINCKING ROSE, nous décidons d'aller voir d'un peu plus près la fameuse transamerica pyramid. Sur le trottoir, un orchestre chinois au grand complet nous rappelle que nous sommes aux portes de chinatown. Heureusement que j'ai réservé le restaurant "Stincking rose" sur internet sinon il aurait fallut attendre dehors ! On nous accompagne jusqu'à notre table, au premier étage, dans un dédale de petits passages. La salle de restaurant est assez vétuste. Ce restaurant est une vraie usine et c'est très bruyant !!! Ici l'ail est à l'honneur et il y en a dans tous les plats ! C'est le concept du resto qui en fait sa renommée mais la cuisine n'est pas super originale mis à part cet ail qui est partout, y compris dans les fresques grossières peintes sur les murs. Les plats sont plutôt italiens et le service pourrait être plus souriant. Attention, les gnocchis sont juste un peu...sucrés

Dimanche 8 aout C'est formidable de pouvoir passer un dimanche à San Francisco, surtout quand le soleil est au rendez-vous dès le matin et que le ciel est dégagé ! Le dimanche est un jour tranquille... mais notons que les californiens sont déjà assez cool et puis c'est le jour de la messe, de la célébration comme on dit dans les églises méthodistes et Cie...car nous avons prévu de nous rendre assister à la célébration de la GLIDE... et qu'a t'elle de particulier cette église pour que j'ai envie d'y aller alors que je n'assiste jamais à la messe d'habitude ? Ben j'vais vous l'dire : Il s'agit tout simplement d'une messe en GOSPEL !!!! Alors nous partons en Cable car à l'assaut du centre ville. Alors que nous marchons vers l'adresse indiquée, nous dépassons un groupe de dames chapeautées qui se rendent au même endroit que nous...mais nous sommes les premiers de la file d'attente et le chairman, très sympa, nous place près du mur. Ensuite il nous invite à entrer et nous choisissons de monter à l'étage car j'avais lu que c'était mieux pour les touristes. Nous nous installons au premier rang du balcon. Derrière nous il y a d'autres touristes français. Nous avons alors une vue imprenable sur la scène car ici, point d'hotel et de reliques, point de statues, de vitraux ou fantaisie, tout se passe dans le chant, le discours, l'attitude et ...la technologie car films et images se relaient sur le grand écran situé derrière la scène ! On nous distribue alors un éventail car il fait assez chaud au balcon. Il porte l'inscription d'une publicité pour le restaurant de l'hotel japonais du coin, brunch oblige...ou comment allier spiritualité, sponsoring et bien être ! J'avais lu que les messes en gospel de la Glide étaient super, mais en réalité c'est carrément surprenant, un véritable spectacle pendant lequel on ne s'ennuie pas une seconde !! On démarre directement par un chant et tout de suite on est dans l'ambiance. Le soliste est extraordinaire , les choeurs sont parfaits et les musiciens carrément top (Wahouuu le saxo !!). Au premier étage, un type tout aussi agité que les habitués du bas relaie l'enthousiasme des chanteurs et nous invite à frapper des mains comme un "chauffeur" de salle de spectacle ! Au cours de la célébration nous assistons à une scène surprenante. Un grand noir très efféminé nous présente les produits dérivés qui peuvent être achetés à la fin de l'office. Il se met à défiler comme dans une collection de haute couture avec un tablier à l'éfigie du groupe. On croirait Jacob dans la cage aux folles... Tout le monde éclate de rire... on n'en croit pas nos yeux ! Imaginez une telle scène dans une messe de chez nous !! Mais nous n'avons pas fini d'être surpris car voici qu'entre en scène le très dynamique, que dis-je, l'explosif pasteur noir qui va nous offrir un prêche carrément politique et rappeler au passage que "Maintenant, nous avons un président !" Après coup, je ne sais pas si l'on peut vraiment parler de messe car ici il s'agit plutôt d'un show !!! et quel show !!! En tout cas c'est vraiment très chouette. Je suis ravie !
Quelle chance nous avons d'avoir un temps superbe sur cette ville dont on dit qu'elle est souvent dans la brume ! J'ai réservé pour le brunch au TOP OF THE MARK, le restaurant situé au sommet de l'hotel intercontinental Mark Hopkins. Le "Top" n'est qu'au 22ème étage, ce qui est nettement moins haut que le Carnelian room, le restaurant situé au 55ème étage de la tour de la bank of américa, mais qui n'etait pas ouvert ce dimanche !I Qu'importe, le Mark Hopkins est situé en hauteur sur une colline, par rapport aux autres buildings ce qui compense. Comme nous sortons assez tard de la Glide, nous hattons le pas pour nous rendre au restaurant ce qui fait que nous arrivons bien fatigués tellement la pente de la rue est rude ! En montant dans l'ascenseur, nous remarquons encore une fois qu'il n'y a pas de 13ème étage. Dans le restaurant très chic à l'ambiance feutrée il y a peu de touristes. Ce sont plutôt des gens de San Francisco qui viennent bruncher chic ici ! En tout cas le service est très soigné et buffet très fin ... un peu normal vu la classe de l'établissement ... et le prix .. mais la vue sur la baie est superbe !!! Le MUSEE DU CABLE, situé à deux pas de là, est un petit musée sympa et gratuit où l'on apprend comment fonctionne les "cable car" et où l'on voit les machines en mouvement... c'est donc très bruyant ! Après, en attendant ce cable car dans la rue déserte car il n'y a décidemment pas beaucoup de circulation à San Francisco le dimanche, nous prêterons une oreille d'autant plus attentive au bruit du cable situé au centre de la rue...
Retour à l'hotel pour se relaxer avant de partir visiter ALCATRAZ. Le bateau part à 18h45. J'ai réservé le tour de nuit. Nous prenons nos KWAY car j'imagine que le vent sera frais... je n'ai pas tord. Arrivés sur l'île, des guides nous prennent en charge pour nous accompagner jusqu'à l'entrée de la prison où nous prenons des audio guides dans notre langues c'est à dire en français pour moi et en néerlandais pour Patrick et les enfants. La visite est très interessante et la façon de faire commenter les lieux par d'anciens gardiens ou prisonniers est vraiment originale. Nous arpentons ainsi les couloirs de la prison, découvrant l'étroitesse des cellules et la vie des "pensionnaires" dont les plus célèbres ont même droit à l'affichage de leur trombine sur les murs! Au retour, nous pouvons admirer les lumières de la ville où nous passerons notre dernière soirée. Nous allons diner au BUBA GUMP à la demande des enfants, ce qui n'est pas une super idée car c'est assez cher pour manger ...quelques crevettes ! Mais bon, ce sont les vacances et on aime faire plaisir aux enfants (c'est comme au Hard rock café : hyper bruyant mais branché !). Au retour ils demanderont à voir le film Forrest GUMP...




(A suivre....)
Hôtel Grand Sunset Princess à Riviera Maya English translation pending
Bonjour à vous tous!
Nous avons réservé pour mars au Grand Sunset Princess en chambre Suite Junior. Rendu à destination, je sais qu'il est possible "d'upgrader" la chambre pour une Suite Junio de Luxe ou Platinuim.Je voudrais savoir si quelqu'un sur ce site l'a déjà fait? et si oui, combien d'argent supplémentaire cela vous a-t-il coûté ??? $$$
Merci pour votre aide!
Carole
Nous avons réservé pour mars au Grand Sunset Princess en chambre Suite Junior. Rendu à destination, je sais qu'il est possible "d'upgrader" la chambre pour une Suite Junio de Luxe ou Platinuim.Je voudrais savoir si quelqu'un sur ce site l'a déjà fait? et si oui, combien d'argent supplémentaire cela vous a-t-il coûté ??? $$$
Merci pour votre aide!
Carole
Les photos, c'est r'parti pour un tour! English translation pending
Bonjour,
on continue...
on continue...
Dix pour cent des expatriés en Thaïlande sont retraités English translation pending
...et 9 sur 10 sont des Hommes.Ils arrivent seuls. (Ca m'intéresse, oct.2009)
Découverte de l'Ouest américain à travers quatre États, pendant vingt-cinq jours (dernière partie) English translation pending
Bonjour à tous(tes)
Je vous livre, ici, la fin de notre voyage à travers le Sud-Ouest américain qui s'est déroulé du 27/06/2009 au 21/07/2009. Il s'agit des étapes suivantes : Bryce Canyon – Zion – Las Vegas – Death Valley – Yosemite – San Francisco
Vous pouvez retrouver la première partie concernant les étapes: San Francisco – Côte Pacifique – Los Angeles – Grand Canyon – Page – Monument Valley – Moab – Torrey – Bryce Canyon sur le post suivant: voyageforum.com/...ere_partie_D2800143/
Lundi 13/7 : Bryce Canyon N.P. ; Nuit Bryce Canyon N.P
Voici ce qui était prévu au planning (65 Km) Bryce Canyon N.P. (sunrise à 6h05 et sunset à 20H50)
Voici ce que nous avons fait 5H30 : Réveil matinal pour assister au lever de soleil prévu à 6H05. Brr… il fait 10°C… Le gros pull est de rigueur ! Nous sommes en altitude… (2500m.) La pénombre (ou la précipitation !) nous fait rater l’embranchement pour Sunrise Point… Demi-tour et arrivés au parking, nous voyons plusieurs personnes se presser vers le point de vue. Nous accélérons donc le pas en nous demandant combien on va être là-haut… Et bien, non, l’endroit n’est pas noir de monde… Nous sommes peu nombreux à avoir eu le courage de nous être levés si tôt, et donc on ne se bouscule pas pour être aux premières loges ! D’ici, nous dominons une sorte d’amphithéâtre. Ce parc est une vraie merveille ne ressemblant à aucun autre : des milliers de colonnes rocheuses érodées (des hoodoos, traduits très poétiquement par cheminées de fées) serrées les unes contre les autres, semblables à des soldats au garde à vous… Un émouvant chef d’œuvre de la nature : bien qu’en ayant vu de nombreuses photos avant de partir, j’en reste bouche bée ! Et le spectacle ne fait que commencer… Finalement, nous nous sommes pressés pour rien et aurions pu rester plus longtemps au lit car le soleil ne va pointer le bout de son nez qu’une demi-heure plus tard (une demi-heure pendant laquelle d’ailleurs arrive une multitude de photographes). Et alors la magie opère : toutes ces colonnes de calcaire s’éclairent peu à peu et prennent des teintes cuivrées lumineuses allant du rouge au blanc crème en passant par le jaune, l’orange, le saumon, et même le violet… Ces couleurs très photogéniques sont rehaussées par le bleu du ciel et le vert des nombreux pins disséminés parmi les hoodoos… J’imagine la beauté de ce lieu en hiver lorsqu’il est recouvert d’un blanc manteau ! Ce parc, avec tous ses dégradés de nuances, est franchement mon favori !
7H30 : Nous retournons au Ruby’s Inn, non sans avoir croisé des familles de cervidés broutant dans les prairies encore nimbées de brume et bordant la route… Ce n’est pas vraiment ce qu’il était prévu (puisque je croyais randonner dès poltron minet) mais nous devons récupérer ma fille qui a préféré faire la grasse matinée aujourd’hui… Elle ne sait pas ce qu’elle vient de rater ! Nous en profitons aussi pour déjeuner et préparer nos sacs à dos. Euh !... certains repiqueront aussi un petit roupillon !
10h00 : Nous nous remettons en route : direction cette fois-ci, Sunset point. Non pas pour déjà assister au coucher de soleil, mais pour entamer une rando qui démarre depuis cet endroit. Il s’agit de Navajo Loop Trail suivi de Queen’s Garden Trail, soit une boucle de 4, 8 Km nous permettant de descendre entre les pitons rocheux, au cœur même du gigantesque amphithéâtre.
Cette balade est impérative si on veut se rendre compte de la hauteur de ces magnifiques colonnes pouvant atteindre des dizaines de mètres ! Les pins à côté, pourtant majestueux, semblent minuscules. La descente tracée en lacets, est facile et offre de splendides panoramas. Il est dommage seulement qu’à cette heure, il y ait beaucoup de monde… Cela ressemble un peu à une procession !... ou à un chemin de croix pour certains !... En effet, nous croisons beaucoup de personnes parties plus tôt et dans l’autre sens (ou faisant simplement un aller-retour), semblant souffrir pour remonter le Navajo loop Trail assez pentu. Il est de loin préférable de remonter vers la rim en empruntant le Queen’s Garden Trail dont la pente est beaucoup plus douce. Heureusement, plus on avance et plus on se retrouve seul. Nous rencontrons des dizaines d’écureuils chapardeurs, et d’adorables chipmunks (des tamias), ces petites bêtes ayant inspiré Disney pour ses personnages de Tic et Tac… Il est difficile de résister à leur donner à manger ! Et pourtant, l’amende est sévère si un Ranger vous surprend en train de le faire…
14H00 : Nous sommes remontés sur la Rim, au Sunrise Point. Là, nous pique niquons au General Store. Puis les garçons partent, rechercher la voiture laissée à Sunset Point, en longeant la rim à pied. (La navette circulant dans le parc, n’est pas pratique : elle nous aurait obligés à faire tout le tour !)
15H00 : Retour au Ruby’s inn pour un repos bien mérité. Deux d'entre nous vont s’éclater à la piscine pendant que mon fils, lui, essaye consciencieusement de réparer l’appareil photo qui s’est malencontreusement étalé par terre et dont l’objectif reste résolument calé… Ce sera vain… Il finira à la poubelle ! Ce n’était pas un coûteux appareil ultra performant (il faisait notamment de laides photos de nuit) mais il n’était pas vieux…
17h00 : Retour au parc. Nous parcourons les 18 miles de la Scenic Drive qui permet d’accéder à de nombreux autres points de vue. Inspiration Point et Bryce Point surtout, dominant eux aussi l’amphithéâtre des hoodoos, sont sans aucun doute les plus beaux… merveilleux, magiques, gigantesques…. Dame Nature a quand même prodigieusement bien travaillé ! Les autres points de vue situés plus loin, sont nettement moins impressionnants, sauf peut-être celui de Natural Bridge qui est une arche sur une falaise et que l’on surplombe depuis le promontoire. Mais il est complètement dans l’ombre à cette heure-ci. Bizarrement, à de nombreux arrêts, rodent de grands corbeaux noirs un peu effrayants (peut-être parce qu’ils me font penser à ceux d’Hitchcock…) mais bon ils n’ont encore attaqué personne ! Sinon ça se saurait… hein !
Fin de journée, nous sommes de retour à Sunset Point pour y admirer, comme de bien entendu, le coucher de soleil. Mais le soleil nous semble encore bien haut, alors nous décidons de retourner d’abord au Ruby’s Inn pour passer la voiture au car wash. En effet, notre Dodge Durango dénote un peu sur les parkings… Il faut dire qu’il en a vu, des pistes depuis quelques jours ! La terre rouge caractéristique du Sud-Ouest américain est tellement incrustée dans la carrosserie que nous n’arrivons pas à l’en détacher en la frottant à la main ! On ne peut décemment pas le rendre dans cet état au comptoir d’Alamo (je crois que j’ai plus de scrupule qu’eux !) La tâche accomplie, nous retournons une dernière fois à Sunset Point, mais nous avons mal jugé de la course du soleil… Et quand nous y arrivons, seuls quelques derniers rayons éclairent encore les hoodoos ! Trop tard… nous sommes arrivés trop tard !... Je peste un peu !... beaucoup même !... Je le savais pourtant qu’il faut toujours arriver sur les sites bien avant l’heure prévue. Je me consolerai en allant déguster un bon repas au Bryce Canyon Pines qui est un resto situé à 6 miles de l’entrée du parc. Ne pas oublier d’y goûter en dessert, une de leurs nombreuses et réputées pies !
Mardi 14/7 : Tropic (Bryce Canyon N.P.) –Zion N.P. –Las Vegas ; Nuit à Las Vegas
Voici ce qui était prévu au planning (290Mi-460 Km) Arrêts à : - Red Canyon - Cedar Breaks N.M. - Springdale ( Zion N.P.) - Valley of Fire S.P. ( à faire fin de journée, sunset à 20h00))
Voici ce que nous avons fait 9H00 : Départ du Ruby’s Inn et route vers Las Vegas, très attendue par les garçons! Las Vegas…pas la route! Celle-ci pourtant vaut le coup d’œil… Bien vite, nous traversons un petit parc, le Red Canyon S.P., dont les hoodoos nous donnent un arrière goût très agréable de Bryce Canyon… Les experts y recommandent la rando Pink Ledges Trail. Mais bien qu’elle soit courte, nous n’avons pas le temps de nous y arrêter…
Passé Mont Carmel Jonction, nous progressons vers l’ouest en empruntant la route 9. Sur une longue ligne droite, nous longeons un élevage de bisons. Mais ceux-ci sont bien trop loin, au bout du champ, que pour être vus correctement… Il faudrait aller au Yellowstone pour en observer de vrais spécimens en liberté (mais vu son éloignement par rapport au trajet planifié, j’ai raisonnablement renoncé à visiter ce parc cette année)… ou aller au zoo pour les admirer de près, lâche ironiquement Virginie ! Euh, ce n’est pas pareil !!
A l’approche du parc de Zion, la route est goudronnée en rouge pour se fondre dans le paysage (là il n’y a rien à redire : pour le show, ils sont forts ces Américains !!), et devient même une véritable route scénique. Passé l’entrée Est de Zion, le paysage est de toute beauté avec ses roches blanches, rouges, jaunes, aux formes multiples, se détachant dans le ciel bleu azur… Certaines font penser à des "choutes" de crème glacée au goût vanille, melon, fraise ou framboise !! Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’arrêts prévus pour photographier ces tableaux… Juste avant un long tunnel très étroit, nous prenons la seule place vacante, laissée par une voiture venant de quitter le petit parking. D’ici, démarre la rando qui suit un sentier facile d’accès, le Canyon Overlook Trail (1Mi/1H A-R). Nous longeons un canyon creusé par une rivière, puis débouchons sur un promontoire rocheux découvrant une impressionnante vue panoramique sur le canyon de Zion et ses pics découpés.
Nous remontons en voiture et devons attendre une dizaine de minutes pour pouvoir, à notre tour, traverser le long tunnel étroit (tellement étroit que le passage des voitures se fait en sens alterné, d’où l’attente !). Puis les lacets de la route 9 nous descendent vers le canyon de Zion. Nous nous garons au parking bondé du Visitor Center du parc, non sans mal (nous devrons tourner plusieurs fois pour trouver une place…). Ouf … nous ne devons pas rejoindre Springdale et reprendre une navette supplémentaire nous ramenant ici. Sinon… quelle perte de temps… et le temps, en vacances, est précieux, d’autant plus dans un périple comme celui-ci où il y a tant à voir… Nous prenons nos sacs à dos et sautons dans la navette obligatoire, empruntant la Zion Canyon Scenic Drive. Cette route en cul de sac, de 10 km, se trouve au creux d’une profonde entaille creusée par la Virgin River. Nous longeons donc cette rivière et de monumentale falaises dressées de chaque coté de la route. Le chauffeur de la navette commente régulièrement les lieux que nous traversons et annonce les différents arrêts possibles… tout cela d’un ton engourdi, pas très convaincant, le discours étant sans doute devenu trop routinier pour lui ! Le bougre, il va finir par nous emmener dans sa torpeur !! Allez hop, arrêt 4 : nous descendons pour aller diner au Lodge équipé d’un snack bar. Il est installé au milieu d’une vaste prairie baignée de soleil, invitant au farniente et profite d’un cadre magnifique. Oui, mais nous ne sommes pas là pour dormir…
Il est déjà 13H30… Les hamburgers avalés (étonnamment bons et pas trop chers), nous reprenons une navette pour cette fois aller jusqu’au terminus de la Scenic Drive, Temple of Sinawava. De là, nous suivons à pied le Riverside Walk longeant la Virgin River et nous menant au Narrows, un étroit canyon formé d’immenses parois de grès, qui va en se rétrécissant. C’est ici que nous sommes amenés à marcher dans le lit de la rivière… Nous troquons donc nos souliers de marche contre des sandales d’eau en toile caoutchoutée. En chemin, j’ai remarqué que plusieurs personnes rentrant de la balade, étaient équipées de grosses bottines spéciales en néoprène, louées pour l’occasion… J’espère que l’eau n’est pas trop froide et que nos simples sandales vont suffire ! Nous retroussons nos pantalons… et nous voilà partis… La rivière n’est absolument pas glacée. Nous sommes munis de hauts bâtons de bois ramassés quelques jours plus tôt. Ils nous servent à sonder le terrain et ainsi éviter de tomber dans un trou… En effet l’eau trouble, légèrement boueuse, empêche toute visibilité suffisante. Alors au début, nous progressons lentement, de peur de nous mouiller… Puis finalement, nous comprenons que si nous voulons dépasser la foule massée au départ, il va falloir aller plus loin, là où le niveau de l’eau est plus conséquent ! Très vite les filles finissent par avoir de l’eau jusqu’ à la taille… Les garçons étant plus grands, s’en sortent mieux. Avant qu’une catastrophe n’arrive, nous nous dépêchons de transférer toutes les affaires de nos sacs à dos dans un sac poubelle que j’avais pris soin d’emporter. Mine de rien, le courant nous déstabilise facilement. Nous n’avançons pas très vite, surtout que le lit de la rivière est constitué de gros cailloux sur lesquels viennent butter nos orteils ! Cette rando qui ne devait durer au départ qu’une demi-heure, va se prolonger bien plus que prévu ! En effet, nous trouvons cela très plaisant et très rafraîchissant ! De plus, le paysage est grandiose : les falaises nous surplombent et le canyon devient de plus en plus étroit au fur et à mesure de notre progression. Et il n’y a plus grand monde.
A 16H30, nous rebroussons chemin à regret. Nous aurions bien continué mais encore une fois, le temps nous manque : ce soir, nous dormons à Las Vegas ! Et rien qu’à cette idée, les enfants se sentent soudain pousser des ailes… Le retour se fait à la vitesse éclair, surtout que maintenant nous connaissons le terrain. Cette balade très ludique et divertissante (que de fous rires !) fut un vrai coup de cœur pour tous les quatre et restera un de nos meilleurs souvenirs. Revenus sur le Riverside Walk, nous ne trainons pas mais nous nous arrêtons quand même auprès d’un couple de cerf et biche – mulet (aux grandes oreilles). Nos pantalons sont déjà secs. La fatigue et la voix toujours aussi soporifique du conducteur de la navette nous ramenant au parking, nous emportent quelques instants dans les bras de Morphée !
Il est déjà passé 18H30 quand la navette nous dépose auprès de notre voiture. Là, je me dis que, bien que nous allons gagner 1H en rentrant sur le territoire du Nevada, nous allons louper le coucher de soleil à Valley of Fire S.P. Nous reprenons donc la route sans tarder, dans l’espoir de pouvoir quand même bénéficier des derniers rayons de lumière dans ce petit parc situé à une cinquantaine de miles avant Las Vegas. Enfin, pour dire toute la vérité, je suis bien la seule à avoir envie de découvrir cet endroit… Les enfants commencent à en avoir assez des roches rouges… Et, malgré ma description émoustillante du lieu, ils préfèrent de loin filer d’une traite vers Las Vegas… D’ailleurs, pour être en forme ce soir, mon fils qui d'habitude prend le volant décide de dormir durant les 2H30 que dure le trajet, et passe le volant à son frère qui ne demande pas mieux !! Ainsi tout le monde est content… même moi qui ne perds pas espoir de pouvoir encore les convaincre…
La route 9 dominée par les roches déchiquetées est toujours très belle. Elle traverse une succession de petits bourgs mormons. Le Trading Post de Virgin est aménagé en Fort, comme au temps des tuniques bleues de la cavalerie attaquant les tribus indiennes Apaches, Sioux ou autres… On se croirait revenu à l’époque de la ruée vers l’or… même les chariots bâchés des pionniers américains à la conquête du Far West sont encore là ! C’est très cliché mais ça vaut bien une petite photo-souvenir !
Nous ne tardons pas à monter sur l’autoroute, direction Las Vegas. Nous suivons toujours la Virgin River et sommes entourés de splendides montagnes rouges puis blanches ou grises. Le cadre est superbe… Nous arrivons à l’embranchement menant au parc de Valley of Fire… Mais là, il faut bien que je me rende à l’évidence : le soleil se couche derrière les sommets. Il est vraiment trop tard pour faire ce détour par ce parc dont les concrétions de grès rouge prennent paraît-il d’extraordinaires couleurs au coucher de soleil… Bon, ça sera pour une prochaine fois !! De toute façon, je le savais qu’il serait difficile de combiner, sur une même journée, la visite de ce parc avec celle de Zion.
Nous sommes maintenant dans l’Etat du Nevada et le décor change soudain : nous traversons des étendues désertiques pendant des kilomètres jusqu’à ce que… mon fils se réveille et décide de reprendre le volant. Il veut être aux premières loges à l’arrivée sur La s Vegas. Et soudain, un océan de lumières surgit dans la nuit noire… Las Vegas brille de mille feux. C’est impressionnant. On distingue déjà très bien la Stratosphère (haute tour de 350m) et pourtant il nous reste encore 20 miles de route à faire avant de rejoindre le cœur de cette ville qui ne dort jamais ! Les enfants sont tout excités mais l’enchantement va vite disparaître… A l’entrée de la ville, de formidables bouchons nous attendent. L’autoroute parallèle au Strip, fait que nous longeons les derrières de tous les immenses hôtels-casinos. Pour couronner le tout, nous nous trompons de sortie (seule erreur sur plus de 7000 Km, sans GPS) et finalement nous mettons 1H pour rejoindre notre hôtel, le Signature at MGM. Là, nickel… le valet prend en charge la voiture et les bagages.
Mais une deuxième déconvenue ne tarde pas à arriver. La chambre qu’on nous a attribuée n’est pas à la hauteur de nos espérances. D’abord elle n’est qu’au 8ème étage mais surtout les garçons, qui croyaient goûter à un certain faste ici, se rendent compte qu’ils vont devoir dormir sur un canapé-lit bien trop court pour leurs grandes guiboles. C’est un comble… car jusqu’ici nous avons toujours eu des chambres à deux queen-beds. Ni une ni deux, nous redescendons à la réception exposer nos doléances, mais on nous explique que même en prenant une suite à deux pièces, le 2ème lit sera aussi un canapé-lit ! En réservant avant de partir, je n’avais pas compris ce « détail » … Trop tard, la chambre a déjà été facturée depuis longtemps… il est impossible de changer d’hôtel. J’envisage alors de prendre une chambre supplémentaire mais vu le prix demandé et le peu de temps qu’on y reste, les garçons refusent cette solution. En compensation, la réceptionniste nous alloue une chambre au dernier étage (le 38ème)… Au moins, on aura une vue ! A part ça, la chambre est très grande et très luxueuse, avec un coin kitchenette ultramoderne et une salle de bain grandiose avec douche et jacuzzi 2 places séparés… De ce côté-là, rien à redire ! C’est la classe…
Finalement, il est déjà passé 22H00 quand nous rejoignons le Strip à pied. Il fait encore chaud… et tous les buffets ont déjà fermé leurs portes. On se contente d’un truc rapide, « dégeu » et pourtant cher, au Paris… Bon, ben Las Vegas jusqu’à présent… ce n’est pas trop ce qu’on avait imaginé ! Pour ne pas aller dormir là-dessus (et puis aussi parce que ma fille s’est parée de ses plus beaux atours… les étiquettes de ses nouveaux vêtements ont volé dans toute la chambre…), nous décidons d’arpenter un peu ce Strip et d’admirer tous ses hôtels-casinos aux néons clignotant et à l’architecture démente. C’est vrai… tous ces immenses complexes sont féériques et donnent un bel aperçu de la mégalomanie américaine. Le Paris, vu de l’extérieur, est plutôt réussi avec son ensemble de monuments représentant la capitale française et à l’intérieur, son casino a des allures de rues parisiennes, sous un ciel bleu en permanence qui nous fait oublier qu’il fait déjà nuit dehors. J’y vois même le Palais des Glaces de Versailles ! Pas mal… Nous poussons jusqu’au Bellagio et regardons le spectacle magistral des jets d’eaux dansant sur fond musical. L’intérieur de cet hôtel tout en marbre luisant est aussi très luxueux. Nous continuons jusqu’au Caesars Palace à l’allure de Rome antique avec ses statues et fontaines colossales, ainsi que sa galerie commerciale monumentale fermée pour l’heure. Les garçons perdent leurs premiers $ dans les « bandits manchots »du Planet Hollywood. Les salles de jeux avec leurs centaines de machines à sous, tables de poker, black jack etc.… sont immenses… à s’y perdre ! Mais que de mètres parcourus… Mes jambes n’en peuvent plus ! Je finis par marcher pieds nus… En rentrant, nous passons par le New York-New York à la façade constituée de buildings avec en plus le pont de Brooklyn, la Statue de la Liberté, le tout traversé par un immense grand-huit. Encore quelques $ de perdus… et direction le lit. Mais pour y arriver, il nous faut traverser les longs couloirs démesurés du MGM… Heureusement, quelques tapis roulants nous facilitent la tâche. Passée la porte de notre chambre, je m’écroule de fatigue sur le lit hyper moelleux… Les autres n’en mènent pas large non plus ! Normal… il est 2H00 du matin… Il me faudra beaucoup de courage pour m’en extirper et aller m’allonger dans le jacuzzi !
Mercredi 15/7 : Las Vegas ; Nuit à Las Vegas
Voici ce qui était prévu au planning Visite de Las Vegas
Voici ce que nous avons fait 10H45 : Nous décollons seulement de la chambre… Bizarre… pour une fois, les enfants sont prêts avant moi. Je ne les ai jamais vus aussi motivés le matin… Nous avons compris la leçon : ce Strip tout en longueur n’en finit pas… Cette fois, nous allons épargner nos pieds. Nous récupérons notre voiture et allons « butiner » les casinos en nous garant dans leurs « self parks » gratuits. Nous en voyons les principaux, chacun rivalisant d’originalité avec son voisin. L’un d’eux retient particulièrement notre attention, le Venetian. On s’y croirait à Venise ! Tout est là : les canaux, les gondoles, le Pont des Soupirs, le Campanile, le Palais des Doges, … Et à l’intérieur, tout est aussi beau avec la Place St Marc, le plafond peint couleur ciel et les canaux longeant des dizaines de boutiques… C’est d’un réalisme saisissant ! Dehors, il fait très chaud, 35 à 40°… (D’ailleurs nous n’avons jamais vu, en rue, autant de mini-jupes et de décolletés au m² !). Par contre à l’intérieur des hôtels, la clim fonctionne à fond… Les contrastes sont donc surprenants, nous passons régulièrement du four au frigo et du frigo au four ! Bonjour les sinusites ! Parfois, les garçons introduisent quelques pièces de 1 dollar dans les machines à sous… sans jamais gagner le pactole évidemment ! Ma fille, elle, vu son âge (17) ne fait que regarder de loin… Mais ces casinos sont étrangement silencieux. Je m’attendais à entendre des sonneries retentissantes annonçant les jackpots ou le cliquetis des jetons tombant après chaque gain. Mais non, il n’y a plus de pièces !! Je suis un peu déçue… Où est cette ambiance vue dans les films ?
A 13H45, nous allons diner au Spice Market Buffet du Planet Hollywood. Pour 20 dollars seulement par personne, nous pouvons goûter à volonté, aux plats de toutes sortes, aux cuisines de tous pays : viande, poissons, pâtes, plats épicés, … et les desserts offrent une immense variété de choix… Ma fille reviendra même avec une barbe à papa !
L’appareil photo ayant rendu l’âme à Bryce Canyon, nous faisons les boutiques des galeries marchandes pour en racheter un autre. Mais les prix sont plus que surfaits ! Nous allons alors à la sortie de la ville dans un immense Wal-Mart où nous trouvons un petit numérique pas cher, un Panasonic Lumix, mais pas le TZ5 que je désirais. A la tombée du jour, les lumières se mettent à nouveau à scintiller de partout. On est content de notre achat : il est possible de prendre à main levée, de splendides photos de nuit, sans jamais devoir poser l’appareil comme nous devions le faire avec le précédent. Nous assistons aux divers spectacles que les casinos proposent gratuitement, depuis les trottoirs du Strip. Tout d’abord celui du Mirage où, au milieu d’une île tropicale, un grand volcan s’éveille et se met à cracher du feu et de la fumée. Ensuite celui du Treasure Island devant lequel sont amarrés deux bateaux, grandeur nature, qui vont combattre à coups de canon… Le spectacle sexy est bien rodé, digne d’un show à l’américaine, mais il faut aimer… Moi, je trouve ça plutôt vulgaire et en plus nous sommes serrés comme des sardines, tellement il y a du monde ! Les garçons, eux, apprécient… En voiture nous traversons le Strip, direction nord, c'est-à-dire vers Downtown où l’on trouve les plus vieux casinos de Las Vegas. Ici aussi, les néons multicolores brillent, encore bien plus qu’au Time Square de New York. Ici aussi, il y a foule pour assister au spectacle son et lumière de la Fremont Street où la voûte recouvrant la rue s’illumine grâce aux 2 millions d’ampoules installées, en formant des dessins étonnants. En revenant, encore un dernier coup d’œil au spectacle des jets d’eau du Bellagio déjà vu la veille.
Minuit : Nous allons manger un burger près du MGM avant que ma fille et moi retournions sagement dormir à notre hôtel. Les garçons, eux, veulent encore s’essayer aux tables du casino du MGM. En moins de 2H00, ils perdront près de 100€… Heureusement qu’ils en resteront là !
Jeudi 16/7 : Las Vegas - Death Valley N.P .; Nuit à Furnace Creek Ranch (dans Death Valley)
Voici ce qui était prévu au planning (180 Mi-290 Km) - Arret à Red Rock Canyon S.P. ?? - Visite de Death Valley (sunset à 20H10)
Voici ce que nous avons fait Rien de ce qui était prévu !
9H45 : Ma fille et moi sommes debout pour aller voir le complexe de piscines du MGM auquel nous avons accès, du fait de loger au Signature at MGM. Il fait déjà bien chaud mais à cette heure matinale, il n’y a pas encore grand monde. Nous sautons immédiatement dans la rivière artificielle… Que c’est agréable de se laisser emporter par le courant !… Malgré leur rentrée tardive de cette nuit, les garçons nous rejoignent assez vite.
11H15 : douche, valises et check-out vers midi. Nous allons faire un tour au Showcase Mall. Ma fille, comme une enfant, reste ébahie à la boutique M&M’s. Puis nous faisons quelques achats à la nouvelle boutique du Hard Rock Café, située juste à côté. Au passage, nous admirons l’extérieur de l’Excalibur ressemblant à un château féodal, ainsi que l’immense pyramide du Luxor d’inspiration égyptienne. Las Vegas n’a de cesse de se développer… Les nombreux chantiers en construction en sont la preuve… D’autres hôtels-casinos titanesques vont bientôt voir le jour, toujours plus hauts, toujours plus grands…
Nous garons la voiture au self park du Paris pour aller dîner au buffet « Le Village » où pour 19$ par personne, nous pouvons choisir entre des dizaines de plats de chaque région de France, de l’Alsace à la Provence. Le buffet de la veille proposait un choix encore plus vaste et meilleur, mais le cadre ici, est plus original, un peu sorti tout droit du monde de Disneyland.
14H30 : D’après le planning, c’est l’heure de quitter Las Vegas au plus tard, pour rouler jusqu’à la Death Valley et avoir ainsi trois bonnes heures pour visiter, avant le coucher de soleil, cette contrée hostile où la chaleur est étouffante. Oui, mais…les enfants n’ont pas encore eu leur dose de Las Vegas et en réclament davantage… Ma fille voudrait aller aux outlets situés au nord de la ville et les garçons, aller faire un tour au casino du Wynn… C’est donc reparti pour deux bonnes heures supplémentaires… En définitive, les outlets s’avéreront décevants (articles plutôt démodés ou prix relativement chers) et les garçons seront raisonnables en ne misant que la somme reçue en échange de leur inscription comme membre.
17H30 : Nous quittons enfin Las Vegas (les enfants, eux, diraient déjà), non sans être, au préalable, passés au Wal-Mart pour faire à nouveau le plein d’essence et le plein de boissons. Ceci est vraiment indispensable avant de partir maintenant affronter un immense parc situé en plein désert, la Death Valley ou Vallée de la Mort, où la température en été, atteint en moyenne 47°C ! Cette région sèche, brûlante et inhospitalière fut baptisée ainsi au 19ème siècle, par les émigrants venus de l’Est qui la traversaient pour se rendre en Californie, au moment de la ruée vers l’or, et où plusieurs d’entre eux y périrent de soif. De Las Vegas, il faut minimum 2H pour y parvenir ; ce faisant, nous repassons maintenant en Californie. Ça sent la fin du voyage !...Hélas… le compte à rebours pour le retour est déjà enclenché… Le temps donc de faire la route jusque là, il est trop tard pour y assister à un coucher de soleil ou même y distinguer quoique ce soit. Je suis un peu déçue mais je me dis qu’on se rattrapera le lendemain, en se levant suffisamment tôt pour visiter ce parc désertique, avant les heures les plus chaudes de la journée.
C’est donc dans la nuit noire que nous nous dépêchons de faire le check in, à un des deux seuls hôtels ouverts du parc, le Furnace Creek Ranch, une oasis au milieu du désert, et d’aller se restaurer au Forty Niner Café. Mais celui-ci affiche complet. On nous affuble alors d’un badge censé clignoter dès qu’une table se libère. On a beau être au milieu du désert, on utilise ici, des moyens modernes ! Et c’est bien pratique : cela nous permet de nous éloigner un peu et d’aller jusqu’au Trading Post, situé juste à côté, (ceci expliquant peut-être cela !!) pour y faire nos derniers achats-cadeaux. Vingt cinq minutes plus tard, nous sommes attablés mais le repas s’avère être d’un piètre rapport qualité/prix (Normal puisqu’il n’y a pas de concurrence avec d’autres !)
Après être passés par la chambre pour enfiler nos maillots, nous courons jusqu’à l’immense piscine ouverte jusque 23H00 et alimentée par une eau de source à 37° ! On se croirait dans son bain ! Un vrai caldarium, comme aux temps des Romains ! Mais où est donc le frigidarium ?!! Une grosse heure plus tard, en retournant à notre chambre, nous nous extasions devant les milliers d’étoiles constellant le ciel. Dans cet endroit reculé, loin de toutes villes éclairées et de toute pollution, le ciel est suffisamment noir que pour admirer notre galaxie, de la meilleure des façons qu’il soit possible.
Vendredi 17/7 : Death Valley N.P. - Lee Vining ; Nuit à Lee Vining
Voici ce qui était prévu au planning (250 Mi-400 Km) - Visite Death Valley (sunrise à 5H45) - Arrêt à Mammouth Lakes?? - Visite Bodie (ville-fantôme) - Coucher de soleil à Mono Lake (à 20H15)
Voici ce que nous avons fait
Jour de notre plus grande frayeur !
5H30 : Comme prévu, tous (certains en bougonnant!), nous nous levons à l’aurore, pour aller admirer les premiers rayons de soleil à Zabriskie Point, situé à 7Km/10 minutes du Furnace Creek Ranch. Une fois de plus, nous n’y sommes pas nombreux ! Il donne un point de vue sur des canyons, sortes de dunes rocheuses et des formations géologiques multicolores. Il fait déjà 28°C ! Nous poussons la route qui devient très escarpée dans les derniers Km, jusqu’à Dante View, un point de vue panoramique situé sur une montagne, à plus de 1600m. D’ici, nous dominons la Vallée de la Mort. Tout en bas, nous distinguons le bassin de Badwater qui est le point le plus bas des USA (-86m). Mais le ciel est nuageux et la visibilité réduite… De plus, les deux à l’arrière de la voiture se sont rendormis !... Bon, j’ai compris… Je n’insiste pas… Retour à la chambre pour 2 -3 heures de sommeil supplémentaires !
10H30 : Nous partons visiter le Musée Borax consacré à l’exploitation minière (dont le borax) de la vallée, au 19ème siècle. Il est situé dans l’enceinte de l’hôtel. Malheureusement, il est fermé. Tant pis ! De toute façon, nous n’avons plus vraiment le temps… Après le check out, nous empruntons la route 178 vers le sud, jusqu’à Badwater qui est situé à 86 mètres en-dessous du niveau de la mer. Nous marchons quelques instants sur l’immense lit de sel laissé par l’ancien lac qui était ici, il y a 10 000 ans. Maintenant le soleil tape… Il fait 46°C ! Nous courons très vite nous réfugier dans la voiture climatisée ! Sur le retour, nous prenons la courte piste menant à Devil’s Golf Course, vaste étendue de boue séchée dans laquelle s’est cristallisé du sel, en gros blocs déchiquetés. Nous parcourons ensuite Artists Drive, une route étroite à sens unique, sinueuse et offrant de très beaux paysages, notamment au lieu dit « Artist Palette »où la roche prend de remarquables couleurs très variées (rouge, jaune, verte…) selon les différents métaux qu’elle contient. Il fait encore plus chaud : 49°C ! Après être repassés devant le Furnace Creek Ranch, nous remontons vers le nord, vers Stovepipe Wells Village où nous longeons de surprenantes dunes de sable, comme au Sahara… Il fait bien trop chaud que pour envisager de grimper au sommet de l’une d’entre elles ! Pour cela, il aurait fallu arriver dès le lever de soleil… De même que pour randonner dans Mosaic Canyon dont les parois sont, parait-il, recouvertes de marbre blanc.
13H15 : Maintenant, pour sortir du parc, nous mettons le cap sur Lone Pine. Et là, arrive ce qui sera la plus grande frayeur de tout le voyage ! En grimpant au sommet d’une colline, la voiture commence à subir une perte de puissance : on a beau pousser sur l’accélérateur, la voiture n’avance plus très vite… On s’interroge… On se dit que, vu la fournaise dehors, la voiture souffre…mais on ne s’inquiète pas encore ! Un kilomètre plus loin, on s’aperçoit que la jauge d’essence qui indiquait encore ½ plein, commence à descendre brutalement… En quelques secondes, nous sommes au bord de la réserve ! On regarde l’ordinateur de bord indiquant l’autonomie du véhicule… Au départ, nous avions 300 Km d’autonomie et là, on voit les chiffres dégringoler à une allure folle : 1Km à chaque seconde qui passe, alors que nous roulons au ralenti… Le calcul est vite fait : en raison d’une perte d’autonomie de 1Km par seconde écoulée et ayant au départ une autonomie de 300Km, il nous reste 300 secondes c.-à-d. 5 minutes pour trouver une solution ou se retrouver avec un réservoir vide! Paniqué, on s’arrête sur le côté de la route… On se penche en-dessous de la voiture pour constater une éventuelle fuite dans le réservoir… Rien ! Mais l’ordinateur de bord indique toujours une consommation effrénée de carburant… mais on ne roule même plus ! C’est à n’y rien comprendre… Oh secours !! A ce rythme-là, encore quelques secondes et nous serons à sec !! Je me remémore les différents comptes rendus lus sur VF, qui racontent les difficultés rencontrées face aux problèmes de voiture dans la Death Valley, à cause de la chaleur… S’il y a bien un endroit où il ne faut pas tomber en panne, c’est bien ici au milieu de nulle part et par 50°C à l’ombre! Et, il n’y a pas d’ombre ! On essaye de téléphoner à Alamo… Rien… pas de réseau GSM! La prochaine station essence est à plus de 30 Km ! Et pas d’autres voitures à l’horizon ! C’est un peu la panique à bord… On redémarre en se disant que tant qu’à tomber en panne de carburant, autant continuer à avancer au maximum, puisque même à l’arrêt, la voiture consomme quand même… Et ça continue… Pied à fond sur l’accélérateur, on avance à peine à du 40Km/H… Quant à l’autonomie, elle continue à baisser anormalement, toujours à raison de 1Km à chaque seconde qui passe… Tant bien que mal, nous arrivons en haut de la colline, et pour économiser l’essence restante (c.-à-d plus grand chose !), on se laisse descendre dans la vallée sans jamais accélérer. En redescendant, … et par magie, la jauge d’essence remonte, et l’ordinateur de bord fait aussi marche arrière : l’autonomie remonte alors qu’on continue à rouler ! Ouf ! Nous récupérons petit à petit ¼ de plein… On n’y comprend rien ! Mais qu’est ce qu’on est soulagé !
Explication plausible après réflexion: Vu la température extérieure élevée (50°C) au sommet de la colline, l’essence s’est vaporisée dans le réservoir qui n’était pas plein au maximum au départ, ce qui explique la perte de puissance, le manque de carburant et la chute de l’autonomie. Par contre, la température extérieure a chuté sensiblement en redescendant dans la vallée, l’essence s’est alors recondensée. Au final, nous avons quand même perdu ¼ de plein d’essence qui s’est évaporée en pleine nature !
15H00 : Nous nous arrêtons à Lone Pine pour faire le plein d’essence et manger un bout. Puis nous roulons vers Lee Vining tout en longeant la Sierra Nevada dont le point culminant est le Mont Whitney à 4400m. Je finis par m’endormir et quand je me réveille, entre Big Pine et Mammouth Lakes, le paysage est bien différent de celui du matin : nous suivons maintenant une route de montagne entre lacs et forêts de conifères. Tout compte fait, nous avons bien avancé, plus vite que prévu. Nous avons même peut-être encore le temps aujourd’hui, comme c’était prévu, de visiter Bodie, une ville-fantôme du 19ème siècle. Nous traversons donc Mammouth Lakes puis Lee Vining, sans nous y arrêter et nous filons à toute allure, vers Bodie. Mais le temps de faire la piste qui y mène, il est 18H05 quand on se présente à l’entrée de ce petit parc… Pas de chance : l’entrée ferme à 18H00 ! Et un poteau nous en barre l’accès. La voiture qui nous précède, décide de passer…par la sortie… Et après un moment d’hésitation, nous lui emboîtons le pas ! Quelle grave erreur ! Nous sommes vite rattrapés et vertement réprimandés par des Rangers patrouillant là… C’est la première fois que nous avons affaire à eux et franchement, ils ne rigolent pas ! Demi-tour forcé donc et retour à Lee Vining où nous prenons possession de notre chambre au Murphey’s Motel.
19H00 : Nous nous retrouvons dans notre chambre plus tôt que d’habitude. Le temps est couvert, il pleut même quelques gouttes… Cela compromet totalement le coucher de soleil prévu sur le lac Mono Lake et ses concrétions calcaires en forme de cheminées très photogéniques ! Que faire ? Un petit tour sur l’ordi nous apprend que les outlets de Mammouth Lakes restent ouverts aujourd’hui (vendredi) jusque 21H00. Et les garçons sont intéressés par la boutique Ralph Lauren… Nous ne sommes plus à quelques kilomètres près… Nous remontons en voiture et parcourons les 30 miles nous séparant de Mammouth Lakes où nous étions déjà passés 2H00 plus tôt, sans nous y arrêter! Il s’agit d’une grande station de ski (altitude 2300m) située dans la Sierra Nevada et très vivante, été comme hiver. Les garçons y feront de bons achats avantageux et puis nous y souperons aussi. Finalement, il sera presque 23h00 lorsque nous regagnerons notre chambre à Lee Vining !
Samedi 18/7 : Lee Vining - Yosémite N.P. ; Nuit à Oakhurst (au Sud du Yosemite N.P.)
Voici ce qui était prévu au planning (170 Mi-270 km) - Arrêt à Saddlebag Lake - Tioga Pass : rando Tuolumne Meadows (1H30) arrêt à Tenaya Lake Olmsted Point - Visite Vallée Yosémite - Coucher de soleil à Glacier¨Point (à 20H15)
Voici ce que nous avons fait
8H30 : check out et départ de Lee Vining pour Bodie que nous atteignons 40 minutes plus tard. Bodie est une ancienne ville minière très prospère du temps de la ruée vers l’or, au 19ème siècle et qui, comme beaucoup d’autres, fut abandonnée progressivement, au 20ème siècle, quand les filons d’or se sont taris. Plus tard, cette ville-fantôme déjà désertée par beaucoup de ses habitants, fut détruite à 95%, par à un gigantesque incendie. Actuellement, cette ville a été transformée en State Historic Park. L’endroit est bien aménagé, sans être trop restauré, et nous pouvons y voir encore de nombreux bâtiments d’époque tout en bois, toujours debout malgré l’incendie et le temps qui passe, bien que certains soient tout de guingois. L’église semble toujours attendre le révérend et ses fidèles ; les bancs de l’école, les enfants Ingalls et leurs copains ; le saloon, ses filles, les cowboys et les hors-la-loi ; l’hôtel, l’arrivée des diligences et de leurs passagers… Quant à la banque pourtant construite en briques, son coffre-fort ne sera plus dynamité… Tous sont restés dans l’état où ils étaient au moment de la fuite de leurs résidents … C‘est comme si le temps était suspendu… comme si les habitants étaient partis la veille… Et cependant, en visitant cette ville, siège autrefois de bandits et de multiples règlements de comptes, nous faisons un bond en arrière de 100 ans ! C’est un véritable décor de westerns bien émouvant! En outre, l’endroit, bien que loin de tout, n’est judicieusement pas dénaturé par de quelconques restos, cafés ou boutiques-souvenirs… (Ce que beaucoup d’adultes sans doute reprochent à sa consœur, la tant décriée ville-fantôme de Calico trop bien rénovée !... mais que mes enfants regrettent n’avoir pas vue !) Bref, Bodie est un endroit authentique que moi, j’ai beaucoup apprécié, de plus sous un ciel autrement bleu que la veille!
Il est 11H30 quand nous revenons sur Lee Vining où nous faisons le plein d’essence, avant d’entamer la traversée, d’Est en Ouest, du Yosemite N.P, par la Tioga Road, une longue route de 70Mi/110Km fermée de novembre à mai (pour cause de neige). Le Yosemite N.P. est un immense parc, aux paysages alpins (altitude max. 3400 m), logé au cœur de la Sierra Nevada. Avec ses dômes et falaises de granit gris et dur, ses lacs, rivières et cascades majestueuses et ses forêts de séquoias géants, il est bien différent de tous les autres parcs vus précédemment en Utah et en Arizona où la terre et les roches sont rouges, les falaises de sandstone faites de sable fossilisé, beaucoup plus friables et les forêts souvent moins verdoyantes. Quelques miles avant l’entrée Est du parc Yosemite, nous faisons un petit détour par une route grimpant à flanc de montagne, longeant une rivière et aboutissant à un superbe lac , le Saddlebag Lake, situé à 2500m. Au vu des nombreux arbres rongés et jonchant le sol, nous supposons la présence de castors dans le coin !
Nous reprenons la Tioga Road ; les vues sur les cimes encore enneigées de la Sierra Nevada sont saisissantes à cette époque. Nous stoppons à Tuolumne Meadows qui est une vaste prairie subalpine, entourée de dômes majestueux. Nous cachons nos restes de nourriture dans une des grosses boîtes en fer disposées là, à l’abri des ours présents dans ce parc et qui sinon, alléchés par l’odeur, pourraient bien défoncer la voiture pour se servir ! Et nous partons randonner une bonne heure, le long de la rivière Tuolumne. Le sentier est facile et le cadre enchanteur est très reposant !
De retour sur la Tioga Road, nous admirons toujours le paysage montagneux. Les deux arrêts suivants sont obligatoires… le 1er, pour observer le lac Tenaya Lake et ses eaux limpides convoitées par de nombreux baigneurs peu frileux, et le 2ème, pour contempler depuis Olmsted Point, la vue grandiose sur une vallée encaissée et sur le Half Dome, un dôme de granit culminant à 2700m, à la forme de demi-sphère caractéristique, devenu emblème du parc.
15h30 : Nous arrivons aux portes de la Vallée du Yosemite c.-à-d la partie la moins sauvage, la plus aménagée du parc. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle attire énormément de monde ! Il s’agit d’une ancienne vallée glaciaire : il y a des millions d'années, un glacier colossal a trouvé son chemin et raviné cette étroite vallée, en lissant les parois des montagnes de granit. La première petite balade a pour but de découvrir une chute d’eau de 190 m, la Bridalveil Fall. Certes, elle est plus belle au printemps, quand elle est nourrie par la fonte des neiges, mais à mi-juillet, elle n’est pas encore à sec ! Il parait que l’endroit où se jette la cascade est magnifique, car auréolé de halos de brumes et d’arcs en ciel. Mais pour cela, il faut gravir de nombreux et gros rochers humides et donc hyper glissants… Ma fille et moi, voyant de nombreuses personnes s’étaler et se faire bien mal (quoique dans ce cas-là, quand tu tombes devant un rideau de touristes, tu te relèves gêné, faisant semblant de rien, mais grimaçant de douleur, une fois le dos tourné… Tout un spectacle aussi !), nous restons prudemment en bas, pendant que les garçons plus agiles et donc plus audacieux, grimpent en un rien de temps jusqu’au pied de la cascade… Leurs photos ont, de fait, un cachet que les miennes n’ont pas!
L’arrêt suivant se fait à Valley View qui donne un bel aperçu de l’ensemble de la Vallée du Yosemite. Puis, nous poursuivons la route jusqu’au bout de la Vallée en suivant la Merced River qui coule en son creux. Au Village, il y a beaucoup de trafic et de voitures qui s’entrecroisent dans les différentes directions. Nous nous arrêtons un court instant, le temps d’acheter un sandwich au general store, puis nous entamons la boucle dans l’autre sens. Très vite, nous garons la voiture, pour randonner jusqu’au bas de la chute Lower Yosemite Fall … Bof, elle est un peu asséchée, et surtout elle est dans l’ombre ! En prenant un autre chemin nous permettant un recul suffisant, et en nous retournant, nous pouvons apercevoir l’entièreté de la chute d’eau, les parties Lower(basse) et Upper(haute) ensemble, haute de 740 mètres tout de même, soit 10 fois celles du Niagara!
18h30 : A nouveau en voiture, nous quittons la Vallée et nous dirigeons maintenant vers le Sud, en empruntant la route 41. Juste avant un tunnel, nous nous arrêtons une fois de plus à un point de vue, celui de Tunnel View. D’ici, le panorama sur la Vallée entourée de falaises est impressionnant : nous distinguons très bien au fond, le Half Dome, emblème du parc, dont le glacier a raviné la moitié, et à gauche, l’El Capitan, gigantesque monolithe de granit de 1000 m de haut, mondialement connu des alpinistes chevronnés. Puis nous prenons une route de montagne trèèèès sinueuse, en cul-de-sac menant à Glacier Point. Le trajet semble trèèèès long depuis la Vallée (1H00), et assez monotone (car on longe d’immenses sapins touffus empêchant toute belle vue). Mais une fois arrivés là-haut, à 2200 m d’altitude, le panorama est époustouflant… D’ici, nous pouvons observer la Vallée et ses impressionnantes chutes d’eau qui semblent pourtant toutes petites, plus de 1000 mètres plus bas ! Et, tout autour, tous les majestueux sommets de la Sierra Nevada dont le Half Dome bien visible, rougeoient à cette heure où le soleil se couche. Pour bien faire, nous aurions dû arriver encore plus tôt. Nous profitons jusqu’au bout des derniers rayons de lumière et nous ne nous pressons pas pour nous remettre en route, ce qui va quand même se révéler être un peu fâcheux pour la suite…
20H45 : Il nous faut maintenant rejoindre Oakhurst situé à une vingtaine de Km de l’entrée Sud du parc de Yosemite… D’ici, ça nous fait alors plus de 60 Km, ce qui nous semble être dérisoire… Mais en montagne, les notions distance/temps sont trompeuses… En réalité, ces 60-70 Km vont nous paraitre interminables. En effet, la nuit tombe très vite et la route est très sinueuse, voire dangereuse si on roule trop vite. Nous aurions dû quitter Glacier Point plus vite. Nous mettons 1H15 pour enfin parvenir à destination. Il était temps car à l’arrière de la voiture, ma fille et mon fils , ballottés à chaque virage de droite à gauche et de gauche à droite, ne se sentent pas très bien…
Il est donc passé 22H00 quand nous entrons dans l’hôtel Shilo Inn de Oakhurst. A notre grand étonnement, nous ne sommes pas les seuls à arriver si tard… La réception est débordée ! Plusieurs familles n’ayant pas réservé de chambre au préalable, cherchent encore, à cette heure tardive, un hébergement pour la nuit. Malheureusement pour elles, l’hôtel affiche complet… (ce qui d’ailleurs est souvent le cas depuis le début de notre voyage). Ne nous étant pas encore présentés, l’une d’elles, manifestement, attend depuis un moment, en espérant un désistement de notre part… A notre arrivée, ces gens sont bien évidemment déçus et n’ont plus d’autre choix que de repartir voir autre part… J’espère qu’ils n’ont pas été contraints de dormir dans leur voiture… Quant à nous, il nous faut à présent, trouver un resto encore ouvert à 22H30. Celui que j’avais repéré ne sert évidemment plus… C’est ainsi que nous nous retrouvons à la Pizza Hut du coin… Nous commandons 2 pizzas de taille XL… Elles sont tellement grandes que même à nous quatre, nous n’arrivons pas au bout !
Dimanche 19/7 : Yosémite N.P. ; Nuit à El Portal (Ouest du Yosemite N.P.)
Voici ce qui était prévu au planning (100 Km) - rando Mariposa Grove (forêt de séquoias géants) (2.5 à 8 Kms/ 1 à 4H) - rando Sentinel Dome (3, 5 Kms/2H A-R) - rando Panorama Trail ( de Glacier Point à Curry Village : 14Kms/6 à 8H) ou Vernal Fall (jusqu’au sommet : 5Kms/3H A-R) ou +Nevada Fall (jusqu’au sommet : 11Kms/6H A-R)
Voici ce que nous avons fait
9h15 : Check out et départ d’Oakhurst pour Mariposa Grove, une forêt de séquoias géants située seulement à 20 Km, c.-a-d peu après l’entrée Sud du parc Yosemite. Vingt minutes plus tard, nous arrivons au péage de l’entrée qui bouchonne un peu… Nous espérons pouvoir prendre la Mariposa Grove Road pour accéder au parking situé juste à l’entrée de la forêt. Mais nous sommes arrivés trop tard : ce petit parking est déjà complet… J’avais bien dit qu’il fallait arriver plus tôt, mais les enfants ont de plus en plus de mal à se lever de bonne heure ! Du coup, on nous renvoie nous garer à Wawona situé 8 Km plus au Nord, où de là il faut prendre une navette gratuite nous ramenant à Mariposa Grove… Ce système de navette est très bien organisé, mais quelle perte de temps ! Et puis les enfants ne se réjouissent pas du tout de faire des allées et venues supplémentaires sur cette route hyper sinueuse qui les a rendus malades la veille ! Finalement, nous trouvons une place de parking juste devant la cahute du péage de l’entrée du parc, et montons dans la fameuse navette empruntant la Mariposa Grove Road nous emmenant 3Km plus loin à l’entrée de la forêt de séquoias.
10h00 : Nous voici enfin au début du sentier passant par les séquoias les plus impressionnants… de presque 100 mètres de haut et 30 mètres de circonférence… Certains de ces arbres gigantesques ont plus de 3000 ans ! Plantés chez nous, ils auraient connu les civilisations grecque et romaine !... En effet, ils peuvent vivre très longtemps du fait qu’ils sont extrêmement résistants aux maladies, aux feux et aux insectes, grâce à leur bois plein de tanins et leur écorce très épaisse (60 cm !). Nous marchons pendant plus de 3H00. Au début, il fait encore frais mais il y a un monde fou… Puis, plus on s’enfonce dans la forêt, et plus on se retrouve seul, avec des chemins de rando plus difficiles car plus pentus… mais l’heure avançant, il fait de plus en plus chaud aussi ! Nous découvrons un séquoia couché au sol depuis plus de 300 ans mais toujours entier. En fait, les racines de ces géants s’étalent plus que ce qu’elles ne s’enfoncent, ce qui fait qu’un vent puissant ou une charge trop important de neige peut les faire vaciller, les déraciner et les jeter au sol ! Mais, même à terre, grâce aux tanins qu’ils contiennent, ils pourrissent très lentement et peuvent mettre des centaines d’années pour disparaître ! Nous en voyons également beaucoup qui, malgré leur tronc brûlé, continuent dignement leur croissance. Il parait même que les Rangers boutent expressément des feux qu’ils contrôlent, pour favoriser leur reproduction. Car ces colosses ont un autre point faible : ils ont du mal à se reproduire. Les pommes de pins peuvent restées vertes, accrochées aux branches pendant 20 ans ! Mais l’air chaud des incendies provoqués, fait ouvrir les pommes de pins et libère ainsi les semences. Nous passons aussi à travers le tronc de l’un d’entre eux… A la fin du 19ème siècle, un tunnel a été creusé de manière à être traversé par les voitures de l’époque! Nous sommes à l’affût du moindre animal, et essayons de faire le moins de bruit possible pour ne pas les effrayer, mais nous n’en voyons aucun, à part les sempiternels écureuils… grosse déception tout de même! A un moment donné, nous entendons un gros boum, derrière nous… C’est juste une énorme pomme de pin qui vient sans doute de chuter de plusieurs dizaines de mètres… Au vu de sa taille démesurée, il valait mieux ne pas se trouver sur son passage ! Les narines encore toutes excitées par les fortes odeurs boisées de cette futaie étonnante, nous reprenons une navette, puis notre voiture pour rejoindre la Vallée du Parc.
14H00 : Il est normalement prévu maintenant de déposer les garçons à Glacier Point pour leur permettre de rejoindre la Vallée, à pied, en suivant Panorama Trail, un sentier magnifique passant par de nombreuses chutes d’eau. Et pendant ce temps-là, ma fille et moi , sommes censées retourner dans la Vallée en voiture, puis aller à pied, à la rencontre des garçons, en suivant la rando nous menant à la chute d’eau Vernall Fall. Oui, mais… l’après-midi est déjà bien entamée, les garçons sont fatigués et l'un d'eux ne compte plus les nombreuses ampoules qu’il a aux pieds ! Tous préfèrent aller se détendre dans la piscine de l’hôtel à El Portal. Aussitôt dit, aussitôt fait… Euh ! Il y a quand même toute cette route 41 à faire pour remonter vers le nord… Vous savez…cette route trèèèèèèèès sinueuse qui n’en finit pas et que mes enfants n’ont pas du tout appréciée la veille! Et bien, ils ne vont pas mieux l’estimer aujourd’hui…
15H00 : Le check-in fait à l’hôtel View Lodge, nous arrivons avec nos valises dans la chambre pour enfiler nos maillots. Là, une grosse déception nous attend : malgré son prix élevé, la pièce est obscure et d’une propreté douteuse…toiles d’araignées en-dessous des lits, sales cheveux plaqués dans chaque recoin de la salle de bain, … des fourmis courent même sur la kitchenette ! Mais, nous n’avons pas le courage de recharger le coffre de la voiture, de retourner nous plaindre à la réception pour ré-emménager dans une autre chambre… (un peu marre tout de même des valises qu’on fait, qu’on transporte, qu’on défait, qu’on refait, qu’on re-transporte, …après 23 jours de voyage !) De toute façon, il paraît que les hôtels du Yosemite ne sont pas terribles… Les lits sont propres, c’est l’essentiel ! Je fais donc contre mauvaise fortune, bon cœur… Mais les enfants sont étonnés de ma réaction… D’habitude, je serais allée rouspéter… Nous partons nous rafraîchir à la piscine… Comme j’aurais dû me douter, son état de propreté ne vaut pas mieux…détritus de feuilles et crème solaire nagent à la surface ! Là, c’en est trop pour moi ! Je reste sagement me reposer à l’ombre, pendant que les enfants, moins vite écœurés, se jettent à l’eau…
16H15 : Je propose aux enfants d’aller faire un tour près de la rivière Merced qui coule au pied de l’hôtel… Ben oui, j’ai quand même chaud, moi, assise près de la piscine, et j’ai bien envie d’aller y mettre les pieds !... Son eau claire m’inspire mieux que celle trouble de la piscine… Oui…mais voilà… le courant à cet endroit m’effraye un peu… Par contre, les enfants inconscients du danger, hésitent beaucoup moins et s’aventurent plus loin que moi. Ils finissent même par s’y baigner totalement, sous l’œil mi-amusé, mi-ahuri, voire désapprobateur des clients de l’hôtel, accoudés au balcon de leur chambre. Ma fille est la première à être emportée par le courant… Les deux autres suivent sous prétexte d’aider leur sœur à rejoindre la berge. Finalement, après s’être bien amusés, mais aussi s’être faits éraflés par les rochers, ils regagnent le bord et constatent leurs ecchymoses en rigolant… A posteriori, attirer les enfants ici, n’était pas du tout une bonne idée. C’était trop dangereux : ils auraient pu se cogner la tête contre un gros rocher et se noyer… J’en frémis rien qu’à l’idée ! Eux, bien évidemment disent que j’exagère et qu’à aucun moment, ils ne se sont sentis en danger, et qu’ils ont passé un très bon moment bien excitant…
17h45 : Nous reprenons la voiture, direction Curry Village situé tout au fond de la Vallée du Yosemite. Arrivés au niveau de Sentinel Beach, une plage située sur la Merced River, au cœur de la Vallée, on s’y arrête de manière à prendre quelques photos… et tout d’un coup, dans les fourrés, j’aperçois un…ours. Je crie OURS mais les enfants croient d’abord à une blague, avant de l’apercevoir. Il faut dire que notre moisson de photos concernant la faune locale est plutôt maigre : des lapins, des écureuils de tous types, des lézards, des biches et cerfs mulets, et… c’est tout ! Point de bisons près de Zion, ni de scorpions ou de serpents à sonnette à la Wave, ni de pumas dans Mariposa Grove, ni de mouflons dans Capitol Reef, ni de bip-bip à Death Valley, ni de ratons laveurs pourtant si fréquents le soir sur le parking de l’hôtel d’El Portal, pas de pélicans et peu d’éléphants de mer sur la côte pacifique, pas de coyotes, ni de chiens de prairies, ni de marmottes… A croire que nous n’avons pas randonner ! Enfin, bref… Je crie OURS… Certes, ce n’est pas une ééééénorme bête, il ressemble à un très gros ourson. Mais le temps de l’entrevoir, il s’écarte déjà et s’enfonce à l’abri des regards, dans les buissons. Il faut qu’on le poursuive un peu pour le prendre en photo. Nous sommes les seuls à l’avoir vu à cet endroit. Là, nous sommes impressionnés. C’est donc bien vrai qu’ils osent s’approcher si près du centre de la Vallée, à quelques mètres seulement de la route principale! Notre série de photos vient de s’étoffer d’un animal supplémentaire, et non des moindres : un ours en totale liberté… un peu flou tout de même !
Presque 19H00 : Après avoir garé la voiture à Curry Village, et pris une navette, nous entamons la rando (5Km/3H A-R) censée nous conduire au sommet de la chute d’eau Vernall Fall. Nous croisons beaucoup de personnes qui en reviennent. Elles doivent sûrement penser qu’il est vraiment saugrenu de commencer une promenade à pareille heure… Elles ont sans doute raison. L’avantage, c’est qu’il ne fait pas trop chaud et que bien vite, nous sommes pratiquement seuls… Nous ne devrons pas suivre un chapelet de personnes s’égrenant une à une sur les marches. Le désavantage, c’est que le soleil qui est entrain de décliner, n’atteint plus le sentier et que, par conséquent, nos photos risquent de manquer de luminosité. Quoiqu’il en soit, ma fille et moi, laissons partir en avant, les garçons qui marchent d’un pas bien plus rapide que le nôtre, en leur disant de ne pas nous attendre. Nous nous arrêterons sans doute au pont enjambant la rivière Merced, qui offre déjà un beau panorama sur la cascade. Mais arrivées à la passerelle en bois, nous ne sommes pas fatiguées et la nuit est loin de tomber. Nous poursuivons alors d’un pas alerte et atteignons la partie la plus difficile de la rando, à savoir les marches étroites et glissantes car mouillées à cause des retombées de la cascade. Finalement, nous rattrapons les garçons occupés à mitrailler l’épaisse chute d’eau de 97 mètres, tombant verticalement de la falaise, en projetant de légers embruns, dans un vacarme terriblement assourdissant. Le spectacle est de toute beauté…même sans soleil ! Nous ne sommes plus très loin du sommet, mais il est plus prudent de rebrousser chemin et de rentrer, car maintenant, le soleil est couché et la pénombre s’installe peu à peu… De fait, la nuit succède rapidement au jour, bien avant que nous n’atteignons la Vallée. Nous avançons maintenant en appréhendant une éventuelle rencontre inopinée avec un ours… Cela rajoute du piment à la marche et nous procure une dose suffisante d’adrénaline nous permettant d’avancer à toute allure sans jamais penser à la fatigue.
21H00 : Avec un autre groupe de retardataires, nous courons attraper une des navettes qui circulent encore jusque 22H00… Je viens de battre un record : j’ai fait l’aller-retour de cette rando en 2H00… C’était la dernière excursion du périple. Elle reste aussi un de nos excellents souvenirs ! A présent, il nous faut songer au souper. Les restos du parc n’étant pas bien côtés, nous nous contentons d’acheter au General Store, quatre plats surgelés que nous réchaufferons dans le micro-ondes de notre chambre. Cela nous permettra aussi de gagner du temps, car ce soir, il nous faut vider complètement la voiture et préparer toutes les valises en prévision du retour en avion… Il est nécessaire de répartir toutes nos affaires, uniformément entre nos différents sacs ! Cela nous prendra quand même 1H30 ! La connexion internet étant peu probante (un mauvais point supplémentaire pour cet hôtel à bannir résolument !), il nous sera impossible de confirmer le vol du retour…
Lundi 20/7 : Retour à S.F. par Tiburon , Sausalito, Golden Gate Bridge ; Nuit dans l’avion
Voici ce qui était prévu au planning (290 Mi-460 Km) - Tiburon et Sausalito - décollage à 18H50 (S.F.-Londres- Bruxelles)
Voici ce que nous avons fait
8H45 : Après une courte nuit, nous quittons l’hôtel pour rejoindre San Francisco, par la route 140 moins sinueuse et donc beaucoup plus roulante que la route 120. Nous passons par Mariposa, une petite ville style western, de l’ex-ruée vers l’or, puis montons sur l’autoroute. Nous nous arrêtons sur le parking d’une chaîne de motels où gratuitement, nous pouvons profiter de la connexion internet. Nous validons enfin notre inscription pour le vol du retour et choisissons nos sièges dans l’avion. Etant pratiquement les derniers à nous enregistrer, nous n’avons guère d’alternative… Maintenant, ça en est fini des grands espaces vierges, des paysages grandioses, des longues routes solitaires, des voies rectilignes à l’infini… nous rencontrons du monde, de la circulation intense, des ralentissements, des feux… bref, la civilisation ! Quel dommage...nous étions bien, reculés au bout du monde ! Nous passons par le nord de San Francisco et allons admirer l’époustouflant point de vue Muir Beach Overlook dominant des falaises plongeant dans l’Océan Pacifique. Pour cela, nous sommes obligés de nous couvrir chaudement : la température atteint un petit 15°C et un vent glacial nous transperce jusqu’aux os… Nous avons retrouvé le temps typique de San Francisco noyée sous la brume… Nous empruntons une route panoramique nous élevant jusqu’à Muir Woods, une autre forêt de séquoias géants vieux de 1000 ans, encore plus hauts, mais moins larges que ceux du parc Yosemite. En redescendant, nous longeons la baie de San Francisco, du côté de Sausalito, un ancien village de pêcheurs envahi par les maisons flottantes (house boats) excentriques des hippies, dans les années soixante, et devenu à présent, le havre de nombreux milliardaires occupant de très grosses villas flottant sur l’eau.
15H00 : Il est l’heure maintenant de regagner l’aéroport, d’où notre avion pour Londres décolle à 18H50. Une dernière fois, nous passons sur le Golden Gate Bridge enveloppé d’un épais brouillard. A notre arrivée, il y a 24 jours, nous avions eu la chance de le découvrir sous un franc soleil… Le long de l’autoroute, nous croisons une voiture en feu et des pompiers à l’action pour l’éteindre ! Nous arrivons à l’aéroport bien en avance… La remise de la voiture de location chez Alamo se fait en 1 minute, le temps pour eux de scanner le code-barres collé sur le pare-brise… Nous prenons tout notre temps pour sortir nos valises du coffre et ne rien oublier dans les différentes boites de rangements… Nous jetons nos derniers déchets et abandonnons lâchement notre glacière qui, durant ce voyage à travers des contrées brûlantes, s’est révélée être très efficace pour réfrigérer boissons et pique-niques.
18H50 : L’avion décolle à l’heure. Les dix heures de vol se déroulent sans problème, le temps de souper, de somnoler et de visionner de nombreux films… Il est quand même difficile de dormir profondément !
Mardi 21/7 : Arrivée à Bruxelles, via Londres
Un petit déjeuner nous est servi à 3H00 du matin, heure californienne, qui correspond à 11H00, heure londonienne ou midi, heure belge. Nous atterrissons à Londres, comme prévu, à 13H00. Le temps de descendre de l’avion, de subir les nombreux contrôles, nous devons galoper dans les couloirs d’Heathrow pour attraper notre correspondance pour Bruxelles partant à 14H00. Une heure, c’est vraiment court !! Nous arrivons enfin à Bruxelles à 15H40, heure londonienne, c.-à-d 16H40, heure belge. Et nos bagages suivent aussi… Quel miracle! Quand je vois la course que nous, nous avons dû faire à Londres! Mais un de nos sacs est éventré ! Décidément, British Airways nous gâte ! Après inspection, nous constaterons qu’il ne manque qu’une paire de tongs ! Notre gentil voisin est déjà là pour nous ramener à la maison !
Voilà, notre long périple dans le Sud-ouest américain est déjà terminé. Ces 25 jours vécus intensément du lever au coucher de soleil, sont pourtant passés beaucoup trop vite, et nous n’avons qu’une envie : celle d’y retourner le plus vite possible… Nous avons vu tant de beaux paysages, mais nous savons aussi qu’il y en a encore tellement d’autres à découvrir… En attendant, pour me replonger dans l’ambiance du Far West, il me reste encore beaucoup de photos à visionner puis à trier… et ce carnet que j’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger, et que plus tard, quand la mémoire me jouera des tours, je relirai sans doute avec une certaine nostalgie… La dernière étape pour rendre ce carnet plus vivant, sera l'ajout de quelques photos... Mais ce ne sera pas pour tout de suite!
Conclusion
Les randos (de min. 4 Km) les plus appréciées, très différentes les unes des autres, citées suivant l’itinéraire : Dans le Grand Canyon : South Kaibab Trail jusque Cedar Ridge (4, 5 Km/2-3 H) Dans CBN (Vermillon Cliffs) : The Wave (8, 4 Km/4-6 H) Dans Arches N.P. : Delicat Arch Trail (4, 8 Km/2 H30) Dans Rafael Desert : Little Wild Horse Canyon (= slot canyon) (4Km/2 H) Dans Bryce Canyon N.P. : Navajo Loop + Queen’s Garden (au milieu des hoodoos)(4, 8 Km/ 3 H) Dans Zion N.P. : The Narrows (marche dans le lit de la Virgin River) Dans Yosemite N .P. : Vernall Fall (chute d’eau) (5 Km/3 H)
Nos préférences, toutes activités confondues : Pour moi : 1. Rando the Wave 2. Bryce Canyon N.P. 3. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 4. Monument Valley 5. Rando The Narrows(Zion) / Dead Horse Point
Pour mon aîné: 1. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 2. Bryce Canyon N.P. 3. Rando The Narrows(Zion) 4. San Francisco 5. Arches N.P./ Little Colorado
Pour mon autre fils : 1. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 2. Rando the Wave 3. San Francisco / Las Vegas 4. Bryce Canyon N.P. 5. Rando The Narrows(Zion) / Rando South Kaibab Trail jusque Cedar Ridge (Grand Canyon )
Pour ma fille: 1. Rando The Narrows(Zion) 2. Alcatraz / Las Vegas / Universal Studio 3. Monument Valley / Rando the Wave/ Rando Little Wild Horse Canyon 4. Les outlets 5. Venice Beach
Les visites dont on aurait pu se passer: Santa Monica ( Venice Beach peut suffire) Route 66 ( sauf Oatman qu’il faut visiter!) Alstrom Point (trop loin, même si le point de vue est superbe !) Muley Point, sur la route 95 (semblable à Gooseneck) Valley of the Gods (à faire de préférence avant Monument Valley pour mieux l'apprécier) Onion Creek Road (près de Moab) ( moins" fun" que prévu par manque d’eau) Devil’s Garden (fort semblable à Goblin Valley) Capitol Reef (impression mitigée, mais le soleil était absent et nous avions le ventre vide !)
Vol British Airways : Impression très mitigée : un vol non enregistré, 2H de retard à l’embarquement, un sac éventré
Location de voiture avec Alamo : Aucun problème sauf le fait d’obtenir difficilement un SUV 4WD
Hôtel à proscrire : Le View Lodge, à El Portal (près du Yosemite N.P.) : cher et sale
Je vous livre, ici, la fin de notre voyage à travers le Sud-Ouest américain qui s'est déroulé du 27/06/2009 au 21/07/2009. Il s'agit des étapes suivantes : Bryce Canyon – Zion – Las Vegas – Death Valley – Yosemite – San Francisco
Vous pouvez retrouver la première partie concernant les étapes: San Francisco – Côte Pacifique – Los Angeles – Grand Canyon – Page – Monument Valley – Moab – Torrey – Bryce Canyon sur le post suivant: voyageforum.com/...ere_partie_D2800143/
Lundi 13/7 : Bryce Canyon N.P. ; Nuit Bryce Canyon N.P
Voici ce qui était prévu au planning (65 Km) Bryce Canyon N.P. (sunrise à 6h05 et sunset à 20H50)
Voici ce que nous avons fait 5H30 : Réveil matinal pour assister au lever de soleil prévu à 6H05. Brr… il fait 10°C… Le gros pull est de rigueur ! Nous sommes en altitude… (2500m.) La pénombre (ou la précipitation !) nous fait rater l’embranchement pour Sunrise Point… Demi-tour et arrivés au parking, nous voyons plusieurs personnes se presser vers le point de vue. Nous accélérons donc le pas en nous demandant combien on va être là-haut… Et bien, non, l’endroit n’est pas noir de monde… Nous sommes peu nombreux à avoir eu le courage de nous être levés si tôt, et donc on ne se bouscule pas pour être aux premières loges ! D’ici, nous dominons une sorte d’amphithéâtre. Ce parc est une vraie merveille ne ressemblant à aucun autre : des milliers de colonnes rocheuses érodées (des hoodoos, traduits très poétiquement par cheminées de fées) serrées les unes contre les autres, semblables à des soldats au garde à vous… Un émouvant chef d’œuvre de la nature : bien qu’en ayant vu de nombreuses photos avant de partir, j’en reste bouche bée ! Et le spectacle ne fait que commencer… Finalement, nous nous sommes pressés pour rien et aurions pu rester plus longtemps au lit car le soleil ne va pointer le bout de son nez qu’une demi-heure plus tard (une demi-heure pendant laquelle d’ailleurs arrive une multitude de photographes). Et alors la magie opère : toutes ces colonnes de calcaire s’éclairent peu à peu et prennent des teintes cuivrées lumineuses allant du rouge au blanc crème en passant par le jaune, l’orange, le saumon, et même le violet… Ces couleurs très photogéniques sont rehaussées par le bleu du ciel et le vert des nombreux pins disséminés parmi les hoodoos… J’imagine la beauté de ce lieu en hiver lorsqu’il est recouvert d’un blanc manteau ! Ce parc, avec tous ses dégradés de nuances, est franchement mon favori !
7H30 : Nous retournons au Ruby’s Inn, non sans avoir croisé des familles de cervidés broutant dans les prairies encore nimbées de brume et bordant la route… Ce n’est pas vraiment ce qu’il était prévu (puisque je croyais randonner dès poltron minet) mais nous devons récupérer ma fille qui a préféré faire la grasse matinée aujourd’hui… Elle ne sait pas ce qu’elle vient de rater ! Nous en profitons aussi pour déjeuner et préparer nos sacs à dos. Euh !... certains repiqueront aussi un petit roupillon !
10h00 : Nous nous remettons en route : direction cette fois-ci, Sunset point. Non pas pour déjà assister au coucher de soleil, mais pour entamer une rando qui démarre depuis cet endroit. Il s’agit de Navajo Loop Trail suivi de Queen’s Garden Trail, soit une boucle de 4, 8 Km nous permettant de descendre entre les pitons rocheux, au cœur même du gigantesque amphithéâtre.
Cette balade est impérative si on veut se rendre compte de la hauteur de ces magnifiques colonnes pouvant atteindre des dizaines de mètres ! Les pins à côté, pourtant majestueux, semblent minuscules. La descente tracée en lacets, est facile et offre de splendides panoramas. Il est dommage seulement qu’à cette heure, il y ait beaucoup de monde… Cela ressemble un peu à une procession !... ou à un chemin de croix pour certains !... En effet, nous croisons beaucoup de personnes parties plus tôt et dans l’autre sens (ou faisant simplement un aller-retour), semblant souffrir pour remonter le Navajo loop Trail assez pentu. Il est de loin préférable de remonter vers la rim en empruntant le Queen’s Garden Trail dont la pente est beaucoup plus douce. Heureusement, plus on avance et plus on se retrouve seul. Nous rencontrons des dizaines d’écureuils chapardeurs, et d’adorables chipmunks (des tamias), ces petites bêtes ayant inspiré Disney pour ses personnages de Tic et Tac… Il est difficile de résister à leur donner à manger ! Et pourtant, l’amende est sévère si un Ranger vous surprend en train de le faire…
14H00 : Nous sommes remontés sur la Rim, au Sunrise Point. Là, nous pique niquons au General Store. Puis les garçons partent, rechercher la voiture laissée à Sunset Point, en longeant la rim à pied. (La navette circulant dans le parc, n’est pas pratique : elle nous aurait obligés à faire tout le tour !)
15H00 : Retour au Ruby’s inn pour un repos bien mérité. Deux d'entre nous vont s’éclater à la piscine pendant que mon fils, lui, essaye consciencieusement de réparer l’appareil photo qui s’est malencontreusement étalé par terre et dont l’objectif reste résolument calé… Ce sera vain… Il finira à la poubelle ! Ce n’était pas un coûteux appareil ultra performant (il faisait notamment de laides photos de nuit) mais il n’était pas vieux…
17h00 : Retour au parc. Nous parcourons les 18 miles de la Scenic Drive qui permet d’accéder à de nombreux autres points de vue. Inspiration Point et Bryce Point surtout, dominant eux aussi l’amphithéâtre des hoodoos, sont sans aucun doute les plus beaux… merveilleux, magiques, gigantesques…. Dame Nature a quand même prodigieusement bien travaillé ! Les autres points de vue situés plus loin, sont nettement moins impressionnants, sauf peut-être celui de Natural Bridge qui est une arche sur une falaise et que l’on surplombe depuis le promontoire. Mais il est complètement dans l’ombre à cette heure-ci. Bizarrement, à de nombreux arrêts, rodent de grands corbeaux noirs un peu effrayants (peut-être parce qu’ils me font penser à ceux d’Hitchcock…) mais bon ils n’ont encore attaqué personne ! Sinon ça se saurait… hein !
Fin de journée, nous sommes de retour à Sunset Point pour y admirer, comme de bien entendu, le coucher de soleil. Mais le soleil nous semble encore bien haut, alors nous décidons de retourner d’abord au Ruby’s Inn pour passer la voiture au car wash. En effet, notre Dodge Durango dénote un peu sur les parkings… Il faut dire qu’il en a vu, des pistes depuis quelques jours ! La terre rouge caractéristique du Sud-Ouest américain est tellement incrustée dans la carrosserie que nous n’arrivons pas à l’en détacher en la frottant à la main ! On ne peut décemment pas le rendre dans cet état au comptoir d’Alamo (je crois que j’ai plus de scrupule qu’eux !) La tâche accomplie, nous retournons une dernière fois à Sunset Point, mais nous avons mal jugé de la course du soleil… Et quand nous y arrivons, seuls quelques derniers rayons éclairent encore les hoodoos ! Trop tard… nous sommes arrivés trop tard !... Je peste un peu !... beaucoup même !... Je le savais pourtant qu’il faut toujours arriver sur les sites bien avant l’heure prévue. Je me consolerai en allant déguster un bon repas au Bryce Canyon Pines qui est un resto situé à 6 miles de l’entrée du parc. Ne pas oublier d’y goûter en dessert, une de leurs nombreuses et réputées pies !
Mardi 14/7 : Tropic (Bryce Canyon N.P.) –Zion N.P. –Las Vegas ; Nuit à Las Vegas
Voici ce qui était prévu au planning (290Mi-460 Km) Arrêts à : - Red Canyon - Cedar Breaks N.M. - Springdale ( Zion N.P.) - Valley of Fire S.P. ( à faire fin de journée, sunset à 20h00))
Voici ce que nous avons fait 9H00 : Départ du Ruby’s Inn et route vers Las Vegas, très attendue par les garçons! Las Vegas…pas la route! Celle-ci pourtant vaut le coup d’œil… Bien vite, nous traversons un petit parc, le Red Canyon S.P., dont les hoodoos nous donnent un arrière goût très agréable de Bryce Canyon… Les experts y recommandent la rando Pink Ledges Trail. Mais bien qu’elle soit courte, nous n’avons pas le temps de nous y arrêter…
Passé Mont Carmel Jonction, nous progressons vers l’ouest en empruntant la route 9. Sur une longue ligne droite, nous longeons un élevage de bisons. Mais ceux-ci sont bien trop loin, au bout du champ, que pour être vus correctement… Il faudrait aller au Yellowstone pour en observer de vrais spécimens en liberté (mais vu son éloignement par rapport au trajet planifié, j’ai raisonnablement renoncé à visiter ce parc cette année)… ou aller au zoo pour les admirer de près, lâche ironiquement Virginie ! Euh, ce n’est pas pareil !!
A l’approche du parc de Zion, la route est goudronnée en rouge pour se fondre dans le paysage (là il n’y a rien à redire : pour le show, ils sont forts ces Américains !!), et devient même une véritable route scénique. Passé l’entrée Est de Zion, le paysage est de toute beauté avec ses roches blanches, rouges, jaunes, aux formes multiples, se détachant dans le ciel bleu azur… Certaines font penser à des "choutes" de crème glacée au goût vanille, melon, fraise ou framboise !! Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’arrêts prévus pour photographier ces tableaux… Juste avant un long tunnel très étroit, nous prenons la seule place vacante, laissée par une voiture venant de quitter le petit parking. D’ici, démarre la rando qui suit un sentier facile d’accès, le Canyon Overlook Trail (1Mi/1H A-R). Nous longeons un canyon creusé par une rivière, puis débouchons sur un promontoire rocheux découvrant une impressionnante vue panoramique sur le canyon de Zion et ses pics découpés.
Nous remontons en voiture et devons attendre une dizaine de minutes pour pouvoir, à notre tour, traverser le long tunnel étroit (tellement étroit que le passage des voitures se fait en sens alterné, d’où l’attente !). Puis les lacets de la route 9 nous descendent vers le canyon de Zion. Nous nous garons au parking bondé du Visitor Center du parc, non sans mal (nous devrons tourner plusieurs fois pour trouver une place…). Ouf … nous ne devons pas rejoindre Springdale et reprendre une navette supplémentaire nous ramenant ici. Sinon… quelle perte de temps… et le temps, en vacances, est précieux, d’autant plus dans un périple comme celui-ci où il y a tant à voir… Nous prenons nos sacs à dos et sautons dans la navette obligatoire, empruntant la Zion Canyon Scenic Drive. Cette route en cul de sac, de 10 km, se trouve au creux d’une profonde entaille creusée par la Virgin River. Nous longeons donc cette rivière et de monumentale falaises dressées de chaque coté de la route. Le chauffeur de la navette commente régulièrement les lieux que nous traversons et annonce les différents arrêts possibles… tout cela d’un ton engourdi, pas très convaincant, le discours étant sans doute devenu trop routinier pour lui ! Le bougre, il va finir par nous emmener dans sa torpeur !! Allez hop, arrêt 4 : nous descendons pour aller diner au Lodge équipé d’un snack bar. Il est installé au milieu d’une vaste prairie baignée de soleil, invitant au farniente et profite d’un cadre magnifique. Oui, mais nous ne sommes pas là pour dormir…
Il est déjà 13H30… Les hamburgers avalés (étonnamment bons et pas trop chers), nous reprenons une navette pour cette fois aller jusqu’au terminus de la Scenic Drive, Temple of Sinawava. De là, nous suivons à pied le Riverside Walk longeant la Virgin River et nous menant au Narrows, un étroit canyon formé d’immenses parois de grès, qui va en se rétrécissant. C’est ici que nous sommes amenés à marcher dans le lit de la rivière… Nous troquons donc nos souliers de marche contre des sandales d’eau en toile caoutchoutée. En chemin, j’ai remarqué que plusieurs personnes rentrant de la balade, étaient équipées de grosses bottines spéciales en néoprène, louées pour l’occasion… J’espère que l’eau n’est pas trop froide et que nos simples sandales vont suffire ! Nous retroussons nos pantalons… et nous voilà partis… La rivière n’est absolument pas glacée. Nous sommes munis de hauts bâtons de bois ramassés quelques jours plus tôt. Ils nous servent à sonder le terrain et ainsi éviter de tomber dans un trou… En effet l’eau trouble, légèrement boueuse, empêche toute visibilité suffisante. Alors au début, nous progressons lentement, de peur de nous mouiller… Puis finalement, nous comprenons que si nous voulons dépasser la foule massée au départ, il va falloir aller plus loin, là où le niveau de l’eau est plus conséquent ! Très vite les filles finissent par avoir de l’eau jusqu’ à la taille… Les garçons étant plus grands, s’en sortent mieux. Avant qu’une catastrophe n’arrive, nous nous dépêchons de transférer toutes les affaires de nos sacs à dos dans un sac poubelle que j’avais pris soin d’emporter. Mine de rien, le courant nous déstabilise facilement. Nous n’avançons pas très vite, surtout que le lit de la rivière est constitué de gros cailloux sur lesquels viennent butter nos orteils ! Cette rando qui ne devait durer au départ qu’une demi-heure, va se prolonger bien plus que prévu ! En effet, nous trouvons cela très plaisant et très rafraîchissant ! De plus, le paysage est grandiose : les falaises nous surplombent et le canyon devient de plus en plus étroit au fur et à mesure de notre progression. Et il n’y a plus grand monde.
A 16H30, nous rebroussons chemin à regret. Nous aurions bien continué mais encore une fois, le temps nous manque : ce soir, nous dormons à Las Vegas ! Et rien qu’à cette idée, les enfants se sentent soudain pousser des ailes… Le retour se fait à la vitesse éclair, surtout que maintenant nous connaissons le terrain. Cette balade très ludique et divertissante (que de fous rires !) fut un vrai coup de cœur pour tous les quatre et restera un de nos meilleurs souvenirs. Revenus sur le Riverside Walk, nous ne trainons pas mais nous nous arrêtons quand même auprès d’un couple de cerf et biche – mulet (aux grandes oreilles). Nos pantalons sont déjà secs. La fatigue et la voix toujours aussi soporifique du conducteur de la navette nous ramenant au parking, nous emportent quelques instants dans les bras de Morphée !
Il est déjà passé 18H30 quand la navette nous dépose auprès de notre voiture. Là, je me dis que, bien que nous allons gagner 1H en rentrant sur le territoire du Nevada, nous allons louper le coucher de soleil à Valley of Fire S.P. Nous reprenons donc la route sans tarder, dans l’espoir de pouvoir quand même bénéficier des derniers rayons de lumière dans ce petit parc situé à une cinquantaine de miles avant Las Vegas. Enfin, pour dire toute la vérité, je suis bien la seule à avoir envie de découvrir cet endroit… Les enfants commencent à en avoir assez des roches rouges… Et, malgré ma description émoustillante du lieu, ils préfèrent de loin filer d’une traite vers Las Vegas… D’ailleurs, pour être en forme ce soir, mon fils qui d'habitude prend le volant décide de dormir durant les 2H30 que dure le trajet, et passe le volant à son frère qui ne demande pas mieux !! Ainsi tout le monde est content… même moi qui ne perds pas espoir de pouvoir encore les convaincre…
La route 9 dominée par les roches déchiquetées est toujours très belle. Elle traverse une succession de petits bourgs mormons. Le Trading Post de Virgin est aménagé en Fort, comme au temps des tuniques bleues de la cavalerie attaquant les tribus indiennes Apaches, Sioux ou autres… On se croirait revenu à l’époque de la ruée vers l’or… même les chariots bâchés des pionniers américains à la conquête du Far West sont encore là ! C’est très cliché mais ça vaut bien une petite photo-souvenir !
Nous ne tardons pas à monter sur l’autoroute, direction Las Vegas. Nous suivons toujours la Virgin River et sommes entourés de splendides montagnes rouges puis blanches ou grises. Le cadre est superbe… Nous arrivons à l’embranchement menant au parc de Valley of Fire… Mais là, il faut bien que je me rende à l’évidence : le soleil se couche derrière les sommets. Il est vraiment trop tard pour faire ce détour par ce parc dont les concrétions de grès rouge prennent paraît-il d’extraordinaires couleurs au coucher de soleil… Bon, ça sera pour une prochaine fois !! De toute façon, je le savais qu’il serait difficile de combiner, sur une même journée, la visite de ce parc avec celle de Zion.
Nous sommes maintenant dans l’Etat du Nevada et le décor change soudain : nous traversons des étendues désertiques pendant des kilomètres jusqu’à ce que… mon fils se réveille et décide de reprendre le volant. Il veut être aux premières loges à l’arrivée sur La s Vegas. Et soudain, un océan de lumières surgit dans la nuit noire… Las Vegas brille de mille feux. C’est impressionnant. On distingue déjà très bien la Stratosphère (haute tour de 350m) et pourtant il nous reste encore 20 miles de route à faire avant de rejoindre le cœur de cette ville qui ne dort jamais ! Les enfants sont tout excités mais l’enchantement va vite disparaître… A l’entrée de la ville, de formidables bouchons nous attendent. L’autoroute parallèle au Strip, fait que nous longeons les derrières de tous les immenses hôtels-casinos. Pour couronner le tout, nous nous trompons de sortie (seule erreur sur plus de 7000 Km, sans GPS) et finalement nous mettons 1H pour rejoindre notre hôtel, le Signature at MGM. Là, nickel… le valet prend en charge la voiture et les bagages.
Mais une deuxième déconvenue ne tarde pas à arriver. La chambre qu’on nous a attribuée n’est pas à la hauteur de nos espérances. D’abord elle n’est qu’au 8ème étage mais surtout les garçons, qui croyaient goûter à un certain faste ici, se rendent compte qu’ils vont devoir dormir sur un canapé-lit bien trop court pour leurs grandes guiboles. C’est un comble… car jusqu’ici nous avons toujours eu des chambres à deux queen-beds. Ni une ni deux, nous redescendons à la réception exposer nos doléances, mais on nous explique que même en prenant une suite à deux pièces, le 2ème lit sera aussi un canapé-lit ! En réservant avant de partir, je n’avais pas compris ce « détail » … Trop tard, la chambre a déjà été facturée depuis longtemps… il est impossible de changer d’hôtel. J’envisage alors de prendre une chambre supplémentaire mais vu le prix demandé et le peu de temps qu’on y reste, les garçons refusent cette solution. En compensation, la réceptionniste nous alloue une chambre au dernier étage (le 38ème)… Au moins, on aura une vue ! A part ça, la chambre est très grande et très luxueuse, avec un coin kitchenette ultramoderne et une salle de bain grandiose avec douche et jacuzzi 2 places séparés… De ce côté-là, rien à redire ! C’est la classe…
Finalement, il est déjà passé 22H00 quand nous rejoignons le Strip à pied. Il fait encore chaud… et tous les buffets ont déjà fermé leurs portes. On se contente d’un truc rapide, « dégeu » et pourtant cher, au Paris… Bon, ben Las Vegas jusqu’à présent… ce n’est pas trop ce qu’on avait imaginé ! Pour ne pas aller dormir là-dessus (et puis aussi parce que ma fille s’est parée de ses plus beaux atours… les étiquettes de ses nouveaux vêtements ont volé dans toute la chambre…), nous décidons d’arpenter un peu ce Strip et d’admirer tous ses hôtels-casinos aux néons clignotant et à l’architecture démente. C’est vrai… tous ces immenses complexes sont féériques et donnent un bel aperçu de la mégalomanie américaine. Le Paris, vu de l’extérieur, est plutôt réussi avec son ensemble de monuments représentant la capitale française et à l’intérieur, son casino a des allures de rues parisiennes, sous un ciel bleu en permanence qui nous fait oublier qu’il fait déjà nuit dehors. J’y vois même le Palais des Glaces de Versailles ! Pas mal… Nous poussons jusqu’au Bellagio et regardons le spectacle magistral des jets d’eaux dansant sur fond musical. L’intérieur de cet hôtel tout en marbre luisant est aussi très luxueux. Nous continuons jusqu’au Caesars Palace à l’allure de Rome antique avec ses statues et fontaines colossales, ainsi que sa galerie commerciale monumentale fermée pour l’heure. Les garçons perdent leurs premiers $ dans les « bandits manchots »du Planet Hollywood. Les salles de jeux avec leurs centaines de machines à sous, tables de poker, black jack etc.… sont immenses… à s’y perdre ! Mais que de mètres parcourus… Mes jambes n’en peuvent plus ! Je finis par marcher pieds nus… En rentrant, nous passons par le New York-New York à la façade constituée de buildings avec en plus le pont de Brooklyn, la Statue de la Liberté, le tout traversé par un immense grand-huit. Encore quelques $ de perdus… et direction le lit. Mais pour y arriver, il nous faut traverser les longs couloirs démesurés du MGM… Heureusement, quelques tapis roulants nous facilitent la tâche. Passée la porte de notre chambre, je m’écroule de fatigue sur le lit hyper moelleux… Les autres n’en mènent pas large non plus ! Normal… il est 2H00 du matin… Il me faudra beaucoup de courage pour m’en extirper et aller m’allonger dans le jacuzzi !
Mercredi 15/7 : Las Vegas ; Nuit à Las Vegas
Voici ce qui était prévu au planning Visite de Las Vegas
Voici ce que nous avons fait 10H45 : Nous décollons seulement de la chambre… Bizarre… pour une fois, les enfants sont prêts avant moi. Je ne les ai jamais vus aussi motivés le matin… Nous avons compris la leçon : ce Strip tout en longueur n’en finit pas… Cette fois, nous allons épargner nos pieds. Nous récupérons notre voiture et allons « butiner » les casinos en nous garant dans leurs « self parks » gratuits. Nous en voyons les principaux, chacun rivalisant d’originalité avec son voisin. L’un d’eux retient particulièrement notre attention, le Venetian. On s’y croirait à Venise ! Tout est là : les canaux, les gondoles, le Pont des Soupirs, le Campanile, le Palais des Doges, … Et à l’intérieur, tout est aussi beau avec la Place St Marc, le plafond peint couleur ciel et les canaux longeant des dizaines de boutiques… C’est d’un réalisme saisissant ! Dehors, il fait très chaud, 35 à 40°… (D’ailleurs nous n’avons jamais vu, en rue, autant de mini-jupes et de décolletés au m² !). Par contre à l’intérieur des hôtels, la clim fonctionne à fond… Les contrastes sont donc surprenants, nous passons régulièrement du four au frigo et du frigo au four ! Bonjour les sinusites ! Parfois, les garçons introduisent quelques pièces de 1 dollar dans les machines à sous… sans jamais gagner le pactole évidemment ! Ma fille, elle, vu son âge (17) ne fait que regarder de loin… Mais ces casinos sont étrangement silencieux. Je m’attendais à entendre des sonneries retentissantes annonçant les jackpots ou le cliquetis des jetons tombant après chaque gain. Mais non, il n’y a plus de pièces !! Je suis un peu déçue… Où est cette ambiance vue dans les films ?
A 13H45, nous allons diner au Spice Market Buffet du Planet Hollywood. Pour 20 dollars seulement par personne, nous pouvons goûter à volonté, aux plats de toutes sortes, aux cuisines de tous pays : viande, poissons, pâtes, plats épicés, … et les desserts offrent une immense variété de choix… Ma fille reviendra même avec une barbe à papa !
L’appareil photo ayant rendu l’âme à Bryce Canyon, nous faisons les boutiques des galeries marchandes pour en racheter un autre. Mais les prix sont plus que surfaits ! Nous allons alors à la sortie de la ville dans un immense Wal-Mart où nous trouvons un petit numérique pas cher, un Panasonic Lumix, mais pas le TZ5 que je désirais. A la tombée du jour, les lumières se mettent à nouveau à scintiller de partout. On est content de notre achat : il est possible de prendre à main levée, de splendides photos de nuit, sans jamais devoir poser l’appareil comme nous devions le faire avec le précédent. Nous assistons aux divers spectacles que les casinos proposent gratuitement, depuis les trottoirs du Strip. Tout d’abord celui du Mirage où, au milieu d’une île tropicale, un grand volcan s’éveille et se met à cracher du feu et de la fumée. Ensuite celui du Treasure Island devant lequel sont amarrés deux bateaux, grandeur nature, qui vont combattre à coups de canon… Le spectacle sexy est bien rodé, digne d’un show à l’américaine, mais il faut aimer… Moi, je trouve ça plutôt vulgaire et en plus nous sommes serrés comme des sardines, tellement il y a du monde ! Les garçons, eux, apprécient… En voiture nous traversons le Strip, direction nord, c'est-à-dire vers Downtown où l’on trouve les plus vieux casinos de Las Vegas. Ici aussi, les néons multicolores brillent, encore bien plus qu’au Time Square de New York. Ici aussi, il y a foule pour assister au spectacle son et lumière de la Fremont Street où la voûte recouvrant la rue s’illumine grâce aux 2 millions d’ampoules installées, en formant des dessins étonnants. En revenant, encore un dernier coup d’œil au spectacle des jets d’eau du Bellagio déjà vu la veille.
Minuit : Nous allons manger un burger près du MGM avant que ma fille et moi retournions sagement dormir à notre hôtel. Les garçons, eux, veulent encore s’essayer aux tables du casino du MGM. En moins de 2H00, ils perdront près de 100€… Heureusement qu’ils en resteront là !
Jeudi 16/7 : Las Vegas - Death Valley N.P .; Nuit à Furnace Creek Ranch (dans Death Valley)
Voici ce qui était prévu au planning (180 Mi-290 Km) - Arret à Red Rock Canyon S.P. ?? - Visite de Death Valley (sunset à 20H10)
Voici ce que nous avons fait Rien de ce qui était prévu !
9H45 : Ma fille et moi sommes debout pour aller voir le complexe de piscines du MGM auquel nous avons accès, du fait de loger au Signature at MGM. Il fait déjà bien chaud mais à cette heure matinale, il n’y a pas encore grand monde. Nous sautons immédiatement dans la rivière artificielle… Que c’est agréable de se laisser emporter par le courant !… Malgré leur rentrée tardive de cette nuit, les garçons nous rejoignent assez vite.
11H15 : douche, valises et check-out vers midi. Nous allons faire un tour au Showcase Mall. Ma fille, comme une enfant, reste ébahie à la boutique M&M’s. Puis nous faisons quelques achats à la nouvelle boutique du Hard Rock Café, située juste à côté. Au passage, nous admirons l’extérieur de l’Excalibur ressemblant à un château féodal, ainsi que l’immense pyramide du Luxor d’inspiration égyptienne. Las Vegas n’a de cesse de se développer… Les nombreux chantiers en construction en sont la preuve… D’autres hôtels-casinos titanesques vont bientôt voir le jour, toujours plus hauts, toujours plus grands…
Nous garons la voiture au self park du Paris pour aller dîner au buffet « Le Village » où pour 19$ par personne, nous pouvons choisir entre des dizaines de plats de chaque région de France, de l’Alsace à la Provence. Le buffet de la veille proposait un choix encore plus vaste et meilleur, mais le cadre ici, est plus original, un peu sorti tout droit du monde de Disneyland.
14H30 : D’après le planning, c’est l’heure de quitter Las Vegas au plus tard, pour rouler jusqu’à la Death Valley et avoir ainsi trois bonnes heures pour visiter, avant le coucher de soleil, cette contrée hostile où la chaleur est étouffante. Oui, mais…les enfants n’ont pas encore eu leur dose de Las Vegas et en réclament davantage… Ma fille voudrait aller aux outlets situés au nord de la ville et les garçons, aller faire un tour au casino du Wynn… C’est donc reparti pour deux bonnes heures supplémentaires… En définitive, les outlets s’avéreront décevants (articles plutôt démodés ou prix relativement chers) et les garçons seront raisonnables en ne misant que la somme reçue en échange de leur inscription comme membre.
17H30 : Nous quittons enfin Las Vegas (les enfants, eux, diraient déjà), non sans être, au préalable, passés au Wal-Mart pour faire à nouveau le plein d’essence et le plein de boissons. Ceci est vraiment indispensable avant de partir maintenant affronter un immense parc situé en plein désert, la Death Valley ou Vallée de la Mort, où la température en été, atteint en moyenne 47°C ! Cette région sèche, brûlante et inhospitalière fut baptisée ainsi au 19ème siècle, par les émigrants venus de l’Est qui la traversaient pour se rendre en Californie, au moment de la ruée vers l’or, et où plusieurs d’entre eux y périrent de soif. De Las Vegas, il faut minimum 2H pour y parvenir ; ce faisant, nous repassons maintenant en Californie. Ça sent la fin du voyage !...Hélas… le compte à rebours pour le retour est déjà enclenché… Le temps donc de faire la route jusque là, il est trop tard pour y assister à un coucher de soleil ou même y distinguer quoique ce soit. Je suis un peu déçue mais je me dis qu’on se rattrapera le lendemain, en se levant suffisamment tôt pour visiter ce parc désertique, avant les heures les plus chaudes de la journée.
C’est donc dans la nuit noire que nous nous dépêchons de faire le check in, à un des deux seuls hôtels ouverts du parc, le Furnace Creek Ranch, une oasis au milieu du désert, et d’aller se restaurer au Forty Niner Café. Mais celui-ci affiche complet. On nous affuble alors d’un badge censé clignoter dès qu’une table se libère. On a beau être au milieu du désert, on utilise ici, des moyens modernes ! Et c’est bien pratique : cela nous permet de nous éloigner un peu et d’aller jusqu’au Trading Post, situé juste à côté, (ceci expliquant peut-être cela !!) pour y faire nos derniers achats-cadeaux. Vingt cinq minutes plus tard, nous sommes attablés mais le repas s’avère être d’un piètre rapport qualité/prix (Normal puisqu’il n’y a pas de concurrence avec d’autres !)
Après être passés par la chambre pour enfiler nos maillots, nous courons jusqu’à l’immense piscine ouverte jusque 23H00 et alimentée par une eau de source à 37° ! On se croirait dans son bain ! Un vrai caldarium, comme aux temps des Romains ! Mais où est donc le frigidarium ?!! Une grosse heure plus tard, en retournant à notre chambre, nous nous extasions devant les milliers d’étoiles constellant le ciel. Dans cet endroit reculé, loin de toutes villes éclairées et de toute pollution, le ciel est suffisamment noir que pour admirer notre galaxie, de la meilleure des façons qu’il soit possible.
Vendredi 17/7 : Death Valley N.P. - Lee Vining ; Nuit à Lee Vining
Voici ce qui était prévu au planning (250 Mi-400 Km) - Visite Death Valley (sunrise à 5H45) - Arrêt à Mammouth Lakes?? - Visite Bodie (ville-fantôme) - Coucher de soleil à Mono Lake (à 20H15)
Voici ce que nous avons fait
Jour de notre plus grande frayeur !
5H30 : Comme prévu, tous (certains en bougonnant!), nous nous levons à l’aurore, pour aller admirer les premiers rayons de soleil à Zabriskie Point, situé à 7Km/10 minutes du Furnace Creek Ranch. Une fois de plus, nous n’y sommes pas nombreux ! Il donne un point de vue sur des canyons, sortes de dunes rocheuses et des formations géologiques multicolores. Il fait déjà 28°C ! Nous poussons la route qui devient très escarpée dans les derniers Km, jusqu’à Dante View, un point de vue panoramique situé sur une montagne, à plus de 1600m. D’ici, nous dominons la Vallée de la Mort. Tout en bas, nous distinguons le bassin de Badwater qui est le point le plus bas des USA (-86m). Mais le ciel est nuageux et la visibilité réduite… De plus, les deux à l’arrière de la voiture se sont rendormis !... Bon, j’ai compris… Je n’insiste pas… Retour à la chambre pour 2 -3 heures de sommeil supplémentaires !
10H30 : Nous partons visiter le Musée Borax consacré à l’exploitation minière (dont le borax) de la vallée, au 19ème siècle. Il est situé dans l’enceinte de l’hôtel. Malheureusement, il est fermé. Tant pis ! De toute façon, nous n’avons plus vraiment le temps… Après le check out, nous empruntons la route 178 vers le sud, jusqu’à Badwater qui est situé à 86 mètres en-dessous du niveau de la mer. Nous marchons quelques instants sur l’immense lit de sel laissé par l’ancien lac qui était ici, il y a 10 000 ans. Maintenant le soleil tape… Il fait 46°C ! Nous courons très vite nous réfugier dans la voiture climatisée ! Sur le retour, nous prenons la courte piste menant à Devil’s Golf Course, vaste étendue de boue séchée dans laquelle s’est cristallisé du sel, en gros blocs déchiquetés. Nous parcourons ensuite Artists Drive, une route étroite à sens unique, sinueuse et offrant de très beaux paysages, notamment au lieu dit « Artist Palette »où la roche prend de remarquables couleurs très variées (rouge, jaune, verte…) selon les différents métaux qu’elle contient. Il fait encore plus chaud : 49°C ! Après être repassés devant le Furnace Creek Ranch, nous remontons vers le nord, vers Stovepipe Wells Village où nous longeons de surprenantes dunes de sable, comme au Sahara… Il fait bien trop chaud que pour envisager de grimper au sommet de l’une d’entre elles ! Pour cela, il aurait fallu arriver dès le lever de soleil… De même que pour randonner dans Mosaic Canyon dont les parois sont, parait-il, recouvertes de marbre blanc.
13H15 : Maintenant, pour sortir du parc, nous mettons le cap sur Lone Pine. Et là, arrive ce qui sera la plus grande frayeur de tout le voyage ! En grimpant au sommet d’une colline, la voiture commence à subir une perte de puissance : on a beau pousser sur l’accélérateur, la voiture n’avance plus très vite… On s’interroge… On se dit que, vu la fournaise dehors, la voiture souffre…mais on ne s’inquiète pas encore ! Un kilomètre plus loin, on s’aperçoit que la jauge d’essence qui indiquait encore ½ plein, commence à descendre brutalement… En quelques secondes, nous sommes au bord de la réserve ! On regarde l’ordinateur de bord indiquant l’autonomie du véhicule… Au départ, nous avions 300 Km d’autonomie et là, on voit les chiffres dégringoler à une allure folle : 1Km à chaque seconde qui passe, alors que nous roulons au ralenti… Le calcul est vite fait : en raison d’une perte d’autonomie de 1Km par seconde écoulée et ayant au départ une autonomie de 300Km, il nous reste 300 secondes c.-à-d. 5 minutes pour trouver une solution ou se retrouver avec un réservoir vide! Paniqué, on s’arrête sur le côté de la route… On se penche en-dessous de la voiture pour constater une éventuelle fuite dans le réservoir… Rien ! Mais l’ordinateur de bord indique toujours une consommation effrénée de carburant… mais on ne roule même plus ! C’est à n’y rien comprendre… Oh secours !! A ce rythme-là, encore quelques secondes et nous serons à sec !! Je me remémore les différents comptes rendus lus sur VF, qui racontent les difficultés rencontrées face aux problèmes de voiture dans la Death Valley, à cause de la chaleur… S’il y a bien un endroit où il ne faut pas tomber en panne, c’est bien ici au milieu de nulle part et par 50°C à l’ombre! Et, il n’y a pas d’ombre ! On essaye de téléphoner à Alamo… Rien… pas de réseau GSM! La prochaine station essence est à plus de 30 Km ! Et pas d’autres voitures à l’horizon ! C’est un peu la panique à bord… On redémarre en se disant que tant qu’à tomber en panne de carburant, autant continuer à avancer au maximum, puisque même à l’arrêt, la voiture consomme quand même… Et ça continue… Pied à fond sur l’accélérateur, on avance à peine à du 40Km/H… Quant à l’autonomie, elle continue à baisser anormalement, toujours à raison de 1Km à chaque seconde qui passe… Tant bien que mal, nous arrivons en haut de la colline, et pour économiser l’essence restante (c.-à-d plus grand chose !), on se laisse descendre dans la vallée sans jamais accélérer. En redescendant, … et par magie, la jauge d’essence remonte, et l’ordinateur de bord fait aussi marche arrière : l’autonomie remonte alors qu’on continue à rouler ! Ouf ! Nous récupérons petit à petit ¼ de plein… On n’y comprend rien ! Mais qu’est ce qu’on est soulagé !
Explication plausible après réflexion: Vu la température extérieure élevée (50°C) au sommet de la colline, l’essence s’est vaporisée dans le réservoir qui n’était pas plein au maximum au départ, ce qui explique la perte de puissance, le manque de carburant et la chute de l’autonomie. Par contre, la température extérieure a chuté sensiblement en redescendant dans la vallée, l’essence s’est alors recondensée. Au final, nous avons quand même perdu ¼ de plein d’essence qui s’est évaporée en pleine nature !
15H00 : Nous nous arrêtons à Lone Pine pour faire le plein d’essence et manger un bout. Puis nous roulons vers Lee Vining tout en longeant la Sierra Nevada dont le point culminant est le Mont Whitney à 4400m. Je finis par m’endormir et quand je me réveille, entre Big Pine et Mammouth Lakes, le paysage est bien différent de celui du matin : nous suivons maintenant une route de montagne entre lacs et forêts de conifères. Tout compte fait, nous avons bien avancé, plus vite que prévu. Nous avons même peut-être encore le temps aujourd’hui, comme c’était prévu, de visiter Bodie, une ville-fantôme du 19ème siècle. Nous traversons donc Mammouth Lakes puis Lee Vining, sans nous y arrêter et nous filons à toute allure, vers Bodie. Mais le temps de faire la piste qui y mène, il est 18H05 quand on se présente à l’entrée de ce petit parc… Pas de chance : l’entrée ferme à 18H00 ! Et un poteau nous en barre l’accès. La voiture qui nous précède, décide de passer…par la sortie… Et après un moment d’hésitation, nous lui emboîtons le pas ! Quelle grave erreur ! Nous sommes vite rattrapés et vertement réprimandés par des Rangers patrouillant là… C’est la première fois que nous avons affaire à eux et franchement, ils ne rigolent pas ! Demi-tour forcé donc et retour à Lee Vining où nous prenons possession de notre chambre au Murphey’s Motel.
19H00 : Nous nous retrouvons dans notre chambre plus tôt que d’habitude. Le temps est couvert, il pleut même quelques gouttes… Cela compromet totalement le coucher de soleil prévu sur le lac Mono Lake et ses concrétions calcaires en forme de cheminées très photogéniques ! Que faire ? Un petit tour sur l’ordi nous apprend que les outlets de Mammouth Lakes restent ouverts aujourd’hui (vendredi) jusque 21H00. Et les garçons sont intéressés par la boutique Ralph Lauren… Nous ne sommes plus à quelques kilomètres près… Nous remontons en voiture et parcourons les 30 miles nous séparant de Mammouth Lakes où nous étions déjà passés 2H00 plus tôt, sans nous y arrêter! Il s’agit d’une grande station de ski (altitude 2300m) située dans la Sierra Nevada et très vivante, été comme hiver. Les garçons y feront de bons achats avantageux et puis nous y souperons aussi. Finalement, il sera presque 23h00 lorsque nous regagnerons notre chambre à Lee Vining !
Samedi 18/7 : Lee Vining - Yosémite N.P. ; Nuit à Oakhurst (au Sud du Yosemite N.P.)
Voici ce qui était prévu au planning (170 Mi-270 km) - Arrêt à Saddlebag Lake - Tioga Pass : rando Tuolumne Meadows (1H30) arrêt à Tenaya Lake Olmsted Point - Visite Vallée Yosémite - Coucher de soleil à Glacier¨Point (à 20H15)
Voici ce que nous avons fait
8H30 : check out et départ de Lee Vining pour Bodie que nous atteignons 40 minutes plus tard. Bodie est une ancienne ville minière très prospère du temps de la ruée vers l’or, au 19ème siècle et qui, comme beaucoup d’autres, fut abandonnée progressivement, au 20ème siècle, quand les filons d’or se sont taris. Plus tard, cette ville-fantôme déjà désertée par beaucoup de ses habitants, fut détruite à 95%, par à un gigantesque incendie. Actuellement, cette ville a été transformée en State Historic Park. L’endroit est bien aménagé, sans être trop restauré, et nous pouvons y voir encore de nombreux bâtiments d’époque tout en bois, toujours debout malgré l’incendie et le temps qui passe, bien que certains soient tout de guingois. L’église semble toujours attendre le révérend et ses fidèles ; les bancs de l’école, les enfants Ingalls et leurs copains ; le saloon, ses filles, les cowboys et les hors-la-loi ; l’hôtel, l’arrivée des diligences et de leurs passagers… Quant à la banque pourtant construite en briques, son coffre-fort ne sera plus dynamité… Tous sont restés dans l’état où ils étaient au moment de la fuite de leurs résidents … C‘est comme si le temps était suspendu… comme si les habitants étaient partis la veille… Et cependant, en visitant cette ville, siège autrefois de bandits et de multiples règlements de comptes, nous faisons un bond en arrière de 100 ans ! C’est un véritable décor de westerns bien émouvant! En outre, l’endroit, bien que loin de tout, n’est judicieusement pas dénaturé par de quelconques restos, cafés ou boutiques-souvenirs… (Ce que beaucoup d’adultes sans doute reprochent à sa consœur, la tant décriée ville-fantôme de Calico trop bien rénovée !... mais que mes enfants regrettent n’avoir pas vue !) Bref, Bodie est un endroit authentique que moi, j’ai beaucoup apprécié, de plus sous un ciel autrement bleu que la veille!
Il est 11H30 quand nous revenons sur Lee Vining où nous faisons le plein d’essence, avant d’entamer la traversée, d’Est en Ouest, du Yosemite N.P, par la Tioga Road, une longue route de 70Mi/110Km fermée de novembre à mai (pour cause de neige). Le Yosemite N.P. est un immense parc, aux paysages alpins (altitude max. 3400 m), logé au cœur de la Sierra Nevada. Avec ses dômes et falaises de granit gris et dur, ses lacs, rivières et cascades majestueuses et ses forêts de séquoias géants, il est bien différent de tous les autres parcs vus précédemment en Utah et en Arizona où la terre et les roches sont rouges, les falaises de sandstone faites de sable fossilisé, beaucoup plus friables et les forêts souvent moins verdoyantes. Quelques miles avant l’entrée Est du parc Yosemite, nous faisons un petit détour par une route grimpant à flanc de montagne, longeant une rivière et aboutissant à un superbe lac , le Saddlebag Lake, situé à 2500m. Au vu des nombreux arbres rongés et jonchant le sol, nous supposons la présence de castors dans le coin !
Nous reprenons la Tioga Road ; les vues sur les cimes encore enneigées de la Sierra Nevada sont saisissantes à cette époque. Nous stoppons à Tuolumne Meadows qui est une vaste prairie subalpine, entourée de dômes majestueux. Nous cachons nos restes de nourriture dans une des grosses boîtes en fer disposées là, à l’abri des ours présents dans ce parc et qui sinon, alléchés par l’odeur, pourraient bien défoncer la voiture pour se servir ! Et nous partons randonner une bonne heure, le long de la rivière Tuolumne. Le sentier est facile et le cadre enchanteur est très reposant !
De retour sur la Tioga Road, nous admirons toujours le paysage montagneux. Les deux arrêts suivants sont obligatoires… le 1er, pour observer le lac Tenaya Lake et ses eaux limpides convoitées par de nombreux baigneurs peu frileux, et le 2ème, pour contempler depuis Olmsted Point, la vue grandiose sur une vallée encaissée et sur le Half Dome, un dôme de granit culminant à 2700m, à la forme de demi-sphère caractéristique, devenu emblème du parc.
15h30 : Nous arrivons aux portes de la Vallée du Yosemite c.-à-d la partie la moins sauvage, la plus aménagée du parc. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle attire énormément de monde ! Il s’agit d’une ancienne vallée glaciaire : il y a des millions d'années, un glacier colossal a trouvé son chemin et raviné cette étroite vallée, en lissant les parois des montagnes de granit. La première petite balade a pour but de découvrir une chute d’eau de 190 m, la Bridalveil Fall. Certes, elle est plus belle au printemps, quand elle est nourrie par la fonte des neiges, mais à mi-juillet, elle n’est pas encore à sec ! Il parait que l’endroit où se jette la cascade est magnifique, car auréolé de halos de brumes et d’arcs en ciel. Mais pour cela, il faut gravir de nombreux et gros rochers humides et donc hyper glissants… Ma fille et moi, voyant de nombreuses personnes s’étaler et se faire bien mal (quoique dans ce cas-là, quand tu tombes devant un rideau de touristes, tu te relèves gêné, faisant semblant de rien, mais grimaçant de douleur, une fois le dos tourné… Tout un spectacle aussi !), nous restons prudemment en bas, pendant que les garçons plus agiles et donc plus audacieux, grimpent en un rien de temps jusqu’au pied de la cascade… Leurs photos ont, de fait, un cachet que les miennes n’ont pas!
L’arrêt suivant se fait à Valley View qui donne un bel aperçu de l’ensemble de la Vallée du Yosemite. Puis, nous poursuivons la route jusqu’au bout de la Vallée en suivant la Merced River qui coule en son creux. Au Village, il y a beaucoup de trafic et de voitures qui s’entrecroisent dans les différentes directions. Nous nous arrêtons un court instant, le temps d’acheter un sandwich au general store, puis nous entamons la boucle dans l’autre sens. Très vite, nous garons la voiture, pour randonner jusqu’au bas de la chute Lower Yosemite Fall … Bof, elle est un peu asséchée, et surtout elle est dans l’ombre ! En prenant un autre chemin nous permettant un recul suffisant, et en nous retournant, nous pouvons apercevoir l’entièreté de la chute d’eau, les parties Lower(basse) et Upper(haute) ensemble, haute de 740 mètres tout de même, soit 10 fois celles du Niagara!
18h30 : A nouveau en voiture, nous quittons la Vallée et nous dirigeons maintenant vers le Sud, en empruntant la route 41. Juste avant un tunnel, nous nous arrêtons une fois de plus à un point de vue, celui de Tunnel View. D’ici, le panorama sur la Vallée entourée de falaises est impressionnant : nous distinguons très bien au fond, le Half Dome, emblème du parc, dont le glacier a raviné la moitié, et à gauche, l’El Capitan, gigantesque monolithe de granit de 1000 m de haut, mondialement connu des alpinistes chevronnés. Puis nous prenons une route de montagne trèèèès sinueuse, en cul-de-sac menant à Glacier Point. Le trajet semble trèèèès long depuis la Vallée (1H00), et assez monotone (car on longe d’immenses sapins touffus empêchant toute belle vue). Mais une fois arrivés là-haut, à 2200 m d’altitude, le panorama est époustouflant… D’ici, nous pouvons observer la Vallée et ses impressionnantes chutes d’eau qui semblent pourtant toutes petites, plus de 1000 mètres plus bas ! Et, tout autour, tous les majestueux sommets de la Sierra Nevada dont le Half Dome bien visible, rougeoient à cette heure où le soleil se couche. Pour bien faire, nous aurions dû arriver encore plus tôt. Nous profitons jusqu’au bout des derniers rayons de lumière et nous ne nous pressons pas pour nous remettre en route, ce qui va quand même se révéler être un peu fâcheux pour la suite…
20H45 : Il nous faut maintenant rejoindre Oakhurst situé à une vingtaine de Km de l’entrée Sud du parc de Yosemite… D’ici, ça nous fait alors plus de 60 Km, ce qui nous semble être dérisoire… Mais en montagne, les notions distance/temps sont trompeuses… En réalité, ces 60-70 Km vont nous paraitre interminables. En effet, la nuit tombe très vite et la route est très sinueuse, voire dangereuse si on roule trop vite. Nous aurions dû quitter Glacier Point plus vite. Nous mettons 1H15 pour enfin parvenir à destination. Il était temps car à l’arrière de la voiture, ma fille et mon fils , ballottés à chaque virage de droite à gauche et de gauche à droite, ne se sentent pas très bien…
Il est donc passé 22H00 quand nous entrons dans l’hôtel Shilo Inn de Oakhurst. A notre grand étonnement, nous ne sommes pas les seuls à arriver si tard… La réception est débordée ! Plusieurs familles n’ayant pas réservé de chambre au préalable, cherchent encore, à cette heure tardive, un hébergement pour la nuit. Malheureusement pour elles, l’hôtel affiche complet… (ce qui d’ailleurs est souvent le cas depuis le début de notre voyage). Ne nous étant pas encore présentés, l’une d’elles, manifestement, attend depuis un moment, en espérant un désistement de notre part… A notre arrivée, ces gens sont bien évidemment déçus et n’ont plus d’autre choix que de repartir voir autre part… J’espère qu’ils n’ont pas été contraints de dormir dans leur voiture… Quant à nous, il nous faut à présent, trouver un resto encore ouvert à 22H30. Celui que j’avais repéré ne sert évidemment plus… C’est ainsi que nous nous retrouvons à la Pizza Hut du coin… Nous commandons 2 pizzas de taille XL… Elles sont tellement grandes que même à nous quatre, nous n’arrivons pas au bout !
Dimanche 19/7 : Yosémite N.P. ; Nuit à El Portal (Ouest du Yosemite N.P.)
Voici ce qui était prévu au planning (100 Km) - rando Mariposa Grove (forêt de séquoias géants) (2.5 à 8 Kms/ 1 à 4H) - rando Sentinel Dome (3, 5 Kms/2H A-R) - rando Panorama Trail ( de Glacier Point à Curry Village : 14Kms/6 à 8H) ou Vernal Fall (jusqu’au sommet : 5Kms/3H A-R) ou +Nevada Fall (jusqu’au sommet : 11Kms/6H A-R)
Voici ce que nous avons fait
9h15 : Check out et départ d’Oakhurst pour Mariposa Grove, une forêt de séquoias géants située seulement à 20 Km, c.-a-d peu après l’entrée Sud du parc Yosemite. Vingt minutes plus tard, nous arrivons au péage de l’entrée qui bouchonne un peu… Nous espérons pouvoir prendre la Mariposa Grove Road pour accéder au parking situé juste à l’entrée de la forêt. Mais nous sommes arrivés trop tard : ce petit parking est déjà complet… J’avais bien dit qu’il fallait arriver plus tôt, mais les enfants ont de plus en plus de mal à se lever de bonne heure ! Du coup, on nous renvoie nous garer à Wawona situé 8 Km plus au Nord, où de là il faut prendre une navette gratuite nous ramenant à Mariposa Grove… Ce système de navette est très bien organisé, mais quelle perte de temps ! Et puis les enfants ne se réjouissent pas du tout de faire des allées et venues supplémentaires sur cette route hyper sinueuse qui les a rendus malades la veille ! Finalement, nous trouvons une place de parking juste devant la cahute du péage de l’entrée du parc, et montons dans la fameuse navette empruntant la Mariposa Grove Road nous emmenant 3Km plus loin à l’entrée de la forêt de séquoias.
10h00 : Nous voici enfin au début du sentier passant par les séquoias les plus impressionnants… de presque 100 mètres de haut et 30 mètres de circonférence… Certains de ces arbres gigantesques ont plus de 3000 ans ! Plantés chez nous, ils auraient connu les civilisations grecque et romaine !... En effet, ils peuvent vivre très longtemps du fait qu’ils sont extrêmement résistants aux maladies, aux feux et aux insectes, grâce à leur bois plein de tanins et leur écorce très épaisse (60 cm !). Nous marchons pendant plus de 3H00. Au début, il fait encore frais mais il y a un monde fou… Puis, plus on s’enfonce dans la forêt, et plus on se retrouve seul, avec des chemins de rando plus difficiles car plus pentus… mais l’heure avançant, il fait de plus en plus chaud aussi ! Nous découvrons un séquoia couché au sol depuis plus de 300 ans mais toujours entier. En fait, les racines de ces géants s’étalent plus que ce qu’elles ne s’enfoncent, ce qui fait qu’un vent puissant ou une charge trop important de neige peut les faire vaciller, les déraciner et les jeter au sol ! Mais, même à terre, grâce aux tanins qu’ils contiennent, ils pourrissent très lentement et peuvent mettre des centaines d’années pour disparaître ! Nous en voyons également beaucoup qui, malgré leur tronc brûlé, continuent dignement leur croissance. Il parait même que les Rangers boutent expressément des feux qu’ils contrôlent, pour favoriser leur reproduction. Car ces colosses ont un autre point faible : ils ont du mal à se reproduire. Les pommes de pins peuvent restées vertes, accrochées aux branches pendant 20 ans ! Mais l’air chaud des incendies provoqués, fait ouvrir les pommes de pins et libère ainsi les semences. Nous passons aussi à travers le tronc de l’un d’entre eux… A la fin du 19ème siècle, un tunnel a été creusé de manière à être traversé par les voitures de l’époque! Nous sommes à l’affût du moindre animal, et essayons de faire le moins de bruit possible pour ne pas les effrayer, mais nous n’en voyons aucun, à part les sempiternels écureuils… grosse déception tout de même! A un moment donné, nous entendons un gros boum, derrière nous… C’est juste une énorme pomme de pin qui vient sans doute de chuter de plusieurs dizaines de mètres… Au vu de sa taille démesurée, il valait mieux ne pas se trouver sur son passage ! Les narines encore toutes excitées par les fortes odeurs boisées de cette futaie étonnante, nous reprenons une navette, puis notre voiture pour rejoindre la Vallée du Parc.
14H00 : Il est normalement prévu maintenant de déposer les garçons à Glacier Point pour leur permettre de rejoindre la Vallée, à pied, en suivant Panorama Trail, un sentier magnifique passant par de nombreuses chutes d’eau. Et pendant ce temps-là, ma fille et moi , sommes censées retourner dans la Vallée en voiture, puis aller à pied, à la rencontre des garçons, en suivant la rando nous menant à la chute d’eau Vernall Fall. Oui, mais… l’après-midi est déjà bien entamée, les garçons sont fatigués et l'un d'eux ne compte plus les nombreuses ampoules qu’il a aux pieds ! Tous préfèrent aller se détendre dans la piscine de l’hôtel à El Portal. Aussitôt dit, aussitôt fait… Euh ! Il y a quand même toute cette route 41 à faire pour remonter vers le nord… Vous savez…cette route trèèèèèèèès sinueuse qui n’en finit pas et que mes enfants n’ont pas du tout appréciée la veille! Et bien, ils ne vont pas mieux l’estimer aujourd’hui…
15H00 : Le check-in fait à l’hôtel View Lodge, nous arrivons avec nos valises dans la chambre pour enfiler nos maillots. Là, une grosse déception nous attend : malgré son prix élevé, la pièce est obscure et d’une propreté douteuse…toiles d’araignées en-dessous des lits, sales cheveux plaqués dans chaque recoin de la salle de bain, … des fourmis courent même sur la kitchenette ! Mais, nous n’avons pas le courage de recharger le coffre de la voiture, de retourner nous plaindre à la réception pour ré-emménager dans une autre chambre… (un peu marre tout de même des valises qu’on fait, qu’on transporte, qu’on défait, qu’on refait, qu’on re-transporte, …après 23 jours de voyage !) De toute façon, il paraît que les hôtels du Yosemite ne sont pas terribles… Les lits sont propres, c’est l’essentiel ! Je fais donc contre mauvaise fortune, bon cœur… Mais les enfants sont étonnés de ma réaction… D’habitude, je serais allée rouspéter… Nous partons nous rafraîchir à la piscine… Comme j’aurais dû me douter, son état de propreté ne vaut pas mieux…détritus de feuilles et crème solaire nagent à la surface ! Là, c’en est trop pour moi ! Je reste sagement me reposer à l’ombre, pendant que les enfants, moins vite écœurés, se jettent à l’eau…
16H15 : Je propose aux enfants d’aller faire un tour près de la rivière Merced qui coule au pied de l’hôtel… Ben oui, j’ai quand même chaud, moi, assise près de la piscine, et j’ai bien envie d’aller y mettre les pieds !... Son eau claire m’inspire mieux que celle trouble de la piscine… Oui…mais voilà… le courant à cet endroit m’effraye un peu… Par contre, les enfants inconscients du danger, hésitent beaucoup moins et s’aventurent plus loin que moi. Ils finissent même par s’y baigner totalement, sous l’œil mi-amusé, mi-ahuri, voire désapprobateur des clients de l’hôtel, accoudés au balcon de leur chambre. Ma fille est la première à être emportée par le courant… Les deux autres suivent sous prétexte d’aider leur sœur à rejoindre la berge. Finalement, après s’être bien amusés, mais aussi s’être faits éraflés par les rochers, ils regagnent le bord et constatent leurs ecchymoses en rigolant… A posteriori, attirer les enfants ici, n’était pas du tout une bonne idée. C’était trop dangereux : ils auraient pu se cogner la tête contre un gros rocher et se noyer… J’en frémis rien qu’à l’idée ! Eux, bien évidemment disent que j’exagère et qu’à aucun moment, ils ne se sont sentis en danger, et qu’ils ont passé un très bon moment bien excitant…
17h45 : Nous reprenons la voiture, direction Curry Village situé tout au fond de la Vallée du Yosemite. Arrivés au niveau de Sentinel Beach, une plage située sur la Merced River, au cœur de la Vallée, on s’y arrête de manière à prendre quelques photos… et tout d’un coup, dans les fourrés, j’aperçois un…ours. Je crie OURS mais les enfants croient d’abord à une blague, avant de l’apercevoir. Il faut dire que notre moisson de photos concernant la faune locale est plutôt maigre : des lapins, des écureuils de tous types, des lézards, des biches et cerfs mulets, et… c’est tout ! Point de bisons près de Zion, ni de scorpions ou de serpents à sonnette à la Wave, ni de pumas dans Mariposa Grove, ni de mouflons dans Capitol Reef, ni de bip-bip à Death Valley, ni de ratons laveurs pourtant si fréquents le soir sur le parking de l’hôtel d’El Portal, pas de pélicans et peu d’éléphants de mer sur la côte pacifique, pas de coyotes, ni de chiens de prairies, ni de marmottes… A croire que nous n’avons pas randonner ! Enfin, bref… Je crie OURS… Certes, ce n’est pas une ééééénorme bête, il ressemble à un très gros ourson. Mais le temps de l’entrevoir, il s’écarte déjà et s’enfonce à l’abri des regards, dans les buissons. Il faut qu’on le poursuive un peu pour le prendre en photo. Nous sommes les seuls à l’avoir vu à cet endroit. Là, nous sommes impressionnés. C’est donc bien vrai qu’ils osent s’approcher si près du centre de la Vallée, à quelques mètres seulement de la route principale! Notre série de photos vient de s’étoffer d’un animal supplémentaire, et non des moindres : un ours en totale liberté… un peu flou tout de même !
Presque 19H00 : Après avoir garé la voiture à Curry Village, et pris une navette, nous entamons la rando (5Km/3H A-R) censée nous conduire au sommet de la chute d’eau Vernall Fall. Nous croisons beaucoup de personnes qui en reviennent. Elles doivent sûrement penser qu’il est vraiment saugrenu de commencer une promenade à pareille heure… Elles ont sans doute raison. L’avantage, c’est qu’il ne fait pas trop chaud et que bien vite, nous sommes pratiquement seuls… Nous ne devrons pas suivre un chapelet de personnes s’égrenant une à une sur les marches. Le désavantage, c’est que le soleil qui est entrain de décliner, n’atteint plus le sentier et que, par conséquent, nos photos risquent de manquer de luminosité. Quoiqu’il en soit, ma fille et moi, laissons partir en avant, les garçons qui marchent d’un pas bien plus rapide que le nôtre, en leur disant de ne pas nous attendre. Nous nous arrêterons sans doute au pont enjambant la rivière Merced, qui offre déjà un beau panorama sur la cascade. Mais arrivées à la passerelle en bois, nous ne sommes pas fatiguées et la nuit est loin de tomber. Nous poursuivons alors d’un pas alerte et atteignons la partie la plus difficile de la rando, à savoir les marches étroites et glissantes car mouillées à cause des retombées de la cascade. Finalement, nous rattrapons les garçons occupés à mitrailler l’épaisse chute d’eau de 97 mètres, tombant verticalement de la falaise, en projetant de légers embruns, dans un vacarme terriblement assourdissant. Le spectacle est de toute beauté…même sans soleil ! Nous ne sommes plus très loin du sommet, mais il est plus prudent de rebrousser chemin et de rentrer, car maintenant, le soleil est couché et la pénombre s’installe peu à peu… De fait, la nuit succède rapidement au jour, bien avant que nous n’atteignons la Vallée. Nous avançons maintenant en appréhendant une éventuelle rencontre inopinée avec un ours… Cela rajoute du piment à la marche et nous procure une dose suffisante d’adrénaline nous permettant d’avancer à toute allure sans jamais penser à la fatigue.
21H00 : Avec un autre groupe de retardataires, nous courons attraper une des navettes qui circulent encore jusque 22H00… Je viens de battre un record : j’ai fait l’aller-retour de cette rando en 2H00… C’était la dernière excursion du périple. Elle reste aussi un de nos excellents souvenirs ! A présent, il nous faut songer au souper. Les restos du parc n’étant pas bien côtés, nous nous contentons d’acheter au General Store, quatre plats surgelés que nous réchaufferons dans le micro-ondes de notre chambre. Cela nous permettra aussi de gagner du temps, car ce soir, il nous faut vider complètement la voiture et préparer toutes les valises en prévision du retour en avion… Il est nécessaire de répartir toutes nos affaires, uniformément entre nos différents sacs ! Cela nous prendra quand même 1H30 ! La connexion internet étant peu probante (un mauvais point supplémentaire pour cet hôtel à bannir résolument !), il nous sera impossible de confirmer le vol du retour…
Lundi 20/7 : Retour à S.F. par Tiburon , Sausalito, Golden Gate Bridge ; Nuit dans l’avion
Voici ce qui était prévu au planning (290 Mi-460 Km) - Tiburon et Sausalito - décollage à 18H50 (S.F.-Londres- Bruxelles)
Voici ce que nous avons fait
8H45 : Après une courte nuit, nous quittons l’hôtel pour rejoindre San Francisco, par la route 140 moins sinueuse et donc beaucoup plus roulante que la route 120. Nous passons par Mariposa, une petite ville style western, de l’ex-ruée vers l’or, puis montons sur l’autoroute. Nous nous arrêtons sur le parking d’une chaîne de motels où gratuitement, nous pouvons profiter de la connexion internet. Nous validons enfin notre inscription pour le vol du retour et choisissons nos sièges dans l’avion. Etant pratiquement les derniers à nous enregistrer, nous n’avons guère d’alternative… Maintenant, ça en est fini des grands espaces vierges, des paysages grandioses, des longues routes solitaires, des voies rectilignes à l’infini… nous rencontrons du monde, de la circulation intense, des ralentissements, des feux… bref, la civilisation ! Quel dommage...nous étions bien, reculés au bout du monde ! Nous passons par le nord de San Francisco et allons admirer l’époustouflant point de vue Muir Beach Overlook dominant des falaises plongeant dans l’Océan Pacifique. Pour cela, nous sommes obligés de nous couvrir chaudement : la température atteint un petit 15°C et un vent glacial nous transperce jusqu’aux os… Nous avons retrouvé le temps typique de San Francisco noyée sous la brume… Nous empruntons une route panoramique nous élevant jusqu’à Muir Woods, une autre forêt de séquoias géants vieux de 1000 ans, encore plus hauts, mais moins larges que ceux du parc Yosemite. En redescendant, nous longeons la baie de San Francisco, du côté de Sausalito, un ancien village de pêcheurs envahi par les maisons flottantes (house boats) excentriques des hippies, dans les années soixante, et devenu à présent, le havre de nombreux milliardaires occupant de très grosses villas flottant sur l’eau.
15H00 : Il est l’heure maintenant de regagner l’aéroport, d’où notre avion pour Londres décolle à 18H50. Une dernière fois, nous passons sur le Golden Gate Bridge enveloppé d’un épais brouillard. A notre arrivée, il y a 24 jours, nous avions eu la chance de le découvrir sous un franc soleil… Le long de l’autoroute, nous croisons une voiture en feu et des pompiers à l’action pour l’éteindre ! Nous arrivons à l’aéroport bien en avance… La remise de la voiture de location chez Alamo se fait en 1 minute, le temps pour eux de scanner le code-barres collé sur le pare-brise… Nous prenons tout notre temps pour sortir nos valises du coffre et ne rien oublier dans les différentes boites de rangements… Nous jetons nos derniers déchets et abandonnons lâchement notre glacière qui, durant ce voyage à travers des contrées brûlantes, s’est révélée être très efficace pour réfrigérer boissons et pique-niques.
18H50 : L’avion décolle à l’heure. Les dix heures de vol se déroulent sans problème, le temps de souper, de somnoler et de visionner de nombreux films… Il est quand même difficile de dormir profondément !
Mardi 21/7 : Arrivée à Bruxelles, via Londres
Un petit déjeuner nous est servi à 3H00 du matin, heure californienne, qui correspond à 11H00, heure londonienne ou midi, heure belge. Nous atterrissons à Londres, comme prévu, à 13H00. Le temps de descendre de l’avion, de subir les nombreux contrôles, nous devons galoper dans les couloirs d’Heathrow pour attraper notre correspondance pour Bruxelles partant à 14H00. Une heure, c’est vraiment court !! Nous arrivons enfin à Bruxelles à 15H40, heure londonienne, c.-à-d 16H40, heure belge. Et nos bagages suivent aussi… Quel miracle! Quand je vois la course que nous, nous avons dû faire à Londres! Mais un de nos sacs est éventré ! Décidément, British Airways nous gâte ! Après inspection, nous constaterons qu’il ne manque qu’une paire de tongs ! Notre gentil voisin est déjà là pour nous ramener à la maison !
Voilà, notre long périple dans le Sud-ouest américain est déjà terminé. Ces 25 jours vécus intensément du lever au coucher de soleil, sont pourtant passés beaucoup trop vite, et nous n’avons qu’une envie : celle d’y retourner le plus vite possible… Nous avons vu tant de beaux paysages, mais nous savons aussi qu’il y en a encore tellement d’autres à découvrir… En attendant, pour me replonger dans l’ambiance du Far West, il me reste encore beaucoup de photos à visionner puis à trier… et ce carnet que j’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger, et que plus tard, quand la mémoire me jouera des tours, je relirai sans doute avec une certaine nostalgie… La dernière étape pour rendre ce carnet plus vivant, sera l'ajout de quelques photos... Mais ce ne sera pas pour tout de suite!
Conclusion
Les randos (de min. 4 Km) les plus appréciées, très différentes les unes des autres, citées suivant l’itinéraire : Dans le Grand Canyon : South Kaibab Trail jusque Cedar Ridge (4, 5 Km/2-3 H) Dans CBN (Vermillon Cliffs) : The Wave (8, 4 Km/4-6 H) Dans Arches N.P. : Delicat Arch Trail (4, 8 Km/2 H30) Dans Rafael Desert : Little Wild Horse Canyon (= slot canyon) (4Km/2 H) Dans Bryce Canyon N.P. : Navajo Loop + Queen’s Garden (au milieu des hoodoos)(4, 8 Km/ 3 H) Dans Zion N.P. : The Narrows (marche dans le lit de la Virgin River) Dans Yosemite N .P. : Vernall Fall (chute d’eau) (5 Km/3 H)
Nos préférences, toutes activités confondues : Pour moi : 1. Rando the Wave 2. Bryce Canyon N.P. 3. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 4. Monument Valley 5. Rando The Narrows(Zion) / Dead Horse Point
Pour mon aîné: 1. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 2. Bryce Canyon N.P. 3. Rando The Narrows(Zion) 4. San Francisco 5. Arches N.P./ Little Colorado
Pour mon autre fils : 1. Vol en avion de 3 H à partir de Moab 2. Rando the Wave 3. San Francisco / Las Vegas 4. Bryce Canyon N.P. 5. Rando The Narrows(Zion) / Rando South Kaibab Trail jusque Cedar Ridge (Grand Canyon )
Pour ma fille: 1. Rando The Narrows(Zion) 2. Alcatraz / Las Vegas / Universal Studio 3. Monument Valley / Rando the Wave/ Rando Little Wild Horse Canyon 4. Les outlets 5. Venice Beach
Les visites dont on aurait pu se passer: Santa Monica ( Venice Beach peut suffire) Route 66 ( sauf Oatman qu’il faut visiter!) Alstrom Point (trop loin, même si le point de vue est superbe !) Muley Point, sur la route 95 (semblable à Gooseneck) Valley of the Gods (à faire de préférence avant Monument Valley pour mieux l'apprécier) Onion Creek Road (près de Moab) ( moins" fun" que prévu par manque d’eau) Devil’s Garden (fort semblable à Goblin Valley) Capitol Reef (impression mitigée, mais le soleil était absent et nous avions le ventre vide !)
Vol British Airways : Impression très mitigée : un vol non enregistré, 2H de retard à l’embarquement, un sac éventré
Location de voiture avec Alamo : Aucun problème sauf le fait d’obtenir difficilement un SUV 4WD
Hôtel à proscrire : Le View Lodge, à El Portal (près du Yosemite N.P.) : cher et sale
Hôtel Royal Decameron Baru à Carthagene English translation pending
Y a t'il quelqu'un qui est au courant si le nouveau Royal Decameron Baru ( Cartagène) qui est supposé ouvrir décembre 2009 dans la revue de Nolitour est sur une île ou presqu'île et les excursions proposé.
Inde 2009 English translation pending
Voici les trois premiers textes d'un petit carnet qui m'a accompagné...
CINQ ANS APRES
Cinq ans, déjà cinq ans que je n’y suis pas retourné.
Plusieurs fois déjà j ai refait mes différents voyages dans ma tète.
Pour l’instant, me voici, muscles bandés, affrontant un trou d’air à 12000 pieds!
Il faut bien en passer par là pour revenir sur la terre sacrée...
Cinq ans!
M'aura t elle oublié? Aura t elle changé? Serons nous un peu ''gauches'' comme deux vieux amis qui se retrouvent après avoir vécu tant de choses, chacun de leur côté...?
'' Fifteen minutes before landing''.
Quelques grosses secousses encore et, ca y est, je suis à BOMBAY!
On ne va pas se mentir longtemps… l’aéroport a beaucoup changé!
Tout est aseptisé, de quoi n’effrayer personne.
Bien climatisé, longs couloirs marbrés, odeurs putrides évacuées.
Le ‘’ mieux’’ c’est la sortie!
Ah ça, les 90 % d’humidité ils ne peuvent pas nous l’éviter à nous autres.
Mais, là encore, américains obligent, ils ont réussi à chasser tous les mendiants et les petits clochards de 4 ans qui aimaient tant s’accrocher aux sacs à dos occidentaux.
Aujourd’hui: plus rien! Que des taxis neufs, tous bien garés, bien rangés sagement.
J ai du mal à en trouver un d’ ‘’origine’’ ! Un bon vieux tacot jaune et noir bombaysien.
Heureusement il en reste un, pourri à souhait. Il a un peu honte le chauffeur au milieu de toutes ces asiatiques…
Vas-y que j y monte moi dans son tombeau!
‘’ -Can I smoke?
- No smoking in cab Sir.
- Ouh con!
- Just wait outside airport after police station, then it’s fine.’’
Ils vont loin aujourd’hui! Ne plus fumer dans les taxis, en voila du changement culturel, et pas des moindres.
Heureusement, le laxisme gouvernemental rend tout acceptable.
S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est la conduite de mon brave chauffeur, brillant pilote a sa façon.
Et cette odeur… Cette fragrance pourrie, résultat de tout ce mélange de corps, déchets, rats crevés et moisissures liées a l’humidité…
Cette odeur est bien là. Elle n’a pas bougé. Je crois bien qu’elle est attachée à jamais à la presqu’île monstrueuse de Bombay.
Oui Bombai. MUMBAI qui défile de nuit par la fenêtre du taxi.
Partout des chauffeurs endormis, partout des corps assoupis sur des trottoirs moisis, partout des chiens galeux sur leurs festins d ordures.
Quelques attroupements par ci par là, mais rien de turbulent à cette heure là.
Tout cela défile devant moi entre klaxons nocturnes et coups de volants.
Tout va trop vite et je suis déjà arrivé.
Le Lawrence hôtel non plus n’a pas changé.
Plus qu’une douche froide pour enlever cette moiteur qui me colle à la peau.
Le ventilo à fond et j’attends patiemment que le sommeil m’emporte!
MUMBAI
Ouverture des yeux. Prise de conscience... Trois pales de ventilo qui tournent et déjà la sueur. Cette chaleur humide vient de l océan pollué et enveloppe tout. Quelques cris de corbeaux et des bruissements de feuilles épaisses m imposent de me lever. Une bonne douche froide au bout du long couloir de l hôtel, une clope et c est parti. Il est temps de rejoindre Colaba et de payer son salut à la Gateway of India.
Même le vent est lourd et chaud. La mer d Oman est jaune-orange tellement qu’ elle est chargée. Des dizaines de moustachus vendent toujours leurs ballons géants aux couleurs dégueulasses en forme de phallus. Combien d autres, un Nikon pendu à leurs cous, proposent d immortaliser quelque instant d auto-narcissisme aux milliers de couples d indiens venus visiter la Gateway...?
Mumbai a t elle vraiment changé?
Je note quelques mises à jours : finies les Hyundai Santro et vivent les Suzuki Swift! Maruti a renversé le marché! Finis les vieux portables coqués et bonjour les palm et autres téléphones Hi Tech.
Le Soleil frappe encore plus fort. Il est lourd, implacable. Rien ne lui échappe.
Les bruits sont toujours là! Klaxons, cornacs, jouets, moteurs de vieux camions à ordures qui trainent leurs odeurs le long des rues. La circulation monstrueuse et l absence de signalisation sont toujours de la partie.
Il faut tout de même saluer les efforts qui ont rendu l air un peu plus respirable. Saluons aussi la propreté. Fini les tas de déchets bordant chaque rue, la Municipalité a du investir dans quelques balayeurs de basse caste...
Saluons également les amis...
De chaque côté de colaba causeway se dressent de petites arcades totalement remplies de commerçants moustachus. On trouve à peu prés tout: tissus, écharpes, Gramophones, maillots de foot contrefaits, dieux sculptés, instruments maritime... Des centaines de petits stands se succèdent sous ces arcades en s installant au bord du trottoir. Circulez sous l arcade et vous êtes fait comme un rat. Ils vous tiennent! Coincé entre les entrées de restaurants, magasins de fringues, centres d appels et leurs petites échoppes débordantes. Toute la journée, cette sombre allée grouille de millions de " You like Safran?" "Very cheap", "Change money", "Friend" à n en plus finir .
Pour fêter mes retrouvailles rien de tel qu’ un petit verre au Leopold Café, l'antre a touristes et jeunes indiens branchés. On a beau dire, c est bien tenu, agréable et tout y est bon.
Bon bien sûr aujourd’hui, il faut faire avec les impacts de kalachnikov qui sont venus "à l'improviste" décorer les quelques murs du fond lors des derniers attentats pakistanais de Bombay... Mais leurs cheese toasts sandwichs agrémentés d une bonne kingfisher arrivent à me les faire oublier.
Le temps m est compté. L'Hyderabad express part dans moins d une heure et j ai quelques euros à changer. J évite soigneusement tout ce qui ressemble à de l officiel. Le mieux est de miser sur les valeurs sûres.
Au beau milieu de Walton road, pile en face l hôtel décrépi qui m avait accueilli pour ma tout première nuit, un paisible vendeur prospère en préparant innocemment toutes sortes d en cas pour les travailleurs bombaysiens.
Il est également dans la téléphonie mobile, la quincaillerie sommaire, le tabac et connait, bien sûr, toute personne susceptible de m aider... Un petit coup de téléphone en marathi, il prend sa calculette et m affiche un taux de change défiant toute concurrence boursière. J ai plus qu’à me griller une « classic wills » offerte par la maison dans la petite cour du fond en attendant qu’un coursier me ramène les biftons...!
Assis là, de nombreux souvenirs remontent du fond de ma mémoire à mesure que se consume ma cigarette.
Tous les bruits alentour, les odeurs, les couleurs, les visages me paraissent à nouveau familiers...
Non! Mumbai - à mon plus grand plaisir- n a vraiment pas changé!
FIRST TRAIN : MUMBAI -SOLAPUR
Un tacot pourri:
- "VT" (Victoria Station)
Et c’est parti!
Mes retrouvailles avec la vielle gare historique me rappellent de bons souvenirs. Toujours autant de monde et de couleurs qui s'étalent sur le béton.
Toutes les familles sont accroupies sur les plateformes, des dizaines de petits stands remplis à ras bord, vendent tout le nécessaire: cold drinks, cadenas, chaines, oreillers gonflables, tabacs, chai épicé...
Mon train est déjà la. La seule question avant de monter est savoir sur quelle sorte d’indiens je vais tomber.
Pour le coup c’est un musulman cinquantenaire, un karnatakais peu loquace et deux marahastrais affables et souriants. Cultivés les amis. Faut dire que sous leurs faux airs de moustachus bourrus et attardés se cachent un professeur d université retraité, un important franchiseur et un jeune ingénieur construisant des routes et des rails à travers tout le pays...
Une sirène retentit à l avant pour annoncer le grand départ, le grand tremblement. Quelques bruits de ferrailles hurlent et l immense carcasse métallique s ébranle en avançant.
A chaque fois qu’on quitte Bombay, les bidonvilles sont le passage obligé... Très rapidement ils s annoncent! Les odeurs nous préviennent en premier. Le ciel s’obscurcit et les vapeurs montent. Partout des cahutes de tôles moisies sont posées au milieu des déchets. Des relans de glaires fermentés enveloppent l atmosphère. L espace se rétrécit et étouffe...
De chaque côté, des ''local trains'', plus rapides, s enfoncent vers la misère. Miserere! Des millions d êtres boursouflés s exportent vers les bas fonds de Bombay. Le spectacle est de toute "vitalité'...
Ca dure une heure sans jamais faiblir. Partout et toujours des ordures et des senteurs putrides. Le tout est bien évidemment plus facile à vivre qu’à décrire...
Côté train, la vie s anime. Outre les passagers clandestins entassés entre chaque wagon, des centaines de vendeurs arpentent les couloirs de ferrailles pour satisfaire les besoins de la population.
En premier, le plus représenté, notre vendeur de chai qui hurle à tue tête "chai -masala chai" tout en jetant un œil frénétique de chaque côté, histoire de repérer le moindre soulèvement d envie chez l un des passagers. Ensuite, le vendeur de "min'ral water. Cold Drrrrinks" qui se trimballe avec son seau métallique englaçonné. Encore, le vendeur aveuglo-lepreux qui, chaines anti-vols autour du cou, propose à la vente toutes sortes de jouets dégueulasses pour occuper les innombrables mioches des familles bruyantes, odorantes et nombreuses. Enfin, une paysanne du coin qui propose ses cacahuètes curryfiées et cuites sur un tas de poubelles à des moustachus friands de les décortiquer... Tout cela passe et repasse inlassablement tout au long de la journée.
Le plus marquant est que chacun de ces margoulins se déforme la voix pour être mieux entendu et hurle sans relâche jusqu’a ce qu’un client héroïque libère les autres passagers en lui faisant fermer sa gueule le temps de payer...
Pour fuir ce tumulte il est toujours aussi agréable de se promener a l intérieur. Chaque petit compartiment du wagon accueille son lot de moustaches accompagnées de femmes et enfants. Entre chaque wagon, les portes restent ouvertes et je n ai plus qu’à m assoir et voir défiler le pays depuis cet emplacement privilégié.
D’au loin me parviennent de vertes montagnes qui se dressent fièrement. J aperçois quelques belles cascades qui éventrent ces gaillardes et dispensent la vie dans la profonde vallée. " Nul besoin que le ciel tonne par ici... Dieu a été prévoyant!"
Soudain, dans ce coin du Maharastra, à l occasion d un arrêt au beau milieu de nulle part, un militaire passe le train au crible et exige la fermeture de toutes les portes et volets. Parait qu’il y a des gens énervés qui se plaisent à balancer des grenades ou des poches d acide à l occasion... Ces enfoirés me font rater les paysages...
A l approche de la nuit, l intérieur du train redouble de folie.
Toute cette vie, toutes ces vies grouillent et s associent dans ce caisson branlant qui nous transporte à travers le pays. Il rugit le bougre! Il en crève d en trainer autant de passagers. Ils sont maltraités les engins de la indian railway.
Quelle chance! Quel Bonheur! Quelle énergie mouvante!
"J en veux encore des bruits de carcasse et des hurlements dans la nuit!"
Je me rassois en appétit et contemple alors ces rangées de dents qui me sourient...
CINQ ANS APRES
Cinq ans, déjà cinq ans que je n’y suis pas retourné.
Plusieurs fois déjà j ai refait mes différents voyages dans ma tète.
Pour l’instant, me voici, muscles bandés, affrontant un trou d’air à 12000 pieds!
Il faut bien en passer par là pour revenir sur la terre sacrée...
Cinq ans!
M'aura t elle oublié? Aura t elle changé? Serons nous un peu ''gauches'' comme deux vieux amis qui se retrouvent après avoir vécu tant de choses, chacun de leur côté...?
'' Fifteen minutes before landing''.
Quelques grosses secousses encore et, ca y est, je suis à BOMBAY!
On ne va pas se mentir longtemps… l’aéroport a beaucoup changé!
Tout est aseptisé, de quoi n’effrayer personne.
Bien climatisé, longs couloirs marbrés, odeurs putrides évacuées.
Le ‘’ mieux’’ c’est la sortie!
Ah ça, les 90 % d’humidité ils ne peuvent pas nous l’éviter à nous autres.
Mais, là encore, américains obligent, ils ont réussi à chasser tous les mendiants et les petits clochards de 4 ans qui aimaient tant s’accrocher aux sacs à dos occidentaux.
Aujourd’hui: plus rien! Que des taxis neufs, tous bien garés, bien rangés sagement.
J ai du mal à en trouver un d’ ‘’origine’’ ! Un bon vieux tacot jaune et noir bombaysien.
Heureusement il en reste un, pourri à souhait. Il a un peu honte le chauffeur au milieu de toutes ces asiatiques…
Vas-y que j y monte moi dans son tombeau!
‘’ -Can I smoke?
- No smoking in cab Sir.
- Ouh con!
- Just wait outside airport after police station, then it’s fine.’’
Ils vont loin aujourd’hui! Ne plus fumer dans les taxis, en voila du changement culturel, et pas des moindres.
Heureusement, le laxisme gouvernemental rend tout acceptable.
S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est la conduite de mon brave chauffeur, brillant pilote a sa façon.
Et cette odeur… Cette fragrance pourrie, résultat de tout ce mélange de corps, déchets, rats crevés et moisissures liées a l’humidité…
Cette odeur est bien là. Elle n’a pas bougé. Je crois bien qu’elle est attachée à jamais à la presqu’île monstrueuse de Bombay.
Oui Bombai. MUMBAI qui défile de nuit par la fenêtre du taxi.
Partout des chauffeurs endormis, partout des corps assoupis sur des trottoirs moisis, partout des chiens galeux sur leurs festins d ordures.
Quelques attroupements par ci par là, mais rien de turbulent à cette heure là.
Tout cela défile devant moi entre klaxons nocturnes et coups de volants.
Tout va trop vite et je suis déjà arrivé.
Le Lawrence hôtel non plus n’a pas changé.
Plus qu’une douche froide pour enlever cette moiteur qui me colle à la peau.
Le ventilo à fond et j’attends patiemment que le sommeil m’emporte!
MUMBAI
Ouverture des yeux. Prise de conscience... Trois pales de ventilo qui tournent et déjà la sueur. Cette chaleur humide vient de l océan pollué et enveloppe tout. Quelques cris de corbeaux et des bruissements de feuilles épaisses m imposent de me lever. Une bonne douche froide au bout du long couloir de l hôtel, une clope et c est parti. Il est temps de rejoindre Colaba et de payer son salut à la Gateway of India.
Même le vent est lourd et chaud. La mer d Oman est jaune-orange tellement qu’ elle est chargée. Des dizaines de moustachus vendent toujours leurs ballons géants aux couleurs dégueulasses en forme de phallus. Combien d autres, un Nikon pendu à leurs cous, proposent d immortaliser quelque instant d auto-narcissisme aux milliers de couples d indiens venus visiter la Gateway...?
Mumbai a t elle vraiment changé?
Je note quelques mises à jours : finies les Hyundai Santro et vivent les Suzuki Swift! Maruti a renversé le marché! Finis les vieux portables coqués et bonjour les palm et autres téléphones Hi Tech.
Le Soleil frappe encore plus fort. Il est lourd, implacable. Rien ne lui échappe.
Les bruits sont toujours là! Klaxons, cornacs, jouets, moteurs de vieux camions à ordures qui trainent leurs odeurs le long des rues. La circulation monstrueuse et l absence de signalisation sont toujours de la partie.
Il faut tout de même saluer les efforts qui ont rendu l air un peu plus respirable. Saluons aussi la propreté. Fini les tas de déchets bordant chaque rue, la Municipalité a du investir dans quelques balayeurs de basse caste...
Saluons également les amis...
De chaque côté de colaba causeway se dressent de petites arcades totalement remplies de commerçants moustachus. On trouve à peu prés tout: tissus, écharpes, Gramophones, maillots de foot contrefaits, dieux sculptés, instruments maritime... Des centaines de petits stands se succèdent sous ces arcades en s installant au bord du trottoir. Circulez sous l arcade et vous êtes fait comme un rat. Ils vous tiennent! Coincé entre les entrées de restaurants, magasins de fringues, centres d appels et leurs petites échoppes débordantes. Toute la journée, cette sombre allée grouille de millions de " You like Safran?" "Very cheap", "Change money", "Friend" à n en plus finir .
Pour fêter mes retrouvailles rien de tel qu’ un petit verre au Leopold Café, l'antre a touristes et jeunes indiens branchés. On a beau dire, c est bien tenu, agréable et tout y est bon.
Bon bien sûr aujourd’hui, il faut faire avec les impacts de kalachnikov qui sont venus "à l'improviste" décorer les quelques murs du fond lors des derniers attentats pakistanais de Bombay... Mais leurs cheese toasts sandwichs agrémentés d une bonne kingfisher arrivent à me les faire oublier.
Le temps m est compté. L'Hyderabad express part dans moins d une heure et j ai quelques euros à changer. J évite soigneusement tout ce qui ressemble à de l officiel. Le mieux est de miser sur les valeurs sûres.
Au beau milieu de Walton road, pile en face l hôtel décrépi qui m avait accueilli pour ma tout première nuit, un paisible vendeur prospère en préparant innocemment toutes sortes d en cas pour les travailleurs bombaysiens.
Il est également dans la téléphonie mobile, la quincaillerie sommaire, le tabac et connait, bien sûr, toute personne susceptible de m aider... Un petit coup de téléphone en marathi, il prend sa calculette et m affiche un taux de change défiant toute concurrence boursière. J ai plus qu’à me griller une « classic wills » offerte par la maison dans la petite cour du fond en attendant qu’un coursier me ramène les biftons...!
Assis là, de nombreux souvenirs remontent du fond de ma mémoire à mesure que se consume ma cigarette.
Tous les bruits alentour, les odeurs, les couleurs, les visages me paraissent à nouveau familiers...
Non! Mumbai - à mon plus grand plaisir- n a vraiment pas changé!
FIRST TRAIN : MUMBAI -SOLAPUR
Un tacot pourri:
- "VT" (Victoria Station)
Et c’est parti!
Mes retrouvailles avec la vielle gare historique me rappellent de bons souvenirs. Toujours autant de monde et de couleurs qui s'étalent sur le béton.
Toutes les familles sont accroupies sur les plateformes, des dizaines de petits stands remplis à ras bord, vendent tout le nécessaire: cold drinks, cadenas, chaines, oreillers gonflables, tabacs, chai épicé...
Mon train est déjà la. La seule question avant de monter est savoir sur quelle sorte d’indiens je vais tomber.
Pour le coup c’est un musulman cinquantenaire, un karnatakais peu loquace et deux marahastrais affables et souriants. Cultivés les amis. Faut dire que sous leurs faux airs de moustachus bourrus et attardés se cachent un professeur d université retraité, un important franchiseur et un jeune ingénieur construisant des routes et des rails à travers tout le pays...
Une sirène retentit à l avant pour annoncer le grand départ, le grand tremblement. Quelques bruits de ferrailles hurlent et l immense carcasse métallique s ébranle en avançant.
A chaque fois qu’on quitte Bombay, les bidonvilles sont le passage obligé... Très rapidement ils s annoncent! Les odeurs nous préviennent en premier. Le ciel s’obscurcit et les vapeurs montent. Partout des cahutes de tôles moisies sont posées au milieu des déchets. Des relans de glaires fermentés enveloppent l atmosphère. L espace se rétrécit et étouffe...
De chaque côté, des ''local trains'', plus rapides, s enfoncent vers la misère. Miserere! Des millions d êtres boursouflés s exportent vers les bas fonds de Bombay. Le spectacle est de toute "vitalité'...
Ca dure une heure sans jamais faiblir. Partout et toujours des ordures et des senteurs putrides. Le tout est bien évidemment plus facile à vivre qu’à décrire...
Côté train, la vie s anime. Outre les passagers clandestins entassés entre chaque wagon, des centaines de vendeurs arpentent les couloirs de ferrailles pour satisfaire les besoins de la population.
En premier, le plus représenté, notre vendeur de chai qui hurle à tue tête "chai -masala chai" tout en jetant un œil frénétique de chaque côté, histoire de repérer le moindre soulèvement d envie chez l un des passagers. Ensuite, le vendeur de "min'ral water. Cold Drrrrinks" qui se trimballe avec son seau métallique englaçonné. Encore, le vendeur aveuglo-lepreux qui, chaines anti-vols autour du cou, propose à la vente toutes sortes de jouets dégueulasses pour occuper les innombrables mioches des familles bruyantes, odorantes et nombreuses. Enfin, une paysanne du coin qui propose ses cacahuètes curryfiées et cuites sur un tas de poubelles à des moustachus friands de les décortiquer... Tout cela passe et repasse inlassablement tout au long de la journée.
Le plus marquant est que chacun de ces margoulins se déforme la voix pour être mieux entendu et hurle sans relâche jusqu’a ce qu’un client héroïque libère les autres passagers en lui faisant fermer sa gueule le temps de payer...
Pour fuir ce tumulte il est toujours aussi agréable de se promener a l intérieur. Chaque petit compartiment du wagon accueille son lot de moustaches accompagnées de femmes et enfants. Entre chaque wagon, les portes restent ouvertes et je n ai plus qu’à m assoir et voir défiler le pays depuis cet emplacement privilégié.
D’au loin me parviennent de vertes montagnes qui se dressent fièrement. J aperçois quelques belles cascades qui éventrent ces gaillardes et dispensent la vie dans la profonde vallée. " Nul besoin que le ciel tonne par ici... Dieu a été prévoyant!"
Soudain, dans ce coin du Maharastra, à l occasion d un arrêt au beau milieu de nulle part, un militaire passe le train au crible et exige la fermeture de toutes les portes et volets. Parait qu’il y a des gens énervés qui se plaisent à balancer des grenades ou des poches d acide à l occasion... Ces enfoirés me font rater les paysages...
A l approche de la nuit, l intérieur du train redouble de folie.
Toute cette vie, toutes ces vies grouillent et s associent dans ce caisson branlant qui nous transporte à travers le pays. Il rugit le bougre! Il en crève d en trainer autant de passagers. Ils sont maltraités les engins de la indian railway.
Quelle chance! Quel Bonheur! Quelle énergie mouvante!
"J en veux encore des bruits de carcasse et des hurlements dans la nuit!"
Je me rassois en appétit et contemple alors ces rangées de dents qui me sourient...
Quatre semaines aux Etats-Unis: billets d'avion non émis par Expedia... English translation pending
Avant de pouvoir prendre le temps de donner des détails de notre fabuleux voyage entre Yellowstone et Parcs de l'Ouest, juste un petit appel aux personnes qui auraient eu un problème similaire::
Nous avions acheté auprès d'Expédia nos billets d'avion (pour 6) de Londres Heathrow vers NYC (retour par San Francisco) sur un vol VIRGIN Atlantic affrété par Continental.... mail de confirmation d'Expédia confirmant paiement et réservation avec numéro de dossier précisant qu'ils n'enverraient aucun autre document.. Habitués aux billets électroniques: pas de problème .... jusqu'à l'embarquement où l'hôtesse de Virgin nous trouve bien dans le système mais nous dit qu'elle ne peut nous enregistrer car les billets n'ont pas été émis !!!!!!! par Expédia , par Continental ???? On passe alors des heures au téléphone: pas de chance Expédia France est injoignable le Dimanche !!! génial !
NOTRE VOYAGE DE 4 SEMAINES AUX USA SEMBLE COMPROMIS ....
Les heures passent, le personnel de Virgin essaye de nous aider à contacter Expédia puis Continental , sans succès et après avoir également "râté" le vol suivant sur NYC nous décidons en désespoir de cause, de racheter des billets pour toutes la famille sur le dernier vol de la journée. Il reste heureusement des places mais les billets ont bien évidemment augmenté (différence de 2000 euros pour 6).... toute petite dépense !
Nous sommes actuellement encore aux Etats-Unis et malgré nos mails insistants, n'avons toujours eu aucune réponse d'Expédia.....
Ayant la chance de voyager fréquemment, préférant acheter les billets directement auprès des Cies aériennes mais ayant aussi souvent utilisé Expédia et autres prestataires on-line , c'est la première fois qu'il nous arrive une telle mésaventure plus coûteuse que dramatique car nous sommes arrivés dans la nuit à NYC (et pas dans l'après-midi comme prévu) mais avons dû payer 2 fois nos billets d'avion AR !!!!! ... en imaginant que nous allons bien galérer pour faire valoir nos droits et obtenir un remboursement.
D'autres membres de Voyageforum auraient-ils connu pareil mésaventure ?
Merci
Nous avions acheté auprès d'Expédia nos billets d'avion (pour 6) de Londres Heathrow vers NYC (retour par San Francisco) sur un vol VIRGIN Atlantic affrété par Continental.... mail de confirmation d'Expédia confirmant paiement et réservation avec numéro de dossier précisant qu'ils n'enverraient aucun autre document.. Habitués aux billets électroniques: pas de problème .... jusqu'à l'embarquement où l'hôtesse de Virgin nous trouve bien dans le système mais nous dit qu'elle ne peut nous enregistrer car les billets n'ont pas été émis !!!!!!! par Expédia , par Continental ???? On passe alors des heures au téléphone: pas de chance Expédia France est injoignable le Dimanche !!! génial !
NOTRE VOYAGE DE 4 SEMAINES AUX USA SEMBLE COMPROMIS ....
Les heures passent, le personnel de Virgin essaye de nous aider à contacter Expédia puis Continental , sans succès et après avoir également "râté" le vol suivant sur NYC nous décidons en désespoir de cause, de racheter des billets pour toutes la famille sur le dernier vol de la journée. Il reste heureusement des places mais les billets ont bien évidemment augmenté (différence de 2000 euros pour 6).... toute petite dépense !
Nous sommes actuellement encore aux Etats-Unis et malgré nos mails insistants, n'avons toujours eu aucune réponse d'Expédia.....
Ayant la chance de voyager fréquemment, préférant acheter les billets directement auprès des Cies aériennes mais ayant aussi souvent utilisé Expédia et autres prestataires on-line , c'est la première fois qu'il nous arrive une telle mésaventure plus coûteuse que dramatique car nous sommes arrivés dans la nuit à NYC (et pas dans l'après-midi comme prévu) mais avons dû payer 2 fois nos billets d'avion AR !!!!! ... en imaginant que nous allons bien galérer pour faire valoir nos droits et obtenir un remboursement.
D'autres membres de Voyageforum auraient-ils connu pareil mésaventure ?
Merci
Voyage en Norvège pour quinze jours - Lotofen et Svalbard/Spitzberg English translation pending
Voici notre récit de voyage qui s'est déroulé du 13 au 27 juillet 2009. On est parti à 4 par le biais de la société Svalbard Nature. Nous avons choisit un parcours itinérant en autonomie complète alliant Kayak et randonnée (Les 5 Glaciers).
Le forfait de 750 euro pour l'aérien étant trop cher par rapport à la réalité, on a pris les vols nous mêmes. Cela nous a permis tous les 2 de planifier un saut aux Lofoten, histoire de s'acclimater un peu 🙂. On rejoindra Hél!ne et Nicolas à Tromsø le 16).
Tout commence par une virée au Vieux Campeur pour s'équiper en vêtements 3-couches. Une fortune, je vous dit pas 🤪.
Situation géographique

12/7: Départ pour Paris en TGV. Nuit chez Papa. Dernière fois que l'on voit le soleil se coucher avant 15 jours.
13/7: C'est parti ! 8h dans le métro de bon matin puis enchainement de vols, 13h à Oslo, petit arrêt Duty free pour se restaurer et prendre quelques munitions (cointreau et baileys en flasque 1/2l en plastique, pratique pour la suite), puis Trondheim, Mo i Rana et enfin Bodø. La vue sur Trondheim est superbe: grand fjord, montagnes, lacs, petites maisons rouges. Le truc qui énerve: tout est payant dans l'avion sauf les toilettes... Passage au dessus du glacier Svartisen

et vue sur l'archipel montagneux en allant sur Bodø, magnifique !!! La prochaine fois que nous irons aux Lofoten, nous prendrons l'avion jusqu'à Leknes ou Solvaer, histoire de profiter également d'un survol d'anthologie sur tout l'archipel.

Météo degagée, 20°c. Bodø toujours aussi peu folichon. Vue du soleil de minuit par intermittence à cause des montagnes.
Scéanc rétro sur Trondheim et le glacier Svartisen (photos prises en 2004)



14/07: Même temps qu'hier et pas un nuage à l'horizon, ça promet. On prend le ferry pour les Lofoten. L'avantage d'être à pied, c'est que la queue est courte et qu'il n'y a pas de réserver. Après 3h30 de bronzette sur le pont, on débarque à Moskenes où nous attend le bus (Veolia) pour Reine. 25°c nickel. On en profite pour faire le tour de ce magnifique village de maisons rouges perdu au milieu de montagnes abruptes et de grandes étendues d'eau pure. Ceux qui habite ici l'été ont bien de la chance...



A noter pour une autre fois: grimper sur une montagne avoisinante pour voir tout cela de haut.Ah zut j'ai parlé trop vite, une nappe de brouillard commence à se former. Des gens montent dans le bus en bonnet ! Arrivée au camping à Flakstad, direct sur une plage de sable blanc et mer émeraude; point de soleil de minuit cependant.
15/07: Temps toujours couvert mais au moins il ne pleut pas et cela nous acclimatera un peu au Svalbard. Après une grasse mat, on part pour une grosse journée de randonnée à vélo et à pied. Nous passons à Ramberg (plage turquoise), Fredvang, Yttresand (jolie plage avec eau pas trop froide), puis Kvavlika (sur la côte ouest, magnifique plage entourée de montagne accessible uniquement par 1h de marche en montagne. Franchement, une des plus belles plages des Lofoten avec Hauckland. Endroit idyllique pour camper).
Flakstad, Kvavlika, Ramberg, Hauckland (quand il faisait beau, c'était mieux ;-) )





16/07: 15°c couvert toujours. Des touristes Suisses sympas nous avancent jusqu'à Å.


Un dernier bus pour Moskenes et nous repartons un peu tristes pour le continent. Finalement, on a tout fait sans voiture et vu d'autres sites que la dernière fois. Finalement, les Lofoten en vélo/bus ça le fait, en plus c'est économique surtout si on dort en tente en pleine nature. Passage rapide près de notre premier hôtel à Bodø histoire de squatter leur Wi-fi puis marche jusqu'à l'aéroport (1/2h).
Vol pour Tromsø. Cette fois on a prévu le coup et mangé avant. A noter que thé/café est offert sur les vols internes. On voit enfin le soleil au dessus d'une mer de nuages bien épais. Première tuile, grève surprise à ParisGDG, nos amis n'ont pas pu prendre leur avion à temps...
Cathédrale arctique à Tromsø

11°C à Tromsø. 7°C annoncés à Longyearbyen. Finalement, après une dizaine d'heure à Paris, ils ont fini par avoir un vol direct à Oslo pour le Svalbard. De notre côté on repère au sous-sol des banquettes tranquilles pour pouvoir dormir au retour.
Improvisation nomade (version intégrale) English translation pending
PROLOGUE
Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?
« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »
Nicolas Bouvier
Les Saints de Glace
Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.
Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…
Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…
De bonheur ce matin
À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !
Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…
Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !
Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.
À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particuli��re, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche
Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…
Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube
Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains
Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise
Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose
On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?
« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »
Nicolas Bouvier
Les Saints de Glace
Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.
Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…
Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…
De bonheur ce matin
À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !
Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…
Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !
Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.
À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particuli��re, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche
Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…
Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube
Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains
Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise
Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose
On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
Espaces Affaires et Premiere sur Air France (Suite 2) English translation pending
Le précédent post atteignant les 500 messages, voici de quoi continuer à nous exprimer.
Et comme j'ai l'honneur de le lancer, puis je nous souhaiter de nous exprimer dans la courtoisie, le respect et la sympathie.
N'oubliez pas qu'un TR se veut objectif, critique, admiratif, et que si vous n'en n'êtes pas satisfait, la meilleure des choses reste de contacter son auteur par message privé au lieu de bonder un topic de messages ne faisant en rien avancer la caravane. 😛
Donc bref, ici on est là pour discuter des classes Affaires et Premiere d'Air France uniquement, merci !
Et comme j'ai l'honneur de le lancer, puis je nous souhaiter de nous exprimer dans la courtoisie, le respect et la sympathie.
N'oubliez pas qu'un TR se veut objectif, critique, admiratif, et que si vous n'en n'êtes pas satisfait, la meilleure des choses reste de contacter son auteur par message privé au lieu de bonder un topic de messages ne faisant en rien avancer la caravane. 😛
Donc bref, ici on est là pour discuter des classes Affaires et Premiere d'Air France uniquement, merci !
Traitement anti palu: le lariam et ses effets secondaires English translation pending
Bonjour !
Je rentre d'un voyage d'une durée d'un mois au Vietnam au cours duquel j'ai pris du lariam. Depuis que je suis rentrée soit depuis une semaine, c'est l'enfer: troubles de la vision (tâches blanches devant les yeux), vertiges, état de fatigue important, sensation de mal-être...
J'ai vu mon médécin traitant : nous avons supposé que mon état de santé ne pouvait venir que du médicament car je suis une personne dynamique, joviale. Pas du tout la personne que je suis actuellement.
Je recherche des personnes pouvant me rassurer et me reconforter sur les effets du lariam. Les effets s'estompent-ils rapidement ou dois-je prendre mon mal en patience? Si je lis tous les messages à ce sujet, j'aurais de quoi vraiment m'inquiéter mais je ne veux pas tomber dans le psycho drame....
Je vous remercie par avance des témoignages que vous pourrez m'apporter.
Je rentre d'un voyage d'une durée d'un mois au Vietnam au cours duquel j'ai pris du lariam. Depuis que je suis rentrée soit depuis une semaine, c'est l'enfer: troubles de la vision (tâches blanches devant les yeux), vertiges, état de fatigue important, sensation de mal-être...
J'ai vu mon médécin traitant : nous avons supposé que mon état de santé ne pouvait venir que du médicament car je suis une personne dynamique, joviale. Pas du tout la personne que je suis actuellement.
Je recherche des personnes pouvant me rassurer et me reconforter sur les effets du lariam. Les effets s'estompent-ils rapidement ou dois-je prendre mon mal en patience? Si je lis tous les messages à ce sujet, j'aurais de quoi vraiment m'inquiéter mais je ne veux pas tomber dans le psycho drame....
Je vous remercie par avance des témoignages que vous pourrez m'apporter.
Turquie du 31 mai au 13 juin 2009 en autocar English translation pending
😉31/05 : Ingwiller/Ancone (Italie)/en mer
1 heure du matin l'autocar de la Sté Mugler, basée à Ingwiller (67), est là. Mickael est notre chauffeur jusqu'à Lugano. En cours de route nous prenons des passagers, ainsi que notre conducteur pour tout le circuit soient 19 passagers et François. La traversée de la Suisse est sans problème, tout le monde dort. Les couvertures douillettes fournies par Mugler sont les bienvenues, il fait un peu frais. A Lugano, Mickael part pour l'Alsace en train et François prend le volant. Nous longeons le lac de Lugano puis passage en Italie. Arrêt petit déj dans un resto d'autoroute. La pluie est du voyage, rien de bien agréable avec une circulation très dense sur l'autoroute qui contourne Milan, Parme, Modène, Bologne. Nous arrivons le long de l'Adriatique. Mais l'horizon se confond avec la mer et la pluie redouble. A chaque villes importantes, François nous fait un commentaire bref mais intéressant
50 kms avant Ancone, STOP. Arrêt déjeuner dans un resto route. Le repas est compris dans le prix du voyage. Il faut donc prendre garde à ce qu'aucune autre personne s'intercalle dans notre groupe. François à la caisse et devinez Capucine qui fait la "police" à l'arrière car ils ne vont pas vite pour choisir leur repas nos alsaciens ! et les italiens commencent à s'énerver. Tout celà me rappelle de bons moments! Bon, tout le monde à table. Le repas est rapide car nous avons hate d'être en vue d'Ancone et de notre ferry. La pluie redouble, les derniers kilomètres se font prudemment car il y a beaucoup de circulation : campings cars, caravanes, camions, etc...qui se dirigent comme nous vers le port.
"ANCONE - porto - ferries", c'est pour nous. Il est là l' EUROPA PALACE de la MINOAN LINE.
Nous attendons sagement François qui est parti chercher les documents de passage. Rapides les formalités ! Il nous distribue nos boarding pass avec le n° de cabine. Le bateau est assez imposant : 214 m de long, 22 m de large. Nous embarquons avec un petit bagage. Le gros des valises reste en soutes. Dans un bruit assourdissant, les véhicules s'engouffrent dans les entrailles du bateau. Nous sommes le seul car français.
Après un bref contrôle des tickets, nous allons à la réception où l'on nous remets nos cartes de cabines. Un employé nous dirige vers nos cabine au pont 7, en extérieure. Celle-ci est assez spacieuse et est composé de 4 lits dont 2 supperposés, d'une table et d'un fauteuil, la cabine de douche n'est pas très grande : douche, lavabo et wc, climatisation, grandement suffisant pour une nuit ! Une douche et me voilà partie explorer le bateau. Il peut transporter 1922 passagers et il y a 732 lits. Les routards sont assez nombreux ainsi que les chauffeurs routiers. Ils couchent soit en cabine soit dans une salle aménagée de fauteuils inclinables. Les aménagements sont les mêmes que sur les bateaux de croisières mais en plus petit : une très belle réception avec au moins 2 personnes parlant français, 2 bars/salons, 2 boutiques, un casino, une discothèque, un écran géant TV, un self service et un restaurant "A la Carte". Le ferry a été construit en 2002 à Gêne. Je prends quelques photos, je retourne à la cabine. Bernard, malgré l'étroitesse de la douche ( le "Monsieur" 1, 90 m / 120 kgs) est propre comme un sou neuf . Nous décidons d'aller boire un verre avant le dîner à 19 h 30. Attention ! changement d'heure nous sommes en Grèce donc + 1 heure. A 18 h le bateau lève l'ancre et vogue la galère.
Le dîner au restaurant se déroule très bien, le menu est correct. Le personnel ne parle pas un mot de français mais nous sommes habitués et nous avons l'eau et le vin, d'ailleurs bien bon, sans soucis. Le restaurant est très bien, très lumineux et nous admirons la mer en dînant. Le repas terminé nous partons tous nous coucher, demain réveil à 7 H et depuis ce matin 1 h c'est long ! Bonne nuit. Capucine 18
1 Le Lac de Lugano 2 l'embarquement à Ancone 3 4 5 6 notre cabine au pont 7 7 la réception 8 Déco de la réception 9 10 : bars / salons 11 Notre cocktail 12 l'entrée du resto 13 14 le restaurant "A la Carte" 15 la piscine 16 le port d'Ancone vue du bateau sous la pluie
1 Le Lac de Lugano 2 l'embarquement à Ancone 3 4 5 6 notre cabine au pont 7 7 la réception 8 Déco de la réception 9 10 : bars / salons 11 Notre cocktail 12 l'entrée du resto 13 14 le restaurant "A la Carte" 15 la piscine 16 le port d'Ancone vue du bateau sous la pluie
Ne dites pas à ma mère que je visite l'Iran, elle me croit sur une plage de Punta Cana! English translation pending
Bonjour,
Je sais que je ne publie pas ce carnet au bon moment alors que la situation en Iran et les manifestations risquent de tourner au drame ( Juin 2009 ), mais dans un sens cela traduit aussi ce que nous avons ressenti sur place avec un décalage flagrant entre la population et l'image de marque déplorable de ses dirigeants aux déclarations tapageuses. Nous n'avons jamais été aussi bien accueillis dans un pays et nous avons découvert des gens charmants, aimables, amoureux et fiers de leur pays, désireux de s'ouvrir au monde et comme chacun d'entre nous, pouvoir travailler, élever leurs enfants et vivre tranquillement.
Au retour, la seule question qui nous taraudait : Après l'Iran, où aller ensuite 😇
Notre circuit se déroule du Vendredi 8 Mai au Vendredi 22 Mai 2009 afin de rentrer dans le cadre du visa de 15 jours obtenus à l'arrivée sans passer par l'ambassade parisienne. Faut avouer qu'on s'est décidés 3 semaines avant le départ et qu'il a fallu faire au + pressé dans beaucoup de situations. D'un autre côté, ça évite aussi de se poser trop de questions sur cette destination qui appelle beaucoup de questions ... et souvent sans réponses 😛
Je ne trouve pas d'avion pour Kerman aux dates que je veux donc on va zapper et se concentrer sur le centre et qq villes en prenant plus le temps. Téhéran - Avion vers Shiraz - Bus vers Yazd - Bus vers Ispahan - Bus vers Kashan - Bus Téhéran et retour.

Vendredi 8 Mai 2009 :
Nous arrivons à Téhéran avec Iran Air à 23h00. Mauricette ajuste son écharpe obligatoire. Elle a sa blouse couvrant les fesses, son pantalon ... C'est parti pour 2 semaines, ma pôvre ! Les visas se font juste avant la sortie. On donne son passeport et on remplit une fiche très simple qu'on remet au bureau à côté avec 50€. Même pas besoin des 2 photos qu'on voit écrit partout. Déjà, on se dit que si on paye d'avance, ils vont pas nous le refuser hein ? Because, t'es quand même dans tes petits souliers à ce moment-là si on t'annonce que c'est pas bon !
On passe ensuite l'immigration puis prise des empreintes au scanner. Bref, pas + chiant qu'aux USA sauf qu'ici, on te demande même pas si tu viens tuer le Président 😎
Nous allons ensuite au bureau de change, car tout doit être payé en cash. Je change 500€ et je me retrouve avec des liasses de 100 billets de 10.000 Rials ( 10.000 Rials = 0, 75€ ). Il y a bien des billets de 20.000 et 50.000 mais avec des 10.000, je fourre tout dans mon sac comme si je venais de dévaliser la Banque.
Taxi pour l'hôtel Atlas que j'avais réservé d'avance car là aussi, on m'avait dit qu'il fallait justifier d'une adresse à l'arrivée mais on m'a rien demandé. De toutes façons, c'est pas à 1h00 du matin que j'allais chercher un hôtel dans une capitale. Heureusement que j'ai récupéré une carte sur le site de l'hôtel car le chauffeur ne connait pas. Ca sera assez souvent le cas d'ailleurs. Mieux vaut avoir l'adresse exacte à chaque fois ! Personne dans les rues et on arrive bien au bon endroit.

Bon c'est assez propre et calme, c'est tout ce qu'on demande. Dodo.
Samedi 9 Mai 2009 : Petit-déjeuner inclus puis on laisse nos bagages à la réception car nous prenons l'avion cet APM pour Shiraz. J'avais décidé de pas m'éterniser sur Téhéran. Tout le monde aura sans doute le Lonely Planet ( 2005 en VF ) et la carte du centre-ville est fausse sur les numéros affectés aux hôtels. 😕 Bref, on comprend rien en cherchant des rues qui sont bien + bas et le métro qui devrait être pas loin non plus. La circulation infernale n'arrange rien et on avance mais sans savoir où on va en espérant un miracle ... et ça n'arrive pas !
On se fait harponner par un taxi qui a flairé le touriste en perdition. C'est comme les chiens, ils le sentent 😛 Il cause anglais mais ne sait pas où se trouve le palais du Golestan. Ben dis-donc, ils sont un peu légers les taxis ici. C'est un des trucs les + visités quand même. Et cet andouille nous dépose fiérement devant le Musée National qu'on ne voulait absolument pas visité. Super et Merci.
Bon, on se replonge dans le LP et on retrouve nos petits maintenant. On zappe le musée national dont les commentaires ne m'encouragent pas et on va un peu + haut au Musée du Verre et de la Céramique.

Petit musée bien présenté et assez moderne. C'est bouclé en 1h00. En rejoignant le Golestan à pied, on passe devant un bâtiment dont les décors nous font penser que ça doit pas être le ministère de la Musique

Finalement, c'était pas trop loin mais la salle du Trône est fermée donc on prend juste le ticket "Jardin" ( 4.000 Rials ) pour les extérieurs.


C'est aussi le commencement de nos contacts avec les iraniens et le questionnaire souvent identique : - D'ou venez-vous ? - Comment trouvez-vous l'Iran ? - Est-ce que ça se passe bien et besoin d'aide ?
13h00 : On se lance dans le métro moderne pour remonter vers notre hôtel. On récupère les bagages et taxi vers l'autre aéroport de Téhéran, Mehrabad pour les vols domestiques tandis que IKA ( Imam Khomeni Airport ) l'a remplacé en 2005 pour les vols internationaux. Ca roule plutôt bien et nous arrivons à 14h30 en 30mn même si ça peut prendre des plombes en cas d'embouteillages monstrueux assez fréquents.
Mon billet électronique vers Shiraz acheté sur OPODO depuis la France ne pose aucun souci. Ouf, encore un truc où j'étais inquiet 😇 On déjeune avec nos 1ers kebab - riz puis on va prendre l'air dehors en attendant l'enregistrement. On s'installe près de la borne des taxis jaunes, à différencier des taxis communs qui prennent plusieurs passagers et les pirates comme un peu partout. Pour les taxis jaunes, c'est simple. Les gars rabattent le client pour se défendre des pirates donc faut savoir à qui tu as affaire dès le départ. Tu arrives à une guérite où on t'annonce le prix ( au moins c'est clair et sans surprise ) et on t'affecte un chauffeur selon un ordre bien défini, qui peut être différent de celui qui t'a amené. Bref, on observe ce petit monde où on s'insulte copieusement quand faut se battre pour un client mais ils se cotoient depuis des années et tous les jours 😎 A un moment, il y a distribution de gateaux à tous les chauffeurs, leur goûter je suppose ? Et le gars nous en offre 1 chacun également.
Ben voilà, ça sera comme ça pendant tout notre séjour !
17h30 : Décollage dans un Fokker 100 nickel d'Iran Air. Aucune différence avec un vol intérieur d'Europe. Petite collation avec Jus d'orange - 1 pomme et 1 biscuit. 19h00 : Arrivée à Shiraz. Direct à la guérite des taxis jaunes. On connait par coeur maintenant 😛. Le gars annonce 40.000 Rials pour l'hôtel ERAM en plein centre-ville. Petite balade dans les rues au hasard, c'est + calme et facile qu'à Téhéran.
Là aussi, on commence notre collection de " On se prend en photo ? "

Je sais que je ne publie pas ce carnet au bon moment alors que la situation en Iran et les manifestations risquent de tourner au drame ( Juin 2009 ), mais dans un sens cela traduit aussi ce que nous avons ressenti sur place avec un décalage flagrant entre la population et l'image de marque déplorable de ses dirigeants aux déclarations tapageuses. Nous n'avons jamais été aussi bien accueillis dans un pays et nous avons découvert des gens charmants, aimables, amoureux et fiers de leur pays, désireux de s'ouvrir au monde et comme chacun d'entre nous, pouvoir travailler, élever leurs enfants et vivre tranquillement.
Au retour, la seule question qui nous taraudait : Après l'Iran, où aller ensuite 😇
Notre circuit se déroule du Vendredi 8 Mai au Vendredi 22 Mai 2009 afin de rentrer dans le cadre du visa de 15 jours obtenus à l'arrivée sans passer par l'ambassade parisienne. Faut avouer qu'on s'est décidés 3 semaines avant le départ et qu'il a fallu faire au + pressé dans beaucoup de situations. D'un autre côté, ça évite aussi de se poser trop de questions sur cette destination qui appelle beaucoup de questions ... et souvent sans réponses 😛
Je ne trouve pas d'avion pour Kerman aux dates que je veux donc on va zapper et se concentrer sur le centre et qq villes en prenant plus le temps. Téhéran - Avion vers Shiraz - Bus vers Yazd - Bus vers Ispahan - Bus vers Kashan - Bus Téhéran et retour.

Vendredi 8 Mai 2009 :
Nous arrivons à Téhéran avec Iran Air à 23h00. Mauricette ajuste son écharpe obligatoire. Elle a sa blouse couvrant les fesses, son pantalon ... C'est parti pour 2 semaines, ma pôvre ! Les visas se font juste avant la sortie. On donne son passeport et on remplit une fiche très simple qu'on remet au bureau à côté avec 50€. Même pas besoin des 2 photos qu'on voit écrit partout. Déjà, on se dit que si on paye d'avance, ils vont pas nous le refuser hein ? Because, t'es quand même dans tes petits souliers à ce moment-là si on t'annonce que c'est pas bon !
On passe ensuite l'immigration puis prise des empreintes au scanner. Bref, pas + chiant qu'aux USA sauf qu'ici, on te demande même pas si tu viens tuer le Président 😎
Nous allons ensuite au bureau de change, car tout doit être payé en cash. Je change 500€ et je me retrouve avec des liasses de 100 billets de 10.000 Rials ( 10.000 Rials = 0, 75€ ). Il y a bien des billets de 20.000 et 50.000 mais avec des 10.000, je fourre tout dans mon sac comme si je venais de dévaliser la Banque.
Taxi pour l'hôtel Atlas que j'avais réservé d'avance car là aussi, on m'avait dit qu'il fallait justifier d'une adresse à l'arrivée mais on m'a rien demandé. De toutes façons, c'est pas à 1h00 du matin que j'allais chercher un hôtel dans une capitale. Heureusement que j'ai récupéré une carte sur le site de l'hôtel car le chauffeur ne connait pas. Ca sera assez souvent le cas d'ailleurs. Mieux vaut avoir l'adresse exacte à chaque fois ! Personne dans les rues et on arrive bien au bon endroit.

Bon c'est assez propre et calme, c'est tout ce qu'on demande. Dodo.
Samedi 9 Mai 2009 : Petit-déjeuner inclus puis on laisse nos bagages à la réception car nous prenons l'avion cet APM pour Shiraz. J'avais décidé de pas m'éterniser sur Téhéran. Tout le monde aura sans doute le Lonely Planet ( 2005 en VF ) et la carte du centre-ville est fausse sur les numéros affectés aux hôtels. 😕 Bref, on comprend rien en cherchant des rues qui sont bien + bas et le métro qui devrait être pas loin non plus. La circulation infernale n'arrange rien et on avance mais sans savoir où on va en espérant un miracle ... et ça n'arrive pas !
On se fait harponner par un taxi qui a flairé le touriste en perdition. C'est comme les chiens, ils le sentent 😛 Il cause anglais mais ne sait pas où se trouve le palais du Golestan. Ben dis-donc, ils sont un peu légers les taxis ici. C'est un des trucs les + visités quand même. Et cet andouille nous dépose fiérement devant le Musée National qu'on ne voulait absolument pas visité. Super et Merci.
Bon, on se replonge dans le LP et on retrouve nos petits maintenant. On zappe le musée national dont les commentaires ne m'encouragent pas et on va un peu + haut au Musée du Verre et de la Céramique.

Petit musée bien présenté et assez moderne. C'est bouclé en 1h00. En rejoignant le Golestan à pied, on passe devant un bâtiment dont les décors nous font penser que ça doit pas être le ministère de la Musique

Finalement, c'était pas trop loin mais la salle du Trône est fermée donc on prend juste le ticket "Jardin" ( 4.000 Rials ) pour les extérieurs.


C'est aussi le commencement de nos contacts avec les iraniens et le questionnaire souvent identique : - D'ou venez-vous ? - Comment trouvez-vous l'Iran ? - Est-ce que ça se passe bien et besoin d'aide ?
13h00 : On se lance dans le métro moderne pour remonter vers notre hôtel. On récupère les bagages et taxi vers l'autre aéroport de Téhéran, Mehrabad pour les vols domestiques tandis que IKA ( Imam Khomeni Airport ) l'a remplacé en 2005 pour les vols internationaux. Ca roule plutôt bien et nous arrivons à 14h30 en 30mn même si ça peut prendre des plombes en cas d'embouteillages monstrueux assez fréquents.
Mon billet électronique vers Shiraz acheté sur OPODO depuis la France ne pose aucun souci. Ouf, encore un truc où j'étais inquiet 😇 On déjeune avec nos 1ers kebab - riz puis on va prendre l'air dehors en attendant l'enregistrement. On s'installe près de la borne des taxis jaunes, à différencier des taxis communs qui prennent plusieurs passagers et les pirates comme un peu partout. Pour les taxis jaunes, c'est simple. Les gars rabattent le client pour se défendre des pirates donc faut savoir à qui tu as affaire dès le départ. Tu arrives à une guérite où on t'annonce le prix ( au moins c'est clair et sans surprise ) et on t'affecte un chauffeur selon un ordre bien défini, qui peut être différent de celui qui t'a amené. Bref, on observe ce petit monde où on s'insulte copieusement quand faut se battre pour un client mais ils se cotoient depuis des années et tous les jours 😎 A un moment, il y a distribution de gateaux à tous les chauffeurs, leur goûter je suppose ? Et le gars nous en offre 1 chacun également.
Ben voilà, ça sera comme ça pendant tout notre séjour !
17h30 : Décollage dans un Fokker 100 nickel d'Iran Air. Aucune différence avec un vol intérieur d'Europe. Petite collation avec Jus d'orange - 1 pomme et 1 biscuit. 19h00 : Arrivée à Shiraz. Direct à la guérite des taxis jaunes. On connait par coeur maintenant 😛. Le gars annonce 40.000 Rials pour l'hôtel ERAM en plein centre-ville. Petite balade dans les rues au hasard, c'est + calme et facile qu'à Téhéran.
Là aussi, on commence notre collection de " On se prend en photo ? "

Premier voyage à vélo, tour de Corse et Sardaigne English translation pending
Corse Sardaigne à vélo
Un mois à vélo à travers ces deux îles, projet très tentant que j'ai tout de suite accepté. Il faut dire qu'avec Jean on est sûr que ça va «rouler», en effet il a une très bonne expérience des grands voyages à vélo, tour de l'Adriatique, tour de Turquie etc... Le plan est simple: en partant de Bastia remonter le Cap Corse puis descendre la Corse par sa côte ouest, prendre le bateau à Bonifacio pour Santa Teresa, puis longer la côte ouest de la Sardaigne jusqu'à Oristano, mettre le cap sur le centre de l'île, grimper le point culminant au passage, rejoindre la côte est et la remonter jusqu'à Santa Teresa, rejoindre à nouveau Bonifacio, d'où direction Porto Vecchio et de là attaquer directement à travers les montagnes jusqu'à Bastia par Zonza, Ghisoni et la Castagniccia en escaladant une multitude de cols. Le tout devant durer à peu près un mois. Les deux parties du trajet en Corse seront effectuées à deux et le parcours en Sardaigne à quatre. Les deux autres protagonistes arriveront et partiront de Porto Torres. La longueur des étapes, en fonction des conditions météorologiques, des dénivelés et autres facteurs variera de 50 à 110 kilomètres. L' hébergement sera principalement effectué en camping. Autant les côtes sont assez bien pourvues en terrains de camping, autant le centre des îles n'en possède pas beaucoup, surtout aux mois d'avril et mai beaucoup ne sont pas encore ouverts. En effet le départ de Bastia est fixé le 26 avril et l'arrivée à cette même ville est prévu aux environs de la dernière semaine de mai.
C'est mon premier voyage à vélo. Pour le matériel, celui que j'emporte pour de grandes randonnées à pied devrait suffire. Pourtant, malgré ce principe de base simple, au lieu des 10 kilogrammes habituels, je me retrouve avec plus du double. Deux sacoches arrières sur lesquelles je pose mon sac north face, une petite sacoche de guidon et tout tient sans problème, mais l'ensemble dépasse largement les 20 kilos. Mon vélo un trek cadre alu, sur lequel le vendeur de cycles m'a mis un très bon matériel en particulier des roues particulièrement solides aux pneus de petite section mais renforcés kévelar, avec des roulements performants. Dans les descentes mes camarades pédalant je me contenterai souvent de me laisser aller en roue libre. Je précise que ce vendeur de cycles sur les quais de la Saône à Lyon j'y suis allé grâce à une question posée sur Voyage Forum.
Rendez-vous fixé avec Jean le 24 avril chez ma cousine à Nice. Le lendemain nous rejoignons le bateau qui part à 14heures30. Pour la première fois de ma vie je pilote un vélo avec sacoches. Au cours des premiers kilomètres pour se rendre au port en pleine ville, je donne sans doute l'impression d'être un peu éméché, en effet la maîtrise de l'engin avec quelques 25 kilogrammes sur le porte-bagages n'est pas innée. Sans incident cependant nous atteignons le point d'embarquement. Heureusement que nous voyageons avec Corsica Ferries car la compagnie française concurrente est en grève. La traversée s'effectue sans encombre par beau temps, mais un peu couvert en arrivant, prémices de mauvais temps pour les jours à venir. Débarquement de nuit, je ne trouve pas ma frontale et je n'ai pas d'éclairage, mes roues sont sous-gonflées, toutes les erreurs basiques du néophyte! Les 6 premiers kilomètres en direction du Cap Corse sont un calvaire, je ne vois pas les trous et aspérités sur la chaussée, de plus ma jante cogne en écrasant la chambre à air. Heureusement le supplice ne dure pas, car un camping nous accueille exactement à 5, 5 kilomètres de notre point d'arrivée. Pas grand monde, nous passons une bonne nuit après avoir avalé notre ration de pâtes. Première nuit d'une longue série au cours desquelles les oiseaux nocturnes puis les diurnes au lever du jour nous régaleront de leurs chants aux multiples modulations. Pas un éveil au cours de ce mois sans ces concerts quotidiens, certains même pour ne pas se réveiller dès cinq heures mettront des boules quiès!
26 avril
Un jour blafard se lève, bien en accord avec les prévisions météo des plus pessimistes. Nous avons le temps de plier nos affaires avant la pluie, mais tout juste. En effet dès que mon vélo est prêt je cours me mettre à l'abri en le poussant. Après quelques mètres la roue arrière est bloquée. Que se passe-t-il? Aïe! Un tendeur accroché dans les rayons, le crochet aux trois quarts arraché, le tout enroulé plusieurs fois autour des pignons. Le métier de cyclotouriste rentre par ce genre de petites erreurs. Un tendeur qui pend ça ne pardonne pas.
L'étape prévue est conséquente, en effet nous espérons rejoindre Saint-Florent en passant par le Cap Corse, une bonne centaine de kilomètres. La température est fraîche, idéale pour le vélo. La végétation est luxuriante, signe qu'il a beaucoup plu cette année. Le bord des routes aussi bien en Corse qu'en Sardaigne sera un enchantement permanent du fait des myriades de fleurs qui tel un tapis merveilleux nous accompagneront au cours des 1900 kilomètres de notre périple. La route domine la mer, ce qui permet un joli spectacle sur les flots gris couleur de plomb, ponctués de temps à autre de touches vert pâle trahissant la présence de bancs de sable. Les premières gouttes ne tardent pas à faire leur apparition, mais notre moral n'est pas entamé. Les sacoches et mon sac sont étanches, tout du moins c'est ce que je crois, et je n'ai pas pris la précaution de répartir mes affaires dans des sacs plastiques. Eh oui! Il faut que le métier rentre. Nous passons une magnifique crique au sable noir, dominée d'un joli village aux couleurs vives, qui rehaussent la grisaille de ce premier matin d'un mois d'errance. La pluie se renforce. On s'arrête dans un bistrot , boire un café et faire le point. Deux couples de Canadiens aux vélos bien équipés passent et ne semblent pas perturbés par le temps, à entendre leurs éclats de rire. On ne va peut-être pas pousser jusqu'au Cap Corse dans ces conditions. Nous coupons par le col de Santa Lucia, à peu près aux deux tiers de la distance du cap. Première montée, 380 mètres de dénivelé. Malgré les 25 kilogrammes de bagages ça se passe bien, petit plateau grand pignon, tranquillement à 8 à l'heure le terrain défile. Mais je n'ai pas vraiment le loisir de contempler le paysage, j'ai comme on dit la tête dans le guidon. Le col atteint, une belle descente nous attend, mais la pluie guette aussi, et le froid se fait tout de suite sentir avec la vitesse. Une fois sur la côte ouest, le spectacle est magnifique. La pluie, les nuages accrochés, les rochers frangés d'écume et la mer sombre donnent une touche d'austérité au paysage. A midi complètement trempés nous effectuons une halte dans un restaurant suspendu au-dessus de la mer, qui possède une salle voûtée de belle facture. Un bon steak nous réchauffe. Retour sous la pluie qui diminue et s'arrête lors de notre arrivée à Saint-Florent. Cette première étape de 85 kilomètres n'a occasionné aucune fatigue. Mon vélo me semble très bien , souvent j'ai plus l'impression de glisser que de rouler tellement le mouvement est souple. Installation dans un camping à l'entrée de la ville, à cette époque les clients ne se bousculent pas encore . Notre arrivée est l'occasion d'une bonne rigolade. En effet l'homme à la réception me demande ma carte d'identité, en lisant ma nationalité française, il me regarde et dit « Vous êtes français comme moi» et il rit franchement. Je reste dubitatif ne sachant pas si c'est du lard ou du cochon (un comble en Corse). Cependant lorsque je relate l'anecdote à Jean on se marre un bon coup. Sans bagage, donc très légers, nous partons visiter la ville. La citadelle, grosse bâtisse circulaire, qui domine le golfe, permet une belle vue circulaire. Construite en 1440, elle fut au gré des périodes génoise, aragonaise, française, anglo-corse, italienne et aussi bien sûr corse. Comme la plupart des villes de Corse et de Sardaigne que nous allons visiter, nous constatons que ces régions étaient très convoitées et que de nombreux peuples se les sont disputées, chacun les possédant de temps à autre en fonction des fortunes de guerre et des alliances. Qu'il est doux de déambuler à vélo par un temps somme toute redevenu clément, bien que de gros nuages sombres rôdent encore sur les reliefs. Revenons à des questions plus terre à terre, avec quoi notre repas du soir sera-t-il arrosé? Jean a la bonne idée d'acheter du Patrimonio au détail, mais n'ayant pas de bouteille, il met ce magnifique vin rouge dans son bidon. La soirée et le dîner sont agréables et le litre de Patrimonio passe de vie à trépas.
27 avril
Après une bonne nuit, le réveil aux chants des oiseaux est un régal, de plus il ne pleut pas. Aujourd'hui début de parcours par la traversée du Désert des Agriates. En montant le premier col, Bocca di Vezzu, qui culmine à 311 mètres une bruine légère commence à tomber. Progressivement elle évolue vers le déluge. Moi qui pensais qu'un désert était garant de sécheresse! La descente sur Île Rousse est un supplice face à un vent violent, cinglés par des gouttes énormes. 50 kilomètres à l'heure sur chaussée détrempée nécessite de l'attention, mais une seule idée me hante, que ce calvaire s'arrête le plus vite possible. Le froid me tétanise, on est beaucoup plus sensible à ces variations de température à vélo qu'à pied, tout particulièrement en descente. Les derniers kilomètres avant la ville en bord de mer sont éprouvants, arque boutés sur les pédales, complètement essorés nous nous traînons lamentablement à 10 à l'heure tellement les rafales de vent et de pluie sont puissantes. Au centre du village arrêt d'urgence dans un petit bar qui nous fait à manger. Les rues se sont transformées en rivières et aucun signe d'apaisement n'est en vue. L'étape d'aujourd'hui s'arrête ici avec seulement 47 kilomètres enregistrés au compteur. Nous prenons une chambre d'hôtel et faisons sécher nos affaires. Je constate que mes sacoches et mon sac ne sont pas totalement étanches, et il va me falloir revoir ma stratégie de conditionnement de mes habits et de mon matériel de couchage, le métier rentre doucement, les petits revers sont formateurs. Les Corses au cours de cet après-midi de fin du monde nous diront qu'ils n'ont jamais vu un temps pareil. Il pleut maintenant depuis six mois. Si ça doit continuer on a du souci à se faire pour notre balade. De plus le tonnerre s'y met! Nous nous endormons bercés par les gouttières qui débordent.
28 avril
Il ne pleut pas. La journée commence bien, le patron très gentiment nous offre le café. L'étape de ce jour sera musclée. Il nous faut r��cupérer la distance non faite hier, donc au programme arriver à Porto. Rapidement Calvi est atteinte. Nous prenons le temps de visiter cette magnifique cité. La citadelle haut perchée sur son rocher offre une vue époustouflante. Après un pique-nique rapide 85 kilomètres nous attendent, constitués de beaucoup de côtes et en prime avec le vent dans le nez. Nous optons pour les petites routes et prenons la D81, serpentant au-dessus de rochers acérés qui plongent dans la mer. Ce vent qui nous freine, ce qu'il est bon de le sentir sur son visage, ses bras et sur tout le corps. Le voyage en s'exposant aux aléas du climat apporte réellement une dimension de plus à l'expérience. Il n'y a pas que l'effort physique qui procure du plaisir mais aussi ce contact sensuel avec les éléments. Il faut garder toute sa vigilance pour résister aux coups de boutoir du vent, qui arrivent de façon aléatoire. Derrière une vitre de voiture le spectacle est le même mais il manque ce tutoiement avec la planète et ses caprices. Les lendemains de tempête, l'air a une limpidité qui fait ressortir les couleurs et accentue leurs contrastes. En particulier, les très nombreuses fleurs dans ce décor encore tout humide brillent de mille feux, où domine le jaune ponctué des tâches rouges des coquelicots. Cette départementale, très sauvage et peu parcourue à cette époque longe la mer puis s'enfonce dans les terres. Elle est en permanence coupée de petits ruisseaux, conséquence des très fortes précipitations de ces deux derniers jours. Ce qui est extraordinaire sur ces routes corses, c'est que tout en longeant la mer, on peut contempler à proximité de belles montagnes enneigées, qui se découpent sur le ciel.
A 15 heures, nous arrivons à proximité de Galéria qui se situe dans un cul de sac. Le chemin pour Porto est encore long. Une grimpette de 11km pour quatre cents mètres de dénivelé nous fait peiner. Ensuite il reste plus de quarante kilomètres à parcourir qui ne sont pas uniquement en descente. Alors que nous sommes encore à trente deux kilomètres de Porto, son petit golfe semble tout proche. C'est compter sans les interminables détours le long des courbes de niveau. C'est digne du nord de l'Albanie, et si moi je ne l'ai parcouru qu'en voiture, Jean lui a circulé dans ces contrées reculées à vélo. Un peu avant d'arriver à Porto la route passe entre de grandes falaises de roche rouge, du porphyre, permettant par endroits des points de vue vertigineux sur une côte déchiquetée et frangée d'écume. Le gros avantage du vélo sur la voiture, le long de ces routes très étroites et tortueuses, consiste dans le fait que l'on peut toujours s'arrêter pour profiter d'un beau point de vue. Les derniers kilomètres nous donnent bien du mal en nous opposant des pentes rudes. Enfin la petite ville de Porto se trouve à nos pieds. Qu'elle est belle avec sa baie envahie de grosses vagues et sa tour sarrasine sur son éperon rocheux! L'étape a été de 109 kilomètres et le plaisir d'être arrivés est évident. Dernier supplice, rejoindre le camping par un chemin de grande raideur, je pousse le vélo. Soirée agréable, comme précédemment, à cette époque les campings sont presque déserts. Juste au-dessus de nous le Capu d'Ortu, culminant à 1294 mètres pratiquement sur la mer, nous laisse admirer sa vaste face ouest éclairée par le soleil couchant.
29 avril
Durant la nuit il a un peu plu, pourvu que le déluge des premiers jours ne fasse pas un retour. Le ciel reste chargé mais aucune goutte ne se fera sentir de toute la journée. Le départ est brutal et sans mise en jambe. Au cours des six premiers kilomètres la route s'élève de cinq cents mètres, mais petit plateau et grand pignon, tranquillement ça monte. Le lieu est l'un des plus touristiques de l'Île de Beauté, les fameuses Calanches de Piana. Beaucoup de monde, motos, voitures et cars ainsi que deux autres vélos. Je décide de m'arrêter pour faire une photo, je n'arrive pas à décliper mes pédales et je fais ma première chute. L'arrivée au sol est violente, mais heureusement les bagages amortissent en partie le choc, cependant je me blesse légèrement à la jambe avec les plateaux. Je n'arrive pas à me relever car mon pied reste rivé à la pédale. Un grand balèze qui a assisté au spectacle, me prend dans ses bras et me remet sur pieds, mais il manque me lâcher avant que ma chaussure soit décoincée, donc il était moins deux pour que je remette cela. Je le remercie en lui disant «Comme il est bon de se trouver dans les bras d'un grand costaud». Tout le groupe qui l'accompagne éclate de rire. Le site est splendide, d'immenses parois nous surplombent alors que celles situées sous la route dominent la mer de plusieurs centaines de mètres. Des rochers aux formes étranges ajoutent au pittoresque du lieu.
Le parcours jusqu'à Ajaccio se passe sans encombre sur une route toujours splendide. L'arrivée dans la ville est rébarbative à cause d'une circulation dense. Nous fuyons et rejoignons, par une route à circulation rapide très désagréable, un camping à proximité de l'aéroport. L'étape de ce jour est de 92 kilomètres.
30 avril
Aujourd'hui encore une très belle étape par une petite route peu fréquentée nous attend. Dans ces conditions le vélo est un sport très agréable et un moyen de voyager génial, même s'il ne procure pas le degré de liberté de la marche, qui elle s'affranchit de la route. Grosse forme, je pars comme un «calu», Jean qui a l'expérience sait que cela n'aura qu'un temps. Je découvre le plaisir de pédaler à un bon rythme, et de voir défiler les kilomètres. Ce matin cette vitesse est d'autant plus agréable, que nous avons un vent favorable et que la route longe le bord de mer depuis Porticcio. Nous quittons le bord de l'eau et une première côte sévère bloque net le mouvement. Puis contre toute attente nous entamons une descente raide et assez mal pavée, et nous voilà de nouveau sur la plage. Interrogation? Nous nous sommes trompés dans la montée du col de Cortonu. Que faire? Remonter? Ma carte au 100 000, datant de 1985, indique qu'un chemin contourne par l'ouest le col et conduit de nouveau sur la D55a un peu plus loin. Après tout, nous cherchons les petites routes et bien allons-y! Jean est toujours fana pour ce genre de variantes, ça lui rappelle ses virées dans des contrées lointaines. Oui nous le trouvons notre chemin, mais depuis vingt ans le progrès est passé par là et il est goudronné. Cependant son tracé est resté le même, et souvent les chemins ça ne cherchent à faire des détours, il attaque tout droit dans la pente à plus de 10%. Jean s'envole, je mets un point d'honneur à ne pas mettre pied à terre et appuie sur les pédales. Ne pas tomber en dessous de six à l'heure car la limite de l'équilibre se situe à 5, 5 voire cinq, et un déséquilibre avec les pieds rivés j'en connais le résultat! Là les 25 kilos de bagages je les sens. Je n'en reviens pas, pourquoi je suis capable de traverser les Pyrénées à pied avec moins de 10 kilos et que je me retrouve ici chargé comme un camion? Les besoins sont presque les mêmes à pied et à vélo, le couchage et les habits le reste c'est du superflu. Il faut peut-être dire que j'ai de quoi pêcher ainsi que masque et tuba, et aussi plusieurs livres. À pied on restreint le matériel de façon plus drastique. De petites dérives en petits excès on se retrouve accablé comme une mule. Le plus cocasse c'est que pour la norme cyclotouristique je ne suis pas tellement chargé.
Enfin nous voilà de retour sur la route initialement prévue, mais que ce détour était joli. Là, à vélo et à pied je fais la même constatation, au cours des erreurs d'itinéraire on voit généralement de très belles choses et on ne regrette surtout pas de s'être trompé. Une belle descente se présente, logique le col est derrière, et c'est reparti grand braquet, que du plaisir. Nous arrivons à Acqua Doria toute petite localité perchée. Une épicerie bar nous accueille, quelques achats et un café pris sur la terrasse offrant un panorama vaste dans toutes les directions. Je découvre sur une étagère de cette petite échoppe un vin qui m'intrigue tellement que je fais la photo de l'étiquette. Sur cette dernière on peut lire: vin de Merde, le pire... cache le meilleur. On y croit pas à la première lecture et donc on recommence! Mais si c'est bien écrit cela. Pour compléter, des fois que l'on ait pas compris, dans le coin droit de l'étiquette se trouve une belle grosse mouche bleue sans doute du meilleur et non du pire effet! Un peu plus loin nous faisons une halte et pique-niquons bien installés au soleil, moment très agréable passé à se raconter une multitude d'histoires. En effet si nous pratiquons des sports généralement différents actuellement, nous sommes tous les deux alpinistes au départ, et plusieurs dizaines d'années d'escalade ça formate. Nous repartons par de minuscules routes à travers une campagne verdoyante, on ne se fait pas cette idée de la Corse. Les pluies qui s'abattent sur l'île depuis des mois lui donnent un côté luxuriant et partout de grandes herbes bien vertes envahissent les espaces libres et les champs. Retour en bord de mer, Propriano apparaît au fond de sa baie turquoise au sable clair, entourée de montagnes. Que ces grands espaces sont jolis lorsqu'ils sont presque déserts. A l'entrée de la ville nous trouvons un camping en hauteur. Pour rejoindre notre emplacement 500 mètres d'une raideur extrême, ces derniers coups de collier sont un vrai supplice, bien que le compteur ne comptabilise que 62 kilomètres pour la journée. Comme toujours pas grand monde , nous sommes presque seuls à part quelques chats affamés qui viennent quémander. J'évalue le niveau de faim d'un chat, outre sa maigreur, au fait qu'il mange ou non le pain. Pas de doute ceux-là ont très faim. En tout cas ils ne sont pas farouches l'un d'eux escalade mes sacoches comme s'il désirait continuer avec nous. Les bagages posés, une descente en ville nous permet de découvrir une petite cité agréable surtout par ce temps presque estival.
1 mai
Aujourd'hui l'étape sera moins sympathique. En effet, la seule route pour Bonifacio, c'est la nationale, ce qui est toujours un peu stressant et souvent ça ne sent pas bon. Ça commence dur, une belle montée jusqu'à Sartène et tout les jours ne se ressemblant pas je me sens un peu fatigué, donc avec la chaleur je souffre. Il me suffit de penser à Kazantsakis et sa formule que j'ai faite mienne: un jour où je n'ai pas souffert est un jour où je n'ai pas vécu. Un raccourci dans la ville elle-même est très raide, une erreur de pignon m'est fatale. Je mets pied à terre et, mon Dieu que le vélo est lourd à pousser dans cette côte qui affiche au moins 12 ou 13 %. Le reste de l'étape ne me laisse pas de souvenir précis, si ce n'est le moment où dans un virage nous avons vu surgir la Sardaigne, que nous rejoindrons demain. Un autre détail me revient en mémoire, nous avons croisé un groupe de Ferraris en vadrouille, elles étaient quatorze, et même si les voitures ne vous intéressent pas c'est pas mal à regarder passer. Après 60 kilomètres, sur les hauteurs de Bonifacio nous nous installons dans un camping agréable dominé de jolis monticules granitiques qui donnent envie de faire de l'escalade. Sans charge la descente est amorcée pour visiter la cité, qui est très pittoresque. Sa citadelle colonise un magnifique promontoire permettant une vue de tout premier plan sur la Sardaigne et le détroit qui protège le port de la pleine mer. Je me souviens y être venu en voilier il y a bien longtemps lors d'une magnifique navigation d'une quinzaine de jours.
2 mai
Ce matin branle-bas très tôt, nous devons être au port au plus tard à 8 heures pour un départ à huit trente. Les cinq kilomètres du camping au port sont exclusivement en descente. Qu'il est bon de se laisser glisser comme cela de bon matin. Les roulements à billes de mes roues sont si performants que j'ai plus l'impression de glisser que de rouler.
Les passagers ne sont pas très nombreux sur le bateau, quelques voitures et motos. Ces dernières tout au long de notre périple nous en verrons des meutes plus ou moins importantes, sauf en finale dans le centre de la Corse en Castanicca, coin enchanteur dont je reparlerai et qui nous fera regretter de mettre fin à notre voyage, comme attirés par une envie d'errance sans fin. Le départ le long de ces grandes falaises blanches, au sommet desquelles se serrent des maisons toutes en hauteur est d'une saisissante beauté. Les goélands, qui planent derrière le navire à la même vitesse, semblent immobiles. Les bateaux m'ont toujours procuré une forte impression de départ vers des contrées lointaines, même si aujourd'hui le trajet n'excède pas une vingtaine de kilomètres et ne dure que cinquante minutes. Cependant pour un prix de vingt euros, j'ai vraiment la sensation de partir.
Après cette traversée agréable nous débarquons en Sardaigne. Cela me fait quelque chose car il y a plusieurs générations déjà, par ma grand-mère paternelle j'ai des gènes qui proviennent de cette île. Nous commençons avec un petit café sur le port. La vie est délicieuse lorsqu'on n'est pas dans l'urgence et autonomes, pas de contrainte concernant le point de chute, tout petit recoin discret peut faire l'affaire, si à huit heures du soir on n'a pas trouvé de lieu d'arrêt dit autorisé.
Cette première étape doit nous conduire à Castelsardo, jolie petite ville chargée d'histoire posée sur un magnifique tertre pyramidal qui s'avance sur la mer. Le relief sur la côte ouest nous semble presque débonnaire après la descente de la Corse. La circulation n'est pas très importante et le déplacement à vélo est agréable. La campagne sarde est un festival de fleurs, qui déroulent leurs corolles par millions à notre passage. Au bout d'une ligne droite quelques centaines de mètres devant, nous voyons deux cyclotouristes. La chasse est lancée, je réussis à m'approcher à une cinquantaine de mètres puis je me fais décrocher. Jean ne semble pas s'être intéressé à la course. Ils reprennent le terrain perdu et finissent par disparaître. Une quinzaine de kilomètres plus loin, nous les retrouvons devant une échoppe de fruits et légumes sur le bord de la route en pleine campagne. Nous en profitons pour faire la halte de midi. Il s'agit de deux Allemands engagés sur le tour de Sardaigne en douze jours avec points de départ et d'arrivée à Olbia, aéroport desservant l'île par des vols low costs. Nous rencontrerons de nombreuses personnes qui utilisent ce point d'entrée. Les Allemands partent avant nous, mais ayant fait un petit détour par une crique qui les a un peu retardés, pour un temps nous les retrouvons. Cela nous donne l'occasion de nous «allumer» sérieusement le long d'une grosse bosse, et je ne suis pas le premier à craquer. Quand on est bête c'est pour la vie, et ça ne risque pas de s'arranger après cinquante ans!
Castelsardo apparaît au détour d'un virage, véritable splendeur que ce tertre qui s'avance sur la mer, coiffé de sa citadelle centenaire au pied de laquelle de petites maisons multicolores serrées les unes contre les autres essaient de monter à l'assaut. Pris par la beauté de ce spectacle je freine et m'arrête, mais je ne pense pas à mes pieds et rebelote deuxième chute, cependant l'expérience aidant je ne me fais cette fois aucune égratignure. Pourtant on n'est jamais à l'abri d'un poignet cassé, il faudra que ça rentre. Ne devient pas cyclotouriste qui veut! Nous montons visiter cette petite cité, c'est raide à vélo, vieille ville charmante aux ruelles calmes et colorées, haut perchées au-dessus de la mer. Mais il n'y a pas de logement hormis les hôtels, il nous faut pousser jusqu'à Porto Torres à une trentaine de kilomètres plus au sud. Cette décision ne soulève pas l'enthousiasme, mais quelle autre alternative? Rapidement nous reprenons plaisir à pédaler, la route domine la mer avec de belles perspectives sur de petites criques, et de plus le vent nous pousse. À une moyenne supérieure à vingt à l'heure nous atteignons notre but, ce qui fait pour la journée 105 kilomètres, mais ils comptent moins que les kilomètres corses. Installés au camping, nous partons faire les courses au supermarché situé à trois cents mètres. Devant le magasin je freine et dix de der, je n'ai pas vu que mes pieds sont clipés. La chute est plus brutale car je n'ai plus de bagage pour amortir. Je suis bien secoué mais une fois de plus rien, cependant il faut que je réagisse cela fait la troisième depuis le départ et la seconde aujourd'hui, à ce rythme les statistiques me disent que je vais finir au mieux avec un plâtre. Retour au camping et qui voyons-nous en train d'arriver? Nos deux Allemands , Josef et Wolfgang. Ils viennent s'installer à côté de nous et ce sera l'occasion d'une soirée sympathique à nous raconter des histoires de vélos. Ce sont de gros rouleurs qui n'hésitent pas à traverser les USA. Demain ils partiront tôt, par contre pour nous ce sera repos car nous devons récupérer deux compagnons qui arrivent par bateau et qui vont nous accompagner durant le tour de Sardaigne. Eh oui! VF a encore sévi.
Nous roulons depuis une semaine, cela me permet de me faire une première idée de cette façon de voyager que je n'imaginais pas utiliser, encore récemment. Le vélo ne donne pas cette impression de liberté que procure la marche, car on reste, sinon prisonnier, tout au moins dépendant de la route. Parfois la circulation est dense et ce n'est pas très agréable, cependant on s'accoutume assez vite. Nous avons franchi 550 kilomètres, cela fait beaucoup plus qu'à pied. On éprouve toujours un certain contentement en regardant une carte sur laquelle on a parcouru de grandes distances à la seule force de son corps, à pied ou à vélo. C'est sans doute un peu puérile mais c'est cependant un petit plaisir et une vie heureuse, paraît-il, est constituée d'une somme de petits plaisirs. Il est vrai qu'en soi la distance ne signifie pas grand chose, donnée relative en fonction de la difficulté ou du mode de déplacement. Que dire d'un parcours en kayak ou de la montée d'une face qui fait «seulement» un kilomètre? Même si le kilométrage n'est qu'un accessoire du voyage, souvent on s'imagine qu'en allant loin on voyage vraiment. Forcément ce genre de conditionnement joue et voilà pourquoi on est tout content de regarder sur la carte une grande distance que l'on vient d'accomplir. Le vélo a un autre gros avantage, il est beaucoup moins traumatisant que la marche à pied. Bien sûr l'effort musculaire a été intense au cours des innombrables montées de la côte ouest de la Corse, mais les contraintes et les chocs sur l'ossature sont moindres. Le soir à l'arrêt la fatigue est différente de celle ressentie à pied, bien moins traumatique, vraie source de bien-être. Je n'en reviens toujours pas, pourvu que cela dure. Il y a maintenant une semaine que je suis rentré chez moi, après un mois de vélo et 1900 kilomètres, et je n'éprouve aucune douleur nulle part. Juste avant de partir, une épaule me faisait mal depuis plusieurs années avec des fourmis dans la main. L'ostéopathe que j'ai vu trois jours avant de rouler m'a dit de partir quand même, et il a eu bien raison. Cet effort présente un véritable effet curatif sur les douleurs articulaires. Donc le voyage à vélo présente indéniablement des avantages et des côtés très agréables, bien que toutes les dimensions de liberté ne soient pas réunies, tout du moins en Europe. J'imagine que dans certains pays lointains sur des pistes peu ou pas fréquentées le vélo devient l'outil le plus sublime pour voyager.
3 mai
Ce matin pas d'impératif, nous voyons les Allemands partir et nous petit-déjeunons tranquillement. Cette journée d'arrêt est la bienvenue car je sens une légère fatigue. Nous devons nous rendre au port attendre Evelyne et Rafik à 19h. En début d'après-midi nous partons pour un tour en ville et la reconnaissance du port. De nombreux restes archéologiques subsistent dans cette ville de 20 000 habitants. En outre, elle est très industrialisée. Le hasard fait bien les choses, nous tombons sur une procession religieuse. Un cortège immense suit la statue de la vierge, comme si toute la cité s'était donnée rendez-vous. Les autorités en premier, maire et autres autorités civiles puis, policiers, carabinieri, pompiers, militaires ouvrent la voie à cette foule interminable qui monte à l'église. En fin d'après-midi nous nous rendons sur le port. Bizarre pas de bateau prévu à 19heures, il y en a bien un à 20 heures mais en partance.
En définitive, ils débarquent bien mais à vingt et une heures. Les dix kilomètres pour rentrer au camping se feront de nuit. Moment d'angoisse avec seulement une frontale qui ne permet pas de bien visualiser la route et ses à-côtés. On m'avait dit que les phares n'étaient pas nécessaires car on roule toujours de jour et on ne se laisse jamais prendre par la nuit. Cela fait déjà deux fois en une semaine. Dès que je rentre chez moi je ferai équiper mon vélo du système d'éclairage adéquate. Là encore c'est le métier qui rentre. Nous leur avons préparé un petit repas d'accueil, simple mais consistant, purée saucisses. Nous faisons connaissance, Evelyne est une coureuse à pied reconvertie au vélo et Rafik est un athlète de haut niveau qui a terminé 17ème au championnat du monde de cross. Première soirée très agréable, et durant les 15 jours l'ambiance restera au beau fixe. Manifestement ce sont des clients de haut niveau. Moi le novice du vélo je n'ai qu'à bien me tenir! Le bilan kilométrique de cette journée se monte à trente, une broutille tandis qu'à pied cela représente une belle étape.
4 mai
Aujourd'hui, il est prévu un trajet de rodage à quatre. A travers la campagne sarde par de petites routes nous comptons rejoindre le Cap Caccia, qui est la pointe sud d'une longue et étroite presque-île bordée de falaises qui dominent le mer d'environ 200 mètres. Cinquante kilomètres sans voiture ou presque dans des paysages paisibles ou le vert des prairies et les couleurs vives des fleurs dominent. Qu'il est paisible de faire ce type de randonnée, là le vélo est un merveilleux moyen de locomotion. Nous rejoignons le bord de mer, et prenons la direction du cap précité. Quelques raidillons carabinés nous permettent d'accéder à un belvédère remarquable, d'où la vue sur d'énormes rochers émergeant de l'eau est saisissante. Un groupe d'Allemands devant leur car nous applaudit dans notre effort final. En remerciement je leur récite les premiers vers de la Lorelei: Was soll es bedeuten, dass ich so traurig bin...
Mais au fait sur ce rocher s'avançant sur la mer nous ne voyons pas de camping, alors qu'il était prévu de s'y arrêter pour la nuit. Un petit sigle triangulaire sur la carte avait été mal interprété. De notre magnifique point de vue dans le lointain après un grand cap blanc se dévoile la ville d'Alghero. Nous comprenons tout de suite que c'est reparti pour trente kilomètres. Après quelques bosses, nous rejoignons des zones plates. Un léger vent arrière transforme les vingt derniers kilomètres en une promenade de plaisir à vive allure. Le premier camping rencontré est fermé, le second se cache sur la plage pratiquement dans la ville. Nous finirons par le dénicher après plusieurs passages et les renseignements des autochtones. Le kilométrage pour ce jour s'élève à 77km. La ville a du cachet avec ses fortifications qui donnent directement sur la mer. On les suit par de larges esplanades. De nombreuses armées d'invasion ont laissé des traces dans cette cité, qui a été convoitée et conquise au cours des siècles par les Italiens, les Carthaginois, les Phéniciens, les Byzantins, les Arabes les Catalans et sans doute d'autres.
5 mai
Ce matin petite forme, deux d'entre nous ont des symptômes concordants, mal de tête et nausées. Avons-nous mangé quelque chose qui n'était pas frais? Nous passons la matinée tranquillement. Le départ a lieu à 11heures 30, l'état des deux malades s'améliorant. Le but de la journée se trouve à 48 kilomètres, il s'agit de la petite bourgade de Bosa. Même si la distance n'est pas très importante, l'étape nous marque d'une part du fait de sa beauté, route en hauteur au-dessus de la mer, et d'autre par à cause de ses pentes particulièrement longues et raides. Enfin après avoir bataillé plusieurs heures, une immense descente nous tend les bras. Elle doit nous conduire au point d'étape prévu. Mais le plaisir sera gâché, car l'orage s'invite à la fête et il est particulièrement violent. Nous ne trouvons pas le moindre abri, et stoïquement nous pédalons sous des trombes d'eau. L'absence de construction le long de cet itinéraire est totale, et sous la pluie cela se remarque d'autant plus. Après une petite heure de grosse rincée, le beau temps revient aussi vite qu'il avait été chassé. L'arrivée dans Bosa se fait au milieu des mares laissées par l'orage.
Nous sommes hébergés à l'auberge de jeunesse, spartiate mais fonctionnelle, une chambre à quatre avec lits superposés. Rafik et moi partons pêcher. Outre le goût prononcé pour le sport et la course à pied, nous avons d'autres points communs. Lui est d'origine tunisienne et mon père est né en Algérie, certes de père ardéchois, mais cela n'empêche que nous venons du même creuset de la Méditerranée et que tout nous attire en elle, en particulier la pêche. La petite baie de Bosa est abritée par une large digue sur laquelle viennent se fracasser de grosses vagues. Au débouché d'un petit estuaire aux eaux très remuées, les pêcheurs s'agglutinent, taquinant la dorade et le loup. Pour notre part nous n'attrapons qu'un petit sarran, joli poisson de roche bariolé. Je le décroche avec précaution et le remets à l'eau. Certains pourraient me dire pourquoi embêter les poissons, voire plus, si ce n'est que pour le plaisir de les attraper. Sans doute toute la tradition communiquée par mon père qui me racontait avec une passion non assouvie les pêches merveilleuses qu'il faisait dans son enfance sur les côtes algériennes. Dans ces régions méditerranéennes je me sens bien, ce qui peut paraître un peu paradoxal car je ne rêve que de montagnes et de parois raides. En Corse j'ai plutôt tendance à regarder du côté de la montagne, qui jaillit partout, tandis qu'en Sardaigne mon regard va naturellement vers la mer, même si les reliefs sont parfois escarpés et présentent de belles falaises. La Corse pour moi est une extraordinaire montagne dans la mer, et la Sardaigne consiste en une succession de magnifiques sites côtiers tout du moins sur son versant ouest, la côte est étant plus accidentée. Cependant en Corse, même sa côte plate est dominée de magnifiques pics, enneigés plus de la moitié de l'année. Je ne dis pas qu'elle est plus belle que la Sardaigne, ce type de comparaison n'a pas de sens. Je reprendrai seulement les mots d'un grand navigateur qui a arpenté le monde sous toutes ses coutures et qui déclare « de toutes les contrées dans lesquelles j'ai navigué, les deux plus belles sont la Corse et la Bretagne » et il est breton, alors pensez ce que vous voulez de la Corse!
6 mai
Très beau temps, le petit déjeuner servi à l'auberge de jeunesse est frugal, mais heureusement nous ajoutons le complément. De petits ennuis techniques nous retardent. Le départ a lieu vers midi. Le démarrage est brutal, une rampe particulièrement raide ouvre le bal. Halte repas très plaisante sur la place du village de Sennariolo, et nous ne dérogeons pas au rite du petit café final, surtout qu'en Sardaigne il est moins cher qu'en France, généralement 80 centimes. La montée reprend jusqu'au village suivant Cuglieri. Ensuite le parcours est un enchantement, une succession de faux plats en descente avec le vent dans le dos. Je m'en donne à cœur-joie sur le grand braquet, une vingtaine de kilomètres parcourus entre 40 et 55 kilomètres par heure en permanence. Le vélo procure dans ces moments un plaisir intense. L'expression filer comme le vent décrit bien la situation. J'ai vraiment la sensation de vitesse, et je m'y connais un peu ayant conduit de grosses motos de façon souvent déraisonnable. Un arrêt est improvisé à S'Archittu, tellement ce petit golfe couleur turquoise entouré de falaises est magnifique. Nous repartons sur un bon rythme. La grande ville approche avec son cortège habituel, constructions plus nombreuses, route plus large et un trafic toujours plus dense. Nous n'entrons pas dans Oristano mais partons à l'ouest camper à Torre Grande. Aujourd'hui le compteur marque 72 kilomètres, dont pas mal furent un véritable régal. En particulier les dix derniers kilomètres, vent dans le nez, bien abrités derrière Jean qui comme un tracteur maintenait un bon vingt-cinq de moyenne, on ressent tout le bien-fait de l'effort soutenu au bon niveau sans que cela fasse mal. Il faut dire qu'entre lui et Rafik nous avons deux gros costauds du vélo. Evelyne , toute menue qu'elle est, dans les côtes quelque soit leur inclinaison et leur longueur, elle appuie de façon régulière sur les pédales et je la vois systématiquement disparaître, j'en ferai encore l'expérience au cours des jours à venir dans les montagnes. Mon arme secrète pour refaire mon retard c'est de mettre le grand développement dans les descentes et de forcer comme une brute. J'atteins régulièrement les 60 à l'heure, voire parfois beaucoup plus. Cette sympathique émulation se passe dans la bonne humeur et la décontraction.
Nous envisageons de rester deux nuits sur place afin de visiter tout à loisir les environs demain . En effet à une dizaine de kilomètres à l'ouest se trouve le magnifique site archéologique de la ville de Tharros. Cette dernière il y maintenant deux millénaires était la capitale de l'île. Notre camping est «bunkérisé» par de grandes grilles et un haut mur sur le devant, mais agréable une fois à l'intérieur. Comme d'habitude pas d'affluence, cependant un peu plus de monde que les jours précédents, en particulier des groupes de motards. Un cyclotouriste allemand nous aborde et nous narre son périple commencé cinq semaines plus tôt en Allemagne par une traversée des Alpes jusqu'à Nice.
7 mai
Comme prévu départ pour Tharros, mais les petites routes nous conduisent sur les bords d'un immense étang utilisé pour la pisciculture. De toute évidence les poissons grouillent, mais nous sommes perdus parmi les hautes herbes, notre chemin ayant subitement disparu. Nous ne restons pas longtemps seuls. Des gardes forestiers équipés d'un 4x4, nous ayant repérés de loin, nous prenant peut-être pour des braconniers, s'arrêtent à notre hauteur. Nous leur expliquons notre situation. Ces derniers très gentiment nous proposent de les suivre et par un véritable labyrinthe de petits chemins en sous-bois ils nous remettront dans la bonne direction. L'itinéraire n'est pas évident, car à plusieurs reprises à la croisée de sentes nous les voyons hésiter. Ensuite, la route sur une dizaine de kilomètres est une splendeur, entre plans d'eau et explosions de fleurs sur des hectares.
Enfin nous atteignons la très belle église San Giovanni. Tharros est à proximité. Une piste en terre conduit à l'extrémité du cap. Le lieu est magique. On imagine facilement la scène, lorsque les premiers Phéniciens abordèrent ce site sept siècles avant notre ère. Ils en évaluèrent tout de suite le potentiel. En effet jusque vers la fin du premier millénaire après Jésus-Christ, le port fondé prospéra et donna cette très belle cité. Mais les corsaires sarrasins devenant de plus en plus menaçants, un repli vers l'intérieur des terres fut amorcé et la ville périclita. Il en reste des ruines superbes dans un cadre enchanteur, envahies au mois de mai, d'une incroyable densité de fleurs, qui montent à l'assaut du pied de la grande tour ronde bien campée sur la plus haute colline du cap. Site exceptionnel particulièrement surveillé, nous y croisons outre les gardes qui nous ont indiqué notre chemin, des policiers, des carbinieri et des gardes côtes. Je déconseille formellement à quiconque d'avoir l'idée d'y envisager le camping sauvage.
Nous décidons ensuite d'aller visiter Oristano, jolie petite ville au centre très pittoresque. De belles places dallées aux formes inhabituelles font la meilleure impression. En ce début d'après-midi les rues sont désertes, sieste oblige et nous avons l'impression d'avoir la cité pour nous seuls.
Journée agréable de visites, nous avons tout de même parcouru 62 kilomètres, mais sans bagage nous n'avons pas l'impression d'avoir roulé. A croire que la déformation du cyclotouriste arrive plus vite qu'on le pense!
8 mai
Aujourd'hui départ matinal, car l'étape prévue est conséquente. Plus de 100km ponctués de gros dénivelés, avec pour but Fonni, station estivale au pied ou presque de la Punta Marmora, point culminant de l'île. Le mot Punta n'est pas très bien choisi, car si vous imaginez trouver un beau pic vous serez déçu. Il s'agit plutôt du point le plus élevé d'une crête massive, qui pourrait ressembler au Honneck vu sous un certain angle. Donc c'est une belle montagne, en effet je vis avec une Vosgienne, évidemment le Honneck est forcément à l'égal du Daulaghiri, magnifique pyramide qui culmine presque à 8200 mètres!
Nous mettons donc le cap sur le centre de l'île avec la ferme intention d'en atteindre le sommet, qui culmine, certains diront seulement, à 1834 mètres. Cependant se rendre au départ d'une balade à pied en utilisant un vélo ce n'est pas comme s'y rendre en voiture. Cela participe aussi au charme du voyage à bicyclette (je ne sais pas si ce terme fait partie du vocabulaire du cyclo?). Au nord d'Oristano nous ne trouvons pas la petite route repérée sur la carte, c'est donc par une voie à la circulation relativement importante que nous commençons. Rapidement nous réussissons à nous en échapper. Première localité relativement importante, Busachi, les choses sérieuses n'ont pas vraiment débuté. Premier gros incident technique, le dérailleur de Rafik se prend dans les rayons, d'où blocage de la roue et de nombreux dégâts, rayons complètement pliés dérailleur très endommagé. Rafik est un magicien de la mécanique, en une petite heure il remet tout cela d'équerre, et fait notre admiration. La chaleur devient suffocante et la pente raidit. Nous commençons à avoir des doutes quant à la possibilité de rejoindre Fonni ce soir.
Arrêt à l'ombre d'un petit village pour le repas de midi. Comme toujours l'ambiance est très agréable, peu de monde, quelques autochtones attablés sur les minuscules terrasses des débits de boissons. Nous aurons l'occasion de constater aussi bien en Corse qu'en Sardaigne, que les routes côtières sont beaucoup plus fréquentées par les étrangers que les routes intérieures. Ce qui à vrai dire fera notre bonheur. Retour sur les pédales, ça chauffe dur. À la sortie du village de Sorgono nous faisons un arrêt au cimetière pour nous ravitailler en eau. Nos derniers espoirs pour atteindre Fonni ce soir se sont évanouis définitivement. Teti sera notre lieu d'arrêt. Il s'agit d'un magnifique petit village de montagne. Les habitants très gentiment nous permettent de camper sur le terrain communal dédié aux fêtes du village. Ils viendront même nous brancher l'eau.
L'étape du jour ne s'élève qu'à 85 kilomètres mais la forte proportion de côtes raides et la chaleur nous laissent une impression de journée fatigante et très bien remplie. Cette sensation de bonne fatigue, les muscles un peu endormis, et pas ce sentiment de squelette martyrisé que j'ai après une grosse étape à pied, procure un réel bien-être. Jean parle de vélo-thérapie, et c'est exactement cela. Rassurez-vous, je ne cherche pas un prétexte pour laisser tomber les longues marches. Probablement j'intégrerai plus le vélo dans ma manière de voyager, mais certains grands projets qui me tiennent à cœur ne s'envisagent pas à vélo, comme la Haute Route Pyrénéenne ou terminer la traversée des Alpes, et il m'en reste un grand morceau à parcourir, Chamonix à Trieste.
Une fois de plus la soirée se déroule dans la meilleure convivialité, agrémentée d'un décor superbe au milieu de ce terrain accidenté où la vue porte loin de crête en crête. Mes compagnons de voyage ont tous des expériences sportives et de voyages particulièrement intéressantes, et de plus l'humour, la simplicité et la rusticité font partie de leur qualités. Ce sont les ingrédients assurés d'une bonne partie de rigolade sans jamais à avoir à se tracasser quant aux conditions que l'on rencontrera. Il est étonnant de constater, comme dans certaines conditions une relation intime peut s'établir rapidement. J'ai l'impression sinon de toujours les avoir connus, au moins de les connaître de longue date.
9 mai
Aujourd'hui direction Fonni et cet après-midi l'escalade de la Punta Marmora est prévue. La journée commence par une belle descente, mais ça ne dure pas. Il nous faut enchaîner avec la raide route de Fonni, heureusement presque déserte. Le décor est splendide, grands espaces verts, un lac de barrage magnifique. Sous le pont qui l'enjambe une multitude de gros poissons fait des ronds à la surface.
La ville est à mille mètres d'altitude, de ce fait la chaleur n'est pas trop forte. Pour la seule fois de notre périple nous faisons appel à l'agritourisme. Une jolie demeure bien positionnée un peu au-dessus de Fonni en direction de la montagne que nous voulons gravir. Si le site est joli, le prix l'est tout autant. Une chambre à quatre lits pour la modique somme de 140 euros, certes avec le petit-déjeuner. Malgré des tentatives de négociation, rien n'y fera. Le prix annoncé sur le petit futé est moindre. Cette augmentation est la conséquence probable d'une publicité avantageuse. Nous ne sommes pas en mesure de trop insister ou de chercher une autre solution, si nous voulons suivre le programme. Les bagages déposés, nous reprenons nos vélos pour une belle grimpette jusqu'à l'altitude de 1500 mètres. A partir de ce point le sommet s'atteint à pied. Quelques névés subsistent, que nous nous empressons de fouler. Une première crête est atteinte, de laquelle une descente permet d'en rejoindre une seconde qui conduit au point culminant de l'île. Malgré sa faible altitude la vue porte loin sur les plaines environnantes, mais nous n'arrivons pas à distinguer la mer. Cette région montagneuse est austère, elle me fait un peu penser au Mont Lozère, par la couleur sombre de la roche, ses grandes pentes herbeuses et sa désertification. La redescende est effectuée au pas de course. Il ne faut pas grand chose pour qu'avec Rafik, nous courrions comme des dératés. La vigilance est de mise, car mes chaussures de cycliste, de temps à autre du fait des parties métalliques du système d'accrochage ont une fâcheuse tendance à déraper sans prévenir sur le rocher. Rafik possède un coffre invraisemblable, certes il a 10 ans de moins, mais ses références en matière de course à pied en font un véritable OCNI (objet courant non identifié). Le plaisir de me défoncer physiquement restera, tant que mon état le permettra, une source de joie immense. Nous retournons dans notre agritourisme, où l'ambiance n'est pas franchement chaleureuse, et en guise de représailles nous préparons notre popote dans la chambre bien que ce soit interdit. Ayant été pris au dépourvu pour les courses, quelques lyophilisés en secours nous permettent un repas somme toute bon et suffisamment copieux.
L'étape de ce jour se monte à 54 kilomètres à vélo, dont une bonne quarantaine en montée raide, plus deux heures de presque course en montagne. Seul soir où je sens un peu mon dos, preuve que le déplacement à pied, certes en courant, traumatise plus que le vélo.
10 mai
Aujourd'hui nous retrouverons le bord de mer sur la côte est. Nous commençons la journée par un petit-déjeuner original dans une belle salle circulaire surmontée d'une charpente en forme de tente indienne, ce qui donne à la pièce beaucoup de volume et du cachet. Peut-être pour contrebalancer les relations quelque peu conflictuelles de la veille, l'hôtesse nous sert, outre les ingrédients habituels, une magnifique part de ricotta bien nappée de miel, un pur régal!
Nous sommes en pleine forme, pas de doute un lit de temps à autre, cela fait du bien. Après une descente sur Fonni, la route part à l'assaut d'un col sur 15 kilomètres et 300 mètres de dénivelé, presque une formalité. Au col du Monte Pipinari à 1246 mètres il fait frisquet. Nous ne traînons pas et entamons une longue descente. A quelque distance Rafik crève, son pneu est endommagé ainsi que sa gente. Pour cette dernière il s'agit des conséquences de l'incident de l'avant-veille, quand il a du détordre des rayons en forçant.
Nous arrivons sans autre incident après une magnifique étape à un camping idyllique à Tortoli. Les tentes sont installées sur de petites terrasses juste au-dessus d'un golfe à l'eau d'un bleu profond, avec en deuxième plan de grands rochers, plutôt de petites montagnes qui de par leur positionnement donnent toute sa profondeur à cette baie de grande beauté. Pour agrémenter l'ensemble, une magnifique tour sarrasine est érigée juste en face. Elle sera la toute première à recevoir le soleil du matin. Le lieu nous plaisant, et Rafik ayant des réparations importantes à effectuer sur son vélo, nous décidons de passer la journée du lendemain dans cet endroit.
11 mai
Lever 6 heures et c'est parti pour une partie de pêche. Je ne choisis pas tout de suite le meilleur endroit, mais pour le petit déjeuner nous aurons droit à quelques magnifiques poissons de roche, girelles dont une royale de belle taille et sarrans. Si l'idée semblait surprendre au départ, tout le monde a bien apprécié la chair très fine et ferme de la girelle au petit déjeuner, et contre toute attente, cela passe très bien. Nous ne poussons cependant pas le plaisir jusqu'à arroser cette friture d'un coup de blanc! Journée de farniente sauf pour Rafik qui, ayant acheté pneu, gente et chambre à air, remet tout en état, en particulier le dérailleur qui occasionne quelques difficultés de réglage. La réparation sera efficace car il en sera définitivement fini de ses ennuis mécaniques. En fin d'après-midi nouvelle séance de pêche, et petite friture au dîner qui passe aussi bien que celle du matin. Cette journée dans ce camping est d'autant plus agréable que le personnel est très gentil et particulièrement serviable.
12 mai
Nous démarrons tôt, l'étape sera longue et agrémentée de nombreuses montées. Avec regret nous quittons ce camping où il fait si bon séjourner. Après avoir fait quelques détours pour quitter Tortoli, le ton est donné, ça monte et ça dure! Au village de Baunel, un premier arrêt ravitaillement est effectué. En 15 kilomètres l'altitude atteinte est de 480 mètres. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le point de passage le plus élevé se situe à 1017 mètres, mais auparavant quatre cols intermédiaires jalonnent l'itinéraire. La route bien tracée permet une montée régulière sans forcer. Avec l'altitude la végétation change, on pourrait se croire quelque part dans le massif central. Enfin le Passo Gena Silana est atteint. Il nous aura fallu quatre heure pour une quarantaine de kilomètres. On s'attendait à plus difficile.
Au col casse-croûte copieux, des cyclistes de route assez nombreux sont montés par le versant opposé. Une très longue et magnifique descente nous procure un vif plaisir. Le cadre est magnifique, de grandes falaises calcaires étincellent de toutes parts avec la mer en toile de fond. Alors que nous avons quitté la montagne, la route serpente en faux plats descendants au milieu de bocages. Nous profitons de ces conditions très favorables pour se tirer une bourre pas possible, aidés d'un bon coup de vent dans le dos. Que c'est plaisant de débouler à vive allure en ayant mis le grand développement.
Avant d'arriver à Orosei, la route traverse d'immenses carrières de marbre, spectacle impressionnant. En voyant un ouvrier travailler, nous prenons conscience du gigantisme de ces chantiers. La ville d'Orosei, est manifestement très touchée par la proximité des carrières. Le premier camping se trouve à 12 kilomètres. Nous le rejoignons par des pistes, l'accès principal étant fermé à cause d'intempéries récentes. Encore un site étonnant au débouché d'une petite rivière sur une plage de sable blanc, baignée par une mer à l'eau émeraude. Pour ajouter au charme du lieu, le propriétaire est particulièrement accueillant et serviable. Le compteur affiche 106 kilomètres et encore le mien est le plus pessimiste. Nous aurions pu sans fatigue en faire beaucoup plus. C'est peut-être aussi cela le miracle du vélo? A moins que ce soit l'endorphine sécrétée qui commence son travail de fond contre la douleur et pour le bonheur!
13 mai
Lever aux aurores, j'aimerais bien rapporter quelques poissons pour le petit-déjeuner. Avec Rafik, nous partons ramasser quelques appâts le long des rochers. J'ai le plus grand espoir de faire une belle pêche. Mais contre toute attente pas une seule touche, comme si les poissons désertaient certains endroits. Je suis d'autant plus surpris, que j'avais trouvé quelques escavennes, oubliées par un pêcheur. En effet ces vers sont infaillibles, les poissons se jettent généralement dessus, mais pas ce matin. Cela ne nous empêche pas d'assister à une très jolie apparition du soleil sur une mer et des rochers déserts.
Départ à dix heures, une fois de plus le lieu était très agréable et calme avant les vacances. L'étape du jour ne présente pas de difficulté, et une fois de plus nous avons le vent comme allié. Les 56 kilomètres qui nous mènent à San Teodoro sont un vrai plaisir. Dans ces conditions, on a plus l'impression de pratiquer un sport de glisse que le vélo. Les tentes sont montées en bordure de plage, le vent souffle, des surf-skates font des acrobaties et montent très haut. En arrière plan sur la mer se découpent deux petites îles, Molara et Tavolara. La seconde est très impressionnante, elle jaillit des flots à la manière d'une flamme et culmine presque à six cents mètres. Comme toujours les oiseaux sont nombreux et nous gratifient d'une multitude de chants très différents, dont le mélange est un régal pour l'oreille.
14 mai
Ce matin réveil en fanfare par une multitude de corbeaux, et ça dure. Enfin ils décident de s'éloigner et les chants beaucoup plus mélodieux habituels envahissent l'espace. Aujourd'hui, malgré un vent encore favorable, la première partie du trajet sera désagréable. En effet nous approchons d'Olbia et le trafic s'intensifie. Nous avions perdu l'habitude des flots de voitures qui serrent parfois de trop près. La traversée de la ville est heureusement vite effectuée par une voie rapide. Dès la sortie de l'agglomération tout s'arrange, à part le temps qui devient menaçant. Quelques montées bien raides dans un joli décor d'aiguilles granitiques, auxquelles les nuages donnent un air austère du meilleur effet. Pique-nique à l'improviste sur la place du superbe village de San Pantaleo, parmi les maraîchers qui replient leur stands. Ce petit bourg a du cachet de par son architecture et du fait de la proximité d'aiguilles rocheuses, qui semblent émerger directement des toits. Il est des lieux comme celui-là, sans que je définisse très bien pourquoi, qui m' apportent une forme de quiétude ou de plaisir, l'esthétique du site seule ne peut en être la cause. Sans doute une conjonction d'éléments, le village avec ses maisons bien entretenues et le joli pavement de sa place qui est le point haut du bourg, les rochers environnants qui donnent envie de grimper, les maraîchers sympathiques, le temps certes couvert mais clément, ce que nous mangeons qui est très bon, un gros chien gentil un peu collant qui d'un regard concupiscent nous réclame les reliefs de notre repas, le petit bistrot à la terrasse coquette qui nous attend pour le rituel du café, et aussi pour finir cette saine fatigue que distille le vélo dans nos muscles. Le mélange de tous ces facteurs permet d'accéder au nirvana!
Le redémarrage, après cet arrêt de longue durée, n'est pas très difficile, car nous entamons une descente dans laquelle le grand braquet une fois de plus va faire merveille. Il faut rester très prudent car chargé, le vélo nécessite des distances importantes pour s'arrêter, les freins faisant l'effet de doux ralentisseurs. Les 15 derniers kilomètres sont une splendeur, le long d'une minuscule route qui se tient au plus près de très jolis golfes clairs, en enfilade pour le plaisir de la vue. L'étape se termine à Palau en milieu d'après-midi. Le lieu une fois de plus est merveilleux. Nous campons à quelques mètres de l'eau. En face l'île de la Maddalena coupe la houle. Ce bras de mer ressemble à un lac immobile, duquel surgissent par-ci par-là de gros rochers granitiques aux formes étranges. Cerise sur le gâteau, l'eau est bonne et j'en profite pour aller ramasser quelques douzaines d'oursins dont nous nous régalons sur le champ.
Le temps est à la pluie et les prévisions pour demain sont mitigées. Nous verrons bien, après les trombes corses nous restons sereins, cela ne pourra pas être pire. Une fois de plus, pris sous le charme du lieu, nous décidons de rester sur place un jour supplémentaire. Nous prendrons le temps de visiter le village, surtout que ce sera jour de marché. Un couple d'Allemands cyclotouristes vient s'installer à quelques mètres. La pluie nous chasse au restaurant, dans lequel la soirée sera exquise.
15 mai
Très tôt sur le coup des deux heures, je vais m'installer sur le rocher juste à côté de ma tente. Le spectacle est féérique. La luminosité est suffisante pour discerner de façon précise le panorama qui s'offre au regard. La mer est d'huile, le mot est bien approprié, l'absence de toute ride la rend de consistance épaisse. Les lumières de Palau s'associent à celles de l'île de la Maddalena et dessinent les moindres recoins du rivage. Aucun bruit, sauf le va et vient de la navette reliant les deux îles. Même de nuit le trafic ne s'arrête pas, un bateau de taille conséquente au moins une fois par heure dans chaque sens. Que peuvent-ils transporter?
Ce matin pas de précipitation, au petit déjeuner nous dégustons quelques oursins. Ce subtile goût iodé au réveil excite les papilles et met en appétit. Nous partons visiter la ville et son marché. Il s'agit d'une petite cité balnéaire sans caractéristique architecturale spécifique. Les étals pour les touristes sont nombreux, qu'il s'agisse de vêtements, de colliers ou autres bijoux. Le rouge du corail est très présent. Je peux dire que la poste italienne tout du moins celle de cette petite cité sarde est digne de ce que nous vivons souvent en France. Ne trouvant pas de timbre, je me rabats tout naturellement vers le bureau de poste. Il est organisé exactement comme chez nous. Deux files sont formées devant deux employés, espacés d'un mètre sans séparation entre eux. J'en choisis une et attends. Le temps que les 6 personnes me précédant passent. Cela prend au moins vingt minutes. Arrive enfin mon tour, à ma demande de timbres l'employé me fait signe que c'est le guichet d'à côté, devant lequel stationnent maintenant une douzaine de clients. Si je veux des timbres je dois compter facilement une demie-heure de plus. Je remercie et quitte le lieu sans ce que je venais chercher. La standardisation de l'Europe c'est bien, au moins on ne perd pas ses repaires et ses habitudes, ni ses frustrations!
Retour au camping pour le repas, la pluie ne tarde pas à faire son apparition et dure tout l'après-midi. Nous tuons le temps à jouer à la belote. C'est une découverte pour Evelyne, mais elle se débrouille bien, puisque son équipe gagne. Je profite aussi de ce temps libre, pour avancer dans le livre que j'ai emporté, voyage au bout de la nuit de Céline. À plusieurs reprises dans ma vie je l'avais commencé, mais pour la première fois je vais le lire jusqu'au bout. Grande œuvre, on comprend que cet ouvrage ait fait couler tant d'encre. De cette lecture on ressort différent. On y trouve la même désespérance que dans Cioran, mais abordée, entre autre, sans concession sous l'angle de la condition physiologique de l'être humain, ce qui fait frémir d'horreur. Mais c'est tellement vrai, c'est justement cela le plus gênant.
16 mai
Le temps s'écoule rapidement. Cela fait maintenant vingt jours que nous sommes partis de Bastia avec Jean et 12 que nous arpentons la Sardaigne avec Evelyne et Rafik. Tout a une fin. Aujourd'hui sera notre dernier jour de voyage en commun. Demain matin nos routes se séparent. Nous retournerons en Corse et eux prendront la direction de Porto Torres pour rentrer sur Gênes, leurs vacances se finissant. En tant que retraités nous n'avons plus ce problème, bien que les errances ne peuvent se prolonger à l'infini, famille oblige. Je comprends très bien ceux qui partent sans idée précise de retour, ou ceux qui au moment final au lieu de rentrer repartent pour un tour. Ce qui me plaît dans le voyage, c'est de ne pas savoir où je vais dormir le soir. Surtout ne pas programmer et ne jamais réserver les points de chute. La recherche au dernier moment représente un véritable attrait, qui attise la curiosité et qui permet le contact. C'est une des raisons pour lesquelles je voyage souvent seul à pied. L'errance sans contingence donne à mon sens un vrai goût de liberté, ce n'est peut-être qu'une illusion, cependant la sensation ressentie est formidable. Cette liberté est exacerbée par le dépouillement. En effet, le voyage à vélo, et cela est encore plus vrai à pied, implique de limiter au nécessaire ce que l'on emporte. Le fait de vivre un mois avec un environnement matériel restreint tout en ayant une totale autonomie est très reposant. On prend d'autant plus conscience des masses d'objets, souvent plus que superflus que l'on amasse dans nos maisons et qui nous rendent esclaves. Mon père avait l'habitude de dire que la possession est un asservissement, comme je comprends ses mots en voyage à vélo, et encore plus à pied lorsque tout ce que je possède n'excède pas les 10 kilogrammes.
Revenons au 15 mai. L'objectif du jour est la petite ville de Tempio Pausania. Elle se situe à l'intérieur des terres. Nous allons renouer avec les bonnes grimpettes. Mais avant de démarrer, une visite un lieu très pittoresque qui domine notre camping s'impose. Il s'agit du site de Roccia dell'Orso. Énormes rochers posés au sommet d'un tertre, offrant un large point de vue sur les environs, en particulier sur les îles faisant face à Palau. Les formes de ces blocs géants rappellent différents animaux, ours, dinosaure et autres monstres plus ou moins préhistoriques. Comme ils sont très visibles de la mer, ils ont toujours servi de repère aux marins de l'antiquité. De ce fait, ils sont mentionnés dans des écrits anciens . Nous y montons tôt et sommes seuls. Lorsque nous en descendons les premiers cars déversent leurs flots de visiteurs pour la plupart allemands.
Il est temps de mettre le cap sur Tempio. Effectivement ça grimpe dur, mais la route est agréable, pas trop de trafic, chaleur tempérée et cette verdure qui nous entoure de toutes parts. Vers les treize heures nous effectuons quelques courses et mangeons à l'entrée de la ville. Cet après-midi nous aurons tout loisir pour visiter. Cette cité possède un joli centre, bien regroupé autour d'une petite place. De nombreuses constructions, palais églises en granit donnent du caractère à l'ensemble. Nous déambulons dans des ruelles ombragées, enserrées entre des maisons toute en hauteur, un peu à la manière des villes de montagne, comme dans le Dévoluy par exemple. Le nombre d'édifices religieux est important et leurs dimensions souvent imposantes. La promenade est instructive et fort plaisante.
De toute évidence à part l'hôtel il n'est pas possible de trouver de quoi passer la nuit. Nous reprenons la route vers le village d'Aggius, qui se trouve dans un lieu charmant, verdoyant et vallonné. Deux beaux dômes granitiques dominent les maisons. A la sortie du bourg, juste à côté du cimetière sous une futaie, un coin discret et pratique nous permet de nous installer en toute quiétude, après 67 kilomètres pour ce jour.
La proximité du cimetière est très pratique pour l'eau. Evelyne va s'y laver sommairement. Pour ma part je n'ose pas, ayant peur de déclencher la colère, si je me fais découvrir dévêtu dans ce lieu. Cette dernière soirée a des petits relents de nostalgie. Alors que les pâtes cuisent Rafik découvre une sente, qui monte à l'assaut de l'un des dômes granitiques, en courant nous nous y engouffrons. Très vite cela devient raide, mais une main courante aide au déplacement et assure la sécurité. Une centaine de mètres sous le sommet le terrain se redresse et le chemin équipé prend fin. Devant nous une belle dalle en granit fauve inclinée à 60 degrés, parcourue d'une large fissure à la prise franche nous invite à poursuivre. Nous n'hésitons pas longtemps et la remontons les pieds en adhérence les mains bien calées en empoignant son rebord tranchant. Sur ce granit bien rugueux, à gros grains, qu'il est bon se mouvoir. Bien entendu il est préférable de ne pas glisser, donc garder un peu de vigilance et ne pas succomber à l'euphorie du mouvement et à la sensualité du contact. Je me surprends à imaginer que cette dalle fissurée s'élance sur mille mètres, hélas non! Rapidement le rocher se couche et les mains ne sont plus nécessaires, et après quelques contours le sommet est atteint. Une vue magnifique s'étend sur la région, rochers qui pointent au milieu de zones vertes avec des villages disséminés au gré des mouvements de terrain. Mais au fait, il ne faut pas traîner, nous nous sommes enfuis en cachette à deux, alors que le repas était presque prêt. Vite nous repartons et dévalons ces dalles, sur lesquelles de gros blocs sont disposés en équilibre. Evelyne et Jean nous attendaient patiemment pour notre dernier repas en commun. L'endroit est bien choisi, non seulement il est très discret, mais en plus il offre une table et des bancs, le grand confort!
17 mai
Lever matinal, petit déjeuner gai, nous savons qu'une expérience de deux semaines particulièrement enrichissante dans de nombreux domaines arrive à son terme. Nous réalisons tout étonnés, que cela fait déjà quinze jours que nous roulons ensemble. La fin de cette aventure à quatre est imminente. Pour trois kilomètres, et de plus en descente, notre chemin est encore commun. Ça y est, le voilà le carrefour de la séparation. Nous nous arrêtons, quelques photos sont prises, on se fait tous une grosse bise. Evelyne et Rafik prennent la route de Castelsardo tandis que Jean et moi partons plein nord pour traverser la région de la Gallura par son centre. Un peu tristes, mais ne pas se poser de question, le voyage continue. Dans un paysage de campagne ponctué de gros rochers de granit fauve puis de porphyre rouge nous retombons rapidement sous le charme de cette nature riante. La Gallura est très jolie en son centre, ce que nous n'avions pas perçu lorsque nous l'avions longée par le bord de mer sur la côte ouest. Une grande descente, grand braquet et nous appuyons à en être étourdis. Je bats mon record de vitesse, 73, 5 kilomètres à heure. Le vélo reste bien stable et je n'ai pas vraiment une impression de grande vitesse. Cependant attention, il faut penser à freiner, je vais quasiment à la vitesse des quelques voitures qui me précèdent. Si elles freinent, je n'ai aucune chance d'en faire autant, donc il me faut relâcher. J'aurais peut-être pu gratter un petit quelque chose en plus! Nous rejoignons un peu plus tôt que prévu la grande route en bord de mer, suite à un croisement passé sans doute trop rapidement. Nous débouchons au moment où deux jeunes cyclotouristes allemands passent. Ça y est c'est reparti j'appuie à fond pour les poursuivre. Je faiblis, Jean passe devant et contre le vent garde une bonne vitesse, je m'abrite derrière et le nez dans le guidon je force. Ah là là!! Les vieux ça veut toujours avoir l'illusion que c'est encore jeunes!! J'en connais certaines, qui, si elles me voyaient, ne pourraient s'empêcher de dire que je suis toujours aussi c... que lorsque j'avais vingt ans. C'est peut-être ça le secret de la jeunesse, rester c...? Le trajet jusqu'à San Teresa est enlevé en un temps record. Nous débouchons sur le port vers midi. Le prochain bateau est à 15 heures30. Nous nous installons à l'abri de la chaleur sur le quai et faisons notre dernier repas sarde, avec notre dernière bouteille de vin rouge de l'île. La bouteille y passe aux deux tiers. Est-ce raisonnable? Nous avons encore une trentaine de kilomètres à parcourir en Corse, de Bonifacio à Porto Vecchio. Mais nous avons cinq bonnes heures pour digérer somme toute une quantité de vingt cinq centilitres par tête, même si je pense en avoir bu un peu plus que Jean! A 17 heures nous serons bien en-dessous des 0, 5 fatidiques. En effet attention à vélo c'est le même tarif qu'en voiture en cas de dépassement, ce qui est normal. La police a constaté que de plus en plus de gens qui se rendent à des fêtes, sachant qu'ils allaient boire, utilisent un vélo. Ce qui tout naturellement a entraîné une recrudescence des accidents avec ce moyen de déplacement. Donc maintenant les cyclistes sont dans le collimateur, avis aux amateurs!
En attendant de traverser vers la Corse, nous discutons avec un couple qui vient d'effectuer en voiture un périple de 10 jours en Sardaigne. Ils sont enchantés de leur séjour, mais sont contents de rentrer, car ils en ont assez de trop manger dans les agritourismes. On en arrive à un véritable paradoxe en matière de voyage. Je réalise tout le bien-être que procure le voyage spartiate, en ayant un repas consistant par jour, généralement constitué de riz ou de pâtes. Même de riz de basse qualité, en effet il y a quelques jours une Allemande nous a proposé, car ses vacances arrivaient à leur terme, un paquet de deux kilos de riz de la pire qualité. Eh bien! Ces grains cassés qui cuisent mal je m'en régale, et ce n'est pas une histoire de radinerie, probablement le plaisir de la rusticité maximale.
La traversée a lieu à l'heure prévue. L'arrivée sur les falaises de Bonifacio dans l'après-midi alors que les rayons du soleil les frappent perpendiculairement, en les faisant resplendir, est un spectacle époustouflant. La vue de ces maisons toutes petites, serrées tout en-haut de ce mur blanc stratifié en surplomb donne presque le vertige. On s'attend à les voir basculer dans la mer. Les nombreux gros blocs empilés au pied de la paroi apportent la preuve évidente que la falaise est travaillée par la mer. La rentrée dans le chenal est spectaculaire. Les remparts de la citadelle défilent en nous dominant d'une belle hauteur. Un voilier de grande taille, aux proportions parfaites est à l'escale. Me déplacer en bateau me donne toujours une véritable impression de voyage, surtout lorsqu'on domine d'assez haut les flots. Sur le quai une meute de motos se tient prête à embarquer. Cela réveille chez moi de vieux souvenirs de folie, à l'époque où le permis moto était à seize ans. Dès cet âge mon père m'avait acheté l'une des plus puissantes motos du marché, une T500 Suzuki, gros deux temps, qui m'a donné des émotions dont je garde un souvenir précis presque quarante ans après. Mais et mais de taille, la contre-partie intolérable de cette époque, c'est que nombreux sont mes camarades d'alors, qui n'y ont pas survécu. Ce que l'on retient dans sa vie ce sont surtout ces moments où l'on ne sait pas très bien si on est encore parmi les vivants ou si on a déjà le billet pour l'au-delà en main. L'alpinisme m'a aussi procuré ce genre de sensations mais de façon moins actuelle, l'action étant plus lente, l'analyse de la situation, hors chute de pierres et avalanches, permet de mieux participer au devenir d'une situation qui s'avère hypothétique. En moto l'excès de vitesse est très difficile à gérer, car l'automobiliste, et c'est normal, n'est pas préparé à voir surgir des bolides à des vitesses déraisonnables. J'arrête sur le sujet, car maintenant je suis un adepte inconditionnel du respect de la vitesse sur la route.
Après ces errements philosophico-débiles revenons à la réalité du moment. Le débarquement effectué, nous prenons la direction de Porto Vecchio. Une fois passée la petite montée de sortie de la ville que nous connaissons bien, les vingt cinq kilomètres à venir sont une délectation. Un terrain peu accidenté, agrémenté d'un bon vent favorable, nous permet de filer, je dirais même de nous envoler à plus de vingt de moyenne. Dans les descentes le cinquante est fréquemment atteint et sans forcer, quelle jouissance! En un temps record nous rejoignons un camping à l'entrée de la ville. Le compteur pour ce jour affiche 85 kilomètres. Comme d'habitude l'installation prend quelques minutes, après plus de vingt jours, la manœuvre ne présente plus aucun secret. Et bien entendu encore une fois le site est presque vide. Le mois de mai est un mois idéal, des fleurs partout et presque personne.
Ensuite nous partons visiter cette ville balnéaire pleine de charme. J'y étais venu en novembre de l'année passée pour raison professionnelle et ce mélange des genres me procure une drôle de sensation.
Notre projet pour les jours à venir, est de traverser la Corse par son centre afin de rejoindre Bastia. Comme c'est étrange, depuis que nous avons quitté nos amis et la Sardaigne, j'ai vraiment l'impression d'être engagé dans un voyage nouveau complètement déconnecté de ce que nous venons de vivre. J'imagine facilement que de segmentation en segmentation, on puisse nomadiser un temps non déterminé de découvertes en expériences en perdant la référence au temps. Le secret pour durer et garder sa motivation au cours de ses errances, c'est peut-être de bien connaître son degré de résistance, et rester à un niveau où l'effort est plaisant sans être monotone et sans dépasser sa capacité d'endurance. Bien entendu cela n'exclut nullement un peu de souffrance, due à l'effort ou à la météo, afin de pimenter l'aventure. Alors l'alchimie de l'alliance du corps et de l'esprit, plaisir aidant, fait que l'on n'a plus envie de rentrer à la maison. Je pense au livre de Bruce Chatwin «Anatomie de l'errance», dans lequel il aborde ce thème éternel du chez soi, qu'il est indispensable d'avoir, pour pouvoir le fuir. Paradoxe de l'être humain, peut-être plus présent chez l'homme que chez la femme, différence jamais facile à concilier dans un couple.
18 mai
Nous renouons aujourd'hui avec les étapes avec gros dénivelé. La route doit nous conduire à Zonza, puis au col de Bavella. En quittant Porto Vecchio devant un lycée des élèves attendent le début des cours. Que pensent-t-ils de ces deux individus lourdement chargés qui passent devant eux un lundi matin? Pour ma part en les regardant, je me rappelle ma rentrée en sixième au lycée Ampère à Lyon, il y a longtemps, et pourtant j'ai l'impression que c'était hier. La seule chose à en déduire, profiter du moment présent et ne pas hésiter à vivre, ça passe très vite une vie. Avec Jean au cours de nos discussions nous sommes arrivés à la même constatation: on part toujours malgré, car il y a une multitude de raisons pour ne pas partir, qui vont du mal de dos à la famille qui vit cela comme un abandon.
Très vite nous rentrons dans le vif du sujet. L'Ospédale, petit village perché, mille mètres de dénivelé en 15 kilomètres. L'effort se fait intense, la route semble escalader les montagnes jusque dans le ciel, mais le plaisir demeure. Arrivés au pied du village, je dis à Jean «Nous sommes bientôt arrivés». Alors une voix sort de derrière une haie et rajoute « Le dernier kilomètre vous allez voir, je ne vous dis rien». Nous ne voyons personne, les buissons parlent-ils? En Corse tout est possible. C'est bon, nous sommes avertis. Nous commençons par voir que le kilomètre en fait deux, et effectivement la pente est supérieure à 10% avec des épingles demandant de s'arracher. D'autre part la route est pleine de trous ce qui ne facilite pas l'effort. Et le bouquet, nous contournons le village sans rentrer dedans. Lorsque nous le réalisons il est un peu tard et l'idée de redescendre ne nous effleure pas. Nous arrivons au barrage qui porte le nom du village. Le lieu est magnifique. L'altitude fait que la température est agréable. Un peu plus loin nous décidons d'une halte afin de boire un café dans une buvette. Le gros de l'effort du jour est fait. Pour rejoindre Zonza, nous nous laissons glisser le long d'un itinéraire serpentant dans un décor de rêve, où les montagnes rivalisent de beauté. A un détour de la route, les aiguilles de Bavella apparaissent soudainement, je freine pour pouvoir les admirer. Mes pieds solidarisés à mes pédales sont le dernier de mes soucis, mais pas pour longtemps. Boum! Quatrième chute, et là je me luxe le pouce droit. Ce n'est pas dramatique, j'arrive toujours à tenir fermement mon guidon. Je ne sais pas si tous les cyclotouristes tombent à la même fréquence? Un peu avant Zonza, le camping municipal nous attend, lieu bucolique et accueillant au milieu d'une forêt aux arbres épars. Nous montons nos tentes, déposons nos bagages et partons faire des courses. Le déjeuner sera succulent, constitué de Lonzo et fromage corse, accompagnés de l'incontournable vin rouge corse. L'après-midi est consacré au farniente jusque vers cinq heures. Il est alors temps de s'attaquer au col de Bavella, une dizaine de kilomètres que nous grimpons à un bon rythme. Spectacle sublime que ces aiguilles d'une part granitiques et de l'autre porphyriques. Nous restons une demie-heure à profiter de l'ambiance du lieu. Puis le plaisir de la glissade rapide vers Zonza nous procure de bonnes et belles sensations. Nous avons décidé de revenir sur nos pas, car la descente sur Solenzara, si tentante qu'elle soit, nous aurait éloignés du cœur des montagnes où nous voulons rester. De nouveau à Zonza, l'attrait de la Pietra, la fameuse bière à la châtaigne, est irrésistible. L'étape de demain devrait être dure par des routes peu fréquentées. Nous demandons au barman si la route de Ghisoni est bien celle que nous voyons commencer à quelques mètres de la terrasse du café. Il nous répond surpris « Pas du tout Ghisoni ce n'est pas par là. Il faut passer par la côte». À mon tour d'être étonné. Je lui montre la carte et la route au milieu des montagnes qui passe par les cols de la Vaccia et de Verdé. Alors sa réponse est une répartie d'anthologie «Oh! Mais là c'est le nord, on y va jamais». Le tout avec un accent corse à couper au couteau. Le ton est donné, notre route ne sera pas fréquentée. En quelques kilomètres nous sommes de retour au camping. La nuit sera fraîche, j'aurai un peu froid car depuis notre départ j'ai pris l'habitude de dormir hors de mon sac de couchage. Ce jour nous avons fait 70kilomètres, ce qui semble peu, mais l'effort a été intense et la journée bien remplie.
19 mai
Lever matinal, il fait froid. Les habits sont les bienvenus pour démarrer. À nouveau la traversée de Zonza, puis nous empruntons la D 420 direction Quenza. Trois autres villages accrochés à la montagne sont traversés avant d'arriver à Aullène. De cet endroit une route minuscule monte en direction du col de la Vaccia. Régulièrement elle suit un fond de vallée puis escalade un pan de montagne à flanc, pour nous conduire vers les 1200 mètres d'altitude au col. Pratiquement personne, seule une moto passe. Nous faisons une pose pour photographier un gros cochon qui paît tranquillement, oui qui paît à la manière d'une vache! D'abord il se montre farouche et ne se laisse pas approcher. Puis de son plein gré, il se rapproche comme s'il avait compris que nous n'allions pas le transformer tout de suite en lonzo et autre coppa. La descente sur le versant opposé est en très mauvais état, goudron déformé et trous partout. Les mains crispées sur les freins, cela devient rapidement un supplice. La chaussée change, de toute défoncée elle passe à toute neuve. L'effet est presque le même, car la couche de gravillons est épaisse. Il est dangereux de rouler sur ce tapis instable, et il indispensable de se servir des freins avec agilité et tact. Tout a un fin, même les tapis de gravillons. Au cours de cette descente nous ne sommes pas allés beaucoup plus vite qu'à la montée. S'offre à nous le village de Zicavo. La halte est la bienvenue. Un groupe de randonneurs est engagé dans la traversée de la Corse d'ouest en est. Après avoir englouti quelques spécialités locales et avoir satisfait au rite du café, malgré la chaleur nous partons à l'assaut du col Verde. Comme pour le précédent, la route monte régulièrement et l'effort demandé n'est jamais brutal. Plus nous montons, plus la vue porte loin, immensité de verdure dans laquelle se cachent de petits villages aux maisons serrées, dominés de montagnes enneigées telles des sentinelles qui veillent et qui contribuent à donner à cette île son caractère unique. Les derniers kilomètres avant le col semblent ne jamais finir, surtout que suite à une mauvaise évaluation, nous nous sommes lancés dans un sprint sur ce qui n'était pas le dernier kilomètre. Enfin le voilà. Un groupe de cyclistes belges à vélo de course avec assistance logistique y stationnent. Nous entamons une discussion animée ponctuée d'éclats de rire. Traditionnellement à cette période de l'année ils partent pour une semaine de vélo. Jean leur indique une route qui les conduira au col de la Vaccia en évitant les gravillons puis les trous. Après avoir pris congé, nous nous laissons emporter dans une descente d'une vingtaine de kilomètres qui nous conduira à Ghisoni. Un peu plus loin nous renseignons deux jeunes cyclotouristes qui verraient d'un bon œil la fin de cette rampe, moment qu'ils attendent avec une certaine impatience. Comme quoi nous ne sommes pas les seuls fous dans ces contrées reculées. Après une bonne partie de plaisir Ghisoni est atteint. Très gentiment on nous autorise le camping sur un site laissé à l'abandon ou presque. Le cadre est magnifique. De belles aiguilles rougeoyant au soleil couchant nous offrent un spectacle de premier choix. Le compteur affiche 93 kilomètres pour la journée. Perchés sur notre petite terrasse herbeuse au milieu des arbres nous sommes seuls et nous nous trouvons royalement bien. Autour d'une grosse platée de riz et une bouteille de Patrimonio nous refaisons le monde. Ce type d'errance que nous pratiquons depuis presque un mois, est devenu un mode de vie. Montage et démontage de tentes, repas et toutes les contingences de la logistique ne nous posent plus aucun problème. Nous avons même le confort de posséder une dizaine de lyophilisés qui nous permettraient en cas de besoin au moins quarante huit heures d'autonomie. Au fond de nous, c'est avec un peu d'appréhension que nous sentons la fin du voyage arriver. Même par les montagnes et en plein milieu, la Corse se traverse assez vite. Si besoin, un signe qui ne trompe pas, la carte au 100 000 numéro 74 nous la quitterons demain pour sa sœur la 73. Bastia n'est plus qu'à 80 kilomètres à vol d'oiseau, cependant notre itinéraire en comporte cent de plus. Nous allons faire tout notre possible pour rester cachés sur de petites routes loin de tout, en particulier nous ne passerons pas à Corté.
20 mai
La nuit a été excellente, et comme d'habitude le chant des oiseaux nocturnes et diurnes nous a accompagnés. Le temps est très beau ce matin. L'impatience de rouler nous tenaille, poussés par la curiosité. En effet notre itinéraire fait de tels tortillons sur la carte qu'il est difficile d'en évaluer la longueur et la difficulté. Avant de quitter Ghisoni nous effectuons quelques courses dont l'achat d'un magnifique pain. L'itinéraire commence par la descente des profondes gorges qui passent par le défilé de l'Inzecca. Tout est tellement joli que nous marquons des arrêts au moins tous les kilomètres. Une petite rivière, courant sur une roche blanche ponctuée de gros blocs polis, joue à cache cache entre ombre et lumière, et tout autour s'étalent de grandes forêts de pins couronnées de montagnes enneigées.
Un minuscule embranchement au bas des gorges et c'est reparti pour 15 kilomètres de montée bien raide jusqu'au village de Vezzani. Dans cette portion de route, nous croisons des cyclistes lancés sur leur vélo de course. L'un d'eux, en nous voyant arque boutés sur nos pédales avec notre gros chargement, s'écrit « Du vélo comme ça, ah non merci!». C'est gentil! Mais il n'imagine pas à côté de quels plaisirs il passe! Cependant la fatigue se ressent et nous oblige à une pose, qui nous ragaillardit. Puis rapidement nous basculons sur l'autre flanc de la montagne. Que cette Corse profonde est belle. De nombreux villages s'accrochent aux pentes des montagnes ou colonisent leurs crêtes. De nouveau le fond de la vallée est atteint. Corté n'est qu'à une dizaine de kilomètres, mais nous lui tournons résolument le dos et suivons la nationale sur une courte distance. Un pont, juste derrière à gauche, une route confidentielle nous permet de continuer notre itinéraire buissonnier. Après huit kilomètres raides sous le caniard, nous pénétrons dans un village perché. À sa sortie juste avant les dernières maisons, une petite terrasse. Le bar semble fermé, alors le miracle se produit. Le propriétaire, les 80 ans largement dépassés apparaît et nous invite à prendre place. Les deux heures que nous passons en sa compagnie sont un délice. Tout d'abord avec notre lonzo, nous avons droit au vin qu'il produit, très fruité ayant du corps et pas trop d'alcool. Il est la mémoire du temps passé dans cette région reculée. Il nous parle de la vie à l'époque où le village comptait 550 âmes. Les champs n'étaient pas abandonnés au maquis. Des dizaines de paires de bœufs constituaient l'élément moteur de cette agriculture. Il nous relate l'histoire de ce gendarme ayant passé sa carrière ici, et qui vit maintenant dans une cage à lapins à Nice. Il ne se console pas d'avoir quitté la Corse. Il nous raconte aussi la guerre. Les Italiens qui étaient pire que les Allemands. Ces derniers rentraient à l'église désarmés, par contre les Italiens assistaient à la messe avec leurs fusils. Des rancœurs profondes en sont restées. Puis une fois l'île délivrée, ainsi que quelques milliers de jeunes Corses, il a été mobilisé dans les armées alliées. Il finira la guerre quelque part dans la vallée du Doubs. Nous avons droit à un couplet sur les autonomistes, manifestement il ne les porte pas dans son cœur. Leur chef aurait un père italien et donc ne serait même pas corse. Lorsque nous lui demandons ce que veut dire cette inscription à la peinture que l'on a vue plusieurs fois écrite en gros au beau milieu de la route: FRANCIA FORA. D'un air désabusé il nous apprend que cela signifie, la France dehors, ce que nous supputions. Pour finir il nous offre une myrte, c'est excellent, mais attention la route est encore longue et pentue cet après-midi. Nous le remercions vivement avant de prendre congé. En effet pour une somme modique, il nous a procuré un grand moment de plaisir, satisfaisant pleinement notre palais et notre curiosité.
La route serpente dans la montagne et relie entre eux des villages perdus, qui se cachent dans la végétation. La perspective de toits se découpant sur le ciel le long de crêtes avec en arrière-plan de grandes montagnes enneigées est caractéristique de cette Corse sauvage. À Erbajolo à l'entrée du bourg, une église et devant, une route minuscule la D16 part tout droit dans la pente. Nous avons vraiment l'impression de nous diriger vers nulle part. Un petit carrefour à 1000 mètres d'altitude, un éleveur de porc nous renseigne. Une descente d'une raideur inhabituelle, en pleine forêt, permet des perspectives étonnantes. Jean me précède d'une centaine de mètres, j'ai vraiment l'impression qu'il est très très bas. Nous hésitons encore, car la carte ne semble pas en cohérence avec ce que nous a dit l'éleveur. Nous avons l'explication un peu plus tard. La piste que je voulais suivre n'est pas praticable à vélo, car il y a de nombreuses marches pour escalader le col, qui conduit directement au village que nous voulons atteindre. Donc sans aucun remord nous nous engageons sur la route préconisée. Avec le soleil de fin d'après-midi, ce décor de villages agrippés au sommet de rochers est d'une beauté exceptionnelle, le tout baignant dans une lumière diffuse. L'envoutement est total, le charme du lieu nous subjugue. Encore une fois nous avons de la difficulté à avancer tellement à chaque changement de perspective l'émerveillement joue pleinement du fait du spectacle qui se dévoile au regard. Cette féérie est exacerbée par les rayons solaires rasants, qui mettent en relief les couleurs tout en révélant des jeux d'ombres et de lumières à couper le souffle. Il est de ces ambiances exceptionnelles, où l'esprit est complètement accaparé, au point d'en oublier le flot de pensées parasites qui brouille en permanence le fond de l'esprit. On en ressent une forme de plénitude, que l'on aimerait permanente. Mais le charme finit inéluctablement par se rompre. Cela se produit lorsque nous atteignons la très relative grande route D14, à quatre kilomètres de Bustanico, notre point de chute. Le compteur affiche pour ce jour 78 kilomètres et le dénivelé dépasse très probablement les 1200 mètres. Mais comment mesurer dans ce dédale et cet enchevêtrement de routes. Je sais que les puristes me rétorqueront, qu'il suffit d'avoir un GPS. Mais sans doute signe de vieillesse précoce et d'inadaptation au monde moderne, je suis philosophiquement contre. Des arguments je n'en ai pas beaucoup, si ce n'est que les cartes me font rêver et que je revendique le droit de me perdre. D'ailleurs de l'importance de savoir si le dénivelé faisait 1250 ou 1500 mètres? Le village est formé de deux bourgs distants par la route d'un kilomètre, mais quel kilomètre, un bon 12%. Dans la partie haute, un hôtel, niché en pleine pente, nous ouvre ses portes bien que paradoxalement il ne soit pas ouvert. De la chambre, la vue porte en face dans le lointain, sur le massif du Cinto. L'hôtelier est très sympathique et serviable. Le repas typiquement corse qu'il nous concocte est original et fin. En particulier son entrée, dont malheureusement je n'arrive pas à me remémorer le nom. Une pâte au four fourrée d'une multitude d'herbes plus odoriférantes et goûteuses les unes que les autres. L'ensemble de ces saveurs s'alliant, sans s'annihiler mutuellement, pour procurer une explosion de plaisirs en bouche.
21 mai
A la joie de se trouver dans une région aussi extraordinaire, s'oppose insidieusement l'idée que le voyage va bientôt toucher à sa fin. Mais n'y pensons pas. Aujourd'hui nous rentrons au cœur d'une zone mythique, la Castagniccia. Pour les puristes, et tous les Corses le sont, elle commence au col qui nous domine du haut de ses mille et quelques mètres. Notre très sympathique hôte, dont l'établissement est en bordure mais en dehors de la Casatagniccia, nous fait cette remarque quelque peu désabusée: «Elle commence là-haut la Castagniccia, mais des châtaigniers on en a autant qu'eux!». Réplique mortelle qui ne souffre pas la contestation! L'étape du jour sur la carte est encore matérialisée par une multitude de tortillons difficiles à démêler. Je demande son avis à l'hôtelier qui me répond: «Vous savez pas où c'est la Pooorta, vous y êtes jamais allé à la Pooorta, eh bien moi non plus!» Sur ces entrefaites, le petit déjeuner qu'il nous sert est copieux et de grande qualité. Cet hôtel dans la partie haute de Bustanico, juste posé dans un virage, nous le recommandons tout particulièrement. Et pour ceux qui veulent réserver je peux même donner le numéro de téléphone.
Notre derni��re journée, perdus dans la montagne corse, commence et nos attentes ne seront pas déçues. Ce jour est le jeudi de l'Ascension, jour férié, et bien nous ne verrons quasiment personne jusqu'au fameux village de la Porta, seulement quelques autochtones toujours très gentils et prompts à la discussion. Cette route déserte en pleine montagne nous semble presque irréelle. Parfois elle s'envole vers le ciel avec des pourcentages de montée à deux chiffres. Mais notre plaisir est tel, que nous ne ressentons aucune difficulté, tout absorbés à nous imprégner de l'esprit de ce pays hors du commun.
Vers 13heures30 sonne le moment de l'arrêt. Dans une minuscule bourgade à l'ombre d'un châtaigner, nous prenons place sur le muret de la route dans un virage et commençons notre repas. Que l'endroit est paisible, une fontaine prodigue une eau fraîche, et les habitants ont poussé l'attention jusqu'à mettre un verre à la disposition du passant. Bien abrités du soleil qui darde ses rayons, nous avons tout loisir de contempler une fois encore vers le centre de l'île de grandes montagnes enneigées. Que ce contraste est étonnant par cette chaleur! De l'autre côté de la chaussée une maison carrée possédant une terrasse, sur laquelle deux dames sont installées. L'une d'elles nous apporte très gentiment sur un plateau deux cafés. Un vieux monsieur arrive d'un petit chemin et cherche quelque chose sur le talus herbeux. Intrigué, je lui demande quel est l'objet de son attention. Alors il m'explique que selon la tradition corse, il recherche l'herbe de l'Ascension. Il s'agit d'une petite plante de quelques centimètres, dont on fait un bouquet et que l'on suspend chez soi, en attendant qu'au cours du mois à venir il fleurisse sous la forme de minuscules fleurs blanches. Il m'offre son premier bouquet, que je protège religieusement dans ma sacoche de guidon. Il est arrivé sans dommage à Lyon. Je l'ai suspendu dans mon jardin et effectivement des petites fleurs ressemblant à des étoiles de mer miniatures à six branches commencent à s'épanouir. Pour le moment elles sont vertes, mais vont sans doute évoluer, car il faut un délai d'un mois et pour le moment cela ne fait que deux semaines. Je les regarde de jour en jour avec un plaisir non dissimulé, pensant à ce vieux Corse qui m'a communiqué sa tradition. Une dame se promène le long de la route, elle s'arrête se désaltérer et engage la conversation avec Jean. Elle n'est pas Corse d'origine, mais il y a bien longtemps que son Lot-et-Garonne natal appartient au passé. Son lieu d'habitation est un minuscule groupe de maisons sur une butte, qu'elle nous montre. Elle y demeure depuis bientôt trente ans. L'idée de partir ne l'a jamais effleurée. Dans ces lieux reculés, la distance la protège de la folie du monde. Son discours révèle toute la passion qu'elle éprouve pour ces montagnes privilégiées. Elle fait une comparaison avec la Haute-Ariège, où elle a habité. En effet, on peut trouver des similitudes entre ces régions de montagnes sauvages et désertifiées. La Haute-Ariège je la connais bien et c'est effectivement une région qui me procure de grandes émotions. J'en ai gravi la plupart des sommets, l'Estat point culminant, qui s'élève à 3143 mètres, et aussi le Rouch sauvage tas de cailloux, le Maubermé qui s'élance, plutôt se cabre sur sa partie finale d'un jet sur au moins 600 mètres de dénivelé, le Certescans qui est aussi mystérieux que son nom, le Vallier, sentinelle avancée, sans doute le plus esthétique, le Pic Rouge de Bassiés mon préféré, et nombre d'autres. Les dénivelés sont toujours importants et jamais en dessous des 1600 mètres et cela va jusqu'à plus de 2000, et cerise sur le gâteau la plupart de ces sommets sont généralement déserts et pas toujours équipés en refuges. Oui de toute évidence ces hautes terres corses et ariègeoises ont des points communs, comme si un même esprit y régnait et rentrait en harmonie avec certains êtres.
Nous restons deux heures et demie sur notre bord de route et nous n'y perdons pas notre temps. Ces rencontres dues au hasard ce sont les plus belles. S'arracher au sortilège du lieu n'est pas facile, cependant nous reprenons notre route. Après une multitude de virages, tout en bas la Porta apparaît. Une route particulièrement tortueuse nous y conduit. Cette magnifique petite bourgade nous accueille sur une place très originale bordée d'une magnifique église baroque flanquée d'un grand campanile. Il s'y déroule sinon un concert d'orgue, tout du moins une démonstration et nous prenons place pour un moment de recueillement. En sortant de l'église, auprès d'un barman je m'enquière des possibilités de camper. Il interpelle une femme assise à la terrasse du café en face: «Oh Ginette ! Où ils peuvent aller camper?» Avant qu'elle ait pu s'exprimer, plusieurs voix s'élèvent et répondent: «Sur le terrain de sport à côté des pompiers, il y a tout ce qu'il faut et même de l'eau». Nous remercions et partons nous installer à l'endroit indiqué. Effectivement le site est superbe et très pratique. Que les gens sont gentils dans tous ces villages corses, avec spontanéité toujours heureux de nous rendre service. C'est le dernier soir, demain Bastia, adieu la montagne corse et ses habitants. Nous terminons la soirée dans un petit restaurant typique. Aujourd'hui nous avons parcouru seulement 42 kilomètres, comme si cette région nous ne voulions pas la quitter, et que nos roues collaient à la route pour nous y retenir.
22 mai
La nuit a été très bonne. Le réveil se fait en fanfare comme si tous les oiseaux de l'Île de Beauté venaient nous dire au revoir. Une multitude de chants différents se superposent et se mélangent. Certains s'apparentent à des sifflements plus ou moins forts sur des modulations diverses, d'autres à des piaillements et certains à de véritables cris presque des hurlements de colère voire des interpellations vindicatives. Je n'avais jamais entendu quelque chose de comparable. Je reste médusé un long moment à écouter tout ce monde animal qui s'éveille. Nous nous levons, prenons le temps de bien petit-déjeuner, comme nous avons pris l'habitude de le faire depuis un mois. Le terrain de foot est entouré jusque haut dans la montagne par des constructions. Une l'église au clocher effilé brille au soleil levant. Le tout est noyé dans la verdure. Et tout là-haut quelques parois rocheuses ajoutent une touche à la beauté du tableau.
Encore une quinzaine de kilomètres et la Castagniccia sera derrière nous. Une magnifique forêt ombragée, garde toute la fraîcheur de la nuit. Nous la parcourons tous sens en éveil, elle nous délivre les derniers parfums. Tout à loisir, nous observons la multitude de porcs se sauvant mollement à notre approche. Cela va du cochon bien rose au sanglier bien gris, avec tous les intermédiaires, tels des patchworks sur pattes. Au fond de la vallée nous voyons grossir la nationale que nous ne voulons pas rejoindre. Aujourd'hui pas de grand braquet dans cette longue descente, mais les freins serrés un peu à la manière du cœur. Inexorablement la grande route approche. Le bruit de la circulation dense se fait de plus en plus prégnant. Et voilà, cette maudite nationale marque la limite de la Castagniccia, que nous quittons bien à regret. Par une succession de montées et de descentes au milieu d'un flot de véhicules dense nous rejoignons Bastia. L'aventure prend fin. Demain départ matinal. Nous passons la nuit dans un camping. Nous nous y sentons mal à l'aise, la transition est trop brutale.
23 mai
Heureusement nous quittons ce lieu aux aurores pour être à l'heure, heureux de fuir cet endroit que nous ressentons comme hostile. Un petit désagrément, nous ne voyons pas comment éviter de nous engager dans un tunnel interdit aux vélos. Mais grand braquet aidant et gros coup de pédale, nous allons presque aussi vite que les bus, tout du moins dans la première partie qui descend légèrement.
Le bateau manœuvre et se met à quai. Les foules embarquent, nous sommes les seuls à vélo. Nous avons la joie de voir des baleines à la hauteur du cap Corse.
Nous débarquons à 15heures30 à Nice. Jean continue à vélo jusqu'à Saint Raphaël, où il compte prendre le train pour Tarbes. Je sens qu'il n'a pas envie de rentrer. Pour ma part, j'aimerais bien prendre le temps de retourner à Lyon par les Alpes ou les Préalpes, en prenant le temps de digérer seul ce mois fabuleux que nous venons de passer. Mais il faut aussi penser aux autres. Ceux, qui restent et attendent, éprouvent un supplice qui n'en finit pas, une sensation de temps comme immobile.
Pour une première expérience à vélo, même si parfois j'ai ressenti la route comme un enchaînement et le trafic comme une menace, j'en retire de multiples satisfactions et je vais renouveler ce genre d'expérience en groupe et seul aussi. Je me verrai bien traverser la France seul uniquement par de toutes petites routes voire des chemins en campant par exemple aux confluents des rivières, endroits généralement aérés presque toujours accueillants. À court terme si tout se passe comme prévu, une grande aventure de deux mois en compagnie de Jean en août et septembre m'attend, mais laissons venir.
Un mois à vélo à travers ces deux îles, projet très tentant que j'ai tout de suite accepté. Il faut dire qu'avec Jean on est sûr que ça va «rouler», en effet il a une très bonne expérience des grands voyages à vélo, tour de l'Adriatique, tour de Turquie etc... Le plan est simple: en partant de Bastia remonter le Cap Corse puis descendre la Corse par sa côte ouest, prendre le bateau à Bonifacio pour Santa Teresa, puis longer la côte ouest de la Sardaigne jusqu'à Oristano, mettre le cap sur le centre de l'île, grimper le point culminant au passage, rejoindre la côte est et la remonter jusqu'à Santa Teresa, rejoindre à nouveau Bonifacio, d'où direction Porto Vecchio et de là attaquer directement à travers les montagnes jusqu'à Bastia par Zonza, Ghisoni et la Castagniccia en escaladant une multitude de cols. Le tout devant durer à peu près un mois. Les deux parties du trajet en Corse seront effectuées à deux et le parcours en Sardaigne à quatre. Les deux autres protagonistes arriveront et partiront de Porto Torres. La longueur des étapes, en fonction des conditions météorologiques, des dénivelés et autres facteurs variera de 50 à 110 kilomètres. L' hébergement sera principalement effectué en camping. Autant les côtes sont assez bien pourvues en terrains de camping, autant le centre des îles n'en possède pas beaucoup, surtout aux mois d'avril et mai beaucoup ne sont pas encore ouverts. En effet le départ de Bastia est fixé le 26 avril et l'arrivée à cette même ville est prévu aux environs de la dernière semaine de mai.
C'est mon premier voyage à vélo. Pour le matériel, celui que j'emporte pour de grandes randonnées à pied devrait suffire. Pourtant, malgré ce principe de base simple, au lieu des 10 kilogrammes habituels, je me retrouve avec plus du double. Deux sacoches arrières sur lesquelles je pose mon sac north face, une petite sacoche de guidon et tout tient sans problème, mais l'ensemble dépasse largement les 20 kilos. Mon vélo un trek cadre alu, sur lequel le vendeur de cycles m'a mis un très bon matériel en particulier des roues particulièrement solides aux pneus de petite section mais renforcés kévelar, avec des roulements performants. Dans les descentes mes camarades pédalant je me contenterai souvent de me laisser aller en roue libre. Je précise que ce vendeur de cycles sur les quais de la Saône à Lyon j'y suis allé grâce à une question posée sur Voyage Forum.
Rendez-vous fixé avec Jean le 24 avril chez ma cousine à Nice. Le lendemain nous rejoignons le bateau qui part à 14heures30. Pour la première fois de ma vie je pilote un vélo avec sacoches. Au cours des premiers kilomètres pour se rendre au port en pleine ville, je donne sans doute l'impression d'être un peu éméché, en effet la maîtrise de l'engin avec quelques 25 kilogrammes sur le porte-bagages n'est pas innée. Sans incident cependant nous atteignons le point d'embarquement. Heureusement que nous voyageons avec Corsica Ferries car la compagnie française concurrente est en grève. La traversée s'effectue sans encombre par beau temps, mais un peu couvert en arrivant, prémices de mauvais temps pour les jours à venir. Débarquement de nuit, je ne trouve pas ma frontale et je n'ai pas d'éclairage, mes roues sont sous-gonflées, toutes les erreurs basiques du néophyte! Les 6 premiers kilomètres en direction du Cap Corse sont un calvaire, je ne vois pas les trous et aspérités sur la chaussée, de plus ma jante cogne en écrasant la chambre à air. Heureusement le supplice ne dure pas, car un camping nous accueille exactement à 5, 5 kilomètres de notre point d'arrivée. Pas grand monde, nous passons une bonne nuit après avoir avalé notre ration de pâtes. Première nuit d'une longue série au cours desquelles les oiseaux nocturnes puis les diurnes au lever du jour nous régaleront de leurs chants aux multiples modulations. Pas un éveil au cours de ce mois sans ces concerts quotidiens, certains même pour ne pas se réveiller dès cinq heures mettront des boules quiès!
26 avril
Un jour blafard se lève, bien en accord avec les prévisions météo des plus pessimistes. Nous avons le temps de plier nos affaires avant la pluie, mais tout juste. En effet dès que mon vélo est prêt je cours me mettre à l'abri en le poussant. Après quelques mètres la roue arrière est bloquée. Que se passe-t-il? Aïe! Un tendeur accroché dans les rayons, le crochet aux trois quarts arraché, le tout enroulé plusieurs fois autour des pignons. Le métier de cyclotouriste rentre par ce genre de petites erreurs. Un tendeur qui pend ça ne pardonne pas.
L'étape prévue est conséquente, en effet nous espérons rejoindre Saint-Florent en passant par le Cap Corse, une bonne centaine de kilomètres. La température est fraîche, idéale pour le vélo. La végétation est luxuriante, signe qu'il a beaucoup plu cette année. Le bord des routes aussi bien en Corse qu'en Sardaigne sera un enchantement permanent du fait des myriades de fleurs qui tel un tapis merveilleux nous accompagneront au cours des 1900 kilomètres de notre périple. La route domine la mer, ce qui permet un joli spectacle sur les flots gris couleur de plomb, ponctués de temps à autre de touches vert pâle trahissant la présence de bancs de sable. Les premières gouttes ne tardent pas à faire leur apparition, mais notre moral n'est pas entamé. Les sacoches et mon sac sont étanches, tout du moins c'est ce que je crois, et je n'ai pas pris la précaution de répartir mes affaires dans des sacs plastiques. Eh oui! Il faut que le métier rentre. Nous passons une magnifique crique au sable noir, dominée d'un joli village aux couleurs vives, qui rehaussent la grisaille de ce premier matin d'un mois d'errance. La pluie se renforce. On s'arrête dans un bistrot , boire un café et faire le point. Deux couples de Canadiens aux vélos bien équipés passent et ne semblent pas perturbés par le temps, à entendre leurs éclats de rire. On ne va peut-être pas pousser jusqu'au Cap Corse dans ces conditions. Nous coupons par le col de Santa Lucia, à peu près aux deux tiers de la distance du cap. Première montée, 380 mètres de dénivelé. Malgré les 25 kilogrammes de bagages ça se passe bien, petit plateau grand pignon, tranquillement à 8 à l'heure le terrain défile. Mais je n'ai pas vraiment le loisir de contempler le paysage, j'ai comme on dit la tête dans le guidon. Le col atteint, une belle descente nous attend, mais la pluie guette aussi, et le froid se fait tout de suite sentir avec la vitesse. Une fois sur la côte ouest, le spectacle est magnifique. La pluie, les nuages accrochés, les rochers frangés d'écume et la mer sombre donnent une touche d'austérité au paysage. A midi complètement trempés nous effectuons une halte dans un restaurant suspendu au-dessus de la mer, qui possède une salle voûtée de belle facture. Un bon steak nous réchauffe. Retour sous la pluie qui diminue et s'arrête lors de notre arrivée à Saint-Florent. Cette première étape de 85 kilomètres n'a occasionné aucune fatigue. Mon vélo me semble très bien , souvent j'ai plus l'impression de glisser que de rouler tellement le mouvement est souple. Installation dans un camping à l'entrée de la ville, à cette époque les clients ne se bousculent pas encore . Notre arrivée est l'occasion d'une bonne rigolade. En effet l'homme à la réception me demande ma carte d'identité, en lisant ma nationalité française, il me regarde et dit « Vous êtes français comme moi» et il rit franchement. Je reste dubitatif ne sachant pas si c'est du lard ou du cochon (un comble en Corse). Cependant lorsque je relate l'anecdote à Jean on se marre un bon coup. Sans bagage, donc très légers, nous partons visiter la ville. La citadelle, grosse bâtisse circulaire, qui domine le golfe, permet une belle vue circulaire. Construite en 1440, elle fut au gré des périodes génoise, aragonaise, française, anglo-corse, italienne et aussi bien sûr corse. Comme la plupart des villes de Corse et de Sardaigne que nous allons visiter, nous constatons que ces régions étaient très convoitées et que de nombreux peuples se les sont disputées, chacun les possédant de temps à autre en fonction des fortunes de guerre et des alliances. Qu'il est doux de déambuler à vélo par un temps somme toute redevenu clément, bien que de gros nuages sombres rôdent encore sur les reliefs. Revenons à des questions plus terre à terre, avec quoi notre repas du soir sera-t-il arrosé? Jean a la bonne idée d'acheter du Patrimonio au détail, mais n'ayant pas de bouteille, il met ce magnifique vin rouge dans son bidon. La soirée et le dîner sont agréables et le litre de Patrimonio passe de vie à trépas.
27 avril
Après une bonne nuit, le réveil aux chants des oiseaux est un régal, de plus il ne pleut pas. Aujourd'hui début de parcours par la traversée du Désert des Agriates. En montant le premier col, Bocca di Vezzu, qui culmine à 311 mètres une bruine légère commence à tomber. Progressivement elle évolue vers le déluge. Moi qui pensais qu'un désert était garant de sécheresse! La descente sur Île Rousse est un supplice face à un vent violent, cinglés par des gouttes énormes. 50 kilomètres à l'heure sur chaussée détrempée nécessite de l'attention, mais une seule idée me hante, que ce calvaire s'arrête le plus vite possible. Le froid me tétanise, on est beaucoup plus sensible à ces variations de température à vélo qu'à pied, tout particulièrement en descente. Les derniers kilomètres avant la ville en bord de mer sont éprouvants, arque boutés sur les pédales, complètement essorés nous nous traînons lamentablement à 10 à l'heure tellement les rafales de vent et de pluie sont puissantes. Au centre du village arrêt d'urgence dans un petit bar qui nous fait à manger. Les rues se sont transformées en rivières et aucun signe d'apaisement n'est en vue. L'étape d'aujourd'hui s'arrête ici avec seulement 47 kilomètres enregistrés au compteur. Nous prenons une chambre d'hôtel et faisons sécher nos affaires. Je constate que mes sacoches et mon sac ne sont pas totalement étanches, et il va me falloir revoir ma stratégie de conditionnement de mes habits et de mon matériel de couchage, le métier rentre doucement, les petits revers sont formateurs. Les Corses au cours de cet après-midi de fin du monde nous diront qu'ils n'ont jamais vu un temps pareil. Il pleut maintenant depuis six mois. Si ça doit continuer on a du souci à se faire pour notre balade. De plus le tonnerre s'y met! Nous nous endormons bercés par les gouttières qui débordent.
28 avril
Il ne pleut pas. La journée commence bien, le patron très gentiment nous offre le café. L'étape de ce jour sera musclée. Il nous faut r��cupérer la distance non faite hier, donc au programme arriver à Porto. Rapidement Calvi est atteinte. Nous prenons le temps de visiter cette magnifique cité. La citadelle haut perchée sur son rocher offre une vue époustouflante. Après un pique-nique rapide 85 kilomètres nous attendent, constitués de beaucoup de côtes et en prime avec le vent dans le nez. Nous optons pour les petites routes et prenons la D81, serpentant au-dessus de rochers acérés qui plongent dans la mer. Ce vent qui nous freine, ce qu'il est bon de le sentir sur son visage, ses bras et sur tout le corps. Le voyage en s'exposant aux aléas du climat apporte réellement une dimension de plus à l'expérience. Il n'y a pas que l'effort physique qui procure du plaisir mais aussi ce contact sensuel avec les éléments. Il faut garder toute sa vigilance pour résister aux coups de boutoir du vent, qui arrivent de façon aléatoire. Derrière une vitre de voiture le spectacle est le même mais il manque ce tutoiement avec la planète et ses caprices. Les lendemains de tempête, l'air a une limpidité qui fait ressortir les couleurs et accentue leurs contrastes. En particulier, les très nombreuses fleurs dans ce décor encore tout humide brillent de mille feux, où domine le jaune ponctué des tâches rouges des coquelicots. Cette départementale, très sauvage et peu parcourue à cette époque longe la mer puis s'enfonce dans les terres. Elle est en permanence coupée de petits ruisseaux, conséquence des très fortes précipitations de ces deux derniers jours. Ce qui est extraordinaire sur ces routes corses, c'est que tout en longeant la mer, on peut contempler à proximité de belles montagnes enneigées, qui se découpent sur le ciel.
A 15 heures, nous arrivons à proximité de Galéria qui se situe dans un cul de sac. Le chemin pour Porto est encore long. Une grimpette de 11km pour quatre cents mètres de dénivelé nous fait peiner. Ensuite il reste plus de quarante kilomètres à parcourir qui ne sont pas uniquement en descente. Alors que nous sommes encore à trente deux kilomètres de Porto, son petit golfe semble tout proche. C'est compter sans les interminables détours le long des courbes de niveau. C'est digne du nord de l'Albanie, et si moi je ne l'ai parcouru qu'en voiture, Jean lui a circulé dans ces contrées reculées à vélo. Un peu avant d'arriver à Porto la route passe entre de grandes falaises de roche rouge, du porphyre, permettant par endroits des points de vue vertigineux sur une côte déchiquetée et frangée d'écume. Le gros avantage du vélo sur la voiture, le long de ces routes très étroites et tortueuses, consiste dans le fait que l'on peut toujours s'arrêter pour profiter d'un beau point de vue. Les derniers kilomètres nous donnent bien du mal en nous opposant des pentes rudes. Enfin la petite ville de Porto se trouve à nos pieds. Qu'elle est belle avec sa baie envahie de grosses vagues et sa tour sarrasine sur son éperon rocheux! L'étape a été de 109 kilomètres et le plaisir d'être arrivés est évident. Dernier supplice, rejoindre le camping par un chemin de grande raideur, je pousse le vélo. Soirée agréable, comme précédemment, à cette époque les campings sont presque déserts. Juste au-dessus de nous le Capu d'Ortu, culminant à 1294 mètres pratiquement sur la mer, nous laisse admirer sa vaste face ouest éclairée par le soleil couchant.
29 avril
Durant la nuit il a un peu plu, pourvu que le déluge des premiers jours ne fasse pas un retour. Le ciel reste chargé mais aucune goutte ne se fera sentir de toute la journée. Le départ est brutal et sans mise en jambe. Au cours des six premiers kilomètres la route s'élève de cinq cents mètres, mais petit plateau et grand pignon, tranquillement ça monte. Le lieu est l'un des plus touristiques de l'Île de Beauté, les fameuses Calanches de Piana. Beaucoup de monde, motos, voitures et cars ainsi que deux autres vélos. Je décide de m'arrêter pour faire une photo, je n'arrive pas à décliper mes pédales et je fais ma première chute. L'arrivée au sol est violente, mais heureusement les bagages amortissent en partie le choc, cependant je me blesse légèrement à la jambe avec les plateaux. Je n'arrive pas à me relever car mon pied reste rivé à la pédale. Un grand balèze qui a assisté au spectacle, me prend dans ses bras et me remet sur pieds, mais il manque me lâcher avant que ma chaussure soit décoincée, donc il était moins deux pour que je remette cela. Je le remercie en lui disant «Comme il est bon de se trouver dans les bras d'un grand costaud». Tout le groupe qui l'accompagne éclate de rire. Le site est splendide, d'immenses parois nous surplombent alors que celles situées sous la route dominent la mer de plusieurs centaines de mètres. Des rochers aux formes étranges ajoutent au pittoresque du lieu.
Le parcours jusqu'à Ajaccio se passe sans encombre sur une route toujours splendide. L'arrivée dans la ville est rébarbative à cause d'une circulation dense. Nous fuyons et rejoignons, par une route à circulation rapide très désagréable, un camping à proximité de l'aéroport. L'étape de ce jour est de 92 kilomètres.
30 avril
Aujourd'hui encore une très belle étape par une petite route peu fréquentée nous attend. Dans ces conditions le vélo est un sport très agréable et un moyen de voyager génial, même s'il ne procure pas le degré de liberté de la marche, qui elle s'affranchit de la route. Grosse forme, je pars comme un «calu», Jean qui a l'expérience sait que cela n'aura qu'un temps. Je découvre le plaisir de pédaler à un bon rythme, et de voir défiler les kilomètres. Ce matin cette vitesse est d'autant plus agréable, que nous avons un vent favorable et que la route longe le bord de mer depuis Porticcio. Nous quittons le bord de l'eau et une première côte sévère bloque net le mouvement. Puis contre toute attente nous entamons une descente raide et assez mal pavée, et nous voilà de nouveau sur la plage. Interrogation? Nous nous sommes trompés dans la montée du col de Cortonu. Que faire? Remonter? Ma carte au 100 000, datant de 1985, indique qu'un chemin contourne par l'ouest le col et conduit de nouveau sur la D55a un peu plus loin. Après tout, nous cherchons les petites routes et bien allons-y! Jean est toujours fana pour ce genre de variantes, ça lui rappelle ses virées dans des contrées lointaines. Oui nous le trouvons notre chemin, mais depuis vingt ans le progrès est passé par là et il est goudronné. Cependant son tracé est resté le même, et souvent les chemins ça ne cherchent à faire des détours, il attaque tout droit dans la pente à plus de 10%. Jean s'envole, je mets un point d'honneur à ne pas mettre pied à terre et appuie sur les pédales. Ne pas tomber en dessous de six à l'heure car la limite de l'équilibre se situe à 5, 5 voire cinq, et un déséquilibre avec les pieds rivés j'en connais le résultat! Là les 25 kilos de bagages je les sens. Je n'en reviens pas, pourquoi je suis capable de traverser les Pyrénées à pied avec moins de 10 kilos et que je me retrouve ici chargé comme un camion? Les besoins sont presque les mêmes à pied et à vélo, le couchage et les habits le reste c'est du superflu. Il faut peut-être dire que j'ai de quoi pêcher ainsi que masque et tuba, et aussi plusieurs livres. À pied on restreint le matériel de façon plus drastique. De petites dérives en petits excès on se retrouve accablé comme une mule. Le plus cocasse c'est que pour la norme cyclotouristique je ne suis pas tellement chargé.
Enfin nous voilà de retour sur la route initialement prévue, mais que ce détour était joli. Là, à vélo et à pied je fais la même constatation, au cours des erreurs d'itinéraire on voit généralement de très belles choses et on ne regrette surtout pas de s'être trompé. Une belle descente se présente, logique le col est derrière, et c'est reparti grand braquet, que du plaisir. Nous arrivons à Acqua Doria toute petite localité perchée. Une épicerie bar nous accueille, quelques achats et un café pris sur la terrasse offrant un panorama vaste dans toutes les directions. Je découvre sur une étagère de cette petite échoppe un vin qui m'intrigue tellement que je fais la photo de l'étiquette. Sur cette dernière on peut lire: vin de Merde, le pire... cache le meilleur. On y croit pas à la première lecture et donc on recommence! Mais si c'est bien écrit cela. Pour compléter, des fois que l'on ait pas compris, dans le coin droit de l'étiquette se trouve une belle grosse mouche bleue sans doute du meilleur et non du pire effet! Un peu plus loin nous faisons une halte et pique-niquons bien installés au soleil, moment très agréable passé à se raconter une multitude d'histoires. En effet si nous pratiquons des sports généralement différents actuellement, nous sommes tous les deux alpinistes au départ, et plusieurs dizaines d'années d'escalade ça formate. Nous repartons par de minuscules routes à travers une campagne verdoyante, on ne se fait pas cette idée de la Corse. Les pluies qui s'abattent sur l'île depuis des mois lui donnent un côté luxuriant et partout de grandes herbes bien vertes envahissent les espaces libres et les champs. Retour en bord de mer, Propriano apparaît au fond de sa baie turquoise au sable clair, entourée de montagnes. Que ces grands espaces sont jolis lorsqu'ils sont presque déserts. A l'entrée de la ville nous trouvons un camping en hauteur. Pour rejoindre notre emplacement 500 mètres d'une raideur extrême, ces derniers coups de collier sont un vrai supplice, bien que le compteur ne comptabilise que 62 kilomètres pour la journée. Comme toujours pas grand monde , nous sommes presque seuls à part quelques chats affamés qui viennent quémander. J'évalue le niveau de faim d'un chat, outre sa maigreur, au fait qu'il mange ou non le pain. Pas de doute ceux-là ont très faim. En tout cas ils ne sont pas farouches l'un d'eux escalade mes sacoches comme s'il désirait continuer avec nous. Les bagages posés, une descente en ville nous permet de découvrir une petite cité agréable surtout par ce temps presque estival.
1 mai
Aujourd'hui l'étape sera moins sympathique. En effet, la seule route pour Bonifacio, c'est la nationale, ce qui est toujours un peu stressant et souvent ça ne sent pas bon. Ça commence dur, une belle montée jusqu'à Sartène et tout les jours ne se ressemblant pas je me sens un peu fatigué, donc avec la chaleur je souffre. Il me suffit de penser à Kazantsakis et sa formule que j'ai faite mienne: un jour où je n'ai pas souffert est un jour où je n'ai pas vécu. Un raccourci dans la ville elle-même est très raide, une erreur de pignon m'est fatale. Je mets pied à terre et, mon Dieu que le vélo est lourd à pousser dans cette côte qui affiche au moins 12 ou 13 %. Le reste de l'étape ne me laisse pas de souvenir précis, si ce n'est le moment où dans un virage nous avons vu surgir la Sardaigne, que nous rejoindrons demain. Un autre détail me revient en mémoire, nous avons croisé un groupe de Ferraris en vadrouille, elles étaient quatorze, et même si les voitures ne vous intéressent pas c'est pas mal à regarder passer. Après 60 kilomètres, sur les hauteurs de Bonifacio nous nous installons dans un camping agréable dominé de jolis monticules granitiques qui donnent envie de faire de l'escalade. Sans charge la descente est amorcée pour visiter la cité, qui est très pittoresque. Sa citadelle colonise un magnifique promontoire permettant une vue de tout premier plan sur la Sardaigne et le détroit qui protège le port de la pleine mer. Je me souviens y être venu en voilier il y a bien longtemps lors d'une magnifique navigation d'une quinzaine de jours.
2 mai
Ce matin branle-bas très tôt, nous devons être au port au plus tard à 8 heures pour un départ à huit trente. Les cinq kilomètres du camping au port sont exclusivement en descente. Qu'il est bon de se laisser glisser comme cela de bon matin. Les roulements à billes de mes roues sont si performants que j'ai plus l'impression de glisser que de rouler.
Les passagers ne sont pas très nombreux sur le bateau, quelques voitures et motos. Ces dernières tout au long de notre périple nous en verrons des meutes plus ou moins importantes, sauf en finale dans le centre de la Corse en Castanicca, coin enchanteur dont je reparlerai et qui nous fera regretter de mettre fin à notre voyage, comme attirés par une envie d'errance sans fin. Le départ le long de ces grandes falaises blanches, au sommet desquelles se serrent des maisons toutes en hauteur est d'une saisissante beauté. Les goélands, qui planent derrière le navire à la même vitesse, semblent immobiles. Les bateaux m'ont toujours procuré une forte impression de départ vers des contrées lointaines, même si aujourd'hui le trajet n'excède pas une vingtaine de kilomètres et ne dure que cinquante minutes. Cependant pour un prix de vingt euros, j'ai vraiment la sensation de partir.
Après cette traversée agréable nous débarquons en Sardaigne. Cela me fait quelque chose car il y a plusieurs générations déjà, par ma grand-mère paternelle j'ai des gènes qui proviennent de cette île. Nous commençons avec un petit café sur le port. La vie est délicieuse lorsqu'on n'est pas dans l'urgence et autonomes, pas de contrainte concernant le point de chute, tout petit recoin discret peut faire l'affaire, si à huit heures du soir on n'a pas trouvé de lieu d'arrêt dit autorisé.
Cette première étape doit nous conduire à Castelsardo, jolie petite ville chargée d'histoire posée sur un magnifique tertre pyramidal qui s'avance sur la mer. Le relief sur la côte ouest nous semble presque débonnaire après la descente de la Corse. La circulation n'est pas très importante et le déplacement à vélo est agréable. La campagne sarde est un festival de fleurs, qui déroulent leurs corolles par millions à notre passage. Au bout d'une ligne droite quelques centaines de mètres devant, nous voyons deux cyclotouristes. La chasse est lancée, je réussis à m'approcher à une cinquantaine de mètres puis je me fais décrocher. Jean ne semble pas s'être intéressé à la course. Ils reprennent le terrain perdu et finissent par disparaître. Une quinzaine de kilomètres plus loin, nous les retrouvons devant une échoppe de fruits et légumes sur le bord de la route en pleine campagne. Nous en profitons pour faire la halte de midi. Il s'agit de deux Allemands engagés sur le tour de Sardaigne en douze jours avec points de départ et d'arrivée à Olbia, aéroport desservant l'île par des vols low costs. Nous rencontrerons de nombreuses personnes qui utilisent ce point d'entrée. Les Allemands partent avant nous, mais ayant fait un petit détour par une crique qui les a un peu retardés, pour un temps nous les retrouvons. Cela nous donne l'occasion de nous «allumer» sérieusement le long d'une grosse bosse, et je ne suis pas le premier à craquer. Quand on est bête c'est pour la vie, et ça ne risque pas de s'arranger après cinquante ans!
Castelsardo apparaît au détour d'un virage, véritable splendeur que ce tertre qui s'avance sur la mer, coiffé de sa citadelle centenaire au pied de laquelle de petites maisons multicolores serrées les unes contre les autres essaient de monter à l'assaut. Pris par la beauté de ce spectacle je freine et m'arrête, mais je ne pense pas à mes pieds et rebelote deuxième chute, cependant l'expérience aidant je ne me fais cette fois aucune égratignure. Pourtant on n'est jamais à l'abri d'un poignet cassé, il faudra que ça rentre. Ne devient pas cyclotouriste qui veut! Nous montons visiter cette petite cité, c'est raide à vélo, vieille ville charmante aux ruelles calmes et colorées, haut perchées au-dessus de la mer. Mais il n'y a pas de logement hormis les hôtels, il nous faut pousser jusqu'à Porto Torres à une trentaine de kilomètres plus au sud. Cette décision ne soulève pas l'enthousiasme, mais quelle autre alternative? Rapidement nous reprenons plaisir à pédaler, la route domine la mer avec de belles perspectives sur de petites criques, et de plus le vent nous pousse. À une moyenne supérieure à vingt à l'heure nous atteignons notre but, ce qui fait pour la journée 105 kilomètres, mais ils comptent moins que les kilomètres corses. Installés au camping, nous partons faire les courses au supermarché situé à trois cents mètres. Devant le magasin je freine et dix de der, je n'ai pas vu que mes pieds sont clipés. La chute est plus brutale car je n'ai plus de bagage pour amortir. Je suis bien secoué mais une fois de plus rien, cependant il faut que je réagisse cela fait la troisième depuis le départ et la seconde aujourd'hui, à ce rythme les statistiques me disent que je vais finir au mieux avec un plâtre. Retour au camping et qui voyons-nous en train d'arriver? Nos deux Allemands , Josef et Wolfgang. Ils viennent s'installer à côté de nous et ce sera l'occasion d'une soirée sympathique à nous raconter des histoires de vélos. Ce sont de gros rouleurs qui n'hésitent pas à traverser les USA. Demain ils partiront tôt, par contre pour nous ce sera repos car nous devons récupérer deux compagnons qui arrivent par bateau et qui vont nous accompagner durant le tour de Sardaigne. Eh oui! VF a encore sévi.
Nous roulons depuis une semaine, cela me permet de me faire une première idée de cette façon de voyager que je n'imaginais pas utiliser, encore récemment. Le vélo ne donne pas cette impression de liberté que procure la marche, car on reste, sinon prisonnier, tout au moins dépendant de la route. Parfois la circulation est dense et ce n'est pas très agréable, cependant on s'accoutume assez vite. Nous avons franchi 550 kilomètres, cela fait beaucoup plus qu'à pied. On éprouve toujours un certain contentement en regardant une carte sur laquelle on a parcouru de grandes distances à la seule force de son corps, à pied ou à vélo. C'est sans doute un peu puérile mais c'est cependant un petit plaisir et une vie heureuse, paraît-il, est constituée d'une somme de petits plaisirs. Il est vrai qu'en soi la distance ne signifie pas grand chose, donnée relative en fonction de la difficulté ou du mode de déplacement. Que dire d'un parcours en kayak ou de la montée d'une face qui fait «seulement» un kilomètre? Même si le kilométrage n'est qu'un accessoire du voyage, souvent on s'imagine qu'en allant loin on voyage vraiment. Forcément ce genre de conditionnement joue et voilà pourquoi on est tout content de regarder sur la carte une grande distance que l'on vient d'accomplir. Le vélo a un autre gros avantage, il est beaucoup moins traumatisant que la marche à pied. Bien sûr l'effort musculaire a été intense au cours des innombrables montées de la côte ouest de la Corse, mais les contraintes et les chocs sur l'ossature sont moindres. Le soir à l'arrêt la fatigue est différente de celle ressentie à pied, bien moins traumatique, vraie source de bien-être. Je n'en reviens toujours pas, pourvu que cela dure. Il y a maintenant une semaine que je suis rentré chez moi, après un mois de vélo et 1900 kilomètres, et je n'éprouve aucune douleur nulle part. Juste avant de partir, une épaule me faisait mal depuis plusieurs années avec des fourmis dans la main. L'ostéopathe que j'ai vu trois jours avant de rouler m'a dit de partir quand même, et il a eu bien raison. Cet effort présente un véritable effet curatif sur les douleurs articulaires. Donc le voyage à vélo présente indéniablement des avantages et des côtés très agréables, bien que toutes les dimensions de liberté ne soient pas réunies, tout du moins en Europe. J'imagine que dans certains pays lointains sur des pistes peu ou pas fréquentées le vélo devient l'outil le plus sublime pour voyager.
3 mai
Ce matin pas d'impératif, nous voyons les Allemands partir et nous petit-déjeunons tranquillement. Cette journée d'arrêt est la bienvenue car je sens une légère fatigue. Nous devons nous rendre au port attendre Evelyne et Rafik à 19h. En début d'après-midi nous partons pour un tour en ville et la reconnaissance du port. De nombreux restes archéologiques subsistent dans cette ville de 20 000 habitants. En outre, elle est très industrialisée. Le hasard fait bien les choses, nous tombons sur une procession religieuse. Un cortège immense suit la statue de la vierge, comme si toute la cité s'était donnée rendez-vous. Les autorités en premier, maire et autres autorités civiles puis, policiers, carabinieri, pompiers, militaires ouvrent la voie à cette foule interminable qui monte à l'église. En fin d'après-midi nous nous rendons sur le port. Bizarre pas de bateau prévu à 19heures, il y en a bien un à 20 heures mais en partance.
En définitive, ils débarquent bien mais à vingt et une heures. Les dix kilomètres pour rentrer au camping se feront de nuit. Moment d'angoisse avec seulement une frontale qui ne permet pas de bien visualiser la route et ses à-côtés. On m'avait dit que les phares n'étaient pas nécessaires car on roule toujours de jour et on ne se laisse jamais prendre par la nuit. Cela fait déjà deux fois en une semaine. Dès que je rentre chez moi je ferai équiper mon vélo du système d'éclairage adéquate. Là encore c'est le métier qui rentre. Nous leur avons préparé un petit repas d'accueil, simple mais consistant, purée saucisses. Nous faisons connaissance, Evelyne est une coureuse à pied reconvertie au vélo et Rafik est un athlète de haut niveau qui a terminé 17ème au championnat du monde de cross. Première soirée très agréable, et durant les 15 jours l'ambiance restera au beau fixe. Manifestement ce sont des clients de haut niveau. Moi le novice du vélo je n'ai qu'à bien me tenir! Le bilan kilométrique de cette journée se monte à trente, une broutille tandis qu'à pied cela représente une belle étape.
4 mai
Aujourd'hui, il est prévu un trajet de rodage à quatre. A travers la campagne sarde par de petites routes nous comptons rejoindre le Cap Caccia, qui est la pointe sud d'une longue et étroite presque-île bordée de falaises qui dominent le mer d'environ 200 mètres. Cinquante kilomètres sans voiture ou presque dans des paysages paisibles ou le vert des prairies et les couleurs vives des fleurs dominent. Qu'il est paisible de faire ce type de randonnée, là le vélo est un merveilleux moyen de locomotion. Nous rejoignons le bord de mer, et prenons la direction du cap précité. Quelques raidillons carabinés nous permettent d'accéder à un belvédère remarquable, d'où la vue sur d'énormes rochers émergeant de l'eau est saisissante. Un groupe d'Allemands devant leur car nous applaudit dans notre effort final. En remerciement je leur récite les premiers vers de la Lorelei: Was soll es bedeuten, dass ich so traurig bin...
Mais au fait sur ce rocher s'avançant sur la mer nous ne voyons pas de camping, alors qu'il était prévu de s'y arrêter pour la nuit. Un petit sigle triangulaire sur la carte avait été mal interprété. De notre magnifique point de vue dans le lointain après un grand cap blanc se dévoile la ville d'Alghero. Nous comprenons tout de suite que c'est reparti pour trente kilomètres. Après quelques bosses, nous rejoignons des zones plates. Un léger vent arrière transforme les vingt derniers kilomètres en une promenade de plaisir à vive allure. Le premier camping rencontré est fermé, le second se cache sur la plage pratiquement dans la ville. Nous finirons par le dénicher après plusieurs passages et les renseignements des autochtones. Le kilométrage pour ce jour s'élève à 77km. La ville a du cachet avec ses fortifications qui donnent directement sur la mer. On les suit par de larges esplanades. De nombreuses armées d'invasion ont laissé des traces dans cette cité, qui a été convoitée et conquise au cours des siècles par les Italiens, les Carthaginois, les Phéniciens, les Byzantins, les Arabes les Catalans et sans doute d'autres.
5 mai
Ce matin petite forme, deux d'entre nous ont des symptômes concordants, mal de tête et nausées. Avons-nous mangé quelque chose qui n'était pas frais? Nous passons la matinée tranquillement. Le départ a lieu à 11heures 30, l'état des deux malades s'améliorant. Le but de la journée se trouve à 48 kilomètres, il s'agit de la petite bourgade de Bosa. Même si la distance n'est pas très importante, l'étape nous marque d'une part du fait de sa beauté, route en hauteur au-dessus de la mer, et d'autre par à cause de ses pentes particulièrement longues et raides. Enfin après avoir bataillé plusieurs heures, une immense descente nous tend les bras. Elle doit nous conduire au point d'étape prévu. Mais le plaisir sera gâché, car l'orage s'invite à la fête et il est particulièrement violent. Nous ne trouvons pas le moindre abri, et stoïquement nous pédalons sous des trombes d'eau. L'absence de construction le long de cet itinéraire est totale, et sous la pluie cela se remarque d'autant plus. Après une petite heure de grosse rincée, le beau temps revient aussi vite qu'il avait été chassé. L'arrivée dans Bosa se fait au milieu des mares laissées par l'orage.
Nous sommes hébergés à l'auberge de jeunesse, spartiate mais fonctionnelle, une chambre à quatre avec lits superposés. Rafik et moi partons pêcher. Outre le goût prononcé pour le sport et la course à pied, nous avons d'autres points communs. Lui est d'origine tunisienne et mon père est né en Algérie, certes de père ardéchois, mais cela n'empêche que nous venons du même creuset de la Méditerranée et que tout nous attire en elle, en particulier la pêche. La petite baie de Bosa est abritée par une large digue sur laquelle viennent se fracasser de grosses vagues. Au débouché d'un petit estuaire aux eaux très remuées, les pêcheurs s'agglutinent, taquinant la dorade et le loup. Pour notre part nous n'attrapons qu'un petit sarran, joli poisson de roche bariolé. Je le décroche avec précaution et le remets à l'eau. Certains pourraient me dire pourquoi embêter les poissons, voire plus, si ce n'est que pour le plaisir de les attraper. Sans doute toute la tradition communiquée par mon père qui me racontait avec une passion non assouvie les pêches merveilleuses qu'il faisait dans son enfance sur les côtes algériennes. Dans ces régions méditerranéennes je me sens bien, ce qui peut paraître un peu paradoxal car je ne rêve que de montagnes et de parois raides. En Corse j'ai plutôt tendance à regarder du côté de la montagne, qui jaillit partout, tandis qu'en Sardaigne mon regard va naturellement vers la mer, même si les reliefs sont parfois escarpés et présentent de belles falaises. La Corse pour moi est une extraordinaire montagne dans la mer, et la Sardaigne consiste en une succession de magnifiques sites côtiers tout du moins sur son versant ouest, la côte est étant plus accidentée. Cependant en Corse, même sa côte plate est dominée de magnifiques pics, enneigés plus de la moitié de l'année. Je ne dis pas qu'elle est plus belle que la Sardaigne, ce type de comparaison n'a pas de sens. Je reprendrai seulement les mots d'un grand navigateur qui a arpenté le monde sous toutes ses coutures et qui déclare « de toutes les contrées dans lesquelles j'ai navigué, les deux plus belles sont la Corse et la Bretagne » et il est breton, alors pensez ce que vous voulez de la Corse!
6 mai
Très beau temps, le petit déjeuner servi à l'auberge de jeunesse est frugal, mais heureusement nous ajoutons le complément. De petits ennuis techniques nous retardent. Le départ a lieu vers midi. Le démarrage est brutal, une rampe particulièrement raide ouvre le bal. Halte repas très plaisante sur la place du village de Sennariolo, et nous ne dérogeons pas au rite du petit café final, surtout qu'en Sardaigne il est moins cher qu'en France, généralement 80 centimes. La montée reprend jusqu'au village suivant Cuglieri. Ensuite le parcours est un enchantement, une succession de faux plats en descente avec le vent dans le dos. Je m'en donne à cœur-joie sur le grand braquet, une vingtaine de kilomètres parcourus entre 40 et 55 kilomètres par heure en permanence. Le vélo procure dans ces moments un plaisir intense. L'expression filer comme le vent décrit bien la situation. J'ai vraiment la sensation de vitesse, et je m'y connais un peu ayant conduit de grosses motos de façon souvent déraisonnable. Un arrêt est improvisé à S'Archittu, tellement ce petit golfe couleur turquoise entouré de falaises est magnifique. Nous repartons sur un bon rythme. La grande ville approche avec son cortège habituel, constructions plus nombreuses, route plus large et un trafic toujours plus dense. Nous n'entrons pas dans Oristano mais partons à l'ouest camper à Torre Grande. Aujourd'hui le compteur marque 72 kilomètres, dont pas mal furent un véritable régal. En particulier les dix derniers kilomètres, vent dans le nez, bien abrités derrière Jean qui comme un tracteur maintenait un bon vingt-cinq de moyenne, on ressent tout le bien-fait de l'effort soutenu au bon niveau sans que cela fasse mal. Il faut dire qu'entre lui et Rafik nous avons deux gros costauds du vélo. Evelyne , toute menue qu'elle est, dans les côtes quelque soit leur inclinaison et leur longueur, elle appuie de façon régulière sur les pédales et je la vois systématiquement disparaître, j'en ferai encore l'expérience au cours des jours à venir dans les montagnes. Mon arme secrète pour refaire mon retard c'est de mettre le grand développement dans les descentes et de forcer comme une brute. J'atteins régulièrement les 60 à l'heure, voire parfois beaucoup plus. Cette sympathique émulation se passe dans la bonne humeur et la décontraction.
Nous envisageons de rester deux nuits sur place afin de visiter tout à loisir les environs demain . En effet à une dizaine de kilomètres à l'ouest se trouve le magnifique site archéologique de la ville de Tharros. Cette dernière il y maintenant deux millénaires était la capitale de l'île. Notre camping est «bunkérisé» par de grandes grilles et un haut mur sur le devant, mais agréable une fois à l'intérieur. Comme d'habitude pas d'affluence, cependant un peu plus de monde que les jours précédents, en particulier des groupes de motards. Un cyclotouriste allemand nous aborde et nous narre son périple commencé cinq semaines plus tôt en Allemagne par une traversée des Alpes jusqu'à Nice.
7 mai
Comme prévu départ pour Tharros, mais les petites routes nous conduisent sur les bords d'un immense étang utilisé pour la pisciculture. De toute évidence les poissons grouillent, mais nous sommes perdus parmi les hautes herbes, notre chemin ayant subitement disparu. Nous ne restons pas longtemps seuls. Des gardes forestiers équipés d'un 4x4, nous ayant repérés de loin, nous prenant peut-être pour des braconniers, s'arrêtent à notre hauteur. Nous leur expliquons notre situation. Ces derniers très gentiment nous proposent de les suivre et par un véritable labyrinthe de petits chemins en sous-bois ils nous remettront dans la bonne direction. L'itinéraire n'est pas évident, car à plusieurs reprises à la croisée de sentes nous les voyons hésiter. Ensuite, la route sur une dizaine de kilomètres est une splendeur, entre plans d'eau et explosions de fleurs sur des hectares.
Enfin nous atteignons la très belle église San Giovanni. Tharros est à proximité. Une piste en terre conduit à l'extrémité du cap. Le lieu est magique. On imagine facilement la scène, lorsque les premiers Phéniciens abordèrent ce site sept siècles avant notre ère. Ils en évaluèrent tout de suite le potentiel. En effet jusque vers la fin du premier millénaire après Jésus-Christ, le port fondé prospéra et donna cette très belle cité. Mais les corsaires sarrasins devenant de plus en plus menaçants, un repli vers l'intérieur des terres fut amorcé et la ville périclita. Il en reste des ruines superbes dans un cadre enchanteur, envahies au mois de mai, d'une incroyable densité de fleurs, qui montent à l'assaut du pied de la grande tour ronde bien campée sur la plus haute colline du cap. Site exceptionnel particulièrement surveillé, nous y croisons outre les gardes qui nous ont indiqué notre chemin, des policiers, des carbinieri et des gardes côtes. Je déconseille formellement à quiconque d'avoir l'idée d'y envisager le camping sauvage.
Nous décidons ensuite d'aller visiter Oristano, jolie petite ville au centre très pittoresque. De belles places dallées aux formes inhabituelles font la meilleure impression. En ce début d'après-midi les rues sont désertes, sieste oblige et nous avons l'impression d'avoir la cité pour nous seuls.
Journée agréable de visites, nous avons tout de même parcouru 62 kilomètres, mais sans bagage nous n'avons pas l'impression d'avoir roulé. A croire que la déformation du cyclotouriste arrive plus vite qu'on le pense!
8 mai
Aujourd'hui départ matinal, car l'étape prévue est conséquente. Plus de 100km ponctués de gros dénivelés, avec pour but Fonni, station estivale au pied ou presque de la Punta Marmora, point culminant de l'île. Le mot Punta n'est pas très bien choisi, car si vous imaginez trouver un beau pic vous serez déçu. Il s'agit plutôt du point le plus élevé d'une crête massive, qui pourrait ressembler au Honneck vu sous un certain angle. Donc c'est une belle montagne, en effet je vis avec une Vosgienne, évidemment le Honneck est forcément à l'égal du Daulaghiri, magnifique pyramide qui culmine presque à 8200 mètres!
Nous mettons donc le cap sur le centre de l'île avec la ferme intention d'en atteindre le sommet, qui culmine, certains diront seulement, à 1834 mètres. Cependant se rendre au départ d'une balade à pied en utilisant un vélo ce n'est pas comme s'y rendre en voiture. Cela participe aussi au charme du voyage à bicyclette (je ne sais pas si ce terme fait partie du vocabulaire du cyclo?). Au nord d'Oristano nous ne trouvons pas la petite route repérée sur la carte, c'est donc par une voie à la circulation relativement importante que nous commençons. Rapidement nous réussissons à nous en échapper. Première localité relativement importante, Busachi, les choses sérieuses n'ont pas vraiment débuté. Premier gros incident technique, le dérailleur de Rafik se prend dans les rayons, d'où blocage de la roue et de nombreux dégâts, rayons complètement pliés dérailleur très endommagé. Rafik est un magicien de la mécanique, en une petite heure il remet tout cela d'équerre, et fait notre admiration. La chaleur devient suffocante et la pente raidit. Nous commençons à avoir des doutes quant à la possibilité de rejoindre Fonni ce soir.
Arrêt à l'ombre d'un petit village pour le repas de midi. Comme toujours l'ambiance est très agréable, peu de monde, quelques autochtones attablés sur les minuscules terrasses des débits de boissons. Nous aurons l'occasion de constater aussi bien en Corse qu'en Sardaigne, que les routes côtières sont beaucoup plus fréquentées par les étrangers que les routes intérieures. Ce qui à vrai dire fera notre bonheur. Retour sur les pédales, ça chauffe dur. À la sortie du village de Sorgono nous faisons un arrêt au cimetière pour nous ravitailler en eau. Nos derniers espoirs pour atteindre Fonni ce soir se sont évanouis définitivement. Teti sera notre lieu d'arrêt. Il s'agit d'un magnifique petit village de montagne. Les habitants très gentiment nous permettent de camper sur le terrain communal dédié aux fêtes du village. Ils viendront même nous brancher l'eau.
L'étape du jour ne s'élève qu'à 85 kilomètres mais la forte proportion de côtes raides et la chaleur nous laissent une impression de journée fatigante et très bien remplie. Cette sensation de bonne fatigue, les muscles un peu endormis, et pas ce sentiment de squelette martyrisé que j'ai après une grosse étape à pied, procure un réel bien-être. Jean parle de vélo-thérapie, et c'est exactement cela. Rassurez-vous, je ne cherche pas un prétexte pour laisser tomber les longues marches. Probablement j'intégrerai plus le vélo dans ma manière de voyager, mais certains grands projets qui me tiennent à cœur ne s'envisagent pas à vélo, comme la Haute Route Pyrénéenne ou terminer la traversée des Alpes, et il m'en reste un grand morceau à parcourir, Chamonix à Trieste.
Une fois de plus la soirée se déroule dans la meilleure convivialité, agrémentée d'un décor superbe au milieu de ce terrain accidenté où la vue porte loin de crête en crête. Mes compagnons de voyage ont tous des expériences sportives et de voyages particulièrement intéressantes, et de plus l'humour, la simplicité et la rusticité font partie de leur qualités. Ce sont les ingrédients assurés d'une bonne partie de rigolade sans jamais à avoir à se tracasser quant aux conditions que l'on rencontrera. Il est étonnant de constater, comme dans certaines conditions une relation intime peut s'établir rapidement. J'ai l'impression sinon de toujours les avoir connus, au moins de les connaître de longue date.
9 mai
Aujourd'hui direction Fonni et cet après-midi l'escalade de la Punta Marmora est prévue. La journée commence par une belle descente, mais ça ne dure pas. Il nous faut enchaîner avec la raide route de Fonni, heureusement presque déserte. Le décor est splendide, grands espaces verts, un lac de barrage magnifique. Sous le pont qui l'enjambe une multitude de gros poissons fait des ronds à la surface.
La ville est à mille mètres d'altitude, de ce fait la chaleur n'est pas trop forte. Pour la seule fois de notre périple nous faisons appel à l'agritourisme. Une jolie demeure bien positionnée un peu au-dessus de Fonni en direction de la montagne que nous voulons gravir. Si le site est joli, le prix l'est tout autant. Une chambre à quatre lits pour la modique somme de 140 euros, certes avec le petit-déjeuner. Malgré des tentatives de négociation, rien n'y fera. Le prix annoncé sur le petit futé est moindre. Cette augmentation est la conséquence probable d'une publicité avantageuse. Nous ne sommes pas en mesure de trop insister ou de chercher une autre solution, si nous voulons suivre le programme. Les bagages déposés, nous reprenons nos vélos pour une belle grimpette jusqu'à l'altitude de 1500 mètres. A partir de ce point le sommet s'atteint à pied. Quelques névés subsistent, que nous nous empressons de fouler. Une première crête est atteinte, de laquelle une descente permet d'en rejoindre une seconde qui conduit au point culminant de l'île. Malgré sa faible altitude la vue porte loin sur les plaines environnantes, mais nous n'arrivons pas à distinguer la mer. Cette région montagneuse est austère, elle me fait un peu penser au Mont Lozère, par la couleur sombre de la roche, ses grandes pentes herbeuses et sa désertification. La redescende est effectuée au pas de course. Il ne faut pas grand chose pour qu'avec Rafik, nous courrions comme des dératés. La vigilance est de mise, car mes chaussures de cycliste, de temps à autre du fait des parties métalliques du système d'accrochage ont une fâcheuse tendance à déraper sans prévenir sur le rocher. Rafik possède un coffre invraisemblable, certes il a 10 ans de moins, mais ses références en matière de course à pied en font un véritable OCNI (objet courant non identifié). Le plaisir de me défoncer physiquement restera, tant que mon état le permettra, une source de joie immense. Nous retournons dans notre agritourisme, où l'ambiance n'est pas franchement chaleureuse, et en guise de représailles nous préparons notre popote dans la chambre bien que ce soit interdit. Ayant été pris au dépourvu pour les courses, quelques lyophilisés en secours nous permettent un repas somme toute bon et suffisamment copieux.
L'étape de ce jour se monte à 54 kilomètres à vélo, dont une bonne quarantaine en montée raide, plus deux heures de presque course en montagne. Seul soir où je sens un peu mon dos, preuve que le déplacement à pied, certes en courant, traumatise plus que le vélo.
10 mai
Aujourd'hui nous retrouverons le bord de mer sur la côte est. Nous commençons la journée par un petit-déjeuner original dans une belle salle circulaire surmontée d'une charpente en forme de tente indienne, ce qui donne à la pièce beaucoup de volume et du cachet. Peut-être pour contrebalancer les relations quelque peu conflictuelles de la veille, l'hôtesse nous sert, outre les ingrédients habituels, une magnifique part de ricotta bien nappée de miel, un pur régal!
Nous sommes en pleine forme, pas de doute un lit de temps à autre, cela fait du bien. Après une descente sur Fonni, la route part à l'assaut d'un col sur 15 kilomètres et 300 mètres de dénivelé, presque une formalité. Au col du Monte Pipinari à 1246 mètres il fait frisquet. Nous ne traînons pas et entamons une longue descente. A quelque distance Rafik crève, son pneu est endommagé ainsi que sa gente. Pour cette dernière il s'agit des conséquences de l'incident de l'avant-veille, quand il a du détordre des rayons en forçant.
Nous arrivons sans autre incident après une magnifique étape à un camping idyllique à Tortoli. Les tentes sont installées sur de petites terrasses juste au-dessus d'un golfe à l'eau d'un bleu profond, avec en deuxième plan de grands rochers, plutôt de petites montagnes qui de par leur positionnement donnent toute sa profondeur à cette baie de grande beauté. Pour agrémenter l'ensemble, une magnifique tour sarrasine est érigée juste en face. Elle sera la toute première à recevoir le soleil du matin. Le lieu nous plaisant, et Rafik ayant des réparations importantes à effectuer sur son vélo, nous décidons de passer la journée du lendemain dans cet endroit.
11 mai
Lever 6 heures et c'est parti pour une partie de pêche. Je ne choisis pas tout de suite le meilleur endroit, mais pour le petit déjeuner nous aurons droit à quelques magnifiques poissons de roche, girelles dont une royale de belle taille et sarrans. Si l'idée semblait surprendre au départ, tout le monde a bien apprécié la chair très fine et ferme de la girelle au petit déjeuner, et contre toute attente, cela passe très bien. Nous ne poussons cependant pas le plaisir jusqu'à arroser cette friture d'un coup de blanc! Journée de farniente sauf pour Rafik qui, ayant acheté pneu, gente et chambre à air, remet tout en état, en particulier le dérailleur qui occasionne quelques difficultés de réglage. La réparation sera efficace car il en sera définitivement fini de ses ennuis mécaniques. En fin d'après-midi nouvelle séance de pêche, et petite friture au dîner qui passe aussi bien que celle du matin. Cette journée dans ce camping est d'autant plus agréable que le personnel est très gentil et particulièrement serviable.
12 mai
Nous démarrons tôt, l'étape sera longue et agrémentée de nombreuses montées. Avec regret nous quittons ce camping où il fait si bon séjourner. Après avoir fait quelques détours pour quitter Tortoli, le ton est donné, ça monte et ça dure! Au village de Baunel, un premier arrêt ravitaillement est effectué. En 15 kilomètres l'altitude atteinte est de 480 mètres. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le point de passage le plus élevé se situe à 1017 mètres, mais auparavant quatre cols intermédiaires jalonnent l'itinéraire. La route bien tracée permet une montée régulière sans forcer. Avec l'altitude la végétation change, on pourrait se croire quelque part dans le massif central. Enfin le Passo Gena Silana est atteint. Il nous aura fallu quatre heure pour une quarantaine de kilomètres. On s'attendait à plus difficile.
Au col casse-croûte copieux, des cyclistes de route assez nombreux sont montés par le versant opposé. Une très longue et magnifique descente nous procure un vif plaisir. Le cadre est magnifique, de grandes falaises calcaires étincellent de toutes parts avec la mer en toile de fond. Alors que nous avons quitté la montagne, la route serpente en faux plats descendants au milieu de bocages. Nous profitons de ces conditions très favorables pour se tirer une bourre pas possible, aidés d'un bon coup de vent dans le dos. Que c'est plaisant de débouler à vive allure en ayant mis le grand développement.
Avant d'arriver à Orosei, la route traverse d'immenses carrières de marbre, spectacle impressionnant. En voyant un ouvrier travailler, nous prenons conscience du gigantisme de ces chantiers. La ville d'Orosei, est manifestement très touchée par la proximité des carrières. Le premier camping se trouve à 12 kilomètres. Nous le rejoignons par des pistes, l'accès principal étant fermé à cause d'intempéries récentes. Encore un site étonnant au débouché d'une petite rivière sur une plage de sable blanc, baignée par une mer à l'eau émeraude. Pour ajouter au charme du lieu, le propriétaire est particulièrement accueillant et serviable. Le compteur affiche 106 kilomètres et encore le mien est le plus pessimiste. Nous aurions pu sans fatigue en faire beaucoup plus. C'est peut-être aussi cela le miracle du vélo? A moins que ce soit l'endorphine sécrétée qui commence son travail de fond contre la douleur et pour le bonheur!
13 mai
Lever aux aurores, j'aimerais bien rapporter quelques poissons pour le petit-déjeuner. Avec Rafik, nous partons ramasser quelques appâts le long des rochers. J'ai le plus grand espoir de faire une belle pêche. Mais contre toute attente pas une seule touche, comme si les poissons désertaient certains endroits. Je suis d'autant plus surpris, que j'avais trouvé quelques escavennes, oubliées par un pêcheur. En effet ces vers sont infaillibles, les poissons se jettent généralement dessus, mais pas ce matin. Cela ne nous empêche pas d'assister à une très jolie apparition du soleil sur une mer et des rochers déserts.
Départ à dix heures, une fois de plus le lieu était très agréable et calme avant les vacances. L'étape du jour ne présente pas de difficulté, et une fois de plus nous avons le vent comme allié. Les 56 kilomètres qui nous mènent à San Teodoro sont un vrai plaisir. Dans ces conditions, on a plus l'impression de pratiquer un sport de glisse que le vélo. Les tentes sont montées en bordure de plage, le vent souffle, des surf-skates font des acrobaties et montent très haut. En arrière plan sur la mer se découpent deux petites îles, Molara et Tavolara. La seconde est très impressionnante, elle jaillit des flots à la manière d'une flamme et culmine presque à six cents mètres. Comme toujours les oiseaux sont nombreux et nous gratifient d'une multitude de chants très différents, dont le mélange est un régal pour l'oreille.
14 mai
Ce matin réveil en fanfare par une multitude de corbeaux, et ça dure. Enfin ils décident de s'éloigner et les chants beaucoup plus mélodieux habituels envahissent l'espace. Aujourd'hui, malgré un vent encore favorable, la première partie du trajet sera désagréable. En effet nous approchons d'Olbia et le trafic s'intensifie. Nous avions perdu l'habitude des flots de voitures qui serrent parfois de trop près. La traversée de la ville est heureusement vite effectuée par une voie rapide. Dès la sortie de l'agglomération tout s'arrange, à part le temps qui devient menaçant. Quelques montées bien raides dans un joli décor d'aiguilles granitiques, auxquelles les nuages donnent un air austère du meilleur effet. Pique-nique à l'improviste sur la place du superbe village de San Pantaleo, parmi les maraîchers qui replient leur stands. Ce petit bourg a du cachet de par son architecture et du fait de la proximité d'aiguilles rocheuses, qui semblent émerger directement des toits. Il est des lieux comme celui-là, sans que je définisse très bien pourquoi, qui m' apportent une forme de quiétude ou de plaisir, l'esthétique du site seule ne peut en être la cause. Sans doute une conjonction d'éléments, le village avec ses maisons bien entretenues et le joli pavement de sa place qui est le point haut du bourg, les rochers environnants qui donnent envie de grimper, les maraîchers sympathiques, le temps certes couvert mais clément, ce que nous mangeons qui est très bon, un gros chien gentil un peu collant qui d'un regard concupiscent nous réclame les reliefs de notre repas, le petit bistrot à la terrasse coquette qui nous attend pour le rituel du café, et aussi pour finir cette saine fatigue que distille le vélo dans nos muscles. Le mélange de tous ces facteurs permet d'accéder au nirvana!
Le redémarrage, après cet arrêt de longue durée, n'est pas très difficile, car nous entamons une descente dans laquelle le grand braquet une fois de plus va faire merveille. Il faut rester très prudent car chargé, le vélo nécessite des distances importantes pour s'arrêter, les freins faisant l'effet de doux ralentisseurs. Les 15 derniers kilomètres sont une splendeur, le long d'une minuscule route qui se tient au plus près de très jolis golfes clairs, en enfilade pour le plaisir de la vue. L'étape se termine à Palau en milieu d'après-midi. Le lieu une fois de plus est merveilleux. Nous campons à quelques mètres de l'eau. En face l'île de la Maddalena coupe la houle. Ce bras de mer ressemble à un lac immobile, duquel surgissent par-ci par-là de gros rochers granitiques aux formes étranges. Cerise sur le gâteau, l'eau est bonne et j'en profite pour aller ramasser quelques douzaines d'oursins dont nous nous régalons sur le champ.
Le temps est à la pluie et les prévisions pour demain sont mitigées. Nous verrons bien, après les trombes corses nous restons sereins, cela ne pourra pas être pire. Une fois de plus, pris sous le charme du lieu, nous décidons de rester sur place un jour supplémentaire. Nous prendrons le temps de visiter le village, surtout que ce sera jour de marché. Un couple d'Allemands cyclotouristes vient s'installer à quelques mètres. La pluie nous chasse au restaurant, dans lequel la soirée sera exquise.
15 mai
Très tôt sur le coup des deux heures, je vais m'installer sur le rocher juste à côté de ma tente. Le spectacle est féérique. La luminosité est suffisante pour discerner de façon précise le panorama qui s'offre au regard. La mer est d'huile, le mot est bien approprié, l'absence de toute ride la rend de consistance épaisse. Les lumières de Palau s'associent à celles de l'île de la Maddalena et dessinent les moindres recoins du rivage. Aucun bruit, sauf le va et vient de la navette reliant les deux îles. Même de nuit le trafic ne s'arrête pas, un bateau de taille conséquente au moins une fois par heure dans chaque sens. Que peuvent-ils transporter?
Ce matin pas de précipitation, au petit déjeuner nous dégustons quelques oursins. Ce subtile goût iodé au réveil excite les papilles et met en appétit. Nous partons visiter la ville et son marché. Il s'agit d'une petite cité balnéaire sans caractéristique architecturale spécifique. Les étals pour les touristes sont nombreux, qu'il s'agisse de vêtements, de colliers ou autres bijoux. Le rouge du corail est très présent. Je peux dire que la poste italienne tout du moins celle de cette petite cité sarde est digne de ce que nous vivons souvent en France. Ne trouvant pas de timbre, je me rabats tout naturellement vers le bureau de poste. Il est organisé exactement comme chez nous. Deux files sont formées devant deux employés, espacés d'un mètre sans séparation entre eux. J'en choisis une et attends. Le temps que les 6 personnes me précédant passent. Cela prend au moins vingt minutes. Arrive enfin mon tour, à ma demande de timbres l'employé me fait signe que c'est le guichet d'à côté, devant lequel stationnent maintenant une douzaine de clients. Si je veux des timbres je dois compter facilement une demie-heure de plus. Je remercie et quitte le lieu sans ce que je venais chercher. La standardisation de l'Europe c'est bien, au moins on ne perd pas ses repaires et ses habitudes, ni ses frustrations!
Retour au camping pour le repas, la pluie ne tarde pas à faire son apparition et dure tout l'après-midi. Nous tuons le temps à jouer à la belote. C'est une découverte pour Evelyne, mais elle se débrouille bien, puisque son équipe gagne. Je profite aussi de ce temps libre, pour avancer dans le livre que j'ai emporté, voyage au bout de la nuit de Céline. À plusieurs reprises dans ma vie je l'avais commencé, mais pour la première fois je vais le lire jusqu'au bout. Grande œuvre, on comprend que cet ouvrage ait fait couler tant d'encre. De cette lecture on ressort différent. On y trouve la même désespérance que dans Cioran, mais abordée, entre autre, sans concession sous l'angle de la condition physiologique de l'être humain, ce qui fait frémir d'horreur. Mais c'est tellement vrai, c'est justement cela le plus gênant.
16 mai
Le temps s'écoule rapidement. Cela fait maintenant vingt jours que nous sommes partis de Bastia avec Jean et 12 que nous arpentons la Sardaigne avec Evelyne et Rafik. Tout a une fin. Aujourd'hui sera notre dernier jour de voyage en commun. Demain matin nos routes se séparent. Nous retournerons en Corse et eux prendront la direction de Porto Torres pour rentrer sur Gênes, leurs vacances se finissant. En tant que retraités nous n'avons plus ce problème, bien que les errances ne peuvent se prolonger à l'infini, famille oblige. Je comprends très bien ceux qui partent sans idée précise de retour, ou ceux qui au moment final au lieu de rentrer repartent pour un tour. Ce qui me plaît dans le voyage, c'est de ne pas savoir où je vais dormir le soir. Surtout ne pas programmer et ne jamais réserver les points de chute. La recherche au dernier moment représente un véritable attrait, qui attise la curiosité et qui permet le contact. C'est une des raisons pour lesquelles je voyage souvent seul à pied. L'errance sans contingence donne à mon sens un vrai goût de liberté, ce n'est peut-être qu'une illusion, cependant la sensation ressentie est formidable. Cette liberté est exacerbée par le dépouillement. En effet, le voyage à vélo, et cela est encore plus vrai à pied, implique de limiter au nécessaire ce que l'on emporte. Le fait de vivre un mois avec un environnement matériel restreint tout en ayant une totale autonomie est très reposant. On prend d'autant plus conscience des masses d'objets, souvent plus que superflus que l'on amasse dans nos maisons et qui nous rendent esclaves. Mon père avait l'habitude de dire que la possession est un asservissement, comme je comprends ses mots en voyage à vélo, et encore plus à pied lorsque tout ce que je possède n'excède pas les 10 kilogrammes.
Revenons au 15 mai. L'objectif du jour est la petite ville de Tempio Pausania. Elle se situe à l'intérieur des terres. Nous allons renouer avec les bonnes grimpettes. Mais avant de démarrer, une visite un lieu très pittoresque qui domine notre camping s'impose. Il s'agit du site de Roccia dell'Orso. Énormes rochers posés au sommet d'un tertre, offrant un large point de vue sur les environs, en particulier sur les îles faisant face à Palau. Les formes de ces blocs géants rappellent différents animaux, ours, dinosaure et autres monstres plus ou moins préhistoriques. Comme ils sont très visibles de la mer, ils ont toujours servi de repère aux marins de l'antiquité. De ce fait, ils sont mentionnés dans des écrits anciens . Nous y montons tôt et sommes seuls. Lorsque nous en descendons les premiers cars déversent leurs flots de visiteurs pour la plupart allemands.
Il est temps de mettre le cap sur Tempio. Effectivement ça grimpe dur, mais la route est agréable, pas trop de trafic, chaleur tempérée et cette verdure qui nous entoure de toutes parts. Vers les treize heures nous effectuons quelques courses et mangeons à l'entrée de la ville. Cet après-midi nous aurons tout loisir pour visiter. Cette cité possède un joli centre, bien regroupé autour d'une petite place. De nombreuses constructions, palais églises en granit donnent du caractère à l'ensemble. Nous déambulons dans des ruelles ombragées, enserrées entre des maisons toute en hauteur, un peu à la manière des villes de montagne, comme dans le Dévoluy par exemple. Le nombre d'édifices religieux est important et leurs dimensions souvent imposantes. La promenade est instructive et fort plaisante.
De toute évidence à part l'hôtel il n'est pas possible de trouver de quoi passer la nuit. Nous reprenons la route vers le village d'Aggius, qui se trouve dans un lieu charmant, verdoyant et vallonné. Deux beaux dômes granitiques dominent les maisons. A la sortie du bourg, juste à côté du cimetière sous une futaie, un coin discret et pratique nous permet de nous installer en toute quiétude, après 67 kilomètres pour ce jour.
La proximité du cimetière est très pratique pour l'eau. Evelyne va s'y laver sommairement. Pour ma part je n'ose pas, ayant peur de déclencher la colère, si je me fais découvrir dévêtu dans ce lieu. Cette dernière soirée a des petits relents de nostalgie. Alors que les pâtes cuisent Rafik découvre une sente, qui monte à l'assaut de l'un des dômes granitiques, en courant nous nous y engouffrons. Très vite cela devient raide, mais une main courante aide au déplacement et assure la sécurité. Une centaine de mètres sous le sommet le terrain se redresse et le chemin équipé prend fin. Devant nous une belle dalle en granit fauve inclinée à 60 degrés, parcourue d'une large fissure à la prise franche nous invite à poursuivre. Nous n'hésitons pas longtemps et la remontons les pieds en adhérence les mains bien calées en empoignant son rebord tranchant. Sur ce granit bien rugueux, à gros grains, qu'il est bon se mouvoir. Bien entendu il est préférable de ne pas glisser, donc garder un peu de vigilance et ne pas succomber à l'euphorie du mouvement et à la sensualité du contact. Je me surprends à imaginer que cette dalle fissurée s'élance sur mille mètres, hélas non! Rapidement le rocher se couche et les mains ne sont plus nécessaires, et après quelques contours le sommet est atteint. Une vue magnifique s'étend sur la région, rochers qui pointent au milieu de zones vertes avec des villages disséminés au gré des mouvements de terrain. Mais au fait, il ne faut pas traîner, nous nous sommes enfuis en cachette à deux, alors que le repas était presque prêt. Vite nous repartons et dévalons ces dalles, sur lesquelles de gros blocs sont disposés en équilibre. Evelyne et Jean nous attendaient patiemment pour notre dernier repas en commun. L'endroit est bien choisi, non seulement il est très discret, mais en plus il offre une table et des bancs, le grand confort!
17 mai
Lever matinal, petit déjeuner gai, nous savons qu'une expérience de deux semaines particulièrement enrichissante dans de nombreux domaines arrive à son terme. Nous réalisons tout étonnés, que cela fait déjà quinze jours que nous roulons ensemble. La fin de cette aventure à quatre est imminente. Pour trois kilomètres, et de plus en descente, notre chemin est encore commun. Ça y est, le voilà le carrefour de la séparation. Nous nous arrêtons, quelques photos sont prises, on se fait tous une grosse bise. Evelyne et Rafik prennent la route de Castelsardo tandis que Jean et moi partons plein nord pour traverser la région de la Gallura par son centre. Un peu tristes, mais ne pas se poser de question, le voyage continue. Dans un paysage de campagne ponctué de gros rochers de granit fauve puis de porphyre rouge nous retombons rapidement sous le charme de cette nature riante. La Gallura est très jolie en son centre, ce que nous n'avions pas perçu lorsque nous l'avions longée par le bord de mer sur la côte ouest. Une grande descente, grand braquet et nous appuyons à en être étourdis. Je bats mon record de vitesse, 73, 5 kilomètres à heure. Le vélo reste bien stable et je n'ai pas vraiment une impression de grande vitesse. Cependant attention, il faut penser à freiner, je vais quasiment à la vitesse des quelques voitures qui me précèdent. Si elles freinent, je n'ai aucune chance d'en faire autant, donc il me faut relâcher. J'aurais peut-être pu gratter un petit quelque chose en plus! Nous rejoignons un peu plus tôt que prévu la grande route en bord de mer, suite à un croisement passé sans doute trop rapidement. Nous débouchons au moment où deux jeunes cyclotouristes allemands passent. Ça y est c'est reparti j'appuie à fond pour les poursuivre. Je faiblis, Jean passe devant et contre le vent garde une bonne vitesse, je m'abrite derrière et le nez dans le guidon je force. Ah là là!! Les vieux ça veut toujours avoir l'illusion que c'est encore jeunes!! J'en connais certaines, qui, si elles me voyaient, ne pourraient s'empêcher de dire que je suis toujours aussi c... que lorsque j'avais vingt ans. C'est peut-être ça le secret de la jeunesse, rester c...? Le trajet jusqu'à San Teresa est enlevé en un temps record. Nous débouchons sur le port vers midi. Le prochain bateau est à 15 heures30. Nous nous installons à l'abri de la chaleur sur le quai et faisons notre dernier repas sarde, avec notre dernière bouteille de vin rouge de l'île. La bouteille y passe aux deux tiers. Est-ce raisonnable? Nous avons encore une trentaine de kilomètres à parcourir en Corse, de Bonifacio à Porto Vecchio. Mais nous avons cinq bonnes heures pour digérer somme toute une quantité de vingt cinq centilitres par tête, même si je pense en avoir bu un peu plus que Jean! A 17 heures nous serons bien en-dessous des 0, 5 fatidiques. En effet attention à vélo c'est le même tarif qu'en voiture en cas de dépassement, ce qui est normal. La police a constaté que de plus en plus de gens qui se rendent à des fêtes, sachant qu'ils allaient boire, utilisent un vélo. Ce qui tout naturellement a entraîné une recrudescence des accidents avec ce moyen de déplacement. Donc maintenant les cyclistes sont dans le collimateur, avis aux amateurs!
En attendant de traverser vers la Corse, nous discutons avec un couple qui vient d'effectuer en voiture un périple de 10 jours en Sardaigne. Ils sont enchantés de leur séjour, mais sont contents de rentrer, car ils en ont assez de trop manger dans les agritourismes. On en arrive à un véritable paradoxe en matière de voyage. Je réalise tout le bien-être que procure le voyage spartiate, en ayant un repas consistant par jour, généralement constitué de riz ou de pâtes. Même de riz de basse qualité, en effet il y a quelques jours une Allemande nous a proposé, car ses vacances arrivaient à leur terme, un paquet de deux kilos de riz de la pire qualité. Eh bien! Ces grains cassés qui cuisent mal je m'en régale, et ce n'est pas une histoire de radinerie, probablement le plaisir de la rusticité maximale.
La traversée a lieu à l'heure prévue. L'arrivée sur les falaises de Bonifacio dans l'après-midi alors que les rayons du soleil les frappent perpendiculairement, en les faisant resplendir, est un spectacle époustouflant. La vue de ces maisons toutes petites, serrées tout en-haut de ce mur blanc stratifié en surplomb donne presque le vertige. On s'attend à les voir basculer dans la mer. Les nombreux gros blocs empilés au pied de la paroi apportent la preuve évidente que la falaise est travaillée par la mer. La rentrée dans le chenal est spectaculaire. Les remparts de la citadelle défilent en nous dominant d'une belle hauteur. Un voilier de grande taille, aux proportions parfaites est à l'escale. Me déplacer en bateau me donne toujours une véritable impression de voyage, surtout lorsqu'on domine d'assez haut les flots. Sur le quai une meute de motos se tient prête à embarquer. Cela réveille chez moi de vieux souvenirs de folie, à l'époque où le permis moto était à seize ans. Dès cet âge mon père m'avait acheté l'une des plus puissantes motos du marché, une T500 Suzuki, gros deux temps, qui m'a donné des émotions dont je garde un souvenir précis presque quarante ans après. Mais et mais de taille, la contre-partie intolérable de cette époque, c'est que nombreux sont mes camarades d'alors, qui n'y ont pas survécu. Ce que l'on retient dans sa vie ce sont surtout ces moments où l'on ne sait pas très bien si on est encore parmi les vivants ou si on a déjà le billet pour l'au-delà en main. L'alpinisme m'a aussi procuré ce genre de sensations mais de façon moins actuelle, l'action étant plus lente, l'analyse de la situation, hors chute de pierres et avalanches, permet de mieux participer au devenir d'une situation qui s'avère hypothétique. En moto l'excès de vitesse est très difficile à gérer, car l'automobiliste, et c'est normal, n'est pas préparé à voir surgir des bolides à des vitesses déraisonnables. J'arrête sur le sujet, car maintenant je suis un adepte inconditionnel du respect de la vitesse sur la route.
Après ces errements philosophico-débiles revenons à la réalité du moment. Le débarquement effectué, nous prenons la direction de Porto Vecchio. Une fois passée la petite montée de sortie de la ville que nous connaissons bien, les vingt cinq kilomètres à venir sont une délectation. Un terrain peu accidenté, agrémenté d'un bon vent favorable, nous permet de filer, je dirais même de nous envoler à plus de vingt de moyenne. Dans les descentes le cinquante est fréquemment atteint et sans forcer, quelle jouissance! En un temps record nous rejoignons un camping à l'entrée de la ville. Le compteur pour ce jour affiche 85 kilomètres. Comme d'habitude l'installation prend quelques minutes, après plus de vingt jours, la manœuvre ne présente plus aucun secret. Et bien entendu encore une fois le site est presque vide. Le mois de mai est un mois idéal, des fleurs partout et presque personne.
Ensuite nous partons visiter cette ville balnéaire pleine de charme. J'y étais venu en novembre de l'année passée pour raison professionnelle et ce mélange des genres me procure une drôle de sensation.
Notre projet pour les jours à venir, est de traverser la Corse par son centre afin de rejoindre Bastia. Comme c'est étrange, depuis que nous avons quitté nos amis et la Sardaigne, j'ai vraiment l'impression d'être engagé dans un voyage nouveau complètement déconnecté de ce que nous venons de vivre. J'imagine facilement que de segmentation en segmentation, on puisse nomadiser un temps non déterminé de découvertes en expériences en perdant la référence au temps. Le secret pour durer et garder sa motivation au cours de ses errances, c'est peut-être de bien connaître son degré de résistance, et rester à un niveau où l'effort est plaisant sans être monotone et sans dépasser sa capacité d'endurance. Bien entendu cela n'exclut nullement un peu de souffrance, due à l'effort ou à la météo, afin de pimenter l'aventure. Alors l'alchimie de l'alliance du corps et de l'esprit, plaisir aidant, fait que l'on n'a plus envie de rentrer à la maison. Je pense au livre de Bruce Chatwin «Anatomie de l'errance», dans lequel il aborde ce thème éternel du chez soi, qu'il est indispensable d'avoir, pour pouvoir le fuir. Paradoxe de l'être humain, peut-être plus présent chez l'homme que chez la femme, différence jamais facile à concilier dans un couple.
18 mai
Nous renouons aujourd'hui avec les étapes avec gros dénivelé. La route doit nous conduire à Zonza, puis au col de Bavella. En quittant Porto Vecchio devant un lycée des élèves attendent le début des cours. Que pensent-t-ils de ces deux individus lourdement chargés qui passent devant eux un lundi matin? Pour ma part en les regardant, je me rappelle ma rentrée en sixième au lycée Ampère à Lyon, il y a longtemps, et pourtant j'ai l'impression que c'était hier. La seule chose à en déduire, profiter du moment présent et ne pas hésiter à vivre, ça passe très vite une vie. Avec Jean au cours de nos discussions nous sommes arrivés à la même constatation: on part toujours malgré, car il y a une multitude de raisons pour ne pas partir, qui vont du mal de dos à la famille qui vit cela comme un abandon.
Très vite nous rentrons dans le vif du sujet. L'Ospédale, petit village perché, mille mètres de dénivelé en 15 kilomètres. L'effort se fait intense, la route semble escalader les montagnes jusque dans le ciel, mais le plaisir demeure. Arrivés au pied du village, je dis à Jean «Nous sommes bientôt arrivés». Alors une voix sort de derrière une haie et rajoute « Le dernier kilomètre vous allez voir, je ne vous dis rien». Nous ne voyons personne, les buissons parlent-ils? En Corse tout est possible. C'est bon, nous sommes avertis. Nous commençons par voir que le kilomètre en fait deux, et effectivement la pente est supérieure à 10% avec des épingles demandant de s'arracher. D'autre part la route est pleine de trous ce qui ne facilite pas l'effort. Et le bouquet, nous contournons le village sans rentrer dedans. Lorsque nous le réalisons il est un peu tard et l'idée de redescendre ne nous effleure pas. Nous arrivons au barrage qui porte le nom du village. Le lieu est magnifique. L'altitude fait que la température est agréable. Un peu plus loin nous décidons d'une halte afin de boire un café dans une buvette. Le gros de l'effort du jour est fait. Pour rejoindre Zonza, nous nous laissons glisser le long d'un itinéraire serpentant dans un décor de rêve, où les montagnes rivalisent de beauté. A un détour de la route, les aiguilles de Bavella apparaissent soudainement, je freine pour pouvoir les admirer. Mes pieds solidarisés à mes pédales sont le dernier de mes soucis, mais pas pour longtemps. Boum! Quatrième chute, et là je me luxe le pouce droit. Ce n'est pas dramatique, j'arrive toujours à tenir fermement mon guidon. Je ne sais pas si tous les cyclotouristes tombent à la même fréquence? Un peu avant Zonza, le camping municipal nous attend, lieu bucolique et accueillant au milieu d'une forêt aux arbres épars. Nous montons nos tentes, déposons nos bagages et partons faire des courses. Le déjeuner sera succulent, constitué de Lonzo et fromage corse, accompagnés de l'incontournable vin rouge corse. L'après-midi est consacré au farniente jusque vers cinq heures. Il est alors temps de s'attaquer au col de Bavella, une dizaine de kilomètres que nous grimpons à un bon rythme. Spectacle sublime que ces aiguilles d'une part granitiques et de l'autre porphyriques. Nous restons une demie-heure à profiter de l'ambiance du lieu. Puis le plaisir de la glissade rapide vers Zonza nous procure de bonnes et belles sensations. Nous avons décidé de revenir sur nos pas, car la descente sur Solenzara, si tentante qu'elle soit, nous aurait éloignés du cœur des montagnes où nous voulons rester. De nouveau à Zonza, l'attrait de la Pietra, la fameuse bière à la châtaigne, est irrésistible. L'étape de demain devrait être dure par des routes peu fréquentées. Nous demandons au barman si la route de Ghisoni est bien celle que nous voyons commencer à quelques mètres de la terrasse du café. Il nous répond surpris « Pas du tout Ghisoni ce n'est pas par là. Il faut passer par la côte». À mon tour d'être étonné. Je lui montre la carte et la route au milieu des montagnes qui passe par les cols de la Vaccia et de Verdé. Alors sa réponse est une répartie d'anthologie «Oh! Mais là c'est le nord, on y va jamais». Le tout avec un accent corse à couper au couteau. Le ton est donné, notre route ne sera pas fréquentée. En quelques kilomètres nous sommes de retour au camping. La nuit sera fraîche, j'aurai un peu froid car depuis notre départ j'ai pris l'habitude de dormir hors de mon sac de couchage. Ce jour nous avons fait 70kilomètres, ce qui semble peu, mais l'effort a été intense et la journée bien remplie.
19 mai
Lever matinal, il fait froid. Les habits sont les bienvenus pour démarrer. À nouveau la traversée de Zonza, puis nous empruntons la D 420 direction Quenza. Trois autres villages accrochés à la montagne sont traversés avant d'arriver à Aullène. De cet endroit une route minuscule monte en direction du col de la Vaccia. Régulièrement elle suit un fond de vallée puis escalade un pan de montagne à flanc, pour nous conduire vers les 1200 mètres d'altitude au col. Pratiquement personne, seule une moto passe. Nous faisons une pose pour photographier un gros cochon qui paît tranquillement, oui qui paît à la manière d'une vache! D'abord il se montre farouche et ne se laisse pas approcher. Puis de son plein gré, il se rapproche comme s'il avait compris que nous n'allions pas le transformer tout de suite en lonzo et autre coppa. La descente sur le versant opposé est en très mauvais état, goudron déformé et trous partout. Les mains crispées sur les freins, cela devient rapidement un supplice. La chaussée change, de toute défoncée elle passe à toute neuve. L'effet est presque le même, car la couche de gravillons est épaisse. Il est dangereux de rouler sur ce tapis instable, et il indispensable de se servir des freins avec agilité et tact. Tout a un fin, même les tapis de gravillons. Au cours de cette descente nous ne sommes pas allés beaucoup plus vite qu'à la montée. S'offre à nous le village de Zicavo. La halte est la bienvenue. Un groupe de randonneurs est engagé dans la traversée de la Corse d'ouest en est. Après avoir englouti quelques spécialités locales et avoir satisfait au rite du café, malgré la chaleur nous partons à l'assaut du col Verde. Comme pour le précédent, la route monte régulièrement et l'effort demandé n'est jamais brutal. Plus nous montons, plus la vue porte loin, immensité de verdure dans laquelle se cachent de petits villages aux maisons serrées, dominés de montagnes enneigées telles des sentinelles qui veillent et qui contribuent à donner à cette île son caractère unique. Les derniers kilomètres avant le col semblent ne jamais finir, surtout que suite à une mauvaise évaluation, nous nous sommes lancés dans un sprint sur ce qui n'était pas le dernier kilomètre. Enfin le voilà. Un groupe de cyclistes belges à vélo de course avec assistance logistique y stationnent. Nous entamons une discussion animée ponctuée d'éclats de rire. Traditionnellement à cette période de l'année ils partent pour une semaine de vélo. Jean leur indique une route qui les conduira au col de la Vaccia en évitant les gravillons puis les trous. Après avoir pris congé, nous nous laissons emporter dans une descente d'une vingtaine de kilomètres qui nous conduira à Ghisoni. Un peu plus loin nous renseignons deux jeunes cyclotouristes qui verraient d'un bon œil la fin de cette rampe, moment qu'ils attendent avec une certaine impatience. Comme quoi nous ne sommes pas les seuls fous dans ces contrées reculées. Après une bonne partie de plaisir Ghisoni est atteint. Très gentiment on nous autorise le camping sur un site laissé à l'abandon ou presque. Le cadre est magnifique. De belles aiguilles rougeoyant au soleil couchant nous offrent un spectacle de premier choix. Le compteur affiche 93 kilomètres pour la journée. Perchés sur notre petite terrasse herbeuse au milieu des arbres nous sommes seuls et nous nous trouvons royalement bien. Autour d'une grosse platée de riz et une bouteille de Patrimonio nous refaisons le monde. Ce type d'errance que nous pratiquons depuis presque un mois, est devenu un mode de vie. Montage et démontage de tentes, repas et toutes les contingences de la logistique ne nous posent plus aucun problème. Nous avons même le confort de posséder une dizaine de lyophilisés qui nous permettraient en cas de besoin au moins quarante huit heures d'autonomie. Au fond de nous, c'est avec un peu d'appréhension que nous sentons la fin du voyage arriver. Même par les montagnes et en plein milieu, la Corse se traverse assez vite. Si besoin, un signe qui ne trompe pas, la carte au 100 000 numéro 74 nous la quitterons demain pour sa sœur la 73. Bastia n'est plus qu'à 80 kilomètres à vol d'oiseau, cependant notre itinéraire en comporte cent de plus. Nous allons faire tout notre possible pour rester cachés sur de petites routes loin de tout, en particulier nous ne passerons pas à Corté.
20 mai
La nuit a été excellente, et comme d'habitude le chant des oiseaux nocturnes et diurnes nous a accompagnés. Le temps est très beau ce matin. L'impatience de rouler nous tenaille, poussés par la curiosité. En effet notre itinéraire fait de tels tortillons sur la carte qu'il est difficile d'en évaluer la longueur et la difficulté. Avant de quitter Ghisoni nous effectuons quelques courses dont l'achat d'un magnifique pain. L'itinéraire commence par la descente des profondes gorges qui passent par le défilé de l'Inzecca. Tout est tellement joli que nous marquons des arrêts au moins tous les kilomètres. Une petite rivière, courant sur une roche blanche ponctuée de gros blocs polis, joue à cache cache entre ombre et lumière, et tout autour s'étalent de grandes forêts de pins couronnées de montagnes enneigées.
Un minuscule embranchement au bas des gorges et c'est reparti pour 15 kilomètres de montée bien raide jusqu'au village de Vezzani. Dans cette portion de route, nous croisons des cyclistes lancés sur leur vélo de course. L'un d'eux, en nous voyant arque boutés sur nos pédales avec notre gros chargement, s'écrit « Du vélo comme ça, ah non merci!». C'est gentil! Mais il n'imagine pas à côté de quels plaisirs il passe! Cependant la fatigue se ressent et nous oblige à une pose, qui nous ragaillardit. Puis rapidement nous basculons sur l'autre flanc de la montagne. Que cette Corse profonde est belle. De nombreux villages s'accrochent aux pentes des montagnes ou colonisent leurs crêtes. De nouveau le fond de la vallée est atteint. Corté n'est qu'à une dizaine de kilomètres, mais nous lui tournons résolument le dos et suivons la nationale sur une courte distance. Un pont, juste derrière à gauche, une route confidentielle nous permet de continuer notre itinéraire buissonnier. Après huit kilomètres raides sous le caniard, nous pénétrons dans un village perché. À sa sortie juste avant les dernières maisons, une petite terrasse. Le bar semble fermé, alors le miracle se produit. Le propriétaire, les 80 ans largement dépassés apparaît et nous invite à prendre place. Les deux heures que nous passons en sa compagnie sont un délice. Tout d'abord avec notre lonzo, nous avons droit au vin qu'il produit, très fruité ayant du corps et pas trop d'alcool. Il est la mémoire du temps passé dans cette région reculée. Il nous parle de la vie à l'époque où le village comptait 550 âmes. Les champs n'étaient pas abandonnés au maquis. Des dizaines de paires de bœufs constituaient l'élément moteur de cette agriculture. Il nous relate l'histoire de ce gendarme ayant passé sa carrière ici, et qui vit maintenant dans une cage à lapins à Nice. Il ne se console pas d'avoir quitté la Corse. Il nous raconte aussi la guerre. Les Italiens qui étaient pire que les Allemands. Ces derniers rentraient à l'église désarmés, par contre les Italiens assistaient à la messe avec leurs fusils. Des rancœurs profondes en sont restées. Puis une fois l'île délivrée, ainsi que quelques milliers de jeunes Corses, il a été mobilisé dans les armées alliées. Il finira la guerre quelque part dans la vallée du Doubs. Nous avons droit à un couplet sur les autonomistes, manifestement il ne les porte pas dans son cœur. Leur chef aurait un père italien et donc ne serait même pas corse. Lorsque nous lui demandons ce que veut dire cette inscription à la peinture que l'on a vue plusieurs fois écrite en gros au beau milieu de la route: FRANCIA FORA. D'un air désabusé il nous apprend que cela signifie, la France dehors, ce que nous supputions. Pour finir il nous offre une myrte, c'est excellent, mais attention la route est encore longue et pentue cet après-midi. Nous le remercions vivement avant de prendre congé. En effet pour une somme modique, il nous a procuré un grand moment de plaisir, satisfaisant pleinement notre palais et notre curiosité.
La route serpente dans la montagne et relie entre eux des villages perdus, qui se cachent dans la végétation. La perspective de toits se découpant sur le ciel le long de crêtes avec en arrière-plan de grandes montagnes enneigées est caractéristique de cette Corse sauvage. À Erbajolo à l'entrée du bourg, une église et devant, une route minuscule la D16 part tout droit dans la pente. Nous avons vraiment l'impression de nous diriger vers nulle part. Un petit carrefour à 1000 mètres d'altitude, un éleveur de porc nous renseigne. Une descente d'une raideur inhabituelle, en pleine forêt, permet des perspectives étonnantes. Jean me précède d'une centaine de mètres, j'ai vraiment l'impression qu'il est très très bas. Nous hésitons encore, car la carte ne semble pas en cohérence avec ce que nous a dit l'éleveur. Nous avons l'explication un peu plus tard. La piste que je voulais suivre n'est pas praticable à vélo, car il y a de nombreuses marches pour escalader le col, qui conduit directement au village que nous voulons atteindre. Donc sans aucun remord nous nous engageons sur la route préconisée. Avec le soleil de fin d'après-midi, ce décor de villages agrippés au sommet de rochers est d'une beauté exceptionnelle, le tout baignant dans une lumière diffuse. L'envoutement est total, le charme du lieu nous subjugue. Encore une fois nous avons de la difficulté à avancer tellement à chaque changement de perspective l'émerveillement joue pleinement du fait du spectacle qui se dévoile au regard. Cette féérie est exacerbée par les rayons solaires rasants, qui mettent en relief les couleurs tout en révélant des jeux d'ombres et de lumières à couper le souffle. Il est de ces ambiances exceptionnelles, où l'esprit est complètement accaparé, au point d'en oublier le flot de pensées parasites qui brouille en permanence le fond de l'esprit. On en ressent une forme de plénitude, que l'on aimerait permanente. Mais le charme finit inéluctablement par se rompre. Cela se produit lorsque nous atteignons la très relative grande route D14, à quatre kilomètres de Bustanico, notre point de chute. Le compteur affiche pour ce jour 78 kilomètres et le dénivelé dépasse très probablement les 1200 mètres. Mais comment mesurer dans ce dédale et cet enchevêtrement de routes. Je sais que les puristes me rétorqueront, qu'il suffit d'avoir un GPS. Mais sans doute signe de vieillesse précoce et d'inadaptation au monde moderne, je suis philosophiquement contre. Des arguments je n'en ai pas beaucoup, si ce n'est que les cartes me font rêver et que je revendique le droit de me perdre. D'ailleurs de l'importance de savoir si le dénivelé faisait 1250 ou 1500 mètres? Le village est formé de deux bourgs distants par la route d'un kilomètre, mais quel kilomètre, un bon 12%. Dans la partie haute, un hôtel, niché en pleine pente, nous ouvre ses portes bien que paradoxalement il ne soit pas ouvert. De la chambre, la vue porte en face dans le lointain, sur le massif du Cinto. L'hôtelier est très sympathique et serviable. Le repas typiquement corse qu'il nous concocte est original et fin. En particulier son entrée, dont malheureusement je n'arrive pas à me remémorer le nom. Une pâte au four fourrée d'une multitude d'herbes plus odoriférantes et goûteuses les unes que les autres. L'ensemble de ces saveurs s'alliant, sans s'annihiler mutuellement, pour procurer une explosion de plaisirs en bouche.
21 mai
A la joie de se trouver dans une région aussi extraordinaire, s'oppose insidieusement l'idée que le voyage va bientôt toucher à sa fin. Mais n'y pensons pas. Aujourd'hui nous rentrons au cœur d'une zone mythique, la Castagniccia. Pour les puristes, et tous les Corses le sont, elle commence au col qui nous domine du haut de ses mille et quelques mètres. Notre très sympathique hôte, dont l'établissement est en bordure mais en dehors de la Casatagniccia, nous fait cette remarque quelque peu désabusée: «Elle commence là-haut la Castagniccia, mais des châtaigniers on en a autant qu'eux!». Réplique mortelle qui ne souffre pas la contestation! L'étape du jour sur la carte est encore matérialisée par une multitude de tortillons difficiles à démêler. Je demande son avis à l'hôtelier qui me répond: «Vous savez pas où c'est la Pooorta, vous y êtes jamais allé à la Pooorta, eh bien moi non plus!» Sur ces entrefaites, le petit déjeuner qu'il nous sert est copieux et de grande qualité. Cet hôtel dans la partie haute de Bustanico, juste posé dans un virage, nous le recommandons tout particulièrement. Et pour ceux qui veulent réserver je peux même donner le numéro de téléphone.
Notre derni��re journée, perdus dans la montagne corse, commence et nos attentes ne seront pas déçues. Ce jour est le jeudi de l'Ascension, jour férié, et bien nous ne verrons quasiment personne jusqu'au fameux village de la Porta, seulement quelques autochtones toujours très gentils et prompts à la discussion. Cette route déserte en pleine montagne nous semble presque irréelle. Parfois elle s'envole vers le ciel avec des pourcentages de montée à deux chiffres. Mais notre plaisir est tel, que nous ne ressentons aucune difficulté, tout absorbés à nous imprégner de l'esprit de ce pays hors du commun.
Vers 13heures30 sonne le moment de l'arrêt. Dans une minuscule bourgade à l'ombre d'un châtaigner, nous prenons place sur le muret de la route dans un virage et commençons notre repas. Que l'endroit est paisible, une fontaine prodigue une eau fraîche, et les habitants ont poussé l'attention jusqu'à mettre un verre à la disposition du passant. Bien abrités du soleil qui darde ses rayons, nous avons tout loisir de contempler une fois encore vers le centre de l'île de grandes montagnes enneigées. Que ce contraste est étonnant par cette chaleur! De l'autre côté de la chaussée une maison carrée possédant une terrasse, sur laquelle deux dames sont installées. L'une d'elles nous apporte très gentiment sur un plateau deux cafés. Un vieux monsieur arrive d'un petit chemin et cherche quelque chose sur le talus herbeux. Intrigué, je lui demande quel est l'objet de son attention. Alors il m'explique que selon la tradition corse, il recherche l'herbe de l'Ascension. Il s'agit d'une petite plante de quelques centimètres, dont on fait un bouquet et que l'on suspend chez soi, en attendant qu'au cours du mois à venir il fleurisse sous la forme de minuscules fleurs blanches. Il m'offre son premier bouquet, que je protège religieusement dans ma sacoche de guidon. Il est arrivé sans dommage à Lyon. Je l'ai suspendu dans mon jardin et effectivement des petites fleurs ressemblant à des étoiles de mer miniatures à six branches commencent à s'épanouir. Pour le moment elles sont vertes, mais vont sans doute évoluer, car il faut un délai d'un mois et pour le moment cela ne fait que deux semaines. Je les regarde de jour en jour avec un plaisir non dissimulé, pensant à ce vieux Corse qui m'a communiqué sa tradition. Une dame se promène le long de la route, elle s'arrête se désaltérer et engage la conversation avec Jean. Elle n'est pas Corse d'origine, mais il y a bien longtemps que son Lot-et-Garonne natal appartient au passé. Son lieu d'habitation est un minuscule groupe de maisons sur une butte, qu'elle nous montre. Elle y demeure depuis bientôt trente ans. L'idée de partir ne l'a jamais effleurée. Dans ces lieux reculés, la distance la protège de la folie du monde. Son discours révèle toute la passion qu'elle éprouve pour ces montagnes privilégiées. Elle fait une comparaison avec la Haute-Ariège, où elle a habité. En effet, on peut trouver des similitudes entre ces régions de montagnes sauvages et désertifiées. La Haute-Ariège je la connais bien et c'est effectivement une région qui me procure de grandes émotions. J'en ai gravi la plupart des sommets, l'Estat point culminant, qui s'élève à 3143 mètres, et aussi le Rouch sauvage tas de cailloux, le Maubermé qui s'élance, plutôt se cabre sur sa partie finale d'un jet sur au moins 600 mètres de dénivelé, le Certescans qui est aussi mystérieux que son nom, le Vallier, sentinelle avancée, sans doute le plus esthétique, le Pic Rouge de Bassiés mon préféré, et nombre d'autres. Les dénivelés sont toujours importants et jamais en dessous des 1600 mètres et cela va jusqu'à plus de 2000, et cerise sur le gâteau la plupart de ces sommets sont généralement déserts et pas toujours équipés en refuges. Oui de toute évidence ces hautes terres corses et ariègeoises ont des points communs, comme si un même esprit y régnait et rentrait en harmonie avec certains êtres.
Nous restons deux heures et demie sur notre bord de route et nous n'y perdons pas notre temps. Ces rencontres dues au hasard ce sont les plus belles. S'arracher au sortilège du lieu n'est pas facile, cependant nous reprenons notre route. Après une multitude de virages, tout en bas la Porta apparaît. Une route particulièrement tortueuse nous y conduit. Cette magnifique petite bourgade nous accueille sur une place très originale bordée d'une magnifique église baroque flanquée d'un grand campanile. Il s'y déroule sinon un concert d'orgue, tout du moins une démonstration et nous prenons place pour un moment de recueillement. En sortant de l'église, auprès d'un barman je m'enquière des possibilités de camper. Il interpelle une femme assise à la terrasse du café en face: «Oh Ginette ! Où ils peuvent aller camper?» Avant qu'elle ait pu s'exprimer, plusieurs voix s'élèvent et répondent: «Sur le terrain de sport à côté des pompiers, il y a tout ce qu'il faut et même de l'eau». Nous remercions et partons nous installer à l'endroit indiqué. Effectivement le site est superbe et très pratique. Que les gens sont gentils dans tous ces villages corses, avec spontanéité toujours heureux de nous rendre service. C'est le dernier soir, demain Bastia, adieu la montagne corse et ses habitants. Nous terminons la soirée dans un petit restaurant typique. Aujourd'hui nous avons parcouru seulement 42 kilomètres, comme si cette région nous ne voulions pas la quitter, et que nos roues collaient à la route pour nous y retenir.
22 mai
La nuit a été très bonne. Le réveil se fait en fanfare comme si tous les oiseaux de l'Île de Beauté venaient nous dire au revoir. Une multitude de chants différents se superposent et se mélangent. Certains s'apparentent à des sifflements plus ou moins forts sur des modulations diverses, d'autres à des piaillements et certains à de véritables cris presque des hurlements de colère voire des interpellations vindicatives. Je n'avais jamais entendu quelque chose de comparable. Je reste médusé un long moment à écouter tout ce monde animal qui s'éveille. Nous nous levons, prenons le temps de bien petit-déjeuner, comme nous avons pris l'habitude de le faire depuis un mois. Le terrain de foot est entouré jusque haut dans la montagne par des constructions. Une l'église au clocher effilé brille au soleil levant. Le tout est noyé dans la verdure. Et tout là-haut quelques parois rocheuses ajoutent une touche à la beauté du tableau.
Encore une quinzaine de kilomètres et la Castagniccia sera derrière nous. Une magnifique forêt ombragée, garde toute la fraîcheur de la nuit. Nous la parcourons tous sens en éveil, elle nous délivre les derniers parfums. Tout à loisir, nous observons la multitude de porcs se sauvant mollement à notre approche. Cela va du cochon bien rose au sanglier bien gris, avec tous les intermédiaires, tels des patchworks sur pattes. Au fond de la vallée nous voyons grossir la nationale que nous ne voulons pas rejoindre. Aujourd'hui pas de grand braquet dans cette longue descente, mais les freins serrés un peu à la manière du cœur. Inexorablement la grande route approche. Le bruit de la circulation dense se fait de plus en plus prégnant. Et voilà, cette maudite nationale marque la limite de la Castagniccia, que nous quittons bien à regret. Par une succession de montées et de descentes au milieu d'un flot de véhicules dense nous rejoignons Bastia. L'aventure prend fin. Demain départ matinal. Nous passons la nuit dans un camping. Nous nous y sentons mal à l'aise, la transition est trop brutale.
23 mai
Heureusement nous quittons ce lieu aux aurores pour être à l'heure, heureux de fuir cet endroit que nous ressentons comme hostile. Un petit désagrément, nous ne voyons pas comment éviter de nous engager dans un tunnel interdit aux vélos. Mais grand braquet aidant et gros coup de pédale, nous allons presque aussi vite que les bus, tout du moins dans la première partie qui descend légèrement.
Le bateau manœuvre et se met à quai. Les foules embarquent, nous sommes les seuls à vélo. Nous avons la joie de voir des baleines à la hauteur du cap Corse.
Nous débarquons à 15heures30 à Nice. Jean continue à vélo jusqu'à Saint Raphaël, où il compte prendre le train pour Tarbes. Je sens qu'il n'a pas envie de rentrer. Pour ma part, j'aimerais bien prendre le temps de retourner à Lyon par les Alpes ou les Préalpes, en prenant le temps de digérer seul ce mois fabuleux que nous venons de passer. Mais il faut aussi penser aux autres. Ceux, qui restent et attendent, éprouvent un supplice qui n'en finit pas, une sensation de temps comme immobile.
Pour une première expérience à vélo, même si parfois j'ai ressenti la route comme un enchaînement et le trafic comme une menace, j'en retire de multiples satisfactions et je vais renouveler ce genre d'expérience en groupe et seul aussi. Je me verrai bien traverser la France seul uniquement par de toutes petites routes voire des chemins en campant par exemple aux confluents des rivières, endroits généralement aérés presque toujours accueillants. À court terme si tout se passe comme prévu, une grande aventure de deux mois en compagnie de Jean en août et septembre m'attend, mais laissons venir.
Votre ville portuaire française préférée? English translation pending
Bonsoir,
tout est dans le titre... Quelle ville ? Et surtout pourquoi ? Je n'attends pas de dépliant touristique, mais des atmosphères, qui m'aideront peut-être à choisir.
Pourquoi en France ? Parce que je n'aurais sûrement pas de papiers d'identité à ce moment. Sinon, ce n'est pas en France que j'irai voir si les bateaux qui vont sur l'eau ont des jambes...
Précision : j'entends par ville portuaire une ville avec un vrai port, avec des vrais bateaux qui arrivent et qui partent pour de vrai.
tout est dans le titre... Quelle ville ? Et surtout pourquoi ? Je n'attends pas de dépliant touristique, mais des atmosphères, qui m'aideront peut-être à choisir.
Pourquoi en France ? Parce que je n'aurais sûrement pas de papiers d'identité à ce moment. Sinon, ce n'est pas en France que j'irai voir si les bateaux qui vont sur l'eau ont des jambes...
Précision : j'entends par ville portuaire une ville avec un vrai port, avec des vrais bateaux qui arrivent et qui partent pour de vrai.
Grippe mexicaine en République Dominicaine? English translation pending
J'ai réservé un séjour à Cancun, si je devais annuler peut-on se rendre en République Dominicaine sans craintes??? y a t il là-bas des cas de grippe mexicaine??Merci de vos éventuelles réposes.