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Venise en quatre ou cinq jours English translation pending
VENISE
18 avril 2010 Satolas 16h25 Venise Marco Polo 17h45
22 avril 2010 Venise Marco Polo 15h40 Satolas 17h45
http://www.e-venise.com/marine-commerce-venise.htm
Voici les infos dont je me suis servi pour cette escapade à Venise tout loin s'en faut n'est pas des moi...
Déjà nuage oblige ça a été Voiture Lyon Mestre 7h50, puis parking en face de la gare des trains 45E les 5 jours et train juqu'à Venise...Je laisse les infos aéroport qui peuvent aider.
D18 Arrivé à l’aéroport Marco Polo, Venise est à 12 km. Le bus vous dépose à la Piazzale Roma, au nord de Venise et il ne vous reste alors plus qu'à prendre le Vaporetto pour vous rendre à votre hôtel ou marcher si ce n'est pas trop loin. Deux compagnies de transport par autobus sont disponibles pour vous rendre de l'aéroport Marco Polo à Venise: Les Bus ACTV
Si vous utilisez la compagnie ACTV, il faut prendre la ligne N° 5. Le prix du billet par personne est de 1 euro. Par contre, si vous avez une Venice Card, le prix du bus y est déjà inclus. Le billet peut s'acheter directement auprès du chauffeur. Le trajet dure de 30 minutes.
Arrêt des Bus ACTV et ATVO Piazzale Roma à Venise
Les Dimanches et Jours fériés : Depuis l'Aéroport Marco Polo en direction de la Piazzale Roma à Venise 17h40 - 18h10 - 18h40 - 19h10 - 19h40 - 20h10 - 20h40
Pour les Bus ATVO Il vous faut prendre la Ligne 35. Le billet coûte 3 euros, bagages inclus, et s'achète au distributeur situé à l'arrêt des bus ATVO, à la sortie de l'aéroport. (5,5 euros pour le billet aller-retour). Si vous n'avez pas de monnaie, vous pourrez l'acheter directement au chauffeur.
Depuis l'Aéroport Marco Polo en direction de la Piazzale Roma à Venise 17h50 - 18h20 - 18h50 - 19h20 - 20h00 - 20h40.
Puis, prendre le vaporetto 1ou 2 et descendre à l’arrêt San Zaccaria. Remonter vers le nord 500m jusqu’à l’hotel : N32 E3 Foresteria Chiesa Valdese Calle Lunga Maria Formosa CASRELLO Tel 041 528 67 97 P116. http://www.foresteriavenezia.it/foresteria/index.htm
C’est un ancien palais qui appartient à l’église méthodiste de Suisse. Aucun prosélytisme, c’est un hôtel « classique ». Bon hôtel, bon confort, 80E la chambre avec wc/sdb et petit dèj. Copieux et à volonté. La chambre 14 a des peintures au plafond et est à 92E la première nuit et 84E les suivantes.
L19 Sachez qu'il existe une Museum Card à 12 € pour les Musées de la place Saint Marc (valable 3 mois) qui comprend la visite du Palais des Doges, le musée Correr, la Bibliothèque Marciana et le Musée Archéologique. Cette possibilité est offerte du 2 novembre au 31 mars. Du 1er avril au 1er novembre, et pour un euro de plus, soit 13 € au total, la Museum Card devient Carte San Marco Museum Plus, et, en sus des musées accessible par la carte Museum Card à 12 €, vous pourrez en sus visiter un autre des musées Municipaux de Venise, au choix : La Cà Rezzonico, le Palazzo Mocenigo, la Maison de Goldoni, la Cà Pesaro ou le musée du Verre de Murano.
Musée Correr 9h pour être seul.
Le lion de saint Marc
Marc et son attribut, le lion, Chroniques de Nuremberg, 1493
Saint Marc est symbolisé par un lion d'après l'un des premiers versets de son évangile :
« Une voix rugit dans le désert... » — Mc 1,3
Les quatre évangélistes sont représentés sous formes allégoriques du tétramorphe : l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean, le taureau pour saint Luc et le lion pour saint Marc. Cette représentation est inspirée par une vision du prophète de l'Ancien Testament Ezéchiel et par la description des quatre Vivants de l'Apocalypse selon saint Jean.
Le lion symbolisant saint Marc est généralement ailé, ce qui le distingue du lion de saint Jérôme[4].Il faut signaler que le Lion, dit "de" Saint-Marc, fut l'emblème de la République de Venise.
En 828, afin de remplacer saint Théodore, le 11e Doge de la ville chrétienne de Venise, Giustiniano Participazio, se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pour protéger la ville. Celui-ci doit rivaliser avec Rome et son saint patron saint Pierre. Deux marchands vénitiens se débrouillent pour aller voler les reliques sacrées de saint Marc l'évangéliste dans la petite chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d'Alexandrie en Égypte où il avait souffert le martyre. La basilique Saint-Marc est alors spécialement construite pour l'occasion, pour abriter ses reliques auxquelles l'église catholique prêtait à l'époque des pouvoirs divins et il devient ainsi le Saint Patron de la ville avec son lion comme symbole (Tétramorphe), au même titre que l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean et le taureau pour saint Luc. Marc était venu évangéliser la région au Ier siècle par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Sérénissime. Un ange lui aurait apparu et lui avait alors dit ces mots : « Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos ».
Si elle a aujourd'hui un intérêt avant tout historique, architectural et touristique, elle fut dans le passé le centre politique, religieux et économique de la république de Venise. Elle est surnommée par Napoléon Bonaparte « le plus élégant salon d'Europe ». Biographie de Saint Marc
Un des quatre évangélistes de la religion chrétienne. Né Jean, ses facultés d'helléniste lui ont valu le nom de Marcus. Converti par l'apôtre Pierre, il partit prêcher avec Saint Paul en Asie Mineure (Antioche, Perga), puis avec Barnabé sur l'île de Chypre. Saint Marc aurait rédigé le second 'Évangile' à Rome aux alentours de 60 après J.-C. durant la captivité de Saint Paul. La tradition chrétienne lui attribut par la suite l'évangélisation d'Alexandrie dont il aurait été le premier évêque. Il y aurait été martyrisé en 67 après J.-C. Son corps fut, selon la tradition, ramené par deux marchands vénitiens dans la cité lagunaire en 828, dont il devint le patron.
Voici ce que le presbytre disait : Marc, qui avait été l'interprète de Pierre, écrivit exactement tout ce dont il se souvint, mais non dans l'ordre de ce que le Seigneur avait dit ou fait, car il n'avait pas entendu le Seigneur et n'avait pas été son disciple, mais bien plus tard, comme je disais, celui de Pierre. Celui-ci donnait son enseignement selon les besoins, sans se proposer de mettre en ordre les discours du Seigneur. De sorte que Marc ne fut pas en faute, ayant écrit certaines choses selon qu'il se les rappelait. Il ne se souciait que d'une chose : ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, et ne rien rapporter que de véritable.
Le saint patron de Venise était Saint Théodore. Le saint grec témoignait de l'influence byzantine sur Venise. Quand en 828, le corps de Saint Marc fut ramené d'Alexandrie par 2 marchands vénitiens Buono de Malamocco et Rustico de Torcello, il devint le Saint patron de la ville. On lui construisit une petite chapelle, dans le Palais des Doges, qui n'était à l'époque qu'un château fort. En 832, on termina, non loin du palais des Doges, une petite église mausolée, incendiée en 976. Reconstruite en 978, elle sera de nouveau abattue. En 1063, on construisit un sanctuaire inspiré de la Basilique des Saints Apotres et de la Basilique de Sainte Sophie à Constantinople. Edifice en croix grecque, elle est assez trapue, possède déjà des coupoles basses et sa façade est de briques rouges. La Basilique fut consacrée en 1094. Peu à peu, la façade de l'austère basilique se pare de revêtements de marbre et de portiques profonds, soutenus d'une double rangée de colonnettes. La brique disparait sous le marbre. Le grand portail est orné de bas-relief représentant les métiers et les signes du zodiaque. Flèches, bas-reliefs, arcs, chapiteaux, du 11e au 15e siècle, elle intègre différents styles, assimilant les arts de l'Orient et ceux de l'Occident. Elle les assimile tellement qu'une partie des ornements provient directement d'Orient, comme le groupe des Tétrarques en porphyre rouge syro-égyptien, ou les célèbres chevaux de Saint Marc. Nous y reviendrons.
Outre les coupoles, ce sont surtout les magnifiques mosaïques sur fond d'or, couvrant entièrement les parois de la Basilique, qui rattachent cette basilique chrétienne, à l'art oriental.
A l'intérieur, ces mosaïques constituent une véritable Bible illustrée, servant à l'édification des croyants. A l'origine, ces figures sont toutes de type oriental, en aplat, sans mouvement, elles apparaissent souvent rigides, sans mise en scène. Elles ont été exécutées par des artisans orientaux ou vénitiens, mais toujours dans un style oriental caractéristique des icônes. On discerne ainsi différentes figures du Christ (11e et 16e siècle), dans l'abside et la première coupole. Egalement, la Pentecôte (12e siècle), dés la première coupole de la nef, représentant la descente de l'Esprit sain sur les 12 apotres. MAis l'art de la mosaïque évolue avec le temps et le développement des arts. La mosaïque introduit plus tard des notions nouvelles, comme le relief et la perspective. Dans le baptistère, observez bien la Danse de Salomé (du 14e siècle), toute émouvante et lascive, face au roi rigide, traité à la manière byzantine. On entre alors dans les principes picturaux du gothique, surtout en usage au 15e siècle.
Les mosaïques de la basilique San Marco sont ainsi une véritable école d'art, depuis les premiers aplats byzantins jusqu'à des mises en scène en perspective. Mais le trésor des trésors de la Basilique San Marco, c'est sa Pala d'oro. L'un des plus beaux chefs d'oeuvres d'orfèvrerie qui soit permis d'admirer. Ce rétable d'or date du 14e siècle. 3000 pierres précieuses et 80 émaux sont enchassés, à la gloire des fêtes chrétiennes (registre supérieur), tandis que le Christ apparait au centre, entouré de 4 prophètes et dominant l'impératrice Irène, le Doge Ordelaffo Falier et la Vierge. Sur les côtés, ont pris place les apôtres et autres prophètes.
Ensuite balade Campo de santa maria formosa P199, Campo della fava, Camposanti giovanni e paolo P210. Puis, Chiesa dei gesuiti P194.
Attention aux heures d’ouverture des églises !
CHIESA DEI GESUITI
Il y a quatre statues de chaque côté de la porte qui représentent St. James Major, St. Peter, St. Paul, St. Matthew l’évangéliste. Il tutto è sovrastato dall'opera di Giuseppe Torretti L'Assunzione della Vergine Maria , posta sopra il timpano . L'ensemble est dominé par le travail de Giuseppe Torretti “ L'Assomption de la Vierge Marie”, placée au-dessus du tympan. In tempi recenti è andato persa l'opera di Francesco Bonazza .
La pianta della chiesa è tipica delle chiese dei Gesuiti, a croce latina , con tre cappelle per parte nel braccio più lungo. Transetto e presbiterio a fondo piatto affiancati da due altre cappelle. Le plan de l'église est typique de l'église des Jésuites, une croix latine avec trois chapelles de chaque côté dans le bras plus long. Transept et le chœur avec un fond plat soutenu par deux autres chapelles. Le sei cappelle ai lati della navata sono fra loro separate in piccoli ambienti, una volta dedicati alle confessioni . Les six chapelles de chaque côté de la nef sont séparées. Fra la seconda e la terza cappella, il notevole pulpito di Francesco Bonazza , e lungo tutto il corridoio i "corretti", grate da cui si affacciavano gli ospiti del convento.Entre la chapelle deuxième et troisième, la chaire grand de Francis Bonazza, et le long du corridor qui est bordée par des croyants reconnaissants du couvent. La navata della chiesa si restringe di fronte l' altare , dedicato alla Santissima Trinità , grazie alla presenza di quattro pilastri che sorreggono la volta a crociera . La nef de l'église est dédiée à la Trinité bienheureuse, et quatre piliers soutiennent la voûte en croisée. Del 1725 - 1731 a decorazione a due colori, bianco e verde, dei marmi e dei pavimenti . On peut dater de 1725 e - 1731 la décoration en deux couleurs, le marbre blanc et vert et étages.
Decorano i soffitti gli affreschi di Ludovico Dorigni , Angeli musicanti in gloria , datato 1720 nel presbiterio , Il trionfo nel nome di Gesù , del 1732 , nel soffitto a crociera; di Francesco Fontebasso Abramo che adora i tre angeli , e la Visione di San Giovanni Evangelista , sul soffitto della navata , del 1734 . Au plafond des peintures de Ludovico Dorigni, jouant “Angels in Glory”, daté 1720 dans le chœur, le triomphe, au nom de Jésus de 1732, le plafond à Francesco Fontebasso Abraham et la Vision de saint Jean Evangelista. Il presbiterio è circondato da statue di cherubini , angioletti, angeli e arcangeli di Giuseppe Torretti . Le sanctuaire est entouré par des statues de chérubins, des anges, des anges et archanges de Giuseppe Torretti. Di Giuseppe Pozzo è l' altare , in esso si notano dieci colonne sormontate da una cupola bianca e verde.
Puis marche jusqu’à l’égilse Madonna dell’orto P191.
CHIESA DELLA MADONNA DELL’ORTO
Pour arriver au but qu'il se proposait, Tintoret, ne négligea aucune étude. Pendant plusieurs années, sans relâche, de jour et de nuit, il travaille d'après les moulages de Michel-Ange, le modèle vivant, le cadavre disséqué, le mannequin drapé, le mannequin articulé et suspendu au plafond, en plein air ou à l'intérieur, à la clarté du soleil ou à la lueur des lanternes et des torches; il modèle, en terre ou en cire, ses figurines avant de les dessiner; il fréquente tous les gens qui peignent, aussi bien les simples badigeonneurs que les artistes en renom, ne négligeant rien pour s'approprier toutes les ressources du métier, pour se faire une manière « forte et résolue ». En même temps, il saisit toutes les occasions de se produire, répand des fresques sur toutes les murailles qu'on met à sa disposition, montre ses toiles partout où il peut; quelques belles décorations de façades, son portrait et celui de son frère, avec effets de nuit, exposés dans la Merceria, le firent bientôt connaître. Vers 1546, il offre aux prêtres de l'église Madonna dell' Orto de leur peindre, contre remboursement de ses frais matériels, deux compositions immenses (15 m de hauteur sur 6 m de largeur). L'offre est acceptée pour 100 ducats. Ces deux toiles, encore en place, l'Adoration du veau d'or et le Jugement dernier, où les figures accumulées, dans un pèle mêle tumultueux de nudités, de draperies, d'accessoires, sous les contrastes et les agitations les plus bizarres de la lumière, gesticulent et se tortillent à l'envi, devaient rester, dans son oeuvre, l'une de ses improvisations les plus incohérentes et les plus scandaleusement inégales. Le jeune homme voulait étonner, il y avait réussi. Dès qu'il eut stupéfié ses rivaux par cette extraordinaire virtuosité, il se hâta, d'ailleurs, de montrer, dans la même église, qu'il savait, lorsqu'il le voulait, rester plus calme et plus pondéré. La Présentation de la Vierge, la Sainte Agnès ressuscitant le fils du Préfet, le Saint Pierre adorant la croix, le Martyre de saint Paul, y représentent l'artiste savant et fort avec toutes ses qualités de metteur en scène et en lumière, de dessinateur hardi et sûr, de coloriste vigoureux et vibrant.
Puis visite du ghettoP189.
En 1527, un décret ordonna aux Juifs de déménager dans la zone du Cannaregio, où se trouvaient les anciennes fonderies à canons. Le Premier Ghetto Le mot ghetto vient du mot italien geto (fusion). La prononciation gutturale de geto en ghetto s'expliquerait par l'accent des Juifs ashkénazes originaires d'Allemagne et d'Europe centrale. Sachez aussi que la municipalité de Venise, dans son souçi de vénétianiser les noms en supprimant quasi-systématiquement les doubles consonnes, a transformé tous les panneaux et inscriptions liés au Ghetto en “Gheto” avec un seul “t”. Pour en revenir à l'origine du mot, Ghetto pourrait aussi être un jeu de mots synthétisant geto avec le terme talmudique ghet (séparation)... le “quartier” de la fusion était bien celui de la séparation, puisque tous les Juifs devaient être hébergés dans Le ghetto. Chaque soir on fermait les portes du ghetto. Aucun juif ne devait plus circuler dans la ville. Mais, à la même époque, la même chose était aussi vraie pour les Vénitiens qui habitaient dans le quartier des étrangers à Alexandrie en Egypte. On les enfermait même ne pleine journée, pendant les offices religieux de la mosquée.
Un “geto” des ConnaissancesLà, se rassemblèrent tous les Juifs de la diaspora : Sépharades réfugiés d'Espagne et du Portugal, Ashkénazes venus d'Allemagne et d'Europe centrale, Levantins réfugiés de Constantinople... On y parlait diverses langues et dialectes, on comparait les divers contes et récits secrets rapportés en héritage. Il y avait des thalmudistes, mais aussi des kabbalistes, des gnostiques, des alchimistes. Tout cela stimulait la réflexion et la dispute.
Un signe Distinctif. Les Juifs du ghetto devaient se signaler en portant une rouelle (petite roue) jaune sur la poitrine, puis par un béret ou un chapeau jaune (Au Moyen-Âge, le jaune était la couleur infâmante de la folie et du crime). Celui qui ne portait pas son chapeau jaune devait payer une amende de 50 ducas et faire un mois de prison.
De la même manière, les Vénitiens avaient peur que les juifs puissent empoisonner leur puits et la Sérénissime avait décrété qu'ils n'avaient pas le droit d'utiliser les puits publics de la ville. Ils ne pouvaient donc utiliser que les seuls puits situés à l'intérieur du Ghetto pour puiser de l'eau. Cette interdiction dura jusqu'en 1703. Les puits actuels ne datent sans doute pas de l'époque de la création du Ghetto car les sculptures et armoiries qui s'y trouvent sont d'origine plus récente, ce qui fait penser que les puits d'origine ont dû être déplacés et ont été remplacés par ceux-ci.
Et Chiesa san marcuola P192. CHIESA SAN MARCULA
Il sera interessant de comparer cette cène peinte alors qu’il n’avait que 29 ans à celle peinte à la fin de sa vie à l’église San Cassiano.
Puis casino d’hiver qui est un palais P192. Traverser en trajetto. Arrivé Muséo di storia naturale P183.
LA CA’PESARO P181
C’est un imposant palais baroque de marbre faisant face au Grand Canal de Venise. Les plans initiaux en sont dus à Baldassare Longhena au milieu du XVIIe siècle, mais la construction a été terminée par Gian Antonio Gaspari de 1703 à 1710. L'utilisation massive de colonnes contraste avec le palais plus élégant qu'est la Ca' Rezzonico, également œuvre de Longhena.
C'est aujourd'hui le Musée d'art moderne de la ville de Venise. Il contient des peintures ou des œuvres de Klimt (sa Salomé), Bonnard, Chagall, Kandinsky, Klee, Rouault, Matisse, Moore, Morandi, De Chirico, Boccioni et d'autres.
L'étage supérieur est consacré au Museo d'Arte Orientale, qui contient quelques 30 000 objets, provenant principalement du Japon (armures, sabres, inro, netsuke, palanquin, ainsi que des peintures de Koryusai, Harunobu, Hokusai, etc.), mais également de Chine et d'Indonésie. Cette importante collection d'objets orientaux a été rapporté d'un voyage en Asie effectué de 1887 à 1889 par Henri de Bourbon-Parme, comte de Bardi.
EGLISE SAN CASINO P181
Cette toile, peinte vers 1592-94, ce serait la dernière version de la Cène par Le Tintoret.
Une grande pièce d'un intérieur vénitien éclairée par une lampe, dont la forme rappelle celle d'un oiseau.
Sa lumière rayonne d'une manière irréelle et sa fumée se confond avec des ectoplasmes d'anges qui flottent au-dessus des convives. La luminosité de l'auréole du Christ s'oppose et complète en même temps cette lumière suffisamment puissante pour bien marquer les ombres bizarres des convives, et pour intensifier les couleurs. Comme dans La Cène de la Scuola di San Rocco, la perspective défie ici encore les lois de la physique : la longue table pivote pour bien montrer les attitudes des apôtres au cours du dernier repas partagé avec Jésus, quand il leur annonce que l'un d'entre eux va bientôt le trahir.
Onze apôtres sont alignés du même côté de la table que Jésus ; en face d'eux un homme seul, habillé de rouge et sans auréole, ne semble pas très à l'aise. A cela s'ajoute le réalisme et le naturel des attitudes des protagonistes : les domestiques s'activent et s'empressent autour des convives qui discutent et qui s'interrogent avec animation. On se déplace, on se tourne, les bras et les mains travaillent, pendant que les Apôtres ne s'intéressent plus aux mets déposés sur la table. Ce subtil mélange de réalisme et d'imaginaire pictural nous montre l'irruption du domaine métaphysique et religieux avec son lot d'interrogations et de doutes, dans le monde réel connu et familier, où tout semble assuré.
Puis pont di rialto P180.
M 20 Palais des doges Le Palais des Doges palazzo ducale P146
Le Palais des Doges et la Piazzetta
Centre du pouvoir politique à Venise depuis le IXe siècle, une visite au Palais des Doges est incontournable lorsque l'on visite Venise et si l'on veut comprendre et voir ce qu'était la toute puissance de Venise pendant des Siècles. Vous pourrez voir la salle très impressionnante du Grand Conseil ainsi que de magnifiques peintures du Titien et de Véronèse, entre autres.
Puis tragetto en D3 Santa maria della salute P161. Musée, Galleria del’académia P163. Faire un aller-retour sur le pont de l’acdémia P166. Puis Squaro San tréviso P167 traverser le quartier Dorsoduro juqu’à la Chiesa san nocolo dei mendicoli qui devrait être fermée P170 (ouverture 10H 12H) et remonter le long du canal jusqu’à la place del Carmini.
Enfin Campo san Barnaba P167. Poursuivre jusqu’au Campo santa margherita P169
Chiesa san pantalon P176.
La Crucifixion du Tintoret à la SCULA DI SAN ROCCO P177 POUR MOI, LE TOP!
Façade principale de La Scuola Grande di San Rocco En suivant l'ordre chronologique de son travail pour San Rocco, Le Tintoret a commencé par l'Albergo en juin 1564, puis il la Salle du Chapitre pour terminer avec la Salle du Rez-de-chaussée en 1588. Il est conseillé de visiter San Rocco selon cet ordre, afin de mieux apprécier ces 24 ans de création qui révèlent l'inquiétude existentielle d'un artiste qui a su exploiter la force dramatique de la lumière et le rôle catalyseur des couleurs et du trait.
Ou “La Sixtine du Tintoret”, avec toutes ses dorures, ses plafonds et ses murs entièrement décorés par de splendides toiles du Tintoret, San Rocco est la plus opulente des Scuole. Son décor originel étant heureusement resté intact (c'est aussi le cas de la Scuola di San Giorgio), elle nous donne une magnifique idée de ce que pouvait être vraiment une Scuola Grande : une confraternité aussi prestigieuse que charitable. Charitable, parce que la Scuola di San Rocco (légalement reconnue en 1474) s'appliquait à secourir les malades, et particulièrement les victimes de la peste de 1576, suivant l'exemple de Saint Roch (né en 1295 à Montpellier et miraculeusement guéri de la peste, dont le corps fut transporté à Venise en 1485 et déposé dans l'église de la Confrérie en 1520). San Rocco, fut proclamé Patron de Venise après la peste de 1576 et son église devint ainsi le lieu d'un pèlerinage annuel du Doge et de la Signoria. On célèbre toujours solennellement la fête du 16 août sur la place, devant l'Eglise et la Scuola di San Rocco, où l'on dresse un baldaquin ou “Tendon del Doge”. Prestigieuse, parce que toute cette richesse, toute cette splendeur intérieure fut l'achèvement d'une construction longue et coûteuse, en rivalité avec celle de la Scuola della Misericordia. La Misericordia et San Rocco : une lutte de prestige... Quatre architectes se succédèrent pour la mener à bien :De 1516 à 1524 ce fut l'auteur du projet, Bartolomeo Bon, qui dirigea les travaux de construction du rez-de-chaussée de style renaissance, jusqu'à son départ à cause d'un désaccord avec la Confrérie sur la forme de l'escalier en 1524. Sante Lombardo poursuivit les travaux pendant deux ans et donna son caractère définitif à la façade sur le rio. Le défi avec la Scuola della Misericordia ira assez loin, pour qu'en 1545 San Rocco fasse démolir le grand escalier à deux volées édifié par “il celesto”. On le remplacera par un escalier de style impérial dessiné par Antonio Scarpargnino qui avait repris les travaux de 1526 à 1548 en construisant l'étage noble (premier étage où se réunissaient les membres de la Confrérie). Et quand la Misericordia dut renoncer pour des raisons financières à mettre des colonnes isolées sur sa façade, San Rocco voulait que deux séries de colonnes isolées de style corinthien décorent sa propre façade… achevée, après la mort de Scarpagnino, par Gian Giacomo De' Grigi de 1549 à 1560. 47.000 ducats pour 44 ans de travaux
La richesse de la Scuola di San Rocco ne cessa de s'accroître grâce aux nombreux donateurs qui comptaient sur San Rocco pour les protéger des nombreuses épidémies qui sévissaient à l'époque. Elle pouvait donc se permettre de faire appel aux plus grands peintres pour décorer l'intérieur du bâtiment dont la construction avait duré 44 ans et aurait coûté 47.000 ducats.Les murs longeant le grand escalier de Scarpagnino seront décorés par des œuvres commandées après la terrible épidémie de peste de 1630, qui fit d'innombrables victimes à Venise. A gauche : L'Intercession de St Roch, de St Sébastien et de St Marc pour que cesse l'épidémie de peste, et après le pilier, La Vierge sauve Venise de la peste peintes en 1673 par Pietro Negri.A droite : La Vierge apparaît aux victimes de la peste peinte en 1666 par Antonio Zanchi.
Chacune de ces œuvres est composée de deux toiles aux dimensions impressionnantes : (5,55m x 3,55m) pour la partie du bas de l'escalier et (7,05m x 6,35m) pour la partie du haut. Ces œuvres, fortement influencées par le style du Tintoret, commémorent cette peste de 1630 à l'issue de laquelle fut construite l'église de la Salute. Cet escalier digne d'un palais conduit aux salles du premier étage, où se réunissent toujours les membres de la Confrérie de San Rocco : la grande Salle du Chapitre, la petite Salle de la Chancellerie dont l'entrée se trouve tout de suite à droite de l'autel de la Salle du Chapitre et enfin l'Albergo, au fond à gauche. Rivalités entre peintres… Il faudra 18 ans pour se décider à commencer la décoration intérieure : rivalités entre peintres… Dès 1546 la Scuola di San Rocco avait voté la décision de faire décorer la Sala dell'Albergo, sans aucune suite. En septembre 1553, Le Titien proposa de réaliser une grande toile qui couvrirait tout le mur face à l'entrée de la salle de l'Albergo ; cette proposition initialement acceptée à l'unanimité demeura sans suite également, car ce n'est qu'en janvier 1557 qu'on prit la décision ferme et définitive d'entreprendre la décoration de l'Albergo en réservant 200 ducats par an pour cela. En mai 1564, 37 conseillers de la Banca de San Rocco s'engagent enfin à prendre en charge les frais de la première toile destinée à occuper le centre du plafond… Au cours de la séance l'un d'eux offrait personnellement une contribution de 15 ducats, à condition que l'ouvrage ne fût pas confié au Tintoretto ! Le 31 mai 1564, San Rocco décide d'ouvrir un concours d'esquisses auquel devaient participer les plus grands peintres de Venise : G. Salviati, F. Zuccari, A. Schiavone, Paul Véronèse.
Or c'est le célèbre Jacopo Robusti, surnommé “il Tintoretto” parce qu'il était fils d'un teinturier, qui fera tout pour pouvoir décorer la Scuola en sachant convaincre et séduire les membres de la Confrérie par ses talents de peintre et de négociateur : non seulement il était capable de prendre les autres concurrents de vitesse en présentant son tableau avant eux, mais en plus il n'hésitait pas à baisser ses tarifs au moment des concours, allant jusqu'à proposer de peindre “à la manière” des autres artistes et ce pour un prix moins élevé… Le Tintoret prend ses concurrents de vitesse en présentant une œuvre achevée !!! Au lieu de préparer ses œuvres avec des esquisses sur papier, Le Tintoret préférait travailler directement sur la toile en traçant quelques croquis de ses personnages et en fixant son idée par quelques points de repères graphiques. Ensuite il peignait : peinture et dessin ne faisant plus qu'un dans son esprit. Sa puissance créatrice lui accordait cette grande liberté et cette extraordinaire rapidité d'exécution qui caractérise le génie artistique. C'est ainsi que dès le 22 juin 1564, son Saint Roch en gloire étant achevé avant le concours, il se débrouilla pour le faire installer au plafond de l'Albergo.
Pour calmer certains responsables de San Rocco qui voyaient là une façon de les mettre devant le fait accompli, il en fit cadeau à la Scuola en signe de dévotion au Saint ! Et il peint gratuitement les 16 autres toiles du plafond de l'Albergo ayant pour thèmes essentiels la morale et la religion, pendant l'été et l'automne 1564 ! On y voit les Vertus de la Foi, de l'Espérance, de la Vérité et de la Bonté, ainsi que les allégories des cinq autres Scuole Grande qui les pratiquent : San Giovanni Evangelista, la Misericordia, San Marco, San Teodoro, et la Scuola della Carità représentée par une magnifique jeune femme volant au secours de deux enfants qu'elle emporte affectueusement dans ses bras. Les Deux Figures Féminines, les mains pieusement croisées sur la poitrine, semblent se promener librement entre les nuages en toute sérénité. Et Le Bonheur est représenté par… une femme calmement assise avec les jambes légèrement repliées et le bras gauche tendu, dans une attitude proche de celle de La Foi qui elle, tient un calice qui l'irradie de sa lumière. La Vérité, plus inquiète, tourne le buste en découvrant son sein, comme si elle était en quête d'une positon plus confortable ; alors que L'Espérance, les bras légèrement écartés le long du corps, tout son être flotte en extase devant l'objet de sa contemplation. Le Tintoret élu membre de la Confrérie de San Rocco Malgré l'opposition de nombreux membres de la Scuola qui n'avaient pas apprécié sa désinvolture, Le Tintoret fut élu Confratello, c'est-à-dire membre de la Confrérie, et se vit confier la décoration de toute la salle.
La Crucifixion du Tintoret Scuola Grande di San Rocco du Tintoret
En 1565 Le Tintoret peint l'immense Crucifixion : 5 mètres de haut et 12 mètres de large ! La Crucifixion est une œuvre extraordinaire qui occupe tout le mur face à l'entrée de l'Albergo, exactement là où le Titien avait proposé de mettre un de ses tableaux!
Le corps auréolé de lumière du Christ crucifié se dresse seul au milieu d'un ciel sombre et bas, et domine entièrement la scène toute en horizontalité qui se déroule autour de lui.
Sa tête est inclinée vers le groupe éploré au pied de sa croix : un jeune homme et deux femmes lèvent la tête et le fixent intensément, impuissants et pleins d'amour pour celui qu'ils accompagnent jusqu'à son dernier souffle, pendant que les autres entourent la Vierge Marie pour la réconforter.
Ils sont bien seuls au milieu de gens complètement indifférents à leur souffrance et très occupés par leurs besognes respectives : l'un trempe une éponge dans un récipient de vinaigre que lui tend un comparse, tandis qu'à leur droite, deux soldats jouent aux dés et un autre creuse activement le trou où l'on plantera la croix du larron qui se laisse attacher par trois autres hommes.
Le Tintoret, par lui-même dans la Crucifixion
Le personnage barbu accoudé sur le muret juste au-dessus de l'homme qui creuse, c'est le Tintoret lui-même qui observe tout cela très attentivement. A gauche, ceux qui tirent d'un côté et qui poussent de l'autre pour redresser la croix où le premier larron est déjà attaché, le visage tourné vers le Christ.
Toute une foule à pied et à cheval assiste au spectacle, entourant les groupes d'hommes affairés autour des deux larrons. Au premier plan et à gauche du tableau, sur un destrier blanc un cavalier en armure montre le Christ du doigt, tandis que les autres regardent les suppliciés avec plus ou moins de curiosité.
Les autres cavaliers observent tranquillement les évènements, prêts à tourner bride dès que le travail sera terminé, laissant les trois condamnés à leur agonie…
Nous sommes au moment où la force barbare encercle ses victimes et pèse de tout son poids, sans leur laisser la moindre issue. Incompréhension et indifférence aveugles ou bien désespoir et soif de justice sur la terre, amour et espérance pour ceux qui lèvent la tête et se tournent vers la lumière.
Cette œuvre sera étudiée de très près par de nombreux peintres, notamment par les peintres flamands Rubens et Van Dyck.
Théophile Gautier qualifiait Le Tintoret de “terrible abatteur de besogne”. Voici comment il nous décrit La Crucifixion, qu'il considère comme “le chef-d'œuvre de cet artiste si fécond et si inégal, qui va du sublime au détestable avec une facilité prodigieuse” : “Ce tableau immense représente dans un grand développement tout le drame sanglant du Calvaire. Il occupe à lui seul le fond d'une grande salle. Le ciel, peint sans doute avec cette cendre bleue d'Egypte qui a joué de si mauvais tours aux artistes de ce temps-là, a des tons faux et louches désagréables à l'oeil, qu'il ne devait pas offrir avant la carbonisation de cette couleur trompeuse, qui a si bizarrement noirci les fonds des Pèlerins d'Emmaüs, de Paul Véronèse ; mais cette imperfection est bien vite oubliée, tant les groupes des premiers plans s'emparent victorieusement du spectateur au bout de quelques minutes de contemplation.
Les saintes femmes forment auprès de la croix le trio le plus profondément désespéré que puisse rêver la douleur humaine ; l'une d'elles, entièrement couverte de son manteau, gît à terre et sanglote dans une prostration désolée de l'effet le plus pathétique.
Un nègre, pour dresser la croix d'un des larrons, se tient debout sur la pointe du pied, avec un mouvement contourné et strapassé qui manque de naturel ; mais il est peint, comme tout le reste du tableau, d'une brosse si véhémente et si furieuse, qu'on ne peut s'empêcher de l'admirer. Jamais Rubens, jamais Rembrandt, jamais Géricault, jamais Delacroix, dans leurs plus fiévreuses et leurs plus turbulentes esquisses, ne sont arrivés à cet emportement, à cette rage, et cette férocité.
Cette fois, Tintoret a justifié pleinement son nom de Robusti; la vigueur ne saurait aller plus loin; cela est violent, exagéré, mélodramatique, mais revêtu d'une qualité suprême : la force.” Théophile Gautier - Italia 1855. La Crucifixion eut un succès immédiat.Après l'avoir payée 250 ducats, la Confrérie demanda aussitôt au Tintoret de terminer la décoration de l'Albergo avec des scènes de la passion du Christ. C'est ainsi que de 1566 à 1567, Le Tintoret illustrera trois moments-clés de la passion du Christ.
Tintoret Le Christ devant Pilate Scuola San Rocco
La haute stature de Jésus qui se tient droit et calme dans son manteau blanc plein de lumière tranche avec un Pilate qui n'ose pas le regarder en face pendant qu'il se lave les mains, tout en prononçant lâchement la sentence attendue impatiemment par la foule sombre derrière le dos de Jésus. Le Christ accepte dignement la sentence opportuniste et décisive du gouverneur assis en haut de l'escalier de son palais. Le secrétaire de Pilate écoute attentivement toutes les paroles avant de les noter avec l'empressement et le sérieux d'un bon fonctionnaire!
Ecce Homo le couronnement d'épines Tintoret
Également dénommée “Le Couronnement d'épines”, cette toile est placée au-dessus de la porte d'entrée de l'Albergo. (2,60 m x 3,90 m).
Le calvaire de Jésus a commencé tout de suite après la sentence prononcée par Pilate. Pilate le remet maintenant à la foule après qu'il eût été flagellé et humilié. Le voici assis sur les marches, le corps épuisé par la souffrance appuyé contre le manteau maculé de son sang, la tête couronnée d'épines et le visage plein d'une tristesse infinie.
La lumière qui vient de la gauche du tableau inonde de reflets colorés l'acier de l'armure du soldat, intensifie les rouges des vêtements de Pilate et de l'homme qui tient le manteau blanc derrière le corps du Christ. Mais par contraste, cette lumière intensifie aussi la vulnérabilité et la souffrance du corps nu et ensanglanté posé là en face du spectateur, suscitant sa compassion douloureuse.
Tintoret La Montée au Calvaire Scuola San Rocco
Le cortège des condamnés s'étire sur le sentier sinueux et raide qui mène au Golgotha et qui divise le tableau en deux parties : La partie inférieure, très sombre, où peinent les deux bandits à demi nus et la corde au cou, portant leurs croix, aidés par des hommes dont les vêtements apportent quelques touches colorées.
L'un d'eux s'est arrêté, pour se reposer ou pour protester, peut-être les deux à la fois ; il regarde l'homme qui aide son compagnon d'infortune à porter cette maudite croix qui lui meurtrit le dos et qui l'écrase. Ils sont précédés de leurs bourreaux, l'un tire sur la corde pour qu'ils ne traînent pas, l'autre porte un marteau à sa ceinture et marche d'un pas décidé, prêt à accomplir sa tâche.
En suivant le mouvement en zig-zag du sentier, on atteint la partie supérieure en pleine lumière, où la foule désordonnée avance lentement, suivant un homme qui se dresse en brandissant un étendard, le visage levé vers le ciel où s'accumulent de sombres nuages. Il pourrait annoncer le cortège triomphal des nombreux fidèles à venir, et donner une touche d'espoir à la douleur humaine du Christ. Ils suivent Simon de Cyrène qui aide le Christ sur le point de s'affaisser sous le poids de la croix. Un second homme est venu pour aider Jésus à bout de forces, à côté d'eux un cavalier suit attentivement leurs efforts.
Une longue corde est nouée autour du cou de Jésus, mené comme un animal par un garde gigantesque qui ouvre la marche en se retournant, plein de force et d'impatience : nous sommes à la veille d'un jour de fête, le temps passe et le ciel s'assombrit… C'est ainsi que nous suivons et accompagnons les malheureux condamnés sur le chemin de leur supplice : le mouvement sinueux de notre regard fait de nous des témoins de la marche pénible qui se déroule devant nous. Mais le drame de la passion du Christ représenté par ces trois œuvres atteint son point culminant avec La Crucifixion, où la question existentielle de la foi est posée dans sa dure réalité par le paradoxe du Dieu incarné qui accepte les pires souffrances humaines et la mort, pour le rachat de l'Humanité. En trois ans, de 1564 à 1567, Le Tintoret avait peint les vingt-trois toiles de l'Albergo.
La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Avant l'intervention du Tintoret, la salle du chapitre était décorée de “canevazze” c'est à dire de peintures sur toiles qui étaient louées à l'année pour décorer la salle lors de la grande fête de San Rocco. La Scuola di San Rocco avait finalement acheté ces toiles en 1542, mais elles s'étaient passablement dégradées avec le temps… et par la lumière. A ce propos, les œuvres du Tintoret qui les remplaceront en souffriront également, la petite toile des Trois pommes (58 cm x 25 cm) en témoigne : ce fragment de la frise qui fait le tour de l'Albergo sous la corniche en bois du plafond était replié sous une autre partie de la frise, et ne fut redécouvert qu'en 1905… Ces 340 ans de “mise à l'abri” ont préservé l'intensité des couleurs. Le rouge est extraordinairement lumineux, et on admire, on s'étonne de la vivacité et de l'aisance du pinceau qui pourrait être celles d'un peintre moderne ! Et l'on ne peut que constater l'altération des pigments en voyant que les couleurs ont perdu leur éclat sur les autres toiles : le rouge est devenu rose, le bleu a viré au gris, le vert au brun... Tout cela modifie les accords chromatiques d'un tableau. Les volets de l'Albergo et de la Salle du Chapitre sont maintenant baissés pour les protéger de la lumière naturelle. Le Tintoret voulant absolument continuer à décorer “sa” Scuola, offre de peindre gratuitement la toile qui devra marquer le centre du plafond de la grande salle du Chapitre et de décorer le reste du plafond en ne faisant payer que les frais de matériel… C'est ce qui s'appelle payer de sa personne, sachant les dimensions de cette salle !!!
Le Tintoret : Membre dévoué et Peintre Officiel de la Scuola di San Rocco
Le 6 mai 1574, on décida d'entreprendre la rénovation de la décoration du plafond de la Salle du Chapitre.
Alors que les travaux de menuiserie étaient à peine terminés, dès le 2 juillet 1575 Le Tintoret se proposait de réaliser gratuitement le grand tableau du centre du plafond et de le livrer pour le 16 août, fête de San Rocco. Il s'agit du Miracle du Serpent de Bronze. Puis, en janvier 1577 la Scuola accepta sa proposition de réaliser les deux autres grandes toiles du plafond contre simple remboursement des frais de matériel, auquel s'ajouterait un salaire librement décidé par les trésoriers de San Rocco. Le Tintoret était entrain de peindre La Récolte de la Manne et Moïse faisant jaillir l'eau du Rocher, lorsque le 25 mars 1577 il proposa de peindre toutes les autres toiles qui décoreraient le plafond dans les mêmes conditions financières… Marché conclu ! Mais sa passion pour ce travail titanesque l'amena à se dévouer à un tel point qu'en novembre 1577, Le Tintoret s'engageait : - à décorer toute la Scuola San Rocco ainsi que le plafond de l'église San Rocco, - à fournir toute autre peinture qui leur serait destinée, - à livrer chaque année, à la fête de Saint Roch, trois grandes toiles sans faire payer les frais des couleurs. Seule contrepartie à cette offre étonnante : Le Tintoret demande que, à dater de la fin des travaux de la salle capitulaire, la Scuola lui garantisse un versement annuel de 100 ducats jusqu'à la fin de ses jours au cas où il tomberait malade. Client et artiste tinrent leurs engagements : Le Tintoret termina son travail en 1588, et la Scuola versa la rente de 100 ducats à sa veuve après son décès survenu le 31 mai 1594, à l'âge de 75 ans.
Le Symbole de la Confrérie de San Rocco et sa couronne d'épines à clous !
La Salle du Chapitre Tintoret Le Serpent de Bronze (airain)
De 1575 à 1581 Le Tintoret se consacra à la production des œuvres qui occupent le plafond et les murs de l'immense salle capitulaire de San Rocco.Le plaisir esthétique n'était pas le seul but de toutes ces œuvres magnifiques. Elles rappelaient aussi leur devoir de charité envers les pauvres et les malades aux membres de la Confrérie de San Rocco qui se réunissaient régulièrement dans cette salle.
L'autel est décoré par La vision de Saint Roch. Les 21 toiles du plafond relatent les épisodes clés de l'Ancien Testament : le péché originel, le sacrifice d'Abraham, la vision de Jacob, la Pâque des Hébreux qui marque le début de leur Exode, les miracles accomplis par Moïse, et les miracles touchant les différents prophètes d'Israël. Les 13 toiles ornant les murs relatent des épisodes du Nouveau Testament, qui sont en correspondance avec l'Ancien Testament : la Pâque avec l'Eucharistie ; les épreuves de l'Exode engendrant les révoltes des Hébreux contre Moïse et leurs doutes concernant Yahvé, avec la tentation du Christ dans le Désert.
Moïse est un libérateur, Jésus est un sauveur.Jésus multiplie les pains et les poissons, tout comme Elisée avait multiplié les pains pour nourrir tous ceux qui le suivaient.La foi en Yahvé, Dieu unique, doit se manifester par l'obéissance et le respect de sa Loi ; la foi en Dieu est Amour de Dieu, qui doit se manifester par la charité envers son prochain. Dans les deux cas, la vraie Foi est attachement à Dieu, dont la sincérité se manifeste par une pratique
Ce tableau retrace un épisode de l'Ancien Testament cité dans l'Evangile de Jean, chapitre III verset 14, pour le rapprocher de la mission du Christ :14 “Moïse haussa le serpent dans le désert, et le fils de l'homme doit aussi être haussé 15 pour que quiconque se fie ait par lui la vie éternelle.17 Car Dieu a aimé le monde jusqu'à lui donner son fils unique pour que quiconque se fie à lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.”Cet épisode se trouve dans Nombres, chapitre 21 verset 4, où le peuple hébreux se plaint une nouvelle fois des difficultés et des souffrances imposées par Moïse (et par Yahvé) avant d'atteindre la terre promise, alors “Yahvé envoya contre le peuple les serpents brûlants (allusion à la douleur ?) qui mordirent le peuple, et il en mourut beaucoup du peuple d'Israël”.
Le peuple se repend, et Moïse intercède auprès de Yahvé qui lui dit : “Fais-toi un serpent brûlant et mets-le sur une hampe; quiconque aura été mordu et le regardera, restera en vie.”Moïse fit une effigie en bronze de ce serpent, et les victimes qui regardaient le serpent de bronze restaient en vie.Le Serpent de Bronze, peint en 1575-76, fait clairement allusion à l'épidémie de peste qui sévissait alors à Venise, qui pouvait être aussi une malédiction divine !
La moitié inférieure du tableau est occupée par une foule de gens à demi nus, assaillis par les serpents et agonisants à même le sol. Certains corps couleur de craie et complètement relâchés, sont déjà morts ; les autres essaient de se débarrasser des serpents, et tentent de lever les yeux vers le serpent ailé en bronze avec une tête de dragon (allusion à son caractère céleste ?) accroché à la croix que Moïse leur montre en pleine lumière.
La moitié supérieure du tableau est réservée à la nuée, où plane Yahvé représenté par un robuste vieillard entouré de nombreux anges qui semblent accrochés à lui. Par l'assistance de ceux qui ont la foi (Moïse et San Rocco), cette œuvre apparaissait comme un message d'apaisement
Moïse faisant jaillir l'eau du rocher
Cette œuvre suivit immédiatement Le Miracle du Serpent de Bronze, elle illustre un des plus célèbres épisodes de l'Exode (chapitre 17) qui se déroule dans le désert, au pied du Sinaï. Il n'y a pas d'eau et le peuple a soif. Suivant la recommandation de Yahvé, Moïse frappe le rocher avec son bâton. Le bâton par lequel il avait déjà accompli des prodiges en Égypte.
Et voici qu'un véritable torrent d'eau jaillit du rocher, au pied duquel se presse le peuple assoiffé qui tend des récipients pour recueillir le précieux liquide. Yahvé, dans la nuée, assiste Moïse qui se tient en pleine lumière, frappant le rocher d'un geste sûr. La force de son bras, qui lève bien haut le bâton de Dieu, soutient aussi les Hébreux dans leur combat contre Amaleq : derrière lui, on aperçoit une scène de bataille sous la lumière. Moïse est le pilier central qui ramène toujours le regard vers lui.
Sa silhouette et son attitude sont pratiquement les mêmes que celles de Jésus de L'Ascension, peinte dix ans après.
Tintoret la Cueillette de la Manne
Autre moment fort de l'Exode (chapitre 16), où le peuple manque de nourriture durant la traversée du désert de Sîn et regrette d'avoir quitté l'Égypte si opulente. Yahvé intervient auprès de Moïse en lui promettant de fournir des cailles le soir même, et de leur donner leur pain quotidien : 4 “Voici que du ciel je vais faire pleuvoir pour vous du pain. Le peuple sortira et ramassera chaque jour ce qu'il faut pour le jour.”13 “Or, le soir, montèrent les cailles, qui couvrirent le camp, et le matin il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée se fut élevée, voici qu'à la surface du désert il y avait quelque chose de menu, de granuleux, de menu comme le givre, sur la terre. A cette vue, les fils d'Israël se dirent l'un à l'autre : “Mân hou ?” (qu'est-ce que cela ?) Car ils ne savaient pas ce que c'était.”
Le Tintoret l'a représentée sous la forme d'hosties blanches qui tombent du ciel, où l'on aperçoit Yahvé penché vers le peuple qui a tendu une grande nappe pour les recueillir. Sous cette nappe, des hommes allongés sur le sol auprès de leur bétail, le visage tourné vers le ciel. Tous les autres ramassent la manne, ou tendent leur corbeille vers le ciel.
Au premier plan, l'homme qui lève sa corbeille à gauche et Moïse qui montre la manne à droite, guident notre regard et nous font participer à la scène : on lève à nouveau les yeux vers la manne… qui tombe du ciel où se trouve Yahvé.En nous faisant passer habilement d'une vision rapprochée à des visions plus lointaines, Le Tintoret donne du mouvement à la scène qui se déroule sous nos yeux. Ainsi, le phénomène se répète et continue sans cesse, comme il a continué durant toute l'Exode, et comme il s'est répété au moment de la Cène avec Jésus.
Le Tintoret nous rappelle ces évènements extraordinaires de l'intervention divine dans l'histoire de l'humanité, en les illustrant par des oeuvres pleines de vie. On dirait des “arrêts sur image” qui saisissent l'instant surnaturel où l'éternel entre en contact avec le temporel, où l'Esprit éclaire et nourrit la vie de l'Homme pour le soutenir dans sa quête du salut depuis que le péché originel l'a chassé du Paradis
La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Le Péché Originel
Le récit yahviste de la Genèse (chapitre 2) nous dit : 7 “Yahvé Dieu façonna l'homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant.” 8 “Yahvé Dieu planta le jardin en Eden, à l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait façonné.”Mais Dieu pose une restriction à ce pouvoir et à cette libre jouissance : 16 “De tous les arbres du jardin tu peux manger, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras sûrement.”
La scène du Péché Originel nous montre le moment précis où le couple primordial est sur le point de céder à la tentation de transgresser l'interdiction divine. Adam et Eve sont nus, assis sous un arbre ; la lumière éclaire le visage et le corps d'Eve qui tend le fruit défendu à Adam dont toute la moitié gauche du corps est déjà dans l'ombre, et dont l'attitude semble traduire l'hésitation et l'angoisse. L'aiguillon de la curiosité et le vertige de l'angoisse sont présents à l'instant même où ils décident de perdre leur innocence et de défier Dieu ; et cette décision est un acte de la volonté qui amorce la chute : ils sont entrain de perdre leur innocence en prenant conscience de la gravité de leur geste.
L'ombre de la mauvaise conscience envahit le corps d'Adam pendant l'action qui se déroule sous nos yeux.
Désormais ils savent que par la connaissance du bien et du mal, ils seront autonomes et libres, mais entièrement responsables de leurs actes.Le premier péché est à l'origine de la chute dans un monde hostile où l'insouciance de l'innocence a disparu : à partir de cet instant l'homme est seul juge, mais il devra assumer toutes les conséquences de ses choix. Ainsi commence l'histoire des hommes, où les justes se sépareront des pécheurs qui choisissent le mal et qui seront punis !
Cette œuvre apparaît bien comme une introduction au programme de décoration de San Rocco illustrant la quête du salut de l'Humanité.
Le sacrifice d'Isaac
“Puis Abraham étendit la main et prit le couteau pour immoler son fils…” (Genèse 22, verset 10) C'est l'affreux moment où Abraham s'apprête à tuer son fils Isaac pour prouver sa foi en Dieu : Abraham domine la scène de toute sa puissante stature, ayant posé sa main gauche sur les épaules de son fils qu'il maintient plié en deux sur le tas de bois de l'holocauste, quand l'Ange intervient juste à temps pour empêcher le geste de son bras qui tient un couteau. Telle fut la terrible épreuve de la foi pour un homme qui se trouva dans la situation la plus absurde et la plus cruelle que l'on puisse imaginer : Dieu lui demandait de sacrifier l'être qu'il aimait le plus au monde, son fils que Dieu lui avait donné ! Le Tintoret semble bien avoir fait la relation entre Abraham, qui était prêt à sacrifier son fils pour l'amour de Dieu, et le Christ qui s'est sacrifié pour l'amour des hommes.
L'échelle de Jacob
Jacob se repose après une longue journée de marche : Genèse chapitre 28.“Prenant une des pierres du lieu, il en fit son chevet et se coucha en ce lieu.Il eut un songe : voilà qu'une échelle était dressée à terre et son sommet touchait le ciel, et voilà que des anges montaient et descendaient. Et voilà que Yahvé se tenait debout près de lui.” Jacob est endormi, son bâton de pèlerin à la main et une joue appuyée sur le rocher qu'il a trouvé pour se reposer. Derrière cet homme qui dort bien inconfortablement dans ce lieu sans nom, s'ouvre la porte du ciel : un immense escalier occupé par des êtres célestes monte à l'infini dans la lumière, jusqu'à la lointaine et minuscule silhouette de Yahvé. Le Tintoret nous présente l'irruption du surnaturel dans la banalité. En forçant sur la perspective, il nous donne une vision de l'infini qui sépare l'homme du Dieu omniprésent qui veille sur lui et qui lui offre
L'adoration des bergers
Voici qu'une étable et sa réserve à foin placée au-dessus des animaux se trouve remplie de gens venus de toute la campagne. C'est ici que selon les indications de l'Ange, ils ont trouvé le nouveau-né, le Christ sauveur ! En bas, l'activité des personnes du premier plan tranche avec la quiétude indifférente des animaux domestiques qui occupent l'entresol du fond.Un coq picore dans la paille devant une vache couchée, un paon est perché sur le manche d'une fourche accrochée au mur. Pendant ce temps, les bergers visiteurs déballent joyeusement leurs présents qu'ils transmettent aux deux femmes au-dessus d'eux, pieusement agenouillées devant la Vierge qui leur dévoile l'enfant. En bas, la lumière naturelle qui pénètre par l'entrée souligne les belles couleurs du coq et du paon ainsi que celles des vêtements des bergers pleins de vie. En haut, une lumière surnaturelle tombe directement du ciel à travers les poutres du toit sur Marie et son bébé, sur le visage de Joseph assis près de Marie, et sur les deux jeunes femmes aux paupières baissées. Par une audacieuse superposition, cette œuvre magnifique illustre un évènement exceptionnel et incroyable : la naissance du divin enfant dans la plus grande simplicité.
La Tentation du Christ
Le Tintoret a choisi de montrer la première tentative du diable pour détourner le Christ de sa mission d'homme de Dieu : Après son baptême, Jésus s'était retiré dans le désert, tout comme Moïse était resté quarante jours et quarante nuits sur la montagne. “Et après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, finalement il eut faim. Et, s'avançant, le tentateur lui dit: "Si tu es le fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains.” Répondant, il dit : “Il est écrit que ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort par la bouche de Dieu.” Evangiles de : Luc 4 ; Matthieu 4 La scène représente Jésus en haut et à droite du tableau, assis sous un abri de planches, entrain de se pencher vers la gauche pour répondre au démon au visage tendre qui le regarde si gentiment et qui lui tend deux belles pierres, rondes comme des pains. Il offre ses cailloux comme le ferait un enfant innocent à un magicien. Le visage émacié entouré de lumière et l'attitude sereine de Jésus, illustrent en même temps sa fatigue physique et sa force spirituelle face à la tentation. Tentation offerte par ce bel hermaphrodite aux biceps ornés de bracelets et dont le vêtement, assorti à ses ailes roses, ne couvre plus que les hanches et les cuisses. La malice du démon invente toutes les ruses pour exploiter la moindre faiblesse, dès qu'elle se manifeste. Le mal peut se déguiser en sollicitude. Pourtant, c'était les miracles accomplis par Jésus qui avaient convaincu la foule qui le suivait, et qui voyait en lui l'Elu de Dieu capable de la soulager de tous les maux.
La Multiplication des Pains et des Poissons
Evangiles selon : Jean 6, v. 1-13. Et : Marc 6, v. 31-34. Luc 9, v. 10-17. Matt. 14, v. 15-21. En bas du tableau, les corps épuisés et affamés des nombreux fidèles qui suivent Jésus comme un troupeau suit son berger. A leur droite, au pied de la colline, un homme apitoyé (Le Tintoret ?) les observe. De là, il nous guide en suivant la ligne sombre de la colline ; et nous voyons des femmes qui allaitent parmi la foule colorée des fidèles confiants. Tous attendent calmement sous la lumière jusqu'au sommet, où se trouvent Jésus et ses disciples. Deux d'entre eux sont en pleine conversation, sans doute ceux qui conseillèrent à Jésus de renvoyer ces gens afin qu'ils achètent leur nourriture dans les villages voisins ! Entre Jésus et André, le jeune homme avec la corbeille contenant les cinq pains et les deux poissons qui vont miraculeusement rassasier une foule de cinq mille personnes. La Multiplication des pains est sans doute un modèle de partage et de charité pour les membres de la Confrérie de San Rocco.
La Piscine Probatique
Cette œuvre illustre une des nombreuses guérisons de malades accomplies par le Christ. Ici il s'agit de la guérison d'un malade à la piscine de Jérusalem, un jour de sabbat. Jean 5, v. 1-8 Autour du bassin, un grand nombre d'hommes et de femmes à demi nus attendent le bouillonnement de l'eau. Ils sont prêts à s'y jeter dès qu'elle sera agitée par l'Ange du Seigneur pour être guéris, comme il est dit dans l'Evangile : “Or il est à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine appelée en hébreu Bézatha, qui a cinq portiques. Sous ceux-ci gisaient une multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de perclus qui attendaient le bouillonnement de l'eau.” Au premier plan, un homme emporte dans ses bras une sorte de matelas roulé.
Il s'agit du paralytique que personne n'aidait à se jeter en premier dans l'eau, afin qu'il puisse guérir lui aussi. Jésus a remarqué sa détresse et lui a dit : “Lève-toi ! Emporte ton grabat et marche.”Et voici qu'il s'empresse de faire ce que Jésus lui demande. Derrière cet homme, des femmes. Allongée sur les genoux de sa mère qui sollicite l'aide du Christ, une jeune malade souffre terriblement. Il se penche vers elles, plein de douceur et de bienveillance, et la jeune femme sera guérie ! Tout ceci se déroule à l'ombre d'une treille qui apporte du naturel et de la sérénité à la scène présente. Mais juste derrière le portique, au fond du tableau, on aperçoit un groupe d'hommes qui observent Jésus : il s'agit des Juifs qui témoigneront contre lui en disant qu'il a transgressé les interdits du Sabbat, qui doit être un jour de repos absolu. Ce miracle, accompli un jour de Sabbat, fera partie des chefs d'accusation de l'impiété de Jésus, pour le condamner à mort.
Tintoret la Dernière Cène
Ici Le Tintoret a procédé de la même manière que dans “l'échelle de Jacob” : il a amplifié la perspective pour augmenter considérablement la profondeur de la pièce, où Jésus partage son dernier repas avec ses disciples. Au premier plan, deux pauvres ayant reçu l'aumône sont assis devant les deux marches de l'entrée. Le chien reste fidèlement entre ses deux pauvres maîtres tout en surveillant les convives, espérant sans doute qu'on lui donne encore quelque chose à manger. Derrière eux, un intérieur immense : la grande salle occupée par les convives, suivie d'un escalier qui donne accès à d'autres pièces au fond, où s'activent les domestiques du maître de maison. La scène du premier plan est plutôt naturelle et réaliste. De même pour les serviteurs qui s'affairent dans les cuisines. Et s'ils paraissent bien empressés, c'est parce qu'il s'agit d'un repas de fête, celui de la Pâque juive. La lumière pénètre dans l'immense demeure en deux endroits à la fois : par l'entrée au premier plan, et par le fond à droite de l'escalier qui sépare les convives des serviteurs.
Entre les deux, le clair obscur de la salle à manger, dont la diagonale de la perspective poussée à l'extrême allonge considérablement la table rectangulaire et la présente de trois quarts. Ainsi, même si la taille des convives diminue rapidement, nous pouvons bien voir l'attitude de chacun d'entre eux. A l'extrémité la plus proche le plus grand des apôtres est à genoux, et son vêtement rouge entièrement éclairé souligne son attitude perplexe : Jésus vient d'annoncer que l'un d'eux, ici présents, le trahira ! Les autres s'interrogent, se regardent, et discutent entre eux. Inquiétude, tristesse et consternation… A l'autre extrémité, au fond, Jésus paraît minuscule. Mais on le reconnaît immédiatement par la lumière intense autour de la tête de celui qui donne le pain en disant : “Ceci est mon corps”. La Pâque de la Dernière Cène est entièrement nouvelle : elle ne commémore pas seulement le dernier repas avant la libération de l'esclavage en Egypte, et l'Alliance avec Jahvé ; elle annonce la rémission de tous les péchés et le salut par le sacrifice de Jésus, et la Nouvelle Alliance de la foi chrétienne. Elle ouvre ainsi une nouvelle perspective, qui ne sera pas admise par tout le monde ! La profondeur du mystère de l'Eucharistie est habilement révélée par cette perspective irréelle et surprenante.
La Prière dans le Jardin des Oliviers
En bas à gauche du tableau, une colonne de soldats guidés par Judas s'approche furtivement pour arrêter Jésus, pendant que ses disciples dorment profondément au lieu de veiller et de prier pour ne pas céder à la tentation d'abandonner leur maître. Au dessus d'eux, Jésus transpire le sang et implore son père de lui épargner les souffrances qui l'attendent. Elles sont symbolisées par la coupe d'amertume que lui tend l'ange venu l'assister. Derrière l'ange, le feu d'une lumière quasi solaire éclaire la coupe, touche la tête du Christ et tombe sur les disciples endormis.
Cette puissante lumière tranche avec la lueur blafarde qui révèle la proximité des silhouettes fantomatiques des soldats, qui se cachent dans les ténèbres. L'irréalité d'un tel voisinage traduit l'absolue différence entre la pureté du Christ incarnant parfaitement l'amour du prochain, et l'imperfection naturelle des hommes. C'est une superposition de deux mondes radicalement différents. Cette œuvre souligne l'intensité du combat intérieur et la solitude totale du Christ qui doit se sacrifier pour sceller la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes. On y retrouve les éléments de l'Evangile de Luc 22, versets 41 à 47.
La Résurrection du Christ
“Et voilà qu'il y eut une grande secousse ; car l'Ange du Seigneur était descendu du ciel et, s'avançant, avait roulé la pierre, et il était assis dessus. Son aspect était comme l'éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent secoués et devinrent comme morts.” Évangile selon St. Matthieu, ch.28, 1-8. Le Christ jaillit d'un feu si intense, qu'on le croirait poussé hors de terre par un volcan ! La secousse est ici telle que les quatre anges semblent retenir la pierre tombale qu'ils commençaient à retirer. Le corps glorieux du Christ apparaît, calme et serein, la main gauche tenant un étendard et la main droite prête à donner la bénédiction. Ce corps, à la fois puissant et léger, s'oppose aux corps lourds de sommeil des gardes couchés dans les ténèbres. Le feu de l'Esprit divin est montré comme une force capable de bousculer la sombre inertie de la matière terrestre.A gauche du tableau, on remarque les deux femmes qui s'approchent en discutant sous le ciel de l'aube ; elles auront la surprise de découvrir le tombeau vide gardé par l'Ange chargé de leur annoncer la bonne nouvelle.
Pianta le Jeune - La Fureur
Les Sculptures sur bois de Francesco Pianta Le Jeune (Francesco Pianta il Giovane)
Le travail titanesque du Tintoret ne doit pas nous faire oublier les superbes sculptures sur bois de Francesco Pianta Le Jeune qui décorent la partie inférieure des murs de la Salle du Chapitre. Elles font référence à l'Iconologia de Cesare Ripa, publiée en 1593, qui inspira les artistes baroques. Le travail de Pianta Le Jeune date de 1665. A droite du grand escalier, on aperçoit une statue de Mercure tenant un rouleau de parchemin où sont inscrits les thèmes des sculptures qui décorent les murs de la Salle du Chapitre.
Mercure le messager nous présente la liste des vices et des vertus, auxquels s'ajoutent les arts libéraux comme la sculpture, la peinture, la musique, la rhétorique et la poésie… Et nous invite à la méditation par l'observation attentive des sculptures de Pianta Le Jeune.
A gauche du grand escalier quatre caryatides entourent deux à deux leur mère l'Abondance, que Pianta a représentée ironiquement sous la forme d'un vieil homme décharné, la bouche entrouverte et le torse nu, avec une ficelle nouée autour de la taille et des fruits sur le bas du ventre.
En se déplaçant à partir de la droite de la porte d'entrée de la salle de l'Albergo, on découvrira toute la série des sculptures qui longent les murs : La Ruse. Un guerrier casqué plein de courage, avec une chaîne sur la poitrine (siège du cœur, et donc de l'amour et du courage chez les anciens), signifiant que le courage n'est rien sans l'intelligence et la ruse du stratège.
Un guerrier regarde son voisin (Ruse). Un serpent s'enroule autour de son torse, lui mord la poitrine et l'empoisonne. D'où la perversité de ses sentiments : jalousie et méchanceté, accompagnées de la médisance.
Sous les deux fenêtres, les trois vertus théologales :
La Foi, jeune femme voilée portant un calice, L'Espérance entourée de feuilles de pêcher (qui symboliserait l'immortalité), et La Charité avec un enfant dans les bras et un autre agrippé à ses jupes.
Entre les deux fenêtres, on aperçoit l'incarnation même de la Force : Hercule, le demi dieu.
La Mélancolie. Un homme sans âge au regard vide, avec les mots suivants : “In ogni suo pensier, rimira il fine”, c'est-à-dire : il scrute le fond de chacune de ses pensées.
A ses pieds, un soufflet pour attiser la flamme qui brûle dans une vasque : le mélancolique attise lui-même la flamme qui le consume.
L'Honneur. Un jeune homme torse nu, avec pour tout vêtement une chaîne et une couronne de lauriers. On peut lire le proverbe suivant : “Chi per honor impresta il suo denaro, di corona trofei altro son chiaro”.
L'Avarice. Un homme avec son encrier, ses livres de comptes et son argent. L'avarice, ou le désir effréné de possession.
L'Ignorance. Un homme aux traits grossiers et le crâne rasé, avec un sac (sans doute plein d'erreurs, de superstitions et de préjugés), et une tête d'âne à ses pieds.
La Science. Un vieux savant plongé dans sa lecture, entouré de livres.
La Colère. Un jeune homme aux yeux bandés et au visage crispé, entouré d'armes.
Scandale et Scrupule. Un homme partagé, qui ne sait s'il pourra révéler ce qu'il sait, ou faire quelque chose de grave, sans regretter d'avoir provoqué un scandale.
Le tamis. Pour trier le bien du mal, le pour du contre, et sa main gauche amputée, tels sont ses handicaps pour passer à l'acte.
Plaisirs honnêtes. Ou les loisirs de “l'honnête homme” plein de science et de raison, amateur de musique et de bon vin : in vino veritas ! A ne pas manquer:
Pianta le Jeune - Le Peintre (Tintoret)
La Bibliothèque.Véritable chef-d'œuvre d'imitation, à tel point qu'on serait tenté d'extraire l'un de ses livres pour le consulter. La plume et l'encrier dans le petit réduit donnent l'impression qu'ils servent encore. Parfaite illusion !
La Curiosité ou l'espion.Un Anonyme caché sous sa cape avec un chapeau aux larges bords rabattu sur son visage, affublé d'objets qui symbolisent son efficacité et sa vivacité pour savoir ce qui se passe partout, à toute heure du jour et de la nuit. L'espion vénitien du XVIIe siècle ! Le Peintre. Ce serait un portrait de Jacopo Tintoretto, il est placé juste en face du grand escalier. Il observe son sujet et paraît extrêmement concentré, écartant le pouce et l'index de sa main droite posée sur une feuille. Les pinceaux et les couleurs du maître sont déjà prêts. A côté de l'autel deux tableaux du Titien : Dieu et les anges et surtout L'Annonciation. Ainsi que Le Christ portant la croix, qui fut attribué à Giorgione. Dès 1582, Le Tintoret s'était déjà remis au travail pour réaliser les grandes compositions sur toile destinées au cycle marial de la salle du rez-de-chaussée. La première serait L'Adoration des Rois Mages, et la dernière installée fut La Circoncision.La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Tintoret L'Annonciation. La salle du rez-de-chaussee
“Et, entrant chez elle, il dit : “Salut, comblée de grâce ! Le Seigneur est avec toi.”A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit: "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et voici que tu concevras et tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.” […] Marie dit : “Je suis l'esclave du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole !” Evangile selon Luc I, 26-38. La Vierge Marie, absorbée par ses travaux domestiques, est à la fois surprise et effrayée par l'ange Gabriel et ce tourbillon de chérubins précédés d'une colombe (symbole du Saint Esprit) qui fondent sur elle comme un courant d'air !
La lumière et la force de l'Esprit pénètrent comme par effraction dans cette maison dominée par le calme et la sérénité : dehors, des outils de menuiserie accrochés au mur, et Joseph absorbé par son travail qui ne voit pas ce qui se passe chez lui.
Chaque élément de la scène est représenté avec beaucoup de réalisme, pourtant elle est pleine de poésie, parce qu'elle est purement imaginaire : avec sa colonne en brique à moitié en ruine, la maison du simple menuisier étonne par son mélange de luxe et de pauvreté. La corbeille et la chaise en paille à moitié usée, le sol carrelé et la table contrastent avec le grand lit à baldaquin et le plafond dignes d'un palais ; mais il faut se rappeler que Joseph est un descendant du roi David !
L'Adoration des Rois Mages
“A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie.Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, les lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe.”Evangile selon St. Matthieu ch.2, 10-12.Au premier plan à gauche du tableau, Joseph est debout au pied de l'estrade et regarde la scène. Près de lui, une jeune femme à genoux dont le visage ne dépasse pas le niveau du plancher au pied de Marie, attend humblement avec son panier près duquel on aperçoit un couple de colombes.
Par un subtil mélange de somptuosité et de simplicité, Le Tintoret nous offre une très belle mise en scène de l'hommage rendu par les rois mages à l'enfant Jésus. Un intérieur modeste visité par des têtes couronnées apportant de riches cadeaux à l'enfant de la maison. Mais ces rois sages ont reconnu en lui leur pair et leur supérieur spirituel. Tout près de Jésus, un roi plein de noblesse portant un magnifique turban d'où pointe une couronne d'or, s'incline respectueusement en donnant son offrande.
Un autre, à genoux et vêtu d'un long manteau d'apparat, a déposé sa couronne sur le plancher de l'espèce de rehaussement où Marie et Jésus sont installés. Derrière eux, un roi noir s'approche pour honorer Jésus avec la même ferveur que ses deux prédécesseurs. Son visage est tourné vers l'extérieur plein de lumière, où on aperçoit un cortège de cavaliers en armes qui bougent et qui piaffent au rythme des coups de pinceaux de leur créateur, Jacopo Tintoretto !
La Fuite en Egypte
“Quand ils se furent retirés, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et dit : Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te le dise ; car Hérode va chercher l'enfant pour le faire périr.”Ev. Selon St. Matthieu ch. 2, 13-14. Joseph et Marie fuient la colère d'Hérode en évitant les zones habitées. Ils font une halte dans un endroit boisé qui les dissimule aux éventuels regards.
Et, en dépit de la beauté lyrique de ce paysage qui nous montre tout le charme de la vie campagnarde, ces personnages vaquant si tranquillement à leurs occupations pourraient renseigner leurs poursuivants.
Une douce lumière éclaire une succession de plans, et révèle ainsi une grande profondeur de champ qui souligne la solitude et la vulnérabilité de cette famille menacée. La lumière met aussi en évidence le sérieux et le sens des responsabilités de Joseph, qui paraît âgé avec son crâne chauve et sa barbe blanche entourant son visage de patriarche. Et la jeune Marie, portant une belle robe rouge sous son grand manteau, est assise sur le dos de l'âne fatigué et tient dans ses bras son précieux bébé qu'elle contemple avec amour. Par terre à côté d'eux, un bâton de pèlerin avec un simple baluchon et une gourde de voyage pour tout bagage.
Le Massacre des Innocents
Voyant que les mages s'étaient bien gardés de lui faire savoir où se trouvait Jésus, Hérode envoya tuer tous les enfants âgés de deux ans et en dessous qui vivaient dans son royaume, pour être sûr de ne pas manquer le roi des Juifs. Le massacre des innocents est montré ici dans toute son ampleur et toute son horreur par cet enchevêtrement de corps qui se tordent et se débattent dans tous les sens. Toutes ces femmes, qui protègent leurs petits en les serrant dans leurs bras et en luttant de toutes leurs forces contre la férocité des bourreaux qui les pourchassent de partout, ne pourront malheureusement pas les soustraire à leur funeste destin. Comme ces malheureuses, le regard espère vainement trouver un endroit échappant à cette fureur mortelle, hélas, il est piégé ! Par cette violence qui se déchaîne sur la place, où s'accumulent ses nombreuses victimes, sur le rempart, sous le portique, et jusqu'aux portes de la ville, où la traque continue sous la forme de silhouettes très animées. Aucun enfant ne pourra échapper à un tel fléau. Ici encore, l'exagération de la perspective agrandit la scène et lui donne la dimension d'un combat épique contre le Mal qui tue les innocents.
Tintoret La Circoncision - Détail
Comme tous les enfants juifs, Jésus fut circoncis huit jours après sa naissance : la circoncision est le signe de l'alliance avec Dieu depuis l'époque d'Abraham, (Genèse, II, 17). La Circoncision, livrée en 1587 par le Tintoret, est sa dernière œuvre pour la Salle du Rez-de-chaussée. Les critiques s'accordent pour dire que Domenico, le fils du Tintoret, et les peintres travaillant dans son atelier auraient participé à sa réalisation. Ce qui lui aurait fait perdre la vivacité du trait et l'éclat des couleurs qui caractérisent le travail du maître. Cependant, le caractère solennel de ce sacrement est bien rendu par les attitudes des personnages, un peu trop figés dans leurs rôles respectifs. La richesse des vêtements du vieux prêtre entouré de ses assistants pleins de respect, ainsi que la dignité des nombreux témoins donnent l'impression d'assister à un baptême royal.
Bien évidemment, nous n'avons pas décrit toutes les œuvres présentes à la Scuola di San Rocco qui n'est pas un simple musée, puisque cette Confrérie est toujours en activité.
A droite de l'entrée de la salle du rez-de-chaussée, vous apercevrez la Salle du Guardian da Matin, où se trouve la précieuse Mariegola avec sa belle couverture rouge ornée d'une gravure dorée représentant deux Frères priant à genoux aux pieds de San Rocco. La Mariegola est la Charte de la Scuola qui contient les règles auxquelles doivent obéir tous les membres de la Confrérie, qui compte aussi des femmes. La Confrérie compte des Frères de Dévotion et de Discipline et des Frères Capitulaires. Les quinze membres de la Chancellerie sont sélectionnés parmi les Frères Capitulaires. La chancellerie se réunit dans la petite salle à droite du chœur de la Salle du Chapitre, sous la présidence du Guardian Grande, assisté du Guardian da Matin. Les Frères occupant les six premiers postes de la Chancellerie dirigent la Banca, qui se réunit dans la Sala dell'Albergo.
Puis retour par le pont RIALTO.
M 21 Place saint Marc et basilique.
Remonter en direction du Campo santa maria formoza P199. Puis le Campo santi giovanni e paolo P201. La basilique est à voir :
Dans la chapelle del Rosario, une oeuvre de Véronèse, l'Annonciation (1565-1571) et la Crucifixion, du Tintoret. Au plafond, une multitude de sculptures. En 1867 on y ajouta le Martyre de Saint Pierre, du Titien, qui était l'oeuvre la plus précieuse de l'église. Mais détruite par un incendie, elle est remplacée par une excellente copie. En 1913, on y transféra également une oeuvre de Véronèse provenant d'une église détruite, afin d'augmenter les richesses de ce superbe exemple d'une grande église de la Renaissance.
Les relations des Dominicains avec le gouvernement vénitien étant des plus étroites, et les contacts avec les représentants du pouvoir étant les meilleurs, l'église San Giovanni e Paolo devint le lieu officiel de sépulture des Doges. Vingt cinq Doges y reposent pour l'éternité. C'est un véritable Panthéon. Les mausolées, les sarcophages, sont l'oeuvre de grands artistes sculpteurs.
Les bas-reliefs, les ciselures, expriment tous les styles gothiques et Renaissance les plus talentueux.
Puis le couvant San francisco della vigna P203. Le musée naval est gratuit avec la carte musée P205. Ballade via Garibaldi P206. Et visite des deux petites îles San pietro di castello et Sant’elena.
Retour par Campo bandiera e moro o san giovanni della bragora P205.
Chiesa santa maria della pietà et Chiesa san zaccaria.
Palazzo Danielli P204.
Riva degli schiavoni P203.
Retraverser la place Saint Marc puis Chiesa Santa maria dell Fava P152 puis Fondation dei Todeshi P152 qui est vers le pont Rialto puis aller le quartier de La Fenice P152.
Chiesa San Stefano P154, Campo San Maurizio, Théatro la Fenice et enfin Chiesa Moise P152.
Le Titien - Tiziano Veccellio : L'Assomption de la Vierge
L'une des œuvres les plus magnifiques et les plus connues du Titien est L'Assomption de la Vierge, qui inspira à Richard Wagner ses “Maîtres Chanteurs”, tant la vue du tableau l'avait bouleversé.
C'est le 19 mai 1518 qu'est installé le retable de l'Assomption de la Vierge dans l'église des Frari.
Ce tableau est une véritable révolution religieuse : L'assomption est un tableau qui éclate de couleurs, de vie, loin des poncifs jusque là respectés en matière de peinture religieuse : oubliées les références à la mort et à tous les tombeaux et autres lamentations en tout genre !C'est une Vierge joyeuse, entourée d'anges émerveillés et devant des apôtres tout aussi remués que la Vierge monte vers Dieu en tant que reine du ciel.
La portion supérieure, qui est cintrée, représente le paradis, la gloire, pour parler comme les Espagnols dans leur langage ascétique; des collerettes d'anges, noyés et perdus dans un flot de lumière à d'incalculables profondeurs, étoiles scintillantes sur la flamme, pétillements plus vifs du jour éternel, forment l'auréole du Père qui arrive du fond de l'infini, avec un mouvement d'aigle planant, accompagné d'un archange et d'un séraphin dont les mains soutiennent la couronne et le nimbe. [...]
Une puissance sans borne, une jeunesse impérissable font rayonner cette face à barbe blanche qui n'a qu'à se secouer pour en faire tomber la neige des éternités: depuis le Jupiter olympien de Phidias, jamais le maître du ciel n'a été représenté plus dignement. Le milieu du tableau est occupé par la Vierge Marie, qui soulève, ou plutôt qu'entoure une guirlande d'anges et d'âmes bienheureuses, car elle n'a pas besoin d'aides pour monter au ciel; elle s'enlève par le jaillissement de sa foi robuste, par la pureté de son âme, plus légère que l'éther le plus lumineux. Il y a vraiment dans cette figure une force d'ascension inouïe, et, pour obtenir cet effet, Titien n'a pas eu recours à des formes grêles, à des draperies fuselées, des couleurs transparentes. Sa Madone est une femme très-vraie, très-vivante, très-réelle, d'une beauté solide comme la Vénus de Milo ou la Femme couchée de la Tribune de Florence. Une draperie ample, étoffée, voltige autour d'elle à plis nombreux; ses larges flancs ont pu contenir un Dieu. […] Et pourtant, rien n'est plus célestement beau que cette grande et forte figure dans sa tunique rose et son manteau d'azur; malgré la volupté puissante du corps, le regard étincelle de la plus pure virginité. Dans le bas du tableau, les apôtres se groupent en diverses attitudes de ravissement et de surprise habilement contrastées. Deux ou trois petits anges, qui les relient à la zone intermédiaire de la composition, semblent leur expliquer le miracle qui se passe. Les têtes d'apôtres, d'âges et de caractères variés, sont peintes avec une force de vie et une réalité surprenantes.Les draperies ont cette largeur et ce jet abondant qui caractérise en Titien le peintre à la fois le plus riche et le plus simple. […]
Les cheminées de Venise
Les cheminées de Venise les plus spécifiques sont dites "à cloche renversée", c'est-à-dire qu'elles se terminent en tronc de cône inversé. Certaines ne sont plus coniques, mais + ou - parallépipédiques. Elles fonctionnent selon le même principe. Autrefois, on se chauffait au bois ou au charbon. Les étincelles et escarbilles montaient facilement par la cheminée et retombaient sur les maisons ou les toits. Et les incendies étaient nombreux et souvent dévastateurs. D'où cette forme particulière de cheminée, dont le système interne entravait et refroidissait les étincelles et escarbilles. C'est d'ailleurs le même principe qui fonctionnait sur les vieilles cheminées de train à charbon. Venise comptait de trés nombreuses cheminées typiques, le cône était souvent décoré de fresques ou de frises, et qui ont malheureusement étaient détruites en grand nombre et remplacées par des édifices plus communs. Elles sont typiques de Venise même, bien qu'on en trouve quelques autres en Vénétie, là où les riches vénitiens avaient fait construire leurs demeures.
La forcola
La forcola est une pièce de bois aux formes torses, faites de 8 échancrures, plantée à tribord de la gondole et qui reçoit la rame. Elle est constituée de noyer, cerisier poirier, pommier ou érable. Les "morsi", les 8 échancrures arrondies, sont utilisés chacun pour une manœuvre précise (poussée avant, poussée arrière, frein, virage, rotation sur place). Les "forcole" sont taillées sur mesure par rapport au gabarit du gondolier.
Elles ont des formes trés diverses, selon la nature de la barque et sa distination.
Domenico Selvo, doge de Venise, avait épousé en 1077 Teodora, sœur d'Alessio, empereur d'Orient. C'est la dogaresse qui introduisit l'usage de la fourchette, car elle ne portait jamais la nourriture à sa bouche avec les doigts. La fourchette était alors en or. Hélas pour elle, ce ne fut pas sa seule excentricité. Ce n'est que plus tard que l'usage de la fourchette conquit Florence et seulement vers 1379 qu'elle fût introduite en France.
Le Titien Tiziano Vecellio (ou Tiziano Vecelli) 1488-1576
Titien dont le véritable nom était Tiziano Vecelli, a illuminé l'art italien de la Renaissance. Peintre de génie qui qualifiait ses peintures de “poèmes”. Et quels poèmes, quel artiste ! Portraits profonds, Venus émouvantes et Vierges déifiées, lumière et couleur, rouge de préférence pour cet artiste qui a aussi bien représenté la chair que l'âme. Titien : Le Peintre de la Vie Universelle.
Toute la peinture de Titien est là, après elle toute la peinture de Venise, après la peinture de Venise toutes les peintures vivantes qui verront les couleurs se pénétrer, les reflets jouer sur les surfaces, les ombres transparentes se colorer, un ton ne se répéter jamais identique à lui-même, mais imposer sa domination par des rappels discrets qui éveillent dans l'oeil des vibrations voisines, la vie lumineuse du monde faire une symphonie spontanée où pas une palpitation ne naîtra de sa substance sans qu'on puisse en trouver la cause et en chercher l'effet dans toute son étendue. »
A Venise, il habitait Campo del Tiziano, aux numéros 5181/5182.
Titien le retable de Saint Marc
Le retable de Saint Marc à Santa Maria della Salute. Titien peint en 1510 le retable de “Saint Marc entouré de Saint Côme et Saint Damien, Saint Roch et Saint Sébastien” qui se trouve aujourd'hui dans l'église Santa Maria della Salute. Cette commande fait suite à la grande épidémie de peste afin de célébrer l'aide apportée par les institutions religieuses mais aussi le gouvernement vénitien dans cette difficile période de l'histoire de Venise. C'est l'un de ses premiers retables.
Élève de Giovanni et Gentile Bellini mais aussi de Giorgione
Titien a lui-même appris et enrichi sa palette auprès de l'un plus grands peintres vénitiens de l'époque : Il se forme dans les ateliers de Giovanni et de Gentile Bellini dans sa jeunesse puis avec Giorgione, avec lequel, en tant qu'élève… surdoué, il réalisera la composition de la fresque du “Miracle du Nouveau Né” de la Scuola di Sant'Antonio de Padoue en 1511. Mais par rapport à Giorgione, Titien est le maître de la lumière, de la clarté chromatique, Titien chasse l'ombre si présente dans les tableaux de Giorgione. Finis les volumes ombrés.
Titien ne payait pas d'impôts !
En 1513, Titien est chargé par la Sérénissime de peindre la “Bataille de Spolète” suite à l'incendie qui avait détruit la toile qui commémorait ce haut fait guerrier, réalisée au XIVe siècle par Guariento.
25 ans plus tard, en 1538, la toile est livrée. Titien était-il si lent ? Que nenni, Titien était surtout malin car en échange de la réalisation de cette toile, la Sérénissime s'était engagée à conférer à Titien la charge de “Sensaria” au Fondaco dei Tedeschi. Cette charge était une charge de médiateur qui garantissait des revenus à son bénéficiaire.La fonction consistait essentiellement à l'obligation de superviser la décoration du palais des Doges mais aussi de peindre les portraits officiels ainsi que le tableaux votif de tout nouveau doge.Mais comme ladite charge est encore détenue par le déjà âgé Giovanni Bellini au moment où Titien commence sa toile… il commence donc par prendre son temps pour réaliser sa toile et s'assurer d'être récompensé comme promis ! Pour bien comprendre ce côté malicieux de Titien, il faut savoir que le bougre réussira même par la suite à être définitivement exonéré… d'impôts. De quoi faire rêver nombre d'entre nous ! Mais cela n'explique pas tout puisque Bellini meurt en 1516 et Titien devient alors le peintre officiel de la République. La véritable raison est ailleurs, Titien est en fait plutôt prolifique et peint plusieurs œuvres à la fois : portraits, officiels et privés, venus profanes et vierges sacrées…
Un Bon Vivant
On imagine facilement Titien comme un maître regardant l'humanité du haut du piédestal que ses contemporains lui avaient élevé, mais c'est aussi un homme qui aime la vie et... la bonne chair.
Jacopo Robusti dit Le Tintoret ou Tintoretto (1519-1594)
Tintoret : Le Peintre du Mouvement.
Jacopo Robusti naquit à Venise en 1519. On le surnomma “il Tintoretto”, le petit teinturier, parce que son père était teinturier sur tissus de soie et de velours dans le quartier marchand de la Merceria. Et, si le petit Jacopo admirait les belles couleurs qu'il voyait dans l'atelier de son père, il ne pensait pas pour autant à teindre des tissus de luxe, mais plutôt à peindre de belles fresques sur les murs, comme celles peintes par Le Titien et Giorgione sur les murs du Fondaco dei Tedeschi. Le père ne voulut pas contrarier la vocation de son fils pour le dessin et la peinture. Aussi, après avoir appris le dessin, il fut admis dès l'âge de quinze ans dans l'atelier du célèbre Titien, qui lui promettait un bel avenir. Mais le génie du jeune homme se révéla tel, que le maître finit par le considérer comme un rival ; il le renvoya donc, en lui disant qu'il n'avait plus rien à apprendre de lui.
Tintoret, autoportrait - Le Miracle de Saint Marc délivrant l'esclave.
Si un tel renvoi équivalait à un véritable brevet de maîtrise, il signifiait aussi la privation d'un emploi dans l'atelier d'un maître célèbre où les commandes affluaient. Ainsi, Jacopo Robusti se retrouvait seul avec son talent. Monsieur Robusti père, dont la qualité du travail lui assurait de solides revenus, se sentit piqué au vif par “ce maître orgueilleux qui s'imagine qu'on ne peut pas se passer de lui”. Puisque son fils sait peindre, il lui donnera un atelier avec tout le matériel nécessaire, “et une pension si ronde, que pas un artiste n'aura débuté de la sorte.”
Quelques jours plus tard, Jacopo s'installait à San Luca dans un vaste atelier bien équipé et décoré par lui-même. Délivré de tout souci matériel et entièrement dégagé des obligations envers une école, il était prêt à affronter le défi lancé par Le Titien. Et il se mit aussitôt à l'ouvrage, travaillant la couleur et le dessin, en imitant Le Titien et en s'inspirant de Michel Ange dans une suite d'études sérieuses.
« Il chercha, au contraire, à se faire chef d'une nouvelle école qui perfectionnât celle du Titien et joignit à sa manière ce qui lui manquait. Idée vaste, où l'on reconnaît une grande âme, qui redoubla de courage pour avoir été chassé de chez le Titien, au lieu de le perdre. Forcé par sa fortune actuelle à habiter une chambre extrêmement simple, il y écrivit : “le dessin de Michel-Ange et le coloris du Titien”. Il copiait sans cesse les ouvrages de ce dernier. II s'était procuré, avec une dépense très considérable, les plâtres des statues de Michel-Ange qui sont à Florence ; il les étudiait jour et nuit. Il y ajouta les plâtres de beaucoup de statues et de bas reliefs antiques. Souvent, il dessinait ses modèles à la lumière d'un flambeau pour se procurer des ombres fortes et s'accoutumer ainsi à un grand clair-obscur.
C'est dans le même dessein qu'il faisait des modèles en cire et en terre et qu'après les avoir recouverts de vêtements, avec grand soin, il les plaçait dans de petites maisons qu'il construisait avec des morceaux de carton et des règles de bois. Il plaçait en dehors de sa petite maison une lampe dont la clarté y pénétrait par les fenêtres. Il observait ainsi, en variant la position de ses petits modèles les différents effets de la lumière du soleil. Il suspendait ces mêmes modèles au plafond de sa chambre dans différentes attitudes et il les dessinait ainsi sous divers points de vue pour acquérir la connaissance du sotto-in-su, dans lequel l'Ecole vénitienne était beaucoup moins forte que la Lombarde. Il n'oubliait point l'anatomie et saisissait avidement toute les occasions de dessiner des figures nues dans diverses positions et sous divers raccourcis, pour pouvoir donner un jour à ses compositions la variété de la nature. C'est ainsi que privé de maître, il n'en suivit pas moins la meilleure méthode d'apprendre à dessiner. Il commençait par dessiner les formes de l'antique et l'imagination pleine de ces beaux contours, il dessinait le nu et cherchait à en corriger les défauts.
Le Tintoret joignait à cette excellente méthode d'étudier ce que les historiens appellent le génie le plus terrible qu'ait jamais eu la peinture, une imagination toujours riche en nouvelles idées, un feu qui lui faisait concevoir les plus forts caractères des passions et qui ne le quittait que quand il les avait exprimés sur la toile jusque dans leurs moindres détails. » Stendhal - École de peinture de Venise Au début, Tintoret se fit connaître en exécutant des portraits à la manière du Titien. Il sut aussi se faire apprécier en distribuant ses croquis à ses amis, et en n'hésitant pas à inviter ceux dont le visage lui plaisait à venir poser pour se faire faire gratuitement un portrait ! Cette libéralité lui fit sa publicité, car on se mit à parler de plus en plus de celui que l'on surnommait il Tintoretto. Et on s'aperçut aussi qu'il maîtrisait le style du Titien à un point tel, que certains s'y trompaient… Mais ce n'était là qu'une simple étape dans le travail de cet homme, pour qui vivre et peindre ne faisaient qu'un dans son élan passionné et généreux de création.
Pendant sa jeunesse, son énergie et son besoin de perfectionner sans cesse son art ne se satisfaisaient pas du seul travail en atelier, pourtant considérable. Les moyens et les plaisirs de peindre sous toutes les formes que son atelier ne pouvait lui offrir, il les trouva ailleurs.
Parfois, il aidait les peintres qui peignaient et décoraient les meubles. Ainsi la Suzanne de la maison Barbarigo, où figurent dans un petit espace un grand nombre de petits animaux et toutes les choses qui rendaient un endroit charmant, révèle ses talents de peintre en miniature.
Il lui arrivait également de suivre des maçons qu'il connaissait bien sur leur chantier en “terre ferme”, pour peindre des fresques sur les murs nouvellement construits, sans recevoir aucun salaire. C'était une excellente manière de s'exercer à peindre sur de grandes dimensions.
Les couleurs de Schiavone
Il travaillait aussi avec Schiavone, peintre capable d'imiter magnifiquement les couleurs naturelles, qui lui apprit beaucoup et qu'il considérait comme un grand coloriste.
Cependant, il ajoutait : « Les peintres devraient imiter la couleur de Schiavone, mais ils auraient grand tort de ne pas mieux dessiner que lui. » Il l'imita si bien avec sa Circoncision à l'église des Carmini, que certains l'attribuèrent à Schiavone ! Plus tard, Le Tintoret ne manqua jamais de proposer les services de Schiavone, quand celui-ci ne réussissait pas à obtenir de commandes.
Quand le Tintoret se sentit enfin capable de produire des tableaux de grande dimension répondant à ses exigences artistiques dignes d'un ancien élève du Titien, il offrit ses services aux curés contre le simple remboursement des frais matériels (échafaudage, toile et couleurs).
Sa réputation ne fit que grandir et les commandes affluèrent, si bien qu'à vingt-huit ans il avait peint une trentaine d'œuvres pour les monuments publics et le double de tableaux de dimensions plus modestes, auxquels s'ajoutaient d'innombrables portraits !
Du Mouvement et de la Vivacité. Même dans ses œuvres illustrant des sujets sérieux ou sacrés, on retrouve les visages et les attitudes de ses modèles appartenant au peuple de sa patrie.
Antonio Vivaldi
S'il est une musique qui est à même de révéler toute la magie de Venise, c'est bien celle d'Antonio Vivaldi, riche et débordante de vie, de puissance, de joie aussi. Dénommé le prêtre roux du fait de la couleur de ses cheveux, Vivaldi, comme ce surnom l'indique était prêtre, tout comme Claudio Monteverdi, qui le devint au cours de sa vie et est l'autre "grand" musicien de Venise.
Sublimé et... oublié ! Vivaldi est né à Venise le 4 mars 1678 et mort à Vienne en 1741.
Il avait aussi été directeur artistique du conservatoire de Santa Maria della Pieta, sur la Riva degli Schiavoni, au numéro 4148 dans le sestiere de Castello et sa musique nous enchante encore autant, plus de trois siècles après sa composition. Mais si Vivaldi est le génie aujourd'hui reconnu dans le monde entier, l'un des plus beaux ambassadeurs de Venise, sa musique avait totalement disparu jusqu'en 1933, époque où Olga Rudge, aidée par Ezra Pound, permettra la renaissance de cette musique “ailée”.
Antonio Vivaldi
Et l'oeuvre de résurrection n'était pas une mince affaire : Vivaldi a composé plus de 450 concerts dont le plus fameux, “Les 4 Saisons”, qu'il faut absolument écouter dans l'une des scuole de Venise, soirées magiques au mileu de musiciens en costume d'époque et dans un palais vénitien.
C'est à l'Ospedali de La Piéta à Venise que Vivaldi passa l'essentiel de sa vie musicale en y étant tour à tour violoniste et maître de concert de 1703 à 1740, un an avant sa mort.
Il faut par contre savoir que l'église actuelle de la Pietà n'est pas celle dans laquelle Vivaldi a connu. L'église précédente a en effet été rasée et totalement reconstruite, postérieurement à la mort d'Antonio Vivaldi. Vivaldi a su embrasser la nature d'un regard, d'un souffle musical, enrobant la beauté de la nature d'une envoutante magie.Pour cela, il a crée, avec Haendel et Bach, le concerto à trois mouvements.
Dans son Printemps, on sent la nature renaître, et avec elle, tous les animaux qui respirent, se réjouissent au son du violon. Son Eté est composé d'une musique fertile qui annonce une moisson abondante. Dans son Automne, il fait tomber les feuilles des arbres, pour m'exprimer ainsi, à coups d'archet. Dans l'Hiver son auditoire frissonne, il meurt de froid. Voilà les véritables principes de l'harmonie instrumentale que doit rendre un sujet quelconque ».
A faire aussi les iles une prochaine fois.
A éviter manger vers la place ST Marc.
Faire les musée et le palais dès l'ouverture.
Manger des glaces...
Prendre les tragetto "la gondole du pauvre" mais si pratique!
Bonne visite, bonne balade,
Olivier
http://www.e-venise.com/marine-commerce-venise.htm
Voici les infos dont je me suis servi pour cette escapade à Venise tout loin s'en faut n'est pas des moi...
Déjà nuage oblige ça a été Voiture Lyon Mestre 7h50, puis parking en face de la gare des trains 45E les 5 jours et train juqu'à Venise...Je laisse les infos aéroport qui peuvent aider.
D18 Arrivé à l’aéroport Marco Polo, Venise est à 12 km. Le bus vous dépose à la Piazzale Roma, au nord de Venise et il ne vous reste alors plus qu'à prendre le Vaporetto pour vous rendre à votre hôtel ou marcher si ce n'est pas trop loin. Deux compagnies de transport par autobus sont disponibles pour vous rendre de l'aéroport Marco Polo à Venise: Les Bus ACTV
Si vous utilisez la compagnie ACTV, il faut prendre la ligne N° 5. Le prix du billet par personne est de 1 euro. Par contre, si vous avez une Venice Card, le prix du bus y est déjà inclus. Le billet peut s'acheter directement auprès du chauffeur. Le trajet dure de 30 minutes.
Arrêt des Bus ACTV et ATVO Piazzale Roma à Venise
Les Dimanches et Jours fériés : Depuis l'Aéroport Marco Polo en direction de la Piazzale Roma à Venise 17h40 - 18h10 - 18h40 - 19h10 - 19h40 - 20h10 - 20h40
Pour les Bus ATVO Il vous faut prendre la Ligne 35. Le billet coûte 3 euros, bagages inclus, et s'achète au distributeur situé à l'arrêt des bus ATVO, à la sortie de l'aéroport. (5,5 euros pour le billet aller-retour). Si vous n'avez pas de monnaie, vous pourrez l'acheter directement au chauffeur.
Depuis l'Aéroport Marco Polo en direction de la Piazzale Roma à Venise 17h50 - 18h20 - 18h50 - 19h20 - 20h00 - 20h40.
Puis, prendre le vaporetto 1ou 2 et descendre à l’arrêt San Zaccaria. Remonter vers le nord 500m jusqu’à l’hotel : N32 E3 Foresteria Chiesa Valdese Calle Lunga Maria Formosa CASRELLO Tel 041 528 67 97 P116. http://www.foresteriavenezia.it/foresteria/index.htm
C’est un ancien palais qui appartient à l’église méthodiste de Suisse. Aucun prosélytisme, c’est un hôtel « classique ». Bon hôtel, bon confort, 80E la chambre avec wc/sdb et petit dèj. Copieux et à volonté. La chambre 14 a des peintures au plafond et est à 92E la première nuit et 84E les suivantes.
L19 Sachez qu'il existe une Museum Card à 12 € pour les Musées de la place Saint Marc (valable 3 mois) qui comprend la visite du Palais des Doges, le musée Correr, la Bibliothèque Marciana et le Musée Archéologique. Cette possibilité est offerte du 2 novembre au 31 mars. Du 1er avril au 1er novembre, et pour un euro de plus, soit 13 € au total, la Museum Card devient Carte San Marco Museum Plus, et, en sus des musées accessible par la carte Museum Card à 12 €, vous pourrez en sus visiter un autre des musées Municipaux de Venise, au choix : La Cà Rezzonico, le Palazzo Mocenigo, la Maison de Goldoni, la Cà Pesaro ou le musée du Verre de Murano.
Musée Correr 9h pour être seul.
Le lion de saint Marc
Marc et son attribut, le lion, Chroniques de Nuremberg, 1493
Saint Marc est symbolisé par un lion d'après l'un des premiers versets de son évangile :
« Une voix rugit dans le désert... » — Mc 1,3
Les quatre évangélistes sont représentés sous formes allégoriques du tétramorphe : l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean, le taureau pour saint Luc et le lion pour saint Marc. Cette représentation est inspirée par une vision du prophète de l'Ancien Testament Ezéchiel et par la description des quatre Vivants de l'Apocalypse selon saint Jean.
Le lion symbolisant saint Marc est généralement ailé, ce qui le distingue du lion de saint Jérôme[4].Il faut signaler que le Lion, dit "de" Saint-Marc, fut l'emblème de la République de Venise.
En 828, afin de remplacer saint Théodore, le 11e Doge de la ville chrétienne de Venise, Giustiniano Participazio, se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pour protéger la ville. Celui-ci doit rivaliser avec Rome et son saint patron saint Pierre. Deux marchands vénitiens se débrouillent pour aller voler les reliques sacrées de saint Marc l'évangéliste dans la petite chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d'Alexandrie en Égypte où il avait souffert le martyre. La basilique Saint-Marc est alors spécialement construite pour l'occasion, pour abriter ses reliques auxquelles l'église catholique prêtait à l'époque des pouvoirs divins et il devient ainsi le Saint Patron de la ville avec son lion comme symbole (Tétramorphe), au même titre que l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean et le taureau pour saint Luc. Marc était venu évangéliser la région au Ier siècle par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Sérénissime. Un ange lui aurait apparu et lui avait alors dit ces mots : « Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos ».
Si elle a aujourd'hui un intérêt avant tout historique, architectural et touristique, elle fut dans le passé le centre politique, religieux et économique de la république de Venise. Elle est surnommée par Napoléon Bonaparte « le plus élégant salon d'Europe ». Biographie de Saint Marc
Un des quatre évangélistes de la religion chrétienne. Né Jean, ses facultés d'helléniste lui ont valu le nom de Marcus. Converti par l'apôtre Pierre, il partit prêcher avec Saint Paul en Asie Mineure (Antioche, Perga), puis avec Barnabé sur l'île de Chypre. Saint Marc aurait rédigé le second 'Évangile' à Rome aux alentours de 60 après J.-C. durant la captivité de Saint Paul. La tradition chrétienne lui attribut par la suite l'évangélisation d'Alexandrie dont il aurait été le premier évêque. Il y aurait été martyrisé en 67 après J.-C. Son corps fut, selon la tradition, ramené par deux marchands vénitiens dans la cité lagunaire en 828, dont il devint le patron.
Voici ce que le presbytre disait : Marc, qui avait été l'interprète de Pierre, écrivit exactement tout ce dont il se souvint, mais non dans l'ordre de ce que le Seigneur avait dit ou fait, car il n'avait pas entendu le Seigneur et n'avait pas été son disciple, mais bien plus tard, comme je disais, celui de Pierre. Celui-ci donnait son enseignement selon les besoins, sans se proposer de mettre en ordre les discours du Seigneur. De sorte que Marc ne fut pas en faute, ayant écrit certaines choses selon qu'il se les rappelait. Il ne se souciait que d'une chose : ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, et ne rien rapporter que de véritable.
Le saint patron de Venise était Saint Théodore. Le saint grec témoignait de l'influence byzantine sur Venise. Quand en 828, le corps de Saint Marc fut ramené d'Alexandrie par 2 marchands vénitiens Buono de Malamocco et Rustico de Torcello, il devint le Saint patron de la ville. On lui construisit une petite chapelle, dans le Palais des Doges, qui n'était à l'époque qu'un château fort. En 832, on termina, non loin du palais des Doges, une petite église mausolée, incendiée en 976. Reconstruite en 978, elle sera de nouveau abattue. En 1063, on construisit un sanctuaire inspiré de la Basilique des Saints Apotres et de la Basilique de Sainte Sophie à Constantinople. Edifice en croix grecque, elle est assez trapue, possède déjà des coupoles basses et sa façade est de briques rouges. La Basilique fut consacrée en 1094. Peu à peu, la façade de l'austère basilique se pare de revêtements de marbre et de portiques profonds, soutenus d'une double rangée de colonnettes. La brique disparait sous le marbre. Le grand portail est orné de bas-relief représentant les métiers et les signes du zodiaque. Flèches, bas-reliefs, arcs, chapiteaux, du 11e au 15e siècle, elle intègre différents styles, assimilant les arts de l'Orient et ceux de l'Occident. Elle les assimile tellement qu'une partie des ornements provient directement d'Orient, comme le groupe des Tétrarques en porphyre rouge syro-égyptien, ou les célèbres chevaux de Saint Marc. Nous y reviendrons.
Outre les coupoles, ce sont surtout les magnifiques mosaïques sur fond d'or, couvrant entièrement les parois de la Basilique, qui rattachent cette basilique chrétienne, à l'art oriental.
A l'intérieur, ces mosaïques constituent une véritable Bible illustrée, servant à l'édification des croyants. A l'origine, ces figures sont toutes de type oriental, en aplat, sans mouvement, elles apparaissent souvent rigides, sans mise en scène. Elles ont été exécutées par des artisans orientaux ou vénitiens, mais toujours dans un style oriental caractéristique des icônes. On discerne ainsi différentes figures du Christ (11e et 16e siècle), dans l'abside et la première coupole. Egalement, la Pentecôte (12e siècle), dés la première coupole de la nef, représentant la descente de l'Esprit sain sur les 12 apotres. MAis l'art de la mosaïque évolue avec le temps et le développement des arts. La mosaïque introduit plus tard des notions nouvelles, comme le relief et la perspective. Dans le baptistère, observez bien la Danse de Salomé (du 14e siècle), toute émouvante et lascive, face au roi rigide, traité à la manière byzantine. On entre alors dans les principes picturaux du gothique, surtout en usage au 15e siècle.
Les mosaïques de la basilique San Marco sont ainsi une véritable école d'art, depuis les premiers aplats byzantins jusqu'à des mises en scène en perspective. Mais le trésor des trésors de la Basilique San Marco, c'est sa Pala d'oro. L'un des plus beaux chefs d'oeuvres d'orfèvrerie qui soit permis d'admirer. Ce rétable d'or date du 14e siècle. 3000 pierres précieuses et 80 émaux sont enchassés, à la gloire des fêtes chrétiennes (registre supérieur), tandis que le Christ apparait au centre, entouré de 4 prophètes et dominant l'impératrice Irène, le Doge Ordelaffo Falier et la Vierge. Sur les côtés, ont pris place les apôtres et autres prophètes.
Ensuite balade Campo de santa maria formosa P199, Campo della fava, Camposanti giovanni e paolo P210. Puis, Chiesa dei gesuiti P194.
Attention aux heures d’ouverture des églises !
CHIESA DEI GESUITI
Il y a quatre statues de chaque côté de la porte qui représentent St. James Major, St. Peter, St. Paul, St. Matthew l’évangéliste. Il tutto è sovrastato dall'opera di Giuseppe Torretti L'Assunzione della Vergine Maria , posta sopra il timpano . L'ensemble est dominé par le travail de Giuseppe Torretti “ L'Assomption de la Vierge Marie”, placée au-dessus du tympan. In tempi recenti è andato persa l'opera di Francesco Bonazza .
La pianta della chiesa è tipica delle chiese dei Gesuiti, a croce latina , con tre cappelle per parte nel braccio più lungo. Transetto e presbiterio a fondo piatto affiancati da due altre cappelle. Le plan de l'église est typique de l'église des Jésuites, une croix latine avec trois chapelles de chaque côté dans le bras plus long. Transept et le chœur avec un fond plat soutenu par deux autres chapelles. Le sei cappelle ai lati della navata sono fra loro separate in piccoli ambienti, una volta dedicati alle confessioni . Les six chapelles de chaque côté de la nef sont séparées. Fra la seconda e la terza cappella, il notevole pulpito di Francesco Bonazza , e lungo tutto il corridoio i "corretti", grate da cui si affacciavano gli ospiti del convento.Entre la chapelle deuxième et troisième, la chaire grand de Francis Bonazza, et le long du corridor qui est bordée par des croyants reconnaissants du couvent. La navata della chiesa si restringe di fronte l' altare , dedicato alla Santissima Trinità , grazie alla presenza di quattro pilastri che sorreggono la volta a crociera . La nef de l'église est dédiée à la Trinité bienheureuse, et quatre piliers soutiennent la voûte en croisée. Del 1725 - 1731 a decorazione a due colori, bianco e verde, dei marmi e dei pavimenti . On peut dater de 1725 e - 1731 la décoration en deux couleurs, le marbre blanc et vert et étages.
Decorano i soffitti gli affreschi di Ludovico Dorigni , Angeli musicanti in gloria , datato 1720 nel presbiterio , Il trionfo nel nome di Gesù , del 1732 , nel soffitto a crociera; di Francesco Fontebasso Abramo che adora i tre angeli , e la Visione di San Giovanni Evangelista , sul soffitto della navata , del 1734 . Au plafond des peintures de Ludovico Dorigni, jouant “Angels in Glory”, daté 1720 dans le chœur, le triomphe, au nom de Jésus de 1732, le plafond à Francesco Fontebasso Abraham et la Vision de saint Jean Evangelista. Il presbiterio è circondato da statue di cherubini , angioletti, angeli e arcangeli di Giuseppe Torretti . Le sanctuaire est entouré par des statues de chérubins, des anges, des anges et archanges de Giuseppe Torretti. Di Giuseppe Pozzo è l' altare , in esso si notano dieci colonne sormontate da una cupola bianca e verde.
Puis marche jusqu’à l’égilse Madonna dell’orto P191.
CHIESA DELLA MADONNA DELL’ORTO
Pour arriver au but qu'il se proposait, Tintoret, ne négligea aucune étude. Pendant plusieurs années, sans relâche, de jour et de nuit, il travaille d'après les moulages de Michel-Ange, le modèle vivant, le cadavre disséqué, le mannequin drapé, le mannequin articulé et suspendu au plafond, en plein air ou à l'intérieur, à la clarté du soleil ou à la lueur des lanternes et des torches; il modèle, en terre ou en cire, ses figurines avant de les dessiner; il fréquente tous les gens qui peignent, aussi bien les simples badigeonneurs que les artistes en renom, ne négligeant rien pour s'approprier toutes les ressources du métier, pour se faire une manière « forte et résolue ». En même temps, il saisit toutes les occasions de se produire, répand des fresques sur toutes les murailles qu'on met à sa disposition, montre ses toiles partout où il peut; quelques belles décorations de façades, son portrait et celui de son frère, avec effets de nuit, exposés dans la Merceria, le firent bientôt connaître. Vers 1546, il offre aux prêtres de l'église Madonna dell' Orto de leur peindre, contre remboursement de ses frais matériels, deux compositions immenses (15 m de hauteur sur 6 m de largeur). L'offre est acceptée pour 100 ducats. Ces deux toiles, encore en place, l'Adoration du veau d'or et le Jugement dernier, où les figures accumulées, dans un pèle mêle tumultueux de nudités, de draperies, d'accessoires, sous les contrastes et les agitations les plus bizarres de la lumière, gesticulent et se tortillent à l'envi, devaient rester, dans son oeuvre, l'une de ses improvisations les plus incohérentes et les plus scandaleusement inégales. Le jeune homme voulait étonner, il y avait réussi. Dès qu'il eut stupéfié ses rivaux par cette extraordinaire virtuosité, il se hâta, d'ailleurs, de montrer, dans la même église, qu'il savait, lorsqu'il le voulait, rester plus calme et plus pondéré. La Présentation de la Vierge, la Sainte Agnès ressuscitant le fils du Préfet, le Saint Pierre adorant la croix, le Martyre de saint Paul, y représentent l'artiste savant et fort avec toutes ses qualités de metteur en scène et en lumière, de dessinateur hardi et sûr, de coloriste vigoureux et vibrant.
Puis visite du ghettoP189.
En 1527, un décret ordonna aux Juifs de déménager dans la zone du Cannaregio, où se trouvaient les anciennes fonderies à canons. Le Premier Ghetto Le mot ghetto vient du mot italien geto (fusion). La prononciation gutturale de geto en ghetto s'expliquerait par l'accent des Juifs ashkénazes originaires d'Allemagne et d'Europe centrale. Sachez aussi que la municipalité de Venise, dans son souçi de vénétianiser les noms en supprimant quasi-systématiquement les doubles consonnes, a transformé tous les panneaux et inscriptions liés au Ghetto en “Gheto” avec un seul “t”. Pour en revenir à l'origine du mot, Ghetto pourrait aussi être un jeu de mots synthétisant geto avec le terme talmudique ghet (séparation)... le “quartier” de la fusion était bien celui de la séparation, puisque tous les Juifs devaient être hébergés dans Le ghetto. Chaque soir on fermait les portes du ghetto. Aucun juif ne devait plus circuler dans la ville. Mais, à la même époque, la même chose était aussi vraie pour les Vénitiens qui habitaient dans le quartier des étrangers à Alexandrie en Egypte. On les enfermait même ne pleine journée, pendant les offices religieux de la mosquée.
Un “geto” des ConnaissancesLà, se rassemblèrent tous les Juifs de la diaspora : Sépharades réfugiés d'Espagne et du Portugal, Ashkénazes venus d'Allemagne et d'Europe centrale, Levantins réfugiés de Constantinople... On y parlait diverses langues et dialectes, on comparait les divers contes et récits secrets rapportés en héritage. Il y avait des thalmudistes, mais aussi des kabbalistes, des gnostiques, des alchimistes. Tout cela stimulait la réflexion et la dispute.
Un signe Distinctif. Les Juifs du ghetto devaient se signaler en portant une rouelle (petite roue) jaune sur la poitrine, puis par un béret ou un chapeau jaune (Au Moyen-Âge, le jaune était la couleur infâmante de la folie et du crime). Celui qui ne portait pas son chapeau jaune devait payer une amende de 50 ducas et faire un mois de prison.
De la même manière, les Vénitiens avaient peur que les juifs puissent empoisonner leur puits et la Sérénissime avait décrété qu'ils n'avaient pas le droit d'utiliser les puits publics de la ville. Ils ne pouvaient donc utiliser que les seuls puits situés à l'intérieur du Ghetto pour puiser de l'eau. Cette interdiction dura jusqu'en 1703. Les puits actuels ne datent sans doute pas de l'époque de la création du Ghetto car les sculptures et armoiries qui s'y trouvent sont d'origine plus récente, ce qui fait penser que les puits d'origine ont dû être déplacés et ont été remplacés par ceux-ci.
Et Chiesa san marcuola P192. CHIESA SAN MARCULA
Il sera interessant de comparer cette cène peinte alors qu’il n’avait que 29 ans à celle peinte à la fin de sa vie à l’église San Cassiano.
Puis casino d’hiver qui est un palais P192. Traverser en trajetto. Arrivé Muséo di storia naturale P183.
LA CA’PESARO P181
C’est un imposant palais baroque de marbre faisant face au Grand Canal de Venise. Les plans initiaux en sont dus à Baldassare Longhena au milieu du XVIIe siècle, mais la construction a été terminée par Gian Antonio Gaspari de 1703 à 1710. L'utilisation massive de colonnes contraste avec le palais plus élégant qu'est la Ca' Rezzonico, également œuvre de Longhena.
C'est aujourd'hui le Musée d'art moderne de la ville de Venise. Il contient des peintures ou des œuvres de Klimt (sa Salomé), Bonnard, Chagall, Kandinsky, Klee, Rouault, Matisse, Moore, Morandi, De Chirico, Boccioni et d'autres.
L'étage supérieur est consacré au Museo d'Arte Orientale, qui contient quelques 30 000 objets, provenant principalement du Japon (armures, sabres, inro, netsuke, palanquin, ainsi que des peintures de Koryusai, Harunobu, Hokusai, etc.), mais également de Chine et d'Indonésie. Cette importante collection d'objets orientaux a été rapporté d'un voyage en Asie effectué de 1887 à 1889 par Henri de Bourbon-Parme, comte de Bardi.
EGLISE SAN CASINO P181
Cette toile, peinte vers 1592-94, ce serait la dernière version de la Cène par Le Tintoret.
Une grande pièce d'un intérieur vénitien éclairée par une lampe, dont la forme rappelle celle d'un oiseau.
Sa lumière rayonne d'une manière irréelle et sa fumée se confond avec des ectoplasmes d'anges qui flottent au-dessus des convives. La luminosité de l'auréole du Christ s'oppose et complète en même temps cette lumière suffisamment puissante pour bien marquer les ombres bizarres des convives, et pour intensifier les couleurs. Comme dans La Cène de la Scuola di San Rocco, la perspective défie ici encore les lois de la physique : la longue table pivote pour bien montrer les attitudes des apôtres au cours du dernier repas partagé avec Jésus, quand il leur annonce que l'un d'entre eux va bientôt le trahir.
Onze apôtres sont alignés du même côté de la table que Jésus ; en face d'eux un homme seul, habillé de rouge et sans auréole, ne semble pas très à l'aise. A cela s'ajoute le réalisme et le naturel des attitudes des protagonistes : les domestiques s'activent et s'empressent autour des convives qui discutent et qui s'interrogent avec animation. On se déplace, on se tourne, les bras et les mains travaillent, pendant que les Apôtres ne s'intéressent plus aux mets déposés sur la table. Ce subtil mélange de réalisme et d'imaginaire pictural nous montre l'irruption du domaine métaphysique et religieux avec son lot d'interrogations et de doutes, dans le monde réel connu et familier, où tout semble assuré.
Puis pont di rialto P180.
M 20 Palais des doges Le Palais des Doges palazzo ducale P146
Le Palais des Doges et la Piazzetta
Centre du pouvoir politique à Venise depuis le IXe siècle, une visite au Palais des Doges est incontournable lorsque l'on visite Venise et si l'on veut comprendre et voir ce qu'était la toute puissance de Venise pendant des Siècles. Vous pourrez voir la salle très impressionnante du Grand Conseil ainsi que de magnifiques peintures du Titien et de Véronèse, entre autres.
Puis tragetto en D3 Santa maria della salute P161. Musée, Galleria del’académia P163. Faire un aller-retour sur le pont de l’acdémia P166. Puis Squaro San tréviso P167 traverser le quartier Dorsoduro juqu’à la Chiesa san nocolo dei mendicoli qui devrait être fermée P170 (ouverture 10H 12H) et remonter le long du canal jusqu’à la place del Carmini.
Enfin Campo san Barnaba P167. Poursuivre jusqu’au Campo santa margherita P169
Chiesa san pantalon P176.
La Crucifixion du Tintoret à la SCULA DI SAN ROCCO P177 POUR MOI, LE TOP!
Façade principale de La Scuola Grande di San Rocco En suivant l'ordre chronologique de son travail pour San Rocco, Le Tintoret a commencé par l'Albergo en juin 1564, puis il la Salle du Chapitre pour terminer avec la Salle du Rez-de-chaussée en 1588. Il est conseillé de visiter San Rocco selon cet ordre, afin de mieux apprécier ces 24 ans de création qui révèlent l'inquiétude existentielle d'un artiste qui a su exploiter la force dramatique de la lumière et le rôle catalyseur des couleurs et du trait.
Ou “La Sixtine du Tintoret”, avec toutes ses dorures, ses plafonds et ses murs entièrement décorés par de splendides toiles du Tintoret, San Rocco est la plus opulente des Scuole. Son décor originel étant heureusement resté intact (c'est aussi le cas de la Scuola di San Giorgio), elle nous donne une magnifique idée de ce que pouvait être vraiment une Scuola Grande : une confraternité aussi prestigieuse que charitable. Charitable, parce que la Scuola di San Rocco (légalement reconnue en 1474) s'appliquait à secourir les malades, et particulièrement les victimes de la peste de 1576, suivant l'exemple de Saint Roch (né en 1295 à Montpellier et miraculeusement guéri de la peste, dont le corps fut transporté à Venise en 1485 et déposé dans l'église de la Confrérie en 1520). San Rocco, fut proclamé Patron de Venise après la peste de 1576 et son église devint ainsi le lieu d'un pèlerinage annuel du Doge et de la Signoria. On célèbre toujours solennellement la fête du 16 août sur la place, devant l'Eglise et la Scuola di San Rocco, où l'on dresse un baldaquin ou “Tendon del Doge”. Prestigieuse, parce que toute cette richesse, toute cette splendeur intérieure fut l'achèvement d'une construction longue et coûteuse, en rivalité avec celle de la Scuola della Misericordia. La Misericordia et San Rocco : une lutte de prestige... Quatre architectes se succédèrent pour la mener à bien :De 1516 à 1524 ce fut l'auteur du projet, Bartolomeo Bon, qui dirigea les travaux de construction du rez-de-chaussée de style renaissance, jusqu'à son départ à cause d'un désaccord avec la Confrérie sur la forme de l'escalier en 1524. Sante Lombardo poursuivit les travaux pendant deux ans et donna son caractère définitif à la façade sur le rio. Le défi avec la Scuola della Misericordia ira assez loin, pour qu'en 1545 San Rocco fasse démolir le grand escalier à deux volées édifié par “il celesto”. On le remplacera par un escalier de style impérial dessiné par Antonio Scarpargnino qui avait repris les travaux de 1526 à 1548 en construisant l'étage noble (premier étage où se réunissaient les membres de la Confrérie). Et quand la Misericordia dut renoncer pour des raisons financières à mettre des colonnes isolées sur sa façade, San Rocco voulait que deux séries de colonnes isolées de style corinthien décorent sa propre façade… achevée, après la mort de Scarpagnino, par Gian Giacomo De' Grigi de 1549 à 1560. 47.000 ducats pour 44 ans de travaux
La richesse de la Scuola di San Rocco ne cessa de s'accroître grâce aux nombreux donateurs qui comptaient sur San Rocco pour les protéger des nombreuses épidémies qui sévissaient à l'époque. Elle pouvait donc se permettre de faire appel aux plus grands peintres pour décorer l'intérieur du bâtiment dont la construction avait duré 44 ans et aurait coûté 47.000 ducats.Les murs longeant le grand escalier de Scarpagnino seront décorés par des œuvres commandées après la terrible épidémie de peste de 1630, qui fit d'innombrables victimes à Venise. A gauche : L'Intercession de St Roch, de St Sébastien et de St Marc pour que cesse l'épidémie de peste, et après le pilier, La Vierge sauve Venise de la peste peintes en 1673 par Pietro Negri.A droite : La Vierge apparaît aux victimes de la peste peinte en 1666 par Antonio Zanchi.
Chacune de ces œuvres est composée de deux toiles aux dimensions impressionnantes : (5,55m x 3,55m) pour la partie du bas de l'escalier et (7,05m x 6,35m) pour la partie du haut. Ces œuvres, fortement influencées par le style du Tintoret, commémorent cette peste de 1630 à l'issue de laquelle fut construite l'église de la Salute. Cet escalier digne d'un palais conduit aux salles du premier étage, où se réunissent toujours les membres de la Confrérie de San Rocco : la grande Salle du Chapitre, la petite Salle de la Chancellerie dont l'entrée se trouve tout de suite à droite de l'autel de la Salle du Chapitre et enfin l'Albergo, au fond à gauche. Rivalités entre peintres… Il faudra 18 ans pour se décider à commencer la décoration intérieure : rivalités entre peintres… Dès 1546 la Scuola di San Rocco avait voté la décision de faire décorer la Sala dell'Albergo, sans aucune suite. En septembre 1553, Le Titien proposa de réaliser une grande toile qui couvrirait tout le mur face à l'entrée de la salle de l'Albergo ; cette proposition initialement acceptée à l'unanimité demeura sans suite également, car ce n'est qu'en janvier 1557 qu'on prit la décision ferme et définitive d'entreprendre la décoration de l'Albergo en réservant 200 ducats par an pour cela. En mai 1564, 37 conseillers de la Banca de San Rocco s'engagent enfin à prendre en charge les frais de la première toile destinée à occuper le centre du plafond… Au cours de la séance l'un d'eux offrait personnellement une contribution de 15 ducats, à condition que l'ouvrage ne fût pas confié au Tintoretto ! Le 31 mai 1564, San Rocco décide d'ouvrir un concours d'esquisses auquel devaient participer les plus grands peintres de Venise : G. Salviati, F. Zuccari, A. Schiavone, Paul Véronèse.
Or c'est le célèbre Jacopo Robusti, surnommé “il Tintoretto” parce qu'il était fils d'un teinturier, qui fera tout pour pouvoir décorer la Scuola en sachant convaincre et séduire les membres de la Confrérie par ses talents de peintre et de négociateur : non seulement il était capable de prendre les autres concurrents de vitesse en présentant son tableau avant eux, mais en plus il n'hésitait pas à baisser ses tarifs au moment des concours, allant jusqu'à proposer de peindre “à la manière” des autres artistes et ce pour un prix moins élevé… Le Tintoret prend ses concurrents de vitesse en présentant une œuvre achevée !!! Au lieu de préparer ses œuvres avec des esquisses sur papier, Le Tintoret préférait travailler directement sur la toile en traçant quelques croquis de ses personnages et en fixant son idée par quelques points de repères graphiques. Ensuite il peignait : peinture et dessin ne faisant plus qu'un dans son esprit. Sa puissance créatrice lui accordait cette grande liberté et cette extraordinaire rapidité d'exécution qui caractérise le génie artistique. C'est ainsi que dès le 22 juin 1564, son Saint Roch en gloire étant achevé avant le concours, il se débrouilla pour le faire installer au plafond de l'Albergo.
Pour calmer certains responsables de San Rocco qui voyaient là une façon de les mettre devant le fait accompli, il en fit cadeau à la Scuola en signe de dévotion au Saint ! Et il peint gratuitement les 16 autres toiles du plafond de l'Albergo ayant pour thèmes essentiels la morale et la religion, pendant l'été et l'automne 1564 ! On y voit les Vertus de la Foi, de l'Espérance, de la Vérité et de la Bonté, ainsi que les allégories des cinq autres Scuole Grande qui les pratiquent : San Giovanni Evangelista, la Misericordia, San Marco, San Teodoro, et la Scuola della Carità représentée par une magnifique jeune femme volant au secours de deux enfants qu'elle emporte affectueusement dans ses bras. Les Deux Figures Féminines, les mains pieusement croisées sur la poitrine, semblent se promener librement entre les nuages en toute sérénité. Et Le Bonheur est représenté par… une femme calmement assise avec les jambes légèrement repliées et le bras gauche tendu, dans une attitude proche de celle de La Foi qui elle, tient un calice qui l'irradie de sa lumière. La Vérité, plus inquiète, tourne le buste en découvrant son sein, comme si elle était en quête d'une positon plus confortable ; alors que L'Espérance, les bras légèrement écartés le long du corps, tout son être flotte en extase devant l'objet de sa contemplation. Le Tintoret élu membre de la Confrérie de San Rocco Malgré l'opposition de nombreux membres de la Scuola qui n'avaient pas apprécié sa désinvolture, Le Tintoret fut élu Confratello, c'est-à-dire membre de la Confrérie, et se vit confier la décoration de toute la salle.
La Crucifixion du Tintoret Scuola Grande di San Rocco du Tintoret
En 1565 Le Tintoret peint l'immense Crucifixion : 5 mètres de haut et 12 mètres de large ! La Crucifixion est une œuvre extraordinaire qui occupe tout le mur face à l'entrée de l'Albergo, exactement là où le Titien avait proposé de mettre un de ses tableaux!
Le corps auréolé de lumière du Christ crucifié se dresse seul au milieu d'un ciel sombre et bas, et domine entièrement la scène toute en horizontalité qui se déroule autour de lui.
Sa tête est inclinée vers le groupe éploré au pied de sa croix : un jeune homme et deux femmes lèvent la tête et le fixent intensément, impuissants et pleins d'amour pour celui qu'ils accompagnent jusqu'à son dernier souffle, pendant que les autres entourent la Vierge Marie pour la réconforter.
Ils sont bien seuls au milieu de gens complètement indifférents à leur souffrance et très occupés par leurs besognes respectives : l'un trempe une éponge dans un récipient de vinaigre que lui tend un comparse, tandis qu'à leur droite, deux soldats jouent aux dés et un autre creuse activement le trou où l'on plantera la croix du larron qui se laisse attacher par trois autres hommes.
Le Tintoret, par lui-même dans la Crucifixion
Le personnage barbu accoudé sur le muret juste au-dessus de l'homme qui creuse, c'est le Tintoret lui-même qui observe tout cela très attentivement. A gauche, ceux qui tirent d'un côté et qui poussent de l'autre pour redresser la croix où le premier larron est déjà attaché, le visage tourné vers le Christ.
Toute une foule à pied et à cheval assiste au spectacle, entourant les groupes d'hommes affairés autour des deux larrons. Au premier plan et à gauche du tableau, sur un destrier blanc un cavalier en armure montre le Christ du doigt, tandis que les autres regardent les suppliciés avec plus ou moins de curiosité.
Les autres cavaliers observent tranquillement les évènements, prêts à tourner bride dès que le travail sera terminé, laissant les trois condamnés à leur agonie…
Nous sommes au moment où la force barbare encercle ses victimes et pèse de tout son poids, sans leur laisser la moindre issue. Incompréhension et indifférence aveugles ou bien désespoir et soif de justice sur la terre, amour et espérance pour ceux qui lèvent la tête et se tournent vers la lumière.
Cette œuvre sera étudiée de très près par de nombreux peintres, notamment par les peintres flamands Rubens et Van Dyck.
Théophile Gautier qualifiait Le Tintoret de “terrible abatteur de besogne”. Voici comment il nous décrit La Crucifixion, qu'il considère comme “le chef-d'œuvre de cet artiste si fécond et si inégal, qui va du sublime au détestable avec une facilité prodigieuse” : “Ce tableau immense représente dans un grand développement tout le drame sanglant du Calvaire. Il occupe à lui seul le fond d'une grande salle. Le ciel, peint sans doute avec cette cendre bleue d'Egypte qui a joué de si mauvais tours aux artistes de ce temps-là, a des tons faux et louches désagréables à l'oeil, qu'il ne devait pas offrir avant la carbonisation de cette couleur trompeuse, qui a si bizarrement noirci les fonds des Pèlerins d'Emmaüs, de Paul Véronèse ; mais cette imperfection est bien vite oubliée, tant les groupes des premiers plans s'emparent victorieusement du spectateur au bout de quelques minutes de contemplation.
Les saintes femmes forment auprès de la croix le trio le plus profondément désespéré que puisse rêver la douleur humaine ; l'une d'elles, entièrement couverte de son manteau, gît à terre et sanglote dans une prostration désolée de l'effet le plus pathétique.
Un nègre, pour dresser la croix d'un des larrons, se tient debout sur la pointe du pied, avec un mouvement contourné et strapassé qui manque de naturel ; mais il est peint, comme tout le reste du tableau, d'une brosse si véhémente et si furieuse, qu'on ne peut s'empêcher de l'admirer. Jamais Rubens, jamais Rembrandt, jamais Géricault, jamais Delacroix, dans leurs plus fiévreuses et leurs plus turbulentes esquisses, ne sont arrivés à cet emportement, à cette rage, et cette férocité.
Cette fois, Tintoret a justifié pleinement son nom de Robusti; la vigueur ne saurait aller plus loin; cela est violent, exagéré, mélodramatique, mais revêtu d'une qualité suprême : la force.” Théophile Gautier - Italia 1855. La Crucifixion eut un succès immédiat.Après l'avoir payée 250 ducats, la Confrérie demanda aussitôt au Tintoret de terminer la décoration de l'Albergo avec des scènes de la passion du Christ. C'est ainsi que de 1566 à 1567, Le Tintoret illustrera trois moments-clés de la passion du Christ.
Tintoret Le Christ devant Pilate Scuola San Rocco
La haute stature de Jésus qui se tient droit et calme dans son manteau blanc plein de lumière tranche avec un Pilate qui n'ose pas le regarder en face pendant qu'il se lave les mains, tout en prononçant lâchement la sentence attendue impatiemment par la foule sombre derrière le dos de Jésus. Le Christ accepte dignement la sentence opportuniste et décisive du gouverneur assis en haut de l'escalier de son palais. Le secrétaire de Pilate écoute attentivement toutes les paroles avant de les noter avec l'empressement et le sérieux d'un bon fonctionnaire!
Ecce Homo le couronnement d'épines Tintoret
Également dénommée “Le Couronnement d'épines”, cette toile est placée au-dessus de la porte d'entrée de l'Albergo. (2,60 m x 3,90 m).
Le calvaire de Jésus a commencé tout de suite après la sentence prononcée par Pilate. Pilate le remet maintenant à la foule après qu'il eût été flagellé et humilié. Le voici assis sur les marches, le corps épuisé par la souffrance appuyé contre le manteau maculé de son sang, la tête couronnée d'épines et le visage plein d'une tristesse infinie.
La lumière qui vient de la gauche du tableau inonde de reflets colorés l'acier de l'armure du soldat, intensifie les rouges des vêtements de Pilate et de l'homme qui tient le manteau blanc derrière le corps du Christ. Mais par contraste, cette lumière intensifie aussi la vulnérabilité et la souffrance du corps nu et ensanglanté posé là en face du spectateur, suscitant sa compassion douloureuse.
Tintoret La Montée au Calvaire Scuola San Rocco
Le cortège des condamnés s'étire sur le sentier sinueux et raide qui mène au Golgotha et qui divise le tableau en deux parties : La partie inférieure, très sombre, où peinent les deux bandits à demi nus et la corde au cou, portant leurs croix, aidés par des hommes dont les vêtements apportent quelques touches colorées.
L'un d'eux s'est arrêté, pour se reposer ou pour protester, peut-être les deux à la fois ; il regarde l'homme qui aide son compagnon d'infortune à porter cette maudite croix qui lui meurtrit le dos et qui l'écrase. Ils sont précédés de leurs bourreaux, l'un tire sur la corde pour qu'ils ne traînent pas, l'autre porte un marteau à sa ceinture et marche d'un pas décidé, prêt à accomplir sa tâche.
En suivant le mouvement en zig-zag du sentier, on atteint la partie supérieure en pleine lumière, où la foule désordonnée avance lentement, suivant un homme qui se dresse en brandissant un étendard, le visage levé vers le ciel où s'accumulent de sombres nuages. Il pourrait annoncer le cortège triomphal des nombreux fidèles à venir, et donner une touche d'espoir à la douleur humaine du Christ. Ils suivent Simon de Cyrène qui aide le Christ sur le point de s'affaisser sous le poids de la croix. Un second homme est venu pour aider Jésus à bout de forces, à côté d'eux un cavalier suit attentivement leurs efforts.
Une longue corde est nouée autour du cou de Jésus, mené comme un animal par un garde gigantesque qui ouvre la marche en se retournant, plein de force et d'impatience : nous sommes à la veille d'un jour de fête, le temps passe et le ciel s'assombrit… C'est ainsi que nous suivons et accompagnons les malheureux condamnés sur le chemin de leur supplice : le mouvement sinueux de notre regard fait de nous des témoins de la marche pénible qui se déroule devant nous. Mais le drame de la passion du Christ représenté par ces trois œuvres atteint son point culminant avec La Crucifixion, où la question existentielle de la foi est posée dans sa dure réalité par le paradoxe du Dieu incarné qui accepte les pires souffrances humaines et la mort, pour le rachat de l'Humanité. En trois ans, de 1564 à 1567, Le Tintoret avait peint les vingt-trois toiles de l'Albergo.
La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Avant l'intervention du Tintoret, la salle du chapitre était décorée de “canevazze” c'est à dire de peintures sur toiles qui étaient louées à l'année pour décorer la salle lors de la grande fête de San Rocco. La Scuola di San Rocco avait finalement acheté ces toiles en 1542, mais elles s'étaient passablement dégradées avec le temps… et par la lumière. A ce propos, les œuvres du Tintoret qui les remplaceront en souffriront également, la petite toile des Trois pommes (58 cm x 25 cm) en témoigne : ce fragment de la frise qui fait le tour de l'Albergo sous la corniche en bois du plafond était replié sous une autre partie de la frise, et ne fut redécouvert qu'en 1905… Ces 340 ans de “mise à l'abri” ont préservé l'intensité des couleurs. Le rouge est extraordinairement lumineux, et on admire, on s'étonne de la vivacité et de l'aisance du pinceau qui pourrait être celles d'un peintre moderne ! Et l'on ne peut que constater l'altération des pigments en voyant que les couleurs ont perdu leur éclat sur les autres toiles : le rouge est devenu rose, le bleu a viré au gris, le vert au brun... Tout cela modifie les accords chromatiques d'un tableau. Les volets de l'Albergo et de la Salle du Chapitre sont maintenant baissés pour les protéger de la lumière naturelle. Le Tintoret voulant absolument continuer à décorer “sa” Scuola, offre de peindre gratuitement la toile qui devra marquer le centre du plafond de la grande salle du Chapitre et de décorer le reste du plafond en ne faisant payer que les frais de matériel… C'est ce qui s'appelle payer de sa personne, sachant les dimensions de cette salle !!!
Le Tintoret : Membre dévoué et Peintre Officiel de la Scuola di San Rocco
Le 6 mai 1574, on décida d'entreprendre la rénovation de la décoration du plafond de la Salle du Chapitre.
Alors que les travaux de menuiserie étaient à peine terminés, dès le 2 juillet 1575 Le Tintoret se proposait de réaliser gratuitement le grand tableau du centre du plafond et de le livrer pour le 16 août, fête de San Rocco. Il s'agit du Miracle du Serpent de Bronze. Puis, en janvier 1577 la Scuola accepta sa proposition de réaliser les deux autres grandes toiles du plafond contre simple remboursement des frais de matériel, auquel s'ajouterait un salaire librement décidé par les trésoriers de San Rocco. Le Tintoret était entrain de peindre La Récolte de la Manne et Moïse faisant jaillir l'eau du Rocher, lorsque le 25 mars 1577 il proposa de peindre toutes les autres toiles qui décoreraient le plafond dans les mêmes conditions financières… Marché conclu ! Mais sa passion pour ce travail titanesque l'amena à se dévouer à un tel point qu'en novembre 1577, Le Tintoret s'engageait : - à décorer toute la Scuola San Rocco ainsi que le plafond de l'église San Rocco, - à fournir toute autre peinture qui leur serait destinée, - à livrer chaque année, à la fête de Saint Roch, trois grandes toiles sans faire payer les frais des couleurs. Seule contrepartie à cette offre étonnante : Le Tintoret demande que, à dater de la fin des travaux de la salle capitulaire, la Scuola lui garantisse un versement annuel de 100 ducats jusqu'à la fin de ses jours au cas où il tomberait malade. Client et artiste tinrent leurs engagements : Le Tintoret termina son travail en 1588, et la Scuola versa la rente de 100 ducats à sa veuve après son décès survenu le 31 mai 1594, à l'âge de 75 ans.
Le Symbole de la Confrérie de San Rocco et sa couronne d'épines à clous !
La Salle du Chapitre Tintoret Le Serpent de Bronze (airain)
De 1575 à 1581 Le Tintoret se consacra à la production des œuvres qui occupent le plafond et les murs de l'immense salle capitulaire de San Rocco.Le plaisir esthétique n'était pas le seul but de toutes ces œuvres magnifiques. Elles rappelaient aussi leur devoir de charité envers les pauvres et les malades aux membres de la Confrérie de San Rocco qui se réunissaient régulièrement dans cette salle.
L'autel est décoré par La vision de Saint Roch. Les 21 toiles du plafond relatent les épisodes clés de l'Ancien Testament : le péché originel, le sacrifice d'Abraham, la vision de Jacob, la Pâque des Hébreux qui marque le début de leur Exode, les miracles accomplis par Moïse, et les miracles touchant les différents prophètes d'Israël. Les 13 toiles ornant les murs relatent des épisodes du Nouveau Testament, qui sont en correspondance avec l'Ancien Testament : la Pâque avec l'Eucharistie ; les épreuves de l'Exode engendrant les révoltes des Hébreux contre Moïse et leurs doutes concernant Yahvé, avec la tentation du Christ dans le Désert.
Moïse est un libérateur, Jésus est un sauveur.Jésus multiplie les pains et les poissons, tout comme Elisée avait multiplié les pains pour nourrir tous ceux qui le suivaient.La foi en Yahvé, Dieu unique, doit se manifester par l'obéissance et le respect de sa Loi ; la foi en Dieu est Amour de Dieu, qui doit se manifester par la charité envers son prochain. Dans les deux cas, la vraie Foi est attachement à Dieu, dont la sincérité se manifeste par une pratique
Ce tableau retrace un épisode de l'Ancien Testament cité dans l'Evangile de Jean, chapitre III verset 14, pour le rapprocher de la mission du Christ :14 “Moïse haussa le serpent dans le désert, et le fils de l'homme doit aussi être haussé 15 pour que quiconque se fie ait par lui la vie éternelle.17 Car Dieu a aimé le monde jusqu'à lui donner son fils unique pour que quiconque se fie à lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.”Cet épisode se trouve dans Nombres, chapitre 21 verset 4, où le peuple hébreux se plaint une nouvelle fois des difficultés et des souffrances imposées par Moïse (et par Yahvé) avant d'atteindre la terre promise, alors “Yahvé envoya contre le peuple les serpents brûlants (allusion à la douleur ?) qui mordirent le peuple, et il en mourut beaucoup du peuple d'Israël”.
Le peuple se repend, et Moïse intercède auprès de Yahvé qui lui dit : “Fais-toi un serpent brûlant et mets-le sur une hampe; quiconque aura été mordu et le regardera, restera en vie.”Moïse fit une effigie en bronze de ce serpent, et les victimes qui regardaient le serpent de bronze restaient en vie.Le Serpent de Bronze, peint en 1575-76, fait clairement allusion à l'épidémie de peste qui sévissait alors à Venise, qui pouvait être aussi une malédiction divine !
La moitié inférieure du tableau est occupée par une foule de gens à demi nus, assaillis par les serpents et agonisants à même le sol. Certains corps couleur de craie et complètement relâchés, sont déjà morts ; les autres essaient de se débarrasser des serpents, et tentent de lever les yeux vers le serpent ailé en bronze avec une tête de dragon (allusion à son caractère céleste ?) accroché à la croix que Moïse leur montre en pleine lumière.
La moitié supérieure du tableau est réservée à la nuée, où plane Yahvé représenté par un robuste vieillard entouré de nombreux anges qui semblent accrochés à lui. Par l'assistance de ceux qui ont la foi (Moïse et San Rocco), cette œuvre apparaissait comme un message d'apaisement
Moïse faisant jaillir l'eau du rocher
Cette œuvre suivit immédiatement Le Miracle du Serpent de Bronze, elle illustre un des plus célèbres épisodes de l'Exode (chapitre 17) qui se déroule dans le désert, au pied du Sinaï. Il n'y a pas d'eau et le peuple a soif. Suivant la recommandation de Yahvé, Moïse frappe le rocher avec son bâton. Le bâton par lequel il avait déjà accompli des prodiges en Égypte.
Et voici qu'un véritable torrent d'eau jaillit du rocher, au pied duquel se presse le peuple assoiffé qui tend des récipients pour recueillir le précieux liquide. Yahvé, dans la nuée, assiste Moïse qui se tient en pleine lumière, frappant le rocher d'un geste sûr. La force de son bras, qui lève bien haut le bâton de Dieu, soutient aussi les Hébreux dans leur combat contre Amaleq : derrière lui, on aperçoit une scène de bataille sous la lumière. Moïse est le pilier central qui ramène toujours le regard vers lui.
Sa silhouette et son attitude sont pratiquement les mêmes que celles de Jésus de L'Ascension, peinte dix ans après.
Tintoret la Cueillette de la Manne
Autre moment fort de l'Exode (chapitre 16), où le peuple manque de nourriture durant la traversée du désert de Sîn et regrette d'avoir quitté l'Égypte si opulente. Yahvé intervient auprès de Moïse en lui promettant de fournir des cailles le soir même, et de leur donner leur pain quotidien : 4 “Voici que du ciel je vais faire pleuvoir pour vous du pain. Le peuple sortira et ramassera chaque jour ce qu'il faut pour le jour.”13 “Or, le soir, montèrent les cailles, qui couvrirent le camp, et le matin il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée se fut élevée, voici qu'à la surface du désert il y avait quelque chose de menu, de granuleux, de menu comme le givre, sur la terre. A cette vue, les fils d'Israël se dirent l'un à l'autre : “Mân hou ?” (qu'est-ce que cela ?) Car ils ne savaient pas ce que c'était.”
Le Tintoret l'a représentée sous la forme d'hosties blanches qui tombent du ciel, où l'on aperçoit Yahvé penché vers le peuple qui a tendu une grande nappe pour les recueillir. Sous cette nappe, des hommes allongés sur le sol auprès de leur bétail, le visage tourné vers le ciel. Tous les autres ramassent la manne, ou tendent leur corbeille vers le ciel.
Au premier plan, l'homme qui lève sa corbeille à gauche et Moïse qui montre la manne à droite, guident notre regard et nous font participer à la scène : on lève à nouveau les yeux vers la manne… qui tombe du ciel où se trouve Yahvé.En nous faisant passer habilement d'une vision rapprochée à des visions plus lointaines, Le Tintoret donne du mouvement à la scène qui se déroule sous nos yeux. Ainsi, le phénomène se répète et continue sans cesse, comme il a continué durant toute l'Exode, et comme il s'est répété au moment de la Cène avec Jésus.
Le Tintoret nous rappelle ces évènements extraordinaires de l'intervention divine dans l'histoire de l'humanité, en les illustrant par des oeuvres pleines de vie. On dirait des “arrêts sur image” qui saisissent l'instant surnaturel où l'éternel entre en contact avec le temporel, où l'Esprit éclaire et nourrit la vie de l'Homme pour le soutenir dans sa quête du salut depuis que le péché originel l'a chassé du Paradis
La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Le Péché Originel
Le récit yahviste de la Genèse (chapitre 2) nous dit : 7 “Yahvé Dieu façonna l'homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant.” 8 “Yahvé Dieu planta le jardin en Eden, à l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait façonné.”Mais Dieu pose une restriction à ce pouvoir et à cette libre jouissance : 16 “De tous les arbres du jardin tu peux manger, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras sûrement.”
La scène du Péché Originel nous montre le moment précis où le couple primordial est sur le point de céder à la tentation de transgresser l'interdiction divine. Adam et Eve sont nus, assis sous un arbre ; la lumière éclaire le visage et le corps d'Eve qui tend le fruit défendu à Adam dont toute la moitié gauche du corps est déjà dans l'ombre, et dont l'attitude semble traduire l'hésitation et l'angoisse. L'aiguillon de la curiosité et le vertige de l'angoisse sont présents à l'instant même où ils décident de perdre leur innocence et de défier Dieu ; et cette décision est un acte de la volonté qui amorce la chute : ils sont entrain de perdre leur innocence en prenant conscience de la gravité de leur geste.
L'ombre de la mauvaise conscience envahit le corps d'Adam pendant l'action qui se déroule sous nos yeux.
Désormais ils savent que par la connaissance du bien et du mal, ils seront autonomes et libres, mais entièrement responsables de leurs actes.Le premier péché est à l'origine de la chute dans un monde hostile où l'insouciance de l'innocence a disparu : à partir de cet instant l'homme est seul juge, mais il devra assumer toutes les conséquences de ses choix. Ainsi commence l'histoire des hommes, où les justes se sépareront des pécheurs qui choisissent le mal et qui seront punis !
Cette œuvre apparaît bien comme une introduction au programme de décoration de San Rocco illustrant la quête du salut de l'Humanité.
Le sacrifice d'Isaac
“Puis Abraham étendit la main et prit le couteau pour immoler son fils…” (Genèse 22, verset 10) C'est l'affreux moment où Abraham s'apprête à tuer son fils Isaac pour prouver sa foi en Dieu : Abraham domine la scène de toute sa puissante stature, ayant posé sa main gauche sur les épaules de son fils qu'il maintient plié en deux sur le tas de bois de l'holocauste, quand l'Ange intervient juste à temps pour empêcher le geste de son bras qui tient un couteau. Telle fut la terrible épreuve de la foi pour un homme qui se trouva dans la situation la plus absurde et la plus cruelle que l'on puisse imaginer : Dieu lui demandait de sacrifier l'être qu'il aimait le plus au monde, son fils que Dieu lui avait donné ! Le Tintoret semble bien avoir fait la relation entre Abraham, qui était prêt à sacrifier son fils pour l'amour de Dieu, et le Christ qui s'est sacrifié pour l'amour des hommes.
L'échelle de Jacob
Jacob se repose après une longue journée de marche : Genèse chapitre 28.“Prenant une des pierres du lieu, il en fit son chevet et se coucha en ce lieu.Il eut un songe : voilà qu'une échelle était dressée à terre et son sommet touchait le ciel, et voilà que des anges montaient et descendaient. Et voilà que Yahvé se tenait debout près de lui.” Jacob est endormi, son bâton de pèlerin à la main et une joue appuyée sur le rocher qu'il a trouvé pour se reposer. Derrière cet homme qui dort bien inconfortablement dans ce lieu sans nom, s'ouvre la porte du ciel : un immense escalier occupé par des êtres célestes monte à l'infini dans la lumière, jusqu'à la lointaine et minuscule silhouette de Yahvé. Le Tintoret nous présente l'irruption du surnaturel dans la banalité. En forçant sur la perspective, il nous donne une vision de l'infini qui sépare l'homme du Dieu omniprésent qui veille sur lui et qui lui offre
L'adoration des bergers
Voici qu'une étable et sa réserve à foin placée au-dessus des animaux se trouve remplie de gens venus de toute la campagne. C'est ici que selon les indications de l'Ange, ils ont trouvé le nouveau-né, le Christ sauveur ! En bas, l'activité des personnes du premier plan tranche avec la quiétude indifférente des animaux domestiques qui occupent l'entresol du fond.Un coq picore dans la paille devant une vache couchée, un paon est perché sur le manche d'une fourche accrochée au mur. Pendant ce temps, les bergers visiteurs déballent joyeusement leurs présents qu'ils transmettent aux deux femmes au-dessus d'eux, pieusement agenouillées devant la Vierge qui leur dévoile l'enfant. En bas, la lumière naturelle qui pénètre par l'entrée souligne les belles couleurs du coq et du paon ainsi que celles des vêtements des bergers pleins de vie. En haut, une lumière surnaturelle tombe directement du ciel à travers les poutres du toit sur Marie et son bébé, sur le visage de Joseph assis près de Marie, et sur les deux jeunes femmes aux paupières baissées. Par une audacieuse superposition, cette œuvre magnifique illustre un évènement exceptionnel et incroyable : la naissance du divin enfant dans la plus grande simplicité.
La Tentation du Christ
Le Tintoret a choisi de montrer la première tentative du diable pour détourner le Christ de sa mission d'homme de Dieu : Après son baptême, Jésus s'était retiré dans le désert, tout comme Moïse était resté quarante jours et quarante nuits sur la montagne. “Et après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, finalement il eut faim. Et, s'avançant, le tentateur lui dit: "Si tu es le fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains.” Répondant, il dit : “Il est écrit que ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort par la bouche de Dieu.” Evangiles de : Luc 4 ; Matthieu 4 La scène représente Jésus en haut et à droite du tableau, assis sous un abri de planches, entrain de se pencher vers la gauche pour répondre au démon au visage tendre qui le regarde si gentiment et qui lui tend deux belles pierres, rondes comme des pains. Il offre ses cailloux comme le ferait un enfant innocent à un magicien. Le visage émacié entouré de lumière et l'attitude sereine de Jésus, illustrent en même temps sa fatigue physique et sa force spirituelle face à la tentation. Tentation offerte par ce bel hermaphrodite aux biceps ornés de bracelets et dont le vêtement, assorti à ses ailes roses, ne couvre plus que les hanches et les cuisses. La malice du démon invente toutes les ruses pour exploiter la moindre faiblesse, dès qu'elle se manifeste. Le mal peut se déguiser en sollicitude. Pourtant, c'était les miracles accomplis par Jésus qui avaient convaincu la foule qui le suivait, et qui voyait en lui l'Elu de Dieu capable de la soulager de tous les maux.
La Multiplication des Pains et des Poissons
Evangiles selon : Jean 6, v. 1-13. Et : Marc 6, v. 31-34. Luc 9, v. 10-17. Matt. 14, v. 15-21. En bas du tableau, les corps épuisés et affamés des nombreux fidèles qui suivent Jésus comme un troupeau suit son berger. A leur droite, au pied de la colline, un homme apitoyé (Le Tintoret ?) les observe. De là, il nous guide en suivant la ligne sombre de la colline ; et nous voyons des femmes qui allaitent parmi la foule colorée des fidèles confiants. Tous attendent calmement sous la lumière jusqu'au sommet, où se trouvent Jésus et ses disciples. Deux d'entre eux sont en pleine conversation, sans doute ceux qui conseillèrent à Jésus de renvoyer ces gens afin qu'ils achètent leur nourriture dans les villages voisins ! Entre Jésus et André, le jeune homme avec la corbeille contenant les cinq pains et les deux poissons qui vont miraculeusement rassasier une foule de cinq mille personnes. La Multiplication des pains est sans doute un modèle de partage et de charité pour les membres de la Confrérie de San Rocco.
La Piscine Probatique
Cette œuvre illustre une des nombreuses guérisons de malades accomplies par le Christ. Ici il s'agit de la guérison d'un malade à la piscine de Jérusalem, un jour de sabbat. Jean 5, v. 1-8 Autour du bassin, un grand nombre d'hommes et de femmes à demi nus attendent le bouillonnement de l'eau. Ils sont prêts à s'y jeter dès qu'elle sera agitée par l'Ange du Seigneur pour être guéris, comme il est dit dans l'Evangile : “Or il est à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine appelée en hébreu Bézatha, qui a cinq portiques. Sous ceux-ci gisaient une multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de perclus qui attendaient le bouillonnement de l'eau.” Au premier plan, un homme emporte dans ses bras une sorte de matelas roulé.
Il s'agit du paralytique que personne n'aidait à se jeter en premier dans l'eau, afin qu'il puisse guérir lui aussi. Jésus a remarqué sa détresse et lui a dit : “Lève-toi ! Emporte ton grabat et marche.”Et voici qu'il s'empresse de faire ce que Jésus lui demande. Derrière cet homme, des femmes. Allongée sur les genoux de sa mère qui sollicite l'aide du Christ, une jeune malade souffre terriblement. Il se penche vers elles, plein de douceur et de bienveillance, et la jeune femme sera guérie ! Tout ceci se déroule à l'ombre d'une treille qui apporte du naturel et de la sérénité à la scène présente. Mais juste derrière le portique, au fond du tableau, on aperçoit un groupe d'hommes qui observent Jésus : il s'agit des Juifs qui témoigneront contre lui en disant qu'il a transgressé les interdits du Sabbat, qui doit être un jour de repos absolu. Ce miracle, accompli un jour de Sabbat, fera partie des chefs d'accusation de l'impiété de Jésus, pour le condamner à mort.
Tintoret la Dernière Cène
Ici Le Tintoret a procédé de la même manière que dans “l'échelle de Jacob” : il a amplifié la perspective pour augmenter considérablement la profondeur de la pièce, où Jésus partage son dernier repas avec ses disciples. Au premier plan, deux pauvres ayant reçu l'aumône sont assis devant les deux marches de l'entrée. Le chien reste fidèlement entre ses deux pauvres maîtres tout en surveillant les convives, espérant sans doute qu'on lui donne encore quelque chose à manger. Derrière eux, un intérieur immense : la grande salle occupée par les convives, suivie d'un escalier qui donne accès à d'autres pièces au fond, où s'activent les domestiques du maître de maison. La scène du premier plan est plutôt naturelle et réaliste. De même pour les serviteurs qui s'affairent dans les cuisines. Et s'ils paraissent bien empressés, c'est parce qu'il s'agit d'un repas de fête, celui de la Pâque juive. La lumière pénètre dans l'immense demeure en deux endroits à la fois : par l'entrée au premier plan, et par le fond à droite de l'escalier qui sépare les convives des serviteurs.
Entre les deux, le clair obscur de la salle à manger, dont la diagonale de la perspective poussée à l'extrême allonge considérablement la table rectangulaire et la présente de trois quarts. Ainsi, même si la taille des convives diminue rapidement, nous pouvons bien voir l'attitude de chacun d'entre eux. A l'extrémité la plus proche le plus grand des apôtres est à genoux, et son vêtement rouge entièrement éclairé souligne son attitude perplexe : Jésus vient d'annoncer que l'un d'eux, ici présents, le trahira ! Les autres s'interrogent, se regardent, et discutent entre eux. Inquiétude, tristesse et consternation… A l'autre extrémité, au fond, Jésus paraît minuscule. Mais on le reconnaît immédiatement par la lumière intense autour de la tête de celui qui donne le pain en disant : “Ceci est mon corps”. La Pâque de la Dernière Cène est entièrement nouvelle : elle ne commémore pas seulement le dernier repas avant la libération de l'esclavage en Egypte, et l'Alliance avec Jahvé ; elle annonce la rémission de tous les péchés et le salut par le sacrifice de Jésus, et la Nouvelle Alliance de la foi chrétienne. Elle ouvre ainsi une nouvelle perspective, qui ne sera pas admise par tout le monde ! La profondeur du mystère de l'Eucharistie est habilement révélée par cette perspective irréelle et surprenante.
La Prière dans le Jardin des Oliviers
En bas à gauche du tableau, une colonne de soldats guidés par Judas s'approche furtivement pour arrêter Jésus, pendant que ses disciples dorment profondément au lieu de veiller et de prier pour ne pas céder à la tentation d'abandonner leur maître. Au dessus d'eux, Jésus transpire le sang et implore son père de lui épargner les souffrances qui l'attendent. Elles sont symbolisées par la coupe d'amertume que lui tend l'ange venu l'assister. Derrière l'ange, le feu d'une lumière quasi solaire éclaire la coupe, touche la tête du Christ et tombe sur les disciples endormis.
Cette puissante lumière tranche avec la lueur blafarde qui révèle la proximité des silhouettes fantomatiques des soldats, qui se cachent dans les ténèbres. L'irréalité d'un tel voisinage traduit l'absolue différence entre la pureté du Christ incarnant parfaitement l'amour du prochain, et l'imperfection naturelle des hommes. C'est une superposition de deux mondes radicalement différents. Cette œuvre souligne l'intensité du combat intérieur et la solitude totale du Christ qui doit se sacrifier pour sceller la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes. On y retrouve les éléments de l'Evangile de Luc 22, versets 41 à 47.
La Résurrection du Christ
“Et voilà qu'il y eut une grande secousse ; car l'Ange du Seigneur était descendu du ciel et, s'avançant, avait roulé la pierre, et il était assis dessus. Son aspect était comme l'éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent secoués et devinrent comme morts.” Évangile selon St. Matthieu, ch.28, 1-8. Le Christ jaillit d'un feu si intense, qu'on le croirait poussé hors de terre par un volcan ! La secousse est ici telle que les quatre anges semblent retenir la pierre tombale qu'ils commençaient à retirer. Le corps glorieux du Christ apparaît, calme et serein, la main gauche tenant un étendard et la main droite prête à donner la bénédiction. Ce corps, à la fois puissant et léger, s'oppose aux corps lourds de sommeil des gardes couchés dans les ténèbres. Le feu de l'Esprit divin est montré comme une force capable de bousculer la sombre inertie de la matière terrestre.A gauche du tableau, on remarque les deux femmes qui s'approchent en discutant sous le ciel de l'aube ; elles auront la surprise de découvrir le tombeau vide gardé par l'Ange chargé de leur annoncer la bonne nouvelle.
Pianta le Jeune - La Fureur
Les Sculptures sur bois de Francesco Pianta Le Jeune (Francesco Pianta il Giovane)
Le travail titanesque du Tintoret ne doit pas nous faire oublier les superbes sculptures sur bois de Francesco Pianta Le Jeune qui décorent la partie inférieure des murs de la Salle du Chapitre. Elles font référence à l'Iconologia de Cesare Ripa, publiée en 1593, qui inspira les artistes baroques. Le travail de Pianta Le Jeune date de 1665. A droite du grand escalier, on aperçoit une statue de Mercure tenant un rouleau de parchemin où sont inscrits les thèmes des sculptures qui décorent les murs de la Salle du Chapitre.
Mercure le messager nous présente la liste des vices et des vertus, auxquels s'ajoutent les arts libéraux comme la sculpture, la peinture, la musique, la rhétorique et la poésie… Et nous invite à la méditation par l'observation attentive des sculptures de Pianta Le Jeune.
A gauche du grand escalier quatre caryatides entourent deux à deux leur mère l'Abondance, que Pianta a représentée ironiquement sous la forme d'un vieil homme décharné, la bouche entrouverte et le torse nu, avec une ficelle nouée autour de la taille et des fruits sur le bas du ventre.
En se déplaçant à partir de la droite de la porte d'entrée de la salle de l'Albergo, on découvrira toute la série des sculptures qui longent les murs : La Ruse. Un guerrier casqué plein de courage, avec une chaîne sur la poitrine (siège du cœur, et donc de l'amour et du courage chez les anciens), signifiant que le courage n'est rien sans l'intelligence et la ruse du stratège.
Un guerrier regarde son voisin (Ruse). Un serpent s'enroule autour de son torse, lui mord la poitrine et l'empoisonne. D'où la perversité de ses sentiments : jalousie et méchanceté, accompagnées de la médisance.
Sous les deux fenêtres, les trois vertus théologales :
La Foi, jeune femme voilée portant un calice, L'Espérance entourée de feuilles de pêcher (qui symboliserait l'immortalité), et La Charité avec un enfant dans les bras et un autre agrippé à ses jupes.
Entre les deux fenêtres, on aperçoit l'incarnation même de la Force : Hercule, le demi dieu.
La Mélancolie. Un homme sans âge au regard vide, avec les mots suivants : “In ogni suo pensier, rimira il fine”, c'est-à-dire : il scrute le fond de chacune de ses pensées.
A ses pieds, un soufflet pour attiser la flamme qui brûle dans une vasque : le mélancolique attise lui-même la flamme qui le consume.
L'Honneur. Un jeune homme torse nu, avec pour tout vêtement une chaîne et une couronne de lauriers. On peut lire le proverbe suivant : “Chi per honor impresta il suo denaro, di corona trofei altro son chiaro”.
L'Avarice. Un homme avec son encrier, ses livres de comptes et son argent. L'avarice, ou le désir effréné de possession.
L'Ignorance. Un homme aux traits grossiers et le crâne rasé, avec un sac (sans doute plein d'erreurs, de superstitions et de préjugés), et une tête d'âne à ses pieds.
La Science. Un vieux savant plongé dans sa lecture, entouré de livres.
La Colère. Un jeune homme aux yeux bandés et au visage crispé, entouré d'armes.
Scandale et Scrupule. Un homme partagé, qui ne sait s'il pourra révéler ce qu'il sait, ou faire quelque chose de grave, sans regretter d'avoir provoqué un scandale.
Le tamis. Pour trier le bien du mal, le pour du contre, et sa main gauche amputée, tels sont ses handicaps pour passer à l'acte.
Plaisirs honnêtes. Ou les loisirs de “l'honnête homme” plein de science et de raison, amateur de musique et de bon vin : in vino veritas ! A ne pas manquer:
Pianta le Jeune - Le Peintre (Tintoret)
La Bibliothèque.Véritable chef-d'œuvre d'imitation, à tel point qu'on serait tenté d'extraire l'un de ses livres pour le consulter. La plume et l'encrier dans le petit réduit donnent l'impression qu'ils servent encore. Parfaite illusion !
La Curiosité ou l'espion.Un Anonyme caché sous sa cape avec un chapeau aux larges bords rabattu sur son visage, affublé d'objets qui symbolisent son efficacité et sa vivacité pour savoir ce qui se passe partout, à toute heure du jour et de la nuit. L'espion vénitien du XVIIe siècle ! Le Peintre. Ce serait un portrait de Jacopo Tintoretto, il est placé juste en face du grand escalier. Il observe son sujet et paraît extrêmement concentré, écartant le pouce et l'index de sa main droite posée sur une feuille. Les pinceaux et les couleurs du maître sont déjà prêts. A côté de l'autel deux tableaux du Titien : Dieu et les anges et surtout L'Annonciation. Ainsi que Le Christ portant la croix, qui fut attribué à Giorgione. Dès 1582, Le Tintoret s'était déjà remis au travail pour réaliser les grandes compositions sur toile destinées au cycle marial de la salle du rez-de-chaussée. La première serait L'Adoration des Rois Mages, et la dernière installée fut La Circoncision.La Scuola Grande di San Rocco à Venise
Tintoret L'Annonciation. La salle du rez-de-chaussee
“Et, entrant chez elle, il dit : “Salut, comblée de grâce ! Le Seigneur est avec toi.”A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit: "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et voici que tu concevras et tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.” […] Marie dit : “Je suis l'esclave du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole !” Evangile selon Luc I, 26-38. La Vierge Marie, absorbée par ses travaux domestiques, est à la fois surprise et effrayée par l'ange Gabriel et ce tourbillon de chérubins précédés d'une colombe (symbole du Saint Esprit) qui fondent sur elle comme un courant d'air !
La lumière et la force de l'Esprit pénètrent comme par effraction dans cette maison dominée par le calme et la sérénité : dehors, des outils de menuiserie accrochés au mur, et Joseph absorbé par son travail qui ne voit pas ce qui se passe chez lui.
Chaque élément de la scène est représenté avec beaucoup de réalisme, pourtant elle est pleine de poésie, parce qu'elle est purement imaginaire : avec sa colonne en brique à moitié en ruine, la maison du simple menuisier étonne par son mélange de luxe et de pauvreté. La corbeille et la chaise en paille à moitié usée, le sol carrelé et la table contrastent avec le grand lit à baldaquin et le plafond dignes d'un palais ; mais il faut se rappeler que Joseph est un descendant du roi David !
L'Adoration des Rois Mages
“A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie.Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, les lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe.”Evangile selon St. Matthieu ch.2, 10-12.Au premier plan à gauche du tableau, Joseph est debout au pied de l'estrade et regarde la scène. Près de lui, une jeune femme à genoux dont le visage ne dépasse pas le niveau du plancher au pied de Marie, attend humblement avec son panier près duquel on aperçoit un couple de colombes.
Par un subtil mélange de somptuosité et de simplicité, Le Tintoret nous offre une très belle mise en scène de l'hommage rendu par les rois mages à l'enfant Jésus. Un intérieur modeste visité par des têtes couronnées apportant de riches cadeaux à l'enfant de la maison. Mais ces rois sages ont reconnu en lui leur pair et leur supérieur spirituel. Tout près de Jésus, un roi plein de noblesse portant un magnifique turban d'où pointe une couronne d'or, s'incline respectueusement en donnant son offrande.
Un autre, à genoux et vêtu d'un long manteau d'apparat, a déposé sa couronne sur le plancher de l'espèce de rehaussement où Marie et Jésus sont installés. Derrière eux, un roi noir s'approche pour honorer Jésus avec la même ferveur que ses deux prédécesseurs. Son visage est tourné vers l'extérieur plein de lumière, où on aperçoit un cortège de cavaliers en armes qui bougent et qui piaffent au rythme des coups de pinceaux de leur créateur, Jacopo Tintoretto !
La Fuite en Egypte
“Quand ils se furent retirés, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et dit : Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te le dise ; car Hérode va chercher l'enfant pour le faire périr.”Ev. Selon St. Matthieu ch. 2, 13-14. Joseph et Marie fuient la colère d'Hérode en évitant les zones habitées. Ils font une halte dans un endroit boisé qui les dissimule aux éventuels regards.
Et, en dépit de la beauté lyrique de ce paysage qui nous montre tout le charme de la vie campagnarde, ces personnages vaquant si tranquillement à leurs occupations pourraient renseigner leurs poursuivants.
Une douce lumière éclaire une succession de plans, et révèle ainsi une grande profondeur de champ qui souligne la solitude et la vulnérabilité de cette famille menacée. La lumière met aussi en évidence le sérieux et le sens des responsabilités de Joseph, qui paraît âgé avec son crâne chauve et sa barbe blanche entourant son visage de patriarche. Et la jeune Marie, portant une belle robe rouge sous son grand manteau, est assise sur le dos de l'âne fatigué et tient dans ses bras son précieux bébé qu'elle contemple avec amour. Par terre à côté d'eux, un bâton de pèlerin avec un simple baluchon et une gourde de voyage pour tout bagage.
Le Massacre des Innocents
Voyant que les mages s'étaient bien gardés de lui faire savoir où se trouvait Jésus, Hérode envoya tuer tous les enfants âgés de deux ans et en dessous qui vivaient dans son royaume, pour être sûr de ne pas manquer le roi des Juifs. Le massacre des innocents est montré ici dans toute son ampleur et toute son horreur par cet enchevêtrement de corps qui se tordent et se débattent dans tous les sens. Toutes ces femmes, qui protègent leurs petits en les serrant dans leurs bras et en luttant de toutes leurs forces contre la férocité des bourreaux qui les pourchassent de partout, ne pourront malheureusement pas les soustraire à leur funeste destin. Comme ces malheureuses, le regard espère vainement trouver un endroit échappant à cette fureur mortelle, hélas, il est piégé ! Par cette violence qui se déchaîne sur la place, où s'accumulent ses nombreuses victimes, sur le rempart, sous le portique, et jusqu'aux portes de la ville, où la traque continue sous la forme de silhouettes très animées. Aucun enfant ne pourra échapper à un tel fléau. Ici encore, l'exagération de la perspective agrandit la scène et lui donne la dimension d'un combat épique contre le Mal qui tue les innocents.
Tintoret La Circoncision - Détail
Comme tous les enfants juifs, Jésus fut circoncis huit jours après sa naissance : la circoncision est le signe de l'alliance avec Dieu depuis l'époque d'Abraham, (Genèse, II, 17). La Circoncision, livrée en 1587 par le Tintoret, est sa dernière œuvre pour la Salle du Rez-de-chaussée. Les critiques s'accordent pour dire que Domenico, le fils du Tintoret, et les peintres travaillant dans son atelier auraient participé à sa réalisation. Ce qui lui aurait fait perdre la vivacité du trait et l'éclat des couleurs qui caractérisent le travail du maître. Cependant, le caractère solennel de ce sacrement est bien rendu par les attitudes des personnages, un peu trop figés dans leurs rôles respectifs. La richesse des vêtements du vieux prêtre entouré de ses assistants pleins de respect, ainsi que la dignité des nombreux témoins donnent l'impression d'assister à un baptême royal.
Bien évidemment, nous n'avons pas décrit toutes les œuvres présentes à la Scuola di San Rocco qui n'est pas un simple musée, puisque cette Confrérie est toujours en activité.
A droite de l'entrée de la salle du rez-de-chaussée, vous apercevrez la Salle du Guardian da Matin, où se trouve la précieuse Mariegola avec sa belle couverture rouge ornée d'une gravure dorée représentant deux Frères priant à genoux aux pieds de San Rocco. La Mariegola est la Charte de la Scuola qui contient les règles auxquelles doivent obéir tous les membres de la Confrérie, qui compte aussi des femmes. La Confrérie compte des Frères de Dévotion et de Discipline et des Frères Capitulaires. Les quinze membres de la Chancellerie sont sélectionnés parmi les Frères Capitulaires. La chancellerie se réunit dans la petite salle à droite du chœur de la Salle du Chapitre, sous la présidence du Guardian Grande, assisté du Guardian da Matin. Les Frères occupant les six premiers postes de la Chancellerie dirigent la Banca, qui se réunit dans la Sala dell'Albergo.
Puis retour par le pont RIALTO.
M 21 Place saint Marc et basilique.
Remonter en direction du Campo santa maria formoza P199. Puis le Campo santi giovanni e paolo P201. La basilique est à voir :
Dans la chapelle del Rosario, une oeuvre de Véronèse, l'Annonciation (1565-1571) et la Crucifixion, du Tintoret. Au plafond, une multitude de sculptures. En 1867 on y ajouta le Martyre de Saint Pierre, du Titien, qui était l'oeuvre la plus précieuse de l'église. Mais détruite par un incendie, elle est remplacée par une excellente copie. En 1913, on y transféra également une oeuvre de Véronèse provenant d'une église détruite, afin d'augmenter les richesses de ce superbe exemple d'une grande église de la Renaissance.
Les relations des Dominicains avec le gouvernement vénitien étant des plus étroites, et les contacts avec les représentants du pouvoir étant les meilleurs, l'église San Giovanni e Paolo devint le lieu officiel de sépulture des Doges. Vingt cinq Doges y reposent pour l'éternité. C'est un véritable Panthéon. Les mausolées, les sarcophages, sont l'oeuvre de grands artistes sculpteurs.
Les bas-reliefs, les ciselures, expriment tous les styles gothiques et Renaissance les plus talentueux.
Puis le couvant San francisco della vigna P203. Le musée naval est gratuit avec la carte musée P205. Ballade via Garibaldi P206. Et visite des deux petites îles San pietro di castello et Sant’elena.
Retour par Campo bandiera e moro o san giovanni della bragora P205.
Chiesa santa maria della pietà et Chiesa san zaccaria.
Palazzo Danielli P204.
Riva degli schiavoni P203.
Retraverser la place Saint Marc puis Chiesa Santa maria dell Fava P152 puis Fondation dei Todeshi P152 qui est vers le pont Rialto puis aller le quartier de La Fenice P152.
Chiesa San Stefano P154, Campo San Maurizio, Théatro la Fenice et enfin Chiesa Moise P152.
Le Titien - Tiziano Veccellio : L'Assomption de la Vierge
L'une des œuvres les plus magnifiques et les plus connues du Titien est L'Assomption de la Vierge, qui inspira à Richard Wagner ses “Maîtres Chanteurs”, tant la vue du tableau l'avait bouleversé.
C'est le 19 mai 1518 qu'est installé le retable de l'Assomption de la Vierge dans l'église des Frari.
Ce tableau est une véritable révolution religieuse : L'assomption est un tableau qui éclate de couleurs, de vie, loin des poncifs jusque là respectés en matière de peinture religieuse : oubliées les références à la mort et à tous les tombeaux et autres lamentations en tout genre !C'est une Vierge joyeuse, entourée d'anges émerveillés et devant des apôtres tout aussi remués que la Vierge monte vers Dieu en tant que reine du ciel.
La portion supérieure, qui est cintrée, représente le paradis, la gloire, pour parler comme les Espagnols dans leur langage ascétique; des collerettes d'anges, noyés et perdus dans un flot de lumière à d'incalculables profondeurs, étoiles scintillantes sur la flamme, pétillements plus vifs du jour éternel, forment l'auréole du Père qui arrive du fond de l'infini, avec un mouvement d'aigle planant, accompagné d'un archange et d'un séraphin dont les mains soutiennent la couronne et le nimbe. [...]
Une puissance sans borne, une jeunesse impérissable font rayonner cette face à barbe blanche qui n'a qu'à se secouer pour en faire tomber la neige des éternités: depuis le Jupiter olympien de Phidias, jamais le maître du ciel n'a été représenté plus dignement. Le milieu du tableau est occupé par la Vierge Marie, qui soulève, ou plutôt qu'entoure une guirlande d'anges et d'âmes bienheureuses, car elle n'a pas besoin d'aides pour monter au ciel; elle s'enlève par le jaillissement de sa foi robuste, par la pureté de son âme, plus légère que l'éther le plus lumineux. Il y a vraiment dans cette figure une force d'ascension inouïe, et, pour obtenir cet effet, Titien n'a pas eu recours à des formes grêles, à des draperies fuselées, des couleurs transparentes. Sa Madone est une femme très-vraie, très-vivante, très-réelle, d'une beauté solide comme la Vénus de Milo ou la Femme couchée de la Tribune de Florence. Une draperie ample, étoffée, voltige autour d'elle à plis nombreux; ses larges flancs ont pu contenir un Dieu. […] Et pourtant, rien n'est plus célestement beau que cette grande et forte figure dans sa tunique rose et son manteau d'azur; malgré la volupté puissante du corps, le regard étincelle de la plus pure virginité. Dans le bas du tableau, les apôtres se groupent en diverses attitudes de ravissement et de surprise habilement contrastées. Deux ou trois petits anges, qui les relient à la zone intermédiaire de la composition, semblent leur expliquer le miracle qui se passe. Les têtes d'apôtres, d'âges et de caractères variés, sont peintes avec une force de vie et une réalité surprenantes.Les draperies ont cette largeur et ce jet abondant qui caractérise en Titien le peintre à la fois le plus riche et le plus simple. […]
Les cheminées de Venise
Les cheminées de Venise les plus spécifiques sont dites "à cloche renversée", c'est-à-dire qu'elles se terminent en tronc de cône inversé. Certaines ne sont plus coniques, mais + ou - parallépipédiques. Elles fonctionnent selon le même principe. Autrefois, on se chauffait au bois ou au charbon. Les étincelles et escarbilles montaient facilement par la cheminée et retombaient sur les maisons ou les toits. Et les incendies étaient nombreux et souvent dévastateurs. D'où cette forme particulière de cheminée, dont le système interne entravait et refroidissait les étincelles et escarbilles. C'est d'ailleurs le même principe qui fonctionnait sur les vieilles cheminées de train à charbon. Venise comptait de trés nombreuses cheminées typiques, le cône était souvent décoré de fresques ou de frises, et qui ont malheureusement étaient détruites en grand nombre et remplacées par des édifices plus communs. Elles sont typiques de Venise même, bien qu'on en trouve quelques autres en Vénétie, là où les riches vénitiens avaient fait construire leurs demeures.
La forcola
La forcola est une pièce de bois aux formes torses, faites de 8 échancrures, plantée à tribord de la gondole et qui reçoit la rame. Elle est constituée de noyer, cerisier poirier, pommier ou érable. Les "morsi", les 8 échancrures arrondies, sont utilisés chacun pour une manœuvre précise (poussée avant, poussée arrière, frein, virage, rotation sur place). Les "forcole" sont taillées sur mesure par rapport au gabarit du gondolier.
Elles ont des formes trés diverses, selon la nature de la barque et sa distination.
Domenico Selvo, doge de Venise, avait épousé en 1077 Teodora, sœur d'Alessio, empereur d'Orient. C'est la dogaresse qui introduisit l'usage de la fourchette, car elle ne portait jamais la nourriture à sa bouche avec les doigts. La fourchette était alors en or. Hélas pour elle, ce ne fut pas sa seule excentricité. Ce n'est que plus tard que l'usage de la fourchette conquit Florence et seulement vers 1379 qu'elle fût introduite en France.
Le Titien Tiziano Vecellio (ou Tiziano Vecelli) 1488-1576
Titien dont le véritable nom était Tiziano Vecelli, a illuminé l'art italien de la Renaissance. Peintre de génie qui qualifiait ses peintures de “poèmes”. Et quels poèmes, quel artiste ! Portraits profonds, Venus émouvantes et Vierges déifiées, lumière et couleur, rouge de préférence pour cet artiste qui a aussi bien représenté la chair que l'âme. Titien : Le Peintre de la Vie Universelle.
Toute la peinture de Titien est là, après elle toute la peinture de Venise, après la peinture de Venise toutes les peintures vivantes qui verront les couleurs se pénétrer, les reflets jouer sur les surfaces, les ombres transparentes se colorer, un ton ne se répéter jamais identique à lui-même, mais imposer sa domination par des rappels discrets qui éveillent dans l'oeil des vibrations voisines, la vie lumineuse du monde faire une symphonie spontanée où pas une palpitation ne naîtra de sa substance sans qu'on puisse en trouver la cause et en chercher l'effet dans toute son étendue. »
A Venise, il habitait Campo del Tiziano, aux numéros 5181/5182.
Titien le retable de Saint Marc
Le retable de Saint Marc à Santa Maria della Salute. Titien peint en 1510 le retable de “Saint Marc entouré de Saint Côme et Saint Damien, Saint Roch et Saint Sébastien” qui se trouve aujourd'hui dans l'église Santa Maria della Salute. Cette commande fait suite à la grande épidémie de peste afin de célébrer l'aide apportée par les institutions religieuses mais aussi le gouvernement vénitien dans cette difficile période de l'histoire de Venise. C'est l'un de ses premiers retables.
Élève de Giovanni et Gentile Bellini mais aussi de Giorgione
Titien a lui-même appris et enrichi sa palette auprès de l'un plus grands peintres vénitiens de l'époque : Il se forme dans les ateliers de Giovanni et de Gentile Bellini dans sa jeunesse puis avec Giorgione, avec lequel, en tant qu'élève… surdoué, il réalisera la composition de la fresque du “Miracle du Nouveau Né” de la Scuola di Sant'Antonio de Padoue en 1511. Mais par rapport à Giorgione, Titien est le maître de la lumière, de la clarté chromatique, Titien chasse l'ombre si présente dans les tableaux de Giorgione. Finis les volumes ombrés.
Titien ne payait pas d'impôts !
En 1513, Titien est chargé par la Sérénissime de peindre la “Bataille de Spolète” suite à l'incendie qui avait détruit la toile qui commémorait ce haut fait guerrier, réalisée au XIVe siècle par Guariento.
25 ans plus tard, en 1538, la toile est livrée. Titien était-il si lent ? Que nenni, Titien était surtout malin car en échange de la réalisation de cette toile, la Sérénissime s'était engagée à conférer à Titien la charge de “Sensaria” au Fondaco dei Tedeschi. Cette charge était une charge de médiateur qui garantissait des revenus à son bénéficiaire.La fonction consistait essentiellement à l'obligation de superviser la décoration du palais des Doges mais aussi de peindre les portraits officiels ainsi que le tableaux votif de tout nouveau doge.Mais comme ladite charge est encore détenue par le déjà âgé Giovanni Bellini au moment où Titien commence sa toile… il commence donc par prendre son temps pour réaliser sa toile et s'assurer d'être récompensé comme promis ! Pour bien comprendre ce côté malicieux de Titien, il faut savoir que le bougre réussira même par la suite à être définitivement exonéré… d'impôts. De quoi faire rêver nombre d'entre nous ! Mais cela n'explique pas tout puisque Bellini meurt en 1516 et Titien devient alors le peintre officiel de la République. La véritable raison est ailleurs, Titien est en fait plutôt prolifique et peint plusieurs œuvres à la fois : portraits, officiels et privés, venus profanes et vierges sacrées…
Un Bon Vivant
On imagine facilement Titien comme un maître regardant l'humanité du haut du piédestal que ses contemporains lui avaient élevé, mais c'est aussi un homme qui aime la vie et... la bonne chair.
Jacopo Robusti dit Le Tintoret ou Tintoretto (1519-1594)
Tintoret : Le Peintre du Mouvement.
Jacopo Robusti naquit à Venise en 1519. On le surnomma “il Tintoretto”, le petit teinturier, parce que son père était teinturier sur tissus de soie et de velours dans le quartier marchand de la Merceria. Et, si le petit Jacopo admirait les belles couleurs qu'il voyait dans l'atelier de son père, il ne pensait pas pour autant à teindre des tissus de luxe, mais plutôt à peindre de belles fresques sur les murs, comme celles peintes par Le Titien et Giorgione sur les murs du Fondaco dei Tedeschi. Le père ne voulut pas contrarier la vocation de son fils pour le dessin et la peinture. Aussi, après avoir appris le dessin, il fut admis dès l'âge de quinze ans dans l'atelier du célèbre Titien, qui lui promettait un bel avenir. Mais le génie du jeune homme se révéla tel, que le maître finit par le considérer comme un rival ; il le renvoya donc, en lui disant qu'il n'avait plus rien à apprendre de lui.
Tintoret, autoportrait - Le Miracle de Saint Marc délivrant l'esclave.
Si un tel renvoi équivalait à un véritable brevet de maîtrise, il signifiait aussi la privation d'un emploi dans l'atelier d'un maître célèbre où les commandes affluaient. Ainsi, Jacopo Robusti se retrouvait seul avec son talent. Monsieur Robusti père, dont la qualité du travail lui assurait de solides revenus, se sentit piqué au vif par “ce maître orgueilleux qui s'imagine qu'on ne peut pas se passer de lui”. Puisque son fils sait peindre, il lui donnera un atelier avec tout le matériel nécessaire, “et une pension si ronde, que pas un artiste n'aura débuté de la sorte.”
Quelques jours plus tard, Jacopo s'installait à San Luca dans un vaste atelier bien équipé et décoré par lui-même. Délivré de tout souci matériel et entièrement dégagé des obligations envers une école, il était prêt à affronter le défi lancé par Le Titien. Et il se mit aussitôt à l'ouvrage, travaillant la couleur et le dessin, en imitant Le Titien et en s'inspirant de Michel Ange dans une suite d'études sérieuses.
« Il chercha, au contraire, à se faire chef d'une nouvelle école qui perfectionnât celle du Titien et joignit à sa manière ce qui lui manquait. Idée vaste, où l'on reconnaît une grande âme, qui redoubla de courage pour avoir été chassé de chez le Titien, au lieu de le perdre. Forcé par sa fortune actuelle à habiter une chambre extrêmement simple, il y écrivit : “le dessin de Michel-Ange et le coloris du Titien”. Il copiait sans cesse les ouvrages de ce dernier. II s'était procuré, avec une dépense très considérable, les plâtres des statues de Michel-Ange qui sont à Florence ; il les étudiait jour et nuit. Il y ajouta les plâtres de beaucoup de statues et de bas reliefs antiques. Souvent, il dessinait ses modèles à la lumière d'un flambeau pour se procurer des ombres fortes et s'accoutumer ainsi à un grand clair-obscur.
C'est dans le même dessein qu'il faisait des modèles en cire et en terre et qu'après les avoir recouverts de vêtements, avec grand soin, il les plaçait dans de petites maisons qu'il construisait avec des morceaux de carton et des règles de bois. Il plaçait en dehors de sa petite maison une lampe dont la clarté y pénétrait par les fenêtres. Il observait ainsi, en variant la position de ses petits modèles les différents effets de la lumière du soleil. Il suspendait ces mêmes modèles au plafond de sa chambre dans différentes attitudes et il les dessinait ainsi sous divers points de vue pour acquérir la connaissance du sotto-in-su, dans lequel l'Ecole vénitienne était beaucoup moins forte que la Lombarde. Il n'oubliait point l'anatomie et saisissait avidement toute les occasions de dessiner des figures nues dans diverses positions et sous divers raccourcis, pour pouvoir donner un jour à ses compositions la variété de la nature. C'est ainsi que privé de maître, il n'en suivit pas moins la meilleure méthode d'apprendre à dessiner. Il commençait par dessiner les formes de l'antique et l'imagination pleine de ces beaux contours, il dessinait le nu et cherchait à en corriger les défauts.
Le Tintoret joignait à cette excellente méthode d'étudier ce que les historiens appellent le génie le plus terrible qu'ait jamais eu la peinture, une imagination toujours riche en nouvelles idées, un feu qui lui faisait concevoir les plus forts caractères des passions et qui ne le quittait que quand il les avait exprimés sur la toile jusque dans leurs moindres détails. » Stendhal - École de peinture de Venise Au début, Tintoret se fit connaître en exécutant des portraits à la manière du Titien. Il sut aussi se faire apprécier en distribuant ses croquis à ses amis, et en n'hésitant pas à inviter ceux dont le visage lui plaisait à venir poser pour se faire faire gratuitement un portrait ! Cette libéralité lui fit sa publicité, car on se mit à parler de plus en plus de celui que l'on surnommait il Tintoretto. Et on s'aperçut aussi qu'il maîtrisait le style du Titien à un point tel, que certains s'y trompaient… Mais ce n'était là qu'une simple étape dans le travail de cet homme, pour qui vivre et peindre ne faisaient qu'un dans son élan passionné et généreux de création.
Pendant sa jeunesse, son énergie et son besoin de perfectionner sans cesse son art ne se satisfaisaient pas du seul travail en atelier, pourtant considérable. Les moyens et les plaisirs de peindre sous toutes les formes que son atelier ne pouvait lui offrir, il les trouva ailleurs.
Parfois, il aidait les peintres qui peignaient et décoraient les meubles. Ainsi la Suzanne de la maison Barbarigo, où figurent dans un petit espace un grand nombre de petits animaux et toutes les choses qui rendaient un endroit charmant, révèle ses talents de peintre en miniature.
Il lui arrivait également de suivre des maçons qu'il connaissait bien sur leur chantier en “terre ferme”, pour peindre des fresques sur les murs nouvellement construits, sans recevoir aucun salaire. C'était une excellente manière de s'exercer à peindre sur de grandes dimensions.
Les couleurs de Schiavone
Il travaillait aussi avec Schiavone, peintre capable d'imiter magnifiquement les couleurs naturelles, qui lui apprit beaucoup et qu'il considérait comme un grand coloriste.
Cependant, il ajoutait : « Les peintres devraient imiter la couleur de Schiavone, mais ils auraient grand tort de ne pas mieux dessiner que lui. » Il l'imita si bien avec sa Circoncision à l'église des Carmini, que certains l'attribuèrent à Schiavone ! Plus tard, Le Tintoret ne manqua jamais de proposer les services de Schiavone, quand celui-ci ne réussissait pas à obtenir de commandes.
Quand le Tintoret se sentit enfin capable de produire des tableaux de grande dimension répondant à ses exigences artistiques dignes d'un ancien élève du Titien, il offrit ses services aux curés contre le simple remboursement des frais matériels (échafaudage, toile et couleurs).
Sa réputation ne fit que grandir et les commandes affluèrent, si bien qu'à vingt-huit ans il avait peint une trentaine d'œuvres pour les monuments publics et le double de tableaux de dimensions plus modestes, auxquels s'ajoutaient d'innombrables portraits !
Du Mouvement et de la Vivacité. Même dans ses œuvres illustrant des sujets sérieux ou sacrés, on retrouve les visages et les attitudes de ses modèles appartenant au peuple de sa patrie.
Antonio Vivaldi
S'il est une musique qui est à même de révéler toute la magie de Venise, c'est bien celle d'Antonio Vivaldi, riche et débordante de vie, de puissance, de joie aussi. Dénommé le prêtre roux du fait de la couleur de ses cheveux, Vivaldi, comme ce surnom l'indique était prêtre, tout comme Claudio Monteverdi, qui le devint au cours de sa vie et est l'autre "grand" musicien de Venise.
Sublimé et... oublié ! Vivaldi est né à Venise le 4 mars 1678 et mort à Vienne en 1741.
Il avait aussi été directeur artistique du conservatoire de Santa Maria della Pieta, sur la Riva degli Schiavoni, au numéro 4148 dans le sestiere de Castello et sa musique nous enchante encore autant, plus de trois siècles après sa composition. Mais si Vivaldi est le génie aujourd'hui reconnu dans le monde entier, l'un des plus beaux ambassadeurs de Venise, sa musique avait totalement disparu jusqu'en 1933, époque où Olga Rudge, aidée par Ezra Pound, permettra la renaissance de cette musique “ailée”.
Antonio Vivaldi
Et l'oeuvre de résurrection n'était pas une mince affaire : Vivaldi a composé plus de 450 concerts dont le plus fameux, “Les 4 Saisons”, qu'il faut absolument écouter dans l'une des scuole de Venise, soirées magiques au mileu de musiciens en costume d'époque et dans un palais vénitien.
C'est à l'Ospedali de La Piéta à Venise que Vivaldi passa l'essentiel de sa vie musicale en y étant tour à tour violoniste et maître de concert de 1703 à 1740, un an avant sa mort.
Il faut par contre savoir que l'église actuelle de la Pietà n'est pas celle dans laquelle Vivaldi a connu. L'église précédente a en effet été rasée et totalement reconstruite, postérieurement à la mort d'Antonio Vivaldi. Vivaldi a su embrasser la nature d'un regard, d'un souffle musical, enrobant la beauté de la nature d'une envoutante magie.Pour cela, il a crée, avec Haendel et Bach, le concerto à trois mouvements.
Dans son Printemps, on sent la nature renaître, et avec elle, tous les animaux qui respirent, se réjouissent au son du violon. Son Eté est composé d'une musique fertile qui annonce une moisson abondante. Dans son Automne, il fait tomber les feuilles des arbres, pour m'exprimer ainsi, à coups d'archet. Dans l'Hiver son auditoire frissonne, il meurt de froid. Voilà les véritables principes de l'harmonie instrumentale que doit rendre un sujet quelconque ».
A faire aussi les iles une prochaine fois.
A éviter manger vers la place ST Marc.
Faire les musée et le palais dès l'ouverture.
Manger des glaces...
Prendre les tragetto "la gondole du pauvre" mais si pratique!
Bonne visite, bonne balade,
Olivier
Retour d'une croisière en mer Méditerranée sur le MSC Magnifica du 10 au 17 avril English translation pending
Bonjour,
je me lance à mon tour dans le compte-rendu de ma premiere croisiere avec MSC sur leur nouveau bateau, le Magnifica, pour sa deuxieme croisiere commerciale, au depart de Venise direction Bari, Katakolon, Izmir, Istanbul et Dubrovnik. Aprés quelques heures de voiture, et aprés avoir efféctué une inscription préalable sur internet, www.vtp.it, nous nous dirigeons vers le parking dédié aux croisieristes, suivre "stazione maritima", au bout du pont sur la droite, parking P2, tres pratique situé à 100 m du bateau, au tarif de 80€ pour la semaine, à payer en fin de croisiere en especes ou par cb à des caisses automatiques. L'ARRIVEE Premiere sensation vu du bas et de loin: le bateau est tres impressionnant et c'est vraiment le plus grand de tous les bateaux à quai et il le restera sur tous les ports que nous visiterons. Deuxieme sensation en arrivant dans la gare d'accueil: il y a beaucoup de monde, de tous les ages, de toutes les nationalités, et il va y avoir de l'attente. Cette sensation de monde va rester tout au long de la traversée. On nous prend nos valises, nous les retrouverons plus tard. LA CABINE Apres les formalités, nous grimpons enfin sur le bateau vers Midi et nous retrouvons notre cabine, decorée dans des tons bleus, de bonne taille, un grand lit et un coin canapé qui sera deplié le soir pour accueillir la troisieme personne, une agréable sensation de neuf, un balcon trés agréable qui nous permettra de suivre les differentes manoeuvres dans les ports, un coffre-fort, un mini bar, un rangement suffisant pour 3 personnes et, tout au fil des jours, un service efficcace, discret, qui est vraiment un des points forts de cette compagnie. Nous avions voyagé sur l'Atlantica, il y a 2 ans, et malgré ces 8 ans d'age, le bateau Costa soutient la comparaison. Egalité avec COSTA.
LE MSC MAGNIFICA. Comme je l'ai déjà dit, le bateau est superbe et presente des infrastructures de qualité, plusieurs piscines dont une couverte, un réel avantage en cette saison, de nombreux jacuzzis, un cinema 4D (8€ la seance), un bowling, une salle de jeux videos payants, une discotheque, une salle de fitness avec une vue magnifique à l'arriere de bateau, un spa avec massages, coiffeur, une déco relativement sobre, de nombreuses salles pour écouter la musique, un casino, une salle pour jouer aux cartes etc, etc, de quoi s'occuper toute la journée e les soirées. Concernant les ponts dediés au repos et au bronzage, il est possible , que l'été, cela soit un peu insuffisant en nombre de transats. Un bémol concernant les jeux de ping pong et de baby foot, 2 tables de peing pong et 2 baby foot, c'est un peu insuffisant. Avantage MSC.
LES REPAS - Nous nous dirigeons ensuite vers le buffet du Midi au pont 13, cafeteria Sahara, qui porte bien son nom de cafeteria, qui ouvre en moyenne de 12h à 15h. Du monde, beaucoup de monde, visiblement la salle est sous-dimensionée par rapport aux nombres de passagers, un peu la "guerre des places", des assiettes en plastique dur, des verres en plastique, assez loin de la vision glamour des croisieres. La nourriture est de bonne qualité pour un repas de midi, du choix, l'eternel hamburger frites, de la charcuterie, des salades, plusieurs sortes de viande, du poisson, des legumes, plusieurs choix de dessert. Leger avantage à COSTA, pas tant par la qualité que par cette impression de cafeteria. - De 16h à 17h, il est l'heure du Tea time, trés agreable, du choix en gateau et en petits fours salés, trés bien. - Le repas du soir arrive rapidement, nous étions du premier service à 18h15, c'est assez tôt, surtout aprés le tea time. Nous nous retrouvons à une table de 9 personnes, deux familles belges, qui parlaient également le français pour certains, une tablée sympathique. Premiere deception, la salle est assez banale, les tables serrées, peu de place, la déco quelconque. Les repas sont thématisées avec des spécialités de régions italiennes, entrées, salades, soupe, pates ou risotto, plat principal et dessert, et 2 menus spéciaux , celui du Commandant et celui de Gala. Autant le dire tout de suite, nous avons été déçus par la qualité generale des plats. Ce n'était pas mauvais, même assez bon, mais la presentation des plats et leur façon d'être cuisinés était d'un niveau d'un petit restau italien. Nous pouvons dire que, tant par la presentation que par la qualité, Costa nous a paru bien superieur. Avantage COSTA. - Les buffets de Minuit, nous n'avons assisté qu'à un seul , le Magnifique, organisé dans la cafeteria Sahara, bien mais sans plus, rien à voir avec le Magnifico de Costa. Avantage COSTA. - Petits dejeuners, le matin de 7h à 10h, un peu répetitif mais de bonne qualité et du choix, mais pas de cperpes, de gauffres, de pan cakes, dommage. Resultat sur la partie restauration, c'était bien mais peut certainement mieux faire et avantage assez net pour COSTA.
LES SPECTACLES. Nous avons trouvé les spectacles de bonne qualité, à 21h15, pour le premier service. Nous avons eu droit à un spectacle de magie, de ventriloquie et des spectacles tous les soirs organisés par la troupe residente avec 2 chanteurs, des acrobates, des danseurs, trés bien. Avantage léger MSC.
LES ANIMATIONS Pour les ados, trés, trés legère, pas trés mediatisées, nous sommes tombés par hasard sur un tournoi de ping pong, chez Costa, il y avait une personne chargée de l'animation ados qui avait une bonne ambiance et qui organisait pas mal d'activités dans la journée. Pour les adultes, tournois de baby-foot, de ping-pong, rien d'extraordinaire. Avantage COSTA.
CONCLUSION Pour conclure sur la partie bateau, je reviendrai sur les excursions une autre fois, nous avons effectué une croisiére trés agréable mais nous sommes retés un peu sur "notre faim" quant à la qualité de la restauration et de l'animation et une sensation de monde et d'attente que n'avions pas ressenti sur l'Atlantica. Je pense que lors de notre prochaine croisiére, nous risquons de partir avec COSTA mais MSC a eu une politique tarifaire assez agressive sur cette destination et nous repartirions sans problema avec eux. Pour finir, quel beau navire construit en France PAT
je me lance à mon tour dans le compte-rendu de ma premiere croisiere avec MSC sur leur nouveau bateau, le Magnifica, pour sa deuxieme croisiere commerciale, au depart de Venise direction Bari, Katakolon, Izmir, Istanbul et Dubrovnik. Aprés quelques heures de voiture, et aprés avoir efféctué une inscription préalable sur internet, www.vtp.it, nous nous dirigeons vers le parking dédié aux croisieristes, suivre "stazione maritima", au bout du pont sur la droite, parking P2, tres pratique situé à 100 m du bateau, au tarif de 80€ pour la semaine, à payer en fin de croisiere en especes ou par cb à des caisses automatiques. L'ARRIVEE Premiere sensation vu du bas et de loin: le bateau est tres impressionnant et c'est vraiment le plus grand de tous les bateaux à quai et il le restera sur tous les ports que nous visiterons. Deuxieme sensation en arrivant dans la gare d'accueil: il y a beaucoup de monde, de tous les ages, de toutes les nationalités, et il va y avoir de l'attente. Cette sensation de monde va rester tout au long de la traversée. On nous prend nos valises, nous les retrouverons plus tard. LA CABINE Apres les formalités, nous grimpons enfin sur le bateau vers Midi et nous retrouvons notre cabine, decorée dans des tons bleus, de bonne taille, un grand lit et un coin canapé qui sera deplié le soir pour accueillir la troisieme personne, une agréable sensation de neuf, un balcon trés agréable qui nous permettra de suivre les differentes manoeuvres dans les ports, un coffre-fort, un mini bar, un rangement suffisant pour 3 personnes et, tout au fil des jours, un service efficcace, discret, qui est vraiment un des points forts de cette compagnie. Nous avions voyagé sur l'Atlantica, il y a 2 ans, et malgré ces 8 ans d'age, le bateau Costa soutient la comparaison. Egalité avec COSTA.
LE MSC MAGNIFICA. Comme je l'ai déjà dit, le bateau est superbe et presente des infrastructures de qualité, plusieurs piscines dont une couverte, un réel avantage en cette saison, de nombreux jacuzzis, un cinema 4D (8€ la seance), un bowling, une salle de jeux videos payants, une discotheque, une salle de fitness avec une vue magnifique à l'arriere de bateau, un spa avec massages, coiffeur, une déco relativement sobre, de nombreuses salles pour écouter la musique, un casino, une salle pour jouer aux cartes etc, etc, de quoi s'occuper toute la journée e les soirées. Concernant les ponts dediés au repos et au bronzage, il est possible , que l'été, cela soit un peu insuffisant en nombre de transats. Un bémol concernant les jeux de ping pong et de baby foot, 2 tables de peing pong et 2 baby foot, c'est un peu insuffisant. Avantage MSC.
LES REPAS - Nous nous dirigeons ensuite vers le buffet du Midi au pont 13, cafeteria Sahara, qui porte bien son nom de cafeteria, qui ouvre en moyenne de 12h à 15h. Du monde, beaucoup de monde, visiblement la salle est sous-dimensionée par rapport aux nombres de passagers, un peu la "guerre des places", des assiettes en plastique dur, des verres en plastique, assez loin de la vision glamour des croisieres. La nourriture est de bonne qualité pour un repas de midi, du choix, l'eternel hamburger frites, de la charcuterie, des salades, plusieurs sortes de viande, du poisson, des legumes, plusieurs choix de dessert. Leger avantage à COSTA, pas tant par la qualité que par cette impression de cafeteria. - De 16h à 17h, il est l'heure du Tea time, trés agreable, du choix en gateau et en petits fours salés, trés bien. - Le repas du soir arrive rapidement, nous étions du premier service à 18h15, c'est assez tôt, surtout aprés le tea time. Nous nous retrouvons à une table de 9 personnes, deux familles belges, qui parlaient également le français pour certains, une tablée sympathique. Premiere deception, la salle est assez banale, les tables serrées, peu de place, la déco quelconque. Les repas sont thématisées avec des spécialités de régions italiennes, entrées, salades, soupe, pates ou risotto, plat principal et dessert, et 2 menus spéciaux , celui du Commandant et celui de Gala. Autant le dire tout de suite, nous avons été déçus par la qualité generale des plats. Ce n'était pas mauvais, même assez bon, mais la presentation des plats et leur façon d'être cuisinés était d'un niveau d'un petit restau italien. Nous pouvons dire que, tant par la presentation que par la qualité, Costa nous a paru bien superieur. Avantage COSTA. - Les buffets de Minuit, nous n'avons assisté qu'à un seul , le Magnifique, organisé dans la cafeteria Sahara, bien mais sans plus, rien à voir avec le Magnifico de Costa. Avantage COSTA. - Petits dejeuners, le matin de 7h à 10h, un peu répetitif mais de bonne qualité et du choix, mais pas de cperpes, de gauffres, de pan cakes, dommage. Resultat sur la partie restauration, c'était bien mais peut certainement mieux faire et avantage assez net pour COSTA.
LES SPECTACLES. Nous avons trouvé les spectacles de bonne qualité, à 21h15, pour le premier service. Nous avons eu droit à un spectacle de magie, de ventriloquie et des spectacles tous les soirs organisés par la troupe residente avec 2 chanteurs, des acrobates, des danseurs, trés bien. Avantage léger MSC.
LES ANIMATIONS Pour les ados, trés, trés legère, pas trés mediatisées, nous sommes tombés par hasard sur un tournoi de ping pong, chez Costa, il y avait une personne chargée de l'animation ados qui avait une bonne ambiance et qui organisait pas mal d'activités dans la journée. Pour les adultes, tournois de baby-foot, de ping-pong, rien d'extraordinaire. Avantage COSTA.
CONCLUSION Pour conclure sur la partie bateau, je reviendrai sur les excursions une autre fois, nous avons effectué une croisiére trés agréable mais nous sommes retés un peu sur "notre faim" quant à la qualité de la restauration et de l'animation et une sensation de monde et d'attente que n'avions pas ressenti sur l'Atlantica. Je pense que lors de notre prochaine croisiére, nous risquons de partir avec COSTA mais MSC a eu une politique tarifaire assez agressive sur cette destination et nous repartirions sans problema avec eux. Pour finir, quel beau navire construit en France PAT
Etat d'urgence à Bangkok (7 avril 2010) English translation pending
Et un de plus !
Le PM vient d'annoncer l etat d'urgence a Bangkok et dans les provinces environnantes.
Ca ressemble a l'annee derniere.
Encore des annulations en perspective
Le PM vient d'annoncer l etat d'urgence a Bangkok et dans les provinces environnantes.
Ca ressemble a l'annee derniere.
Encore des annulations en perspective
Retour d'une croisière sur le Louis Majesty vers Gênes English translation pending
Le navire a quitté Barcelone hier entre 17h et 18 h environ, le temps prevu d ordinaire et de 22 heures; il doit dond etre arrivé au plus tard a 16 heures, il est a l instant en face de l ile d hyéres, cette position est peut etre normale si le commandant prend son temps pour rentrer, mais la question que je pose c est pourquoi depuis son départ il reste prés de la cote au lieu de prendre la ligne prévu la plus directe? y a t il un spécialiste qui a une explication?
merci d avance
irsn
A samedi sur le LM
Circuit de trois semaines au Québec durant l'été indien English translation pending
Salut à tous,
je me lance enfin sur le site après avoir lu pas mal de posts, je me suis dit que je pourrais poster le circuit que j'aimerais faire et avoir vos précieux conseils.
Alors je partirai genre début/ mi septembre pour 3 semaines au Québec : Voilà à peu près le parcours non définitif que j'aimerai faire : je n'ai pas encore entrepris la recherche d'auberges ou autres pour le moment. J'ai plus ou moins noté les villes de passage, sans trop savoir où je vais m'attarder réellement.
J1 Montréal J2 Montréal J3 Montreal-Ottawa J4 Ottawa J5 Ottawa - Trois rivières-parc mauricie (balade/ canoe) J6 parc Mauricie (balade/ canoe) J7 parc Mauricie - Québec J8 Québec J9 Québec -Wendake -parc Jacques Cartier J10 parc Jacques Cartier- Cap tourmente -Baie Saint Paul- ile aux Coudres J11 parc des grands jardins ou hautes gorges (Lequel est le plus intéressant à voir ?) (balade) - Port au persil- Petit saguenay - Anse saint jean J12 Anse saint jean - Saint felix d'otis - Chicoutimi - Mashteuiatsch J13 Mashteuiatsch - Zoo saint felicien - Peribonka - Tadoussac J14 Tadoussac- Bergeronnes-Les escoumins (hydravion / kayak avec les baleines) J15 Les Escoumins - Rimouski - Carleton saint omer J16 Carleton - Bonaventure - Percé J17 Percé (parc ile Bonaventure) J18 Percé - Gaspé - parc Gaspésie (observation faune et nuit sur place) J19 Parc gaspésie- Riviere du loup -St Roch des Aulnaies J20 saint Roch des aulnaies - Montréal J21 Montréal J22 Montréal -départ
Voila à peu près l'idée, sachant que le but étant de faire quelques balades dans les parcs et puis de découvrir les couleurs de l'été indien aussi 🙂 Au niveau des parcs, y en a t'-il à privilégier ? Ca ne me dérangerait pas, par exemple de supprimer le parc Jacques Cartier et de rattraper ce jour en Gaspésie !!😎
Merci d'avance à ceux et celles qui me donnent leur avis.
Alors je partirai genre début/ mi septembre pour 3 semaines au Québec : Voilà à peu près le parcours non définitif que j'aimerai faire : je n'ai pas encore entrepris la recherche d'auberges ou autres pour le moment. J'ai plus ou moins noté les villes de passage, sans trop savoir où je vais m'attarder réellement.
J1 Montréal J2 Montréal J3 Montreal-Ottawa J4 Ottawa J5 Ottawa - Trois rivières-parc mauricie (balade/ canoe) J6 parc Mauricie (balade/ canoe) J7 parc Mauricie - Québec J8 Québec J9 Québec -Wendake -parc Jacques Cartier J10 parc Jacques Cartier- Cap tourmente -Baie Saint Paul- ile aux Coudres J11 parc des grands jardins ou hautes gorges (Lequel est le plus intéressant à voir ?) (balade) - Port au persil- Petit saguenay - Anse saint jean J12 Anse saint jean - Saint felix d'otis - Chicoutimi - Mashteuiatsch J13 Mashteuiatsch - Zoo saint felicien - Peribonka - Tadoussac J14 Tadoussac- Bergeronnes-Les escoumins (hydravion / kayak avec les baleines) J15 Les Escoumins - Rimouski - Carleton saint omer J16 Carleton - Bonaventure - Percé J17 Percé (parc ile Bonaventure) J18 Percé - Gaspé - parc Gaspésie (observation faune et nuit sur place) J19 Parc gaspésie- Riviere du loup -St Roch des Aulnaies J20 saint Roch des aulnaies - Montréal J21 Montréal J22 Montréal -départ
Voila à peu près l'idée, sachant que le but étant de faire quelques balades dans les parcs et puis de découvrir les couleurs de l'été indien aussi 🙂 Au niveau des parcs, y en a t'-il à privilégier ? Ca ne me dérangerait pas, par exemple de supprimer le parc Jacques Cartier et de rattraper ce jour en Gaspésie !!😎
Merci d'avance à ceux et celles qui me donnent leur avis.
Choisir le Maroc ou la Tunisie en septembre ou octobre 2010? English translation pending
Je prévois faire un voyage en Afrique du Nord en septembre ou octobre 2010. Mais voilà, je n'arrive pas à me décider entre ces deux destinations: le Maroc ou le Tunisie.
Selon vous, quel serait le meilleur choix, en fonction de cette période de l'année, du coût, de la sécurité?
Vertus de l'échec, traversée des Calanques English translation pending
Une traversée des Calanques en janvier
Le projet initial prévoyait de rejoindre Nice au départ de la gare Saint-Charles à Marseille, en traversant différents massifs montagneux, le premier étant les Calanques. Projet quelque peu ambitieux, quand la préparation physique a été pour le moins négligée, de plus monté à la hâte et de façon approximative en matière de poids de sac qui avoisinait les quatorze kilos. Evidemment le péché de vanité ça se paie généralement cash. Bien entendu ce fut le cas. La balade démarrée dans l’allégresse un matin de fin janvier 2010 sur l’esplanade de la gare Saint-Charles s’est terminée dans la douleur deux jours plus tard à Roquefort-la-Bédoule, village situé sur les hauteurs de Cassis. Un démarrage de sciatique m’a cloué et forcé à l’abandon.
Toute expérience est bonne à faire. Cela permet de réfléchir aux erreurs commises afin de ne pas les répéter. Cela rappelle surtout aux réalités pour éviter de se croire au-dessus de la moyenne en partant dans n’importe quelle condition. Donc, je ne regrette pas ces deux jours passés à marcher même si parfois j’en ai bavé, à cause de la première étape bien trop longue, du manque d’entraînement, du sac trop lourd et du temps particulièrement hostile le deuxième jour.
Les conditions météorologiques n’étaient pas très favorables à cette époque, cependant je l’avais choisie car elle correspondait à une période de pleine lune. Et, en hiver on peut être amené à marcher dans l’obscurité, et l’astre de la nuit prodigue à ces moments-là une lumière appréciable et salvatrice.
Le TGV Lyon Marseille fonce dans la nuit. A partir de Montélimar le jour se lève. Une plaine brouillardeuse et toute couverte de givre se dévoile. Je me dis que les Calanques, première partie de mon périple, devraient échapper à ce phénomène du fait de leur proximité de la mer. L’arrivée à Marseille a lieu vers les huit heures trente.
L’air est frais sans plus, pour une fin janvier je dirais qu’il fait bon. Dès la sortie de la gare, Notre Dame de la Garde, « la Bonne Mère », me saute au visage. Ce ne sera que le deuxième point de passage de ma balade. Dans un premier temps je compte descendre au Vieux Port pour admirer les étalages des pêcheurs qui arrivent juste de la mer, et débarquent leurs poissons encore vivants. La ville en ce début de matinée est populeuse, les voitures nombreuses. Rapidement je rejoins la Canebière, ce boulevard mythique en légère descente, qui me conduit en quelques minutes sur le quai du port.
En effet, comme prévu quelques étals sont alignés et exposent une marchandise aux teintes colorées, comme seuls les poissons de Méditerranée en dévoilent. Le loup, la sole, le turbot occupent une bonne place, ensuite le rouget, normal et grondin, ainsi que la rascasse rehaussent l’ensemble d’une touche rouge vif. Le rouget sur le bassin d’Arcachon, mais là on n’est plus en Provence, lorsqu’il est de petite taille porte le charmant surnom de vendangeur. En effet, on le dénomme ainsi pour les raisons suivantes : il rentre dans le bassin au moment des vendanges et prend la couleur rouge de la feuille de vigne en automne. Même s’il est goûteux, ce n’est pas mon préféré. Une bonne sole ou un joli marbré à la livrée blanc immaculé, rayée de fines lignes noires sont mes préférés, sans oublier une friture de girelles multicolores. Revenons à nos étals ; au beau milieu de tous ces poissons une grosse langouste ajoute sa touche. Tout heureux je m’attarde en faisant une multitude de photographies.
Des ruelles en pente m’invitent à prendre la direction de « la Bonne Mère » qui veille du haut de sa colline sur la ville. Un petit bistrot, à la devanture bien méridionale, me tente pour un arrêt technique. Les toilettes sans papier, heureusement je suis toujours prévoyant. Le café est bon, l’accent des clients est un vrai plaisir. Je demande au tenancier le chemin le plus court pour monter au sommet de la colline. « En bus ou à pied ?» interroge-t-il. Je lui confirme que je compte y monter par mes propres moyens. Et là, il me sort une tirade digne de Pagnol à peu près dans ces termes : « Eh! Vous fatiguez pas à monter là-haut, redescendez sur le port et faites une photo au téléobjectif et vous direz que vous y êtes allé ». J’adore, et toute la salle rigole, le midi ça vaut le coup! Me voilà reparti, la rue en pente raide permet de s’élever rapidement. Je traverse un parc arboré au chemin en épingles à cheveux, et débouche au pied du raidillon final. Mon attention est attirée par un char d’assaut datant de la seconde guerre mondiale du nom de « Jeanne d’arc ». Son équipage avait été tué à cet endroit lors de l’assaut des troupes françaises, qui le 25 août 1944 reprenaient la colline aux Allemands. L'évocation des combats passés et de ces soldats qui y laissèrent leur vie procure toujours des moments de grande émotion. Cela me rappelle mon voyage à travers l’Europe de l’est, ponctué de lieux évocateurs du grand cataclysme déclenché par la dictature nazie.
Je m’arrache à ce spectacle et au panneau relatant les circonstances de ces événements tragiques. Devant moi, un grand escalier matérialisant un chemin de croix me conduit directement sur le parvis de la basilique.
Que le site est aérien ! Que la vue est immense, époustouflante sur la mer et ses îles, sur la terre ses maisons et ses collines. J’ai un regard tout spécialement pour le château d’If, datant de l’époque de François Premier et qui fut rendu célèbre par le roman d’Alexandre Dumas qui fit rêver beaucoup d’entre nous dans notre jeunesse, le comte de Monte-Cristo.
Marseille s’étale en contrebas. Ses constructions, innombrables, semblent blotties, tassées les unes sur les autres comme pour se tenir chaud en attente du mistral qui commence à lancer ses rafales d’air froid, rageuses et aléatoires. Je fais le tour de cette vaste esplanade. Sous tous les angles le spectacle est étonnant. Une large terrasse en contrebas semble véritablement en surplomb sur la ville, comme si on allait tomber sur les premiers toits en se penchant. Le parapet de cette esplanade est littéralement couvert d’ex-voto. Ils en occupent tout l’espace vertical, à tel point que l’on passe, par un effet de perspective, sans transition aucune du blanc des plaques de marbre aux toits des maisons qui se serrent quelques centaines de mètres plus bas. L’effet est très étonnant.
Les ex-voto, lorsqu’on entre dans la basilique, attirent immédiatement l’attention pour ne plus la lâcher. Généralement, on imagine qu’ils expriment des paroles de remerciements pour une guérison ou simplement qu’ils donnent une date et un nom. On oublie que l’ex-voto n’est pas toujours une simple plaque mais parfois un véritable tableau gravé. Alors les vœux de reconnaissance à la Vierge de la part des marins s’apparentent à de véritables œuvres d’art qui relatent des situations dignes de films d’aventure. Ce régiment d’infanterie qui remercie la Vierge Marie de lui avoir permis d’échapper aux sous-marins allemands en 1918 lors de son transfert d’Afrique du Nord sur le front occidental. Encore cet équipage d’un grand voilier qui a survécu à une terrible tornade dans l’Océan Indien. Ou encore ce remerciement pour avoir été préservé d’une grande épidémie de choléra. Ces trois exemples pour donner une idée de ce que représentent ces centaines voire milliers d’ex-voto de marins qui rendent grâce à la Vierge pour leur salut.
L’édifice est d’architecture imposante, sur certains côtés extérieurs il me rappelle la basilique de Fourvière à Lyon. L’intérieur est incroyablement orné de couleurs chaudes, le style est presque oriental.
Après cette visite particulièrement intéressante il me faut reprendre ma route vers les Calanques que je distingue au loin au-delà d'une longue corniche. Je la rejoins en descendant un chemin abrupt au pied de la basilique où de nombreux chats errant parmi les cactus me détalent entre les jambes. Puis après avoir suivi sur quelques centaines de mètres une rue comme il en existe dans toutes les villes, une dame m’indique un sentier très pittoresque qui se glisse entre les maisons au fond d’une minuscule gorge. Par ce cheminement je rejoins directement le bord de mer. Il est dix heures, je vais marcher le long de cette corniche durant deux heures. Par moments, il me prend l’envie de monter dans un bus qui me conduirait directement à Callelongue, mais je résiste. Est-ce une bonne chose ? Aujourd’hui je ne crois pas, car étant donné mon entraînement, j’aurais mieux fait de me ménager ce qui m’aurait évité les déboires et douleurs à venir, en commençant par une immense étape.
Le temps est légèrement couvert, le vent est en train de s’installer par rafales successives. Cela est caractéristique à la couleur de la mer, qui prend cette teinte bleu noir, annonciatrice des jours de mistral avec ses vaguelettes qui courent au large. Cette corniche me paraît interminable, l’impression d’éloignement étant augmentée par l’humidité de l’air qui donne une touche floue à tout ce qui se trouve à quelques kilomètres. Les aménagements sont de belle qualité et la marche est agréable. Quelques objets qui se veulent des sculptures égayent la marche. En particulier, une proue de navire, que j’identifie comme phénicien, côtoie un genre de crabe armé d’une énorme pince qui monte au ciel, le tout façonné en bois brut gris clair presque couleur cendre. Quelle en est la symbolique ? Juste avant, une immense hélice en bronze pointait vers le ciel, pour rappeler le retour des rapatriés d’Algérie et la ville de Marseille a fait inscrire à son pied la mention suivante pour que le passant se souvienne: Aux rapatriés d’Afrique du Nord et d’outre-mer. A tous ceux qui ont pour dernière demeure un sol maintenant étranger, sur lequel ils ont vécu, travaillé et où ils ont aimé. Salut à vous qui êtes revenus, notre ville est la vôtre.
Je réalise une fois de plus, que le fait de marcher permet beaucoup plus de s’imprégner d’un pays que de le parcourir en véhicule. Une multitude de choses vous interpellent lorsque vous vous déplacez au rythme des pieds. La randonnée on la conçoit toujours dans des régions de nature loin des villes. Traverser les Calanques en partant de la gare Saint-Charles m’avait tout d’abord semblé une drôle d’idée, pas forcément intéressante, puis je m’étais dit : cette ville de Marseille par laquelle tu es souvent passé la connais-tu ? Bien sûr une multitude de fois j’avais, comme on dit en franglais, commuté par cette gare carrefour, bien qu’elle soit dans un cul-de-sac, paradoxe ! J’avais vu la porte d’Aix, j’étais même déjà passé par Notre dame de la Garde, j’avais même feuilleté le dictionnaire amoureux de Marseille, collection remarquable, mais cette ville du sud dont Albert Londres a fait une magnifique description intemporelle, je n’avais jamais pris le temps de m’y plonger quelques heures à errer au hasard. Donc, cette introduction au voyage m’est apparue de plus en plus pertinente et voilà comment on décide d’un voyage à pied en le débutant par la traversée d’une ville sur une quinzaine de kilomètres. Je dois dire que l’expérience est intéressante est mérite d’être faite, mis à part qu’il est préférable d’avoir la forme physique et ne pas vouloir faire deux étapes en une.
On est toujours surpris de la vitesse à laquelle on avance à pied. Les détours du rivage qui me semblaient sans fin sont atteints rapidement et bientôt la densité des maisons diminue, la roche blanche des Calanques se fait plus présente. Les petits villages à la touche très méridionale, en périphérie de la grande ville sont traversés. Leurs noms sont universellement connus, Montredon, la Madrague, les Goudes. Ce dernier cache un petit port au fond d’une crique resserrée surplombée de villas, qui semblent surveiller de leurs gros yeux carrés les bateaux sagement alignés. A cette époque de l’année l’activité est quasi nulle. En arrière-plan les premières falaises d’escalade s’érigent et montent vers le ciel comme des sentinelles qui seraient garantes de l’originalité du site. Encore un kilomètre par la route qui domine la mer. Le spectacle est impressionnant, les îles se découpent en plans successifs. Elles présentent toutes des crêtes extraordinairement déchiquetées et je ne me lasse pas de les contempler. Comme quoi il faut être sans préjugé, car même en marchant sur une route goudronnée on peut être saisi par la beauté des paysages. Il faut dire cependant que le trafic automobile est presque nul. Je vois simplement passer le minibus qui aurait pu me faire effectuer le trajet en vingt minutes au lieu de trois heures et demie. Mais aurais-je éprouvé la même sollicitation à l’appel des Calanques et du voyage à pied ?
Dans toute sa splendeur apparaît dans un virage la calanque toute en longueur, au nom évocateur de Callelongue. Le chemin commence ici, il s’agit de la porte d’entrée dans les Calanques au départ de Marseille. L’air commence à se rafraîchir et le mistral à forcir. Je ressens de la fatigue, mais je suis habitué aux démarrages de longues randonnées, qui demandent une petite mise au point, cela ne m’inquiète pas. Un restaurant à l’aspect sympathique me tente et je me laisse faire, la Grotte. Le patron me demande où je veux m’installer, je lui dis là où il fait le plus chaud. Il me désigne une petite table tout à côté d’un gros poêle qui distribue sans avarice sa douche chaleur. Que je suis bien! Une grosse entrecôte me procure un plaisir immense, même si il n’est écologiquement pas bien de manger de la viande à cause des quantités d’eau nécessaires, il paraît cinquante mètres cubes par kilogramme, et puis aussi à cause de l’effet de serre du fait des vaches qui émettent des gaz comme le méthane!
Après un moment très agréable qui m’a permis de me reposer, je fais le plein d’eau de mes deux bouteilles de Badoit en vue d’une traversée des Calanques sans possibilité de ravitaillement. Ce qui sera le cas. Une fois dehors l’ambiance hivernale se rappelle à moi. Je pense aujourd’hui aller au moins jusqu’à la calanque de Sormiou. Mais nous verrons bien. Je démarre par le chemin en bord de mer, la vue porte jusqu’au bec de Sormiou. Il n’y a que moutonnements de falaises éclatantes qui plongent dans la mer d’un bleu profond. En arrière-plan, très loin perdu dans un brouillard ténu dû à la distance, on discerne le cap Canaille entre Cassis et la Ciotat. Perdue dans ce décor gigantesque la Grande Candelle arbore son arête de Marseille qui apparaît minuscule bien qu’elle se développe sur plus de cent vingt mètres. La France quand on pense à la regarder est à mon sens le plus beau pays du monde.
Se sentir exposé à un chemin que l’on ne maîtrise pas complètement en se disant que la nuit viendra trop tôt et qu’il faudra s’adapter au dernier moment en fonction de ce que l’on trouvera avant la fuite du soleil, est un des principaux moteurs de mes balades hivernales, toujours un peu contraintes par les heures que l’on sait contingentées.
Je me souviens de ma jeunesse et d’une traversée des Calanques en courant que j’avais réalisée en trois heures trente sept minutes et trente sept secondes de Callongue au parking de Port Miou. Mais aujourd’hui les années se sont accumulées et le sac fait quatorze kilogrammes, et moi qui me crois le chantre du sac léger, je me fais presque honte.
Le vent forcit, donc le ciel se dégage. Le contraste de ces vagues de rochers blancs qui plongent dans cette mer, hésitant entre le bleu profond et le vert émeraude absout de toutes les souffrances, car je commence à ressentir que je vais dépasser les possibilités de ma forme. Mais à aucun moment l’idée de ralentir ne m’effleure, toujours trop confiant dans la capacité de ma carcasse à amortir les violences. Il faut dire que le panorama est tellement grandiose que l’on ne pense plus à écouter son corps mais seulement à s’enfoncer toujours plus profondément dans ce monde minéral. Se déplacer entre ciel et mer sur ce chemin aérien est une véritable drogue.
Cet immense arc qui conduit jusqu’au bec de Sormiou m’envoûte littéralement. N’ayant pas regardé ma carte j’ai de la difficulté à estimer les distances. Je sais seulement que le chemin que j’ai décidé de suivre s’insinue dans ces falaises. Je réalise que je ne suis plus uniquement dans une balade sur un chemin mais qu’il va falloir faire appel sans doute à quelques notions élémentaires d’escalade. En effet, lorsque je m’engage sur le tracé vert des Walkyries, l’ambiance change. Après un chemin pierreux demandant de l’attention, la verticalité du lieu s’impose. Rapidement une main courante est nécessaire pour négocier un passage d’une dizaine de mètres vertical. J’avais oublié que les Calanques ne se déclinaient pas toujours en chemins mais en aussi en terrain un peu plus aventure. Cela n’est pas pour me déplaire.
Le site est austère, et pas une seule personne, oui en France on peut se sentir très loin. Sur une vire aérienne je fais une erreur et me trouve acculé à des pas d’escalade à la limite du raisonnable. Ne pas insister et faire demi-tour, en effet les fameuses traces de peinture vertes donnent la direction d’un petit aplomb qui nécessite un pas d’escalade facile. A plusieurs reprises je dépasse des lieux qui fourniraient des bivouacs dignes des dieux. Mais voilà il reste quelques heures de jour et cette obsession de continuer sans relâche, est toujours la plus forte, que c’est dommage !
Ce chemin qui s’insinue entre des barres rocheuses est vraiment extraordinaire. La jouissance naît aussi du fait que se sachant engagé dans un trajet de longue durée, l’étonnement est bien réel de se voir acculé à des passages de cette difficulté antinomiques de grandes distances à franchir. Les vagues frappent la base des falaises en projetant des gerbes d’écume. Je me sens en harmonie avec les éléments. Cependant, au fond de moi, une petite voix m’avertit que tout n’est pas pour le mieux. En effet, le sac se fait lourd et une forme de fatigue générale, que je décèle au manque de souplesse dans les passages aériens, commence à se manifester. Le chemin est minuscule, il se faufile au milieu de la falaise qui semble ne laisser aucune issue, la jouissance est bien réelle. Dans un passage très raide et aérien, alors que je pousse sur la jambe droite, une douleur fulgurante me saisit le mollet. Je m’agrippe du mieux possible à l’aide de mes deux mains. Je suis cloué sur place par la douleur. Je déporte le plus vite possible le poids de mon corps sur la jambe gauche. Immobile au milieu de ce monde de pierre je me demande ce que je vais faire si la douleur ne cesse pas. Mais rapidement elle s’estompe. Je comprends que je viens de dépasser les limites. Doucement, je me remets en marche en faisant attention à mon mollet droit vulnérabilisé. Mon premier souci, c’est de sortir de cette zone trop raide pour me permettre de m’arrêter pour la nuit. Dans le fond, que tout ne se passe pas « comme sur des roulettes » ça change et ça donne un peu de piment!
Le coin est vraiment sauvage, une grande falaise sur plusieurs kilomètres dans laquelle je louvoie de vire en vire. Je repars donc doucement en faisant bien attention de délester au maximum ma jambe droite. Un peu plus tard une deuxième alerte, et à nouveau ce mal fulgurant dans le mollet droit. Je décide de m’arrêter pour une petite halte et faire le point.
- A nouveau je suis en marche à un pas lent, bien conscient de préserver ma jambe droite. Cela me paraît tenir. Bientôt, au-dessus de moi, la falaise se couche et le chemin prend un aspect plus habituel et cela jusqu’à la crête qui domine la calanque suivante. J’atteins la crête et rapidement j’aborde la descente en direction de la route qui conduit à Sormiou. Le vent est particulièrement violent. Je croise un homme, jumelles rivées sur les yeux. Je suis intrigué. Il me dit qu’il est en train d’observer un aigle de Bonelli en vol stationnaire dans le mistral qui produit un effet d’onde sur le relief. Gentiment il me propose à mon tour d’observer ce bel oiseau. Spectacle superbe, merci Monsieur pour ce petit moment de bonheur que vous m’avez procuré.
La vue se découvre sur un vaste paysage, la Grande Candelle, sentinelle éclatante de blancheur, pointe vers le ciel, un peu plus loin, le Devenson caractéristique du fait de sa grande conque au rocher rouge, que j’avais gravie il y a une trentaine d’années et qui m’a laissé des souvenirs forts, plonge dans les flots, et puis tout là-bas, le cap Canaille, affichant sa silhouette massive, semble matérialiser le bout de la terre dans la mer.
Un peu avant l’intersection avec la route de Sormiou, sur le chemin se trouve un panneau rappelant les caractéristiques de la grotte Cosquer. Elle fut découverte en 1991 par le plongeur Henri Cosquer par 37 mètres de profondeur au pied de la falaise du cap de Morgiou. Une datation au carbone 14 a permis de faire remonter l’occupation du lieu entre 18500 et 27000 ans « avant le présent ». L’entrée en fut immergée il y a 10000 ans lors d’une période de réchauffement de la planète. La visite n’en est pas possible, mais le plus vieux musée immergé du monde peut se découvrir grâce à un film en trois dimensions qui permet d’en avoir une représentation imagée. Cette lecture me fait instantanément oublier mes petits maux et me plonge dans un monde fantastique d’il y a presque 300 siècles. J’ai du mal à réaliser ce que représentent 300 siècles !
A mes pieds la calanque de Sormiou dévoile sa plage et son ensemble de petites maisons blotties au fond d’une crique profonde, à l’entrée de laquelle veille, tel un garde gigantesque, le bec de Sormiou. Je ne vais pas descendre, mais je décide de continuer jusqu’à Morgiou en espérant y arriver avant la nuit et surtout y trouver un gîte. En effet le mistral souffle de plus en plus fort et une longue nuit dehors ne m’attire pas vraiment, et surtout le bivouac est strictement interdit et je n’aime pas en général enfreindre les règlements. La contravention est de 135 euros !
Le chemin m’apparaît long, la fatigue s’accentue. Une côte semble ne jamais finir alors que je sais d’expérience que les distances dans les Calanques ne sont jamais très longues. Après avoir croisé deux personnes bien emmitouflées, j’arrive enfin sur la crête séparant les deux calanques. Le Crêt Saint Michel baigné de la lumière du soleil couchant, magnifique falaise d’escalade, fait son apparition, donc Morgiou n’est plus tout proche. Le vent fort commence à m’inquiéter. Et si je ne trouvais rien pour dormir dans cette calanque? Malheureusement cette éventualité me semble probable ! Je me souviens qu’il s’y trouve un bistrot. Il faut toujours positiver, vais-je trouver un arrangement avec le patron.
Un petit chemin sur la droite, débutant par un immense détour presque à flanc, donne accès au fond de cet étroit vallon si pittoresque. Les toits des cabanons groupés dans un écrin restreint de verdure se discernent dans la pénombre, comme écrasés par les vastes pans de falaises calcaires blanches qui en vagues successives s’élèvent jusqu’à la Grande Candelle, qui encore pour quelques minutes, comme un sémaphore brille au-dessus d’un monde de pénombre. Dans le prolongement des habitations, le port, abrité au fond de son étroit bras de mer resserré par cette roche éclatante omniprésente, se prépare à hiberner en attendant la longue nuit qui emplira les lieux dans peu de temps.
La route étroite et sinueuse qui donne accès à la calanque est vite rejointe, et devant moi l’enfilade des cabanons se dessine. Br ! L’éclairage décroît et ce vent froid que l’on entend gémir dans les murailles me dominant, crée une atmosphère sévère. Une ombre furtive passe d’un cabanon à un autre, je n’ai pas le temps de l’intercepter. Un chien dans cette ruelle étroite, le maître ne doit pas être loin. En effet une femme sort d’une habitation. Je me renseigne sur les possibilités d’hébergement. Elle est catégorique, il n’y en a pas. De plus elle m’indique que le bistrot est exceptionnellement fermé. Heureusement que je me suis chargé de deux litres d’eau à Callongue, ce qui me sera bien utile car maintenant, je ne dois pas m’attendre à en trouver avant Cassis, c'est-à-dire au mieux demain midi.
Mais ces cogitations ne règlent pas mon besoin urgent de trouver un point de chute pour la nuit. Je sais que le bivouac est interdit, le procès verbal est de 135 euros, je l’ai lu à plusieurs reprises. De plus j’essaie toujours de me conformer aux règlements en vigueur. Mais aujourd’hui que faire ? La dame me parle bien de nombreux cabanons vides à cette époque. Je ne me vois absolument pas rentrer par effraction dans l’un d’eux. Alors elle se souvient qu’au-dessus du port se trouve un abri sous roche qui offre un espace plat permettant la station couchée. Elle y montait me dit-elle, il y a bien longtemps, lorsqu’elle était jeune. Fort de ce renseignement je reprends ma route. Je constate que le bar est effectivement fermé, puis je débouche sur le port. Le chemin escalade en pente raide le versant gauche. Je distingue une petite falaise quelques dizaines de mètres en retrait. Je m’y dirige, et miracle à son pied un superbe espace plat me permet d’ériger ma minuscule tente couleur vert militaire en toute discrétion. Etant donné l’époque et les conditions climatiques je ne crains pas trop d’être débusqué par un agent ou un garde forestier.
L’installation est rapide, cependant je prends soin de procéder dans l’ordre. Une couverture de survie posée au sol, sur laquelle je déploie ma tente double paroi. Je gonfle mon mini matelas, j’étale mon sac de couchage dans lequel je glisse mon léger drap intérieur, à la dénomination courante que je déteste, sac à viande. Il a une double vocation, d’une part éviter de salir le tissu du sac de couchage lorsque je m’y introduis tout habillé, et d’autre part augmenter le confort et la chaleur lors d’une longue station comme aujourd’hui de quatorze heures.
L’endroit bien que tout proche des bateaux, que j’entends se balancer dans le clapotis, permet la plus grande discrétion. Quelques grands pins contribuent à escamoter la silhouette de mon abri dans la nuit qui prend possession des lieux.
Une fois allongé je réalise que je suis très fatigué. Je n’ai ni soif ni faim, mauvais signe. Je prends pleinement conscience que je suis parti sans préparation et que cette étape très longue pour commencer risque de m’être fatale. Je sens mon mollet droit qui se remet doucement des deux crampes très douloureuses ressenties dans les escarpements de la falaise des Walkyries.
Bien installé dans ma tente j’entends le vent qui s’affole tout autour en bourrasques hargneuses et colériques. En prévision de ces conditions, je me suis appliqué à bien planter les piquets et j’ai pris la précaution de renforcer leur prise au sol en les recouvrant de grosses pierres. Je me sens bien. La nuit est complètement tombée. Une clarté monte lentement et finit par s’imposer. La lune en maîtresse des ténèbres, qu’elle assaille et conquiert, s’impose et rend à la roche tout son éclat. Malgré la fatigue, je ne peux résister à la contemplation de ce spectacle. Le bruit du vent dans les parois et les arbres, le cliquetis des bateaux à l’amarre, le clapot léger des vagues mourantes qui réussissent à venir au fond de cette baie profonde, me bercent dans cette clarté nocturne. En face, par delà le court bras d’eau, je peux distinguer très nettement le dièdre du renard, belle escalade d’un peu moins d’une centaine de mètres, qui suit un itinéraire semblable à un livre ouvert, que l’on parcourt en apposant les pieds de part et d’autre sur chacune des pages. Malgré l’envoûtement du spectacle en ce lieu de confluence de la mer et de la montagne, je suis obligé malgré la féerie, de me réfugier au chaud dans ma guitoune. En effet, les températures négatives et le mistral s’allient pour rompre le sortilège. Les morsures du froid me forcent à battre et retraite, un peu comme si en ce lieu où le bivouac est interdit, les curieux de la nuit en infraction, intrus qui se sont imposés sans invitation, étaient irrémédiablement refoulés et non autorisés à voler un spectacle de toute beauté.
Quatorze heures allongé dans une tente à attendre le jour avec des températures en dessous de zéro et un vent fou, on pourrait imaginer que c’est long et que c’est un vrai calvaire. Eh bien non ! Un matériel adapté permet de véritablement jouir de cette situation, se sentir en harmonie avec la nature en réalisant que même en hiver dormir dehors procure des sensations agréables. Le temps va s’écouler entre brefs sommes perturbés par les rafales qui font claquer la toile du double-toit, quelques moments de lecture et de temps en temps par une prise de nourriture et une gorgée d’eau. Mais je me sens tout à fait à ma place et ma grande fatigue me fait d’autant plus apprécier cette longue station couchée.
J’ai la ferme intention de ne démarrer que lorsque le jour sera pleinement levé car le chemin contournant Sugiton est assez escarpé et de nuit voire seulement dans la pénombre cela ne doit pas être très agréable. L’aube pointe, j’en distingue la lumière à travers ma mince protection. Puis d’un coup une lumière plus vive m’inonde. Tiens de quoi s’agit-il ? En face de moi le versant orienté à l’est reçoit le soleil et me le renvoie avec prodigalité. Spectacle magnifique, cette pente de cailloux qui s’éclaire subitement. Je plie rapidement mes affaires, bien ordonnées dans des sacs de congélation de différentes tailles, que je maintiens au plus serré avec des élastiques. Je me force à manger, je devrais dire ingurgiter une rondelle de saucisson, un morceau de pain et un bounty, le tout accompagné d’une petite rasade d’eau. Lorsque je bivouaque seul, je ne me fais jamais rien chauffer le matin. Et de plus dans les Calanques, même en hiver, avec ce mistral ce serait folie criminelle. De mon repère en hauteur, la vue plonge directement sur le port et ses bateaux de pêcheurs et de plaisance bien rangés le long des jetées à angle droit.
La marche reprend, la forme est revenue, le long repos m’a fait le plus grand bien. Un bruit de moteur monte de la calanque. Un pêcheur revient de relever ses filets. Sans doute ramène-t-il de beaux poissons de roche multicolores ? Le chemin prend par endroits des airs d’escalade, les pieds sont en adhérence et il faut s’aider des mains pour se hisser. Le rocher est très poli par les nombreux passages. Au-dessus de moi l’aiguille de Sugiton dresse ses belles faces, qui sont parcourues d’innombrables voies d’escalade. Je me souviens y être venu souvent, il y a bien longtemps.
J’arrive à la calanque de Sugiton qui est dominée par l’impressionnante paroi des toits, aux teintes marron. Un petit raidillon me conduit juste à son pied. Je vais la longer sur toute sa longueur. Il ne fait pas chaud, de petites stalactites de glace pendent sous les surplombs. Le chemin est vraiment au pied car on passe carrément sous la paroi à l’endroit même où les grimpeurs commencent leur escalade. Je discerne les pitons qui partent à l’assaut de ce monde en dévers. Aujourd’hui le site est désert. D’ailleurs jusqu’à Cassis je ne verrai pas âme qui vive. Le cheminement pénètre dans un goulet raide aux cailloux instables, pourtant je suis sur un chemin de grande randonnée. Mais l’effort de la veille doit encore se faire sentir. Puis j’emprunte le sentier de traverse, GR 98 qui conduit au col de la Candelle. Le dénivelé depuis la mer atteint les quatre cents mètres. La vue s’élargit et s’embellit. L’île de Riou, tel un destroyer résiste dans une mer sous l’emprise du mistral. Le cap Morgiou s’étire loin dans cette mer bleue foncée moutonnée de vaguelettes rapides qui fuient vers le large. Une pensée à la grotte Cosquer qui se cache là-bas à son pied par moins trente sept mètres. Cela prouve qu’il y a vingt mille ans le niveau de la mer était beaucoup plus bas. Cela veut-il dire que les théories actuelles sur le réchauffement sont à relativiser? Effectivement un certain nombre de polémiques fleurissent à ce sujet ces derniers temps. Qu’en est-il ? De nombreux ouvrages, tel celui de Claude Allègre ou encore celui de Emmanuel Grenier, scientifique reconnu « Les dérangements du temps 500 ans de chaud et de froid en Europe » permettent de se forger sa propre opinion.
Par une multitude de courbes je monte vers le col de la Candelle. Son arête ouest, dénommée arête de Marseille grandit et me barre l’horizon. Cette escalade mythique de difficulté moyenne a été immortalisée par Gaston Rebuffat, qui en a fait des photos à grande diffusion d’un esthétisme parfait. De vieux souvenirs me reviennent à l’esprit. Combien de générations d’alpinistes cette falaise magnifique a-t-elle inspirés ? Et qui plus tard sont partis à l’assaut des géants des Alpes et des autres massifs montagneux du globe. Ma solitude par cette journée froide et venteuse est peuplée d’une foule hétéroclite se riant du temps, d’une part ces hommes préhistoriques qui vivaient en ce lieu il a quelques trois cents siècles et d’autre part les cohortes de grimpeurs qui se sont succédés sur cette arête depuis plus de quatre vingt ans, car le premier parcours remonte à 1927. Durée dérisoire comparée aux 300 siècles qui nous séparent des artistes qui ont orné la grotte se cachant au creux de la falaise de Morgiou. D’ailleurs à ce sujet, les deux découvertes récentes majeures que sont la grotte Cosquer et la grotte Chauvet dans l’Ardèche ont révolutionné les théories sur l’art préhistorique. En effet il y a quelques temps alors que je visitais le double de la grotte de Lascaux, je demandais au paléontologue qui nous accompagnait, si ces deux découvertes avaient modifié nos connaissances en la matière. Sa réponse fut étonnante et d’un grand intérêt. En effet, il m’expliqua que toutes nos connaissances avaient été bouleversées, car avant ces découvertes, à travers les sites connus on pouvait constater une évolution technique au cours du temps dans les dessins pariétaux, les perspectives s’affinaient les dimensions se précisaient en cohérence avec la datation au carbone 14 des sites. Puis ces deux grottes ornées d’un intérêt majeur ont été découvertes. Les dessins observés sont beaucoup plus vieux que tous ceux connus. La surprise de taille réside dans le fait que ces deux nouvelles grottes dévoilent des représentations à la facture technique très évoluée, patatrac, nos belles théories envolées ! Voilà ce que m’a répondu ce spécialiste de l’art préhistorique.
L’arrivée au col me rappelle à la réalité du moment présent. Un vent violent me cueille littéralement et me fait vaciller. Le panorama s’étend de Marseille au cap Canaille entre Cassis et La Ciotat. Mais je ne m’éternise pas pour échapper aux rafales d’air violentes et anarchiques.
Je poursuis par le chemin qui me paraît le plus rapide. Il va me conduire au cap Gros. Un peu à contre cœur je décide de prendre cette direction certes plus courte mais qui va m’éloigner du bord de mer et de ses immenses falaises. En effet, je n’ose pas m’aventurer dans la direction du Devenson, le vent véritablement rageur commence à m’inquiéter. Momentanément dans un petit talweg je suis protégé et en cet endroit il fait bon. A mes pieds une vue magnifique révèle le Val Vierge sous un angle stupéfiant, quatre cents mètres de gorges qui dévalent jusqu’à la mer. Un dernier petit raidillon et je débouche au cap Gros. Un ultime coup d’œil aux falaises que je vais quitter pour cheminer sur un plateau qui présente moins de caractère.
Ma carte indique un refuge, manifestement il n’y est plus. Dommage car je me serais bien arrêté. Le vent devient, non pas inquiétant mais franchement dangereux. Sur cette crêt du Mont Puget jusqu’à quelque distance du col de la Gardiole, j’ai vraiment eu la sensation de lutter pour ma survie, me sentant en grand danger. Cette accélération du vent est sans doute due au relief entre Marseille et Cassis qui à cet endroit crée une étroiture propice à un effet venturi, qui se concrétise par un courant d’air d’une violence inouïe et sans répit. La peur je l’ai déjà expérimentée dans de nombreuses circonstances, les accidents de la route, la grande chute en escalade, le bivouac dans une paroi en altitude, noyée sous une épaisse couche de neige, les bombardements de pierres en paroi ou au canon à Sarajevo, les avalanches et par mauvais temps sans visibilité la sensation est terrifiante de se trouver sur une neige qui se met en mouvement sans être capable d’appréhender l’ampleur du phénomène. Mais, aujourd’hui la peur va prendre un aspect différent, il s’agit de la peur de s’envoler comme une feuille et cela durant un long, très long moment. Je suis passé pratiquement sans transition d’une zone relativement calme à la bourrasque la plus terrible que j’ai connue. Pourtant le vent, je croyais en avoir une certaine expérience. Il y a quelques années au cours d’une tempête hivernale, durant quatre jours j’avais parcouru une partie du chemin cathare. Mon corps s’était habitué et je me sentais totalement adapté à cet environnement hostile. A plusieurs reprises j’avais été bousculé et jeté au sol, mais je maîtrisais et cette confrontation virile avec les éléments m’avait beaucoup plu. Seulement en montant au château de Quiribus, j’avais été très impressionné et j’avais rampé dans les escaliers verglacés et m’étais réfugié dans une grande pièce voûtée, de laquelle il me semblait que le château vibrait en harmonie avec les coups de boutoir de la tempête. Mais là encore en me plaquant aux murailles et en rampant sur des sols uniformes, cela était plus un « jeu d’adrénaline » qu’une peur déclenchée par un risque que l’on évalue comme mortel.
Aujourd’hui sur cette crête pourtant large et absolument pas aérienne il en va tout autrement. J’ai l’impression de ne plus rien maîtriser, et d’être le jouet passif de ces bourrasques continues qui cherchent à m’arracher du sol. Pas de point de repos auquel me raccrocher, au milieu de ce large chemin de pierraille je me fais penser à ces gros buissons épineux que l’on voit rouler au cours des tempêtes dans les films de cow-boys. J’en ai déjà vu en réalité non aux USA mais dans le désert saoudien. Ils apparaissent dans le nuage de sable et quelques instants plus tard ils ont disparu absorbés par la grisaille. Aujourd’hui pas de grisaille, un ciel lumineux et cette tempête farouche contre laquelle j’essaie de lutter. De plus il fait froid, quelques petites plaques de glace rappellent que la température est négative. Je suis peu couvert, et il n’est plus possible de m’arrêter et de sortir un quelconque habit. Cela ne me vient même pas à l’idée tellement cela me paraît voué à l’échec. Je n’ai pas de gants et mes doigts sont gourds. Arc-bouté, je dérape sur les cailloux, avec mes bâtons j’essaie de freiner puis de bloquer le mouvement que m’impose le vent. Les pierres sont comme des roulements à bille sur lesquels mes chaussures se mettent en mouvement. Surtout ne pas laisser la vitesse augmenter. A plusieurs reprises, je me retrouve couché pour ne pas être emporté. J’essaie de ramper, mais sur ce sol aux cailloux tranchants cela est particulièrement mal aisé et il me faudrait des heures pour sortir de cette zone, dans laquelle j’ai l’impression de jouer ma survie. Il est particulièrement déstabilisant de ne trouver aucun point auquel se raccrocher, mais ne voir qu’un immense espace duquel je pense que je n’aurais peut-être pas l’endurance suffisante pour en sortir. Effectivement le doute m’a assailli.
Juste devant moi un gros buisson, je me jette à son pied et un calme tout relatif me permet de reprendre mon souffle. Combien de temps a duré ce premier round ? Je ne sais pas. Dans ces situations le temps d’un côté paraît long, mais les efforts musculaires énormes ainsi que les cogitations du cerveau en extrême vigilance en relativisent la durée. Je peux même ouvrir mon sac, sortir mes gants et mettre une veste par-dessus mon t-shirt. Je constate que j’ai perdu un verre de lunettes sans doute arraché par la pression de l’air !
Allongé, je reprends mon souffle et récupère vite en me réchauffant dans ma veste. J’examine le chemin qu’il me reste à parcourir jusqu’au col de la Gardiole. Le terrain est tout à fait débonnaire, incroyable que je me sente en tel danger ! Quelques petites dépressions me semblent très propices à l’effet de venturi, mais pas moyen d’y couper. Fort de l’expérience que je viens de vivre je me remets en route. Effectivement les petites dépressions qui ne m’inspiraient pas sont particulièrement redoutables.
Enfin en m’approchant du col, l’effet venturi diminue et je retrouve un vent simplement violent qui ne m’empêche pas de marcher. Même au contraire, puisque maintenant il me pousse dans le dos. Je viens de vivre un moment particulièrement intense. Une barrière coupe le chemin, je la franchis. Certaines inscriptions y figurent, en particulier encore une fois le montant de l’amende en cas d’infraction au règlement et ce qui me fait sourire l’interdiction d’emprunter ce chemin si le vent est supérieur à 40k/h ! J’apprendrai en écoutant le bulletin météorologique ce soir que les rafales ont dépassé les 110k/h, et en considérant l’effet venturi produit au niveau de cette crête, on doit pouvoir rajouter un pourcentage non négligeable.
Le col est vite atteint et je me dirige à bonne allure vers Cassis. Un peu avant d’atteindre la calanque de Port-Miou, à l’abri relatif d’un petit vallon je m’arrête et mange de bon cœur. Ce moment de repos je le savoure. Rapidement j’atteins le parking de la calanque et par la route je rejoins le centre ville. Cette petite cité je l’aime beaucoup, son port et ses restaurants qui le bordent rendent le lieu particulièrement sympathique. Arrivé devant l’un d’eux qui avec témérité a laissé son enseigne sur pied et quelques tables, j’entends un grand bruit, l’enseigne s’envole et deux tables avec tous les couverts se renversent dans un fracas de vaisselle cassée. Les tables dehors aujourd’hui, il faut être optimiste, car même les plus accrocs à la cigarette devraient avoir du mal !
Je m’attarde à regarder la carte des menus et me laisse tenter par une grosse platée de pâtes aux fruits de mer. Qu’il fait bon et chaud dans cette salle de restaurant. Le patron me demande d’où je viens et où je vais. Quand je lui parle de mon départ de Saint-Charles hier matin il est admiratif. Mais lorsque je lui dis que ma conviction pour la suite en a pris un petit coup, il sourit.
Après ce moment bien agréable, il ne me reste plus qu’à me remettre en route et parcourir les huit kilomètres qui me séparent de mon but de la journée le village de Roquefort-la-Bédoule, où mes beaux-parents m’attendent. Cette dernière partie le long de la route ne présente pas un réel intérêt, le chemin de grande randonnée passe un peu au-dessus, mais je suis pressé de rejoindre mon point de chute de la journée. Vers les seize heures je touche au but. Avec l’arrêt et le refroidissement des muscles les douleurs apparaissent. J’ai du mal à me plier et une douleur persistante me zèbre la fesse droite. Je me dis que demain matin il sera temps de faire le point.
Le lendemain matin j’ai du mal à sortir de mon lit, une douleur aiguë me cloue sur ma couche. Je prends conscience que j’ai voulu forcer sur la bête sans l’entraînement nécessaire et je le paie. Cela m’était rarement arrivé, à tel point que je n’en ai pas le souvenir. Mais il me faut tirer les leçons de ce type d’erreur et me préparer mieux ou alors commencer par des étapes courtes le temps que le corps se mette au diapason. Donc je vais reprendre le train pour Lyon en constatant l’échec de mon projet. Un coup de téléphone à l’hostellerie de la Sainte-Baume, pour leur dire que ce soir je n’y viendrai pas. Et voilà la belle randonnée hivernale que je prévoyais durant onze jours se termine après deux seulement. Mais le renoncement, bien qu’il me contrarie, ne m’enlève pas la passion des grands périples à pied. L’envie de repartir n’en est que plus forte, et l’expérience vécue ces deux jours a été très enrichissante et surtout doit me rappeler à l’humilité.
Le projet initial prévoyait de rejoindre Nice au départ de la gare Saint-Charles à Marseille, en traversant différents massifs montagneux, le premier étant les Calanques. Projet quelque peu ambitieux, quand la préparation physique a été pour le moins négligée, de plus monté à la hâte et de façon approximative en matière de poids de sac qui avoisinait les quatorze kilos. Evidemment le péché de vanité ça se paie généralement cash. Bien entendu ce fut le cas. La balade démarrée dans l’allégresse un matin de fin janvier 2010 sur l’esplanade de la gare Saint-Charles s’est terminée dans la douleur deux jours plus tard à Roquefort-la-Bédoule, village situé sur les hauteurs de Cassis. Un démarrage de sciatique m’a cloué et forcé à l’abandon.
Toute expérience est bonne à faire. Cela permet de réfléchir aux erreurs commises afin de ne pas les répéter. Cela rappelle surtout aux réalités pour éviter de se croire au-dessus de la moyenne en partant dans n’importe quelle condition. Donc, je ne regrette pas ces deux jours passés à marcher même si parfois j’en ai bavé, à cause de la première étape bien trop longue, du manque d’entraînement, du sac trop lourd et du temps particulièrement hostile le deuxième jour.
Les conditions météorologiques n’étaient pas très favorables à cette époque, cependant je l’avais choisie car elle correspondait à une période de pleine lune. Et, en hiver on peut être amené à marcher dans l’obscurité, et l’astre de la nuit prodigue à ces moments-là une lumière appréciable et salvatrice.
Le TGV Lyon Marseille fonce dans la nuit. A partir de Montélimar le jour se lève. Une plaine brouillardeuse et toute couverte de givre se dévoile. Je me dis que les Calanques, première partie de mon périple, devraient échapper à ce phénomène du fait de leur proximité de la mer. L’arrivée à Marseille a lieu vers les huit heures trente.
L’air est frais sans plus, pour une fin janvier je dirais qu’il fait bon. Dès la sortie de la gare, Notre Dame de la Garde, « la Bonne Mère », me saute au visage. Ce ne sera que le deuxième point de passage de ma balade. Dans un premier temps je compte descendre au Vieux Port pour admirer les étalages des pêcheurs qui arrivent juste de la mer, et débarquent leurs poissons encore vivants. La ville en ce début de matinée est populeuse, les voitures nombreuses. Rapidement je rejoins la Canebière, ce boulevard mythique en légère descente, qui me conduit en quelques minutes sur le quai du port.
En effet, comme prévu quelques étals sont alignés et exposent une marchandise aux teintes colorées, comme seuls les poissons de Méditerranée en dévoilent. Le loup, la sole, le turbot occupent une bonne place, ensuite le rouget, normal et grondin, ainsi que la rascasse rehaussent l’ensemble d’une touche rouge vif. Le rouget sur le bassin d’Arcachon, mais là on n’est plus en Provence, lorsqu’il est de petite taille porte le charmant surnom de vendangeur. En effet, on le dénomme ainsi pour les raisons suivantes : il rentre dans le bassin au moment des vendanges et prend la couleur rouge de la feuille de vigne en automne. Même s’il est goûteux, ce n’est pas mon préféré. Une bonne sole ou un joli marbré à la livrée blanc immaculé, rayée de fines lignes noires sont mes préférés, sans oublier une friture de girelles multicolores. Revenons à nos étals ; au beau milieu de tous ces poissons une grosse langouste ajoute sa touche. Tout heureux je m’attarde en faisant une multitude de photographies.
Des ruelles en pente m’invitent à prendre la direction de « la Bonne Mère » qui veille du haut de sa colline sur la ville. Un petit bistrot, à la devanture bien méridionale, me tente pour un arrêt technique. Les toilettes sans papier, heureusement je suis toujours prévoyant. Le café est bon, l’accent des clients est un vrai plaisir. Je demande au tenancier le chemin le plus court pour monter au sommet de la colline. « En bus ou à pied ?» interroge-t-il. Je lui confirme que je compte y monter par mes propres moyens. Et là, il me sort une tirade digne de Pagnol à peu près dans ces termes : « Eh! Vous fatiguez pas à monter là-haut, redescendez sur le port et faites une photo au téléobjectif et vous direz que vous y êtes allé ». J’adore, et toute la salle rigole, le midi ça vaut le coup! Me voilà reparti, la rue en pente raide permet de s’élever rapidement. Je traverse un parc arboré au chemin en épingles à cheveux, et débouche au pied du raidillon final. Mon attention est attirée par un char d’assaut datant de la seconde guerre mondiale du nom de « Jeanne d’arc ». Son équipage avait été tué à cet endroit lors de l’assaut des troupes françaises, qui le 25 août 1944 reprenaient la colline aux Allemands. L'évocation des combats passés et de ces soldats qui y laissèrent leur vie procure toujours des moments de grande émotion. Cela me rappelle mon voyage à travers l’Europe de l’est, ponctué de lieux évocateurs du grand cataclysme déclenché par la dictature nazie.
Je m’arrache à ce spectacle et au panneau relatant les circonstances de ces événements tragiques. Devant moi, un grand escalier matérialisant un chemin de croix me conduit directement sur le parvis de la basilique.
Que le site est aérien ! Que la vue est immense, époustouflante sur la mer et ses îles, sur la terre ses maisons et ses collines. J’ai un regard tout spécialement pour le château d’If, datant de l’époque de François Premier et qui fut rendu célèbre par le roman d’Alexandre Dumas qui fit rêver beaucoup d’entre nous dans notre jeunesse, le comte de Monte-Cristo.
Marseille s’étale en contrebas. Ses constructions, innombrables, semblent blotties, tassées les unes sur les autres comme pour se tenir chaud en attente du mistral qui commence à lancer ses rafales d’air froid, rageuses et aléatoires. Je fais le tour de cette vaste esplanade. Sous tous les angles le spectacle est étonnant. Une large terrasse en contrebas semble véritablement en surplomb sur la ville, comme si on allait tomber sur les premiers toits en se penchant. Le parapet de cette esplanade est littéralement couvert d’ex-voto. Ils en occupent tout l’espace vertical, à tel point que l’on passe, par un effet de perspective, sans transition aucune du blanc des plaques de marbre aux toits des maisons qui se serrent quelques centaines de mètres plus bas. L’effet est très étonnant.
Les ex-voto, lorsqu’on entre dans la basilique, attirent immédiatement l’attention pour ne plus la lâcher. Généralement, on imagine qu’ils expriment des paroles de remerciements pour une guérison ou simplement qu’ils donnent une date et un nom. On oublie que l’ex-voto n’est pas toujours une simple plaque mais parfois un véritable tableau gravé. Alors les vœux de reconnaissance à la Vierge de la part des marins s’apparentent à de véritables œuvres d’art qui relatent des situations dignes de films d’aventure. Ce régiment d’infanterie qui remercie la Vierge Marie de lui avoir permis d’échapper aux sous-marins allemands en 1918 lors de son transfert d’Afrique du Nord sur le front occidental. Encore cet équipage d’un grand voilier qui a survécu à une terrible tornade dans l’Océan Indien. Ou encore ce remerciement pour avoir été préservé d’une grande épidémie de choléra. Ces trois exemples pour donner une idée de ce que représentent ces centaines voire milliers d’ex-voto de marins qui rendent grâce à la Vierge pour leur salut.
L’édifice est d’architecture imposante, sur certains côtés extérieurs il me rappelle la basilique de Fourvière à Lyon. L’intérieur est incroyablement orné de couleurs chaudes, le style est presque oriental.
Après cette visite particulièrement intéressante il me faut reprendre ma route vers les Calanques que je distingue au loin au-delà d'une longue corniche. Je la rejoins en descendant un chemin abrupt au pied de la basilique où de nombreux chats errant parmi les cactus me détalent entre les jambes. Puis après avoir suivi sur quelques centaines de mètres une rue comme il en existe dans toutes les villes, une dame m’indique un sentier très pittoresque qui se glisse entre les maisons au fond d’une minuscule gorge. Par ce cheminement je rejoins directement le bord de mer. Il est dix heures, je vais marcher le long de cette corniche durant deux heures. Par moments, il me prend l’envie de monter dans un bus qui me conduirait directement à Callelongue, mais je résiste. Est-ce une bonne chose ? Aujourd’hui je ne crois pas, car étant donné mon entraînement, j’aurais mieux fait de me ménager ce qui m’aurait évité les déboires et douleurs à venir, en commençant par une immense étape.
Le temps est légèrement couvert, le vent est en train de s’installer par rafales successives. Cela est caractéristique à la couleur de la mer, qui prend cette teinte bleu noir, annonciatrice des jours de mistral avec ses vaguelettes qui courent au large. Cette corniche me paraît interminable, l’impression d’éloignement étant augmentée par l’humidité de l’air qui donne une touche floue à tout ce qui se trouve à quelques kilomètres. Les aménagements sont de belle qualité et la marche est agréable. Quelques objets qui se veulent des sculptures égayent la marche. En particulier, une proue de navire, que j’identifie comme phénicien, côtoie un genre de crabe armé d’une énorme pince qui monte au ciel, le tout façonné en bois brut gris clair presque couleur cendre. Quelle en est la symbolique ? Juste avant, une immense hélice en bronze pointait vers le ciel, pour rappeler le retour des rapatriés d’Algérie et la ville de Marseille a fait inscrire à son pied la mention suivante pour que le passant se souvienne: Aux rapatriés d’Afrique du Nord et d’outre-mer. A tous ceux qui ont pour dernière demeure un sol maintenant étranger, sur lequel ils ont vécu, travaillé et où ils ont aimé. Salut à vous qui êtes revenus, notre ville est la vôtre.
Je réalise une fois de plus, que le fait de marcher permet beaucoup plus de s’imprégner d’un pays que de le parcourir en véhicule. Une multitude de choses vous interpellent lorsque vous vous déplacez au rythme des pieds. La randonnée on la conçoit toujours dans des régions de nature loin des villes. Traverser les Calanques en partant de la gare Saint-Charles m’avait tout d’abord semblé une drôle d’idée, pas forcément intéressante, puis je m’étais dit : cette ville de Marseille par laquelle tu es souvent passé la connais-tu ? Bien sûr une multitude de fois j’avais, comme on dit en franglais, commuté par cette gare carrefour, bien qu’elle soit dans un cul-de-sac, paradoxe ! J’avais vu la porte d’Aix, j’étais même déjà passé par Notre dame de la Garde, j’avais même feuilleté le dictionnaire amoureux de Marseille, collection remarquable, mais cette ville du sud dont Albert Londres a fait une magnifique description intemporelle, je n’avais jamais pris le temps de m’y plonger quelques heures à errer au hasard. Donc, cette introduction au voyage m’est apparue de plus en plus pertinente et voilà comment on décide d’un voyage à pied en le débutant par la traversée d’une ville sur une quinzaine de kilomètres. Je dois dire que l’expérience est intéressante est mérite d’être faite, mis à part qu’il est préférable d’avoir la forme physique et ne pas vouloir faire deux étapes en une.
On est toujours surpris de la vitesse à laquelle on avance à pied. Les détours du rivage qui me semblaient sans fin sont atteints rapidement et bientôt la densité des maisons diminue, la roche blanche des Calanques se fait plus présente. Les petits villages à la touche très méridionale, en périphérie de la grande ville sont traversés. Leurs noms sont universellement connus, Montredon, la Madrague, les Goudes. Ce dernier cache un petit port au fond d’une crique resserrée surplombée de villas, qui semblent surveiller de leurs gros yeux carrés les bateaux sagement alignés. A cette époque de l’année l’activité est quasi nulle. En arrière-plan les premières falaises d’escalade s’érigent et montent vers le ciel comme des sentinelles qui seraient garantes de l’originalité du site. Encore un kilomètre par la route qui domine la mer. Le spectacle est impressionnant, les îles se découpent en plans successifs. Elles présentent toutes des crêtes extraordinairement déchiquetées et je ne me lasse pas de les contempler. Comme quoi il faut être sans préjugé, car même en marchant sur une route goudronnée on peut être saisi par la beauté des paysages. Il faut dire cependant que le trafic automobile est presque nul. Je vois simplement passer le minibus qui aurait pu me faire effectuer le trajet en vingt minutes au lieu de trois heures et demie. Mais aurais-je éprouvé la même sollicitation à l’appel des Calanques et du voyage à pied ?
Dans toute sa splendeur apparaît dans un virage la calanque toute en longueur, au nom évocateur de Callelongue. Le chemin commence ici, il s’agit de la porte d’entrée dans les Calanques au départ de Marseille. L’air commence à se rafraîchir et le mistral à forcir. Je ressens de la fatigue, mais je suis habitué aux démarrages de longues randonnées, qui demandent une petite mise au point, cela ne m’inquiète pas. Un restaurant à l’aspect sympathique me tente et je me laisse faire, la Grotte. Le patron me demande où je veux m’installer, je lui dis là où il fait le plus chaud. Il me désigne une petite table tout à côté d’un gros poêle qui distribue sans avarice sa douche chaleur. Que je suis bien! Une grosse entrecôte me procure un plaisir immense, même si il n’est écologiquement pas bien de manger de la viande à cause des quantités d’eau nécessaires, il paraît cinquante mètres cubes par kilogramme, et puis aussi à cause de l’effet de serre du fait des vaches qui émettent des gaz comme le méthane!
Après un moment très agréable qui m’a permis de me reposer, je fais le plein d’eau de mes deux bouteilles de Badoit en vue d’une traversée des Calanques sans possibilité de ravitaillement. Ce qui sera le cas. Une fois dehors l’ambiance hivernale se rappelle à moi. Je pense aujourd’hui aller au moins jusqu’à la calanque de Sormiou. Mais nous verrons bien. Je démarre par le chemin en bord de mer, la vue porte jusqu’au bec de Sormiou. Il n’y a que moutonnements de falaises éclatantes qui plongent dans la mer d’un bleu profond. En arrière-plan, très loin perdu dans un brouillard ténu dû à la distance, on discerne le cap Canaille entre Cassis et la Ciotat. Perdue dans ce décor gigantesque la Grande Candelle arbore son arête de Marseille qui apparaît minuscule bien qu’elle se développe sur plus de cent vingt mètres. La France quand on pense à la regarder est à mon sens le plus beau pays du monde.
Se sentir exposé à un chemin que l’on ne maîtrise pas complètement en se disant que la nuit viendra trop tôt et qu’il faudra s’adapter au dernier moment en fonction de ce que l’on trouvera avant la fuite du soleil, est un des principaux moteurs de mes balades hivernales, toujours un peu contraintes par les heures que l’on sait contingentées.
Je me souviens de ma jeunesse et d’une traversée des Calanques en courant que j’avais réalisée en trois heures trente sept minutes et trente sept secondes de Callongue au parking de Port Miou. Mais aujourd’hui les années se sont accumulées et le sac fait quatorze kilogrammes, et moi qui me crois le chantre du sac léger, je me fais presque honte.
Le vent forcit, donc le ciel se dégage. Le contraste de ces vagues de rochers blancs qui plongent dans cette mer, hésitant entre le bleu profond et le vert émeraude absout de toutes les souffrances, car je commence à ressentir que je vais dépasser les possibilités de ma forme. Mais à aucun moment l’idée de ralentir ne m’effleure, toujours trop confiant dans la capacité de ma carcasse à amortir les violences. Il faut dire que le panorama est tellement grandiose que l’on ne pense plus à écouter son corps mais seulement à s’enfoncer toujours plus profondément dans ce monde minéral. Se déplacer entre ciel et mer sur ce chemin aérien est une véritable drogue.
Cet immense arc qui conduit jusqu’au bec de Sormiou m’envoûte littéralement. N’ayant pas regardé ma carte j’ai de la difficulté à estimer les distances. Je sais seulement que le chemin que j’ai décidé de suivre s’insinue dans ces falaises. Je réalise que je ne suis plus uniquement dans une balade sur un chemin mais qu’il va falloir faire appel sans doute à quelques notions élémentaires d’escalade. En effet, lorsque je m’engage sur le tracé vert des Walkyries, l’ambiance change. Après un chemin pierreux demandant de l’attention, la verticalité du lieu s’impose. Rapidement une main courante est nécessaire pour négocier un passage d’une dizaine de mètres vertical. J’avais oublié que les Calanques ne se déclinaient pas toujours en chemins mais en aussi en terrain un peu plus aventure. Cela n’est pas pour me déplaire.
Le site est austère, et pas une seule personne, oui en France on peut se sentir très loin. Sur une vire aérienne je fais une erreur et me trouve acculé à des pas d’escalade à la limite du raisonnable. Ne pas insister et faire demi-tour, en effet les fameuses traces de peinture vertes donnent la direction d’un petit aplomb qui nécessite un pas d’escalade facile. A plusieurs reprises je dépasse des lieux qui fourniraient des bivouacs dignes des dieux. Mais voilà il reste quelques heures de jour et cette obsession de continuer sans relâche, est toujours la plus forte, que c’est dommage !
Ce chemin qui s’insinue entre des barres rocheuses est vraiment extraordinaire. La jouissance naît aussi du fait que se sachant engagé dans un trajet de longue durée, l’étonnement est bien réel de se voir acculé à des passages de cette difficulté antinomiques de grandes distances à franchir. Les vagues frappent la base des falaises en projetant des gerbes d’écume. Je me sens en harmonie avec les éléments. Cependant, au fond de moi, une petite voix m’avertit que tout n’est pas pour le mieux. En effet, le sac se fait lourd et une forme de fatigue générale, que je décèle au manque de souplesse dans les passages aériens, commence à se manifester. Le chemin est minuscule, il se faufile au milieu de la falaise qui semble ne laisser aucune issue, la jouissance est bien réelle. Dans un passage très raide et aérien, alors que je pousse sur la jambe droite, une douleur fulgurante me saisit le mollet. Je m’agrippe du mieux possible à l’aide de mes deux mains. Je suis cloué sur place par la douleur. Je déporte le plus vite possible le poids de mon corps sur la jambe gauche. Immobile au milieu de ce monde de pierre je me demande ce que je vais faire si la douleur ne cesse pas. Mais rapidement elle s’estompe. Je comprends que je viens de dépasser les limites. Doucement, je me remets en marche en faisant attention à mon mollet droit vulnérabilisé. Mon premier souci, c’est de sortir de cette zone trop raide pour me permettre de m’arrêter pour la nuit. Dans le fond, que tout ne se passe pas « comme sur des roulettes » ça change et ça donne un peu de piment!
Le coin est vraiment sauvage, une grande falaise sur plusieurs kilomètres dans laquelle je louvoie de vire en vire. Je repars donc doucement en faisant bien attention de délester au maximum ma jambe droite. Un peu plus tard une deuxième alerte, et à nouveau ce mal fulgurant dans le mollet droit. Je décide de m’arrêter pour une petite halte et faire le point.
- A nouveau je suis en marche à un pas lent, bien conscient de préserver ma jambe droite. Cela me paraît tenir. Bientôt, au-dessus de moi, la falaise se couche et le chemin prend un aspect plus habituel et cela jusqu’à la crête qui domine la calanque suivante. J’atteins la crête et rapidement j’aborde la descente en direction de la route qui conduit à Sormiou. Le vent est particulièrement violent. Je croise un homme, jumelles rivées sur les yeux. Je suis intrigué. Il me dit qu’il est en train d’observer un aigle de Bonelli en vol stationnaire dans le mistral qui produit un effet d’onde sur le relief. Gentiment il me propose à mon tour d’observer ce bel oiseau. Spectacle superbe, merci Monsieur pour ce petit moment de bonheur que vous m’avez procuré.
La vue se découvre sur un vaste paysage, la Grande Candelle, sentinelle éclatante de blancheur, pointe vers le ciel, un peu plus loin, le Devenson caractéristique du fait de sa grande conque au rocher rouge, que j’avais gravie il y a une trentaine d’années et qui m’a laissé des souvenirs forts, plonge dans les flots, et puis tout là-bas, le cap Canaille, affichant sa silhouette massive, semble matérialiser le bout de la terre dans la mer.
Un peu avant l’intersection avec la route de Sormiou, sur le chemin se trouve un panneau rappelant les caractéristiques de la grotte Cosquer. Elle fut découverte en 1991 par le plongeur Henri Cosquer par 37 mètres de profondeur au pied de la falaise du cap de Morgiou. Une datation au carbone 14 a permis de faire remonter l’occupation du lieu entre 18500 et 27000 ans « avant le présent ». L’entrée en fut immergée il y a 10000 ans lors d’une période de réchauffement de la planète. La visite n’en est pas possible, mais le plus vieux musée immergé du monde peut se découvrir grâce à un film en trois dimensions qui permet d’en avoir une représentation imagée. Cette lecture me fait instantanément oublier mes petits maux et me plonge dans un monde fantastique d’il y a presque 300 siècles. J’ai du mal à réaliser ce que représentent 300 siècles !
A mes pieds la calanque de Sormiou dévoile sa plage et son ensemble de petites maisons blotties au fond d’une crique profonde, à l’entrée de laquelle veille, tel un garde gigantesque, le bec de Sormiou. Je ne vais pas descendre, mais je décide de continuer jusqu’à Morgiou en espérant y arriver avant la nuit et surtout y trouver un gîte. En effet le mistral souffle de plus en plus fort et une longue nuit dehors ne m’attire pas vraiment, et surtout le bivouac est strictement interdit et je n’aime pas en général enfreindre les règlements. La contravention est de 135 euros !
Le chemin m’apparaît long, la fatigue s’accentue. Une côte semble ne jamais finir alors que je sais d’expérience que les distances dans les Calanques ne sont jamais très longues. Après avoir croisé deux personnes bien emmitouflées, j’arrive enfin sur la crête séparant les deux calanques. Le Crêt Saint Michel baigné de la lumière du soleil couchant, magnifique falaise d’escalade, fait son apparition, donc Morgiou n’est plus tout proche. Le vent fort commence à m’inquiéter. Et si je ne trouvais rien pour dormir dans cette calanque? Malheureusement cette éventualité me semble probable ! Je me souviens qu’il s’y trouve un bistrot. Il faut toujours positiver, vais-je trouver un arrangement avec le patron.
Un petit chemin sur la droite, débutant par un immense détour presque à flanc, donne accès au fond de cet étroit vallon si pittoresque. Les toits des cabanons groupés dans un écrin restreint de verdure se discernent dans la pénombre, comme écrasés par les vastes pans de falaises calcaires blanches qui en vagues successives s’élèvent jusqu’à la Grande Candelle, qui encore pour quelques minutes, comme un sémaphore brille au-dessus d’un monde de pénombre. Dans le prolongement des habitations, le port, abrité au fond de son étroit bras de mer resserré par cette roche éclatante omniprésente, se prépare à hiberner en attendant la longue nuit qui emplira les lieux dans peu de temps.
La route étroite et sinueuse qui donne accès à la calanque est vite rejointe, et devant moi l’enfilade des cabanons se dessine. Br ! L’éclairage décroît et ce vent froid que l’on entend gémir dans les murailles me dominant, crée une atmosphère sévère. Une ombre furtive passe d’un cabanon à un autre, je n’ai pas le temps de l’intercepter. Un chien dans cette ruelle étroite, le maître ne doit pas être loin. En effet une femme sort d’une habitation. Je me renseigne sur les possibilités d’hébergement. Elle est catégorique, il n’y en a pas. De plus elle m’indique que le bistrot est exceptionnellement fermé. Heureusement que je me suis chargé de deux litres d’eau à Callongue, ce qui me sera bien utile car maintenant, je ne dois pas m’attendre à en trouver avant Cassis, c'est-à-dire au mieux demain midi.
Mais ces cogitations ne règlent pas mon besoin urgent de trouver un point de chute pour la nuit. Je sais que le bivouac est interdit, le procès verbal est de 135 euros, je l’ai lu à plusieurs reprises. De plus j’essaie toujours de me conformer aux règlements en vigueur. Mais aujourd’hui que faire ? La dame me parle bien de nombreux cabanons vides à cette époque. Je ne me vois absolument pas rentrer par effraction dans l’un d’eux. Alors elle se souvient qu’au-dessus du port se trouve un abri sous roche qui offre un espace plat permettant la station couchée. Elle y montait me dit-elle, il y a bien longtemps, lorsqu’elle était jeune. Fort de ce renseignement je reprends ma route. Je constate que le bar est effectivement fermé, puis je débouche sur le port. Le chemin escalade en pente raide le versant gauche. Je distingue une petite falaise quelques dizaines de mètres en retrait. Je m’y dirige, et miracle à son pied un superbe espace plat me permet d’ériger ma minuscule tente couleur vert militaire en toute discrétion. Etant donné l’époque et les conditions climatiques je ne crains pas trop d’être débusqué par un agent ou un garde forestier.
L’installation est rapide, cependant je prends soin de procéder dans l’ordre. Une couverture de survie posée au sol, sur laquelle je déploie ma tente double paroi. Je gonfle mon mini matelas, j’étale mon sac de couchage dans lequel je glisse mon léger drap intérieur, à la dénomination courante que je déteste, sac à viande. Il a une double vocation, d’une part éviter de salir le tissu du sac de couchage lorsque je m’y introduis tout habillé, et d’autre part augmenter le confort et la chaleur lors d’une longue station comme aujourd’hui de quatorze heures.
L’endroit bien que tout proche des bateaux, que j’entends se balancer dans le clapotis, permet la plus grande discrétion. Quelques grands pins contribuent à escamoter la silhouette de mon abri dans la nuit qui prend possession des lieux.
Une fois allongé je réalise que je suis très fatigué. Je n’ai ni soif ni faim, mauvais signe. Je prends pleinement conscience que je suis parti sans préparation et que cette étape très longue pour commencer risque de m’être fatale. Je sens mon mollet droit qui se remet doucement des deux crampes très douloureuses ressenties dans les escarpements de la falaise des Walkyries.
Bien installé dans ma tente j’entends le vent qui s’affole tout autour en bourrasques hargneuses et colériques. En prévision de ces conditions, je me suis appliqué à bien planter les piquets et j’ai pris la précaution de renforcer leur prise au sol en les recouvrant de grosses pierres. Je me sens bien. La nuit est complètement tombée. Une clarté monte lentement et finit par s’imposer. La lune en maîtresse des ténèbres, qu’elle assaille et conquiert, s’impose et rend à la roche tout son éclat. Malgré la fatigue, je ne peux résister à la contemplation de ce spectacle. Le bruit du vent dans les parois et les arbres, le cliquetis des bateaux à l’amarre, le clapot léger des vagues mourantes qui réussissent à venir au fond de cette baie profonde, me bercent dans cette clarté nocturne. En face, par delà le court bras d’eau, je peux distinguer très nettement le dièdre du renard, belle escalade d’un peu moins d’une centaine de mètres, qui suit un itinéraire semblable à un livre ouvert, que l’on parcourt en apposant les pieds de part et d’autre sur chacune des pages. Malgré l’envoûtement du spectacle en ce lieu de confluence de la mer et de la montagne, je suis obligé malgré la féerie, de me réfugier au chaud dans ma guitoune. En effet, les températures négatives et le mistral s’allient pour rompre le sortilège. Les morsures du froid me forcent à battre et retraite, un peu comme si en ce lieu où le bivouac est interdit, les curieux de la nuit en infraction, intrus qui se sont imposés sans invitation, étaient irrémédiablement refoulés et non autorisés à voler un spectacle de toute beauté.
Quatorze heures allongé dans une tente à attendre le jour avec des températures en dessous de zéro et un vent fou, on pourrait imaginer que c’est long et que c’est un vrai calvaire. Eh bien non ! Un matériel adapté permet de véritablement jouir de cette situation, se sentir en harmonie avec la nature en réalisant que même en hiver dormir dehors procure des sensations agréables. Le temps va s’écouler entre brefs sommes perturbés par les rafales qui font claquer la toile du double-toit, quelques moments de lecture et de temps en temps par une prise de nourriture et une gorgée d’eau. Mais je me sens tout à fait à ma place et ma grande fatigue me fait d’autant plus apprécier cette longue station couchée.
J’ai la ferme intention de ne démarrer que lorsque le jour sera pleinement levé car le chemin contournant Sugiton est assez escarpé et de nuit voire seulement dans la pénombre cela ne doit pas être très agréable. L’aube pointe, j’en distingue la lumière à travers ma mince protection. Puis d’un coup une lumière plus vive m’inonde. Tiens de quoi s’agit-il ? En face de moi le versant orienté à l’est reçoit le soleil et me le renvoie avec prodigalité. Spectacle magnifique, cette pente de cailloux qui s’éclaire subitement. Je plie rapidement mes affaires, bien ordonnées dans des sacs de congélation de différentes tailles, que je maintiens au plus serré avec des élastiques. Je me force à manger, je devrais dire ingurgiter une rondelle de saucisson, un morceau de pain et un bounty, le tout accompagné d’une petite rasade d’eau. Lorsque je bivouaque seul, je ne me fais jamais rien chauffer le matin. Et de plus dans les Calanques, même en hiver, avec ce mistral ce serait folie criminelle. De mon repère en hauteur, la vue plonge directement sur le port et ses bateaux de pêcheurs et de plaisance bien rangés le long des jetées à angle droit.
La marche reprend, la forme est revenue, le long repos m’a fait le plus grand bien. Un bruit de moteur monte de la calanque. Un pêcheur revient de relever ses filets. Sans doute ramène-t-il de beaux poissons de roche multicolores ? Le chemin prend par endroits des airs d’escalade, les pieds sont en adhérence et il faut s’aider des mains pour se hisser. Le rocher est très poli par les nombreux passages. Au-dessus de moi l’aiguille de Sugiton dresse ses belles faces, qui sont parcourues d’innombrables voies d’escalade. Je me souviens y être venu souvent, il y a bien longtemps.
J’arrive à la calanque de Sugiton qui est dominée par l’impressionnante paroi des toits, aux teintes marron. Un petit raidillon me conduit juste à son pied. Je vais la longer sur toute sa longueur. Il ne fait pas chaud, de petites stalactites de glace pendent sous les surplombs. Le chemin est vraiment au pied car on passe carrément sous la paroi à l’endroit même où les grimpeurs commencent leur escalade. Je discerne les pitons qui partent à l’assaut de ce monde en dévers. Aujourd’hui le site est désert. D’ailleurs jusqu’à Cassis je ne verrai pas âme qui vive. Le cheminement pénètre dans un goulet raide aux cailloux instables, pourtant je suis sur un chemin de grande randonnée. Mais l’effort de la veille doit encore se faire sentir. Puis j’emprunte le sentier de traverse, GR 98 qui conduit au col de la Candelle. Le dénivelé depuis la mer atteint les quatre cents mètres. La vue s’élargit et s’embellit. L’île de Riou, tel un destroyer résiste dans une mer sous l’emprise du mistral. Le cap Morgiou s’étire loin dans cette mer bleue foncée moutonnée de vaguelettes rapides qui fuient vers le large. Une pensée à la grotte Cosquer qui se cache là-bas à son pied par moins trente sept mètres. Cela prouve qu’il y a vingt mille ans le niveau de la mer était beaucoup plus bas. Cela veut-il dire que les théories actuelles sur le réchauffement sont à relativiser? Effectivement un certain nombre de polémiques fleurissent à ce sujet ces derniers temps. Qu’en est-il ? De nombreux ouvrages, tel celui de Claude Allègre ou encore celui de Emmanuel Grenier, scientifique reconnu « Les dérangements du temps 500 ans de chaud et de froid en Europe » permettent de se forger sa propre opinion.
Par une multitude de courbes je monte vers le col de la Candelle. Son arête ouest, dénommée arête de Marseille grandit et me barre l’horizon. Cette escalade mythique de difficulté moyenne a été immortalisée par Gaston Rebuffat, qui en a fait des photos à grande diffusion d’un esthétisme parfait. De vieux souvenirs me reviennent à l’esprit. Combien de générations d’alpinistes cette falaise magnifique a-t-elle inspirés ? Et qui plus tard sont partis à l’assaut des géants des Alpes et des autres massifs montagneux du globe. Ma solitude par cette journée froide et venteuse est peuplée d’une foule hétéroclite se riant du temps, d’une part ces hommes préhistoriques qui vivaient en ce lieu il a quelques trois cents siècles et d’autre part les cohortes de grimpeurs qui se sont succédés sur cette arête depuis plus de quatre vingt ans, car le premier parcours remonte à 1927. Durée dérisoire comparée aux 300 siècles qui nous séparent des artistes qui ont orné la grotte se cachant au creux de la falaise de Morgiou. D’ailleurs à ce sujet, les deux découvertes récentes majeures que sont la grotte Cosquer et la grotte Chauvet dans l’Ardèche ont révolutionné les théories sur l’art préhistorique. En effet il y a quelques temps alors que je visitais le double de la grotte de Lascaux, je demandais au paléontologue qui nous accompagnait, si ces deux découvertes avaient modifié nos connaissances en la matière. Sa réponse fut étonnante et d’un grand intérêt. En effet, il m’expliqua que toutes nos connaissances avaient été bouleversées, car avant ces découvertes, à travers les sites connus on pouvait constater une évolution technique au cours du temps dans les dessins pariétaux, les perspectives s’affinaient les dimensions se précisaient en cohérence avec la datation au carbone 14 des sites. Puis ces deux grottes ornées d’un intérêt majeur ont été découvertes. Les dessins observés sont beaucoup plus vieux que tous ceux connus. La surprise de taille réside dans le fait que ces deux nouvelles grottes dévoilent des représentations à la facture technique très évoluée, patatrac, nos belles théories envolées ! Voilà ce que m’a répondu ce spécialiste de l’art préhistorique.
L’arrivée au col me rappelle à la réalité du moment présent. Un vent violent me cueille littéralement et me fait vaciller. Le panorama s’étend de Marseille au cap Canaille entre Cassis et La Ciotat. Mais je ne m’éternise pas pour échapper aux rafales d’air violentes et anarchiques.
Je poursuis par le chemin qui me paraît le plus rapide. Il va me conduire au cap Gros. Un peu à contre cœur je décide de prendre cette direction certes plus courte mais qui va m’éloigner du bord de mer et de ses immenses falaises. En effet, je n’ose pas m’aventurer dans la direction du Devenson, le vent véritablement rageur commence à m’inquiéter. Momentanément dans un petit talweg je suis protégé et en cet endroit il fait bon. A mes pieds une vue magnifique révèle le Val Vierge sous un angle stupéfiant, quatre cents mètres de gorges qui dévalent jusqu’à la mer. Un dernier petit raidillon et je débouche au cap Gros. Un ultime coup d’œil aux falaises que je vais quitter pour cheminer sur un plateau qui présente moins de caractère.
Ma carte indique un refuge, manifestement il n’y est plus. Dommage car je me serais bien arrêté. Le vent devient, non pas inquiétant mais franchement dangereux. Sur cette crêt du Mont Puget jusqu’à quelque distance du col de la Gardiole, j’ai vraiment eu la sensation de lutter pour ma survie, me sentant en grand danger. Cette accélération du vent est sans doute due au relief entre Marseille et Cassis qui à cet endroit crée une étroiture propice à un effet venturi, qui se concrétise par un courant d’air d’une violence inouïe et sans répit. La peur je l’ai déjà expérimentée dans de nombreuses circonstances, les accidents de la route, la grande chute en escalade, le bivouac dans une paroi en altitude, noyée sous une épaisse couche de neige, les bombardements de pierres en paroi ou au canon à Sarajevo, les avalanches et par mauvais temps sans visibilité la sensation est terrifiante de se trouver sur une neige qui se met en mouvement sans être capable d’appréhender l’ampleur du phénomène. Mais, aujourd’hui la peur va prendre un aspect différent, il s’agit de la peur de s’envoler comme une feuille et cela durant un long, très long moment. Je suis passé pratiquement sans transition d’une zone relativement calme à la bourrasque la plus terrible que j’ai connue. Pourtant le vent, je croyais en avoir une certaine expérience. Il y a quelques années au cours d’une tempête hivernale, durant quatre jours j’avais parcouru une partie du chemin cathare. Mon corps s’était habitué et je me sentais totalement adapté à cet environnement hostile. A plusieurs reprises j’avais été bousculé et jeté au sol, mais je maîtrisais et cette confrontation virile avec les éléments m’avait beaucoup plu. Seulement en montant au château de Quiribus, j’avais été très impressionné et j’avais rampé dans les escaliers verglacés et m’étais réfugié dans une grande pièce voûtée, de laquelle il me semblait que le château vibrait en harmonie avec les coups de boutoir de la tempête. Mais là encore en me plaquant aux murailles et en rampant sur des sols uniformes, cela était plus un « jeu d’adrénaline » qu’une peur déclenchée par un risque que l’on évalue comme mortel.
Aujourd’hui sur cette crête pourtant large et absolument pas aérienne il en va tout autrement. J’ai l’impression de ne plus rien maîtriser, et d’être le jouet passif de ces bourrasques continues qui cherchent à m’arracher du sol. Pas de point de repos auquel me raccrocher, au milieu de ce large chemin de pierraille je me fais penser à ces gros buissons épineux que l’on voit rouler au cours des tempêtes dans les films de cow-boys. J’en ai déjà vu en réalité non aux USA mais dans le désert saoudien. Ils apparaissent dans le nuage de sable et quelques instants plus tard ils ont disparu absorbés par la grisaille. Aujourd’hui pas de grisaille, un ciel lumineux et cette tempête farouche contre laquelle j’essaie de lutter. De plus il fait froid, quelques petites plaques de glace rappellent que la température est négative. Je suis peu couvert, et il n’est plus possible de m’arrêter et de sortir un quelconque habit. Cela ne me vient même pas à l’idée tellement cela me paraît voué à l’échec. Je n’ai pas de gants et mes doigts sont gourds. Arc-bouté, je dérape sur les cailloux, avec mes bâtons j’essaie de freiner puis de bloquer le mouvement que m’impose le vent. Les pierres sont comme des roulements à bille sur lesquels mes chaussures se mettent en mouvement. Surtout ne pas laisser la vitesse augmenter. A plusieurs reprises, je me retrouve couché pour ne pas être emporté. J’essaie de ramper, mais sur ce sol aux cailloux tranchants cela est particulièrement mal aisé et il me faudrait des heures pour sortir de cette zone, dans laquelle j’ai l’impression de jouer ma survie. Il est particulièrement déstabilisant de ne trouver aucun point auquel se raccrocher, mais ne voir qu’un immense espace duquel je pense que je n’aurais peut-être pas l’endurance suffisante pour en sortir. Effectivement le doute m’a assailli.
Juste devant moi un gros buisson, je me jette à son pied et un calme tout relatif me permet de reprendre mon souffle. Combien de temps a duré ce premier round ? Je ne sais pas. Dans ces situations le temps d’un côté paraît long, mais les efforts musculaires énormes ainsi que les cogitations du cerveau en extrême vigilance en relativisent la durée. Je peux même ouvrir mon sac, sortir mes gants et mettre une veste par-dessus mon t-shirt. Je constate que j’ai perdu un verre de lunettes sans doute arraché par la pression de l’air !
Allongé, je reprends mon souffle et récupère vite en me réchauffant dans ma veste. J’examine le chemin qu’il me reste à parcourir jusqu’au col de la Gardiole. Le terrain est tout à fait débonnaire, incroyable que je me sente en tel danger ! Quelques petites dépressions me semblent très propices à l’effet de venturi, mais pas moyen d’y couper. Fort de l’expérience que je viens de vivre je me remets en route. Effectivement les petites dépressions qui ne m’inspiraient pas sont particulièrement redoutables.
Enfin en m’approchant du col, l’effet venturi diminue et je retrouve un vent simplement violent qui ne m’empêche pas de marcher. Même au contraire, puisque maintenant il me pousse dans le dos. Je viens de vivre un moment particulièrement intense. Une barrière coupe le chemin, je la franchis. Certaines inscriptions y figurent, en particulier encore une fois le montant de l’amende en cas d’infraction au règlement et ce qui me fait sourire l’interdiction d’emprunter ce chemin si le vent est supérieur à 40k/h ! J’apprendrai en écoutant le bulletin météorologique ce soir que les rafales ont dépassé les 110k/h, et en considérant l’effet venturi produit au niveau de cette crête, on doit pouvoir rajouter un pourcentage non négligeable.
Le col est vite atteint et je me dirige à bonne allure vers Cassis. Un peu avant d’atteindre la calanque de Port-Miou, à l’abri relatif d’un petit vallon je m’arrête et mange de bon cœur. Ce moment de repos je le savoure. Rapidement j’atteins le parking de la calanque et par la route je rejoins le centre ville. Cette petite cité je l’aime beaucoup, son port et ses restaurants qui le bordent rendent le lieu particulièrement sympathique. Arrivé devant l’un d’eux qui avec témérité a laissé son enseigne sur pied et quelques tables, j’entends un grand bruit, l’enseigne s’envole et deux tables avec tous les couverts se renversent dans un fracas de vaisselle cassée. Les tables dehors aujourd’hui, il faut être optimiste, car même les plus accrocs à la cigarette devraient avoir du mal !
Je m’attarde à regarder la carte des menus et me laisse tenter par une grosse platée de pâtes aux fruits de mer. Qu’il fait bon et chaud dans cette salle de restaurant. Le patron me demande d’où je viens et où je vais. Quand je lui parle de mon départ de Saint-Charles hier matin il est admiratif. Mais lorsque je lui dis que ma conviction pour la suite en a pris un petit coup, il sourit.
Après ce moment bien agréable, il ne me reste plus qu’à me remettre en route et parcourir les huit kilomètres qui me séparent de mon but de la journée le village de Roquefort-la-Bédoule, où mes beaux-parents m’attendent. Cette dernière partie le long de la route ne présente pas un réel intérêt, le chemin de grande randonnée passe un peu au-dessus, mais je suis pressé de rejoindre mon point de chute de la journée. Vers les seize heures je touche au but. Avec l’arrêt et le refroidissement des muscles les douleurs apparaissent. J’ai du mal à me plier et une douleur persistante me zèbre la fesse droite. Je me dis que demain matin il sera temps de faire le point.
Le lendemain matin j’ai du mal à sortir de mon lit, une douleur aiguë me cloue sur ma couche. Je prends conscience que j’ai voulu forcer sur la bête sans l’entraînement nécessaire et je le paie. Cela m’était rarement arrivé, à tel point que je n’en ai pas le souvenir. Mais il me faut tirer les leçons de ce type d’erreur et me préparer mieux ou alors commencer par des étapes courtes le temps que le corps se mette au diapason. Donc je vais reprendre le train pour Lyon en constatant l’échec de mon projet. Un coup de téléphone à l’hostellerie de la Sainte-Baume, pour leur dire que ce soir je n’y viendrai pas. Et voilà la belle randonnée hivernale que je prévoyais durant onze jours se termine après deux seulement. Mais le renoncement, bien qu’il me contrarie, ne m’enlève pas la passion des grands périples à pied. L’envie de repartir n’en est que plus forte, et l’expérience vécue ces deux jours a été très enrichissante et surtout doit me rappeler à l’humilité.
Récit de voyage: Lyon-Paris-Réunion-Paris-Toulouse-Lyon en classe économique avec Air France English translation pending
Bonjour à tous !
Je vous propose aujourd’hui un petit récit de mon voyage à la Réunion, avec Air France.
J’avais réservé ce billet depuis la mi-septembre 2009 directement sur le site d’Air France, pour un aller le 12 février 2010 et un retour le 24 du même mois.
Air France ne propose cette destination évidemment qu’au départ de Paris (Orly). Habitant dans la Drôme, j’ai pris un billet au départ de Lyon. Le tronçon Lyon – Paris s’effectue en ATR-72, avec la compagnie associée à Air France : Airlinair. Le trajet s’effectue ensuite, sur le tronçon Paris – Saint Denis Réunion, avec les récents Boeing 777-300ER, en configuration « Caraïbes - Océan Indien » pouvant transporter jusqu’à 472 passagers. Ce vol est quotidien, et le prix est depuis peu assez compétitif face aux prix proposés par les compagnies Air Austral et même Corsairfly, à certaines périodes. La totalité du billet aller-retour m’a « offert » la somme de 4910 miles-statut Flying Blue.
En raison des grèves du contrôle aérien en France, vous allez voir plus tard qu'une correspondance va s'ajouter à Toulouse.
ALLER :
- Lyon Saint-Exupéry (LYS) – Paris Orly (ORY) en ATR-72 (opéré par Airlinair) : AF 7415, 16h55-18h15.

Mon voyage commence sous la neige, et je n’ai pu sortir que très tard de chez moi, j’ai même cru ne jamais pouvoir rallier l’aéroport ce jour-là. 😊
Enfin je me rends grâce à Dieu (ou les engins de salage des routes😛) à l’aéroport de Lyon, où je me rends directement au Terminal 2 pour enregistrer mes bagages. Air France autorise 25kg de bagages en soute, puis 12kg de bagages en cabine. Je m’enregistre très rapidement à l’une des bornes automatiques de la compagnie dans le hall, puis je me présente au comptoir d’enregistrement. Il n’y a pas beaucoup de monde, malgré que pratiquement tous les vols nationaux soient regroupés aux mêmes comptoirs.
Première petite aventure : la pesée. ^^ Je savais que j’étais en excédent de 1 ou 2kg mais en dessous de la barre des 2 ou 3 kg d’excédent, il m’a rarement été demandé d’enlever des affaires du sac. Mais cette fois-ci, j’étais en excédent de 2kg : petite précision tout de même, mon premier bagage pesait 14,6 kg, et la charmante hôtesse l’a arrondit à 15g 😐. Mon deuxième bagage pesait 12,5 et l’a arrondit à 13 kg !! Sur le coup je n’ai rien dit, car je savais que j’avais du poids en trop. J’ai donc 2.1kg de trop, mais avec ses « arrondis », elle en compte 3kg ! L’hôtesse me demande de retirer du poids, je n’ai pas contesté, évidemment, sauf qu’au final elle m’a fait retiré du poids pour que ca tombe bien pile à 25kg le tout. Problème : avec ses arrondis, elle m’a finalement arnaqué de presque 1kg 😕. Qu’elle me demande d’enlever du poids, la règle c’est la règle me diriez-vous, mais je voulais quand même vous faire part de comment ils arrivent à tourner cela en leur faveur… 🙁.

Je me rends ensuite à la porte d’embarquement, en passant par les contrôles de sécurité. En me rendant à la porte 24B qui est assez loin à l’extrémité du Terminal 2, j’ai pu admiré un magnifique petit Fokker 100 de Brit Air.

Un peu plus loin, j’aperçois l’ATR-72 que je dois prendre dans une vingtaine de minutes maintenant.

Il va s’avérer qu’en fait je ne monterais jamais à bord de cet avion (F-GVZM), qui est en panne. L’hôtesse annonce un retard indéterminé : la compagnie était en train de chercher un avion de réserve sur l’aéroport. Un premier retard de 30 minutes est annoncé.
J’aperçois un bus de l’aéroport qui se gare à coté de l’ATR avec inscrit « Paris Orly », j’ai enfin compris qu’un autre avion avait enfin été préparé pour nous. Nous sommes invités à se rendre à l’embarquement et ce bus va nous amener à un autre avion.
Durant notre petit trajet en bus j’ai pu admiré quelques appareils qui stationnaient à Lyon ce jour la :
Un Boeing 737 de Tarom, compagnie qui ouvre depuis peu les portes de Bucarest au Lyonnais au rythme de 4 vols par semaine.

Un Boeing 777-200ER de Air Austral, qui relie Lyon à la Réunion deux fois par semaine.

Un Canadair CRJ-900 de Lufthansa Régional (Cityline) qui opère avec cet appareil des vols direct pour Munich, avec une fréquence de 4 à 5 vols par jours, trajet dont vous pouvez lire mon compte rendu ici : http://voyageforum.com/...a_regional_D3100817/

Nous arrivons enfin à notre nouvel appareil : c’est un autre ATR-72 de Airlinair, un changement de siège a également eu lieu : Je m’étais arrangé cette fois pour être au siège 03F, pour avoir le hublot coté droit (pour voir l’aéroport d’Orly à l’atterrissage, et pour être à l’avant de l’avion, le plus loin possible des turbopropulseurs. Mais on m’a replacé à la rangée 14,
siège A… Cet ATR était blanc, donc sans les couleurs Air France, et modifié me semble-t-il (porte à l’avant et non à l’arrière).


Les moteurs s’allument, avec une légère odeur d’essence à la clé, on roule et nous décollons enfin avec seulement 45 minutes de retard, je trouve que le problème a été bien géré.

Nous atteignons peu à peu notre altitude de croisière. Le soleil se couche au milieu de notre petit vol de 1 heure et 20 minutes.

En attendant la petite collation, je feuillète un peu Air France Magazine…

Voici ce qui est servit quand on répond « Sucré » à la célèbre question « sucré, salé ? » : petit biscuit beurré « Mont Saint-Michel », et boisson.

Le vol se passe tranquillement, malgré que les ATR soient assez bruyant (hélices). Nous commençons déjà notre descente sur Paris, décidemment, une heure en avion, ca passe vite !
On peut admirer le sud de Paris dans les dernières minutes du vol.

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- Paris Orly (ORY) – Saint-Denis Roland Garros (RUN) en Boeing 777-300ER : AF 680, 20h55 – 10h40.

Me voila enfin à l’aéroport de Paris Orly, dans le Terminal Ouest. Mes bagages en soutes sont gérés par Air France, je n’ai rien à m’occuper, ils les transfèrent directement de l’ATR au Boeing. 🙂
Après une petite visite dans les magasins du terminal pour passer le temps, je me rends au Hall 3, porte 31, pour surveiller les informations sur le vol et m’installer pas loin de la porte.

J’observe petit à petit les passagers au départ de Paris enregistrer leurs bagages, et en voyant la queue immense que cela entraîne à certains moment, je m’estime heureux d’avoir déjà enregistrer dans mon charmant petit aéroport Lyonnais.

Vient l’heure où je dois me présenter aux contrôles de sécurité pour me rendre à la salle d’embarquement. Les contrôles se passent bien, j’arrive en salle d’embarquement assez rapidement.
L’embarquement était prévu à 20h10, mais n’a réellement commencé qu’à 20h35. Le vol étant prévu à 20h55, je me doutais déjà d’un certain retard. Les passagers de la classe Affaires et Alyzée sont d’abord invités à se présenter, puis les passagers de la classe Voyageur… Nous sommes appelés par rangée, et comme je suis placé à l’avant de la cabine, je dois embarquer en dernier. J’accède enfin au palier du Boeing, immatriculé F-GSQO. Ce n’est pas la première fois que je le prends, j’ai déjà pris ce même avion en novembre au retour de la Réunion. Je passe par la classe Affaires où j’entrevois Martine Aubry présente sur mon vol 😎, puis je passe par la classe Alyzée, et j’arrive enfin dans la première cabine Voyageur, où je trouve ma place 19L. Je suis donc côté droit, au hublot, juste au-dessus du réacteur n°2 du plus puissant bimoteur commercial jamais construit.
Voici le plan de cabine de cet appareil (source = site Air France) :
Voici une photo plus claire et nette de l’intérieur de la cabine : (crédit photo : Triplet/Airliners.net).

Pendant que j’aperçois le F-GSQS (Boeing 777-300ER de Air France également) se garer à côté de notre appareil, le capitaine nous fait une première annonce, disant que l’avion est complet, 472 passagers, et qu’il est désolé pour le retard occasionné par un retard de « chargement d’équipement médical », il explique que le problème n’est toujours pas réglé que nous décollerons avec encore un peu plus de retard. En attendant je découvre la petite télévision personnelle !

Le commandant annonce enfin notre décollage, et un temps de vol de 10h10. Nous décollerons finalement avec une heure de retard. Au décollage je redécouvre la puissance extraordinaire des moteurs GE-90, ces deux gros colosses impressionnants qui nous propulsent pour les tropiques.

A 23h20, le dîner est enfin servit : Biscuits apéritifs, salade de riz, poulet sauce jus de pomme avec gratin de choux, pain, camembert, crumble, eau, vin rouge, punch, une boisson au choix et un café. Le poulet est assez bon, le crumble était bon, mais la salade de riz était immangeable pour moi.

J’ai ensuite regardé quelques vidéos musicales avant de m’endormir tranquillement vers 00h30. Je me réveille ensuite assez tôt pour admirer le lever du jour au-dessus de l’Afrique.


Nous passons enfin le cap de l’équateur, lorsque le soleil se lève définitivement sur le vol AF 680.


Peu de temps après, nous avons pu admiré le Kilimandjaro, au loin, le plus haut sommet d’Afrique.

J’ai le temps de redormir un peu, puis lorsque je me réveille nous avons déjà survolé Madagascar, et, une heure environ avant l’atterrissage, à 10h15 (heure de la Réunion, TU+04h, soit 3h de plus qu’en France), le petit-déjeuner nous est servit : Boisson chaude, pain, brioche, compote de pomme, confiture de fraise, beurre, jus d’orange, Grany, Actimel, lait.

Nous commençons ensuite notre descente sur Saint-Denis.

Le temps est magnifique, on peut commencer à admirer l’étendue sans fin de l’Océan Indien.

Nous pouvons commencer à apercevoir l’île. Sur cette photo c’est l’Ouest de l’île que l’on voit : La Possession, Le Port…

Dans les derniers instants, nous survolons le quartier du Chaudron, célèbre quartier de la banlieue de Saint-Denis, à Sainte-Clotilde. Au centre de la photo : l’Eglise du Chaudron (avec le grand pic blanc).

Nous approchons enfin de l’aéroport, voici une photo du F-GSQO prise à la Réunion. (Laurent May/Airliners.net).

Nous avons enfin atterrit ! Nous avons eu finalement à peine 30 minutes de retard. En bout de piste nous faisons demi-tour pour retourner sur le Terminal.

Nous roulons lentement, mais surement… Le long de la mer..

En arrivant au terminal on peut voir l’un des deux Boeing 777-300ER de Air Austral, garé juste à côté. C’est le F-OSYD, baptisé Leconte de Lisle (célèbre poète réunionnais),
frère de F-ONOU.

Et voilà je débarque enfin et arrive rapidement à la récupération des bagages, car le contrôle de police à l’arrivée a été supprimé depuis le 1er janvier 2010 (il me semble). Par contre les bagages tardent à arriver… Mes deux sacs vont enfin arriver un peu plus de 40 minutes plus tard… J’ai remarqué que les bagages enregistrés depuis Lyon sont tous arrivés en même temps, en dernier.
Ce bel oiseau a finit son travail, avant de repartir dès ce soir pour Orly à 22h 🙂

Evidemment Martine Aubry est sortie dans les premiers, et quand je sors à mon tour, il ne reste que quelques personnes avec des tee-shirt du Parti Socialiste 😄. Mon voyage se termine donc aux coups de midi, avec une température avoisinant les 32°C. 😎😉
RETOUR :
Tout d’abord, la veille de mon départ, je reçois un sms de Air France m’informant que mon vol retour Saint Denis Réunion – Paris Orly était confirmé, mais que le tronçon Paris Orly – Lyon est annulé pour cause de grève des contrôleurs aériens. J’appelle aussitôt le centre de réservation de la compagnie, qui dans cette période de vacances, n’a rien d’autre à me proposer pour rentrer le plus vite possible à Lyon (pour info j’arrive à Paris à 06h20..) qu’un Paris Orly – Strasbourg – Lyon. Une heure plus tard, surprise ! Je reçois un deuxième sms de Air France qui me prévient de l’annulation de mon vol Paris Orly – Strasbourg. Je rappelle donc le centre de réservation, qui me dirige enfin sur un Paris Orly – Toulouse – Lyon, pour une arrivée à 14h50 à Lyon, au lieu de 09h30 comme cela était prévu initialement. Bilan : arrivée avec 5h20 de retard, avec une correspondance supplémentaire.
- Saint-Denis Roland Garros (RUN) – Paris Orly (ORY) en Boeing 777-300ER : AF 679, 22h00 – 06h20.

Il fait chaud en ce jour de grand départ ! Je me rend à l’aéroport Roland Garros aux environs des 20h afin d’enregistrer mes bagages. L’aéroport a pour mission ce soir de s’occuper de seulement de 3 vols mais trois gros vols, tous à destination de la capitale : un vol Air Austral pour Roissy (B777-300ER) à 21h00, mon vol Air France pour Paris Orly (B777-300ER) à 22h00, et enfin un vol Corsairfly pour Paris Orly (A330-200) à 22h30.

L’enregistrement est très fluide, car il est ouvert depuis 13h, étant donné que c’est le seul vol Air France de la journée, autant fluidifier un maximum l’enregistrement de presque 500 passagers. Cette fois, l’agent au comptoir d’enregistrement ferme les yeux sur mon petit excédent de 1kg 🙂. Par contre il a du viré un pauvre dame de ma place 22L que j’avais réservé à l’achat du billet, qui l’avait récupéré par je ne sais quel moyen. Il me réimprime donc une carte d’embarquement. Puis il m’informe que je suis enregistré jusqu’à Toulouse seulement : je devrais donc m’enregistrer à Toulouse, pour Lyon, mais les bagages sont eux gérés du début à la fin. Je me rends ensuite en salle d’embarquement, en passant évidemment par le contrôle de sécurité, où je n’ai enfin pas sonné au détecteur de métaux 😎. Je passe ensuite proche de la « haute sphère du voyage » près des salons air France et air austral 😛.

J’attends ensuite un petit moment dans cette salle qui est très relaxante par rapport à celle d’Orly.
J’aperçois le bec de notre bel oiseau pendant que les premiers passagers embarquent, pile à l’heure.

J’embarque ensuite, ce soir, c’est le F-GSQS qui assura notre ligne. Je trouve un couple de retraité à mes côtés durant mon voyage. Malgré mon petit âge, j’aime bien voyager avec des personnes âgées, ce sont les plus respectueuses 🙂. De plus, ma place, 22L, est la meilleure à mon gout pour ce vol : cette place est l’une des seules à avoir deux hublots en classe économique, cette place est à droite dans l’appareil, ce qui donne une vue sur la Réunion au décollage, puis sur paris à l’atterrissage, et enfin cette place se situe à l’avant de l’appareil, donc facile pour le débarquement. Je m’installe et j’aperçois l’un des deux Airbus A330 que j’ai pu prendre en avril 2009 (F-HBIL) de Corsairfly juste à côté de nous.

A 22h pile, le commandant annonce le décollage imminent, avec un temps de vol de 11h25 minutes (et oui, ca prends plus de temps d’en remonter que d’y descendre à la Réunion 😛). La cabine est désinsectisée pendant que nous roulons sur les taxiways, puis nous décollons enfin à 22h05.
A peine une petite demi-heure après le take-off, le système de vidéo à la demande s’éteint. Le chef de cabine annonce un disfonctionnement, et qu’il allait le réinitialiser. En effet tout était éteint pendant une vingtaine de minute, avant de redevenir normal. A 23h15 le dîner nous est servit : salade de riz avec blanc de poulet, croccantelles aux olives, parmentier au saumon, eau, pain, vin rouge, punch, jus de pomme, petit gâteau à la vanille, camembert.
Le repas fût meilleur qu’à l’aller car il était bien chaud 😄.

Un petit film, avant de s’endormir paisiblement, je me réveillerai qu’au dessus de la Grèce. Au petit matin, aux environs des 5h30 heure française, alors que nous survolons maintenant l’Italie, le petit déjeuner est servit : jus d’orange, ananas, pain au chocolat, brioche, pain, lait, beurre, confiture à la banane, et une boisson chaude au choix.

Nous commençons ensuite notre descente sur Paris, pour un atterrissage prévu avec 30 minutes de retard.

Dans les derniers moments avant la consigne d’attacher nos ceintures, c’est le bazar dans la cabine, tout le monde tente de récupérer ses sacs, ranger ses affaires ou autre, pour faciliter l’arrivée. Nous aperçevons enfin Paris, où nous atterrirons à 6h50, soit 30 minutes de retard comme prévu.
Nous nous garons à coté d’un Avro RJ-85 de CityJet (filiale d’Air France) et d’un Airbus A340-300 de la même compagnie.

Et voilà la fin de ce long vol de 9300km pour le F-GSQS.

Nous arrivons dans une grande salle de contrôle des papiers, problème : deux autres vols Air France viennent d’arriver en même temps que nous, un de Pointe-A-Pitre, et un de Cayenne. Imaginez la population que représente 3 Boeing 777-300ER… Les papiers sont contrôlés au compte goutte et l’opération va prendre plus de 45 minutes, et dîtes-vous bien que je suis sortis dans les premiers de mon avion.

Je n’ai pas de bagages à récupérer, je sors directement, mais ENCORE un contrôle de papiers à la sortie de la salle des bagages, au niveau de la douane, je suis pourtant bien passé du côté « rien à déclarer » .🤪
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- Paris Orly (ORY) – Toulouse Blagnac (TLS) en Airbus A321 : AF 6118, 11h50 – 13h00.

Orly Ouest est bien vide ce matin du 25 février. Le tableau des vols indiquent près de la moitié des vols annulés. Je vais donc revérifier la confirmation de mon vol pour Toulouse. C’est un vol « La Navette », il y en a un en moyenne toutes les heures et demi, et cela tous les jours. Près de la moitié des Navette pour Toulouse ont été annulés aujourd’hui, mais le mien est maintenu, heureusement, car mon itinéraire à déjà été changé deux fois quand même.
Je m’installe à une borne électrique gratuite afin de brancher mon ordinateur portable, il est tôt, je n’ai rien à faire, je me concentre donc pendant un bon moment à élaborer ce récit de voyage 😉.

Alors que je referme mon ordinateur, l’équipe de France de Rugby passe devant moi avec plusieurs personne en costume de la FFR (Fédération Française de Rugby). C’est ensuite au tour de Sébastien Chabal de faire son apparition à Orly Ouest, tous partent pour Cardiff, dont le comptoir se trouvait juste à côté de moi, pour la rencontre Pays de Galles – France de vendredi 26 février au soir. Désolé pour les fans de rugby, je n’ai pas eu le temps de dégainer mon appareil photo, juste une petite photo de Chabal de dos, mais vraiment pas terrible.

Je me rends ensuite au hall 2 du terminal, d’où sont opérées toutes les Navettes d’Air France pour les destinations de Toulouse, Nice, Marseille et Bordeaux.
Ce matin, la majorité des vols héritent de retard, voire d’annulation, mais le mien se maintient, et je vais donc passer le contrôle de sécurité vers 11h20. Petit imprévu : Mon bagage cabine subit un contrôle plus poussé et l’agent m’apprends que je transporte des marchandises interdites en cabine. Je lui réponds que hier cela s’est très bien passé à la Réunion, mais il m’explique que la législation en vigueur n’est pas la même. J’ai du aller au comptoir d’enregistrement afin de le faire passer en soute, et le faire ainsi suivre jusqu’à Lyon, comme les deux bagages enregistrés la veille à la Réunion. J’arrive de justesse dans l’avion, un Airbus A321 qui comporte la nouvelle livrée, et qui a également les fameux nouveaux sièges installés par la compagnie depuis ce mois sur la famille des A320.

Je m’installe au siège 09F, côté hublot, mais qui n’a pas de hublot… 🤪. Nous décollons à 12h10, et peu après une des hôtesses nous confie fièrement que nous sommes l’un des deux ou trois rares vols de la matinées à avoir obtenu un créneau à l’heure, donc un décollage à l’heure. Fierté qui vient du fait que Paris Orly et Toulouse sont très touchés par la grève des contrôleurs aériens. Une petite collation nous est servie pendant ce cours vol : J’ai demandé du sucré, j’ai eu un paquet de deux biscuits au citron, avec un jus d’orange.

Ces nouveaux sièges sont très fins, mais pour moi ni plus ni moins confortable que n’importe quel siège sur court et moyen-courrier. Il est vrai qu’il ne sont plus inclinable, et peut-être (je dis bien peut-être) un peu plus de place pour les jambes.
Nous entamons déjà notre descente sur Toulouse, avec pas mal de turbulences, malgré que nous ne traversions pas de masses nuageuses. Nous avons atterrit à 13h10. Au roulage je peux apercevoir l’usine Airbus, où il y avait entre autres un A330 pour US Airways, un A340 pour la Thaï Airways, puis un A340 et un A380 au couleurs d’Airbus. Je sors vite en courant de mon avion afin d’être sûr d’avoir le vol suivant pour Lyon qui part à 13h50. Vous allez voir par la suite Qu’il va s’avérer que ce n’est pas lui qui va m’attendre, mais plutôt le contraire.
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- Toulouse Blagnac (TLS) – Lyon Saint-Exupéry (LYS) en Airbus A319 : AF 7849, 13h50 – 14h50.

Cette dernière correspondance a été la plus terrible : J’ai du aller m’enregistrer car je n’avais pas encore de coupon d’embarquement pour ce vol sur moi. A l’enregistrement, je ne figure pas sur les listes de vol, et ils n’ont aucunes idées d’où peuvent se trouver mes deux bagages enregistrés depuis la Réunion, ainsi que mon bagage enregistré depuis Paris. On me donne quand même mon coupon pour Lyon, puis on me demande de redescendre au niveau arrivées afin de voir si mes bagages n’ont pas été distribués par erreur sur les tapis bagages, au lieu de rester entre les mains du personnel d’Air France pour le transit pour Lyon. J’ai finalement retrouvé mon bagage « cabine » que j’avais enregistré à Paris sur le tapis 2 où étaient distribuées toutes les valises de mon précédent vol. Mais j’ai dû ensuite passer par le tapis 5 (tapis pour bagages internationaux) pour me faire avertir que mes deux bagages de la Réunion ont été ramassés par le personnel de l’aéroport car ils se sont aperçu de l’erreur : Il vont donc la reconduire « côté piste » pour les mettre dans les soutes de mon vol pour Lyon. Ils en font de même avec mon bagages retrouvé sur l’autre tapis juste avant, après un rapide passage par le bureau des litiges bagages d’Air France-KLM. Entre temps je découvre que mon vol pour Lyon avait été retardé de 3h pour cause de grèves des contrôleurs encore une fois. Je me rends quand même en salle d’embarquement où j’attends 15h45, la nouvelle heure d’embarquement. L’avion, un Airbus A319, est là, mais il ne peux pas décoller sans contrôle aérien.

L'embarquement aura enfin lieu à 16h00 ! Dans la passerelle d'embarquement j'ai pu admiré un Boeing 737-300 de Lufthansa.

Le commandant s'excuse du retard occasionné par la grève des contrôleurs aériens, puis nous annonce un temps de vol de 45 minutes. Sur les 142 sièges offerts par cet Airbus A319, seul 26 sièges sont occupés dans ce vol.

Nous décollons à 16h30, et je me sens même isolé au centre de l'appareil, il y juste un peu de monde tout devant, et un peu de monde tout dérière.

Une petite collation, la même que sur le vol précédent, nous est offert.

Nous volons encore quelques minutes dans l'épaisse couche nuageuse qui recouvre pratiquement toute la France aujourd'hui...

Nous atterrissons à 17h20, je retrouve enfin MON aéroport de Lyon ! "Saint-Ex" ou "Sato" comme vous le voulez, j'en ai rêvé toute cette longue journée.

Nous aperçevons enfin l'aéroport, l'arche de la gare TGV 🙂

Après avoir récupéré tous mes bagages sains et sauf, même après leurs aventures toulousaines, je sors enfin respirer l'air frais 😄

Je dis une dernière fois au revoir au terminal 2 ! 🙂

CONCLUSION : L'aller s'est très bien déroulé, le retour a été plus dur avec la correspondance supplémentaire, et le soucis des bagages. Sur l'ensemble les problèmes ont été bien gérés par Air France, et je ne serais pas contre reprendre cette compagnie, même si j'ai déjà prévu Air Austral pour mon prochain voyage à la Réunion en juillet prochain.
Pour les personnes habitant à Paris, je conseille Air France, mais pour les personnes de provinces, gares aux problêmes au niveau des pré/post acheminements comme j'ai pu le constater.
En note global, je donne un 13/20 à Air France pour ce voyage, même si la grève n'était pas de leur faute, je tiens en compte le soucis des bagages à Toulouse. Si je n'étais pas allé me renseigner (par pur curiosité) à Toulouse pour en savoir où en sont mes bagages, il serait encore à Toulouse à l'heure qu'il est. Ensuite le service, respect des horaires (à l'aller sans grève bien sûr), a été assez bien mis en application.
Voila ! Je ferais un autre TR sur le trajet Paris CDG - Réunion avec Air Austral, avec le même appareil (Boeing 777-300ER). Je pourrais ainsi mettre en comparaison les deux compagnies dès le mois d'aôut, à mon retour. Merci d'avoir pris du temps à lire ce gros truc. N'oubliez pas de commenter ! 🙂 😄
Damien.
Je vous propose aujourd’hui un petit récit de mon voyage à la Réunion, avec Air France.
J’avais réservé ce billet depuis la mi-septembre 2009 directement sur le site d’Air France, pour un aller le 12 février 2010 et un retour le 24 du même mois.
Air France ne propose cette destination évidemment qu’au départ de Paris (Orly). Habitant dans la Drôme, j’ai pris un billet au départ de Lyon. Le tronçon Lyon – Paris s’effectue en ATR-72, avec la compagnie associée à Air France : Airlinair. Le trajet s’effectue ensuite, sur le tronçon Paris – Saint Denis Réunion, avec les récents Boeing 777-300ER, en configuration « Caraïbes - Océan Indien » pouvant transporter jusqu’à 472 passagers. Ce vol est quotidien, et le prix est depuis peu assez compétitif face aux prix proposés par les compagnies Air Austral et même Corsairfly, à certaines périodes. La totalité du billet aller-retour m’a « offert » la somme de 4910 miles-statut Flying Blue.
En raison des grèves du contrôle aérien en France, vous allez voir plus tard qu'une correspondance va s'ajouter à Toulouse.
ALLER :
- Lyon Saint-Exupéry (LYS) – Paris Orly (ORY) en ATR-72 (opéré par Airlinair) : AF 7415, 16h55-18h15.

Mon voyage commence sous la neige, et je n’ai pu sortir que très tard de chez moi, j’ai même cru ne jamais pouvoir rallier l’aéroport ce jour-là. 😊
Enfin je me rends grâce à Dieu (ou les engins de salage des routes😛) à l’aéroport de Lyon, où je me rends directement au Terminal 2 pour enregistrer mes bagages. Air France autorise 25kg de bagages en soute, puis 12kg de bagages en cabine. Je m’enregistre très rapidement à l’une des bornes automatiques de la compagnie dans le hall, puis je me présente au comptoir d’enregistrement. Il n’y a pas beaucoup de monde, malgré que pratiquement tous les vols nationaux soient regroupés aux mêmes comptoirs.
Première petite aventure : la pesée. ^^ Je savais que j’étais en excédent de 1 ou 2kg mais en dessous de la barre des 2 ou 3 kg d’excédent, il m’a rarement été demandé d’enlever des affaires du sac. Mais cette fois-ci, j’étais en excédent de 2kg : petite précision tout de même, mon premier bagage pesait 14,6 kg, et la charmante hôtesse l’a arrondit à 15g 😐. Mon deuxième bagage pesait 12,5 et l’a arrondit à 13 kg !! Sur le coup je n’ai rien dit, car je savais que j’avais du poids en trop. J’ai donc 2.1kg de trop, mais avec ses « arrondis », elle en compte 3kg ! L’hôtesse me demande de retirer du poids, je n’ai pas contesté, évidemment, sauf qu’au final elle m’a fait retiré du poids pour que ca tombe bien pile à 25kg le tout. Problème : avec ses arrondis, elle m’a finalement arnaqué de presque 1kg 😕. Qu’elle me demande d’enlever du poids, la règle c’est la règle me diriez-vous, mais je voulais quand même vous faire part de comment ils arrivent à tourner cela en leur faveur… 🙁.

Je me rends ensuite à la porte d’embarquement, en passant par les contrôles de sécurité. En me rendant à la porte 24B qui est assez loin à l’extrémité du Terminal 2, j’ai pu admiré un magnifique petit Fokker 100 de Brit Air.

Un peu plus loin, j’aperçois l’ATR-72 que je dois prendre dans une vingtaine de minutes maintenant.

Il va s’avérer qu’en fait je ne monterais jamais à bord de cet avion (F-GVZM), qui est en panne. L’hôtesse annonce un retard indéterminé : la compagnie était en train de chercher un avion de réserve sur l’aéroport. Un premier retard de 30 minutes est annoncé.
J’aperçois un bus de l’aéroport qui se gare à coté de l’ATR avec inscrit « Paris Orly », j’ai enfin compris qu’un autre avion avait enfin été préparé pour nous. Nous sommes invités à se rendre à l’embarquement et ce bus va nous amener à un autre avion.
Durant notre petit trajet en bus j’ai pu admiré quelques appareils qui stationnaient à Lyon ce jour la :
Un Boeing 737 de Tarom, compagnie qui ouvre depuis peu les portes de Bucarest au Lyonnais au rythme de 4 vols par semaine.

Un Boeing 777-200ER de Air Austral, qui relie Lyon à la Réunion deux fois par semaine.

Un Canadair CRJ-900 de Lufthansa Régional (Cityline) qui opère avec cet appareil des vols direct pour Munich, avec une fréquence de 4 à 5 vols par jours, trajet dont vous pouvez lire mon compte rendu ici : http://voyageforum.com/...a_regional_D3100817/

Nous arrivons enfin à notre nouvel appareil : c’est un autre ATR-72 de Airlinair, un changement de siège a également eu lieu : Je m’étais arrangé cette fois pour être au siège 03F, pour avoir le hublot coté droit (pour voir l’aéroport d’Orly à l’atterrissage, et pour être à l’avant de l’avion, le plus loin possible des turbopropulseurs. Mais on m’a replacé à la rangée 14,
siège A… Cet ATR était blanc, donc sans les couleurs Air France, et modifié me semble-t-il (porte à l’avant et non à l’arrière).


Les moteurs s’allument, avec une légère odeur d’essence à la clé, on roule et nous décollons enfin avec seulement 45 minutes de retard, je trouve que le problème a été bien géré.

Nous atteignons peu à peu notre altitude de croisière. Le soleil se couche au milieu de notre petit vol de 1 heure et 20 minutes.

En attendant la petite collation, je feuillète un peu Air France Magazine…

Voici ce qui est servit quand on répond « Sucré » à la célèbre question « sucré, salé ? » : petit biscuit beurré « Mont Saint-Michel », et boisson.

Le vol se passe tranquillement, malgré que les ATR soient assez bruyant (hélices). Nous commençons déjà notre descente sur Paris, décidemment, une heure en avion, ca passe vite !
On peut admirer le sud de Paris dans les dernières minutes du vol.

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- Paris Orly (ORY) – Saint-Denis Roland Garros (RUN) en Boeing 777-300ER : AF 680, 20h55 – 10h40.

Me voila enfin à l’aéroport de Paris Orly, dans le Terminal Ouest. Mes bagages en soutes sont gérés par Air France, je n’ai rien à m’occuper, ils les transfèrent directement de l’ATR au Boeing. 🙂
Après une petite visite dans les magasins du terminal pour passer le temps, je me rends au Hall 3, porte 31, pour surveiller les informations sur le vol et m’installer pas loin de la porte.

J’observe petit à petit les passagers au départ de Paris enregistrer leurs bagages, et en voyant la queue immense que cela entraîne à certains moment, je m’estime heureux d’avoir déjà enregistrer dans mon charmant petit aéroport Lyonnais.

Vient l’heure où je dois me présenter aux contrôles de sécurité pour me rendre à la salle d’embarquement. Les contrôles se passent bien, j’arrive en salle d’embarquement assez rapidement.
L’embarquement était prévu à 20h10, mais n’a réellement commencé qu’à 20h35. Le vol étant prévu à 20h55, je me doutais déjà d’un certain retard. Les passagers de la classe Affaires et Alyzée sont d’abord invités à se présenter, puis les passagers de la classe Voyageur… Nous sommes appelés par rangée, et comme je suis placé à l’avant de la cabine, je dois embarquer en dernier. J’accède enfin au palier du Boeing, immatriculé F-GSQO. Ce n’est pas la première fois que je le prends, j’ai déjà pris ce même avion en novembre au retour de la Réunion. Je passe par la classe Affaires où j’entrevois Martine Aubry présente sur mon vol 😎, puis je passe par la classe Alyzée, et j’arrive enfin dans la première cabine Voyageur, où je trouve ma place 19L. Je suis donc côté droit, au hublot, juste au-dessus du réacteur n°2 du plus puissant bimoteur commercial jamais construit.
Voici le plan de cabine de cet appareil (source = site Air France) :
Voici une photo plus claire et nette de l’intérieur de la cabine : (crédit photo : Triplet/Airliners.net).

Pendant que j’aperçois le F-GSQS (Boeing 777-300ER de Air France également) se garer à côté de notre appareil, le capitaine nous fait une première annonce, disant que l’avion est complet, 472 passagers, et qu’il est désolé pour le retard occasionné par un retard de « chargement d’équipement médical », il explique que le problème n’est toujours pas réglé que nous décollerons avec encore un peu plus de retard. En attendant je découvre la petite télévision personnelle !

Le commandant annonce enfin notre décollage, et un temps de vol de 10h10. Nous décollerons finalement avec une heure de retard. Au décollage je redécouvre la puissance extraordinaire des moteurs GE-90, ces deux gros colosses impressionnants qui nous propulsent pour les tropiques.

A 23h20, le dîner est enfin servit : Biscuits apéritifs, salade de riz, poulet sauce jus de pomme avec gratin de choux, pain, camembert, crumble, eau, vin rouge, punch, une boisson au choix et un café. Le poulet est assez bon, le crumble était bon, mais la salade de riz était immangeable pour moi.

J’ai ensuite regardé quelques vidéos musicales avant de m’endormir tranquillement vers 00h30. Je me réveille ensuite assez tôt pour admirer le lever du jour au-dessus de l’Afrique.


Nous passons enfin le cap de l’équateur, lorsque le soleil se lève définitivement sur le vol AF 680.


Peu de temps après, nous avons pu admiré le Kilimandjaro, au loin, le plus haut sommet d’Afrique.

J’ai le temps de redormir un peu, puis lorsque je me réveille nous avons déjà survolé Madagascar, et, une heure environ avant l’atterrissage, à 10h15 (heure de la Réunion, TU+04h, soit 3h de plus qu’en France), le petit-déjeuner nous est servit : Boisson chaude, pain, brioche, compote de pomme, confiture de fraise, beurre, jus d’orange, Grany, Actimel, lait.

Nous commençons ensuite notre descente sur Saint-Denis.

Le temps est magnifique, on peut commencer à admirer l’étendue sans fin de l’Océan Indien.

Nous pouvons commencer à apercevoir l’île. Sur cette photo c’est l’Ouest de l’île que l’on voit : La Possession, Le Port…

Dans les derniers instants, nous survolons le quartier du Chaudron, célèbre quartier de la banlieue de Saint-Denis, à Sainte-Clotilde. Au centre de la photo : l’Eglise du Chaudron (avec le grand pic blanc).

Nous approchons enfin de l’aéroport, voici une photo du F-GSQO prise à la Réunion. (Laurent May/Airliners.net).

Nous avons enfin atterrit ! Nous avons eu finalement à peine 30 minutes de retard. En bout de piste nous faisons demi-tour pour retourner sur le Terminal.

Nous roulons lentement, mais surement… Le long de la mer..

En arrivant au terminal on peut voir l’un des deux Boeing 777-300ER de Air Austral, garé juste à côté. C’est le F-OSYD, baptisé Leconte de Lisle (célèbre poète réunionnais),
frère de F-ONOU.

Et voilà je débarque enfin et arrive rapidement à la récupération des bagages, car le contrôle de police à l’arrivée a été supprimé depuis le 1er janvier 2010 (il me semble). Par contre les bagages tardent à arriver… Mes deux sacs vont enfin arriver un peu plus de 40 minutes plus tard… J’ai remarqué que les bagages enregistrés depuis Lyon sont tous arrivés en même temps, en dernier.
Ce bel oiseau a finit son travail, avant de repartir dès ce soir pour Orly à 22h 🙂

Evidemment Martine Aubry est sortie dans les premiers, et quand je sors à mon tour, il ne reste que quelques personnes avec des tee-shirt du Parti Socialiste 😄. Mon voyage se termine donc aux coups de midi, avec une température avoisinant les 32°C. 😎😉
RETOUR :
Tout d’abord, la veille de mon départ, je reçois un sms de Air France m’informant que mon vol retour Saint Denis Réunion – Paris Orly était confirmé, mais que le tronçon Paris Orly – Lyon est annulé pour cause de grève des contrôleurs aériens. J’appelle aussitôt le centre de réservation de la compagnie, qui dans cette période de vacances, n’a rien d’autre à me proposer pour rentrer le plus vite possible à Lyon (pour info j’arrive à Paris à 06h20..) qu’un Paris Orly – Strasbourg – Lyon. Une heure plus tard, surprise ! Je reçois un deuxième sms de Air France qui me prévient de l’annulation de mon vol Paris Orly – Strasbourg. Je rappelle donc le centre de réservation, qui me dirige enfin sur un Paris Orly – Toulouse – Lyon, pour une arrivée à 14h50 à Lyon, au lieu de 09h30 comme cela était prévu initialement. Bilan : arrivée avec 5h20 de retard, avec une correspondance supplémentaire.
- Saint-Denis Roland Garros (RUN) – Paris Orly (ORY) en Boeing 777-300ER : AF 679, 22h00 – 06h20.

Il fait chaud en ce jour de grand départ ! Je me rend à l’aéroport Roland Garros aux environs des 20h afin d’enregistrer mes bagages. L’aéroport a pour mission ce soir de s’occuper de seulement de 3 vols mais trois gros vols, tous à destination de la capitale : un vol Air Austral pour Roissy (B777-300ER) à 21h00, mon vol Air France pour Paris Orly (B777-300ER) à 22h00, et enfin un vol Corsairfly pour Paris Orly (A330-200) à 22h30.

L’enregistrement est très fluide, car il est ouvert depuis 13h, étant donné que c’est le seul vol Air France de la journée, autant fluidifier un maximum l’enregistrement de presque 500 passagers. Cette fois, l’agent au comptoir d’enregistrement ferme les yeux sur mon petit excédent de 1kg 🙂. Par contre il a du viré un pauvre dame de ma place 22L que j’avais réservé à l’achat du billet, qui l’avait récupéré par je ne sais quel moyen. Il me réimprime donc une carte d’embarquement. Puis il m’informe que je suis enregistré jusqu’à Toulouse seulement : je devrais donc m’enregistrer à Toulouse, pour Lyon, mais les bagages sont eux gérés du début à la fin. Je me rends ensuite en salle d’embarquement, en passant évidemment par le contrôle de sécurité, où je n’ai enfin pas sonné au détecteur de métaux 😎. Je passe ensuite proche de la « haute sphère du voyage » près des salons air France et air austral 😛.

J’attends ensuite un petit moment dans cette salle qui est très relaxante par rapport à celle d’Orly.
J’aperçois le bec de notre bel oiseau pendant que les premiers passagers embarquent, pile à l’heure.

J’embarque ensuite, ce soir, c’est le F-GSQS qui assura notre ligne. Je trouve un couple de retraité à mes côtés durant mon voyage. Malgré mon petit âge, j’aime bien voyager avec des personnes âgées, ce sont les plus respectueuses 🙂. De plus, ma place, 22L, est la meilleure à mon gout pour ce vol : cette place est l’une des seules à avoir deux hublots en classe économique, cette place est à droite dans l’appareil, ce qui donne une vue sur la Réunion au décollage, puis sur paris à l’atterrissage, et enfin cette place se situe à l’avant de l’appareil, donc facile pour le débarquement. Je m’installe et j’aperçois l’un des deux Airbus A330 que j’ai pu prendre en avril 2009 (F-HBIL) de Corsairfly juste à côté de nous.

A 22h pile, le commandant annonce le décollage imminent, avec un temps de vol de 11h25 minutes (et oui, ca prends plus de temps d’en remonter que d’y descendre à la Réunion 😛). La cabine est désinsectisée pendant que nous roulons sur les taxiways, puis nous décollons enfin à 22h05.
A peine une petite demi-heure après le take-off, le système de vidéo à la demande s’éteint. Le chef de cabine annonce un disfonctionnement, et qu’il allait le réinitialiser. En effet tout était éteint pendant une vingtaine de minute, avant de redevenir normal. A 23h15 le dîner nous est servit : salade de riz avec blanc de poulet, croccantelles aux olives, parmentier au saumon, eau, pain, vin rouge, punch, jus de pomme, petit gâteau à la vanille, camembert.
Le repas fût meilleur qu’à l’aller car il était bien chaud 😄.

Un petit film, avant de s’endormir paisiblement, je me réveillerai qu’au dessus de la Grèce. Au petit matin, aux environs des 5h30 heure française, alors que nous survolons maintenant l’Italie, le petit déjeuner est servit : jus d’orange, ananas, pain au chocolat, brioche, pain, lait, beurre, confiture à la banane, et une boisson chaude au choix.

Nous commençons ensuite notre descente sur Paris, pour un atterrissage prévu avec 30 minutes de retard.

Dans les derniers moments avant la consigne d’attacher nos ceintures, c’est le bazar dans la cabine, tout le monde tente de récupérer ses sacs, ranger ses affaires ou autre, pour faciliter l’arrivée. Nous aperçevons enfin Paris, où nous atterrirons à 6h50, soit 30 minutes de retard comme prévu.
Nous nous garons à coté d’un Avro RJ-85 de CityJet (filiale d’Air France) et d’un Airbus A340-300 de la même compagnie.

Et voilà la fin de ce long vol de 9300km pour le F-GSQS.

Nous arrivons dans une grande salle de contrôle des papiers, problème : deux autres vols Air France viennent d’arriver en même temps que nous, un de Pointe-A-Pitre, et un de Cayenne. Imaginez la population que représente 3 Boeing 777-300ER… Les papiers sont contrôlés au compte goutte et l’opération va prendre plus de 45 minutes, et dîtes-vous bien que je suis sortis dans les premiers de mon avion.

Je n’ai pas de bagages à récupérer, je sors directement, mais ENCORE un contrôle de papiers à la sortie de la salle des bagages, au niveau de la douane, je suis pourtant bien passé du côté « rien à déclarer » .🤪
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- Paris Orly (ORY) – Toulouse Blagnac (TLS) en Airbus A321 : AF 6118, 11h50 – 13h00.

Orly Ouest est bien vide ce matin du 25 février. Le tableau des vols indiquent près de la moitié des vols annulés. Je vais donc revérifier la confirmation de mon vol pour Toulouse. C’est un vol « La Navette », il y en a un en moyenne toutes les heures et demi, et cela tous les jours. Près de la moitié des Navette pour Toulouse ont été annulés aujourd’hui, mais le mien est maintenu, heureusement, car mon itinéraire à déjà été changé deux fois quand même.
Je m’installe à une borne électrique gratuite afin de brancher mon ordinateur portable, il est tôt, je n’ai rien à faire, je me concentre donc pendant un bon moment à élaborer ce récit de voyage 😉.
Alors que je referme mon ordinateur, l’équipe de France de Rugby passe devant moi avec plusieurs personne en costume de la FFR (Fédération Française de Rugby). C’est ensuite au tour de Sébastien Chabal de faire son apparition à Orly Ouest, tous partent pour Cardiff, dont le comptoir se trouvait juste à côté de moi, pour la rencontre Pays de Galles – France de vendredi 26 février au soir. Désolé pour les fans de rugby, je n’ai pas eu le temps de dégainer mon appareil photo, juste une petite photo de Chabal de dos, mais vraiment pas terrible.

Je me rends ensuite au hall 2 du terminal, d’où sont opérées toutes les Navettes d’Air France pour les destinations de Toulouse, Nice, Marseille et Bordeaux.
Ce matin, la majorité des vols héritent de retard, voire d’annulation, mais le mien se maintient, et je vais donc passer le contrôle de sécurité vers 11h20. Petit imprévu : Mon bagage cabine subit un contrôle plus poussé et l’agent m’apprends que je transporte des marchandises interdites en cabine. Je lui réponds que hier cela s’est très bien passé à la Réunion, mais il m’explique que la législation en vigueur n’est pas la même. J’ai du aller au comptoir d’enregistrement afin de le faire passer en soute, et le faire ainsi suivre jusqu’à Lyon, comme les deux bagages enregistrés la veille à la Réunion. J’arrive de justesse dans l’avion, un Airbus A321 qui comporte la nouvelle livrée, et qui a également les fameux nouveaux sièges installés par la compagnie depuis ce mois sur la famille des A320.

Je m’installe au siège 09F, côté hublot, mais qui n’a pas de hublot… 🤪. Nous décollons à 12h10, et peu après une des hôtesses nous confie fièrement que nous sommes l’un des deux ou trois rares vols de la matinées à avoir obtenu un créneau à l’heure, donc un décollage à l’heure. Fierté qui vient du fait que Paris Orly et Toulouse sont très touchés par la grève des contrôleurs aériens. Une petite collation nous est servie pendant ce cours vol : J’ai demandé du sucré, j’ai eu un paquet de deux biscuits au citron, avec un jus d’orange.

Ces nouveaux sièges sont très fins, mais pour moi ni plus ni moins confortable que n’importe quel siège sur court et moyen-courrier. Il est vrai qu’il ne sont plus inclinable, et peut-être (je dis bien peut-être) un peu plus de place pour les jambes.
Nous entamons déjà notre descente sur Toulouse, avec pas mal de turbulences, malgré que nous ne traversions pas de masses nuageuses. Nous avons atterrit à 13h10. Au roulage je peux apercevoir l’usine Airbus, où il y avait entre autres un A330 pour US Airways, un A340 pour la Thaï Airways, puis un A340 et un A380 au couleurs d’Airbus. Je sors vite en courant de mon avion afin d’être sûr d’avoir le vol suivant pour Lyon qui part à 13h50. Vous allez voir par la suite Qu’il va s’avérer que ce n’est pas lui qui va m’attendre, mais plutôt le contraire.
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- Toulouse Blagnac (TLS) – Lyon Saint-Exupéry (LYS) en Airbus A319 : AF 7849, 13h50 – 14h50.

Cette dernière correspondance a été la plus terrible : J’ai du aller m’enregistrer car je n’avais pas encore de coupon d’embarquement pour ce vol sur moi. A l’enregistrement, je ne figure pas sur les listes de vol, et ils n’ont aucunes idées d’où peuvent se trouver mes deux bagages enregistrés depuis la Réunion, ainsi que mon bagage enregistré depuis Paris. On me donne quand même mon coupon pour Lyon, puis on me demande de redescendre au niveau arrivées afin de voir si mes bagages n’ont pas été distribués par erreur sur les tapis bagages, au lieu de rester entre les mains du personnel d’Air France pour le transit pour Lyon. J’ai finalement retrouvé mon bagage « cabine » que j’avais enregistré à Paris sur le tapis 2 où étaient distribuées toutes les valises de mon précédent vol. Mais j’ai dû ensuite passer par le tapis 5 (tapis pour bagages internationaux) pour me faire avertir que mes deux bagages de la Réunion ont été ramassés par le personnel de l’aéroport car ils se sont aperçu de l’erreur : Il vont donc la reconduire « côté piste » pour les mettre dans les soutes de mon vol pour Lyon. Ils en font de même avec mon bagages retrouvé sur l’autre tapis juste avant, après un rapide passage par le bureau des litiges bagages d’Air France-KLM. Entre temps je découvre que mon vol pour Lyon avait été retardé de 3h pour cause de grèves des contrôleurs encore une fois. Je me rends quand même en salle d’embarquement où j’attends 15h45, la nouvelle heure d’embarquement. L’avion, un Airbus A319, est là, mais il ne peux pas décoller sans contrôle aérien.

L'embarquement aura enfin lieu à 16h00 ! Dans la passerelle d'embarquement j'ai pu admiré un Boeing 737-300 de Lufthansa.

Le commandant s'excuse du retard occasionné par la grève des contrôleurs aériens, puis nous annonce un temps de vol de 45 minutes. Sur les 142 sièges offerts par cet Airbus A319, seul 26 sièges sont occupés dans ce vol.

Nous décollons à 16h30, et je me sens même isolé au centre de l'appareil, il y juste un peu de monde tout devant, et un peu de monde tout dérière.

Une petite collation, la même que sur le vol précédent, nous est offert.

Nous volons encore quelques minutes dans l'épaisse couche nuageuse qui recouvre pratiquement toute la France aujourd'hui...

Nous atterrissons à 17h20, je retrouve enfin MON aéroport de Lyon ! "Saint-Ex" ou "Sato" comme vous le voulez, j'en ai rêvé toute cette longue journée.

Nous aperçevons enfin l'aéroport, l'arche de la gare TGV 🙂

Après avoir récupéré tous mes bagages sains et sauf, même après leurs aventures toulousaines, je sors enfin respirer l'air frais 😄

Je dis une dernière fois au revoir au terminal 2 ! 🙂

CONCLUSION : L'aller s'est très bien déroulé, le retour a été plus dur avec la correspondance supplémentaire, et le soucis des bagages. Sur l'ensemble les problèmes ont été bien gérés par Air France, et je ne serais pas contre reprendre cette compagnie, même si j'ai déjà prévu Air Austral pour mon prochain voyage à la Réunion en juillet prochain.
Pour les personnes habitant à Paris, je conseille Air France, mais pour les personnes de provinces, gares aux problêmes au niveau des pré/post acheminements comme j'ai pu le constater.
En note global, je donne un 13/20 à Air France pour ce voyage, même si la grève n'était pas de leur faute, je tiens en compte le soucis des bagages à Toulouse. Si je n'étais pas allé me renseigner (par pur curiosité) à Toulouse pour en savoir où en sont mes bagages, il serait encore à Toulouse à l'heure qu'il est. Ensuite le service, respect des horaires (à l'aller sans grève bien sûr), a été assez bien mis en application.
Voila ! Je ferais un autre TR sur le trajet Paris CDG - Réunion avec Air Austral, avec le même appareil (Boeing 777-300ER). Je pourrais ainsi mettre en comparaison les deux compagnies dès le mois d'aôut, à mon retour. Merci d'avoir pris du temps à lire ce gros truc. N'oubliez pas de commenter ! 🙂 😄
Damien.
Nouveau paquebot chez MSC: le Magnifica English translation pending
Nous vous proposons de découvrir en images la livraison et le départ du dernier paquebot construit à Saint-Nazaire. Jusqu'au dernier moment, hier, l'appareillage du MSC Magnifica est resté incertain. Bloqué dans la forme Joubert par un mouvement de grève des agents du port de Nantes Saint-Nazaire, le navire, réalisé par STX France, a finalement pris la mer à 14H, suite à une réquisition du préfet. Le matin même, s'était déroulé dans les bourrasques de vent et sous la pluie la cérémonie de changement de pavillon, au cours de laquelle le paquebot a été béni, avant que la traditionnelle bouteille de champagne ne soit brisée sur sa coque.
Quatrième unité du type Musica, le MSC Magnifica mesure 293.8 mètres de long pour une jauge de 93.330 tonneaux. Disposant de 1275 cabines, il compte de nombreux équipements, dont 4 restaurants, un buffet, 17 salons et bars, une discothèque, un casino, un théâtre de 1240 places et un centre de bien-être. Par rapport à ses aînés (Musica, Orchestra et Poesia), ce navire se distingue par l'adoption d'un magrodôme, verrière amovible couvrant l'une des deux piscines extérieures. Il compte également un billard, un bowling et un cinéma 4D. Enfin, le chef Mauro Uliassi, 2 étoiles au guide Michelin, a conçu la carte du restaurant Oasi
Malheureusement, nous n'avons pas eu le temps de découvrir en profondeur le navire. Toutefois, les quelques espaces que nous avons traversés laissent une excellente impression. Comme sur les derniers paquebots livrés à MSC, les décors sont très réussis et la qualité de finition vraiment étonnante. « Il s'agit de mon 3ème navire chez MSC. Chaque fois c'est encore plus beau. Le MSC Fantasia était déjà superbe mais je crois que celui-ci est particulier. C'est une véritable maison d'orfèvre, les passagers sont très étonnés et je pense que le MSC Magnifica aura beaucoup de succès », estime Giuliano Bossi, commandant du paquebot. Pour sa croisière inaugurale, le MSC Magnifica a embarqué plus de 600 passagers pour une traversée exceptionnelle avec départ et retour de Saint-Nazaire. On n'avait pas vu cela depuis 70 ans ! A l'occasion de cette croisière, l'escale à Southampton, ce week-end, sera mise à profit par la compagnie pour organiser une grande soirée de présentation destinée au marché britannique, leader en Europe avec 1.5 million de passagers par an.
Pendant sa navigation, le navire se mesure également aux éléments, des creux de 8 mètres ayant été annoncés au large de la Bretagne cette nuit et une nouvelle dépression devant balayer la Manche et l'Atlantique dimanche. Hier, le commandant Bossi se voulait toutefois rassurant : « Les essais en mer que nous avons réalisé ont été exceptionnels. Le navire a réalisé son crash stop (arrêt d'urgence) en 7 longueurs, contre 15 habituellement. En matière de confort, il est également très silencieux. Enfin, le système de stabilisation fait que par mer 7 ou 8, il ne bouge pas. Il n'y a donc pas de problème de mal de mer pour les passagers ». Les clients du Magnifica, à leur retour en France, diront si le commandant avait raison. En attendant, ils ont profité hier après-midi d'un appareillage assez extraordinaire. Après la tempête du matin, l'horizon bouché, les fortes rafales de vent et la pluie, le ciel s'est subitement dégagé au moment du départ. C'est avec une mer plutôt calme, sous un ciel bleu et avec le soleil que le navire a quitté Saint-Nazaire, au son de la corne de brume. Au moment où MSC négocie pour la commande de nouveaux paquebots, certains y verront sans doute un signe favorable... Après son retour dans le port ligérien, le 1er mars, le MSC Magnifica repartira avec des passagers pour Hambourg, où il sera baptisé le 6 mars (une escale est prévue à Cherbourg le 2 mars). Le navire sera ensuite exploité en Méditerranée, avec des croisières de 12 jours au départ de Venise et à destination de la Croatie, de l'Italie, de la Grèce et de la Turquie.
Quatrième unité du type Musica, le MSC Magnifica mesure 293.8 mètres de long pour une jauge de 93.330 tonneaux. Disposant de 1275 cabines, il compte de nombreux équipements, dont 4 restaurants, un buffet, 17 salons et bars, une discothèque, un casino, un théâtre de 1240 places et un centre de bien-être. Par rapport à ses aînés (Musica, Orchestra et Poesia), ce navire se distingue par l'adoption d'un magrodôme, verrière amovible couvrant l'une des deux piscines extérieures. Il compte également un billard, un bowling et un cinéma 4D. Enfin, le chef Mauro Uliassi, 2 étoiles au guide Michelin, a conçu la carte du restaurant Oasi
Malheureusement, nous n'avons pas eu le temps de découvrir en profondeur le navire. Toutefois, les quelques espaces que nous avons traversés laissent une excellente impression. Comme sur les derniers paquebots livrés à MSC, les décors sont très réussis et la qualité de finition vraiment étonnante. « Il s'agit de mon 3ème navire chez MSC. Chaque fois c'est encore plus beau. Le MSC Fantasia était déjà superbe mais je crois que celui-ci est particulier. C'est une véritable maison d'orfèvre, les passagers sont très étonnés et je pense que le MSC Magnifica aura beaucoup de succès », estime Giuliano Bossi, commandant du paquebot. Pour sa croisière inaugurale, le MSC Magnifica a embarqué plus de 600 passagers pour une traversée exceptionnelle avec départ et retour de Saint-Nazaire. On n'avait pas vu cela depuis 70 ans ! A l'occasion de cette croisière, l'escale à Southampton, ce week-end, sera mise à profit par la compagnie pour organiser une grande soirée de présentation destinée au marché britannique, leader en Europe avec 1.5 million de passagers par an.
Pendant sa navigation, le navire se mesure également aux éléments, des creux de 8 mètres ayant été annoncés au large de la Bretagne cette nuit et une nouvelle dépression devant balayer la Manche et l'Atlantique dimanche. Hier, le commandant Bossi se voulait toutefois rassurant : « Les essais en mer que nous avons réalisé ont été exceptionnels. Le navire a réalisé son crash stop (arrêt d'urgence) en 7 longueurs, contre 15 habituellement. En matière de confort, il est également très silencieux. Enfin, le système de stabilisation fait que par mer 7 ou 8, il ne bouge pas. Il n'y a donc pas de problème de mal de mer pour les passagers ». Les clients du Magnifica, à leur retour en France, diront si le commandant avait raison. En attendant, ils ont profité hier après-midi d'un appareillage assez extraordinaire. Après la tempête du matin, l'horizon bouché, les fortes rafales de vent et la pluie, le ciel s'est subitement dégagé au moment du départ. C'est avec une mer plutôt calme, sous un ciel bleu et avec le soleil que le navire a quitté Saint-Nazaire, au son de la corne de brume. Au moment où MSC négocie pour la commande de nouveaux paquebots, certains y verront sans doute un signe favorable... Après son retour dans le port ligérien, le 1er mars, le MSC Magnifica repartira avec des passagers pour Hambourg, où il sera baptisé le 6 mars (une escale est prévue à Cherbourg le 2 mars). Le navire sera ensuite exploité en Méditerranée, avec des croisières de 12 jours au départ de Venise et à destination de la Croatie, de l'Italie, de la Grèce et de la Turquie.
500 km de randonnée en Afrique du Sud: Wild Coast depuis Durban jusqu'à East London English translation pending
- Je quitte le trio birman le jour de l'épiphanie avant d'atteindre l'aéroport de Durban situé à quinze kilomètres au sud de la ville. Ils partent au Cap en avion, j'y vais à pied ou par les moyens du bord, c'est-à-dire tout objet roulant identifié. Ils volent pour diminuer le temps de voyage et les épreuves physiques, j'en fais mon allié cherchant à amplifier et multiplier les découvertes. Debbie et Sandra sont venues les chercher pour les emmener à l'aéroport. Nous montons à quatre derrière dans la voiture. Elles me mettent en garde sur le caractère dangereux de mon périple, de quoi me donner l'envie de prendre mon avion retour sur le champ. Cela finit par être ennuyeux cette pression que te mettent les Afrikaners. Les pires situations sont toujours données en exemple comme celle qui a vu un véhicule être obligé de s'arrêter devant des blocs de pierre disposés sur la chaussée. Les bandits n'ont plus qu'à faire la quête. Je commence réellement à marcher depuis Amanzimzoti qui signifie "eaux douces" jusqu'à Ilovo sur une plage de sable peu fréquentée que les rochers à fleur d'eau découpent. En quittant la périphérie de Durban et Zoti pour les intimes, je marche entre la plage et la voie ferrée sur une piste bordée de taillis qui permet l'accès aux 4x4 tractant les remorques à bateaux. Un coupe-gorge sans issue de sortie au cas je me fais coincer par plusieurs types. Une silhouette sort de l'ombre et s'avance jusqu'aux dunes de sable dont il faut franchir le cordon pour retrouver l'Océan. Je l'ai vu et le prends par effet de surprise en le rejoignant. Je préfère suivre un sentier sur ma droite avant de redescendre rapidement sur la plage. Je le laisse sur ma gauche scrutant et observant les estivants s'animer sur le sable doré. S'il cachait de mauvaises intentions, un pigeon vient de lui passer sous le nez. C'était un contre un. Je longe une plage fréquentée essentiellement par des familles d'origine indienne. Sur les autres, essentiellement des Afrikaners et des Sud-Africains noirs en famille avec leurs gosses. Au sortir d'un camping de mobil-home, le propriétaire m'embarque sur la route principale et me dépose un peu plus loin m'évitant un passage à gué avec de l'eau jusqu'à mi-genou. A l'embranchement où il me laisse peu de temps avant la nuit, il m'interdit très clairement de continuer à pied vers eMuzikababa sous peine de me faire détrousser. Je dois absolument sauter le pas jusqu'à uMkhomazi distant de onze kilomètres. Personne ne dépasse le carrefour en direction de l'endroit maudit sauf les combi-taxis qui se rendent dans la zone interdite. Mon dernier chauffeur n'est pas le seul à m'avoir averti. Cinq blancs et un Indien m'avaient déjà annoncé la couleur. J'ai toutes les peines du monde à persuader une jeune fille au volant d'un pick-up de m'embarquer derrière pour me faire sauter une case et continuer à jouer. Elle a toutes les excuses inimaginables pour ne pas m'aider, c'est la voiture de son père, mais tentant son va-tout, elle prend le risque et joue. Je l'ai convaincu en insistant sur le fait que les Afrikaners étaient franchement peu serviables et morts de peur. "Qu'est-ce que je vais raconter en retournant en Europe ?" lui ai-je lancé. Je l'ai mise devant le fait accompli avec ce passage difficile à venir que je dois occulter. Je joue gagnant et mets pied à terre à Widenham à proximité de la plage où elle me dépose. Je sollicite les gardiens de plusieurs propriétés qui ne m'ouvrent pas les grilles, leur patron n'étant pas rentré. Je continue de longer la rue St Hélier et croise un petit coin de Paradis avec le motel du même nom. Avec la plus extrême courtoisie, le réceptionniste m'explique, après avoir sollicité la gérante, que toutes les chambres sont réservées et qu'elle ne se sent pas très à l'aise à l'idée de me faire dormir avec mon duvet sur une surface en dur. Je lui résume la situation: "elle préfère me laisser dehors". Il me conseille de retourner sur mes pas et d'aller voir plus loin en ville à uMkomass. J'opte pour le porte à porte. Une voiture avec une famille tamoule s'avance devant la grille ouverte. Le père me conseille de demander à son logeur. Par sonnette interposée, je lui demande de venir me rejoindre à la barrière. Il reçoit la famille et me renvoie à la case d'à côté où cinq véhicules sont stationnés. Un pick-up, sur la portière duquel est écrit "Divers Accomodation" (hébergement pour les plongeurs), ralentit au passage puis accélère au moment où je tente de le rattraper. Brigitte (Breytenbach tél:074 105 1119), avec sa sœur Shannon, a eu peur puis s'arrête finalement une cinquantaine de mètres plus loin. Elle m'engage à monter puis fait demi-tour. Elle me confie qu'elle possède sa propre auberge (www.outerreefs.co.za ) avec piscine et peut me dépanner pour la nuit. Elle me remet un voucher de 35 Rands valable sur un repas dans un restaurant voisin et me donne l'accès à la cuisine. Je n'ai assurément pas besoin de tout ça. A 21h00, je goûte à l'eau fraiche de la piscine. Avec la puissance des rouleaux déferlants sur la plage en fond musical, je n'ai pas la force de compter les moutons. Imaginant les milliers de pattes de mangoustes, d'écureuils et de singes courant sur le toit de tuiles qui finissent par me saouler et me faire tourner la tête, mon corps assommé et ankylosé sombre dans les bras du grand bleu. Lucky, le réceptionniste, ouvre la porte-fenêtre à 5h15. Je démarre doucement et apprécie l'endroit jusqu'à ce que Zanele, la femme de chambre, parte vers 10h00. Un livre "Secret South Africa" posé sur la table retient toute mon attention. Sur une double page, un endroit différent, en dehors des sentiers battus et des hordes de touristes, est présenté. Je le dévore en même temps que je vide deux assiettes de céréales baignant dans un mélange de lait, de yaourt, de chocolat et de sucre de canne. Je rebrousse chemin et au lieu de m'engager vers "le paradis", je tente une voiture jusqu'à Clansthal. J'obtiens Scotburgh. D'après ce que me dit mon chauffeur, je serai mieux de rattraper la plage un peu plus loin surtout qu'il commence à pleuvioter. Je me place après le feu. Voilà qu'un combi collectif vide s'arrête et patiente dans l'attente de passagers. Il n'y pas suffisamment de place pour que deux véhicules puissent s'arrêter. Nsobi traverse la route et voyant que le chauffeur est seul, s'abstient de monter par principe de sécurité. Si les jeunes filles noires se mettent à ne plus faire confiance à leurs frères de couleur, je comprends que les Afrikaners soient mortes de peur. Nous faisons connaissance. Elle est étudiante à Umlazi dans la banlieue de Durban et va payer la facture d'électricité de sa famille à Eskom, la compagnie nationale. Un Indien s'arrête. Je lui demande de nous embarquer tous les deux jusqu'à Park Rynie où nos chemins se séparent. Je parle avec un gars à la pompe à essence pour m'informer des possibilités de continuer par la plage. Feu vert jusqu'à Kelso que j'atteins en cheminant entre les rochers, la ligne de chemin de fer et un chemin carrossable verdoyant slalomant entre le rail et un cordon de dunes maintenues par des arbres courts mais râblés, qui me conduit à l'entrée d'un camping où je choppe un camion pour Pennington évitant un large estuaire. Je vole quelques minutes de connexion Internet dans une agence immobilière avant de m'asseoir et converser avec un couple de retraités. Le ciel est chargé. "Il fait lourd et la pluie est prévue alors qu'il devrait faire terriblement chaud" me confie-t-elle. Je me dis qu'il faut que je reparte. Le cherry qu'il me font goûter va plutôt m'assommer que me fouetter le sang et me remettre en selle sans compter un mal de tête lancinant depuis ce matin. Au moment où je descends vers la plage, je croise une demi douzaine de personnes, chacune un sac dans le dos avec du matériel de camping pour certains.
- "D'où venez-vous ?" Mike, le patriarche marche en famille de plage en plage depuis des années. Ils sont déjà allés au Cap par la côte et remonte à Scottburgh demain. Des renseignements glanés rapidement qui valent leur pesant d'or (East London - Port Elizabeth = 2 semaines de marche). Le Transkeï qui s'étend depuis la rivière Mtanvuna, frontière naturelle difficilement franchissable, jusqu'à East London se mérite tant il est sauvage et loin des circuits balisés. Il offre de magnifiques plages isolées. Il y a quelques années, en plein été, Mike et un pote ont marché pendant dix-neuf jours depuis Port Nolloth jusqu'à Strandfontein. Ils avaient emporté 25 litre d'eau. Nous échangeons nos e-mail mais j'oublie de les prendre en photo. La famille "Plageapié" en short, a vraiment l'air chouette habillée comme des boy-scouts flanqués de leur sac à dos. Leur accoutrement de marcheurs m'a mis la puce à l'oreille. J'ai bien fait de les intercepter et les écouter. Les signes sont de bon augure. Ils veulent regarder le match de cricket contre l'Angleterre et passent la nuit dans un camping tandis que je m'éloigne avec quatre petites heures de marche jusqu'à la nuit. Aujourd'hui est un jour propice pour marcher malgré le vent. Les nuages cachent le soleil. A Sezela, au niveau de l'usine qui traite la canne à sucre, je grimpe sur la voie ferrée après être passé par Rocky Bay puis Sandy Bay. La marche dans le sable puise toute mon énergie. J'apprécie avoir une vue d'ensemble sur la plage en contrebas. Un ou deux trains de marchandises passent quotidiennement le matin. Je suis séduit à l'idée d'accrocher un wagon et brûler le dur comme cela se fait aux Etats-Unis, au Canada ou en Russie. Je suis doublement en voyage. Sur ma gauche, la mer défile devant mes yeux tandis que la voie ferrée appelle le mouvement et la continuité du déplacement. Les gares de Bazley et d'Ifafa sont hors d'usage. Un omnibus quotidien relie Durban jusqu'à Pennington. Au delà, plus de moyen de communication pour les passagers. J'imagine les clichés en noir et blanc de ces gares bondés d'autochtones en route vers le Transkei. Je redescends sur la plage à travers les taillis. Une paire de jambes en position assise empalées sur un piton rocheux s'activent au rythme des vagues, image d'un couple en totale harmonie, se fondant dans la nature et se donnant l'un à l'autre. Ralentissement du mouvement avant de chevaucher de plus belle, autant faire durer le plaisir, les cris de jouissance étant couverts par le ressac. J'atteins Ifafa en compagnie de deux employées du camping de Bazley qui rentrent chez elles, leur journée de travail finie. Je demande à la ronde où étaler mon duvet. Une jeune fille me pointe du doigt une propriété et me dit d'aller solliciter un policier qui l'habite. Brandon m'accueille le plus naturellement du monde. Sa femme Linda, de sang mixte aussi cool et naturelle que lui, est infirmière de métier. Elle vient de passer trois ans en Arabie Saoudite pour améliorer l'ordinaire. Leur benjamine joue au cricket dans l'équipe nationale. Elle va renter à l'université et aura besoin d'une voiture l'année prochaine. L'ainée (23 ans) travaille dans une banque à Durban et leur fils (19 ans) y étudie. Afin de leur donner le maximum de chances, les grandes écoles coutent une fortune, Brandon pense s'engager en tant que casque bleu pour un contrat d'un an. Toutes les forces vives de la nation étant mobilisées pour la coupe du monde, ce sera vraisemblablement au Soudan après l'événement planétaire. Dès qu'il a eu vent de ses idées de partir en mission, son frère l'a incité à lire "slave" (esclave), le témoignage d'une jeune fille enlevée par les moudjahidines, pour le mettre au courant des us et coutumes des traditions locales. Je dispose d'une maison d'amis. Il m'invite à voir la vue depuis le balcon de sa chambre au premier étage. Sa maison voisine avec le camping d'Ifafa qui m'a servi de point de repère pour établir mon itinéraire. Je trouve étonnant que la jeune fille m'ait envoyé chez Brandon alors qu'il eut été logique qu'elle m'indique le camping. Après avoir goûté la salade de crevettes, je descends sur la plage dominé par le phare. St Benoît, beaucoup sollicité et constamment sur le qui-vive, a peut-être fort à faire mais mon ange gardien, mon protecteur peut encore dormir tranquille ce soir.
Brandon me confie que le principal problème auquel la police doit faire face concerne les viols de mineurs (entre deux et quinze ans). Ils reçoivent une plainte tous les deux jours. Les parents partent travailler en ville et confient leurs enfants à la garde de personnes étrangères à la famille. Les boutiques ont le droit de vendre de l'alcool jusqu'à 4h00 du matin et dans la majorité des cas, les délits incriminés ont lieu entre minuit et 3h00 du matin. Les croyances ont la vie dure. L'une d'elle propageant l'idée qu'avoir des relations sexuelles avec une jeune fille vierge soigne du sida, favorise la propagation du sida tout comme les nouvelles technologies (Internet) et les téléphones portables y participent. Les filles les utilisent pour communiquer avec leurs petits amis qui leur promettent des avantages matériels auxquelles elles sont sensibles. Elles ont rendez-vous avec l'un puis avec l'autre et "vendent" leurs corps sans protection favorisant la dissémination du virus. Je quitte mon "sweet home" très tard dans le courant de l'après-midi avec deux policiers venus saluer leur collègue en congé.
Hibberdene est une petite station balnéaire où des familles entières viennent passer leurs vacances d'été. Je poursuis vers Woodgrange-on-sea puis tente de sortir de la plage trop sablonneuse à mon goût avant de me retrouver enfermé et cerné par des taillis d'épineux. Ce quart d'heure à chercher une issue et mon salut m'a permis de complètement mouiller mon maillot avant de l'essorer sur les rails. Je me mets de côté pour laisser passer le train. Il insiste et use longuement de la corne pour que je me gare plus. Je n'étais effectivement pas suffisamment à l'écart. A un carrefour, je cours jusqu'à un pick-up avec un couple et saute derrière jusqu'à Melville d'où je continue dans les roues des wagons. Cinq tentatives auprès d'Afrikaners pour trouver un toit se soldent par un échec. La première bien que non couronnée de succès est la plus mémorable. Je longe les murs de belles propriétés sur un chemin ombragé d'arbres magnifiques. Une barrière ouverte, je tente ma chance auprès d'une africaine qui m'écoute et m'avoue que le couple de propriétaire, des Belges, est chez les voisins chez lesquels je vais frapper. Je suis reçu par un Sud-Africain d'origine italienne qui m'affirme que les Italiens valent mieux que les Belges. Celui-ci se défausse par un "je ne vous connais pas" puis par une maison pleine, occupée par toute la famille avant de m'offrir la possibilité de rester dans son garage sans électricité. Je visite l'endroit. Bien que cela parte d'une bonne intention de sa part et que ce soit mieux que de rester sur la plage, je préfère quitter les lieux et aller voir sous d'autres cieux s'il n'y a pas possibilité de trouver mieux. La recherche laborieuse trouve son dénouement en bout de rue à Sea Park lorsque je bute sur une rue perpendiculaire et vois la voiture de police dans une propriété. Francois (de son vrai nom sans cédille), policier dans les sauvetages en bord de mer, m'accepte sans aucun souci pour la nuit. Après avoir hésité entre plusieurs endroits, il met à disposition son garage. Sa femme, ambulancière de métier, revient du travail vers 20h00. Sans rentrer dans la maison, j'ai le temps de faire connaissance et m'entretenir longuement avec ses quatre enfants, Ghislaine, Aliston, Danielle et Aron, ces deux derniers étant des prénoms bibliques, me précise Ghislaine. Sa mère de sang mixte, très douce, se montre réservée et sa grand-mère, réelle afrikaner, reste sur la défense en arrière-garde. Il m'a dit hier soir qu'il quitterait tôt et m'emmènerait à Port Shepstone mais je ne vois pas les portes de la maison s'ouvrir, ni personne être levé alors qu'il est presque huit heures, Tout est bouclé dans la demi-heure, les sacs, le thé préparé et le porridge avalé en face des quatre enfants assis sur la partie bar d'une cuisine à l'américaine. Je suis en forme et les divertis. Eux ne peuvent pas se lever tant qu'ils n'ont pas tous finis leur assiette, l'aïeule veillant à la croissance des petites graines et maintenant une discipline de fer. Sur le parking où Fafa me laisse, deux blacks, après une nuit de débauche, dorment, gorges déployées prêts à être égorgés, dans un pick-up aux vitres ouvertes immatriculé dans le Lesotho. Je passe une propriété "la Providence" qui aurait pu justifier son nom à mes yeux si elle m'avait accueillie pour la nuit. Toutes les grandes marques de supermarché (Pick'n'pay, Woolworths, Kwikspar) sont représentées dans la station balnéaire de Shelly, visiblement une agglomération qui concentre beaucoup de vacanciers. En marchant sur le sable très prolifique, parmi un parterre de guirlandes de fleurs, une poignée de roses écarlates et de pétales dissiminés, deux bananes et trois pommes, preuves éclatantes d'une puja, cérémonie d'offrandes aux divinités hindoues, font mon bonheur et remplissent mon sac plastique. J'ai mangé deux bananes mûres presque noires ce matin et voilà déjà leurs remplaçantes dans mon sac sans que je n'ai à me soucier de quoi que ce soit. "La providence" y pourvoit. Je croque une pomme au prochain gué.
Depuis Hibberdene, je suis passé sur la côte des hibiscus qui s'étend jusqu'à Port Edward et beaucoup plus populaire à cause des meilleures conditions d'hébergement à proximité des plages. Il n'y a pas foule sur la côte du soleil (Sunshine coast) où les estivants en petit nombre peuvent presque avoir la plage pour eux seuls. St. Michaels-on-sea a beaucoup de charme avec son bras de rivière qui divise sa plage familiale bondée. ça cogne ! La journée promet d'être torride. Je passe le pont plutôt que de me déchausser et rejoins Uvongo avant de me mettre à l'eau sur la plage de Lucien (Lucien beach). Qu'est-il venu faire ici ce Lucien ? Il y a des piscines d'eau de mer qui ont été construites le long du littoral et je baigne dans l'une d'elle. La mer à marée haute les remplit. Tout ce qu'il y a de plus rassurant quand des enfants accompagnent leurs parents à la plage. Trois enfants et un couple viennent de se poser apportant une chambre à air de camion. Un hot-dog vite fait pour chacun des membres et la fillette qui ne sait pas nager se met à l'eau avec la chambre à air, très vite rabrouée par ses vieux, impotents, qui ont une sainte horreur de l'eau. Je me tiens debout dans la piscine artificielle, sa profondeur ne dépassant pas un mètre cinquante, remplie d'algues vertes accrochées à ses murs d'enceinte. Elle est rappelée à l'ordre et illico presto sommée de venir les rejoindre. Pour accélérer le mouvement, le père va chercher la bouée. En descendant sur l'autre plage, je passe à côté de monceaux de viande étalés au soleil tels des phoques dans l'incapacité de se mouvoir de leur propre gré, attendant que la marée viennent les cueillir et les mette à la baille. Deux enfants creusent un trou aidé par leur père, la mère obèse assise, incapable de se mouvoir à cause de son handicap.
Deux couples, les quatre membres en surcharge pondérale, s'amusent à se laisser tomber et rouler avec le flux et reflux des vagues. Si l'un d'eux s'avance trop loin dans l'eau, ils ne pourra pas revenir en surface. A cause de leur poids, ils ont besoin mutuellement de se tirer les uns et les autres par la main pour se relever après que la vague les ait bousculé. Beaucoup d'enfants sont visiblement de parfaits petits monstres sur le plan physiologique, les noirs ou indiens semblent davantage touchés que les blancs. N'ayant pas le même métabolisme, les Zoulous et autres ethnies locales fixent plus facilement les hormones contenues dans les aliments. D'autres les éliminent. Cela ajouté à une mauvaise hygiène alimentaire du à l'ignorance donne des physiques effrayants dignes des personnages de "Freaks, la monstrueuse parade" (film NB, 1932 de Tod Browning). Je ne m'apitoie pas mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la compassion pour ces êtres prisonniers de leur ignorance. Les condominiums aux terraces en escalier et au noms évocateurs tels Laguna "la Crète", "la côte d'Azur" reviennent en force au niveau de la très courue Margate que je dépasse rapidement. Depuis pratiquement la plage de Shelly, j'emprunte un sentier littoral avec vue sur ces plaques tectoniques couchées, entassées les unes sur les autres et brisées par je-ne-sais quel mouvement de l'écorce terrestre. Le fracas des vagues à l'assaut de ces forteresses érodées, sur le flanc, offre un spectacle de jeux d'eau et de pierre orangées russisantes, attaquées par la salinité. La côte a complètement changé d'aspect et offre un autre visage depuis Uvongo. Margate offre une petite plage de sable coincée entre ces gigantesques et impressionnantes mâchoires naturelles. Attention aux requins et aux méduses dans ces eaux confuses. Je remonte sur le goudron et saute dans un pick-up à un stop jusqu'à Southbroom. Le pot d'échappement du gars claudicant, vivant de petits boulots dans la réfrigération, nous lâche. Un boucan infernal nous suit et le montre du doigt faisant de lui un "pauvre blanc" qui n'a pas les moyens de se payer une voiture correcte. J'en ai pas fini avec la misère morale aujourd'hui. Ayant des doutes sur la possibilité de rejoindre la plage, je demande légèrement égaré ma direction à Johannes. Il m'invite à m'asseoir et prendre une douche tandis qu'il a déjà bien entamé sa journée de bibine, du brandy mélangé à du coca. ça tombe bien ! Il fait très chaud et je voulais justement faire une pause. J'en profite pour laver mes deux T-shirts. Johannes, 70 ans, vit seul depuis une quinzaine d'années, lorsque sa femme l'a quitté, pour aller vivre à Durban, prendre soin de son père. Bien que la solitude le pèse, raison pour laquelle il boit, cinq chiens lui sont fidèles et Samy, une jeune zoulou (26 ans) le sert. Il n'a même pas eu le temps de passer un collier au dernier canidé acquis auprès de la SPA que celui-ci avait déjà filé à l'anglaise. Samy est absente pour la journée. Alors qu'il se montre légèrement agressif et que je n'ai pas à supporter ce genre de comportement, je m'apprête à le quitter, le ciel couvert, vers 16h00. Il me dit de rester dormir et d'apprécier l'endroit qu'il a construit de ses propres mains. Sa propriété non sécurisée avec vue sur la mer dispose d'un jardin botanique, ce qui contraste singulièrement avec les doubles murs d'enceinte hérissés de barbelés et vidéo-surveillés des voisins. Autour d'une bière, il cherche à me convaincre que Dieu a toujours été généreux et pris soin de lui. Nous tombons d'accord sur le fait que l'esprit et la matière sont distinctes. Il me demande de faire comme chez moi et finis par s'endormir sur le banc. Je flemmarde prêt à lever le camp. Deux DVD retiennent mon attention "Slumdog Millionaire" à propos du jeu TV "Qui veut gagner des millions" et "Gladiator" sur l'épopée romaine. Samy rentre entre les deux films avant de ressortir invitée à un "braai" (BBQ couleur local). Elle est satisfaite de sa vie privée liée à un chef de la police marié, sans compter les "petits nouveaux" et autres prétendants éconduits sur lesquels elle peut se reposer et compter. Elle peut toujours les rappeler. Elle ne veut pas se marier car elle ne veut pas être délaissée par son mari avec cinq gamins à la maison tandis qu'il va choper des MST à l'extérieur et les lui coller. Accrochée à son portable, la cigarette allumée entre les doigts, je remarque le blanc de ses yeux, jaune. Elle conçoit que son amant de policier lui fasse un enfant et sait qu'elle peut compter sur lui car il en a déjà sept de différentes femmes. Que chacun vive sa vie. Elle me dit que l'homme sait toujours ce qu'il faut faire en cas de coups durs et que c'est dans sa nature de courir plusieurs gibiers à la fois. Son père avait plusieurs femmes dans le kraal, nom donné à un village fortifié zoulou, et sa mère est décédée en 1999 lorsqu'elle avait seize ans. Quand je descends dormir dans son petit studio tout équipé avec salle de bains, cuisine attenante, frigidaire, TV, les produits d'hygiène sur une table à côté de l'ordinateur, les sous-vêtements sur le canapé et d'innombrables paires de chaussures abondent dans un désordre indescriptible. Une seule chose manque, les préservatifs. J'ai laissé à John l'un des deux sachet de préservatifs en distribution gratuite entre la frontière du Swaziland et l'Afrique du Sud mais le Sida ne passera pas par moi.
Les caractères et les comportements des Afrikaners et des autochtones sont si opposés et antinomiques qu'ils est difficilement concevable qu'ils puissent créer une société harmonieuse. Autant les propriétés des Afrikaners sont tirés au cordeau et d'une propreté impeccable, leurs habitudes de travail méthodiques, rigoureuses et exigeantes, autant celles des indigènes sont un capharnaüm d'objets hétéroclites, un vrai marché aux puces où il est difficile de s'y retrouver. Il n'est même pas question de complémentarité quand tout les oppose. Les Afrikaners vivent leur vie, les africains la leur, chacun de son côté comme un couple fatigué et usé qui ne se reconnait plus dans sa relation de l'un à l'autre. Ils se croisent et coopèrent quand les uns travaillent pour les autres dans les services publics - la poste, les pompes à essence, les poubelles, l'équipement...etc. - ou bien à leur service en tant que nounou, gardien, jardinier. Combien de couples mixtes dans le pays ? Les mentalités totalement divergentes ne leur permet pas de s'exprimer en cœur et à l'unisson sans compter que d'autres facteurs rentrent en ligne de compte. La religion par exemple qui a longtemps prétendu que les Boers, peuple élu, étaient investi d'une mission divine pour conquérir et "civiliser" l'Afrique australe. Il y a encore de beaux restes chez les Afrikaners avec une croyance implacable et inaltérable en un Dieu blanc et une souche noire inférieure. Johannes me ressort ce matin tous un tas d'idioties qu'il m'a déjà rapportées hier comme s'il avait étudié la Bible pendant des années alors qu'il les lit dans "The Philadelphia Trumpet", un bimensuel publié à plus de huit millions d'exemplaires qui lui est envoyé gratuitement. Suffit-il de le lire pour croire les articles basé sur des prophéties bibliques ?
Allez vous mêmes vérifier en ligne ces histoires incroyables sur www.thetrumpet.com Johannes ajoute qu'avec une cuite au Brandy, il ne se souvient plus de rien comme frappé d'amnésie et donne l'impression de me découvrir. Il ne sait plus comment je suis arrivé là - où m'a-t-il ramassé et si je suis français ou allemand, ce qui est plutôt gênant quand trois visiteurs arrivent dans l'après-midi et lui demandent qui je suis et la raison de ma présence. Il me confie plus tard qu'il est dangereux de rentrer dans sa chambre lorsqu'il y est, à cause des chiens qui le protègent alors que j'y ai tranquillement regardé deux films la veille lorsqu'il dormait. Les chiens ont sans doute pensé que j'étais descendu du ciel et jouait mon rôle d'ange-gardien auprès de leur maitre, ce qui leur a donné un jour de relâche. J'ai néanmoins partagé leur nourriture, celle dont les Bassouto en font leur met de base et leur "pain blanc". Le pap' dont je raffole et colle à l'estomac leur est servi quotidiennement. Chez Johannes, il sert à nourrir les canidés les "amis à quatre-pattes". J'ai eu mes deux rations aujourd'hui avec une sauce épaisse (gravy) et un morceau de côtelette, plutôt chanceux pour un animal à deux-pieds. Johannes a quand même meilleure mine lorsque je le remercie. Je suis juste tombé comme un cheveu sur la soupe et c'était son jour-sans. "Comme back" me lance-t-il. Il se déplace peut-être en fin de matinée en direction de Port Edward mais je préfère le devancer. Je piétine un peu au feu ou un Afrikaner me réserve ses vilains mots du matin. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il me lance méchamment : "Je t'appellerai si j'ai besoin de toi" (I will call you if I need you). Sur le ton de la plaisanterie, je lui chante en français que
"Tous les Afrikaners sont des malins, rudes, peu serviables, mal aimables, En chier un colombin dès le matin, ça risque de faire un jour intenable".
Le trio, le patron avec ses deux "ouvriers au black" à ses côtés, s'envole tandis que je reste scotché au feu rouge. Je remarque une berline qui tente de manœuvrer pour venir se garer sur l'aire de stationnement plutôt réservée aux combi-taxis. C'était plus facile de me faire signe au feu et de m'inviter à le rejoindre. Le temps avant qu'il ne repasse au vert est largement suffisant pour sauter dans la voiture. Mike Williams, 76 ans, Rhodésien (l'actuel Zimbabwe de Robert Mugabe), vient de déposer sa femme à l'hôpital pour une opération de l'épaule et m'invite à petit-déjeuner chez lui à Munster. Il habite à deux pas de la mer une belle propriété meublée de style victorien. Dans son jardin, un flamboyant dont le nom original "kaffaboom" (arbres des cafres) politiquement incorrect a été changé dans les années quatre-vingt dix au moment de la réconciliation et "milkboom", l'arbre à lait, espèce protégée dont les autochtones se nourrissent des baies rouges. Né à Shabani, à l'époque la Rhodésie, il a travaillé comme ingénieur à la mise en place de la mine d'amiante dans sa région natale et s'est battu aux côtés des combattants de la liberté ("Freedom Fighters") contre le mouvement d'indépendance de Mugabe. A la retraite, il a œuvré pour Spi-Batignolles au creusement du tunnel d'une longueur totale de 62,5 km reliant les deux barrages de Mohale et Katse à la centrale hydroélectrique de Muela, projet qui vise à assurer l'autonomie en eau de Jobourg. Il a été récompensé pour son mérite étant l'ouvrier le plus âgé sur le site. Il a trois garçons dont l'un banquier en Angleterre et une fille. Son grand-père est venu d'Angleterre avec les "Eighteen twenties", le groupe ayant été ainsi appelé parce qu'il ont émigré en 1820. Il s'est établi sur une ferme et s'est mis à produire du coton principalement. Son père a été pilote de guerre pendant le première guerre mondiale et a connu sa mère en réussissant un atterrissage de fortune sur un terrain de golf où elle servait le thé. Elle était l'unique fille d'une fratrie de treize enfants, les douze premiers étant des garçons. L'armistice signée, elle vint vivre sur la ferme au Zimbabwe et s'en accommoda fort bien. Jeune garçon, il se rappelle son cahier de commandes des produits alimentaires pour le camion qui venait faire ses tournées deux fois par semaine. Les fermes disposaient de l'électricité à l'époque, ce qui n'est pas encore le cas partout aujourd'hui en Afrique du Sud. Il est satisfait du changement opéré en 1994 même si rien de convaincant n'a été réalisé depuis. Selon lui, cela prendra une quinzaine d'années avant qu'un réajustement inévitable soit nécessaire. Les gars de l'ANC peuvent maintenant se faire une idée de ce que cela peut être de gouverner, les erreurs servant de leçons pour pouvoir avancer. Après une heure bien remplie de discussions autour d'un bol de porridge et de toasts arrosés de café et thé, je reprends mon fil conducteur, mon ruban de sable vers la plage de Glenmore et une succession de petites criques découpées dans une frange de rochers aux formes arrondies comme les doigts repliés d'une main posée sur la roche mère. Avec le temps mi-figue mi-raisin qu'il fait, j'ai un peu l'impression d'être sur le sentier des douaniers en Bretagne. Depuis le début du sentier après Shelly, de nombreux bancs commémoratifs ont été construits, chacun à la mémoire d'un être cher, disparu ou en l'honneur d'un couple décédé. Afin de mettre toutes ces âmes de mon côté et qu'elles me viennent en aide et me protègent pendant la traversée du Transkei, je me suis promis de lire tous les noms apposés sur les dossiers et avoir une pensée bienveillante pour eux. Je ne risque rien en procédant ainsi. En quittant le dernier où je me suis recueilli un moment, j'ai trouvé une paire de chaussures de marche au détour du chemin dans l'herbe. Elles devaient m'attendre là depuis plusieurs jours vu l'air vermoulu qu'elles affichaient. Les lacets étaient pris dans les œillets grippés à peine rouillés. Les herbes hautes les enveloppant faisaient un paquet cadeau, lequel m'a tenté avant que ne meurent les miennes. Je les ai cirées pas plus tard qu'hier, la fin d'un cycle ou bien l'heure de les mettre au placard. Je me rappelle avoir vu une paire de groles accrochées dans la cuisine chez Johannes avant de le quitter. Autant de signe qui me laisse penser que je peux les échanger et les garder en seconde main sans les mettre au rebut.
A propos de la bienveillance, j'agis de la même façon avec les chiens méchants même si je n'ai pas eu le temps de voir surgir le dernier. Sur la plage à Port Edward, je passe à proximité d'une Afrikaner qui remballe ses affaires en me tournant le dos et ne me voit pas venir. Le molosse, une tête de bouledogue, vient m'attaquer à trois reprises et mord dans mon sac plastique avant de revenir vers sa maitresse, afin qu'elle puisse l'attraper par le cou et le mettre en laisse. Les Afrikaners avec leur obsession de l'insécurité et leur phobie des noirs, ont des chiens domestiques vraiment impressionnants, autant de races interdites dans l'hexagone. Leurs maitres, comme si leurs physiques hors-normes de géants aux faciès de boxeurs loin d'être des enfants de chœur ne leur suffisaient pas pour impressionner, sont armés quand ils sortent et sont accompagnés de chiens de garde dont ils n'ont pas toujours le dessus. Une véritable spirale infernale, un engrenage sans fin contre toute logique, la roue du cycle de la peur ne peut être enrayée s'il n'y a pas de réflexion. La peur engendre la peur, la colère la haine... Pitié pour eux, ils sont ignorants et ne savent pas ce qu'ils font. Et ce sont ceux-là qui vous mettent en garde contre les noirs du Transkei...
Mon dernier acte de bravoure avant d'attaquer la côte sauvage et de contrevenir les mauvais esprits qui pourraient rencontrer ma route peut encore être qualifié d'acte de bienveillance même si j'ai bien failli y laisser une jambe il y a quelques minutes. Entre les rochers, un oiseau de mer se traine lamentablement et volète ici et là. Comme attachées au bec de l'oiseau, ses ailes sont retenues et liées le long de son corps frêle par du fil de pêche. Dans quel galère est-il allé se mettre ? Tout comme les humains, l'avidité et la tentation de la proie facile a pris le dessus et fait son malheur. Je l'approche doucement et le berce de paroles bienveillantes. Il doit sentir que je ne fais pas partie des prédateurs ou bien il est tellement en mauvaise posture qu'il n'a pas d'autre choix de se laisser aborder et prendre en main. Mes doigts touchent l'aile gauche qui la maintiennent plaquée sur le sable avant que la droite ne l'enserre au niveau du cou. Je dénoue délicatement le fil qui part du bec, emprisonne les deux ailes les rendant immobiles et inactives, lui enserrant le cou au passage. Il a sacrément du se débattre pour finir enroulé de fil. Je cisaille avec les dents le nylon des deux côtés de la tête de l'oiseau libérant les deux membres inertes que je maintiens collés au sol. Ce que je percevais dépassant du bec comme l'hameçon auquel était suspendu l'amorce, l'objet de son désir, est un flotteur. Dans son empressement à saisir au vol l'objet de son désir, il en a avalé l'hameçon. Son aveuglement et son ignorance ne lui ont pas permis de discerner et mesurer les dangers liés à sa cupidité dont il paye douloureusement le prix. En tirant sur le fil, l'hameçon ancré au creux de l'estomac, je lui fais mal. Si j'insiste, je vais lui arracher le tractus œsophagique et tout le système digestif. Je préfère abandonner l'idée et le laisser s'envoler. Je pense qu'il a peu de chances de survie mais j'ai fait de mon mieux. J'ai déjà lu des histoires d'animaux disséqués et autopsiés, cétacés ou mammifères, dont l'estomac contenait des débris inattendus et des membres entiers d'humains y compris les parures qui les ornaient tels une montre-bracelet ou un collier. Ceux-ci sont principalement le fait des tigres du Bengale, mangeurs d'homme, des crocodiles, des varans et des requins. D'autres de taille plus petites comme les pies peuvent ingérer des objets brillants telle une bague ou un diamant et ne pas pouvoir l'éjecter, ce qui peut être le cas de cet oiseau. S'il ne met pas en danger les parties vitales du corps habité, l'intrus devient partie intégrante du corps de l'hôte et l'habite pour le restant de son existence.
Le Transkei: la côte sauvage (Wild Coast). Depuis Durban, j'en ai entendu de toutes les couleurs à propos de cette Wild Coast qui s'étend de Port Edward jusqu'à East London et ses repaires de bandits, tous noirs évidemment, qui surgissent du bush, vous arrêtent au détour du chemin, vous demandent de vous déshabiller sous la menace d'un colt et vous laissent repartir tout nu, les mains dans les poches vides. Entre Brandon qui m'a avoué être tombé amoureux du Transkei "I love it !" et affirmer que s'il en avait les moyens, il y habiterait et Fafa qui m'a raconté qu'après une journée de marche avec une escouade de policiers, on leur a conseillé d'en rester là et ne pas aller plus loin, j'ai de quoi me faire du souci et hésiter à pénétrer le littoral considéré par certains comme une zone interdite aux étrangers. Ces détrousseurs de grand chemin aux faits non avérés, le bouche à oreille et le téléphone arabe assurant leur réputation au-delà des frontières de l'état du Cap-Est, hantent les plages de la région, connue autrement sous le nom de Transkei, du nom de l'ancien bantoustan crée le 26 octobre 1976 qui englobait cette zone littorale. La côte sauvage (Wild Coast) aux plages déchiquetées, reculées, isolées, difficiles d'accès, doit son nom aux nombreux naufrages de bateaux dus aux tempêtes redoutables et écueils immergés au cours des siècles derniers. Cette région, la plus sauvage du pays comme l'indique sa dénomination, pour cause l'une des mieux préservées du pays, est également la plus rurale avec de petits villages de huttes circulaires colorées en blanc, en jaune ou orange disséminées à flanc de collines verdoyantes.
La rivière Umtamvuna sert de frontière naturelle entre l'état du Kwazulu-Natal et le Cap-Est. Elle délimite le Transkei au nord, qui s'étend vers le sud jusqu'à l'embouchure de la rivière Grande Kei. Je longe la plage sans voir Port Edward, laquelle finit en pointe et cul-de-sac pour aboutir à cette barrière liquide impassable et insurmontable qui plus est, source de bilharziose. Je me mets à l'eau pour tester la profondeur. Il est plus sage de revenir sur mes pas et prendre le pont visible depuis le sable et par lequel passe la route 61. Deux pneumatiques barbotent dans la lagune, le père et son fils. La mère voilée en noir de la tête aux pieds, assise, attend tandis que le fils ainé apprête sa canne à pêche. J'engage le dialogue, juste curieux de connaitre leur origine. Je n'ai pas le mot de la fin car le jeune homme, réticent et légèrement sur sa réserve, ne se livre pas. Il me dit parler seulement l'anglais. Je remonte la lance de rampement des bateaux et pénètre dans la zone d'hébergement de luxe du "Caribbean Estates", des chalets loués à des familles d'origine musulmanes. Je reviens sur mes pas après avoir avisé un bureau marqué du sigle QVC où je ne suis pas le bienvenu, celui-ci assurant l'entretien de l'air conditionné. Le supérieur afrikaner demande à son subordonné de même souche d'emprunter un pick-up et d'aller me déposer à la grille d'entrée où tout est verrouillé et passé au sas sauf qu'ils n'ont pas prévu qu'un Français pouvait arriver par derrière. Je traverse le pont et au lieu de suivre la route vers Bizana m'engage vers la Wild Coast Sun, un ensemble de casinos dont je n'ai absolument rien à faire si bien que j'oublie complètement d'y faire un tour pour le plaisir. A l'époque où les machines à sous et les tables de jeu des casinos étaient interdites en Afrique du Sud, Sol Kerzner, un entrepreneur mégalomaniaque et imaginatif créa d'immenses complexes hôteliers et de loisirs dans la province du nord-ouest, Sun city et sa sœur jumelle Lost city étant réservées à une population aisée. Prenant prétexte de l'indépendance du Transkei et de la prohibition qui touchaient les jeux de hasard durant l'apartheid, West Coast Sun, le dernier avatar sorti de son imagination et affichant un faste ostentatoire, accueille désormais une foule de Sud-Africains de toutes origines. Je ne comprends toujours pas qu'il faille montrer patte blanche à une barrière de contrôle à moins d'avoir la baraka et repartir avec la cagnotte du casino. Je suis plus concentré sur mon objectif, celui de prendre un bon départ dans le Transkei et d'avoir l'attitude juste, la nuit n'étant pas loin. Je me sens comme glisser et être happé par l'événementiel, un peu comme dans un cocon qui serait un petit cumulus qui m'aurait servi de pneumatique pour traverser l'Umtamvuna.
Avant les barrières de contrôle pour accéder aux casinos, je discute à une station-service avec les trois pompistes dont l'un, d'une grande attention et extrême gentillesse, s'intéresse à mon voyage. La voiture de police de la communauté de Mzamba vient y faire son plein. Celui-ci me pose des questions et me dit comment faire quand il avise Xolany, élancé, presque le double-mètre, qui rentre chez lui après sa journée de peinture chez les "pirates des Caraïbes" payée 70 Rands. Contrairement à ce que le serveur à la station m'indiquait, descendre sur la plage et marcher jusqu'à l'embouchure de la rivière Mzamba et se retrouver devant un mur d'eau, nous bifurquons en direction de l'aérodrome en traversant le terrain de golf où tout est parfaitement vert et tondu. Les petites voitures avec leurs chauffeurs attendent les riches clients. Je l'ignore mais en optant pour ce raccourci, je rate la forêt de bois pétrifié située juste avant l'estuaire de la Mzamba qui n'en est pas une réellement car les arbres n'ont pas été pétrifiés enracinés debout. Comme des pièces rapportées, ils ont été déplacés et déposés avec d'autres sédiments avant que le processus de pétrification commence.
En attendant, nous dépassons un grillage derrière lequel est cachée une jeune femme assise à un bureau des entrées et des sorties ? Les herbes sauvages ne sont plus coupées et habitent les collines verdoyantes et grasseyantes au sommet desquelles se nichent les toits coniques caractéristiques de la région.
Avec Xolany, nous rattrapons Dlamini avec deux fillettes d'une dizaine d'années la suivant. Je crois qu'elles sont ses filles. Xolany et Dlamini se connaissent et papote le long du chemin. Il rencontre une connaissance tandis que nous descendons le canyon au fond duquel la Mzamba coule langoureusement. Nous jouissons d'une vue inégalable sur l'endroit où elle se jette avec l'Océan indien en fond de toile, les lumières du coucher ajoutant des nuances de couleurs rapidement changeantes sur la roche, la végétation luxuriante et foisonnante et l'élément liquide. Xolany s'attarde avec son interlocuteur. Nous partons devant et passons tranquillement le lit de la rivière après nous être déchaussés. Je remplis mon sac avec les sandales et les robes des gamines. Il n'y a pas de danger potentiel sinon celui qu'elles tombent et mouillent leurs effets. Autant qu'elles me les confient. L'idée de me baigner une dernière fois et me laver des sueurs de la journée m'effleure mais Dlamini m'attend pour remonter sur le plateau. Je comprends que sa maison est située plus loin que celle de Xolany, juste sur la falaise. Le voilà qui nous rattrape. Nous attendons qu'il soit sur la berge et je m'informe de l'itinéraire à venir. Il nous quitte en haut de l'escarpement et je continue avec Dlamini - son prénom Thabisile ou surnom Kissy - jusqu'à "une petite maison bleue sur la colline" dont l'entrée est orientée vers l'est car la croyance xhosa veut que les bons esprits viennent de cette direction. Les cases Xhosa sont à moitié peintes, du côté faisant face au lever du soleil jusqu'à la paroi reflétant les rayons absorbés lors des chaudes heures de la journée, la couleur réfléchissant la chaleur et gardant l'intérieur des cases fraiches et confortables. Dans le cas contraire des murs opposés, au sud-ouest et à l'ouest, ils sont laissés à l'état brut, la terre dont ils sont construit réabsorbant les derniers rayons de l'astre couchant et réinsufflant l'énergie solaire pour préserver les cases du froid pendant la nuit.
Une fillette nous a quitté en cours de chemin tandis que l'autre s'avère être sa petite sœur. Dlamini, jolie perle de 22 ans, est effectivement mère d'un petit garçon de treize mois qu'elle allaite encore. Sitôt arrivé, il plonge dans ses jambes et réclame sa tétée qu'elle lui accorde. Dlamini , une vraie perle, excelle dans l'accueil et ne m'oublie pas pour autant. Elle m'ouvre la porte d'une case, laquelle compte un double lit, un bureau avec quelques photos de famille et deux fauteuils. Je suis assez choqué que les gens puissent tenir de tels propos vis-à-vis d'autres qu'ils ne connaissent pas et n'ont pas approché. Je nage en plein bonheur, en totale liberté, en parfaite harmonie avec mes hôtes même si les mots pour la communication restent limités, Dlamini comprenant mieux l'anglais qu'elle ne le parle. Ses livres d'école sont empilés sur un coin du bureau. Elle a sept frères, l'un vit à Jobourg, deux travaillent pour les casinos et deux à la maison avec la benjamine. Elle me propose un café au lait que je refuse à l'heure qu'il est car je n'y suis pas habitué et cela peut m'empêcher de dormir. Je suis étonné de voir du riz en cours de cuisson dans la marmite sur trépied dans cette partie du monde. J'apprécie l'assiette recouvert d'haricots qui m'est proposé plus tard. Je préfère rester dehors à regarder le ciel étoilé et rêver en couleur du Transkei qui fait peur à tous ceux qui ne l'ont jamais atteint, connu ou découvert. L'humain a toujours peur de ce qu'il ne connait pas à commencer par son voisin ou par lui-même qu'il ne sonde pas suffisamment.
Au loin, les lueurs de l'aérodrome s'unissent aux lumières de Mzamba et illuminent l'horizon, mon ultime petite bourgade éclairée avant de pénétrer et disparaitre dans la nature. M'oublier dans le décor naturel. Je m'apprête à prendre congé et me retirer dans ma chambre lorsque son père revient du village et s'assoit sur le banc autour du feu dans un état d'ébriété avancé brisant le lien d'harmonie qui nous unissait les uns aux autres. Je le sens comme un personnage négatif, un peu comme si le diable avait fait irruption dans les murs et voulait tout chambouler par jalousie. Il me demande mon téléphone, la carte Sim qu'il veut utiliser, pour communiquer.
Quel ne fut pas ma surprise de voir le fils de Dlamini jouer avec un portable à mon arrivée. Quel nécessité d'en avoir un ? Que diable le besoin d'un téléphone à la campagne où les appels ne sont pas recevables ? Je n'ai pas la réponse sinon celle du statut social. Je n'ai pas fini d'être surpris. Il peine à imaginer que je n'en ai pas. Puis il me demande si je fume. Je sais que les paysans dans la région vivent de l'herbe qui pousse comme du chiendent. Je réponds par la négative, ce qui le rend suspicieux à ses yeux. La bonne odeur de cannabis se répand dans la pièce déjà enfumée par le bois se consumant.
Je quitte le lieu de vie définitivement sans bougie pour rejoindre ma case et trouver la sérénité. La porte fermée, il vient m'indisposer et insiste pour que je lui ouvre. Il a beau frapper. Je n'ouvre pas et lui intime l'ordre d'aller dormir. Si je le laisse rentrer, il va s'asseoir et a toutes les chances de faire l'inventaire de mes sacs. La tranquillité revient une fois qu'il s'est éloigné après que sa femme et sa fille l'aient appelé à rejoindre leur case. Je ne suis pas serein. Si je dois vivre d'autres expériences à ce point désagréables, cela risque de virer au cauchemar. Je n'ai pas envie de lutter avec les populations locales avides de ce que j'ai et de ce qu'ils n'ont pas. Je suis sur le qui-vive alors qu'il suffirait de m'asseoir, me concentrer et laisser filer ces idées négatives qui m'empêchent de tomber dans le sommeil réparateur dont j'ai besoin.
Je m'abstiens de sortir au réveil afin de ne pas avoir à le rencontrer. Dlamini m'apporte un plateau avec du café au lait, du pain découpé en tranches et une assiette de bouillie de maïs auquel j'ajoute une sauce pour lui donner du goût. Le père a quitté la maison lorsque je sors. Vers 7h00, munie de sa binette, Dlamini accoutrée d'une robe longue bleu ciel, d'un corsage à manche courte, coiffée d'un bonnet vert en laine et chaussée de bottes me montre le chemin. En descendant vers la plage, nous saluons au passage sa mère, en train de biner dans un champ, qui la taquine avant d'atteindre l'étendue de sable qui borde l'océan. Dlamini d'une belle écriture aux lettres bien formées m'a écrit correctement sur un bout de papier les noms des rivières que je dois traverser.
La marée étant basse à 8h15, je dois marcher rapidement si je veux en passer le maximum à gué et avancer sur la carte. Je traverse l'embouchure de la Mpahlanyana avec une facilité déconcertante ayant juste à me déchausser pour éviter de me mouiller les pieds. J'enchaine les longueurs de plage sauvages, désertes et isolées et profite du retrait de l'eau pour marcher sur le sable mouillé plus ferme. Les chaussures adhèrent bien au sol. La journée promet d'être chaude et aucune protection en vue à moins de se terrer dans les taillis où j'attends de voir surgir les mauvais garçons menaçants et les méchants noirs armés qui en voudraient à mes effets. Cela se résume à une course entre l'astre lumineux cognant déjà fort et dépasser mes limites pour gagner du terrain dans l'angoisse d'être agressé, attaqué et dévalisé à tous moments. Je n'ose pas imaginer le scénario, laissé pour mort, auquel je ne crois absolument pas. C'est pourtant le sort qui doit m'être réservé lors de cette traversée du Transkei selon les mises en garde des uns et des autres. Je croise en tout et pour tout trois pêcheurs à la ligne désespérément seul descendu de l'intérieur des terres pour se mettre un poisson dans l'assiette.
A un rétrécissement d'une plage de boulets, un vacher furète entre les rochers à la recherche de récipients. Je détache une gourde de deux litres et la lui tends. Je lui propose mes nouvelles chaussures avant de ressortir du sac les anciennes. Dès que je repars, je sens que je n'aurais peut-être pas du les donner mais je n'éprouve aucun regrets. Mes Caterpillar en cuir véritable subiront l'outrage du sel marin. Elles étaient idéales pour la marche dans le sable mais je n'en aurais rien fait à l'arrivée au Cap alors qu'il peut éventuellement les recoudre et les utiliser au lieu des ses bottes en caoutchouc. J'ignore jusqu'où elles auraient pu tenir. Le gars a lâché ce qu'il avait collecté et sa main s'est refermée sur ce que je lui ai laissé, preuve de son intérêt. La Mnyameni ne pose pas plus de problème. Le fait qu'il y ait dans l'étymologie du nom un peu de Nyana - sagesse en pali - me rassure. Je me dis qu'après tout, ce sont des rivières millénaires riches de sagesse qui ne peuvent que m'apporter du bonheur.
En me retournant, je crois rêver. J'aperçois coincées entre le jaune du rivage et les collines verdoyantes des dunes de sable rouge vif comme si des pelleteuses avaient retourné de la terre pour la construction d'une piste en latérite. Je ne comprends pas du tout leur existence, leur origine et ce qu'elles viennent faire dans ce paysage reculé du bout du monde car mon hypothèse ne tient pas debout. Lors de la guerre anglo-zouloue en 1820, le roi Shaka du KwaZulu appréhendant l'anéantissement de son royaume zoulou se retira avec des milliers têtes de bétail à l'emplacement de ces dunes rouges localisées derrière la frontière de son empire. Leur séjour de plusieurs années et les écoulements - selles et urines - qui en résultèrent colorèrent ces dunes. L'hypothèse, retenue pour expliquer la présence de ce cordon dunaire, est pour le moins fantaisiste. Je n'ai prends pas le temps d'aller marcher sur les dunes du mystère. Je reviendrai y faire un tour en juillet lorsque la chaleur sera moins accablante.
Je poursuis ma route du sable et atteins ce que je crois être la rivière Mtentu. Je peux me raviser et me rhabiller pour pousser plus loin. Je ne suis pas au bout de mes peines. A l'embouchure, un niveau d'eau correct permet l'immersion total du corps. Des habitations sur la rive sud, personne n'en sort ou bien n'est présent à l'heure où je me baigne. Une partie rouillée d'une turbine échouée me sert de ponton et me permet de garder mes pieds au sec lorsque j'enfile mes chaussettes mais voilà qu'une vague plus forte que les autres remet tout en cause. J'évite le pire et saisis le sac plastique avant qu'il ne soit mouillé et emporté. Dépité, dans mes petites chaussures retrouvées, je me remets en selle et allonge le pas jusqu'à la mère de toutes les rivières, la Mtentu, frontière avec la réserve naturelle de Hkambati d'une superficie de 40 000 hectares. Je la sonde à l'arrivée sur ses bords et fais face à un courant d'eau d'une vingtaine de mètres de large et d'une profondeur inconnue que je suis incapable de passer avec mes sacs. Je dois me rendre à l'évidence. Pas un chat à l'horizon, je sais que l'eau n'est pas leur fort, ni même un être humain avec une absence d'embarcation sur l'une ou l'autre rive.
Les limites de la réserve, où la pêche et la chasse sont interdites, n'ont pas été fixées par hasard. Ses gorges abrite une colonie de vautours griffon, une espèce en voie de disparition. La Mtentu est une véritable frontière naturelle inviolable. Je peux m'asseoir et contempler l'eau qui flue et reflue avec la marée montante. Je suis devant un mur d'eau insurmontable. Il faut voir à quelle heure sera la marée basse demain et tenter de traverser lorsque le niveau d'eau sera au plus bas. Je dois reculer mes sacs au fur et à mesure que l'eau monte. Je remarque sur le versant sud le toit conique d'une seule case tandis qu'en me retournant, j'en aperçois peintes de multiples couleurs sur les hauteurs. Je n'ai pas d'autre choix que de remonter à flanc de colline et y trouver refuge pour la nuit. Dominant de nouveau la rivière et retenu sur sa rive nord, je vois une construction en bois qui ne m'inspire guère et l'évite. Je la laisse sur ma gauche, la contourne dans l'idée de remonter la rive plus en amont. Je sais pertinemment qu'il n'y a pas moyen de traverser plus haut. Je tombe des nues. Devant moi, je découvre un ensemble de plusieurs chalets de deux lits à l'abandon avec un bâtiment principal pour l'accueil collectif. Ce que j'ai vu étaient les douches. Des panneaux solaires rouillés ont du être fonctionnel il y a quelques années. Je les visite un par un et en fais l'inventaire. Certaines pièces sont fermées et servent de débarras. Chaque chalet dispose de deux lits et d'un coin WC avec des toilettes sèches. Les matelas n'ont pas tous été volés et sont visiblement régulièrement utilisés par les chèvres avoisinantes, leur crottes ne laissant aucun doute quant à leur origine, lorsque la porte ouverte leur permet l'accès. Chaque cabine a une vue sur la rivière à partir d'un petit balcon. Les deux pans d'une moustiquaire côté balcon retenus par une fermeture-éclair empêche l'intrusion des insectes. Chanceux, je ne peux pas résister à piquer un somme vu que le soleil est au zénith. Je n'ai plus d'eau potable mais je peux passer la nuit dans des conditions confortables. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouir d'un tel luxe dans un lieu si isolé.
Ce camp, construit par Amadiba Adventures il y a une dizaine d'années au moment du changement politique donnant plus d'autonomie politique aux communautés locales, devait servir de camp de base pour des groupes en transit. Les projets mis en place ont avorté à cause de malversations financières, les fonds disparaissaient et n'ont jamais pu être retrouvés. Une partie des revenus devait bénéficier aux villages dont les chefs se sont montrés cupides. Il en reste ces structures en dur périssables qui ne dureront pas avec le temps.
Je suis réveillé par des gamins, visiteurs réguliers de l'endroit, gardien des chèvres. Ils prennent peur et s'enfuient lorsqu'ils entendent que je suis à l'intérieur. Ma principale préoccupation est de trouver le point d'eau. Je ne peux pas laisser mes sacs sans surveillance. Je sors et remonte en direction des cases. Je foule un terrain filtrant l'eau, espèce de tourbière où je dois faire attention de ne pas me mouiller les pieds. Entre les deux cases les plus proches de mon camp de base où je suis déterminé à passer la nuit, Tembissa descend à la source et vient puiser de l'eau stagnante, filtrée naturellement, pour faire la cuisine. Elle m'invite à la suivre. Je m'exécute. Elle me sort un fauteuil de jardin confortable sans nulle doute "emprunté" au camp avec une poche dans le bras pour recevoir la cannette de bière. Voilà un endroit incongru pour un tel siège ! Son mari travaille à Pietermaritzburg. Elle garde la case et ses trois garçons d'une dizaine d'années. Je suppose que les deux petits pâtres ont du la mettre au courant de ma présence.
Sabonga, un jeune étudiant de seize ans à l'anglais correct venu lui rendre visite, m'amuse avec son côté naïf. Mes réponses le déconcerte. Quand je lui dis que j'aime gober les oeufs, il me réponds: "it gives you a big dick" (selon la croyance pondo, gober un oeuf permet d'avoir un pénis énorme). Quand je lui dis que n'utilise pas de portable et que je ne conduis pas, il me demande : "any disease preventing you ?", il pense que des maladies m'en empêchent. Il a un horaire des marées que lui a laissé un pêcheur. Elle sera basse à 8h55 demain matin.
Après avoir fait connaissance et bu le thé de l'amitié, je remonte quelques cases plus loin et tombe sur Bongo Musa à l'anglais courant. Il est né à Bizana la localité la plus proche située sur la route 61 à quatre heures de transport (25 Rands), preuve que je suis loin de tout endroit civilisé. Il participe à la construction d'un éco village dans lequel un Afrikaner a investi qui comprendra plusieurs cases dont l'une servira pour la cuisine. Il m'affirme qu'il y a un bateau appartenant à son frère enfermé dans l'un des chalets mais je n'ai pas la moindre idée où il se trouve. Je doute qu'il soit dans ceux que j'ai visité. Où alors ?
Ceux qui sont venus et connaissent le Pondoland ne peuvent l'oublier, le cas de pêcheurs qui viennent occuper occasionnellement les chalets et lancer l'appât de ce côté-ci de la Mtentu. Je redescends au camp à la nuit tombée bien que Tembissa a tout préparé, le matelas, les draps et l'oreiller, pour me garder. Je décline l'offre.
Quand j'émerge, mon souci est de savoir quelle est-il. J'ai récupéré et médité une heure. Avant de refaire mon sac, n'ayant pas de montre, je n'ai pas d'autre choix d'allumer l'ordinateur pour lire l'heure. Il est 7h33. Je ne suis pas certain qu'elle soit exacte. J'ai un doute mais le décalage s'il y a ne dépasse pas la demi heure. Je grignote du pain avec du fromage et du beurre d'arachides et bois un fond de bouteille de thé noir préparé la veille. Je n'ai pas le temps de m'amuser et revoir Tembissa avant de tenter la traversée. L'eau n'attend pas. Je descends à la rivière et note le niveau d'eau beaucoup plus faible mais le canal, principal vecteur du courant, est toujours profond. Je le sonde à plusieurs reprises sans succès. Si je n'avais pas le poids des sacs, ce serait jouable mais, dans l'état des choses, ma mission parait impossible.
Je suis rhabillé, prêt à remonter au chalet lorsque j'ai l'idée géniale d'inspecter la rive en peu plus en amont à partir du lit de la rivière. Où se trouve le canoë pour faciliter le passage ? Un sentier remonte sur la colline. Sur un parterre d'herbe, git un vieux pédalo, sorte de planche à voile flottante hors d'usage, qui peut me permettre de poser mes sacs et me laisser flotter d'une rive à l'autre. Je continue mon exploration et découvre à mon grand étonnement un second camp de tentes plus récent et confortable que le premier. J'en reste ébahi. Il y a possibilité d'héberger sur les deux camps une quarantaine de personnes, ce qui n'est pas peu vu l'endroit. Les poubelles sont propres et l'une d'elle, avec des détritus dans le fond, a été utilisée récemment, preuve que des pêcheurs Afrikaner viennent et restent plusieurs nuits. Je ne m'attarde pas. Je n'en ai pas le temps, l'eau remonte. Même si j'ai trouvé le moyen de faire le Grand voyage et de me propulser sur l'autre bord, je dois passer à l'action. Je dois traîner la planche jusqu'au bras d'eau, ce qui me fatigue après mes tentatives de traversée. Je tente le passage avec le sac à main que je dépose dans le creux du siège. Quant aux chaussures, je les attache aux lanières qui m'ont servies à empoigner la planche et la traîner. Je m'allonge de tout mon long, la pousse d'un pied, glisse sur l'eau - trop tard pour reculer - et barbote avec les deux bras pour la pousser et éventuellement corriger sa trajectoire et la redresser. Je n'ai aucun mal à atteindre le but que je me suis fixé. Je fais l'aller-retour deux fois. Je sors de l'eau ma planche salvatrice et la laisse en évidence coincée entre des rochers. Je suis pleinement satisfait de pouvoir continuer. La case aperçue depuis le lit de la rivière hier est vide et fermée à clef, les vitres de la fenêtre brisées et le verre jonchant le sol pavé.
Je pars entre les collines rejoindre les chutes de Hkambati à une demi heure de marche. Je découvre des cascades somptueuses d'une beauté incomparable sur trois niveaux, la dernière en forme de fer à cheval se jetant de la falaise et finissant pratiquement dans l'océan distant d'une centaine de mètres. Un passage à gué scabreux permet le passage des véhicules. Une barrière cadenassée empêche d'y accéder. En remontant le cours d'eau, la végétation très dense, compte une variété de palmier spécifique que l'on trouve seulement ici et sur les rives nord de la Mtentu et la Msikaba, la limite naturelle sud de la réserve. Le sentier aboutit dans une grotte avec une vue cachée sur la seconde chute plus difficilement accessible à pied. Je remarque une seconde grotte à l'étage supérieur avec une passerelle qui y conduit. Je n'ose pas imaginer que des lits de camp y ont été installés. Il me faut du temps avant d'en trouver le chemin qui y mène. Entre les barreaux accolés, des crottes sèches que je nettoie. La vue sur la cascade de cette antre est superbe. Elle mérite le qualificatif de "grotte de Bouddha" (Buddha's cave). Je suis vraiment fortuné de pouvoir connaitre ce genre d'endroit. Je la quitte à contrecœur pour remonter plus haut et traverser la rivière en équilibre sur les rochers qui canalisent l'eau avant sa chute. Je me retrouve de l'autre côté et effectue une balade en boucle en revenant à mon point de départ où je suis arrivé. Je repasse à gué tandis qu'un porte-containeur remonte la côte en direction de Durban d'où je viens. Passage de relais, chassé-croisé, le voyage sur l'eau ou sur terre continue vers la baie de Gwe-gwe à une heure de marche. Les sentiers de randonnée sont convenablement banalisés. Je découvre avec surprise 7 bungalows en toit de chaume sur la rive sud de la rivière Khwanyani. Je parle avec de jeunes volleyeurs dans le lit du cours et remonte vers les cases pour les trouver ouvertes mais vides. Un couple que j'avais remarqué se lève et vient me retrouver. Je demande s'il est possible d'avoir de l'eau chaude pour préparer un thé. Derrick, mon interlocuteur, me raconte l'histoire de la réserve naturelle de Hkambati dont sa famille et son père Tuck présent font partie intégrante. Ils y ont vécu leur jeunesse, en connaissent tous les recoins et y viennent tous les ans. La réservation des chalets doit être faite une année à l'avance au moins.
En 1904, l'église anglicane arracha le droit de propriété d'une bande de terre longeant le littoral pour mettre ne place une ferme d'élevage qui permettrait de nourrir des lépreux et plus tard des tuberculeux. Elle s'étendait sur douze kilomètres, entre la Mtentu et la Msikaba, ce qui correspond à l'actuelle réserve et pénétrait sept kilomètres dans les terres. Le père de Tuck, métayer de la ferme d'état, habitait la résidence, raison pour laquelle le territoire n'a pas de secret pour lui. Avec les progrès de la médecine et les moyens de guérir la lèpre, la mise à l'écart des contingentés n'eut plus de raison d'être. La ferme fut racheté par le département des parcs nationaux à la condition stipulée dans le bail de 1904 que tous les ouvriers soient réemployés. Elle devint réserve naturelle et des agents furent mandatés pour s'occuper de valoriser les séjours dans la réserve et l'autonomiser avec la construction de rondavels.
Lorsque Derrick, après m'avoir gâté de côtelettes d'agneau, me reconduit sur le sentier, j'ai le droit à une haie d'honneur de la part d'un troupeau d'élands venus nous saluer. J'ai à peine quitté l'endroit que je croise sa sœur, son beau-frère et leur gamine qui reviennent de balade. Dans les prairies que je traverse, j'aperçois des bubales rouges curieux et peu farouches et d'autres élands qui gambadent dans l'herbe. Je fais une pause sur un ensemble de rochers détachés du continent, scission causée par une petite chute d'eau dans laquelle je trempe les pieds. J'arrive à la Msikaba à la nuit tombante. Je n'ai pas moyen de la traverser et dois trouver refuge à l'ancienne résidence du médecin-chef Drewe qui occupait le poste auprès des lépreux. Bâtie sur un promontoire, véritable nid d'aigle, elle surplombe la rivière dans un cadre somptueux. Je la remarque depuis la plage mais n'ai pas idée comment y accéder surtout qu'il fait pratiquement nuit. Je suis des traces de pas lourds bien marquées dans le sable qui mène vers l'escarpement. Je découvre un sentier niché entre deux pans de falaise. Je l'emprunte et débouche sur une terrace où une piscine m'attend. Je crois de nouveau rêver. La vue sur l'océan est magnifique. Je fais le tour de la résidence et tombe sur Bayanda, lui-même visiteur. Il me dit d'attendre le gardien de nuit. J'en profite pour me baigner et me décrasser dans la piscine. Je patiente sous la véranda mais des insectes minuscules m'assaillent en masse. Leurs piqures douloureuses me poussent à bouger et aller voir Bayanda. Avec une lampe à acétylène, nous partons à la recherche de Bonan.
Pour rejoindre la réserve, il faut venir de Flagstaff et passer par l'ancien hôpital de la Ste Croix où avaient lieu les admissions avant d'atteindre la barrière d'entrée, à cinq kilomètres de distance. Nous pénétrons le cœur des habitations du personnel médical reconvertis en pavillons de vacances et rencontrons Bonan au détour du chemin. Il m'emmène dans une pièce à un lit, ce qui me suffit pour passer la nuit et écrire car j'étais persuadé que j'aurais de l'électricité ce soir. Derrick a peut-être pensé à m'inviter pour la nuit. J'aurais été ennuyé car je sentais (que je pouvais attraper) le courant. J'en profite après deux nuits sans jus. Je dine des deux sandwiches préparés par Derrick et ronge les côtelettes d'agneau. Une énorme casserole pleine d'une purée froide de maïs et d'haricots est restée sur la plaque chauffante mais je n'y touche pas bien que l'envie me tente. J'ai oublié de demander à Bonan si je pouvais y goûter.
A ma grande surprise, le matin, il veut tout jeter et faire du riz. J'ai le droit à mon assiette de purée. Je transvase le reste et la récupère pour plus tard. Quel dommage que je ne l'ai pas su plus tôt. J'aurais pu partager les côtelettes d'agneau. Je quitte à l'heure appropriée pour profiter de la marée basse (9h29), saluer Bayanda et passer la Msikaba tranquillement de l'eau claire jusqu'à la taille.
Bon Dieu ! Qui a trouvé la clef à tourner le vent ? Je l'ai en face de moi, la première fois que cela m'arrive et signe de pluie et mauvais temps. Bien qu'il soit violent, je saute de rocher en rocher joliment érodés et polis par l'océan comme un nain le ferait sur les doigts repliés d'un géant endormi. Gare au réveil de l'ogre ou aux faux-pas du petit Poucet randonneur et attention à ne pas glisser entre les phalanges et se retrouver avec une entorse ou un pied foulé. Il fait chaud dans la baie de Lambasi, la baie des moules dans le dialecte local et de nouvelles petites chutes d'eau avec de petits bassins appellent à la baignade.
Une résidence qui ne paye pas de mine héberge trois couples des environs de Scottburgh avec lesquels je fais connaissance, l'un dans la plomberie, le second agriculteur et le troisième garagiste. Le cultivateur produit 12 000 tonnes de canne à sucre à l'année vendue 2500 chacune selon la teneur en sucre qui peut varier de 14 à 17% et 75 tonnes de noix de macadamia. L'un d'eux a un gars au Zimbabwe. Il y sont allés en juin et la situation s'est amélioré. Nous passons d'un sujet à l'autre et les heures les plus chaudes passent autour d'une tasse de thé et de biscuits. Leur habitation vétuste dans laquelle fait partie des constructions jugées illicites, construites tandis que la bande côtière faisait partie du Transkei. L'histoire raconte que les terrains étaient cédés par les chefs de village pour une bouteille d'alcool et la construction sauvage se faisait rapidement. Le département dont dépend le littoral de 110 kilomètres qui s'étend depuis la rivière Umtamvuna jusqu'à Port St John dont il est question de faire un parc national surveille et sanctionne sévèrement les implantations illicites en les détruisant et imposant de lourdes amendes. Devant l'avenir incertain de leur demeure, ils investissent juste le nécessaire pour pouvoir y venir et y rester.
Je continue à sauter le long du littoral jusqu'à Port Grosvenor avec le vent de face. Attention à ne pas sombrer comme le bateau qui a donné son nom à l'endroit. En 1782, un galion quitte la côte orientale de l'Inde en route vers l'Angleterre et s'échoue dans la baie. Plusieurs écus d'or lavés et rapportés par les flots sont retrouvés sur la plage. La légende rapporte qu'il transportait le trophée, un paon orné de pierres précieuses, remis à Shah Jahan, architecte du Taj Mahal. La fièvre s'empare des uns et des autres. Un chercheur de trésor sans succès dans sa démarche a l'idée géniale de creuser un tunnel pour atteindre l'épave et remonter les différentes pièces en les treuillant. Ironie du sort, 222 ans plus tard, presque jour pour jour, le China BCC, porte-conteneur surveillé par les Etats-Unis, L'Angleterre et la France et suspecté de transporter des réactifs nucléaires depuis les Caraïbes en direction de la Lybie, s'échoue dans la baie. L'épave gît par morceaux entre les rochers, deux, dont la salle des machines étant plus imposants. J'ai le sentiment d'avoir dépassé Port Grosvenor depuis longtemps et pourtant, je ne vois rien venir excepté un groupe de gens endimanchés qui ont l'air de tenir un conciliabule, debout sur une butte de sable à 600 mètres de l'océan. Sont-ils en train de faire des plans et prévoir de nouvelles constructions ? Je veux leur parler et, après avoir laissé mes sac à terre, je me dirige vers eux. Voilà que la tête de l'hydre, deux hommes en pleine discussion, m'ignore et quitte dans l'autre sens. Je réussis à attraper la queue difficilement et parler avec une femme habillée d'un T-shirt Gucci, de boucles d'oreilles, d'une bague et d'une montre, autant de preuves d'opulence. Si je me fais attaquer avec mes chaussures éclatées, mon sac à dos déchiré tout comme l'est mon pantalon, mon agresseur risque la déception tandis qu'il décrochera le gros lot avec cette proie toute désignée. Le petit groupe derrière n'a pas vraiment envie de me parler mais elle s'auto-désigne pour répondre à mes interrogations. Ses réponses ne laissent pas paraître le moindre sentiment d'amabilité et sont sèches et courtes comme si elle n'avait pas envie de communiquer ou pour abréger la relation. Je lui demande l'heure "18h05". Elle me lance "7 kilomètres vous séparent du prochain camp" avant de me tourner le dos sans que j'ai le temps de m'informer d'où venait le groupe. Elle ne doit pas ignorer que parcourir 7 km dans un tel décor nécessite deux heures.
J'atteins "Goss point" et l'embouchure d'une rivière, dont je n'ai pas connaissance, au bord de laquelle je fais face à un véritable palace, une résidence somptueuse digne d'un émir saoudien, une maison couverte de chaume aux multiples pièces et chambres luxueuses, une suite princière en forme de pétale de fleur de lotus inimaginable dans un tel lieu naturel qui représente un entretien exigeant et un cout prohibitif. Elle a servi à abriter les vacances de Noel 2005 du couple présidentiel Thabo Mbeki et appartient à Piet Goss, richissime personnage influent dans les affaires et directeur du complexe hôtelier d'Umngazi, dont le cap porte son nom. Son père a commencé avec une quincaillerie à Lusikisiki et son fils, plus opportuniste, a mis les bouchées doubles et saisit les opportunités qui se présentaient à lui et est devenu riche comme Crésus. Je suis tombé sur le nid douillet du groupe rencontré il y a une demi heure. Je me demandais où pouvaient-ils rester vu que je n'avais pas idée de l'existence de cette "mansion". Une rondavel ordinaire ne pouvait pas suffire à de tels bourgeois. La rivière est visiblement trop profonde pour que je puisse la passer. Je ne veux pas me retrouver nez-à-nez avec eux une nouvelle fois, vivre un cauchemar et avoir à débattre où passer la nuit vu qu'il n'y a pas d'autre endroit hormis quelques rondavels adjacentes dont l'une sert de cuisine et les diverses dépendances pour le matériel d'entretien. Hélant le personnel de réception sans voir arriver personne, je pénètre dans l'antre - je me souviens de celui qualifié de "grotte du Bouddha" totalement démuni de toute artifice en opposition complète avec celui que je visionne - rempli de beaux livres, de lits de rêve à la literie brodée, de tables, de canapés et fauteuils de bois exotiques, de tentures, de drapés et rideaux immaculés. Je suis ébahi devant de luxe. Les pièces, en enfilade dessinant un octogone, sont concentrées autour d'un jardin, patio à ciel ouvert. Je poursuis mon enquête vers un couloir couvert qui relie le salon à la cuisine et tombe sur deux serveuses corpulentes, l'allure de matrones, des physiques de munichoises à la fête de la bière "oktoberfest" capables de servir 6 à 8 bocks à la fois, transposées en Afrique Australe. Elles me montrent la sortie avant que je ne récupère mes deux sacs laissés à l'entrée et m'introduisent auprès du cuisinier dans un rondavel qui dispose de la TV. Il m'emmène loin derrière les bâtiments et descendons ensemble à la rivière que la propriété domine avant de la remonter en amont et parvenir à un passage à gué. Le cuisinier met du temps à quitter les lieux. Je veux me dénuder et baigner quelques minutes dans l'eau, y goûter et éliminer la fatigue d'une journée chaude. Refroidir le corps et le nettoyer de sa sueur avant de tomber dans les bras de Morphée. Il me reste pourtant une bonne heure de marche pour atteindre mon point de chute.
Une autre surprise m'attend. Le paysage change totalement. Les décors sont ceux d'un autre film. Là, où la côte n'était qu'une succession de roches tabulaires, de pitons joliment érodés et polis ou d'aiguilles plus agressives, je fais face à des pâturages ondulants par monts et par vaux. Cela complique sérieusement l'itinéraire. Où le plat pays - la frange du littoral plat - m'incitait à avancer à la vitesse que je voulais, je suis maintenant dépendant du terrain plus accentué où paissent des troupeaux de bêtes à cornes, bœufs pour la boucherie et vaches allaitantes surveillés par des pâtres. Quand les autochtones ne gardent pas les bovins, ils prennent soin des humains et sont à leur service. Leurs rôles sont interchangeables. Ils ont d'autant plus de mérite à travailler avec la gent animale qu'avec le genre humain toujours en train de les conspuer. Je n'ai plus d'aperçu sur le littoral puisque je le domine. Il est à mes pieds et je le piétine. Les collines finissent dans l'eau. Le seul point commun est la couleur dominante de l'herbe, le vert dont je suis entouré et me donne une lueur d'espoir de voir la lumière ce soir. J'arrive à la nuit tombée et bute sur Bafundi qui m'emmène voir Piet, son père qui m'accorde l'hospitalité dans une chambre de deux beaux lits rapprochés. Dans le couloir de l'entrée du pavillon où trône un canapé contre le mur et des fauteuils, les femmes ont été à la pêche aux moules, les décoquillent et les font sécher sur la table. L'ambiance de luxe de qualité bon marché qui règne dans la maison n'est pas sans me rappeler celui d'une récemment visité. Je ne peux me retenir de goûter les bivalves avant de rejoindre ma chambre "de luxe". Avec gourmandise et délectation, je m'en empiffre au risque de me rendre malade. Les locaux en ont tous les jours au menu ainsi que les écrevisses dont la saison est ouverte du début mars jusqu'à la fin octobre. Piet, l'esprit ouvert et cultivé parle l'anglais, l'afrikans et le xhosa. Il joue le rôle de coordinateur et veille au bon déroulement du séjour des familles afrikans qui viennent louer les maisons pendant les vacances du nouvel an et à Pâques. Au réveil, je ne m'attends pas à ce qu'il vienne avec un demi litre de lait chaud et de la ricorée. Nous réchauffons et consommons le pap avec des moules et des chapeaux avant que je ne m'éloigne pour traverser le fleuve. Cette rivière Lu-Patthana comme les enseignements supérieurs du Bouddha "abhidhamma" renferme un chapitre de son cours sur les conditionnalités "patthana", les événements insignifiants de la vie qui s'articulent les uns avec les autres et inter réagissent notre vie quotidienne comme dans un fondu-enchaîné ou les pages d'un livre que l'on tourne ou bien les paysages se succédant les uns aux autres comme je viens de le vivre, ce qui ne se fait pas sans phénomène subtil caché ou à peine perceptible.
Je continue d'une traite jusqu'à la cascade bluff qui se jette littéralement dans l'océan. Elle est visible seulement de la plage. Les points de vue sont différents à chaque niveau de la falaise selon que l'on voisine avec le rez-de-chaussée ou s'arrête à l'un des étages. La vue depuis la terrace et les piscines au-dessus de tout n'autorise pas la vue sur la chute mais permettent de traverser la rivière avant qu'elle ne fasse le grand plongeon et le passage à gué de se croire dans un paysage alpin de Suisse valais sauf que les vaches n'ont pas les cloches aux cous.
Avec le terrain vallonné et les vastes zones de pâturage, je ne vais peut-être plus autant mouiller mon pantalon qui tient presque debout à cause du sel marin. Des traces de poudre blanche sur un jeu de jambes noires comme si la voie lactée était descendue à mes pieds. J'ai l'occasion de pouvoir gommer cela et repartir avec un bon fond de culotte et des chaussettes propres. Je ne me gène pas. Je me déshabille, lave et attends que mes effets soient secs avant de les renfiler. Je patiente en grignotant. Une heure d'attente suffit avant que je puisse me rhabiller et continuer vers Mbotyi, la première grande communauté digne de ce nom, une petite ville à elle seule. Je l'atteins éreinté en cours d'après midi en bout de course après des détours à l'intérieur des terres qui ne m'indisposent pas puisque le paysage accidenté me réjouit mais les montagnes russes finissent par fatiguer. Je doute et voilà qu'un troupeau apparait caché par le chapeau du mamelon suivi de son gardien. Il me renseigne en m'indiquant du bras le détour annoncé auquel je n'arrivais à me faire à l'idée. Je traverse une petite nappe d'eau cachée parmi les roseaux qui s'écoule tranquillement et respire la sérénité. Qu'il fait bon s'y asseoir et contempler la fuite du temps sans qu'elle nous obsède. Les flèches indiquant le sentier à suivre sont rares. Il faut les chercher parmi les morceaux de roches noires et de terrains crayeux, ce qui fait qu'au final le sentier se définit en noir et blanc avec un chapeau d'âne vert qui le surmonte et le protège des éboulements intempestifs.
Après une longue course qui me parait interminable et une fin dont la chute est vertigineuse, je descends sur la plage des coquillages (shelly beach), la traverse et remonte sur la route sur l'autre versant en pénétrant dans le jardin de Phulma Sigosa (tél: 0743708787) qui loue à l'occasion sa maison aux familles ou groupes. Je remplis son livre d'or tandis que le temps s'assombrit dehors. Je n'y prends pas garde mais la visibilité dans la baie n'est plus celle qu'elle était il y a une demi heure. Elle me fait goûter à sa bière de maïs de fabrication artisanale entre deux tasses de thé et voilà que ma vue se trouble encore plus. Il est 16h00. Il se met à pleuvoir et flotter méchant sur la baie qui disparait de mon panorama. Je suis à table, assis sur un banc à l'intérieur, en train d'écrire alors que Phulma hache menu des feuilles de potiron et a préparé une salade de tomates. Elle m'attend à ce que je reste pour la nuit. Je suis pris au piège et ne peux m'échapper comme retenu avec un fil à la patte. Inutile d''insister, je jette l'éponge. Son amant plus jeune qu'elle (49 ans) mais qui parait un vieil homme, attend dans la case-cuisine en sirotant la bière artisanale avant de passer à celle en bouteille. Il est atteint de douleurs chroniques et je lui donne deux antalgiques. Il n'en fait qu'à sa tête et ne prend qu'un seul cachet (500 mg) alors qu'il n'hésite pas doubler le nombre de bouteilles d'alcool. Il est marié et a un enfant de sa femme avec laquelle il reste et une fille de treize ans avec Phulma. Il lui tient davantage compagnie et assure une présence lorsqu'elle doit s'éloigner de Mbotyi.
En Afrique du sud, si vous quittez votre "chez-soi" sans personne à vue pour le surveiller, vous pouvez être certain que des visiteurs indélicats viendront faire leur collecte, que vous soyez afrikaner ou natif, réalité dont il faut tenir compte.
Alors qu'il pleut et vente abondamment, une voile sort de la brume à courte distance de la plage et s'évapore après un quart d'heure de visibilité comme celui d'une mariée entrevue derrière le rideau d'une chute d'eau. Je suis prêt à aller accueillir les occupants au cas où ils aborderaient et mettraient pied à terre. Je le pense en difficultés à cause de la météo. Il n'y a pas moyen de venir choir sur le sable, la côte étant trop déchiqueté. Vu de mon promontoire, la disposition des récifs parlent d'eux-mêmes et ne laissent planer aucun doute quant à leur caractère agressif et leur dangerosité. Des Européens à la barre qui viennent de passer le cap de Bonne-Espérance et sont en train de remonter vers la côte du Mozambique ? Une belle image de voyage qui passe avant de partager le souper et se séparer.
Mbotyi, un concentré de hameaux raccordés par des sentiers, est très étendue et dotée d'une vue qui porte par delà les collines comme le centre d'un filet de pêche où les cases multi couleurs seraient les points de couture qui tiendraient les mailles du filet. Des points de convergence que l'on peut comparer à des têtes d'épingle enfoncées dans l'hérisson en mousse verdoyant d'une couturière. Je dois faire un détour par le pont et croise Zolani qui arrive de Lusikisiki et s'arrête à l'entrée de la bourgade pour m'emmener. Il me laisse au départ de la piste vers Port St John avec un chocolat et un pain de mie dans les bras. Comme j'ai beaucoup marché par monts et par vaux, je doute qu'il y ait un sentier qui parte de la plage et emprunte la piste détrempée non praticable, la déclivité étant trop importante. Cette piste de construction récente domine le littoral mais ne mène nulle part. Je m'en rends compte après plusieurs kilomètres de dénivellations imposantes. Le sentier passait par le littoral. Je n'ai qu'à m'en prendre qu'à moi-même de ne pas avoir osé m'aventurer et pris l'initiative d'aller jusqu'à la plage. Je voulais quitter Mbotyi au plus pressé et je me retrouve maintenant sur une voie qui s'est rétréci de moitié et finit en sentier courant entre les herbes jusqu'à deux rondavels. Je monte sur la colline et jette un coup d'œil à l'horizon sur les toits lointains éparpillés dans la nature. Je m'enfonce dans une prairie bourrée d'épineux et délimitée par des fourrés infranchissables. Je dois m'y coller si je veux tracer mon chemin. Je suis sous le couvert végétal abattant chaque branche morte obstruant ma percée. Je suis plus délicat avec les épineux que j'épargne et écarte de deux doigts avant qu'ils ne se referment sur mon passage. Le rideau est tiré. La scène un peu longuette se répète et va durer deux heures. Je transpire à grosses gouttes et manque d'eau. Je choisis de descendre un versant qui me porte vers le littoral. Au fond du val embroussaillé, une rivière, vers laquelle je tends, court. A première vue, je vais y accéder par un réservoir d'eau naturel. Je suspecte des parois rocheuses impassables de part et d'autres. Les deux pieds dans le cours en contrebas de la poche d'eau, je me restaure et reprends des forces. Je n'ai plus qu'à suivre le courant qui va forcément se jeter dans l'océan. Déchaussé pour plus de commodités, le voyage vers l'océan va me prendre quelques heures d'épuisement. Avancer à l'aveuglette et suivre les méandres du cours n'est pas une partie de plaisir. Marcher et sauter de roche en roche finit par se révéler dangereux à cause de la fatigue tout comme casser les branches d'un arbre mort pour ouvrir une fenêtre requiert de l'énergie. Après quatre à cinq heures de progression régulière, je viens de rechausser et longe la rivière Mzimpunzi en forme de bassin de rétention sur une cinquantaine de mètres. Sur ma droite, je devine un sentier couvert, longtemps inutilisé, obstrué par le monde végétal, à peine perceptible qui court en forêt, perpendiculaire à la rivière et remonte dans les collines. Il la croise. L'autre côté se rapprochant de Mbotyi que je ne veux pas revoir, après déduction, je choisis de retrouver le bord sur lequel j'ai mis pied et l'explorer. Suite à la partie boisée, je débouche sur une prairie et la traverse pour enchainer avec deux autres et au bout du compte, finir en bout de champ avec une vue sur un paysage de jungle à l'infini. Il se met à pleuvoir. Je m'abrite mais n'ai plus guère le temps de m'amuser si je veux être rentré à la maison ce soir, ce dont je ne doute pas. Il n'y aucune case visible à l'horizon. Continuer serait m'assurer une nuit à dormir - rester - dehors. Je dois faire demi tour.
Il m'a fallu plus d'une heure pour accéder à l'endroit où je suis. Sans perdre de temps, je fais le retour en vingt minutes jusqu'à la Mzimpunzi et croise un crabe qui se fait petit sous ma semelle. Je n'ai pas l'intention de le tuer. Le fait d'hésiter lui donne le temps et une chance de filer. Aucun regret. Je poursuis vers l'aval et ne laisse aucune chance au prochain. Je l'estourbis d'un coup de chaussure. Il en perd une pince. Je le mets dans le sac à main dans ma casquette. Le ciel chargé de pluie s'assombrit. Le chemin vers la plage est long et l'océan loin même si le ressac est perceptible. Je sors rapidement de la forêt et continue à travers des herbages. Il me faut plus d'une heure de marche pour croiser les premières vaches et voir les cases. J'arrive sur le sable dans lequel le cours d'eau perd de sa force et le S qu'il forme en se jetant dans l'océan me rend confus. Il est absolument identique à celui croisé hier. Là où je m'apprête à passer à gué, j'ai l'impression de revoir le courant de la veille. Je suis perturbé. Je ne peux pas avoir dépassé Mbotyi sans m'en rendre compte.
En levant la tête, je vois un regroupement de cases, les unes aux murs jaunes et les autres roses. Un peu plus haut, la route empruntée ce matin à la sortie de Mbotyi et le point de vue d'où j'ai pris une photo de la plage sur laquelle je me retrouve ce soir. J'ai marché douze heures non-stop pour me retrouver presque à mon point de départ. J'en suis fort désolé et surtout dépité. J'avise une fermette dans ses murs mais dégoûté, je préfère aller de l'avant bien qu'il se fasse tard. Un type en bottes, un objet long à la main que je prends pour un fusil, remonte la colline et marque une pause pour me considérer. Je dépasse la plage sauvage et risque de me retrouver le bec dans l'eau si je continue. Un peu de jugeote si je veux trouver un toit avec le temps déplorable qu'il fait. Je fais demi tour et l'appelle. Il m'attend et nous rejoignons ensemble les deux cases en haut du versant. Il tenait à la main un parapluie et une machette. Un vieil homme, quatre femmes dont deux jeunes et huit enfants sont regroupés autour du foyer. Est-ce dire que chacun des deux hommes est polygame et a deux femmes et quatre enfants ? Ils paraissent vivre dans la plus totale misère et complètement démunis bien qu'ils soient habillés et me proposent un café. Je suis trempé jusqu'aux os et apprécie m'asseoir près du feu. J'ai gagné mon pari d'être abrité pour la nuit mais elle risque de ne pas être de tout repos à cause des nourrissons qui font réclamer leur quota de lait. Quand j'emprunte la lampe dont ils se servent, éminemment puissante au rayon de lumière très concentré, quelle n'est pas ma surprise d'avoir en main un téléphone portable multi fonction. Pourquoi ne pas utiliser cette possibilité ? Il fallait y penser ou en avoir besoin.
Après l'avoir recherché dans mon sac, je sors le crabe de mon chapeau sous les sourires de l'assemblée et le glisse sur les braises incandescentes. Quand il est prêt, je propose à la ronde de partager les pattes mais tout le monde s'abstient même les enfants que je pensais friands de cette petite spécialité. Est-ce qu'ils refusent par politesse ? Je n'ai pas la réponse. Certaines carbonisées craquent sous la dent. Je mets trois quart d'heure à manger le crustacé dont rien n'est laissé avant de recevoir une assiette d'un brouet solide dont les ingrédients sont indéterminables, un pavé qui reste sur l'estomac. Je me retire, le pantalon encore mouillé, dans la case où le lit m'a été réservé malgré mes récriminations pour dormir sur un matelas à même le sol. Je sais que rien ne va les faire changer d'avis mais plutôt les contrarier. Je m'allonge sur la plateforme surélevée et observe le petit monde s'installer et s'éteindre doucement. Les deux jeunes femmes sont présentes, chacune responsable d'un nouveau-né ainsi que mon hôte fluet, une véritable carpe, car il ne parle pas et très effacé. Un an après le mariage, le fils peut prétendre à sa propre case construite sur la concession familiale. Les délais d'attente se réduisent à l'heure actuelle et la belle-fille exige de plus en plus, dès son installation dans la belle-famille, d'emménager dans une case indépendante. Une bougie et des allumettes près de l'oreiller, l'une des deux jeunes femmes plus énergique assume une part prépondérante de responsabilité au niveau du groupe familial. Elle est au four et au moulin et prends toutes les initiatives. Je ne suis pas à l'aise dans mon pantalon humide. Le maillot de bain étant mouillé, je dois le garder sur les fesses. Entre l'inconfort qui en résulte et les pleurs des bébés, je ne passe pas la meilleure des mes nuits depuis que j'ai quitté Port Edward. J'en suis à ma troisième nuit écourtée où je n'ai pas ma dose de sommeil suffisante pour me reconstituer énergétiquement et pouvoir assurer l'effort entrepris. Je me dis que je serai demain matin très tôt sur le chemin pour une longue journée de marche mais dans quel état de fraicheur ?
Avec de l'eau chaude, je prépare du café soluble que j'offre aux adultes. Il finit entre les mains des enfants. La famille a quelques vaches dont le lait sert à préparer le petit-déjeuner. Ces derniers 24h00 ne sont pas sans laisser de profondes séquelles au niveau fatigue. J'ai plus donné physiquement en une seule journée de descente sauvage en rivière qu'en une journée de marche régulière. Je longe littéralement l'espace littoral déchiqueté dans sa plus grande partie et surplombe les plages de rochers noires où les locaux ramassent les moules et fouillent les recoins et dessous rocailleux à la recherche d'écrevisses bien que la saison ne soit pas ouverte. Je suis à une courte distance de Mantegu quand je rencontre Alex, une canne à pêche à la main qui fait partie du ministère de l'environnement. A tous les écouter, ils sont employés ou commissionnés par un organisme ou un département quelconque auxquels ils se réfèrent comme si leur position leur apportait plus de poids et leur conférait un statut qui leur donne une reconnaissance. Dommage que nous ne nous sommes pas rencontrés à la nuit, j'aurais aimé échanger plus avec lui. Des jeunes filles vêtues de T-shirt et short laissant rebondir leurs formes nous dépassent en route vers la pêche aux moules, l'activité quotidienne. Je rattrape la lagune formée par la rivière Mzintlava dans laquelle vivrait un monstre avec la tête d'un poisson et le corps d'un cheval dont je ne vois nulle trace.
Le gardien du camp des Drifters, auquel je m'adresse pour recevoir des infos sur le passage à gué, feint de m'ignorer. Il me montre vaguement l'endroit où traverser et quitte la plage. Je contourne le camp avant d'entrer finalement par une barrière et aller le voir. Il n'y plus d'électricité solaire disponible - le commutateur accessible à partir du village distant d'un kilomètre ayant été tourné - mais j'ai moyen de réchauffer un fricot d'haricot mélangé avec du riz et faire du thé. La chaleur ambiante et la fatigue aidant, je m'endors sans m'en rendre compte sur mon duvet dans la salle de restauration près du bar, véritable tête de pont et point d'observation avec une vue dégagée sur l'estuaire et les collines avoisinantes à cause de sa position dominante. Lorsque je me réveille vers 16h00, je dois me rendre à l'évidence, j'ai dormi, ce dont j'avais besoin. L'agence les Drifters gère trois camps - Lupatana, Mzintlava et Mntafufu - dont une partie des bénéfices est reversée aux communautés locales. Les cabines impeccables de deux personnes identiques à celles du camp de la rivière Mtentu sont louées 270 Rands par personne par jour (presque 25 euros/pers/jour). Avant de quitter le camp, je remercie Alex de m'avoir permis de faire une pause et repars sur la plage.
Le paysage de collines couvertes de végétation luxuriante alterne avec les plages désertes où une rondavel en piteux état sur l'une puis trois maisons délabrées sans toit sur la suivante font acte de présence sans nulle personne à bord pour les surveiller. Une dernière plage au bout de laquelle je devine la rivière Mntafufu impassable à l'heure actuelle. Je suis coincé sur cette rive et je n'ai pas vu âme qui vive depuis que j'ai quitté Alex. Je lui ai demandé s'il y avait une autre rivière importante avant d'arriver à Mbotyi mais il m'a répondu qu'il n'y était jamais allé à pied par la plage, ce qui m'a surpris. Comment lui, le natif de Mantegu, responsable du camp, n'est-il pas capable d'informer les visiteurs ? Cela fait partie de sa tâche. Je contourne la dune et aperçois plusieurs bateaux de plaisance, principalement de petites barques, au mouillage ou attachées à un ponton. Je m'en approche et une allée parallèle au cordon de dunes rentre à l'intérieur des terres. Je la suis pour découvrir plusieurs résidences mitoyennes inoccupées dont la dernière retient mon attention à cause de sa véranda bien protégée. J'y élis domicile pour la nuit en étalant mon duvet sur la moquette tandis qu'au réveil, je change de domaine. Une autre véranda chez Dave et Bev(erly) mieux achalandé dispose d'une gazinière à gaz où je peux préparer du thé à volonté. Je remplis une cruche en émail au réservoir d'eau de pluie situé à l'autre bout de la maison avant de me rendre compte que des bouteilles remplies d'eau sont disposées dans l'herbe tout autour de la propriété. Je m'interroge sur l'efficacité de ce système de sécurité. Une fois que le maraudeur est entré dans l'œil du cyclone, est-ce que la poisse ou la malchance ne va pas le quitter ? Je dois attendre l'irruption de la vieille servante vers 9h20 pour comprendre que ce n'est qu'un moyen de délimiter le terrain en dehors duquel les chiens sont autorisés à se lâcher, pisser et chier. Ouf ! je ne suis pas visé et en rentre pas dans la cadre des animaux à quatre pattes. La maison appartient à un couple, Dave, grand pêcheur devant l'éternel avec ses prises en photo sur le mur et Beverly, sirène heureuse d'avoir rencontré son homme-poisson. Des morceaux de bambou attachés à une ficelle chantent lorsque le vent s'y frotte et les effleurent tandis que des sachets de thé laissés à sécher retiennent mon attention avant de quitter pour attraper la marée basse.
La traversée de la Mntafufu ne s'avère pas une partie de plaisir. Si je dois toutes les classifier au vu des difficultés, elle vient en seconde position après celle de la Mtentu. Je la traverse avec une heure d'avance (10h30) sur l'heure de la marée basse (11h27). Bien campé sur mes deux jambes, de l'eau à hauteur du maillot de bain, le courant fort me fait vaciller surtout quand le sable a tendance à se dérober sous mes pieds. Tel un petit rat, j'évolue sur la pointe des pieds, posant délicatement l'un après l'autre, pour m'assurer d'être toujours sur une base sablonneuse qui puisse supporter mon poids et celui de mon sac. La traversée, le sac à la main, se fait sans difficulté. Je tate le terrain plus près de l'embouchure. L'idée est convaincante, renforcée par du sable plus ferme et un niveau d'eau plus bas. Mon second passage n'est pas comparable avec le premier. Les trois-quarts du bras d'eau derrière moi, je sens le sable se mouvoir et glisser sous ma voute plantaire quoi que je fasse et où que je pose le pied. Je tente, nécessairement à contre-sens, de remonter le cours au niveau de l'endroit de mon premier passage à gué. Je m'aperçois de mon erreur, lutter contre la force de l'eau engendre de la fatigue inutile. Je me repositionne en parallèle vis-à-vis du courant et décide de toucher le bord en avançant à tâtons légèrement vers l'aval. Il me reste trois mètres à parcourir et l'essai est vite transformé. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir saisi. Un passage à gué ne ressemble pas à un autre, ni un second au premier. Toujours être sur ses gardes, porter l'attention et être dans le moment présent. Rien n'est gagné de prime abord. Bien que son niveau d'eau était faible, la Mntafufu est la seule rivière où j'ai pu sentir la force du courant m'entrainer vers l'océan. Je n'avais même pas vu hier soir entre les deux collines le troisième campement des Drifters semblable à celui de Mantegu. Je contourne la colline le cachant et le laisse sur ma droite pour retrouver la plage ventée de rochers éparpillés.
Une jeune xhosa dont l'étymologie signifie "peuple rouge", vient s'asseoir à mes côtés et discuter un brin, limité par son anglais. Les Xhosa tirent leur nom de l'ocre rouge ou orangée dont ils s'enduisent le visage comme cette jeune employée du ministère des ressources halieutiques, la réglette à la main mesurant la taille autorisée des espèces piscicoles endémiques. Je poursuis et retrouve à flanc de colline les flèches bien dessinées et régulièrement signalées des sentiers de l'Amapondo et de l'Amadiba, noms donnés à ces circuits pédestres d'après ceux des communautés locales. Très rapidement, ce ne sont plus des collines qui font le dos rond comme les chats, appellent aux caresses et à la contemplation mais je me retrouve à longer une falaise bien réelle avec des à-pics impressionnants. A mes pieds, une plage de rochers mortels vu la hauteur à laquelle je marche. Le vent puissant essaye de me jouer des tours et de me décrocher de mon antre sans compter le petit-déjeuner léger et la fatigue latente qui ralentissent et amoindrissent mes mouvements. Avis aux amateurs d'émotions fortes et les personnes sensibles au vertige mieux vaut s'abstenir.
Profondément découpée, je trouve néanmoins une ouverture dans la roche à la fin d'une petite plage pour déféquer. Ma commission faite, accroupi, maillot de bain et pantalon descendus sur les chevilles, je calcule mal le retour de la vague qui risque de me mouiller jusqu'à la ceinture. La tête en avant, les bras devant cherchant la fuite, je me ramasse à l'ultime moment devant la marée d'écume venue me lécher les bottes. Des gouttes ont rafraichies et arrosées mes parties intimes mais je ne suis pas trempé et ai évité la douche rectale à l'eau salée. Je me relève et remonte le sentier qui s'élève de nouveau.
Je revois sur toutes ces petites plages depuis le début de mon parcours, du bétail, des bovins ou des caprins peu craintifs qui, pour une raison inexplicable, aiment s'y retrouver et paresser l'air hagard. Les vaches n'ont rien à se mettre sous la dent et l'eau, élément vital et essentiel, se trouve à l'intérieur des terres, la proximité de l'océan rendant l'eau des estuaires salée et insalubre. Quelle explication à cela ? Aucune sinon qu'elles ont peut-être abusé de "l'herbe du bonheur" et que cela constitue une façon de décrocher de leur addiction.
Magnifiques cathédrales et pointes d'aiguilles se succèdent avec des passages en altitude d'un niveau à l'autre parfois délicat. Je colle au plus près de la côte et j'ai besoin de mes deux mains et de mes pieds pour franchir un aplomb. La marée est descendante et le vent indécrottable me pousse dans le bon sens. Si je devais faire le parcours dans l'autre sens, cela augmenterait les difficultés. Excepté quand je suis arrivé à Mbotyi avec le vent de face, je l'ai eu deux jours dans le dos. Le ciel a été couvert pendant deux jours et j'ai goûté à la pluie à deux reprises sur la côte sauvage. Les étés sur la côte sauvage peuvent être violents, torrides et ponctués d'orages dévastateurs, ce qui augment le risque d'avaries et d'échouages sans compter le courant du Mozambique qui aurait tendance à rapprocher de la côte tout objet immergé y compris les bateaux étourdis. Au lieu de côte sauvage, elle pourrait s'appeler la "côte des épaves".
Le dernier à-pic n'est pas facile à appréhender avant une longue galopée du désert où les grains de sable s'envolent balayés en même temps que la plage nettoyée de tous corps étranger. Je pése mes mots mais comme si je suis en trop et sommé de quitter l'endroit illico presto, je suis poussé vers la sortie pour laisser la nature inviolée et intacte. Nulle trace de pas imprimée dans le sable d'or derrière moi. Le vent efface tout comme l'éponge sur le tableau. Je ne peux pas reculer mais avancer seulement avec ce vent violent qui me fouette le visage si je me prends à lézarder et contempler la mer de profil. Au bout du tapis ensablé, je tombe sur le lieu-dit "Poenskop" où trois nettoyeurs de la zone protégée écologiquement sont allongés près d'une poubelle. Là, où il y a des plages, je les vois toujours prendre du bon temps en groupe, le farniente étant visiblement l'une des activités principales de beaucoup d'autochtones. Ils essayent souvent de me taper une cigarette n'ayant pas à l'esprit qu'un randonneur ne fume certainement pas. Le plus âgé avec sa machette, qui vient de les rejoindre, me devançait de peu depuis l'autre baie. Il m'avait remarqué depuis les rochers, qu'il chatouillait de sa lame, à la recherche d'écrevisses. Je l'ai rattrapé après ma descente intrépide et lui ai demandé combien il me restait d'heures à marcher avant d'atteindre Port St John. "Deux heures" m'a-t-il répondu. Je ne suis pas prêt d'arriver s'ils me répètent tous, "deux heures" les uns après les autres. De quoi se décourager, la fatigue y étant pour quelque chose.
A la fin de la plage, je touche au sublime avec le décor naturel d'un merveilleux indicible dont je jouis. Je passe le cap, véritable avancée dans l'océan et me retrouve dans le Kerry (Irlande) avec des moutons au lainage encrassé loin des blancs moutons de la verte Erin. Se sont-ils roulés dans la boue pour pallier les effets dévastateurs du soleil ou par effet de mimétisme ? Me faisant face, des collines rasées par les tondeuses ovines s'ouvrent en V renversé entre une piste qui remonte depuis le promontoire et la côte plus rugueuse et ventée que jamais. Trois mamelons imposants en file indienne ondulent et font preuve d'une déclivité importante avant de se jeter dans l'océan comme rongés sur un flanc par un monstre marin affamé ou en colère qui leur aurait donné un coup de dent et les auraient entamés. Je suis redescendu au niveau de l'eau, comme si je n'étais pas assez fatigué, pour mieux les jauger et les confronter. En montant le versant abrupte dominant l'aplomb qui donne sur la côte découpée, je pense qu'il serait facile avec le vent violent qui me porte, de chuter et de rebondir plusieurs fois avant de m'échoir les bras en croix entre les rochers. Je ne donnerai pas cher de ma peau. Je suis juste conscient de l'éventualité. Ne pas se dire "ça n'arrive qu'aux autres". Il est plus facile de flancher quand le corps est las de marcher et le dos fatigué de porter la charge. Je peine comme une bête de somme. Je pense à faire une pause d'une journée voir plus à PSJ et me dis que ça suffit peut-être avec cette première étape, au cas où je trouverai une voiture qui veuille bien m'emmener. Je suis conscient de finir en apothéose avec les dernières vues sauvages presque aériennes de la côte, un spectacle naturel qui appelle à la contemplation. L'apocalypse est proche, la fatigue venant à bout de mes ressources. Voir Port St John et mourir...
Ayant surmonté le premier mamelon, je glisse sur le côté pour contourner l'à-pic et continuer ma progression. Je décide de rester concentré sur le mouvement de mes pieds pour surmonter la lassitude et la douleur qui en émane. La conscience plus puissante que la matière peut la manipuler et en abuser à sa guise même si la seconde n'est ni aux commandes, ni possédée par la première car l'esprit et la matière sont distincts. Si les deux étaient liées, la conscience arrêterait le vieillissement tant honni par les humains et empêcherait la maladie. A-t-on jamais vu quelqu'un dire "je ne veux plus vieillir" ou "je ne veux plus être malade". Le changement, ce qui nait, vit et meurt, est inéluctable. Revenons à nos moutons et mes pieds. Je marche doucement et note mentalement le mouvement de chaque chaussure lorsqu'elles se soulèvent l'une après l'autre tout comme je labelle le fait de pousser le pied en l'air et de le poser. Comme dans un dessin animé constitué d'une infinitude de figures superposées, je décompose le pas en trois étapes courtes - lever, pousser, poser - dont je prends pleinement conscience. A partir du moment où je suis totalement concentré sur mes galoches, la fatigue est évacuée, la douleur n'est plus dominante, je peux pousser fort sur les guiboles ignorant les récriminations de mon corps éreinté. Etre à l'écoute de son corps est nécessaire mais nous nous berçons trop souvent de fausses illusions et imaginons des bobos imaginaires, ce qui nous freine dans la vie quotidienne. Je lui donnerai du repos, ce dont il a tant besoin, plus tard. L'heure est à la marche méditative.
J'écrase les sommités qui se dressent devant moi et les avale avec une puissance déconcertante. Rien ne peut m'arrêter. Je croise la piste que je laisse sur ma droite avant de bifurquer et piquer vers la "terrace Agate", nom laissé par les Portugais à ce long ruban ensablé éventé et cuisant sous le cagnard. Au fur et à mesure que je progresse, Eole qui m'accompagne depuis ce matin, me poussant et m'enveloppant dans son manteau, soulève des nuages de grains de sable et donne l'impression de vouloir éradiquer et éliminer la terrace de toutes ses impuretés en la débarrassant de ses grains. Il la brosse violement. Je suis le corps étranger qu'il veut dissoudre. J'avise un groupe de maisons blanches cachées derrière les dunes parmi les acacias. Je les rejoins et seules, les deux dernières, sont habitées. James est assis sur le balcon de la petite maison et m'invite à m'asseoir. Je lui explique que j'ai besoin de faire une pause à cause de la chaleur. Il n'a pas idée de l'heure qu'il est. Son visage abimé le fait paraitre beaucoup plus âgé que sa jeune femme à moins qu'il n'en ait eu successivement plusieurs et que celle-ci soit sa dernière conquête. Les familles recomposées sont monnaie courante en Afrique du Sud. Les gens vivent à la colle et les couples se font et se défont au gré des rencontres et des attirances sexuelles.
Le président Jacob Zuma vient de marier sa cinquième femme, en réalité sa troisième car il a divorcé la seconde et l'une est décédée. Les hommes quittent femme et enfants pour aller vivre avec une autre partenaire et certaines femmes préfèrent la vie de mère célibataire à celle de couple. L'institution du mariage étant depuis longtemps dépassée, les bouleversements familiaux et sociaux ont des conséquences déstabilisantes pour les enfants. Je prépare un thé tandis que James, résolu à me céder l'une de ses paires de chaussures dont il ne se sert plus, m'en sort trois paires de ville et deux impaires. L'une, massive et très lourde, est celle que les blacks portent lorsqu'ils sortent, loin d'être une paire de chaussure de marche. Des tennis sont trop usagées et ne peuvent tenir que quelques heures soumises à la pression du terrain accidenté. Il reste une noire mais sa petite sœur jumelle est absente, ce qui parait embêtant quand on a deux pieds. Il la cherche dans le jardin et le foutoir d'un appentis avant que je n'essaye à mon tour sans succès de mettre la main dessus. Je le quitte en gardant mes deux Caterpillar en souffrance aux pieds.
Un ferry qui opère jusqu'à 17h00 permet de traverser la rivière Mzimvubu - du mot mvubu dans le langage xhosa qui signifie hippopotame. Ils pullulaient dans les eaux à l'arrivée des Européens. Leur extinction précipitée par les armes à feu est due à la chasse dont ils ont été victimes. Les xhosa se nourrissaient de viande de ces pachydermes mais n'avaient que des lances pour les tuer.
Sur le bord du chemin carrossable qui conduit au fleuve, les écoliers reviennent du collège et rentrent chez eux à Poenskop. Trois d'entre elles dont l'une assise confortablement sur une chaise rouge en plastique collationnent d'une miche de pain, d'une barre de margarine (125 gr.) et d'une bouteille de soda orange. Avec ses doigts qu'elle plonge dans la marga, l'une d'elle s'évertue à la séparer en trois portions égales comme elles se sont déjà séparées le pain entier. Je leur propose d'utiliser mon couteau sans leur faire de remarques inconvenantes sur leur hygiène alimentaires inappropriée. Deux d'entre elles sont d'une bonne corpulence. Quand je reprends mon outil, je croise d'autres collégiennes dont certaines ont de l'embonpoint, ce que je comprends si elles suivent le même régime, ce dont je ne doute pas. L'éducation a encore de beaux jours devant elle.
J'attends le bateau pour la traversée. Je ne sais pas si j'ai réellement envie de remettre les pieds dans le monde civilisé avec ses boutiques, ses voitures qui klaxonnent, ses gens qui se bousculent et se mettent en avant comme coupé du monde après un stage de méditation de 10 jours d'où il est difficile de sortir, d'émerger et revenir à la réalité. Je peux faire demi tour et retourner à ma "côte sauvage" avec ses rivières et ses kilomètres de sable épuisant. Il serait pourtant vraiment idiot que je le rate, le pont pour entrer en ville se trouvant à quatre kilomètres. La société de sauvetage assure le transbordement des passagers d'une rive à l'autre.
Peut-on parler d'une ville ? Zolani lorsqu'il m'a déposé à Mbotyi au départ de la piste vers PSJ m'a affirmé que "PSJ était une grande ville". A l'embouchure du fleuve, PSJ, loin du stress, de l'agitation et des embouteillages est coincée dans un écrin de végétation tropicale à proximité de falaises vertigineuses entre les Mont Thesiger et Sullivan. Deux rues principales enserrant le marché et les bâtiments administratifs courent dans un sens et trois autres secondaires mal tracées, avec en bruit de fond les vagues, font la part belle à l'improviste si l'on cherche une adresse. Je suis curieux et attends de voir East London (EL). En débarquant sur la jetée, j'ai le temps de mettre les pieds à l'office de tourisme avant qu'il ne ferme ses portes, en totale rénovation et complètement sens dessus sens dessous. Je veux une carte du Cap Est identique à celle dont je dispose, autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le désordre ambiant. L'hôtesse d'accueil m'envoie vers la "Glass House" en abrégé GH comme Guesthouse mais d'un standing "de luxe" ou qui se prétend tel vu les prix pratiqués. En m'y rendant, je tombe nez à nez sur le poste de police. Je me dis que je peux tenter d'y passer la nuit sans trop m'attendre à ce que ce soit possible. Je m'adresse au capitaine Nongadla qui accepte mon idée sans difficulté, sans me poser de questions, ni me demander mon passeport. Il me montre ma chambre à côté de la salle d'attente, en fait le bureau des auditions encombré de dossiers volumineux disposant de quatre chaises et d'une table bizarrement découpée en pentagone. La chaleur y régnant l'a transformée en étuve. J'y laisse mes sacs et continue sur mon idée de visiter la GH et la plage à la nuit tombante. Courbettes et sourires de bienvenue de la part des propriétaires avant de m'enquérir de l'objet de ma visite. Elle lance au passage un coup de griffe au bureau d'information touristique qu'elle juge incompétent parce que, il faut comprendre le sous-entendu, il est géré par des noirs avant d'avoir elle-même du mal à repérer une carte détaillée de l'itinéraire du Wild Coast Trail qui n'est pas celle que je cherche. Son numéro de téléphone y est lisible et ayant contribué aux frais de publication de la carte, elle me la cède à 50 Rands (5 dollars U.S) au lieu des 65 habituels. Devant mon désintérêt, elle ne perd pas la face et son humour ravageur quand elle m'affirme qu'elle réserve Internet à ses clients et spécifie que les frais de service de "1 Rand/minute" s'applique au temps passé en ligne et non pas au temps de sommeil de ses invités. Je suis retombé dans la réalité des Afrikaner au cœur de pierre. Si seulement, ils pouvaient ne pas exister, je m'en porterai mieux mais, erreur de l'histoire, ils font partie intégrante de l'histoire de l'Afrique du Sud.
Ma nuit chez les keufs se passe bien. Je suis resté une semaine sans avoir accès à l'électricité - sauf la nuit à "la lodge" du Hkambati - et j'en profite pour remettre à jour mon journal. Je commence ma nuit parterre étalé sur mon duvet avant de rapprocher trois chaises en longueur et la quatrième sur le côté pour éventuellement supporter mon genou si je dors en chien de fusil. Au bout des chaises collées les unes aux autres, ma tête repose sur le banc de dalles en pierre recouvert d'un T-shirt. Je récupère et dors mieux lors de la seconde mi-temps. Au réveil tardif, je paquète et prends la direction de la bibliothèque située à côté du musée où je veux fureter et lire le livre de référence "Mkambati and the Wid Coast" by Div De Villiers & John Costello. La bibliothécaire ne le connait pas. Quand le conservateur du musée vient prendre le thé, il me confirme qu'il devrait y avoir un exemplaire dans les étagères qu'il a lui-même emprunté. Aucun livre, ni journal n'est répertorié, ni même ceux qui sont empruntés. Il faut s'en remettre au plus grand des hasards pour en repérer un s'il est dans les rayons mais comment en être certain ? Il jette un œil mais celui-ci reste introuvable. Il me dit d'aller l'emprunter à John qui habite la porte d'à côté et s'occupe d'héberger les touristes. Je le trouve occupé, peu engageant, à discuter autour d'une tasse de thé. Il me demande de revenir dans un quart d'heure. Une heure plus tard, son ex-femme Katryn l'appelle et le fait demander depuis la réception. Il arrive plus souriant qu'au premier contact et me tend le livre. Je lui laisse mon passeport en échange et le récupère après ma journée dans une pièce à l'écart du musée, la bibliothécaire bruyante étant trop occupée à recevoir et prendre le thé avec les visiteurs.
Dans une pièce contigüe à la mienne, pendant toute la journée, deux filles jacassent bruyamment et éclatent de rire à l'occasion alternant avec les coups de fil reçus et les appels. Que de temps gaspillé ! Je quitte le centre ville concentré autour de la première plage pour accéder à la seconde plage et enchainer sur le sentier vers la réserve de Silaka et Coffee bay. Je demande à la dernière "maison sur la plage" (houseonthebeach.co.za tél (portable) 0837151421 Wayne Rohland) située dans un cadre idyllique des renseignements sur les possibilités de trouver un abri sur le sentier car la pluie menace. Danny, le bras droit de Wayne, complètement défoncé et ivre, ne me donne pas beaucoup de chance et Wayne accepte que je reste dans les murs si j'ai besoin de me reposer, tout cela sur un fond musical des sixties avec de l'alcool fort et le joint qui circule. La seule condition qu'ils exigent est que je n'ouvre pas les fenêtres de ma chambre car il y a deux boas constrictor dans un vivarium grillagé, ressemblant plus à une volière, mitoyen de l'un des murs annexes. Derrière l'autre mur, la pièce dans laquelle je suis reçu. Wayne émet de fort soupçons quant à ma véritable motivation sur la raison d'être de ma présence et ma nationalité. Avec Danny, ils mélangent l'anglais et l'Afrikans pour voir si je réagis. Wayne pense que je suis peut-être Sud-Africain et que je cherche à me cacher pour une raison ou une autre, l'hypothèse du tueur en série lui paraissant la plus plausible. N'y tenant plus, après une heure de tergiversations, il demande à vérifier mon passeport. Parano à cause de la fumette ? Non, juste Sud-Africains.
J'ai le choix de dormir sur un lit dans une chambre entre deux hippies déphasés et suspicieux qui vivent à fond les années soixante et deux bêtes au régime avec un cochon d'inde par mois voir rien pendant un an (selon Danny) ou bien, seconde possibilité, chez Jean, un Hollandais voyageur, établi à PSJ depuis sept ans, prêt à me recevoir sur son balcon. Wayne me dit que Jean cohabite avec des gens bizarres. Je vais avoir suffisamment à faire avec ces deux énergumènes ce soir. J'ai une heure et demie avant la nuit complète et j'hésite plusieurs fois à quitter les lieux.
Après que Jean ait quitté, la visite de Marlène, un verre de vin à la main, saine d'esprit, rétablit la balance et apporte du positif à la soirée. Je leur propose de couper les légumes mais ils déclinent l'offre d'un "French Chef". Un DVD copié "The Band" des anciens de Woodstock est joué comme s'il venait d'être commercialisé. Bien qu'ils l'aient déjà écouté cinq fois, ça a tout l'air d'être une "première" à PSJ, complètement isolé à l'autre bout du Monde, loin de tout où Internet n'est pas accessible. Sous la douche chaude, je me rends compte que j'ai pris la dernière digne de ce nom chez Johannes il y a huit jours. Quant à un bon lit - je ne peux pas comparer avec ceux aux matelas démontés des Pondo - c'était celui de Sammy. Même si trois occasions m'ont été données de goûter la literie Pondo, la qualité n'était en rien comparable. Les Xhosa dont font partie les Pondo, dorment souvent sur des lits surélevés, notamment pour éviter d'être posséder et se tenir hors de portée des tokoloshe, ces petits esprits malfaisants et malins. Pour continuer dans la série évaluation de mon voyage, je suis resté huit jours sans électricité - excepté la nuit à la résidence du superintendant dans la réserve du Hkambati - ayant parcouru 110 km depuis Port Edward et probablement pas moins de 270 km en ligne droite depuis mon départ d'Amanzimzoti près de l'aéroport de Durban.
A vue d'œil sur la carte, PSJ, pratiquement à égale distance entre Durban et East London est à cinq ou six heures de route de l'une ou de l'autre de ces deux villes. Après quatre heures laborieuses au cours desquelles les légumes seront coupés menus et frits, le riz cuit, nous partageons le souper avant que je ne prenne congé à côté de mon vivarium. Wayne a deux enfants de deux femmes différentes auxquelles il paye une pension mensuelle. Il a travaillé comme sauveteur et longtemps revendu du tosh pour en vivre. Il héberge actuellement des touristes et crée de beaux vêtements aux couleurs vives qui reflètent assez bien ses aspirations et les tendances d'une époque depuis longtemps révolue.
Je ne suis pas fâché de les quitter le lendemain à 8h00 du matin et reprendre le chemin, Danny et sa besace en route vers le "liquor shop" , une boutique agrée ayant l'autorisation de vendre de l'alcool. Un panneau annonce l'entrée dans la réserve naturelle de Silaka d'une superficie de 530 hectares située à 6.5 km au sud de PSJ et qui s'étend sur 6 km de littoral pratiquement jusqu'à la rivière de Mngazi où est établi un complexe hôtelier de bungalows familial très renommé dirigé par le fameux Piet Goss, le lapin qui a fui devant le Français à la pointe qui porte son nom "Goss point". Le sentier à flanc franchit un rideau de végétation dense et appareil photo en main, je flash sur de belles fleurs tandis qu'apparaissent deux individus à l'air louche en sens inverse. Au premier estuaire, une heure de marche à peine depuis mon départ, je découvre deux toits de chaume et plus loin sur la plage de rochers et de piscines naturelles, des pêcheurs à la ligne. J'aborde l'ancien avec la barbe des mollahs et lui demande s'il ne parle pas par hasard l'urdu. Roberto, d'origine portugaise, me répond que ses trois amis, d'origine indienne, le parlent. Il me demande du tac au tac si j'ai petit-déjeuné et me propose de taper dans les samossas et les friands dans le Tupperware. Je lui demande permission d'abord de manger du poisson cru, de la sardine, dont ils se servent pour appâter. J'en épluche une et il m'en propose une seconde. La viande se détache facilement de l'arrête. Je me régale et leur dis que les Japonais pour l'exemple, mangent du poisson cru. Les samossas sont un vrai délice, finement cuisinés avec un savoir-faire incomparable.
Je n'ai pas vu l'anguille qui barbote dans une poche d'eau. Ils me proposent de l'enlever et l'emmener. Dans le pays du Braai(vlis), barbecue qui consiste à tout griller sur le feu, certains poissons de viande blanche ("white meat") sont relégués au rang de non-comestibles car leur cuisson nécessite trop de contraintes. Quand il y a quantité de poissons fins, la tendance est de garder les meilleurs en bouche et d'en rejeter certains.
Heureux qui comme Ulysse... Je dois enfreindre le premier précepte 'tu ne tueras pas" et assommer ma proie de plusieurs coups de galet. Gigotant, la main droite l'étreignant derrière le cou, je l'ouvre sur la longueur depuis les mandibules coupées en deux jusqu'à l'orifice anal expulsant les viscères et la nettoyant sur le champ à l'eau salée. Je suce les œufs avant qu'il ne s'éparpillent et ne soient perdus. Je la place dans un sac plastique sur mon sac à dos. En route !
Entre deux pains de sucre, je contourne les bassins d'eau à découvert pour cause de marée basse et me retrouve bientôt à flanc de falaise à force de vouloir coller au plus près du littoral émaillé et entaillé d'aiguilles rocheuses fières et acérées. Je monte en escalier les roches, petites surfaces planes dominant l'océan telles des plateaux se superposant et se succédant les uns après les autres. La falaise et un plateau large de deux mètres se rétrécissant au bout m'attend avant de trouver je-ne-sais-quoi derrière. Je doute de pouvoir continuer. Je m'avance prudemment et patatras, la semelle lisse de ma chaussure usée glisse et je me retrouve allongé sur le côté, la face droite du visage littéralement collé "en douceur" contre la roche qui a épousé mon faciès. La largeur du plateau à cet endroit correspond à peu près à la hauteur de ma taille recourbée. Elle se réduit comme peau de chagrin au bout de la roche plate de forme trapézoïdale. Légèrement sonné, je ne suis pas blessé mais ceci est un avertissement amical. Je me suis ouvert un bon bout de peau du majeur que je finis d'arracher avec les dents. La viande, à découvert, saigne. Prendre le risque d'aller au bout de l'escarpement serait suicidaire vu qu'en cas de chute, les jambes dans le vide entrainant le reste du corps, la mort serait irrémédiable. Je ne m'obstine pas et fais demi-tour.
Si je m'étais écarté du littoral, je serai plus avancé et en meilleure posture mais où est-il ce sentier normalement signalé par une flèche blanche sur fond noir ? La portion PSJ - Coffee Bay est censée être plus courue que celle de Port Edward jusqu'à Port St John où je n'ai rencontré absolument aucun randonneur et pour cause vu les difficultés rencontrées. Marlène l'a parcouru en groupe à deux reprises respectivement en 5 et 6 jours. Après un léger retour en arrière, je quitte le monde 100 % minéral et monte l'escarpement à flanc de coteau recouvert d'herbe et parsemés de rochers enterrés auxquels je m'agrippe pour m'en servir de force d'attraction ou bien d'impulsion pour grimper. Ils me permettent d'avoir un socle et faire une pause occasionnellement. Conscient de la fatigue, je veux disposer du maximum d'énergie disponible et de lucidité. Ayant atteint une hauteur raisonnable, je parviens à une ancienne zone cultivée de bananiers laissée en désuétude et abandonnée. Miraculeusement, je me régale avec des maracujas sauvages. Même vertes, le goût merveilleux me reste dans la bouche. Je rattrape le col entre deux collines et hésite à une bifurcation entre prendre à droite et continuer à monter ou bien tout droit en surplombant le littoral avec vue sur l'océan. Je choisis logiquement la seconde route et chemine jusqu'à une fourche où un jeune pêcheur, le regard inquisiteur et curieux du contenu de mon sac, me remet dans la bonne direction. J'aboutis à une plagette rocailleuse sur le même modèle que celles de ce matin et commets l'erreur de la longer. La pluie se met de la partie et rend les rochers, d'énormes galets lisses et polis par les éléments, glissants comme pour compliquer ma progression. Je m'abrite derrière un pan de roche et attend qu'elle cesse avant de continuer et rencontrer une impasse. Ni une, ni deux, je jette un coup d'œil en arrière sur la côte d'où je viens et aperçois un sentier au-dessus d'une paroi qui s'élève vers un point de passage entre deux collines flanquées d'herbe. Ce sera ma planche de salut et un sain retour à la réalité entrecoupé de brèves coupures pour reprendre des forces en buvant du thé sucré. Je dépasse les limites de la petite réserve côtière de Silaka et retombe sur le goudron à proximité du complexe d'Umngazi qui offre toutes sortes d'activités comme le canoë dans les mangroves, la pêche au lancer, le VTT et la randonnée, raison pour laquelle les huit kilomètres de sentier jusqu'à PSJ doivent être entretenu régulièrement.
Je suis mal reçu à la barrière par le gardien du camp. Sans doute a-t-il une peur bleue d'être sanctionné par son patron, mon ami le richissime et puant Piet Goss. Sa réaction et son comportement en dit long sur les relations qu'il peut entretenir avec son personnel dont il ne doit certainement pas s'occuper personnellement. Ce pauvre gars figé par la peur, est le premier à afficher de l'antipathie depuis que j'ai quitté Port Edward. Je veux seulement remplir ma bouteille d'eau. Il me montre le robinet sur la plage où les ouvriers procèdent au nettoyage. Je l'atteins par l'extérieur et le voilà descendu de son poste de garde comme un chien agressif et contrarié. Je dois être trois mètres à l'intérieur du complexe dont la plage n'est apparemment pas interdite et me déshabille près de l'endroit que je juge le plus propice pour tenter la traversée. La marée basse était à 12h06 et il est presque 15h00. Je veux jauger la profondeur par moi-même. Bien qu'ayant reçu des informations de la part de l'équipe au travail, je fais un passage à vide que je marque d'une croix d'un côté comme de l'autre. Cela m'évite d'hésiter, tâtonner et chercher de nouveau les bancs de sable. Trois bras d'eau dont deux négligeables sillonnent la lagune impressionnante et étendue sur les bords de laquelle les bungalows ont été construits. Je passe mes sacs en une seule fois avec de l'eau à mi-genou pour les deux premiers bras et m'y reprends à deux fois pour le dernier plus large. A la question posée par mon interlocuteur: "Pourquoi faites-vous de multiples aller-retour ?", je le laisse sans réponse et lui demande d'y réfléchir. Le poids total avec un ou deux sacs diffère d'une dizaine de kilogrammes, ce qui est suffisant pour que les sables mouvants ne puissent plus supporter la charge totale et se dérobent sous un excès de poids. Par mesure de précaution, je préfère affronter les difficultés avec l'un ou l'autre des sacs, étape par étape. Le premier sur le dos, le second à la main sont déjà imposants et embarrassants sur la terre ferme. Comment faire face aux difficultés d'un gué inconnu si je viens à perdre pied. Les locaux n'ont pas idée du contenu des sacs qui ne peuvent assurément pas prendre l'eau. Le matériel sensible et la nourriture est enveloppé dans des sacs plastiques pour préserver le tout. Je peux faire un faux-pas et tomber dans l'eau sans craindre trop de conséquences mais j'évite de prendre des risques inutiles. Je me rhabille et me dirige vers la paillotte des sauveteurs sur la plage pour me protéger du soleil et grignoter quelques avocats mûrs. Manque de chance, son couvert de branches - des bouts de bois espacés de deux doigts - est à claire-voie.
Dans la confusion, j'ai oublié de boire et remplir une troisième fois ma bouteille d'eau. Deux gaillards secouristes viennent taper la discussion et me disent qu'il y a un robinet à côté du corral des chevaux bien entretenus qui ont droit à de l'eau salubre et chlorée. Je me rapproche tandis que je vois une navette transporter des familles entières d'une rive à l'autre. Si je l'avais su ! Je préfère passer la rivière par moi-même et ne pas devoir leur demander quoi que ce soit vu leur sens de l'accueil et le degré de sympathie témoigné aux personnes de l'extérieur. L'estuaire de la Mngazi s'ouvre sur une plage magnifique avec un cordon de dunes imposantes qui s'étirent. Les familles viennent faire monter leurs enfants à cheval pour les balader. Des couples viennent y marcher et se retrouver dans la quiétude des vagues. Des vacances de rêve et l'endroit idyllique tant vanté par les agences touristiques s'achètent au prix fort, au bas mot une cinquantaine d'euros par personne et par jour. Un petit salut amical à une autre équipe d'employés et je quitte les lieux en longeant l'enclos des chevaux, à l'abri derrière le cordon dunaire. Je monte dans le vallon en pente douce sans voir de flèche indicatrice me reposant sur mon sens de l'orientation.
Sur la distance à parcourir jusqu'à la prochaine rivière, la Mnegazana, diverses réponses m'ont été données: une heure et demi ramené à une heure en cas de marche rapide et une autre, le temps record d'une demi-heure. De quoi me rendre perplexe ! Une heure environ suffit pour rejoindre les deux rivières. La Mnegazana est profonde et impossible à passer à pied. Je suis en retard de quatre heures sur la marée basse. Un couple de vacanciers s'amuse en jet-ski sur l'étendue d'eau. Ils arrivent doucement sur mon bord pour me dire que quelqu'un va venir alors qu'il serait si simple que le motoriste dépose sa belle temporairement et me fasse traverser la lagune en un coup d'accélérateur. Je n'insiste pas car je vois qu'il ne maitrise pas totalement l'engin qu'il a en main. Je me retiens de leur dire ce que je pense et gueule à gorge déployée comme un chien aux abois. Eric, collégien de seize ans, dont le père est nigérian et la mère sotho, vient me repêcher en vaurien. Il rame à contrecourant avant de venir s'échoir sur la bande de sable. Le retour au port d'attache est plus rapide même si nous sommes deux dans la petite barque qui appartient à son frère. En abordant le ponton et remontant vers le village, nous marquons une pause près du "Bottle store" (= Liquor shop) où un étudiant d'Umtata qui remplace son beau-frère propriétaire m'invite à dormir à même le sol dans une pièce annexe à la boutique après sa fermeture vers 22h00. Il est 18h37. J'en ai plein les bottes et un poisson à cuire. A la vue de celui-ci, le tenant du bar, ignorant ce genre de poisson, me dit d'allumer un feu dehors et de le faire griller. Il n'a pas de moyen de le préparer à l'intérieur. Cord, le gars de la maison d'en face vient aux infos et me propose de le cuisiner chez lui, ce que j'accepte. Il est vêtu d'une salopette bleue, combinaison des employés d"Etikwini", chipée par sa belle-sœur qui travaille dans la commune du même nom dans la banlieue de Durban. Je ne suis pas sitôt rentré sous son toit, la maison familiale où vivait sa mère décédée en 2010, qu'il commence à pleuvoir. Si ce n'est pas un signe du destin, c'est de la chance. Il est seul ce soir avec sa petite Lileen de deux ans et demi. Sa femme, partie depuis lundi s'occuper de la scolarisation de son ainé, revient vendredi. Vu qu'il ne dispose que d'une plaque chauffante, nous soupons d'anguille et d'haricots vers 21h30. Je note, en me passant les mains sur le visage, un petit épanchement de sang coagulé au niveau du lobe de l'oreille droite, une séquelle sans conséquence du contact de la joue sur la pierre. Tandis qu'il pleut abondament, je m'endors profondément dans le grand lit double du couple après une journée éreintante.
Au réveil, la tête est lourde et le corps endolori. Je ne dispose pas de tous mes moyens physiques, un peu comme si je couvais une crise de paludisme. Je suis fébrile de la tête aux pieds, un mal de tête léger latent que je mets sur le compte de la chute joue sur la roche d'hier. Même si je ne crois pas trop à cette hypothèse, je ne vois rien d'autre à part l'écorchure de mon doigt qui cicatriserait et mettrait à mal le système immunitaire pour éviter l'infection avec ce temps chaud et humide. J'ai noté un bouton sous le sein droit qui a blanchi et fait penser à un bouton de fatigue. Je ne me rappelle pas en marchant avoir écrasé ou coincé un insecte entre la bretelle du sac et mon marcel ou une araignée en m'allongeant sur le ventre mais la seconde hypothèse est la plus probable. Après quelques pages d'écriture en sirotant du Ceylan, je décide de faire relâche. Cord assure l'entretien et la surveillance d'une résidence secondaire pour une indemnité mensuelle de 500 Rands (50 Dollars U.S). Il doit garder Lileen et faire du pain. Avec ses deux chiens m'accompagnant, je pars faire dans l'après-midi le tour des plages - la principale ensablée, prolongée de petites criques rocailleuses - et repérer les flèches blanches du sentier vers Coffee Bay. Le village tout entier de Magekeni est peuplée de résidences secondaires avec quelques cases couleur locale aux services des propriétaires en visite en fin de semaine. Cord ne se rend plus à PSJ via la rivière Mngazi car des touristes ont été agressés et dépouillés il y a un an dont les coupables ont été arrêtés. Cela a engendré un climat d'insécurité. Il passe par Tombo à une heure de transport du village.
Je décolle à la mi journée ensoleillée et démarre rapidement. Le sentier bien balisé et débroussaillé est intéressant pour des randonneurs débutants voulant avoir une approche de la forêt tropicale et mieux la connaitre. Il rentre à l'intérieur des terres et ignore pratiquement le littoral jusqu'à la rivière Sinagwana, ce qui me permet de me changer l'esprit. J'en ai soupé du sable. Un serpent inerte, totalement noir y compris sous le ventre, d'une trentaine de centimètres, gît en travers du sentier. Je cherche à le faire bouger en le caressant avec mon sac à main. Aucun mouvement. Je cueille une tige et cherche à le ramener sur le sentier afin de mieux l'observer et le détailler. Je parviens à l'enrouler sur le bâtonnet et le jette dans les taillis où il se retrouve accroché aux branches d'un épineux. Etait-ce ma première rencontre avec un (bébé ) mamba ?
Je suis franchement revenu à la civilisation. Sur ce tronçon, les rondavels sont proches du sentier et les gamins quémandent des bonbons. Je marche en faisant de brèves pauses, laisse sur ma droite "Brazen Heads" (les têtes éhontées) et atteins la rivière Sinagwana vers 16h00 où je suis assailli par des colporteurs de colifichets, des jeunes hommes qui vendent des colliers de coquillages. Je comprendrais que ce soit une fillette d'âge scolaire qui veuille se faire un peu d'argent de poche après les cours mais pas des hommes pour le consommer en alcool et en tabac. Je fais le plein de carburant en discutant dans la maison de ses parents d'origine allemande avec un musicien, batteur dans trois différents groupes à Jobourg, Le démarcheur n'hésite pas à lui demander 10 Rands lorsqu'il voit qu'il n'arrivera pas à ses fins. C'est la première plage où les gens sont corrompus par l'argent. Je vais rapidement comprendre ce qui en est à l'origine.
Je bois aisément deux litres de liquide, du thé, avant de repartir et passer à proximité du "Kraal", un endroit pour les voyageurs qui propose diverses activités mais contribue aussi à ce genre de relations avec les locaux basées essentiellement sur le profit qu'ils peuvent tirer du "visiteur d'un jour", le même type de communication éphémère avec les "Mister Sweet" des enfants. J'avance un peu plus et monte pour avoir un panorama sur la chaine de collines avoisinantes. Derrière un enclos grillagé, j'avise Eric et lui demande s'il a un endroit pour passer la nuit. Il fait frisquet sur les hauteurs et il m'invite à rentrer dans une case dont il vient juste de badigeonner le sol d'une substance odorante telle que de la bouse de vache fraîche. Sa case a un avant-goût de maison tibétaine où l'odeur forte de yack imprègne tout. Il me dit que je suis chanceux car il a attrapé deux poissons aujourd'hui, la seconde fois que j'en mange en deux jours. L'un de ses voisins vient le voir habillé en "Etikwini", la salopette très à la mode ayant visiblement fait des émules. Les Africains, s'ils pouvaient se sustenter de la moelle épinière de leur mère nourricière, tirer dessus et la sucer jusqu'au bout jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus avoir de forme et se tenir debout, le feraient sans grand peine. L'instauration d'un système d'assistanat à l'intérieur même de la communauté où le moindre effort n'est pas encouragé mais consiste à obtenir le maximum en fournissant le minimum laissera le pays sans ressources et augure d'un futur peu prometteur pour l'Afrique du Sud.
Quand je sors de la case qui m'a été réservée, je le trouve en train d'attendre sa femme partie chercher de l'eau à une petite retenue d'eau. Elle revient chargée d'un seau de 20 litres et son fils l'accompagnant, un jerrycan de cinq litres à la main. Eric et ses fils déjeunent de ricorée, un succédané de café, avec du pain tandis que sa femme mange avec appétit une assiette remplie de riz, de chou et de sauce tomate. Je l'accompagne après un morceau de pain. Il me dit qu'il ne peut pas commencer par manger du riz si tôt. Je blague en lui disant que s'il avait été chercher de l'eau à sa source, il mangerait avec plus d'appétit. Les femmes sont vraiment au service des hommes. Comme ils ont trois fils et aucune fille pour seconder et aider pour les tâches ménagères, il a fallu revoir l'éducation des enfants. Deux des fils ont pris la balayette et nettoyé les miettes qu'ils avaient éparpillées, ce qui est étonnant de la part de garçons. Les trois garçons ont ensuite pris une bassine, de la lessive et sont allés à un petit étang pour laver leurs vêtements, ce que je n'avais pas encore vu faire en Afrique. Une leçon à retenir. L'Afrique en mouvement ou le fait juste qu'il n'y ait pas une seule fille dans la famille ? S'il y en avait une, elle se coltinerait toutes les tâches matérielles. Ma piqure a viré sa cuti et est devenue rouge. Sous la peau, la chair dans un périmètre de 5 centimètres de diamètre, s'est durcie comme si j'avais affaire à un abcès en cours d'infection. Elle est surtout plus douloureuse. A surveiller.
Je quitte à travers les collines une région rurale du littoral où abondent des hameaux regroupés de cases aux toits coniques, une famille disposant de deux ou trois rondavels dont l'un est utilisé pour la cuisine. Je reste un peu plus à l'intérieur des terres et ne vois pas l'ombre d'une seule flèche indicatrice de mon itinéraire. Je suis évidement en dehors du sentier. Il est pénible de suivre un GR mal balisé et se faire du mouron pour en trouver les signes d'existence. A se soucier continuellement si les flèches sont à venir, ça use autant les souliers que de faire des aller-retour aux embranchements non signalés. Je retombe sur la rivière Mnenu traversée sans souci avant de remettre les pieds sur la plage rugueuse et m'en faire expulser par un pêcheur à la ligne. Après le sable, je marche sur des longueurs de pierre. Certaines formes ont été érodées suffisamment à la base pour donner l'impression de champignons géants. Il veut en fait me remettre sur le sentier qui passe à l'intérieur de la réserve naturelle de Hluleka de 700 hectares qui compte beaucoup d'espèces végétales endémiques et une riche faune aquatique. Une échelle en forme de V retourné permet l'accès à l'enclos où trois Zèbres de Burtchell me regardent béatement. Je ne bouge pas. Ils mettent du temps à contourner le monticule et disparaitre de ma vue. Je pénètre leur domaine réservé et accède à la piste principale que j'emprunte jusqu'aux constructions abritant les ouvriers de la réserve qui n'ont pas l'électricité intra-muros même si les lampadaires extérieures de la réserve sont allumés. Un des quadrupèdes m'attendait à un détour de la piste et s'est assuré d'un clin d'œil que j'étais sur la bonne piste puis je retrouve mes trois compères près des bungalows, les mêmes ou d'autres identiques car en effet comment distinguer un zèbre d'un autre ?
Nokwanda m'accueille gentiment et me réserve le fond de son porridge matinal qu'elle mélange avec du lait aigre comme je l'aime. Je me régale avant de poursuivre vers l'accueil où j'en profite pour me déshabiller et tout faire sécher en attendant la responsable. Je ne sais pas si elle a mangé du zèbre ou du gnou, autant d'animaux que l'on peut trouver dans la réserve mais cela ne se passe pas très bien avec elle. Elle se rend à l'entrée principale, la piste qui mène à Libode, et me remet entre les mains d'un Afrikaner qu'elle me présente comme son supérieur. William travaille comme ranger pour l'environnement sur Port Elisabeth (PE) et est venu donner un coup de main avec une collègue pour renouveler et rafraichir l'accueil. Il ne peut me dire le nom du serpent mais me confirme l'araignée pour la piqure. Le venin injecté est en train de se diluer. Il me conseille de boire beaucoup, ce que je fais habituellement de toute façon. J'ai pu remarquer que je pouvais mouiller complètement mon T-shirt, le retirer et l'essorer, en haut de chaque colline, voir même plusieurs fois par heure et par jour. Est-ce que je transpire plus à cause de la piqure ? Je sais maintenant que mon corps réagit et que mon état fébrile est lié à l'infection. Je n'ai pas de ganglions sous les aisselles, ni à l'aine. Je n'ai pas lieu d'avoir peur mais cette petite bestiole que j'aurais aimé croisé m'a rudement bousculé et mis à mal ma résistance.
Malgré les nuages, la chaleur est étouffante. Il fait lourd. Je quitte l'entrée de la réserve vers 15h00 après avoir regardé la carte et m'être rendu compte que la rivière Mtakatye est à mon programme et s'annonce devant moi. Les limites de la réserve de Hluleka qui s'étend sur quatre kilomètres du littoral sont presque contenues entre la Mnenu et la Mtakatye. Je suis mon instinct et coupe au plus court par les collines pour éviter de me retrouver arrêter par les rochers sur la plage. Le terrain est accidenté. Je finis en queue de poisson dans une mangrove étalée sur une grande partie du bras de la Mtakatye, les nombreux canaux me retenant prisonnier. Je n'ai pas où aller car je ne peux pas m'éloigner à moins de m'enfoncer les pieds dans les lits boueux si je veux m'échapper. A un canal au niveau d'eau correct, rempli d'herbes flottantes et d'algues marines, relié directement à la rivière, j'essaye de rejoindre l'autre bord d'où un sentier continue vers l'estuaire. Je sais que je peux traverser là-bas avec de l'eau jusqu'à la taille malgré mon heure et demi de retard sur la marée basse (14h22). Là où je suis, l'étendue d'eau peut être comparée à une vraie lagune impossible à traverser sans un bateau et en face, plus intéressant, il y a des habitations et des garages avec accès direct à la plage. Lesly et Kelly, 23 ans, vivant actuellement en Angleterre, venue visiter ses parents, avisent Ken de ma présence sur l'autre rive. Il démarre le moteur et vient me chercher avant que je ne passe de l'autre côté avec l'un des sacs. Bien que la lagune soit large, je suis bien positionné et au point de repêchage le plus proche pour qu'il me cueille. Il m'invite à boire une bière, la seconde offerte depuis Port Edward. Je prépare un litre d'eau chaude pour faire le plein de carburant avant de continuer en fin d'après-midi. J'hésite à deux reprises au sommet de deux collines et la seconde m'est fatale. Je rencontre deux jeunes gars qui reviennent, trois poissons dans le sac, sans qu'ils me renseignent pour autant. Je remets les pieds sur la route vers Preslies Bay et prends un raccourci direction Lwandile avant d'atteindre la baie. En prenant le chemin des vaches, je m'égare complètement avant que le nuit ne tombe. Je traverse beaucoup de taillis d'épineux et finis par descendre dans une plaine alluviale où je suis confronté à un grillage. Par la force des événements, je le longe et remonte sur le versant opposé tant bien que mal car les épineux m'attendent sur mon passage. Je nage en grandes eaux et sue abondamment. Je presse le pas car je sais que le temps m'est compté, moins d'une demie heure au bas mot. Je réussis à remonter au plus haut point d'où la vue sur le littoral est dégagée.
De mon point d'observation, je remarque un regroupement de résidences secondaires. Un second grillage sert de ligne de démarcation et délimite un enclos à l'intérieur duquel je n'ai pourtant pas pénétré. Un pieu est pratiquement à terre et ouvre une brèche dans l'enceinte. Je la franchis. La partie n'est pas gagnée pour autant, il me faut redescendre une nouvelle fois et affronter les tueurs bourrés d'épines. J'arrive sur la plage déserte à la nuit et prends le chemin du littoral par lequel j'aurais du arriver. J'inspecte les maisons rapidement mais vu l'heure tardive, mon choix se fixe sur la première visitée qui dispose d'une véranda avec une vue panoramique sur la plage, trois coussins et une gazinière débranchée, la bouteille de gaz étant rentrée à l'intérieur de la cuisine. Je mets du temps avant de me sécher et retrouver le calme. Le matin, n'ayant d'autre options, je démarre à jeun tôt sur la plage puis pour me mettre en jambe par une colline pentue. Je retombe sur une plage et me déchausse pour traverser le bras d'eau. Ma chaussure droite a expiré hier soir dans ma cavalcade. Je suis forcé de l'entourer d'un tour de lacet avant de la nouer pour qu'elle fasse corps avec mon pied. Du coup, je fais de même avec la gauche pour la préserver avant que je ne me retrouve pied-nus. J'ai besoin d'énergie et j'avale des morceaux de pain avec du beurre de cacahuètes avant la prochaine colline tandis qu'un vieil homme la descend, une binette à la main. Je reste à l'intérieur des terres et m'égare avant de suivre mon intuition et couper au plus court vers la rivière Ndumbi large mais passable avec de l'eau jusqu'au ventre. La plage tranquille, ouverte sur l'océan, est bordée de collines verdoyantes et synonyme d'espace. Installée dans une ancienne mission, l'auberge Mdumbi travaille en partenariat avec des mécènes et aide les communautés en ce qui concerne l'éducation, la santé et du développement socio-économique. Un projet de développement durable - www.transcape.org/cms - auquel vous pouvez participer (www.immersionsa.com) que Johann et Hyman ont crée et mis en place en 2004 permet de dormir chez l'habitant, d'approcher les Xhosa et d'appréhender leur milieu culturel dans un cadre authentique. Les parents du premier étaient missionnaires à Canzibe, ce qu'il fait qu'il est parfaitement trilingue (anglais, afrikaans et xhosa). L'auberge dispose d'une possibilité d'hébergement de 31 lits et d'une vingtaine d'emplacements de camping. Quatre kilomètres de littoral me séparent de l'estuaire de la rivière Umtata. Je quitte tardivement le Ndumbi Backpackers et en sors, côté jardin d'enfant, traverse le terrain de football puis prends sur la gauche avant de retomber sur la plage. Je passe un poste d'observation de la faune aquatique que je pensais être une chaise de surveillance pour les baigneurs bien que personne ne soit dans l'eau ou sur la plage. Je n'ai pu résister à décrocher le sac, m'approcher et demander la raison d'être de ce perchoir. Je suis en train de me rendre compte que j'ai peut-être laissé filer le dernier ferry en m'attardant au Ndumbi. J'ai quitté avec une heure de retard et je me vais peut-être me retrouver coincé sur le bord de la rivière Umtata sans possibilité d'hébergement. Le cauchemar ! Je remarque à un moment donné plus de personnes sur la plage tandis que je longe une résidence: "Umtata River Mouth n°6". Je suppose que ce sont des familles en vacances qui ont loué des appartements ou bien je suis réellement proche de l'estuaire et les gens sont venus en ce jour dominical de Coffee Bay pour traverser l'Umtata et marcher sur la plage. Je suis en fait un peu loin du passage sur l'autre rive. Je croise une famille noire, classe moyenne, qui est venu en séjour vacances. Il m'indique le point de passage que j'atteins rapidement, 40 mn après mon départ de l'auberge. Un vaurien métallique équipé de deux rames en aluminium sur lequel est écrit "Umtata river ferry" s'apprête à déposer un passager. C'est ma dernière chance et j'entends bien la saisir. Je saute dedans. Le gars me demande de payer avant de commencer à ramer. Je ne doute pas qu'il veuille en profiter pour me faire payer le prix fort. Bien qu'il ne m'ait pas demandé de somme exacte, je sais, pour m'être renseigné, que le prix officiel est insignifiant (3.50 Rands = 0.30 cts d'Euro) mais je préfère lui céder un T-shirt impeccable au style africain reçu d'Ola que j'aurais déjà du donner à Cord ou quelqu'un d'autre. Je suis sensible au fait de ne pas ré offrir un cadeau qui vous a été remis dans une intention particulière mais je l'ai porté seulement le soir où nous nous sommes rencontrés. Je ne l'ai pas remis car je me sens un peu à l'étroit dedans. Je l'ai emmené pour le laisser derrière moi et le donner. Le pote qu'il vient de déposer lui fait savoir que le T-shirt lui va comme un gant et qu'il est extra. Le passeur, loin de faire la fine bouche, accepte le marchandage et attend que la vague nous fasse décoller pour commencer à ramer. Il n'en finit pas de traverser le bras d'eau comme si les anneaux en fer qui maintiennent les rames collées au montant de la barque le limitait dans ses mouvements. J'ai l'impression qu'il hoquète et bégaie dans sa tentative de traversée qu'il mène toutefois à bien dans un décor grandiose, Deux bandes de sable visibles de part et d'autres d'un piton rocheux planté au milieu de nulle part enrichissent la vue panoramique sur 180° degrés. La barque ancrée, le rameur retire les rames qu'il enferme dans un bâtiment avant de rentrer au village. Il est 18h37. C'était ma dernière chance.
Je peux m'estimer être heureux d'avoir pu traverser à l'heure où je suis arrivé. Satisfait et conscient, je m'assois sur la pelouse et déguste quelques avocats murs avant de prendre l'asphalte vers Coffée bay distant de quatre kilomètres. Je me fous de ce qui va arriver. J'ai l'intime conviction qu'une voiture va venir me chercher même si l'heure ne s'y prête pas du tout. Qui viendrait faire un tour dans ce cul-de-sac à cette heure avancée de la journée ? J'en ai épluché trois ou quatre quand j'entends un moteur ronronner. Mon intuition était correcte, j'ai vu juste. Marc, au volant d'un pick-up avec deux femmes l'accompagnant, veut bien m'emmener à Coffee Bay où il réside et travaille dans le transport. Ils ont rejoint des amis pour le week-end dans une maison à proximité et repartent chez eux. Nous plaisantons en faisant route et Marc, après avoir déposé Esther et Cheri atteinte de cancer de l'estomac en phase terminale, m'offre de rester dans l'un des ses bungalows de chantier doté d'une grande capacité d'hébergement et dont il a fait sa demeure permanente. Alors qu'il me montre mon lit superposé, l'un me suffit, voilà qu'il se met à pleuvoir. J'ai connu ce scénario identique à Port St John avec l'invitation de Wayne et Danny juste avant une nuit d'orage. Il y vit à l'africaine, un Afrikaner envahi par les chefs, têtes de couleur noires membres des clans locaux. Il est lui-même divorcé avec deux fils, l'un (29 ans) dans la finance à New York et le second (27 ans) au Cap où vit son ex-femme. Notre arrivée perturbe visiblement le petit groupe installé devant l'écran TV. Il prend soin de deux xhosa qu'il considère comme ses fils adoptifs même s'il me confie qu'ils sont toujours là pour lui demander de l'argent. L'un, Nazad, la vingtaine au physique agréable, a une petite amie afrikaner originaire du Cap, Sarah et l'autre d'une dizaine d'années suit encore les cours. Marc aime discuter de tout. Il est allé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 en tant que spectateur et a ensuite voyagé pendant trois mois en restant 3 semaines à St Raphael en France, en Italie qu'il n'a pas apprécié, notamment à Genova polluée, à Naples où il s'est fait volé 600 Dollars et Brindisi d'où il a pris le bateau pour Igoumenitsa-Patras, l'île d'Eros avant de prendre un vol retour vers l'Afrique du Sud. Il s'est rendu une autre fois en Angleterre et y est resté travailler plusieurs mois. Coffee Bay dont l'origine du nom remonte au café répandu dans la baie par un bateau échoué en 1863, m'apparait ni plus ni moins comme un hameau reculé dans la continuité de paysages de collines verdoyantes et vallons embroussaillés entrevus depuis Lupatana. L'endroit est un point de rencontre où tout se redistribue à partir de là car, entre plusieurs centaines de kilomètres de littoral, il faut bien des lieux d'ancrage plus importants qui servent de point de chute avant que les affaires rebondissent sur la côte plus au nord ou au sud. Cette assomption personnelle demande à être vérifiée, les différentes communautés locales étant seulement accessibles à partir de la route principale qui mène à Coffee Bay. Il a plu abondamment aujourd'hui, une journée de relâche qui me permet d'écrire. D'ailleurs que faire d'autre ?
Je revois Sherry et Esthie, deux femmes exceptionnelles arrivées sur le plan personnel, d'une douceur et d'un bon niveau de compréhension travaillant sur divers projets de développement communautaire. Ex instructrice d'auto-école, Sherry forme un jeune pour qu'il ouvre son école . Elles ont le projet de promouvoir des objets d'artisanat, de la vannerie, produits par des femmes locales et les revendre à Jobourg. Sherry, 50 ans, atteinte d'un cancer de l'estomac qui a évolué et a métastasé, devrait déjà être partie depuis longtemps selon le diagnostique des médecins. Elle a décidé de prendre le mal à la racine et de le combattre corps à corps. Elle connait vipassana et a fait une retraite chez Goenka en 2004. Depuis, elle médite deux heures quotidiennes et en reconnait les bienfaits. Marc, né dans la baie de Mazeppa, un peu plus bas sur la côte en direction d'East London, parle l'anglais, l'afrikaans et le xhosa. Il joue merveilleusement de la guitare et compose dans cette langue locale dominante dans l'état du Cap Est. D'ascendance française, ses aieux, originaires des environs de Lyon, ont quitté l'hexagone pour aller s'établir au Liban à l'époque où c'était un protectorat français. Son nom Carrouze a été libanisé sous la forme de Karruz. Plus tard, son grand-père a immigré en Afrique du sud. Son père, médecin à Idutywa, est encore actif. Marc est devenu obèse. En cinq ans, il a pris tellement de poids qu'il en est devenu handicapé. Il pèse 160 kilogrammes. Si j'en juge par les photos, il a toujours été d'une bonne corpulence, plutôt musclé. Jacqueline, une de ses ex avec laquelle il est parti en Angleterre en 1995, l'a connu svelte. Avec Piet qui vit à Zoti, la plage d'où j'ai commencé à marcher à côté de Durban, elle est venue le visiter pour la fin de semaine. Jacqueline, séropositive, vit sur le bien-être social en Angleterre pour pouvoir bénéficier de son traitement. Avec Piet, également séropositif, ils se sont connus par le biais d'Internet. Quand elle n'est pas en Afrique du Sud, deux fois trois mois dans l'année, où elle a grandit, elle vit dans le Sussex mais pense bouger à Brighton. Piet, son tour venu, la rejoint parfois en Angleterre. A leur arrivée, il me confie qu'il est courtier et vit de son argent investi, ce qui est pur mensonge. Il est en congé longue durée pour incapacité de travail à cause de sa séropositivité. Agé de 42 ans, il a été contaminé le soir du nouvel an 1995 à 26 ans par une inconnue qu'il a connue dans une boite de nuit. Il m'affirme qu'il n'était pas coutumier du fait, des aventures d'un soir. Il était tellement ivre mort qu'il n'a même pas su avec qui il avait couché, ni revu sa partenaire d'un soir. Une fois a suffit. Jacqueline, 48 ans, venait de divorcer. Après un premier partenaire avec lesquels les choses n'ont pu se concrétiser, le second sachant parfaitement qu'il était séropositif, l'a consciemment infectée. Leur relation a durée 3 mois et demi. Elle a porté l'affaire devant la justice et les tribunaux, un cas de jurisprudence, lui ont donné raison et l'ont dédommagée. Son gars n'a jamais versé quoi que ce soit et est décédé quelques années plus tard. Elle suit depuis quinze ans une trithérapie. Il court, il court le virus... pas seulement chez les noirs mais aussi chez les Afrikaans. Certains ont accès à la trithérapie et d'autres pas, dépendamment de la façon dont ils s'y prennent pour y avoir accès.
East London (Cap Gonubie) - Coffee bay (3 jours de marche exténuante). Je pensais en avoir fini avec les grands cours d'eau (Mtentu, Msikaba, Mzintlava, Mnegazana) à traverser à marée basse. Une dizaine d'autre rivières d'importance m'attendaient sur la portion East London - Coffee bay. Je laisse mon ordinateur, mon chargeur de batterie et quatre livres dont deux guides entre les mains de Sherry et pars plus léger avec une voiture de la police qui rentre à East London. Les deux flics s'occupent de repérer les voitures volées à Jobourg, Le Cap qui sont importées, déplacées, désossées et maquillées dans des petits garages clandestins avant d'être revendues. Je me retrouve prisonnier, les pieds sur le sable, pris entre la rivière Nahoon et celle de Gonubie. Après 40 minutes de connexion Internet à l'auberge à la pointe de Gonubie (Laura et Andrew Tél: 082 824 1419 gonubiepoint@sainet.co.za voir www.accomodationrsa.co.za), je me retrouve sans avoir pied, la marée est haute à 15h31, et dois attendre 21h43 avant d'espérer passer la rivière Gonubie pour remonter la côte vers le nord. Les quelques histoires de personnes happées par des requins émaillant le passage de la Nahoon suffisent à me rendre à l'évidence que je ne dois pas prendre de risques inutiles. Laura m'a raconté celle récemment d'un adolescent sur la grève devant l'auberge dont la jambe a été enlevée par un requin. Le jeune est mort, il saignait trop et n'a pu être conduit à l'hôpital à temps. Je dérange visiblement le maitre-nageur très inamical auquel je m'adresse pour recevoir des informations. S'il n'a pas le sens de la communication, il serait bon qu'il change de travail. Il a plutôt en tête de rentrer chez lui à 17h00 pétantes. Il ne peut pas me conseiller de traverser en tant que secouriste mais me donne deux sacs poubelles pour y enfermer mon sac afin qu'il puisse flotter. Il me dit qu'il n'y a pas de requins en remontant un peu le cours. Je collationne sur un banc et avise deux planchistes qui vont rentrer. Deux kayaks ont été mis à l'eau et les voilà justement qui reviennent au moment où j'atteins l'eau avec un surfeur à qui j'ai demandé de l'aide. Un kayakiste prend mon sac sur le dos tandis que le surfeur empoigne mon sac à main et les chaussures enveloppé dans un sac poubelle. Il le passe à la nage sans le mouiller en le tenant d'une main, ce dont je suis totalement incapable. Je récupère sa mini planche avec laquelle j'effectue la traversée de la rivière en me dirigeant avec les bras. Je récupère mes effets sur l'autre bord tandis que je lui redonne sa planche. Je les remercie beaucoup. J'évite ainsi plusieurs heures d'attente et peux progresser le long de la côte vers la prochaine étape sans perdre de vue la marée basse à 21h43. Je ne tarde pas à rejoindre le cap Kwelerha en longeant la plage d'énormes galets surdimensionnés. Je saute de l'un à l'autre et pour relâcher la pression je passe éventuellement sur la bande côtière de sable blanc derrière laquelle d'épais buissons cachent des zones dégagées de pâturages vides d'estivants à cornes. Je tombe sur un regroupement de résidences, dont l'une occupée par un propriétaire peu aimable, m'apporte peu d'info sur ce qui m'attend plus loin.
Cheminant le long de l'océan, je croise un véhicule des ressources halieutiques avec une lampe de sécurité sur le toit. Je demande conseil au chauffeur où traverser la Kwelerha. Il me dit de sauter à l'arrière, fait demi tour et remonte légèrement le cours sur quelques centaines de mètres, là où sont garées un pick-up et une Land-rover. La pleine lune les illuminant, Marc et Benny dégustent du rhum-coca et fument "l'herbe du bonheur" en compagnie de Liesel, jeune femme du premier avec son nourrisson qu'elle allaite. Il est près de 19h30. Je vais tuer le temps en leur compagnie jusqu'à ce que la marée soit basse. Marc me parle de Yellowsands (les sables jaunes), le camping avec des réverbères allumés que l'on aperçoit de l'autre côté de la Kwelerha. Il me conseille de prendre la dernière entrée sur la plage, d'y prendre une douche chaude et m'y installer pour dormir. "En Afrique du Sud, tu t'autorises et demandes ensuite la permission" ou bien "Tu dors et tu t'excuses !". Je ne vois pas passer le temps et m'étonne qu'il soit déjà 21h30 quand je me prépare à mettre les pieds dans l'eau. Marc qui a vécu quatre ans là où est garée sa Land-rover connait bien sa rivière. Il me dit qu'il y a un trou creusé par le courant près des rochers à l'endroit où l'on met le pied dans l'eau et que le fond sablonneux remonte avec un niveau d'eau jusqu'à la taille. La première étape est profonde et l'eau monte jusqu'à la poitrine, le courant faisant chavirer le corps insuffisamment chevillé au sol. J'hésite à passer sur l'autre bord. Avec la pleine lune, l'amplitude des marées et les courants sont plus forts. L'eau reflue avec une force difficile à imagine. Lorsque le nageur est pris dans le bouillon, il est souvent trop tard et impossible de s'en sortir. Je me laisse chavirer par le courant puissant qui refoule l'eau et m'accroche des deux mains aux rochers sur la rive que j'ai du mal à quitter. Je me heurte les deux tibias sur la pierre et me blesse légèrement m'égratignant et saignant sur cinq centimètres. Marc se dénude et se jette à l'eau. Il est ivre d'avoir bu et trop fumé. Il veut que je lui confie mon sac à dos mais il n'en est pas question. Je préfère assumer la responsabilité de tomber à l'eau avec. Sous la pression de mes deux amis de boisson qui m'incitent à y aller, je prends mon temps et me concentre le mouvement des vagues plus ou moins fortes selon le tempo. Ils ont beau crier pour me pousser à l'eau, je reste maitre de ma traversée et passe tranquillement sans souci majeur au moment où je le juge opportun. Mon passage coïncide avec l'heure de la marée basse. J'ai déjà filé sur une bonne centaine de mètres quand je me rends compte que j'ai oublié ma bouteille de thé. Je me retourne et devinez qui vois-je apparaitre courant comme un grand baudet ? Marc tout nu, m'apporte mon container et me le remet avant de s'effacer de nouveau dans la nuit.
La pluie est de la partie et il commence à bruiner. Ma marche sous la pleine lune s'annonce mal. Je me réfugie dans la buanderie du camping dont j'ai repoussé la porte, me nettoie les tibias en sang et les pieds ensablés. Une ombre se profile derrière le mur, le gardien sans doute armé. Je préfère prendre les devants et l'interpeller de vive voix. "N'ayez pas peur ! Poussez la porte. Je me lave et me rechausse". Le gars encouragé, sans être ni méfiant, ni sur ses gardes, reste planté devant l'entrée que j'entrouvre complètement. Vêtu d'une combinaison noire à la Ninja, il est effectivement armé d'un fusil à air comprimé dont la raison d'être est de blesser et ne pas tuer les maraudeurs. Il souffle et me propose de monter au logement du directeur pour lui demander si je peux passer la nuit sur les lieux. Il est tard et le gardien préfère l'appeler par téléphone interposé plutôt que frapper à sa porte quand nous atteignons son chez-lui. Il est de sortie à East London et lui accorde l'autorisation de me conduire dans la salle TV où je peux m'allonger à même le sol. Il n'y a pas de petit écran mais l'immense pièce vide me protège du mauvais temps. Bien que ce soit la pleine lune, je trouve le sommeil sans problème après avoir grignoté une pomme.
Je lève le camp très tôt bien que je perde une demi heure, la conscience embrouillée dans d'obscures considérations. Je veux aller loin aujourd'hui et mettre le paquet autant d'heures qu'il le faudra pour atteindre les limites du Transkei, la Grande rivière Kei dont le dernier ferry est à 17h00 ou 18h00. Je décolle le ventre vide avec un fond de thé préparé la veille, le minimum de carburant sans lequel je ne peux pas avancer décemment. Je suis le sentier des marcheurs de la plage ("strandloper hiking trail" http://strandlopertrail.tripod.com ) marqué par une trace d'empreinte jaune d'une chaussure à la pointure de petite taille et qui porte le nom d'une tribu khoisan de la côte qui disparut en tant que peuple à l'arrivée des colons blancs. Il est évident qu'une petite marque minimise l'impact sur l'environnement et économise la quantité de solvant nécessaire au marquage. Les empreintes à la verticale peuvent être peintes sur une planche de la même taille et clouées sur un poteau ensablé ou enterré alors que d'autres à l'horizontale sont moins visibles car elles ont été dessinées à même la roche ou le sol. Je trouve un côté assez sympathique et jeu de piste à ce sentier dont j'aime entrevoir les petits souliers de Cendrillon qui me donnent l'impression de cheminer derrière le "dernier des Khoisan" qui vient de passer et m'ouvrir la voie.
A Glengariff, je demande de l'eau chaude pour un café et m'assois pendant une heure et demi à la terrasse d'une résidence secondaire avec une famille de Port Elizabeth dont les parents habiteront leur maison dès qu'ils seront à la retraite en 2011. La discussion va bon train. Je quitte avec l'impression d'avoir laisser le temps filer. Je dois faire face au vent et le soleil est de la partie. Les longues plages de sable se succèdent avec Glen Muir pour commencer jusqu'à Cintsa East (atteinte à 10h00) qui marque la fin d'une côté habitée et fréquentée par les estivants et les habitants d'East London, distante de 38 kilomètres.
Je remarque toutefois deux magnifiques et larges vallées verdoyantes sans habitations notoires, s'ouvrant sur l'océan, une lagune en arrière-plan à peine visible depuis le rivage si je ne remonte pas la plage dont l'eau à marée descendante se retire. Elles me donnent presque envie de remonter et d'aller voir ce qu'il y a à l'intérieur des terres. Une troisième ouverture béante se situe un peu avant le cap Henderson qui compte pour les "marcheurs de la plage", un lieu d'hébergement inaccessible car bouclé au cadenas. Je goute l'eau de pluie des réservoirs. Je trouve ridicule de ne pas laisser ouverts ces gîtes dont l'utilité est la raison d'être et la fonction première. Je suis et me sens de nouveau sur la "côte sauvage" tellement je suis dans l'isolement jusqu'à la baie de Morgan (Morgan Bay).
A 11h55, je croise deux couples, une génération d'écart, "marcheurs de la plage" à la carte qui viennent de Haga Haga distant de 5 km où ils ont passé la nuit. Leur étape d'hier qu'ils évaluent à une douzaine de kilomètres les a conduit depuis Morgan Bay jusqu'à Haga Haga et la précédente d'où ils ont démarré de Wavecrest jusqu'à Morgan Bay avec 12 km supplémentaires. Est-ce dire qu'il me reste 5 ou 6 heures pour marcher (12 + 12 + 5 =) 29 km et attraper le dernier ferry ? Difficile pari à tenir.
Je nage un peu dans le flou en ce qui concerne les distances relatives à mes repères. J'estime avoir à marcher une quarantaine de kilomètres jusqu'à la Grande Kei. Après le bac, si je le passe en temps voulu j'aviserai. Sur la plage avant d'atteindre le complexe hôtelier de luxe de Pullen's bay, un couple de baba cool remplissent des sacs plastiques de coquillages triés pour en faire des mobiles. Dans la baie, une jolie blonde allongée sur le sable doux et brûlant lit et se laisse rôtir sur la plage tandis qu'un gars fait des ronds dans l'eau histoire de retenir son attention et tenter de l'approcher. Deux acteurs d'une pièce dont je ne verrais pas la fin.
Vers 13h15, je décide de couper la journée et tombe sur Sherley, un seau d'eau de mer et deux filets de moules à la main, qui rentre à la maison que sa famille nombreuse a louée pour la semaine. Elle est femme d'agriculteur, principalement de l'élevage avec plusieurs milliers de tête de bœufs et de moutons et vit à Stutterheim fondée par un allemand. Les deux litres de Ceylan que je prépare me donnent l'impression de découvrir un excellent breuvage digne des Dieux. En trois quart d'heure je me refais une santé avant de quitter dare-dare sans être certain de pouvoir atteindre mon but. Sherley quant à elle pense que je peux arriver à accrocher le dernier ferry mais je n'en suis pas si sûr. Il me reste deux bonnes heures de marche et la litanie de plages qu'elle énumère les unes après les autres m'apparait longue comme si je comptais entre les doigts les billes d'un collier ou les grains d'un chapelet.
Je ramasse pas mal de beaux coquillages et des abalones de plus en plus nombreuses avec de beaux reflets nacrés qui peuvent être offertes en guise cendrier. Je m'étonne de la quantité et en fais part à Sherley qui parle d'abus de la part des pêcheurs. La pêche sur la côte, y compris à la ligne, est interdite théoriquement. Aucun chalutier à l'horizon excepté les Chinois qui ratissent l'océan avec des filets. La viande des abalones, dotées de propriétés aphrodisiaques, est exportée vers l'Asie et représente des sommes importantes qui suscitent l'avidité. Je comprends la raison de cette multitude lorsque j'apprends qu'il y a une ferme d'abalones à proximité, celle-ci pouvant expliquer leur présence sur la plage. Elles disparaitront du paysage lorsque je dépasserai l'endroit supposé où elles sont élevées et cultivées.
A Marshstrand au nom prédisposé, la plage du marécage, les rochers ont été tellement polis et érodés par les éléments naturels qu'ils en sont devenus plats et forment un immense damier, un plateau de dalles de pierre accolées les unes aux autres comme si je foulais les ruines d'un ancien palais romain dont les colonnes auraient été renversées par un tsunami et seraient tombées à l'eau. Le Santu Spiritu battant pavillon portugais a donné son nom à la prochaine plage, celle des perles qu'il avait en soute lorsqu'il s'est échoué en 1608. L'océan en rejette parfois et certains les collectionne. Elles servaient de monnaie d'échange à l'époque. Il suffit de partir des pavés de la salle de bain romaine, traverser quelques siècles et se pencher pour les ramasser avant de continuer sur un plateau tout en alvéoles et concavités où chacune des pierres en cours d'érosion en est au stade de piscine miniature pour des elfes en repos au sortir de l'océan et transitant vers l'élément Terre.
Je fais toujours la lecture des plaques commémoratives des bancs, pas ceux qui annoncent le mariage mais celles dédiées au souvenir de ceux qui ont vécu et quitté les plages que je traverse. L'un d'eux me laisse songeur : "à la mémoire de Viv Hand (1909 - 28/09/2009) qui a aimé cet endroit et y a pêché pendant 60 ans". Le lieu de repos fait face à des rochers dans un cadre naturel dépouillé et réduit à son strict minimum, l'eau et le minéral. Les passages à flanc de colline et coupés d'épisodes avec des à-pics surplombant l'océan déchainé, de falaises entre lesquelles il faut louvoyer pour les dépasser donnent un caractère exceptionnel dans un cadre naturel impressionnant sauvage et rugueux à la bande du littoral avant d'atteindre Morgan Bay. Une petite crique donnant sur une plateforme herbeuse entretenue, sorte de parking aménagé en zone récréative et aire de repos avec toilettes et douches, permet le séjour à la journée. Je saute la butte d'où j'ai la vision d'une petite bourgade de gents puants bien propres et riches où tout est tracé et délimité au cordeau. Je ne m'y trompe pas. Je demande à un couple où se trouve le ferry. Ils feignent de ne pas savoir pour mieux m'ignorer. Il y a décidément des claques qui se perdent.
Qui peut alors mieux me renseigner qu'un agent de la police dont j'arrête le véhicule et me dit de monter. Je me retrouve ainsi enfermé dans la camionnette-fourgon qui fonce. Et si elle se renversait, j'aurais l'air malin à ne pas pouvoir m'extraire de ma cellule. L'agent s'arrête d'ailleurs quelques minutes et pendant qu'il fait sa course, j'ai beau récriminer, rien n'y fait. Je suis dans le panier à salade sans aération à transpirer comme vache qui pisse. Quand il roule, un ventilateur donne de l'air frais et me caresse le visage. Mieux vaut être seul passager à bord plutôt que dans un panier de crabe. Le conducteur dépose au passage le jeune qui m'a enfermé et continue sa course folle vers le débarcadère où il arrivant en klaxonnant, ce qui permet de retenir le ferry qui vient de quitter le quai. Il me libère et je saute sur la plateforme métallique sous l'air ébahi et ahuri des six piétons présents. Il est 17h37 et pari gagné, j'attrape le dernier bac.
Hip Hip Hourra ! Retour au Transkei. Je voulais absolument passer cette frontière pour me retrouver dans la zone de non-lieu. Quand nous abordons, un pick-up rutilant attend pour embarquer et rentrer à la maison. Un jeune en VTT arrive trop tard pour l'attraper et devra passer la nuit dans le village derrière la colline. Autant Morgan Bay est peuplé et habité de maisons blanches concentrées autour d'une plage de sable d'or fin, autant côté Transkei, le sable noir abonde et la pauvreté domine. Rien ne retient l'œil à part une zone de marécages asséchée parsemée de souches de bois mort au-delà de laquelle une barrière de buissons et d'épineux cache un cordon dunaire sur lequel folâtrent des légions d'oiseaux. J'ai quitté la piste carrossable vers le village, traversé la zone aride et me suis rapproché du littoral de sable noir grossier et meuble. Il ne crisse pas sous la semelle. Je dois remonter dans les terres pour accéder à une petit plage. Dans une herbage, je surprends au bout d'une piste avant de traverser le fourré pour y avoir accès, un véhicule collectif avec deux trios, chacun composé de deux males éméchés, bouteilles de bière en main, tripotant une jeune fille dont l'une cache un portefeuille à mon approche. Tout ce petit monde surpris ne prétexte pas lorsque je disparais à la nuit tombée dans le lit de la rivière Gxara où j'en profite pour procéder un bon décrassage.
Je persévère en totale liberté cheminant le long du littoral désespéramment seul, ce qui me convient très bien. Je n'en attends pas moins que la lune se joigne à moi pour m'éclairer et me montrer le chemin. Je n'ai pas pu marcher et m'avancer hier soir à cause de la pluie, ce qui m'a obligé à pousser et dépasser mes limites aujourd'hui confronté au vent. Ce n'est que partie remise. Je vais aller loin, ce soir.
Je dépasse une carcasse de bateau échoué, véritable squelette rouillé de baleine dont les côtes nettoyées de leurs chaires tels des pieux acérés pointent vers le ciel. J'en fais le tour et la traverse la cage thoracique sans rencontrer Judas.
Il n'y a pas trace de présence de Dieu, ni aucun humain dans le coin. Mes yeux et mes sens me guident. Mes pieds devinent le chemin. Je dois sortir de la plage et remonter à flanc de colline plusieurs fois car d'impressionnantes failles s'ouvrent devant moi à la clarté de la lune. Je contourne les brèches et finis par monter une dune pour accéder à un ensemble de résidences dont deux sont allumées et l'une d'elles occupée par deux hommes et une femme fluette à table autour d'un verre de vin. Je me présente et veux obtenir des infos concernant la prochaine rivière.
J'ai du mal à réaliser que l'endroit qui s'appelle "Trennery's hotel et Seagull's beach" (la plage des cormorans) est distant de 17 km de la Grande Kei ajoutés aux 56 km du sentier répertorié des "marcheurs de la plage" qui relie Gonubie à la Grande Kei, cela donne un maximum de 73 km (moins les trois effectués avec la voiture de police) à mon compteur aujourd'hui. Il me reste 8 km à parcourir dont trois jusqu'à la rivière Kobonqaba (il faut claquer la langue pour le prononcer correctement) et atteindre le complexe hôtelier de Wavecrest où je compte passer la nuit.
L'un des deux hommes m'offre un verre de Shiraz. Il me déconseille d'aller plus loin et s'étonne que je marche de nuit. Je leur en explique la raison, les rivières à passer à marée basse (22h21) qui conditionne mon avancée et la clarté de la pleine lune qui permet une vision différente des plages. A les écouter, ils ont les chocottes et ne bougeraient plus or je veux continuer sous peine de me retrouver bloquer une douzaine d'heures devant la Kobonqaba, ce qui est naturellement le moindre de leur souci. Leur partenaire très sympathique et accueillante contraste avec l'arrivée inopinée d'une force de la nature apparue comme un grain de sable dans l'engrenage qui va faire déraper le processus harmonieux mis en place entre les acteurs. Elle se sert du prétexte qu'il y a deux femmes dans la maison pour se sentir en insécurité devant un étranger et me demande si je veux passer la nuit d'aller frapper à la maison voisine où séjournent des pêcheurs, trois garçons forts et vigoureux. Je n'ai pas soulevé la question de mon hébergement puisque je veux continuer quoiqu'en pensent mes deux froussards qui n'objectent même pas un mot à la remarque insultante de la mégère. Son mari s'est fait tirer dessus il y a un an et demi. Je leur dis qu'avec la méditation, il y a longtemps que j'ai renoncé aux relations sexuelles avec les femmes (ou les hommes). Je n'hésite pas à lui dire qu'elle ne devrait pas agir ainsi et qu'elle fait preuve de rudesse vis-à-vis d'un "invité". Elle ne me donnerait pas envie de la toucher même si elle se déshabillait ou initiait un strip-tease. J'espère seulement, ce dont je doute, que son mari l'honore encore régulièrement car elle représente à mes yeux une montagne de chaires insurmontable à passer, une matrone infâme digne d'être élevée au rang de sorcière blanche du Transkei. Elle quitte la table emmenant dans son sillage la jeune belette. Je ne la reverrais pas.
Je prends un moment pour apprécier et finir mon verre de rouge. Je demande à mes deux hôtes: "Pourquoi viennent-ils séjourner trois semaines dans le Transkei s'ils ont peur et s'y sentent en insécurité ? ". Quand je sors et prends un moment pour aller voir si les gars d'à côté sont rentrés, à mon retour, je me retrouve le nez collé à la vitre de la porte-fenêtre fermée, le rideau tiré. Ils m'ont dit un peu tard que le trio s'était rendu à la rivière et disposait d'un bateau. J'espère les y trouver en continuant la piste, au moins les croiser s'ils sont sur le retour. Je presse la pas et tombe dessus alors qu'ils viennent de quitter. Je peux effectivement dormir chez eux mais je ne suis pas intéressé. Je veux poursuivre et je dois les convaincre de me montrer l'endroit où traverser sans risques car il est hors de question qu'ils remettent à l'eau le hors-bord rangé à l'arrière du pick-up.
Nous laissons le véhicule sur les hauteurs et deux gars m'accompagnent jusqu'au bord de l'eau. Ils me demandent s'ils peuvent prier pour mon salut. Au point où j'en suis, deux minutes de plus ou de moins, ce n'est pas ce qui va faire la différence. J'accepte. Chacun, une main sur une épaule - je suis habillé d'un T-shirt aux manches courtes mais sans slip de bain - ils demandent à l'être suprême de m'accorder sa bienveillance jusqu'à la fin de mon voyage. Si Dieu me voyait aussi court vêtu, ils me vouerait aux gémonies et m'enverrait au bouillon à défaut du feu éternel.
Je passe la Kobonqaba en trois temps, trois mouvements dont deux aller-retour avec, à chaque fois, un sac. Je les remercie de l'autre côté de m'avoir assisté et d'avoir attendu que je sois sain et sauf sur l'autre rive. Je poursuis au clair de lune sachant que j'en ai fini avec les traversées impératives pour aujourd'hui. Jésus n'a plus besoin de m'aider à marcher sur les Eaux. Le complexe de Wavecrest dispose d'une flottille pour ses clients voulant passer la rivière Nxaxo.
Je rencontre une épave de voilier et lis sur la bat-flanc : "Den Haag Holland". La côte est moins belle et moins riche en diversité, des rubans de roches noires divisent des encartés ensablés bordés par cette ligne verte de taillis infranchissables derrière lequel les pâturages d'herbe remontent en pente douce vers des collines et des vallons distants de plusieurs centaines de mètres. Peu avant minuit, la tour de contrôle de l'aérodrome en veille grâce à l'énergie solaire retient mon attention. Je m'y dirige et saute l'enclos du complexe où abondent de charmants bungalows à toit de chaume apparemment très confortables et cossus à l'intérieur. De la terrasse en bois du restaurant de cet élégant complexe, La vue sur les dunes à l'embouchure de la rivière Nxaxo est superbe sous la lune. J'en fais le tour avant de m'asseoir dans l'herbe devant une chambre meublée dont la porte n'est pas fermée à clef. Je suis éreinté après un parcours de 81 kilomètres effectué en seize heures. Les cartes me servent de références pour établir le kilométrage et la distance parcourue. Mes jambes sont fatiguées. Après une demi heure d'attente pendant laquelle j'appelle et je chante pour attirer l'attention, je m'enferme dans la chambre meublée et m'allonge sur le canapé. Il n'y a pas longtemps que je suis allongé quand le propriétaire des lieux frappe à la porte. Je lui parle tout en tournant la clef dans la serrure et lui explique mon histoire. Patrick, chef-cuistot, ne voit pas d'objection à ce que je surfe son canapé en toute légalité.
Quatre heures suffisent à régénérer les batteries avant de repartir chargé d'un saladier de porridge, des flocons d'avoine auxquels j'ai ajouté les biscuits salés cassés (genre TUC) des clients de l'hôtel et deux bananes noires coupées en petites rondelles. Je fais le plein de carburant et répartis mon énergie de façon équilibrée dans tout le corps avant de passer la Nxaxo en barque vers 8h30. Je suis réveillé depuis 5h30. Si je n'avais pas traversé la Kobonqaba hier soir, je serais en train d'attendre là-bas la marée de 10h40.
Après une marche d'une heure sur la plage dégagée dans la continuité des paysages entrevus la veille, les buissons ayant été gommés, j'atteins une résidence isolée avec trois motos garées à l'extérieur. Avec un fond de lait aigre, je me prépare un café viennois avant de continuer vers la baie de Mazeppa atteinte vers 13h00. Une passerelle relie une petite île au continent. Malgré la chaleur, je me dois de la visiter avant que l'eau ne remonte et y rencontre un Sud-Africain et deux Slovaques dont l'un est amateur de pêche. Des vagues puissantes viennent s'écraser sur la roche dont la forme évoque une langue énorme. Tout autour, à la ponte de l'îlot, le même scénario génère des gerbes d'écumes blanches et impressionnantes comme si les rochers étaient passés au détergent. Attention à ne pas glisser de la roche et se faire embarquer dans le tambour de la machine à laver, le grand tourbillon de la vie et de la mort qui vous fait vivre des sensations et voir des étoiles dans la cinquième dimension. L'océan déchainé a besoin d'offrandes. Les Dieux aiment se faire plaisir et laper sur la roche mouillée une jambe perdue qui en entraine une autre à l'eau. Les requins dont le coin est infesté en font leur amuse-gueule.
Parmi les cinq pêcheurs à la ligne tombés à l'eau en 2009, deux seulement sont revenus et ont été sauvés. L'un d'eux a été jeté par la violence des vagues et eu le corps fracassé contre la paroi. Les témoins horrifiés ont essayé de l'harponner avec leur hameçons et accrocher ses vêtements pour le remonter mais l'opération s'est révélée impossible. Des histoires incroyables de pêcheurs encore avec le Slovaque qui, avant-hier ayant attraper un petit requin de 60 kg en bout de ligne, en a vu surgir un de 200 kg qui a avalé, gobé et dévoré le premier. Nannie et Martie dans leur résidence, originaires de Stutterheim, me confirme le cas d'un requin qu'ils ont vu emporter par la jambe un gamin qui n'est jamais réapparu. J'ai besoin d'eau chaude et utilise le micro-ondes pour réchauffer du riz précuit. Je me prépare une salade de tomates, d'oignons avec un champignon ramassé sur le chemin qu'ils jugent correct. J'en ai goûté un morceau il y a un moment pour être certain qu'il ne soit pas vénéneux. Les symptômes apparaissent généralement entre quatre et huit heures après l'ingestion. Je déjeune comme un chef et le roi repu repart à 16h00 exactes le ventre ballonné d'avoir trop festoyé. Il lui faut absolument attraper en 40 minutes la navette de l'hôtel familial Kob Inn pour passer la rivière Qhorha aux eaux trop profondes. Je me donne une heure d'avance et parviens juste à temps pour héler le rameur qui vient me chercher en canoë.
A notre retour, nous le sortons de l'eau et je l'aide à le rentrer. Il ferme la porte du garage dans lequel sont entreposés de nombreuses embarcations. Il est 17h00. Sa journée est finie et il rentre à la maison accompagné de son fils. C'était la dernière, la prochaine demain matin à 8h00. J'ai de la chance d'avoir pu traverser. Il suffisait de dix minutes de battement et je me retrouvais tout penaud sur l'autre rive qui n'offre rien pour s'abriter. Je ressens la fatigue de la marche de la veille et m'étale dans l'herbe à côté des deux dernières résidences avec vue sur l'océan Indien. Je suis surpris quand je découvre à mes pieds la rivière Jujura dont je ne connaissais pas l'existence. La marée haute était à 16h50 et commence à redescendre pour être basse à 22h57. Le cours en amont encaissé dans des gorges n'offre aucune possibilité de passer d'une rive à l'autre. Devant l'étendue de la lagune, je choisis de me reposer et somnole avant de me dire qu'il faut peut-être que j'agisse avant la nuit. Je dois la sonder et la considérer comme une traversée ordinaire qui ne doit pas poser de difficultés. La pluie menace. Je m'aventure pour chercher les fonds sablonneux les plus fermes. La traversée sans être facile n'est pas dangereuse et je m'en sors rapidement avant de poursuivre à la nuit tombante. Le ciel s'assombrit à l'horizon et la lune joue à cache-cache derrière un épais rideau de nuages obscurs qui ne présagent rien de positif. Elle est en fait retenue prisonnière et empêchée de luire. Je ne suis pas au bout de mes surprises quand, à des intervalles d'une heure de marche, je fais face successivement à la Ngadla puis la Shixini sur lesquelles je ne comptais pas. Elles sont larges, de l'eau jusqu'à la taille et le courant est fort pour la seconde avec un niveau d'eau un peu plus bas du à l'heure avancée. Je poursuis avec un ciel dégagé au-dessus de ma tête et la lune qui sort de sa gangue. Je suis satisfait de les passer ce soir et de ne pas être retenu par elles demain matin si j'étais resté à Kob Inn.
Je veux arriver ce soir vers 23h00 à la rivière Nqabarha et passer sur l'autre bord. Je patauge dans la Kwagogo, de l'eau jusqu'à mi jambe. Les étoiles apparaissent avec le ciel s'éclaircissant. Une lumière attire mon regard à l'horizon et guide mes pas tandis que quand je me retourne, je distingue clairement le halo du phare de Mazeppa qui émettait jusqu'alors une lueur diffuse. Je pousse en direction de cette étoile du berger qui m'apparait lointaine. Elle est mon but à atteindre et ma raison de vivre le moment présent. Après une longue marche exténuante dans le sable tassé par la marée descendante, je saisis deux corps humains accroupis puis alternant avec la position debout, la ligne à la main. Je marque une pause et les observe. M'ont-ils vu ? Ont-ils peur ? Je vais au devant d'eux et trouve deux jeunes Xhosa sur le retour. Je les aborde et leur demande si la Nqabarha est encore loin et s'ils ont connaissance d'une possibilité d'hébergement en leur indiquant la petite lumière qui m'a guidée et vient de s'éteindre il y a dix minutes. Je la situe de l'autre côté de la baie que je confonds avec la bouche de la rivière. Ils hésitent et finalement m'accompagnent vers le lit du cours d'eau. En marchant, ils me pointent du doigt un crabe d'une belle taille que je bute du pied. Les pinces désarticulées, je le fourre dans un containeur avant de continuer jusqu'à la Nqabarha où ils m'indiquent l'endroit relativement tumultueux où traverser. Les garages de l'autre côté sont cadenassés et pas de gardien à l'horizon. Une piste de pierres difficilement carrossable remonte jusqu'à la pointe surplombant l'océan, le promontoire servant d'aire de camping selon ce que m'en disent mes guides.
Je sonde le niveau d'eau où je n'ai plus pied bien que ce soit la marée basse (22h57). Je suis embarrassé avec ces deux gars qui attendent que je tente le passage. Si je suis sur l'autre bord, ils peuvent récupérer mon sac et partir avec, le vider en partie et emmener ce que bon leur semble. Je n'aurais pas le temps de retraverser et les rattraper. Je décide de m'adosser, la tête sur le sac et leur faire comprendre que j'attends qu'il y ait moins d'eau même si je sais que je suis probablement dans l'heure d'étal et que le niveau ne baissera pas beaucoup. Ils parlent entre eux, finissent par se lasser et rentrer chez eux. Je n'attends pas assez longtemps avant de goûter à l'eau, perdre pied et me laisser emporter par le courant qui me dépose sur l'autre bord. Mes sacs sont d'un côté inaccessible et je suis sur l'autre bord. Si les gars m'ont entendu barboter, traverser la Nqabarha et reprendre pied sur l'autre bord, ils peuvent venir se servir.
Une inspection rapide des lieux et un tour des garages me convainc que je ne vais pas pouvoir trouver rien, ni personne pour m'aider. Je ne peux pas refaire deux traversées dans un temps minimum et passer sans mouiller mes deux sacs que je vois d'ailleurs impuissant prendre l'eau. Il doit être plus tard que je ne le pense et l'eau remonte. La seule solution, aller au camping et demander de l'aide. Nu-pieds, cul nul, je monte le raidillon en partie bétonné pour que les roues puissent mieux accrocher et parviens à deux rondavels surveillées par des chiens. Je crie "à l'aide". Une femme, la cinquantaine apparait. Je lui demande l'heure. Il est 23h32 et la marée est montante. Elle réveille Dave, un Afrikaner, la cinquantaine qui vit depuis 14 ans dans le coin et connait la Naqbarha. Il descend avec sa Land-Rover tandis que je pars devant avec les trois chiens qui se jettent avec délectation dans la rivière et y nagent merveilleusement. Dave, de grande taille, sait où traverser, de l'eau jusqu'aux épaules avant de repasser avec mon sac sur la tête. L'eau ne les a pas atteint. Je ne peux qu'acquiescer à sa demande et le suis avec le second sac à bout de bras. Je réussis à traverser la Nqabarha sans le mouiller. Il était temps que mes affaires me reviennent. Je rentre côté passager, une sangle accrochée au volant du véhicule retenant la porte qui bat en éventail et donne de l'air, un système d'aération auquel il fallait penser. Dave me propose de prendre un bain. Tous les soirs, il chauffe au feu un bidon d'eau couché de 220 litres. Un robinet lui permet de tirer de l'eau chaude à souhait et la mitiger avec de l'eau froide dans un baquet métallique qui lui sert de baignoire. Après maints hésitations parce que je viens de passer un cours d'eau, je le remercie infiniment tant mes sens apprécient l'eau chaude et mon corps, la douche, m'aspergeant de gobelets d'eau et procédant à un nettoyage profond des pores de l'épiderme.
J'en ai presque oublié le crabe. Si je n'avais pas eu besoin de mon récipient pour m'arroser, il serait resté dans son trou. Après la douceur du corps, je le fais bouillir un quart d'heure avant de commencer à l'éplucher tandis que Dave boit un café. Il travaillait sur une idée de projet du ministère de l'agriculture concernant la plantation de pommes de terre et intéressant 3000 paysans. Le projet avorté n'a pas reçu les fonds nécessaires pour des investissements à long-terme et attend qu'il soit débloqué. Il se qualifie de solitaire et ne s'entend pas du tout avec sa collègue qu'il qualifie de "menteuse impulsive". Il a obtenu après des entrevues à Umtata et l'autorisation du chef de la communauté locale de pouvoir habiter cet ancien camping et rénover les rondavels. Je continue à sucer le crabe sans en laisser une miette. Un seul suffit. J'ai l'impression d'être à une table d'un cinq étoiles et goûter le meilleur crustacé du monde tant la chair est blanche et fraiche. Il me tient éveillé jusqu'à 2h00 du matin alors que je suis épuisé. Je surfe une fois de plus le canapé dans la rondavel qui sert de cuisine. Même s'il n'est pas à ma taille, je m'endors profondément pour me réveiller vers 5h00.
Seul, je me prépare le café soluble que m'a offert Dave la veille et que j'ai naturellement refusé car il était trop tard pour que je puisse trouver sommeil ou trop tôt puisque minuit était déjà passé. Il arrive un peu plus tard et me rattrape car il lui en faut trois pour se mettre à jour. Je lui propose du pain frit, une spécialité de Martie qu'il acceptera au prochain café préparé par la gérante du magasin situé sur la route qui mène à la réserve naturelle de Dwesa à l'entrée de laquelle il me fait déposer. Deux employées trop zélées me causent des soucis à la barrière. Qu'est-ce qu'il m'a pris d'être rentré par la grande porte ? Je dois être accompagné. Elles essayent de téléphoner au responsable qu'elles ne peuvent pas joindre. Je leur suggère: "Vous ne m'avez pas vu, je ressors de la réserve et passe par la plage non grillagée" mais elles me tiennent. Elles finissent par me laisser rentrer. Je prétexte que je vais parler avec Ronnie, le ranger mais comme le sentier bifurque et part sur la plage pour rejoindre la rivière Mbashe, j'en profite pour m'éclipser quitte à me faire tirer les bretelles. Après plusieurs collines tombant à-pic dans l'eau, de débris de roches marquant la limite entre le végétal et la pierre, le panorama s'étend jusqu'à l'horizon, concentré à perte de vue sur deux baies en forme de croissants de sable blanc brûlants et cuisants sous les rayons du soleil. Il fait une chaleur torride. Je marche doucement et goûte la beauté de l'endroit. Je m'assois plusieurs fois notamment à une petite pointe, qui n'est pas sans me rappeler l'ilot de Mazeppa, entourée naturellement de rochers protecteurs brise-lame et surmontée d'une auréole d'herbe verte au centre de laquelle je m'assois et contemple le littoral. En repartant, je suis en train de longer la corne du croissant de sable de la dernière plage quand j'avise au loin un groupe. Je sens les difficultés s'annoncer avec mon refus d'être accompagné. S'ils viennent à ma rencontre, ils ont utilisé des moyens importants et déployé des effectifs importants. En avançant au-devant d'eux, je crois deviner deux uniformes verts, des rangers au milieu d'un groupuscule d'une petite dizaine de personnes. Je vais finir par les croiser, le fait est indéniable. Je peux les ignorer mais c'est mal me connaitre. Je plonge dans la marée humaine, des touristes en visite guidée accompagnés d'un ranger à qui je m'adresse. Ses réponses à propos du niveau d'eau de la Mbashe et de l'horaire des marées ne me satisfont pas. Il me fait remarquer que je devrais être accompagné. Je lui rétorque : "Si quelqu'un avait du me suivre depuis mon départ à Durban tout le long du littoral jusqu'à East London, il y a belle lurette que je l'aurais planté derrière moi. Bye Bye".
Je sais qu'ils se sont servis d'un bateau pour passer d'une réserve à l'autre, la réserve de Dwesa étant délimitée par la Mbashe au nord et la Nqabarha au sud. Elle a l'air en colère et pris la couleur des alluvions qu'elle charrie. Je l'ai vu de mon piton rocheux se déverser dans l'océan Indien avec la même intensité que la Grande Kei. Les eaux souillées de la rivière et celles de l'océan sont parallèles pendant plusieurs milles nautiques sans se mélanger. La différence de couleur notable entre les sillons est facile à observer. Avec les intempéries de la nuit et les éclairs aperçus à l'horizon, la Mbashe se jette dans l'océan chargée d'impuretés auxquelles je vais devoir faire face. Je m'y reprends à trois fois. Je tente le passage trop en amont et corrige le tir avec le sac en passant plus près de la bouche de la rivière. Lorsque je reviens, le sable se dérobe et je perds pied emporté par le courant. Je bois la tasse et finis par me rétablir après un faux-rebond, mes pieds retrouvant le fond du lit sablonneux. Je passe avec le sac-à-dos sans tomber malgré un puissant courant contre lequel je dois lutter avec mes cuisses. J'ai eu la chance de ne pas chuter au cours de ces deux traversées mais il s'en est fallu de peu.
De l'autre côté, dans la réserve naturelle de Cwebe, un bon point de chute avec des chalets "The Haven" à ne pas confondre avec "The Heaven" (le Paradis), une fausse perception qui illusionnerait et induirait en erreur Adam, le premier venu sur son l'origine du lieu. La réserve parait longue à traverser et je tarde à arriver à la der des der des rivières à passer absolument à marée basse (11h59) avant la dernière ligne droite jusqu'à Coffee Bay. Je souffle un quart d'heure à Breezy Point et bois un demi litre d'eau de pluie de récupération avant de passer un petit cours dont le niveau d'eau monte rapidement. Je ne suis pas certain qu'il s'agisse de la rivière Xhora et je continue à vive allure sans ralentir le rythme. Je ne suis guère surpris après une heure supplémentaire de marche en contournant une langue de sable de découvrir la Xhora cachée derrière un monticule sur lequel ont été construit des résidence mitoyennes les unes aux autres. Je jette un coup d'œil là où elle rejoint l'océan. Bien qu'étroit, l'endroit est profond.
Je sollicite le couple d'afrikaner qui habite la propriété la plus proche. Celui-ci me confirme que j'arrive trop tard. Il dispose d'un quadricycle et d'un jet-ski qu'il n'est pas prêt à sortir pour m'aider mais n'a même pas une simple barque à m'offrir pour aller sur l'eau. Celles qui sont retournées sur l'herbe ont des trous. Je dois attendre 23h32. Dans le pire des cas, il n'y a qu'une seule marée basse demain à 11h55. Ils me laissent rentrer à l'intérieur de leur jardin et me permettent de me reposer sous la véranda pour l'après-midi. D'un belvédère dominant la lagune, ils m'expliquent qu'il est possible de traverser la Xhora en trois points différents. J'ai fourni un gros effort physique sans me nourrir. Je me rassasie et m'allonge sans oublier de sortir du sac le poisson reçu de Dave et le mettre à sécher.
Avec huit heures de sommeil durant les deux dernières nuits, je rattrape le temps perdu. A la nuit tombée, mes hôtes mettent à disposition une chambre. Vers 22h00, nous décidons d'un commun accord de repousser la traversée à demain midi pour cause de lune cachée. Il n'y a pas de visibilité. Je dors profondément jusqu'à 8h00 le lendemain. Je suis heureux que la dame me propose d'allumer un BBQ pour braiser mon poisson à l'odeur incommodante. Cela m'évite de le perdre. Je brunch et le consomme jusqu'à 10h45 en gardant la tête et la queue pour un peu plus tard. Je n'ai aucun mal à passer la lagune à gué et continuer jusqu'à Bulungula où j'y rencontre Roxane, française établie au Cap et représentante de Voyages Aventures en Afrique du Sud. Avec son père, elle établit des contacts et un itinéraire de marche. Je suis dos à la rivière du même nom et ne vois pas que le niveau d'eau monte. Quand je me retourne, je suis surpris de ne pas pouvoir la passer. J'attends la marée haute à 18h02 avant de redescendre. Une nuit dans une rondavel pour la forme et le souvenir d'une dernière nuit sur la côte sauvage avant de retrouver "Hole in the Wall" au lieu de "Hole in the Cliff" et Coffee Bay avec ses petits airs d'Etretat.
Ce périple de trois semaines représente une distance de presque 500 kilomètres parcourus à pied depuis Durban jusqu'à East London à travers le Transkei alors qu'il est de 670 kilomètres en empruntant la nationale 2 pour rejoindre les deux villes côtières. A la question récurrente : "Pourquoi à pied ?", il est facile de comprendre que les endroits sur la côte étant difficiles d'accès, il est plus facile de les relier un à un, les uns après les autres comme en tissant un long fil plutôt que d'y passer sa vie à decouvrir / connaitre en famille le plus souvent un endroit du littoral chaque année et recommencer un peu plus loin durant les prochaines vacances scolaires l'année suivante.
Brandon me confie que le principal problème auquel la police doit faire face concerne les viols de mineurs (entre deux et quinze ans). Ils reçoivent une plainte tous les deux jours. Les parents partent travailler en ville et confient leurs enfants à la garde de personnes étrangères à la famille. Les boutiques ont le droit de vendre de l'alcool jusqu'à 4h00 du matin et dans la majorité des cas, les délits incriminés ont lieu entre minuit et 3h00 du matin. Les croyances ont la vie dure. L'une d'elle propageant l'idée qu'avoir des relations sexuelles avec une jeune fille vierge soigne du sida, favorise la propagation du sida tout comme les nouvelles technologies (Internet) et les téléphones portables y participent. Les filles les utilisent pour communiquer avec leurs petits amis qui leur promettent des avantages matériels auxquelles elles sont sensibles. Elles ont rendez-vous avec l'un puis avec l'autre et "vendent" leurs corps sans protection favorisant la dissémination du virus. Je quitte mon "sweet home" très tard dans le courant de l'après-midi avec deux policiers venus saluer leur collègue en congé.
Hibberdene est une petite station balnéaire où des familles entières viennent passer leurs vacances d'été. Je poursuis vers Woodgrange-on-sea puis tente de sortir de la plage trop sablonneuse à mon goût avant de me retrouver enfermé et cerné par des taillis d'épineux. Ce quart d'heure à chercher une issue et mon salut m'a permis de complètement mouiller mon maillot avant de l'essorer sur les rails. Je me mets de côté pour laisser passer le train. Il insiste et use longuement de la corne pour que je me gare plus. Je n'étais effectivement pas suffisamment à l'écart. A un carrefour, je cours jusqu'à un pick-up avec un couple et saute derrière jusqu'à Melville d'où je continue dans les roues des wagons. Cinq tentatives auprès d'Afrikaners pour trouver un toit se soldent par un échec. La première bien que non couronnée de succès est la plus mémorable. Je longe les murs de belles propriétés sur un chemin ombragé d'arbres magnifiques. Une barrière ouverte, je tente ma chance auprès d'une africaine qui m'écoute et m'avoue que le couple de propriétaire, des Belges, est chez les voisins chez lesquels je vais frapper. Je suis reçu par un Sud-Africain d'origine italienne qui m'affirme que les Italiens valent mieux que les Belges. Celui-ci se défausse par un "je ne vous connais pas" puis par une maison pleine, occupée par toute la famille avant de m'offrir la possibilité de rester dans son garage sans électricité. Je visite l'endroit. Bien que cela parte d'une bonne intention de sa part et que ce soit mieux que de rester sur la plage, je préfère quitter les lieux et aller voir sous d'autres cieux s'il n'y a pas possibilité de trouver mieux. La recherche laborieuse trouve son dénouement en bout de rue à Sea Park lorsque je bute sur une rue perpendiculaire et vois la voiture de police dans une propriété. Francois (de son vrai nom sans cédille), policier dans les sauvetages en bord de mer, m'accepte sans aucun souci pour la nuit. Après avoir hésité entre plusieurs endroits, il met à disposition son garage. Sa femme, ambulancière de métier, revient du travail vers 20h00. Sans rentrer dans la maison, j'ai le temps de faire connaissance et m'entretenir longuement avec ses quatre enfants, Ghislaine, Aliston, Danielle et Aron, ces deux derniers étant des prénoms bibliques, me précise Ghislaine. Sa mère de sang mixte, très douce, se montre réservée et sa grand-mère, réelle afrikaner, reste sur la défense en arrière-garde. Il m'a dit hier soir qu'il quitterait tôt et m'emmènerait à Port Shepstone mais je ne vois pas les portes de la maison s'ouvrir, ni personne être levé alors qu'il est presque huit heures, Tout est bouclé dans la demi-heure, les sacs, le thé préparé et le porridge avalé en face des quatre enfants assis sur la partie bar d'une cuisine à l'américaine. Je suis en forme et les divertis. Eux ne peuvent pas se lever tant qu'ils n'ont pas tous finis leur assiette, l'aïeule veillant à la croissance des petites graines et maintenant une discipline de fer. Sur le parking où Fafa me laisse, deux blacks, après une nuit de débauche, dorment, gorges déployées prêts à être égorgés, dans un pick-up aux vitres ouvertes immatriculé dans le Lesotho. Je passe une propriété "la Providence" qui aurait pu justifier son nom à mes yeux si elle m'avait accueillie pour la nuit. Toutes les grandes marques de supermarché (Pick'n'pay, Woolworths, Kwikspar) sont représentées dans la station balnéaire de Shelly, visiblement une agglomération qui concentre beaucoup de vacanciers. En marchant sur le sable très prolifique, parmi un parterre de guirlandes de fleurs, une poignée de roses écarlates et de pétales dissiminés, deux bananes et trois pommes, preuves éclatantes d'une puja, cérémonie d'offrandes aux divinités hindoues, font mon bonheur et remplissent mon sac plastique. J'ai mangé deux bananes mûres presque noires ce matin et voilà déjà leurs remplaçantes dans mon sac sans que je n'ai à me soucier de quoi que ce soit. "La providence" y pourvoit. Je croque une pomme au prochain gué.
Depuis Hibberdene, je suis passé sur la côte des hibiscus qui s'étend jusqu'à Port Edward et beaucoup plus populaire à cause des meilleures conditions d'hébergement à proximité des plages. Il n'y a pas foule sur la côte du soleil (Sunshine coast) où les estivants en petit nombre peuvent presque avoir la plage pour eux seuls. St. Michaels-on-sea a beaucoup de charme avec son bras de rivière qui divise sa plage familiale bondée. ça cogne ! La journée promet d'être torride. Je passe le pont plutôt que de me déchausser et rejoins Uvongo avant de me mettre à l'eau sur la plage de Lucien (Lucien beach). Qu'est-il venu faire ici ce Lucien ? Il y a des piscines d'eau de mer qui ont été construites le long du littoral et je baigne dans l'une d'elle. La mer à marée haute les remplit. Tout ce qu'il y a de plus rassurant quand des enfants accompagnent leurs parents à la plage. Trois enfants et un couple viennent de se poser apportant une chambre à air de camion. Un hot-dog vite fait pour chacun des membres et la fillette qui ne sait pas nager se met à l'eau avec la chambre à air, très vite rabrouée par ses vieux, impotents, qui ont une sainte horreur de l'eau. Je me tiens debout dans la piscine artificielle, sa profondeur ne dépassant pas un mètre cinquante, remplie d'algues vertes accrochées à ses murs d'enceinte. Elle est rappelée à l'ordre et illico presto sommée de venir les rejoindre. Pour accélérer le mouvement, le père va chercher la bouée. En descendant sur l'autre plage, je passe à côté de monceaux de viande étalés au soleil tels des phoques dans l'incapacité de se mouvoir de leur propre gré, attendant que la marée viennent les cueillir et les mette à la baille. Deux enfants creusent un trou aidé par leur père, la mère obèse assise, incapable de se mouvoir à cause de son handicap.
Deux couples, les quatre membres en surcharge pondérale, s'amusent à se laisser tomber et rouler avec le flux et reflux des vagues. Si l'un d'eux s'avance trop loin dans l'eau, ils ne pourra pas revenir en surface. A cause de leur poids, ils ont besoin mutuellement de se tirer les uns et les autres par la main pour se relever après que la vague les ait bousculé. Beaucoup d'enfants sont visiblement de parfaits petits monstres sur le plan physiologique, les noirs ou indiens semblent davantage touchés que les blancs. N'ayant pas le même métabolisme, les Zoulous et autres ethnies locales fixent plus facilement les hormones contenues dans les aliments. D'autres les éliminent. Cela ajouté à une mauvaise hygiène alimentaire du à l'ignorance donne des physiques effrayants dignes des personnages de "Freaks, la monstrueuse parade" (film NB, 1932 de Tod Browning). Je ne m'apitoie pas mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la compassion pour ces êtres prisonniers de leur ignorance. Les condominiums aux terraces en escalier et au noms évocateurs tels Laguna "la Crète", "la côte d'Azur" reviennent en force au niveau de la très courue Margate que je dépasse rapidement. Depuis pratiquement la plage de Shelly, j'emprunte un sentier littoral avec vue sur ces plaques tectoniques couchées, entassées les unes sur les autres et brisées par je-ne-sais quel mouvement de l'écorce terrestre. Le fracas des vagues à l'assaut de ces forteresses érodées, sur le flanc, offre un spectacle de jeux d'eau et de pierre orangées russisantes, attaquées par la salinité. La côte a complètement changé d'aspect et offre un autre visage depuis Uvongo. Margate offre une petite plage de sable coincée entre ces gigantesques et impressionnantes mâchoires naturelles. Attention aux requins et aux méduses dans ces eaux confuses. Je remonte sur le goudron et saute dans un pick-up à un stop jusqu'à Southbroom. Le pot d'échappement du gars claudicant, vivant de petits boulots dans la réfrigération, nous lâche. Un boucan infernal nous suit et le montre du doigt faisant de lui un "pauvre blanc" qui n'a pas les moyens de se payer une voiture correcte. J'en ai pas fini avec la misère morale aujourd'hui. Ayant des doutes sur la possibilité de rejoindre la plage, je demande légèrement égaré ma direction à Johannes. Il m'invite à m'asseoir et prendre une douche tandis qu'il a déjà bien entamé sa journée de bibine, du brandy mélangé à du coca. ça tombe bien ! Il fait très chaud et je voulais justement faire une pause. J'en profite pour laver mes deux T-shirts. Johannes, 70 ans, vit seul depuis une quinzaine d'années, lorsque sa femme l'a quitté, pour aller vivre à Durban, prendre soin de son père. Bien que la solitude le pèse, raison pour laquelle il boit, cinq chiens lui sont fidèles et Samy, une jeune zoulou (26 ans) le sert. Il n'a même pas eu le temps de passer un collier au dernier canidé acquis auprès de la SPA que celui-ci avait déjà filé à l'anglaise. Samy est absente pour la journée. Alors qu'il se montre légèrement agressif et que je n'ai pas à supporter ce genre de comportement, je m'apprête à le quitter, le ciel couvert, vers 16h00. Il me dit de rester dormir et d'apprécier l'endroit qu'il a construit de ses propres mains. Sa propriété non sécurisée avec vue sur la mer dispose d'un jardin botanique, ce qui contraste singulièrement avec les doubles murs d'enceinte hérissés de barbelés et vidéo-surveillés des voisins. Autour d'une bière, il cherche à me convaincre que Dieu a toujours été généreux et pris soin de lui. Nous tombons d'accord sur le fait que l'esprit et la matière sont distinctes. Il me demande de faire comme chez moi et finis par s'endormir sur le banc. Je flemmarde prêt à lever le camp. Deux DVD retiennent mon attention "Slumdog Millionaire" à propos du jeu TV "Qui veut gagner des millions" et "Gladiator" sur l'épopée romaine. Samy rentre entre les deux films avant de ressortir invitée à un "braai" (BBQ couleur local). Elle est satisfaite de sa vie privée liée à un chef de la police marié, sans compter les "petits nouveaux" et autres prétendants éconduits sur lesquels elle peut se reposer et compter. Elle peut toujours les rappeler. Elle ne veut pas se marier car elle ne veut pas être délaissée par son mari avec cinq gamins à la maison tandis qu'il va choper des MST à l'extérieur et les lui coller. Accrochée à son portable, la cigarette allumée entre les doigts, je remarque le blanc de ses yeux, jaune. Elle conçoit que son amant de policier lui fasse un enfant et sait qu'elle peut compter sur lui car il en a déjà sept de différentes femmes. Que chacun vive sa vie. Elle me dit que l'homme sait toujours ce qu'il faut faire en cas de coups durs et que c'est dans sa nature de courir plusieurs gibiers à la fois. Son père avait plusieurs femmes dans le kraal, nom donné à un village fortifié zoulou, et sa mère est décédée en 1999 lorsqu'elle avait seize ans. Quand je descends dormir dans son petit studio tout équipé avec salle de bains, cuisine attenante, frigidaire, TV, les produits d'hygiène sur une table à côté de l'ordinateur, les sous-vêtements sur le canapé et d'innombrables paires de chaussures abondent dans un désordre indescriptible. Une seule chose manque, les préservatifs. J'ai laissé à John l'un des deux sachet de préservatifs en distribution gratuite entre la frontière du Swaziland et l'Afrique du Sud mais le Sida ne passera pas par moi.
Les caractères et les comportements des Afrikaners et des autochtones sont si opposés et antinomiques qu'ils est difficilement concevable qu'ils puissent créer une société harmonieuse. Autant les propriétés des Afrikaners sont tirés au cordeau et d'une propreté impeccable, leurs habitudes de travail méthodiques, rigoureuses et exigeantes, autant celles des indigènes sont un capharnaüm d'objets hétéroclites, un vrai marché aux puces où il est difficile de s'y retrouver. Il n'est même pas question de complémentarité quand tout les oppose. Les Afrikaners vivent leur vie, les africains la leur, chacun de son côté comme un couple fatigué et usé qui ne se reconnait plus dans sa relation de l'un à l'autre. Ils se croisent et coopèrent quand les uns travaillent pour les autres dans les services publics - la poste, les pompes à essence, les poubelles, l'équipement...etc. - ou bien à leur service en tant que nounou, gardien, jardinier. Combien de couples mixtes dans le pays ? Les mentalités totalement divergentes ne leur permet pas de s'exprimer en cœur et à l'unisson sans compter que d'autres facteurs rentrent en ligne de compte. La religion par exemple qui a longtemps prétendu que les Boers, peuple élu, étaient investi d'une mission divine pour conquérir et "civiliser" l'Afrique australe. Il y a encore de beaux restes chez les Afrikaners avec une croyance implacable et inaltérable en un Dieu blanc et une souche noire inférieure. Johannes me ressort ce matin tous un tas d'idioties qu'il m'a déjà rapportées hier comme s'il avait étudié la Bible pendant des années alors qu'il les lit dans "The Philadelphia Trumpet", un bimensuel publié à plus de huit millions d'exemplaires qui lui est envoyé gratuitement. Suffit-il de le lire pour croire les articles basé sur des prophéties bibliques ?
Allez vous mêmes vérifier en ligne ces histoires incroyables sur www.thetrumpet.com Johannes ajoute qu'avec une cuite au Brandy, il ne se souvient plus de rien comme frappé d'amnésie et donne l'impression de me découvrir. Il ne sait plus comment je suis arrivé là - où m'a-t-il ramassé et si je suis français ou allemand, ce qui est plutôt gênant quand trois visiteurs arrivent dans l'après-midi et lui demandent qui je suis et la raison de ma présence. Il me confie plus tard qu'il est dangereux de rentrer dans sa chambre lorsqu'il y est, à cause des chiens qui le protègent alors que j'y ai tranquillement regardé deux films la veille lorsqu'il dormait. Les chiens ont sans doute pensé que j'étais descendu du ciel et jouait mon rôle d'ange-gardien auprès de leur maitre, ce qui leur a donné un jour de relâche. J'ai néanmoins partagé leur nourriture, celle dont les Bassouto en font leur met de base et leur "pain blanc". Le pap' dont je raffole et colle à l'estomac leur est servi quotidiennement. Chez Johannes, il sert à nourrir les canidés les "amis à quatre-pattes". J'ai eu mes deux rations aujourd'hui avec une sauce épaisse (gravy) et un morceau de côtelette, plutôt chanceux pour un animal à deux-pieds. Johannes a quand même meilleure mine lorsque je le remercie. Je suis juste tombé comme un cheveu sur la soupe et c'était son jour-sans. "Comme back" me lance-t-il. Il se déplace peut-être en fin de matinée en direction de Port Edward mais je préfère le devancer. Je piétine un peu au feu ou un Afrikaner me réserve ses vilains mots du matin. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il me lance méchamment : "Je t'appellerai si j'ai besoin de toi" (I will call you if I need you). Sur le ton de la plaisanterie, je lui chante en français que
"Tous les Afrikaners sont des malins, rudes, peu serviables, mal aimables, En chier un colombin dès le matin, ça risque de faire un jour intenable".
Le trio, le patron avec ses deux "ouvriers au black" à ses côtés, s'envole tandis que je reste scotché au feu rouge. Je remarque une berline qui tente de manœuvrer pour venir se garer sur l'aire de stationnement plutôt réservée aux combi-taxis. C'était plus facile de me faire signe au feu et de m'inviter à le rejoindre. Le temps avant qu'il ne repasse au vert est largement suffisant pour sauter dans la voiture. Mike Williams, 76 ans, Rhodésien (l'actuel Zimbabwe de Robert Mugabe), vient de déposer sa femme à l'hôpital pour une opération de l'épaule et m'invite à petit-déjeuner chez lui à Munster. Il habite à deux pas de la mer une belle propriété meublée de style victorien. Dans son jardin, un flamboyant dont le nom original "kaffaboom" (arbres des cafres) politiquement incorrect a été changé dans les années quatre-vingt dix au moment de la réconciliation et "milkboom", l'arbre à lait, espèce protégée dont les autochtones se nourrissent des baies rouges. Né à Shabani, à l'époque la Rhodésie, il a travaillé comme ingénieur à la mise en place de la mine d'amiante dans sa région natale et s'est battu aux côtés des combattants de la liberté ("Freedom Fighters") contre le mouvement d'indépendance de Mugabe. A la retraite, il a œuvré pour Spi-Batignolles au creusement du tunnel d'une longueur totale de 62,5 km reliant les deux barrages de Mohale et Katse à la centrale hydroélectrique de Muela, projet qui vise à assurer l'autonomie en eau de Jobourg. Il a été récompensé pour son mérite étant l'ouvrier le plus âgé sur le site. Il a trois garçons dont l'un banquier en Angleterre et une fille. Son grand-père est venu d'Angleterre avec les "Eighteen twenties", le groupe ayant été ainsi appelé parce qu'il ont émigré en 1820. Il s'est établi sur une ferme et s'est mis à produire du coton principalement. Son père a été pilote de guerre pendant le première guerre mondiale et a connu sa mère en réussissant un atterrissage de fortune sur un terrain de golf où elle servait le thé. Elle était l'unique fille d'une fratrie de treize enfants, les douze premiers étant des garçons. L'armistice signée, elle vint vivre sur la ferme au Zimbabwe et s'en accommoda fort bien. Jeune garçon, il se rappelle son cahier de commandes des produits alimentaires pour le camion qui venait faire ses tournées deux fois par semaine. Les fermes disposaient de l'électricité à l'époque, ce qui n'est pas encore le cas partout aujourd'hui en Afrique du Sud. Il est satisfait du changement opéré en 1994 même si rien de convaincant n'a été réalisé depuis. Selon lui, cela prendra une quinzaine d'années avant qu'un réajustement inévitable soit nécessaire. Les gars de l'ANC peuvent maintenant se faire une idée de ce que cela peut être de gouverner, les erreurs servant de leçons pour pouvoir avancer. Après une heure bien remplie de discussions autour d'un bol de porridge et de toasts arrosés de café et thé, je reprends mon fil conducteur, mon ruban de sable vers la plage de Glenmore et une succession de petites criques découpées dans une frange de rochers aux formes arrondies comme les doigts repliés d'une main posée sur la roche mère. Avec le temps mi-figue mi-raisin qu'il fait, j'ai un peu l'impression d'être sur le sentier des douaniers en Bretagne. Depuis le début du sentier après Shelly, de nombreux bancs commémoratifs ont été construits, chacun à la mémoire d'un être cher, disparu ou en l'honneur d'un couple décédé. Afin de mettre toutes ces âmes de mon côté et qu'elles me viennent en aide et me protègent pendant la traversée du Transkei, je me suis promis de lire tous les noms apposés sur les dossiers et avoir une pensée bienveillante pour eux. Je ne risque rien en procédant ainsi. En quittant le dernier où je me suis recueilli un moment, j'ai trouvé une paire de chaussures de marche au détour du chemin dans l'herbe. Elles devaient m'attendre là depuis plusieurs jours vu l'air vermoulu qu'elles affichaient. Les lacets étaient pris dans les œillets grippés à peine rouillés. Les herbes hautes les enveloppant faisaient un paquet cadeau, lequel m'a tenté avant que ne meurent les miennes. Je les ai cirées pas plus tard qu'hier, la fin d'un cycle ou bien l'heure de les mettre au placard. Je me rappelle avoir vu une paire de groles accrochées dans la cuisine chez Johannes avant de le quitter. Autant de signe qui me laisse penser que je peux les échanger et les garder en seconde main sans les mettre au rebut.
A propos de la bienveillance, j'agis de la même façon avec les chiens méchants même si je n'ai pas eu le temps de voir surgir le dernier. Sur la plage à Port Edward, je passe à proximité d'une Afrikaner qui remballe ses affaires en me tournant le dos et ne me voit pas venir. Le molosse, une tête de bouledogue, vient m'attaquer à trois reprises et mord dans mon sac plastique avant de revenir vers sa maitresse, afin qu'elle puisse l'attraper par le cou et le mettre en laisse. Les Afrikaners avec leur obsession de l'insécurité et leur phobie des noirs, ont des chiens domestiques vraiment impressionnants, autant de races interdites dans l'hexagone. Leurs maitres, comme si leurs physiques hors-normes de géants aux faciès de boxeurs loin d'être des enfants de chœur ne leur suffisaient pas pour impressionner, sont armés quand ils sortent et sont accompagnés de chiens de garde dont ils n'ont pas toujours le dessus. Une véritable spirale infernale, un engrenage sans fin contre toute logique, la roue du cycle de la peur ne peut être enrayée s'il n'y a pas de réflexion. La peur engendre la peur, la colère la haine... Pitié pour eux, ils sont ignorants et ne savent pas ce qu'ils font. Et ce sont ceux-là qui vous mettent en garde contre les noirs du Transkei...
Mon dernier acte de bravoure avant d'attaquer la côte sauvage et de contrevenir les mauvais esprits qui pourraient rencontrer ma route peut encore être qualifié d'acte de bienveillance même si j'ai bien failli y laisser une jambe il y a quelques minutes. Entre les rochers, un oiseau de mer se traine lamentablement et volète ici et là. Comme attachées au bec de l'oiseau, ses ailes sont retenues et liées le long de son corps frêle par du fil de pêche. Dans quel galère est-il allé se mettre ? Tout comme les humains, l'avidité et la tentation de la proie facile a pris le dessus et fait son malheur. Je l'approche doucement et le berce de paroles bienveillantes. Il doit sentir que je ne fais pas partie des prédateurs ou bien il est tellement en mauvaise posture qu'il n'a pas d'autre choix de se laisser aborder et prendre en main. Mes doigts touchent l'aile gauche qui la maintiennent plaquée sur le sable avant que la droite ne l'enserre au niveau du cou. Je dénoue délicatement le fil qui part du bec, emprisonne les deux ailes les rendant immobiles et inactives, lui enserrant le cou au passage. Il a sacrément du se débattre pour finir enroulé de fil. Je cisaille avec les dents le nylon des deux côtés de la tête de l'oiseau libérant les deux membres inertes que je maintiens collés au sol. Ce que je percevais dépassant du bec comme l'hameçon auquel était suspendu l'amorce, l'objet de son désir, est un flotteur. Dans son empressement à saisir au vol l'objet de son désir, il en a avalé l'hameçon. Son aveuglement et son ignorance ne lui ont pas permis de discerner et mesurer les dangers liés à sa cupidité dont il paye douloureusement le prix. En tirant sur le fil, l'hameçon ancré au creux de l'estomac, je lui fais mal. Si j'insiste, je vais lui arracher le tractus œsophagique et tout le système digestif. Je préfère abandonner l'idée et le laisser s'envoler. Je pense qu'il a peu de chances de survie mais j'ai fait de mon mieux. J'ai déjà lu des histoires d'animaux disséqués et autopsiés, cétacés ou mammifères, dont l'estomac contenait des débris inattendus et des membres entiers d'humains y compris les parures qui les ornaient tels une montre-bracelet ou un collier. Ceux-ci sont principalement le fait des tigres du Bengale, mangeurs d'homme, des crocodiles, des varans et des requins. D'autres de taille plus petites comme les pies peuvent ingérer des objets brillants telle une bague ou un diamant et ne pas pouvoir l'éjecter, ce qui peut être le cas de cet oiseau. S'il ne met pas en danger les parties vitales du corps habité, l'intrus devient partie intégrante du corps de l'hôte et l'habite pour le restant de son existence.
Le Transkei: la côte sauvage (Wild Coast). Depuis Durban, j'en ai entendu de toutes les couleurs à propos de cette Wild Coast qui s'étend de Port Edward jusqu'à East London et ses repaires de bandits, tous noirs évidemment, qui surgissent du bush, vous arrêtent au détour du chemin, vous demandent de vous déshabiller sous la menace d'un colt et vous laissent repartir tout nu, les mains dans les poches vides. Entre Brandon qui m'a avoué être tombé amoureux du Transkei "I love it !" et affirmer que s'il en avait les moyens, il y habiterait et Fafa qui m'a raconté qu'après une journée de marche avec une escouade de policiers, on leur a conseillé d'en rester là et ne pas aller plus loin, j'ai de quoi me faire du souci et hésiter à pénétrer le littoral considéré par certains comme une zone interdite aux étrangers. Ces détrousseurs de grand chemin aux faits non avérés, le bouche à oreille et le téléphone arabe assurant leur réputation au-delà des frontières de l'état du Cap-Est, hantent les plages de la région, connue autrement sous le nom de Transkei, du nom de l'ancien bantoustan crée le 26 octobre 1976 qui englobait cette zone littorale. La côte sauvage (Wild Coast) aux plages déchiquetées, reculées, isolées, difficiles d'accès, doit son nom aux nombreux naufrages de bateaux dus aux tempêtes redoutables et écueils immergés au cours des siècles derniers. Cette région, la plus sauvage du pays comme l'indique sa dénomination, pour cause l'une des mieux préservées du pays, est également la plus rurale avec de petits villages de huttes circulaires colorées en blanc, en jaune ou orange disséminées à flanc de collines verdoyantes.
La rivière Umtamvuna sert de frontière naturelle entre l'état du Kwazulu-Natal et le Cap-Est. Elle délimite le Transkei au nord, qui s'étend vers le sud jusqu'à l'embouchure de la rivière Grande Kei. Je longe la plage sans voir Port Edward, laquelle finit en pointe et cul-de-sac pour aboutir à cette barrière liquide impassable et insurmontable qui plus est, source de bilharziose. Je me mets à l'eau pour tester la profondeur. Il est plus sage de revenir sur mes pas et prendre le pont visible depuis le sable et par lequel passe la route 61. Deux pneumatiques barbotent dans la lagune, le père et son fils. La mère voilée en noir de la tête aux pieds, assise, attend tandis que le fils ainé apprête sa canne à pêche. J'engage le dialogue, juste curieux de connaitre leur origine. Je n'ai pas le mot de la fin car le jeune homme, réticent et légèrement sur sa réserve, ne se livre pas. Il me dit parler seulement l'anglais. Je remonte la lance de rampement des bateaux et pénètre dans la zone d'hébergement de luxe du "Caribbean Estates", des chalets loués à des familles d'origine musulmanes. Je reviens sur mes pas après avoir avisé un bureau marqué du sigle QVC où je ne suis pas le bienvenu, celui-ci assurant l'entretien de l'air conditionné. Le supérieur afrikaner demande à son subordonné de même souche d'emprunter un pick-up et d'aller me déposer à la grille d'entrée où tout est verrouillé et passé au sas sauf qu'ils n'ont pas prévu qu'un Français pouvait arriver par derrière. Je traverse le pont et au lieu de suivre la route vers Bizana m'engage vers la Wild Coast Sun, un ensemble de casinos dont je n'ai absolument rien à faire si bien que j'oublie complètement d'y faire un tour pour le plaisir. A l'époque où les machines à sous et les tables de jeu des casinos étaient interdites en Afrique du Sud, Sol Kerzner, un entrepreneur mégalomaniaque et imaginatif créa d'immenses complexes hôteliers et de loisirs dans la province du nord-ouest, Sun city et sa sœur jumelle Lost city étant réservées à une population aisée. Prenant prétexte de l'indépendance du Transkei et de la prohibition qui touchaient les jeux de hasard durant l'apartheid, West Coast Sun, le dernier avatar sorti de son imagination et affichant un faste ostentatoire, accueille désormais une foule de Sud-Africains de toutes origines. Je ne comprends toujours pas qu'il faille montrer patte blanche à une barrière de contrôle à moins d'avoir la baraka et repartir avec la cagnotte du casino. Je suis plus concentré sur mon objectif, celui de prendre un bon départ dans le Transkei et d'avoir l'attitude juste, la nuit n'étant pas loin. Je me sens comme glisser et être happé par l'événementiel, un peu comme dans un cocon qui serait un petit cumulus qui m'aurait servi de pneumatique pour traverser l'Umtamvuna.
Avant les barrières de contrôle pour accéder aux casinos, je discute à une station-service avec les trois pompistes dont l'un, d'une grande attention et extrême gentillesse, s'intéresse à mon voyage. La voiture de police de la communauté de Mzamba vient y faire son plein. Celui-ci me pose des questions et me dit comment faire quand il avise Xolany, élancé, presque le double-mètre, qui rentre chez lui après sa journée de peinture chez les "pirates des Caraïbes" payée 70 Rands. Contrairement à ce que le serveur à la station m'indiquait, descendre sur la plage et marcher jusqu'à l'embouchure de la rivière Mzamba et se retrouver devant un mur d'eau, nous bifurquons en direction de l'aérodrome en traversant le terrain de golf où tout est parfaitement vert et tondu. Les petites voitures avec leurs chauffeurs attendent les riches clients. Je l'ignore mais en optant pour ce raccourci, je rate la forêt de bois pétrifié située juste avant l'estuaire de la Mzamba qui n'en est pas une réellement car les arbres n'ont pas été pétrifiés enracinés debout. Comme des pièces rapportées, ils ont été déplacés et déposés avec d'autres sédiments avant que le processus de pétrification commence.
En attendant, nous dépassons un grillage derrière lequel est cachée une jeune femme assise à un bureau des entrées et des sorties ? Les herbes sauvages ne sont plus coupées et habitent les collines verdoyantes et grasseyantes au sommet desquelles se nichent les toits coniques caractéristiques de la région.
Avec Xolany, nous rattrapons Dlamini avec deux fillettes d'une dizaine d'années la suivant. Je crois qu'elles sont ses filles. Xolany et Dlamini se connaissent et papote le long du chemin. Il rencontre une connaissance tandis que nous descendons le canyon au fond duquel la Mzamba coule langoureusement. Nous jouissons d'une vue inégalable sur l'endroit où elle se jette avec l'Océan indien en fond de toile, les lumières du coucher ajoutant des nuances de couleurs rapidement changeantes sur la roche, la végétation luxuriante et foisonnante et l'élément liquide. Xolany s'attarde avec son interlocuteur. Nous partons devant et passons tranquillement le lit de la rivière après nous être déchaussés. Je remplis mon sac avec les sandales et les robes des gamines. Il n'y a pas de danger potentiel sinon celui qu'elles tombent et mouillent leurs effets. Autant qu'elles me les confient. L'idée de me baigner une dernière fois et me laver des sueurs de la journée m'effleure mais Dlamini m'attend pour remonter sur le plateau. Je comprends que sa maison est située plus loin que celle de Xolany, juste sur la falaise. Le voilà qui nous rattrape. Nous attendons qu'il soit sur la berge et je m'informe de l'itinéraire à venir. Il nous quitte en haut de l'escarpement et je continue avec Dlamini - son prénom Thabisile ou surnom Kissy - jusqu'à "une petite maison bleue sur la colline" dont l'entrée est orientée vers l'est car la croyance xhosa veut que les bons esprits viennent de cette direction. Les cases Xhosa sont à moitié peintes, du côté faisant face au lever du soleil jusqu'à la paroi reflétant les rayons absorbés lors des chaudes heures de la journée, la couleur réfléchissant la chaleur et gardant l'intérieur des cases fraiches et confortables. Dans le cas contraire des murs opposés, au sud-ouest et à l'ouest, ils sont laissés à l'état brut, la terre dont ils sont construit réabsorbant les derniers rayons de l'astre couchant et réinsufflant l'énergie solaire pour préserver les cases du froid pendant la nuit.
Une fillette nous a quitté en cours de chemin tandis que l'autre s'avère être sa petite sœur. Dlamini, jolie perle de 22 ans, est effectivement mère d'un petit garçon de treize mois qu'elle allaite encore. Sitôt arrivé, il plonge dans ses jambes et réclame sa tétée qu'elle lui accorde. Dlamini , une vraie perle, excelle dans l'accueil et ne m'oublie pas pour autant. Elle m'ouvre la porte d'une case, laquelle compte un double lit, un bureau avec quelques photos de famille et deux fauteuils. Je suis assez choqué que les gens puissent tenir de tels propos vis-à-vis d'autres qu'ils ne connaissent pas et n'ont pas approché. Je nage en plein bonheur, en totale liberté, en parfaite harmonie avec mes hôtes même si les mots pour la communication restent limités, Dlamini comprenant mieux l'anglais qu'elle ne le parle. Ses livres d'école sont empilés sur un coin du bureau. Elle a sept frères, l'un vit à Jobourg, deux travaillent pour les casinos et deux à la maison avec la benjamine. Elle me propose un café au lait que je refuse à l'heure qu'il est car je n'y suis pas habitué et cela peut m'empêcher de dormir. Je suis étonné de voir du riz en cours de cuisson dans la marmite sur trépied dans cette partie du monde. J'apprécie l'assiette recouvert d'haricots qui m'est proposé plus tard. Je préfère rester dehors à regarder le ciel étoilé et rêver en couleur du Transkei qui fait peur à tous ceux qui ne l'ont jamais atteint, connu ou découvert. L'humain a toujours peur de ce qu'il ne connait pas à commencer par son voisin ou par lui-même qu'il ne sonde pas suffisamment.
Au loin, les lueurs de l'aérodrome s'unissent aux lumières de Mzamba et illuminent l'horizon, mon ultime petite bourgade éclairée avant de pénétrer et disparaitre dans la nature. M'oublier dans le décor naturel. Je m'apprête à prendre congé et me retirer dans ma chambre lorsque son père revient du village et s'assoit sur le banc autour du feu dans un état d'ébriété avancé brisant le lien d'harmonie qui nous unissait les uns aux autres. Je le sens comme un personnage négatif, un peu comme si le diable avait fait irruption dans les murs et voulait tout chambouler par jalousie. Il me demande mon téléphone, la carte Sim qu'il veut utiliser, pour communiquer.
Quel ne fut pas ma surprise de voir le fils de Dlamini jouer avec un portable à mon arrivée. Quel nécessité d'en avoir un ? Que diable le besoin d'un téléphone à la campagne où les appels ne sont pas recevables ? Je n'ai pas la réponse sinon celle du statut social. Je n'ai pas fini d'être surpris. Il peine à imaginer que je n'en ai pas. Puis il me demande si je fume. Je sais que les paysans dans la région vivent de l'herbe qui pousse comme du chiendent. Je réponds par la négative, ce qui le rend suspicieux à ses yeux. La bonne odeur de cannabis se répand dans la pièce déjà enfumée par le bois se consumant.
Je quitte le lieu de vie définitivement sans bougie pour rejoindre ma case et trouver la sérénité. La porte fermée, il vient m'indisposer et insiste pour que je lui ouvre. Il a beau frapper. Je n'ouvre pas et lui intime l'ordre d'aller dormir. Si je le laisse rentrer, il va s'asseoir et a toutes les chances de faire l'inventaire de mes sacs. La tranquillité revient une fois qu'il s'est éloigné après que sa femme et sa fille l'aient appelé à rejoindre leur case. Je ne suis pas serein. Si je dois vivre d'autres expériences à ce point désagréables, cela risque de virer au cauchemar. Je n'ai pas envie de lutter avec les populations locales avides de ce que j'ai et de ce qu'ils n'ont pas. Je suis sur le qui-vive alors qu'il suffirait de m'asseoir, me concentrer et laisser filer ces idées négatives qui m'empêchent de tomber dans le sommeil réparateur dont j'ai besoin.
Je m'abstiens de sortir au réveil afin de ne pas avoir à le rencontrer. Dlamini m'apporte un plateau avec du café au lait, du pain découpé en tranches et une assiette de bouillie de maïs auquel j'ajoute une sauce pour lui donner du goût. Le père a quitté la maison lorsque je sors. Vers 7h00, munie de sa binette, Dlamini accoutrée d'une robe longue bleu ciel, d'un corsage à manche courte, coiffée d'un bonnet vert en laine et chaussée de bottes me montre le chemin. En descendant vers la plage, nous saluons au passage sa mère, en train de biner dans un champ, qui la taquine avant d'atteindre l'étendue de sable qui borde l'océan. Dlamini d'une belle écriture aux lettres bien formées m'a écrit correctement sur un bout de papier les noms des rivières que je dois traverser.
La marée étant basse à 8h15, je dois marcher rapidement si je veux en passer le maximum à gué et avancer sur la carte. Je traverse l'embouchure de la Mpahlanyana avec une facilité déconcertante ayant juste à me déchausser pour éviter de me mouiller les pieds. J'enchaine les longueurs de plage sauvages, désertes et isolées et profite du retrait de l'eau pour marcher sur le sable mouillé plus ferme. Les chaussures adhèrent bien au sol. La journée promet d'être chaude et aucune protection en vue à moins de se terrer dans les taillis où j'attends de voir surgir les mauvais garçons menaçants et les méchants noirs armés qui en voudraient à mes effets. Cela se résume à une course entre l'astre lumineux cognant déjà fort et dépasser mes limites pour gagner du terrain dans l'angoisse d'être agressé, attaqué et dévalisé à tous moments. Je n'ose pas imaginer le scénario, laissé pour mort, auquel je ne crois absolument pas. C'est pourtant le sort qui doit m'être réservé lors de cette traversée du Transkei selon les mises en garde des uns et des autres. Je croise en tout et pour tout trois pêcheurs à la ligne désespérément seul descendu de l'intérieur des terres pour se mettre un poisson dans l'assiette.
A un rétrécissement d'une plage de boulets, un vacher furète entre les rochers à la recherche de récipients. Je détache une gourde de deux litres et la lui tends. Je lui propose mes nouvelles chaussures avant de ressortir du sac les anciennes. Dès que je repars, je sens que je n'aurais peut-être pas du les donner mais je n'éprouve aucun regrets. Mes Caterpillar en cuir véritable subiront l'outrage du sel marin. Elles étaient idéales pour la marche dans le sable mais je n'en aurais rien fait à l'arrivée au Cap alors qu'il peut éventuellement les recoudre et les utiliser au lieu des ses bottes en caoutchouc. J'ignore jusqu'où elles auraient pu tenir. Le gars a lâché ce qu'il avait collecté et sa main s'est refermée sur ce que je lui ai laissé, preuve de son intérêt. La Mnyameni ne pose pas plus de problème. Le fait qu'il y ait dans l'étymologie du nom un peu de Nyana - sagesse en pali - me rassure. Je me dis qu'après tout, ce sont des rivières millénaires riches de sagesse qui ne peuvent que m'apporter du bonheur.
En me retournant, je crois rêver. J'aperçois coincées entre le jaune du rivage et les collines verdoyantes des dunes de sable rouge vif comme si des pelleteuses avaient retourné de la terre pour la construction d'une piste en latérite. Je ne comprends pas du tout leur existence, leur origine et ce qu'elles viennent faire dans ce paysage reculé du bout du monde car mon hypothèse ne tient pas debout. Lors de la guerre anglo-zouloue en 1820, le roi Shaka du KwaZulu appréhendant l'anéantissement de son royaume zoulou se retira avec des milliers têtes de bétail à l'emplacement de ces dunes rouges localisées derrière la frontière de son empire. Leur séjour de plusieurs années et les écoulements - selles et urines - qui en résultèrent colorèrent ces dunes. L'hypothèse, retenue pour expliquer la présence de ce cordon dunaire, est pour le moins fantaisiste. Je n'ai prends pas le temps d'aller marcher sur les dunes du mystère. Je reviendrai y faire un tour en juillet lorsque la chaleur sera moins accablante.
Je poursuis ma route du sable et atteins ce que je crois être la rivière Mtentu. Je peux me raviser et me rhabiller pour pousser plus loin. Je ne suis pas au bout de mes peines. A l'embouchure, un niveau d'eau correct permet l'immersion total du corps. Des habitations sur la rive sud, personne n'en sort ou bien n'est présent à l'heure où je me baigne. Une partie rouillée d'une turbine échouée me sert de ponton et me permet de garder mes pieds au sec lorsque j'enfile mes chaussettes mais voilà qu'une vague plus forte que les autres remet tout en cause. J'évite le pire et saisis le sac plastique avant qu'il ne soit mouillé et emporté. Dépité, dans mes petites chaussures retrouvées, je me remets en selle et allonge le pas jusqu'à la mère de toutes les rivières, la Mtentu, frontière avec la réserve naturelle de Hkambati d'une superficie de 40 000 hectares. Je la sonde à l'arrivée sur ses bords et fais face à un courant d'eau d'une vingtaine de mètres de large et d'une profondeur inconnue que je suis incapable de passer avec mes sacs. Je dois me rendre à l'évidence. Pas un chat à l'horizon, je sais que l'eau n'est pas leur fort, ni même un être humain avec une absence d'embarcation sur l'une ou l'autre rive.
Les limites de la réserve, où la pêche et la chasse sont interdites, n'ont pas été fixées par hasard. Ses gorges abrite une colonie de vautours griffon, une espèce en voie de disparition. La Mtentu est une véritable frontière naturelle inviolable. Je peux m'asseoir et contempler l'eau qui flue et reflue avec la marée montante. Je suis devant un mur d'eau insurmontable. Il faut voir à quelle heure sera la marée basse demain et tenter de traverser lorsque le niveau d'eau sera au plus bas. Je dois reculer mes sacs au fur et à mesure que l'eau monte. Je remarque sur le versant sud le toit conique d'une seule case tandis qu'en me retournant, j'en aperçois peintes de multiples couleurs sur les hauteurs. Je n'ai pas d'autre choix que de remonter à flanc de colline et y trouver refuge pour la nuit. Dominant de nouveau la rivière et retenu sur sa rive nord, je vois une construction en bois qui ne m'inspire guère et l'évite. Je la laisse sur ma gauche, la contourne dans l'idée de remonter la rive plus en amont. Je sais pertinemment qu'il n'y a pas moyen de traverser plus haut. Je tombe des nues. Devant moi, je découvre un ensemble de plusieurs chalets de deux lits à l'abandon avec un bâtiment principal pour l'accueil collectif. Ce que j'ai vu étaient les douches. Des panneaux solaires rouillés ont du être fonctionnel il y a quelques années. Je les visite un par un et en fais l'inventaire. Certaines pièces sont fermées et servent de débarras. Chaque chalet dispose de deux lits et d'un coin WC avec des toilettes sèches. Les matelas n'ont pas tous été volés et sont visiblement régulièrement utilisés par les chèvres avoisinantes, leur crottes ne laissant aucun doute quant à leur origine, lorsque la porte ouverte leur permet l'accès. Chaque cabine a une vue sur la rivière à partir d'un petit balcon. Les deux pans d'une moustiquaire côté balcon retenus par une fermeture-éclair empêche l'intrusion des insectes. Chanceux, je ne peux pas résister à piquer un somme vu que le soleil est au zénith. Je n'ai plus d'eau potable mais je peux passer la nuit dans des conditions confortables. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouir d'un tel luxe dans un lieu si isolé.
Ce camp, construit par Amadiba Adventures il y a une dizaine d'années au moment du changement politique donnant plus d'autonomie politique aux communautés locales, devait servir de camp de base pour des groupes en transit. Les projets mis en place ont avorté à cause de malversations financières, les fonds disparaissaient et n'ont jamais pu être retrouvés. Une partie des revenus devait bénéficier aux villages dont les chefs se sont montrés cupides. Il en reste ces structures en dur périssables qui ne dureront pas avec le temps.
Je suis réveillé par des gamins, visiteurs réguliers de l'endroit, gardien des chèvres. Ils prennent peur et s'enfuient lorsqu'ils entendent que je suis à l'intérieur. Ma principale préoccupation est de trouver le point d'eau. Je ne peux pas laisser mes sacs sans surveillance. Je sors et remonte en direction des cases. Je foule un terrain filtrant l'eau, espèce de tourbière où je dois faire attention de ne pas me mouiller les pieds. Entre les deux cases les plus proches de mon camp de base où je suis déterminé à passer la nuit, Tembissa descend à la source et vient puiser de l'eau stagnante, filtrée naturellement, pour faire la cuisine. Elle m'invite à la suivre. Je m'exécute. Elle me sort un fauteuil de jardin confortable sans nulle doute "emprunté" au camp avec une poche dans le bras pour recevoir la cannette de bière. Voilà un endroit incongru pour un tel siège ! Son mari travaille à Pietermaritzburg. Elle garde la case et ses trois garçons d'une dizaine d'années. Je suppose que les deux petits pâtres ont du la mettre au courant de ma présence.
Sabonga, un jeune étudiant de seize ans à l'anglais correct venu lui rendre visite, m'amuse avec son côté naïf. Mes réponses le déconcerte. Quand je lui dis que j'aime gober les oeufs, il me réponds: "it gives you a big dick" (selon la croyance pondo, gober un oeuf permet d'avoir un pénis énorme). Quand je lui dis que n'utilise pas de portable et que je ne conduis pas, il me demande : "any disease preventing you ?", il pense que des maladies m'en empêchent. Il a un horaire des marées que lui a laissé un pêcheur. Elle sera basse à 8h55 demain matin.
Après avoir fait connaissance et bu le thé de l'amitié, je remonte quelques cases plus loin et tombe sur Bongo Musa à l'anglais courant. Il est né à Bizana la localité la plus proche située sur la route 61 à quatre heures de transport (25 Rands), preuve que je suis loin de tout endroit civilisé. Il participe à la construction d'un éco village dans lequel un Afrikaner a investi qui comprendra plusieurs cases dont l'une servira pour la cuisine. Il m'affirme qu'il y a un bateau appartenant à son frère enfermé dans l'un des chalets mais je n'ai pas la moindre idée où il se trouve. Je doute qu'il soit dans ceux que j'ai visité. Où alors ?
Ceux qui sont venus et connaissent le Pondoland ne peuvent l'oublier, le cas de pêcheurs qui viennent occuper occasionnellement les chalets et lancer l'appât de ce côté-ci de la Mtentu. Je redescends au camp à la nuit tombée bien que Tembissa a tout préparé, le matelas, les draps et l'oreiller, pour me garder. Je décline l'offre.
Quand j'émerge, mon souci est de savoir quelle est-il. J'ai récupéré et médité une heure. Avant de refaire mon sac, n'ayant pas de montre, je n'ai pas d'autre choix d'allumer l'ordinateur pour lire l'heure. Il est 7h33. Je ne suis pas certain qu'elle soit exacte. J'ai un doute mais le décalage s'il y a ne dépasse pas la demi heure. Je grignote du pain avec du fromage et du beurre d'arachides et bois un fond de bouteille de thé noir préparé la veille. Je n'ai pas le temps de m'amuser et revoir Tembissa avant de tenter la traversée. L'eau n'attend pas. Je descends à la rivière et note le niveau d'eau beaucoup plus faible mais le canal, principal vecteur du courant, est toujours profond. Je le sonde à plusieurs reprises sans succès. Si je n'avais pas le poids des sacs, ce serait jouable mais, dans l'état des choses, ma mission parait impossible.
Je suis rhabillé, prêt à remonter au chalet lorsque j'ai l'idée géniale d'inspecter la rive en peu plus en amont à partir du lit de la rivière. Où se trouve le canoë pour faciliter le passage ? Un sentier remonte sur la colline. Sur un parterre d'herbe, git un vieux pédalo, sorte de planche à voile flottante hors d'usage, qui peut me permettre de poser mes sacs et me laisser flotter d'une rive à l'autre. Je continue mon exploration et découvre à mon grand étonnement un second camp de tentes plus récent et confortable que le premier. J'en reste ébahi. Il y a possibilité d'héberger sur les deux camps une quarantaine de personnes, ce qui n'est pas peu vu l'endroit. Les poubelles sont propres et l'une d'elle, avec des détritus dans le fond, a été utilisée récemment, preuve que des pêcheurs Afrikaner viennent et restent plusieurs nuits. Je ne m'attarde pas. Je n'en ai pas le temps, l'eau remonte. Même si j'ai trouvé le moyen de faire le Grand voyage et de me propulser sur l'autre bord, je dois passer à l'action. Je dois traîner la planche jusqu'au bras d'eau, ce qui me fatigue après mes tentatives de traversée. Je tente le passage avec le sac à main que je dépose dans le creux du siège. Quant aux chaussures, je les attache aux lanières qui m'ont servies à empoigner la planche et la traîner. Je m'allonge de tout mon long, la pousse d'un pied, glisse sur l'eau - trop tard pour reculer - et barbote avec les deux bras pour la pousser et éventuellement corriger sa trajectoire et la redresser. Je n'ai aucun mal à atteindre le but que je me suis fixé. Je fais l'aller-retour deux fois. Je sors de l'eau ma planche salvatrice et la laisse en évidence coincée entre des rochers. Je suis pleinement satisfait de pouvoir continuer. La case aperçue depuis le lit de la rivière hier est vide et fermée à clef, les vitres de la fenêtre brisées et le verre jonchant le sol pavé.
Je pars entre les collines rejoindre les chutes de Hkambati à une demi heure de marche. Je découvre des cascades somptueuses d'une beauté incomparable sur trois niveaux, la dernière en forme de fer à cheval se jetant de la falaise et finissant pratiquement dans l'océan distant d'une centaine de mètres. Un passage à gué scabreux permet le passage des véhicules. Une barrière cadenassée empêche d'y accéder. En remontant le cours d'eau, la végétation très dense, compte une variété de palmier spécifique que l'on trouve seulement ici et sur les rives nord de la Mtentu et la Msikaba, la limite naturelle sud de la réserve. Le sentier aboutit dans une grotte avec une vue cachée sur la seconde chute plus difficilement accessible à pied. Je remarque une seconde grotte à l'étage supérieur avec une passerelle qui y conduit. Je n'ose pas imaginer que des lits de camp y ont été installés. Il me faut du temps avant d'en trouver le chemin qui y mène. Entre les barreaux accolés, des crottes sèches que je nettoie. La vue sur la cascade de cette antre est superbe. Elle mérite le qualificatif de "grotte de Bouddha" (Buddha's cave). Je suis vraiment fortuné de pouvoir connaitre ce genre d'endroit. Je la quitte à contrecœur pour remonter plus haut et traverser la rivière en équilibre sur les rochers qui canalisent l'eau avant sa chute. Je me retrouve de l'autre côté et effectue une balade en boucle en revenant à mon point de départ où je suis arrivé. Je repasse à gué tandis qu'un porte-containeur remonte la côte en direction de Durban d'où je viens. Passage de relais, chassé-croisé, le voyage sur l'eau ou sur terre continue vers la baie de Gwe-gwe à une heure de marche. Les sentiers de randonnée sont convenablement banalisés. Je découvre avec surprise 7 bungalows en toit de chaume sur la rive sud de la rivière Khwanyani. Je parle avec de jeunes volleyeurs dans le lit du cours et remonte vers les cases pour les trouver ouvertes mais vides. Un couple que j'avais remarqué se lève et vient me retrouver. Je demande s'il est possible d'avoir de l'eau chaude pour préparer un thé. Derrick, mon interlocuteur, me raconte l'histoire de la réserve naturelle de Hkambati dont sa famille et son père Tuck présent font partie intégrante. Ils y ont vécu leur jeunesse, en connaissent tous les recoins et y viennent tous les ans. La réservation des chalets doit être faite une année à l'avance au moins.
En 1904, l'église anglicane arracha le droit de propriété d'une bande de terre longeant le littoral pour mettre ne place une ferme d'élevage qui permettrait de nourrir des lépreux et plus tard des tuberculeux. Elle s'étendait sur douze kilomètres, entre la Mtentu et la Msikaba, ce qui correspond à l'actuelle réserve et pénétrait sept kilomètres dans les terres. Le père de Tuck, métayer de la ferme d'état, habitait la résidence, raison pour laquelle le territoire n'a pas de secret pour lui. Avec les progrès de la médecine et les moyens de guérir la lèpre, la mise à l'écart des contingentés n'eut plus de raison d'être. La ferme fut racheté par le département des parcs nationaux à la condition stipulée dans le bail de 1904 que tous les ouvriers soient réemployés. Elle devint réserve naturelle et des agents furent mandatés pour s'occuper de valoriser les séjours dans la réserve et l'autonomiser avec la construction de rondavels.
Lorsque Derrick, après m'avoir gâté de côtelettes d'agneau, me reconduit sur le sentier, j'ai le droit à une haie d'honneur de la part d'un troupeau d'élands venus nous saluer. J'ai à peine quitté l'endroit que je croise sa sœur, son beau-frère et leur gamine qui reviennent de balade. Dans les prairies que je traverse, j'aperçois des bubales rouges curieux et peu farouches et d'autres élands qui gambadent dans l'herbe. Je fais une pause sur un ensemble de rochers détachés du continent, scission causée par une petite chute d'eau dans laquelle je trempe les pieds. J'arrive à la Msikaba à la nuit tombante. Je n'ai pas moyen de la traverser et dois trouver refuge à l'ancienne résidence du médecin-chef Drewe qui occupait le poste auprès des lépreux. Bâtie sur un promontoire, véritable nid d'aigle, elle surplombe la rivière dans un cadre somptueux. Je la remarque depuis la plage mais n'ai pas idée comment y accéder surtout qu'il fait pratiquement nuit. Je suis des traces de pas lourds bien marquées dans le sable qui mène vers l'escarpement. Je découvre un sentier niché entre deux pans de falaise. Je l'emprunte et débouche sur une terrace où une piscine m'attend. Je crois de nouveau rêver. La vue sur l'océan est magnifique. Je fais le tour de la résidence et tombe sur Bayanda, lui-même visiteur. Il me dit d'attendre le gardien de nuit. J'en profite pour me baigner et me décrasser dans la piscine. Je patiente sous la véranda mais des insectes minuscules m'assaillent en masse. Leurs piqures douloureuses me poussent à bouger et aller voir Bayanda. Avec une lampe à acétylène, nous partons à la recherche de Bonan.
Pour rejoindre la réserve, il faut venir de Flagstaff et passer par l'ancien hôpital de la Ste Croix où avaient lieu les admissions avant d'atteindre la barrière d'entrée, à cinq kilomètres de distance. Nous pénétrons le cœur des habitations du personnel médical reconvertis en pavillons de vacances et rencontrons Bonan au détour du chemin. Il m'emmène dans une pièce à un lit, ce qui me suffit pour passer la nuit et écrire car j'étais persuadé que j'aurais de l'électricité ce soir. Derrick a peut-être pensé à m'inviter pour la nuit. J'aurais été ennuyé car je sentais (que je pouvais attraper) le courant. J'en profite après deux nuits sans jus. Je dine des deux sandwiches préparés par Derrick et ronge les côtelettes d'agneau. Une énorme casserole pleine d'une purée froide de maïs et d'haricots est restée sur la plaque chauffante mais je n'y touche pas bien que l'envie me tente. J'ai oublié de demander à Bonan si je pouvais y goûter.
A ma grande surprise, le matin, il veut tout jeter et faire du riz. J'ai le droit à mon assiette de purée. Je transvase le reste et la récupère pour plus tard. Quel dommage que je ne l'ai pas su plus tôt. J'aurais pu partager les côtelettes d'agneau. Je quitte à l'heure appropriée pour profiter de la marée basse (9h29), saluer Bayanda et passer la Msikaba tranquillement de l'eau claire jusqu'à la taille.
Bon Dieu ! Qui a trouvé la clef à tourner le vent ? Je l'ai en face de moi, la première fois que cela m'arrive et signe de pluie et mauvais temps. Bien qu'il soit violent, je saute de rocher en rocher joliment érodés et polis par l'océan comme un nain le ferait sur les doigts repliés d'un géant endormi. Gare au réveil de l'ogre ou aux faux-pas du petit Poucet randonneur et attention à ne pas glisser entre les phalanges et se retrouver avec une entorse ou un pied foulé. Il fait chaud dans la baie de Lambasi, la baie des moules dans le dialecte local et de nouvelles petites chutes d'eau avec de petits bassins appellent à la baignade.
Une résidence qui ne paye pas de mine héberge trois couples des environs de Scottburgh avec lesquels je fais connaissance, l'un dans la plomberie, le second agriculteur et le troisième garagiste. Le cultivateur produit 12 000 tonnes de canne à sucre à l'année vendue 2500 chacune selon la teneur en sucre qui peut varier de 14 à 17% et 75 tonnes de noix de macadamia. L'un d'eux a un gars au Zimbabwe. Il y sont allés en juin et la situation s'est amélioré. Nous passons d'un sujet à l'autre et les heures les plus chaudes passent autour d'une tasse de thé et de biscuits. Leur habitation vétuste dans laquelle fait partie des constructions jugées illicites, construites tandis que la bande côtière faisait partie du Transkei. L'histoire raconte que les terrains étaient cédés par les chefs de village pour une bouteille d'alcool et la construction sauvage se faisait rapidement. Le département dont dépend le littoral de 110 kilomètres qui s'étend depuis la rivière Umtamvuna jusqu'à Port St John dont il est question de faire un parc national surveille et sanctionne sévèrement les implantations illicites en les détruisant et imposant de lourdes amendes. Devant l'avenir incertain de leur demeure, ils investissent juste le nécessaire pour pouvoir y venir et y rester.
Je continue à sauter le long du littoral jusqu'à Port Grosvenor avec le vent de face. Attention à ne pas sombrer comme le bateau qui a donné son nom à l'endroit. En 1782, un galion quitte la côte orientale de l'Inde en route vers l'Angleterre et s'échoue dans la baie. Plusieurs écus d'or lavés et rapportés par les flots sont retrouvés sur la plage. La légende rapporte qu'il transportait le trophée, un paon orné de pierres précieuses, remis à Shah Jahan, architecte du Taj Mahal. La fièvre s'empare des uns et des autres. Un chercheur de trésor sans succès dans sa démarche a l'idée géniale de creuser un tunnel pour atteindre l'épave et remonter les différentes pièces en les treuillant. Ironie du sort, 222 ans plus tard, presque jour pour jour, le China BCC, porte-conteneur surveillé par les Etats-Unis, L'Angleterre et la France et suspecté de transporter des réactifs nucléaires depuis les Caraïbes en direction de la Lybie, s'échoue dans la baie. L'épave gît par morceaux entre les rochers, deux, dont la salle des machines étant plus imposants. J'ai le sentiment d'avoir dépassé Port Grosvenor depuis longtemps et pourtant, je ne vois rien venir excepté un groupe de gens endimanchés qui ont l'air de tenir un conciliabule, debout sur une butte de sable à 600 mètres de l'océan. Sont-ils en train de faire des plans et prévoir de nouvelles constructions ? Je veux leur parler et, après avoir laissé mes sac à terre, je me dirige vers eux. Voilà que la tête de l'hydre, deux hommes en pleine discussion, m'ignore et quitte dans l'autre sens. Je réussis à attraper la queue difficilement et parler avec une femme habillée d'un T-shirt Gucci, de boucles d'oreilles, d'une bague et d'une montre, autant de preuves d'opulence. Si je me fais attaquer avec mes chaussures éclatées, mon sac à dos déchiré tout comme l'est mon pantalon, mon agresseur risque la déception tandis qu'il décrochera le gros lot avec cette proie toute désignée. Le petit groupe derrière n'a pas vraiment envie de me parler mais elle s'auto-désigne pour répondre à mes interrogations. Ses réponses ne laissent pas paraître le moindre sentiment d'amabilité et sont sèches et courtes comme si elle n'avait pas envie de communiquer ou pour abréger la relation. Je lui demande l'heure "18h05". Elle me lance "7 kilomètres vous séparent du prochain camp" avant de me tourner le dos sans que j'ai le temps de m'informer d'où venait le groupe. Elle ne doit pas ignorer que parcourir 7 km dans un tel décor nécessite deux heures.
J'atteins "Goss point" et l'embouchure d'une rivière, dont je n'ai pas connaissance, au bord de laquelle je fais face à un véritable palace, une résidence somptueuse digne d'un émir saoudien, une maison couverte de chaume aux multiples pièces et chambres luxueuses, une suite princière en forme de pétale de fleur de lotus inimaginable dans un tel lieu naturel qui représente un entretien exigeant et un cout prohibitif. Elle a servi à abriter les vacances de Noel 2005 du couple présidentiel Thabo Mbeki et appartient à Piet Goss, richissime personnage influent dans les affaires et directeur du complexe hôtelier d'Umngazi, dont le cap porte son nom. Son père a commencé avec une quincaillerie à Lusikisiki et son fils, plus opportuniste, a mis les bouchées doubles et saisit les opportunités qui se présentaient à lui et est devenu riche comme Crésus. Je suis tombé sur le nid douillet du groupe rencontré il y a une demi heure. Je me demandais où pouvaient-ils rester vu que je n'avais pas idée de l'existence de cette "mansion". Une rondavel ordinaire ne pouvait pas suffire à de tels bourgeois. La rivière est visiblement trop profonde pour que je puisse la passer. Je ne veux pas me retrouver nez-à-nez avec eux une nouvelle fois, vivre un cauchemar et avoir à débattre où passer la nuit vu qu'il n'y a pas d'autre endroit hormis quelques rondavels adjacentes dont l'une sert de cuisine et les diverses dépendances pour le matériel d'entretien. Hélant le personnel de réception sans voir arriver personne, je pénètre dans l'antre - je me souviens de celui qualifié de "grotte du Bouddha" totalement démuni de toute artifice en opposition complète avec celui que je visionne - rempli de beaux livres, de lits de rêve à la literie brodée, de tables, de canapés et fauteuils de bois exotiques, de tentures, de drapés et rideaux immaculés. Je suis ébahi devant de luxe. Les pièces, en enfilade dessinant un octogone, sont concentrées autour d'un jardin, patio à ciel ouvert. Je poursuis mon enquête vers un couloir couvert qui relie le salon à la cuisine et tombe sur deux serveuses corpulentes, l'allure de matrones, des physiques de munichoises à la fête de la bière "oktoberfest" capables de servir 6 à 8 bocks à la fois, transposées en Afrique Australe. Elles me montrent la sortie avant que je ne récupère mes deux sacs laissés à l'entrée et m'introduisent auprès du cuisinier dans un rondavel qui dispose de la TV. Il m'emmène loin derrière les bâtiments et descendons ensemble à la rivière que la propriété domine avant de la remonter en amont et parvenir à un passage à gué. Le cuisinier met du temps à quitter les lieux. Je veux me dénuder et baigner quelques minutes dans l'eau, y goûter et éliminer la fatigue d'une journée chaude. Refroidir le corps et le nettoyer de sa sueur avant de tomber dans les bras de Morphée. Il me reste pourtant une bonne heure de marche pour atteindre mon point de chute.
Une autre surprise m'attend. Le paysage change totalement. Les décors sont ceux d'un autre film. Là, où la côte n'était qu'une succession de roches tabulaires, de pitons joliment érodés et polis ou d'aiguilles plus agressives, je fais face à des pâturages ondulants par monts et par vaux. Cela complique sérieusement l'itinéraire. Où le plat pays - la frange du littoral plat - m'incitait à avancer à la vitesse que je voulais, je suis maintenant dépendant du terrain plus accentué où paissent des troupeaux de bêtes à cornes, bœufs pour la boucherie et vaches allaitantes surveillés par des pâtres. Quand les autochtones ne gardent pas les bovins, ils prennent soin des humains et sont à leur service. Leurs rôles sont interchangeables. Ils ont d'autant plus de mérite à travailler avec la gent animale qu'avec le genre humain toujours en train de les conspuer. Je n'ai plus d'aperçu sur le littoral puisque je le domine. Il est à mes pieds et je le piétine. Les collines finissent dans l'eau. Le seul point commun est la couleur dominante de l'herbe, le vert dont je suis entouré et me donne une lueur d'espoir de voir la lumière ce soir. J'arrive à la nuit tombée et bute sur Bafundi qui m'emmène voir Piet, son père qui m'accorde l'hospitalité dans une chambre de deux beaux lits rapprochés. Dans le couloir de l'entrée du pavillon où trône un canapé contre le mur et des fauteuils, les femmes ont été à la pêche aux moules, les décoquillent et les font sécher sur la table. L'ambiance de luxe de qualité bon marché qui règne dans la maison n'est pas sans me rappeler celui d'une récemment visité. Je ne peux me retenir de goûter les bivalves avant de rejoindre ma chambre "de luxe". Avec gourmandise et délectation, je m'en empiffre au risque de me rendre malade. Les locaux en ont tous les jours au menu ainsi que les écrevisses dont la saison est ouverte du début mars jusqu'à la fin octobre. Piet, l'esprit ouvert et cultivé parle l'anglais, l'afrikans et le xhosa. Il joue le rôle de coordinateur et veille au bon déroulement du séjour des familles afrikans qui viennent louer les maisons pendant les vacances du nouvel an et à Pâques. Au réveil, je ne m'attends pas à ce qu'il vienne avec un demi litre de lait chaud et de la ricorée. Nous réchauffons et consommons le pap avec des moules et des chapeaux avant que je ne m'éloigne pour traverser le fleuve. Cette rivière Lu-Patthana comme les enseignements supérieurs du Bouddha "abhidhamma" renferme un chapitre de son cours sur les conditionnalités "patthana", les événements insignifiants de la vie qui s'articulent les uns avec les autres et inter réagissent notre vie quotidienne comme dans un fondu-enchaîné ou les pages d'un livre que l'on tourne ou bien les paysages se succédant les uns aux autres comme je viens de le vivre, ce qui ne se fait pas sans phénomène subtil caché ou à peine perceptible.
Je continue d'une traite jusqu'à la cascade bluff qui se jette littéralement dans l'océan. Elle est visible seulement de la plage. Les points de vue sont différents à chaque niveau de la falaise selon que l'on voisine avec le rez-de-chaussée ou s'arrête à l'un des étages. La vue depuis la terrace et les piscines au-dessus de tout n'autorise pas la vue sur la chute mais permettent de traverser la rivière avant qu'elle ne fasse le grand plongeon et le passage à gué de se croire dans un paysage alpin de Suisse valais sauf que les vaches n'ont pas les cloches aux cous.
Avec le terrain vallonné et les vastes zones de pâturage, je ne vais peut-être plus autant mouiller mon pantalon qui tient presque debout à cause du sel marin. Des traces de poudre blanche sur un jeu de jambes noires comme si la voie lactée était descendue à mes pieds. J'ai l'occasion de pouvoir gommer cela et repartir avec un bon fond de culotte et des chaussettes propres. Je ne me gène pas. Je me déshabille, lave et attends que mes effets soient secs avant de les renfiler. Je patiente en grignotant. Une heure d'attente suffit avant que je puisse me rhabiller et continuer vers Mbotyi, la première grande communauté digne de ce nom, une petite ville à elle seule. Je l'atteins éreinté en cours d'après midi en bout de course après des détours à l'intérieur des terres qui ne m'indisposent pas puisque le paysage accidenté me réjouit mais les montagnes russes finissent par fatiguer. Je doute et voilà qu'un troupeau apparait caché par le chapeau du mamelon suivi de son gardien. Il me renseigne en m'indiquant du bras le détour annoncé auquel je n'arrivais à me faire à l'idée. Je traverse une petite nappe d'eau cachée parmi les roseaux qui s'écoule tranquillement et respire la sérénité. Qu'il fait bon s'y asseoir et contempler la fuite du temps sans qu'elle nous obsède. Les flèches indiquant le sentier à suivre sont rares. Il faut les chercher parmi les morceaux de roches noires et de terrains crayeux, ce qui fait qu'au final le sentier se définit en noir et blanc avec un chapeau d'âne vert qui le surmonte et le protège des éboulements intempestifs.
Après une longue course qui me parait interminable et une fin dont la chute est vertigineuse, je descends sur la plage des coquillages (shelly beach), la traverse et remonte sur la route sur l'autre versant en pénétrant dans le jardin de Phulma Sigosa (tél: 0743708787) qui loue à l'occasion sa maison aux familles ou groupes. Je remplis son livre d'or tandis que le temps s'assombrit dehors. Je n'y prends pas garde mais la visibilité dans la baie n'est plus celle qu'elle était il y a une demi heure. Elle me fait goûter à sa bière de maïs de fabrication artisanale entre deux tasses de thé et voilà que ma vue se trouble encore plus. Il est 16h00. Il se met à pleuvoir et flotter méchant sur la baie qui disparait de mon panorama. Je suis à table, assis sur un banc à l'intérieur, en train d'écrire alors que Phulma hache menu des feuilles de potiron et a préparé une salade de tomates. Elle m'attend à ce que je reste pour la nuit. Je suis pris au piège et ne peux m'échapper comme retenu avec un fil à la patte. Inutile d''insister, je jette l'éponge. Son amant plus jeune qu'elle (49 ans) mais qui parait un vieil homme, attend dans la case-cuisine en sirotant la bière artisanale avant de passer à celle en bouteille. Il est atteint de douleurs chroniques et je lui donne deux antalgiques. Il n'en fait qu'à sa tête et ne prend qu'un seul cachet (500 mg) alors qu'il n'hésite pas doubler le nombre de bouteilles d'alcool. Il est marié et a un enfant de sa femme avec laquelle il reste et une fille de treize ans avec Phulma. Il lui tient davantage compagnie et assure une présence lorsqu'elle doit s'éloigner de Mbotyi.
En Afrique du sud, si vous quittez votre "chez-soi" sans personne à vue pour le surveiller, vous pouvez être certain que des visiteurs indélicats viendront faire leur collecte, que vous soyez afrikaner ou natif, réalité dont il faut tenir compte.
Alors qu'il pleut et vente abondamment, une voile sort de la brume à courte distance de la plage et s'évapore après un quart d'heure de visibilité comme celui d'une mariée entrevue derrière le rideau d'une chute d'eau. Je suis prêt à aller accueillir les occupants au cas où ils aborderaient et mettraient pied à terre. Je le pense en difficultés à cause de la météo. Il n'y a pas moyen de venir choir sur le sable, la côte étant trop déchiqueté. Vu de mon promontoire, la disposition des récifs parlent d'eux-mêmes et ne laissent planer aucun doute quant à leur caractère agressif et leur dangerosité. Des Européens à la barre qui viennent de passer le cap de Bonne-Espérance et sont en train de remonter vers la côte du Mozambique ? Une belle image de voyage qui passe avant de partager le souper et se séparer.
Mbotyi, un concentré de hameaux raccordés par des sentiers, est très étendue et dotée d'une vue qui porte par delà les collines comme le centre d'un filet de pêche où les cases multi couleurs seraient les points de couture qui tiendraient les mailles du filet. Des points de convergence que l'on peut comparer à des têtes d'épingle enfoncées dans l'hérisson en mousse verdoyant d'une couturière. Je dois faire un détour par le pont et croise Zolani qui arrive de Lusikisiki et s'arrête à l'entrée de la bourgade pour m'emmener. Il me laisse au départ de la piste vers Port St John avec un chocolat et un pain de mie dans les bras. Comme j'ai beaucoup marché par monts et par vaux, je doute qu'il y ait un sentier qui parte de la plage et emprunte la piste détrempée non praticable, la déclivité étant trop importante. Cette piste de construction récente domine le littoral mais ne mène nulle part. Je m'en rends compte après plusieurs kilomètres de dénivellations imposantes. Le sentier passait par le littoral. Je n'ai qu'à m'en prendre qu'à moi-même de ne pas avoir osé m'aventurer et pris l'initiative d'aller jusqu'à la plage. Je voulais quitter Mbotyi au plus pressé et je me retrouve maintenant sur une voie qui s'est rétréci de moitié et finit en sentier courant entre les herbes jusqu'à deux rondavels. Je monte sur la colline et jette un coup d'œil à l'horizon sur les toits lointains éparpillés dans la nature. Je m'enfonce dans une prairie bourrée d'épineux et délimitée par des fourrés infranchissables. Je dois m'y coller si je veux tracer mon chemin. Je suis sous le couvert végétal abattant chaque branche morte obstruant ma percée. Je suis plus délicat avec les épineux que j'épargne et écarte de deux doigts avant qu'ils ne se referment sur mon passage. Le rideau est tiré. La scène un peu longuette se répète et va durer deux heures. Je transpire à grosses gouttes et manque d'eau. Je choisis de descendre un versant qui me porte vers le littoral. Au fond du val embroussaillé, une rivière, vers laquelle je tends, court. A première vue, je vais y accéder par un réservoir d'eau naturel. Je suspecte des parois rocheuses impassables de part et d'autres. Les deux pieds dans le cours en contrebas de la poche d'eau, je me restaure et reprends des forces. Je n'ai plus qu'à suivre le courant qui va forcément se jeter dans l'océan. Déchaussé pour plus de commodités, le voyage vers l'océan va me prendre quelques heures d'épuisement. Avancer à l'aveuglette et suivre les méandres du cours n'est pas une partie de plaisir. Marcher et sauter de roche en roche finit par se révéler dangereux à cause de la fatigue tout comme casser les branches d'un arbre mort pour ouvrir une fenêtre requiert de l'énergie. Après quatre à cinq heures de progression régulière, je viens de rechausser et longe la rivière Mzimpunzi en forme de bassin de rétention sur une cinquantaine de mètres. Sur ma droite, je devine un sentier couvert, longtemps inutilisé, obstrué par le monde végétal, à peine perceptible qui court en forêt, perpendiculaire à la rivière et remonte dans les collines. Il la croise. L'autre côté se rapprochant de Mbotyi que je ne veux pas revoir, après déduction, je choisis de retrouver le bord sur lequel j'ai mis pied et l'explorer. Suite à la partie boisée, je débouche sur une prairie et la traverse pour enchainer avec deux autres et au bout du compte, finir en bout de champ avec une vue sur un paysage de jungle à l'infini. Il se met à pleuvoir. Je m'abrite mais n'ai plus guère le temps de m'amuser si je veux être rentré à la maison ce soir, ce dont je ne doute pas. Il n'y aucune case visible à l'horizon. Continuer serait m'assurer une nuit à dormir - rester - dehors. Je dois faire demi tour.
Il m'a fallu plus d'une heure pour accéder à l'endroit où je suis. Sans perdre de temps, je fais le retour en vingt minutes jusqu'à la Mzimpunzi et croise un crabe qui se fait petit sous ma semelle. Je n'ai pas l'intention de le tuer. Le fait d'hésiter lui donne le temps et une chance de filer. Aucun regret. Je poursuis vers l'aval et ne laisse aucune chance au prochain. Je l'estourbis d'un coup de chaussure. Il en perd une pince. Je le mets dans le sac à main dans ma casquette. Le ciel chargé de pluie s'assombrit. Le chemin vers la plage est long et l'océan loin même si le ressac est perceptible. Je sors rapidement de la forêt et continue à travers des herbages. Il me faut plus d'une heure de marche pour croiser les premières vaches et voir les cases. J'arrive sur le sable dans lequel le cours d'eau perd de sa force et le S qu'il forme en se jetant dans l'océan me rend confus. Il est absolument identique à celui croisé hier. Là où je m'apprête à passer à gué, j'ai l'impression de revoir le courant de la veille. Je suis perturbé. Je ne peux pas avoir dépassé Mbotyi sans m'en rendre compte.
En levant la tête, je vois un regroupement de cases, les unes aux murs jaunes et les autres roses. Un peu plus haut, la route empruntée ce matin à la sortie de Mbotyi et le point de vue d'où j'ai pris une photo de la plage sur laquelle je me retrouve ce soir. J'ai marché douze heures non-stop pour me retrouver presque à mon point de départ. J'en suis fort désolé et surtout dépité. J'avise une fermette dans ses murs mais dégoûté, je préfère aller de l'avant bien qu'il se fasse tard. Un type en bottes, un objet long à la main que je prends pour un fusil, remonte la colline et marque une pause pour me considérer. Je dépasse la plage sauvage et risque de me retrouver le bec dans l'eau si je continue. Un peu de jugeote si je veux trouver un toit avec le temps déplorable qu'il fait. Je fais demi tour et l'appelle. Il m'attend et nous rejoignons ensemble les deux cases en haut du versant. Il tenait à la main un parapluie et une machette. Un vieil homme, quatre femmes dont deux jeunes et huit enfants sont regroupés autour du foyer. Est-ce dire que chacun des deux hommes est polygame et a deux femmes et quatre enfants ? Ils paraissent vivre dans la plus totale misère et complètement démunis bien qu'ils soient habillés et me proposent un café. Je suis trempé jusqu'aux os et apprécie m'asseoir près du feu. J'ai gagné mon pari d'être abrité pour la nuit mais elle risque de ne pas être de tout repos à cause des nourrissons qui font réclamer leur quota de lait. Quand j'emprunte la lampe dont ils se servent, éminemment puissante au rayon de lumière très concentré, quelle n'est pas ma surprise d'avoir en main un téléphone portable multi fonction. Pourquoi ne pas utiliser cette possibilité ? Il fallait y penser ou en avoir besoin.
Après l'avoir recherché dans mon sac, je sors le crabe de mon chapeau sous les sourires de l'assemblée et le glisse sur les braises incandescentes. Quand il est prêt, je propose à la ronde de partager les pattes mais tout le monde s'abstient même les enfants que je pensais friands de cette petite spécialité. Est-ce qu'ils refusent par politesse ? Je n'ai pas la réponse. Certaines carbonisées craquent sous la dent. Je mets trois quart d'heure à manger le crustacé dont rien n'est laissé avant de recevoir une assiette d'un brouet solide dont les ingrédients sont indéterminables, un pavé qui reste sur l'estomac. Je me retire, le pantalon encore mouillé, dans la case où le lit m'a été réservé malgré mes récriminations pour dormir sur un matelas à même le sol. Je sais que rien ne va les faire changer d'avis mais plutôt les contrarier. Je m'allonge sur la plateforme surélevée et observe le petit monde s'installer et s'éteindre doucement. Les deux jeunes femmes sont présentes, chacune responsable d'un nouveau-né ainsi que mon hôte fluet, une véritable carpe, car il ne parle pas et très effacé. Un an après le mariage, le fils peut prétendre à sa propre case construite sur la concession familiale. Les délais d'attente se réduisent à l'heure actuelle et la belle-fille exige de plus en plus, dès son installation dans la belle-famille, d'emménager dans une case indépendante. Une bougie et des allumettes près de l'oreiller, l'une des deux jeunes femmes plus énergique assume une part prépondérante de responsabilité au niveau du groupe familial. Elle est au four et au moulin et prends toutes les initiatives. Je ne suis pas à l'aise dans mon pantalon humide. Le maillot de bain étant mouillé, je dois le garder sur les fesses. Entre l'inconfort qui en résulte et les pleurs des bébés, je ne passe pas la meilleure des mes nuits depuis que j'ai quitté Port Edward. J'en suis à ma troisième nuit écourtée où je n'ai pas ma dose de sommeil suffisante pour me reconstituer énergétiquement et pouvoir assurer l'effort entrepris. Je me dis que je serai demain matin très tôt sur le chemin pour une longue journée de marche mais dans quel état de fraicheur ?
Avec de l'eau chaude, je prépare du café soluble que j'offre aux adultes. Il finit entre les mains des enfants. La famille a quelques vaches dont le lait sert à préparer le petit-déjeuner. Ces derniers 24h00 ne sont pas sans laisser de profondes séquelles au niveau fatigue. J'ai plus donné physiquement en une seule journée de descente sauvage en rivière qu'en une journée de marche régulière. Je longe littéralement l'espace littoral déchiqueté dans sa plus grande partie et surplombe les plages de rochers noires où les locaux ramassent les moules et fouillent les recoins et dessous rocailleux à la recherche d'écrevisses bien que la saison ne soit pas ouverte. Je suis à une courte distance de Mantegu quand je rencontre Alex, une canne à pêche à la main qui fait partie du ministère de l'environnement. A tous les écouter, ils sont employés ou commissionnés par un organisme ou un département quelconque auxquels ils se réfèrent comme si leur position leur apportait plus de poids et leur conférait un statut qui leur donne une reconnaissance. Dommage que nous ne nous sommes pas rencontrés à la nuit, j'aurais aimé échanger plus avec lui. Des jeunes filles vêtues de T-shirt et short laissant rebondir leurs formes nous dépassent en route vers la pêche aux moules, l'activité quotidienne. Je rattrape la lagune formée par la rivière Mzintlava dans laquelle vivrait un monstre avec la tête d'un poisson et le corps d'un cheval dont je ne vois nulle trace.
Le gardien du camp des Drifters, auquel je m'adresse pour recevoir des infos sur le passage à gué, feint de m'ignorer. Il me montre vaguement l'endroit où traverser et quitte la plage. Je contourne le camp avant d'entrer finalement par une barrière et aller le voir. Il n'y plus d'électricité solaire disponible - le commutateur accessible à partir du village distant d'un kilomètre ayant été tourné - mais j'ai moyen de réchauffer un fricot d'haricot mélangé avec du riz et faire du thé. La chaleur ambiante et la fatigue aidant, je m'endors sans m'en rendre compte sur mon duvet dans la salle de restauration près du bar, véritable tête de pont et point d'observation avec une vue dégagée sur l'estuaire et les collines avoisinantes à cause de sa position dominante. Lorsque je me réveille vers 16h00, je dois me rendre à l'évidence, j'ai dormi, ce dont j'avais besoin. L'agence les Drifters gère trois camps - Lupatana, Mzintlava et Mntafufu - dont une partie des bénéfices est reversée aux communautés locales. Les cabines impeccables de deux personnes identiques à celles du camp de la rivière Mtentu sont louées 270 Rands par personne par jour (presque 25 euros/pers/jour). Avant de quitter le camp, je remercie Alex de m'avoir permis de faire une pause et repars sur la plage.
Le paysage de collines couvertes de végétation luxuriante alterne avec les plages désertes où une rondavel en piteux état sur l'une puis trois maisons délabrées sans toit sur la suivante font acte de présence sans nulle personne à bord pour les surveiller. Une dernière plage au bout de laquelle je devine la rivière Mntafufu impassable à l'heure actuelle. Je suis coincé sur cette rive et je n'ai pas vu âme qui vive depuis que j'ai quitté Alex. Je lui ai demandé s'il y avait une autre rivière importante avant d'arriver à Mbotyi mais il m'a répondu qu'il n'y était jamais allé à pied par la plage, ce qui m'a surpris. Comment lui, le natif de Mantegu, responsable du camp, n'est-il pas capable d'informer les visiteurs ? Cela fait partie de sa tâche. Je contourne la dune et aperçois plusieurs bateaux de plaisance, principalement de petites barques, au mouillage ou attachées à un ponton. Je m'en approche et une allée parallèle au cordon de dunes rentre à l'intérieur des terres. Je la suis pour découvrir plusieurs résidences mitoyennes inoccupées dont la dernière retient mon attention à cause de sa véranda bien protégée. J'y élis domicile pour la nuit en étalant mon duvet sur la moquette tandis qu'au réveil, je change de domaine. Une autre véranda chez Dave et Bev(erly) mieux achalandé dispose d'une gazinière à gaz où je peux préparer du thé à volonté. Je remplis une cruche en émail au réservoir d'eau de pluie situé à l'autre bout de la maison avant de me rendre compte que des bouteilles remplies d'eau sont disposées dans l'herbe tout autour de la propriété. Je m'interroge sur l'efficacité de ce système de sécurité. Une fois que le maraudeur est entré dans l'œil du cyclone, est-ce que la poisse ou la malchance ne va pas le quitter ? Je dois attendre l'irruption de la vieille servante vers 9h20 pour comprendre que ce n'est qu'un moyen de délimiter le terrain en dehors duquel les chiens sont autorisés à se lâcher, pisser et chier. Ouf ! je ne suis pas visé et en rentre pas dans la cadre des animaux à quatre pattes. La maison appartient à un couple, Dave, grand pêcheur devant l'éternel avec ses prises en photo sur le mur et Beverly, sirène heureuse d'avoir rencontré son homme-poisson. Des morceaux de bambou attachés à une ficelle chantent lorsque le vent s'y frotte et les effleurent tandis que des sachets de thé laissés à sécher retiennent mon attention avant de quitter pour attraper la marée basse.
La traversée de la Mntafufu ne s'avère pas une partie de plaisir. Si je dois toutes les classifier au vu des difficultés, elle vient en seconde position après celle de la Mtentu. Je la traverse avec une heure d'avance (10h30) sur l'heure de la marée basse (11h27). Bien campé sur mes deux jambes, de l'eau à hauteur du maillot de bain, le courant fort me fait vaciller surtout quand le sable a tendance à se dérober sous mes pieds. Tel un petit rat, j'évolue sur la pointe des pieds, posant délicatement l'un après l'autre, pour m'assurer d'être toujours sur une base sablonneuse qui puisse supporter mon poids et celui de mon sac. La traversée, le sac à la main, se fait sans difficulté. Je tate le terrain plus près de l'embouchure. L'idée est convaincante, renforcée par du sable plus ferme et un niveau d'eau plus bas. Mon second passage n'est pas comparable avec le premier. Les trois-quarts du bras d'eau derrière moi, je sens le sable se mouvoir et glisser sous ma voute plantaire quoi que je fasse et où que je pose le pied. Je tente, nécessairement à contre-sens, de remonter le cours au niveau de l'endroit de mon premier passage à gué. Je m'aperçois de mon erreur, lutter contre la force de l'eau engendre de la fatigue inutile. Je me repositionne en parallèle vis-à-vis du courant et décide de toucher le bord en avançant à tâtons légèrement vers l'aval. Il me reste trois mètres à parcourir et l'essai est vite transformé. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir saisi. Un passage à gué ne ressemble pas à un autre, ni un second au premier. Toujours être sur ses gardes, porter l'attention et être dans le moment présent. Rien n'est gagné de prime abord. Bien que son niveau d'eau était faible, la Mntafufu est la seule rivière où j'ai pu sentir la force du courant m'entrainer vers l'océan. Je n'avais même pas vu hier soir entre les deux collines le troisième campement des Drifters semblable à celui de Mantegu. Je contourne la colline le cachant et le laisse sur ma droite pour retrouver la plage ventée de rochers éparpillés.
Une jeune xhosa dont l'étymologie signifie "peuple rouge", vient s'asseoir à mes côtés et discuter un brin, limité par son anglais. Les Xhosa tirent leur nom de l'ocre rouge ou orangée dont ils s'enduisent le visage comme cette jeune employée du ministère des ressources halieutiques, la réglette à la main mesurant la taille autorisée des espèces piscicoles endémiques. Je poursuis et retrouve à flanc de colline les flèches bien dessinées et régulièrement signalées des sentiers de l'Amapondo et de l'Amadiba, noms donnés à ces circuits pédestres d'après ceux des communautés locales. Très rapidement, ce ne sont plus des collines qui font le dos rond comme les chats, appellent aux caresses et à la contemplation mais je me retrouve à longer une falaise bien réelle avec des à-pics impressionnants. A mes pieds, une plage de rochers mortels vu la hauteur à laquelle je marche. Le vent puissant essaye de me jouer des tours et de me décrocher de mon antre sans compter le petit-déjeuner léger et la fatigue latente qui ralentissent et amoindrissent mes mouvements. Avis aux amateurs d'émotions fortes et les personnes sensibles au vertige mieux vaut s'abstenir.
Profondément découpée, je trouve néanmoins une ouverture dans la roche à la fin d'une petite plage pour déféquer. Ma commission faite, accroupi, maillot de bain et pantalon descendus sur les chevilles, je calcule mal le retour de la vague qui risque de me mouiller jusqu'à la ceinture. La tête en avant, les bras devant cherchant la fuite, je me ramasse à l'ultime moment devant la marée d'écume venue me lécher les bottes. Des gouttes ont rafraichies et arrosées mes parties intimes mais je ne suis pas trempé et ai évité la douche rectale à l'eau salée. Je me relève et remonte le sentier qui s'élève de nouveau.
Je revois sur toutes ces petites plages depuis le début de mon parcours, du bétail, des bovins ou des caprins peu craintifs qui, pour une raison inexplicable, aiment s'y retrouver et paresser l'air hagard. Les vaches n'ont rien à se mettre sous la dent et l'eau, élément vital et essentiel, se trouve à l'intérieur des terres, la proximité de l'océan rendant l'eau des estuaires salée et insalubre. Quelle explication à cela ? Aucune sinon qu'elles ont peut-être abusé de "l'herbe du bonheur" et que cela constitue une façon de décrocher de leur addiction.
Magnifiques cathédrales et pointes d'aiguilles se succèdent avec des passages en altitude d'un niveau à l'autre parfois délicat. Je colle au plus près de la côte et j'ai besoin de mes deux mains et de mes pieds pour franchir un aplomb. La marée est descendante et le vent indécrottable me pousse dans le bon sens. Si je devais faire le parcours dans l'autre sens, cela augmenterait les difficultés. Excepté quand je suis arrivé à Mbotyi avec le vent de face, je l'ai eu deux jours dans le dos. Le ciel a été couvert pendant deux jours et j'ai goûté à la pluie à deux reprises sur la côte sauvage. Les étés sur la côte sauvage peuvent être violents, torrides et ponctués d'orages dévastateurs, ce qui augment le risque d'avaries et d'échouages sans compter le courant du Mozambique qui aurait tendance à rapprocher de la côte tout objet immergé y compris les bateaux étourdis. Au lieu de côte sauvage, elle pourrait s'appeler la "côte des épaves".
Le dernier à-pic n'est pas facile à appréhender avant une longue galopée du désert où les grains de sable s'envolent balayés en même temps que la plage nettoyée de tous corps étranger. Je pése mes mots mais comme si je suis en trop et sommé de quitter l'endroit illico presto, je suis poussé vers la sortie pour laisser la nature inviolée et intacte. Nulle trace de pas imprimée dans le sable d'or derrière moi. Le vent efface tout comme l'éponge sur le tableau. Je ne peux pas reculer mais avancer seulement avec ce vent violent qui me fouette le visage si je me prends à lézarder et contempler la mer de profil. Au bout du tapis ensablé, je tombe sur le lieu-dit "Poenskop" où trois nettoyeurs de la zone protégée écologiquement sont allongés près d'une poubelle. Là, où il y a des plages, je les vois toujours prendre du bon temps en groupe, le farniente étant visiblement l'une des activités principales de beaucoup d'autochtones. Ils essayent souvent de me taper une cigarette n'ayant pas à l'esprit qu'un randonneur ne fume certainement pas. Le plus âgé avec sa machette, qui vient de les rejoindre, me devançait de peu depuis l'autre baie. Il m'avait remarqué depuis les rochers, qu'il chatouillait de sa lame, à la recherche d'écrevisses. Je l'ai rattrapé après ma descente intrépide et lui ai demandé combien il me restait d'heures à marcher avant d'atteindre Port St John. "Deux heures" m'a-t-il répondu. Je ne suis pas prêt d'arriver s'ils me répètent tous, "deux heures" les uns après les autres. De quoi se décourager, la fatigue y étant pour quelque chose.
A la fin de la plage, je touche au sublime avec le décor naturel d'un merveilleux indicible dont je jouis. Je passe le cap, véritable avancée dans l'océan et me retrouve dans le Kerry (Irlande) avec des moutons au lainage encrassé loin des blancs moutons de la verte Erin. Se sont-ils roulés dans la boue pour pallier les effets dévastateurs du soleil ou par effet de mimétisme ? Me faisant face, des collines rasées par les tondeuses ovines s'ouvrent en V renversé entre une piste qui remonte depuis le promontoire et la côte plus rugueuse et ventée que jamais. Trois mamelons imposants en file indienne ondulent et font preuve d'une déclivité importante avant de se jeter dans l'océan comme rongés sur un flanc par un monstre marin affamé ou en colère qui leur aurait donné un coup de dent et les auraient entamés. Je suis redescendu au niveau de l'eau, comme si je n'étais pas assez fatigué, pour mieux les jauger et les confronter. En montant le versant abrupte dominant l'aplomb qui donne sur la côte découpée, je pense qu'il serait facile avec le vent violent qui me porte, de chuter et de rebondir plusieurs fois avant de m'échoir les bras en croix entre les rochers. Je ne donnerai pas cher de ma peau. Je suis juste conscient de l'éventualité. Ne pas se dire "ça n'arrive qu'aux autres". Il est plus facile de flancher quand le corps est las de marcher et le dos fatigué de porter la charge. Je peine comme une bête de somme. Je pense à faire une pause d'une journée voir plus à PSJ et me dis que ça suffit peut-être avec cette première étape, au cas où je trouverai une voiture qui veuille bien m'emmener. Je suis conscient de finir en apothéose avec les dernières vues sauvages presque aériennes de la côte, un spectacle naturel qui appelle à la contemplation. L'apocalypse est proche, la fatigue venant à bout de mes ressources. Voir Port St John et mourir...
Ayant surmonté le premier mamelon, je glisse sur le côté pour contourner l'à-pic et continuer ma progression. Je décide de rester concentré sur le mouvement de mes pieds pour surmonter la lassitude et la douleur qui en émane. La conscience plus puissante que la matière peut la manipuler et en abuser à sa guise même si la seconde n'est ni aux commandes, ni possédée par la première car l'esprit et la matière sont distincts. Si les deux étaient liées, la conscience arrêterait le vieillissement tant honni par les humains et empêcherait la maladie. A-t-on jamais vu quelqu'un dire "je ne veux plus vieillir" ou "je ne veux plus être malade". Le changement, ce qui nait, vit et meurt, est inéluctable. Revenons à nos moutons et mes pieds. Je marche doucement et note mentalement le mouvement de chaque chaussure lorsqu'elles se soulèvent l'une après l'autre tout comme je labelle le fait de pousser le pied en l'air et de le poser. Comme dans un dessin animé constitué d'une infinitude de figures superposées, je décompose le pas en trois étapes courtes - lever, pousser, poser - dont je prends pleinement conscience. A partir du moment où je suis totalement concentré sur mes galoches, la fatigue est évacuée, la douleur n'est plus dominante, je peux pousser fort sur les guiboles ignorant les récriminations de mon corps éreinté. Etre à l'écoute de son corps est nécessaire mais nous nous berçons trop souvent de fausses illusions et imaginons des bobos imaginaires, ce qui nous freine dans la vie quotidienne. Je lui donnerai du repos, ce dont il a tant besoin, plus tard. L'heure est à la marche méditative.
J'écrase les sommités qui se dressent devant moi et les avale avec une puissance déconcertante. Rien ne peut m'arrêter. Je croise la piste que je laisse sur ma droite avant de bifurquer et piquer vers la "terrace Agate", nom laissé par les Portugais à ce long ruban ensablé éventé et cuisant sous le cagnard. Au fur et à mesure que je progresse, Eole qui m'accompagne depuis ce matin, me poussant et m'enveloppant dans son manteau, soulève des nuages de grains de sable et donne l'impression de vouloir éradiquer et éliminer la terrace de toutes ses impuretés en la débarrassant de ses grains. Il la brosse violement. Je suis le corps étranger qu'il veut dissoudre. J'avise un groupe de maisons blanches cachées derrière les dunes parmi les acacias. Je les rejoins et seules, les deux dernières, sont habitées. James est assis sur le balcon de la petite maison et m'invite à m'asseoir. Je lui explique que j'ai besoin de faire une pause à cause de la chaleur. Il n'a pas idée de l'heure qu'il est. Son visage abimé le fait paraitre beaucoup plus âgé que sa jeune femme à moins qu'il n'en ait eu successivement plusieurs et que celle-ci soit sa dernière conquête. Les familles recomposées sont monnaie courante en Afrique du Sud. Les gens vivent à la colle et les couples se font et se défont au gré des rencontres et des attirances sexuelles.
Le président Jacob Zuma vient de marier sa cinquième femme, en réalité sa troisième car il a divorcé la seconde et l'une est décédée. Les hommes quittent femme et enfants pour aller vivre avec une autre partenaire et certaines femmes préfèrent la vie de mère célibataire à celle de couple. L'institution du mariage étant depuis longtemps dépassée, les bouleversements familiaux et sociaux ont des conséquences déstabilisantes pour les enfants. Je prépare un thé tandis que James, résolu à me céder l'une de ses paires de chaussures dont il ne se sert plus, m'en sort trois paires de ville et deux impaires. L'une, massive et très lourde, est celle que les blacks portent lorsqu'ils sortent, loin d'être une paire de chaussure de marche. Des tennis sont trop usagées et ne peuvent tenir que quelques heures soumises à la pression du terrain accidenté. Il reste une noire mais sa petite sœur jumelle est absente, ce qui parait embêtant quand on a deux pieds. Il la cherche dans le jardin et le foutoir d'un appentis avant que je n'essaye à mon tour sans succès de mettre la main dessus. Je le quitte en gardant mes deux Caterpillar en souffrance aux pieds.
Un ferry qui opère jusqu'à 17h00 permet de traverser la rivière Mzimvubu - du mot mvubu dans le langage xhosa qui signifie hippopotame. Ils pullulaient dans les eaux à l'arrivée des Européens. Leur extinction précipitée par les armes à feu est due à la chasse dont ils ont été victimes. Les xhosa se nourrissaient de viande de ces pachydermes mais n'avaient que des lances pour les tuer.
Sur le bord du chemin carrossable qui conduit au fleuve, les écoliers reviennent du collège et rentrent chez eux à Poenskop. Trois d'entre elles dont l'une assise confortablement sur une chaise rouge en plastique collationnent d'une miche de pain, d'une barre de margarine (125 gr.) et d'une bouteille de soda orange. Avec ses doigts qu'elle plonge dans la marga, l'une d'elle s'évertue à la séparer en trois portions égales comme elles se sont déjà séparées le pain entier. Je leur propose d'utiliser mon couteau sans leur faire de remarques inconvenantes sur leur hygiène alimentaires inappropriée. Deux d'entre elles sont d'une bonne corpulence. Quand je reprends mon outil, je croise d'autres collégiennes dont certaines ont de l'embonpoint, ce que je comprends si elles suivent le même régime, ce dont je ne doute pas. L'éducation a encore de beaux jours devant elle.
J'attends le bateau pour la traversée. Je ne sais pas si j'ai réellement envie de remettre les pieds dans le monde civilisé avec ses boutiques, ses voitures qui klaxonnent, ses gens qui se bousculent et se mettent en avant comme coupé du monde après un stage de méditation de 10 jours d'où il est difficile de sortir, d'émerger et revenir à la réalité. Je peux faire demi tour et retourner à ma "côte sauvage" avec ses rivières et ses kilomètres de sable épuisant. Il serait pourtant vraiment idiot que je le rate, le pont pour entrer en ville se trouvant à quatre kilomètres. La société de sauvetage assure le transbordement des passagers d'une rive à l'autre.
Peut-on parler d'une ville ? Zolani lorsqu'il m'a déposé à Mbotyi au départ de la piste vers PSJ m'a affirmé que "PSJ était une grande ville". A l'embouchure du fleuve, PSJ, loin du stress, de l'agitation et des embouteillages est coincée dans un écrin de végétation tropicale à proximité de falaises vertigineuses entre les Mont Thesiger et Sullivan. Deux rues principales enserrant le marché et les bâtiments administratifs courent dans un sens et trois autres secondaires mal tracées, avec en bruit de fond les vagues, font la part belle à l'improviste si l'on cherche une adresse. Je suis curieux et attends de voir East London (EL). En débarquant sur la jetée, j'ai le temps de mettre les pieds à l'office de tourisme avant qu'il ne ferme ses portes, en totale rénovation et complètement sens dessus sens dessous. Je veux une carte du Cap Est identique à celle dont je dispose, autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le désordre ambiant. L'hôtesse d'accueil m'envoie vers la "Glass House" en abrégé GH comme Guesthouse mais d'un standing "de luxe" ou qui se prétend tel vu les prix pratiqués. En m'y rendant, je tombe nez à nez sur le poste de police. Je me dis que je peux tenter d'y passer la nuit sans trop m'attendre à ce que ce soit possible. Je m'adresse au capitaine Nongadla qui accepte mon idée sans difficulté, sans me poser de questions, ni me demander mon passeport. Il me montre ma chambre à côté de la salle d'attente, en fait le bureau des auditions encombré de dossiers volumineux disposant de quatre chaises et d'une table bizarrement découpée en pentagone. La chaleur y régnant l'a transformée en étuve. J'y laisse mes sacs et continue sur mon idée de visiter la GH et la plage à la nuit tombante. Courbettes et sourires de bienvenue de la part des propriétaires avant de m'enquérir de l'objet de ma visite. Elle lance au passage un coup de griffe au bureau d'information touristique qu'elle juge incompétent parce que, il faut comprendre le sous-entendu, il est géré par des noirs avant d'avoir elle-même du mal à repérer une carte détaillée de l'itinéraire du Wild Coast Trail qui n'est pas celle que je cherche. Son numéro de téléphone y est lisible et ayant contribué aux frais de publication de la carte, elle me la cède à 50 Rands (5 dollars U.S) au lieu des 65 habituels. Devant mon désintérêt, elle ne perd pas la face et son humour ravageur quand elle m'affirme qu'elle réserve Internet à ses clients et spécifie que les frais de service de "1 Rand/minute" s'applique au temps passé en ligne et non pas au temps de sommeil de ses invités. Je suis retombé dans la réalité des Afrikaner au cœur de pierre. Si seulement, ils pouvaient ne pas exister, je m'en porterai mieux mais, erreur de l'histoire, ils font partie intégrante de l'histoire de l'Afrique du Sud.
Ma nuit chez les keufs se passe bien. Je suis resté une semaine sans avoir accès à l'électricité - sauf la nuit à "la lodge" du Hkambati - et j'en profite pour remettre à jour mon journal. Je commence ma nuit parterre étalé sur mon duvet avant de rapprocher trois chaises en longueur et la quatrième sur le côté pour éventuellement supporter mon genou si je dors en chien de fusil. Au bout des chaises collées les unes aux autres, ma tête repose sur le banc de dalles en pierre recouvert d'un T-shirt. Je récupère et dors mieux lors de la seconde mi-temps. Au réveil tardif, je paquète et prends la direction de la bibliothèque située à côté du musée où je veux fureter et lire le livre de référence "Mkambati and the Wid Coast" by Div De Villiers & John Costello. La bibliothécaire ne le connait pas. Quand le conservateur du musée vient prendre le thé, il me confirme qu'il devrait y avoir un exemplaire dans les étagères qu'il a lui-même emprunté. Aucun livre, ni journal n'est répertorié, ni même ceux qui sont empruntés. Il faut s'en remettre au plus grand des hasards pour en repérer un s'il est dans les rayons mais comment en être certain ? Il jette un œil mais celui-ci reste introuvable. Il me dit d'aller l'emprunter à John qui habite la porte d'à côté et s'occupe d'héberger les touristes. Je le trouve occupé, peu engageant, à discuter autour d'une tasse de thé. Il me demande de revenir dans un quart d'heure. Une heure plus tard, son ex-femme Katryn l'appelle et le fait demander depuis la réception. Il arrive plus souriant qu'au premier contact et me tend le livre. Je lui laisse mon passeport en échange et le récupère après ma journée dans une pièce à l'écart du musée, la bibliothécaire bruyante étant trop occupée à recevoir et prendre le thé avec les visiteurs.
Dans une pièce contigüe à la mienne, pendant toute la journée, deux filles jacassent bruyamment et éclatent de rire à l'occasion alternant avec les coups de fil reçus et les appels. Que de temps gaspillé ! Je quitte le centre ville concentré autour de la première plage pour accéder à la seconde plage et enchainer sur le sentier vers la réserve de Silaka et Coffee bay. Je demande à la dernière "maison sur la plage" (houseonthebeach.co.za tél (portable) 0837151421 Wayne Rohland) située dans un cadre idyllique des renseignements sur les possibilités de trouver un abri sur le sentier car la pluie menace. Danny, le bras droit de Wayne, complètement défoncé et ivre, ne me donne pas beaucoup de chance et Wayne accepte que je reste dans les murs si j'ai besoin de me reposer, tout cela sur un fond musical des sixties avec de l'alcool fort et le joint qui circule. La seule condition qu'ils exigent est que je n'ouvre pas les fenêtres de ma chambre car il y a deux boas constrictor dans un vivarium grillagé, ressemblant plus à une volière, mitoyen de l'un des murs annexes. Derrière l'autre mur, la pièce dans laquelle je suis reçu. Wayne émet de fort soupçons quant à ma véritable motivation sur la raison d'être de ma présence et ma nationalité. Avec Danny, ils mélangent l'anglais et l'Afrikans pour voir si je réagis. Wayne pense que je suis peut-être Sud-Africain et que je cherche à me cacher pour une raison ou une autre, l'hypothèse du tueur en série lui paraissant la plus plausible. N'y tenant plus, après une heure de tergiversations, il demande à vérifier mon passeport. Parano à cause de la fumette ? Non, juste Sud-Africains.
J'ai le choix de dormir sur un lit dans une chambre entre deux hippies déphasés et suspicieux qui vivent à fond les années soixante et deux bêtes au régime avec un cochon d'inde par mois voir rien pendant un an (selon Danny) ou bien, seconde possibilité, chez Jean, un Hollandais voyageur, établi à PSJ depuis sept ans, prêt à me recevoir sur son balcon. Wayne me dit que Jean cohabite avec des gens bizarres. Je vais avoir suffisamment à faire avec ces deux énergumènes ce soir. J'ai une heure et demie avant la nuit complète et j'hésite plusieurs fois à quitter les lieux.
Après que Jean ait quitté, la visite de Marlène, un verre de vin à la main, saine d'esprit, rétablit la balance et apporte du positif à la soirée. Je leur propose de couper les légumes mais ils déclinent l'offre d'un "French Chef". Un DVD copié "The Band" des anciens de Woodstock est joué comme s'il venait d'être commercialisé. Bien qu'ils l'aient déjà écouté cinq fois, ça a tout l'air d'être une "première" à PSJ, complètement isolé à l'autre bout du Monde, loin de tout où Internet n'est pas accessible. Sous la douche chaude, je me rends compte que j'ai pris la dernière digne de ce nom chez Johannes il y a huit jours. Quant à un bon lit - je ne peux pas comparer avec ceux aux matelas démontés des Pondo - c'était celui de Sammy. Même si trois occasions m'ont été données de goûter la literie Pondo, la qualité n'était en rien comparable. Les Xhosa dont font partie les Pondo, dorment souvent sur des lits surélevés, notamment pour éviter d'être posséder et se tenir hors de portée des tokoloshe, ces petits esprits malfaisants et malins. Pour continuer dans la série évaluation de mon voyage, je suis resté huit jours sans électricité - excepté la nuit à la résidence du superintendant dans la réserve du Hkambati - ayant parcouru 110 km depuis Port Edward et probablement pas moins de 270 km en ligne droite depuis mon départ d'Amanzimzoti près de l'aéroport de Durban.
A vue d'œil sur la carte, PSJ, pratiquement à égale distance entre Durban et East London est à cinq ou six heures de route de l'une ou de l'autre de ces deux villes. Après quatre heures laborieuses au cours desquelles les légumes seront coupés menus et frits, le riz cuit, nous partageons le souper avant que je ne prenne congé à côté de mon vivarium. Wayne a deux enfants de deux femmes différentes auxquelles il paye une pension mensuelle. Il a travaillé comme sauveteur et longtemps revendu du tosh pour en vivre. Il héberge actuellement des touristes et crée de beaux vêtements aux couleurs vives qui reflètent assez bien ses aspirations et les tendances d'une époque depuis longtemps révolue.
Je ne suis pas fâché de les quitter le lendemain à 8h00 du matin et reprendre le chemin, Danny et sa besace en route vers le "liquor shop" , une boutique agrée ayant l'autorisation de vendre de l'alcool. Un panneau annonce l'entrée dans la réserve naturelle de Silaka d'une superficie de 530 hectares située à 6.5 km au sud de PSJ et qui s'étend sur 6 km de littoral pratiquement jusqu'à la rivière de Mngazi où est établi un complexe hôtelier de bungalows familial très renommé dirigé par le fameux Piet Goss, le lapin qui a fui devant le Français à la pointe qui porte son nom "Goss point". Le sentier à flanc franchit un rideau de végétation dense et appareil photo en main, je flash sur de belles fleurs tandis qu'apparaissent deux individus à l'air louche en sens inverse. Au premier estuaire, une heure de marche à peine depuis mon départ, je découvre deux toits de chaume et plus loin sur la plage de rochers et de piscines naturelles, des pêcheurs à la ligne. J'aborde l'ancien avec la barbe des mollahs et lui demande s'il ne parle pas par hasard l'urdu. Roberto, d'origine portugaise, me répond que ses trois amis, d'origine indienne, le parlent. Il me demande du tac au tac si j'ai petit-déjeuné et me propose de taper dans les samossas et les friands dans le Tupperware. Je lui demande permission d'abord de manger du poisson cru, de la sardine, dont ils se servent pour appâter. J'en épluche une et il m'en propose une seconde. La viande se détache facilement de l'arrête. Je me régale et leur dis que les Japonais pour l'exemple, mangent du poisson cru. Les samossas sont un vrai délice, finement cuisinés avec un savoir-faire incomparable.
Je n'ai pas vu l'anguille qui barbote dans une poche d'eau. Ils me proposent de l'enlever et l'emmener. Dans le pays du Braai(vlis), barbecue qui consiste à tout griller sur le feu, certains poissons de viande blanche ("white meat") sont relégués au rang de non-comestibles car leur cuisson nécessite trop de contraintes. Quand il y a quantité de poissons fins, la tendance est de garder les meilleurs en bouche et d'en rejeter certains.
Heureux qui comme Ulysse... Je dois enfreindre le premier précepte 'tu ne tueras pas" et assommer ma proie de plusieurs coups de galet. Gigotant, la main droite l'étreignant derrière le cou, je l'ouvre sur la longueur depuis les mandibules coupées en deux jusqu'à l'orifice anal expulsant les viscères et la nettoyant sur le champ à l'eau salée. Je suce les œufs avant qu'il ne s'éparpillent et ne soient perdus. Je la place dans un sac plastique sur mon sac à dos. En route !
Entre deux pains de sucre, je contourne les bassins d'eau à découvert pour cause de marée basse et me retrouve bientôt à flanc de falaise à force de vouloir coller au plus près du littoral émaillé et entaillé d'aiguilles rocheuses fières et acérées. Je monte en escalier les roches, petites surfaces planes dominant l'océan telles des plateaux se superposant et se succédant les uns après les autres. La falaise et un plateau large de deux mètres se rétrécissant au bout m'attend avant de trouver je-ne-sais-quoi derrière. Je doute de pouvoir continuer. Je m'avance prudemment et patatras, la semelle lisse de ma chaussure usée glisse et je me retrouve allongé sur le côté, la face droite du visage littéralement collé "en douceur" contre la roche qui a épousé mon faciès. La largeur du plateau à cet endroit correspond à peu près à la hauteur de ma taille recourbée. Elle se réduit comme peau de chagrin au bout de la roche plate de forme trapézoïdale. Légèrement sonné, je ne suis pas blessé mais ceci est un avertissement amical. Je me suis ouvert un bon bout de peau du majeur que je finis d'arracher avec les dents. La viande, à découvert, saigne. Prendre le risque d'aller au bout de l'escarpement serait suicidaire vu qu'en cas de chute, les jambes dans le vide entrainant le reste du corps, la mort serait irrémédiable. Je ne m'obstine pas et fais demi-tour.
Si je m'étais écarté du littoral, je serai plus avancé et en meilleure posture mais où est-il ce sentier normalement signalé par une flèche blanche sur fond noir ? La portion PSJ - Coffee Bay est censée être plus courue que celle de Port Edward jusqu'à Port St John où je n'ai rencontré absolument aucun randonneur et pour cause vu les difficultés rencontrées. Marlène l'a parcouru en groupe à deux reprises respectivement en 5 et 6 jours. Après un léger retour en arrière, je quitte le monde 100 % minéral et monte l'escarpement à flanc de coteau recouvert d'herbe et parsemés de rochers enterrés auxquels je m'agrippe pour m'en servir de force d'attraction ou bien d'impulsion pour grimper. Ils me permettent d'avoir un socle et faire une pause occasionnellement. Conscient de la fatigue, je veux disposer du maximum d'énergie disponible et de lucidité. Ayant atteint une hauteur raisonnable, je parviens à une ancienne zone cultivée de bananiers laissée en désuétude et abandonnée. Miraculeusement, je me régale avec des maracujas sauvages. Même vertes, le goût merveilleux me reste dans la bouche. Je rattrape le col entre deux collines et hésite à une bifurcation entre prendre à droite et continuer à monter ou bien tout droit en surplombant le littoral avec vue sur l'océan. Je choisis logiquement la seconde route et chemine jusqu'à une fourche où un jeune pêcheur, le regard inquisiteur et curieux du contenu de mon sac, me remet dans la bonne direction. J'aboutis à une plagette rocailleuse sur le même modèle que celles de ce matin et commets l'erreur de la longer. La pluie se met de la partie et rend les rochers, d'énormes galets lisses et polis par les éléments, glissants comme pour compliquer ma progression. Je m'abrite derrière un pan de roche et attend qu'elle cesse avant de continuer et rencontrer une impasse. Ni une, ni deux, je jette un coup d'œil en arrière sur la côte d'où je viens et aperçois un sentier au-dessus d'une paroi qui s'élève vers un point de passage entre deux collines flanquées d'herbe. Ce sera ma planche de salut et un sain retour à la réalité entrecoupé de brèves coupures pour reprendre des forces en buvant du thé sucré. Je dépasse les limites de la petite réserve côtière de Silaka et retombe sur le goudron à proximité du complexe d'Umngazi qui offre toutes sortes d'activités comme le canoë dans les mangroves, la pêche au lancer, le VTT et la randonnée, raison pour laquelle les huit kilomètres de sentier jusqu'à PSJ doivent être entretenu régulièrement.
Je suis mal reçu à la barrière par le gardien du camp. Sans doute a-t-il une peur bleue d'être sanctionné par son patron, mon ami le richissime et puant Piet Goss. Sa réaction et son comportement en dit long sur les relations qu'il peut entretenir avec son personnel dont il ne doit certainement pas s'occuper personnellement. Ce pauvre gars figé par la peur, est le premier à afficher de l'antipathie depuis que j'ai quitté Port Edward. Je veux seulement remplir ma bouteille d'eau. Il me montre le robinet sur la plage où les ouvriers procèdent au nettoyage. Je l'atteins par l'extérieur et le voilà descendu de son poste de garde comme un chien agressif et contrarié. Je dois être trois mètres à l'intérieur du complexe dont la plage n'est apparemment pas interdite et me déshabille près de l'endroit que je juge le plus propice pour tenter la traversée. La marée basse était à 12h06 et il est presque 15h00. Je veux jauger la profondeur par moi-même. Bien qu'ayant reçu des informations de la part de l'équipe au travail, je fais un passage à vide que je marque d'une croix d'un côté comme de l'autre. Cela m'évite d'hésiter, tâtonner et chercher de nouveau les bancs de sable. Trois bras d'eau dont deux négligeables sillonnent la lagune impressionnante et étendue sur les bords de laquelle les bungalows ont été construits. Je passe mes sacs en une seule fois avec de l'eau à mi-genou pour les deux premiers bras et m'y reprends à deux fois pour le dernier plus large. A la question posée par mon interlocuteur: "Pourquoi faites-vous de multiples aller-retour ?", je le laisse sans réponse et lui demande d'y réfléchir. Le poids total avec un ou deux sacs diffère d'une dizaine de kilogrammes, ce qui est suffisant pour que les sables mouvants ne puissent plus supporter la charge totale et se dérobent sous un excès de poids. Par mesure de précaution, je préfère affronter les difficultés avec l'un ou l'autre des sacs, étape par étape. Le premier sur le dos, le second à la main sont déjà imposants et embarrassants sur la terre ferme. Comment faire face aux difficultés d'un gué inconnu si je viens à perdre pied. Les locaux n'ont pas idée du contenu des sacs qui ne peuvent assurément pas prendre l'eau. Le matériel sensible et la nourriture est enveloppé dans des sacs plastiques pour préserver le tout. Je peux faire un faux-pas et tomber dans l'eau sans craindre trop de conséquences mais j'évite de prendre des risques inutiles. Je me rhabille et me dirige vers la paillotte des sauveteurs sur la plage pour me protéger du soleil et grignoter quelques avocats mûrs. Manque de chance, son couvert de branches - des bouts de bois espacés de deux doigts - est à claire-voie.
Dans la confusion, j'ai oublié de boire et remplir une troisième fois ma bouteille d'eau. Deux gaillards secouristes viennent taper la discussion et me disent qu'il y a un robinet à côté du corral des chevaux bien entretenus qui ont droit à de l'eau salubre et chlorée. Je me rapproche tandis que je vois une navette transporter des familles entières d'une rive à l'autre. Si je l'avais su ! Je préfère passer la rivière par moi-même et ne pas devoir leur demander quoi que ce soit vu leur sens de l'accueil et le degré de sympathie témoigné aux personnes de l'extérieur. L'estuaire de la Mngazi s'ouvre sur une plage magnifique avec un cordon de dunes imposantes qui s'étirent. Les familles viennent faire monter leurs enfants à cheval pour les balader. Des couples viennent y marcher et se retrouver dans la quiétude des vagues. Des vacances de rêve et l'endroit idyllique tant vanté par les agences touristiques s'achètent au prix fort, au bas mot une cinquantaine d'euros par personne et par jour. Un petit salut amical à une autre équipe d'employés et je quitte les lieux en longeant l'enclos des chevaux, à l'abri derrière le cordon dunaire. Je monte dans le vallon en pente douce sans voir de flèche indicatrice me reposant sur mon sens de l'orientation.
Sur la distance à parcourir jusqu'à la prochaine rivière, la Mnegazana, diverses réponses m'ont été données: une heure et demi ramené à une heure en cas de marche rapide et une autre, le temps record d'une demi-heure. De quoi me rendre perplexe ! Une heure environ suffit pour rejoindre les deux rivières. La Mnegazana est profonde et impossible à passer à pied. Je suis en retard de quatre heures sur la marée basse. Un couple de vacanciers s'amuse en jet-ski sur l'étendue d'eau. Ils arrivent doucement sur mon bord pour me dire que quelqu'un va venir alors qu'il serait si simple que le motoriste dépose sa belle temporairement et me fasse traverser la lagune en un coup d'accélérateur. Je n'insiste pas car je vois qu'il ne maitrise pas totalement l'engin qu'il a en main. Je me retiens de leur dire ce que je pense et gueule à gorge déployée comme un chien aux abois. Eric, collégien de seize ans, dont le père est nigérian et la mère sotho, vient me repêcher en vaurien. Il rame à contrecourant avant de venir s'échoir sur la bande de sable. Le retour au port d'attache est plus rapide même si nous sommes deux dans la petite barque qui appartient à son frère. En abordant le ponton et remontant vers le village, nous marquons une pause près du "Bottle store" (= Liquor shop) où un étudiant d'Umtata qui remplace son beau-frère propriétaire m'invite à dormir à même le sol dans une pièce annexe à la boutique après sa fermeture vers 22h00. Il est 18h37. J'en ai plein les bottes et un poisson à cuire. A la vue de celui-ci, le tenant du bar, ignorant ce genre de poisson, me dit d'allumer un feu dehors et de le faire griller. Il n'a pas de moyen de le préparer à l'intérieur. Cord, le gars de la maison d'en face vient aux infos et me propose de le cuisiner chez lui, ce que j'accepte. Il est vêtu d'une salopette bleue, combinaison des employés d"Etikwini", chipée par sa belle-sœur qui travaille dans la commune du même nom dans la banlieue de Durban. Je ne suis pas sitôt rentré sous son toit, la maison familiale où vivait sa mère décédée en 2010, qu'il commence à pleuvoir. Si ce n'est pas un signe du destin, c'est de la chance. Il est seul ce soir avec sa petite Lileen de deux ans et demi. Sa femme, partie depuis lundi s'occuper de la scolarisation de son ainé, revient vendredi. Vu qu'il ne dispose que d'une plaque chauffante, nous soupons d'anguille et d'haricots vers 21h30. Je note, en me passant les mains sur le visage, un petit épanchement de sang coagulé au niveau du lobe de l'oreille droite, une séquelle sans conséquence du contact de la joue sur la pierre. Tandis qu'il pleut abondament, je m'endors profondément dans le grand lit double du couple après une journée éreintante.
Au réveil, la tête est lourde et le corps endolori. Je ne dispose pas de tous mes moyens physiques, un peu comme si je couvais une crise de paludisme. Je suis fébrile de la tête aux pieds, un mal de tête léger latent que je mets sur le compte de la chute joue sur la roche d'hier. Même si je ne crois pas trop à cette hypothèse, je ne vois rien d'autre à part l'écorchure de mon doigt qui cicatriserait et mettrait à mal le système immunitaire pour éviter l'infection avec ce temps chaud et humide. J'ai noté un bouton sous le sein droit qui a blanchi et fait penser à un bouton de fatigue. Je ne me rappelle pas en marchant avoir écrasé ou coincé un insecte entre la bretelle du sac et mon marcel ou une araignée en m'allongeant sur le ventre mais la seconde hypothèse est la plus probable. Après quelques pages d'écriture en sirotant du Ceylan, je décide de faire relâche. Cord assure l'entretien et la surveillance d'une résidence secondaire pour une indemnité mensuelle de 500 Rands (50 Dollars U.S). Il doit garder Lileen et faire du pain. Avec ses deux chiens m'accompagnant, je pars faire dans l'après-midi le tour des plages - la principale ensablée, prolongée de petites criques rocailleuses - et repérer les flèches blanches du sentier vers Coffee Bay. Le village tout entier de Magekeni est peuplée de résidences secondaires avec quelques cases couleur locale aux services des propriétaires en visite en fin de semaine. Cord ne se rend plus à PSJ via la rivière Mngazi car des touristes ont été agressés et dépouillés il y a un an dont les coupables ont été arrêtés. Cela a engendré un climat d'insécurité. Il passe par Tombo à une heure de transport du village.
Je décolle à la mi journée ensoleillée et démarre rapidement. Le sentier bien balisé et débroussaillé est intéressant pour des randonneurs débutants voulant avoir une approche de la forêt tropicale et mieux la connaitre. Il rentre à l'intérieur des terres et ignore pratiquement le littoral jusqu'à la rivière Sinagwana, ce qui me permet de me changer l'esprit. J'en ai soupé du sable. Un serpent inerte, totalement noir y compris sous le ventre, d'une trentaine de centimètres, gît en travers du sentier. Je cherche à le faire bouger en le caressant avec mon sac à main. Aucun mouvement. Je cueille une tige et cherche à le ramener sur le sentier afin de mieux l'observer et le détailler. Je parviens à l'enrouler sur le bâtonnet et le jette dans les taillis où il se retrouve accroché aux branches d'un épineux. Etait-ce ma première rencontre avec un (bébé ) mamba ?
Je suis franchement revenu à la civilisation. Sur ce tronçon, les rondavels sont proches du sentier et les gamins quémandent des bonbons. Je marche en faisant de brèves pauses, laisse sur ma droite "Brazen Heads" (les têtes éhontées) et atteins la rivière Sinagwana vers 16h00 où je suis assailli par des colporteurs de colifichets, des jeunes hommes qui vendent des colliers de coquillages. Je comprendrais que ce soit une fillette d'âge scolaire qui veuille se faire un peu d'argent de poche après les cours mais pas des hommes pour le consommer en alcool et en tabac. Je fais le plein de carburant en discutant dans la maison de ses parents d'origine allemande avec un musicien, batteur dans trois différents groupes à Jobourg, Le démarcheur n'hésite pas à lui demander 10 Rands lorsqu'il voit qu'il n'arrivera pas à ses fins. C'est la première plage où les gens sont corrompus par l'argent. Je vais rapidement comprendre ce qui en est à l'origine.
Je bois aisément deux litres de liquide, du thé, avant de repartir et passer à proximité du "Kraal", un endroit pour les voyageurs qui propose diverses activités mais contribue aussi à ce genre de relations avec les locaux basées essentiellement sur le profit qu'ils peuvent tirer du "visiteur d'un jour", le même type de communication éphémère avec les "Mister Sweet" des enfants. J'avance un peu plus et monte pour avoir un panorama sur la chaine de collines avoisinantes. Derrière un enclos grillagé, j'avise Eric et lui demande s'il a un endroit pour passer la nuit. Il fait frisquet sur les hauteurs et il m'invite à rentrer dans une case dont il vient juste de badigeonner le sol d'une substance odorante telle que de la bouse de vache fraîche. Sa case a un avant-goût de maison tibétaine où l'odeur forte de yack imprègne tout. Il me dit que je suis chanceux car il a attrapé deux poissons aujourd'hui, la seconde fois que j'en mange en deux jours. L'un de ses voisins vient le voir habillé en "Etikwini", la salopette très à la mode ayant visiblement fait des émules. Les Africains, s'ils pouvaient se sustenter de la moelle épinière de leur mère nourricière, tirer dessus et la sucer jusqu'au bout jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus avoir de forme et se tenir debout, le feraient sans grand peine. L'instauration d'un système d'assistanat à l'intérieur même de la communauté où le moindre effort n'est pas encouragé mais consiste à obtenir le maximum en fournissant le minimum laissera le pays sans ressources et augure d'un futur peu prometteur pour l'Afrique du Sud.
Quand je sors de la case qui m'a été réservée, je le trouve en train d'attendre sa femme partie chercher de l'eau à une petite retenue d'eau. Elle revient chargée d'un seau de 20 litres et son fils l'accompagnant, un jerrycan de cinq litres à la main. Eric et ses fils déjeunent de ricorée, un succédané de café, avec du pain tandis que sa femme mange avec appétit une assiette remplie de riz, de chou et de sauce tomate. Je l'accompagne après un morceau de pain. Il me dit qu'il ne peut pas commencer par manger du riz si tôt. Je blague en lui disant que s'il avait été chercher de l'eau à sa source, il mangerait avec plus d'appétit. Les femmes sont vraiment au service des hommes. Comme ils ont trois fils et aucune fille pour seconder et aider pour les tâches ménagères, il a fallu revoir l'éducation des enfants. Deux des fils ont pris la balayette et nettoyé les miettes qu'ils avaient éparpillées, ce qui est étonnant de la part de garçons. Les trois garçons ont ensuite pris une bassine, de la lessive et sont allés à un petit étang pour laver leurs vêtements, ce que je n'avais pas encore vu faire en Afrique. Une leçon à retenir. L'Afrique en mouvement ou le fait juste qu'il n'y ait pas une seule fille dans la famille ? S'il y en avait une, elle se coltinerait toutes les tâches matérielles. Ma piqure a viré sa cuti et est devenue rouge. Sous la peau, la chair dans un périmètre de 5 centimètres de diamètre, s'est durcie comme si j'avais affaire à un abcès en cours d'infection. Elle est surtout plus douloureuse. A surveiller.
Je quitte à travers les collines une région rurale du littoral où abondent des hameaux regroupés de cases aux toits coniques, une famille disposant de deux ou trois rondavels dont l'un est utilisé pour la cuisine. Je reste un peu plus à l'intérieur des terres et ne vois pas l'ombre d'une seule flèche indicatrice de mon itinéraire. Je suis évidement en dehors du sentier. Il est pénible de suivre un GR mal balisé et se faire du mouron pour en trouver les signes d'existence. A se soucier continuellement si les flèches sont à venir, ça use autant les souliers que de faire des aller-retour aux embranchements non signalés. Je retombe sur la rivière Mnenu traversée sans souci avant de remettre les pieds sur la plage rugueuse et m'en faire expulser par un pêcheur à la ligne. Après le sable, je marche sur des longueurs de pierre. Certaines formes ont été érodées suffisamment à la base pour donner l'impression de champignons géants. Il veut en fait me remettre sur le sentier qui passe à l'intérieur de la réserve naturelle de Hluleka de 700 hectares qui compte beaucoup d'espèces végétales endémiques et une riche faune aquatique. Une échelle en forme de V retourné permet l'accès à l'enclos où trois Zèbres de Burtchell me regardent béatement. Je ne bouge pas. Ils mettent du temps à contourner le monticule et disparaitre de ma vue. Je pénètre leur domaine réservé et accède à la piste principale que j'emprunte jusqu'aux constructions abritant les ouvriers de la réserve qui n'ont pas l'électricité intra-muros même si les lampadaires extérieures de la réserve sont allumés. Un des quadrupèdes m'attendait à un détour de la piste et s'est assuré d'un clin d'œil que j'étais sur la bonne piste puis je retrouve mes trois compères près des bungalows, les mêmes ou d'autres identiques car en effet comment distinguer un zèbre d'un autre ?
Nokwanda m'accueille gentiment et me réserve le fond de son porridge matinal qu'elle mélange avec du lait aigre comme je l'aime. Je me régale avant de poursuivre vers l'accueil où j'en profite pour me déshabiller et tout faire sécher en attendant la responsable. Je ne sais pas si elle a mangé du zèbre ou du gnou, autant d'animaux que l'on peut trouver dans la réserve mais cela ne se passe pas très bien avec elle. Elle se rend à l'entrée principale, la piste qui mène à Libode, et me remet entre les mains d'un Afrikaner qu'elle me présente comme son supérieur. William travaille comme ranger pour l'environnement sur Port Elisabeth (PE) et est venu donner un coup de main avec une collègue pour renouveler et rafraichir l'accueil. Il ne peut me dire le nom du serpent mais me confirme l'araignée pour la piqure. Le venin injecté est en train de se diluer. Il me conseille de boire beaucoup, ce que je fais habituellement de toute façon. J'ai pu remarquer que je pouvais mouiller complètement mon T-shirt, le retirer et l'essorer, en haut de chaque colline, voir même plusieurs fois par heure et par jour. Est-ce que je transpire plus à cause de la piqure ? Je sais maintenant que mon corps réagit et que mon état fébrile est lié à l'infection. Je n'ai pas de ganglions sous les aisselles, ni à l'aine. Je n'ai pas lieu d'avoir peur mais cette petite bestiole que j'aurais aimé croisé m'a rudement bousculé et mis à mal ma résistance.
Malgré les nuages, la chaleur est étouffante. Il fait lourd. Je quitte l'entrée de la réserve vers 15h00 après avoir regardé la carte et m'être rendu compte que la rivière Mtakatye est à mon programme et s'annonce devant moi. Les limites de la réserve de Hluleka qui s'étend sur quatre kilomètres du littoral sont presque contenues entre la Mnenu et la Mtakatye. Je suis mon instinct et coupe au plus court par les collines pour éviter de me retrouver arrêter par les rochers sur la plage. Le terrain est accidenté. Je finis en queue de poisson dans une mangrove étalée sur une grande partie du bras de la Mtakatye, les nombreux canaux me retenant prisonnier. Je n'ai pas où aller car je ne peux pas m'éloigner à moins de m'enfoncer les pieds dans les lits boueux si je veux m'échapper. A un canal au niveau d'eau correct, rempli d'herbes flottantes et d'algues marines, relié directement à la rivière, j'essaye de rejoindre l'autre bord d'où un sentier continue vers l'estuaire. Je sais que je peux traverser là-bas avec de l'eau jusqu'à la taille malgré mon heure et demi de retard sur la marée basse (14h22). Là où je suis, l'étendue d'eau peut être comparée à une vraie lagune impossible à traverser sans un bateau et en face, plus intéressant, il y a des habitations et des garages avec accès direct à la plage. Lesly et Kelly, 23 ans, vivant actuellement en Angleterre, venue visiter ses parents, avisent Ken de ma présence sur l'autre rive. Il démarre le moteur et vient me chercher avant que je ne passe de l'autre côté avec l'un des sacs. Bien que la lagune soit large, je suis bien positionné et au point de repêchage le plus proche pour qu'il me cueille. Il m'invite à boire une bière, la seconde offerte depuis Port Edward. Je prépare un litre d'eau chaude pour faire le plein de carburant avant de continuer en fin d'après-midi. J'hésite à deux reprises au sommet de deux collines et la seconde m'est fatale. Je rencontre deux jeunes gars qui reviennent, trois poissons dans le sac, sans qu'ils me renseignent pour autant. Je remets les pieds sur la route vers Preslies Bay et prends un raccourci direction Lwandile avant d'atteindre la baie. En prenant le chemin des vaches, je m'égare complètement avant que le nuit ne tombe. Je traverse beaucoup de taillis d'épineux et finis par descendre dans une plaine alluviale où je suis confronté à un grillage. Par la force des événements, je le longe et remonte sur le versant opposé tant bien que mal car les épineux m'attendent sur mon passage. Je nage en grandes eaux et sue abondamment. Je presse le pas car je sais que le temps m'est compté, moins d'une demie heure au bas mot. Je réussis à remonter au plus haut point d'où la vue sur le littoral est dégagée.
De mon point d'observation, je remarque un regroupement de résidences secondaires. Un second grillage sert de ligne de démarcation et délimite un enclos à l'intérieur duquel je n'ai pourtant pas pénétré. Un pieu est pratiquement à terre et ouvre une brèche dans l'enceinte. Je la franchis. La partie n'est pas gagnée pour autant, il me faut redescendre une nouvelle fois et affronter les tueurs bourrés d'épines. J'arrive sur la plage déserte à la nuit et prends le chemin du littoral par lequel j'aurais du arriver. J'inspecte les maisons rapidement mais vu l'heure tardive, mon choix se fixe sur la première visitée qui dispose d'une véranda avec une vue panoramique sur la plage, trois coussins et une gazinière débranchée, la bouteille de gaz étant rentrée à l'intérieur de la cuisine. Je mets du temps avant de me sécher et retrouver le calme. Le matin, n'ayant d'autre options, je démarre à jeun tôt sur la plage puis pour me mettre en jambe par une colline pentue. Je retombe sur une plage et me déchausse pour traverser le bras d'eau. Ma chaussure droite a expiré hier soir dans ma cavalcade. Je suis forcé de l'entourer d'un tour de lacet avant de la nouer pour qu'elle fasse corps avec mon pied. Du coup, je fais de même avec la gauche pour la préserver avant que je ne me retrouve pied-nus. J'ai besoin d'énergie et j'avale des morceaux de pain avec du beurre de cacahuètes avant la prochaine colline tandis qu'un vieil homme la descend, une binette à la main. Je reste à l'intérieur des terres et m'égare avant de suivre mon intuition et couper au plus court vers la rivière Ndumbi large mais passable avec de l'eau jusqu'au ventre. La plage tranquille, ouverte sur l'océan, est bordée de collines verdoyantes et synonyme d'espace. Installée dans une ancienne mission, l'auberge Mdumbi travaille en partenariat avec des mécènes et aide les communautés en ce qui concerne l'éducation, la santé et du développement socio-économique. Un projet de développement durable - www.transcape.org/cms - auquel vous pouvez participer (www.immersionsa.com) que Johann et Hyman ont crée et mis en place en 2004 permet de dormir chez l'habitant, d'approcher les Xhosa et d'appréhender leur milieu culturel dans un cadre authentique. Les parents du premier étaient missionnaires à Canzibe, ce qu'il fait qu'il est parfaitement trilingue (anglais, afrikaans et xhosa). L'auberge dispose d'une possibilité d'hébergement de 31 lits et d'une vingtaine d'emplacements de camping. Quatre kilomètres de littoral me séparent de l'estuaire de la rivière Umtata. Je quitte tardivement le Ndumbi Backpackers et en sors, côté jardin d'enfant, traverse le terrain de football puis prends sur la gauche avant de retomber sur la plage. Je passe un poste d'observation de la faune aquatique que je pensais être une chaise de surveillance pour les baigneurs bien que personne ne soit dans l'eau ou sur la plage. Je n'ai pu résister à décrocher le sac, m'approcher et demander la raison d'être de ce perchoir. Je suis en train de me rendre compte que j'ai peut-être laissé filer le dernier ferry en m'attardant au Ndumbi. J'ai quitté avec une heure de retard et je me vais peut-être me retrouver coincé sur le bord de la rivière Umtata sans possibilité d'hébergement. Le cauchemar ! Je remarque à un moment donné plus de personnes sur la plage tandis que je longe une résidence: "Umtata River Mouth n°6". Je suppose que ce sont des familles en vacances qui ont loué des appartements ou bien je suis réellement proche de l'estuaire et les gens sont venus en ce jour dominical de Coffee Bay pour traverser l'Umtata et marcher sur la plage. Je suis en fait un peu loin du passage sur l'autre rive. Je croise une famille noire, classe moyenne, qui est venu en séjour vacances. Il m'indique le point de passage que j'atteins rapidement, 40 mn après mon départ de l'auberge. Un vaurien métallique équipé de deux rames en aluminium sur lequel est écrit "Umtata river ferry" s'apprête à déposer un passager. C'est ma dernière chance et j'entends bien la saisir. Je saute dedans. Le gars me demande de payer avant de commencer à ramer. Je ne doute pas qu'il veuille en profiter pour me faire payer le prix fort. Bien qu'il ne m'ait pas demandé de somme exacte, je sais, pour m'être renseigné, que le prix officiel est insignifiant (3.50 Rands = 0.30 cts d'Euro) mais je préfère lui céder un T-shirt impeccable au style africain reçu d'Ola que j'aurais déjà du donner à Cord ou quelqu'un d'autre. Je suis sensible au fait de ne pas ré offrir un cadeau qui vous a été remis dans une intention particulière mais je l'ai porté seulement le soir où nous nous sommes rencontrés. Je ne l'ai pas remis car je me sens un peu à l'étroit dedans. Je l'ai emmené pour le laisser derrière moi et le donner. Le pote qu'il vient de déposer lui fait savoir que le T-shirt lui va comme un gant et qu'il est extra. Le passeur, loin de faire la fine bouche, accepte le marchandage et attend que la vague nous fasse décoller pour commencer à ramer. Il n'en finit pas de traverser le bras d'eau comme si les anneaux en fer qui maintiennent les rames collées au montant de la barque le limitait dans ses mouvements. J'ai l'impression qu'il hoquète et bégaie dans sa tentative de traversée qu'il mène toutefois à bien dans un décor grandiose, Deux bandes de sable visibles de part et d'autres d'un piton rocheux planté au milieu de nulle part enrichissent la vue panoramique sur 180° degrés. La barque ancrée, le rameur retire les rames qu'il enferme dans un bâtiment avant de rentrer au village. Il est 18h37. C'était ma dernière chance.
Je peux m'estimer être heureux d'avoir pu traverser à l'heure où je suis arrivé. Satisfait et conscient, je m'assois sur la pelouse et déguste quelques avocats murs avant de prendre l'asphalte vers Coffée bay distant de quatre kilomètres. Je me fous de ce qui va arriver. J'ai l'intime conviction qu'une voiture va venir me chercher même si l'heure ne s'y prête pas du tout. Qui viendrait faire un tour dans ce cul-de-sac à cette heure avancée de la journée ? J'en ai épluché trois ou quatre quand j'entends un moteur ronronner. Mon intuition était correcte, j'ai vu juste. Marc, au volant d'un pick-up avec deux femmes l'accompagnant, veut bien m'emmener à Coffee Bay où il réside et travaille dans le transport. Ils ont rejoint des amis pour le week-end dans une maison à proximité et repartent chez eux. Nous plaisantons en faisant route et Marc, après avoir déposé Esther et Cheri atteinte de cancer de l'estomac en phase terminale, m'offre de rester dans l'un des ses bungalows de chantier doté d'une grande capacité d'hébergement et dont il a fait sa demeure permanente. Alors qu'il me montre mon lit superposé, l'un me suffit, voilà qu'il se met à pleuvoir. J'ai connu ce scénario identique à Port St John avec l'invitation de Wayne et Danny juste avant une nuit d'orage. Il y vit à l'africaine, un Afrikaner envahi par les chefs, têtes de couleur noires membres des clans locaux. Il est lui-même divorcé avec deux fils, l'un (29 ans) dans la finance à New York et le second (27 ans) au Cap où vit son ex-femme. Notre arrivée perturbe visiblement le petit groupe installé devant l'écran TV. Il prend soin de deux xhosa qu'il considère comme ses fils adoptifs même s'il me confie qu'ils sont toujours là pour lui demander de l'argent. L'un, Nazad, la vingtaine au physique agréable, a une petite amie afrikaner originaire du Cap, Sarah et l'autre d'une dizaine d'années suit encore les cours. Marc aime discuter de tout. Il est allé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 en tant que spectateur et a ensuite voyagé pendant trois mois en restant 3 semaines à St Raphael en France, en Italie qu'il n'a pas apprécié, notamment à Genova polluée, à Naples où il s'est fait volé 600 Dollars et Brindisi d'où il a pris le bateau pour Igoumenitsa-Patras, l'île d'Eros avant de prendre un vol retour vers l'Afrique du Sud. Il s'est rendu une autre fois en Angleterre et y est resté travailler plusieurs mois. Coffee Bay dont l'origine du nom remonte au café répandu dans la baie par un bateau échoué en 1863, m'apparait ni plus ni moins comme un hameau reculé dans la continuité de paysages de collines verdoyantes et vallons embroussaillés entrevus depuis Lupatana. L'endroit est un point de rencontre où tout se redistribue à partir de là car, entre plusieurs centaines de kilomètres de littoral, il faut bien des lieux d'ancrage plus importants qui servent de point de chute avant que les affaires rebondissent sur la côte plus au nord ou au sud. Cette assomption personnelle demande à être vérifiée, les différentes communautés locales étant seulement accessibles à partir de la route principale qui mène à Coffee Bay. Il a plu abondamment aujourd'hui, une journée de relâche qui me permet d'écrire. D'ailleurs que faire d'autre ?
Je revois Sherry et Esthie, deux femmes exceptionnelles arrivées sur le plan personnel, d'une douceur et d'un bon niveau de compréhension travaillant sur divers projets de développement communautaire. Ex instructrice d'auto-école, Sherry forme un jeune pour qu'il ouvre son école . Elles ont le projet de promouvoir des objets d'artisanat, de la vannerie, produits par des femmes locales et les revendre à Jobourg. Sherry, 50 ans, atteinte d'un cancer de l'estomac qui a évolué et a métastasé, devrait déjà être partie depuis longtemps selon le diagnostique des médecins. Elle a décidé de prendre le mal à la racine et de le combattre corps à corps. Elle connait vipassana et a fait une retraite chez Goenka en 2004. Depuis, elle médite deux heures quotidiennes et en reconnait les bienfaits. Marc, né dans la baie de Mazeppa, un peu plus bas sur la côte en direction d'East London, parle l'anglais, l'afrikaans et le xhosa. Il joue merveilleusement de la guitare et compose dans cette langue locale dominante dans l'état du Cap Est. D'ascendance française, ses aieux, originaires des environs de Lyon, ont quitté l'hexagone pour aller s'établir au Liban à l'époque où c'était un protectorat français. Son nom Carrouze a été libanisé sous la forme de Karruz. Plus tard, son grand-père a immigré en Afrique du sud. Son père, médecin à Idutywa, est encore actif. Marc est devenu obèse. En cinq ans, il a pris tellement de poids qu'il en est devenu handicapé. Il pèse 160 kilogrammes. Si j'en juge par les photos, il a toujours été d'une bonne corpulence, plutôt musclé. Jacqueline, une de ses ex avec laquelle il est parti en Angleterre en 1995, l'a connu svelte. Avec Piet qui vit à Zoti, la plage d'où j'ai commencé à marcher à côté de Durban, elle est venue le visiter pour la fin de semaine. Jacqueline, séropositive, vit sur le bien-être social en Angleterre pour pouvoir bénéficier de son traitement. Avec Piet, également séropositif, ils se sont connus par le biais d'Internet. Quand elle n'est pas en Afrique du Sud, deux fois trois mois dans l'année, où elle a grandit, elle vit dans le Sussex mais pense bouger à Brighton. Piet, son tour venu, la rejoint parfois en Angleterre. A leur arrivée, il me confie qu'il est courtier et vit de son argent investi, ce qui est pur mensonge. Il est en congé longue durée pour incapacité de travail à cause de sa séropositivité. Agé de 42 ans, il a été contaminé le soir du nouvel an 1995 à 26 ans par une inconnue qu'il a connue dans une boite de nuit. Il m'affirme qu'il n'était pas coutumier du fait, des aventures d'un soir. Il était tellement ivre mort qu'il n'a même pas su avec qui il avait couché, ni revu sa partenaire d'un soir. Une fois a suffit. Jacqueline, 48 ans, venait de divorcer. Après un premier partenaire avec lesquels les choses n'ont pu se concrétiser, le second sachant parfaitement qu'il était séropositif, l'a consciemment infectée. Leur relation a durée 3 mois et demi. Elle a porté l'affaire devant la justice et les tribunaux, un cas de jurisprudence, lui ont donné raison et l'ont dédommagée. Son gars n'a jamais versé quoi que ce soit et est décédé quelques années plus tard. Elle suit depuis quinze ans une trithérapie. Il court, il court le virus... pas seulement chez les noirs mais aussi chez les Afrikaans. Certains ont accès à la trithérapie et d'autres pas, dépendamment de la façon dont ils s'y prennent pour y avoir accès.
East London (Cap Gonubie) - Coffee bay (3 jours de marche exténuante). Je pensais en avoir fini avec les grands cours d'eau (Mtentu, Msikaba, Mzintlava, Mnegazana) à traverser à marée basse. Une dizaine d'autre rivières d'importance m'attendaient sur la portion East London - Coffee bay. Je laisse mon ordinateur, mon chargeur de batterie et quatre livres dont deux guides entre les mains de Sherry et pars plus léger avec une voiture de la police qui rentre à East London. Les deux flics s'occupent de repérer les voitures volées à Jobourg, Le Cap qui sont importées, déplacées, désossées et maquillées dans des petits garages clandestins avant d'être revendues. Je me retrouve prisonnier, les pieds sur le sable, pris entre la rivière Nahoon et celle de Gonubie. Après 40 minutes de connexion Internet à l'auberge à la pointe de Gonubie (Laura et Andrew Tél: 082 824 1419 gonubiepoint@sainet.co.za voir www.accomodationrsa.co.za), je me retrouve sans avoir pied, la marée est haute à 15h31, et dois attendre 21h43 avant d'espérer passer la rivière Gonubie pour remonter la côte vers le nord. Les quelques histoires de personnes happées par des requins émaillant le passage de la Nahoon suffisent à me rendre à l'évidence que je ne dois pas prendre de risques inutiles. Laura m'a raconté celle récemment d'un adolescent sur la grève devant l'auberge dont la jambe a été enlevée par un requin. Le jeune est mort, il saignait trop et n'a pu être conduit à l'hôpital à temps. Je dérange visiblement le maitre-nageur très inamical auquel je m'adresse pour recevoir des informations. S'il n'a pas le sens de la communication, il serait bon qu'il change de travail. Il a plutôt en tête de rentrer chez lui à 17h00 pétantes. Il ne peut pas me conseiller de traverser en tant que secouriste mais me donne deux sacs poubelles pour y enfermer mon sac afin qu'il puisse flotter. Il me dit qu'il n'y a pas de requins en remontant un peu le cours. Je collationne sur un banc et avise deux planchistes qui vont rentrer. Deux kayaks ont été mis à l'eau et les voilà justement qui reviennent au moment où j'atteins l'eau avec un surfeur à qui j'ai demandé de l'aide. Un kayakiste prend mon sac sur le dos tandis que le surfeur empoigne mon sac à main et les chaussures enveloppé dans un sac poubelle. Il le passe à la nage sans le mouiller en le tenant d'une main, ce dont je suis totalement incapable. Je récupère sa mini planche avec laquelle j'effectue la traversée de la rivière en me dirigeant avec les bras. Je récupère mes effets sur l'autre bord tandis que je lui redonne sa planche. Je les remercie beaucoup. J'évite ainsi plusieurs heures d'attente et peux progresser le long de la côte vers la prochaine étape sans perdre de vue la marée basse à 21h43. Je ne tarde pas à rejoindre le cap Kwelerha en longeant la plage d'énormes galets surdimensionnés. Je saute de l'un à l'autre et pour relâcher la pression je passe éventuellement sur la bande côtière de sable blanc derrière laquelle d'épais buissons cachent des zones dégagées de pâturages vides d'estivants à cornes. Je tombe sur un regroupement de résidences, dont l'une occupée par un propriétaire peu aimable, m'apporte peu d'info sur ce qui m'attend plus loin.
Cheminant le long de l'océan, je croise un véhicule des ressources halieutiques avec une lampe de sécurité sur le toit. Je demande conseil au chauffeur où traverser la Kwelerha. Il me dit de sauter à l'arrière, fait demi tour et remonte légèrement le cours sur quelques centaines de mètres, là où sont garées un pick-up et une Land-rover. La pleine lune les illuminant, Marc et Benny dégustent du rhum-coca et fument "l'herbe du bonheur" en compagnie de Liesel, jeune femme du premier avec son nourrisson qu'elle allaite. Il est près de 19h30. Je vais tuer le temps en leur compagnie jusqu'à ce que la marée soit basse. Marc me parle de Yellowsands (les sables jaunes), le camping avec des réverbères allumés que l'on aperçoit de l'autre côté de la Kwelerha. Il me conseille de prendre la dernière entrée sur la plage, d'y prendre une douche chaude et m'y installer pour dormir. "En Afrique du Sud, tu t'autorises et demandes ensuite la permission" ou bien "Tu dors et tu t'excuses !". Je ne vois pas passer le temps et m'étonne qu'il soit déjà 21h30 quand je me prépare à mettre les pieds dans l'eau. Marc qui a vécu quatre ans là où est garée sa Land-rover connait bien sa rivière. Il me dit qu'il y a un trou creusé par le courant près des rochers à l'endroit où l'on met le pied dans l'eau et que le fond sablonneux remonte avec un niveau d'eau jusqu'à la taille. La première étape est profonde et l'eau monte jusqu'à la poitrine, le courant faisant chavirer le corps insuffisamment chevillé au sol. J'hésite à passer sur l'autre bord. Avec la pleine lune, l'amplitude des marées et les courants sont plus forts. L'eau reflue avec une force difficile à imagine. Lorsque le nageur est pris dans le bouillon, il est souvent trop tard et impossible de s'en sortir. Je me laisse chavirer par le courant puissant qui refoule l'eau et m'accroche des deux mains aux rochers sur la rive que j'ai du mal à quitter. Je me heurte les deux tibias sur la pierre et me blesse légèrement m'égratignant et saignant sur cinq centimètres. Marc se dénude et se jette à l'eau. Il est ivre d'avoir bu et trop fumé. Il veut que je lui confie mon sac à dos mais il n'en est pas question. Je préfère assumer la responsabilité de tomber à l'eau avec. Sous la pression de mes deux amis de boisson qui m'incitent à y aller, je prends mon temps et me concentre le mouvement des vagues plus ou moins fortes selon le tempo. Ils ont beau crier pour me pousser à l'eau, je reste maitre de ma traversée et passe tranquillement sans souci majeur au moment où je le juge opportun. Mon passage coïncide avec l'heure de la marée basse. J'ai déjà filé sur une bonne centaine de mètres quand je me rends compte que j'ai oublié ma bouteille de thé. Je me retourne et devinez qui vois-je apparaitre courant comme un grand baudet ? Marc tout nu, m'apporte mon container et me le remet avant de s'effacer de nouveau dans la nuit.
La pluie est de la partie et il commence à bruiner. Ma marche sous la pleine lune s'annonce mal. Je me réfugie dans la buanderie du camping dont j'ai repoussé la porte, me nettoie les tibias en sang et les pieds ensablés. Une ombre se profile derrière le mur, le gardien sans doute armé. Je préfère prendre les devants et l'interpeller de vive voix. "N'ayez pas peur ! Poussez la porte. Je me lave et me rechausse". Le gars encouragé, sans être ni méfiant, ni sur ses gardes, reste planté devant l'entrée que j'entrouvre complètement. Vêtu d'une combinaison noire à la Ninja, il est effectivement armé d'un fusil à air comprimé dont la raison d'être est de blesser et ne pas tuer les maraudeurs. Il souffle et me propose de monter au logement du directeur pour lui demander si je peux passer la nuit sur les lieux. Il est tard et le gardien préfère l'appeler par téléphone interposé plutôt que frapper à sa porte quand nous atteignons son chez-lui. Il est de sortie à East London et lui accorde l'autorisation de me conduire dans la salle TV où je peux m'allonger à même le sol. Il n'y a pas de petit écran mais l'immense pièce vide me protège du mauvais temps. Bien que ce soit la pleine lune, je trouve le sommeil sans problème après avoir grignoté une pomme.
Je lève le camp très tôt bien que je perde une demi heure, la conscience embrouillée dans d'obscures considérations. Je veux aller loin aujourd'hui et mettre le paquet autant d'heures qu'il le faudra pour atteindre les limites du Transkei, la Grande rivière Kei dont le dernier ferry est à 17h00 ou 18h00. Je décolle le ventre vide avec un fond de thé préparé la veille, le minimum de carburant sans lequel je ne peux pas avancer décemment. Je suis le sentier des marcheurs de la plage ("strandloper hiking trail" http://strandlopertrail.tripod.com ) marqué par une trace d'empreinte jaune d'une chaussure à la pointure de petite taille et qui porte le nom d'une tribu khoisan de la côte qui disparut en tant que peuple à l'arrivée des colons blancs. Il est évident qu'une petite marque minimise l'impact sur l'environnement et économise la quantité de solvant nécessaire au marquage. Les empreintes à la verticale peuvent être peintes sur une planche de la même taille et clouées sur un poteau ensablé ou enterré alors que d'autres à l'horizontale sont moins visibles car elles ont été dessinées à même la roche ou le sol. Je trouve un côté assez sympathique et jeu de piste à ce sentier dont j'aime entrevoir les petits souliers de Cendrillon qui me donnent l'impression de cheminer derrière le "dernier des Khoisan" qui vient de passer et m'ouvrir la voie.
A Glengariff, je demande de l'eau chaude pour un café et m'assois pendant une heure et demi à la terrasse d'une résidence secondaire avec une famille de Port Elizabeth dont les parents habiteront leur maison dès qu'ils seront à la retraite en 2011. La discussion va bon train. Je quitte avec l'impression d'avoir laisser le temps filer. Je dois faire face au vent et le soleil est de la partie. Les longues plages de sable se succèdent avec Glen Muir pour commencer jusqu'à Cintsa East (atteinte à 10h00) qui marque la fin d'une côté habitée et fréquentée par les estivants et les habitants d'East London, distante de 38 kilomètres.
Je remarque toutefois deux magnifiques et larges vallées verdoyantes sans habitations notoires, s'ouvrant sur l'océan, une lagune en arrière-plan à peine visible depuis le rivage si je ne remonte pas la plage dont l'eau à marée descendante se retire. Elles me donnent presque envie de remonter et d'aller voir ce qu'il y a à l'intérieur des terres. Une troisième ouverture béante se situe un peu avant le cap Henderson qui compte pour les "marcheurs de la plage", un lieu d'hébergement inaccessible car bouclé au cadenas. Je goute l'eau de pluie des réservoirs. Je trouve ridicule de ne pas laisser ouverts ces gîtes dont l'utilité est la raison d'être et la fonction première. Je suis et me sens de nouveau sur la "côte sauvage" tellement je suis dans l'isolement jusqu'à la baie de Morgan (Morgan Bay).
A 11h55, je croise deux couples, une génération d'écart, "marcheurs de la plage" à la carte qui viennent de Haga Haga distant de 5 km où ils ont passé la nuit. Leur étape d'hier qu'ils évaluent à une douzaine de kilomètres les a conduit depuis Morgan Bay jusqu'à Haga Haga et la précédente d'où ils ont démarré de Wavecrest jusqu'à Morgan Bay avec 12 km supplémentaires. Est-ce dire qu'il me reste 5 ou 6 heures pour marcher (12 + 12 + 5 =) 29 km et attraper le dernier ferry ? Difficile pari à tenir.
Je nage un peu dans le flou en ce qui concerne les distances relatives à mes repères. J'estime avoir à marcher une quarantaine de kilomètres jusqu'à la Grande Kei. Après le bac, si je le passe en temps voulu j'aviserai. Sur la plage avant d'atteindre le complexe hôtelier de luxe de Pullen's bay, un couple de baba cool remplissent des sacs plastiques de coquillages triés pour en faire des mobiles. Dans la baie, une jolie blonde allongée sur le sable doux et brûlant lit et se laisse rôtir sur la plage tandis qu'un gars fait des ronds dans l'eau histoire de retenir son attention et tenter de l'approcher. Deux acteurs d'une pièce dont je ne verrais pas la fin.
Vers 13h15, je décide de couper la journée et tombe sur Sherley, un seau d'eau de mer et deux filets de moules à la main, qui rentre à la maison que sa famille nombreuse a louée pour la semaine. Elle est femme d'agriculteur, principalement de l'élevage avec plusieurs milliers de tête de bœufs et de moutons et vit à Stutterheim fondée par un allemand. Les deux litres de Ceylan que je prépare me donnent l'impression de découvrir un excellent breuvage digne des Dieux. En trois quart d'heure je me refais une santé avant de quitter dare-dare sans être certain de pouvoir atteindre mon but. Sherley quant à elle pense que je peux arriver à accrocher le dernier ferry mais je n'en suis pas si sûr. Il me reste deux bonnes heures de marche et la litanie de plages qu'elle énumère les unes après les autres m'apparait longue comme si je comptais entre les doigts les billes d'un collier ou les grains d'un chapelet.
Je ramasse pas mal de beaux coquillages et des abalones de plus en plus nombreuses avec de beaux reflets nacrés qui peuvent être offertes en guise cendrier. Je m'étonne de la quantité et en fais part à Sherley qui parle d'abus de la part des pêcheurs. La pêche sur la côte, y compris à la ligne, est interdite théoriquement. Aucun chalutier à l'horizon excepté les Chinois qui ratissent l'océan avec des filets. La viande des abalones, dotées de propriétés aphrodisiaques, est exportée vers l'Asie et représente des sommes importantes qui suscitent l'avidité. Je comprends la raison de cette multitude lorsque j'apprends qu'il y a une ferme d'abalones à proximité, celle-ci pouvant expliquer leur présence sur la plage. Elles disparaitront du paysage lorsque je dépasserai l'endroit supposé où elles sont élevées et cultivées.
A Marshstrand au nom prédisposé, la plage du marécage, les rochers ont été tellement polis et érodés par les éléments naturels qu'ils en sont devenus plats et forment un immense damier, un plateau de dalles de pierre accolées les unes aux autres comme si je foulais les ruines d'un ancien palais romain dont les colonnes auraient été renversées par un tsunami et seraient tombées à l'eau. Le Santu Spiritu battant pavillon portugais a donné son nom à la prochaine plage, celle des perles qu'il avait en soute lorsqu'il s'est échoué en 1608. L'océan en rejette parfois et certains les collectionne. Elles servaient de monnaie d'échange à l'époque. Il suffit de partir des pavés de la salle de bain romaine, traverser quelques siècles et se pencher pour les ramasser avant de continuer sur un plateau tout en alvéoles et concavités où chacune des pierres en cours d'érosion en est au stade de piscine miniature pour des elfes en repos au sortir de l'océan et transitant vers l'élément Terre.
Je fais toujours la lecture des plaques commémoratives des bancs, pas ceux qui annoncent le mariage mais celles dédiées au souvenir de ceux qui ont vécu et quitté les plages que je traverse. L'un d'eux me laisse songeur : "à la mémoire de Viv Hand (1909 - 28/09/2009) qui a aimé cet endroit et y a pêché pendant 60 ans". Le lieu de repos fait face à des rochers dans un cadre naturel dépouillé et réduit à son strict minimum, l'eau et le minéral. Les passages à flanc de colline et coupés d'épisodes avec des à-pics surplombant l'océan déchainé, de falaises entre lesquelles il faut louvoyer pour les dépasser donnent un caractère exceptionnel dans un cadre naturel impressionnant sauvage et rugueux à la bande du littoral avant d'atteindre Morgan Bay. Une petite crique donnant sur une plateforme herbeuse entretenue, sorte de parking aménagé en zone récréative et aire de repos avec toilettes et douches, permet le séjour à la journée. Je saute la butte d'où j'ai la vision d'une petite bourgade de gents puants bien propres et riches où tout est tracé et délimité au cordeau. Je ne m'y trompe pas. Je demande à un couple où se trouve le ferry. Ils feignent de ne pas savoir pour mieux m'ignorer. Il y a décidément des claques qui se perdent.
Qui peut alors mieux me renseigner qu'un agent de la police dont j'arrête le véhicule et me dit de monter. Je me retrouve ainsi enfermé dans la camionnette-fourgon qui fonce. Et si elle se renversait, j'aurais l'air malin à ne pas pouvoir m'extraire de ma cellule. L'agent s'arrête d'ailleurs quelques minutes et pendant qu'il fait sa course, j'ai beau récriminer, rien n'y fait. Je suis dans le panier à salade sans aération à transpirer comme vache qui pisse. Quand il roule, un ventilateur donne de l'air frais et me caresse le visage. Mieux vaut être seul passager à bord plutôt que dans un panier de crabe. Le conducteur dépose au passage le jeune qui m'a enfermé et continue sa course folle vers le débarcadère où il arrivant en klaxonnant, ce qui permet de retenir le ferry qui vient de quitter le quai. Il me libère et je saute sur la plateforme métallique sous l'air ébahi et ahuri des six piétons présents. Il est 17h37 et pari gagné, j'attrape le dernier bac.
Hip Hip Hourra ! Retour au Transkei. Je voulais absolument passer cette frontière pour me retrouver dans la zone de non-lieu. Quand nous abordons, un pick-up rutilant attend pour embarquer et rentrer à la maison. Un jeune en VTT arrive trop tard pour l'attraper et devra passer la nuit dans le village derrière la colline. Autant Morgan Bay est peuplé et habité de maisons blanches concentrées autour d'une plage de sable d'or fin, autant côté Transkei, le sable noir abonde et la pauvreté domine. Rien ne retient l'œil à part une zone de marécages asséchée parsemée de souches de bois mort au-delà de laquelle une barrière de buissons et d'épineux cache un cordon dunaire sur lequel folâtrent des légions d'oiseaux. J'ai quitté la piste carrossable vers le village, traversé la zone aride et me suis rapproché du littoral de sable noir grossier et meuble. Il ne crisse pas sous la semelle. Je dois remonter dans les terres pour accéder à une petit plage. Dans une herbage, je surprends au bout d'une piste avant de traverser le fourré pour y avoir accès, un véhicule collectif avec deux trios, chacun composé de deux males éméchés, bouteilles de bière en main, tripotant une jeune fille dont l'une cache un portefeuille à mon approche. Tout ce petit monde surpris ne prétexte pas lorsque je disparais à la nuit tombée dans le lit de la rivière Gxara où j'en profite pour procéder un bon décrassage.
Je persévère en totale liberté cheminant le long du littoral désespéramment seul, ce qui me convient très bien. Je n'en attends pas moins que la lune se joigne à moi pour m'éclairer et me montrer le chemin. Je n'ai pas pu marcher et m'avancer hier soir à cause de la pluie, ce qui m'a obligé à pousser et dépasser mes limites aujourd'hui confronté au vent. Ce n'est que partie remise. Je vais aller loin, ce soir.
Je dépasse une carcasse de bateau échoué, véritable squelette rouillé de baleine dont les côtes nettoyées de leurs chaires tels des pieux acérés pointent vers le ciel. J'en fais le tour et la traverse la cage thoracique sans rencontrer Judas.
Il n'y a pas trace de présence de Dieu, ni aucun humain dans le coin. Mes yeux et mes sens me guident. Mes pieds devinent le chemin. Je dois sortir de la plage et remonter à flanc de colline plusieurs fois car d'impressionnantes failles s'ouvrent devant moi à la clarté de la lune. Je contourne les brèches et finis par monter une dune pour accéder à un ensemble de résidences dont deux sont allumées et l'une d'elles occupée par deux hommes et une femme fluette à table autour d'un verre de vin. Je me présente et veux obtenir des infos concernant la prochaine rivière.
J'ai du mal à réaliser que l'endroit qui s'appelle "Trennery's hotel et Seagull's beach" (la plage des cormorans) est distant de 17 km de la Grande Kei ajoutés aux 56 km du sentier répertorié des "marcheurs de la plage" qui relie Gonubie à la Grande Kei, cela donne un maximum de 73 km (moins les trois effectués avec la voiture de police) à mon compteur aujourd'hui. Il me reste 8 km à parcourir dont trois jusqu'à la rivière Kobonqaba (il faut claquer la langue pour le prononcer correctement) et atteindre le complexe hôtelier de Wavecrest où je compte passer la nuit.
L'un des deux hommes m'offre un verre de Shiraz. Il me déconseille d'aller plus loin et s'étonne que je marche de nuit. Je leur en explique la raison, les rivières à passer à marée basse (22h21) qui conditionne mon avancée et la clarté de la pleine lune qui permet une vision différente des plages. A les écouter, ils ont les chocottes et ne bougeraient plus or je veux continuer sous peine de me retrouver bloquer une douzaine d'heures devant la Kobonqaba, ce qui est naturellement le moindre de leur souci. Leur partenaire très sympathique et accueillante contraste avec l'arrivée inopinée d'une force de la nature apparue comme un grain de sable dans l'engrenage qui va faire déraper le processus harmonieux mis en place entre les acteurs. Elle se sert du prétexte qu'il y a deux femmes dans la maison pour se sentir en insécurité devant un étranger et me demande si je veux passer la nuit d'aller frapper à la maison voisine où séjournent des pêcheurs, trois garçons forts et vigoureux. Je n'ai pas soulevé la question de mon hébergement puisque je veux continuer quoiqu'en pensent mes deux froussards qui n'objectent même pas un mot à la remarque insultante de la mégère. Son mari s'est fait tirer dessus il y a un an et demi. Je leur dis qu'avec la méditation, il y a longtemps que j'ai renoncé aux relations sexuelles avec les femmes (ou les hommes). Je n'hésite pas à lui dire qu'elle ne devrait pas agir ainsi et qu'elle fait preuve de rudesse vis-à-vis d'un "invité". Elle ne me donnerait pas envie de la toucher même si elle se déshabillait ou initiait un strip-tease. J'espère seulement, ce dont je doute, que son mari l'honore encore régulièrement car elle représente à mes yeux une montagne de chaires insurmontable à passer, une matrone infâme digne d'être élevée au rang de sorcière blanche du Transkei. Elle quitte la table emmenant dans son sillage la jeune belette. Je ne la reverrais pas.
Je prends un moment pour apprécier et finir mon verre de rouge. Je demande à mes deux hôtes: "Pourquoi viennent-ils séjourner trois semaines dans le Transkei s'ils ont peur et s'y sentent en insécurité ? ". Quand je sors et prends un moment pour aller voir si les gars d'à côté sont rentrés, à mon retour, je me retrouve le nez collé à la vitre de la porte-fenêtre fermée, le rideau tiré. Ils m'ont dit un peu tard que le trio s'était rendu à la rivière et disposait d'un bateau. J'espère les y trouver en continuant la piste, au moins les croiser s'ils sont sur le retour. Je presse la pas et tombe dessus alors qu'ils viennent de quitter. Je peux effectivement dormir chez eux mais je ne suis pas intéressé. Je veux poursuivre et je dois les convaincre de me montrer l'endroit où traverser sans risques car il est hors de question qu'ils remettent à l'eau le hors-bord rangé à l'arrière du pick-up.
Nous laissons le véhicule sur les hauteurs et deux gars m'accompagnent jusqu'au bord de l'eau. Ils me demandent s'ils peuvent prier pour mon salut. Au point où j'en suis, deux minutes de plus ou de moins, ce n'est pas ce qui va faire la différence. J'accepte. Chacun, une main sur une épaule - je suis habillé d'un T-shirt aux manches courtes mais sans slip de bain - ils demandent à l'être suprême de m'accorder sa bienveillance jusqu'à la fin de mon voyage. Si Dieu me voyait aussi court vêtu, ils me vouerait aux gémonies et m'enverrait au bouillon à défaut du feu éternel.
Je passe la Kobonqaba en trois temps, trois mouvements dont deux aller-retour avec, à chaque fois, un sac. Je les remercie de l'autre côté de m'avoir assisté et d'avoir attendu que je sois sain et sauf sur l'autre rive. Je poursuis au clair de lune sachant que j'en ai fini avec les traversées impératives pour aujourd'hui. Jésus n'a plus besoin de m'aider à marcher sur les Eaux. Le complexe de Wavecrest dispose d'une flottille pour ses clients voulant passer la rivière Nxaxo.
Je rencontre une épave de voilier et lis sur la bat-flanc : "Den Haag Holland". La côte est moins belle et moins riche en diversité, des rubans de roches noires divisent des encartés ensablés bordés par cette ligne verte de taillis infranchissables derrière lequel les pâturages d'herbe remontent en pente douce vers des collines et des vallons distants de plusieurs centaines de mètres. Peu avant minuit, la tour de contrôle de l'aérodrome en veille grâce à l'énergie solaire retient mon attention. Je m'y dirige et saute l'enclos du complexe où abondent de charmants bungalows à toit de chaume apparemment très confortables et cossus à l'intérieur. De la terrasse en bois du restaurant de cet élégant complexe, La vue sur les dunes à l'embouchure de la rivière Nxaxo est superbe sous la lune. J'en fais le tour avant de m'asseoir dans l'herbe devant une chambre meublée dont la porte n'est pas fermée à clef. Je suis éreinté après un parcours de 81 kilomètres effectué en seize heures. Les cartes me servent de références pour établir le kilométrage et la distance parcourue. Mes jambes sont fatiguées. Après une demi heure d'attente pendant laquelle j'appelle et je chante pour attirer l'attention, je m'enferme dans la chambre meublée et m'allonge sur le canapé. Il n'y a pas longtemps que je suis allongé quand le propriétaire des lieux frappe à la porte. Je lui parle tout en tournant la clef dans la serrure et lui explique mon histoire. Patrick, chef-cuistot, ne voit pas d'objection à ce que je surfe son canapé en toute légalité.
Quatre heures suffisent à régénérer les batteries avant de repartir chargé d'un saladier de porridge, des flocons d'avoine auxquels j'ai ajouté les biscuits salés cassés (genre TUC) des clients de l'hôtel et deux bananes noires coupées en petites rondelles. Je fais le plein de carburant et répartis mon énergie de façon équilibrée dans tout le corps avant de passer la Nxaxo en barque vers 8h30. Je suis réveillé depuis 5h30. Si je n'avais pas traversé la Kobonqaba hier soir, je serais en train d'attendre là-bas la marée de 10h40.
Après une marche d'une heure sur la plage dégagée dans la continuité des paysages entrevus la veille, les buissons ayant été gommés, j'atteins une résidence isolée avec trois motos garées à l'extérieur. Avec un fond de lait aigre, je me prépare un café viennois avant de continuer vers la baie de Mazeppa atteinte vers 13h00. Une passerelle relie une petite île au continent. Malgré la chaleur, je me dois de la visiter avant que l'eau ne remonte et y rencontre un Sud-Africain et deux Slovaques dont l'un est amateur de pêche. Des vagues puissantes viennent s'écraser sur la roche dont la forme évoque une langue énorme. Tout autour, à la ponte de l'îlot, le même scénario génère des gerbes d'écumes blanches et impressionnantes comme si les rochers étaient passés au détergent. Attention à ne pas glisser de la roche et se faire embarquer dans le tambour de la machine à laver, le grand tourbillon de la vie et de la mort qui vous fait vivre des sensations et voir des étoiles dans la cinquième dimension. L'océan déchainé a besoin d'offrandes. Les Dieux aiment se faire plaisir et laper sur la roche mouillée une jambe perdue qui en entraine une autre à l'eau. Les requins dont le coin est infesté en font leur amuse-gueule.
Parmi les cinq pêcheurs à la ligne tombés à l'eau en 2009, deux seulement sont revenus et ont été sauvés. L'un d'eux a été jeté par la violence des vagues et eu le corps fracassé contre la paroi. Les témoins horrifiés ont essayé de l'harponner avec leur hameçons et accrocher ses vêtements pour le remonter mais l'opération s'est révélée impossible. Des histoires incroyables de pêcheurs encore avec le Slovaque qui, avant-hier ayant attraper un petit requin de 60 kg en bout de ligne, en a vu surgir un de 200 kg qui a avalé, gobé et dévoré le premier. Nannie et Martie dans leur résidence, originaires de Stutterheim, me confirme le cas d'un requin qu'ils ont vu emporter par la jambe un gamin qui n'est jamais réapparu. J'ai besoin d'eau chaude et utilise le micro-ondes pour réchauffer du riz précuit. Je me prépare une salade de tomates, d'oignons avec un champignon ramassé sur le chemin qu'ils jugent correct. J'en ai goûté un morceau il y a un moment pour être certain qu'il ne soit pas vénéneux. Les symptômes apparaissent généralement entre quatre et huit heures après l'ingestion. Je déjeune comme un chef et le roi repu repart à 16h00 exactes le ventre ballonné d'avoir trop festoyé. Il lui faut absolument attraper en 40 minutes la navette de l'hôtel familial Kob Inn pour passer la rivière Qhorha aux eaux trop profondes. Je me donne une heure d'avance et parviens juste à temps pour héler le rameur qui vient me chercher en canoë.
A notre retour, nous le sortons de l'eau et je l'aide à le rentrer. Il ferme la porte du garage dans lequel sont entreposés de nombreuses embarcations. Il est 17h00. Sa journée est finie et il rentre à la maison accompagné de son fils. C'était la dernière, la prochaine demain matin à 8h00. J'ai de la chance d'avoir pu traverser. Il suffisait de dix minutes de battement et je me retrouvais tout penaud sur l'autre rive qui n'offre rien pour s'abriter. Je ressens la fatigue de la marche de la veille et m'étale dans l'herbe à côté des deux dernières résidences avec vue sur l'océan Indien. Je suis surpris quand je découvre à mes pieds la rivière Jujura dont je ne connaissais pas l'existence. La marée haute était à 16h50 et commence à redescendre pour être basse à 22h57. Le cours en amont encaissé dans des gorges n'offre aucune possibilité de passer d'une rive à l'autre. Devant l'étendue de la lagune, je choisis de me reposer et somnole avant de me dire qu'il faut peut-être que j'agisse avant la nuit. Je dois la sonder et la considérer comme une traversée ordinaire qui ne doit pas poser de difficultés. La pluie menace. Je m'aventure pour chercher les fonds sablonneux les plus fermes. La traversée sans être facile n'est pas dangereuse et je m'en sors rapidement avant de poursuivre à la nuit tombante. Le ciel s'assombrit à l'horizon et la lune joue à cache-cache derrière un épais rideau de nuages obscurs qui ne présagent rien de positif. Elle est en fait retenue prisonnière et empêchée de luire. Je ne suis pas au bout de mes surprises quand, à des intervalles d'une heure de marche, je fais face successivement à la Ngadla puis la Shixini sur lesquelles je ne comptais pas. Elles sont larges, de l'eau jusqu'à la taille et le courant est fort pour la seconde avec un niveau d'eau un peu plus bas du à l'heure avancée. Je poursuis avec un ciel dégagé au-dessus de ma tête et la lune qui sort de sa gangue. Je suis satisfait de les passer ce soir et de ne pas être retenu par elles demain matin si j'étais resté à Kob Inn.
Je veux arriver ce soir vers 23h00 à la rivière Nqabarha et passer sur l'autre bord. Je patauge dans la Kwagogo, de l'eau jusqu'à mi jambe. Les étoiles apparaissent avec le ciel s'éclaircissant. Une lumière attire mon regard à l'horizon et guide mes pas tandis que quand je me retourne, je distingue clairement le halo du phare de Mazeppa qui émettait jusqu'alors une lueur diffuse. Je pousse en direction de cette étoile du berger qui m'apparait lointaine. Elle est mon but à atteindre et ma raison de vivre le moment présent. Après une longue marche exténuante dans le sable tassé par la marée descendante, je saisis deux corps humains accroupis puis alternant avec la position debout, la ligne à la main. Je marque une pause et les observe. M'ont-ils vu ? Ont-ils peur ? Je vais au devant d'eux et trouve deux jeunes Xhosa sur le retour. Je les aborde et leur demande si la Nqabarha est encore loin et s'ils ont connaissance d'une possibilité d'hébergement en leur indiquant la petite lumière qui m'a guidée et vient de s'éteindre il y a dix minutes. Je la situe de l'autre côté de la baie que je confonds avec la bouche de la rivière. Ils hésitent et finalement m'accompagnent vers le lit du cours d'eau. En marchant, ils me pointent du doigt un crabe d'une belle taille que je bute du pied. Les pinces désarticulées, je le fourre dans un containeur avant de continuer jusqu'à la Nqabarha où ils m'indiquent l'endroit relativement tumultueux où traverser. Les garages de l'autre côté sont cadenassés et pas de gardien à l'horizon. Une piste de pierres difficilement carrossable remonte jusqu'à la pointe surplombant l'océan, le promontoire servant d'aire de camping selon ce que m'en disent mes guides.
Je sonde le niveau d'eau où je n'ai plus pied bien que ce soit la marée basse (22h57). Je suis embarrassé avec ces deux gars qui attendent que je tente le passage. Si je suis sur l'autre bord, ils peuvent récupérer mon sac et partir avec, le vider en partie et emmener ce que bon leur semble. Je n'aurais pas le temps de retraverser et les rattraper. Je décide de m'adosser, la tête sur le sac et leur faire comprendre que j'attends qu'il y ait moins d'eau même si je sais que je suis probablement dans l'heure d'étal et que le niveau ne baissera pas beaucoup. Ils parlent entre eux, finissent par se lasser et rentrer chez eux. Je n'attends pas assez longtemps avant de goûter à l'eau, perdre pied et me laisser emporter par le courant qui me dépose sur l'autre bord. Mes sacs sont d'un côté inaccessible et je suis sur l'autre bord. Si les gars m'ont entendu barboter, traverser la Nqabarha et reprendre pied sur l'autre bord, ils peuvent venir se servir.
Une inspection rapide des lieux et un tour des garages me convainc que je ne vais pas pouvoir trouver rien, ni personne pour m'aider. Je ne peux pas refaire deux traversées dans un temps minimum et passer sans mouiller mes deux sacs que je vois d'ailleurs impuissant prendre l'eau. Il doit être plus tard que je ne le pense et l'eau remonte. La seule solution, aller au camping et demander de l'aide. Nu-pieds, cul nul, je monte le raidillon en partie bétonné pour que les roues puissent mieux accrocher et parviens à deux rondavels surveillées par des chiens. Je crie "à l'aide". Une femme, la cinquantaine apparait. Je lui demande l'heure. Il est 23h32 et la marée est montante. Elle réveille Dave, un Afrikaner, la cinquantaine qui vit depuis 14 ans dans le coin et connait la Naqbarha. Il descend avec sa Land-Rover tandis que je pars devant avec les trois chiens qui se jettent avec délectation dans la rivière et y nagent merveilleusement. Dave, de grande taille, sait où traverser, de l'eau jusqu'aux épaules avant de repasser avec mon sac sur la tête. L'eau ne les a pas atteint. Je ne peux qu'acquiescer à sa demande et le suis avec le second sac à bout de bras. Je réussis à traverser la Nqabarha sans le mouiller. Il était temps que mes affaires me reviennent. Je rentre côté passager, une sangle accrochée au volant du véhicule retenant la porte qui bat en éventail et donne de l'air, un système d'aération auquel il fallait penser. Dave me propose de prendre un bain. Tous les soirs, il chauffe au feu un bidon d'eau couché de 220 litres. Un robinet lui permet de tirer de l'eau chaude à souhait et la mitiger avec de l'eau froide dans un baquet métallique qui lui sert de baignoire. Après maints hésitations parce que je viens de passer un cours d'eau, je le remercie infiniment tant mes sens apprécient l'eau chaude et mon corps, la douche, m'aspergeant de gobelets d'eau et procédant à un nettoyage profond des pores de l'épiderme.
J'en ai presque oublié le crabe. Si je n'avais pas eu besoin de mon récipient pour m'arroser, il serait resté dans son trou. Après la douceur du corps, je le fais bouillir un quart d'heure avant de commencer à l'éplucher tandis que Dave boit un café. Il travaillait sur une idée de projet du ministère de l'agriculture concernant la plantation de pommes de terre et intéressant 3000 paysans. Le projet avorté n'a pas reçu les fonds nécessaires pour des investissements à long-terme et attend qu'il soit débloqué. Il se qualifie de solitaire et ne s'entend pas du tout avec sa collègue qu'il qualifie de "menteuse impulsive". Il a obtenu après des entrevues à Umtata et l'autorisation du chef de la communauté locale de pouvoir habiter cet ancien camping et rénover les rondavels. Je continue à sucer le crabe sans en laisser une miette. Un seul suffit. J'ai l'impression d'être à une table d'un cinq étoiles et goûter le meilleur crustacé du monde tant la chair est blanche et fraiche. Il me tient éveillé jusqu'à 2h00 du matin alors que je suis épuisé. Je surfe une fois de plus le canapé dans la rondavel qui sert de cuisine. Même s'il n'est pas à ma taille, je m'endors profondément pour me réveiller vers 5h00.
Seul, je me prépare le café soluble que m'a offert Dave la veille et que j'ai naturellement refusé car il était trop tard pour que je puisse trouver sommeil ou trop tôt puisque minuit était déjà passé. Il arrive un peu plus tard et me rattrape car il lui en faut trois pour se mettre à jour. Je lui propose du pain frit, une spécialité de Martie qu'il acceptera au prochain café préparé par la gérante du magasin situé sur la route qui mène à la réserve naturelle de Dwesa à l'entrée de laquelle il me fait déposer. Deux employées trop zélées me causent des soucis à la barrière. Qu'est-ce qu'il m'a pris d'être rentré par la grande porte ? Je dois être accompagné. Elles essayent de téléphoner au responsable qu'elles ne peuvent pas joindre. Je leur suggère: "Vous ne m'avez pas vu, je ressors de la réserve et passe par la plage non grillagée" mais elles me tiennent. Elles finissent par me laisser rentrer. Je prétexte que je vais parler avec Ronnie, le ranger mais comme le sentier bifurque et part sur la plage pour rejoindre la rivière Mbashe, j'en profite pour m'éclipser quitte à me faire tirer les bretelles. Après plusieurs collines tombant à-pic dans l'eau, de débris de roches marquant la limite entre le végétal et la pierre, le panorama s'étend jusqu'à l'horizon, concentré à perte de vue sur deux baies en forme de croissants de sable blanc brûlants et cuisants sous les rayons du soleil. Il fait une chaleur torride. Je marche doucement et goûte la beauté de l'endroit. Je m'assois plusieurs fois notamment à une petite pointe, qui n'est pas sans me rappeler l'ilot de Mazeppa, entourée naturellement de rochers protecteurs brise-lame et surmontée d'une auréole d'herbe verte au centre de laquelle je m'assois et contemple le littoral. En repartant, je suis en train de longer la corne du croissant de sable de la dernière plage quand j'avise au loin un groupe. Je sens les difficultés s'annoncer avec mon refus d'être accompagné. S'ils viennent à ma rencontre, ils ont utilisé des moyens importants et déployé des effectifs importants. En avançant au-devant d'eux, je crois deviner deux uniformes verts, des rangers au milieu d'un groupuscule d'une petite dizaine de personnes. Je vais finir par les croiser, le fait est indéniable. Je peux les ignorer mais c'est mal me connaitre. Je plonge dans la marée humaine, des touristes en visite guidée accompagnés d'un ranger à qui je m'adresse. Ses réponses à propos du niveau d'eau de la Mbashe et de l'horaire des marées ne me satisfont pas. Il me fait remarquer que je devrais être accompagné. Je lui rétorque : "Si quelqu'un avait du me suivre depuis mon départ à Durban tout le long du littoral jusqu'à East London, il y a belle lurette que je l'aurais planté derrière moi. Bye Bye".
Je sais qu'ils se sont servis d'un bateau pour passer d'une réserve à l'autre, la réserve de Dwesa étant délimitée par la Mbashe au nord et la Nqabarha au sud. Elle a l'air en colère et pris la couleur des alluvions qu'elle charrie. Je l'ai vu de mon piton rocheux se déverser dans l'océan Indien avec la même intensité que la Grande Kei. Les eaux souillées de la rivière et celles de l'océan sont parallèles pendant plusieurs milles nautiques sans se mélanger. La différence de couleur notable entre les sillons est facile à observer. Avec les intempéries de la nuit et les éclairs aperçus à l'horizon, la Mbashe se jette dans l'océan chargée d'impuretés auxquelles je vais devoir faire face. Je m'y reprends à trois fois. Je tente le passage trop en amont et corrige le tir avec le sac en passant plus près de la bouche de la rivière. Lorsque je reviens, le sable se dérobe et je perds pied emporté par le courant. Je bois la tasse et finis par me rétablir après un faux-rebond, mes pieds retrouvant le fond du lit sablonneux. Je passe avec le sac-à-dos sans tomber malgré un puissant courant contre lequel je dois lutter avec mes cuisses. J'ai eu la chance de ne pas chuter au cours de ces deux traversées mais il s'en est fallu de peu.
De l'autre côté, dans la réserve naturelle de Cwebe, un bon point de chute avec des chalets "The Haven" à ne pas confondre avec "The Heaven" (le Paradis), une fausse perception qui illusionnerait et induirait en erreur Adam, le premier venu sur son l'origine du lieu. La réserve parait longue à traverser et je tarde à arriver à la der des der des rivières à passer absolument à marée basse (11h59) avant la dernière ligne droite jusqu'à Coffee Bay. Je souffle un quart d'heure à Breezy Point et bois un demi litre d'eau de pluie de récupération avant de passer un petit cours dont le niveau d'eau monte rapidement. Je ne suis pas certain qu'il s'agisse de la rivière Xhora et je continue à vive allure sans ralentir le rythme. Je ne suis guère surpris après une heure supplémentaire de marche en contournant une langue de sable de découvrir la Xhora cachée derrière un monticule sur lequel ont été construit des résidence mitoyennes les unes aux autres. Je jette un coup d'œil là où elle rejoint l'océan. Bien qu'étroit, l'endroit est profond.
Je sollicite le couple d'afrikaner qui habite la propriété la plus proche. Celui-ci me confirme que j'arrive trop tard. Il dispose d'un quadricycle et d'un jet-ski qu'il n'est pas prêt à sortir pour m'aider mais n'a même pas une simple barque à m'offrir pour aller sur l'eau. Celles qui sont retournées sur l'herbe ont des trous. Je dois attendre 23h32. Dans le pire des cas, il n'y a qu'une seule marée basse demain à 11h55. Ils me laissent rentrer à l'intérieur de leur jardin et me permettent de me reposer sous la véranda pour l'après-midi. D'un belvédère dominant la lagune, ils m'expliquent qu'il est possible de traverser la Xhora en trois points différents. J'ai fourni un gros effort physique sans me nourrir. Je me rassasie et m'allonge sans oublier de sortir du sac le poisson reçu de Dave et le mettre à sécher.
Avec huit heures de sommeil durant les deux dernières nuits, je rattrape le temps perdu. A la nuit tombée, mes hôtes mettent à disposition une chambre. Vers 22h00, nous décidons d'un commun accord de repousser la traversée à demain midi pour cause de lune cachée. Il n'y a pas de visibilité. Je dors profondément jusqu'à 8h00 le lendemain. Je suis heureux que la dame me propose d'allumer un BBQ pour braiser mon poisson à l'odeur incommodante. Cela m'évite de le perdre. Je brunch et le consomme jusqu'à 10h45 en gardant la tête et la queue pour un peu plus tard. Je n'ai aucun mal à passer la lagune à gué et continuer jusqu'à Bulungula où j'y rencontre Roxane, française établie au Cap et représentante de Voyages Aventures en Afrique du Sud. Avec son père, elle établit des contacts et un itinéraire de marche. Je suis dos à la rivière du même nom et ne vois pas que le niveau d'eau monte. Quand je me retourne, je suis surpris de ne pas pouvoir la passer. J'attends la marée haute à 18h02 avant de redescendre. Une nuit dans une rondavel pour la forme et le souvenir d'une dernière nuit sur la côte sauvage avant de retrouver "Hole in the Wall" au lieu de "Hole in the Cliff" et Coffee Bay avec ses petits airs d'Etretat.
Ce périple de trois semaines représente une distance de presque 500 kilomètres parcourus à pied depuis Durban jusqu'à East London à travers le Transkei alors qu'il est de 670 kilomètres en empruntant la nationale 2 pour rejoindre les deux villes côtières. A la question récurrente : "Pourquoi à pied ?", il est facile de comprendre que les endroits sur la côte étant difficiles d'accès, il est plus facile de les relier un à un, les uns après les autres comme en tissant un long fil plutôt que d'y passer sa vie à decouvrir / connaitre en famille le plus souvent un endroit du littoral chaque année et recommencer un peu plus loin durant les prochaines vacances scolaires l'année suivante.
Croisière "Odyssée mauresque" sur le Louis Majestic English translation pending
Bonjour, 🙂
Je serais au départ de Marseille le 15/08/2010 à bord du Louis Majesty en route vers l'Odyssée Mauresque.
Je souhaiterais avoir des renseignements sur les escales à savoir :
- Palma , Alméria, Malaga, Tanger, Ibiza, Barcelone et Gênes.
J'ai déjà parcouru ce forum et trouvé des renseignements sur le bateau mais pas sur les escales. J'ai trouvé des escales de l'odysée mauresque mais à bord du coral et elles sont un petit peu différentes de celles du louis majesty.
Je fais ces recherches car je voudrais faire mes propres excursions et ne pas prendre celles du bateau qui sont assez cher je trouve.
Merci d'avance de vos réponses.😉
Je serais au départ de Marseille le 15/08/2010 à bord du Louis Majesty en route vers l'Odyssée Mauresque.
Je souhaiterais avoir des renseignements sur les escales à savoir :
- Palma , Alméria, Malaga, Tanger, Ibiza, Barcelone et Gênes.
J'ai déjà parcouru ce forum et trouvé des renseignements sur le bateau mais pas sur les escales. J'ai trouvé des escales de l'odysée mauresque mais à bord du coral et elles sont un petit peu différentes de celles du louis majesty.
Je fais ces recherches car je voudrais faire mes propres excursions et ne pas prendre celles du bateau qui sont assez cher je trouve.
Merci d'avance de vos réponses.😉
Quizz sur les croisières English translation pending
Bonjour à tous,
Afin de se détendre ce week-end et surtout en attendant que l'hiver disparaisse complètement, je vous propose un QUIZZ sur les croisières. Ce jeu doit permettre à tous de participer dans une bonne ambiance. Les anciens comme les débutants pourront se confronter sur tout ce qui touche les croisières.
Ce jeu doit pouvoir vous permettre, grâce à une photo présentée, de révéler le nom du navire et plus forts, la compagnie.
Que ce soit l'intérieur d'une pièce à bord, un objet de décoration, une partie du navire à l'extérieur, une vue d'escale ou un bâtiment à terre et même un port, vous devrez donner le nom du navire. Des questions aussi sur l'année de construction d'un paquebot, le nombre de navires par compagnies, le nombre de compagnie, ainsi de suite .....
Chacun pourra essayer de jouer et d'apporter un commentaire personnel.
Tous les coups sont permis.
Qu'en pensez-vous ???
Je vous propose une première photo !!! Sur quel navire se trouve cette déco ?
Bon jeu à tous.
JC
Afin de se détendre ce week-end et surtout en attendant que l'hiver disparaisse complètement, je vous propose un QUIZZ sur les croisières. Ce jeu doit permettre à tous de participer dans une bonne ambiance. Les anciens comme les débutants pourront se confronter sur tout ce qui touche les croisières.
Ce jeu doit pouvoir vous permettre, grâce à une photo présentée, de révéler le nom du navire et plus forts, la compagnie.
Que ce soit l'intérieur d'une pièce à bord, un objet de décoration, une partie du navire à l'extérieur, une vue d'escale ou un bâtiment à terre et même un port, vous devrez donner le nom du navire. Des questions aussi sur l'année de construction d'un paquebot, le nombre de navires par compagnies, le nombre de compagnie, ainsi de suite .....
Chacun pourra essayer de jouer et d'apporter un commentaire personnel.
Tous les coups sont permis.
Qu'en pensez-vous ???
Je vous propose une première photo !!! Sur quel navire se trouve cette déco ?
Bon jeu à tous.
JC
Itinéraire recommandé pour le sud de la France? English translation pending
Bonjour à tous,
Je ferai mon premier voyage en Europe avec mon conjoint en mai 2010. Cadeau d'anniversaire... 🙂 Nous avons choisi la France pour cette première expérience. Il m'apparait y avoir tellement de beaux endroits à visiter que je ne sais trop par où commencer... Nous souhaitons visiter le sud de la France et passer quelques jours à Paris. Si quelqu'un connait un itinéraire "coup de coeur", j'apprécierais vraiment le connaître. Nous séjournerons deux semaines, peut-être trois. Quels seraient donc les incontournables ? L'idée de dormir en gîte nous plairait beaucoup. Si vous avez des liens ou des adresses à nous recommander, ce serait bien apprécié aussi. Merci à l'avance !
Je ferai mon premier voyage en Europe avec mon conjoint en mai 2010. Cadeau d'anniversaire... 🙂 Nous avons choisi la France pour cette première expérience. Il m'apparait y avoir tellement de beaux endroits à visiter que je ne sais trop par où commencer... Nous souhaitons visiter le sud de la France et passer quelques jours à Paris. Si quelqu'un connait un itinéraire "coup de coeur", j'apprécierais vraiment le connaître. Nous séjournerons deux semaines, peut-être trois. Quels seraient donc les incontournables ? L'idée de dormir en gîte nous plairait beaucoup. Si vous avez des liens ou des adresses à nous recommander, ce serait bien apprécié aussi. Merci à l'avance !
Compte-rendu de croisière "Anciens empires" sur le Azamara Quest (31 octobre au 14 novembre 2009) English translation pending
Croisière Azamara Quest - Empires antiques
31 octobre au 14 novembre 2009
Itinéraire: Athènes - Chios - Istanbul - Kusadasi - Bodrum - Fethiye - Antalya - Limassol - Alexandria - Nauplion - Sorrento - Civitavecchia
29-30 octobre 2009 - Départ de Montréal vers Athènes
Nous quittons Montréal en fin d’après-midi pour Dorval où nous avons un vol Air Canada direction Athènes avec connexion à Francfort. Le tout se déroule sans embûches... à part une connexion faite à la course à pied... mais on a réussi à attraper le vol pour Athènes!
Nous arrivons à Athènes en début d’après-midi. J’avais commandé un taxi et notre chauffeur nous attend près des carousels à bagages. C’est bien de se gâter un peu... il prend en charge toutes les valises et nous, on n’a qu’à suivre jusqu’à la belle Mercedes rutilante qui nous attend! Les vacances commencent bien!!
J’avais réservé l’Hotel Amalia pour sa situation juste en face du Parlement, à côté de la Place Syntagma et à 2 minutes de marche de la Plaka, le vieux quartier d’Athènes. J’avais réservé avec le site venere.com et le tout s’est déroulé sans aucun problème. Notre chambre est spacieuse, avec un grand balcon avec vue sur le Parlement, le mont Lycabeth et le jardin national. Merveilleux! Comme on a encore de l’énergie, on décide de partir explorer un peu, plutôt que de se coucher. Il fait beau soleil et la place Syntagma bourdonne d’activité! Nous sommes surprises de voir que le drapeau canadien flotte un peu partout, mais on réalise vite que hier, Athènes recevait la délégation canadienne, avec notre gouverneure-générale afin de passer la flamme olympique en vue des Jeux de Vancouver en février prochain.
On s’arrête à une terrasse pour prendre un cappuccino et une bouchée. Ah, les vacances commencent vraiment bien!! Puis, on va visiter la station de métro Syntagma... pas parce qu’on a une fixation sur les transports en commun, mais plutôt parce que cette station est un musée archéologique. En effet, quand ils ont creusé pour le métro, ils ont trouvé plusieurs vestiges et nécropoles. Plutôt que de les déplacer, ils ont décidé d’incorporer les fouilles à la station! C’est génial! Puis, on est allé voir la relève de la garde au Parlement. Les gardes grecs sont toujours impressionnants avec leur costume un peu fanfaron est ses immenses pompons au bout de leur chaussure. Mais la danse qu’ils font semblent si solennelle qu’on ne peut pas rire... ah si, un peu quand même!! Notre première exploration se termine par une randonnée dans le jardin national. Quel oasis dans cette ville si bruyante.
Après un petit repos, je repars, seule cette fois, pour aller explorer la Plaka et faire quelques photos de nuits de l’Acropole... ah, que c’est romantique!! Les amoureux déambulent dans les ruelles de pavés, avec l’Acropole tout illuminé en arrière-plan...
Une bonne nuit de sommeil s’impose car demain, on ira faire la visite du nouveau musée de l’Acropole qui vient tout juste d’ouvrir ses portes, et ensuite, nous filerons vers le Pirée avec notre chauffeur privé, pour retrouver notre Quest!
31 octobre 2009 - Athènes /Embarqument - Soleil, 20 C
Décalage oblige, nous étions debout bien avant les poules! Après un petit déjeuner dans la chambre, nous partons à la découverte de la Plaka. Évidemment, il n’y a que quelques chats pour nous tenir compagnie... pas moyen de se trouver un petit café, tout est encore fermé. Nous arrivons au musée à 8h30 et lui, il est ouvert! Parfait! Comme c’est la saison inaugurale, l’entrée n’est que de 1€ par personne! Nous avons été époustouflés par ce musée... vraiment grandiose. Il est tout en verre nous permettant d’avoir une vue imprenable sur l’Acropole, le Parthénon et aussi sur toute la ville d’Athènes. L’espace est aménagé comme le Parthénon nous donnant le sens de grandeur de ce qu’était ce temple si imposant. Tout les planchers sont aussi en verre, un peu bizarre mais on s’habitue vite. On peut ainsi voir les excavations du sous-sol et toutes les pièces exposées. Comme on avait déjeuné très tôt, on a décidé d’aller casser la croute sur la magnifique terrasse tout en haut du musée. J’y ai mangé la meilleure salade de tomates et de chèvre de ma vie... j’en salive encore! Ma mère a opté pour une salade de pomme de terre au zeste d’orange - combinaison inusité mais tellement savoureuse! Vraiment, ces vacances commencent bien...
Notre chauffeur nous attendait à l’Hôtel à 11h30 et en moins de 30 minutes, nous étions au Pirée. Le chauffeur s’est occupé d’aller porter nos valises aux porteurs du port. Un agent d’Azamara nous a accompagnés jusqu’au comptoir d’enregistrement. Il n’y avait que quelques personnes et nous avons reçu nos cartes en moins de 2 minutes. Un record! En se rendant au navire, nous avons déjà rencontré un couple de Cruise Critic qui avait logé au même hôtel que nous. Nous sommes montés à bord et avons été accueillis par des officiers et un excellent verre de mousseux rosé. On nous a offert de garder nos ‘carry-ons’ jusqu’à ce que notre cabine soit prête.
Puis on est monté au buffet pour prendre un thé en attendant la cabine qui a été prête à 13h30. Déjà, on avait rencontré 3 autres couples de CC! Notre cabine 7030 est situé juste à côté des ascenseurs du devant. La cabine est bien décorée avec des boiseries foncées, une belle literie, des fleurs fraîches, un beau bol de fruit qui sera changé à tous les jours et un magnifique balcon avec une vraie table et 2 chaises. Nous sommes parties explorer le navire, bien que nous le connaissions déjà. Mais nous le redécouvrions avec le même enthousiasme!! Après la drill de sauvetage, nous sommes tombés des amis rencontrés sur le Quest en février avec qui nous avons réservés cette croisière. Quel bonheur de retrouver nos amis! Décidément, ces vacances commencent vraiment bien!!
Les valises défaites, on se prépare pour le souper... dès notre arrivée à la salle à manger, nous reconnaissons une foule de serveur et le maître D qui nous reconnait et nous appelle par nos prénoms.. Non mais quand même, c’est fort, après 9 mois et combien de croisièristes... Nous avons définitivement l’impression de rentrer chez des amis!! Nous rentrons tôt car déjà demain, notre première excursion à l’île de Chios... La mer brasse pas mal ce soir... assez que Mariette sort les Bonamines, et on doit appeler la maintenance car notre porte patio siffle si fort qu’on dirait des gendarmes qui font la circulation dans notre cabine. En moins de 10 minutes, le tout est réglé et Morphée nous tend les bras...
1 novembre 2009 - Chios - vent très fort - 12C am et 16C pm
Dès notre réveil, on pouvait apercevoir les côtes de l’île de Chios. Mais le bateau brassait encore beaucoup, la mer a été très agitée toute la nuit. Nous devions rencontrer notre groupe pour l’excursion privée à 8h30. Mais à 8h30, on n’était toujours pas accosté... le capitaine a pris le micro pour nous dire que les vents étaient trop fort et que le passage pour entrer au port étant trop étroit, il considérait la manœuvre trop dangereuse... l’escale était donc annulée. Toutefois, il fallait aller faire étamper tous les passeports pour signifier notre sortie de Grèce. Il a donc envoyé une vedette avec tous les passeports afin que les autorités puissent remplir les formalités nécessaires. Bien que déçus de ne pouvoir visiter cette île bien particulière et de devoir annuler notre excursion, nous étions quand même un peu contente d’avoir une petite journée de repos avant d’entreprendre 8 jours consécutifs d’escales... On a profité de la journée pour faire quelques activités et de retrouver nos amis. Une petite sieste en après-midi... ahhh le bonheur!
Nous avions reçu dès notre arrivée une convocation pour le party Meet & Mingle de Cruise Critic qui avait lieu ce soir à 18h00. A notre arrivée au Looking Glass, je suis presque tombée sur le dos... il y avait 150 personnes! Tous les officiers nous accueillaient un après l’autre, en commençant par le capitaine Leif Karlsson, la directrice de croisière Sue Denning, le directeur de l’hotellerie Philip Herbert et plusieurs autres. On nous servit du champagne et des hors d’oeuvres. C’était vraiment hallucinant car tout le monde venait me dire bonjour, me reconnaissant grâce à ma petite photo sur Cruise Critic! Jase avec un, jase avec l’autre et tout à coup j’entends au micro Sue la CD qui m’appelle!!! Les gens au party lui avait dit que j’avais organisé le Roll Call et que grâce à mon enthousiasme, les gens s’étaient inscrits au M&M!! C’était vraiment super de pouvoir voir tous ces gens avec qui on avait échangé pendant tous ces mois. Sue m’a dit que jamais dans l’histoire d’Azamara ils n’avaient eu un tel party!! C’était un record de tous les temps!! Elle m’a même fait envoyer une bouteille de champagne pour me remercier. Tous les officiers sont venus nous dire au revoir et merci! Nous sommes ensuite allés souper avec nos amis et un groupe de nouveaux amis rencontrés sur CC!!!
Bonne nouvelle de la journée - comme nous avons raté Chios, nous sommes donc partis plus tôt et arriverons à Istanbul tôt le matin plutôt qu’à midi! J’ai contacté la compagnie Hello Ephesus avec qui j’avais réservé pour un guide francophone pour notre visite d’Istanbul afin de devancer notre tour. J’ai eu une réponse pratiquement dans l’heure!!
La mer est encore houleuse, et le vent siffle dans notre porte... j’ai encore dû appelé la maintenance, mais cette fois sera la bonne! Il ajoute un coupe-froid à la porte et fini les sifflements de gendarme!!
2 novembre 2009 - Istanbul - Pluie, soleil, vent - 12C
Quel bonheur de voir les rives du Bosphore se dessiner au petit matin! On peut voir dans la pénombre du lever du jour les minarets d’Istanbul qui pointent vers le ciel. Mais ce ciel est plutôt gris, et les nuages sont chargés de grosses gouttes! Je dois vous avouer que ça fait déjà 10 ans que je RÊVE d’aller à Istanbul... on avait presque réservé en 1999 mais les tremblements de terre dévastateurs nous en avaient empêché... 10 ans plus tard, j’y suis enfin!!
Je trépigne, je ne tiens plus en place... le Quest est accosté à Karakoy, juste devant le NCL Jade, juste au pied du pont Galata, face à Topkapi, Ste-Sophie et tout le quartier de Sultanahmet... C’est magnifique malgré le ciel menaçant. A 8h30, nous débarquons et sommes accueillis par une bande de Turcs en costumes traditionnels. Notre guide Sedate nous attend à la sortie du terminal. Afin de sortir, on doit remplir un formulaire (Landing Card) et la remettre au douanier - assez simple, et pas besoin de visa.
Notre guide est un grand gaillard qui parle un français impeccable. Notre chauffeur vient nous chercher avec un grand parapluie et nous amène à notre véhicule - un 6 places Mercedes tout neuf. Notre premier arrêt fut à la Citerne de Yerebatan. Cette cathédrale engloutie a été bâtie au 4e siècle par Constantin pour approvisionner les palais impériaux en eau potable. Elle impressionne par ses proportions gigantesques. Elle contient une forêt de colonnes - 336 en tout - coiffées de chapiteux corinthiens. Une des colonnes est particulière car elle a un motif d’oeil de paon. Tout au fond, deux colonnes ont une base à tête de méduse: une à l’horizontale, et l’autre de côté. Vraiment très particulier. On se laisse prendre par le mysticisme de ce lieu.
Puis, on s’est rendue à pied vers la Mosquée de Sultan Ahmet connue comme la Mosquée bleue! Pour s’y rendre, nous traversons un grand parc qui la sépare de Ste-Sophie... c’est très impressionnant de voir ces deux monuments grandioses de part et d’autre de ce parc! Il faut retirer les chaussures pour entrer et on nous donne un petit sac pour les transporter. Les tapis sont épais et confortables - c’est plutôt agréable de s’y promener! Nous tentons tant bien que mal d’absorber toute la beauté de ce lieu. Les tuiles d’Iznik qui ont fait la renommée de cette décoration sont en grande partie disparues... mais il en reste quelques unes et on peut voir l’intensité de leur couleur bleue qui a donné le nom à cette mosquée. C’est une des plus belles d’Istanbul, qui en compte pas moins de 550!!!
Nous avons ensuite traversé l’hippodrome où nous avons pu voir les deux obélisques et la colonne serpentine. L’obélisque de Karnak, le jumeau de celui de la place de l’étoile à Paris, trône fièrement au centre de la place.
Puis nous avons repris la voiture pour nous rendre à Topkapi. On aurait pu y aller à pied, mais la température était incertaine et on voulait rester au sec!! Depuis que je suis toute petite que je rêve de visiter le Harem de Topkapi... ce lieu rempli d’intrigues, d’histoire de princesses ravies de contrées lointaines, de sultans et d’eunuques! Pour faire la visite du Harem, il faut payer une deuxième entrée - mais ça vaut vraiment la peine. C’est là que vivait le sultan avec la Validé Sultane, sa mère, ses 4 femmes, 20 favorites et centaines de concubines! Tous les murs du Harem sont recouverts de tuiles d’Iznik. C’est incroyable!! On a pu voir les différentes pièces réservées au femmes, les dortoirs, les piscines, les bains et même les toilettes turques! À la sortie du Harem, on peut aller voir les trésors de Topkapi - des bijoux invraisemblables sertis de tellement de pierres précieuses, dont le fameux poignard aux émeraudes de 84 carats! Nous avons aussi vu le musée de Mahomet où sont gardées plusieurs des reliques du prophète dont une dent, un morceau de son bras et même le saint poil de sa barbe!!!! On a fini la visite avec les différents pavillons extérieurs et bien sur par une promenade sur la terrasse d’où on a une vue magnifique sur le Bosphore et la Corne d’Or.
On a maintenant l’estomac dans les talons!! Direction: Grand Bazar - le plus grand au monde, il s’étend sur 64 rues et contient plus de 4500 boutiques! Mais on a bien trop faim pour shopper... on trouve donc un petit restaurant dans le Bazar et Sedate nous conseille sur le menu. Je choisi un donair et un ayran, une boisson turque faite de 1/3 de yogourt et 2/3 d’eau salée. C’est surprenant, mais finalement, j’adore!! Mariette choisi une assiette d’Iskender - une autre spécialité de la région de Mugla. De petits morceaux de viandes grillées sont mélangés à une sauce de tomate et beurre fondu, servi sur des morceaux de pain pita qui absorbe la sauce, et de yogourt nature... Oh mon dieu... c’était tellement bon!!! Heureusement que Mariette mange comme un petit oiseau... j’ai pu me régaler aussi!
Après avoir flâné au Grand Bazar un peu, nous avons repris la voiture et avons traversé à Corne d’Or par le pont Ataturk pour aller faire un tour dans la ville moderne avant de rentrer au bateau vers 15h30. Notre excursion en privé a été organisé par Hello Ephesus, avec guide francophone, toutes les entrées incluses (pas le lunch) et nous a coûté 50$ US par personne - une aubaine!
A l’arrivée au bateau, on nous attendait avec le tapis rouge - littéralement - et un bon chocolat chaud! Il était le bienvenu car il faisait plutôt froid et très humide.
Nous devions aller voir un spectacle de derviches tourneurs, mais après avoir tenté de localiser l’endroit avec notre guide, il nous a conseillé de ne pas nous y aventurer seules... on a donc décidé de rester à bord et de profiter du spectacle de baladi. Quelle bonne décision! Le spectacle à bord était extraordinaire. Un orchestre de musique traditionnel accompagnait une troupe de danseurs et la superbe Princesse Sahara qui nous en a donné pour notre argent!! Les petits monsieurs ont du faire des beaux rêves ce soir!!! Surtout notre ami qui a été choisi par Princess Sahara pour monter sur scène avec elle...
Après le spectacle, on est monté se coucher tandis que les hommes sont allés prendre une douche froide!!!
Demain, je repars à la découverte d’Istanbul, cette fois en tram avec mon amie!!
3 novembre 2009 - Istanbul - Soleil - 17C
Dès mon réveil, je peux entendre le va et vient des ferries qui traversent le Bosphore et la Corne d'Or... il y a du traffic même sur l'eau! Heureusement ce matin le soleil est au rendez-vous. A 8h00, je rejoins mon amie au buffet... elle dort!! Son père l'a réveillée en sursaut à 4h30 pensant qu'elle serait en retard pour notre départ!! Mais après un double espresso bien serré - excellent et gratuit au buffet - nous partons à pied.
Le Quest est tellement bien situé. A la sortie du terminal, nous empruntons une petite ruelle commerciale qui nous amène au pont de Galata en moins de 10 minutes. De là, on achète un billet de tram. Le tramway est la façon la plus simple de se déplacer à Istanbul. Ils sont tout neuf, et on évite ainsi la congestion! Le quartier de Sultan Ahmet est à 4 stations de Galata. Notre première visite ce matin sera Hagia Sofia - le temple de la divine sagesse! Construite par Constantinople comme Basilique, elle fut ensuite convertie en Mosquée, et aujourd'hui elle est un musée - ce qui explique qu'elle ait été fermée hier! Dès 8h30 la file se forme à l'entrée. On prend donc notre place pour être dans les premiers à entrer. à 9h00 pile, on entre. Le coût d'entrée est de 20 TLY et on ne prend ni carte de crédit, ni d'autres devises. Par chance, on avait changé quelques euros en lires turques avant d'arriver. La visite est impressionnante. J'avais lu dans mes recherches qu'on avait une vue superbe de la mezzanine. Alors dès notre entrée on est monté avant la cohue des touristes japonais... clic clic clic... pire que moi!!!
Nous croyons devoir emprunter un escalier pour monter, quelle ne fut notre surprise de voir que nous devions plutôt escalader un corridor de pierre, sans marche, et tout en marbre (lire glissant...). Le tout donnait à l'ascension une drôle de sensation. Arrivées en haut, on a pu voir de très près les magnifiques mosaïques chrétiennes. Et croire qu'elles avaient toutes été recouvertes à l'ère musulmane puisque les images sont interdites dans les mosquées... Après notre exploration de Hagia Sofia, nous sommes reparties à pied pour le Bazar égyptien aussi appelé le marché des épices. Facile de s'y rendre, on n'a qu'à suivre à pied les rails du tram! Les rues sont bordés de boutiques et de restaurants et on fait un peu de lèche-vitrine. Les boutiques de bonbons - les délices turcs et les loukoums - sont tellement invitantes!
Nous rejoignons le marché aux épices en moins de 20 minutes. Ce marché est en fait beaucoup plus agréable que le Grand Bazar. Il est moins grand, donc moins de risques de s'y perdre, les boutiques sont sensiblement les mêmes, les prix sont meilleurs et en plus, on a les étals des choses quotidiennes comme les denrées, les épices, les chaudrons etc. contrairement au Grand Bazar où on retrouve principalement des bijoux, cuir etc.
Nous traversons le pont Galata à pied. Tout le long du pont, des dizaines de pêcheurs sont déjà installés avec leur grande canne!
On en profite pour acheter un jus de grenade fraîchement pressé devant nous... le bonheur!! J'ai fait le plein d'antioxydants pour un bout!!!
De retour sur le Quest, on nous attend avec du vin chaud épicé, ou Gluwein. Wow... c'est pas mal plus 'réjouissant' que le chocolat!! J'en prend deux coup sur coup!! Je suis heureuse... moi et Wendy on rigole comme des gamines...
Comme le Quest part d'Istanbul vers 13h00, on va tous s'installer sur le Lido afin d'avoir une bonne place pour le départ et la navigation du Bosphore. Les chaises longues en bois ont d'épais matelas et de belles couvertures nous attendent. Le bonheur! Après un bon lunch au grill, un guide turc s'installe pour nous faire le commentaire tout au long de notre navigation à travers le Bosphore, la mer de Marmara et plus tard, des Dardanelles... Vraiment, une autre journée exceptionnelle.
Nous avons un autre cocktail ce soir. Cette fois, c'est pour le Captain's Club. Encore une fois, nous rencontrons tous les officiers, Sue, le Capitaine et tous sont encore des plus chaleureux. C'est vraiment agréable car on peut vraiment s'attarder et avoir de bonne discussion avec eux!
Le Capitaine nous parle des changements qu'il y aura avec Azamara! A compter de maintenant, Azamara sera indépendante de Celebrity. Bien que toujours du groupe RCL, Azamara aura sa propre direction, son propre staff et développera sa niche. Ils veulent continuer à offrir une expérience de proximité avec les passagers tout en offrant le meilleur service qui soit, des itinéraires exclusifs et des voyages à thème. Il a même parlé d'élargir la flotte mais toujours avec des petits navires, avec moins de passagers! JE RÊVE OU QUOI!!!!! C'est le bonheur total!!!
Après un souper extraordinaire de filet mignon de cerf, nous allons voir le spectacle de production. La troupe compte 3 filles et 2 garçons, tous très talentueux, et le spectacle est très réussi, même avec une si petite scène. Il faut dire que le band est encore une fois incroyable... un band de 8 personnes avec 3 cuivres... ouf!! Ils sont vraiment bons.
Demain, on pourra faire la grasse matinée, car on n'arrive à Kusadasi que vers 11h00!!
4 novembre 2009 - Kusadasi - Orage, soleil 20C
Nous sommes arrivés à Kusadasi vers 10h30, avec un ciel encore chargé de gros nuages gris... mais des petits trous bleus se dessinant au loin nous donne espoir pour notre visite d’aujourd’hui à Ephèse. Le Quest est allé se ‘stationner’au deuxième quai du port puisqu’il y a déjà 3 navires accostés: Le Solstice de Celebrity, le Splendor of the Seas et l’Albatros. Le Quest a l’air d’un yacht privé à côté du mastodonte de Celebrity!!
Une troupe de jeunes danseuses et de musiciens nous attendait pour nous souhaiter la bienvenue, et un jeune garçon nous a remis une petit broche avec l’oeil bleu - une amulette pour nous protéger contre le ‘mauvais oeil’! Notre guide Ibrahim nous attendait à la sortie du terminal. Il est un professeur de français à la retraite avec une passion pour l’histoire... on est bien tombé!!
Nous partons de sitôt pour Selçuk pour aller visiter la maison de Marie. Le trajet prend environ 30 minutes. De part et d’autre de la route nous pouvons voir de grands vergers de pêches, d’oliviers, de mandarines et des champs de choux. Ibrahim nous raconte qu’autrefois, les parents réservaient les terres de montagnes à leur garçons, car elles étaient plus fertiles et se ‘débarrassaient’ des terres en bord de mer en les donnant à leurs filles... mais avec l’avènement du tourisme, ce sont les filles qui ont finalement hérité des terres avec la plus grande valeur car les promoteurs immobiliers s’arrachent tout ce qui est en bord de mer!! A notre arrivée sur le site de la maison de Marie, le ciel s’ouvre littéralement et bien que nous ayons des impers, nous nous retrouvons trempés jusqu’aux os... tout le monde tente de s’abriter tant bien que mal dans les quelques boutiques ou sous les arbres et le tonnerre gronde à tue tête... est-ce un signe??? Nous rejoignons finalement la petite chapelle qui a été construite sur les fondations de la maison où Marie aurait fini ses jours en compagnie de St-Jean Baptiste, à qui Jésus avait confié sa mère. La chapelle est bondée car la pluie a repris de plus bel... j’avoue qu’il est vraiment difficile de savourer le moment et de se dédié à nos dévotions... on ne pense qu’à retrouver le confort de la voiture... Je suis un peu bouleversé d’être dans un endroit si important et de ne pouvoir m’absorber... j’achète en vitesse 2 petites chandelles dans cette chapelle, me disant que je ferai mes dévotions une fois au sec!!!
Nous retournons vers Éphèse pour faire la visite de cette ville gréco-romaine, une des mieux conservées du bassin méditerranéen. Heureusement, le ciel s’est éclairci et le soleil a fait son apparition! Ibrahim nous amène à la Porte de Magnésie afin que nous fassions la visite en descandant... bonne idée, car les cars d’excursions de Princess on fait l’inverse et les gens ont dû se taper la visite en montant... beaucoup plus fatiguant!
Ce site est exceptionnel. On voit souvent l’image de la bibliothèque de Celsus, l’emblème d’Éphèse. Mais ce qui est à mon avis le plus remarquable est que la ville est tellement bien conservée qu’on peut vraiment voir comment la ville était, comment les gens vivaient. On n’a pas vraiment à user d’imagination car tout est là! Nous avons été visiter les maisons en terrasses, un petit extra que les groupes ne font pas et qui vaut franchement la peine. Ces maisons étaient celles des patriciens de l’époque, et contiennent des mosaïques et des fresques colorées dans un état impeccable. Ils ont recouvert ces excavations et en ont fait un musée vivant. On peut voir les archéologues trier et assembler des milliers de petites pierres et plaques de marbre afin de recréer les surfaces des planchers et des murs de ces maisons... vraiment, un travail de moine mais qui donne des résultats rien de moins que spectaculaire.
Sur l’avenue de marbre qui va du théâtre - un des plus gros de l’Antiquité, 24 000 sièges - jusqu’à la librairie de Celsus, une plaque est gravée avec une annonce pour le bordel. On y a gravé le visage d’une belle femme, un coeur, une pièce de monnaie et un pied... le pied, c’est prendre la mesure de ceux des clients - s’ils étaient plus petits, le client était trop jeune et donc refusé à l’entrée... Serait-ce ici l’origine de l’expression ‘Prendre son pied’???
Et que dire de la bibliothèque... construite en 110, un ingénieux système de ventilation a été aménagé entre deux murs afin de garder la bibliothèque fraîche et ainsi mieux conserver les rouleaux! C’était la deuxième bibliothèque en importance après celle d’Alexandrie.
Après cette visite extraordinaire, je me suis payé un autre jus de grenade... dieu que c’est bon! Une super-dose de vitamine qui vous remet sur le piton!!
Avant de retourner au bateau, nous avons fait un arrêt pour voir ce qui reste du temple d’Artémis. Une seule colonne persiste. Difficile de croire que ce temple était une des 7 merveilles du monde antique!
Nous étions de retour au navire vers 16h00, vraiment satisfaites de notre excursion avec Ibrahim. J’avais réservé cette visite avec Hello Ephesus au coût de 65$US par personne.
Après une petite collation sur la terrasse arrière du bateau, nous sommes ressorties pour aller faire un peu de shopping au bazar de Kusadasi. Nous sommes tombées sur mon amie Wendy qui venaient de faire de bons achats. Elle est donc repartie avec nous pour nous indiquer les bons magasins! Ici, c’est le paradis des ‘genuine fake’ et le cuir est à l’honneur. J’y ai vu des cuirs si minces qu’on les appelle soie de cuir. Je n’ai pu résister et je me suis acheté une magnifique veste d’un cuir si souple, qu’on a l’impression de ne rien avoir sur le dos! Ravie de mon achat, nous sommes revenus à bord et sommes allés manger au buffet.
Le buffet avait un thème différent à chaque soir et vraiment la nourriture était exceptionnelle, même ici. De plus, pour créer une ambiance différente le soir, un guitariste y était tous les soirs de 20h00 à 22h00.
5 novembre 2009 - Bodrum - Soleil 25 C
Ce matin, le ciel est clair et laisse présager une journée magnifique. Comme on partait pour la journée en tour privé, j’avais fait venir le petit déjeuner à la chambre. Avec Azamara, nous avons droit à un menu complet! J’avais demandé, en plus de notre déjeuner, des petits pains avec du jambon et du fromage afin de me faire des sandwiches pour grignoter au cas où!! Le service de Room service a deviné le but de ma demande car ils nous ont confectionné deux super sandwiches sur pain sésame avec mayo, tomates etc. De plus, on nous appelle pour nous aviser que le plateau s’en vient: ‘Good morning Miss Marie, it’s Martin your favorite Maitre D, your breakfast is on its way! Have a great day ashore’! OK... est-ce que je rêve encore?
J’avais fait beaucoup de recherche afin de trouver un tour opérateur pour cette escale. Mes recherches ont porté fruit et j’avais 3 groupes qui partaient aujourd’hui avec Akustik Travel. Dès notre arrivée au terminal, la personne avec qui j’avais fait les arrangements était là pour nous accueillir. Les trois groupes ont rejoint leur guide et mini-bus. J’avais limité notre groupe à 6 personnes afin d’avoir de l’espace dans le véhicule et aussi afin de ne pas se faire presser par personne. Notre guide Yavüz avait tout à fait l’air d’un fier descendant de sultan... avec ses yeux luisant, ses long cils noirs, sa barbichette et son crâne chauve! On pouvait tout à fait l’imaginer avec un turban orné d’une gigantesque émeraude et d’une plume d’aigrette!
Notre matinée a été dédiée à la visite de Bodrum, une magnifique station balnéaire. La marina était remplie à craquer de caïques turques, puisque la saison tire à sa fin. J’ai tout de suite pensé à notre Francine, passant ses nuits sur les matelas à l’arrière à se faire courtiser par les marins turcs...!!! Farce à part, ces bateaux sont vraiment majestueux avec leur grand mat et le bois vernis.
Nous avons passé un bon 3 heures à visiter le château St-Pierre, édifié au 15e siècle par les Hospitaliers de St-Jean, cet ordre militaire chargé de garder les routes maritimes vers la Terre Sainte. Le château faisait partie d’un réseau de places fortes protégeant l’île de Rhodes où l’ordre était basé. Le château abrite maintenant un musée des Découvertes sous-marines, où on peut voir les cargos d’épaves datant de plusieurs siècles avant JC ainsi qu’une collection d’amphores incroyables.
Bodrum est sise sur l’ancienne cité de Halicarnasse, fief du roi Mausole qui y régnat au 4e siècle av-JC. Il y fit construire un monument funéraire commencé en 355 av-JC et finit après sa mort. Ce monument funéraire des plus imposants donna à notre langue le mot ‘Mausolée’. Il ne reste malheureusement que la fondation de la chambre funéraire et un champs de colonnes en pièces. Ce monument était à l’époque une des 7 Merveilles du monde antique. Avec cette visite, nous avons donc vu 6 des 7 merveilles... il faudra aller à Bagdad en Irak pour voir la septième, les jardins suspendus de Babylone... pas pour demain!!
Après un bref arrêt au théâtre grec, construit à flanc de colline, nous prenons la route pour Sazköy, un village de 92 maisons (environ 350 personnes) où nous dînerons chez l’habitant et passerons l’après-midi. Ce village vit principalement de la fabrication de tapis. Les femmes qui font les tapis sont regroupées en coop et vendent leur tapis aux grands commerçants istanbuliotes. Le chef de la coop nous a reçu dans sa maison, aménagée pour recevoir des petits groupes de touristes. La grande véranda de la maison était recouverte de tapis et de kilims et au centre, un grand plateau recouvert de plats tous plus appétissants les uns que les autres, nous attendait! On s’est installé autour du plateau et notre hôte nous a offert vin, bière, eau etc. Les plats étaient exquis: feuilles de vignes, aubergines, courgettes, poulet, fèves, riz, sauce tomate, huile d’olive, et un pain plat super moelleux. C’était succulent! Yavüz ne cessait de remplir nos assiettes... on est sorti de là en roulant!! Après le repas, nous avons eu droit à la démo des tapis, mais sans pression... vraiment! Ils nous ont montré les différents types de tapis que les femmes fabriquent en nous racontant les histoires dépictées sur les tapis. Après la séance tapis, nous sommes allés faire le tour du village à pied. Nous avons rencontré les femmes à leur métier, en train de tisser les fameux tapis. Puis on a vu les fermettes, les champs d’oliviers. On a terminé notre visite en allant prendre un thé au magasin général, le seul commerce de la place. Tous les hommes y étaient pour prendre le thé d’après-midi et jouer au backgammon! Je vous dis qu’on se faisait zieuter... J’ai fait quelques achats au magasin - des loukoums tout à fait délicieux, et des coussins en broderies.
Cet après-midi nous a permis de découvrir le mode de vie d’environ 35% des turcs. Un mode de vie qui deviendra sûrement de plus en plus rare avec l’exode vers les villes. Cette excursion au coeur de la Turquie rurale en valait grandement la peine! Réservée avec Akustik Travel elle nous a coûté 61 € par personnes. Les deux autres groupes ont eu des meilleurs tarifs car leur groupe était plus gros (10 personnes). Nous avons terminé notre journée au bord de la piscine afin de ne gaspiller aucun des beaux rayons de soleil qui nous a suivi toute la journée!
Comme à tous les soir, le chef Anthony, un français, nous a concocté un autre souper digne de chez Toqué... tarte aux olives, brochettes de filet mignons et lentilles, et un Lava cake coulant... le bonheur!!!
6 novembre 2009 - Fethiye, Turquie - Soleil 23C - à l’ancre
Avant même de partir, nous avions décidé que Fethiye serait une journée plus relax pour nous. Nous avions déjà visité la région dans une croisière précédente, donc ce matin, on a fait la grasse matinée - je me suis levée à 6h30!!! Du rideau entrouvert, j’ai vu un ciel de feu... je me suis précipitée sur le balcon pour voir le lever de soleil le plus spectaculaire qu’il m’ait été donné de voir... vraiment, l’insomnie peut avoir des bons côtés!!!
On se l’est coulé douce jusqu’à 9h00. On a pris notre petit déjeuner à la salle à manger, tout en admirant le paysage et la mer si calme...
Nous avons pris le tender de 11h00. C’est le trajet le plus smooth que nous ayons jamais fait! Les tenders sont aussi beaucoup mieux fait que ceux des autres navires. Il n’y a aucun escaliers à monter, on entre au même niveau que le quai. Au bout du quai, on peut apercevoir l’amphithéâtre de Telmessos - le nom de cette ville à l’époque romaine. Contrairement aux sites archéologiques qu’on voit partout, celui-ci n’a pas été fouillé et le théâtre est laissé à lui même - la nature a pris le dessus, mais le site semble mieux ‘intégré’ à la ville d’aujourd’hui!
Le bord de mer est rempli de bateaux de pêcheurs et plusieurs sont installés pour vendre leur pêche du matin. Nous avons pris un taxi pour aller voir quelques tombes rupestres, creusés et sculptés à flanc de montagne, qui sont juste à la sortie de la ville. 20$US pour une course de 5 minutes semble un peu exagérée, mais on ne le savait pas avant de partir!!! Toutefois, la ville est très à pic, et l’ascension aurait grugé toute l’énergie nécessaire au shopping d’après-midi!!! Tout compte fait, un p’tit 20 bien dépensé! Ces tombes sont vraiment impressionnantes car on dirait des palais sculptés à même la montagne. Nous avions vu ce type de monument funéraire à Dalyan, mais quant à être ici, la visite en valait la peine.
De retour en ville, nous avons flâné dans le bazar. Comme la saison touristique tire à sa fin, on nous avait dit qu’il serait plus facile de marchander. Mais en fait, c’était tout le contraire... les commerçants sont écoeurés et ne pensent qu’à leur vacance! Pas de ‘deal’ à faire ici! Mariette se trouve quand même une belle écharpe pashmina aux couleurs ambrées... elle fera fureur avec son achat!!
On trouve une belle terrasse sous un treillis de vignes remplies de raisins pour le lunch. En voyant sur le menu la spécialité turque goûtée à Istanbul, on ne peut pas résister! On reprend une assiette d’Iskender et moi je choisi une pizza turque - vraiment différente de l’Italienne! La pizza turque est faite comme un chausson mais en long - elle mesure environ 18 pouces de long et 4 de large. La pâte mince est farcie de fromage de chèvre, de persil et de tomates. Le tout arrosé de notre nouvelle bière préférée, Efes... un autre moment de pur bonheur!
De retour sur le bateau, nous rencontrons nos amis qui eux ont eu toute une frousse aujourd’hui... Ils avaient décidé de faire une excursion privé avec un groupe de CC. Une fois arrivé aux tombes rupestres, les freins du véhicule ont lâché et le véhicule s’est retrouvé les deux roues arrière dans le vide!!! Heureusement, tout le monde était hors du véhicule... mais toutes leurs affaires s’y trouvaient!! Ils ont dû attendre qu’une grue viennent repêcher le mini-bus... quelle affaire!
7 novembre 2009 - Antalya, Turquie - Soleil - 27C
Lever du corps à 6h00... Ayoye... un peu tôt, mais notre excursion, réservée avec Azamara, débute à 7h15, donc on doit se grouiller ce matin!
Notre guide Ahmet parle un anglais impeccable et l’autobus est super propre et confortable. Chaque passager reçoit un sac avec une amulette protégeant de l’oeil maléfique, des serviettes humides et des écouteurs. Notre guide parle dans un radio émetteur ce qui permet à tout le monde de bien entendre ses commentaires - définitivement un avantage avec un gros groupe.
Nous prenons la route pour Aspendos qui se trouve à environ 1h00 d’Antalya. Nous visitons un théâtre qu’on dit être le mieux conservé au monde et un exemple parfait du théâtre romain. Ce qui est particulier, c’est que le mur de scène est intact et forme donc, avec l’hémispère des gradins, un demi-cercle fermé parfait. Contrairement au théâtre grec qui s’adosse à une colline, le théâtre romain est construit en hauteur grâce à l’arche! Il est fermé afin de contrôler l’attention des spectateurs. Les gradins sont toujours intact et les niches et décorations de l’arrière scène sont spectaculaires. Ce théâtre pouvait recevoir 15 000 spectateurs. Aujourd’hui, plusieurs spectacles d’opéra, de ballet ou de musique ont lieu à Aspendos. On y accueille environ 10 000 personnes - on est définitivement plus gros que du temps des Romains!
Deuxième arrêt, l’ancienne cité de Perge. Cette ville de l’Antiquité avait été fondée par des guerriers grecs suite à la chute de Troie, mais elle connut son apogée à l’époque de la Pax Romana. Nous avons visité l’agora avec ses colonnes de marbre et de granit, puis les thermes avec leur 4 pièces aux températures différentes. On peut encore voir tout le système de canalisation qui transportait les eaux froides ou chaudes, et aussi les égouts pour les eaux usées. Très différente d’Éphèse, Perge est aussi un site intéressant et nous donne un bon aperçu de la disposition et de la vie à cette époque. Perge a été conquise par Alexandre le Grand.
Le soleil était assez intense et après avoir marché dans ces vestiges pendant 1h30, nous étions assez fatigués. Heureusement, l’heure du lunch avait sonné! On nous conduisit dans un restaurant où un magnifique buffet de spécialités turques nous attendaient. Malheureusement, on n’avait que 30 minutes pour manger, et on a du faire la file pendant 15 minutes aux toilettes... donc on s’est gavé comme des oies afin de se sustenter un peu. J’ai tout de même réussi à goûter à un peu de tout, et c’était délicieux... dommage qu’on ait pas pu en profiter.
De retour à Antalya, nous avons fait un tour à pied de la partie ottomane de la ville. Les rues sont bordées de maisons en bois en encorbellement - on dit qu’Antalya constitue le plus beau noyau d’habitations ottomanes de Turquie. Deux minarets sont assez remarquables: Le minaret cannelé est devenu l’emblème de la cité. Un peu plus au centre, le minaret tronqué est accolé à une église byzantine. La porte d’Hadrien a une triple voûte à caissons flanquée de deux tours de garde. Elle fut érigé pour la venue de l’Empereur Hadrien en 130 AD. Le tour à pied (ou plutôt la course à pied!!!) s’est terminé au centre de la ville, près de la statue d’Ataturk... notre point de rencontre après la pause shopping qu’on nous donnait. Ouf... je suis à bout! On a plutôt choisi de prendre le 45 minutes pour aller prendre un café, bien assises à l’ombre à regarder les gens passer... Cette excursion est beaucoup trop chargée... on a mangé à la course, puis on a couru après le guide tout au long du tour à pied. Même si on a les écouteurs, c’est difficile de suivre quand on est 500 mètres derrière - à gauche la maison jaune, elle date de l’époque de Pasha machin chouette... ah oui? Et la maison bleue elle... ben tu la verras dans 5 minutes quand tu auras rattrapé le guide... attention les marchettes, ici, c’est du sport extrême!!!
Bon, comme prévu, après du shopping il y a toujours des retardataires et je suis convaincu que nous louperons la dernière portion de l’excursion, la visite au musée archéologique d’Antalya, le plus recommandé de Turquie... il est 15h00 et nous devions être de retour au bateau à 15h30!!
Mais Ahmet fait à sa tête, il nous amène au musée et nous aurons 45 minutes pour en faire la visite! Vraiment, cette visite est le clou! On peut y voir toutes les statues du théâtre d’Aspendos ainsi que toutes celles retrouvées dans les temples de Perge. L’état impeccable de ces trouvailles sont à couper le souffle. Le marbre est d’un blanc si pur, presque translucide. Une collection de sarcophage est aussi des plus impressionnante. Nous revenons finalement au bateau à 16h45... à peine 15 minutes avant le départ du bateau!!!
Épuisés par cette course folle, on s’effondre et faisons la sieste jusqu’à 19h00... Ce soir sera un petit souper au buffet (encore une fois exquis - spécial fruits de mer ce soir!), et dodo à 22h00!!
8 novembre 2009 - Limassol, Chypre - Soleil 28C
Encore un matin à l’heure des poules... réveil à 6h00, départ pour l’excursion à 7h00... ah les vacances!
Ce matin nous partons sur une excursion d’Azamara pour Paphos, un site du patrimoine de l’UNESCO situé à l’ouest de l’île de Chypre. Le trajet prend une bonne heure mais nous permet de voir cette île aride mais remplie de vergers d’agrumes sur le point d`être récoltés. L’irrigation fait des miracles! Sur la route qui longe la côte, on peut admirer les eaux turquoises de la Méditerranée. On fait un bref arrêt pour voir le rocher près duquel la déesse de l’amour, Aphrodite (Vénus) aurait émergé des eaux pour prendre vie. Ce rocher s’appelle Pétra tou Roumiou ou rocher du Romain. Est-ce qu’on peut la voir assise sur ce rocher - eh, bien, je suis peut-être une grande romantique, mais j’aurais juré qui oui!!
Nous arrivons à Paphos et visitons d’abord les tombeaux des rois. Cette nécropole nous fait découvrir des tombes sous-terraine datant du 4e s. av-JC où les patriciens et nobles de l’époque furent ensevelis. Certaines de ces chambres funéraires comportent de belles colonnes doriques et des fresques murales. Malheureusement, cette nécropole a été utilisé comme carrière au fil du temps et il n’en reste que quelques tombes. Il n’est que 9h30 le matin et le soleil nous tape... de plus, ce soleil d’automne projette des ombres si longue qu’on se croirait en fin de journée... une lumière tout à fait surprenante!
Troisière arrêt, le clou de la journée: La villa de Dionysos. On visite cette immense villa du 3e s. AD pour ses planchers en mosaïque parmi les plus beaux de l’est méditerranéen. Représentant des scènes inspirées de la mythologie grecque, elle fut accidentellement découverte en 1962 par un fermier qui labourait son champ. On l’appelle ‘Dionysos’ à cause des représentations de ce dieu du vin, mais la villa était probablement la propriété d’un riche général romain ou d’un commerçant de Paphos. Pièce après pièce, on retrouve des mosaïques colorées qui nous racontent les histoires des dieux et déesses! On peut facilement imaginer l’opulence de ces lieux et toutes les soirées et réceptions que le maître a pu donner dans cette villa! Un petit Odéon a été restauré non loin de la villa.
Après la visite, nous avions du temps libre pour profiter du petit port de Paphos. La chaleur nous avait un peu sonnés, alors on a décidé de trouver une belle terrasse au bord de l’eau et de prendre une bonne bière! Vraiment, on peut se faire à cette vie assez rapidement!
Sur la route de retour, nous avons fait un dernier arrêt à Yeroskipou pour y visiter sa magnifique église orthodoxe à 5 dômes, Ayia Paraskevi ou Ste-Vendredi. Cette église a été construite au 11e s et abrite les reliques de Ste Vendredi, une sainte vénérée par les gens qui ont des problèmes avec leurs yeux. La chance jouait avec nous car au moment de notre visite, on s’apprêtait à y célébrer un baptême. On a pu voir le petit chypriote et sa famille et notre guide nous a parlé des rites de baptême. Très émouvant!
Le bateau quittait Chypre à 13h00. On avait donc une belle après-midi de loisir, question de reprendre des forces avant notre journée au Caire!
Comme cette croisière était une croisière-réunion, il y avait beaucoup d’activités d’organisées pour les membres du Club du Capitaine. Cette après-midi, nous avions un cours d’artisanat où nous pouvions confectionner un bracelet en billes de verre. Je ne suis pas très ‘artisanat’ mais je me suis dis, pourquoi pas! Wow... moi qui pensait qu’on nous donnerait des ‘beads’ cheap et quétaine... erreur! On avait un choix incroyable de billes et tout ce dont on avait besoin pour faire de très belle création! Amusant car j’y ait inclus quelques uns des petits ‘yeux’ des amulettes qu’on nous avait donné! Je me suis donc fait 2 bracelets très représentatifs des endroits visités!!
On a fini la journée à la piscine - eau salée, chauffée - le bonheur!! Cette pause flottante m’a complètement ré-énergisé! En se rendant à la salle à manger, on s’est aperçu que l’orchestre s’apprêtait à faire une session de Jazz dans l’atrium (Mosaic)... on n’a pas pu résister! Ils sont tellement bon... ils ont ‘jammé’ pendant plus d’une heure! Même le fils du capitaine, en visite sur le navire, s’est joint au band à la guitare électrique. On pouvait voir toute la fierté d’un père et d’une mère, car sa femme y était aussi, sur leur sourire!
9 novembre 2009 - Alexandria, Egypte - Soleil 30C
Un autre matin très très tôt... mais je suis un peu surexcitée car nous partons pour une excursion que j’ai concoctée avec l’agence Ramses Travel depuis plusieurs mois déjà. De plus, 11 autres groupes de notre Roll Call sont aussi avec Ramses. J’ai donc très hâte de rencontrer le directeur de l’agence avec qui je suis en contact depuis plusieurs mois!
Le terminal où nous accostons est bien différent de celui où le Costa Magica était en 2005. Ce terminal a l’air tout neuf! Nous sommes descendus à 7h10. Un mot sur les formalités d’entrée: Un visa est requis pour aller en Egypte. Azamara s’est chargé d’obtenir le visa pour TOUS les passagers sans frais. A l’embarquement à Athènes, on a pris nos passeports et on nous les a remis la veille de notre arrivée en Egypte avec le visa étampé. A la sortie du bateau, nous n’avions qu’à montrer notre passeport au douanier égyptien, installé au poste de sécurité du bateau, et voilà, le tour était joué!
Aussitôt sortie du terminal, j’ai aperçu notre guide avec mon nom sur une pancarte et le directeur de l’agence. Nous avons reçu le traitement VIP toute la journée! J’étais un peu craintive à l’idée de partir au Caire seule avec ma mère. Mais nous avons été traitée aux petits oignons, et je me suis toujours sentie en très grande sécurité. Notre guide Karim parle un français impeccable, et notre chauffeur Mustafa, surnommé Mustafa Schumacher, lui ne parlait qu’anglais. On comprendra rapidement le surnom de Mustafa... et on appréciera d’avoir un conducteur aux nerfs d’acier... conduire au Caire donne à sport extrême une toute nouvelle dimension!! Ici, aucune règle ne prévaut...et quand on dit aucune, on dit aucune!! Pas de limites de vitesse, 6 voitures de large dans 2 voies, klaxons collés au fond, pas de lumières allumées pour conduire le soir... les gens qui pensent vivre une aventure à louer une voiture pour la journée frôle carrément l’inconscience. D’ailleurs, le seul groupe du bateau qui s’est aventuré à tenter l’expérience y est resté... ils ont loupé le bateau et on ne les a jamais revu!!
La route pour se rendre au Caire prend environ 3 heures. Nous avons pris la route du désert, comme tous les bus et autres groupes de touristes. Cette route a bien changé depuis notre dernière visite en 2005. Il y a beaucoup moins de terrains vagues, et plus de champs d’aménager et des mosquées installées en bord de route à tous les 50 km. A mi-chemin, nous avons fait un arrêt (pause bio) et pour prendre un café - instantané... yuk! Il n’y avait que des hommes au resto... les femmes, elles étaient toutes dans un salon aménagé dans la toilette! Elles attendaient patiemment avec les enfants... On a eu droit à bien des dévisagements et des regards curieux! Nous sommes arrivés au Caire vers 10h00 - c’est toujours impressionnant de voir les pyramides, un peu embrouillées par la pollution, au travers des quartiers qui bordent l’autoroute.
Ce qui est aussi vraiment bouleversant, c’est de voir que toutes les constructions sont inachevées... le fruit de la nouvelle civilisation Egyptienne comme nous raconte Karim! En effet, le Caire a été construit de part et d’autre du Nil, dans sa vallée fertile. Une loi de zonage, vraiment mal foutue, permettait la construction dans cette zone en contrepartie de taxes très élevée. Toutefois, les taxes ne sont perçues que quand la construction est complètement terminée!!! Ainsi, tout le monde a commencé à construire dans cette vallée, mais sans jamais terminer les édifices afin de contourner la loi. Tous les édifices ont l’air soit abandonné ou soit en ruine. Toutefois, ce n’est qu’une illusion! A l’intérieur, les gens sont super bien installés avec toutes les modernités... Vraiment, tout un clash!
Au programme aujourd’hui, le Caire islamique et le Caire copte (c’est ainsi qu’on appelle les égyptiens chrétiens). Notre première visite est à la citadelle de Saladin où on a visité la plus grande mosquée du monde islamique, la mosquée de Mohammed Ali (pas le boxeur, mais le vice-roi d’Égypte, fondateur de l’Égypte moderne). Cette mosquée est aussi appelée la mosquée d’albâtre. Assez impressionnant... à l’approche de l’entrée, un drôle de vendeur nous a abordé en nous appelant Mme Obama, Mme Carla, Mme Georges Washington!! En fait, il récitait tous les noms de personnages occidentaux qu’il connaissait!! A la sortie de la mosquée, la terrasse qui surplombe la ville nous offre un vue tout à fait saisissante. Comme il est midi, tous les muezzins se mettent à l’appel à la prière! L’effet est vraiment ahurissant... on entend des centaines (oui... on dit qu’il y aurait plus de 1000 mosquées au Caire) de muezzins faire ce qui nous semble des lamentations nasillardes! Toute une cacophonie, mais c’est presqu’hypnotisant!
Nous quittons la citadelle pour se rendre dans le quartier copte. Une guérite ferme ce quartier où vivent les chrétiens du Caire. On dit qu’ils formeraient de 5 à 20% de la population égyptienne et qu’ils sont bien respectés dans ce monde musulman. Toutefois, c’est assez perturbant de voir qu’ils sont confinés à un quartier et que des gardes armés veillent à la guérite. Ce quartier est l’un de plus vieux de la chrétienté car c’est ici que Marie et Joseph se sont réfugié durant leur exil de Judée. C’est dans le sous-sol de l’église St-Serge qu’aurait vécu la sainte famille pendant 40 jours. Assez émouvant comme visite, même si on n’est pas super pratiquant, il y a quand même une page d’histoire importante sous ces pierres!
Des dizaines de petites églises et chapelles se côtoient dans les ruelles étroites de ce quartier. Les gens, comme partout au Caire, vivent dans la rue et on croise plusieurs femmes avec leurs enfants, ou des travailleurs qui tentent, tant bien que mal, de remettre sur pied les vieilles habitations. On peut facilement reconnaître les coptes car ils ont une croix de malte tatouée sur le poignet. A la sortie de la vieille synagogue Ben Ezra, une dame vient me porter 2 petits pains... notre guide lui donne quelques sous pour la remercier mais elle veut simplement partager son pain avec nous. Ces pains sont comme ceux des images saintes qu’on avait à la petite école... je suis tout à coup transportée dans une scène biblique... c’est assez bizarre, surtout que le décor et les vêtements de cette dame sont encore les mêmes qu’à l’époque de Jésus. On visite plusieurs de ces églises, ce qui nous permet de s’abriter du soleil brûlant!
Après quelques heures dans le quartier copte, nous retrouvons Mustafa notre chauffeur et reprenons la route vers le centre du Caire pour notre lunch sur le Nil. Mais nous devrons vivre une autre expérience typiquement cairote avant d’être récompensé par notre dîner... les bouchons de circulation... on est littéralement pris pendant 45 minutes, le moteur éteint! Karim en profite pour nous initier à la musique égyptienne, au plus grand plaisir des passagers des voitures environnantes qui nous trouvent bien intrigantes! On finit par sortir du bouchon et nous allons au Grand Hyatt du Caire pour un lunch au Hard Rock Café. Ce genre d’établissement n’est vraiment pas ma tasse de thé - je privilégie les lieux plus représentatifs du pays, de la place, mais après plusieurs avertissements de la part des autorités, des gens du bateau etc., nous décidons qu’il est plus prudent d’aller dans un lieu plus sûr question de ne pas ramener de bibites non sollicitées!! Le lunch est ordinaire (buffet typique égyptien) mais la location est superbe - juste sur le bord du Nil!
Karim nous emmène ensuite pour faire une balade en felouque sur le Nil. Nous aurons une felouque pour nous seuls! La grande voile est hissée, et hop, on part! Quel moment magique... et reposant! C’est le silence complet, on a laissé les bruits ahurissants de la rue, et on n’entend que le vent qui pousse la voile. Le conducteur de la felouque me remet la barre! Je m’installe debout derrière la felouque et dirige le voilier avec ma jambe comme il me l’a enseigné. C’est assez difficile car la voile est immense et met une bonne pression sur le gouvernail. Mais je me tire très bien d’affaire et nous naviguons jusqu’au pont où nous devons faire demi-tour! Notre balade nous permet de voir les deux rives du Nil, la tour du Caire, le quartier des affaires. De retour au quai, nous retrouvons Mustafa et faisons nos adieux au Caire... nous rentrons à Alexandrie! La route est encore bien achalandée. On est un peu stressée car il est 17h00 et nous avons 3 heures de routes... pas beaucoup de manoeuvre en cas de pépins. Le soleil se couche à l’horizon et une fois la noirceur tombée (et que Mariette ait insisté pour que Mustafa allume les phares de voiture - ce qu’il tardait à faire!!), nous tombons endormies, épuisées par cette journée bien remplie!
Karim nous réveille vers 19h00 pour faire un arrêt dans une halte routière vraiment surréaliste... en fait, je me demande toujours si je ne rêvais pas... Nous sommes arrêtés au royaume du Lion - un espèce de zoo bizarre... pour aller à la toilette, on doit passer à travers des enclos remplis de toutes sortes d’animaux allant des chèvres, aux lions, à des poules, des chiens épagneuls, des zébres, des chameaux... vraiment, un endroit des plus hétéroclites!
Nous arrivons à Alexandrie où nous faisons un bref tour de ville avant de rentrer au port. On peut voir la magnifique bibliothèque ouverte en 2002 pour remplacer celle qui fut la plus grande du monde antique, la grande bibliothèque d’Alexandrie. Puis on va faire une petite balade à la citadelle de Qaitbay, forteresse construite au 15e s sur le site de l’ancien phare d’Alexandrie, une autre des 7 merveilles du monde antique! C’est un lieu de rencontre pour les jeunes couples alexandrins qui viennent s’y balader main dans la main. Très romantique! Karim nous achète des colliers faits de coquillages de la mer méditerranée... en fait, il nous a fait de petits cadeaux comme ça toute la journée! Nous faisons un dernier stop au marché aux poissons... et ça vraiment, c’est le plus puant que j’ai senti de toute ma vie... l’odeur était intolérable et il est impensable de croire que quiconque mange du poisson venant de ce marché!!
À 20h00 pile nous étions revenues au port! Je dois dire que le directeur de l’agence m’a téléphone à 4 reprises durant la journée afin de s’assurer que tout soit à notre satisfaction! Vraiment, c’était génial. Le prix de cette excursion est de 99$ US par personne, tout inclus! Comparé au 250$ demandé par Azamara, on n’aurait pu demander mieux.
Plusieurs échoppes étaient installés près du terminal, et ceux qui avaient encore un peu d’énergie pouvaient y faire quelques achats de dernières minutes! Crevées, moi et Mariette sommes plutôt rentrées! Quelle ne fut notre surprise rendue au terminal de voir que tous les officiers nous attendaient dans le terminal, avec des flutes de jus d’orange nous souhaitant bon retour à la maison!! Welcome Home!! My god... et une fois sur le quai, le band au grand complet était installé au pied de la passerelle et nous jouait des airs de swing... non mais je rêve ou quoi? C’était rien de moins que magique! On n’aurait pas pu finir cette journée de meilleure façon!!
10 novembre 2009 - En mer - Soleil 25C
Enfin, notre première journée en mer, enfin une journée de repos... Mais comment on fait pour se faire remplir l’agenda sans s’en rendre compte... D’abord, je devais aller faire un peu de lavage... à 6h15 le matin, il y avait déjà quelqu’un à la porte de la buanderie qui attendait qu’elle ouvre à 7h00... alors je me suis précipitée pour avoir une des quatre laveuses ... pas question de passer toute la matinée à rôder à la buanderie. Donc moi aussi je suis allé squatter la porte... à 8h00 tout était terminé!!
8h30: Petit déjeuner avec les amis 10h00: Invitation de la Cruise Director pour une 2e rencontre Cruise Critic 12h00: Barbecue des officiers... on n’allait certainement pas manquer ça ;) 14h00: Cour de peinture sur papyrus, dans le cadre des activités de la croisière-réunion 18h00: Cocktail pour les passagers ayant déjà voyagé avec Azamara... 20h00: Souper au Prime C avec les amis
Ouf... trois rencontres avec les officiers aujourd’hui... quelle journée!! Notre souper au Prime C a été bien mais franchement, je trouve que les soupers à la salle à manger sont tout aussi bon et plus variés que dans les resto de spécialité... Mais c’est tout de même excellent, quand on veut un bon filet mignon, ou de l’agneau, dans une ambiance un peu plus feutrée.
11 novembre 2009 - Nauplion - Passage nuageux 12 C
Nauplion est l’ancienne capitale de la Grèce. C’est aujourd’hui une jolie petite ville de bord de mer, privilégiée par les Athéniens comme destination weekend par excellence! C’est aussi le point de départ pour les excursions vers Mycènes et Épidaure.
Le Quest a jeté l’ancre au large de Nauplion vers 8h00. Comme j’étais debout très tôt, j’étais allé prendre un café au Mosaic. Deux des officiers arrivaient tout juste d’une rencontre avec le capitaine... la mer était très agitée, et les autorités de Nauplion ne voulait pas laisser entrer les navettes du Quest au port. Mais le capitaine a refait les calculs de ven, et de vitesse et a contesté la décision des autorités portuaires... et il a gagné! Nous allions pouvoir descendre à terre après tout! C’est vrai que le ciel était très menaçant... et la mer avait tourné d’une drôle de couleur - un turquoise laiteux et opaque. Comme nous n’avions pas d’excursions, nous avons flâné un peu et sommes descendus vers 11h00. Le trajet était assez houleux!
De la navette, on avait une magnifique vue sur la forteresse Palamidi qui trône tout en haut de la ville. On peut y monter par un escalier à pic de 1000 marches! Peut-être la prochaine fois? On est passé juste à côté du château Bourtzi, ce château en pleine mer, construit en 1473 pour protéger la ville des pirates!
La ville est mignonne avec ses petites rues bordées de boutiques d’artisans, de cafés et de tavernas, où le bougainvillier encore un peu fleuri est maître. Toutefois, la saison touristique tire à sa fin, et plusieurs boutiques sont maintenant fermée. Les bureaux touristiques sont aussi fermés. Et les gens semblent un peu moins hospitaliers, un peu moins affables. On s’est promené à travers la ville, à visiter les belles églises, à faire un peu de shopping... les savons à l’huile d’olive sont un must!! Et on ne peut pas passer à côté d’une petite bouteille d’ouzo... les crevettes flambées à l’ouzo... un vrai délice!
On a lunché sur la place Syntagma, une belle place tout en marbre! On s’est fait un peu enfirouapé par le proprio du resto qui s’obstinait à nous donner une soupe au poulet qu’on ne voulait pas et qui nous a coûté 20 €, mais le verre d’ouzo m’a vite fait oublier ce désagrément!
Nous sommes revenus sur le navire vers 15h30, juste à temps pour éviter l’orage! J’ai fini ma journée à faire une sieste sur les chaises longues du lido, bien à l’abri des intempéries! J’ai tellement dormi que j’ai loupé le cocktail d’aurevoir... mais après tous les cocktails et rencontres que nous avons eu... en manquer un me faisait moins de peine!!
Ce soir, nous sommes allés au spectacle car la directrice de croisière, Sue Denning, faisait un one-woman show! Wow... toute une femme, tout un spectacle. Elle a tellement d’énergie qu’elle nous étourdie! Et une voix tout en puissance! Elle nous a fait une revue musicale du Rock & Roll! Après son spectacle, la troupe et tous les ‘entertainers’ du bateau ont monté un meurtre et mystère!! Le capitaine nous a avisé que la mer serait agitée et... elle l’a été!! Mais j’ai le pied marin... je passe à travers tout ça sans problème. Le seul hic, c’est que le bateau craque beaucoup et que les choses se promènent sur les bureaux!! Mais demain sera notre deuxième et dernière journée en mer... on pourra enfin se reposer un peu!!!
12 novembre 2009 - En mer - Volcan Stromboli
Journée en mer à relaxer, souper avec nos amis et les officiers. Ce soir, le capitaine nous a annoncé que nous naviguerions près du volcan Stromboli aux alentours de 23h30. Après notre souper, nous sommes donc allés au spectacle puis on est allé mettre nos manteaux pour sortir sur les ponts pour voir ce fameux volcan! A 23h30, le capitaine a éteint les lumières des ponts 10 et 11. On distribuait du chocolat chaud et des couvertures! Tout le monde était agglutiné sur les ponts supérieurs pour voir ce volcan. Bien qu’actif, il est assez rare de voir plus que de la fumée... Une fois nos yeux acclimatés à la noirceur, on pouvait bien distinguer le cône de cette île volcanique. Il y avait en effet de la fumée au sommet... et puis une lueur orangée... et poofff une explosion de lave!! Tout le monde était survolté! Les yeux rivés sur le cône, on a dû attendre une vingtaine de minutes pour avoir droit cette fois à une vraie explosion et coulée de lave!!! En tout, on a eu droit à 3 belles explosions et coulées! Tout le monde était en extase, surtout que le ciel était rempli d’étoile rendant cette nuit tout à fait mémorable... Le capitaine a arrêté le bateau pendant plus d’une heure pour nous permettre d’admirer ce spectacle unique...
13 novembre 2009 - Sorrento - Soleil 18C - à l’ancre
Déjà notre dernière journée... il faudra trouver un moment pour faire les valises. On doit retrouver nos amis à 9h30 ce qui nous donne un peu de temps pour faire notre tri dans la paperasses et faire au moins une valise. Le matin était un peu brumeux, mais rapidement le ciel s’est éclairci et la péninsule sorrentine a pris une belle teinte ambrée par le soleil!
Arrivé au quai, nous avons pris un bus pour 1€ et qui nous a monté jusqu’en haut de la falaise, où la ville se trouve. Certains ont pris les escaliers - 20 minutes pour monter! On voulait garder notre énergie pour faire du shopping! Comme nous étions tous venus dans cette région à quelques reprises, nous avions vu les sites de Pompéi, Capri et côte amalfitaine. On en donc profité de cette dernière journée pour faire la Dolce Vita!
Nous avons fait la Via San Cesareo, une petite rue piétonnière, d’un bout à l’autre et avons fait plusieurs achats. On ne pensait pas que Sorrento serait LA destination shopping, mais on a réussi à dénicher pleins de trucs intéressants à de bons prix! Après une pause-café sur une belle terrasse de la Piazza Tasso où on s’est régalé d’un super café et d’un sfogliatelle à la crème et à l’orange...
Vers midi, on a fait un tour de ville à bord d’un petit train (6€). Bien qu’un peu quétaine, nous avons adoré cette balade car en plus d’un commentaire sur l’histoire de la ville on nous jouait les plus beaux airs d’opéra italien et le fameux O Sole Mio!
Nous sommes ensuite allés manger dans une pizzeria qui nous avait été recommandé par les officiers du bateau! Pizza con mozzarella e rucola avec une Peroni... mais peut-on vraiment être plus heureux?
De retour sur le bateau, nous avons fini les valises puis je suis allé me baigner avec les amis. Le soleil s’est doucement éteint teintant de rose la péninsule sorrentine... quelle belle façon de terminer cette croisière fantastique!
Notre dernier souper a été fabuleux - un menu extraordinaire, passé en excellente compagnie. Nous étions vraiment triste de devoir dire adieux au personnel de la salle à manger, eux qui ont été si gentils avec nous tout au long de la croisière...
14 novembre 2009 - Civitavecchia - Débarquement
Le lever du soleil sur le port de Civitavecchia était tout simplement spectaculaire... le ciel était d'un rose marbré de pourpre! Le débarquement sur Azamara ne peut être plus facile. Bien que nous devions laisser les cabines pour 8h00, les membres du Captain Club ont l'usage exclusif du Looking Glass. De plus, la salle à manger est ouverte et on peut aller y prendre son petit-déjeuner à compter de 7h00. Contrairement à bien des navires, on ne voit presque personne dans les lounges publics, juste quelques personnes ici et là. Pour voir les gens il faut littéralement aller au pont 4 à la réception pour voir sortir les gens! Le débarquement a commencé vers 7h00. Après avoir faire les adieux à nos anciens amis et à nos nouveaux, Mariette et moi avons décidé de sortir un peu plus tôt que prévu pensant que notre chauffeur serait peut-être arrivé. Quelle sortie! La directrice de croisière, le directeur de l'hotellerie, le directeur 'Food & Beverage' et le capitaine étaient à la porte pour nous dire aurevoir! On a même eu droit à un bec et un hug!! Ça, c'est une première!! D'ailleurs j'ai rarement vu le capitaine à la porte, certains officiers oui, mais le capitaine, jamais!
Une fois à terre on n'a qu'à marcher 500 mètres pour arriver au hangar dans lequel sont nos valises - super faciles à trouver. Des porteurs payés par le port prennent nos valises et les transportent jusqu'à notre véhicule. J'avais réservé un transfert/tour avec la compagnie Drivers In Rome pour nous rendre de Civitavecchia à l'aéroport. Comme notre vol était pour demain matin 6h00, on avait la journée! Donc j'avais demandé à faire un arrêt à Ostia Antica, une cité antique qui était, dans l'Antiquité, le port de Rome. Ostia est à 10 minutes de l'aéroport, donc très pratique!
Nous sommes partis du port à 9h00 pile et à 10h00 on était à Ostia. Nous avons eu 2 heures pour faire la visite, et notre chauffeur nous a gentilment conduit jusqu'au Hilton de l'aéroport. L'hotel est très pratique car il est à même l'aéroport de Rome (Leonard de Vinci), donc pour un vol de 6h00 AM, c'est l'idéal. Les chambres sont spacieuses et modernes. L'hotel a un bar, restaurant. Nous sommes allés à l'aéroport en reconnaissance car à 4h00 du mat, j'ai pas toujours les yeux dans les bons trous... et on a finalement mangé là! Il y avait une grande cafetéria et on a pu manger un peu de différentes choses - pizza, pâtes, fromage... Puis on est allé s'effondrer à l'hotel...
Le vol de retour avec Air Canada via Francfort a été sans évènements particuliers, toujours mieux comme ça! Et nous étions de retour à la maison vers 14h00...... La tête remplie d'histoires incroyables... les yeux remplis d'images colorées... le nez rempli d'odeur exotique... et le coeur rempli de nouvelles amitiés!!!
Appréciation globale d'Azamara et du navire Quest
Vous avez surement remarqués que je suis devenue une adepte, une disciple d'Azamara... vraiment, il sera très difficile d'aller vers une autre compagnie...
Toutefois, Azamara va annoncer le 8 décembre prochain des changements importants à leur alignement. Ils seront désormais indépendant de Celebrity, et vont tenter de créer un créneau unique. Cette approche sera surement intéressante, mais elle pourrait aussi faire grimper les prix de façon importante... à suivre!!
Pourquoi Azamara?
Premièrement, la nourriture est inagalée. Le menu est varié, différent, intéressant et reflète l'itinéraire ce qui permet à ceux qui le désirent de faire des découvertes intéressantes. De plus, les viandes sont les meilleures que j'ai jamais manger en croisière. Les poissons sont toujours cuits à la perfection (pas trop cuits...). Et la qualité est la même qu'on soit à la salle à manger, au buffet, au grill ou dans les spécialités. Même le Room service est exceptionnel car on peut y commander ce qu'on veut! Jus d'orange frais pressés, smoothies, jus vitalités (un menu complet), espresso, cappuccino... tout ça gratuitement!
Les divertissements étaient excellents pour ce genre de navire et avec l'horaire chargé que nous avions. En fait, Sue a décidé de ne faire qu'un seul spectacle par soir, à 9h45pm. Plusieurs couples voulaient danser, alors ils ont mis 1 heure de danse par soir, puis le spectacle. On a eu un peu de tout comme divertissement, cabaret, violonniste, pianiste, chanteurs, magiciens (très très drôle!!), et 2 spectacles de la troupe, en plus de l'orchestre extraordinaire!
Mon seul hic est qu'il n'y avait pas de conférencier sur l'itinéraire - il y avait 2 hommes qui ont fait des conférences mais sur la restauration de meuble et 'j'sais pas trop quoi' d'autre... Mais comme Sue m'a dit, l'itinéraire était tellement chargé qu'il était difficile de mettre des conférences à l'agenda. Toutefois, il y avait un officier du bureau touristique dans le lobby du bateau à tous les matins que nous étions en escale. Donc ceux qui voulaient découvrir par eux mêmes pouvaient obtenir des renseignements, cartes etc.
Mais le plus grand atout d'Azamara est le service et la courtoisie des employés qui sont uniques! Les exemples sont tellement nombreux qu'il est difficile de les énumérer... Tous les employés, sans exception, de la femme de ménage au capitaine nous saluent, très souvent par notre prénom. On ouvre les portes pour nous, on apporte nos assiettes à notre table. A chaque sortie et entrée sur le navire, les officiers sont là pour nous souhaiter bonne journée et bon retour... le comité d'accueil au retour du Caire avec l'orchestre sur le quai... tous les cocktails et rencontres... Je parlais au téléphone avec ma copine au sujet de mon IPod - Philippe le directeur de l'hotellerie m'a entendu... il m'a aussitôt dit qu'il chargerais mon Ipod sur son portable! Quand j'étais sur le pont à attendre le passage du Stromboli, le directeur financier a téléphoné au bridge pour savoir dans combien de temps nous serions arrivés car il faisait froid...
Bon... je pense que vous avez pigé... Nous avons fait une croisière de rêve!! Espérons seulement que la prochaine sera à la hauteur de nos attentes!
Si vous avez des questions, n'hésitez surtout pas!!
Au plaisir, Miss MC
Itinéraire: Athènes - Chios - Istanbul - Kusadasi - Bodrum - Fethiye - Antalya - Limassol - Alexandria - Nauplion - Sorrento - Civitavecchia
29-30 octobre 2009 - Départ de Montréal vers Athènes
Nous quittons Montréal en fin d’après-midi pour Dorval où nous avons un vol Air Canada direction Athènes avec connexion à Francfort. Le tout se déroule sans embûches... à part une connexion faite à la course à pied... mais on a réussi à attraper le vol pour Athènes!
Nous arrivons à Athènes en début d’après-midi. J’avais commandé un taxi et notre chauffeur nous attend près des carousels à bagages. C’est bien de se gâter un peu... il prend en charge toutes les valises et nous, on n’a qu’à suivre jusqu’à la belle Mercedes rutilante qui nous attend! Les vacances commencent bien!!
J’avais réservé l’Hotel Amalia pour sa situation juste en face du Parlement, à côté de la Place Syntagma et à 2 minutes de marche de la Plaka, le vieux quartier d’Athènes. J’avais réservé avec le site venere.com et le tout s’est déroulé sans aucun problème. Notre chambre est spacieuse, avec un grand balcon avec vue sur le Parlement, le mont Lycabeth et le jardin national. Merveilleux! Comme on a encore de l’énergie, on décide de partir explorer un peu, plutôt que de se coucher. Il fait beau soleil et la place Syntagma bourdonne d’activité! Nous sommes surprises de voir que le drapeau canadien flotte un peu partout, mais on réalise vite que hier, Athènes recevait la délégation canadienne, avec notre gouverneure-générale afin de passer la flamme olympique en vue des Jeux de Vancouver en février prochain.
On s’arrête à une terrasse pour prendre un cappuccino et une bouchée. Ah, les vacances commencent vraiment bien!! Puis, on va visiter la station de métro Syntagma... pas parce qu’on a une fixation sur les transports en commun, mais plutôt parce que cette station est un musée archéologique. En effet, quand ils ont creusé pour le métro, ils ont trouvé plusieurs vestiges et nécropoles. Plutôt que de les déplacer, ils ont décidé d’incorporer les fouilles à la station! C’est génial! Puis, on est allé voir la relève de la garde au Parlement. Les gardes grecs sont toujours impressionnants avec leur costume un peu fanfaron est ses immenses pompons au bout de leur chaussure. Mais la danse qu’ils font semblent si solennelle qu’on ne peut pas rire... ah si, un peu quand même!! Notre première exploration se termine par une randonnée dans le jardin national. Quel oasis dans cette ville si bruyante.
Après un petit repos, je repars, seule cette fois, pour aller explorer la Plaka et faire quelques photos de nuits de l’Acropole... ah, que c’est romantique!! Les amoureux déambulent dans les ruelles de pavés, avec l’Acropole tout illuminé en arrière-plan...
Une bonne nuit de sommeil s’impose car demain, on ira faire la visite du nouveau musée de l’Acropole qui vient tout juste d’ouvrir ses portes, et ensuite, nous filerons vers le Pirée avec notre chauffeur privé, pour retrouver notre Quest!
31 octobre 2009 - Athènes /Embarqument - Soleil, 20 C
Décalage oblige, nous étions debout bien avant les poules! Après un petit déjeuner dans la chambre, nous partons à la découverte de la Plaka. Évidemment, il n’y a que quelques chats pour nous tenir compagnie... pas moyen de se trouver un petit café, tout est encore fermé. Nous arrivons au musée à 8h30 et lui, il est ouvert! Parfait! Comme c’est la saison inaugurale, l’entrée n’est que de 1€ par personne! Nous avons été époustouflés par ce musée... vraiment grandiose. Il est tout en verre nous permettant d’avoir une vue imprenable sur l’Acropole, le Parthénon et aussi sur toute la ville d’Athènes. L’espace est aménagé comme le Parthénon nous donnant le sens de grandeur de ce qu’était ce temple si imposant. Tout les planchers sont aussi en verre, un peu bizarre mais on s’habitue vite. On peut ainsi voir les excavations du sous-sol et toutes les pièces exposées. Comme on avait déjeuné très tôt, on a décidé d’aller casser la croute sur la magnifique terrasse tout en haut du musée. J’y ai mangé la meilleure salade de tomates et de chèvre de ma vie... j’en salive encore! Ma mère a opté pour une salade de pomme de terre au zeste d’orange - combinaison inusité mais tellement savoureuse! Vraiment, ces vacances commencent bien...
Notre chauffeur nous attendait à l’Hôtel à 11h30 et en moins de 30 minutes, nous étions au Pirée. Le chauffeur s’est occupé d’aller porter nos valises aux porteurs du port. Un agent d’Azamara nous a accompagnés jusqu’au comptoir d’enregistrement. Il n’y avait que quelques personnes et nous avons reçu nos cartes en moins de 2 minutes. Un record! En se rendant au navire, nous avons déjà rencontré un couple de Cruise Critic qui avait logé au même hôtel que nous. Nous sommes montés à bord et avons été accueillis par des officiers et un excellent verre de mousseux rosé. On nous a offert de garder nos ‘carry-ons’ jusqu’à ce que notre cabine soit prête.
Puis on est monté au buffet pour prendre un thé en attendant la cabine qui a été prête à 13h30. Déjà, on avait rencontré 3 autres couples de CC! Notre cabine 7030 est situé juste à côté des ascenseurs du devant. La cabine est bien décorée avec des boiseries foncées, une belle literie, des fleurs fraîches, un beau bol de fruit qui sera changé à tous les jours et un magnifique balcon avec une vraie table et 2 chaises. Nous sommes parties explorer le navire, bien que nous le connaissions déjà. Mais nous le redécouvrions avec le même enthousiasme!! Après la drill de sauvetage, nous sommes tombés des amis rencontrés sur le Quest en février avec qui nous avons réservés cette croisière. Quel bonheur de retrouver nos amis! Décidément, ces vacances commencent vraiment bien!!
Les valises défaites, on se prépare pour le souper... dès notre arrivée à la salle à manger, nous reconnaissons une foule de serveur et le maître D qui nous reconnait et nous appelle par nos prénoms.. Non mais quand même, c’est fort, après 9 mois et combien de croisièristes... Nous avons définitivement l’impression de rentrer chez des amis!! Nous rentrons tôt car déjà demain, notre première excursion à l’île de Chios... La mer brasse pas mal ce soir... assez que Mariette sort les Bonamines, et on doit appeler la maintenance car notre porte patio siffle si fort qu’on dirait des gendarmes qui font la circulation dans notre cabine. En moins de 10 minutes, le tout est réglé et Morphée nous tend les bras...
1 novembre 2009 - Chios - vent très fort - 12C am et 16C pm
Dès notre réveil, on pouvait apercevoir les côtes de l’île de Chios. Mais le bateau brassait encore beaucoup, la mer a été très agitée toute la nuit. Nous devions rencontrer notre groupe pour l’excursion privée à 8h30. Mais à 8h30, on n’était toujours pas accosté... le capitaine a pris le micro pour nous dire que les vents étaient trop fort et que le passage pour entrer au port étant trop étroit, il considérait la manœuvre trop dangereuse... l’escale était donc annulée. Toutefois, il fallait aller faire étamper tous les passeports pour signifier notre sortie de Grèce. Il a donc envoyé une vedette avec tous les passeports afin que les autorités puissent remplir les formalités nécessaires. Bien que déçus de ne pouvoir visiter cette île bien particulière et de devoir annuler notre excursion, nous étions quand même un peu contente d’avoir une petite journée de repos avant d’entreprendre 8 jours consécutifs d’escales... On a profité de la journée pour faire quelques activités et de retrouver nos amis. Une petite sieste en après-midi... ahhh le bonheur!
Nous avions reçu dès notre arrivée une convocation pour le party Meet & Mingle de Cruise Critic qui avait lieu ce soir à 18h00. A notre arrivée au Looking Glass, je suis presque tombée sur le dos... il y avait 150 personnes! Tous les officiers nous accueillaient un après l’autre, en commençant par le capitaine Leif Karlsson, la directrice de croisière Sue Denning, le directeur de l’hotellerie Philip Herbert et plusieurs autres. On nous servit du champagne et des hors d’oeuvres. C’était vraiment hallucinant car tout le monde venait me dire bonjour, me reconnaissant grâce à ma petite photo sur Cruise Critic! Jase avec un, jase avec l’autre et tout à coup j’entends au micro Sue la CD qui m’appelle!!! Les gens au party lui avait dit que j’avais organisé le Roll Call et que grâce à mon enthousiasme, les gens s’étaient inscrits au M&M!! C’était vraiment super de pouvoir voir tous ces gens avec qui on avait échangé pendant tous ces mois. Sue m’a dit que jamais dans l’histoire d’Azamara ils n’avaient eu un tel party!! C’était un record de tous les temps!! Elle m’a même fait envoyer une bouteille de champagne pour me remercier. Tous les officiers sont venus nous dire au revoir et merci! Nous sommes ensuite allés souper avec nos amis et un groupe de nouveaux amis rencontrés sur CC!!!
Bonne nouvelle de la journée - comme nous avons raté Chios, nous sommes donc partis plus tôt et arriverons à Istanbul tôt le matin plutôt qu’à midi! J’ai contacté la compagnie Hello Ephesus avec qui j’avais réservé pour un guide francophone pour notre visite d’Istanbul afin de devancer notre tour. J’ai eu une réponse pratiquement dans l’heure!!
La mer est encore houleuse, et le vent siffle dans notre porte... j’ai encore dû appelé la maintenance, mais cette fois sera la bonne! Il ajoute un coupe-froid à la porte et fini les sifflements de gendarme!!
2 novembre 2009 - Istanbul - Pluie, soleil, vent - 12C
Quel bonheur de voir les rives du Bosphore se dessiner au petit matin! On peut voir dans la pénombre du lever du jour les minarets d’Istanbul qui pointent vers le ciel. Mais ce ciel est plutôt gris, et les nuages sont chargés de grosses gouttes! Je dois vous avouer que ça fait déjà 10 ans que je RÊVE d’aller à Istanbul... on avait presque réservé en 1999 mais les tremblements de terre dévastateurs nous en avaient empêché... 10 ans plus tard, j’y suis enfin!!
Je trépigne, je ne tiens plus en place... le Quest est accosté à Karakoy, juste devant le NCL Jade, juste au pied du pont Galata, face à Topkapi, Ste-Sophie et tout le quartier de Sultanahmet... C’est magnifique malgré le ciel menaçant. A 8h30, nous débarquons et sommes accueillis par une bande de Turcs en costumes traditionnels. Notre guide Sedate nous attend à la sortie du terminal. Afin de sortir, on doit remplir un formulaire (Landing Card) et la remettre au douanier - assez simple, et pas besoin de visa.
Notre guide est un grand gaillard qui parle un français impeccable. Notre chauffeur vient nous chercher avec un grand parapluie et nous amène à notre véhicule - un 6 places Mercedes tout neuf. Notre premier arrêt fut à la Citerne de Yerebatan. Cette cathédrale engloutie a été bâtie au 4e siècle par Constantin pour approvisionner les palais impériaux en eau potable. Elle impressionne par ses proportions gigantesques. Elle contient une forêt de colonnes - 336 en tout - coiffées de chapiteux corinthiens. Une des colonnes est particulière car elle a un motif d’oeil de paon. Tout au fond, deux colonnes ont une base à tête de méduse: une à l’horizontale, et l’autre de côté. Vraiment très particulier. On se laisse prendre par le mysticisme de ce lieu.
Puis, on s’est rendue à pied vers la Mosquée de Sultan Ahmet connue comme la Mosquée bleue! Pour s’y rendre, nous traversons un grand parc qui la sépare de Ste-Sophie... c’est très impressionnant de voir ces deux monuments grandioses de part et d’autre de ce parc! Il faut retirer les chaussures pour entrer et on nous donne un petit sac pour les transporter. Les tapis sont épais et confortables - c’est plutôt agréable de s’y promener! Nous tentons tant bien que mal d’absorber toute la beauté de ce lieu. Les tuiles d’Iznik qui ont fait la renommée de cette décoration sont en grande partie disparues... mais il en reste quelques unes et on peut voir l’intensité de leur couleur bleue qui a donné le nom à cette mosquée. C’est une des plus belles d’Istanbul, qui en compte pas moins de 550!!!
Nous avons ensuite traversé l’hippodrome où nous avons pu voir les deux obélisques et la colonne serpentine. L’obélisque de Karnak, le jumeau de celui de la place de l’étoile à Paris, trône fièrement au centre de la place.
Puis nous avons repris la voiture pour nous rendre à Topkapi. On aurait pu y aller à pied, mais la température était incertaine et on voulait rester au sec!! Depuis que je suis toute petite que je rêve de visiter le Harem de Topkapi... ce lieu rempli d’intrigues, d’histoire de princesses ravies de contrées lointaines, de sultans et d’eunuques! Pour faire la visite du Harem, il faut payer une deuxième entrée - mais ça vaut vraiment la peine. C’est là que vivait le sultan avec la Validé Sultane, sa mère, ses 4 femmes, 20 favorites et centaines de concubines! Tous les murs du Harem sont recouverts de tuiles d’Iznik. C’est incroyable!! On a pu voir les différentes pièces réservées au femmes, les dortoirs, les piscines, les bains et même les toilettes turques! À la sortie du Harem, on peut aller voir les trésors de Topkapi - des bijoux invraisemblables sertis de tellement de pierres précieuses, dont le fameux poignard aux émeraudes de 84 carats! Nous avons aussi vu le musée de Mahomet où sont gardées plusieurs des reliques du prophète dont une dent, un morceau de son bras et même le saint poil de sa barbe!!!! On a fini la visite avec les différents pavillons extérieurs et bien sur par une promenade sur la terrasse d’où on a une vue magnifique sur le Bosphore et la Corne d’Or.
On a maintenant l’estomac dans les talons!! Direction: Grand Bazar - le plus grand au monde, il s’étend sur 64 rues et contient plus de 4500 boutiques! Mais on a bien trop faim pour shopper... on trouve donc un petit restaurant dans le Bazar et Sedate nous conseille sur le menu. Je choisi un donair et un ayran, une boisson turque faite de 1/3 de yogourt et 2/3 d’eau salée. C’est surprenant, mais finalement, j’adore!! Mariette choisi une assiette d’Iskender - une autre spécialité de la région de Mugla. De petits morceaux de viandes grillées sont mélangés à une sauce de tomate et beurre fondu, servi sur des morceaux de pain pita qui absorbe la sauce, et de yogourt nature... Oh mon dieu... c’était tellement bon!!! Heureusement que Mariette mange comme un petit oiseau... j’ai pu me régaler aussi!
Après avoir flâné au Grand Bazar un peu, nous avons repris la voiture et avons traversé à Corne d’Or par le pont Ataturk pour aller faire un tour dans la ville moderne avant de rentrer au bateau vers 15h30. Notre excursion en privé a été organisé par Hello Ephesus, avec guide francophone, toutes les entrées incluses (pas le lunch) et nous a coûté 50$ US par personne - une aubaine!
A l’arrivée au bateau, on nous attendait avec le tapis rouge - littéralement - et un bon chocolat chaud! Il était le bienvenu car il faisait plutôt froid et très humide.
Nous devions aller voir un spectacle de derviches tourneurs, mais après avoir tenté de localiser l’endroit avec notre guide, il nous a conseillé de ne pas nous y aventurer seules... on a donc décidé de rester à bord et de profiter du spectacle de baladi. Quelle bonne décision! Le spectacle à bord était extraordinaire. Un orchestre de musique traditionnel accompagnait une troupe de danseurs et la superbe Princesse Sahara qui nous en a donné pour notre argent!! Les petits monsieurs ont du faire des beaux rêves ce soir!!! Surtout notre ami qui a été choisi par Princess Sahara pour monter sur scène avec elle...
Après le spectacle, on est monté se coucher tandis que les hommes sont allés prendre une douche froide!!!
Demain, je repars à la découverte d’Istanbul, cette fois en tram avec mon amie!!
3 novembre 2009 - Istanbul - Soleil - 17C
Dès mon réveil, je peux entendre le va et vient des ferries qui traversent le Bosphore et la Corne d'Or... il y a du traffic même sur l'eau! Heureusement ce matin le soleil est au rendez-vous. A 8h00, je rejoins mon amie au buffet... elle dort!! Son père l'a réveillée en sursaut à 4h30 pensant qu'elle serait en retard pour notre départ!! Mais après un double espresso bien serré - excellent et gratuit au buffet - nous partons à pied.
Le Quest est tellement bien situé. A la sortie du terminal, nous empruntons une petite ruelle commerciale qui nous amène au pont de Galata en moins de 10 minutes. De là, on achète un billet de tram. Le tramway est la façon la plus simple de se déplacer à Istanbul. Ils sont tout neuf, et on évite ainsi la congestion! Le quartier de Sultan Ahmet est à 4 stations de Galata. Notre première visite ce matin sera Hagia Sofia - le temple de la divine sagesse! Construite par Constantinople comme Basilique, elle fut ensuite convertie en Mosquée, et aujourd'hui elle est un musée - ce qui explique qu'elle ait été fermée hier! Dès 8h30 la file se forme à l'entrée. On prend donc notre place pour être dans les premiers à entrer. à 9h00 pile, on entre. Le coût d'entrée est de 20 TLY et on ne prend ni carte de crédit, ni d'autres devises. Par chance, on avait changé quelques euros en lires turques avant d'arriver. La visite est impressionnante. J'avais lu dans mes recherches qu'on avait une vue superbe de la mezzanine. Alors dès notre entrée on est monté avant la cohue des touristes japonais... clic clic clic... pire que moi!!!
Nous croyons devoir emprunter un escalier pour monter, quelle ne fut notre surprise de voir que nous devions plutôt escalader un corridor de pierre, sans marche, et tout en marbre (lire glissant...). Le tout donnait à l'ascension une drôle de sensation. Arrivées en haut, on a pu voir de très près les magnifiques mosaïques chrétiennes. Et croire qu'elles avaient toutes été recouvertes à l'ère musulmane puisque les images sont interdites dans les mosquées... Après notre exploration de Hagia Sofia, nous sommes reparties à pied pour le Bazar égyptien aussi appelé le marché des épices. Facile de s'y rendre, on n'a qu'à suivre à pied les rails du tram! Les rues sont bordés de boutiques et de restaurants et on fait un peu de lèche-vitrine. Les boutiques de bonbons - les délices turcs et les loukoums - sont tellement invitantes!
Nous rejoignons le marché aux épices en moins de 20 minutes. Ce marché est en fait beaucoup plus agréable que le Grand Bazar. Il est moins grand, donc moins de risques de s'y perdre, les boutiques sont sensiblement les mêmes, les prix sont meilleurs et en plus, on a les étals des choses quotidiennes comme les denrées, les épices, les chaudrons etc. contrairement au Grand Bazar où on retrouve principalement des bijoux, cuir etc.
Nous traversons le pont Galata à pied. Tout le long du pont, des dizaines de pêcheurs sont déjà installés avec leur grande canne!
On en profite pour acheter un jus de grenade fraîchement pressé devant nous... le bonheur!! J'ai fait le plein d'antioxydants pour un bout!!!
De retour sur le Quest, on nous attend avec du vin chaud épicé, ou Gluwein. Wow... c'est pas mal plus 'réjouissant' que le chocolat!! J'en prend deux coup sur coup!! Je suis heureuse... moi et Wendy on rigole comme des gamines...
Comme le Quest part d'Istanbul vers 13h00, on va tous s'installer sur le Lido afin d'avoir une bonne place pour le départ et la navigation du Bosphore. Les chaises longues en bois ont d'épais matelas et de belles couvertures nous attendent. Le bonheur! Après un bon lunch au grill, un guide turc s'installe pour nous faire le commentaire tout au long de notre navigation à travers le Bosphore, la mer de Marmara et plus tard, des Dardanelles... Vraiment, une autre journée exceptionnelle.
Nous avons un autre cocktail ce soir. Cette fois, c'est pour le Captain's Club. Encore une fois, nous rencontrons tous les officiers, Sue, le Capitaine et tous sont encore des plus chaleureux. C'est vraiment agréable car on peut vraiment s'attarder et avoir de bonne discussion avec eux!
Le Capitaine nous parle des changements qu'il y aura avec Azamara! A compter de maintenant, Azamara sera indépendante de Celebrity. Bien que toujours du groupe RCL, Azamara aura sa propre direction, son propre staff et développera sa niche. Ils veulent continuer à offrir une expérience de proximité avec les passagers tout en offrant le meilleur service qui soit, des itinéraires exclusifs et des voyages à thème. Il a même parlé d'élargir la flotte mais toujours avec des petits navires, avec moins de passagers! JE RÊVE OU QUOI!!!!! C'est le bonheur total!!!
Après un souper extraordinaire de filet mignon de cerf, nous allons voir le spectacle de production. La troupe compte 3 filles et 2 garçons, tous très talentueux, et le spectacle est très réussi, même avec une si petite scène. Il faut dire que le band est encore une fois incroyable... un band de 8 personnes avec 3 cuivres... ouf!! Ils sont vraiment bons.
Demain, on pourra faire la grasse matinée, car on n'arrive à Kusadasi que vers 11h00!!
4 novembre 2009 - Kusadasi - Orage, soleil 20C
Nous sommes arrivés à Kusadasi vers 10h30, avec un ciel encore chargé de gros nuages gris... mais des petits trous bleus se dessinant au loin nous donne espoir pour notre visite d’aujourd’hui à Ephèse. Le Quest est allé se ‘stationner’au deuxième quai du port puisqu’il y a déjà 3 navires accostés: Le Solstice de Celebrity, le Splendor of the Seas et l’Albatros. Le Quest a l’air d’un yacht privé à côté du mastodonte de Celebrity!!
Une troupe de jeunes danseuses et de musiciens nous attendait pour nous souhaiter la bienvenue, et un jeune garçon nous a remis une petit broche avec l’oeil bleu - une amulette pour nous protéger contre le ‘mauvais oeil’! Notre guide Ibrahim nous attendait à la sortie du terminal. Il est un professeur de français à la retraite avec une passion pour l’histoire... on est bien tombé!!
Nous partons de sitôt pour Selçuk pour aller visiter la maison de Marie. Le trajet prend environ 30 minutes. De part et d’autre de la route nous pouvons voir de grands vergers de pêches, d’oliviers, de mandarines et des champs de choux. Ibrahim nous raconte qu’autrefois, les parents réservaient les terres de montagnes à leur garçons, car elles étaient plus fertiles et se ‘débarrassaient’ des terres en bord de mer en les donnant à leurs filles... mais avec l’avènement du tourisme, ce sont les filles qui ont finalement hérité des terres avec la plus grande valeur car les promoteurs immobiliers s’arrachent tout ce qui est en bord de mer!! A notre arrivée sur le site de la maison de Marie, le ciel s’ouvre littéralement et bien que nous ayons des impers, nous nous retrouvons trempés jusqu’aux os... tout le monde tente de s’abriter tant bien que mal dans les quelques boutiques ou sous les arbres et le tonnerre gronde à tue tête... est-ce un signe??? Nous rejoignons finalement la petite chapelle qui a été construite sur les fondations de la maison où Marie aurait fini ses jours en compagnie de St-Jean Baptiste, à qui Jésus avait confié sa mère. La chapelle est bondée car la pluie a repris de plus bel... j’avoue qu’il est vraiment difficile de savourer le moment et de se dédié à nos dévotions... on ne pense qu’à retrouver le confort de la voiture... Je suis un peu bouleversé d’être dans un endroit si important et de ne pouvoir m’absorber... j’achète en vitesse 2 petites chandelles dans cette chapelle, me disant que je ferai mes dévotions une fois au sec!!!
Nous retournons vers Éphèse pour faire la visite de cette ville gréco-romaine, une des mieux conservées du bassin méditerranéen. Heureusement, le ciel s’est éclairci et le soleil a fait son apparition! Ibrahim nous amène à la Porte de Magnésie afin que nous fassions la visite en descandant... bonne idée, car les cars d’excursions de Princess on fait l’inverse et les gens ont dû se taper la visite en montant... beaucoup plus fatiguant!
Ce site est exceptionnel. On voit souvent l’image de la bibliothèque de Celsus, l’emblème d’Éphèse. Mais ce qui est à mon avis le plus remarquable est que la ville est tellement bien conservée qu’on peut vraiment voir comment la ville était, comment les gens vivaient. On n’a pas vraiment à user d’imagination car tout est là! Nous avons été visiter les maisons en terrasses, un petit extra que les groupes ne font pas et qui vaut franchement la peine. Ces maisons étaient celles des patriciens de l’époque, et contiennent des mosaïques et des fresques colorées dans un état impeccable. Ils ont recouvert ces excavations et en ont fait un musée vivant. On peut voir les archéologues trier et assembler des milliers de petites pierres et plaques de marbre afin de recréer les surfaces des planchers et des murs de ces maisons... vraiment, un travail de moine mais qui donne des résultats rien de moins que spectaculaire.
Sur l’avenue de marbre qui va du théâtre - un des plus gros de l’Antiquité, 24 000 sièges - jusqu’à la librairie de Celsus, une plaque est gravée avec une annonce pour le bordel. On y a gravé le visage d’une belle femme, un coeur, une pièce de monnaie et un pied... le pied, c’est prendre la mesure de ceux des clients - s’ils étaient plus petits, le client était trop jeune et donc refusé à l’entrée... Serait-ce ici l’origine de l’expression ‘Prendre son pied’???
Et que dire de la bibliothèque... construite en 110, un ingénieux système de ventilation a été aménagé entre deux murs afin de garder la bibliothèque fraîche et ainsi mieux conserver les rouleaux! C’était la deuxième bibliothèque en importance après celle d’Alexandrie.
Après cette visite extraordinaire, je me suis payé un autre jus de grenade... dieu que c’est bon! Une super-dose de vitamine qui vous remet sur le piton!!
Avant de retourner au bateau, nous avons fait un arrêt pour voir ce qui reste du temple d’Artémis. Une seule colonne persiste. Difficile de croire que ce temple était une des 7 merveilles du monde antique!
Nous étions de retour au navire vers 16h00, vraiment satisfaites de notre excursion avec Ibrahim. J’avais réservé cette visite avec Hello Ephesus au coût de 65$US par personne.
Après une petite collation sur la terrasse arrière du bateau, nous sommes ressorties pour aller faire un peu de shopping au bazar de Kusadasi. Nous sommes tombées sur mon amie Wendy qui venaient de faire de bons achats. Elle est donc repartie avec nous pour nous indiquer les bons magasins! Ici, c’est le paradis des ‘genuine fake’ et le cuir est à l’honneur. J’y ai vu des cuirs si minces qu’on les appelle soie de cuir. Je n’ai pu résister et je me suis acheté une magnifique veste d’un cuir si souple, qu’on a l’impression de ne rien avoir sur le dos! Ravie de mon achat, nous sommes revenus à bord et sommes allés manger au buffet.
Le buffet avait un thème différent à chaque soir et vraiment la nourriture était exceptionnelle, même ici. De plus, pour créer une ambiance différente le soir, un guitariste y était tous les soirs de 20h00 à 22h00.
5 novembre 2009 - Bodrum - Soleil 25 C
Ce matin, le ciel est clair et laisse présager une journée magnifique. Comme on partait pour la journée en tour privé, j’avais fait venir le petit déjeuner à la chambre. Avec Azamara, nous avons droit à un menu complet! J’avais demandé, en plus de notre déjeuner, des petits pains avec du jambon et du fromage afin de me faire des sandwiches pour grignoter au cas où!! Le service de Room service a deviné le but de ma demande car ils nous ont confectionné deux super sandwiches sur pain sésame avec mayo, tomates etc. De plus, on nous appelle pour nous aviser que le plateau s’en vient: ‘Good morning Miss Marie, it’s Martin your favorite Maitre D, your breakfast is on its way! Have a great day ashore’! OK... est-ce que je rêve encore?
J’avais fait beaucoup de recherche afin de trouver un tour opérateur pour cette escale. Mes recherches ont porté fruit et j’avais 3 groupes qui partaient aujourd’hui avec Akustik Travel. Dès notre arrivée au terminal, la personne avec qui j’avais fait les arrangements était là pour nous accueillir. Les trois groupes ont rejoint leur guide et mini-bus. J’avais limité notre groupe à 6 personnes afin d’avoir de l’espace dans le véhicule et aussi afin de ne pas se faire presser par personne. Notre guide Yavüz avait tout à fait l’air d’un fier descendant de sultan... avec ses yeux luisant, ses long cils noirs, sa barbichette et son crâne chauve! On pouvait tout à fait l’imaginer avec un turban orné d’une gigantesque émeraude et d’une plume d’aigrette!
Notre matinée a été dédiée à la visite de Bodrum, une magnifique station balnéaire. La marina était remplie à craquer de caïques turques, puisque la saison tire à sa fin. J’ai tout de suite pensé à notre Francine, passant ses nuits sur les matelas à l’arrière à se faire courtiser par les marins turcs...!!! Farce à part, ces bateaux sont vraiment majestueux avec leur grand mat et le bois vernis.
Nous avons passé un bon 3 heures à visiter le château St-Pierre, édifié au 15e siècle par les Hospitaliers de St-Jean, cet ordre militaire chargé de garder les routes maritimes vers la Terre Sainte. Le château faisait partie d’un réseau de places fortes protégeant l’île de Rhodes où l’ordre était basé. Le château abrite maintenant un musée des Découvertes sous-marines, où on peut voir les cargos d’épaves datant de plusieurs siècles avant JC ainsi qu’une collection d’amphores incroyables.
Bodrum est sise sur l’ancienne cité de Halicarnasse, fief du roi Mausole qui y régnat au 4e siècle av-JC. Il y fit construire un monument funéraire commencé en 355 av-JC et finit après sa mort. Ce monument funéraire des plus imposants donna à notre langue le mot ‘Mausolée’. Il ne reste malheureusement que la fondation de la chambre funéraire et un champs de colonnes en pièces. Ce monument était à l’époque une des 7 Merveilles du monde antique. Avec cette visite, nous avons donc vu 6 des 7 merveilles... il faudra aller à Bagdad en Irak pour voir la septième, les jardins suspendus de Babylone... pas pour demain!!
Après un bref arrêt au théâtre grec, construit à flanc de colline, nous prenons la route pour Sazköy, un village de 92 maisons (environ 350 personnes) où nous dînerons chez l’habitant et passerons l’après-midi. Ce village vit principalement de la fabrication de tapis. Les femmes qui font les tapis sont regroupées en coop et vendent leur tapis aux grands commerçants istanbuliotes. Le chef de la coop nous a reçu dans sa maison, aménagée pour recevoir des petits groupes de touristes. La grande véranda de la maison était recouverte de tapis et de kilims et au centre, un grand plateau recouvert de plats tous plus appétissants les uns que les autres, nous attendait! On s’est installé autour du plateau et notre hôte nous a offert vin, bière, eau etc. Les plats étaient exquis: feuilles de vignes, aubergines, courgettes, poulet, fèves, riz, sauce tomate, huile d’olive, et un pain plat super moelleux. C’était succulent! Yavüz ne cessait de remplir nos assiettes... on est sorti de là en roulant!! Après le repas, nous avons eu droit à la démo des tapis, mais sans pression... vraiment! Ils nous ont montré les différents types de tapis que les femmes fabriquent en nous racontant les histoires dépictées sur les tapis. Après la séance tapis, nous sommes allés faire le tour du village à pied. Nous avons rencontré les femmes à leur métier, en train de tisser les fameux tapis. Puis on a vu les fermettes, les champs d’oliviers. On a terminé notre visite en allant prendre un thé au magasin général, le seul commerce de la place. Tous les hommes y étaient pour prendre le thé d’après-midi et jouer au backgammon! Je vous dis qu’on se faisait zieuter... J’ai fait quelques achats au magasin - des loukoums tout à fait délicieux, et des coussins en broderies.
Cet après-midi nous a permis de découvrir le mode de vie d’environ 35% des turcs. Un mode de vie qui deviendra sûrement de plus en plus rare avec l’exode vers les villes. Cette excursion au coeur de la Turquie rurale en valait grandement la peine! Réservée avec Akustik Travel elle nous a coûté 61 € par personnes. Les deux autres groupes ont eu des meilleurs tarifs car leur groupe était plus gros (10 personnes). Nous avons terminé notre journée au bord de la piscine afin de ne gaspiller aucun des beaux rayons de soleil qui nous a suivi toute la journée!
Comme à tous les soir, le chef Anthony, un français, nous a concocté un autre souper digne de chez Toqué... tarte aux olives, brochettes de filet mignons et lentilles, et un Lava cake coulant... le bonheur!!!
6 novembre 2009 - Fethiye, Turquie - Soleil 23C - à l’ancre
Avant même de partir, nous avions décidé que Fethiye serait une journée plus relax pour nous. Nous avions déjà visité la région dans une croisière précédente, donc ce matin, on a fait la grasse matinée - je me suis levée à 6h30!!! Du rideau entrouvert, j’ai vu un ciel de feu... je me suis précipitée sur le balcon pour voir le lever de soleil le plus spectaculaire qu’il m’ait été donné de voir... vraiment, l’insomnie peut avoir des bons côtés!!!
On se l’est coulé douce jusqu’à 9h00. On a pris notre petit déjeuner à la salle à manger, tout en admirant le paysage et la mer si calme...
Nous avons pris le tender de 11h00. C’est le trajet le plus smooth que nous ayons jamais fait! Les tenders sont aussi beaucoup mieux fait que ceux des autres navires. Il n’y a aucun escaliers à monter, on entre au même niveau que le quai. Au bout du quai, on peut apercevoir l’amphithéâtre de Telmessos - le nom de cette ville à l’époque romaine. Contrairement aux sites archéologiques qu’on voit partout, celui-ci n’a pas été fouillé et le théâtre est laissé à lui même - la nature a pris le dessus, mais le site semble mieux ‘intégré’ à la ville d’aujourd’hui!
Le bord de mer est rempli de bateaux de pêcheurs et plusieurs sont installés pour vendre leur pêche du matin. Nous avons pris un taxi pour aller voir quelques tombes rupestres, creusés et sculptés à flanc de montagne, qui sont juste à la sortie de la ville. 20$US pour une course de 5 minutes semble un peu exagérée, mais on ne le savait pas avant de partir!!! Toutefois, la ville est très à pic, et l’ascension aurait grugé toute l’énergie nécessaire au shopping d’après-midi!!! Tout compte fait, un p’tit 20 bien dépensé! Ces tombes sont vraiment impressionnantes car on dirait des palais sculptés à même la montagne. Nous avions vu ce type de monument funéraire à Dalyan, mais quant à être ici, la visite en valait la peine.
De retour en ville, nous avons flâné dans le bazar. Comme la saison touristique tire à sa fin, on nous avait dit qu’il serait plus facile de marchander. Mais en fait, c’était tout le contraire... les commerçants sont écoeurés et ne pensent qu’à leur vacance! Pas de ‘deal’ à faire ici! Mariette se trouve quand même une belle écharpe pashmina aux couleurs ambrées... elle fera fureur avec son achat!!
On trouve une belle terrasse sous un treillis de vignes remplies de raisins pour le lunch. En voyant sur le menu la spécialité turque goûtée à Istanbul, on ne peut pas résister! On reprend une assiette d’Iskender et moi je choisi une pizza turque - vraiment différente de l’Italienne! La pizza turque est faite comme un chausson mais en long - elle mesure environ 18 pouces de long et 4 de large. La pâte mince est farcie de fromage de chèvre, de persil et de tomates. Le tout arrosé de notre nouvelle bière préférée, Efes... un autre moment de pur bonheur!
De retour sur le bateau, nous rencontrons nos amis qui eux ont eu toute une frousse aujourd’hui... Ils avaient décidé de faire une excursion privé avec un groupe de CC. Une fois arrivé aux tombes rupestres, les freins du véhicule ont lâché et le véhicule s’est retrouvé les deux roues arrière dans le vide!!! Heureusement, tout le monde était hors du véhicule... mais toutes leurs affaires s’y trouvaient!! Ils ont dû attendre qu’une grue viennent repêcher le mini-bus... quelle affaire!
7 novembre 2009 - Antalya, Turquie - Soleil - 27C
Lever du corps à 6h00... Ayoye... un peu tôt, mais notre excursion, réservée avec Azamara, débute à 7h15, donc on doit se grouiller ce matin!
Notre guide Ahmet parle un anglais impeccable et l’autobus est super propre et confortable. Chaque passager reçoit un sac avec une amulette protégeant de l’oeil maléfique, des serviettes humides et des écouteurs. Notre guide parle dans un radio émetteur ce qui permet à tout le monde de bien entendre ses commentaires - définitivement un avantage avec un gros groupe.
Nous prenons la route pour Aspendos qui se trouve à environ 1h00 d’Antalya. Nous visitons un théâtre qu’on dit être le mieux conservé au monde et un exemple parfait du théâtre romain. Ce qui est particulier, c’est que le mur de scène est intact et forme donc, avec l’hémispère des gradins, un demi-cercle fermé parfait. Contrairement au théâtre grec qui s’adosse à une colline, le théâtre romain est construit en hauteur grâce à l’arche! Il est fermé afin de contrôler l’attention des spectateurs. Les gradins sont toujours intact et les niches et décorations de l’arrière scène sont spectaculaires. Ce théâtre pouvait recevoir 15 000 spectateurs. Aujourd’hui, plusieurs spectacles d’opéra, de ballet ou de musique ont lieu à Aspendos. On y accueille environ 10 000 personnes - on est définitivement plus gros que du temps des Romains!
Deuxième arrêt, l’ancienne cité de Perge. Cette ville de l’Antiquité avait été fondée par des guerriers grecs suite à la chute de Troie, mais elle connut son apogée à l’époque de la Pax Romana. Nous avons visité l’agora avec ses colonnes de marbre et de granit, puis les thermes avec leur 4 pièces aux températures différentes. On peut encore voir tout le système de canalisation qui transportait les eaux froides ou chaudes, et aussi les égouts pour les eaux usées. Très différente d’Éphèse, Perge est aussi un site intéressant et nous donne un bon aperçu de la disposition et de la vie à cette époque. Perge a été conquise par Alexandre le Grand.
Le soleil était assez intense et après avoir marché dans ces vestiges pendant 1h30, nous étions assez fatigués. Heureusement, l’heure du lunch avait sonné! On nous conduisit dans un restaurant où un magnifique buffet de spécialités turques nous attendaient. Malheureusement, on n’avait que 30 minutes pour manger, et on a du faire la file pendant 15 minutes aux toilettes... donc on s’est gavé comme des oies afin de se sustenter un peu. J’ai tout de même réussi à goûter à un peu de tout, et c’était délicieux... dommage qu’on ait pas pu en profiter.
De retour à Antalya, nous avons fait un tour à pied de la partie ottomane de la ville. Les rues sont bordées de maisons en bois en encorbellement - on dit qu’Antalya constitue le plus beau noyau d’habitations ottomanes de Turquie. Deux minarets sont assez remarquables: Le minaret cannelé est devenu l’emblème de la cité. Un peu plus au centre, le minaret tronqué est accolé à une église byzantine. La porte d’Hadrien a une triple voûte à caissons flanquée de deux tours de garde. Elle fut érigé pour la venue de l’Empereur Hadrien en 130 AD. Le tour à pied (ou plutôt la course à pied!!!) s’est terminé au centre de la ville, près de la statue d’Ataturk... notre point de rencontre après la pause shopping qu’on nous donnait. Ouf... je suis à bout! On a plutôt choisi de prendre le 45 minutes pour aller prendre un café, bien assises à l’ombre à regarder les gens passer... Cette excursion est beaucoup trop chargée... on a mangé à la course, puis on a couru après le guide tout au long du tour à pied. Même si on a les écouteurs, c’est difficile de suivre quand on est 500 mètres derrière - à gauche la maison jaune, elle date de l’époque de Pasha machin chouette... ah oui? Et la maison bleue elle... ben tu la verras dans 5 minutes quand tu auras rattrapé le guide... attention les marchettes, ici, c’est du sport extrême!!!
Bon, comme prévu, après du shopping il y a toujours des retardataires et je suis convaincu que nous louperons la dernière portion de l’excursion, la visite au musée archéologique d’Antalya, le plus recommandé de Turquie... il est 15h00 et nous devions être de retour au bateau à 15h30!!
Mais Ahmet fait à sa tête, il nous amène au musée et nous aurons 45 minutes pour en faire la visite! Vraiment, cette visite est le clou! On peut y voir toutes les statues du théâtre d’Aspendos ainsi que toutes celles retrouvées dans les temples de Perge. L’état impeccable de ces trouvailles sont à couper le souffle. Le marbre est d’un blanc si pur, presque translucide. Une collection de sarcophage est aussi des plus impressionnante. Nous revenons finalement au bateau à 16h45... à peine 15 minutes avant le départ du bateau!!!
Épuisés par cette course folle, on s’effondre et faisons la sieste jusqu’à 19h00... Ce soir sera un petit souper au buffet (encore une fois exquis - spécial fruits de mer ce soir!), et dodo à 22h00!!
8 novembre 2009 - Limassol, Chypre - Soleil 28C
Encore un matin à l’heure des poules... réveil à 6h00, départ pour l’excursion à 7h00... ah les vacances!
Ce matin nous partons sur une excursion d’Azamara pour Paphos, un site du patrimoine de l’UNESCO situé à l’ouest de l’île de Chypre. Le trajet prend une bonne heure mais nous permet de voir cette île aride mais remplie de vergers d’agrumes sur le point d`être récoltés. L’irrigation fait des miracles! Sur la route qui longe la côte, on peut admirer les eaux turquoises de la Méditerranée. On fait un bref arrêt pour voir le rocher près duquel la déesse de l’amour, Aphrodite (Vénus) aurait émergé des eaux pour prendre vie. Ce rocher s’appelle Pétra tou Roumiou ou rocher du Romain. Est-ce qu’on peut la voir assise sur ce rocher - eh, bien, je suis peut-être une grande romantique, mais j’aurais juré qui oui!!
Nous arrivons à Paphos et visitons d’abord les tombeaux des rois. Cette nécropole nous fait découvrir des tombes sous-terraine datant du 4e s. av-JC où les patriciens et nobles de l’époque furent ensevelis. Certaines de ces chambres funéraires comportent de belles colonnes doriques et des fresques murales. Malheureusement, cette nécropole a été utilisé comme carrière au fil du temps et il n’en reste que quelques tombes. Il n’est que 9h30 le matin et le soleil nous tape... de plus, ce soleil d’automne projette des ombres si longue qu’on se croirait en fin de journée... une lumière tout à fait surprenante!
Troisière arrêt, le clou de la journée: La villa de Dionysos. On visite cette immense villa du 3e s. AD pour ses planchers en mosaïque parmi les plus beaux de l’est méditerranéen. Représentant des scènes inspirées de la mythologie grecque, elle fut accidentellement découverte en 1962 par un fermier qui labourait son champ. On l’appelle ‘Dionysos’ à cause des représentations de ce dieu du vin, mais la villa était probablement la propriété d’un riche général romain ou d’un commerçant de Paphos. Pièce après pièce, on retrouve des mosaïques colorées qui nous racontent les histoires des dieux et déesses! On peut facilement imaginer l’opulence de ces lieux et toutes les soirées et réceptions que le maître a pu donner dans cette villa! Un petit Odéon a été restauré non loin de la villa.
Après la visite, nous avions du temps libre pour profiter du petit port de Paphos. La chaleur nous avait un peu sonnés, alors on a décidé de trouver une belle terrasse au bord de l’eau et de prendre une bonne bière! Vraiment, on peut se faire à cette vie assez rapidement!
Sur la route de retour, nous avons fait un dernier arrêt à Yeroskipou pour y visiter sa magnifique église orthodoxe à 5 dômes, Ayia Paraskevi ou Ste-Vendredi. Cette église a été construite au 11e s et abrite les reliques de Ste Vendredi, une sainte vénérée par les gens qui ont des problèmes avec leurs yeux. La chance jouait avec nous car au moment de notre visite, on s’apprêtait à y célébrer un baptême. On a pu voir le petit chypriote et sa famille et notre guide nous a parlé des rites de baptême. Très émouvant!
Le bateau quittait Chypre à 13h00. On avait donc une belle après-midi de loisir, question de reprendre des forces avant notre journée au Caire!
Comme cette croisière était une croisière-réunion, il y avait beaucoup d’activités d’organisées pour les membres du Club du Capitaine. Cette après-midi, nous avions un cours d’artisanat où nous pouvions confectionner un bracelet en billes de verre. Je ne suis pas très ‘artisanat’ mais je me suis dis, pourquoi pas! Wow... moi qui pensait qu’on nous donnerait des ‘beads’ cheap et quétaine... erreur! On avait un choix incroyable de billes et tout ce dont on avait besoin pour faire de très belle création! Amusant car j’y ait inclus quelques uns des petits ‘yeux’ des amulettes qu’on nous avait donné! Je me suis donc fait 2 bracelets très représentatifs des endroits visités!!
On a fini la journée à la piscine - eau salée, chauffée - le bonheur!! Cette pause flottante m’a complètement ré-énergisé! En se rendant à la salle à manger, on s’est aperçu que l’orchestre s’apprêtait à faire une session de Jazz dans l’atrium (Mosaic)... on n’a pas pu résister! Ils sont tellement bon... ils ont ‘jammé’ pendant plus d’une heure! Même le fils du capitaine, en visite sur le navire, s’est joint au band à la guitare électrique. On pouvait voir toute la fierté d’un père et d’une mère, car sa femme y était aussi, sur leur sourire!
9 novembre 2009 - Alexandria, Egypte - Soleil 30C
Un autre matin très très tôt... mais je suis un peu surexcitée car nous partons pour une excursion que j’ai concoctée avec l’agence Ramses Travel depuis plusieurs mois déjà. De plus, 11 autres groupes de notre Roll Call sont aussi avec Ramses. J’ai donc très hâte de rencontrer le directeur de l’agence avec qui je suis en contact depuis plusieurs mois!
Le terminal où nous accostons est bien différent de celui où le Costa Magica était en 2005. Ce terminal a l’air tout neuf! Nous sommes descendus à 7h10. Un mot sur les formalités d’entrée: Un visa est requis pour aller en Egypte. Azamara s’est chargé d’obtenir le visa pour TOUS les passagers sans frais. A l’embarquement à Athènes, on a pris nos passeports et on nous les a remis la veille de notre arrivée en Egypte avec le visa étampé. A la sortie du bateau, nous n’avions qu’à montrer notre passeport au douanier égyptien, installé au poste de sécurité du bateau, et voilà, le tour était joué!
Aussitôt sortie du terminal, j’ai aperçu notre guide avec mon nom sur une pancarte et le directeur de l’agence. Nous avons reçu le traitement VIP toute la journée! J’étais un peu craintive à l’idée de partir au Caire seule avec ma mère. Mais nous avons été traitée aux petits oignons, et je me suis toujours sentie en très grande sécurité. Notre guide Karim parle un français impeccable, et notre chauffeur Mustafa, surnommé Mustafa Schumacher, lui ne parlait qu’anglais. On comprendra rapidement le surnom de Mustafa... et on appréciera d’avoir un conducteur aux nerfs d’acier... conduire au Caire donne à sport extrême une toute nouvelle dimension!! Ici, aucune règle ne prévaut...et quand on dit aucune, on dit aucune!! Pas de limites de vitesse, 6 voitures de large dans 2 voies, klaxons collés au fond, pas de lumières allumées pour conduire le soir... les gens qui pensent vivre une aventure à louer une voiture pour la journée frôle carrément l’inconscience. D’ailleurs, le seul groupe du bateau qui s’est aventuré à tenter l’expérience y est resté... ils ont loupé le bateau et on ne les a jamais revu!!
La route pour se rendre au Caire prend environ 3 heures. Nous avons pris la route du désert, comme tous les bus et autres groupes de touristes. Cette route a bien changé depuis notre dernière visite en 2005. Il y a beaucoup moins de terrains vagues, et plus de champs d’aménager et des mosquées installées en bord de route à tous les 50 km. A mi-chemin, nous avons fait un arrêt (pause bio) et pour prendre un café - instantané... yuk! Il n’y avait que des hommes au resto... les femmes, elles étaient toutes dans un salon aménagé dans la toilette! Elles attendaient patiemment avec les enfants... On a eu droit à bien des dévisagements et des regards curieux! Nous sommes arrivés au Caire vers 10h00 - c’est toujours impressionnant de voir les pyramides, un peu embrouillées par la pollution, au travers des quartiers qui bordent l’autoroute.
Ce qui est aussi vraiment bouleversant, c’est de voir que toutes les constructions sont inachevées... le fruit de la nouvelle civilisation Egyptienne comme nous raconte Karim! En effet, le Caire a été construit de part et d’autre du Nil, dans sa vallée fertile. Une loi de zonage, vraiment mal foutue, permettait la construction dans cette zone en contrepartie de taxes très élevée. Toutefois, les taxes ne sont perçues que quand la construction est complètement terminée!!! Ainsi, tout le monde a commencé à construire dans cette vallée, mais sans jamais terminer les édifices afin de contourner la loi. Tous les édifices ont l’air soit abandonné ou soit en ruine. Toutefois, ce n’est qu’une illusion! A l’intérieur, les gens sont super bien installés avec toutes les modernités... Vraiment, tout un clash!
Au programme aujourd’hui, le Caire islamique et le Caire copte (c’est ainsi qu’on appelle les égyptiens chrétiens). Notre première visite est à la citadelle de Saladin où on a visité la plus grande mosquée du monde islamique, la mosquée de Mohammed Ali (pas le boxeur, mais le vice-roi d’Égypte, fondateur de l’Égypte moderne). Cette mosquée est aussi appelée la mosquée d’albâtre. Assez impressionnant... à l’approche de l’entrée, un drôle de vendeur nous a abordé en nous appelant Mme Obama, Mme Carla, Mme Georges Washington!! En fait, il récitait tous les noms de personnages occidentaux qu’il connaissait!! A la sortie de la mosquée, la terrasse qui surplombe la ville nous offre un vue tout à fait saisissante. Comme il est midi, tous les muezzins se mettent à l’appel à la prière! L’effet est vraiment ahurissant... on entend des centaines (oui... on dit qu’il y aurait plus de 1000 mosquées au Caire) de muezzins faire ce qui nous semble des lamentations nasillardes! Toute une cacophonie, mais c’est presqu’hypnotisant!
Nous quittons la citadelle pour se rendre dans le quartier copte. Une guérite ferme ce quartier où vivent les chrétiens du Caire. On dit qu’ils formeraient de 5 à 20% de la population égyptienne et qu’ils sont bien respectés dans ce monde musulman. Toutefois, c’est assez perturbant de voir qu’ils sont confinés à un quartier et que des gardes armés veillent à la guérite. Ce quartier est l’un de plus vieux de la chrétienté car c’est ici que Marie et Joseph se sont réfugié durant leur exil de Judée. C’est dans le sous-sol de l’église St-Serge qu’aurait vécu la sainte famille pendant 40 jours. Assez émouvant comme visite, même si on n’est pas super pratiquant, il y a quand même une page d’histoire importante sous ces pierres!
Des dizaines de petites églises et chapelles se côtoient dans les ruelles étroites de ce quartier. Les gens, comme partout au Caire, vivent dans la rue et on croise plusieurs femmes avec leurs enfants, ou des travailleurs qui tentent, tant bien que mal, de remettre sur pied les vieilles habitations. On peut facilement reconnaître les coptes car ils ont une croix de malte tatouée sur le poignet. A la sortie de la vieille synagogue Ben Ezra, une dame vient me porter 2 petits pains... notre guide lui donne quelques sous pour la remercier mais elle veut simplement partager son pain avec nous. Ces pains sont comme ceux des images saintes qu’on avait à la petite école... je suis tout à coup transportée dans une scène biblique... c’est assez bizarre, surtout que le décor et les vêtements de cette dame sont encore les mêmes qu’à l’époque de Jésus. On visite plusieurs de ces églises, ce qui nous permet de s’abriter du soleil brûlant!
Après quelques heures dans le quartier copte, nous retrouvons Mustafa notre chauffeur et reprenons la route vers le centre du Caire pour notre lunch sur le Nil. Mais nous devrons vivre une autre expérience typiquement cairote avant d’être récompensé par notre dîner... les bouchons de circulation... on est littéralement pris pendant 45 minutes, le moteur éteint! Karim en profite pour nous initier à la musique égyptienne, au plus grand plaisir des passagers des voitures environnantes qui nous trouvent bien intrigantes! On finit par sortir du bouchon et nous allons au Grand Hyatt du Caire pour un lunch au Hard Rock Café. Ce genre d’établissement n’est vraiment pas ma tasse de thé - je privilégie les lieux plus représentatifs du pays, de la place, mais après plusieurs avertissements de la part des autorités, des gens du bateau etc., nous décidons qu’il est plus prudent d’aller dans un lieu plus sûr question de ne pas ramener de bibites non sollicitées!! Le lunch est ordinaire (buffet typique égyptien) mais la location est superbe - juste sur le bord du Nil!
Karim nous emmène ensuite pour faire une balade en felouque sur le Nil. Nous aurons une felouque pour nous seuls! La grande voile est hissée, et hop, on part! Quel moment magique... et reposant! C’est le silence complet, on a laissé les bruits ahurissants de la rue, et on n’entend que le vent qui pousse la voile. Le conducteur de la felouque me remet la barre! Je m’installe debout derrière la felouque et dirige le voilier avec ma jambe comme il me l’a enseigné. C’est assez difficile car la voile est immense et met une bonne pression sur le gouvernail. Mais je me tire très bien d’affaire et nous naviguons jusqu’au pont où nous devons faire demi-tour! Notre balade nous permet de voir les deux rives du Nil, la tour du Caire, le quartier des affaires. De retour au quai, nous retrouvons Mustafa et faisons nos adieux au Caire... nous rentrons à Alexandrie! La route est encore bien achalandée. On est un peu stressée car il est 17h00 et nous avons 3 heures de routes... pas beaucoup de manoeuvre en cas de pépins. Le soleil se couche à l’horizon et une fois la noirceur tombée (et que Mariette ait insisté pour que Mustafa allume les phares de voiture - ce qu’il tardait à faire!!), nous tombons endormies, épuisées par cette journée bien remplie!
Karim nous réveille vers 19h00 pour faire un arrêt dans une halte routière vraiment surréaliste... en fait, je me demande toujours si je ne rêvais pas... Nous sommes arrêtés au royaume du Lion - un espèce de zoo bizarre... pour aller à la toilette, on doit passer à travers des enclos remplis de toutes sortes d’animaux allant des chèvres, aux lions, à des poules, des chiens épagneuls, des zébres, des chameaux... vraiment, un endroit des plus hétéroclites!
Nous arrivons à Alexandrie où nous faisons un bref tour de ville avant de rentrer au port. On peut voir la magnifique bibliothèque ouverte en 2002 pour remplacer celle qui fut la plus grande du monde antique, la grande bibliothèque d’Alexandrie. Puis on va faire une petite balade à la citadelle de Qaitbay, forteresse construite au 15e s sur le site de l’ancien phare d’Alexandrie, une autre des 7 merveilles du monde antique! C’est un lieu de rencontre pour les jeunes couples alexandrins qui viennent s’y balader main dans la main. Très romantique! Karim nous achète des colliers faits de coquillages de la mer méditerranée... en fait, il nous a fait de petits cadeaux comme ça toute la journée! Nous faisons un dernier stop au marché aux poissons... et ça vraiment, c’est le plus puant que j’ai senti de toute ma vie... l’odeur était intolérable et il est impensable de croire que quiconque mange du poisson venant de ce marché!!
À 20h00 pile nous étions revenues au port! Je dois dire que le directeur de l’agence m’a téléphone à 4 reprises durant la journée afin de s’assurer que tout soit à notre satisfaction! Vraiment, c’était génial. Le prix de cette excursion est de 99$ US par personne, tout inclus! Comparé au 250$ demandé par Azamara, on n’aurait pu demander mieux.
Plusieurs échoppes étaient installés près du terminal, et ceux qui avaient encore un peu d’énergie pouvaient y faire quelques achats de dernières minutes! Crevées, moi et Mariette sommes plutôt rentrées! Quelle ne fut notre surprise rendue au terminal de voir que tous les officiers nous attendaient dans le terminal, avec des flutes de jus d’orange nous souhaitant bon retour à la maison!! Welcome Home!! My god... et une fois sur le quai, le band au grand complet était installé au pied de la passerelle et nous jouait des airs de swing... non mais je rêve ou quoi? C’était rien de moins que magique! On n’aurait pas pu finir cette journée de meilleure façon!!
10 novembre 2009 - En mer - Soleil 25C
Enfin, notre première journée en mer, enfin une journée de repos... Mais comment on fait pour se faire remplir l’agenda sans s’en rendre compte... D’abord, je devais aller faire un peu de lavage... à 6h15 le matin, il y avait déjà quelqu’un à la porte de la buanderie qui attendait qu’elle ouvre à 7h00... alors je me suis précipitée pour avoir une des quatre laveuses ... pas question de passer toute la matinée à rôder à la buanderie. Donc moi aussi je suis allé squatter la porte... à 8h00 tout était terminé!!
8h30: Petit déjeuner avec les amis 10h00: Invitation de la Cruise Director pour une 2e rencontre Cruise Critic 12h00: Barbecue des officiers... on n’allait certainement pas manquer ça ;) 14h00: Cour de peinture sur papyrus, dans le cadre des activités de la croisière-réunion 18h00: Cocktail pour les passagers ayant déjà voyagé avec Azamara... 20h00: Souper au Prime C avec les amis
Ouf... trois rencontres avec les officiers aujourd’hui... quelle journée!! Notre souper au Prime C a été bien mais franchement, je trouve que les soupers à la salle à manger sont tout aussi bon et plus variés que dans les resto de spécialité... Mais c’est tout de même excellent, quand on veut un bon filet mignon, ou de l’agneau, dans une ambiance un peu plus feutrée.
11 novembre 2009 - Nauplion - Passage nuageux 12 C
Nauplion est l’ancienne capitale de la Grèce. C’est aujourd’hui une jolie petite ville de bord de mer, privilégiée par les Athéniens comme destination weekend par excellence! C’est aussi le point de départ pour les excursions vers Mycènes et Épidaure.
Le Quest a jeté l’ancre au large de Nauplion vers 8h00. Comme j’étais debout très tôt, j’étais allé prendre un café au Mosaic. Deux des officiers arrivaient tout juste d’une rencontre avec le capitaine... la mer était très agitée, et les autorités de Nauplion ne voulait pas laisser entrer les navettes du Quest au port. Mais le capitaine a refait les calculs de ven, et de vitesse et a contesté la décision des autorités portuaires... et il a gagné! Nous allions pouvoir descendre à terre après tout! C’est vrai que le ciel était très menaçant... et la mer avait tourné d’une drôle de couleur - un turquoise laiteux et opaque. Comme nous n’avions pas d’excursions, nous avons flâné un peu et sommes descendus vers 11h00. Le trajet était assez houleux!
De la navette, on avait une magnifique vue sur la forteresse Palamidi qui trône tout en haut de la ville. On peut y monter par un escalier à pic de 1000 marches! Peut-être la prochaine fois? On est passé juste à côté du château Bourtzi, ce château en pleine mer, construit en 1473 pour protéger la ville des pirates!
La ville est mignonne avec ses petites rues bordées de boutiques d’artisans, de cafés et de tavernas, où le bougainvillier encore un peu fleuri est maître. Toutefois, la saison touristique tire à sa fin, et plusieurs boutiques sont maintenant fermée. Les bureaux touristiques sont aussi fermés. Et les gens semblent un peu moins hospitaliers, un peu moins affables. On s’est promené à travers la ville, à visiter les belles églises, à faire un peu de shopping... les savons à l’huile d’olive sont un must!! Et on ne peut pas passer à côté d’une petite bouteille d’ouzo... les crevettes flambées à l’ouzo... un vrai délice!
On a lunché sur la place Syntagma, une belle place tout en marbre! On s’est fait un peu enfirouapé par le proprio du resto qui s’obstinait à nous donner une soupe au poulet qu’on ne voulait pas et qui nous a coûté 20 €, mais le verre d’ouzo m’a vite fait oublier ce désagrément!
Nous sommes revenus sur le navire vers 15h30, juste à temps pour éviter l’orage! J’ai fini ma journée à faire une sieste sur les chaises longues du lido, bien à l’abri des intempéries! J’ai tellement dormi que j’ai loupé le cocktail d’aurevoir... mais après tous les cocktails et rencontres que nous avons eu... en manquer un me faisait moins de peine!!
Ce soir, nous sommes allés au spectacle car la directrice de croisière, Sue Denning, faisait un one-woman show! Wow... toute une femme, tout un spectacle. Elle a tellement d’énergie qu’elle nous étourdie! Et une voix tout en puissance! Elle nous a fait une revue musicale du Rock & Roll! Après son spectacle, la troupe et tous les ‘entertainers’ du bateau ont monté un meurtre et mystère!! Le capitaine nous a avisé que la mer serait agitée et... elle l’a été!! Mais j’ai le pied marin... je passe à travers tout ça sans problème. Le seul hic, c’est que le bateau craque beaucoup et que les choses se promènent sur les bureaux!! Mais demain sera notre deuxième et dernière journée en mer... on pourra enfin se reposer un peu!!!
12 novembre 2009 - En mer - Volcan Stromboli
Journée en mer à relaxer, souper avec nos amis et les officiers. Ce soir, le capitaine nous a annoncé que nous naviguerions près du volcan Stromboli aux alentours de 23h30. Après notre souper, nous sommes donc allés au spectacle puis on est allé mettre nos manteaux pour sortir sur les ponts pour voir ce fameux volcan! A 23h30, le capitaine a éteint les lumières des ponts 10 et 11. On distribuait du chocolat chaud et des couvertures! Tout le monde était agglutiné sur les ponts supérieurs pour voir ce volcan. Bien qu’actif, il est assez rare de voir plus que de la fumée... Une fois nos yeux acclimatés à la noirceur, on pouvait bien distinguer le cône de cette île volcanique. Il y avait en effet de la fumée au sommet... et puis une lueur orangée... et poofff une explosion de lave!! Tout le monde était survolté! Les yeux rivés sur le cône, on a dû attendre une vingtaine de minutes pour avoir droit cette fois à une vraie explosion et coulée de lave!!! En tout, on a eu droit à 3 belles explosions et coulées! Tout le monde était en extase, surtout que le ciel était rempli d’étoile rendant cette nuit tout à fait mémorable... Le capitaine a arrêté le bateau pendant plus d’une heure pour nous permettre d’admirer ce spectacle unique...
13 novembre 2009 - Sorrento - Soleil 18C - à l’ancre
Déjà notre dernière journée... il faudra trouver un moment pour faire les valises. On doit retrouver nos amis à 9h30 ce qui nous donne un peu de temps pour faire notre tri dans la paperasses et faire au moins une valise. Le matin était un peu brumeux, mais rapidement le ciel s’est éclairci et la péninsule sorrentine a pris une belle teinte ambrée par le soleil!
Arrivé au quai, nous avons pris un bus pour 1€ et qui nous a monté jusqu’en haut de la falaise, où la ville se trouve. Certains ont pris les escaliers - 20 minutes pour monter! On voulait garder notre énergie pour faire du shopping! Comme nous étions tous venus dans cette région à quelques reprises, nous avions vu les sites de Pompéi, Capri et côte amalfitaine. On en donc profité de cette dernière journée pour faire la Dolce Vita!
Nous avons fait la Via San Cesareo, une petite rue piétonnière, d’un bout à l’autre et avons fait plusieurs achats. On ne pensait pas que Sorrento serait LA destination shopping, mais on a réussi à dénicher pleins de trucs intéressants à de bons prix! Après une pause-café sur une belle terrasse de la Piazza Tasso où on s’est régalé d’un super café et d’un sfogliatelle à la crème et à l’orange...
Vers midi, on a fait un tour de ville à bord d’un petit train (6€). Bien qu’un peu quétaine, nous avons adoré cette balade car en plus d’un commentaire sur l’histoire de la ville on nous jouait les plus beaux airs d’opéra italien et le fameux O Sole Mio!
Nous sommes ensuite allés manger dans une pizzeria qui nous avait été recommandé par les officiers du bateau! Pizza con mozzarella e rucola avec une Peroni... mais peut-on vraiment être plus heureux?
De retour sur le bateau, nous avons fini les valises puis je suis allé me baigner avec les amis. Le soleil s’est doucement éteint teintant de rose la péninsule sorrentine... quelle belle façon de terminer cette croisière fantastique!
Notre dernier souper a été fabuleux - un menu extraordinaire, passé en excellente compagnie. Nous étions vraiment triste de devoir dire adieux au personnel de la salle à manger, eux qui ont été si gentils avec nous tout au long de la croisière...
14 novembre 2009 - Civitavecchia - Débarquement
Le lever du soleil sur le port de Civitavecchia était tout simplement spectaculaire... le ciel était d'un rose marbré de pourpre! Le débarquement sur Azamara ne peut être plus facile. Bien que nous devions laisser les cabines pour 8h00, les membres du Captain Club ont l'usage exclusif du Looking Glass. De plus, la salle à manger est ouverte et on peut aller y prendre son petit-déjeuner à compter de 7h00. Contrairement à bien des navires, on ne voit presque personne dans les lounges publics, juste quelques personnes ici et là. Pour voir les gens il faut littéralement aller au pont 4 à la réception pour voir sortir les gens! Le débarquement a commencé vers 7h00. Après avoir faire les adieux à nos anciens amis et à nos nouveaux, Mariette et moi avons décidé de sortir un peu plus tôt que prévu pensant que notre chauffeur serait peut-être arrivé. Quelle sortie! La directrice de croisière, le directeur de l'hotellerie, le directeur 'Food & Beverage' et le capitaine étaient à la porte pour nous dire aurevoir! On a même eu droit à un bec et un hug!! Ça, c'est une première!! D'ailleurs j'ai rarement vu le capitaine à la porte, certains officiers oui, mais le capitaine, jamais!
Une fois à terre on n'a qu'à marcher 500 mètres pour arriver au hangar dans lequel sont nos valises - super faciles à trouver. Des porteurs payés par le port prennent nos valises et les transportent jusqu'à notre véhicule. J'avais réservé un transfert/tour avec la compagnie Drivers In Rome pour nous rendre de Civitavecchia à l'aéroport. Comme notre vol était pour demain matin 6h00, on avait la journée! Donc j'avais demandé à faire un arrêt à Ostia Antica, une cité antique qui était, dans l'Antiquité, le port de Rome. Ostia est à 10 minutes de l'aéroport, donc très pratique!
Nous sommes partis du port à 9h00 pile et à 10h00 on était à Ostia. Nous avons eu 2 heures pour faire la visite, et notre chauffeur nous a gentilment conduit jusqu'au Hilton de l'aéroport. L'hotel est très pratique car il est à même l'aéroport de Rome (Leonard de Vinci), donc pour un vol de 6h00 AM, c'est l'idéal. Les chambres sont spacieuses et modernes. L'hotel a un bar, restaurant. Nous sommes allés à l'aéroport en reconnaissance car à 4h00 du mat, j'ai pas toujours les yeux dans les bons trous... et on a finalement mangé là! Il y avait une grande cafetéria et on a pu manger un peu de différentes choses - pizza, pâtes, fromage... Puis on est allé s'effondrer à l'hotel...
Le vol de retour avec Air Canada via Francfort a été sans évènements particuliers, toujours mieux comme ça! Et nous étions de retour à la maison vers 14h00...... La tête remplie d'histoires incroyables... les yeux remplis d'images colorées... le nez rempli d'odeur exotique... et le coeur rempli de nouvelles amitiés!!!
Appréciation globale d'Azamara et du navire Quest
Vous avez surement remarqués que je suis devenue une adepte, une disciple d'Azamara... vraiment, il sera très difficile d'aller vers une autre compagnie...
Toutefois, Azamara va annoncer le 8 décembre prochain des changements importants à leur alignement. Ils seront désormais indépendant de Celebrity, et vont tenter de créer un créneau unique. Cette approche sera surement intéressante, mais elle pourrait aussi faire grimper les prix de façon importante... à suivre!!
Pourquoi Azamara?
Premièrement, la nourriture est inagalée. Le menu est varié, différent, intéressant et reflète l'itinéraire ce qui permet à ceux qui le désirent de faire des découvertes intéressantes. De plus, les viandes sont les meilleures que j'ai jamais manger en croisière. Les poissons sont toujours cuits à la perfection (pas trop cuits...). Et la qualité est la même qu'on soit à la salle à manger, au buffet, au grill ou dans les spécialités. Même le Room service est exceptionnel car on peut y commander ce qu'on veut! Jus d'orange frais pressés, smoothies, jus vitalités (un menu complet), espresso, cappuccino... tout ça gratuitement!
Les divertissements étaient excellents pour ce genre de navire et avec l'horaire chargé que nous avions. En fait, Sue a décidé de ne faire qu'un seul spectacle par soir, à 9h45pm. Plusieurs couples voulaient danser, alors ils ont mis 1 heure de danse par soir, puis le spectacle. On a eu un peu de tout comme divertissement, cabaret, violonniste, pianiste, chanteurs, magiciens (très très drôle!!), et 2 spectacles de la troupe, en plus de l'orchestre extraordinaire!
Mon seul hic est qu'il n'y avait pas de conférencier sur l'itinéraire - il y avait 2 hommes qui ont fait des conférences mais sur la restauration de meuble et 'j'sais pas trop quoi' d'autre... Mais comme Sue m'a dit, l'itinéraire était tellement chargé qu'il était difficile de mettre des conférences à l'agenda. Toutefois, il y avait un officier du bureau touristique dans le lobby du bateau à tous les matins que nous étions en escale. Donc ceux qui voulaient découvrir par eux mêmes pouvaient obtenir des renseignements, cartes etc.
Mais le plus grand atout d'Azamara est le service et la courtoisie des employés qui sont uniques! Les exemples sont tellement nombreux qu'il est difficile de les énumérer... Tous les employés, sans exception, de la femme de ménage au capitaine nous saluent, très souvent par notre prénom. On ouvre les portes pour nous, on apporte nos assiettes à notre table. A chaque sortie et entrée sur le navire, les officiers sont là pour nous souhaiter bonne journée et bon retour... le comité d'accueil au retour du Caire avec l'orchestre sur le quai... tous les cocktails et rencontres... Je parlais au téléphone avec ma copine au sujet de mon IPod - Philippe le directeur de l'hotellerie m'a entendu... il m'a aussitôt dit qu'il chargerais mon Ipod sur son portable! Quand j'étais sur le pont à attendre le passage du Stromboli, le directeur financier a téléphoné au bridge pour savoir dans combien de temps nous serions arrivés car il faisait froid...
Bon... je pense que vous avez pigé... Nous avons fait une croisière de rêve!! Espérons seulement que la prochaine sera à la hauteur de nos attentes!
Si vous avez des questions, n'hésitez surtout pas!!
Au plaisir, Miss MC
Compte rendu d'une croisière transatlantique sur le Costa Mediterranea par Marigot English translation pending
Tout un chacun qui a fait cette croisière a certainement un avis différent sur les atouts ou les lacunes de l'organisation, du bateau, des escales etc......
Voici le mien qui ne reflète donc que mon resenti personnel.
Organisation d'avant croisière:
J'avais choisi Azur Croisières pour l'organisation de ce voyage et je dois dire que je n'ai qu'à me féliciter de ce choix. Mes contacts, Thibaud et Sandra ont vraiment accompli un remarquable boulot. Je souhaitais obtenir une cabine au pont 8 (le pont supérieur pour les cabines), ils me l'ont chaudement déconseillé, j'expliquerai la raison par après. Tous les documents me sont parvenus par internet 10 jours avant le départ et tout ce que j'avais choisi comme options y était repris.
Organisation avant embarquement:
Nous avions choisi de prendre la navette Costa à l'aéroport de Nice. Là un peu de pagaille, rien de grave, le chauffeur du car nous disant d'embarquer dans son bus, l'hôtesse Costa nous demandant d'intégrer le suivant. Nous avons bien entendu obtempéré aux injonctions du chauffeur du bus, cela nous permettait d'arriver plus tôt à Savone. A la sortie du bus, nos bagages (sauf ceux à main) ont été pris en charge. A Savone une partie de notre groupe a reçu l'ordre d'embarquement 24. Nous avons donc attendu une grosse 1/2h afin que l'on appelle ce groupe 24. Là, bien entendu, photo traditionnelle devant un gouvernail factice au logo du Costa Mediterranea. Puis contrôle de police (oui il parait qu'il y en avait un) 2 uniformes qui discutaient ensemble nous ont fait signe de passer sans même nous regarder. Accès à la passerelle d'embarquement.
Embarquement:
Premier contrôle au bas de la passerelle passeport, document d'ambarquement. Second contrôle à l'entrée du bâteau, passeport, photo et prise de température (aH1N1) par système infrarouge. Troisième contrôle, scanning des bagages à main, confiscation des bouteilles d'alcool (entamées et non entamées) et autres (non entamées). Nous voici donc lâchés dans cet énorme bateau à la décoration plus que "surprenante". Recherche d'un ascenseur pour nous amener pont 6 babord. Après multe détours dans les coursives du pont 6 nous arrivons à notre cabine où, nos bagages nous attendaient, nos cartes Costa, notre carte d'assignation de table pour le dîner et ler today du jour de l'embarquement.
Début de la croisière:
Le bateau appareillait à 18h, dans le today du jour on nous signalait le premier exercice d'évacuation du bateau pour 17h45 nous nous y sommes donc rendus, arnachés comme il se doit. Jusqu'à Funchal nous avons effectué le trajet en compagnie du Costa Fortuna qui effectuait, lui aussi, la traversée transatlantique pour rejoindre son port d'attache saisonnier "Fort Lauderdale". A l'arrivée, on nous a prié, avec insistance, de faire coupler notre carte de crédit avec la carte Costa pour plus de facilité. Ce que nous avons fait à des bornes extrêment pratiques. Puis douche, bien méritée après voyage et exercice. Changement de vêtements pour tenue correcte au dîner. Le restaurant Degli Argentieri se situe, sur 2 étages, à l'arrière du bateau. Nous avions une table idéalement située à l'étage supérieur du restaurant à une fenêtre. Comme le service choisi était à 21h15, il est entendu que la nuit était tombée depuis longtemps et nous n'y voyions rien. Nous avons donc découvert notre chef de rang ( Bernard Rodriguez, un indien comme son nom ne l'indique pas si vous ne savez pas qu'il vient de Goa ancien comptoir portuguais en Inde) et Satish (indien lui aussi, notre serveur). Tous deux absolument exceptionnels, franchement. Tous les soirs nous avions 3 verres à table (verre à vin blanc, verre à vin rouge et verre à eau) alors que toutes les autres tables avaient 2 verres (verre à vin et verre à eau), le premier soir nous leur avions dit que cela nous gênait de prendre vin blanc et vin rouge dans le même verre. Nous avions pris le forfait "By the Glass" et nous avons compris pourquoi ce forfait doit impérativement se réserver par l'intermédiaire de votre agence de voyage, car un code X1 est imprimé sur votre carte Costa. Ce forfait est fort intéressant car il vous permet aux 2 services majeurs (déjeuner et dîner) d'obtenir toutes les boissons (vins, biere, eaux, sodas, soft drinks) à volonté et ce, pour 12€ par jour et par personne (pourboires inclus). Nos préposés à la table, Bernard et Satish donc, essayaient absolument de nous parler en français alors que toute la table parlant anglais, nous insistions pour leur faiciliter la tâche. Pas une erreur dans la prise de commande, par un erreur dans le service des plats, la bonne personne a toujours reçu le bon plat, toujours un mot gentil et toujours le sourire. Pendant le dîner nous avons longé les côtes de la Baie des Anges, spectacle féérique.
Je termine ici ce premier compte-rendu je continuerai prochainement. Pour Friquette, pour la poursuite du CR je fais quoi ? Je reprends à chaque ajoute les épisodes précédents ou je ne fais que continuer sans rien reprendre ?
Organisation d'avant croisière:
J'avais choisi Azur Croisières pour l'organisation de ce voyage et je dois dire que je n'ai qu'à me féliciter de ce choix. Mes contacts, Thibaud et Sandra ont vraiment accompli un remarquable boulot. Je souhaitais obtenir une cabine au pont 8 (le pont supérieur pour les cabines), ils me l'ont chaudement déconseillé, j'expliquerai la raison par après. Tous les documents me sont parvenus par internet 10 jours avant le départ et tout ce que j'avais choisi comme options y était repris.
Organisation avant embarquement:
Nous avions choisi de prendre la navette Costa à l'aéroport de Nice. Là un peu de pagaille, rien de grave, le chauffeur du car nous disant d'embarquer dans son bus, l'hôtesse Costa nous demandant d'intégrer le suivant. Nous avons bien entendu obtempéré aux injonctions du chauffeur du bus, cela nous permettait d'arriver plus tôt à Savone. A la sortie du bus, nos bagages (sauf ceux à main) ont été pris en charge. A Savone une partie de notre groupe a reçu l'ordre d'embarquement 24. Nous avons donc attendu une grosse 1/2h afin que l'on appelle ce groupe 24. Là, bien entendu, photo traditionnelle devant un gouvernail factice au logo du Costa Mediterranea. Puis contrôle de police (oui il parait qu'il y en avait un) 2 uniformes qui discutaient ensemble nous ont fait signe de passer sans même nous regarder. Accès à la passerelle d'embarquement.
Embarquement:
Premier contrôle au bas de la passerelle passeport, document d'ambarquement. Second contrôle à l'entrée du bâteau, passeport, photo et prise de température (aH1N1) par système infrarouge. Troisième contrôle, scanning des bagages à main, confiscation des bouteilles d'alcool (entamées et non entamées) et autres (non entamées). Nous voici donc lâchés dans cet énorme bateau à la décoration plus que "surprenante". Recherche d'un ascenseur pour nous amener pont 6 babord. Après multe détours dans les coursives du pont 6 nous arrivons à notre cabine où, nos bagages nous attendaient, nos cartes Costa, notre carte d'assignation de table pour le dîner et ler today du jour de l'embarquement.
Début de la croisière:
Le bateau appareillait à 18h, dans le today du jour on nous signalait le premier exercice d'évacuation du bateau pour 17h45 nous nous y sommes donc rendus, arnachés comme il se doit. Jusqu'à Funchal nous avons effectué le trajet en compagnie du Costa Fortuna qui effectuait, lui aussi, la traversée transatlantique pour rejoindre son port d'attache saisonnier "Fort Lauderdale". A l'arrivée, on nous a prié, avec insistance, de faire coupler notre carte de crédit avec la carte Costa pour plus de facilité. Ce que nous avons fait à des bornes extrêment pratiques. Puis douche, bien méritée après voyage et exercice. Changement de vêtements pour tenue correcte au dîner. Le restaurant Degli Argentieri se situe, sur 2 étages, à l'arrière du bateau. Nous avions une table idéalement située à l'étage supérieur du restaurant à une fenêtre. Comme le service choisi était à 21h15, il est entendu que la nuit était tombée depuis longtemps et nous n'y voyions rien. Nous avons donc découvert notre chef de rang ( Bernard Rodriguez, un indien comme son nom ne l'indique pas si vous ne savez pas qu'il vient de Goa ancien comptoir portuguais en Inde) et Satish (indien lui aussi, notre serveur). Tous deux absolument exceptionnels, franchement. Tous les soirs nous avions 3 verres à table (verre à vin blanc, verre à vin rouge et verre à eau) alors que toutes les autres tables avaient 2 verres (verre à vin et verre à eau), le premier soir nous leur avions dit que cela nous gênait de prendre vin blanc et vin rouge dans le même verre. Nous avions pris le forfait "By the Glass" et nous avons compris pourquoi ce forfait doit impérativement se réserver par l'intermédiaire de votre agence de voyage, car un code X1 est imprimé sur votre carte Costa. Ce forfait est fort intéressant car il vous permet aux 2 services majeurs (déjeuner et dîner) d'obtenir toutes les boissons (vins, biere, eaux, sodas, soft drinks) à volonté et ce, pour 12€ par jour et par personne (pourboires inclus). Nos préposés à la table, Bernard et Satish donc, essayaient absolument de nous parler en français alors que toute la table parlant anglais, nous insistions pour leur faiciliter la tâche. Pas une erreur dans la prise de commande, par un erreur dans le service des plats, la bonne personne a toujours reçu le bon plat, toujours un mot gentil et toujours le sourire. Pendant le dîner nous avons longé les côtes de la Baie des Anges, spectacle féérique.
Je termine ici ce premier compte-rendu je continuerai prochainement. Pour Friquette, pour la poursuite du CR je fais quoi ? Je reprends à chaque ajoute les épisodes précédents ou je ne fais que continuer sans rien reprendre ?
Le tour du monde, un concept qui m'énerve English translation pending
quelle est cette maladie contagieuse qui s'appelle TDM?
ce doit être Jules Verne l'instigateur de cette folle pandémie.
quel est le mode de propagation? est-ce le challenge? est-ce le plaisir de dire ensuite "je l'ai fait! est-ce pour se la raconter en société?
parce que derrière la phrase courte "j ai fait le tour du monde", il y en a une autre qui se cache : "j'ai vu le monde! je porte en moi la connaissance du monde!"
alors que comme chacun le sait, la terre est une boule, et il y a donc beaucoup de chemins pour en faire le tour.
alors que, j en ai vu des tour-du-mondistes, hé ben! c 'est pas la gloire! la moitié du temps dans les aéroports, l'autre a prendre des photos et à les charger sur le blog! "ouère iz ze cybercafé?"
jamais le temps de prendre le temps. un voyage en mode supermarché.
la encore, c est ce maudit Jules Verne, avec ses 80 jours!
quel est le mode de propagation? est-ce le challenge? est-ce le plaisir de dire ensuite "je l'ai fait! est-ce pour se la raconter en société?
parce que derrière la phrase courte "j ai fait le tour du monde", il y en a une autre qui se cache : "j'ai vu le monde! je porte en moi la connaissance du monde!"
alors que comme chacun le sait, la terre est une boule, et il y a donc beaucoup de chemins pour en faire le tour.
alors que, j en ai vu des tour-du-mondistes, hé ben! c 'est pas la gloire! la moitié du temps dans les aéroports, l'autre a prendre des photos et à les charger sur le blog! "ouère iz ze cybercafé?"
jamais le temps de prendre le temps. un voyage en mode supermarché.
la encore, c est ce maudit Jules Verne, avec ses 80 jours!
Voyage en Casamance: mon séjour en terre Diola (novembre/décembre 2009) English translation pending
Voyage en Casamance - Mon séjour en terre Diola (novembre/décembre 2009)
J'ai tellement apprécié mon premier séjour en Casamance en mars 2009 que j'ai décidé d'y retourner en cette fin d'année car pour tout dire je suis restée un peu sur ma faim, avec l'impression qu'il me restait des choses à faire, à voir et des gens à rencontrer... J'avais besoin de séjourner un peu plus longtemps et je vais donc y rester presque 4 semaines pour ce second séjour en novembre/décembre 2009. Je peux donc livrer à présent mes impressions « à chaud » si l'on peut dire, car le plus difficile (physiquement) a été de passer des 30° sénégalais à des températures négatives en arrivant en France !
J'arrive seule le lundi soir à l'aéroport de Dakar. Je ne veux surtout pas m'éterniser dans cette ville et je prendrai dès le lendemain mardi le Ferry pour la Casamance. Heureusement et je m'en félicite, j'ai opté pour le service proposé par le Campement Villageois d'Elinkine où je vais séjourner en Casamance, à savoir l'accueil à l'aéroport par une jeune étudiante dakaroise, Aïcha, qui me conduira en taxi de l'aéroport à l'hôtel puis le lendemain de l'hôtel à l'embarcadère. Nous irons nous balader également à N'GOR que je connais déjà et que j'aime beaucoup. Nous déjeunons à la Brazzerade beau resto sur la plage. Très bon, mais prix assez élevés. Pour ceux qui ont un peu de temps, ne pas hésiter à prendre la pirogue pour aller déjeuner sur l'ile dans une des petites paillotes en bord de plage qui proposent de délicieuses brochettes au poisson et crevettes avec frites maison à 2000 Frs. Nous trainons ensuite un peu dans le centre ville où Aïcha me négocie (loin de moi) un téléphone portable « sénégalais » ce qui m'évitera d'avoir à utiliser le mien avec ma puce française. Je passe la nuit à l'hôtel LE POULAGOU à Yoff qui a l'avantage (mais aussi l'inconvénient) d'être situé tout près de l'aéroport ! La nuit, je suis réveillée par le bruit d'un avion qui passe très bas. Sinon bon rapport qualité/prix, chambres simples mais propres, autour d'un beau jardin et bon accueil du personnel.
Le lendemain, départ par le beau Ferry Aline Sitoé Diatta où je retrouve Francia avec qui je vais séjourner en Casamance De l'attente en plein soleil pour enregistrer nos bagages. Puis embarquement et départ vers 20 heures. Il y a de l'animation sur le bateau, des femmes, des enfants, des hommes à la buvette et quelques touristes. Sur le pont, l'air est chaud et il fait bon se laisser bercer par la houle... Le mal de mer commence à me gagner et il est temps que je regagne ma cabine 4 places. Au petit matin, nous entrons dans l'embouchure du fleuve Casamance. Dommage, le ciel est gris et nous ne verrons pas le lever du soleil que j'avais tant apprécié lors de mon 1er voyage. Nous prenons notre petit déjeuner sur le bateau mais le personnel est moyennement sympa. Retour sur le pont pour la fin de la traversée. Nous sommes escortés par une horde de dauphins... Difficile à prendre en photo, mais le spectacle est magique !
Nous arrivons à Ziguinchor où Luc nous attend avec un taxi. Rambo c'est son surnom ! Sa voiture n'est pas banale. C'est sûr en France, elle passerait pas le contrôle technique ! Mais nous arriverons sans encombre à Elinkine... Sur la route, les paysages sont encore verts et luxuriants. On note une présence militaire discrète par ci par là. Un soldat armé posté par endroit, quelques véhicules de l'armée... mais rien d'inquiétant en tout cas. Le calme est revenu après les affrontements de septembre/octobre.
Je suis émue en retrouvant Elinkine, ce beau village de pêcheurs animé, coloré et si gai. La piste en latérite rouge qui va de Oussouye à Elinkine est entrain d'être goudronnée. La rue principale du village est bitumée Le campement est toujours aussi beau, plus verdoyant qu'en mars, en bord du bolong, avec ses jolies petites cases qui abritent les chambres et la grande case du bar-restaurant. Je retrouve avec bonheur les membres du personnel toujours aussi accueillant. Les sourires sont bien là... Avec Francia, nous nous poserons au campement pour quelques jours de farniente. On fera quelques excursions aux alentours.
A voir, à faire, les incontournables
Karabane En premier lieu, je dirais l'Ile de Karabane, tout près d'Elinkine, à 20 minutes de pirogue. Personnellement j'adore... Il s'y dégage une atmosphère particulière, l'impression d'être au bout du monde, sur une ile « presque » déserte... pas de voitures. Nous nous baladons dans « le village » et rendons visite à la famille de Mass employé du campement qui nous accompagne. On nous prie de nous asseoir, on discute, on prend des photos et les enfants sur nos genoux. Francia se fait faire des vêtements chez Paco le couturier qui a sa boutique juste à côté de l'église. Sa femme vient d'avoir un bébé. Déjeuner sur la plage au Barracuda. On y mange très bien, une entrée de crudités, du très bon poisson très frais, un dessert. 6 000 Frs pour 4 personnes, boissons comprises, qui dit mieux ! Louis, le joueur d'ékontine nous accompagne... Puis balade tout le long de la plage où s'étirent quelques bars et campements. Baignade dans une eau chaude et claire. On a pied très loin, idéal pour les enfants... et pour Francia ! Bronzette sur le sable blanc et fin. Le thé nous est offert sur la plage par une équipe joyeuse et sympathique. Nous nous laissons bercer dans les hamacs... C'est comme une impression d'être au paradis ! Je prévois de revenir passer au moins une nuit sur l'ile. Notre rencontre coup de coeur à Francia et à moi à Karabane, c'est Malang Badji le vieux peintre-sculpteur qui a son atelier en bout de plage près du dernier campement. Il nous reçoit simplement dans son petit atelier et nous explique sa vie, sa passion, ses peintures, ses sculptures... Cet homme est riche d'enseignement et de valeurs, avec un coeur immense et une générosité sans limite. Il a vécu et voyagé en France. Il s'exprime bien. Sa culture est immense... pas celle des grandes écoles, mais celle du coeur, de la bonté et de la sagesse. Au fur et à mesure que nous échangeons avec lui, l'émotion grandit... et nous envahit. Francia et moi nous nous regardons et en même temps, nous avons toutes les deux des larmes dans les yeux... Il offre à Francia l'une de ses peintures et à moi une sculpture en terre d'un homme assis qui joue d'un instrument de musique. Nous ne savons pas quoi dire, tellement nous sommes sous le coup de l'émotion. Il passe un temps fou à emballer ma sculpture soigneusement dans un carton qu'il découpe et qu'il place dans de la paille de riz. Il colle une étiquette avec son tampon sur le paquet où il écrit « Pour Guylaine » et il signe. « C'est pour le cas, me dit-il, où la Douane te ferait des ennuis, c'est le certificat de l'artiste ». Un peu comme si j'allais passer un « Picasso » ! Badji a un chevalet qui lui a été offert il y a très longtemps lorsqu'il était en France dans une école de peinture. A lui seul ce chevalet est une oeuvre d'art... Nous le prenons en photo tellement il est beau. Un grand moment, une très belle rencontre. Plusieurs jours après, je le retrouve à Elinkine. Je vais vers lui pour le saluer. Il s'en étonne et me dit « Ah tu m'as reconnu ! » Mais comment aurais-je pu ne pas le reconnaître ? Badji, je ne t'oublierai pas. Je regarde ta statuette tous les jours et je pense à toi, là bas si loin sur ta petite île... A la fin de son séjour, Francia qui peint également, lui laissera sa boite d'aquarelle et son matériel de peinture.
Djembering Francia et moi partons pour Djembering. C'est Rambo qui nous emmène dans son incroyable taxi transformé pour la circonstance en 4x4 tout terrain ! A partir du Cap, la piste pour s'y rendre est exécrable. Des ornières partout... Nous avons dû mettre 1 heure pour faire une douzaine de kilomètres. Djembering c'est vraiment le bout du monde, mais quelle récompense ! Une jolie place sous l'énorme et magnifique fromager... un petit marché avec quelques vendeuses de fruits et légumes. Nous allons passer la nuit chez Serge, un français fort sympathique installé là bas.. Son campement se trouve sur la place et s'appelle le « Petit Maxime ». Vraiment une excellente adresse. Les cases sont neuves, très bien entretenues, jolie déco, sanitaires individuels dans les cases avec ventilation au plafond. On y mange en plus très bien. Un peu plus cher que dans les campements traditionnels, mais pas beaucoup plus, pour une qualité bien plus élevée. De plus, Serge est un hôte très agréable qui sait recevoir. Nous avons discuté jusqu'au bout de la nuit avec d'autres clients français qui se trouvaient là. Malheureusement, j'ai passé une fort mauvaise nuit, alors que toutes les conditions étaient réunies, à cause des nombreux chiens errants du village, qui ont aboyé toute la nuit. D'après Serge, ils ne sont pas présents toutes les nuits, mais cette nuit là, ils étaient bien là ! C'est vraiment un fléau ces chiens errants... Ne pas hésiter à se promener à travers ce beau village qui est à 85 % habité par des chrétiens. Les villageois sont accueillants et sympathiques. Les jeunes nous accostent spontanément juste pour parler. Très belle ballade jusqu'à la plage. C'est un peu difficile car il faut marcher environ 30 mn dans le sable et les champs de vaches où nous avons été assailli par les mouches, sous une chaleur de plomb. Mais au bout, quelle récompense... des kilomètres de plage déserte, un paysage à couper le souffle... la grandeur de l'océan, mon Océan l'Atlantique, comme j'étais contente de te retrouver... avec tes 27° que je ne te connais pas habituellement en France ! Nous avons rendu visite à Soeur Marie qui dirige l'école chrétienne privée de Djembering. Elle nous a gentiment parlé de son école qui fonctionne entre autre avec des parrainages pour les enfants dont les parents ne peuvent payer la scolarité. Cette école est très réputée car elle offre un taux de réussite très élevé. Nous avons pu constater que les moyens pédagogiques étaient importants avec une très belle bibliothèque, des ordinateurs, une certaine qualité d'enseignement... Nous avons rencontré des élèves avec un bon niveau de français et même d'anglais. Un nombre important de filles sont scolarisées. Je discute avec des jeunes filles de l'école. Elles veulent que je les prenne en photo. Elles me touchent les cheveux et me disent qu'elles voudraient avoir les mêmes ! Ah les filles africaines avec leur rêve de cheveux raides... ça me fait bondir parfois ! Je trouve pas ça terrible leur perruque ou leurs faux cheveux. Moi j'aime quand les filles ont les cheveux tressés, c'est ce que je leur dit mais elles ne comprennent pas... A l'Association des femmes, nous avons acheté des poupées fabriquées par les femmes du village. L'argent récolté sert à l'éducation et aux soins de leurs enfants. Un beau spectacle que toutes ces poupées multicolores qui s'alignent sur les étagères... Nous repartirons de Djembering avec Serge dans son « ambulance » après avoir ramassé en route quelques passagers « clandestins » très joyeux !
Le Cap Skirring Nous allons trainer un peu au Cap Skirring, ce n'est pas l'endroit que je préfère mais bon... c'est quand même incontournable ! Les commerçants nous hélent pour que l'on rentre dans leur boutique, on ne peut pas y échapper, il y a peu de touristes, les temps sont durs, il faut les comprendre... Achat de tissus, de quelques fruits au marché. J'en profite pour faire le plein de yaourts au mil dans une supérette. J'adore ça le tiakli... Nous déjeunons à la Case Bambou avec un copain sénégalais du Cap. Beau resto, belle déco, on y mange bien. Prix raisonnables pour un resto touristique.
J'ai eu l'occasion de retourner au Cap où j'ai diné en compagnie de Luc et d'autres clients du campement chez Fatou, qui tient le restaurant les Acacias. Il se trouve dans l'allée de l'hôtel « les Palétuviers » environ 100 m sur la droite. Fatou est très accueillante et de plus c'est une excellente cuisinière. Excellent rapport qualité/prix. 2000 Frs le plat complet. De plus, la salle est très jolie, fraiche et pimpante. J'ai bu un excellent jus de tahr (je ne sais pas si je l'écrit bien) fait avec un fruit local d'une belle couleur verte acidulé et sucré.
Oussouye J'aime bien Oussouye. C'est un gros village qui a déjà l'allure d'une petite ville, mais pas touristique, très authentique ! J'y vais en bus avec Célestine ma gentille copine d'Elinkine. Nous allons rendre visite à sa soeur qui tient le campement Emanaye. Elisabeth nous reçoit chaleureusement. L'endroit est paisible. Le campement est très beau, bien tenu, avec vue imprenable sur les rizières... Il y a des orangers et des pamplemoussiers partout. C'est une bel exemple de réussite familiale. Elisabeth qui est veuve travaille avec ses soeurs, entourées d'une nombreuse et joyeuse marmaille. Un univers presque exclusivement féminin. Il y a juste un garçon fort sympathique dont j'ai oublié le nom qui est employé au campement. Je rencontre la maman d'Elisabeth et de Célestine. Elles sont très contentes de se retrouver. Elles n'habitent pourtant pas loin les unes des autres, mais Célestine ne voit pas souvent sa mère et ses soeurs...
Puis déjeuner autour d'un excellent thiéboudiène à même le grand plat commun. Ce fut un beau moment. Je remercie Célestine, Elisabeth et ses soeurs de me l'avoir offert. Nous sommes à la veille de la Tabaski. J'assiste au tressage des cheveux des petites filles... Comme elles sont patientes ! J'ai mal pour elles !
Pas très loin du campement EMANAYE, il y a l'agence de loisirs sportifs CASAMANCE VTT dirigée par Benjamin que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Elinkine au campement. J'avais prévu de faire une excursion avec son équipe sur l'ile d'Egueye mais malheureusement je n'ai pas eu le temps de l'organiser. Ce sera une priorité pour mon prochain séjour.
Petit détour par le marché où j'achète du beurre de karité (ça pue mais c'est tellement efficace pour hydrater la peau) et une petite bouilloire en plastique multicolore qui me servira à arroser mes plantes chez moi ! Nous revenons en bus où je respire des kilos de poussière... Ma robe blanche est... rouge-marron couleur de piste, mes cheveux et ma peau idem, je ressemble à une... squaw ! Vite.... une bonne douche !
Je retournerai par la suite à Oussouye avec Amina que j'ai connue lors de mon 1er séjour au campement où elle était employée. Amina est courageuse et déterminée. Elle a choisi de reprendre ses études qu'elle avait quittées en classe de 3ème. Elle est à présent en seconde. Elle rêve de décrocher son bac. Je lui ai apporté des manuels scolaires de français et un dictionnaire. Elle en tombe de joie... Nous nous rendons dans sa famille. On me cueille des pamplemousses qui croulent sous les branches. Un pur délice... Elle me présente à son grand-père qui est très vieux. Nous prenons des photos avec tous les membres de la famille. Ils sont adorables de gentillesse...
Ziguinchor Je n'y resterai pas longtemps, à peine 1 journée... Trop bruyant, trop de voitures, trop étouffant pour moi... Je suis accompagnée d'un ami sénégalais mais il n'empêche qu'on est beaucoup sollicité. On restera dans la famille pour discuter et déjeuner autour d'un caldou. Un petit tour au marché Sainte Maure. J'ai bien aimé car c'est un beau marché, très coloré avec de beaux produits. Les commerçants sont accueillants, même s'ils gonflent leur prix sur mon passage. Je négocie une petite statuette en bois. Le marchandage est dur mais je m'en sors bien. Finalement, ça m'amuse aussi de marchander. Nous sommes accostés par des baye fall...Il y en a pas mal dans la ville, quelques enfants talibés aussi... Il y a quand même beaucoup de misère ici. Je fais un petit tour au supermarché français Sarah... aïe aïe aïe, les prix !!!! mais bon, je voulais acheter un camembert pour Luc. J'aurais bien aimé visité l'Alliance française mais je n'ai pas eu le temps. Nous attendons une heure à la gare routière de Zig avant de trouver un 7 places pour Elinkine. Sans arrêt, je suis sollicitée par les vendeurs de tout et n'importe quoi. Ça en devient fatigant... Vivement que je retrouve le calme de Elinkine.
Mon séjour à Elinkine
Le campement villageois Le campement est situé un peu en dehors, loin de l'agitation villageoise, ce qui en fait un endroit calme et reposant. Pour l'instant il n'y a que 6 chambres réparties dans 3 cases pouvant accueillir 12 personnes mais de nouvelles cases sont en rénovation et vont permettre d'ici le début de l'année de doubler la capacité d'hébergement. Le campement est référencé dans le Guide du Routard Sénégal 2010. Luc, un français expatrié, gère le campement avec son équipe locale, Tapha le cuisinier, Mass à l'entretien et au bar et Augustin accompagnateur dans les excursions. La nuit un gardien Alliou veille sur nous. C'est une bonne équipe, tout le monde est très serviable... Tapha nous convie dans sa cuisine Francia et moi, car nous voulons voir comment se prépare le thiéboudienne. Ces échanges culinaires sont fort sympathiques. A mon tour, je montre à Tapha comment faire un pudding aux raisins, un gâteau au chocolat, des crêpes... J'ai apporté de France une bombe de chantilly et de la crème de marron... On devait faire une pizza mais on a pas trouvé les ingrédients (du moins le fromage !) C'est mon second séjour et mes relations avec chaque membre sont très amicales. C'est pas difficile, car ils sont adorables. On s'amuse bien, les sorties en pirogue sont l'occasion de franches rigolades, au son du djembé... quelques sorties à la discothèque locale... ambiance garantie... oh là là, chaud chaud chaud !!! Je rencontre les familles, des liens se créent avec les femmes, les enfants, les parents, frères, soeurs, à tel point que mon cercle de relations s'élargit très vite.
Nous fêtons l'anniversaire de Luc. Nous ne sommes que 2 pensionnaires au campement, Francia et moi. Luc nous emmène avec toute l'équipe manger au resto local juste à côté « chez Fatou » que j'ai connu lors de mon 1er séjour. C'est vraiment très bon, on y mange fort bien pour pas cher du tout. C'est l'adorable Rama qui tient le restaurant... Luc et Augustin ont un peu abusé du vin de palme... l'ambiance est chaude !!! Les éclats de rire fusent...
Les rencontres Nous croisons quelques français, espagnols, italiens, québécois au campement. Une rencontre nous a marqué Francia et moi, c'est celle de Ghislain, Marie et leurs 2 adorables enfants, Ludovic et Lorilou. Ils voyagent sur un voilier, le « roule ta bille » depuis presque 2 ans. Ils ont passé 2 jours avec nous au campement avant de traverser l'Atlantique pour rejoindre les Antilles et finir leur périple au Québec... Des gens formidables, comme on est content d'en rencontrer en voyage... Et puis comme on le dit très souvent et ça s'est une fois de plus révélé exact « le monde est petit », j'ai rencontré au campement des gens qui habitent à 15 km de mon domicile français... Incroyable non ?
Francia est retournée à Dakar et je reste seule au campement. Luc attend l'arrivée de Thierry et Angelika qu'il connait déjà. Ils vivent au Luxembourg et s'investissent beaucoup dans des actions pour le bien-être des populations locales au Sénégal, notamment dans un petit village du Sine Saloum... Voilà encore des gens que l'on a plaisir à rencontrer. On a passé de bons moments ensemble avec leurs 3 amis sénégalais venus les rejoindre au campement et Danielle une amie française qui voyage avec eux. Une très belle excursion dans les iles des bolongs, visite de l'école de Ehidj, avec retour à la tombée de la nuit pour admirer les oiseaux... Une sympathique virée au Cap Skiring avec baignade dans l'océan, repas aux langoustes sur la plage chez l'homme tranquille, attente du coucher de soleil pour prendre des photos avec nos amis sénégalais et surtout, un retour mouvementé en pirogue de nuit à la suite d'une soirée d'anniversaire trop arrosée par notre piroguier ! Je me suis bien amusée à cette soirée avec ma copine Amina que j'étais tellement heureuse de retrouver. On a chanté, dansé, mangé, certains ont abusé du bunuk (il était trop fermenté pour moi). J'ai adoré les danses diolas traditionnelles au son des djembés...et j'ai même participé. C'était une très belle soirée ! Merci Luc...
Thierry, Angelika, j'espère qu'on se reverra. Vous m'avez donné envie, ainsi que vos amis sénégalais, d'aller faire un tour dans le Sine Saloum. Je serai contente aussi de les revoir chez eux. Le gentil Insa, Al Kali et son frère le pompier du Cap, sans oublier Félix « l'emmerdeur-adorable » comme je l'appelle ! Quelle pêche il a ce Félix...
Le village J'aime ce village de pêcheurs situé en bout de route, que moi je qualifie de « bout du monde » J'aime bien les endroits comme ça... intemporels, presque inaccessibles et qui se méritent ! J'avais été séduite déjà lors de mon 1er séjour. Les habitants sont gais et accueillants. Le jour, c'est très animé, il y a beaucoup de monde dans la rue principale commerçante. Les marchandes de fruits et légumes, quelques boutiques... des enfants partout ! On a toujours l'impression de se trouver dans une cour de récréation ! Lorsque je me rends au village, qui n'est situé qu'à 500 m environ du campement, je dois mettre plus d'une heure à y arriver car je suis interpellée dans les familles que je connais pour dire bonjour, échanger quelques mots, boire un verre de bissap... c'est un réel bonheur pour moi ! Sur mon passage, les enfants ne m'appellent plus «toubab» comme au début mais par mon prénom « Guylaine », même les plus petits savent le dire ! Je trouve cela touchant... Ces moments d'échange sont uniques. J'aime bien parler avec les femmes, je leur pose des questions sur divers sujets comme l'éducation des enfants, la santé, leur vie quotidienne, la cuisine qu'elles préparent, les traditions... Les femmes sénégalaises, ces femmes Diolas, je les admire, elles sont belles, courageuses, intelligentes, elles ne se plaignent jamais, elles portent l'avenir de leurs enfants sur leurs épaules. Du matin au soir, elles « triment » dès le levée du jour, les corvées commencent : lavage du linge, préparation des enfants pour l'école, ramassage du bois pour le feu, puisage de l'eau au puits, marché, nettoyage du poisson, préparation des repas, vaisselle, ménage... Elles peuvent aussi faire le jardin, récolter le riz en saison, et ce que je trouve également extraordinaire c'est qu'elles trouvent aussi le temps de s'occuper d'elles, de se faire belle, d'être propres, maquillées et bien habillées ! Quelle leçon... Pendant ce temps là, les hommes.............!!!!!!!! Un jour, mon amie Célestine m'a dit : « tu sais, on n'est pas riche, on n'a pas grand chose, mais on est heureux. Tout ce qu'on veut, c'est que nos enfants soient en bonne santé et qu'on puisse leur donner une éducation, c'est le plus important pour nous... » ça m'a fait du bien d'entendre ses paroles ! Je le redis, ces femmes sont formidables et vraiment je les adore... Elles s'appellent Awa, Fatou, Mama, Safinétou, Célestine, Binta, Amy, Hortense, Elisabeth, Rama, Philomène, Constance et toutes celles dont j'ai oublié le nom... Qu'elles soient petites filles, adolescentes, étudiantes, épouses, mères, grand-mères, musulmanes ou chrétiennes, j'ai passé beaucoup de temps avec elles et je leur rends hommage à travers ces quelques lignes.
La Tabaski Pour la Tabaski, Mass nous a invitées dans sa très grande famille... J'avais très envie de voir les préparatifs de cette fête, mais j'ai attendu que les moutons soient tués, histoire de ménager mon âme sensible d'occidentale ! J'assiste au découpage des animaux, nettoyage des tripes dans le bolong (ce sont les jeunes garçons qui s'en chargent) et préparations culinaires par les femmes. Quelle organisation ! Pendant ce temps là, les hommes sont assis et parlent entre eux, boivent le thé, jouent aux dames ! Des brochettes circulent, des morceaux de foie grillés (hum un délice) les enfants mangent « les rognons blancs » ils ont l'air d'adorer ! J'ai jamais gouté il paraît que c'est très bon... mais c'est uniquement réservé aux enfants... j'ose pas demander de gouter... L'heure du repas arrive, les femmes d'un côté, les enfants de l'autre, et les hommes à part également ! Je sais que c'est ainsi dans la culture musulmane mais je ne m'y habitue pas, ça me choque à chaque fois, moi qui aime tant la convivialité et le partage à travers les repas... Je reste avec les femmes dans l'endroit où elles ont cuisiné, il y fait une chaleur infernale et ça sent la fumée mais le repas est très gai... On rit bien toutes ensembles, je suis la seule blanche parmi eux... Les femmes poussent devant moi des morceaux de viande. C'est vraiment délicieux. Francia est restée au campement où elle mange « chrétiennement » un cochon de lait rôti avec ceux qui ne sont pas musulmans ! Après le repas, tout le monde va revêtir ses plus beaux atours pour la fête. Quel spectacle ! Les femmes et les petites filles ont des robes magnifiques, elles sont maquillées... place à la fête et à la danse ! Je me transforme en photographe professionnel car tout le monde veut être photographier avec ses beaux vêtements. Je filme des scènes avec ma caméra de poche... Dans le village, je suis interpellée par d'autres familles pour entrer dans les maisons, manger, boire un verre de bissap, discuter, photographier... Ce fut une magnifique journée, riche et intense sur tous les plans, un spectacle haut en couleurs et en saveurs... J'en ai pris plein les yeux ! Le bonheur se lisait sur tous les visages... J'ai été surprise d'apprendre qu'en fait les chrétiens fêtent aussi Tabaski et à Noël les musulmans fêteront aussi Noël, tous ensemble, un bel exemple d'échange et d'amour sans les barrières de la religion... Vraiment je m'incline devant tant de tolérance !
Les villages de brousse aux alentours Augustin et moi partons pour une marche à pied à travers les villages de brousse jusqu'à Loudia. Il en profitera pour faire des formalités administratives à la sous-Préfecture. Environ 8 km de piste séparent Elinkine de Loudia. Pratiquement pas de véhicules sur cette piste et c'est tant mieux. Nous quittons les paysages du bord de bolong et des rizières pour ceux, magnifiques, de la forêt. Les arbres sont immenses et majestueux, des manguiers partout, des fromagers... c'est rafraichissant et paisible. Nous traversons Sam Sam, Santiaba et Effisao. Des maisons sont disséminées un peu partout dans la forêt. Augustin, un enfant du pays, est connu comme « le loup blanc » !!! Partout où l'on passe, on l'appelle « Cissé !» Cissé c'est son surnom (comme Djibril le footballeur) Augustin joue au foot et en plus il est lutteur... C'est un peu l'idole du village pour les plus jeunes... C'est un garçon formidable, il est marié à la gentille Célestine et ils ont 2 beaux enfants, Madeleine et Louis. Il a un rire exceptionnel et communicatif ! Vraiment, je les adore... On est donc obligés à chaque fois de s'arrêter chez les gens qui veulent savoir qui je suis, comment je m'appelle, etc... A chaque arrêt, même chose, il faut absolument s'asseoir, parler un peu, prendre des photos et... promettre de revenir ! A l'aller on a marché un peu vite car il fallait être à la sous-préfecture avant midi mais au retour, on a tellement trainé en s'arrêtant partout qu'on est arrivé à la nuit tombante à Elinkine ! C'était une très belle journée. On a bien rigolé avec Augustin car le Sous-Préfet en nous voyant arriver tous les 2 nous a demandé si on venait pour une déclaration de mariage ! On a dit que non, que nous étions seulement amis... alors Monsieur le Sous-Préfet, très digne et sérieux dans son costume de fonctionnaire, s'est adressé à moi dans un français parfait en me disant : « ça tombe bien, je suis célibataire, sans enfants et libre comme l'air, je recherche l'âme soeur... si vous êtes d'accord, je suis l'homme qu'il vous faut » ! On a éclaté de rire, les employés aussi... Bien sûr, c'était dit sur le ton de la plaisanterie... quoique... on sait jamais avec les hommes là bas !!!
Je retournerai ensuite 2 fois à Efissao dans une famille où j'ai été invitée à déjeuner. Je tiens à aider les femmes à la préparation du repas. Elles préparent un thiéboudiène. Je sors mon Laguiole et je me coupe le doigt en épluchant les légumes puis je pleure toutes les larmes de mon corps en éminçant les oignons ! ça les fait rire... je les comprends ! J'ai offert des poupées aux 2 petites filles de la maison, Coumba et Adama, des poupées blanches, blondes aux yeux bleus avec de belles robes. Elles sont toutes émues, elles n'en ont jamais eues... Ces petites filles sont adorables, sages et timides. Elles me regardent avec de grands yeux émerveillés. Mais déjà elles sont très débrouillardes. A 5/6 ans elles nettoient des petits poissons avec leur grand-mère, font la vaisselle (de grosses gamelles bien lourdes). Je fais la comparaison avec les enfants d'ici... non, rien à voir ! Mais c'est ainsi, cela fait partie de leur éducation et je ne juge pas... Je pense qu'elles sont heureuses comme cela. Après le repas, les hommes tapent le djembé et c'est parti pour un après-midi entier à danser et chanter. Les voisins rappliquent, les femmes, les enfants, tout le monde se met à danser... On lit la joie sur le visage de ces gens qui n'ont pas souvent l'occasion de se distraire. Pour reprendre leur expression favorite quand ils font la fête, on peut dire qu'on a «cassé la baraque !!!» Je suis un peu l'attraction du coin, ça les amuse de me voir participer et danser... Awa, la maman de la famille en pleure de joie. Il y a même un vieil homme de la famille qui a revêtu son boubou et qui vient danser devant moi... Tout le monde est mort de rire et on m'explique qu'en fait, de mémoire de ceux qui sont présents, on a jamais vu le vieux danser ! Il l'a fait pour moi, parce que je suis là... Je n'en reviens pas... je suis émue aux larmes moi aussi. Nous rendons visite à plusieurs personnes dans le village. Il y a en tout 11 maisons. C'est la tradition d'aller se présenter et d'échanger quelques mots. Le forgeron m'invite à déguster du crocodile qui a été chassé dans les bolongs. J'accepte et je trouve ça très bon. Je rencontre la maman d'Awa qui est très âgée (mais elle ne sait pas son âge). Elle travaille toujours et cultive son potager. Elle est entrain de cueillir des haricots. Elle veut absolument m'en donner. Je la prends en photo avec Ahmet son petit-fils. Elle est tellement contente qu'elle pleure lorsque nous partons. Au retour, nous écosserons les haricots tous ensemble et Awa les fera cuire pour moi. Nous les mangerons le soir à Elinkine avec les copains assis sur un bout de trottoir. C'est excellent... eux ils les mangent avec du sucre (beurk !) et moi en bonne charentaise que je suis je leur rajoute du sel... à mes mojettes sénégalaises ! Manquait que le beurre... J'aime beaucoup, ça me change du riz, car j'avoue que j'en ai un peu marre du riz depuis 3 semaines. Je suis claquée, ma journée a été riche en émotions...
Le départ Les jours défilent à la vitesse grand V et je dois à présent commencer à songer au départ. La veille, j'organise un repas et une petite fête au campement pour remercier tout ceux qui m'ont aidé à passer un bon séjour. Tapha va nous préparer un poulet yassa, ça changera du poisson... Je prévois que nous serons une douzaine de personnes, mais en fait ce sera bien plus, car d'autres se sont invités à la fête... Comme je m'en inquiète auprès de Luc, il m'explique que c'est la tradition... bien sûr on ne va pas leur dire de partir. Il y a assez à manger pour tout le monde... C'est comme ça, on partage et tout le monde est content... Chez nous, on les aurait qualifiés de « pique-assiettes » mais ici c'est naturel, ça ne pose de problème à personne et c'est tant mieux. Après manger, les djembés retentissent et c'est reparti pour une soirée à danser, à rire et à chanter. Je les admire danser, les filles comme les garçons... Ils sont très forts, très classe, ils magnifient le moindre mouvement... Quelle grâce, je suis sous le charme ! Je distribue aux filles ce que je ne veux pas ramener, produits de toilette, maquillage, médicaments, vêtements etc... Mais je reçois aussi des cadeaux. Célestine m'offre 2 noix de coco et des beignets qu'elle fait elle-même, Awa et sa soeur Fatou un bracelet et Mama des coupons de tissu et des colliers de perles. Je suis émue de tant de générosité et je promets de revenir les voir. Le coeur serré, je fais mes adieux le lendemain matin à tous ceux que j'ai côtoyés durant mon séjour. Je suis triste de les quitter mais c'est le principe même de chaque voyage... il y a toujours une fin ! J'ai la chance de pouvoir voyager... tout le monde ne l'a pas. Mais ne dit-on pas que « partir, c'est mourir un peu »...
Je prends l'avion le vendredi soir à Dakar. J'ai fait le choix de partir ce même jour par l'avion d'Air CM qui relie le Cap à Dakar. Départ à 16 heures.
Santé, sécurité, climat
J'avais prévu de prendre un préventif anti-palu vendu sur place (Alaxin+) mais finalement j'ai choisi de ne pas le prendre car il n'y avait pas (ou peu) de moustiques. Mais le soir, manches longues et pantalon, spray répulsif 5/5 et moustiquaire pour dormir. Mon 1er séjour avait été un peu perturbé à cause de la tourista qui ne m'avait pas quittée pendant 15 jours. Ennuyeux et surtout fatigant... Cette fois-ci j'ai fait une cure pendant toute la durée de mon séjour de BION VOYAGE (probiotiques). Je ne sais pas si je peux l'attribuer à cela, mais en tout cas, j'ai rien eu... et pourtant j'ai mangé très souvent local, dans les familles, à même le plat commun (avec toutes les mains pas toujours propres !) j'ai bu aussi des jus locaux comme le bissap dont l'eau n'est pas bouillie. J'ai évité les crudités à peau non pelée (comme la tomate, la salade verte) et les glaçons...
Sur le plan de la sécurité, je peux dire que je me suis toujours sentie en sécurité, où que je sois à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. On raconte tout et n'importe quoi sur les forums à propos du danger à voyager en Casamance. Je peux affirmer que dans le périmètre Ziguinchor – Cap Skirring tout est calme, il y a une présence discrète de soldats le long des routes, mais c'est plus sécurisant qu'effrayant... A Elinkine, rien à craindre, j'étais toujours accompagnée le soir pour rentrer du village au campement mais il m'est arrivé de faire le chemin seule sans jamais rencontrer de problèmes.
En ce qui concerne le climat à cette période de l'année, j'ai été un peu déçue. Il a fait souvent chaud et lourd (30/35°) mais avec un ciel gris couvert. La dernière semaine, je n'ai pratiquement pas vu le soleil... Puis du jour au lendemain, les températures chutaient brutalement de 10° et il faisait alors presque froid. J'ai nettement préféré le mois de mars où pendant 15 jours, le ciel était bleu et le soleil radieux avec des températures moins élevées (autour de 25/28°) C'était plus agréable. Par contre, les paysages sont encore verdoyants en novembre alors qu'en mars tout est sec... La prochaine fois, je choisirai de repartir en janvier. Il paraît que c'est un bon compromis...
Certains de vous se demanderont peut-être pourquoi j'ai choisi de rester 4 semaines dans le même village, alors que j'aurais très bien pu changer d'endroit pour connaître d'autres lieux, d'autres gens. Je ne regrette pas mon choix, car c'est en fait la seule manière de créer de vrais liens, des amitiés sincères et durables qui sait... Je ne voulais pas ressembler à une touriste qui passe... sans s'arrêter, sans regarder, sans comprendre... Je suis heureuse d'avoir réussi mon immersion. Je remercie tous ceux qui y ont largement contribué. Mes amis, je ne vous oublierai pas, je vous garderai dans un coin de mon coeur et soyez sûrs que je reviendrai vous voir car vous me manquez déjà... Je suis devenue addict à la chaleur de la Casamance !
Voilà, je termine là dessus mon récit de voyage. J'espère que je vous aurai donné envie d'aller en Casamance, cette magnifique région du Sénégal. Ne la boudez pas, elle ne le mérite pas... ses habitants non plus ! Ils ont tellement à donner et vous tant à recevoir d'eux...
J'ai tellement apprécié mon premier séjour en Casamance en mars 2009 que j'ai décidé d'y retourner en cette fin d'année car pour tout dire je suis restée un peu sur ma faim, avec l'impression qu'il me restait des choses à faire, à voir et des gens à rencontrer... J'avais besoin de séjourner un peu plus longtemps et je vais donc y rester presque 4 semaines pour ce second séjour en novembre/décembre 2009. Je peux donc livrer à présent mes impressions « à chaud » si l'on peut dire, car le plus difficile (physiquement) a été de passer des 30° sénégalais à des températures négatives en arrivant en France !
J'arrive seule le lundi soir à l'aéroport de Dakar. Je ne veux surtout pas m'éterniser dans cette ville et je prendrai dès le lendemain mardi le Ferry pour la Casamance. Heureusement et je m'en félicite, j'ai opté pour le service proposé par le Campement Villageois d'Elinkine où je vais séjourner en Casamance, à savoir l'accueil à l'aéroport par une jeune étudiante dakaroise, Aïcha, qui me conduira en taxi de l'aéroport à l'hôtel puis le lendemain de l'hôtel à l'embarcadère. Nous irons nous balader également à N'GOR que je connais déjà et que j'aime beaucoup. Nous déjeunons à la Brazzerade beau resto sur la plage. Très bon, mais prix assez élevés. Pour ceux qui ont un peu de temps, ne pas hésiter à prendre la pirogue pour aller déjeuner sur l'ile dans une des petites paillotes en bord de plage qui proposent de délicieuses brochettes au poisson et crevettes avec frites maison à 2000 Frs. Nous trainons ensuite un peu dans le centre ville où Aïcha me négocie (loin de moi) un téléphone portable « sénégalais » ce qui m'évitera d'avoir à utiliser le mien avec ma puce française. Je passe la nuit à l'hôtel LE POULAGOU à Yoff qui a l'avantage (mais aussi l'inconvénient) d'être situé tout près de l'aéroport ! La nuit, je suis réveillée par le bruit d'un avion qui passe très bas. Sinon bon rapport qualité/prix, chambres simples mais propres, autour d'un beau jardin et bon accueil du personnel.
Le lendemain, départ par le beau Ferry Aline Sitoé Diatta où je retrouve Francia avec qui je vais séjourner en Casamance De l'attente en plein soleil pour enregistrer nos bagages. Puis embarquement et départ vers 20 heures. Il y a de l'animation sur le bateau, des femmes, des enfants, des hommes à la buvette et quelques touristes. Sur le pont, l'air est chaud et il fait bon se laisser bercer par la houle... Le mal de mer commence à me gagner et il est temps que je regagne ma cabine 4 places. Au petit matin, nous entrons dans l'embouchure du fleuve Casamance. Dommage, le ciel est gris et nous ne verrons pas le lever du soleil que j'avais tant apprécié lors de mon 1er voyage. Nous prenons notre petit déjeuner sur le bateau mais le personnel est moyennement sympa. Retour sur le pont pour la fin de la traversée. Nous sommes escortés par une horde de dauphins... Difficile à prendre en photo, mais le spectacle est magique !
Nous arrivons à Ziguinchor où Luc nous attend avec un taxi. Rambo c'est son surnom ! Sa voiture n'est pas banale. C'est sûr en France, elle passerait pas le contrôle technique ! Mais nous arriverons sans encombre à Elinkine... Sur la route, les paysages sont encore verts et luxuriants. On note une présence militaire discrète par ci par là. Un soldat armé posté par endroit, quelques véhicules de l'armée... mais rien d'inquiétant en tout cas. Le calme est revenu après les affrontements de septembre/octobre.
Je suis émue en retrouvant Elinkine, ce beau village de pêcheurs animé, coloré et si gai. La piste en latérite rouge qui va de Oussouye à Elinkine est entrain d'être goudronnée. La rue principale du village est bitumée Le campement est toujours aussi beau, plus verdoyant qu'en mars, en bord du bolong, avec ses jolies petites cases qui abritent les chambres et la grande case du bar-restaurant. Je retrouve avec bonheur les membres du personnel toujours aussi accueillant. Les sourires sont bien là... Avec Francia, nous nous poserons au campement pour quelques jours de farniente. On fera quelques excursions aux alentours.
A voir, à faire, les incontournables
Karabane En premier lieu, je dirais l'Ile de Karabane, tout près d'Elinkine, à 20 minutes de pirogue. Personnellement j'adore... Il s'y dégage une atmosphère particulière, l'impression d'être au bout du monde, sur une ile « presque » déserte... pas de voitures. Nous nous baladons dans « le village » et rendons visite à la famille de Mass employé du campement qui nous accompagne. On nous prie de nous asseoir, on discute, on prend des photos et les enfants sur nos genoux. Francia se fait faire des vêtements chez Paco le couturier qui a sa boutique juste à côté de l'église. Sa femme vient d'avoir un bébé. Déjeuner sur la plage au Barracuda. On y mange très bien, une entrée de crudités, du très bon poisson très frais, un dessert. 6 000 Frs pour 4 personnes, boissons comprises, qui dit mieux ! Louis, le joueur d'ékontine nous accompagne... Puis balade tout le long de la plage où s'étirent quelques bars et campements. Baignade dans une eau chaude et claire. On a pied très loin, idéal pour les enfants... et pour Francia ! Bronzette sur le sable blanc et fin. Le thé nous est offert sur la plage par une équipe joyeuse et sympathique. Nous nous laissons bercer dans les hamacs... C'est comme une impression d'être au paradis ! Je prévois de revenir passer au moins une nuit sur l'ile. Notre rencontre coup de coeur à Francia et à moi à Karabane, c'est Malang Badji le vieux peintre-sculpteur qui a son atelier en bout de plage près du dernier campement. Il nous reçoit simplement dans son petit atelier et nous explique sa vie, sa passion, ses peintures, ses sculptures... Cet homme est riche d'enseignement et de valeurs, avec un coeur immense et une générosité sans limite. Il a vécu et voyagé en France. Il s'exprime bien. Sa culture est immense... pas celle des grandes écoles, mais celle du coeur, de la bonté et de la sagesse. Au fur et à mesure que nous échangeons avec lui, l'émotion grandit... et nous envahit. Francia et moi nous nous regardons et en même temps, nous avons toutes les deux des larmes dans les yeux... Il offre à Francia l'une de ses peintures et à moi une sculpture en terre d'un homme assis qui joue d'un instrument de musique. Nous ne savons pas quoi dire, tellement nous sommes sous le coup de l'émotion. Il passe un temps fou à emballer ma sculpture soigneusement dans un carton qu'il découpe et qu'il place dans de la paille de riz. Il colle une étiquette avec son tampon sur le paquet où il écrit « Pour Guylaine » et il signe. « C'est pour le cas, me dit-il, où la Douane te ferait des ennuis, c'est le certificat de l'artiste ». Un peu comme si j'allais passer un « Picasso » ! Badji a un chevalet qui lui a été offert il y a très longtemps lorsqu'il était en France dans une école de peinture. A lui seul ce chevalet est une oeuvre d'art... Nous le prenons en photo tellement il est beau. Un grand moment, une très belle rencontre. Plusieurs jours après, je le retrouve à Elinkine. Je vais vers lui pour le saluer. Il s'en étonne et me dit « Ah tu m'as reconnu ! » Mais comment aurais-je pu ne pas le reconnaître ? Badji, je ne t'oublierai pas. Je regarde ta statuette tous les jours et je pense à toi, là bas si loin sur ta petite île... A la fin de son séjour, Francia qui peint également, lui laissera sa boite d'aquarelle et son matériel de peinture.
Djembering Francia et moi partons pour Djembering. C'est Rambo qui nous emmène dans son incroyable taxi transformé pour la circonstance en 4x4 tout terrain ! A partir du Cap, la piste pour s'y rendre est exécrable. Des ornières partout... Nous avons dû mettre 1 heure pour faire une douzaine de kilomètres. Djembering c'est vraiment le bout du monde, mais quelle récompense ! Une jolie place sous l'énorme et magnifique fromager... un petit marché avec quelques vendeuses de fruits et légumes. Nous allons passer la nuit chez Serge, un français fort sympathique installé là bas.. Son campement se trouve sur la place et s'appelle le « Petit Maxime ». Vraiment une excellente adresse. Les cases sont neuves, très bien entretenues, jolie déco, sanitaires individuels dans les cases avec ventilation au plafond. On y mange en plus très bien. Un peu plus cher que dans les campements traditionnels, mais pas beaucoup plus, pour une qualité bien plus élevée. De plus, Serge est un hôte très agréable qui sait recevoir. Nous avons discuté jusqu'au bout de la nuit avec d'autres clients français qui se trouvaient là. Malheureusement, j'ai passé une fort mauvaise nuit, alors que toutes les conditions étaient réunies, à cause des nombreux chiens errants du village, qui ont aboyé toute la nuit. D'après Serge, ils ne sont pas présents toutes les nuits, mais cette nuit là, ils étaient bien là ! C'est vraiment un fléau ces chiens errants... Ne pas hésiter à se promener à travers ce beau village qui est à 85 % habité par des chrétiens. Les villageois sont accueillants et sympathiques. Les jeunes nous accostent spontanément juste pour parler. Très belle ballade jusqu'à la plage. C'est un peu difficile car il faut marcher environ 30 mn dans le sable et les champs de vaches où nous avons été assailli par les mouches, sous une chaleur de plomb. Mais au bout, quelle récompense... des kilomètres de plage déserte, un paysage à couper le souffle... la grandeur de l'océan, mon Océan l'Atlantique, comme j'étais contente de te retrouver... avec tes 27° que je ne te connais pas habituellement en France ! Nous avons rendu visite à Soeur Marie qui dirige l'école chrétienne privée de Djembering. Elle nous a gentiment parlé de son école qui fonctionne entre autre avec des parrainages pour les enfants dont les parents ne peuvent payer la scolarité. Cette école est très réputée car elle offre un taux de réussite très élevé. Nous avons pu constater que les moyens pédagogiques étaient importants avec une très belle bibliothèque, des ordinateurs, une certaine qualité d'enseignement... Nous avons rencontré des élèves avec un bon niveau de français et même d'anglais. Un nombre important de filles sont scolarisées. Je discute avec des jeunes filles de l'école. Elles veulent que je les prenne en photo. Elles me touchent les cheveux et me disent qu'elles voudraient avoir les mêmes ! Ah les filles africaines avec leur rêve de cheveux raides... ça me fait bondir parfois ! Je trouve pas ça terrible leur perruque ou leurs faux cheveux. Moi j'aime quand les filles ont les cheveux tressés, c'est ce que je leur dit mais elles ne comprennent pas... A l'Association des femmes, nous avons acheté des poupées fabriquées par les femmes du village. L'argent récolté sert à l'éducation et aux soins de leurs enfants. Un beau spectacle que toutes ces poupées multicolores qui s'alignent sur les étagères... Nous repartirons de Djembering avec Serge dans son « ambulance » après avoir ramassé en route quelques passagers « clandestins » très joyeux !
Le Cap Skirring Nous allons trainer un peu au Cap Skirring, ce n'est pas l'endroit que je préfère mais bon... c'est quand même incontournable ! Les commerçants nous hélent pour que l'on rentre dans leur boutique, on ne peut pas y échapper, il y a peu de touristes, les temps sont durs, il faut les comprendre... Achat de tissus, de quelques fruits au marché. J'en profite pour faire le plein de yaourts au mil dans une supérette. J'adore ça le tiakli... Nous déjeunons à la Case Bambou avec un copain sénégalais du Cap. Beau resto, belle déco, on y mange bien. Prix raisonnables pour un resto touristique.
J'ai eu l'occasion de retourner au Cap où j'ai diné en compagnie de Luc et d'autres clients du campement chez Fatou, qui tient le restaurant les Acacias. Il se trouve dans l'allée de l'hôtel « les Palétuviers » environ 100 m sur la droite. Fatou est très accueillante et de plus c'est une excellente cuisinière. Excellent rapport qualité/prix. 2000 Frs le plat complet. De plus, la salle est très jolie, fraiche et pimpante. J'ai bu un excellent jus de tahr (je ne sais pas si je l'écrit bien) fait avec un fruit local d'une belle couleur verte acidulé et sucré.
Oussouye J'aime bien Oussouye. C'est un gros village qui a déjà l'allure d'une petite ville, mais pas touristique, très authentique ! J'y vais en bus avec Célestine ma gentille copine d'Elinkine. Nous allons rendre visite à sa soeur qui tient le campement Emanaye. Elisabeth nous reçoit chaleureusement. L'endroit est paisible. Le campement est très beau, bien tenu, avec vue imprenable sur les rizières... Il y a des orangers et des pamplemoussiers partout. C'est une bel exemple de réussite familiale. Elisabeth qui est veuve travaille avec ses soeurs, entourées d'une nombreuse et joyeuse marmaille. Un univers presque exclusivement féminin. Il y a juste un garçon fort sympathique dont j'ai oublié le nom qui est employé au campement. Je rencontre la maman d'Elisabeth et de Célestine. Elles sont très contentes de se retrouver. Elles n'habitent pourtant pas loin les unes des autres, mais Célestine ne voit pas souvent sa mère et ses soeurs...
Puis déjeuner autour d'un excellent thiéboudiène à même le grand plat commun. Ce fut un beau moment. Je remercie Célestine, Elisabeth et ses soeurs de me l'avoir offert. Nous sommes à la veille de la Tabaski. J'assiste au tressage des cheveux des petites filles... Comme elles sont patientes ! J'ai mal pour elles !
Pas très loin du campement EMANAYE, il y a l'agence de loisirs sportifs CASAMANCE VTT dirigée par Benjamin que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Elinkine au campement. J'avais prévu de faire une excursion avec son équipe sur l'ile d'Egueye mais malheureusement je n'ai pas eu le temps de l'organiser. Ce sera une priorité pour mon prochain séjour.
Petit détour par le marché où j'achète du beurre de karité (ça pue mais c'est tellement efficace pour hydrater la peau) et une petite bouilloire en plastique multicolore qui me servira à arroser mes plantes chez moi ! Nous revenons en bus où je respire des kilos de poussière... Ma robe blanche est... rouge-marron couleur de piste, mes cheveux et ma peau idem, je ressemble à une... squaw ! Vite.... une bonne douche !
Je retournerai par la suite à Oussouye avec Amina que j'ai connue lors de mon 1er séjour au campement où elle était employée. Amina est courageuse et déterminée. Elle a choisi de reprendre ses études qu'elle avait quittées en classe de 3ème. Elle est à présent en seconde. Elle rêve de décrocher son bac. Je lui ai apporté des manuels scolaires de français et un dictionnaire. Elle en tombe de joie... Nous nous rendons dans sa famille. On me cueille des pamplemousses qui croulent sous les branches. Un pur délice... Elle me présente à son grand-père qui est très vieux. Nous prenons des photos avec tous les membres de la famille. Ils sont adorables de gentillesse...
Ziguinchor Je n'y resterai pas longtemps, à peine 1 journée... Trop bruyant, trop de voitures, trop étouffant pour moi... Je suis accompagnée d'un ami sénégalais mais il n'empêche qu'on est beaucoup sollicité. On restera dans la famille pour discuter et déjeuner autour d'un caldou. Un petit tour au marché Sainte Maure. J'ai bien aimé car c'est un beau marché, très coloré avec de beaux produits. Les commerçants sont accueillants, même s'ils gonflent leur prix sur mon passage. Je négocie une petite statuette en bois. Le marchandage est dur mais je m'en sors bien. Finalement, ça m'amuse aussi de marchander. Nous sommes accostés par des baye fall...Il y en a pas mal dans la ville, quelques enfants talibés aussi... Il y a quand même beaucoup de misère ici. Je fais un petit tour au supermarché français Sarah... aïe aïe aïe, les prix !!!! mais bon, je voulais acheter un camembert pour Luc. J'aurais bien aimé visité l'Alliance française mais je n'ai pas eu le temps. Nous attendons une heure à la gare routière de Zig avant de trouver un 7 places pour Elinkine. Sans arrêt, je suis sollicitée par les vendeurs de tout et n'importe quoi. Ça en devient fatigant... Vivement que je retrouve le calme de Elinkine.
Mon séjour à Elinkine
Le campement villageois Le campement est situé un peu en dehors, loin de l'agitation villageoise, ce qui en fait un endroit calme et reposant. Pour l'instant il n'y a que 6 chambres réparties dans 3 cases pouvant accueillir 12 personnes mais de nouvelles cases sont en rénovation et vont permettre d'ici le début de l'année de doubler la capacité d'hébergement. Le campement est référencé dans le Guide du Routard Sénégal 2010. Luc, un français expatrié, gère le campement avec son équipe locale, Tapha le cuisinier, Mass à l'entretien et au bar et Augustin accompagnateur dans les excursions. La nuit un gardien Alliou veille sur nous. C'est une bonne équipe, tout le monde est très serviable... Tapha nous convie dans sa cuisine Francia et moi, car nous voulons voir comment se prépare le thiéboudienne. Ces échanges culinaires sont fort sympathiques. A mon tour, je montre à Tapha comment faire un pudding aux raisins, un gâteau au chocolat, des crêpes... J'ai apporté de France une bombe de chantilly et de la crème de marron... On devait faire une pizza mais on a pas trouvé les ingrédients (du moins le fromage !) C'est mon second séjour et mes relations avec chaque membre sont très amicales. C'est pas difficile, car ils sont adorables. On s'amuse bien, les sorties en pirogue sont l'occasion de franches rigolades, au son du djembé... quelques sorties à la discothèque locale... ambiance garantie... oh là là, chaud chaud chaud !!! Je rencontre les familles, des liens se créent avec les femmes, les enfants, les parents, frères, soeurs, à tel point que mon cercle de relations s'élargit très vite.
Nous fêtons l'anniversaire de Luc. Nous ne sommes que 2 pensionnaires au campement, Francia et moi. Luc nous emmène avec toute l'équipe manger au resto local juste à côté « chez Fatou » que j'ai connu lors de mon 1er séjour. C'est vraiment très bon, on y mange fort bien pour pas cher du tout. C'est l'adorable Rama qui tient le restaurant... Luc et Augustin ont un peu abusé du vin de palme... l'ambiance est chaude !!! Les éclats de rire fusent...
Les rencontres Nous croisons quelques français, espagnols, italiens, québécois au campement. Une rencontre nous a marqué Francia et moi, c'est celle de Ghislain, Marie et leurs 2 adorables enfants, Ludovic et Lorilou. Ils voyagent sur un voilier, le « roule ta bille » depuis presque 2 ans. Ils ont passé 2 jours avec nous au campement avant de traverser l'Atlantique pour rejoindre les Antilles et finir leur périple au Québec... Des gens formidables, comme on est content d'en rencontrer en voyage... Et puis comme on le dit très souvent et ça s'est une fois de plus révélé exact « le monde est petit », j'ai rencontré au campement des gens qui habitent à 15 km de mon domicile français... Incroyable non ?
Francia est retournée à Dakar et je reste seule au campement. Luc attend l'arrivée de Thierry et Angelika qu'il connait déjà. Ils vivent au Luxembourg et s'investissent beaucoup dans des actions pour le bien-être des populations locales au Sénégal, notamment dans un petit village du Sine Saloum... Voilà encore des gens que l'on a plaisir à rencontrer. On a passé de bons moments ensemble avec leurs 3 amis sénégalais venus les rejoindre au campement et Danielle une amie française qui voyage avec eux. Une très belle excursion dans les iles des bolongs, visite de l'école de Ehidj, avec retour à la tombée de la nuit pour admirer les oiseaux... Une sympathique virée au Cap Skiring avec baignade dans l'océan, repas aux langoustes sur la plage chez l'homme tranquille, attente du coucher de soleil pour prendre des photos avec nos amis sénégalais et surtout, un retour mouvementé en pirogue de nuit à la suite d'une soirée d'anniversaire trop arrosée par notre piroguier ! Je me suis bien amusée à cette soirée avec ma copine Amina que j'étais tellement heureuse de retrouver. On a chanté, dansé, mangé, certains ont abusé du bunuk (il était trop fermenté pour moi). J'ai adoré les danses diolas traditionnelles au son des djembés...et j'ai même participé. C'était une très belle soirée ! Merci Luc...
Thierry, Angelika, j'espère qu'on se reverra. Vous m'avez donné envie, ainsi que vos amis sénégalais, d'aller faire un tour dans le Sine Saloum. Je serai contente aussi de les revoir chez eux. Le gentil Insa, Al Kali et son frère le pompier du Cap, sans oublier Félix « l'emmerdeur-adorable » comme je l'appelle ! Quelle pêche il a ce Félix...
Le village J'aime ce village de pêcheurs situé en bout de route, que moi je qualifie de « bout du monde » J'aime bien les endroits comme ça... intemporels, presque inaccessibles et qui se méritent ! J'avais été séduite déjà lors de mon 1er séjour. Les habitants sont gais et accueillants. Le jour, c'est très animé, il y a beaucoup de monde dans la rue principale commerçante. Les marchandes de fruits et légumes, quelques boutiques... des enfants partout ! On a toujours l'impression de se trouver dans une cour de récréation ! Lorsque je me rends au village, qui n'est situé qu'à 500 m environ du campement, je dois mettre plus d'une heure à y arriver car je suis interpellée dans les familles que je connais pour dire bonjour, échanger quelques mots, boire un verre de bissap... c'est un réel bonheur pour moi ! Sur mon passage, les enfants ne m'appellent plus «toubab» comme au début mais par mon prénom « Guylaine », même les plus petits savent le dire ! Je trouve cela touchant... Ces moments d'échange sont uniques. J'aime bien parler avec les femmes, je leur pose des questions sur divers sujets comme l'éducation des enfants, la santé, leur vie quotidienne, la cuisine qu'elles préparent, les traditions... Les femmes sénégalaises, ces femmes Diolas, je les admire, elles sont belles, courageuses, intelligentes, elles ne se plaignent jamais, elles portent l'avenir de leurs enfants sur leurs épaules. Du matin au soir, elles « triment » dès le levée du jour, les corvées commencent : lavage du linge, préparation des enfants pour l'école, ramassage du bois pour le feu, puisage de l'eau au puits, marché, nettoyage du poisson, préparation des repas, vaisselle, ménage... Elles peuvent aussi faire le jardin, récolter le riz en saison, et ce que je trouve également extraordinaire c'est qu'elles trouvent aussi le temps de s'occuper d'elles, de se faire belle, d'être propres, maquillées et bien habillées ! Quelle leçon... Pendant ce temps là, les hommes.............!!!!!!!! Un jour, mon amie Célestine m'a dit : « tu sais, on n'est pas riche, on n'a pas grand chose, mais on est heureux. Tout ce qu'on veut, c'est que nos enfants soient en bonne santé et qu'on puisse leur donner une éducation, c'est le plus important pour nous... » ça m'a fait du bien d'entendre ses paroles ! Je le redis, ces femmes sont formidables et vraiment je les adore... Elles s'appellent Awa, Fatou, Mama, Safinétou, Célestine, Binta, Amy, Hortense, Elisabeth, Rama, Philomène, Constance et toutes celles dont j'ai oublié le nom... Qu'elles soient petites filles, adolescentes, étudiantes, épouses, mères, grand-mères, musulmanes ou chrétiennes, j'ai passé beaucoup de temps avec elles et je leur rends hommage à travers ces quelques lignes.
La Tabaski Pour la Tabaski, Mass nous a invitées dans sa très grande famille... J'avais très envie de voir les préparatifs de cette fête, mais j'ai attendu que les moutons soient tués, histoire de ménager mon âme sensible d'occidentale ! J'assiste au découpage des animaux, nettoyage des tripes dans le bolong (ce sont les jeunes garçons qui s'en chargent) et préparations culinaires par les femmes. Quelle organisation ! Pendant ce temps là, les hommes sont assis et parlent entre eux, boivent le thé, jouent aux dames ! Des brochettes circulent, des morceaux de foie grillés (hum un délice) les enfants mangent « les rognons blancs » ils ont l'air d'adorer ! J'ai jamais gouté il paraît que c'est très bon... mais c'est uniquement réservé aux enfants... j'ose pas demander de gouter... L'heure du repas arrive, les femmes d'un côté, les enfants de l'autre, et les hommes à part également ! Je sais que c'est ainsi dans la culture musulmane mais je ne m'y habitue pas, ça me choque à chaque fois, moi qui aime tant la convivialité et le partage à travers les repas... Je reste avec les femmes dans l'endroit où elles ont cuisiné, il y fait une chaleur infernale et ça sent la fumée mais le repas est très gai... On rit bien toutes ensembles, je suis la seule blanche parmi eux... Les femmes poussent devant moi des morceaux de viande. C'est vraiment délicieux. Francia est restée au campement où elle mange « chrétiennement » un cochon de lait rôti avec ceux qui ne sont pas musulmans ! Après le repas, tout le monde va revêtir ses plus beaux atours pour la fête. Quel spectacle ! Les femmes et les petites filles ont des robes magnifiques, elles sont maquillées... place à la fête et à la danse ! Je me transforme en photographe professionnel car tout le monde veut être photographier avec ses beaux vêtements. Je filme des scènes avec ma caméra de poche... Dans le village, je suis interpellée par d'autres familles pour entrer dans les maisons, manger, boire un verre de bissap, discuter, photographier... Ce fut une magnifique journée, riche et intense sur tous les plans, un spectacle haut en couleurs et en saveurs... J'en ai pris plein les yeux ! Le bonheur se lisait sur tous les visages... J'ai été surprise d'apprendre qu'en fait les chrétiens fêtent aussi Tabaski et à Noël les musulmans fêteront aussi Noël, tous ensemble, un bel exemple d'échange et d'amour sans les barrières de la religion... Vraiment je m'incline devant tant de tolérance !
Les villages de brousse aux alentours Augustin et moi partons pour une marche à pied à travers les villages de brousse jusqu'à Loudia. Il en profitera pour faire des formalités administratives à la sous-Préfecture. Environ 8 km de piste séparent Elinkine de Loudia. Pratiquement pas de véhicules sur cette piste et c'est tant mieux. Nous quittons les paysages du bord de bolong et des rizières pour ceux, magnifiques, de la forêt. Les arbres sont immenses et majestueux, des manguiers partout, des fromagers... c'est rafraichissant et paisible. Nous traversons Sam Sam, Santiaba et Effisao. Des maisons sont disséminées un peu partout dans la forêt. Augustin, un enfant du pays, est connu comme « le loup blanc » !!! Partout où l'on passe, on l'appelle « Cissé !» Cissé c'est son surnom (comme Djibril le footballeur) Augustin joue au foot et en plus il est lutteur... C'est un peu l'idole du village pour les plus jeunes... C'est un garçon formidable, il est marié à la gentille Célestine et ils ont 2 beaux enfants, Madeleine et Louis. Il a un rire exceptionnel et communicatif ! Vraiment, je les adore... On est donc obligés à chaque fois de s'arrêter chez les gens qui veulent savoir qui je suis, comment je m'appelle, etc... A chaque arrêt, même chose, il faut absolument s'asseoir, parler un peu, prendre des photos et... promettre de revenir ! A l'aller on a marché un peu vite car il fallait être à la sous-préfecture avant midi mais au retour, on a tellement trainé en s'arrêtant partout qu'on est arrivé à la nuit tombante à Elinkine ! C'était une très belle journée. On a bien rigolé avec Augustin car le Sous-Préfet en nous voyant arriver tous les 2 nous a demandé si on venait pour une déclaration de mariage ! On a dit que non, que nous étions seulement amis... alors Monsieur le Sous-Préfet, très digne et sérieux dans son costume de fonctionnaire, s'est adressé à moi dans un français parfait en me disant : « ça tombe bien, je suis célibataire, sans enfants et libre comme l'air, je recherche l'âme soeur... si vous êtes d'accord, je suis l'homme qu'il vous faut » ! On a éclaté de rire, les employés aussi... Bien sûr, c'était dit sur le ton de la plaisanterie... quoique... on sait jamais avec les hommes là bas !!!
Je retournerai ensuite 2 fois à Efissao dans une famille où j'ai été invitée à déjeuner. Je tiens à aider les femmes à la préparation du repas. Elles préparent un thiéboudiène. Je sors mon Laguiole et je me coupe le doigt en épluchant les légumes puis je pleure toutes les larmes de mon corps en éminçant les oignons ! ça les fait rire... je les comprends ! J'ai offert des poupées aux 2 petites filles de la maison, Coumba et Adama, des poupées blanches, blondes aux yeux bleus avec de belles robes. Elles sont toutes émues, elles n'en ont jamais eues... Ces petites filles sont adorables, sages et timides. Elles me regardent avec de grands yeux émerveillés. Mais déjà elles sont très débrouillardes. A 5/6 ans elles nettoient des petits poissons avec leur grand-mère, font la vaisselle (de grosses gamelles bien lourdes). Je fais la comparaison avec les enfants d'ici... non, rien à voir ! Mais c'est ainsi, cela fait partie de leur éducation et je ne juge pas... Je pense qu'elles sont heureuses comme cela. Après le repas, les hommes tapent le djembé et c'est parti pour un après-midi entier à danser et chanter. Les voisins rappliquent, les femmes, les enfants, tout le monde se met à danser... On lit la joie sur le visage de ces gens qui n'ont pas souvent l'occasion de se distraire. Pour reprendre leur expression favorite quand ils font la fête, on peut dire qu'on a «cassé la baraque !!!» Je suis un peu l'attraction du coin, ça les amuse de me voir participer et danser... Awa, la maman de la famille en pleure de joie. Il y a même un vieil homme de la famille qui a revêtu son boubou et qui vient danser devant moi... Tout le monde est mort de rire et on m'explique qu'en fait, de mémoire de ceux qui sont présents, on a jamais vu le vieux danser ! Il l'a fait pour moi, parce que je suis là... Je n'en reviens pas... je suis émue aux larmes moi aussi. Nous rendons visite à plusieurs personnes dans le village. Il y a en tout 11 maisons. C'est la tradition d'aller se présenter et d'échanger quelques mots. Le forgeron m'invite à déguster du crocodile qui a été chassé dans les bolongs. J'accepte et je trouve ça très bon. Je rencontre la maman d'Awa qui est très âgée (mais elle ne sait pas son âge). Elle travaille toujours et cultive son potager. Elle est entrain de cueillir des haricots. Elle veut absolument m'en donner. Je la prends en photo avec Ahmet son petit-fils. Elle est tellement contente qu'elle pleure lorsque nous partons. Au retour, nous écosserons les haricots tous ensemble et Awa les fera cuire pour moi. Nous les mangerons le soir à Elinkine avec les copains assis sur un bout de trottoir. C'est excellent... eux ils les mangent avec du sucre (beurk !) et moi en bonne charentaise que je suis je leur rajoute du sel... à mes mojettes sénégalaises ! Manquait que le beurre... J'aime beaucoup, ça me change du riz, car j'avoue que j'en ai un peu marre du riz depuis 3 semaines. Je suis claquée, ma journée a été riche en émotions...
Le départ Les jours défilent à la vitesse grand V et je dois à présent commencer à songer au départ. La veille, j'organise un repas et une petite fête au campement pour remercier tout ceux qui m'ont aidé à passer un bon séjour. Tapha va nous préparer un poulet yassa, ça changera du poisson... Je prévois que nous serons une douzaine de personnes, mais en fait ce sera bien plus, car d'autres se sont invités à la fête... Comme je m'en inquiète auprès de Luc, il m'explique que c'est la tradition... bien sûr on ne va pas leur dire de partir. Il y a assez à manger pour tout le monde... C'est comme ça, on partage et tout le monde est content... Chez nous, on les aurait qualifiés de « pique-assiettes » mais ici c'est naturel, ça ne pose de problème à personne et c'est tant mieux. Après manger, les djembés retentissent et c'est reparti pour une soirée à danser, à rire et à chanter. Je les admire danser, les filles comme les garçons... Ils sont très forts, très classe, ils magnifient le moindre mouvement... Quelle grâce, je suis sous le charme ! Je distribue aux filles ce que je ne veux pas ramener, produits de toilette, maquillage, médicaments, vêtements etc... Mais je reçois aussi des cadeaux. Célestine m'offre 2 noix de coco et des beignets qu'elle fait elle-même, Awa et sa soeur Fatou un bracelet et Mama des coupons de tissu et des colliers de perles. Je suis émue de tant de générosité et je promets de revenir les voir. Le coeur serré, je fais mes adieux le lendemain matin à tous ceux que j'ai côtoyés durant mon séjour. Je suis triste de les quitter mais c'est le principe même de chaque voyage... il y a toujours une fin ! J'ai la chance de pouvoir voyager... tout le monde ne l'a pas. Mais ne dit-on pas que « partir, c'est mourir un peu »...
Je prends l'avion le vendredi soir à Dakar. J'ai fait le choix de partir ce même jour par l'avion d'Air CM qui relie le Cap à Dakar. Départ à 16 heures.
Santé, sécurité, climat
J'avais prévu de prendre un préventif anti-palu vendu sur place (Alaxin+) mais finalement j'ai choisi de ne pas le prendre car il n'y avait pas (ou peu) de moustiques. Mais le soir, manches longues et pantalon, spray répulsif 5/5 et moustiquaire pour dormir. Mon 1er séjour avait été un peu perturbé à cause de la tourista qui ne m'avait pas quittée pendant 15 jours. Ennuyeux et surtout fatigant... Cette fois-ci j'ai fait une cure pendant toute la durée de mon séjour de BION VOYAGE (probiotiques). Je ne sais pas si je peux l'attribuer à cela, mais en tout cas, j'ai rien eu... et pourtant j'ai mangé très souvent local, dans les familles, à même le plat commun (avec toutes les mains pas toujours propres !) j'ai bu aussi des jus locaux comme le bissap dont l'eau n'est pas bouillie. J'ai évité les crudités à peau non pelée (comme la tomate, la salade verte) et les glaçons...
Sur le plan de la sécurité, je peux dire que je me suis toujours sentie en sécurité, où que je sois à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. On raconte tout et n'importe quoi sur les forums à propos du danger à voyager en Casamance. Je peux affirmer que dans le périmètre Ziguinchor – Cap Skirring tout est calme, il y a une présence discrète de soldats le long des routes, mais c'est plus sécurisant qu'effrayant... A Elinkine, rien à craindre, j'étais toujours accompagnée le soir pour rentrer du village au campement mais il m'est arrivé de faire le chemin seule sans jamais rencontrer de problèmes.
En ce qui concerne le climat à cette période de l'année, j'ai été un peu déçue. Il a fait souvent chaud et lourd (30/35°) mais avec un ciel gris couvert. La dernière semaine, je n'ai pratiquement pas vu le soleil... Puis du jour au lendemain, les températures chutaient brutalement de 10° et il faisait alors presque froid. J'ai nettement préféré le mois de mars où pendant 15 jours, le ciel était bleu et le soleil radieux avec des températures moins élevées (autour de 25/28°) C'était plus agréable. Par contre, les paysages sont encore verdoyants en novembre alors qu'en mars tout est sec... La prochaine fois, je choisirai de repartir en janvier. Il paraît que c'est un bon compromis...
Certains de vous se demanderont peut-être pourquoi j'ai choisi de rester 4 semaines dans le même village, alors que j'aurais très bien pu changer d'endroit pour connaître d'autres lieux, d'autres gens. Je ne regrette pas mon choix, car c'est en fait la seule manière de créer de vrais liens, des amitiés sincères et durables qui sait... Je ne voulais pas ressembler à une touriste qui passe... sans s'arrêter, sans regarder, sans comprendre... Je suis heureuse d'avoir réussi mon immersion. Je remercie tous ceux qui y ont largement contribué. Mes amis, je ne vous oublierai pas, je vous garderai dans un coin de mon coeur et soyez sûrs que je reviendrai vous voir car vous me manquez déjà... Je suis devenue addict à la chaleur de la Casamance !
Voilà, je termine là dessus mon récit de voyage. J'espère que je vous aurai donné envie d'aller en Casamance, cette magnifique région du Sénégal. Ne la boudez pas, elle ne le mérite pas... ses habitants non plus ! Ils ont tellement à donner et vous tant à recevoir d'eux...
Hôtel San Luis à San Andrès fin mars/début avril pour groupe de dix personnes English translation pending
Bonjours à vous tous!
Nous sommes une dizaine d'ami(e)s dans le début trentaine qui magazine un voyage à San-Andrès vers la fin Mars début Avril...
Comme c'est une première fois à cette destination pour nous tous, donc j'aimerais avoir vos conseils et impressions. Biensure, j'ai pris soin d'éplucher ce forum ainsi que le fameux trip adviser avant de poster ce sujet de discussion ici.
Nous sommes une gang sur le party sans pour autant voyager avec cette idée comme étant l'unique but de notre voyage. On veut faire des excursions, faire des expériences, apprendre de nouvelle chose, "mixer" avec le peuple et leur culture, avoir un bon service et être apprécié des gens locaux!
Hôtel San LuisSi vous avez déjà été à cet hôtel, veuillez me laisser savoir quelle était votre expérience et à quelle chambre vous avez logé, où quelle chambre vous recommandez.Si jamais vous avez des commentaires favorisant un autre hôtel, faites-moi en parts!Quel genre de pourboire et cadeaux est apprécié des employées?Avec qui faire affaire?Avec qui avez-vous fait affaire pour boucler votre voyage et êtes-vous satisfait?Quel prix avez vous payez et recommandez-vous de réserver d'avance ou attendre à la dernière minute?Ce que je prévois faire selon ce que j'ai lu.Expédition par le général à Johny Cay et peut-être faire l'acuario et le Haynes Cay aussi... Et nourrirent les poissons!Le Scafandrié à la Picina "Aquanautas"Allez voir le marché local Prendre un vers (ou plusieurs:-) au Reggae Bar Essayer le resto BBQ au centre-villeSe promener et visiter l'île en voiture de golfVoir le lever et le coucher du soleil!Tous vos commentaires sont les bienvenus et si jamais vous pensez être là en même temps que nous, aux plaisirs!!!
Nous sommes une dizaine d'ami(e)s dans le début trentaine qui magazine un voyage à San-Andrès vers la fin Mars début Avril...
Comme c'est une première fois à cette destination pour nous tous, donc j'aimerais avoir vos conseils et impressions. Biensure, j'ai pris soin d'éplucher ce forum ainsi que le fameux trip adviser avant de poster ce sujet de discussion ici.
Nous sommes une gang sur le party sans pour autant voyager avec cette idée comme étant l'unique but de notre voyage. On veut faire des excursions, faire des expériences, apprendre de nouvelle chose, "mixer" avec le peuple et leur culture, avoir un bon service et être apprécié des gens locaux!
Hôtel San LuisSi vous avez déjà été à cet hôtel, veuillez me laisser savoir quelle était votre expérience et à quelle chambre vous avez logé, où quelle chambre vous recommandez.Si jamais vous avez des commentaires favorisant un autre hôtel, faites-moi en parts!Quel genre de pourboire et cadeaux est apprécié des employées?Avec qui faire affaire?Avec qui avez-vous fait affaire pour boucler votre voyage et êtes-vous satisfait?Quel prix avez vous payez et recommandez-vous de réserver d'avance ou attendre à la dernière minute?Ce que je prévois faire selon ce que j'ai lu.Expédition par le général à Johny Cay et peut-être faire l'acuario et le Haynes Cay aussi... Et nourrirent les poissons!Le Scafandrié à la Picina "Aquanautas"Allez voir le marché local Prendre un vers (ou plusieurs:-) au Reggae Bar Essayer le resto BBQ au centre-villeSe promener et visiter l'île en voiture de golfVoir le lever et le coucher du soleil!Tous vos commentaires sont les bienvenus et si jamais vous pensez être là en même temps que nous, aux plaisirs!!!
Ouest américain: vos rencontres entre VFistes? English translation pending
Au hasard de vos voyages dans l'Ouest, vers Mexican hat, Jackson Hole ou Santa Fe, racontez nous vos rencontres insolites entre Francais et plus particulierement entre forumeurs du VF...
Ressenti à mon retour de Pattaya English translation pending
Bonjour à tous,
Ayant eu à aller à Pattaya dans le cadre de mon boulot je tenais à en écrire mon ressenti après mon retour, à savoir que j'en ai été malade....sick Psychologiquement parlant, j'y étais déjà venu avec ma chère et tendre et n'avait pas ressenti cela, d'y avoir été seul, ça m'a détruit...
Mon dieu comment pouvez vous dire que vous appréciez cette ville (en dehors d'y venir pour du sexe)... je sais que je risque d'apporter de l'eau dans le moulin mais vraiment je m'en suis senti mal, à tel point que je devait rester 2 nuits de plus mais ayant terminé mon taf en avance j'ai aussitôt pris la fuite pour revenir à Bangkok.
Pattaya c'est un flot continu de vieux, souvent torse poil (merci du cadeau... on pourrait s'en passer) plus ou moins avec un bide prononcé, en meute ou seul à guetter les petites futurs proies et au bras de leur "proie" en question (même si la proie n'est pas forcément celui ou celle que l'on croit). Beaucoup de vieux aussi avec de jeunes "gay" l'impression que la Thailande dévoile leur sexualité caché...
J'ai changer d'hotel par raison de commodité lors de mon séjour, si le premier était très bien le second m'a annoncé la couleur lors du check in, "si vous ramenez une fille...." je l'ai coupé sec en lui disant que je n'était pas là pour ça, mais elle relance et je la recoupe encore, je me suis senti profondément insulté par cette réduction du "farang + seul + pattaya = sex with thai girl"
De plus voir circuler des couples dans le lobby pour les voir redescendre 20min plus tard, et ce de bon matin alors que tu prend encore ton petit dej... et ce toute la journée... c'est plus un hotel c'est une véritable maison close...
Quand tu marches le long de la plage c'est une pluie de parasol le long de la dite plage (donc moche et sans intérêt), plus toute les prostitués attendant gentillement sous les arbres, les vendeurs de para-sail proposant accessoirement de la drogue direct dans la rue...
Je pourrais continuer comme ça longtemps mais je me jure de ne jamais remettre les pieds dans ce bordel ouvert...
En plus, Pattaya c'est une ville sous la coupe de la mafia russe, à tel point que beaucoup de panneau, menu et autres sont affichés en russe, je me demandait parfois si j'étais bien en Thailande...
Pour ceux qui aiment cette ville, allez s'y pourrissez moi, sortez vos arguments, mais vous ne me ferez jamais croire que c'est une ville "agréable".
Ayant eu à aller à Pattaya dans le cadre de mon boulot je tenais à en écrire mon ressenti après mon retour, à savoir que j'en ai été malade....sick Psychologiquement parlant, j'y étais déjà venu avec ma chère et tendre et n'avait pas ressenti cela, d'y avoir été seul, ça m'a détruit...
Mon dieu comment pouvez vous dire que vous appréciez cette ville (en dehors d'y venir pour du sexe)... je sais que je risque d'apporter de l'eau dans le moulin mais vraiment je m'en suis senti mal, à tel point que je devait rester 2 nuits de plus mais ayant terminé mon taf en avance j'ai aussitôt pris la fuite pour revenir à Bangkok.
Pattaya c'est un flot continu de vieux, souvent torse poil (merci du cadeau... on pourrait s'en passer) plus ou moins avec un bide prononcé, en meute ou seul à guetter les petites futurs proies et au bras de leur "proie" en question (même si la proie n'est pas forcément celui ou celle que l'on croit). Beaucoup de vieux aussi avec de jeunes "gay" l'impression que la Thailande dévoile leur sexualité caché...
J'ai changer d'hotel par raison de commodité lors de mon séjour, si le premier était très bien le second m'a annoncé la couleur lors du check in, "si vous ramenez une fille...." je l'ai coupé sec en lui disant que je n'était pas là pour ça, mais elle relance et je la recoupe encore, je me suis senti profondément insulté par cette réduction du "farang + seul + pattaya = sex with thai girl"
De plus voir circuler des couples dans le lobby pour les voir redescendre 20min plus tard, et ce de bon matin alors que tu prend encore ton petit dej... et ce toute la journée... c'est plus un hotel c'est une véritable maison close...
Quand tu marches le long de la plage c'est une pluie de parasol le long de la dite plage (donc moche et sans intérêt), plus toute les prostitués attendant gentillement sous les arbres, les vendeurs de para-sail proposant accessoirement de la drogue direct dans la rue...
Je pourrais continuer comme ça longtemps mais je me jure de ne jamais remettre les pieds dans ce bordel ouvert...
En plus, Pattaya c'est une ville sous la coupe de la mafia russe, à tel point que beaucoup de panneau, menu et autres sont affichés en russe, je me demandait parfois si j'étais bien en Thailande...
Pour ceux qui aiment cette ville, allez s'y pourrissez moi, sortez vos arguments, mais vous ne me ferez jamais croire que c'est une ville "agréable".
Deux copines pour onze jours en Tunisie: visites, transports? English translation pending
Bonjour à tous,
Ma compagne de travail et moi avons décidé de partir en Tunisie du 21 février au 6 mars (11 jours). Nous avions pensé partir avec un groupe organisé, mais comme nous n'avons pas l'habitude de voyager en groupe ni l'une ni l'autre, nous avons décidé d'organiser nous-mêmes notre voyage. Nous aimons beaucoup marcher, je suis très attirée par les nouveaux paysages et nous voulons entrer en contact avec la population locale. Ma compagne n'est pas très attirée par les ruines et les musées, mais elle est ouverte à en visiter un ou deux. Lequel devrions nous choisir?
J'ai lu plusieurs mises en gardes sur le forum et nous sommes conscientes que nous devrons être vigilentes. Naturellement, nous souhaitons visiter le désert et nous aimerions dormir dans les maisons troglodytiques.Nous souhaitons nous perdre dans le dédale des rues dans les medinas d'une ou deux grandes villes afin de vivre l'expérience du marchandage dans les souks, marcher dans les canyons, se déplacer dans le désert à dos de dromadaires, etc.
Nous souhaiterions avoir vos suggestions d'activités ou de visites qui nous sortirons de notre vie de nord-américaine et une idée réaliste des coûts reliés à ce type de choc des cultures! Nous aurions aimé passer quelques jours (2) à la fin de notre voyage sur le bord de la mer, mais nous sommes conscientes qu'il y fera peut-être trop froid à cause des vents. Il est aussi important de vous dire que nous préférons prendre le temps de bien goûter à une activité plutôt que d'en vivre 300 à 200 km/h!
Notre plus grande inquiétude est le transport. Sera-t-il facile de nous rendre dans les régions éloignées car nous ne souhaitions pas louer de voiture?
Merci de prendre de votre temps pour nous répondre et nous attendons vos réponses avec grande impatience.
au plaisir de vous lire
Ma compagne de travail et moi avons décidé de partir en Tunisie du 21 février au 6 mars (11 jours). Nous avions pensé partir avec un groupe organisé, mais comme nous n'avons pas l'habitude de voyager en groupe ni l'une ni l'autre, nous avons décidé d'organiser nous-mêmes notre voyage. Nous aimons beaucoup marcher, je suis très attirée par les nouveaux paysages et nous voulons entrer en contact avec la population locale. Ma compagne n'est pas très attirée par les ruines et les musées, mais elle est ouverte à en visiter un ou deux. Lequel devrions nous choisir?
J'ai lu plusieurs mises en gardes sur le forum et nous sommes conscientes que nous devrons être vigilentes. Naturellement, nous souhaitons visiter le désert et nous aimerions dormir dans les maisons troglodytiques.Nous souhaitons nous perdre dans le dédale des rues dans les medinas d'une ou deux grandes villes afin de vivre l'expérience du marchandage dans les souks, marcher dans les canyons, se déplacer dans le désert à dos de dromadaires, etc.
Nous souhaiterions avoir vos suggestions d'activités ou de visites qui nous sortirons de notre vie de nord-américaine et une idée réaliste des coûts reliés à ce type de choc des cultures! Nous aurions aimé passer quelques jours (2) à la fin de notre voyage sur le bord de la mer, mais nous sommes conscientes qu'il y fera peut-être trop froid à cause des vents. Il est aussi important de vous dire que nous préférons prendre le temps de bien goûter à une activité plutôt que d'en vivre 300 à 200 km/h!
Notre plus grande inquiétude est le transport. Sera-t-il facile de nous rendre dans les régions éloignées car nous ne souhaitions pas louer de voiture?
Merci de prendre de votre temps pour nous répondre et nous attendons vos réponses avec grande impatience.
au plaisir de vous lire
Peuples de l'Asie (suite) English translation pending
Bonjour aux braves!
Il y a trois mois, j’ai commencé un poste intitulé Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, dont voici le lien ci-dessous :
http://voyageforum.com/...ie_sud_est_D2833480/
Ce poste a gagné une certaine popularité et a maintenant dépassé 500 messages. L’équipe de VF m’a donc demandé de le clore parce que cela n’est plus gérable au point de vue informatique. Sur quoi a porté cette longue discussion qui a fait monter l’aiguille du serveur VF dans le rouge ?
Nous avons tout d’abord passé l’histoire de la Chine en revue, car elle a conditionné en très grande mesure les mouvements de populations de la Chine du Sud vers l’Asie du Sud-Est, et au-delà. Nous avons beaucoup parlé des pressions répétées sur la Chine par divers peuples évoluant au-delà de ses frontières septentrionales, des migrations Malayo-Polynésiennes issues de Taiwan et plus loin dans le temps de la Chine du Sud, des Hmong-Mien, des Khmer etc…. En route, j’ai tenu à introduire des explications concernant les familles linguistiques de ces peuples et leurs filiations génétiques. Nous en étions arrivés aux Thaï.
J’ai beaucoup apprécié les contributions d’un petit groupe de lecteurs que je remercie chaudement pour leur fidélité et la qualité de leurs interventions. À vrai dire, je pense avoir largement couvert le sujet que je m’étais donné au départ et je pourrais m’arrêter là. Cependant, il me reste quelques « fils à remonter », qui probablement ne demanderont pas une autre discussion de 500 messages, mais sait-on jamais ?
Voici donc la suite.
Il y a trois mois, j’ai commencé un poste intitulé Peuples de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, dont voici le lien ci-dessous :
http://voyageforum.com/...ie_sud_est_D2833480/
Ce poste a gagné une certaine popularité et a maintenant dépassé 500 messages. L’équipe de VF m’a donc demandé de le clore parce que cela n’est plus gérable au point de vue informatique. Sur quoi a porté cette longue discussion qui a fait monter l’aiguille du serveur VF dans le rouge ?
Nous avons tout d’abord passé l’histoire de la Chine en revue, car elle a conditionné en très grande mesure les mouvements de populations de la Chine du Sud vers l’Asie du Sud-Est, et au-delà. Nous avons beaucoup parlé des pressions répétées sur la Chine par divers peuples évoluant au-delà de ses frontières septentrionales, des migrations Malayo-Polynésiennes issues de Taiwan et plus loin dans le temps de la Chine du Sud, des Hmong-Mien, des Khmer etc…. En route, j’ai tenu à introduire des explications concernant les familles linguistiques de ces peuples et leurs filiations génétiques. Nous en étions arrivés aux Thaï.
J’ai beaucoup apprécié les contributions d’un petit groupe de lecteurs que je remercie chaudement pour leur fidélité et la qualité de leurs interventions. À vrai dire, je pense avoir largement couvert le sujet que je m’étais donné au départ et je pourrais m’arrêter là. Cependant, il me reste quelques « fils à remonter », qui probablement ne demanderont pas une autre discussion de 500 messages, mais sait-on jamais ?
Voici donc la suite.
Croisière dans les Caraïbes sur le Pacific Dream: mon expérience/quelques conseils English translation pending
Voici un petit article de description et de conseil pour ceux qui vont faire une croisière dans les caraïbes avec le pacific dreàm.
Nous sommes partis de orly le samedi 7novembre, et revenus dimanche soir, via madrid. Le premier conseil à ne pas rater, c est d aller reprendre ses bagages et de les enregistrer à nouveau à madrid, car en france on m avait confirmé que je les récupérerai à st domingue.. Grosse erreur! La compagnie pullantour air est vraiment merdique.. Une tv sur 2 fonctionne, 1siège sur 3 ne s abaisse pas (pratique pour dormir!) et les boissons que vous prenez en dehors des repas sont payants (attention à ça!). Le vol à l aller à êtres 9h de madrid à la rép dominicaine (la journée, donc presque impossible de dormir). À madrid, une hôtesse (pas très souriante) vous attendra aux bagages pour vous amener au terminal 1 pour la correspondance. Un petit conseil, n attendez pas trop car elle ne vous attend pas.. Bref arrivée à st domingue, on vous attendra pour prendre un bus, qui vous emmènera au bateau.. L'aventure commence! Lors de votre enregistrement, on vous remettra une carte d accès au bateau et à la cabine. On fera une photo. Et la, on vous dira qu il faut soit donner son numéro de cb, soit verser un acompte de 400 euros pour les dépenses à bord et les excursions. À la base, mon homme et moi avons refusé de donner notre numéro de cb, car ça craint trop et pas envie non plus de donner 400 euros, car nous n avions pas prévu de faire des excursions. En fin de compte, nous avons dépensé plus de 400 euros à 2 pour les fameuses excursions, donc un conseil, mettez de l argent sur cette carte, au pire, ils vous remboursent à la fin. Les cabines sont pas mal (nous avions opté pour la cabine de base, sans hublot.. À vrai dire, on à pas regretté, car nous n'étions pratiquement jamais dans la cabine). Il y à à l intérieur un coffre fort gratuit, un sèche cheveux, des serviettes de toilettes et de piscine /plage, et gel douche / shampoing (donc vraiment pas besoin de s'encombrer, sachant que le poids des valise autorisé est de 20kg par personne, et qu en ramenant du rhum les kg montent vite!)
Le jour 1 : en mer. On ne s ennuie pas, il y à piscine, salle de sport, cocktail, et des réunions d infos.
Le jour 2, des excursions pour ste lucie sont proposées : La soufrière par terre et mer (catamaran) qui coûte 111 dollars. Le repas est inclus, l excursion est pas mal, le seul hic c est que la plage sur laquelle on nous mène est pas top top. D autres excursions sont proposées : Croisière des pitons, visite de st lucie, jeep safari, et plage.
Jour 3 : Martinique. Nous avons opté pour la location de voiture. Chez budget, nous l avons eu pour 38 euros. Le port se situe à 20 min à pied du centre. Nous avons eu le tps d aller à la plage des salines (sud) par les terres, et de revenir à fort de france via le diamant et les 3îlets par la côté. Ensuite nous sommes montés à st pierre. Attention cependant aux bouchons, si vous décidez de prendre une voiture, commencez bien par le sud en finissant par le nord, comme ça, les bouchons seront ds l autre sens. Niveau excursions : Martinique en jeep, plantation clément et jardin balata, st pierre et la distillerie de rhum (attention, apparemment le rhum y est plus cher..), snorkeling et plage.
Jour 4 : Guadeloupe. Idem nous avons loué une twingo accidentée pour 20 euros. Le centre ville est à 2min à pieds et les loueurs, sur la rue à droite qd vous sortez. Nous avons eu le tps de faire les chutes du carbet (la 2ème). Attention, la 3ème est fermée.. À cause de ça nous avons perdu 1h30! Nous avons mangé ds un resto typique, très bon, cependant il ne faut pas être pressé. L après midi la plage. Les excursions : découverte de la Guadeloupe; jardin botanique et plage, parc des mamelles et canopée.
Le jour 5 :st martin (coté hollandais). Il faut savoir que St Martin est connu pour ses prix attractifs coté htech.. Jusqu'à -70% ds certains cas, sur des tv etc, si vous savez négocier.. Perso, j'ai pas trouvé exceptionnel, surtout si vous restez vers le port. Un conseil, aventurez vous dans la ville (environ 20 min a pieds), et comparez, négocier. A titre d'exemple, j 'ai acheté un disque dur externe, sans négocier, pour 87 euros, au lieu de 99 euros en France. Les parfums y sont moins chers que sur le bateau (un conseil : GAVEZ VOUS!!) et les cigarettes, en moyenne plus chéres que sur le bateau.. Au niveau des excursions proposées : tour de l'ile, la ferme des papillons et plage, catamaran et snorkeling, et quad. Nous avons opté pour le quad.. On était nombreux, il fallait attendre un couple de vieux, et a force de gueuler, on a pu ouvrir un peu dans la boue (qui s'est avéré etre les égouts de la ville, on a prit des plaques de boutons..). Mais les guides de St martin n'ont pas aimé qu'on s'amuse un peu.. Bref mis a part ca, c'est une découverte de l'ile assez originale, et assez bien.. Nous avons aussi fait un peu de plage, dans une eau turquoise. Au total nous avons eu 2h de retard, j'ai mangé et j'ai filé voir les boutiques, pdt que mon homme faisait du jet (benjamin, le guide des excursions nous a organisé une session "hors bateau"). 40 euros les 30min, pour ceux qui connaissent les prix en France, c'est donné! (et en plus il ne faut même pas de permis). Je regrette de ne pas l'avoir fait..
Jour 6 : Tortola. Il s'agit d'un paradis fiscal, donc vous trouverez en ville que des banques, donc nous avons opté pr l'excursion de la plage de Virgin Gorda... Si il y a unr excursion a faire, pour moi c'est celle-ci. Vous tombez sur une plage style seuchelles, paradisiaques, bref génialissime! En rentrant, nous avons eu 1h30 avant de partir, donc nous en avons profité pour visiter un peu la ville.. Coté excursions, le bateau proposait également le tour panoramique et plage et nager avec les dauphins. Pour moi il s'agit d'une arnaque, trop commerciale. Pour ceux qui l'ont eu fait, c'était pas mal. Le truc c'est que dès que vous touchiez un dauphin, il fallait regarder d'une certaine manière le photographe, car tout est filmé et photographié.
Jour 7 : St Domingue : Une petite journée avant de repartir à l'aéroport. Nous avons visité par nous même (car les excursions commençaient a nous faire cher), mais certains ont fait le safari a sierra de agua (vers une belle chute d'eau) ou la visite de st domingue de guzman. Ceux qui ont fait la chute sont revenus enchantés (on a vu de belles photos!).
Niveau personnel : on a été servi comme des princes, vraiment le pt fort de la croisière..
Voila, j'espère avoir pu vous aiguiller, n'hésitez pas si vous voulez d'autres conseils (il vaut mieux demander a qq un qui y est allé, car les agences de voyages ne savent pas répondre à la moitié des questions..).
Bonne croisèreà ceux qui vont partir Laetitia
Nous sommes partis de orly le samedi 7novembre, et revenus dimanche soir, via madrid. Le premier conseil à ne pas rater, c est d aller reprendre ses bagages et de les enregistrer à nouveau à madrid, car en france on m avait confirmé que je les récupérerai à st domingue.. Grosse erreur! La compagnie pullantour air est vraiment merdique.. Une tv sur 2 fonctionne, 1siège sur 3 ne s abaisse pas (pratique pour dormir!) et les boissons que vous prenez en dehors des repas sont payants (attention à ça!). Le vol à l aller à êtres 9h de madrid à la rép dominicaine (la journée, donc presque impossible de dormir). À madrid, une hôtesse (pas très souriante) vous attendra aux bagages pour vous amener au terminal 1 pour la correspondance. Un petit conseil, n attendez pas trop car elle ne vous attend pas.. Bref arrivée à st domingue, on vous attendra pour prendre un bus, qui vous emmènera au bateau.. L'aventure commence! Lors de votre enregistrement, on vous remettra une carte d accès au bateau et à la cabine. On fera une photo. Et la, on vous dira qu il faut soit donner son numéro de cb, soit verser un acompte de 400 euros pour les dépenses à bord et les excursions. À la base, mon homme et moi avons refusé de donner notre numéro de cb, car ça craint trop et pas envie non plus de donner 400 euros, car nous n avions pas prévu de faire des excursions. En fin de compte, nous avons dépensé plus de 400 euros à 2 pour les fameuses excursions, donc un conseil, mettez de l argent sur cette carte, au pire, ils vous remboursent à la fin. Les cabines sont pas mal (nous avions opté pour la cabine de base, sans hublot.. À vrai dire, on à pas regretté, car nous n'étions pratiquement jamais dans la cabine). Il y à à l intérieur un coffre fort gratuit, un sèche cheveux, des serviettes de toilettes et de piscine /plage, et gel douche / shampoing (donc vraiment pas besoin de s'encombrer, sachant que le poids des valise autorisé est de 20kg par personne, et qu en ramenant du rhum les kg montent vite!)
Le jour 1 : en mer. On ne s ennuie pas, il y à piscine, salle de sport, cocktail, et des réunions d infos.
Le jour 2, des excursions pour ste lucie sont proposées : La soufrière par terre et mer (catamaran) qui coûte 111 dollars. Le repas est inclus, l excursion est pas mal, le seul hic c est que la plage sur laquelle on nous mène est pas top top. D autres excursions sont proposées : Croisière des pitons, visite de st lucie, jeep safari, et plage.
Jour 3 : Martinique. Nous avons opté pour la location de voiture. Chez budget, nous l avons eu pour 38 euros. Le port se situe à 20 min à pied du centre. Nous avons eu le tps d aller à la plage des salines (sud) par les terres, et de revenir à fort de france via le diamant et les 3îlets par la côté. Ensuite nous sommes montés à st pierre. Attention cependant aux bouchons, si vous décidez de prendre une voiture, commencez bien par le sud en finissant par le nord, comme ça, les bouchons seront ds l autre sens. Niveau excursions : Martinique en jeep, plantation clément et jardin balata, st pierre et la distillerie de rhum (attention, apparemment le rhum y est plus cher..), snorkeling et plage.
Jour 4 : Guadeloupe. Idem nous avons loué une twingo accidentée pour 20 euros. Le centre ville est à 2min à pieds et les loueurs, sur la rue à droite qd vous sortez. Nous avons eu le tps de faire les chutes du carbet (la 2ème). Attention, la 3ème est fermée.. À cause de ça nous avons perdu 1h30! Nous avons mangé ds un resto typique, très bon, cependant il ne faut pas être pressé. L après midi la plage. Les excursions : découverte de la Guadeloupe; jardin botanique et plage, parc des mamelles et canopée.
Le jour 5 :st martin (coté hollandais). Il faut savoir que St Martin est connu pour ses prix attractifs coté htech.. Jusqu'à -70% ds certains cas, sur des tv etc, si vous savez négocier.. Perso, j'ai pas trouvé exceptionnel, surtout si vous restez vers le port. Un conseil, aventurez vous dans la ville (environ 20 min a pieds), et comparez, négocier. A titre d'exemple, j 'ai acheté un disque dur externe, sans négocier, pour 87 euros, au lieu de 99 euros en France. Les parfums y sont moins chers que sur le bateau (un conseil : GAVEZ VOUS!!) et les cigarettes, en moyenne plus chéres que sur le bateau.. Au niveau des excursions proposées : tour de l'ile, la ferme des papillons et plage, catamaran et snorkeling, et quad. Nous avons opté pour le quad.. On était nombreux, il fallait attendre un couple de vieux, et a force de gueuler, on a pu ouvrir un peu dans la boue (qui s'est avéré etre les égouts de la ville, on a prit des plaques de boutons..). Mais les guides de St martin n'ont pas aimé qu'on s'amuse un peu.. Bref mis a part ca, c'est une découverte de l'ile assez originale, et assez bien.. Nous avons aussi fait un peu de plage, dans une eau turquoise. Au total nous avons eu 2h de retard, j'ai mangé et j'ai filé voir les boutiques, pdt que mon homme faisait du jet (benjamin, le guide des excursions nous a organisé une session "hors bateau"). 40 euros les 30min, pour ceux qui connaissent les prix en France, c'est donné! (et en plus il ne faut même pas de permis). Je regrette de ne pas l'avoir fait..
Jour 6 : Tortola. Il s'agit d'un paradis fiscal, donc vous trouverez en ville que des banques, donc nous avons opté pr l'excursion de la plage de Virgin Gorda... Si il y a unr excursion a faire, pour moi c'est celle-ci. Vous tombez sur une plage style seuchelles, paradisiaques, bref génialissime! En rentrant, nous avons eu 1h30 avant de partir, donc nous en avons profité pour visiter un peu la ville.. Coté excursions, le bateau proposait également le tour panoramique et plage et nager avec les dauphins. Pour moi il s'agit d'une arnaque, trop commerciale. Pour ceux qui l'ont eu fait, c'était pas mal. Le truc c'est que dès que vous touchiez un dauphin, il fallait regarder d'une certaine manière le photographe, car tout est filmé et photographié.
Jour 7 : St Domingue : Une petite journée avant de repartir à l'aéroport. Nous avons visité par nous même (car les excursions commençaient a nous faire cher), mais certains ont fait le safari a sierra de agua (vers une belle chute d'eau) ou la visite de st domingue de guzman. Ceux qui ont fait la chute sont revenus enchantés (on a vu de belles photos!).
Niveau personnel : on a été servi comme des princes, vraiment le pt fort de la croisière..
Voila, j'espère avoir pu vous aiguiller, n'hésitez pas si vous voulez d'autres conseils (il vaut mieux demander a qq un qui y est allé, car les agences de voyages ne savent pas répondre à la moitié des questions..).
Bonne croisèreà ceux qui vont partir Laetitia
Calendrier des départs 2010 de membres VF en croisières English translation pending
Salut à tous fan de croisières
qu'en pensez vous, l'idée m'est venue grâce à friquette07 😉😉😉
🙂🙂Exemple pour remplir le calendrier des départs de membres VF en croisière 2010🙂🙂 donner vos résa simplement comme si dessous et je ferai régulièrement une belle synthèse
semaine X : Pseudo / bateau / date et à la ligne si même semaine autre pseudo etc etc etc
exemple : semaine 22 : dupont / Brillance OTS / 31/05 semaine 23 : semaine 24 : durand / MSC Splendida / 14/06
avis aux amatteurs (euses)
🙂🙂Exemple pour remplir le calendrier des départs de membres VF en croisière 2010🙂🙂 donner vos résa simplement comme si dessous et je ferai régulièrement une belle synthèse
semaine X : Pseudo / bateau / date et à la ligne si même semaine autre pseudo etc etc etc
exemple : semaine 22 : dupont / Brillance OTS / 31/05 semaine 23 : semaine 24 : durand / MSC Splendida / 14/06
avis aux amatteurs (euses)
Marrakech, délices et délires de la Ville Rouge (1ère partie) English translation pending
MARRAKECH, délices et délires de la Ville Rouge(1)
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
Escale de croisière à Ashdod en Israël English translation pending
le 8/01/2010 nous seront à bord du pacifica pour un programe qui comporte une escale à Ashod en israel. Quelqu"un aurait il des lumières😏 sur cette escale?
Album de paquebots de croisière (2) English translation pending
😉Je réédite cet album qui avait plus et qui nous a permis de découvrir d'autres navires peu connu.
Voici pour vous le 2° album qui comprendra de belles photos de votre part et de la mienne sur ces paquebots qui font la joie des croisièristes.
Pour commencer : voici le Costa EUROPA.
Lancement : 1986 Longueur : 243 m Largeur : 31, 7 m Tonnage : 54 763 Vitesse : 19 nds Ponts : 12 Passagers : 1773 Equipage : 636
JC
Voici pour vous le 2° album qui comprendra de belles photos de votre part et de la mienne sur ces paquebots qui font la joie des croisièristes.
Pour commencer : voici le Costa EUROPA.
Lancement : 1986 Longueur : 243 m Largeur : 31, 7 m Tonnage : 54 763 Vitesse : 19 nds Ponts : 12 Passagers : 1773 Equipage : 636
JC
Punta Cana, Bayahibe, La Romana ou autre? English translation pending
salut
notre prochaine destination je pense sera la république do mais voila nous savons ou!!!!!!
une copine qui est aller a bayahibe ma dit quec'étai magnifique et tranquil et par contre a punta cana un plus agité plus touristique.
alors moi jadore les endoits touristique mias jai limpression que bayahibe le devient de plus en plus!!!
donc je ne c'est pas ou aller .
on aime visité et a la fois repos et plage. est ce qu'aa punta cana et bayahibe , les escursion seront a peu prés les meme???
ou sinon une autre ville de la république do qui est a voir et touristique ces derniers temp!
juste une question pourquoi punta cana est moins cher en agence que bayahibe??
merci de vos réponse
Compte rendu d'un voyage en Iran, octobre 2009 English translation pending
Voyage sans tension particulière, meme si on a l’impression que pas mal d’iraniens ont le coup des elections un peu en travers de la gorge.
Quelques chiffres, tarifs de transports, hotels, principalement, si cela peut aider certains a preparer leur voyage :
Visa de deux semaines obtenu a l’aeroport Imam Khomeyni sans aucune difficulté, comme d’habitude, en 20mn, 50 euros, pas de photos, pas d’empreintes digitales a déposer. On peut changer de l’argent a l’aeroport 24/24
Imam Khomeyni airport- meshed hotel a Tehran taxi « dar bast » (privatif)= 180 000 RI
Meshed hotel= 100 000RI la chambre deux lits
Tehran-Qazvin en savari « na dar bast » (taxi collectif 4 passagers)=60 000 RI
Qazvin hotel iran single avec douche, tv, frigo=180 000 RI. Propre
Qazvin-Zanjan savari (toujours « na dar bast » par la suite, sauf si précisé)=50 000 RI
Zanjan mosaferkhune single 100 000 RI. Sale
Zanjan-Miyaneh= 40 000 RI, route superbe. La route jusqu'à Bostan Abad ressemble a l’Afghanistan, tel que je me l’imagine en tout cas puisque je ne connais pas ce pays
Ardabil hotel sabalan tres cher, 420 000 RI la double et 310 000 RI la single, standard international apparement, donc pour moi ca a été hotel jahan a quelques centaines de metres du sabalan, trottoir d’en face juste avant le rond point, 70 000 la chambre, propre mais pas de douche
Ardabil-Meshgin Shahr, savari 25 000 RI
Meshgin Shahr-Ahar savari 20 000 RI
Ahar- Tabriz savari 25000 RI route superbe, roches rouges voir site photos d'Ali Shokri, photographe Tabrizi (http://www.alishokri.com/index.php?x=about)
Tabriz golshan hotel chambre avec douche 140000 RI, assez net
Tabriz-Marand savari 15000 RI. Visiblement difficile de faire Marand-Maku direct (mostaghim), il faut passer par Khoy
Taxi « dar bast » de Maku a Qareh Kelisa 50 000 RI de l’heure. Il faut compter une heure aller, une heure retour, et au moins une heure sur place
Maku hotel tourist inn, 230 000 RI mais hotel d’etat, tres net, frigo tv douche, finalement un bon rapport qualité prix
Jolfa-Tabriz savari 30 000 RI
Tabriz –Kandovan pas de savari, des bus paraît il…taxi « dar bast » entre 150 000 et 200 000 RI aller retour, attente comprise
Restaurant de l’hotel El Goli a Tabriz tres bonne vue 360 sur Tabriz, restaurant pivotant, mais cher (et pas d’esturgeon !)
Bus Bostan Abad-Zanjan 40000 R.I . Lent, arrets frequents. Decidement la meilleure solution pour voyager en iran est le savari, plus rapide, plus fluide, sans horaire
De Zanjan a Tabriz, au km 60 la route est tres belle (c’est en fait l’autoroute, la « vieille route etant parralele, et apparement encore plus belle), mais a partir du km 100 jusqu’au km 120 environ, la route est tout simplement sublime, lunaire, des couleurs a couper le souffle
Qazvin-Rasht= savari 50 000 RI
Rasht-Fuman savari 30000 RI
Fuman-Masouleh dar bast= 40000 RI, etonnament peu cher pour un dar bast de 35km
Hotel Masuleh tout en bas du village=200000 RI frigo tv douche
Minibus masouleh-fuman= 5000 RI. Lent.
Rasht-Tehran savari 100000 RI a l’arriere, 150000 RI devant, 4h, par qazvin. La route qui passe le long de la caspienne par Ramsar, Chalus dure 6h
Tehran hotel meshad dortoir 50000 RI
Un lift motorisé a Tehran=entre 15000 et 30000 maxi, selon distance. Frayeur garantie (on s’est trompé de route ? remontons la 4 voies a contre sens !)
Prix en vrac:
Tehran khayyam traditionel resto, le dizi est a 45000 RI. Cadre sublime et qalyan pas mal
Carte memoire d’appareil photo 4 giga= environ 12 euros
Hamburger 10000 RI ; tablette chocolat europeen 7000 RI ; jus de carotte, melon, banane 3000 RI ; qalyan+ thé entre 10000 RI et 15000 RI (sauf a masouleh ou c’est du vol) ; brochette mouton+riz 30000-45000 RI ; glace 3000 RI : koresht 30000 RI
Quelques photos prises lors de ce voyage (octobre 2009) sont visibles a l’adresse suivante :
http://picasaweb.google.com/home
Pour plus d’infos n’hesitez pas a me contacter
L’Iran est tres loin de tous les clichés, c’est un pays sublime et les iraniens le sont encore plus. La sécurité y est quasi totale pour un touriste.
Yoann
Avis sur le "Louis Majesty" de Louis Cruise Line? English translation pending
Bonjour,
La Compagnie Louis Cruise Line à un nouveau navire le "Louis Majesty". Il y a t-il des personnes qui connaissent ?
Merci
Chrystel
La Compagnie Louis Cruise Line à un nouveau navire le "Louis Majesty". Il y a t-il des personnes qui connaissent ?
Merci
Chrystel