C’est le cauchemar sans Darwin.
Les déshérités ne le sont pas à cause de leur naissance, de leurs lacunes ou de leur paresse. Ils le sont à cause d’un système qui les a broyés. Au cœur de cette machination, les banques et les politiques.
Les banques ont prêté et exigé jusqu’à dix fois en retour. Elles ont asphyxié des milliers de professionnels et envoyé des huissiers pour les achever. Le film montre les agriculteurs acculés à la dépression et au suicide.
Les débiteurs au tapis, les banques se sont tournées vers les épargnants. Ces futés pensaient faire de bonnes affaires en confiant leurs économies libellées en dollars à leurs banquiers. Funeste erreur ! Un beau jour, ils apprennent que leurs dollars sont transformés en pesos argentins. Comme le peso a sombré entre-temps, et qu’il ne vaut plus que son pesant en cacahuètes, on imagine les dégâts. Des millions de gens se sont retrouvés avec des liasses de billets sans valeur, de quoi se payer tout de même un match de foot et quelques bières pour oublier. La misère du jour au lendemain ! On pensait que c’était pour les autres...
Les politiques, eux, se sont lavés les mains de ces histoires de gueux. Leurs dollars restaient des dollars puisqu’ils étaient à l’abri à l’étranger. Comme ils ne sont pas cyniques pour deux sous, ils ont aidé... les banques en difficulté et expliqué sans rire que le FMI était la cause des problèmes. Des millions d’argentins sont priés de rester pauvres et dignes en attendant.
Le film court de témoignages en témoignages. Certaines images sont très fortes. Comme pour le cauchemar de Darwin, l’œil picote à intervalles réguliers...
Je l’ai vu in extremis. Quatre spectateurs dans la salle, pas un de plus. Le film n’est plus à l’affiche maintenant.
Khaldoun