mardi 7 octobre 2008
Je suis finalement sortie d'
Arménie. Après ces neuf mois passés là-bas, j'avoue que je ne réalise pas trop ce qui m'arrive. Je ne sais même pas si j'ai envie de voyager, je crois que j'ai très envie de recommencer ma nouvelle vie en
France. Mais je devrais plutôt raconter ma journée à la douane, encore des péripéties intéressantes avec l'OVIR...
Donc, la semaine dernière, moi et Anna nous rendons au bureau de l'OVIR (administration de l'immigration) à Yerevan, pour régulariser ma situation afin que je puisse enfin sortir du territoire arménien. Cette fois, nous avons à faire à un bonhomme, dans un autre bureau. Anna lui parle, et je peux mesurer mes progrès car je comprends 90% de la discussion.
Il ne regarde même pas mon passeport. Il me dit que la procédure prend 15 jours à Yerevan, et 2h à la frontière. En voilà une bonne nouvelle! Il dit aussi qu'il faudra payer entre 50 et 100 000 drams (ce qui fait entre 100 et 200 euros). Mais que ce sera 50 000. Il appelle le poste-frontière pour leur dire quand je dois passer, me regarde et me demande quand, alors moi je dis une date au pif, le 6 Octobre, vu que mon projet finit le 5. C'est à dire dans 4 jours! Une fois sortie de l'OVIR, je me dis que ça va faire drôlement court, tout va aller soudain très vite. Ca me fera un peu stresser toute la soirée, mais finalement j'accepte l'idée de partir. Enfin avec un jour de retard quand même, car je voulais acheter un doudouk, mais par flemme je ne l'ai finalement pas fait... fidèle à moi-même.
Bref ce matin, après un trajet de 4h en micro-bus avec des Arméniens aussi peu causants que d'habitude, on arrive à la frontière géorgienne. Je passe devant et parle à un douanier pour lui expliquer mon cas. Ils sont tous super souriants et super aimables, me disent qu'il n'y aura pas de problème. A un moment, je crois même comprendre que ça ne sera qu'une formalité, mais voyant que ça dure, je demande si je dois prévenir ma marshoutka (micro-bus), que je ne vois plus, d'ailleurs...
"Oui oui oui, vous ne pouvez plus repartir en marchoutka maintenant, il y en a pour 1h30". OK. Bon je cours de l'autre côté de la frontière, ne vois pas de micro-bus. Je l'imagine déjà, parti, avec toutes mes affaires dedans... Mais non, heureusement, ils sont tous un peu plus loin côté géorgien à faire vérifier leurs sacs. J'embarque le mien, et oublie mes provisions de pommes du jardin et de pêches séchées que m'avait préparées Sona, snif.
Retour au poste arménien. J'attends encore. Finalement on me fait signe. Un jeune douanier tout en longueur m'explique que maintenant il faut aller voir le grand-chef des douaniers pour qu'il décide du montant de l'amende. Il me fait monter dans une lada Niva, et en chemin je lui explique que je n'ai que les 50 000 drams annoncés par l'OVIR de Yerevan. Il m'explique alors que ça n'est pas l'OVIR qui décide, mais le grand shtroumpf de la douane, et qu'il faudra lui expliquer tout ça.
Le trajet est long, je me demande jusqu'où on va aller.
On finit par arriver à un bâtiment blanc, neuf, avec un groupe de 4/5 personnes oisives en uniforme qui bouche l'entrée. A l'intérieur, c'est plutôt vide. On monte à l'étage, on entre dans un bureau, et dans un coin il y a un uniformisé en face d'un ordinateur. En passant derrière lui pour aller m'asseoir vu qu'on m'y a invitée, je découvre l'activité épuisante de notre bon fonctionnaire. Il joue à un jeu qui consiste à faire éclater des grosses bulles de couleur. Eh be ils ne sont pas débordés ici...
Pendant ce temps, mon escorteur m'explique qu'il faut écrire une déclaration. Il raconte aussi toute mon histoire au gars des bulles. C'est bien, j'ai pas besoin de répéter. Le bulleur appelle le grand manitou, le met au courant que l'OVIR a dit que c'était 50 000 et que je n'ai que ça avec moi. Alors l'autre au bout du fil dit que ce n'est pas à l'OVIR de décider, et que puisque c'est comme ça, eh ben pour cette fois ce sera 100 000, na!
J'appelle Anna. Elle manque de s'étrangler au téléphone. Je lui passe Bubulle pour qu'ils s'expliquent, ce dernier donne le numéro de Number One à Anna, raccroche. S'ensuit un silence bienfaiteur. La pièce est à température idéale, dehors le soleil réchauffe l'atmosphère. Dans le bureau, la quiétude est bercée par les clic-clic de la souris creveuse de ballons, le bourdonnement de l'unité centrale et le stylo de la seule personne qui travaille à 30 km alentours, à savoir mon jeune douanier qui s'occupe, lentement et paisiblement, mais sûrement, de mon cas.
Finalement, Anna me rappelle pour me dire qu'après discussion, le chef me fera la grâce de ne payer que les 50 000 drams annoncés, mais mieux vaut que je ne parle pas trop et rectifie les dires à propos de l'OVIR. Je dis Ok et je raccroche. Le ball-killer me demande ce qu'on s'est dit. Je réponds: "Votre chef a dit qu'on trouverait peut-être une solution - Mais alors c'est oui ou c'est non pour les 50 000 - Oh ben moi j'en sais rien, c'est pas moi qui décide..." Re attente. On entend les mouches se gratter les aisselles. Je me dis que je vais finir par m'endormir. Cette fois, le temps qui passe m'est totalement égal, je sais que je finirai bien par sortir de toutes façons, peu importe quand ni comment.
Aussi, on m'explique que pour payer, il n'est pas sûr que la banque de la douane puisse prendre mon argent, car la procédure est nouvelle. Et si c'était le cas, il faudrait que j'aille demain à Noyemberyan (parce que la banque de Noyemberyan ferme tôt, alors c'est trop tard pour aujourd'hui). Arf... "Et il y a des micro-bus pour Noyemberyan? - Seulement des taxis - Ah, et c'est loin? - Une 30aine de km" Waou, trop cool... Je me vois déjà en train de faire du stop pour aller payer mon amende. Absurde pour absurde, après tout...
Je somnole déjà, quand mon sérieux douanier me tend une feuille de papier, avec un texte en arménien au début, puis des lignes, comme sur les feuilles d'examens de la fac, pour écrire droit. C'est l'heure de ma dictée d'arménien. Je comprends mieux, maintenant, pourquoi il m'avait demandé si je peux lire et écrire l'arménien. Je me prête au jeu de bonne grâce. Il me dicte du jargon administratif. Il m'affirme que si je fais des fautes d'orthographe, c'est pas grave. Ah ben me vlà rassurée, moi qui me voyais déjà au cachot pour dyslexie...
En gros, j'écris un texte qui veut dire qu'on m'a mise au courant que je suis bannie du territoire arménien pendant un an et que je suis d'accord, et des trucs que j'ai pas compris. Mais c'est pas grave parce que de toutes façons je suis d'accord. Et vu qu'ils ne m'ont pas demandé mon numéro de compte, je pense que c'est pas la peine que je demande à faire valoir mes droits de citoyenne pour un interprète arménien-breton.
Finalement, Anna me rappelle pour me demander des nouvelles. Entretemps, le cliqueur fou a reçu un coup de fil qui disait que c'était bon pour les 50 000. Et aussi que c'est bon pour la banque de la douane. Que des bonnes nouvelles dites donc!
Plus qu'une demie-heure et je suis libre d'aller où bon me semble, me disent-ils. Enfin sauf en
Arménie, évidemment...
On retourne au poste-frontière. Je poursuis comme un chiot la main qui tient mon passeport, et nous revoilà devant un des douaniers souriants du début. Il me dit que je n'ai plus qu'à payer mon amende à la banque, ensuite je donne 10 000 drams pour un nouveau visa (?) et c'est bon, je peux partir. Là, je le regarde de mon air gentil et fatigué, et je dis que je n'ai pas 10 000 drams (ouh la menteuse!) et que personne ne m'a dit que je devrais payer un nouveau visa pour pouvoir sortir.
Sur le moment, je me dis que c'est une arnaque. Bon, il me dit, comment on va faire alors? Moi, je hausse les épaules, j'en sais rien, je dis.
Ils continuent leurs paperasseries, moi j'attends à l'entrée du bureau. Finalement, il me rappelle, il remplit une fiche de visa. Je demande, qu'est-ce qu'on fait maintenant? Il me dit, attends. Me redemande si j'ai 10 000 drams. Je réponds non. Au pire, je me dis, j'irai faire semblant de changer des euros et je le ferai bien culpabiliser en lui disant que c'est l'argent de mon billet d'avion T'bilisi-
Paris... si vraiment il s'avérait que je doive payer ce fichu visa qui va me servir à rien.
Il téléphone à quelqu'un, fait genre il plaide en ma faveur (franchement je ne sais toujours pas si cette histoire de visa était une tentative pour se faire 10 000 drams en douce, ou pas). Quelques minutes plus tard, il me fait signe de le suivre dans le bureau d'à côté. Il dit au gars qui est là (plutôt mignon, et qui avait déjà tenté au tout début de m'apater avec un café), que tout est en règle et qu'il peut me mettre le tampon de sortie. Suspense... j'attends dans le couloir. Le gars mignon ressort, va dans le bureau du premier, avec mon passeport. Je me dis mince, si ça se trouve ce truc de visa c'est vrai, et celui-là est du genre super intègre et ne veut pas laisser passer... Je prie.
Ouf, miracle, dix minutes plus tard on me rend enfin mon passeport, avec un magnifique et tant attendu tampon de sortie :-).
Il est 15h30, je suis arrivée à la frontière vers 12h30. Cela n'aura duré que 3h! J'ai eu l'impression d'y passer une éternité. Tous les douaniers qui sont là me font de grands sourires. Tu m'étonnes, une 'tite française perdue au milieu des mamies en fichu et des papis qui puent, avec qui on peut même communiquer vu qu'elle parle arménien, non c'est sûr ça ne doit pas leur arriver tous les jours.
Je patiente encore, au soleil cette fois pour raviver mon hâle, ben quoi, c'est pas parce que je suis une clandestine que je dois pas soigner mon bronzage!
On finit par me trouver une voiture pour m'emmener à T'bilissi. Mais franchement, un gros type, arménien, dans un 4*4 aux vitres fumées, et seul, ça ne me dit rien qui vaille. Sauvée, un deuxième douanier dit au premier qu'il a déjà une voiture pour moi. Une belle merco balnche, avec à son bord une femme et un enfant, le mari qui arrive. Ouf! Beaucoup plus rassurant!
Cette fois, ça y est, plus de langue commune, l'arménien ne me sert déjà plus à rien à peine la frontière passée. Même en totalisant 8 langues à trois avec mes chauffeurs, dur dur de se comprendre.