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A présent, le chemin mène à une zone humide et finit en T, laissant au promeneur un choix binaire. Mais la curiosité est le propre de l'homme et elle transcende la logique. C'est tout droit que je décide de poursuivre mon chemin, promptement.
La transition est franche et des plus sommaires : un talus, rien qu'un talus coiffé de quelques arbres, avec une large entaille à un endroit, sorte d'invitation implicite à un changement de décor. Un talus qui sépare deux mondes à la fois si proches et si différents. Car ici, il n'est plus question de parterres à lamiers jaunes. On peut y voir une belle concentration de roseaux à massette - végétal au doux nom évocateur de quenouille chez les canadiens - parfaitement à leur aise, les pieds dans l'eau.
Droit, du haut de ses 2,5 m ou plus, c'est lui qui domine
le marais. Je me sers du feuillage de l'un d'eux en guise de premier plan pour illustrer ce lieu insolite.
35 : marais bordant la Laïta. GR34.
Après l'ambiance forestière, fermée sans oppresser pour autant, voici donc cette ambiance de zone humide, plus ouverte, et paradoxalement plus confidentielle, avec ses propres règles, ses codes et ses locataires, un univers qu'il faudra revenir explorer. Tout y est si différent et tellement plein de promesses de leçons de choses.
36 : épis mâles, grêles, pointus, desséchés, et juste en-dessous, épis femelles, fusiformes à nombreuses fleurs soyeuses. Roseaux à massette. GR34.
Aux côtés de la massette à larges feuilles, noyé dans un fond uniformément vert glauque, l'iris se montre plus discret. On le repère de loin, mais il faut ouvrir l'oeil. Et ce repérage est bien évidemment facilité par la période de floraison.
37 : iris des marais dans son biotope
Il évoque la mythologie selon laquelle les manifestations de l'arc-en-ciel dévoilent l'écharpe de la déesse Iris qui établissait ainsi la communication entre le ciel et la terre, il est aussi le symbole du Royaume de
France. Et ce, depuis l'an 507 et la bataille de Vouillé près de
Châtellerault, qui a vu l'offensive des Francs sous le règne de Clovis, contre les Wisigoths. Un champ d'iris traversé à gué aurait permis au roi de semer l'ennemi.
Loin du livre d'histoire, loin du recueil de contes et légendes, il ne faut pas avoir ici une autre ambition que celle de fureter pour débusquer le moindre sujet qui, en temps ordinaire, indiffère, mais qu'une belle lumière pourrait sublimer.
38 : araignée des marais (
Dolomedes sp) à l'affût
39 : punaise sur le tranchant d'une feuille d'iris
40 : bourdon très occupé
41 : escargot sur iris
Pour accéder à un pied d'iris en fleurs et espérer pouvoir en tirer un cliché présentable, il faudra peut-être s'aventurer dans cette vaste zone de marais à ses risques et périls. Le sol s'y présente comme un matelas instable, spongieux, gorgé d'eau, fétide, et qui dégage des gaz quand on s'y enfonce.
Mais s'il peut s'armer d'un peu de patience, de perspicacité et d'une pince à linge, le promeneur parviendra à s'en rapprocher pour le voir de plus près dans toute la complexité de son arrangement d'où l'on peine à distinguer la corolle du calice.
Retour sur les hauteurs. De derrière un rideau de chênes, ou à peine plus loin depuis le Rocher Royal, on a une vue imprenable sur le
château de Bothané qui fut occupé par des allemands sous l'Occupation, et qui est aujourd'hui transformé en maison d'hôte.
42 : château de Bothané, vu depuis un point haut en forêt de Carnoët.
Un second cliché laisse imaginer à quel point le paysage doit être splendide, vu à travers l'oculus d'une des tours.
43 : château de Bothané vu depuis le Rocher Royal
Depuis l'un des nombreux sillons qui recoupent le bois en long et en large, on aperçoit une butte. Il s'agit d'un tumulus. Sur la carte topographique, celui-ci se situe au nord-ouest du Rocher Royal, au niveau d'un point coté +57mNGF.
44 : tumulus en forêt de Carnoët
Il est recensé à l'intérieur de la forêt de Carnoët, plusieurs vestiges ou traces de présence humaine datant de la préhistoire (dolmen de Toulfoën, menhir, d'autres tumulus).
Selon les explications affichées sur place à l'attention du public, le tumulus présenté en image mesurait environ 30 m de diamètre et 3 m de hauteur, et il date de l'âge de bronze, soit 2200 à 1800 ans avant JC.
Lors des fouilles archéologiques de ce tumulus en 1843, il y a été découvert dans la chambre funéraire, des bijoux en or et en argent ainsi que des armes.
Ceux-ci sont répartis entre le musée de Cluny à
Paris et le musée d'archéologie nationale de
Saint-Germain-en-Laye.
La forêt de Carnoët est fréquentée par un large public, adepte de randonnée à pied ou équestre, de course à pied et de vélo.
Synthèse :
L'ensemble formé par le Bois de Saint-
Maurice et la forêt domaniale de Carnoët, traversé par la Laïta et qui s'étend sur environ 930 hectares est à découvrir absolument si l'on séjourne dans ce secteur géographique. Je pense qu'il conserve tous ses atouts en pleine période estivale et qu'il constitue à ce titre, un excellent contrepoint à l'option "plage/farniente" pour l'estivant qui aurait choisi de se poser à Guidel-Plage ou au Pouldu.
Le parcours, envisagé seul ou en famille ou en groupe, hors période estivale comme cela fut mon cas, je parle au présent, est plus que parfait.
Il ne faut pas hésiter à s'affranchir parfois du strict tracé du GR prêt à l'emploi, dans le respect de la réglementation bien sûr.
Je devrai compléter (ou quelqu'un le fera) ce qui n'est qu'un bref aperçu, en pensant à orienter celui-ci vers des milieux que j'ai honteusement occultés : tourbières à sphaigne et
Drosera, forêt alluviale de bas de pente à aulne et frêne, ruisseaux forestiers, et pourquoi pas les abords des zones cultivées et adventices, sans compter,...les moulins à marée, avant de venir à nouveau proposer ici quelques images.