Il y a effectivement des "jeux olympiques" des peuples d'
Amazonie. Pour ceux que ça intéresse :
COMPÉTITION CHEZ LES INDIENS
Fête olympique en
Amazonie
Mille deux cents Indiens appartenant à 47 ethnies ont participé aux Jeux des
peuples indigènes. Au programme : tir à la corde de guerre, sarbacane,
course au tronc d'arbre, football de tête...
"Expresso",
Lisbonne
Pour célébrer l'ouverture des VIes Jeux des peuples indigènes à Palmas,
capitale de l'Etat du Tocantins, au coeur de l'
Amazonie, les Indiens du
Brésil ont préparé leurs peintures de guerre et leurs parures de plumes
d'oiseaux exotiques dans une ambiance pacifique. Ces jeux, dont certains
étaient pratiqués bien avant l'arrivée des premiers colons européens, sont
censés préserver les cultures indigènes. Huit jours durant (du 1er au 8
novembre), plus de 1 200 Indiens appartenant à 47 ethnies se sont donc
mesurés dans douze disciplines, dont les plus connues - le tir à l'arc, le
lancer du javelot, l'athlétisme ou encore le football - diffèrent
sensiblement de celles que nous, les non-Indiens, pratiquons habituellement.
Créés en 1996, les Jeux des peuples indigènes sont à l'origine d'une
consolidation de l'identité indienne. Dans une interview donnée sur le site
de la Fundação Nacional do Indio (FUNAI), Carlos Terena, indien et
coordinateur culturel des Jeux, s'en explique : "Grâce aux jeux, nous avons
une meilleure estime de nous-mêmes et nous comprenons mieux qui nous
sommes." Les jeux encouragent beaucoup de jeunes Indiens à arborer les
peintures et marques distinctives de leurs peuples, au détriment d'autres
"usages tribaux" introduits par l'homme blanc, comme les boucles d'oreilles
ou certaines coupes de cheveux.
Conçus comme un événement sportif mais aussi comme un festival culturel, les
Jeux font la part belle aux cérémonies indiennes traditionnelles. La
cérémonie d'ouverture s'inspire de celle des Jeux olympiques, chaque ethnie
entrant en piste à l'appel de son nom. Commence alors la danse du feu - qui
accompagne l'allumage de la flamme -, puis la danse d'invocation des
esprits favorables à la chasse et enfin la danse de la menina-moça, qui fête
les premières menstruations de l'Indienne prête à se marier. Outre les
épreuves, les spectateurs peuvent observer la façon dont les Indiens se
préparent aux Jeux, notamment la réalisation des peintures dont ils se
couvrent le corps. Dans la plupart des ethnies, les hommes se peignent
eux-mêmes, mais, chez les Xavantes, ce rôle incombe aux femmes. Les
visiteurs qui le désirent peuvent également se faire maquiller avec ce
mélange de charbon, de jenipapo et d'urucum. La feuille de l'urucum contient
une substance rouge que le jenipapo permet de fixer. La peinture tient au
moins quinze jours sur la peau. La plage de Graciosa, spécialement aménagée
pour les Jeux, a notamment accueilli des Pataxós, venus de l'Etat de Bahia.
Ils appartiennent au peuple qui a assisté à l'arrivée des premiers navires
portugais au
Brésil, le 22 avril 1500. Etaient présents également des
membres de l'ethnie Ava Canoeiro, qui ne compte plus que vingt-cinq
survivants et dont les premiers contacts avec l'homme blanc ne remontent
qu'à trente ans à peine. L'une des ethnies les plus impressionnantes est
celle des Matis, également appelés "hommes-jaguars". Ces habitants de la
région frontalière du
Brésil et du
Pérou doivent naviguer pendant cinq jours
avant d'atteindre la piste de l'aérodrome d'où ils sont partis pour les Jeux
; il s'agit d'une des rares occasions de quitter leurs terres. Leurs visages
ornés de coquillages et de bois leur donnent un air félin. Ils ne se
séparent jamais de leur sarbacane.
Les Jeux ont attiré cette année sept ethnies de plus que ceux de 2002, qui
avaient été organisés à Marapanim, dans l'Etat du Pará. Il y avait par
exemple les Avá Guajá, qui vivent à l'écart dans le Maranhão. Et, pour la
première fois, des représentants de l'ethnie des Ka'appor ont participé.
C'est de cette tribu que provenait l'Indien Iurá, dont la vie a été racontée
par l'anthropologue Darcy Ribeiro et qui a tenté, au siècle dernier,
d'établir des contacts pacifiques avec les Blancs. A noter la présence
d'Indiens venus en observateurs : des natifs du
Canada, de la
Guyana et de
la
Guyane française.
La FUNAI apporte son soutien aux athlètes en leur proposant les services de
professeurs d'éducation physique, chargés des échauffements avant les
épreuves. Tous les sportifs sont logés dans un village olympique construit
pour l'occasion, qui comprend des malocas (de grandes huttes) en paille et
en bois. La nuit, le village est fermé, et la vente d'alcool est interdite.
Tout contrevenant est passible de prison et risque de voir son établissement
menacé de fermeture. Les malocas ne sont jamais désertes : même aux moments
les plus intenses de la compétition, elles sont gardées par un membre de
chaque ethnie.
Jair Rattner