Beaucoup d'entre nous connaissent Alan de
Nice et son prétendu manque d'intérêt pour l'
Inde.
Aussi l'avais-je défié de ma
Chine lointaine afin de le trainer dans un restaurant indien de
Nice, un jour du mois de décembre. Le fol croyait que je plaisantais et a accepté ce défi dans un élan de légéreté.
Un beau matin, le sieur Alan reçut un SMS l'enjoignant de respecter sa promesse, et celui-ci répondit par un coup de fil innocemment évasif:
"on n'a qu'à aller manger au Lou Balico".
Il ne fallut pas moins de six ou sept tentatives pour que le mot "indien" soit porté par le réseau de téléphonie mobile pour parvenir aux oreilles de l'intéressé.
"manger à Mougins?" répondit l'apprenti professeur Tournesol, entre autres fantaisies homonimes.
Mais notre homme était un rusé. Il avait entre temps prévenu le personnel du
Delhi Belly, judicieusement caché dans une ruelle derrière le Cours Saleya, et lorsque le voyageur transi arriva sur les lieux du défi, il ne trouva qu'une porte entrouverte, un amoncellement de cartons, et un employé souriant (et complice) affirmant que le restaurant n'était pas ouvert à midi.
Ne voulant pas dénoncer cette supercherie au grand jour, je n'ai pas accusé les conjurés et ai contemplé avec une mine défaite le visage réjoui de celui qui a su berner son monde. Combien de statues de Ganesh et de prières à Siva le conspirateur avait-il dû consentir pour obtenir ces faveurs? Nul ne le saura jamais, mais il est très probable qu'Alan pactisa avec bon nombre de divinités hindoues pour en arriver là.
Mais il y a bien d'autres restaurants indiens à
Nice, et le sieur Alan en choisit un, à un bon quart d'heure de marche, et qu'il croyait fermé. Un ricanement traversa sa gorge puis son visage lorsqu'il crut voir les soi-disant signes de fermeture dudit restaurant. Mais tandis que pizzas, gnocchis et autres poivrons à l'huile d'olive commençaient à alimenter ses fantasmes, le voyageur intrépide poussa la porte et eut la confirmation que le restaurant était ouvert.
C'est ainsi que nous nous sommes tous assis entre statues aux bras multiples et miniatures indiennes.
Rapidement, de succulents plats se succédèrent à notre table. Alan fut rapidement vaincu. Malgré quelques grimaces de façade et commentaires dont le flegme aurait désarçonné le plus dandy des londoniens du XIXème siècle à qui l'on aurait présenté le plus rare des thés royaux, ses assiettes se sont vidées. Les unes après les autres. Sans que personne ne le force. Et sans qu'il ne recrache rien en toute discrétion dans sa serviette.
D'inqualifiable, la nourriture devint supportable. Puis acceptable, et même correcte. Voire même bonne vers la fin du repas. L'homme était vaincu. Il avait accepté le défi et s'était ridiculisé.
Hélas, dans un ultime et traitre soubresaut, les divinités décidèrent de saboter ma victoire, et l'appareil photo destiné à immortaliser la scène, devant tourner ainsi définitivement une des pages les plus anciennes de VF, fut pris d'une soudaine et suspecte panne de batterie.
Telle la dame blanche, l'ovni de Roswell, ou le fameux sourire d'une hotesse d'Iberia en 1981, cette conversion d'Alan à la cuisine indienne restera sans preuve tangible. L'intéressé ainsi que ses plus fidèles compagnons démentira. "tu n'avais qu'à prendre une photo si tu dis vrai" répondra-t-il certainement, jouant de sa réputation sur le forum.
Mais nul doute que pendant des années encore, cet événement historique fera débat...