| Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:13 · 40 photos 18 messages · 12 participants · 9 185 affichages | | | | 14 octobre 2004 à 11:13 · Modifié le 20 oct. 2004 à 8:27 Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 1 de 18 · 9 056 affichages · Partager Il y a de nombreuses années déjà, je me faufilais au travers de la minuscule lucarne de paix qu’entrouvrait un pays mystérieux et inaccessible. Mystérieux il le restera longtemps encore, inaccessible malheureusement aussi... Je vous compte ici cette formidable épopée au royaume de Gilgamesh et des temps immémoriaux qui ont précédé son règne...
Beub Image attachée: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:14 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 2 de 18 · 9 028 affichages · Partager Voyage aux origines du monde
Aujourd’hui 4 août, une journée très chaude s’annonce à nouveau. Nous avons subi près de 51°c hier. Il n’est pourtant que 7h00 et il fait déjà 40°c sur les bords du Golfe Persique. Nous longeons la plage, lourdement chargés, pour prendre le bus qui nous conduira à la frontière. L’air est moite, saturé d’iode et de chaleur. C’est donc sans nous faire prier que nous embarquons dans le bus climatisé pour Abidayah. L’air y est presque frais, les housses de sièges impeccablement propres et repassées. La moquette, les vitres, les cendriers, pas un détail n’a échappé à la vigilance des ouvriers Bangladeshi ou Pakistanais chargés du nettoyage. Une hôtesse, à l’élégante beauté orientale, nous sert de l’eau fraîche puis s’installe aux cotés du chauffeur qui vient de prendre place aux commandes. Nous partons à 8 heures précises. Un voyage sans accroc en somme, où tout est prévisible, beau, propre, aseptisé comme tout voyage bien ficelé.
Le bus à moitié vide se dirige plein nord. Je repense alors au voyage déjà accompli... Nous avons atterri à Izmir, le 13 juillet. Bien que ne connaissant pas cette partie de la Turquie riche en sites touristiques et archéologiques, ma mère, mon frère et moi étions pris de frénésie pour quitter au plus vite le pays. Une contrée mystérieuse, recluse, nous hèle irrésistiblement, irrépressiblement. Nous rejoignons aussitôt la gare routière pour nous renseigner, pour savoir, pour nous y rendre. « Le prochain bus pour Mardin part dans une heure de l’emplacement N°23. De là vous pourrez rejoindre Mossoul » nous rétorque le guichetier. Mossoul,... Mossoul,... Mossoul,.... Ses roses odorantes si célèbres au pays des mille et une nuits, la douceur de ses jardins rafraîchissants nous appellent. Nous voulons fouler les pierres plurimillénaires de Ninive. Ninive, capitale des Assyriens, ville biblique citée dans la Genèse ayant abrité le prophète Jonas. Nous étions pris d’un vif et irrépressible désir de voir, sentir, toucher, goûter, vivre cette ville, ce pays mystérieux qu’est l’Iraq. Nous n’avions prévu qu’une petite incursion, juste pour fouler ce sol, pour partager des instants de vie avec ce peuple, pour contempler la puissance du passé Assyrien. Cette incursion nous a mené jusqu’à Bagdad, portés par la beauté de ce pays et la gentillesse de son peuple. Nous avons goûté aux plaisirs des soirées passées sur les berges du Tigre à déguster d’énormes poissons grillés au feu de bois. Nous avons vu, contemplé et visité Ninive, Assour, le musée archéologique de Bagdad d’une richesse et d’un intérêt majeur. Nous avons assisté à la ferveur religieuse dans d’immenses mosquées entièrement recouvertes d’or et de mosaïques étincelantes. Nous enchaînons par la visite de l’ambassade du Koweït qui nous délivre un visa. Puis c’est le vol à bord d’un avion de la « Koweït Airlines » et l’atterrissage à Koweït City. S’enchaînent alors quatre jours de visite de ce petit pays ayant allié ultra modernisme et traditions bédouines. Nous avons parcouru les champs pétrolifères jusqu’aux portes de l’Arabie Saoudite, arpenté les rues, les restaurants et les galeries marchandes de la capitale attendant impatiemment que l’ambassade d’Iraq nous délivre un nouveau visa. La ville vit au ralenti ce 3 août 1989, jour de l’Aïd el Kebir. Cependant, l’ambassade d’Irak nous reçoit dans un quartier des ambassades endormi. « Nous sommes un Etat laïc, c’est pourquoi nous travaillons aujourd’hui » rétorque l’assistant du consul en nous tendant nos trois passeports. Nous avons nos laissez-passer pour retourner en Iraq. Pour nous immerger dans ce sud Irakien qui s’avèrera si surprenant, si prodigieux, si différent du nord du pays.
J’aime cette sensation de me diriger vers l’inconnu. Ce sentiment qu’en quittant un pays on quitte un état d’esprit. On ne franchit pas qu’une frontière géographique, on s’émancipe. Bientôt nous ne maîtriserons plus grand-chose. Nous nous laisserons alors bercer, porter, transporter par quelque arcane étrange et mystérieuse, vers de nouvelles dimensions que nous n’osions imaginer... En sortant du Koweït nous délaissons notre voyage. Ce voyage où tout était réfléchi, pensé, pesé, maîtrisé. Nous quittons nos certitudes du lendemain, l’assurance d’avoir une chambre d’hôtel propre, un restaurant salubre, un programme de visite. Nous allons franchir cette frontière qui sépare le voyage de l’aventure. Cet inconnu, pour le voyageur, c’est comme un vide qui vous attire, une force inexpliquée qui vous happe, un appel de sirènes qui vous perd. Tel une fragile chrysalide, nous sommes des voyageurs en gestation depuis bientôt 3 semaines. Nous pouvons éclore pour enfin devenir aventuriers. Le tout est de savoir où et quand nous allons franchir ce cap... Images attachées: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:21 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 3 de 18 · 9 006 affichages · Partager Nous atteignons le poste de contrôle Koweïtien à pied. Le douanier nous indique la zone à franchir, ainsi que la casemate Irakienne faisant office de poste frontière. Il nous faut franchir ce « no man’s land » à pied, sous ce soleil de plomb. Portant mon sac ainsi que celui de ma mère, je m’enfonce dans le bitume. La plante des pieds me brûle. Tout est incandescent.
« Bon, il se magne ce douanier koweïtien, il nous les tamponne nos passeports, ou quoi ??? Je commence à cramer moi !!! ». Bang ! Bang ! Bang !!! Trois coups de tampon qui nous délivrent. Ainsi chargés nous flottons sur cette langue de bitume fondante qui nous mène en Irak. Nous quittons la civilisation pour de nouveaux horizons. Nous abandonnons la terre ferme et prévisible du voyage pour nous embarquer sur les sables mouvants et imprévisibles de l’aventure.
« Salââm aleykoum ». Mon frère tend nos trois passeports. Le militaire en faction devant la barrière en métal bardée de barbelés vérifie nos passeports, puis nous indique du bout de son doigt le poste de douane où nous devons nous rendre. « Fransaoui !!!», s’exclame le douanier en voyant nos passeports. Un coup de tampon à coté de chaque visa, nous pouvons retourner en Irak. « Ahlan oua sahlan fi Iraq » nous lance le douanier, « where is the bus for Bassora ?”, lui reponds-je. Il nous explique qu’il faut attendre... attendre, attendre encore... il n'y a pas un chat ici, ni bus, ni taxi, ni rien du tout... Heureusement au bout d’une heure, un taxi dépose quatre Irakiens se rendant au Koweït. Avec un médecin Irakien, nous partageons le taxi, direction Bassora. Plus nous approchons, plus la chaleur devient intenable... Ce n'est plus la chaleur sèche du désert, l'air devient moite, chargé d’une humidité suffocante... nous sommes dans un état de liquéfaction avancé car, contrairement aux taxis Koweïtiens, il n’y a pas la clim. dans ces vieux taxis blancs aux ailes orangées. Il est 15h00. Nous arrivons à la frontière sud des marais Irakiens, nous arrivons à Bassora. Le chauffeur nous indique qu'il n'y a plus d'hôtels pour touristes, à part l’exorbitant hôtel Sheraton, depuis la guerre contre l’ Iran dans la région. Il faudra nous contenter d'un hôtel aux standards autochtones. La ville est dans un état déplorable, pitoyable, écoeurant. Routes défoncées, égouts en plein air nauséabonds, décharges fumantes aux coins des rues, nombreux bâtiments détruits... La guerre Iran - Irak n'est finie que depuis quelques mois. Nous finissons par trouver un hôtel à 1 Dinar/pers soit 3 Dinars = 1.50€. L'air y est suffoquant : une infecte puanteur par 48°c et 100% d'humidité.... mais nous sommes à l'ombre et nous avons des matelas sur lesquels nous pouvons nous allonger. La pire nuit de ma vie pouvait désormais commencer... Nous n'avons pas faim mais soif. Pas d'eau en bouteille, nulle part nous dit-on. Nous nous rabattons sur le reste de la bouteille ramenée du Koweït. Les draps sont dégueulasses, mouchetés de morve, tachés de cheveux gras et de pieds sales. Le matelas est dans le même état. Nous nous allongeons donc sur nos sacs de couchage qui recouvrent les lits. Mais les fourmis et les puces affamées ne tardent pas à nous attaquer. N’en pouvant plus, je décide de prendre une douche dans cette salle de bains nauséabonde... Seul un mince filet d'eau verdâtre perlé de rouille suinte de ce tuyau oxydé. Je renonce... Mon frère et moi crevons littéralement de soif, pendant que ma mère dort sereinement !!! Mais comment fait-elle ??? : Elle rêve de se délasser dans une piscine de limonade vivifiante où flotteraient une multitude de glaçons rafraîchissants.
Il n’y a plus d'électricité dans la ville depuis le matin. Les rues sont obscures, ténébreuses, mais nous décelons par la fenêtre quelques échoppes ouvertes éclairées aux lampes à gaz. Tels des phalènes affolées, nous essayons de les rejoindre. Nous entendons de grosses bêtes courir dans les rues...ce sont des rats qui doivent faire 10 kilos au moins. Arrivés au ridicule édicule rédempteur, nous demandons de l'eau. Il n'y en a pas. Des jus de fruits... Oooooooooooo miracle, il y a des petites briques de 20 cl à deux dollars pièce et chaudes en plus car il n’y a pas d'électricité pour le frigo. On en prend six, on en descend quatre culs secs, sans avoir étanché notre soif abyssale. Le tenancier de l'échoppe nous conseille de boire du thé, ça coupe la soif. Il nous sert. Le thé pue les égouts, mais l'eau est très bien bouillie, nous assure-t-il. On a trop soif, et on boit quatre tasses chacun. Ça va un petit peu mieux, on retourne se coucher parmi les puces, les fourmis et la morve sans trouver le sommeil. L'on entend les rats accomplir leur vie nocturne dans les ruelles devenues calmes. L'air est toujours aussi suffoquant, je craque... je vais prendre une "douche". Ma peau est humide et un léger souffle de vent coule sur ma peau fétide et verdâtre constellée de rouille. Quel bonheur, il fait presque frais. Durant une heure je renouvelle en alternance avec mon frère cette réconfortante sensation de fraîcheur. Dès 6h00, nous plions rapidement bagage et prenons la direction de la gare routière. Nous fuyons Bassora. L’enfer a désormais un nom !
L’air matinal circulant dans le bus aux fenêtres grandes ouvertes s’apparente à une douce caresse rafraîchissante. Le long de cette route chaotique ayant subi les assauts répétés de la guerre, les hommes, les femmes et leurs enfants s’éveillent. Ils accomplissent leurs tâches quotidiennes. Se déroule ainsi devant nos yeux, l’immense fresque, simple et émouvante de la vie du sud de l’Irak. Immuable depuis des millénaires, tout, ou presque semble ici s’être figé dans la nuit des temps. Des allées de palmiers bordent ces villages en pisé entourés de parcelles de jardins colorés de fruits et de légumes appétissants. Les petits champs de céréales posés à l’ombre d’arbres patriarcaux sont, comme aux premiers temps, irrigués par des chadoufs. Des dromadaires, parfois des ânes transportent le fruit du travail de ces hommes. Les femmes vêtues de longues robes noires, portent de leurs mains perlées de tatouages le linge qu’elles iront laver dans le Shott-El-Arab. Les enfants jouent sur la place du village en terre battue, parmi les poules et les chèvres.
Nous avons parcouru les méandres du temps jusqu’à Al-Qurnah, une petite ville à 80 Km au nord de Bassora. Au sein du marais Irakien, cette petite ville ne présente aucun intérêt majeur. Ma mère semble cependant déterminée à nous emmener en un endroit qui lui semble étrangement familier, qu’elle donne l’impression de connaître. Sitôt descendus du bus, ma mère hèle un taxi et lui ordonne : « ilâ shajarat Adâme, min fadlak ». « Shajarat Adâme houna », nous répond-t-il en pointant du doigt un hôtel en ruine. Nous nous approchons, puis ma mère nous explique enfin... « C'est ici que tout a commencé. C'est sur cette langue de terre où s'unissent le Tigre et l'Euphrate que vécurent Adam et Eve. Cet arbre rabougri est le pommier du péché originel ».
Eden, ce jardin paradisiaque est bien un lieu géographique et non mythique, donc inventé ou imaginé. « Et l'Eternel, Dieu, prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder ». (Livre de la Genèse, chapitre 2, verset 15). Soudain, tout devenait clair, la Genèse avait un sens, avait des sens, car tous vibraient à savoir que je me trouvais là ou tout a commencé. Cette écorce rugueuse du pommier, me rappelle la caresse reptilienne du tentateur. Ces jeux, ces rires et ces cris d’enfants sur les berges sonnent comme un rappel de l’innocence originelle. Ces fleurs ont un parfum suave, délicat, paradisiaque. Bien que mon intellect, ma logique cartésienne tentait de me ramener à la réalité d'une histoire inventée par l'homme, comme tout autre genèse mythique, je ne cessais d'être ému de ma présence sur cette terre qui a porté le premier couple de l'histoire de l'humanité. Neandertal, cromagnon n'ont pas leur place ici. La théorie de l'évolution n'a aucun sens en ce lieu. Ces femmes vêtues de noir, à la peau tannée perlée de tatouages discrets aux mains et au visage, ces enfants qui jouent et qui rient, ces hommes dont notre présence égaye leur journée de sourires joyeux ou moqueurs, sont tous des descendants d'Adam et Eve. Leur innocence, leur joie de vivre fait oublier que le premier péché a été commis en ce lieu, que la guerre Iran Irak sévissait ici il y a encore quelques mois. Je n'avais jamais ressenti d'Emotion aussi intense, surtout dans un lieu démuni objectivement de tout charme.
Après deux heures passées à nous ressourcer, nous prenons place dans un taxi direction Nassyriah. La route, bordée de part et d’autre de roseaux, traverse d’est en ouest le marais Irakien. A mi chemin, la voiture s’arrête. Ibrahim, le chauffeur du taxi, nous invite fort sympathiquement à boire le thé chez son frère. Il vit dans l’une de ces habitations faites de roseaux liés, pour former une voûte gothique. Longue de quinze mètres et haute de 4 mètres, cette demeure est ouverte en ses deux extrémités, ce qui permet à l'air de circuler, et d'obtenir un air plus "frais". « Certains archéologues affirment que cela fait 8000 ans que ces habitations sont construites de la même façon, dans cette région », nous explique fièrement notre hôte. Nous buvons ensemble, assis en tailleur sur des nattes de joncs, comme le font ici les hommes depuis des temps immémoriaux. Nous flottons ainsi, durant une heure, au milieu de ce marais primitif, bercés par les remous des roseaux et des joncs qui ondulent au rythme du chaud et léger baiser du vent. Les hommes et les enfants du village curieux de la présence rare et unique d’occidentaux s’agglutinent à chaque extrémité de l’édifice. Ils nous observent, nous analysent, nous questionnent. Tous se réjouissent de notre présence qui agrémentera leurs soirées de discussions animées au sujet de ces trois étrangers blancs venus de si loin, d’un pays si différent. Nous poursuivons ainsi notre voyage aux origines du monde, palabrant avec les descendants d’Adam et Eve, les héritiers directs du royaume de Sumer. Ce sont d’ailleurs des cigarettes « Sumer » que nous fumons ensemble non loin de la capitale de ce premier royaume de l’humanité. C’est ainsi que le chauffeur de taxi se propose de nous emmener à Our.
« OUR ». Un nom fossile, un héritage linguistique transmis intact jusqu’à nos jours au travers des arcanes du temps. Ce mot nous rappelle, une fois de plus à la source du monde, de la civilisation. Ce mot, c’est l’étymologie même du mot or-igine. Les langues germaniques ont même préservé, à l’identique, ce nom pour signifier l’origine des choses. Cette civilisation Sumérienne, cette ville ont inventé les concepts de loi, de gouvernement et de vie urbaine, la division du temps et de l’espace en degrés, l’astrologie, la roue et surtout l’écriture. Cette terre a vu naître et grandir Abraham, a vu germer le monothéisme.
Le taxi s’arrête. Nous montons sur cette bute, afin d’avoir une vue d’ensemble. La ziggurat d’Our s’élève devant nos yeux ébahis, avec une imposante, presque écrasante majesté. Cette immense pyramide de briques cuites et crues représente le centre administratif, politique et religieux du royaume de Sumer. Elle symbolise certainement le centre du monde, car elle a posé les fondations des découvertes et des concepts qui ont posé les bases de notre savoir, peut être même de notre civilisation. Nous sommes littéralement sidérés de pouvoir être les témoins de ce que bâtirent physiquement, intellectuellement et spirituellement les Sumériens. Ibrahim nous indique l’entrée du site à 500 m de là.
Une double clôture surmontée d’entrelacs de barbelés entoure le site archéologique, « pour protéger l’inestimable valeur de ce qu’il représente », pensons nous ! Un militaire s’approche, ouvre la première grille, puis nous somme de quitter les lieux. Il nous explique que nous sommes à la limite d’un site militaire important et sensible, et que nous ferions mieux de quitter les lieux sur le champ ! Les idéogrammes sur le portail extérieur sont explicites : pas de photo, tête de mort, clôture électrifiée, mines...Sans trop insister, nous faisons demi-tour, assurant au militaire que nous n’avons pris aucune photo du site. Par chance il ne nous avait pas vu « mitrailler » du haut de la butte. Ainsi, l’armée Irakienne coupe court à notre soif de voyage aux sources originelles de notre humanité. Nous pouvons donc rejoindre le monde contemporain quelque peu amers...
Nassiryah est une petite ville tranquille. Ibrahim nous conseille un hôtel climatisé à l’écart du centre ville à 10$ la nuit, puis vient le moment de chaleureux adieux. L’air frais de la climatisation de notre chambre, et les bouteilles d’eau fraîche mises à notre disposition dans le frigo apaise la rage de n’avoir pu fouler le sol de la ville mythique d’Our.... Images attachées: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:30 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 4 de 18 · 9 002 affichages · Partager Après une agréable soirée passée à se réhydrater, se restaurer, se rafraîchir et se reposer, nous arrivons, ce matin du 6 août, à Al Hilla en pleine forme. Dès la descente du bus, un taxi nous interpelle : « Where do you wanna go ? ». On se regarde tous les trois tant la réponse que nous allions donner nous semblait étrange, irréelle, surnaturelle. Ce mot, d’une intemporalité mythique unique, chargé de tant de fantasmes historiques, pourrions nous le prononcer ? Ailleurs nous aurions été pris pour d’excentriques ahuris. C’est donc avec une immense émotion que ma mère prononce ce nom chargé de tant de mystères et de magie : « Babylone ». Ici la destination est reçue avec un flegme déroutant. Le chauffeur nous dépose devant la porte d’Ishtar, ou plutôt sa copie. L’original se trouve au musée archéologique de Berlin. La reconstitution de cette porte monumentale est flambant neuve. Le bleu éclatant de ses céramiques émaillées, le brillant des dragons-serpents et des taureaux représentés, ainsi que le guichet incorporé dans la structure, ferait presque penser à l’entrée d’un parc d’attraction. La volonté de Saddam Hussein de recréer la ville telle qu’aux temps de sa splendeur, est flagrante. De nombreux ouvriers s’affairent à reconstruire sur la structure d’origine, le sommet des remparts entourant l’ancienne cité.
Passée la porte, nous débouchons sur la monumentale allée des processions. L’avenue sacrée exhibe sa démesure. Les ondulations des myriades de pavés à la patine quatre fois millénaire, résonnent comme l’écho des vagues du temps. Elles illustrent la ferveur dédiée au Dieu Mardouk et les gloires passées du royaume de Hammourabi et de l’empire de Nabuchodonosor. Sur la gauche des terrasses augurent ce que sera la réplique des célèbres jardins suspendus, revus et corrigés par le « Raïs ». Plus loin sur la droite, une immense surface plane laisse deviner un large monticule de briques crues érodées par des siècles d’oubli. Un petit écriteau discret indique modestement l’emplacement de la « porte de Dieu », de la tour de Babel. Ces gigantesques fondations ébranlent mes certitudes. Et si l’ancien testament disait vrai ? Je me mets à imaginer, à recréer le scénario biblique. Le vacarme des ouvriers au labeur, le tintement de leurs instruments, les ordres des contremaîtres s’agencent dans mon esprit. La projection de la tour monumentale élevée à la limite des cieux s’esquisse. J’imagine alors la main éthérée de Dieu répandre son courroux sur ces hommes arrogants et prétentieux. Je crois alors lire la stupeur sur cette multitude de visages incrédules que je me représente, entendre la cacophonie qui s’ensuit... Je me trouve très exactement sur la scène où s’est joué le drame de la vanité humaine. Le tribut à verser pour cet affront en est la mésentente humaine. C’est ici que l’homme a appris à ne plus se comprendre...
J’évolue ainsi durant deux heures sur l’immense étendue des ruines de cette cité au nom évocateur de tant d’Histoire, de mythes et de fantasmes. Je m’imprègne de l’énergie qui émane de ce lieu démesuré, et imagine les splendeurs, les fastes et les richesses des siècles de sa plus grande gloire. Une maquette de la ville impériale ainsi que de nombreux objets, bijoux et tablettes d’argile sont exposés dans le petit musée de Babylone. Deux femmes de ménage s’affairent à nettoyer et dépoussiérer les vitrines d’exposition et les objets inestimables qui y sont présentés. Elles vont vider l’eau sale et rincer leur matériel laissant à notre portée toutes ces richesses rares et uniques. Nous sommes sidérés par la confiance, ou l’insouciance de ces fonctionnaires Irakiens, laissant toutes les vitrines ouvertes et sans surveillance. Nous ne céderons pas à la tentation du pillage.
Nous rentrons à Bagdad pour goûter à nouveau, durant trois jours, aux charmes de la vie qui s’y déroule, puis c’est le retour vers la Turquie. C’est durant ce retour en bus qu’une nouvelle dimension, à l’étrange apparence extraterrestre, percute le cours de notre aventure. C’est au crépuscule du dernier soir que nous passons en Irak qu’un étrange ballet se déroule à la lumière du soleil couchant. Une demi douzaine d’objets elliptiques de couleur rosâtre évolue dans les cieux, devant les yeux hagards de tous les occupants du bus. Tous les passagers s’agglutinent aux fenêtres pour assister à l’énigmatique danse céleste. Ces engins stupéfiants semblent s’amuser à se dépasser, accélérer prodigieusement, puis ralentir subitement. Ce manège cosmique durera près de deux minutes laissant chacun à sa dubitative et silencieuse réflexion. OVNI, essais militaires secrets, chimie stratosphérique, message divin ou simple illusion d’optique, chacun y va de son interprétation. S’ensuit un brouhaha ou chacun tente de défendre son point de vue. L’arrivée à la frontière stoppe la polémique et nous ramène à une réalité terrienne : l’accomplissement des formalités douanières.
... Images attachées: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:45 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 5 de 18 · 8 978 affichages · Partager Après une nuit de repos à Cizre, nous décidons de visiter l’Orient Turc. Nous visiterons tout d’abord Van, puis Dogubayazit, au pied du volcan Ararat. Nous avons ici la certitude d’avoir franchi la limite occidentale des grandes steppes d’Asie. Une évidente impression d’ Asie Centrale et de Mongolie se manifeste ici. Le paysage, l’architecture, la physionomie des hommes et des femmes, le pastoralisme, tout, jusqu’à la nourriture rappelle cette communion avec la terre des peuples conquérants Turco-Mongols. Nous sommes persuadés de cette immuable vérité, infirmée par la dégustation de cet étrange dessert dans un restaurant de Dogubayazit. Le menu suggère une recette spécifique à la région : le « Noah’s pudding ». Curieux de toutes les étranges expériences culinaires, nous nous risquons tous trois à commander ce met singulier. L’analyse visuelle nous montre un mélange de nombreuses céréales plongées dans un liant gélatineux et sucré. Nous percevons des grains de blé et d’orge, des flocons d’avoine, des pois chiche, des haricots blancs et des raisins secs. C’est aussi étrange que délicieux, mais en y goûtant nous commettons l’irréparable. Nous voilà replongés aux origines génésiques du monde. « Is it good ?», nous demande Mehmed le serveur qui s’invite à notre table pour nous narrer l’origine historique de ce dessert. Il nous cite la Genèse 8.4 : « Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat ». Pour nourrir sa famille après des mois d’errance sur l’immensité des flots qui ont englouti le monde, Noé rassembla toutes les graines et céréales qu’il pu, les fit cuire dans du lait sucré de miel et leur servit le met ainsi cuisiné. La recette se serait transmise au fil des générations depuis 6000 ans. Il nous cite encore la Genèse 9.20 « Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne ». La communauté de scientifiques situe l’origine de la vigne et de l’agriculture sur ce plateau. L’onomastique confirme cette thèse, la ville d’Agri, d’où a germé le concept d’Agri-culture, se situant à 100 Km à l’ouest de Dogubayazit. Le nom Turc de l’Ararat, est d’ailleurs : Büyük Agri ! Nous voilà à nouveau catapultés à l’origine du monde, le berceau de la renaissance de l’humanité.
Mehmed nous a donné rendez-vous, ce matin du dimanche 13 août, pour une excursion dans les montagnes. Le taxi nous dépose devant le palais d’Itzhak Pacha Saraï, somptueuse demeure fortifiée surplombant le plateau face à l’imposante masse du Mont Ararat. Le soleil levant teint le ciel d’oranges, de rouges et de bleus pastel. L’air est froid et pur. Il nous tarde de marcher pour nous réchauffer. Nous évoluons dans ce paysage de rochers et de terre recouverts d’herbe grasse et de fleurs odoriférantes aux couleurs vives. Aucun arbre ne semble vouloir pousser sur ces montagnes. Au fur et à mesure de l’altitude que nous prenons, le panorama s’élargit. La crête des volcans enneigés de l’URSS surgit au nord. A l’est, c’est l’ Iran qui s’étend à nos pieds. L’émouvante beauté de ce paysage impressionnant nous fait oublier l’intensité des tensions politiques qui règne à ce funeste carrefour de frontières. Nous saluons un berger armé veillant sur son troupeau. A l’approche d’un village, un essaim d’enfants criards court à notre rencontre. Les maisons sont construites de briques de pisé et couvertes de torchis. Des pyramides de bouses de vache sèchent au soleil, combustible vital pour se chauffer et cuisiner. Nous traversons ainsi deux villages jusqu’à Üzengili. Mehmed s’invite chez son cousin, qui a apparemment l’habitude de le voir accompagner quelques touristes jusqu’ici, pour arrondir ses fins de mois. Son baratin est bien rôdé et le nom prêté à sa randonnée alléchant : « discovering Noah’s ark ». On nous sert du thé, une omelette ainsi qu’une galette de farine. Pendant que nous mangeons, notre hôte nous narre la fabuleuse découverte du capitaine Dürüpinar et des fouilles archéologiques de Ron Wyatt. Le décor est planté, nous pouvons nous rendre sur les lieux de la découverte à 800 mètres du village
Nous voici devant le fossile de l’arche de Noé, dont les dimensions imposantes correspondraient très exactement à celles dictées par Dieu : (Genèse 6.15) « Voici comment tu la feras: l'arche aura trois cents coudées de longueur, cinquante coudées de largeur et trente coudées de hauteur ». Mehmed continue son argumentation en nous montrant la disposition régulière des planches, les points de rivets et la cabine centrale où devaient vivre Noé et sa famille. Troublés par autant de coïncidences, nous examinons l’épave sous toutes ses coutures durant une heure. Dubitatifs, nous prenons le chemin du retour...
Notre voyage, empreint de Genèse biblique se poursuit. Une nouvelle et ultime rencontre se produit au sud de la Turquie, près de la frontière Syrienne. Nous voulons voir celui que l’on nomme « le plus vieux village du monde ». L’architecture de ses maisons élaborée en forme de pains de sucre, est destinée à maintenir l’air frais sur cette terre qui porte le nom sémite de ‘très chaud’ : Haran. Le temps s’est figé ici, bien avant encore qu’Abraham, le Patriarche, n’ait vécu en ce lieu chargé d’histoire. Bien avant que les troupeaux de pasteurs nomades, que les caravanes marchandes ne se reposaient ici pour rejoindre l’empire Hittite au nord, ou la Mésopotamie au sud. Les galettes de pain sans levain sont encore aujourd’hui cuites dans un trou creusé à même le sol. Les poules et les canards gambadent dans les ruelles de terre battue. Les moutons broutent les rares touffes d’herbes en bordure du village. Les enfants jouent aux osselets ou à la balle. Les femmes filent et tissent la laine comme aux premiers temps de l’innocence du monde. Nous ne nous lassons pas de contempler la vie humble, simple, vouée à l’essentiel de cette communauté humaine immuable.
Notre contemplation de cette vie riche de par sa candeur et sa simplicité est soudain troublée par l’arrivée d’un bus qui déverse son flot bruyant de touristes gloussants et irrespectueux. Comme ils le feraient dans un zoo, ils photographient sans égard les âmes innocentes de Haran. Ils jettent aux enfants des bonbons comme à des animaux de foire. Distribuent aux hommes de l’argent pour qu’ils posent devant leurs objectifs. Nous voilà propulsés dans la navrante réalité de la société occidentale du XXème siècle. Notre aventure génésique s’achève dans ce village où Abraham vécut paisiblement il y a près de 4000 ans, où ses descendants vivaient encore pacifiquement ce matin lorsque nous arrivâmes au lever du soleil.
Désormais, lorsque nous lirons la Genèse, chaque mot, chaque lieu, chaque nom deviendra tangible, palpable, matériel. Chacun de ses versets éveillera nos sens, évoquera une vision claire, une image, une fragrance, un son, un visage, un paysage, un sourire, une ambiance, une odeur... Images attachées: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:49 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 6 de 18 · 8 977 affichages · Partager Documents Images attachées: | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 11:55 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 7 de 18 · 8 950 affichages · Partager Bonjour,
Voyage et récit... Légendaires.
Merci Beub. Nawal. | | | À: Nawal · 14 octobre 2004 à 12:32 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 8 de 18 · 8 941 affichages · Partager Superbe voyage illustré !
J'ai eu super chaud avec vous à la lecture du passage de la nuit à Bassora  !
Bravo | | | À: Trekkerbeub · 14 octobre 2004 à 21:47 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 9 de 18 · 8 883 affichages · Partager Un quart d'heure de lecture inattendu... sous le charme de ton récit, Beub !
Captivé, ébahi, ébloui, par ce carnet à épisodes qui nous emmène à la marge de tous les temps. Ce que tu as vécu là, c'est proprement fabuleux !
J'ai aimé la manière avec laquelle tu places souvent ta mère au centre de ce voyage qui a de toute évidence un côté initiatique. Mais il y a d'autres choses dont je me suis régalé dans ton carnet, ce sont toutes ces références culturelles, bibliques, historiques, linguistiques, étymologiques... Et enfin, la cerise sur le gâteau : c'est un très beau texte, écrit avec talent dans une belle langue !
Un très sincère bravo et un grand merci.
Il ne me reste plus qu'à le faire découvrir à ceux qui me sont chers, juste pour le plaisir de faire partager ce qu'on a aimé.
Chris. | | | À: Trekkerbeub · 15 octobre 2004 à 8:50 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 10 de 18 · 8 859 affichages · Partager Très beau récit, à la fois émouvant et érudit, bien enrichi de superbes photos. Les maisons de Haran sont étonnantes. | | | À: Trekkerbeub · 16 octobre 2004 à 12:04 · Modifié le 16 oct. 2004 à 12:21 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 11 de 18 · 8 686 affichages · Partager Je viens d'en finir la lecture. C'est passionnant et instructif. Quel voyage historique.
J'étais captivée par le récit lié à toutes ces références bibliques. Difficile de donner mes impressions après.
Vraiment bien. Merci.
Kénavo
Odonate | | | À: Trekkerbeub · 16 octobre 2004 à 15:03 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 12 de 18 · 8 678 affichages · Partager | | | À: Chris51 · 18 octobre 2004 à 14:33 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 13 de 18 · 8 645 affichages · Partager Merci à vous tous pour vos méga super sympathiques commentaires postés ici ou en privé  ... C'est encourageant  ... d'autant que mes profs de Français et d'histoire-Géo ont tjrs dit que j'étais nul... C'était p'têt bien mon côté rebelle et turbulant qui leur déplaisait, plus que mon style... 
Merci encore, ça fait chaud au coeur... et ça motive pour écrire un nouveau texte... à bientôt donc 
Trekkerbeub | | | À: Trekkerbeub · 20 octobre 2004 à 13:11 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 14 de 18 · 8 610 affichages · Partager Superbe bien sur, je confirme!
Je sentais la brise fraîche en regardant le mont Ararat, les perles de sueur coulait sur mon visage dans cette chambre crade de Bassorah, et bientôt j'y serai devant l'Itzhak pasha saraï... Merci encore cher Beub! | | | À: Trekkerbeub · 21 octobre 2004 à 21:59 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 15 de 18 · 8 577 affichages · Partager A la fois, passionant, déroutant, et sublime. Des photos très impressionantes également.
Il n'y a qu'un mot à dire : MERCI de nous faire partager l'HISTOIRE.
laptitmarie | | | À: Trekkerbeub · 21 août 2005 à 16:48 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 16 de 18 · 7 553 affichages · Partager Eden, ce jardin paradisiaque est bien un lieu géographique et non mythique...
Merci pour ce petit tour au paradis...
| | | À: Trekkerbeub · 30 décembre 2005 à 12:55 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 17 de 18 · 7 237 affichages · Partager Merci, merci... quelle chance tu as eu de découvrir l'Irak. j'aimerais tellement y aller, un rêve que j'aimerais réaliser un jour, mais il semble que ce ne soit pas encore pout tout de suite. Je t'envie!! Ce récit est magique, j'ai adoré.
Leïla | | | À: Trekkerbeub · 29 janvier 2006 à 19:45 Re: Voyage aux origines du monde... Là où tout a commencé! Message 18 de 18 · 7 096 affichages · Partager de l'Irak que tu as connu, à celle-ci, il n'y a qu'une vingtaine d'années...et pourtant : www.albasrah.net | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 502 visiteurs en ligne depuis une heure! |