2 heures de route, c'est ce qui sépare
Lovina de
Amed. Nous roulons tout le long de la côte nord de
Bali et au fur et à mesure que nous avançons, la végétation change. Plus sec, plus aride, moins de vert, une autre face naturelle de l'île. Nous approchons du
mont Agung, qui domine ce coin du haut de ses 3000 mètres passés. Nous le dépassons même, mais ce n'est pas pour autant qu'il se cache. Depuis
Amed, sa vue est imposante, surtout avec les ombres du coucher du soleil, quand l'astre disparaît derrière lui.
En arrivant à
Amed, notre véhicule nous pose sur une place, dite centrale, et il ne va pas plus loin. En descendant, je demande où se trouve le Bamboo
Bali où nous pensons nous installer et un gars nous dit que cet établissement est à plus d'un km. Les autres passagers du bus vont encore plus loin. Evidemment, l'homme propose de nous conduire tous à nos logements respectifs, contre finance bien sûr. On négocie un prix de groupe et tel n'est pas notre surprise de constater que le Bamboo
Bali n'était de loin pas à 1 km, mais bien plus près. Petit esclandre, mais je dois avouer, nous nous sommes fait avoir. J'aurais dû demander un second avis comme avec JP Foucault... Je lui dis aussi mon fait, mais bon il a gagné...
La chambre qu'on nous propose nous convient, nous resterons là. Il nous faut notre scooter habituel. Pas de problème, en moins de dix minutes, nous trouvons ce qu'il faut et nous voilà bien indépendant, comme on l'aime. Nous défaisons nos sacs et départ pour Tulamben, à environ 20 minutes. A cet endroit se trouve l'épave du USS Liberty, un navire américain coulé par les Japonais en 1942 à quelques brasses de la plage et qui gît par 6-7 mètres de fond. Accessible donc en snorkelling. Nous avions loué masques, tubas et palmes au Bamboo, nous sommes équipés. L'eau est non seulement transparente et chaude, mais nous voyons quantité de poissons dès le bord. Au-dessus de l'épave, c'est le festival. Des petits, des plus gros, des colorés, tous à portée de mains, on pourrait presque les toucher. Avec le spectacle des plongeurs sous nous, nous sommes gâtés. Nous restons là une partie de l'après-midi avant de regagner Jemeluk.
Petite balade sur la plage de galets et de sable noir, au soleil couchant. Ici aucun souci pour trouver soit un lit, soit de quoi se restaurer. Poissons frais ou spaghettis, en passant par les pizzas et les plats traditionnels indonésiens, il y a du choix pour tous les goûts. La plage de Jemeluk semble parfaite pour le snorkelling, mais plutôt le matin, à la marée haute ou montante. Sinon, il n'y a que peu d'eau sur les récifs et on risque de s'y frotter le ventre !
Le village est calme en soirée, nous allons manger au warung Pangai, juste en face du Bamboo, sur une magnifique terrasse face à la mer. C'est la pleine lune et son reflet dans la mer devant nous est juste magique. A partir de 21h30, le village s'endort et le seul bruit que nous percevons est celui du ressac, à part une moto de temps à autre.
La nuit fut chaude, malgré le ventilateur. Le Bamboo se vide ce matin, quasi tous les clients prennent le bateau rapide qui part d'
Amed pour aller aux Gillis sur Lombok. Une heure de navigation pour 300'000 rps le trajet simple. Pour notre part, nous resterons sur
Amed, où l'eau est splendide, mais aussi depuis où il est possible de faire des excursions en scooter. Il y a encore à explorer par ici.
D'ailleurs, une fois le petit-déjeuner avalé, nous voila partis. Le long de la côte, directon sud, par la petite route le long de la mer. Une fois Bunutan passé, les infrastructures touristiques disparaissent peu à peu, laissant place à des villages moins "développés" (encore que cette notion reste toujours vague...). L'ambiance change dans cette partie de
Bali. Les sourires se font rares et les "Hello" ne fusent plus. Comme si la nature aride avait déteint sur les hommes. Ici, quasi aucune culture, le terrain ne le permet pas. Alors les villageois élèvent des poules, des cochons et même des chèvres. Ou possèdent une barque et sortent en mer pour pêcher. Il y en a des dizaines et des dizaines, de barques, le long de cette côte, posées sur la grève. On sent bien que la vie ne doit pas être facile à l'extrême est de
Bali. Quelle contradiction aussi avec les quelques villas hyper luxueuses, leur piscine à débordement face à la mer et les petites cahuttes des villageois. La luxure et l'abondance face au dénument et à la simplicité dans sa littérale expression. Il faut dire qu'hormis
Amed, les habitants de cette partie de l'île n'ont pas été spécialement gâtés par Dame nature. Les côtes ne sont pas propices à la baignade, l'accès est difficile, courants et grosses vagues et les plages sont faites de gros cailloux, rien qui n'attire le touriste en mal de balnéaire. Ceux qui ont pu ouvrir un petit warung ou qui oeuvrent dans le tourisme sur
Amed peuvent finalement se sentir privilégiés par rapport à leurs voisins quelques kilomètres plus loin.
Cette petite route côtière se termine à Ujung. A l'entrée du bourg se trouve le King's Palace, une résidence d'un ancien roi avec des jardins magnifiques faits de bassins. Un water palace à la
Tirtagganga qui mérite sa visite. Direction ensuite Amlapura, pour reprendre la route plus directe qui coupe dans les montagnes pour rejoindre
Amed. En route, le site de
Tirtagganga, mentionné dans tous les guides. Un water palace magnifique, avec non seulement des bassins ornementaux, mais également une piscine à l'eau limpide et fraîche. A l'entrée du site, un homme exhibe un gros python et demande 20'000 rps pour le passer autour du cou des touristes, pour le cliché qui fera la fierté de celui qui a osé. Après la visite et une flânerie bien agréable, nous prenons un repas léger juste à l'extérieur du site avant de reprendre la route direction
Amed.
Juste après Abang, sur la gauche (tout ce qui est à voir dans ce tour se situe à gauche, d'où l'intérêt de le faire dans ce sens), de belles rizières en terrasse apparaissent dans un large virage. Le scooter permet de s'arrêter sur le bord de la route sans risque pour prendre quelques photos. Encore un arrêt au seul ATM de
Amed, qui est en fait à Culik sur la route principale, puis nous regagnons notre guesthouse. La fin de l'après-midi sera consacrée à la plage de sable noir de Jemeluk, l'eau y est si claire et si agréable qu'il est difficile d'en sortir. La plage de Jemeluk a l'avantage d'être adaptée à la baignade, à la plongée et au snorkelling. Une bande de sable pour les baigneurs et des récifs coraliens pour les autres.
Alors que nous lisons sur la plage, un gamin d'une douzaine d'années vient essayer de nous vendre quelques babioles. Il se débrouille comme il peut en anglais et même si nous ne lui achetons rien, nous discutons. Made va à l'école le matin comme tous les enfants de
Amed. Mais l'après-midi et le dimanche, il arpente la plage avec ce qu'il tente de vendre, essayant de gagner de l'argent. Pour Made, pas de foot du mercredi, pas de jeux vidéos, mais l'école et ensuite le business déjà, pendant que les touristes sont là. Il apprend avec eux les quelques mots de base en anglais, mais aussi en français. Et surtout, il ne vend pas grand chose, apprenant par la même non seulement les langues, mais la dure réalité du petit commerce. Il nous dit que ses parents tiennent un warung le long de la route. Nous lui disons alors que nous viendrons manger là ce soir, vers 19h30.
Fin de l'après-midi, les masseuses de
Amed font le tour de leur possible clientèle, soit sur la plage, soit en faisant le tour des guesthouse. Vu le prix de la prestation, il n'y a pas à hésiter. Une heure entre de bonnes mains pour finir la journée. 19h30 passées, nous filons vers le warung Merak à côté de la GH Bobo. 4 tables au bord de la route, sans accès ni vue sur la plage, un petit boui-boui qui ne paie pas de mine. C'est clair qu'à côté des restaurants qui ont pu se payer une déco attirante, le warung familial ne fait pas le poids. Et pourtant. La mère de Made nous accueillent avec de chaleureuses poignées de main. Elle est si fière que son Made ait pu converser en anglais avec des étrangers et que celui-ci a réussi à les faire venir dans son restaurant. Et contrairement aux autres établissement, ici la patronne se met à table avec nous pour parler. Made est son fils unique. Il travaille bien à l'école et elle espère avoir assez d'argent pour lui faire poursuivre ses études dans une Université du côté de
Denpasar. Elle aimerait tellement qu'il puisse devenir docteur "ou quelque chose comme ça". Mais surtout loin de la vie difficile à
Amed, où la concurrence est rude et où son petit warung ne fait le plein qu'un mois par année, en août. Ni son père, ni sa mère n'ont eu la chance de faire des études, alors Made a les espoirs de la famille sur ses jeunes épaules.
Outre ce moment d'échange très intéressant, la nourriture de Mama est excellente. Une bonne grosse tranche de barracuda grillé et des crevettes. Nous discutons encore un peu mais il est temps de prendre congé. Nous aurons été les seuls clients ce soir, les jeunes touristes préfèrent les endroits avec musique lounge et vue sur la plage. Made devra continuer d'essayer de vendre ses objets sur la plage, le warung ne fera pas encore fortune...
Le Bamboo s'est vidé ce matin, mais ne s'est pas rempli en cours de journée, nous devons être les seuls clients ou presque ce soir. Ca commencent à sentir la fin de saison.
Dernier jour de grande virée en scooter en ce dimanche. Nous partons direction Amlapura par la route qui nous est désormais connue. En arrivant à Amlapura, nous suivons la direction de Candi Dasa et de
Denpasar puisque c'est la même voie. Dimanche n'est pas synonyme de trafic réduit à
Bali. Camions, voitures, motos, c'est l'effervescence comme chaque jour. Impossible de rester derrière les camions. Parce qu'ils roulent trop lentement, parce qu'ils dégagent des nuages noirs de gasoil et parce que souvent ils transportent du sable qui s'envole et que nous prenons dans les yeux. Certains dépassent en prenant de sacrés risques, soit dans des virages sans visibilité, soit lorsqu'une voiture arrive en face et ils se faufilent entre les deux. Nous sommes largement moins téméraires et à chaque dépassement, je sens Dominique qui se crispe sur le siège arrière.
Candi Dasa est en vue. Et bien nous ne regrettons pas d'avoir choisi
Amed comme base pour ces derniers jours. La route principale de
Denpasar passe à travers ce village, avec son trafic, et il n'y a clairement pas le charme de
Amed. Même la plage n'est pas terrible, avec une mer brassée et des vagues importantes. Après Candi Dasa,
Padang Bai, que nous ne verrons pas car la route reste à l'écart du village. C'est peu après
Padang Bai que nous quittons la route principale pour nous lancer en direction de Sidemen.
La route monte et la nature se fait déjà plus belle que sur la côte. L'arrivée à Sidemen donne le ton. Rizières à droite, rizières à gauche, un paysage splendide. Si le village en lui-même n'a rien d'exceptionnel, la nature aux alentours vaut le déplacement. Le must, c'est de tourner à gauche au centre du village, là où les accomodations son mentionnées, pour aller se perdre dans les petits chemins au ceur des rizières. Un réservoir de balades sans fin. Nous en explorons un peu, avant de reprendre la route direction Belandem. Il y aurait de quoi passer des jours à Sidemen, les amoureux de la rando et de la nature y seraient comblés. Sidemen, un passage obligé, mais venant de
Amed, on peut se contenter du chemin le plus court, le trajet par la côte n'apporte pas le plaisir escompté.
Nous poursuivons notre chemin, sans descendre sur Amlapura. En effet, à la sortie de Belandem, on peut couper sur Abibi, sur la route de
Amed. Mais aucun panneau qui signale ce raccourci, il faut demander. Finalement, nous sommes de retour à
Amed vers les 15h00, il reste du temps pour aller nous baigner sur la plage de Jemeluk. Toujours cette eau limpide et chaude, quel contraste avec
Lovina ! Le soleil part se coucher derrière le
mont Agung, les touristes commencent à sortir sur les terrasses. Plus vraiment grand monde dans le coin, les restos n'ont qu'une table de prise en moyenne. Tous ont plus ou moins la même carte aux mêmes prix. Ca se joue donc au feeling. Ce soir il y a du barracuda dans quasi tous les warung de
Amed. Les pêcheurs du village ont eu 2-3 bonne prises aujourd'hui, tous les restos de Jemeluk serviront du poisson frais.
Lundi. Le dernier lundi. Le départ se rapproche sacrément avec un envol mercredi en début de soirée pour notre retour en Europe. Un dernier lundi de farniente, à profiter de la mer et du soleil, comme pour conclure plus de 3 semaines trop vite passées. Première étape, louer le matériel de snorkelling à une petite grand-mère qui ne comprend pas grand chose à l'anglais, si ce n'est les tarifs des masques, palmes et tubas. 30'000 rps pour la journée. Nous filons ensuite sur un site appelé Japanese Wreck, à quelques kilomètres de
Amed direction sud, là où une petite embarcation japonaise a coulé très près de la plage. Un bateau plus petit que le Liberty de Tulamben, mais sympa à voir tout de même. Moins de monde aussi sur ce site, plus éloigné et moins facile d'accès vu la petite route côtière. Là encore, les poissons sont au rendez-vous sur l'épave qui gît par 3 à 6 mètres de fond environ.
Retour ensuite sur la plage de Jemeluk et son récif coralien. Là encore, le snorkelling est intéressant, avec une très bonne visibilité et de beaux poissons tropicaux. Nous nous posons au warung Ombak, à quelques pas de l'eau, tout au bout de la plage. C'est là que nous prenons notre lunch, à l'ombre de la terrasse, avant de retourner à l'eau. Le warung a une douche d'eau douce bien pratique en fin de baignade.
Nous avions entendu que vers les 16h00 se tenaient des combats de coqs dans le village de Bunatan, soit celui après Jemeluk. Nous enfourchons le scooter et nous trouvons rapidement la petite halle où se tiennent les joutes. La manifestation a déjà commencé à notre arrivée et il y a de l'ambiance. Aucune femme à l'horizon, les combats de coqs semblent être un bastion exclusivement masculin. Aucun touriste non plus dans l'assistance. Des juges soupèsent les volailles, regardent lesquelles peuvent combattre ensemble pour garantir l'égalité des chances. Puis, une lame est attachée à l'ergot de chaque animal avant que les
paris ne soient lancés. Les billets sortent des poches, changent de main.On dit ici qu'un homme peut dilapider des semaines d'économies dans ces
paris, avant de rentrer la tête basse à la maison pour subir les reprimandes de sa femme. A moins de revenir gagnant bien sûr.
Nous assistons à quelques combats. Ceux qui gèrent les coqs essaient de les exciter, de les rendre agressifs avant de les lâcher. Lorsque c'est fait, les coqs se foncent dessus, se donnent coups de bec, de pattes, battent des ailes. La lame fait assez vite son effet et les combats sont assez rapides. Mais s'il n'y pas pas de vainqueur, alors les deux prétendants sont enfermés sous une cloche en osier et il n'y en aura qu'un qui en sortira. Le vainqueur. Pas d'effusion de sang, il suffit d'une entaille pour qu'un coq soit donné perdant. Ce qui n'empêche pas qu'un coq blessé est condamné. D'ailleurs, nous voyons des hommes revenir vers l'arène avec des cuisses fraichement coupées qui finiront sans doute dans une quelconque assiette.
Retour au Bamboo
Bali pour une douche et un dernier massage sur la terrasse. Un sentiment de bien-être physique sous les mains douces de la masseuse et un sentiment de bien-être mental avec des vacances réussies. Mais il sera temps d'y revenir un peu plus tard avec un peu de recul.
Amed, bien plus qu'une étape sur la route des Gilis. Il serait dommage de ne pas profiter de ce lieu, calme, tranquille et charmant.
Demain nous nous rapprochons de l'aéroport, direction
Sanur. On aurait pu choisir
Kuta, surtout qu'on risque de s'y rendre pour dépenser quelques roupies en achats, mais
Kuta ne nous a pas plu lors de notre passage, donc ce sera
Sanur. Le compte à rebours a commencé, à peine 2 jours encore, sans compter que mercredi il faudra être assez tôt à l'aéroport. Toutes les bonnes choses ont une fin. C'est vrai.