Lu dans Libé de ce jour:
Shosei Koda, routard naïf qui voulait voir l'Irak
Le
Japon refuse de retirer ses troupes en échange de la liberté de l'otage enlevé mardi.
Par Michel TEMMAN
vendredi 29 octobre 2004
Deux nouveaux otages. L'Armée islamique en Irak a annoncé qu'elle retenait en otage un Sri-Lankais et un Bangladais qui travaillent comme chauffeurs pour une entreprise koweïtienne en Irak, a rapporté la chaîne qatarienne Al-Jezira, montrant des images des deux otages.
Tokyo de notre correspondant
ardi, Setsuko Koda s'est effondrée en découvrant à la télévision les images de son fils, Shosei, 24 ans, en Irak, aux mains de trois hommes encagoulés membres d'un groupe allié d'Al-Qaeda mené par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui. «Je pars en
Nouvelle-Zélande», a-t-il dit à ses parents en janvier 2004, à la veille de prendre l'avion pour un plan «travail vacances». Mais les décors grandeur nature du film le Seigneur des Anneaux n'ont pas comblé sa soif de voyage. Sans prévenir sa famille, qui le croyait toujours en
Nouvelle-Zélande, le jeune Japonais originaire de
Fukuoka (sud du pays) a poursuivi l'aventure. Direction : le Moyen-Orient. En
Jordanie, à
Amman, il a trouvé un petit boulot dans un hôtel. De quoi financer la suite du périple.
«Incrédulité», comme l'écrivent les médias à
Tokyo ? «Naïveté», comme l'avance le quotidien Yomiuri ? Ou bien goût du risque ? De son plein gré, le jeune Shosei Koda a décidé d'aller en Irak. Y faire quoi ? Mystère. Contrairement aux précédents Japonais kidnappés en Irak au printemps, puis libérés, Shosei Koda n'est pas volontaire ou employé humanitaire. Il n'est pas non plus journaliste free-lance ou photo-reporter. Mais c'est un voyageur aguerri. Un globe-trotter. A
Amman, il a pris un bus pour l'Irak, le 20 octobre. Il aurait alors été localisé par l'ambassade nippone à Bagdad. Un diplomate japonais aurait essayé, vainement, d'entrer en contact avec lui pour le convaincre de quitter le pays au plus vite.
Hier, les Japonais ont découvert à leur réveil, sur leur petit écran, le jeune Koda agenouillé, tee-shirt blanc, défait, terrorisé, l'épaisse chevelure tirée par un ravisseur, lisant en anglais et en japonais, dans une vidéo non authentifiée, un texte dicté. «Monsieur Koizumi, ils demandent le retrait [d'Irak] des forces d'autodéfense (l'armée japonaise, ndlr). Ils ont dit qu'ils me couperaient la tête dans le cas contraire. Je suis désolé. Je veux rentrer au
Japon...» Le groupe terroriste exige que le
Japon retire «dans un délai de quarante-huit heures» ses troupes (550 soldats), déployées à Samawa (250 kilomètres au sud de Bagdad), pour une mission «humanitaire excluant tout combat».
Le Premier ministre n'a pas tardé à répondre. Assurant qu'il fera «tout ce qu'il est possible de faire» pour sauver le jeune otage, il a répété que le
Japon ne peut pas «tolérer le terrorisme». «Nous ne céderons pas au terrorisme. Nous ne retirerons pas les forces d'autodéfense.» Bien que 63 % des Japonais, dans un sondage publié lundi, se disent contre le prolongement de la mission nippone en Irak.
Elément aggravant, les ravisseurs de Shosei Koda sont persuadés qu'il est «un des éléments appartenant aux forces japonaises». Les autorités à
Tokyo répètent que «Koda est un civil qui n'a aucun lien avec les forces d'autodéfense».
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